Le devoir, 31 mars 2012, Cahier F
[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MARS ET DIMANCHE I AVRIL 2012 DENISE BOMBARDIER L\u2019amour existe encore Page F 3 LITTERATURE hdLMayomaise d\u2019Éric Plamondon Page F 3 L S MARIE HELENE TREMBLAY Jean-Jacques Pelletier Homo distractus : l\u2019homme du XXP siècle «Perpétuellement diverti, écrit Jean-Jacques Pelletier dans Les taupes frénétiques, son tout dernier essai, obsédé par son corps, sa santé, sa jeunesse, menacé par une violence multiforme qui s\u2019étale dans tous les aspects de la vie, le consommateur occidental rêve d\u2019un cocon totalement sûr et confortable, où il pourrait expérimenter sans la moindre contrainte tout ce qui est susceptible de manifester son unicité, de mettre en valeur ses ressources.Bref, il se fantasme en extrémiste soft, jouissant douillettement du plaisir de cultiver sa singularité et de prolonger indéfiniment sa jeunesse.» CATHERINE LALONDE On vit une époque formidable.Une ère marquée par l\u2019accélération, l\u2019individualisme, la surenchère des communications, l\u2019atomisation des liens sociaux, la confusion entre vie privée et vie publique, la standardisation de l\u2019imaginaire, la consommation à tous crins, l\u2019emballement pour un ici-maintenant qui n\u2019attend pas l\u2019autre.Plus question d\u2019attendre le paradis à la fin de ses jours: la quête d\u2019intensité doit être immédiate.Jean-Jacques Pelletier est reconnu pour les sept gros tomes de pure paranoïa de sa série fleuve Les gestionnaires de l\u2019Apocalypse (Alire).Il s\u2019attaque ici, par personnage interposé, à l\u2019inventaire des symptômes et névroses de l\u2019Occi- dental contemporain, en cédant la plume à Victor Prose, personnage de La faim de la Terre, son dernier roman.C\u2019est donc Prose qui signe Les taupes frénétiques.La montée aux extrêmes, sur la faim infinie d\u2019intensité de cette société noyée dans la fabrication ininterrompue de désirs et d\u2019attentes.«C\u2019est une idée qui m\u2019est venue il y a quinze ans: voir des essais écrits par les personnages, explique Jean-Jacques Pelletier en entrevue téléphonique.On a toujours fait comme si les personnages étaient uniquement émotions, alors qu\u2019ils peuvent être l\u2019histoire d\u2019une intelligence aussi, ou du dévoilement d\u2019une intelligence.» Pelletier abandonne pourtant ce jeu littéraire à peine les règles posées: c\u2019est son nom à lui qui brille sur la page couverture.«Ce sont des raisons d\u2019édition», dit-il, pendant qu\u2019on devine plutôt des raisons de marketing, comme celles dénoncées à toutes les pages de son livre.Images et imagination «Dans la façon de construire mes romans, avec ces scènes très courtes qui se passent un peu partout sur la planète, fai toujours voulu que le lecteur se retrouve « C\u2019est le problème actuel: tout nous arrive fragmenté, de partout, et de plus en plus des médias » comme dans la réalité, devant des morceaux, poursuit l\u2019auteur.C\u2019est le problème actuel: tout nous arrive fragmenté, de partout, et de plus en plus des médias.Ce que Prose demande, c\u2019est: \u201cDevant cette diversité, est-ce qu\u2019on peut faire des liens?\u201d Alors qu\u2019un essai est souvent spécialisé, qu\u2019on y ferme l\u2019angle, qu\u2019on regarde au microscope.Prose fait un essai panoramique.Il regarde en grand angle.» Le champ de la collecte est très large: mode, télé, radio, littérature, art visuel, jeux vidéo, pub, information, lutte, jeunesse éternelle, soins du corps, violence au quotidien.La première partie de l\u2019essai s\u2019attaque au monde des médias et du spectacle.L\u2019auteur s\u2019attarde ensuite à la façon dont l\u2019humain vit dans ce bombardement Le résultat?«La somme des impuissances à vivre.» Un inventaire, un amoncellement, des faits et encore des faits lancés en mottes, récupérés davantage des journaux, des magazines et de Wikipédia que des habituelles bibliothèques.Le portrait est triste: «Prose est probablement beaucoup plus cynique que moi», indique l\u2019ancien prof de philo.Il fait briller l\u2019enflure du langage, qui rivalise de profits records, de tempêtes du siècle, de mascara Extrême et d\u2019émissions Survivor.Dans ce monde constamment ultime, l\u2019homme contemporain est planté en adulte-roi.En Néo-Narcisse je-me-moi, devenu son propre héros et son propre dieu à coups de téléréalité, de statuts Facebook et de télé-voyeurisme.En éponge à divertissements, de préférence de plus en plus intenses, amoureux de l\u2019algorithme Google qui lui prémâche une information fracassée, catastrophée et catastrophique, avalée sans faim.En assoiffé de sensations et de confort, dans son cocooning jack-ass qui zappe de la mort en direct, qui cherche l\u2019impact et les images uppercut qui entrent dans le corps.Jusqu\u2019à Vuberimpact, quand la violence, à force d\u2019être vue et revue, devient cool.Trop d\u2019intense réalité partout On sait les soifs de VHomo distractus et l\u2019érection de ses conséquences depuis La société du spectacle de Guy Debord (1967).Et même avant vient de ressortir en français Le triomphe de l\u2019image.Une histoire des pseudo-événements en Amérique (Lux), que l\u2019historien Daniel J.Boorstm signe pour dénoncer l\u2019envahissement de la pub et des médias.Un livre VOIR PAGE F 2 HOMO DISTRACTUS A SALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE QUÉBEC 11 s 15 AVRIL 2012 CENTRE DES CONGRÈS DE QUÉBEC Ville de (jyÉBEC\tQuébec Ea Ea ^5 Conseil des Arts Canada Council du Canada\tfor the Arts ORGANISATION \\ Æ nSn\tNTERNAT ONALE DE ^ Desjardins\tfrancophonie #\t#106,3\"^ TELEVISION\tPREMIERE CHAÎNE Heritage canad en W W .S I L Q leSoleil C A F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MARS ET DIMANCHE I®*^ AVRIL 2012 LIVRES Le calendrier des marées de l\u2019âme Avec Pas maintenant, l\u2019écrivain torontois Wayson Choy délaisse le cycle de la famille Chen, de ses ancêtres (La pivoine de jade, La montagne d\u2019or), pour puiser dans son histoire personnelle.En 2001, atteint d\u2019un syndrome de détresse respiratoire aiguë, suivi de troubles cardiaques, il est hospitalisé à l\u2019unité des soins intensifs où il lutte pour sa vie.C\u2019est le point de départ de son récit.SUZANNE GIGUÈRE immobilité est au cœur du ' mouvement de son écriture.Elle fait partie intégrante d\u2019un voyage intérieur.Ce paradoxe permet au narrateur de voir sa propre vie comme dans un songe et contribue à donner au récit toute sa force.Espace et temps prennent des dimensions magiques, mythiques.Passant de l\u2019éveil à l\u2019inconscience, victime d\u2019hallucinations, il voit le cavalier pâle qui invite Don Quichotte à monter sur un cheval: «Est-ce la mort?Suis-je en train de mourir?Aucun coucher de soleil?Aucune Ce récit très humain, sorte de calendrier des marées de l\u2019âme, affirme l\u2019importance de l\u2019amitié et de l\u2019affection dans le processus du rétablissement musique: Un fouillis de sons et d\u2019images entre et sort de ce qui semble être ses moments de veille.Des sensations de toucher, des saveurs et des odeurs lui viennent au hasard, des fragments de souvenirs, des voix s\u2019infiltrent dans sa mémoire.«Quel salaire gagnera-t-il s\u2019il n\u2019étudie que des livres imagi- \\ r \\ ROBERT MILLS L\u2019écrivain torontois Wayson Choy naires?Et ses histoires, qui va les acheter?» Ce jour-là, le jeune Wayson avait suscité la réprobation presque générale parce qu\u2019il avait choisi de faire des études en littérature plutôt qu\u2019en sciences.Le même jour, son père, fier de lui, lui avait offert un stylo Parker: «Nous nous sommes étreints \u2014 ce qui était rare.» Ce récit très humain, sorte de calendrier des marées de l\u2019âme, affirme l\u2019importance de l\u2019amitié et de l\u2019affection dans le processus du rétablissement.Wayson Choy insiste: c\u2019est la puissance de ce réseau de compassion qui l\u2019a sauvé.Au terme de sa convalescence, nous retrouvons Wayson en Chine.Il y met les pieds pour la première fois de sa vie.Un vieux Chinois lui rappelle les aînés de Chinatown à Vancouver, «célibataires, hommes abandonnés par les entrepreneurs des compagnies ferroviaires, congédiés comme si de rien n\u2019était par des patrons blancs qui ne comprenaient rien à leur langue de paysans».Après cette page peu glorieuse de l\u2019histoire canadienne, prenant l\u2019Histoire au pied de la lettre, il en détache une page méconnue.Durant la Seconde Guerre mondiale, des Chinois canadiens ont combattu comme soldats-espions pour les Alliés.Après avoir étudié le japonais dans un camp secret en Colombie-Britannique, ils ont ensuite été entraînés en Australie et en Inde, puis déployés dans les jungles de la Malaisie, de la Birmanie, de Sumatra et de Bornéo.Grâce à leur immersion en langue et en mode de vie japonais, grâce à leurs traits asiatiques, ils ont pu pénétrer les lignes ennemies.C\u2019est encore en Chine que Wayson comprend qu\u2019il est d\u2019abord et avant tout un Canadien.Toute son enfance, les dictons, la sagesse et la philosophie de Confucius ont profondément influencé son éducation.Il croyait éprouver un sentiment d\u2019appartenance envers la Chine; or il ne ressent aucun lien profond avec ce pays.En entrevue, Wayson Choy a dit qu\u2019il avait écrit ce récit pour décortiquer son expérience de la maladie et pour comprendre le sens de sa vie après avoir survécu à deux maladies qui ont failli le tuer.Et si la littérature donnait un sens au temps perdu, au temps en dehors du temps?Et si la mémoire n\u2019était qu\u2019une autre forme de fiction?Pas maintenant est traduit par la romancière Hélène Rioux, qui arrive à suivre les contours de l\u2019écriture mesurée de Wayson Choy avec une étonnante souplesse.Collaboratrice du Devoir PAS MAINTENANT Wayson Choy Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Hélène Rioux XYZ éditeur Montréal, 2012,216 pages HOMO DISTRACTUS SUITE DE LA PAGE F 1 qui inspirera Debord.