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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2012-02-04, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 EEVRIER 2012 IDEES Quelle voie emprunter pour soutenir les victimes Page B 5 PHILOSOPHIE Jean-Jacques Rousseau aurait campé avec les indignés Page B 6 PERSPECTIVES à LARS HAGBERG REUTERS Le cas de la famille Shafia dépasse, et de loin, la simple question de Pimmigration.L\u2019après-Shafia Saura-t-on maintenant se donner les moyens d\u2019éviter les crimes d\u2019honneur ?Le modèle néerlandais est nettement Les autorités ne sont pas outillées pour faire face aux crimes d\u2019honneur.Elles devront regarder au-delà du Code criminel pour contenir cette impensable forme de violence dirigée contre les femmes qui osent enfreindre le code moral de leur culture d\u2019origine.BRIAN MYLES Les Pays-Bas ont été confrontés à la réalité des crimes d\u2019honneur en 1999 avec le meurtre de Kezban Veral, abattue en plein jour par un mari qui ne supportait pas le déshonneur de son divorce.La même année, un lycéen d\u2019origine turque a blessé par balle un camarade de classe qui avait commis l\u2019impair de fréquenter sa sœur.Il faudra deux autres assassinats révoltants, en 2003 et 2004, pour que le pays renforce le filet de sécurité autour des femmes immigrantes.Aujourd\u2019hui, les Pays-Bas revendiquent l\u2019une des politiques les plus complètes en matière de lutte contre les crimes d\u2019honneur.Une stratégie comptant trois piliers \u2014 prévention, protection et répression \u2014 a permis d\u2019atteindre un équilibre délicat entre la protection des femmes vulnérables sans pour autant stigmatiser des communautés tout entières, nommément les musulmans, souvent associés aux crimes d\u2019honneur.En effet, la «violence d\u2019honneur» (le terme englobe les crimes et les mariages forcés) traverse plusieurs cultures et elle ne carbure pas nécessairement à la ferveur religieuse.Les Pays-Bas disposent d\u2019un service des crimes d\u2019honneur au sein de la police, d\u2019un Centre national sur la violence liée à l\u2019honneur, d\u2019un réseau d\u2019ONG actives dans la prévention de la violence familiale, des organisations branchées sur leur milieu, quoi.Les écoliers reçoivent une formation, les femmes sont informées des ressources d\u2019hébergement mises à leur disposition.Selon une étude comparative de la sociologue canadienne Anna C.Korteweg (cosignée par Gôkçe Yurdakul) réalisée pour le compte de l\u2019Institut de recherche des Nations unies pour le développement social, le modèle néerlandais est nettement plus efficace et avancé que ceux du Royaume-Uni, de l\u2019Allemagne et du Canada.Ce modèle ne s\u2019est pas mis en place du jour au lendemain.II a fallu plusieurs incidents tragiques avant que ne survienne une prise de conscience plus efficace et avancé que ceux du Royaume-Uni, de l\u2019Allemagne et du Canada nationale dans ce pays doté d\u2019une forte tradition multiculturaliste, comme le Canada.En résumé, les Pays-Bas ont graduellement accepté d\u2019envisager les crimes d\u2019honneur comme une forme de violence tournée vers les femmes, sans pour autant nier que cette violence explose dans un contexte culturel particulier.Amsterdam a résisté à la tentation de réduire le débat à un «problème» d\u2019immigration; les Néerlandais ont vu plus loin que le choc des valeurs entre l\u2019Occident attaché à l\u2019égalité des sexes et l\u2019Orient empêtré dans ses traditions archaïques, ce qui n\u2019est pas un mince exploit quand on connaît là-bas l\u2019importance politique de la droite.Le discours qui stigmatise a toutes les chances d\u2019aboutir à l\u2019adoption de politiques «anti-immigrés ou à des politiques qui les empêchent de s\u2019établir», constate l\u2019étude de Mme Korteweg.Ce genre de discours, que l\u2019on entend dans la bouche du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu (les Shafia «ne peuvent pas être réhabilités dans les valeurs canadiennes», et ils coûteront 10 millions aux contribuables en étant en prison) ou encore dans celle du ministre de la Justice fédéral, Rob Nicholson (ces meurtres sont «barbares et inacceptables au Canada»), témoignent du dégoût et de l\u2019opprobre qu\u2019inspirent les crimes d\u2019honneur.La condamnation sans appel et fort légitime des crimes d\u2019honneur n\u2019empêchera malheureusement pas leur répétition.if Le cancre canadien Le procès et la condamnation pour meurtre de Mohammad Shafia, de sa femme Tooba Yahya et de leur fils Ha-med relèvent de la tragédie grecque.Les filles Shafia (Zainab, Sahar et Gee-ti) ont toutes lancé des appels à l\u2019aide sans être véritablement prises au sérieux.La directrice de l\u2019école Antoine-de-Saint-Exupéry, qui avait informé la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dès 2008, a bien raison d\u2019être «outrée et scandalisée».La DPJ a fermé le dossier des Shafia à deux reprises après que les filles eurent minimisé ou retiré leurs propos au sujet de la crainte que leur inspiraient Mohammad et Hamed.La directrice de la protection de la jeunesse à Montréal, Michelle Dionne, a avoué cette semaine que le crime d\u2019honneur n\u2019était pas «sur le radar» de l\u2019organisme.Confrontée à «un choc culturel», la DPJ n\u2019a pas su reconnaître que les filles Shafia revenaient sur leurs déclarations parce qu\u2019elles avaient peur, à juste titre, de souffrir des conséquences d\u2019une dénonciation.Ce mea-culpa de la DPJ est un pas LARS HAGBERG REUTERS Douze crimes d\u2019honneur ont été recensés depuis 2002 au Canada.dans la bonne direction, à la condition toutefois qu\u2019il s\u2019accompagne d\u2019une prise de conscience globale et d\u2019un changement de perspective dans l\u2019intervention auprès des familles à risque.Dans son étude, la professeure Korteweg porte un jugement sévère sur le modèle canadien.Douze crimes d\u2019honneur ont été recensés depuis 2002 (16 en incluant maintenant les meurtres de Zainab, Sahar, Geeti et Rona).Et pourtant, le débat social sur le crime d\u2019honneur est anémique.Tel était du moins le contexte en 2010, lorsque Mme Korteweg a publié son étude.Elle avait passé en revue la couverture médiatique du meurtre d\u2019Aqsa Parvez, tuée par son père et son frère parce qu\u2019elle refusait de porter le hidjab et qu\u2019elle désirait vivre à l\u2019occidentale.Les médias ont abondamment parlé de l\u2019affaire Parvez sous l\u2019angle de l\u2019intégration des immigrants de confession musulmane et de la nécessité de les protéger de la violence familiale, mais la classe politique n\u2019a pas récupéré l\u2019affaire.Il y a ici une absence de références culturelles dans les débats sur la violence d\u2019honneur.Elle est souvent mise dans le fourre-tout de la violence conjugale ou familiale par certains experts qui abhorrent l\u2019expression «crime d\u2019honneur».Elle est ramenée au féminicide, un crime contre les femmes parce qu\u2019elles sont femmes.Quoi qu\u2019on en dise, violence d\u2019honneur et violence conjugale ne sont pas des concepts interchangeables.A titre d\u2019exemple, la violence conjugale résulte du contrôle qu\u2019un partenaire (trop souvent l\u2019homme) veut exercer sur l\u2019autre.La violence d\u2019honneur est souvent perpétrée par plusieurs membres de la famille, y compris des EGYPTE «Un pays qui se regarde sombrer» JEAN-LOUIS LE TOUZET Henri Boulad, 80 ans, vit à Alexandrie.Il a dirigé le centre jésuite du Caire.Proche des révolutionnaires du printemps arabe ég5q)tien, il revient sur les conséquences politiques de la tragédie du match de foot à Port-Saïd.L\u2019Egypte s\u2019enfonce-t-elle dans le chaos?Cette tragédie révèle dans toute son évidence la déliquescence des pouvoirs.Le CSPA [NDLR: Conseil supérieur des forces armées] s\u2019est totalement discrédité en n\u2019assurant pas la sécurité.Le peuple perd chaque jour le peu de confiance qu\u2019il avait encore dans l\u2019armée, si bien que l\u2019armée pourrait hâter son retrait vers ses casernes puisque dans la rue son inutilité est totalement démontrée.Cette tragédie est aussi le symbole d\u2019une chute libre du pays.C\u2019est le miroir de l\u2019É-gjqite d\u2019aujourd\u2019hui qui navigue dans un épais brouillard.C\u2019est le pays de toutes les inconnues.Je vois autour de moi des gens et des voisins qui cherchent déjà depuis des jours à s\u2019armer dans une logique d\u2019autodéfense.Le gouverneur de Port-Saïd a démissionné.Quand on sait la passion furieuse qu\u2019il y a ici pour le foot! Le gouverneur contemple ce champ de bataille, puis démissionne.Et que dire du laisser-faire coupable des forces de police chargées de la sécurité?Ce match de foot est la parabole d\u2019un pays qui se regarde sombrer, avec des responsables qui refusent de se mouiller et qui se renvoient à la figure les responsabilités.Le popvoir du maréchal Tantaoui ne vaut plus rien.A ce propos, il m\u2019a toujours semblé qu\u2019il était là pour protéger ses anciens supérieurs de cette clique militaro-économique qui entourait Moubarak.Cette mafia militaire, sur laquelle les gens de la rue n\u2019avaient d\u2019ailleurs aucune illusion, est désormais totalement discréditée à la suite de ce drame.Croyez-vous à cette histoire de complot ourdi par d\u2019anciens proches de Moubarak pour fragiliser le pouvoir, comme l\u2019affirment les Frères musulmans?Je ne, crois pas à ces histoires de manipulation.L\u2019Eg5q)te est désormais face à elle-même.Il n\u2019y a pas de soi-disant complot sioniste, américain, de l\u2019étranger, de la part des QNG, que sais-je encore.Toutes ces fameuses forces obscures qui joueraient en sous-main pour déstabiliser le pays n\u2019existent pas.Le pouvoir exécutif et législatif, nouvellement élu, est devant ses propres responsabilités.C\u2019est un test de vérité, que ce drame de Port-Saïd.Einis la campagne électorale et les slogans populistes.La question est: que fait-on maintenant de notre pays qui s\u2019enfonce?Et justement?Je suis inquiet pour les mois qui viennent, mais pour autant, je reste plein d\u2019espérance, car la pureté révolutionnaire n\u2019a pas été souillée.Les jeunes gens de la place Tahrir, certes en nombre insignifiant à l\u2019échelle de la population du pays, sont toujours là et n\u2019ont pas abdiqué.Malgré tout ces accidents et ces drames, je suis persuadé que rien ne sera plus comme avant.La révolution est comme une graine qui s\u2019est glissée dans les interstices de gros blocs de pierre que sont l\u2019armée et la religion.C\u2019est un processus irréversible.Ces jeunes me donnent espoir dans mon pays.Ils me disent: n\u2019aie pas peur malgré ce drame, et cela me redonne confiance en l\u2019homme.Est-ce le moment de vérité pour im Parlement dominé à 70 % par les reli0eux?A eux de jouer désormais pour faire la lumière sur ces événements.Le fameux principe de réalité: nous y sommes.Les Erères musulmans et les salafistes font aujourd\u2019hui face à des problèmes concrets.La sécurité des personnes, par exemple, comme le prouvent ce drame et les derniers faits divers, et surtout, ils doivent s\u2019engager pour le redressement de l\u2019économie.Nous entrons dans la vérité des chiffres, loin des catalogues de promesses et des histoires d\u2019identité liées, à l\u2019islam.Une fois qu\u2019il a été dit que l\u2019islam et l\u2019Eg5^te ne font qu\u2019un, on fait quoi?Toujours ce principe du miroir.Le pays a voté très majoritairement pour les religieux.Le voilà face à lui-même.Vous avez un jour qualifié les Frères de pernicieux.Pourquoi?Je le pense toujours, mais sincèrement, il fallait que les Frères se frottent à l\u2019exercice de la démocratie.Il fallait enfin qu\u2019ils se placent, et j\u2019inclus également les salafistes, dans ce rayon lumineux des élections, car longtemps pourchassés ou écrasés.L\u2019élection a eu lieu.Le pays les attend au travail et il n\u2019est plus question aujourd\u2019hui de se gargariser de slogans.Qr la question qui se pose à eux maintenant est: comment allez-vous, avec les salafistes, retaper le pays?VOIR PAGE B 2: ÉGYPTE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 2012 PERSPECTIVES CRIMES SUITE DE LA PAGE B 1 femmes qui se retournen,t contre leurs propres filles.A ce sujet, l\u2019affaire Shafia en est le plus triste exemple.S\u2019il y a bien un désir rageur de contrôle de l\u2019homme sur la femme dans la violence d\u2019honneur, celle-ci survient après que la «fautive» (à défaut d\u2019un meilleur terme) a brisé le code moral du clan.Elle surgit en réponse à un sentiment d\u2019humiliation et de honte perçu par un patriarche obsédé par les «qu\u2019en-dira-t-on» de sa communauté d\u2019appartenance.A London, en Ontario, un centre d\u2019aide pour les musulmans a pris acte de ces particularités et il s\u2019est tourné vers.la culture des gangs de rue de Chicago pour trouver des solutions.Le Lamily Honor Project s\u2019est inspiré du groupe CeaseLire, qui pratique la médiation sociale dans les rues de la ville des vents, afin de prévenir les rixes meurtrières entre gangs rivaux.Le dénominateur commun?Les membres de gangs et les figures patriarcales attachées à l\u2019honneur se sentent forcés de réagir violemment de peur que leur image et leur réputation ne soient irrémédiablement salies s\u2019ils passent l\u2019éponge sur des manques de respect.Le projet CeaseLire mise sur l\u2019expertise d\u2019ex-membres de gangs, qui sont les mieux placés pour convaincre les petits caïds que le recours à la gâchette entraînera une spirale de violence dont tous les membres de gangs rivaux sortiront perdants.Bref, ils désamorcent la bombe des ego meurtris.Le multiculturalisme mis au pilori L\u2019affaire Shafia ouvre un nouveau débat sur le crime d\u2019honneur.Cette famille d\u2019Afghans installée au Québec n\u2019était pas vraiment portée sur la fréquentation des mosquées.Les quatre femmes noyées au fond d\u2019une écluse à Kingston aspiraient à une vie de liberté; sur plusieurs points elles ressemblaient aux adolescentes ou à la tante bienveillante d\u2019à côté.Comment éviter d\u2019autres manchettes funestes?Sans une saine remise en question du multiculturalisme, il sera difficile de reconnaître les facteurs de risque et d\u2019agir en conséquence.Poussées à l\u2019extrême, les valeurs d\u2019ouverture et de tolérance du multiculturalisme mènent vers l\u2019abîme du relativisme culturel.Elles empêchent l\u2019émergence d\u2019une politique nationale qui reconnaisse, définisse ou cible spécifiquement la violence d\u2019honneur, constatent Korte-wegetYurdakul.Aruna Papp, auteure d\u2019un rapport sur la violence contre les femmes issues de l\u2019immi^a-tion, tient un discours similaire.Battue par son père, mariée de force à 17 ans, cette survivante a dénoncé l\u2019effet étouffant du multiculturalisme sur le débat social.La mort des filles Shafia brisera-t-elle cette culture du silence complice?L\u2019avenir de leurs «petites soeurs» en dépend.Le Devoir EGYPTE SUITE DE LA PAGE B 1 Vous en doutez?Oui, car ils sont divisés et les Prères avancent souvent masqués.Les salafistes sont beaucoup plus prévisibles.Les jeunes de Tahrir ont la clé pour dégripper cet islam politique incarné par les Prères.L\u2019Egypte est comme un coffre verrouillé avec des pépites à l\u2019intérieur.La révolution cherche à l\u2019ouvrir, tout comme certains grands penseurs ég5T)tiens tentent aussi de fracasser cette gangue qui entoure l\u2019islam pour en fqire sortir les trésors.En fait, l\u2019Eg5q)te n\u2019aurait qu\u2019un pas à faire pour entrer dans la modernité, ou cette Renaissance, qui consacrerait le primat de l\u2019homme.Je reste convaincu que les jeunes ont fait basculer l\u2019histoire.Nous sommes irrémédiablement dans «le changement d\u2019ordre», comme l\u2019appelle Pascal.Libération La «nouvelle» Birmanie La mue d\u2019Aung San Sun ^ JASON SZEP Dawei \u2014 Seul diplomate occidental présent sur place, il décrit «une scène superbe»: une heure après avoir été acclamée par la foule dans le sud de la Birmanie, Aung San Suu Kjd, longtemps dépeinte comme arrogante, s\u2019agenouille devant trois moines bouddhistes assis dans son avion, à l\u2019abri des caméras et des regards.Cette marque de respect et d\u2019humilité de la part de la célèbre opposante birmane, accueillie un peu plus tôt comme une vedette du rock dans la ville de Dawei (sud), dévoile une facette de sa personnalité que peu ont eu le privilège de voir.En adoptant cette attitude emplie d\u2019humilité, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 pourrait bien faciliter la mise en oeuvre de réformes dans l\u2019ancienne colonie britannique, théâtre d\u2019un coup militaire en 1962.Si l\u2019on ne compte plus ses admirateurs dans le pays, certaines personnalités de son propre parti ont dressé ces dernières années un portrait au vitriol d\u2019une femme dogmatique, inflexible, voire arrogante.Ces critiques ont été reprises et amplifiées par la presse officielle sous l\u2019ancien régime de la junte militaire, qui a cédé le pouvoir en mars à un Parlement civil élu.Pendant de longues années, les généraux au pouvoir n\u2019ont eu de cesse de la présenter comme une Occidentale déconnectée de la réalité birmane, à mille lieues de l\u2019image lisse, relayée à l\u2019étranger, d\u2019une femme sjmbole de la démocratie qui a passé 15 des 22 dernières années en résidence surveillée.Loin de faire l\u2019unanimité, ses prises de position radicales, comme son soutien sans faille aux sanctions économiques internationales contre le régime en place, ont parfois irrité des membres de l\u2019opposition qui soulignaient les conséquences désastreuses de telles mesures pour la population.Aux yeu3ç d\u2019Aung San Suu Kyi, des Etats-Unis et de l\u2019Union européenne, ces sanctions étaient au contraire indispensables pour contraindre les Aung San Suu Kyi a été accueillie avec beaucoup d\u2019égards récemment dans le nord du pays.généraux à mettre en oeuvre de véritables réformes politiques.Mais à l\u2019image de la Birmanie, l\u2019opposante évolue, et devient à 66 ans plus mature politiquement et plus réaliste, au dire de la majorité des Birmans.«Elle n\u2019était pas toujours humble, elle n\u2019était pas toujours souple.Mais pour réussir maintenant, elle doit gagner en souplesse et elle commence à en faire preuve», estime un journaliste birman.Sa génuflexion dans l\u2019avion revêt tout un symbole quand on connaît le rôle joué par les moines dans le mouvement prqdémocratie en Birmanie.Enumérant un peu plus tard à Reuters ses priorités de candidate aux élections législatives partielles du 1®\u2019 avril, Aung San Suu Kyi insiste sur l\u2019importance d\u2019amender la Constitution de 2008, rédigée par les militaires, afin de limiter l\u2019influence de l\u2019armée dans le pays.Sa dernière campagne électorale, qui précéda le scrutin de 1990, avait suscité des passions semblables à celles observées lors de sa récente tournée dans le Sud birman, avant de se terminer entre les quatre murs de sa villa, en résidence surveillée.Dans le tumulte précédant ces élections, plusieurs milliers trop lâche de ma part de m\u2019asseoir dans ma maison et de faire con}me si de rien n\u2019était» A deux mois du scrutin, la série de réformes à mettre en oeuvre représente un défi pour l\u2019opposante, dont le parti pèche par manque A l\u2019image de la Birmanie, l\u2019opposante évolue, et devient à 66 ans plus mature politiquement et plus réaliste, au dire de la majorité des Birmans de manifestants avaient été tués et Suu Kjd, alors âgée de 43 ans et fille du héros de l\u2019indépendance Aung San, était devenue persona non grata aux yeux de la junte militaire.«Je n\u2019ai jamais réellement voulu être impliquée en politique, mais le peuple birman a une haute image de mon père; donc, évidemment, j\u2019ai ressenti un sens des responsabilités, racontait-elle à Reuters en 1998.Après les manifestations d\u2019août et la mort de manifestants, fai senti que ce serait d\u2019expérience dans l\u2019administration et l\u2019organisation de campagnes électorales.Les choses pourraient toutefois évoluer au vu de l\u2019efficacité déployée par son équipe de campagne dans la région de Dawei, où des t-shirts à son effigie ont été distribués gratuitement avant son arrivée.L\u2019autre inconnue de la nouvelle Birmanie porte sur l\u2019influence que l\u2019opposante aurait dans le nouveau Parlement.«Quand elle arrivera au Parlement, si elle soulève un problème et que la résolution de ce problème profite à l\u2019ensemble du pays, abrs qui osera s\u2019y opposer?», estime Ai &ung Si, du SOE THAN WIN AFP Parti de développement des nationalités Shan.Outre ces questions d\u2019ordre politique, Aung San Suu Kyi a conscience qu\u2019elle aura beaucoup à faire pour rétablir la confiance des Birmans dans le gouvernement.Soucieuse de ne pas susciter trop d\u2019espoirs, elle invite les membres de son parti à ne pas faire de promesses impossibles à honorer.Si elle remporte les élections du 1\" avril, ses partisans s\u2019attendent à la voir accélérer le processus de réformes et à transformer le Parlement.D\u2019autres voient plus loin.«Quand on nous demande si nous sommes optimistes concernant les changements qui se sont produits en Birmanie, [nous répondons que] Ang San Suu Kyi détient la réponse, estime Maung Tin Thit, militant écologiste et ancien prisonnier politique.Elle est la seule personne qui décidera s\u2019il faut être optimistes.Un jour, elle sera présidente.» Reuters La Dame en campagne Dans la circonscription, rurale et enclavée, où se présente Aung San Suu Kyi, la lutte contre la pauvreté demeure l\u2019enjeu majeur pour une population prête à plébisciter l\u2019icône de la démocratie.\t rj ** 1\tA 1\t-* .\u2019A' \t1 ^ * 'V-'- .