«[Je] décris comment l\u2019époque actuelle s\u2019est inventé un monde fait d\u2019artifices; je montre comment on a utilisé la richesse, l\u2019instruction, la technologie et le progrès pour créer un écran de fumée qui masque les réalités de la vie.[.] Nous exigeons trop du monde, et ces attentes sont démesurées au sens précis du mot: \u201cCe qui va au-delà des limites de la raison ou de la modération.\u201d Ces désirs sont excessifs», écrit l\u2019auteur.en 1962.La figure de Narcisse, troublé par la multiplication des images, est déjà là Et on y trouve, comme dans la série Mod Men, les racines de notre époque formidable, son archéologie même.Les auteurs d\u2019ici sonneraient-ils, à nouveau le glas?Ces derniers mois, Bernard Emond signait Il y a trop d\u2019images (Lux).«Sait-on encore regarder un visage?y demande-t-il.Sait-on encore écouter une histoire?Reconnaît-on encore le sens d\u2019un silence ou la délicatesse d\u2019une émotion?» Michel Dorais se penchait il y a quelques semaines plus précisément sur «la sexualité spectacle» (VLB), analysée aussi dans Les taupes frénétiques.Cette montée aux extrêmes, cette multiplication virale d\u2019images, ne serait-elle finalement que le résultat transposé à l\u2019humain, de la croissance du capitalisme?«Je ne peux encore répondre», se défile Jean-Jacques Pelletier/Victor Prose.Son essai se poursuivra sur un deuxième tome, probablement dès septembre.La fabrique de l\u2019extrême étudiera cette fois «ce qui structure le Néo-Narcisse: l\u2019économie, la finance, la criminalité, la technologie, la gestion, la Reprogrammée, la religion, la politique, la guerre.» Et les pistes de solution pour retrouver un peu d\u2019intime et de sens?«On a toujours la nostalgie des réponses simples, rapides, à court terme, alors que, si solutions il y a, ce sera quelque chose qui va se construire collectivement, malgré notre époque individualiste.» Le mot de la fin revient à Victor Prose: «S\u2019arracher à la frénésie ambiante, le temps de faire cet inventaire, peut s\u2019avérer une façon de soigner sa myopie.et de faire confiance à ce que feront de ce début d\u2019inventaire ceux qui viendront après nous.» Le Devoir LES TAUPES FRÉNÉTIQUES Jean-Jacques Pelletier, avec la collaboration de Victor Prose Hurtubise Montréal, 2012,454 pages LE TRIOMPHE DE L\u2019IMAGE Une histoire des pseudo-événements EN Amérique Daniel J.Boorstin Traduit par Mark Fortier Lux Montréal, 2012,334 pages Le Prix des lecteurs Radio-Canada 2012 Le silence obscène des miroirs de Castillo Durante Daniel Castillo Durante est d\u2019origine argentine.Professeur au Département de finançais de l\u2019Université d\u2019Ottawa, ü s\u2019intéresse à l\u2019interculturalité et aux pratiques culturelles francophones et latino-américaines contemporaines.Membre de la Société royale du Canada,\td.ü signe autant des essais, tels Du stéréotype à la littérature (XYZ), que des romans.Un café dans le Sud et La passion des nomades (tous deux chez XYZ) ont d\u2019ailleurs tous deux été finalistes au Prix des lecteurs Radio-Canada, respectivement en 2007 et en 2006.Le photographe Jean-Marie se retrouve en Argentine pour tenter de sortir son ex-amoureuse Madoue d\u2019un énième pétrin conjugal.Victime d\u2019un guet-apens, Jean-Marie se retrouve sans passeport et sans le sou, et doit travailler dans l\u2019espoir de recouvrer, peut-être, son identité officielle.Dans ce récit où l\u2019espagnol s\u2019entrelace Lr.sii.i;m:k oubcf.N'E au français, où fiction, réalité et vérité ne sont jamais tranchées, Castillo Durante pose, par ses personnages aux contours flous, jamais saisissables, l\u2019éternelle question de la fragilité de l\u2019identité.Il fait basculer le lecteur dans une Amé- -rique latine mal connue, où se croisent gérontophilie, exploitation des fantasmes et des aînés, fascination pour le corps féminin et, bien sûr, le fantôme littéraire du grand Jorge Luis Borges, qui, en exergue, donne le ton: «Nous découvrîmes (à une heure avancée de la nuit cette découverte est inévitable) que les miroirs ont quelque chose de monstrueux.» Le Devoir LE SILENCE OBSCÈNE DES MIROIRS Daniel Castillo Durante Lévesque éditeur Montréal, 2011,262 pages Depuis 12 ans, le Prix des lecteurs Radio-Canada invite à la lecture d\u2019œuvres littéraires francophones pondues hors Québec.Les auteurs doivent avoir écrit ou être nés dans un des milieux francophones minoritaires du pays.Depuis le 10 mars dernier, huit lecteurs assidus deviennent jurés: ils doivent, sous la présidence d\u2019honneur de Marie Laberge, lire les cinq romans et le recueil de nouvelles en lice afin de décider lequel de ces livres sera cette année lauréat.Le nom du gagnant sera dévoilé le 17 avril prochain.Les finalistes sont Antonine Maillet avec L\u2019albatros (Leméac), Marguerite Andersen pour La vie devant elles (Prise de parole), France Daigle avec Pour sûr (Boréal), Lise Gaboury-Diallo avec Les enfants de Tantale, Jocelyne Saucier pour II pleuvait des oiseaux (XYZ) et Daniel Castillo Durante pour Le silence obscène des miroirs.Chaque semaine.Le Devoir présente dans son cahier Livres une des œuvres en nomination.Cette semaine: Le silence obscène des miroirs de Daniel Castillo Durante et La vie devant elles de Marguerite Andersen.La vie devant elles de Marguerite Andersen Elle a 85 ans.Elle a signé tant de la poésie que des nouvelles, des essais et du théâtre.Globe-trotter, elle a vécu ,en Allemagne, ,en Tunisie, aux États-Unis, en Éthiopie, en France, en Grande-Bretagne, au Québec.Installée désormais à Toronto, Marguerite Andersen reste fort intéressée, comme auteure, aux parcours de femmes et aux frottements çntre les races et les cultures.Éditrice de la revue de nouvelles Virages, elle a remporté en 2008 le Prix des lecteurs Radio-Canada pour son roman Le figuier sur le toit (Interligne).C\u2019est sur l\u2019avenir que se penche Marguerite Andersen dans La vie devant elles.Celle dont le parcours romanesque est axé sur l\u2019autofiction se met encore en pages, mais laisse la part belle à ses petites-filles, dont elle s\u2019inspire pour parler de la génération actuelle des 25-35 ans.C\u2019est donc aux parcours de Claire, d\u2019Ariane et d\u2019Isa que s\u2019attache le lecteur, à leurs réglés où surgissent les thèmes de la préservation de la nature, de la mondialisation, de l\u2019écologie, de Injustice sociale et du métissage culturel.Marguerite Andersen 1 cl VK\u2018 Jetant elles «Il s\u2019agit de clans, je pense, écrit Andersen par la voix d\u2019Ariane, que Le Petit Robert définit comme un petit groupe de personnes qui ont des idées, des goûts communs.Mais, merde, mes sœurs, mon frère, mes parents, ma grand-mère, on n\u2019a que quelques idées et quelques goûts communs.» LA VIE DEVANT ELLES Marguerite Andersen Prise de parole Sudbury, 2011,268 pages Félicitations à Geneviève Jannelle ,Ë! ^\tMARCHANI Laureate du Prix de la nouvelle RADIO-CANADA 2012\t, et auteure du roman\t11 Sj « T T t ^rW 0 m\t^\tc\u2019est Marie-Antoinette qui prend le thé avec Carrie Bradshaw, Salvatore Ferragamo Wrw/\tet Quentin Tarantino sur la terrasse du toit de l\u2019hôtel Saint-James, à Montréal. LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 F 3 LITTERATURE L\u2019amour existe encore Danielle Laurin Cm est écrit sur la ^ couverture: roman.Alors, oui, admettons que L\u2019Anglais soit bel et bien un roman.Un roman-roman.Une pure fiction.Même si subsiste dans toute fiction une part de vérité, une part d\u2019autobiographie déguisée, n\u2019est-ce pas?Peu importe.Jouons le jeu.Même si, dans ce cas-ci, ça tient davantage de l\u2019autofiction: l\u2019au-teure se met elle-même en scène, avec toutes les particularités qu\u2019on lui connaît.C\u2019est-à-dire: polémiste québécoise, grande gueule intempestive, qui carbure à la controverse, qui aime provoquer.Chroniqueuse dans un quotidien montréalais (devinez lequel).Essayiste.Romancière.Publiée en France, souvent invitée là-bas.Anticléricale.Féministe.Et cetera.L\u2019auteure va jusqu\u2019à se désigner par ses propres initiales, D.B.Difficile de passer à côté.Difficile de ne pas entendre, de ne pas voir, derrière la narratrice qui nous ouvre la porte de son intimité, Denise Bombardier.Mais passons.L\u2019autofiction sert aussi à cela.A faire de soi-même,un personnage à part entière.A magnifier sa propre vie, ses amours, ses déboires, ses angoisses, ses désirs, ses accomplissements.Tout est permis.Tout est une question d\u2019écriture, n\u2019est-ce pas?Encore un pas de plus, encore un petit effort.Tâchons de ne pas nous attarder aux accusations de plagiat dont l\u2019auteu-re est actuellement l\u2019objet concernant le petit livre qu\u2019elle a écrit l\u2019automne dernier avec la Française Françoise Laborde dans la foulée de ce qu\u2019on a appelé l\u2019affaire DSK: Ne vous taisez plus.Rien à voir avec L\u2019Anglais, à vrai dire.Sauf que le roman sort dans ce contexte-là.