¦-\tX 1 ARNAUD VAULERIN Kawhmuu \u2014 Bienvenue dans la politique au ras de la rizière.On est dans la circonscription de Kawhmuu, une vaste plaine rurale du delta de l\u2019irrawaddy où Aung San Suu Kyi s\u2019est parachutée pour les législatives partielles du avril.Là, au milieu des champs et des marécages hérissés de rares bosquets, vivent 120 000 personnes disséminées dans des dizaines de villages de tôle et de bambou.Qui pensent d\u2019abord à manger et à tenir avec leurs maigres revenus agricoles.En mai 2008, la zone a été soufflée par le cyclone Nargis.Les centaines de maisons écroulées ont été reconstruites, les routes, rebouchées à la va-vite, mais Kawhmuu est restée enclavée.Depuis Rangoun, il faut deux heures, un ferry, un taxi et pas mal de patience pour rejoindre le chef-lieu de la circonscription, qui s\u2019étire sur une route défoncée et poussiéreuse.L\u2019agitation embouteillée de l\u2019ancienne capitale appartient à un autre monde.Ici, la Birmanie des champs interpelle la Birmanie des villes.Ce matin-là, deux femmes incarnent un dilemme grandissant chez les Birmans.L\u2019une répète à l\u2019envi les termes «démocratie» et «droits de l\u2019homme».L\u2019autre fait les comptes.Entre elles, un fossé, même si toutes deux soutiennent la candidate Aung San Suu Kyi, attendue ici comme le Messie.Su Su Nway est venue au village de Sapagan mobiliser une « Ces gens doivent pouvoir manger et vivre dignement.C\u2019est le premier des droits.vingtaine d\u2019agriculteurs.Née non loin de là il y a quarante ans, l\u2019activiste indomptable de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a de l\u2019énergie pour dix quand elle appelle les villageois à «voter sans peur».Elle qui a passé cinq ans dans les geôles birmanes pour «diffamation» et «manifestation interdite», avant d\u2019ê(re libérée en novembre.A 200 mètres de là, Khin Shwe Latt balaie devant sa maison en bambou.L\u2019agricultrice n\u2019a jamais entendu parler de la Ligue nationale pour la démocratie.Mais, «bien sûr», elle connaît la Dame, pour qui elle votera «sans aucune peur».Ein de la discussion politique.Khin Shwe Latt est franchement plus loquace quand elle explique la «baisse constante de la production de riz à cause des inondations et de la mauvaise qualité des sols» consécutive à la production intensive et aux engrais.Elle s\u2019estime heureuse quand elle empoche 3 $ de la vente de son riz et de ses légumes au marché.Alors, elle vit à crédit pour faire vivre ses enfants, comme une bonne partie des habitants d\u2019ici.Elle emprunte auprès d\u2019amis ou d\u2019une petite banque quand les 400 $ d\u2019aide annuelle du gouvernement ne sont pas versés.Et nourrit ses proches en allant pêcher dans le delta et piocher dans son jardin.«Ces gens doivent pouvoir manger et vivre dignement, analyse Su Su Nway.C\u2019est le premier des droits.» La pasionaria de la LND embraye Partout où passe la Dame, il y a foule.sur les confiscations des terres agricoles par «les militaires» et la «nécessité d\u2019avoir un bon leader pour défendre les droits des agriculteurs au Parlement».L\u2019organisateur local de la campagne à Kawhmuu revient à l\u2019assaut.11 a constitué 17 équipes pour ratisser en moto la circonscription.Leur feuille de route tient en deux points: «Enseigner aux villageois qu\u2019il ne faut plus avoir peur et leur dire de voter pour Aung San Suu Kyi, aujourd\u2019hui libre, qui refait de la politique, qui rencontre le président Thein Sein.» Un programme minimaliste.En fait, cette élection n\u2019est pas une législative mais un plébiscite.Une campagne d\u2019adhésion à la personne de la Dame, l\u2019icône de la démocratie.La LND, c\u2019est elle aux yeux de nombreux Birmans qui méconnaissent le nom de son parti.«L\u2019ambiance à la LND est d\u2019ailleurs parfois dictatoriale, anafyse une intellectuelle de Rangoun.On cite souvent l\u2019un des slogans de l\u2019armée: \u2018Un sang, une voix, une ligne de commande-menf.C\u2019est la même chose pour la LND.Car il y a beaucoup d\u2019idéa-lisn^e chez Suu Kyi.» A la faveur des réformes annoncées par le gouvernement civil, la Dame s\u2019est assouplie.Très investie depuis sa libération en novembre 2010 dans des discussions avec le régime de Thein Sein et des rencontres internationales, elle ne s\u2019est guère consacrée au quotidien des Birmans.«Nous ferons campagne sur la résolution des problèmes avec les ethnies nationales, l\u2019Etat de droit et l\u2019amendement de la Constitution de 2008», expliquait-elle le 15 janvier.Avant de rectifier.«Cela doit s\u2019accompagner de grandes mesures sociales et économiques pour sortir le plus de gens possible de la pauvreté.Nous proposerons notamment des solutions de tnicrocrédit» A Kawhmuu, le régime n\u2019a pas attendu pour lancer la SOE THAN WIN AFP campagne.Comme par hasard, les annonces d\u2019électrification se multiplient.Tout comme les travaux depuis plusieurs semaines.Un petit pont brinquebalant depuis des mois a reçu la visite d\u2019ouvriers qui ont lancé un chantier de soutènement.Plus loin, un panneau vert annonce la couleur: «Le Parti de l\u2019union, de la solidarité et du développement [USDP] rassemble de l\u2019argent pour refaire la rouje.» Comme si le parti ef l\u2019Etat ne faisaient qu\u2019un.A Kawhmuu, le siège de rUSDP est un entrepôt où sont stockés des outils et des machines.Personne dans les bureaux.«Les dirigeants du parti sont en meeting à l\u2019autre bout de la circonscription», explique une secrétaire que l\u2019on vient de réveiller.Autrement dit, «loin, très loin».Comme si l\u2019élection était jouée d\u2019avance.Libération LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 2012 B 3 PERSPECTIVES Un vote qui dérange L\u2019abaissement à 16 ans de la participation aux scrutins ne fait pas Tunanimité ANTOINE ROBITAILLE Québec \u2014 Ajoutée au programme du Parti québécois la fin de semaine dernière, l\u2019idée de l\u2019abaissement du droit de vote à 16 ans dérange.Plusieurs commentateurs se sont élevés contre le projet.Les adolescents ont-ils la maturité nécessaire pour voter?ont-ils martelé.Et la majorité?Ils ne l\u2019ont pas non plus! Les libéraux ont tourné l\u2019idée en ridicule.«Lorsque les jeunes de 16 ans auront le droit de vote, ils auront le droit d\u2019être députés, mais ils ne pourront pas s\u2019acheter une bière au dépanneur», a raillé le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier.Même dans les rangs péquistes, l\u2019appui n\u2019a rien eu d\u2019unanime.En atelier, la proposition a été adoptée à 68 voix contre 30 samedi dernier.Paradoxe, de nombreux jeunes militants ont fait valoir leur opposition.Aux contre-arguments de l\u2019absence de maturité et de majorité, l\u2019un d\u2019entre eux a ajouté que les adolescents d\u2019aujourd\u2019hui sont peu politisés, entre autres parce qu\u2019ils évoluent souvent dans des mondes virtuels, ceux des jeux vidéo.Iæut octroyer le droit de vote ne changera rien à l\u2019affaire: ils connaîtront \u2014 surtout les garçons \u2014 davantage les méandres de l\u2019univers d\u2019Assassin\u2019s Creed que ceux de l\u2019Assemblée nationale, a-t-il fait valoir.En plénière dimanche, l\u2019ancien président des jeunes péquistes, Alexandre Thériault-Marois, insistait sur le fait que les jeunes de 16 et 17 ans ont déjà un pied dans la citoyenneté: ils peuvent, indépendamment de l\u2019avis de leurs parents, se marier, signer des contrats d\u2019embauche, s\u2019enrôler dans l\u2019armée.D\u2019autres ont invoqué le droit d\u2019obtenir un port d\u2019arme et celui de réclamer un avortement.« Astuce souverainiste » ?Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019un tel débat a lieu.En 1990, le président de la Commission royale d\u2019enquête sur la réforme électorale et le financement des partis, Pierre Lortie, s\u2019était déclaré favorable à l\u2019idée avant de s\u2019amender au moment de remettre son rapport.En avril 1996, l\u2019Action démocratique (ADQ), qui développait alors une critique «intergénérationnelle» du Québec, avait adopté l\u2019idée d\u2019un abaissement du droit de vote à 16 ans lors d\u2019un conseil général à Drummondville.Toujours en 1996, le PQ alors au pouvoir avait jonglé pendant des mois avec cette possibilité.Au congrès de novembre 1996, les militants avaient réussi à faire adopter cette mesure contre l\u2019avis du chef d\u2019alors, Lucien Bouchard.Ce dernier craignait d\u2019être taxé d\u2019opportunisme.Au lendemain du référendum de 1995 sur la souveraineté, que le Oui avait perdu par quelque 50 000 voix, le vote à 16 ans avait été décrit comme une «astuce» souverainiste.Le soir du référendum, la députée du Bloc Suzanne Tremblay s\u2019était exclamée: «Que les 16 ans et plus votent la prochaine fois!» Au Parti libéral, on se disait très sceptique: «Cette proposition émane des milieux souverainistes et elle concerne environ 180 000jeunes âgés de 16 et 17 ans et, si on prend une proportion arbitraire de un tiers-deux tiers, ça fait une différence entre le Oui et le Non du dernier référendum», ce qui aurait donné la victoire aux souverainistes, déclarait au Sofef/Jonathan Sauvé.1/ SCELLE/SEAl \u2022sDUQÜÉBfCj OQ 7tQS/3-i-,33g Ce n\u2019est pas la première fois au Québec que ie vote des jeunes est évoqué.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le politologue Louis Massicotte, alors à l\u2019Université de Montréal, renchérissaifi dénonçant une éventuelle «manoeuvre frauduleuse visant à noyer à l\u2019aide de jeunes électeurs la majorité fédéraliste qui s\u2019est dégagée lors du dernier référendum».Le politologue soulignait que seuls quatre pays accordaient le droit de vote aux personnes de 16 ans.Deux jugés «non démocratiques (Iran et Cuba)» et deux «démocraties de fraîche date (Brésil, Nicaragua)».Vote des enfants?Depuis 1996, d\u2019autres pays ont imité le Brésil, dont la Croatie, des lander allemands et l\u2019Autriche.Au Québec, l\u2019argumentation en faveur du vote à 16 ans est moins teintée par le débat référendaire.Entre autres parce que les jeunes ne semblent plus aussi souverainistes qu\u2019auparavant.Selon un sondage récent de Léger Marketing publié par The Gazette, les jeunes entre 18 et 24 ans ne seraient plus que 32 % à être favorables à la souveraineté.Un des arguments principaux pour les partisans de l\u2019abaissement du vote à 16 ans est aujourd\u2019hui le fossé générationnel qui se creuse de plus en plus.Dans une société vieillissante, il faudrait donner davantage de poids aux générations plus jeunes.C\u2019est ce qui a conduit l\u2019Autriche à bouger en ce sens.Rétorquant à l\u2019argument selon lequel les jeunes de 16 et 17 ans sont dépendants et rarement capables de se forger une opinion politique indépendante, un jeune péquiste soulignait la fin de semaine dernière que les partis politiques Les jeunes entre 18 et 24 ans ne seraient plus que 32 % à être favorables à la souveraineté courtisent, souvent des personnes âgées très diminuées.A tout prendre, il vaudrait mieux ajouter des opinions d\u2019adolescents influençables qui ont l\u2019avenir devant eux afin de contrebalancer des opinions influençables de personnes âgées qui ont avantage à ce que rien ne change.Tant qu\u2019à y être, pourquoi ne pas donner un vote aux enfants?Le droit de vote serait exercé par procuration, de leur naissance à leur majorité, par les parents.La mère se verrait mandatée pour voter pour ses filles.Le père pour ses fils.Au Japon, société qui vieillit rapide-menfi l\u2019idée est sérieusement débattue.Un de ses défenseurs est Reiko Aoki, directeur du Centre for Intergeneratio-nalStudies (HitotsubashiUniversity).L\u2019idée a aussi été défendue dans la littérature scientifique par le politologue Paul Peterson (1992) et le sociologue Stein Ringen (1997), raconte le chercheur belge Laurent De Briey: «Cette proposition a occupé le devant de la scène médiatique allemande à la suite du dépôt en 2003, au Bundestag, par quarante-sept parlementaires issus des différents partis politiques, d\u2019une motion proposant l\u2019abolition de la limite d\u2019âge pour l\u2019octroi du droit de vote», rapporte-t-il.La motion a finalement été rejetée en juin 2005, mais plusieurs partisans de ce rééquilibrage politique en faveur des générations plus jeunes et des familles continuent à la défendre.Avec la collaboration de Robert Dutrisac Le Devoir La Ligue arabe cherche sa pertinence La crise syrienne est l\u2019occasion pour L\u2019organisation de démontrer son utilité CLAUDE LEVESQUE Le projet de résolution sur la Syrie dont le Conseil de sécurité de l\u2019QNU a été saisi émane de la Ligue arabe, cette organisation dont la mission d\u2019observation au pays de Bachar al-As-sad vient de subir un échec retentissant et qui cherche encore à prouver sa pertinence 67 ans après sa fondation.Ce texte appelait ouvertement à la démission du président al-Assad avant d\u2019être atténué à la demande de la Russie.Les dernières moutures parlent plutôt de «transition» et, comme les précédentes, elles n\u2019autorisent aucune intervention militaire en Syrie, où la violence a fait en un an plus de 5000 morts, surtout des civils non armés.Son dépôt faisait suite à la décision, prise le 28 janvier par la Ligue, de suspendre la mission de ses 165 observateurs qui, depuis le lendemain de Noël, assistaient impuissants à la répression sanglante exercée par un régime syrien en difficulté, pour ne pas dire en fin de course.Présenté par le Maroc et soutenu par les Européens, le projet de résolution reprend dans les grandes lignes le «plan arabe» de sortie de crise pour la Syrie.Les soulèvements populaires et les soubresauts sans précédent qui agitent le monde arabe depuis plus d\u2019un an constituent un nouveau test de la pertinence de la Ligue arabe, une organisation internationale créée en mars 1945, la même année que l\u2019QNU, avant même la fin de la Deuxième Guerre mondiale.La Ligue semble avoir subi plus de crises qu\u2019elle n\u2019en a résolu au cours de son histoire.Samir Saul, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal, la décrit comme «une sorte de salon où se réunissent divers intérêts, souvent associés à des intérêts étrangers.Ce qu\u2019elle produit, c\u2019est souvent un compromis, un plus petit dénominateur commun ou encore la politique du clan qui a réussi à s\u2019imposer».«Il y a un courant qui veut que le monde arabe soit indépendant vis-à-vis des Etats-Unis et un autre qui veut qu\u2019il leur soit très proche, voire soumis aux volontés américaines.C\u2019est ce dernier courant qui semble parler le plus fort à l\u2019heure actuelle», poursuit cet universitaire.La Ligue arabe ne s\u2019est jamais dotée d\u2019un mécanisme rendant ses décisions exécutoires Ce courant dominant est représenté par les pé-tromonarchies du Golfe, qui sont particulièrement hostiles au régime de Bachar al-Assad, lequel est allié à leur grand rival chiite et persano-phone, l\u2019Iran.L\u2019unité des peuples arabes que la Ligue était censée promouvoir est une vue de l\u2019esprit.Qn compte parmi les Etats arabes des monarchies, constitutionnelles ou non, plus ou moins alliées au clergé, et des régimes laïques, autoritaires pour la plupart, qui entretiennent des relations parfois ambiguës avec les islamistes.La Ligue arabe a été fopdée en 1945 par l\u2019Arabie Saoudite, l\u2019Égjqite, la Transjorda-nie Gordanie)^ l\u2019Irak, le Liban, la Sjrie et le Yémen.A la suite du mouvement de décolonisation, le nombre de membres a augmenté rapidement au cours des années 1950 et 1960, pour passer à 22 aujourd\u2019hui.Au débuf la Ligue était composée d\u2019Etats dirigés par quatre rois et deux présidents, plutôt bien disposés à l\u2019égard de la politique coloniale de la Grande-Bretagne.Quelque^ années plus tard, sous l\u2019impulsion de l\u2019Egypte de Nasser, elle devient plus affirmée, et ce, jusqu\u2019à la délaite arabe aux mains de l\u2019Etat d\u2019Israël en 1967.Les accords de Camp David de 1978 lui portent un dur coup puisqu\u2019ils privent le front arabe contre Israël (un des= cimeqts de l\u2019association) d\u2019im de ses principaux piliers, l\u2019Egypte.Etant doimé la grande divergence qui caractérise les intérêts de ses membres, la Ligue arabe ne s\u2019est jamais dotée d\u2019un mécanisme rendant ses décisions exécutoires: ce^ dernières ne sont mises en oeuvre que par les Etats qui les ont approuvées.11 n\u2019est pas étonnant, dans les circonstances, que l\u2019organisation prenne rarement des mesures contre ses membres.Elle l\u2019a pourtant fait en novembre dernier, en suspendant la participation de la Sjrie.L\u2019année dernière, après une longue valse-hésitation, la Ligue arabe s\u2019est prononcée en faveur d\u2019une zone d\u2019exclusion aérienne en Libye et a déclaré illégitime le régime de Mouammar al-Kad-hafi.Le Qatar, petite pétromonarchie du Golfe, avait joué un rôle très actif dans cette initiative, comme il le fait aujourd\u2019hui dans le dossier libyen.11 faut dire que, contrairement à Bachar al-Assad, Kadhafi, personnage arrogant et imprévi- MIKE SEGAR REUTERS L\u2019ambassadeur syrien à l\u2019ONU, Bashar Jaafari.sible, faisait presque l\u2019unanimité contre lui dans le monde arabe.En se, distançant du régime en place dans un de ses Etats membres et en se rangeant du côté de l\u2019Qccident, la Ligue n\u2019établit donc pas un pré-cédenf puisqu\u2019elle avait agi de cette façon en Libye.Dans ce cas-là, il y avait eu une intervention étrangère, qui nécessitait bien entendu une certaine «couverture» arabe.Les opérations visaient officiellement à protéger les ci-\\^s et non à déloger le régime.Cette fois-ci, l\u2019appel au changement de régime a été plus clair.En revanche, l\u2019éventualité d\u2019une intervention étrangère directe paraît moins probable.Qn assiste plutôf croit Samir Saul, à «une légitimation d\u2019un conflit de basse intensité qui pourrait mener la Syrie à une guerre civile en bonne et due forme».Le Devoir Le prophète de malheur Michel David Ce n\u2019est pas d\u2019hier que Peter White se désole de voir l\u2019indifférence d\u2019Qttawa entraîner la «décanadianisation» progressive du Québec.(Jet ancien lieutenant de Brian Mulroney et de Conrad Black était président du Conseil de l\u2019unité au moment du référendum de 1995.Voyant le gouvernement Chrétien se refuser à toute ouverture au lendemain de la victoire du Non, il avait lancé un véritable cri d\u2019alarme.«Ou bien la polarisation entre le Québec francophone et le Canada anglophone va s\u2019accentuer au point que les deux vont se séparer, ou on change de modèle et on trouve un nouvel équilibre», avait-il lancé dans une entrevue accordée à L\u2019Actualité en avril 1996.Qn connaît la suite.Loin de proposer un nouveau modèle, le tandem Chrétien-Dion a fait adopter la Loi sur la clarté, et la catastrophe prophétisée par M.White ne s\u2019est pas produite.Plutôt que de reprendre l\u2019offensive, Lucien Bouchard s\u2019est mis en attente des «conditions gagnantes» et, n\u2019ayant rien fait pour les réunir, il a finalement trouvé un prétexte pour tirer sa révérence.Aujourd\u2019hui président de l\u2019association conservatrice de Brome-Missisquoi, M.White a décidé de rejouer les Cassandre dans une récente lettre ouverte au magazine Maclean\u2019s.«Nous observons la lente séparation de facto du Québec du reste du pays, émotivement, spirituellement et intellectuellement», écrit-il.Si son cri d\u2019alarme n\u2019a connu aucun écho au lendemain du référendum, c\u2019est que l\u2019opinion publique n\u2019a exercé aucune pression sur le gouvernement Chrétien pour qu\u2019il tente une réconciliation.En dehors de l\u2019intelligentsia, il n\u2019était rien resté de la floraison de colloques, commissions et autres sjmiposiums sur le thème du What does Quebec want?qui avaient marqué l\u2019après-Meech.Le Canada anglais favorisait plutôt le tough love.Encore une fois, ce prophète de malheur risque de prêcher dans le désert.Le colloque qui aura lieu la semaine prochaine dans la Ville reine, à l\u2019initiative de l\u2019Université du Québec à Montréal et de l\u2019Université de Toronto, rappellera peut-être à certains les beaux jours de l\u2019industrie constitutionnelle, mais il en laudra bien plus pour faire renaître ne serait-ce qu\u2019un soupçon d\u2019intérêt pour la question québécoise dans le RQC.M.White a beau dire qu\u2019en dépit des apparences le mouvement souverainiste est loin d\u2019être mort, l\u2019effondrement du Bloc québécois, les malheurs du PQ et l\u2019apparition d\u2019un nouveau parti qui mène dans les sondages en tablant sur la lassitude constitutionnelle ne peuvent que renforcer cette indifférence.Pauline Marois a bien compris le profit qu\u2019elle peut tirer du sentiment d\u2019aliénation que provoquent les politiques du gouvernement Harper et elle a ajusté son discours en conséquence.Le problème est que cela ne semble pas vouloir se transposer dans l\u2019action.La prémisse de son «plan pour un Québec souverain» était de rompre avec l\u2019attentisme, mais la «gouvernance souverainiste» en est simplement une nouvelle forme, qui risque d\u2019aboutir à la même absence de résultats que durant les années Bouchard.Qu\u2019il s\u2019agisse du référendum d\u2019initiative populaire ou du nouveau comité sur la souveraineté, la chef péquiste donne toujours l\u2019impression qu\u2019il faut lui arracher de force le moindre geste un peu concret.11 est inutile d\u2019espérer que Mme Marois s\u2019engage à tenir im référendum sur la souveraineté dans un prochain mandat.11 est d\u2019ailleurs facile d\u2019imaginer toutes sortes de circonstances dans lesquelles la tenue d\u2019un référendum serait inappropriée.Cela n\u2019exclut cependant pas d\u2019autres initiatives.Par exemple, le PQ pourrait très bien s\u2019engager à tenir une consultation pour réclamer des modifications constitutionnelles qui accorderaient au Québec la totalité des pouvoirs dans des domaines étroitement liés à l\u2019identité québécoise, comme la langue, la culture et l\u2019immigration.Les plus impatients crieraient sans doute à l\u2019étapisme, mais cela n\u2019en aurait pas moins pour effet de «provoquer des choses», comme on dit dans le langage du hockey.Une fois la roue lancée, qui sait où elle pourrait mener?De façon plus immédiate, une détermination plus affichée permettrait de remobiliser la base militante à l\u2019approche des élections et peut-être de ramener au bercail quelques-uns des dissidents de juin dernier.Lisette Lapointe a envoyé cette semaine un signal clair de son désir de se représenter sous la «bannière solide» du PQ aux prochaines élections.Son leadership étant maintenant stabilisé, Mme Marois est cependant en mesure de poser certaines conditions.Après les propos très durs qu\u2019elle a tenus à son sujet et son adhésion à Qp-tion nationale, il faudrait que la députée de Cré-mazie fasse un acte de contrition bien senti.Louise Beaudoin, elle, s\u2019était bien gardée de critiquer sa chef personnellement.Les propositions adoptées au dernier conseil national répondent déjà en partie aux réformes qu\u2019elle réclamait.Une plus grande vigueur dans la marche vers la souveraineté pourrait lui permettre de justifier un retour, même si sa décision de ne pas se représenter semble irrévocable.Jean-Martin Aussant a brûlé ses vaisseaux en créant un nouveau parti, mais Pierre Curzi doit fiés bien savoir qu\u2019im retour au PQ est un préalable à la poursuite de sa carrière politique.11 aimerait certainement contribuer à donner raison à Peter White.