Ça nous titille, ça nous interpelle, quand même.Ça brouille les cartes.Ça fait beaucoup, je sais.Mais supposons que nous puissions entrer sans a priori dans L\u2019Anglais.Supposons que nous puissions faire abstraction de l\u2019image médiatique de son auteure, mettre de côté sa notoriété mise à mal, la raillerie qu\u2019eUe suscite.Faisons comme si.Comme si nous pouvions oublier tout ce qui précède.Et même, oublier les romans précédents de Denise Bombardier, pas toujours réussis, convaincants, pas nécessairement à la hauteur de sa verve comme polémiste, comme essayiste.Alors, L\u2019Anglais, c\u2019est quoi?Un roman d\u2019amour.L\u2019histoire d\u2019une rencontre fabuleuse, inattendue, entre un homme et une femme.Deux êtres que tout sépare au départ.Ou presque.Elle est Québécoise, fl est Anglais, mais voue une passion à la langue française, connaît bien ffiistoire du Qué- fl bec.Comme elle, il est fasciné par la France.Et ils ont tous les deux reçu une éducation catholique.Voilà pour ce qui les rapproche.Pour le reste: elle est une intellectuelle en vue, elle est pour le moins colorée, comme je l\u2019ai dit.Et elle aime le luxe, ne s\u2019en cache pas.Tandis que lui est discret, tout en retenue (très British, finalement).Et qu\u2019il a toujours vécu, comme professeur d\u2019université, de façon très dépouillée.Je continue?Au moment de leur rencontre, elle a 50 ans.Elle a six ans de plus que lui.Elle est féministe, se considère comme «une femme libre et affranchie», le crie même sur les toits.Elle a connu bien des passions dévastatrices dans sa vie, a divorcé trois fois.Assez de souffrir! Les hommes, elle en a soupé.Lui est plutôt inexpérimenté en matière de relations amoureuses.A vrai dire, il a vécu jusque-là dans une solitude affective.fl n\u2019a rien du prédateur, du macho, au contraire.Et, ce qui ne gâche rien, il est «beau comme un acteur de cinéma».C\u2019est elle qui raconte.Leur rencontre à Dublin.Leurs retrouvailles à Paris.Leur première nuit, leurs premiers ébats.Leur mariage, l\u2019évolution de leur relation à Montréal.Tout ça.Elle dit sa surprise, son sentiment d\u2019étrangeté, son trouble, son émoi, son excitation, sa joie.C\u2019est par ses yeux à elle qu\u2019on le voit lui, la perle rare, l\u2019âme sœur qu\u2019elle n\u2019attendait plus, celui qu\u2019elle appelle son «homme-miracle».Elle raconte tout au passé.Sauf pour la dernière phrase du livre, qui inscrit leur histoire dans le présent.Dans la continuité.Ce pourrait être l\u2019histoire d\u2019une transformation.La transformation d\u2019une femme par un homme, par l\u2019amour, le vrai, enfin.Roman à l\u2019eau de rose?On peut dire ça.L\u2019arrivée du prince charmant sur son cheval blanc, quoi! La narratrice elle-même parle de conte de fées.Et n\u2019hésite pas à faire appel au destin.Ça revient comme un leitmotiv, du début à la fin du roman.Ainsi, le premier matin à Paris: «Comment aurais-je pu deviner à cet instant que cet homme savait qu\u2019il était face à son destin et qu\u2019il avait la conviction absolue que fêtais celle qui lui était destinée?» Puis, tandis qu\u2019elle se languit de lui, alors qu\u2019ü est retourné à Dublin et qu\u2019elle est de retour à Montréal, songeant à ce à quoi elle n\u2019a jamais vraiment cessé de croire au fond d\u2019elle-même depuis sa jeunesse: «Il existait, quelque part, un homme qui m\u2019était destiné, un homme qui m\u2019accompagnerait jusqu\u2019à mon dernier souffle.» Ouf! Et ça continue.«Il réagissait toujours comme si nous avions Le Plus-qux-vivant iJiiitaulines LIBRAIRIE Le 6 avril 15 h Poésie de Francine Carrillo sur les Sept dernières paroles du Christ Lecture accompagnée de musique sacrée Avec Jacques Baril, comédien.Contribution suggérée : 5 $ Beaucoup plus qu'une librairie ! 2661 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 ACHAT À DOMICILE - VENTE - ÉVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LIL/^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Globai, Corbeil, Du Silence, Erta, La Frégate- Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives la vie devant nom alors que l\u2019angoisse sourde que le destin nous arrache l\u2019un à l\u2019autre portait une légère ombre à mon nouveau bonheur.» Ainsi de suite.Destin, quand tu nous tiens.Ça va loin.Ça va jusqu\u2019au mysticisme.Jusqu\u2019au sacré.Quand, par exemple, à nouveau séparée de lui, elle engage un dialogue intérieur avec l\u2019absent qui continue de l\u2019habiter.«En fait, je vivais sa présence en moi comme d\u2019autres ressentent celle de Dieu.Il habitait mon esprit, mon cœur, ma raison, sans oublier mon corps.» «Je l\u2019aimais divinement», poursuit-elle.Quant à leur union, célébrée civilement en France puis dans une église catholique au Québec, avec bouquetières, dame d\u2019honneur et tout: «J\u2019accordais à ce mariage une dimension sacrée.» Pas de cynisme, ici.Une désarmante authenticité.Et cette façon, quand même, de se regarder avec amusement.Du genre: «Une mariée quinquagénaire, ayant mené le combat de l\u2019égalité des sexes, de la décléricalisation du Québec et de la libération sexuelle, remontant la nef pour s\u2019agenouiller au pied de l\u2019autel afin de reprendre époux devant Dieu en désarçonnait plus d\u2019un.» Qn sent surtout, derrière, un désir d\u2019aUer au bout de quelque chose.Un désir de trouver les mots, le rythme, la façon, pour raconter quelque chose de plus grand que soi, qui dépasserait l\u2019entendement.Sans doute un désir, aussi, de montrer que l\u2019amour existe encore (air connu).Même pour une femme à partir de 50 ans.Même que cela pourrait s\u2019avérer, ô miracle, ô mon Dieu, au-delà de tout ce qu\u2019elle n\u2019a jamais osé espérer.Roman à l\u2019eau de rose, oui.Pour ne pas dire à l\u2019eau bénite.Mais assumé.Complètement.Venant de Denise Bombardier, puisqu\u2019il faut quand même revenir à elle, ça étonne, quand même.Et, à vrai dire, ça lui réussit plutôt bien: comme romancière, elle n\u2019a jamais été aussi fluide.Elle parvient même à nous convaincre qu\u2019eUe s\u2019étonne d\u2019elle-même, qu\u2019elle s\u2019étonne elle-même de sa transformation.A ce point-là, on ne parle plus simplement de transformation, mais de transfiguration.L\u2019ANGLAIS Denise Bombardier Robert Laffont Paris, 2012,186 pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE L\u2019art de l\u2019émulsion CHRISTIAN DESMEULES Cy est peut-être le mouvement du poignet qui fait la différence.Pour le reste, un peu de papier, une cuillère à café de talent, un peu d\u2019imagination.Puis mélanger à la fourchette, au fouet ou au batteur électrique, en ajoutant peu à peu de l\u2019encre.Fabriquer un livre ou réussir une mayonnaise, même combat?«Comment mélanger deux substances qui ne se mélangent pas?Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?L\u2019œuf ou la poule?» Deuxième volume d\u2019une trilogie-hommage à l\u2019écrivain américain Richard Brautigan {«le dernier des beatniks») amorcée l\u2019an dernier avec Hongrie Hollywood Express, Mayonnaise d\u2019Eric Plamondon nous ramène avec plaisir Gabriel Rivages, 41 ans, sorte d\u2019alter ego de l\u2019auteur et personnage un peu fantomatique, écrasé par sa fascination maniaque pour l\u2019écrivain américain.Mais derrière l\u2019agilité bondissante et l\u2019éclectisme du roman, on respire un parfum léger de crise existentielle.Parfum alourdi par le souvenir du suicide de Brautigan en 1984 à l\u2019âge de 49 ans, mais également par les questionnements féconds d\u2019un narrateur qui s\u2019exerce au bilan de milieu de vie.Mayonnaise est aussi une biographie hagiographique et galopante de Brautigan, dont le «style respire la liberté à pleine page».Ainsi: «Tout ce qui brille n\u2019est pas or, mais les poèmes de Brautigan ont cette propriété qui attire les enfants.Ils possèdent cette lumière qui nous donne envie, depuis la naissance, de toucher tout ce qui brille.» Et la Californie, ça brille beaucoup: du soleil à longueur d\u2019année, des dents blanches, des carrosseries chromées.Les machines à coudre et les machines à écrire (dont il est aussi question dans le livre) brillent elles aussi avec l\u2019éclat du métal et les promesses d\u2019un avenir plus que radieux.Mais soyons honnête: il est aussi difficile de résumer le roman d\u2019Eric Plamondon que de découper en tranches parfaites ceux de Brautigan.En 113 courts chapitres \u2014 qui font rarement plus de deux pages \u2014, Mayonnaise compose un hymne à l\u2019exception et à l\u2019oblique.Ce livre court et réjouissant emprunte une partie Caroline Lamarche Jean-Marc Desgent Paul Chamberland Étienne Lalonde Pierre Senges Guy Cloutier Éric Méchoulan Thomas Mainguy Katrina Kalda Paul Chanel Malenfant Laurence C.Theriault Jean Désy Mona Latif-Ghattas Naïm Kattan Hommage à Jean-Guy Pilon Hélène Dorion Pierre Morency Fernand Ouellette Monique LaRue Madeleine Monette Francine D'amour Martine Audet Patrick Lafontaine ICONOGRAPHIE: Berlinde De Bruyckere En vente dans toutes les librairies.Le numéro : 10 $.Lancement, lectures et Hommage àJean-Guy Pilon 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasionObelInet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheuidoccasion NUMER0134 / Mardi 3 avril 2012 de19h00à21h00 à la Maison des écrivains (UNEQ) 3492, avenue Laval, Montréal En présence de la plupart des auteurs LE QUARTANIER RODOLPHE ESCHER Mayonnaise est le deuxième volume d\u2019une trilogie-hommage à l\u2019écrivain américain Richard Brautigan («le dernier des heatniks») amorcée l\u2019an dernier avec Hongrie Hollywood Express.de sa structure éclatée à La pêche à la truite en Amérique, le premier roman écrit par Brautigan \u2014 roman qui d\u2019ailleurs se termine par le mot «mayonnaise».Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019extraits du Manuel de procédures de la police d\u2019Eugene, Qregon, de souvenirs de pêche à la truite ou du jour où Gabriel Rivages a reçu en cadeau de son père une carabine à plombs ou de réflexions sur la filiation (un thème qui traverse tout le livre), Plamondon, on l\u2019aura compris, fait flèche de tout le bois qu\u2019il peut trouver.«Brautigan écrit comme il pêche.Il nous appâte avec un dé- tail et file dans la vie et la mort.Au dernier moment, il ferre d\u2019un trait d\u2019humour.Il nous tire de la rêverie comme une truite hors du torrent.» Le livre?La mayonnaise?«Parfois elle prend, parfois elle ne prend pas.» Ça dépend du mouvement qu\u2019on imprime à son outil, de l\u2019insouciance calculée.A ce jeu-là, Plamondon est assez fort.Collaborateur du Devoir LYONNAISE Eric Plamondon Le Quartanier Montréal, 2012,214 pages F^^Gaspard-LE DEVOIR ÂLMARÈS RANG Dn 19 au 25 mars 2012 AUIEUR/ÉDITEUR Romans québécois\t\t I S Volte-face et malaises\tRafaéle Germain/Ubre Expression\t-71 2 GabyBemler*Tome1 1909-1927\tPauline Gill/Québec Amérique\t-71 3 En 1837, j\u2019avais dix-sept ans\tFrancine Ouellette/Ubre Expression\t274 4 Petals'pub\tAriette Cousture/Ubre Expression\t1/9 5 La saline \u2022 Terne 11mposture\tLouise Lacoursiéie/Ubie Expression\t-71 6 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 1 Sylvie\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t3/3 7 La vie épicée de Chariotte Lavigne \u2022 Tome 2.\tNathalie Rov/Libre Expression\t4/5 8 Voir Québec et mourir\tJean-Michel David/Hurtubise\t-71 9 Oui, le le veux.et vite!\tAmélie Dubois/Les Éditeurs réunis\t-71 10 A.N.G.E \u2022 Tome 10 Obscuritas\tAnne Robillard/Wellan\t5711 Romans étrangers\t\t 1 S Hôtel Adlon\tPhilip Ken/Du Masque\t1/9 2 Sous haute tension\tHaifan Coben/Belfond\t2/3 3 Les anges de New Ybrk\tRoqer Jon Ellory/Sonatine\t7/6 4 À la trace\tDeon Meyer/Seuil\t4/3 5 Journal d'un corps\tDaniel Pennac/Gallimatd\t-n 6 StorvlBlIer\tJames SieqeI/Chemhe Midi\t5/7 7 Friiid d'enfer\tRichard CasUe/City\t6/4 8 Le novice\tIhich Nhât Hanh/Le Jour\t3/2 9 Le monastère oublié\tSteve Betiv/Chemhe Midi\t-71 10 L\u2019or de Sparte\tClive Cussler | Graot Blackwood/Grasset\t8/2 Essais québécois\t\t 1 I C'était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t2/7 2 Le petit tricheur.Robert Bourassa derrière le masgue\tJean-Fraocois Usée/Québec Amérique\t5/5 3 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François Usée/Alain Stanké\t4/9 4 Rn de cycle.Aux origines du malaise politigue guébécois\tMathieu Bock-Cfité/Boréal\t1/5 5 L'art presque perdu de ne rien faite\tDany Lafetriére/Boréal\t3/16 6 Un cynique chez les lyriques.Denys Arcand et le Québec\tCari Betgeten/Botéal\t6/2 7 L'État contre les ieunes.Comment les babv-boomets.\tÉric Duhaime/VLB\t8/9 8 Liliane est au lycée.Est-il indispensable d'ôtie cultivé?\tNonnand Baillargeon/Flammarion\t-n 9 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec\tAndré Cédilot I André Noél/Homme\t10/74 10 Université inc.Des mythes sur la hausse des hais.\tEric Martin | Maxime Ouellet/Lux\t9/6 \"?^Essais étrangers\t\t 1 I Une histoire populaire de l'humanité\tChris Hannan/Boréal\t1/8 2 L\u2019ordre libertaire.La vie philosophique d'Albert Camus\tMichel Onhay/Flammarion\t2/3 3 Petit cours d'autodéfense en économiaLabc du capitalisme\tJim Stanfbrd/Lux\tB/2D 4 Indignez-vousi (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigéne\t3/6 5 L\u2019art de ne pas être un éooïste\tRichard David Precht/Belfend\t5/3 6 Manifeste féministe\tLaure Adler/Autrement\t-n 7 Le sanglot de l'homme noir\tAlain Mabanckou/Fayard\t8/3 8 Une rencontre\tMilan Kundera/Gallimard\t-71 9 Les ennemis intimes de la démocratie\tTzvetan Todorov/Robort Laffont 1 VétsiliD\t-71 10 Humaio.Une enquête philosophique sur ces révolutions.\tMonique Atlan | Roger-Pol Droil/Flammarion\t-/I sur lus ventes de livres frengeis au Canada.Ce palmarès est extrait de fôpn/ et est constitié des relevés de caisse de 177 points de vente, la BRF reçoit un soutien financter de Ratrimetne canadien pour le projet Bssj^.© BIIF, toute tepioductian totale ou partielle est Interdite F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 LITTERATURE Bande dessinée Président à la place du calife FABIEN DEGLISE Avec sa petite taille légendaire, son agressivité assumée, sa suffisance, son insolence, son goût pour la torture, la manigance et la perfidie, l\u2019ignoble Vizir Iznogoud n\u2019avait aucune chance de devenir «calife à la place du calife», comme il aime le hurler depuis un demi-siècle maintenant.Tous ses attributs le disposaient plutôt depuis sa naissance à une chose: devenir.président à la place du calife.Et bien sûr, toutes ressemblances avec un président existant ne pourraient être que volontaires.Heureusement.Dans ces 29®\" aventures de l\u2019affreux jojo de Bagdad, simplement intitulées Iznogoud président QMAV éditions), c\u2019est Nicolas Tabary, fils de Jean, cocréateur de cette savoureuse série avec René Goscinny, qui prend le contrôle du tapis volant pour conduire le célèbre vizir au bout de ce nouveau destin.Le scénario est signé Nicolas Canteloup et Laurent Vassulian.Ces chroniques de Bagdad sont loufoques.On y retrouve l\u2019infâme qui, par un concours de circonstances et à cause d\u2019un psychanalyste foireux, va s\u2019engager dans ime course à la présidence du califat face à son tendre ennemi, le bon Haroim El Poussah.Pour déjouer les sondages délâvorables, le petit homme va soudoyer Shéhérazade pour s\u2019exhiber à ses côtés sur les couvertures des magazines populaires, va faire des promesses complaisantes et va sur- tout devoir cacher sa vraie nature, tout en composant avec im réseau de boucs et de truies im peu trop bavards dans la ville, les Pes-Boucs et les Truie-Teur.Ce sont les grandes lignes.Gentiment irrévérencieux, subtilement caustique, mais pas totalement désopilant, ce nouveau chapitre dans la vie d\u2019Izno-goud réussit facilement son inscription dans le présent avec une mise à jour efficace de cette course vaine et effrénée au pouvoir suprême qui conserve le ton, l\u2019esprit et l\u2019humour calam-bouresque de cette oeuvre marquante du 9® art qui célèbre cette aimée ses 50 ans d\u2019existence.Les sceptiques pourront d\u2019ailleurs le constater par eux-mêmes en replongeant dans le passé d\u2019Iznogoud par l\u2019entremise de ces 25 histoires de Goscinny et Tabary de 1962 à 1978 qu\u2019IMAV éditions vient de lancer sur le marché.La brique rassemble des centaines de planches publiées dans les magazines Record \u2014 oû Iznogoud a vu le jour en 1962 \u2014, Pilote et Pilote mensuel, mais aussi quelques pépites de pure folie, comme Les œufs d\u2019Ur, une histoire rare présentée en face à lace avec le scénario original posé sur papier en 1977 par Goscinny et livré à son pote huit jours avant sa mort Le Devoir IZNOGOUD PRÉSIDENT Tabary, Canteloup et Vassilian MAV éditions Paris, 2012,48 pages IL'ÉCIIANGt Félicitations à Yves Morin, lauréat du Prix de la création 2012 (Ville de Québec/Salon international du livre de Québec) Yves Morin urs tigres ».\t[ ttlUt ! i tfcj -J ^ « Quel grand roman! » Didier Fessou, Le Soleil U a m a c .AUSSI DISPONIBLE EN FORMATS PDF ET EPUB www Conseil des Arts ?C .C E\tdu Canada CORPS SUSPECT, CORPS DEVIANT sous la direction de Sylvie Frigon préface de David Le Breton Comment les discours et pratiques disciplinaires construisent-ils le corps déviant, le corps du mal ?Douze textes pour cerner la question.Disponible chez votre libraire dès le 2 avril stkis j^ifFrecùon de SyKde Frigon Corps suspect, corps déviant T » -^ .ISBN 978-2-89091-344-8 - 320 p.- 24,95 $ les éditions du remue-ménage |\u2018 www.editions-rm.ca Corps en spectacle L\u2019auteur à succès Daniel Pennac ne manque pas de ressort.On croit avoir fait le tour de son jardin, mais son humour s\u2019enflamme toujours comme de l\u2019amadou.Chez Annie Saumont, les personnages frétillent aussi comme des poissons hors de l\u2019eau.GUYLAINE MASSOUTRE Chaque réveil m\u2019est une promesse d\u2019endormissement.Entre deux sommes, je flotte.» C\u2019est l\u2019impression que donne la fiction: tenir entre deux rêves.Cette phrase de Daniel Pennac caractérise le nouveau personnage de Journal d\u2019un corps, à côté de la vie ordinaire.Il y a vingt ans.Comme un roman faisait à la littérature sérieuse l\u2019effet d\u2019un coup de torchon: il remportait le pari de donner le goût de lire aux ânes qui, comme lui à leur âge, détestent l\u2019école.Il avait entamé la saga de Ma-laussène et ses amis en 1985, écrit des livres pour enfants dès 1979 ef depuis, il a signé quantité de livres fantaisistes, drôles et insolents.On aime citer sa réussite dans des classes difficiles; il a fait aimer Belleville et les jeunes de tout acabit.Avec lui, on relit Bartelby, on va au théâtre et on invente.des travaux scolaires.En 2008, le festival Metropolis bleu lui décernait son Grand Prix, confirmant sa renommée internationale.Il faut rester jeune d\u2019esprit pour aimer Pennac.Rien de tel que ses premières pages pour éclater de rire.Les bêtises de ses personnages ne s\u2019inventent pas! Sa fontaine de Jouvence?Il est un formidable raconteur, gentiment vulgaire, mauvais genre, amateur de fausse logique, de truismes retournés et de gags parodiques.Pennac écrit depuis 15 ans dans un petit studio de la rue Mouffetard.Ce Journal d\u2019un corps, il l\u2019a peaufiné pendant quatre ans, lentement, pour joindre le passé et l\u2019avenir, le temps singulier d\u2019un personnage ficelé de toute la famille fictive (les Pennac.A 67 ans, un auteur peut regarder le monde avec justesse et détachement.Chez lui, l\u2019étonnement demeure de vivre des PEDRO RUIZ LE DEVOIR Daniel Pennac est un formidable raconteur, gentiment vulgaire, mauvais genre, amateur de fausse logique, de truismes retournés et de gags parodiques.temps nouveaux, le présent contrastant avec l\u2019origine, comme ce corps envahissant un journal, selon l\u2019air ambiant.Le contenu est romanesque, singulier et prosaïque: son personnage se touche, se fait voir et entendre, se parle et se regarde de 12 ans à 87 ans.On l\u2019a déjà lu, on le retrouve tel qu\u2019en lui-même, changeant à l\u2019identique, faisant la comédie, son cinéma.Verve en bouche Le tapis du salon: ce sont des silhouettes, des tracés croqués avec précision, incisifs, burinés et taillés au scalpel.Elles marchent toutes seules, s\u2019évadent, narguent le bon droit; elles souffrenf mais se débrouillent.Elles font 19 nouvelles \u2014 35 volumes à ce jour \u2014, signées Annie Saumont.Née en 1927 et devenue la plus grande nouvelliste en Erance, cette traductrice de littérature anglo-saxonne (Raymond Carver, Salinger, Nai-paul, Eowles, Gordimer.) n\u2019a pas oublié de faire une œuvre propre.Son modèle?Cortazar, dit la grande voyageuse, admi-rative de l\u2019observateur des bi- zarreries quotidiennes.Sa spécialité est l\u2019adolescence, ses métamorphoses et ses folles aventures de personnalités déjà marquées.Comme Pennac, elle a donné le goût de lire aux jeunes, quoique plus dérangeante.Son humour noir, jamais bon enfanti ne recherche pas le happy end, mais le lecteur actif.Elle raconte ce qui bascule, le drame comme le rien, le hasard ou la chance, le déclic qui restitue l\u2019équilibre mis à mal.Trois de ses nouvelles s\u2019intitulent Le tapis du salon, numérotées 1, IL III sans se suivre.Son style haché, très ponctué, est particulier: on croirait lire des notes, rien ne peut être manqué, comme dans une enquête.Souvent il faut relire le dossier \u2014 le contraire de Pennac, joie des lecteurs paresseux \u2014, voir le jeu du sens et le mot bien placé.Ce mot juste fait toute la différence, le réel, l\u2019impact.Dans Apprivoise-moi, une fillette séduit son agresseur.Vacances est une histoire de jalousie entre sœurs; il y a de la mort dans l\u2019air.Elles sont à la fois typiques et improbables, ces figures tenues sous le vocable de l\u2019émotion.Sur les fleurs du tapis ont lieu des meurtres inexpliqués, courent des assassins aux jours tranquilles, passent des injustices non réparées.Et sous le tapis, la poussière: les déchets du réel que la nouvelliste ramasse avec soin.Ces débris humains font son matériau.On y trouve des oiseaux, des couteaux, des êtres, des poèmes.Il faut lire Les pauvres gens de Victor Hugo, débité en rondins dans On aurait bien aimé réciter un poème.Le prof n\u2019a pas eu de chance, quand un grand est rentré pour le cogner, la petite Lahi, de la classe spéciale, n\u2019a pas vraiment compris si le poème ne parlait pas justement de la vie.Collaboratrice du Devoir JOURNAL D\u2019UN CORPS Daniel Pennac Gallimard Paris, 2012,391 pages LE TAPIS DU SALON Annie Saumont JuUiard Paris, 2012,193 pages POLARS La voix rauque de Deon Meyer MICHEL BELAIR Depuis son apparition sur le radar des amateurs de polars avec Jusqu\u2019au dernier il y a dix ans, Deon Meyer semble s\u2019imposer encore davantage à chacun de ses nouveaux livres.Comme son compatriote J.M.Coetzee, Nobel de littérature en 2003, Meyer parvient à faire de l\u2019Afrique du Sud le principal personnage de ses histoires.Dans A la trace, c\u2019est le corps même de ce territoire immense qui vibre devant nous au premier plan, paysages de mirages en tous genres, de sable et de soleil écrasant.De survivants impossibles aussi, et de vies souvent sauvagement vécues par des hommes et des femmes hors du commun sortis tout droit d\u2019une terre hostile.Trois histoires se recoupent dans ce gros livre magnifiquement traduit de l\u2019afrikaans.Elles mettent chacune en relief un personnage autour duquel s\u2019articule un mondet.Trois territoires sud-africains distincts donc, mais néanmoins reliés, comme on le saisira à la conclusion de cette aventure tenant autant du western et de la vendetta urbaine que du polar et du roman d\u2019espionnage.Par l\u2019entremise de Milia d\u2019abord \u2014 une femme jusque-là anonjmie que l\u2019on voit s\u2019engager dans une vie toute neuve \u2014 , on entre à l\u2019agence de renseignement du Cap oû elle travaille comme rédactrice: en compilant un «profil», elle y rencontre un homme qui fait prendre une tournure imprévisible à son existence.Guerres entre services ou entre bandes rivales, trafic de diamants et d\u2019animaux protégés, terrorisme international, tout se recoupe dans cette histoire improbable.Encore plus lorsque l\u2019on y voit apparaître Lemmer, cet aventurier aux allures de justicier que Meyer nous a fait rencontrer à quelques reprises déjà.Lemmer, «garde du corps» de son étaf se charge ici d\u2019une étrange expédition dans le veld, qui va s\u2019avérer rapidement très risquée: c\u2019est là, alors qu\u2019il protège un convoi de rhinocéros noirs, que le lien se fera pour le lecteur avec la première partie du récit.Brutalement, on passe de l\u2019activisme vert au complot terroriste à grande échelle! Cette double intrigue déjà fort étoffée ne trouvera toutefois son sens que dans la toute dernière partie du roman, alors que surgit une autre connaissance, un ex-flic cette fois.Mat Joubert, rencontré justement dans Jusqu\u2019au dernier.Devenu «privé», Joubert enquête sur la disparition d\u2019un cadre d\u2019une compagnie de transport: c\u2019est lui qui bouclera la boucle en attachant tous les fils de cette saga qui ne cesse de sauter d\u2019un rebondissement à l\u2019autre.Mais ne nous y trompons pas: même si A la trace raconte une histoire passionnante, c\u2019est d\u2019abord la voix rauque, le rythme échevelé et la chaleur oppressante de ce pays impossible que l\u2019on entendra tout au long.Le Devoir À LA TRACE Deon Meyer Traduit de l\u2019afrikaans par Marin Dorst Seuil Policiers Paris, 2012,722 pages C\u2019est de vie qu\u2019il s\u2019agit GILLES ARCHAMBAULT Est-il spectacle plus affligeant que celui d\u2019un musicien ou d\u2019un comédien dont le jeu nous a transportés et qui se répand dans des entretiens insipides, compromettant ainsi son art même?Ce reproche, on ne pourra le faire à Laurent Ter-zieff, dont on nous offre le contenu des cahiers qu\u2019il rédigeait en marge de son activité de comédien et d\u2019acteur.H s\u2019agit d\u2019un choix que propose Danièle Sastre.Au cinéma, Terzieff a joué dans des films de Bunuel, de Clouzot, de Pasolini, de Carné, de Garrel.C\u2019est toutefois au théâtre qu\u2019il donnera le meilleur de lui-même comme comédien et comme metteur en scène.Actif autant sur les scènes subventionnées qu\u2019au théâtre privé, il s\u2019est rapidement dirigé vers une dramaturgie exigeante, cherchant à faire découvrir et aimqr des auteurs méconnus.A une époque oû les comédiens lisent parfois sur scène des pages extraites d\u2019œuvres littéraires, il professait qu\u2019ils devaient plutôt les mémoriser pour mieux les rendre.Pour avoir assisté à l\u2019une de ses démonstrations, je peux témoigner de l\u2019efficacité de cette conception.Terzieff n\u2019optait pas pour le divertissement poli.H allait au cœur d\u2019une œuvre.Baudelaire, Artaud à vif, rendus par un lecteur devenu comédien habité.Mais pourquoi rendre compte de ces Cahiers de vie dans une chronique vouée à la littérature?C\u2019est tout bonnement qu\u2019en plus de livrer ses convictions au sujet de l\u2019art qu\u2019il pratique, de donner sa vision des univers qu\u2019il veut éclairer, Terzieff est un écrivain.Tout admirateur de Claudel qu\u2019il esf il n\u2019en a pas moins une vision du monde qui exclut l\u2019espoir.«J\u2019ai l\u2019impression de vivre une mauvaise pièce en vivant ma vie \u2014 de même que j\u2019ai le sentiment d\u2019un mauvais roman lorsque je la raconte.Je ne veux pas faire partie des satisfaits.» Des notations de ce genre, on en trouve plusieurs dans ces carnets.