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 2012 EDITORIAL Effondrement au tunnel Viger Et le ministère, lui?Il y a des façons élégantes de se laver les mains de ses responsabilités.Ainsi le mandat confié à des experts pour enquêter sur l\u2019effondrement survenu l\u2019été dernier sur l\u2019autoroute Ville-Marie: il «se limite à établir les causes techniques de l\u2019effondrement».Comme si l\u2019organisation du travail au ministère des Transports n\u2019avait pas quelque chose à voir.L Josée Boileau e ministre des Transports Pierre Moreau a bien contrôlé son message hier.Il a divulgué le rapport d\u2019enquête sur l\u2019écrasement d\u2019un paralume dans le tunnel Viger, convoquant même une conférence de presse pour ce faire \u2014 ce qui vaut mieux que ce que faisait son prédécesseur Sam Hamad, qui cachait les rapports d\u2019inspection.Mais pas question pour les journalistes (qui, à une exception près, ne s\u2019en sont même pas plaints!) d\u2019avoir accès au rapport tant que la conférence de presse n\u2019était pas terminée.Comme il est question de poursuites à lancer sur la base de ce rapport, le ministre ne voulait pas être interrogé sur son contenu.C\u2019est une question de respect du tribunal, a dit M.Moreau.Les poursuites contre le consortium chargé des travaux au tunnel Viger, dont les plans et devis, selon le rapport, ne répondaient pas aux normes de sécurité, ont donc pris le devant de la scène, au détriment du rôle du MTQ.C\u2019est aux ingénieurs et non au ministère qu\u2019incombe la responsabilité du respect des normes, a assuré M.Moreau.Le rapport des experts {«indépendants», insistait le ministre) est très clair quant aux fautes observées.C\u2019est comme un propriétaire qui fait rénover sa maison: il n\u2019est pas responsable des fautes de l\u2019architecte.Drôle de comparaison! Le ministère a au contraire une responsabilité première et collective, qui dépasse celle d\u2019un individu: celle de s\u2019assurer de la qualité et de la sécurité de nos infrastructures routières, dont il est redevable envers la population.S\u2019il décide de sous-traiter le travail à accomplir, il a encore le devoir de s\u2019assurer, par la voie d\u2019inspections et de vérifications par ses propres employés, que celui-ci est adéquat.Mais au MTQ, depuis longtemps déjà, on confond les rôles.L\u2019été dernier, un de ses porte-parole indiquait: «Le but du ministère, c\u2019est de réaliser des travaux.Que le travail soit fait par son personnel ou par une firme privée, ce n\u2019est pas important» Comme si la responsabilité professionnelle d\u2019une personne, celle d\u2019un ingénieur, par exemple, pouvait remplacer le garde-fou collectif que se doit d\u2019être l\u2019Etat! Mais l\u2019idéologie du moins d\u2019Etat a mis en péril cette mission.Le MTQ, au fil des ans, a réduit de façon considérable son personnel, il n\u2019a donc persoime pour se livrer à de la supervision, ce qui lui fait perdre de l\u2019expertise, donc le rend toujours plus dépendant du privé \u2014 qui lui est là pour le profit pas pour le bien-être collectif.En août dernier, face au tollé soulevé par le manque d\u2019inspection, le ministre Sam Hamad avait affirmé que le MTQ reverrait ses manières de faire.Hier, le ministre Moreau considérait plutôt qu\u2019une supervision par le MTQ est redond^te.Mais le privé n\u2019est pas un partenaire de l\u2019Etat: il est un exécutant.C\u2019est au ministère d\u2019avoir le dernier mot sur les plans et les manières de faire, pour éviter des erreurs, mais aussi pour poser des questions.Pourquoi, par exemple, choisir ime méthode comme l\u2019hydrodémoli-tion, comme on l\u2019a fait dans le fimnel Viger, moins précise, nous dit le rapport d\u2019hier, mais qui a «l\u2019avantage de la rapidité d\u2019exécutiomf Toujours la même chose: plus vite, moins de «troubles», moins de per-soimel.N\u2019y a-t-il là vraiment rien, au-delà des poursuites, à revoir?Français La langue fatiguée aime ma langue dans ta bouche.L\u2019expression a fait sourire, a surpris, a peut-être même choqué, mais la formule coquine, titre d\u2019une manifestation-spectacle destinée à faire la fête au français, visait essentiellement à détonner, sortant du coup le débat linguistique du cadre austère qui le rend lourd et ennuyeux.Grand oublié dans les analyses, rapports et bilans clamant la fatigue du français, le plaisir de la langue tente de reprendre ses droits.Des dizaines d\u2019artistes de passage au Lion d\u2019Qr de midi à minuifi aujourd\u2019hui, rendront hommage au français avec légèreté et gaieté, et ce, même si les constats sont à pleurer.Le toufi pour dérider les mines d\u2019enterrement.Pour réveiller les blasés qui ont succombé à l\u2019accablement collectif qui nous engourdit même la mémoire.Pour fracasser l\u2019indifférence qui accompagne toutes les petites morts de ce français qui, à Montréal, du moins, souffre d\u2019une usure certaine.Sur tous les fronts, notre belle langue est malmenée.L\u2019épicerie Metro refuse l\u2019accent aigu (mais, fiou! Québécor songe à se recoiffer des siens).Du vérificateur général du Canada jusqu\u2019à l\u2019entraîneur-chef du Canadien, on boude le français comme s\u2019il n\u2019était plus que décoratif.Les plaintes pour non-respect de la langue d\u2019affichage commercial sont en hausse à l\u2019Qffice québécois de la langue française.La Commission scolaire de Montréal doit rappeler à ses troupes, tant profs qu\u2019élèves, qu\u2019on parle français sur son territoire.L\u2019anglais intensif en sixième aimée sera bientôt obligatoire, même si les bases du français sont chancelantes.La musique anglophone a la cote.De même qu\u2019un nouveau charabia pratiqué par la jeunesse, où se mêlent allègrement, dans les mêmes paragraphes-phrases-mots, du «fucking bon» et du «trop fail» \u2014 à portée d\u2019oreille tolérante des parents.L\u2019anglais n\u2019est plus l\u2019apanage de ceux qui l\u2019ont en bouche depuis un âge tendre.C\u2019est maintenant cool de l\u2019agencer à notre français, comme pour donner à celui-ci du lustre.Danger.Tout naturellemenfi pour redresser une culture souffreteuse, on se tournera vers l\u2019école; ce sera pour y voir clignoter nombre de feux rouges.Les résultats des élèves demeurent préoccupants, malgré tous ces rapports aux constats désolants et ces plans d\u2019action aux mesures prometteuses.Chaque fois, on nous parle de l\u2019importance de la lecture et d\u2019une formation des futurs enseignants mieux soutenue en français.Pour rassurer les troupes, on a annoncé le retour en force de la dictée de même que de la production écrite hebdomadaire.En vain! Las d\u2019attendre un enrichissement du programme de français au primaire qui fut promis mais qui tarde à venir, un sjmdicat d\u2019enseignants Oa Eédération autonome de l\u2019enseignemenfi EAE) a même lancé cette semaine sa propre révision du programme de français, histoire d\u2019épauler ses profs.Les contenus y sont hiérarchisés, précisés, associés à une démarche d\u2019évaluation claire, le tout s\u2019inscrivant dans une remise en question affirmée de la réforme.Seul problème: ce document destiné à guider les enseignants contient lui-même des fautes.Illustration tristounette d\u2019un mal qui atteint même ceux qui enseignent?Au moins, qu\u2019on n\u2019y reste pas indifférent! Si, même lorsqu\u2019on veut marquer l\u2019importance d\u2019enrichir le français, on le fait avec une certaine fatigue, sur quels résidus de qualité et de plaisir reposeront les réformes de demain?J Marie-Andrée Chouinard LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO CtH9\\S I>u Mtff «CoRHr»\tDAnS U\u2019ÎOff ^'oFfPîP L^\tAuy\tDf SC TutB Cu La vendetta En offrant la possibilité à un assassin de se suicider, il est évident qu\u2019on l\u2019incitera à commettre l\u2019irréparable.Devant ce dilemme orchestré par l\u2019État, un criminel qui choisirait à l\u2019inverse de rester en vie serait perçu comme un parasite, qui gaspille l\u2019argent des contribuables en s\u2019obstinant, envers et contre tous, à continuer d\u2019exister.L\u2019électeur honnête croirait alors détenir un droit de vie ou de mort sur une minorité criminelle, juste parce qu\u2019il est aussi un «payeur de taxes».Qn devine le risque de dérive.La rhétorique conservatrice s\u2019empresserait de réduire la vie humaine à une question de coûts, et les mesures budgétaires supportées de tous encourageraient les fonctionnaires du milieu carcéral à convaincre les infâmes de faire le choix économique.Fantasme de la droite ultrasécuritaire?Probablement pas.Le sénateur Boisvenu parle avec émotion, et l\u2019absence de condamnation formelle du gouvernement témoigne davantage de sa sjmipathie pour l\u2019homme et ses opinions que d\u2019un véritable coup de sonde auprès de l\u2019électorat.Si la douleur causée par le drame explique le ressentiment de M.Boisvenu, on peut néanmoins dénoncer son manque de retenue.N\u2019ayons pas peur des sentences et al- LETTRES lons-y d\u2019un aphorisme: si l\u2019État dit qu\u2019il es( interdit de tuer, il est donc interdit pour l\u2019État de tuer, sans quoi ce dernier se réserverait le droit de faire à un criminel exactement ce qu\u2019il lui reproche.La justice n\u2019est pas synonyme de vengeance et aucune loi ne peut légitimer la vendetta populaire, même si ime majorité paraît l\u2019appuyer.Nos institutions servent aussi de garde-fous, censés nous protéger de nos délires, collectifs et individuels.Et parmi ces délires se frouve celui de faciliter la mort d\u2019aufrui, par le crime, la loi ou le suicide.Datiny Lafrance Montréal, le 3 février 2012 Patrimoine linguistique Les organisateurs du Red Bull Crashed Ice, compétition qui retiendra l\u2019attention de la mi-février à la mi-mars, ont bien du mal à trouver un générique français qui remplacerait l\u2019actuel.Peut-être n\u2019en ressentent-ils pas vraiment le besoin.Chose certaine, il ne sert à rien d\u2019essayer de traduire mot pour mot l\u2019expression «crashed ice».Qn se retrouve illico dans im cul-de-sac, car le résultat de l\u2019effort n\u2019aurait aucun sens en français.Un traducteur de la capitale fédérale a proposé il y a quelques mois «Grande Déboulée Red Bull» dans la chronique «Lettres» du Devoir.Qn trouve le mot «déboulé(e)» dans le Grand Robert et d\u2019autres dictioimaires au sens d\u2019épreuve de courte distance où la vitesse compte dès le départ ou d\u2019épreuve sportive qui semble s\u2019apparenter à ime échappée (comme au hockey).L\u2019expression contribuerait à stimuler la créativité et l\u2019imagination des locuteurs de la langue française.Il ne faut pas toujours se contenter des expressions qui viennent d\u2019outre-frontières.La modernisation et l\u2019actualisation du français repose avant tout sur le dynamisme des locuteurs et de leur connaissance du patrimoine linguistique québécois et français.Gaston Bernier Président de l\u2019ASULF Québec, le 2 février 2012 Vivement la République du Québec Longue vie à Elizabeth II, reine du Canada, et longue vie à son fiston et à son petit-fiston.Longue vie surtout à M.Harper et à son gouvernement conservateur majoritaire.Ces gens-là sont en train de faire mieux et plus rapidement que tous les souverainistes, indépendantistes et séparatistes de chez nous pour l\u2019avènement de la République du Québec.Buon proseguimento! (Boime route!) Claude-René Marullo Montréal, le 1er février 2012 REVUE DE PRESSE Débats mouvementés Manon Cornellier Le sénateur Pierre-Hughes Boisvenu disait ne pas vouloir relancer le débat sur la peine de mort en suggérant de fournir aux assassins une corde pour qu\u2019ils puissent choisir de mettre fin à leurs jours.C\u2019est pourtant ce qu\u2019il a réussi à faire.Presque tous les chroniqueurs et éditorialistes qui se sont prononcés ont dit comprendre la réaction du sénateur dont la fille a été violée et assassinée.Plusieurs ont d\u2019ailleurs invité ses détracteurs à faire preuve de compassion, comme le Calgary Herald qui a déploré les attaques persoimeUes dont il a été l\u2019objet dans les heures qui ont suivi.D\u2019autres commentateurs sont non seulement venus à sa défense, mais ont profité de l\u2019occasion pour afficher leurs couleurs.Charles Adler, de l\u2019agence QMI, est champion d\u2019une justice musclée efi à son avis, quiconque a commis des crimes aussi horribles que ceux perpétrés par Clifford Qlson ont «non seulement abdiqué leur droit à être dorloté en prison, mais aussi leur droit à la vie.Une exception devrait être faite pour permettre la peine de mort pour des gens ayant commis des gestes d\u2019une brutalité exceptionnelle».S\u2019il n\u2019en tenait qu\u2019à Adler, il leur donnerait une corde pour qu\u2019ils mettent fin à leurs jours, si ça leur dit.D\u2019autant plus que cela économiserait des millions aux contribuables, dit-il.Le chroniqueur est persuadé que le sénateur Boisvenu a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et il ne voit pas pourquoi il devrait retirer ses paroles.Matt Gurney, du National Post, dit que le sénateur a involontairement soulevé «un enjeu potentiellement gagnant pour les conservateurs».Et selon lui, Boisvenu est la meilleure personne pour mener cette bataille.