«J\u2019ai longtemps fait dans l\u2019éphémère.A présent, je voudrais passer à autre chose.Non que je réprouve mon existence d\u2019homme de théâtre, mais plutôt je sais que si f en restais simplement là, je commencerais à décliner sur le plan spirituel.» Ailleurs, il cite Bernanos qui estimait que «la passion est peut-être vouée à l\u2019infortune, [mais que] c\u2019est une infortune plus grande encore de n\u2019être pas passionné».La vision du monde qu\u2019avait notre homme est très proche de celle d\u2019un Beckett qui affirmait avoir quitté les autres parce qu\u2019il en était le prisonnier puis, s\u2019étant rendu compte qu\u2019il était prisonnier de lui-même, s\u2019était quitté.H y a dans ces réflexions que nous livre un homme aux prises avec une activité créatrice intense une urgence de dire un désarroi et un étonnement de vivre qui sont souvent de haut niveau.On est en présence d\u2019une conscience en éveil.Il écrit: «le jour où je ne serai plus étonné, je ne serai plus vraiment vivant».Un livre qui éclaire le lecteur sur ce que signifierait vivre intensément tout en ayant des lumières parcellaires mais tout de même profondes du mystère qu\u2019est le fait de vivre.Collaborateur du Devoir CAHIERS DE VIE Laurent Terâeff Gallimard Paris, 2011,385 pages LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 F 5 LIVRES Jacques Le Goff j; CrrîT l«?m«gvurcBctc:'^ MuCcriWfiwrOinh ¦iiaCwncvMAth cuira Bert*jBatit0if.CTnn(^ ¦vV-tnanâi' mfca icu 3n?gnn umr >t«r fliKT» muiicr-uu notmc.unu fiiut A la recherche du temps sacré Jacques de Voragine et la Légende dorée HISTOIRE À LA RECHERCHE DU TEMPS SACRE Jacques de Voragine et La légende dorée Jacques Le Goff Perrin Paris, 2011, 279 pages L\u2019historien Jacques Le Goff surprendra toujours par le choix étonnant de ses sujets.Dans À la recherche du temps sacré, le respectable historien s\u2019est consacré cette fois à une lecture de La légende dorée du chroniqueur Jacques de Voragine.Ce livre, aujourd\u2019hui généralement ignoré \u2014 bien qu\u2019il ait fait l\u2019objet d\u2019une réédition récente dans La Pléiade \u2014, est un chef-d\u2019œuvre du Moyen Age, un des plus souvent publiés et traduits en son temps, mis à part la Bible.Dans sa Légende dorée, Voragine lait beaucoup plus que dresser une liste des saints du calendrier.Le Goff montre qu\u2019il applique une véritable méthode d\u2019historien à sa quête de l\u2019histoire des saints ep surtout, que son livre contribue à tisser un rapport entre le temps et la religion.Dans le calendrier perpétuel chrétien dressé par Voragine, Jacques Le Goff constate que l\u2019Église n\u2019investit pas seulement les conscienpes, mais le temps lui-même, en y plaçmt le Christ en son centre.A travers l\u2019histoire de ce rapport du religieux au temps, «un temps positif illuminé par le merveilleux et dirigé vers le salut».Le Çoff ejqilique, entre autres choses, les efforts consacrés au Moyen Age pour trouver la bouche du purgatoire ou encore pour accorder, à travers le calendrier, une meilleure place aux femmes.De ce calendrier, il Jaut admettre qu\u2019il nous reste beaucoup.Un livre aussi curieux que passionnant - Jean-François Nadeau Dictionnaire de la violence DICTIONNAIRE DICTIONNAIRE DE LA VIOLENCE Michela Marzano (sous la dir) PUF Paris, 2011, 1546 pages La philosophe italienne Michela Marzano a dirigé l\u2019édition d\u2019un énorme dictionnaire consacré à la violence.Autour d\u2019elle sont réunis des collègues philosophes, mais aussi des historiens, des juristes, des psychanafystes, des politologues, etc.La violence physique, la plus évidente peut-être, est bien sûr examinée sous toutes ses formes.Mais cela va beaucoup plus loin, du côté notamment des violences d\u2019ordre psychologique.D\u2019une part on trouve donc des entrées auxquelles on s\u2019attend: esclavage, gangs, génocide, pédophilie, torture, génocide, etc.Mais d\u2019autre part plusieurs surprises ponctuent cet ouvrage original.Par exemple, on lira avec intérêt l\u2019analyse du mot «excellence».La notion d\u2019«excellence», explique savamment ce dictionnaire thématique, introduit un principe de hiérarchisation sociale qui, à force d\u2019être agité comme un hochet auquel la population doit répondre, engage les uns à affirmer leur supériorité sur les autres.Dès la petite école, les enJants sont poussés sur un chemin de ^excellence» bien particulier.Le processus de construction de l\u2019idée même d\u2019exceUence prête en effet son concours, du moins dans plusieurs situations, à des scénarios productivistes dont la légitimité n\u2019est pourtant pas toujours acquise.Ce Dictionnaire de la violence est sans conteste un instrument de réflexion à la fois solide et original.- J.-F N JEUNESSE LA VOK D\u2019OR DE L\u2019AFRIQUE Michel Piquemal / Justine Brax Albin Michel jeunesse Paris, 2012, 37pages L\u2019histoire du désormais réputé chanteur malien Salif Keita avait tout pour Jaire un récit séduisant: un enfant pas comme les autres, rejeté, damné, deviendra «la voix d\u2019or de VAfrique».Né Daganhï Fune («maudit albinos» en malien), il déshonore doublement sa lamille de noble descendance en embrassant la musique et le chant des griots.C\u2019est pourtant ce qui le sauvera et le propulsera sur la scène musicale mondiale, d\u2019abord avec le saxophoniste Ti-diani Koné et son Rail Band de la gare de Bamako.Le récit puissant est ponctué d\u2019un doux refrain, «celui qui l\u2019aurait tué aurait tué le cœur même de la musique», et appuyé par les superbes images de Justine Brax.Une belle morale servie par l\u2019exemple même de la vie vraie et vécue.Et cette voix, me demande mon fils, elle ressemble à quoi?Un code QR (code-barre en deux dimensions qu\u2019on peut lire avec son téléphone intelligent) donne accès à un vi-déoclip d\u2019une des chansons de Keita.A la fin du livre, on trouve aussi sa biographie et son message envoyé aux fils du continent africain en 2001.- Frédérique Doyon PATRICE MACHURET Dans la peau de MARINE ^ LE PEN BIOGRAPHIE DANS LA PEAU DE MARINE LE PEN Patrice Machuret Seuil Paris, 2012,204 pages Qui est Marine Le Pen, candidate du Front national Ç^N) à la présidentielle française?Journaliste politique et éditorialiste à France 3, Patrice Machuret en propose un portrait nuancé.Fille cadette de Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN versé dans les provocations idéologiques (sur l\u2019existence des chambres à gaz et sur l\u2019occupation allemande en France), l\u2019avocate Marine Le Pen devient en janvier 2011, présidente du parti d\u2019extrême droite, avec l\u2019intention d\u2019en faire «un parti crédible, un parti de gouvernement, sans scandales à tout-va», de le dédiaboliser.Le programme, grosso modo, reste le même \u2014 rejet de la mondialisation, lutte contre l\u2019insécurité et la délinquance en pointant l\u2019immigration, politique de préférence nationale, rejet de l\u2019euro et retour du franc \u2014, mais l\u2019enrobage devient plus présentable.«Agressive et grande gueule».Marine Le Pen, qui récolte actuellement plus de 10 % des intentions de vote, reste clairement une politicienne d\u2019extrême droite, qui n\u2019hésite pas à jouer la carte de l\u2019anti-islam, moins l\u2019aspérité du paternel.MachureL qui la suit jusque dans son intimité, mène toutefois son enquête avec un tel souci de neutralité que le résultat manque un peu sa cible et ne parvient pas à faire ressortir clairement ce qui fait courir Marine Le Pen.Sur le même sujet vient aussi de paraître Marine Le Pen, une biographie de Caroline Fou-rest et Fiammetta Venner (Grasset) - Louis Cornellier L\u2019Iran d\u2019un penseur planétaire : Daryush Shayegan GEORGES LEROUX Penseur iranien formé en France et partagé entre plusieurs appartenances, Daryush Shayegan s\u2019est surtout fait connaître par ses admirables travaux sur la pensée chiite et l\u2019interprétation de l\u2019œuvre de son maître, Henry Corbin.Le présentant comme le pèlerin occidental venant à la rencontre de l\u2019islam spirituel, il accomplit pour ainsi dire le chemin inverse.Comme Corbin, il voit dans la culture iranienne un monde de symboles où le discours prophétique nourrissant l\u2019attente du sauveur, l\u2019imam caché du chiisme, et la nostalgie d\u2019un paradis perdu se conjuguent dans une gnose messianique qu\u2019on ne trouve nulle part ailleurs.Ce monde de l\u2019Iran classique, celui des poètes et des philosophes, est aujourd\u2019hui recouvert par la chape de plomb d\u2019un régime policier eL plaçant ses pas dans ceux du grand islamologue, Shayegan entreprend à son tour un pèlerinage: comment renouer avec une pensée de liberté, comment faire accéder l\u2019Iran aux sources vives de sa culture?Ce livre, qui recueille dix essais et trois entretiens, s\u2019ouvre sur les révolutions du monde arabe.Quel est aujourd\u2019hui l\u2019espoir de l\u2019Iran, une société complexe, héritière d\u2019une religion «légalitaire» mais aussi d\u2019une mystique poétique riche d\u2019un potentiel libérateur?La vision de Shayegan s\u2019appuie sur une lecture du conflit entre une tradition «idéologi-sée» et l\u2019ouverture aux valeurs universelles promues par l\u2019Qc-cident.Parler de conscience métisse, c\u2019est accepter de dépasser une identité figée dans un passé autoritaire et, comme Mohammed Arkoun, cité ici avec admiration, espérer une phase d\u2019éveil.Est-ce possible?Refuser l\u2019universel, se replier sur le rêve d\u2019une identité perdue, ne peut que conduire à l\u2019échec.Pour Shayegan, tous les aspects de la culture iranienne sont aujourd\u2019hui interpellés par un devoir de démythologisa-tion, seule issue hors du fondamentalisme.Le salafisme, qui sanctifie la violence, n\u2019en constitue que la forme la plus pernicieuse et ne saurait se réclamer du chiisme authentique.Retour aux sources Attentif à la richesse de son héritage poétique et spirituel, Shayegan croit possible de retrouver le sens de la pensée nomade qui habite les mystiques persans, comme Sohravardi.Dans ces textes, l\u2019interprète ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AGENCE ERANCE-PRESSE Pour Daryush Shayegan, tous les aspects de la culture iranienne sont aujourd\u2019hui interpellés par un devoir de démythologisation, seule issue hors du fondamentalisme.veut reconnaître un message d\u2019attente et de miséricorde, une leçon de tolérance et de dialogue.Lisant Hafez, il insiste sur la critique du fanatisme: «Partout est la demeure de l\u2019Ami, la synagogue aussi bien que la mosquée.» Que cette leçon ait été oubliée n\u2019est que la conséquence d\u2019une politisation de la religion, dont l\u2019effet le plus désastreux est la légalisation de tous les aspects du chiisme.Religion des pauvres et des opprimés, il est devenu l\u2019instrument d\u2019oppression des doctes.Comme le Grand Inquisiteur, dont Shayegan reprend ici la légende, le chiisme devint un pouvoir officiel opprimant toute revendication de Hberté.Prisonnier d\u2019un cycle infernal d\u2019humiliation et de ressentiment, l\u2019Iran ne peut espérer accéder à cette liberté qu\u2019en intégrant les valeurs universelles de la laïcité et de la citoyenneté.Privée de la richesse de sa mémoire culturelle, la société iranienne ne peut plus entendre l\u2019appel à l\u2019éveil du chiisme originel, elle n\u2019en connaît que la forme sclérosée.Dans sa belle méditation autobiographique sur sa ville natale, Téhéran, Shayegan appelle à y voir un palimpseste où les traces enfouies peuvent encore être relues et il perçoit dans les aspirations de sa jeunesse les signes d\u2019une mutation capitale.Le réveil du printemps arabe n\u2019est pour lui que l\u2019annonce d\u2019un bouleversement qui atteindra toutes les sociétés islamiques.Auteur d\u2019une étude sur la révolution islamique, parue en 1982, Shayegan avait anticipé le processus de politisation qui arrive aujourd\u2019hui, selon lui, à son point de saturation.Dans ses entretiens avec le phi- En retraçant I histoire des réseaux de soutien au gaullisme à Québec dans les années de guerre, Frédéric Smith éclaire un épisode cmcial des échanges dipiomatiques et intei-iectuels entre une France aux abois et un Québec en devenir.l'Rtnf.Ric.Smith «LA FRANCE APPELLE VOTRE SECOURS» QUÉBEC ET LA FRANCE LIBRE, 19404945 « vlb éditeur Une compagnie de Québécor Media @d itionsvlb.com losophe canadien d\u2019origine iranienne Ramin Jahanbegloo (Sous les ciels du monde.Félin, 1992), Daryush Shayegan apparaît à la fois comme un penseur tributaire des sources persanes dont il espère une libération et comme un philosophe formé à la pensée de Heidegger et de Baudrillard.C\u2019est en quelque sorte depuis ce monde de la pensée critique et existentielle qu\u2019il s\u2019adresse à la jeunesse iranienne, en l\u2019invitant à rompre avec cette «schizophrénie culturelle» qui lui permet, illusoirement, de vivre dans deux mondes contradictoires.Adeptes d\u2019une culture mondialisée, fascinés par les idéologies de l\u2019époque du New Age, ces jeunes demeurent prisonniers d\u2019un dispositif autoritaire qui se réclame de leur tradition messianique millénaire.Ce mythe est une fabrication, et c\u2019est uniquement en le réinter- prétant à compter de son message prophétique que l\u2019illusion pourra être rompue.La conscience métisse que Shayegan promeut riexige pas de renoncer au chiisme, mais de le libérer de l\u2019interprétation légalitaire dont il est captif pour le faire accéder à l\u2019universel.Une voix trop rare s\u2019ejqiri-me ici, il laut la découvrir.Collaborateur du Devoir LA CONSCIENCE MÉTISSE Daryush Shayeg^ Albin Michel, «Bibliothèque des idées» Paris, 2012,258 pages HENRY CORBIN, PENSEUR DE LTSLAM SPIRITUEL Daryush Shageyan Édition revue et corrigée Albin Michel Paris, 2011,428 pages DEUX MANIFESTES POUR LAMITIÉ m} éditeur m} Danielle Trussart Le Grand Jamais Romanichels Danielle Trussart Le Grand Jamais éditeur Wayson Choy Pas maintenant Wayson Choy Pas maintenant www.editionsxyz.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MARS ET DIMANCHE I®*^ AVRIL 2012 BSSAIS Entre la complainte et rengagement Louis Cornellier ssayi^te souverainiste et catholique, Paul-Emile Roy s\u2019inscrit dans la lignée des Fernand Dumont, Pierre Vade-boncœur et Jacques Grand\u2019Maison.Son style n\u2019a pas le souffle ni l\u2019élégance de celui de ses maîtres, mais sa pensée est habitée par une inquiétude spirituelle semblable à la leur.«Nous ne sommes plus dans la Grande Noirceur, nous sommes aveuglés par les lumières rutilantes du bazar», écrit Roy dans La crise spirituelle du Québec, pour résumer sa sombre vision du Québec moderne.La Révolution tranquille, explique-t-il, devait faire accéder le Québec à la modernité et le mener vers sa libération, c\u2019est-à-dire son indépendance.Or, si la modernité technologique a bien pris pied au Québec, le reste du programme aurait échoué.Le Québec actuel, selon Roy, se caractériserait par «l\u2019absence de toute spiritualité, le manque flagrant d\u2019âme et d\u2019idéal», il sombrerait dans la consommation, l\u2019indifférence et l\u2019insignifiance, n\u2019aurait plus d\u2019identité et serait dans un cul-de-sac.Profondément déprimé par cette évolution des choses qu\u2019il explique par «le manque de détermi- On peut, en d\u2019autres termes, d\u2019un point de vue civilisationnel, souhaiter la préservation laïque d\u2019une fidélité à l\u2019héritage \u2014 c\u2019est la position que défendent avec prqfondeur André Comte-Spon-ville et Bernard Emond, par exemple, et qui n\u2019exclut pas la foi individuelle \u2014, mais on s\u2019enfonce dans une stérile attitude réactionnaire en soutenant la thèse selon laquelle le refus de croire à l\u2019existence de Dieu, pour une société, est la source de la ruine de l\u2019âme.C\u2019est là l\u2019erreur de Roy, dont l\u2019ouvrage tourne vite à une apologétique traditionnelle, parfois juste (contre l\u2019oubli de la question de Dieu) et parfois affligeante (bête reprise des positions de l\u2019Église sur l\u2019avortement et l\u2019homosexualité), mais surtout totalement inopérante dans la recherche d\u2019une solution moderne à la crise spirituelle du Québec et de l\u2019Occident.Notre salut, à cet égard, passera par une foi dans la culture (histoire, littérature, philosophie, musique), qui n\u2019exclut certes pas la foi religieuse, mais qui ne s\u2019y résume pas non plus.Nous avons toujours besoin de transcendance, mais la transcendance n\u2019est plus ce qu\u2019elle était ni notre rapport à elle.Aimer son époque Il fait bon, en ce sens, lire le magazine Nouveau Projet, qui vient de lancer son premier numéro.En introduction, le romancier Nicolas Langelier cite Camus, qui refusait la posture chagrine.«Cette époque est la nôtre, écrivait-il, et nous ne pouvons vivre en nous haïssant.» Langelier, même s\u2019il reconnaît les travers de notre époque, donne raison à Camus et nous propose de partir en quête Le Québec actuel, selon Paul-Émile Roy, se caractériserait par «l\u2019absencede toute spiritualité, le manque flagrant d\u2019âme et d\u2019idéal», il sombrerait dans la consommation, l\u2019indifférence et l\u2019insignifiance, n\u2019aurait plus d\u2019identité et serait dans un cul-de-sac nation de nos hommes politiques et la profondeur de notre aliénation nationale», Roy, comme dans ses précédents ouvrages, s\u2019adonne à un exercice de lamentation redondant et assommant.«C\u2019est habité par le sentiment profond de la non-pertinence, de l\u2019inutilité de la pensée dans le monde actuel que j\u2019entreprends la rédaction de ce chapitre, écrit-il.Notre monde ne s\u2019intéresse pas à la pensée, mais à la gestion, à la consommation, au spectacle.» Comme invitation au ressaisissement, on a déjà lu plus stimulant.Roy n\u2019a pas tort de diagnostiquer une crise morale ou spirituelle au Québec, comme ailleurs en Occident, qui s\u2019exprime par une forme de dépossession existentielle liée à la perte du sentiment de la transcendance.Notre société, c\u2019est vrai, ignore la métaphysique, «est obsédée par une certaine efficacité l.], cultive les rapports fonctionnels, se soumet en tout aux lois du marché».Marcel Gauchet, que cite Roy, résume bien le phénomène en écrivant que «le déclin de la religion se paie de la difficulté d\u2019étre soi».Parvenir à penser cette difficulté est justement le défi des penseurs contemporains.Comment, en effet, survivre spirituellement au déclin de la religion traditionnelle?Que serait une métaphysique pour aujourd\u2019hui?Or Roy ne relève pas le défi.Il se contente de prôner un retour à l\u2019héritage catholique du Québec, que nous aurions eu la faiblesse d\u2019oublier et sans lequel tout perd son sens.S\u2019il s\u2019agissait de plaider pour que les Québécois connaissent et assument mieux leur histoire, admettent que la culture qui les a fait être ce qu\u2019ils sont est en grande partie déterminée par le catholicisme, on ne pourrait qu\u2019acquiescer.Notre monde est peut-être désenchanté, mais il a des sources qui continuent de l\u2019irriguer.Les reconnaître permettrait de les actualiser pour guider une quête identitaire moderne cohérente, substantielle et signifiante.d\u2019une narration cohérente, qui n\u2019exclut pas la spiritualité, pour mieux comprendre notre temps, apprendre à l\u2019aimer et «changer ce qu\u2019on peut».Le monde, écrit le philosophe Jocelyn Maclu-re, est peut-être désenchanté, mais «la propension de l\u2019esprit humain à chercher quelque chose qui dépasse ou transcende l\u2019existence matérielle s\u2019est montrée remarquablement résiliente».La modernité, cependant, est synonyme de «diversité des visions du monde et des conceptions de la vie bonne».Ce pluralisme de fait rend plus malaisé le défi de vivre ensemble et nous impose un questionnement individuel sur notre propre conception de la vie bonne.