«Son histoire personnelle et le fait qu\u2019il n\u2019est pas un partisan enthousiaste de la pei- ne de mort en toutes circonstances font de lui le candidat parfait pour promouvoir un recours limité à la peine capitale.» Gurney ne croit toutefois pas que cela se produira, le gouvernement ayant déjà indiqué qu\u2019il ne présenterait pas un projet de loi en ce sens.«Dommage.Tant et aussi longtemps qu\u2019aucun gouvernement ne reconnaîtra le désir des Canadiens de voir la peine de mort rétablie, notre seule autre option sera d\u2019espérer que les pires meurtriers s\u2019enlèvent eux-mêmes la vie», conclut-il.U Ottawa Citizen est en désaccord avec cette façon de voir.Selon l\u2019équipe éditoriale, toute position sur la peine de mort en est une de principe et ne peut souffrir d\u2019exception.«L\u2019Etat devrait-il ou non avoir le pouvoir d\u2019enlever la vie à un citoyen?Dans un pays civilisé qui respecte les droits fondamentaux de la personne, la réponse devrait être claire.Peut-être que quelques personnes mériteraient vraiment un traitement aussi dur que celui réservé à leurs victimes, mais ce n\u2019est pas à nous d\u2019en décider.» L\u2019autre débat Les propos du sénateur Boisvenu sont les seuls à avoir réussi à détourner l\u2019attention de l\u2019enjeu qui a dominé tous les commentaires cette semaine, soit celui des pensions de vieillesse.Voici quelques échantillons.Craig Mcinnes, du Vancouver Sun, a averti les députés qu\u2019ils seraient mal venus de toucher aux pensions des autres sans d\u2019abord diminuer la leur, à laquelle ils ont droit dès.55 ans.Mcinnes croit toutefois que le vieillissement de la population et les pressions qu\u2019il exerce sur les finances publiques sont des enjeux sérieux qui méritent d\u2019être débattus.VEdmonton Journal et les chroniqueurs Tasha Kheiriddin et John Ivison, du National Post, souhaitent aussi un débat sur cet enjeu.Dans le même camp, Andrew Coy- ne, de Postmedia News, craint toutefois le déni de certains devant les impacts du vieillissement de la population.Pour sa part, le Globe and Mail félicite le premier ministre d\u2019oser soulever dès maintenant un enjeu à long terme aussi difficile.Selon le Globe, les changements démographiques exigent qu\u2019on examine de près les programmes de soutien au revenu et les moyens de les financer.Même s\u2019il pense que le gouvernement exagère l\u2019importance du problème.Dan Gardner, de \\Ottawa Citizen, croit que l\u2019équité entre générations exige d\u2019apporter des changements et que le premier ministre fait preuve A\u2019«un courage admirable» en osant soulever cette question.Gardner estime que l\u2019augmentation constante de l\u2019espérance de vie et les conditions de travail d\u2019aujourd\u2019hui ne justifient plus de fixer l\u2019âge de la retraite à 65 ans.Un chiffre arbitraire, dit-il.De leur côté, Murray Mandryk, du Regina Leader-Post, et l\u2019équipe éditoriale de YHalifax Chronicle-Herald notent que bien des experts mettent en doute l\u2019imminence d\u2019une crise des pensions.Le Herald cite chiffres et études pour finalement se demander pourquoi le gouvernement jongle avec l\u2019idée de modifier la Sécurité de la vieillesse.Il pense que la facilité plutôt que la viabilité future du programme motive les conservateurs.«C\u2019est un programme qu\u2019Ot-tawa peut modifier sans avoir à négocier avec les syndicats et les provinces.Et qui peut lui faire réaliser des économies importantes pour autant qu\u2019il s\u2019assure qu\u2019aucun Canadien de plus de 50 ans ne soit touché et que les Canadiens de moins de 50 ans ne s\u2019en soucient pas.» Mandryk se demande pour sa part si tout ce bruit n\u2019est pas simplement destiné à détourner l\u2019attention des véritables cibles du prochain budget.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE EEVRIER 2012 B 5 IDEES Propos du sénateur Boisvenu Pas de voie unique pour soutenir les victimes SIMON LAPIERRE Professeur à l\u2019Ecole de service social de l\u2019Université d\u2019Ottawa e travaille depuis plusieurs années auprès de femmes et d\u2019enfants qui ont été victimes de violence.Si je suis clairement préoccupé par la sécurité et le bien-être des personnes victimes de violence, je ne m\u2019identifie pas au discours de plusieurs militants et politiciens qui s\u2019affichent publiquement comme des défenseurs des droits des victimes.Au contraire, ce discours m\u2019inquiète sérieusement.Les personnes qui ont été victimes de violence sont dans une position «privilégiée» pour comprendre les manifestations et les conséquences de cette violence.Comme société, nous devrions les encourager à prendre la parole et nous devrions considérer leur point de vue dans l\u2019élaboration de politiques et de programmes sociaux.Au cours des dernières décennies, plusieurs mesures ont été mises en place en réponse aux revendications de groupes représentant des victimes de violence; certaines de ces mesures s\u2019inscrivaient dans une logique de contrôle social, tandis que d\u2019autres visaient davantage le soutien aux individus et aux communautés.Lorsqu\u2019il est question de violence, je crois que nous devons faire appel à une combinaison de mesures de contrôle et de mesure d\u2019aide.Présenter des revendications au nom des victimes ne peut-être perçu que comme une entreprise louable, tout comme le fait de proposer des projets de loi au nom de celles-ci.Dans un tel contexte, il peut devenir extrêmement délicat de remettre en question de telles actions, surtout si elles sont initiées ou soutenues par les victimes elles-mêmes ou par des membres de leur famille.lorsque ces actions comportent d\u2019importants enjeux sociaux et politiques \u2014 avortement, peine de mort, traitement des délinquants, etc.\u2014, nous avons la responsabilité de poser des questions.H ne s\u2019agit généralement pas d\u2019être «pour» ou «contre» les victimes, mais plutôt de nous positionner par rapport à la vision qui sous-tend ces actions.Une vision étroite de la réalité Plusieurs militants et politiciens qui s\u2019affichent publiquement comme des défenseurs des droits des victimes semblent miser essentiellement sur des mesures de contrôle des agresseurs pour assurer la sécurité des victimes.Leur discours s\u2019inscrit dans un programme qui favorise la loi et l\u2019ordre.La lente agonie de la peine capitaie JEAN-CLAUDE HÉBERT Avocat un point de vue historique, le châtiment létal se rattache à l\u2019histoire des nations.Jusqu\u2019au XX® siècle, la culture européenne fut porteuse de la peine de mort.Avant le bannissement graduel de cette sanction extrême, la corde, la guillotine ou la hache du bourreau étaient tenues en haute estime.Sous l\u2019angle de la civilisation occidentale, le Vieux Continent reste le pivot du courant abolifionniste.Depuis sa restauration en 1976 par les Etats-Unis, la peine capitale est un levain de discorde entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique.En réaction aux affres du nazisme et des purges staliniennes, les nations européennes ont gradpelle-ment banni toute forme d\u2019exécution.Aux Etats-Unis, la peine capitale reste un expédient d\u2019une justice réparatrice.Perçu comme un moyen d\u2019infléchir efficacement la grande criminalité, l\u2019ultime châtiment prétend également rétablir l\u2019équilibre social: on compense la vie perdue en prenant celle de l\u2019assassin.De plus, dans l\u2019Amérique profonde, l\u2019extermination d\u2019une âme damnée purifie la société.La mise à mort du coupable symbolise la destruction du mal.Ce rituel morbide se nourrit essentiellement de dissuasion et de vengeance.Les défenseurs de la peine capitale ont perdu la bataille de l\u2019intimidation.De nombreuses études dérpon-trent la vacuité de l\u2019argument.Exemple: des Etats voisins de la fédération américaine, l\u2019un abolitionniste et l\u2019autre pas, affichent des statistiques semblables en matière d\u2019homicide.Défendre l\u2019indéfendable La loi du talion {«œil pour œil, dent pour dent»), quant à elle, oblige à défendre l\u2019indéfendable.Ia cruauté du violeur d\u2019enfants, l\u2019atrocité du tueur en série ou la barbarie du terroriste ne justifient aucunement l\u2019abandon par une société démocratique de ses valeurs fondamentales.Sj l\u2019être humain peut choisir de renoncer à la vie, l\u2019État ne peut moralement imposer ou suggérer cette renonciation.Curieusement, s\u2019agissant d\u2019avortement, la droite nord-américaine, religieuse et puritaine, sacralise le droit à la vie du fœtus.Du même souffle, çes bonnes gens invoquent le droit supérieur de l\u2019État d\u2019occire l\u2019assassin.Serait-ce que l\u2019innocence du fœ- D m PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le discours des défenseurs des droits des victimes, tels Pierre-Yves Boisvenu, comporte des paradoxes.Pourtant, le contrôle des agresseurs ne permet pas de réellement prévenir la violence.Si nous sommes sérieux dans notre volonté de lutter contre la violence, les acteurs sociaux et politiques devraient envisager une stratégie à plus long terme qui permettrait d\u2019intervenir en amont des problèmes et de prévenir les situations de violence Une telle stratégie exige de ne pas voir la violence comme un problème uniquement individuel, mais plutôt comme un problème social, et de ne pas constamment opposer les intérêts des victimes et ceux des agresseurs.Loin de moi l\u2019intention de minimiser la responsabilité des individus qui font le choix d\u2019utiliser la violence, mais il faut reconnaître que la violence n\u2019est pas uniquement le résultat de facteurs psychologiques ou biologiques.Si les causes sont difficiles à identifier, il est clair que la violence s\u2019inscrit généralement dans un contexte où il y a des inégalités entre les individus et les groupes sociaux.Ainsi, le fait d\u2019assurer une plus grande égalité au sein de la société et d\u2019assurer à l\u2019ensemble des individus des conditions de vie décentes, des ressources suffisantes pour répondre à leurs besoins et un accès à des services et des programmes sociaux peut certainement avoir un impact Des paradoxes Il est intéressant de relever les paradoxes dans le discours et les actions de plusieurs militants et politiciens qui s\u2019affichent comme des défenseurs des droits des victimes.En effet ce sont souvent ces individus et,ces groupes qui prônent un désengagement de l\u2019État dans le domaine social.Us sont en faveur d\u2019un investissement dans les mesures de contrôle, mais ne s\u2019opposent pas aux compressions dans des programmes sociaux qui visent pourtant une plus grande justice sociale et une plus grande égalité entres les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, etc.La volonté d\u2019abolir le registre des armes à feu est un autre exemple qui illustre les paradoxes dans le discours de ces individus et de ces groupes, surtout que plusieurs groupes représentant des femmes victimes de violence s\u2019opposent publiquement à l\u2019abolition de ce programme.Cet exemple met également en lumière le fait qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019actions motivées par une vision sociale et politique particulière.Pour im mouvement progressiste Sur la base de situations individuelles, il y a généralement une opposition entre les droits de la victime et les droits des agresseurs.Cependant, lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire des choix politiques et sociaux, nous devons adopter une vision plus large de la réalité et miser sur une stratégie de prévention à plus long terme.Nous devons nous demander dans quelle société nous vivons, mais surtout dans quelle société nous voulons vivre.Nous sommes tous des partisans de la sécurité et du bien-être des victimes de violence, mais il n\u2019y a pas une seule voie à suivre \u2014 même si c\u2019est souvent ce qu\u2019on aimerait nous faire croire! Ne pourrions-nous pas donner davantage de visibilité à un mouvement pour les droits des victimes qui serait progressiste, qui travaillerait pour une plus grande justice sociale plutôt que dans un programme qui fait la promotion de la loi et l\u2019ordre sans tenir compte de la réalité sociale plus large?ILLUSTRATION CHRISTIAN TIEEET Éthique et peine capitale tus lui confère le droit de vivre, tandis que la culpabilité du tueur, affirmée (sous peinç d\u2019erreur) par un tribunal, lui soustrait ce droit?L\u2019État ne peut légitimement enlever ce qu\u2019il ne peut donner: le droit de vivre.Affaire politique , Aux États-Unis, relevant principalement des États fédérés, la peine de mort est traitée comme qne question de politique locale.Trente-quatre États (et le gouvernement fédéral) pratiquent la peine de mort.Sur l\u2019ensemble du terrifoire, les exécutions sont plus fréquentes dans les États protestants du Sud.Cette pratique se nourrit d\u2019injustice raciale.Eormant 12 % de la population américaine, les Noirs représentent 41 % des condamnés à mort.Contrairement au niveau fédéral, les procureurs de la poursuite et les juges des États fédérés sont élus.Devant des électeurs majoritairement favorables au châtiment ultime, cette délicate question reste un enjeu de politique locale.Délaissant le débat éthique, les abolitionnistes américains misent surtout sur un argumentaire factuel: le dysfonctionnement actuel du système judiciaire permet la condamnation d\u2019innocents.Ces dernières années (tests d\u2019ADN aidant), plusieurs victimes d\u2019erreurs judiciaires ont échappé au couloir de la mort En juin 2002, la Cour suprême des États-Unis a soufflé la braise de l\u2019abolitionnisme en prohibant l\u2019exécution d\u2019accusés mentalement handicapés.Un second jugement oblige les jurés \u2014 plutôt que le juge du procès \u2014 à faire l\u2019examen des faits susceptibles de justifier la peine capitale.Enfin, des motifs économiques favorisent l\u2019abolition ou la diminution de la peine capitale.En Californie, le couloir de la mort est devenu un gouffre financier.Une étude récente sonne l\u2019alarme et fait appel aux électeurs.Peu importe la motivation politique, c\u2019est le résultat qui compte.Ainsi va la lente agonie de la peine capitale.Le corps des femmes I?Denise Bombardier ^ A Objet de désir, de convoitise, de domination et de peur, le corps de la femme a été, à travers l\u2019histoire, un espace qu\u2019ont défini, réglementé, occupé, honoré ou conquis p^r la force les hommes.La légende d\u2019Adam et Éve, si elle a inspiré les grands peintres, a avant tout fixé durant des millénaires la nature de la femme.Cette dernière est donc à l\u2019origine de la chute morale de l\u2019homme.En d\u2019autres termes, la péçheresse et la femme sont indissociables.A huit ans, les religieuses au Québec nous mettaient en garde avant les grandes vacances contre les impudeurs de l\u2019été.Nous devions éviter les «robes soleil» sans manches et trop courtes pour ne pas provoquer les hommes.A seize ans, lors d\u2019un sermon, un prêtre tonitruant nous avait expliqué avec moult détails qui certainement le titillaient que nous étions responsables de la pureté des garçons, dont «la force sexuelle pouvait faire décoller une fusée».Ça ne s\u2019invente pas, même pour une romancière! Il est clair que toutes les religions ont des problèmes avec les femmes.Toutes ont défini des limites aux femmes en les confinant dans des lieux réservés, à l\u2019écart souvent du regard des hommes.Toutes ont réussi à recouvrir le corps féminin afin d\u2019éloigner les hommes de la tentation.Il a fallu attendre des siècles chez les chrétiens pour reconnaître que les femmes avaient une âme et encore plus longtemps pour accepter qu\u2019elles n\u2019étaient pas seulement un réceptacle pour la semence masculine.L\u2019Église catholique, celle qui nous est la plus familière, a toujours toléré les rapports sexuels, seul moyen de mettre des enfants au monde.Sa morale officielle, à ce jour, s\u2019oppose encore à toute relation sexuelle hors mariage.C\u2019est peu dire le chemin parcouru pour atteindre l\u2019affranchissement des femmes, tel que nous le vivons en Occident.Tout, le pire et le meilleur, fut écrit autour de la tragédie qui a emporté quatre néo-Québécoises, les filles et la première des deux épouses de Mohammad Shafia.Ce crime d\u2019honneur est l\u2019expression ultime d\u2019une espèce de maladie dont sont atteints un nombre considérable d\u2019hommes, en particulier dans les pays musulmans.Toute la semaine, des mises en garde ont été faites, tous les chroniqueurs marchaient sur 4es œufs de peur de provoquer l\u2019islamophobie.A noter que cette attitude frileuse servait aussi du temps du totalitarisme soviétique.Nombreux étaient ceux qui se refusaient de critiquer l\u2019URSS de Staline par crainte de nuire au paradis communiste.Des centaines de millions de gens sont ainsi morts, enterrés par le silence d\u2019une gauche occidentale bien planquée à des milliers de kilomètres des camps sibériens.Alors parlons clairement.Dans plusieurs pays islamiques, chez les Arabes, en Iran, à travers le continent africain et dans l\u2019Asie musulmane, la culture du patriarcat impose sa loi discriminatoire et soumet de façon dramatique les femmes.Et dans cette perspective, les contes arabes des Mille et une nuits ne font rêver que les hommes en rut.Des dizaines de millions de femmes sont à la merci du sens de l\u2019honneur des mâles et des femmes elles-mêmes, victimes consentantes et soumises de la loi phallique.Oui, il existe des cultures arriérées, archaïques, primaires qui font disparaître, au propre comme au figuré, les femmes de l\u2019espace public.Des cultures qui ont inventé les mathématiques, la poésie, l\u2019astronomie, certes, mais qui n\u2019accéderont jamais à la civilisation telle qu\u2019on la conçoit de nos jours en perpétuant des traditions d\u2019une ère révolue.La seule révolution réussie du XX® siècle, celle qui n\u2019a pas fait de victimes, n\u2019a pas construit de camps de la mort, n\u2019a pas semé la terreur, n\u2019a muselé personne, n\u2019a violé aucune loi et n\u2019a imposé aucune barbarie, c\u2019est la révolution féministe.Le combat pour l\u2019égalité des sexes a bien sûr bousculé bien des hommes; il a aussi permis à des «fondamentalistes» antihommes de sévir dans des écrits en forme de brûlots, mais ces dommages collatéraux sont des vétilles en regard du progrès que le féminisme a entraîné daps nos sociétés.A travers le monde, l\u2019honneur se décline encore selon la loi de l\u2019homme dans ces pays qui perpétuent une conception de la femme qui la transforme en objet et source de péché.La peur de la femme est au cœur de ces systèmes si chers aux philosophes aristotéliciens, aux Pères de l\u2019Église, à tous ces religieux intégristes et ces défenseurs des cultures qui confinent les femmes, qui jettent les bébés filles dans les caniveaux, qui se servent de la technologie médicale afin d\u2019éliminer les fœtus féminins.Mohammad Shafia s\u2019est trompé de pays en s\u2019installant au Canada.Ce polygame a importé entre les quatre murs de sa résidence sa culture pathologique dans laquelle il régnait en pacha tout en déléguant ses pouvoirs et en transmettant ses valeurs archaïques à son fils.Il n\u2019a pas tué ses filles et sa première épouse.H a simplement usé de moyens à ses yeux justifiés pour réhabiliter l\u2019honneur bafoué de sa virilité millénaire triomphante.denhomhardier@videotron.ca LfEQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de Vinformation), Marie-Andree Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Belair-Cinno (général), Jeanne Cornveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, QwéôecJFabien X)eg\\\\^e(societe), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Lisa-Mane Gervais (education), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales).Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amelie Daoust-Boisvert(sa?2feJ , information politique Michel X)?cv\\d(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côte et Kathleen Levesque (reporters) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et Isabelle Pare (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) , informationéconomique Gerard Berube (adjoint au directeur de Vinformation), François Desjardins, Eric Desrosiers et Alexandre Shields (reporters'), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) , Diane Precourt (responsable des pages thématiques), Emilie Fohe-Boivin (pupitre) , Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) , Michel Garneau (caricaturiste) , Andreanne Bedard, Michele Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) , Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Genevieve Tremblay (commis internet) , Amelie Gaudreau (secrétaire à la rédaction), Karl Rettino-Parazelh et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Québec) PUBLICITE , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Stephanie Deziel, Amel Ehmam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amelie Maltais, Maria M Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Berube (secrétaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Fihon, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur\tHansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Fihon, Marie-Lune Houde-Brisebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Cehne Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Page, Monique Proteau B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 EEVRIER 2012 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Jean-Jacques Rousseau aurait campé avec les inignés Le philosophe genevois jugerait le salaire de Monique Leroux trop élevé I 'AiSr- Renée Joyal, professeure honoraire à l\u2019UQAM.Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées, le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.RENÉE JOYAL Juriste de formation, professeure honoraire à l\u2019UQAM, l\u2019auteure a dirigé George Sand toujours présente æUQ, 2011).Jean-Jacques Rousseau aurait-il «campé» avec les indignés de Madrid, de New York ou de Montréal?Il y a fort à parier que oui.Ces campeurs et leurs sympathisants se sont avant tout indignés des méfaits du monde de la finance et des inégalités sociales extrêmes qui empoisonnent nos sociétés, les unes n\u2019étant d\u2019ailleurs pas sans rapport avec les autres.Or, si on relit Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019inégalité parmi les hommes ou Du contrat social {Œuvres complètes, t.2, Paris, Seuil, 1971), publiés respectivement en 1755 et en 1762, on en déduit que Rousseau aurait fustigé avec vigueur le fossé abyssal qui sépare les plus riches (1 %) du reste de la population, et en particulier des plus pauvres.Selon lui, tout système poHfique peut se réduire à deux objectifs principaux: la Hberté et l\u2019égalité, «parce que la liberté ne peut exister sans elle».Parlant d\u2019égaHté, Rousseau avait sûrement en tête les privilèges de la naissance ou du rang qui caractérisaient la France d\u2019Ancien Régime où il a vécu la majeure partie de sa vie.Mais il pensait aussi, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, aux inégaHtés sociales.A propos d\u2019égalité, précise-t-il, il ne faut pas entendre par là «que les degrés de richesse soient absolument les mêmes, mais que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre.Voulez-vous donc donner à l\u2019État de la consistance, rapprochez les degrés extrêmes autant qu\u2019il est possible; ne souffrez ni des gens opulents, ni des gueux.Ces deux états, naturellement inséparables, sont également funestes au bien commun.» Bonis des courtiers de Wall Street et autres places d\u2019affaires, salaires et autres avantages exorbitants des hauts dirigeants de banques ou de grandes entreprises franchissent allègrement les limites de la décence.Une contradiction flagrante Que penserait Rousseau des revenus annuels de plus de deux milHons de dollars versés à Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins \u2014 qu\u2019on se réjouit par ailleurs de voir occuper ce poste?Comment Mme Leroux peut-elle, d\u2019un côté, se faire le porte-étendard du mouvement coopératif (voir Le Devoir du 13 janvier), et de l\u2019autre, accepter un tel revenu, sans doute appelé à s\u2019accroître avec les années?Il y a là une contradiction flagrante, une atteinte à l\u2019esprit même du mouvement qu\u2019elle prétend défendre.On fera valoir que les hauts dirigeants des grandes banques touchent des revenus encore plus élevés.Mais justement, ils sont scandaleux, ces revenus, et ils ne trouveraient certainement pas grâce aux yeux de Rousseau.Faut-il qu\u2019un mouvement coopératif s\u2019inspire de critères de rémunération aussi douteux?Tous ces abus nourrissent l\u2019indignation bien légitime du «monde ordinaire».C\u2019est d\u2019abord aux gouvernements et aux instances internationales de régulation économique et financière que les indignés adressent leur message.Rousseau, qui vit à une époque où les relations internationales, si elles existent, sont beaucoup moins intenses que de nos jours, compte essentiellement sur le corps poHtique (objet du contrat social) de chaque pays, et en particuHer sur le législateur, pour instituer des lois justes.Cela suppose, selon lui, que le législateur soit totalement désintéres- JOCELYN RIENDEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des indignés d\u2019Occupons Montréal, au square Victoria en novembre dernier.Si on relit Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019inégalité parmi les hommes (1755) ou Du contrat social (1762), on en déduit que Rousseau aiuait fustigé avec vigueiu le fossé abyssal qui sépare les plus riches (1 %) du reste de la population.a ^.V / INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) aurait certainement espere que le mouvemem aes maignes persiste et qu\u2019un nombre croissant de citoyens y participe activement.sé et qu\u2019il ne se laisse guider que par la recherche du bien commun.«Quand Lycurgue donna des lois à sa patrie (Sparte), il commença par abdiquer la royauté», rappelle-t-il.Il cite encore le cas de plusieurs cités grecques de l\u2019Antiquité et de quelques républiques romaines de l\u2019ère moderne, ainsi que de la Rébublique de Genève où il est né.Soucieuses d\u2019adopter des lois orientées vers le bien commun, ces entités avaient coutume d\u2019en confier la rédaction à des étrangers, bien au fait par ailleurs des réalités de chacune d\u2019elles.Qu\u2019en est-il de nos législateurs actuels?Selon les indignés, il sont souvent manipulés par les puissances d\u2019argent ou carrément à leur solde.Sous couvert de réalisme ou de pragmatisme, des lois favorables aux intérêts des plus riches ou des plus puissants (en matière fiscale, par exemple) sont maintenues.Pire, on n\u2019adopte pas de lois susceptibles de rétablir un certain équilibre (en matière de chômage ou de sécurité du revenu, notamment), ou celles-ci sont trop timides.Comment expliquer, par exemple, que les pays riches aient tant de difficulté à s\u2019entendre pour imposer une taxe sur les transactions financières ou une mesure analogue?Selon Jean-Jacques Rousseau, «rien n\u2019est plus dangereux que l\u2019influence des intérêts privés dans les affaires publiques».Et plus ces intérêts sont puissants, plus ils ont de chances d\u2019influencer les nominations et les élections, et plus les élus seront tentés de donner suite à leurs volontés.Rousseau pose que tous les régimes politiques (monarchie, aristocratie, démocratie) exigent, pour atteindre leurs fins, la pratique par les élus et les magistrats des vertus civiques \u2014 désinté- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Comment la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, peut-elle accepter des revenus annuels de plus de deux millions et se faire le porte-étendard du mouvement coopératif?ressement, intégrité, recherche du bien commun \u2014, mais il est d\u2019avis que la démocratie est le plus exigeant à cet égard; c\u2019est pourtant le régime qui lui semble le meilleur.Or, nos indignés n\u2019ont de cesse de réclamer un assainissement de nos mœurs politiques, trop souvent dévoyées par la corruption, l\u2019ignorance ou la veulerie.Les indignés s\u2019adressent aussi à l\u2019ensemble des citoyens, appelant chacun et chacune à mieux s\u2019informer et à joindre le mouvement.Comment un corps politique peut-il résister à une masse de citoyens éclairés et politiquement engagés?Dans son récent discours sur l\u2019état de l\u2019Union, le président Obama a clairement exprimé ses intentions de promouvoir l\u2019adoption de lois susceptibles de faire payer aux riches leur juste part \u2014 30 % d\u2019impôts sur des revenus dépassant le milHon sont-ils suffisants?\u2014 des recettes de l\u2019État et d\u2019assurer ainsi un partage plus équitable des richesses.Bien que, dès l\u2019origine, son programme ait préconisé plus de justice sociale dans un pays qui en a grandement besoin, on peut voir dans la fermeté de ce discours une réponse aux protestations et aux demandes des indignés.Rousseau se réjouirait certes de cette ardeur citoyenne, car, écrit-il, «sitôt que quelqu\u2019un dit des affaires de l\u2019État \u201cQue m\u2019importe?\u201d, on doit compter que l\u2019État est perdu».Pour que les citoyens influencent l\u2019État, il ne faut pas, à son avis, se contenter d\u2019élections périodiques, il faut encore leur garantir la liberté d\u2019expression et leur donner l\u2019assurance que leurs opinions seront prises en cqnsidération par le corps politique.L\u2019État se doit d\u2019être attentif aux citoyens, et ceux-ci doivent demeurer bien informés et vigi- lants.Jean-Jacques Rousseau cite en exemple le cas de son père, horloger de métier, citoyen de la République de Genève.«Je le vois encore, vivant du travail de ses mains, et nourrissant son âme des vérités les plus sublimes.Je vois Tacite, Plutarque et Grotius, mêlés devant lui avec les instruments de son métier.«Mon père, je l\u2019avoue avec joie, n\u2019était point distingué parmi ses concitoyens: il n\u2019était que ce qu\u2019ils sont tous; et, tel qu\u2019il était, il n\u2019y a point de pays où sa société n\u2019eût été recherchée, cultivée, et même avec fruit, par les plus honnêtes gens.Il ne m\u2019appartient pas, et, grâce au ciel, il n\u2019est pas nécessaire de vous parler des égards que peuvent attendre de vous des hommes de cette trernpe, vos égaux par l\u2019éducation ainsi que par les droits de la nature et de la naissance.» L\u2019apathie à l\u2019égard de la chose publique Rousseau aurait certes déploré la relative apathie de plusieurs citoyens à l\u2019égard de la chose publique, dont témoignent entre autres les faibles taux de participation aux élections.Si certains groupes d\u2019intérêts expriment avec vigueur leurs revendications sur la place pubHque, relativement rares sont les manifestations représentatives de l\u2019ensemble des citoyens.lœ mouvement des indignés constitue à cet égard une heureuse exception.Si Rousseau avait prévu la multipHcité des intérêts et des partis, il ne pouvait sans doute pas prévoir à son époque l\u2019ampleur que prendrait le phénomène, couplé à celui de l\u2019individualisme effréné qui marque aujourd\u2019hui nos sociétés.Toutes choses qui contribuent à miner la recherche constante du bien commun, tant par les citoyens que par le cops poHtique.Un siècle plus tard, après avoir observé la société américaine, Alexis de Tocqueville avait signalé cette hyperconsommation \u2014 aHmentée de nos jours par l\u2019apparition incessante de nouveaux gadgets \u2014 comme l\u2019une des dérives possibles de la démocratie \u2014 l\u2019autre étant le totalitarisme.«Je vois, écrit-il dans La démocratie en Amérique, une foule innombrable d\u2019hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.» Rousseau aurait très certainement espéré que le mouvement des indignés persiste, trouve un nouvel élan, de nouveaux modes d\u2019expression, et qu\u2019un nombre croissant de citoyens y participe activement.Amorcé à la suite du printemps arabe, ce mouvement n\u2019est pas sans lien avec celui-ci.L\u2019idéal ou l\u2019indifférence ?Si Tunisiens, Égyptiens, Lybiens.sont descendus dans la rue, à leurs risques et périls, d\u2019abord pour réclamer la fin de régimes tyranniques, ils avaient aussi en vue une plus grande justice sociale qui ne pouvait advenir sous la férule de gouvernements violents et corrompus.lœs indignés de l\u2019Occident, eux, se battent, à moindre risque, pour la fin de la dictature du monde de la finance, qui, elle aussi, fait obstacle à une meilleure répartition des richesses.Il est vrai que Rousseau, dont on célèbre cette année le 300® anniversaire de naissance, vivait dans un monde bien différent du nôtre et qu\u2019il avait, de son propre aveu, une vision idéaliste des citoyens et du corps politique.Mais n\u2019est-il pas préférable de tendre vers cet idéal plutôt que de laisser l\u2019indifférence et la cupidité envahir toutes les sphères de nos sociétés?Laissons-lui le mot de la fin: «Un peu d\u2019agitation donne du ressort aux âmes, et ce qui fait vraiment prospérer l\u2019espèce est moins la paix que la liberté.» ?Des suggestions, des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com.Pour Hre ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo."]
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