«Aucune des réponses à cette question Idu sens de la vie] n\u2019est à l\u2019abri de la critique et de la contestation», remarque Charles Taylor.Ceux qui ont la foi considèrent ainsi qu\u2019une ouverture sur la transcendance manque aux non-croyants.Ces derniers, à leur tour, déplorent que les croyants règlent un peu vite la question du sens de la vie, tapi dans l\u2019immanence.Les intégristes, de part et d\u2019autre, refusent le dialogue, tuent le doute et se renforcent dans leur mutuelle exclusion.Une autre alliance, écrit le grand philosophe, est pourtant possible.«Soupçonner que la \u201cplénitude\u201d puisse se vivre de différentes façons nous pousse, que l\u2019on soit croyant ou non, vers des échanges mutuellement enrichissants qui élargissent notre capacité à reconnaître l\u2019humanité là où elle se trouve», écrit Taylor.La fraternité des «chercheurs de sens anxieux» sera l\u2019honneur de la modernité.louisco@sympatico.ca LA CRISE SPIRITUELLE DU QUÉBEC Paul-Émile Roy Bellarmin Anjou, 2012,180 pages NOUVEAU PROJET Printemps-été 2012 Ce que démasque la poursuite-bâillon Ici, on les appelle les poursuites-bâillons.Aux États-Unis, on les désigne par une onomatopée qui évoque le cadenas: «SLAPP», pour Strategie lawsuit against public participation.Normand Landry leur consacre un livre où il traite notamment de la fameuse poursuite contre son éditeur, Écosociété.Il fait de l\u2019intimidation judiciaire le symptôme des maux qui accablent la justice en soi, inégalité sociale et tyrannie.Ce provocateur est un sage.MICHEL LAPIERRE Landry donne à son essai SIAPP, issu de sa thèse de doctorat, un sous-titre très parlant Bâillonnement et répression judiciaire du discours politique.Ces seuls mots dépoussièrent déjà deux maximes du XVIIL siècle, dont Nor™\u201edLa\u201ed, se réclame le jeune spécialiste en nous révélant leur actualité insoupçonnée.La première est de Montesquieu: «E n\u2019y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l\u2019on exerce à l\u2019ombre des lois et avec les couleurs de la justice.» Dans l\u2019autre, Chamfort, cher à Camus, va encore plus loin: «La justice des hommes est toujours une forme de pouvoir.» Conscient de l\u2019importance d\u2019adopter des lois contre les pour-suites-bâillon, Landry soutient toutefois qu\u2019ü ne s\u2019agit que de pal-liatife.Elles nous font en effet ou- blier l\u2019essentiel: la faiblesse intrinsèque d\u2019une justice qui favorise les riches.L\u2019auteur reste fier de souligner que le Québec adopta, en 2009, la Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l\u2019utilisation abusive des tribunaux et favoriser le respect de la liberté d\u2019expression et la participation des citoyens aux débats publics.Elle est le fruit des pressions d\u2019un regroupement anti-poursuites-bâillons.La coalition citoyenne ré-iinissait entre autres, l\u2019éditeur Écosociété, victime d\u2019une poursuite de 6 millions intentée par la société minière torontoise Barrick Gold pour avoir publié un livre critiquant les activités de celle-ci en Afrique, et l\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, à qui l\u2019American Iron and Metal réclamait 5 millions à la suite d\u2019une campagne écologiste contre la contamination de la rivière Etchemin.André Bélisle, président de la société environnementaliste, préface le livre dans lequel Landry a l\u2019acuité de définir les poursuites-bâillons comme «un processus de PRIVATISATION fUDICIAIRE DES DÉBATS PUBLICS».Si le Québec est la seule province canadienne dotée d\u2019une loi anti-poursuites-bâillons, il reste soumis aux contradictions du système juridique.Même les États-Unis, pionniers dans la lutte contre la judiciarisation indue, connaissent un imbroglio.Leur histoire sociale et constitutionnelle mélange le privé avec le public.Comme l\u2019explique Landry, l\u2019esprit américain encourage, au nom de la liberté commerciale ou industrielle, le recours hâtif et stratégique au tribunal pour la défendre.Mais ü le fait contre le droit de pétition, garanti par la Constitution du pays au citoyen lésé par le système.La justice est un pouvoir, surtout parce qu\u2019elle est un casse-tête.Collaborateur du Devoir SLAPP Normand Landry Écosociété Montréal, 2012,212 pages Conflits sur les rives du Saint-Laurent DAVE NOEL AU XVIIL siècle, le juriste français Claude-Joseph de Ferrière suggère aux magistrats d\u2019être cléments envers ce que nous pourrions qualifier aujourd\u2019hui de «jeunes contrevenants» puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un âge où l\u2019on ne perçoit «qu\u2019imparfaitement la lumière de la raison».Ce précepte semble avoir été appliqué en Nouvelle-France, comme le souligne Jo-sianne Paul dans son dernier ouvrage.Sans différends, point d\u2019harmonie.Situé à la croisée de l\u2019histoire et de la criminologie, cet essai porte sur un aspect peu connu des relations sociales de l\u2019Ancien Régime, soit les mécanismes de règlement de conflits en vigueur dans la vallée du Saint-Laurent aux XVIL et XVIIL siècles.L\u2019auteur cherche ainsi à aller au-delà de l\u2019étude des structures judiciaires de la Nouvelle-France qui a fait l\u2019objet de nombreux travaux.Selon Josianne Paul, «les habitants de la colonie avaient un rapport plutôt serein au crime puisqu\u2019ils ne le percevaient que d\u2019un point de vue abstrait.Contrairement aux gens d\u2019aujourd\u2019hui, écrit-elle, les colons ne connaissaient pas l\u2019obsession du \u201cchiffre noir\u201d et de la comptabilisation de la criminalité réelle».C\u2019était bien avant que la dépersonnalisation des délinquants découlant de l\u2019hyperurbanisa-tion ne les transforme en «un groupe obscur et menaçant» dont le danger réel est gonflé par certains médias friands de faits divers.En Nouvelle-France, «le criminel est d\u2019abord et avant tout un ennemi de la victime et non une menace pour la société dans son ensemble».Cette époque se distingue également de la nôtre par l\u2019importance accordée à la préservation de l\u2019honneur.En témoigne le cas de Paul Hus, qui exige en 1714 d\u2019être examiné par un magistrat afin de faire taire les rumeurs voulant qu\u2019il ait été marqué de la fleur de lys au fer rouge lorsqu\u2019il habitait dans «l\u2019ancienne france».Les tribunaux de la colonie sont également sollicités pour juger des cas de «rapt de séduction», qui consiste à séduire une femme en lui promettant de la marier.L\u2019évocation de ce délit permet à l\u2019auteur de rappeler l\u2019existence d\u2019une certaine tolérance en Nouvelle-France envers les relations sexuelles précédant le mariage.Ce concubi- nage est toutefois risqué puisqu\u2019il «était ardu pour les jeunes femmes enceintes de faire valoir devant les instances judiciaires qu\u2019elles avaient été séduites sous promesses de mariage».Ces mêmes difficultés surgissent lors des procès pour viol, où l\u2019on assiste à la remise en cause des vertus de la victime comme c\u2019est le cas de nos jours.Bien que résolument campé dans les limites temporelles de l\u2019Ancien Régime, cet essai permet de réfléchir sur le recours accru à l\u2019incarcération des coupables que doit entraîner l\u2019adoption récente du projet de loi C-10.Le contraste avec notre époque est d\u2019autant plus grand qu\u2019en Nouvelle-France les prisons étaient d\u2019abord utilisées pour garder les accusés dans l\u2019attente de leur procès ou de leur châtiment.Le Devoir SANS DIFFÉRENDS, POINT D\u2019HARMONIE Repenser la criminalité EN Nouvelle-France Josianne Paul Septentrion Québec, 2012,356 pages L\u2019extrême dans tous ses états avec la COLLABORAT,5,N De V CTOR PROSE ri_E5_Tai3EES LA MONTÉE AUX EXTRÊMES ESSAI PANORAMIQUE PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA 2012 pour une littérature franco-canadienne W - Lue ÇoÉoan Lts emants \u2018Tantale I Marguer te Andersen La vie devant elles locclyneSauc 11 pleuvait oiseaux DU 10 MARS AU 15 AVRIL 2012 PLONGEZ DANS L\u2019AVENTURE en découvrant les auteurs franco-canadiens de l\u2019heure et courez la chance de gagner un voyage au Costa Rica.Valeur approximative: 4 000$ Détaiis et règiements à Radio-Canada.ca/prixdeslecteurs Radio-Canada remercie les bibliothèques publiques et les librairies participantes BLUE LE DEVOIR feRECF ilPF 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