L'étudiant, 14 novembre 1913, vendredi 14 novembre 1913
[" TROISIÈME ANNEE.-No 2.Le Numéro : 5 soit», MONTREAL, 14 novembre 1913 ! Ce journal parait tous j les vendredis de Tannée { universitaire (de novem-! bre à mai) - les vacances J exceptées.OBftANE DE IA SOCIÉTÉ PL PUBLICATION LAVAL \u2018 -J&aiïtfé es?co//aAanafiort Vhivecsltaire ABONNEMENT : Canada et Etats- Unis, .\t.\t1 piastre Etranger,\t7 fr.50 H est strictement payable à Tavance.La Renaissance allemande ALBERT DÜRER Conférence de M.J.-B.Lagacé% NOVEMBRE (.c n\u2019est pas médire des primitifs si ii.inls de foi naïve, ni décrier leurs hcii-\\ rt s si débordantes de candeur et d\u2019etVu-n pieuse que de voir en eux les précur-\u2022urs dont in mission historique a été l'ouvrir et de tracer la voie aux grands ailles qui devaient, dans des oeuwes \u2022moi'lcües, recueillir tout I'nequit du assé et lixer dans une forme i)a: faile l'â-.¦ entière d»' leur temps et de leur pâti ie.Il en avait été ainsi en (irèee, en Italie, a Belgique, en Hollande, et en l\u2019r.iiieo.Le même spectacle nous fut oll\u2019erl en \\iiemagne.Mais la montée y fut plus dillï< ilo et le résultat plus lointain parce lue ce ])ays a été plus lent que les autres entrer dans le mouvement générai de la civilisation.Alors que.par des poussées successives el des sursauts de dignité révoltée, les autres peuples se libéraient peu à peu de la (haine pesante de la féodalité, les (ier-aiains et les Saxons s'obstinaient dans un regime qui cntrnvail la liberté et qui, au mépris de la justice, imposait le respect de la force.Le château commandait les mules el terrorisait les populations.Dans les villes épiscopales, l'oppression était moins grande, et les esprits plus tournés vers le négoce.Aussi n\u2019esl-on pas surpris de voir l\u2019art y prendre naissance el s'y développer plus rapidement.Mais les artistes ne sont pour les petits princes civils ou ecclésiastiques que des décora-leurs qu\u2019ils traitent en valets.Au Xllle siècle, il y avait, en Allemagne, des colonies \u201cd'ymagiers\" qui enrichissaient les belles architectures gothiques de sculptures sur pierre et sur bois.Ces sculpteurs étaient des artisans habiles quoiqu'impuis-sanls à tempérer par un soull'lc de génie la rudesse de leurs contemporains.Livrés à eux-mémes, les peintres s\u2019éternisent dans les procédés de l\u2019enluminure, répétant les thèmes appris.Les exemples venus des Flandres devaient hienté>t arracher les artistes alle-uands à leurs habitudes surannées et leur révéler les préceptes de l'art vivant.Cette influence se fait sentir dans les tableaux des vieux Maîtres allemands.Dans ces oeuvres primitives, la gaucherie du dessin et l\u2019insutrisance du modelé nous gâtent le charme du coloris et la fraîcheur de l'inspiration- Lorsque parait Stephan Lochner, la composition devient plus ample; les ligules dégagent un délicieux parfum de jeunesse et de candeur; la coloration plus brillante est en général crue et lourde.Au lieu des pittoresques paysages qui forment, dans les tableaux des primitifs flamands, comme l\u2019échappée du rêve dans la lumière de la réalité, il emploie des fonds d\u2019or faciles à exécuter.Ceci explique pourquoi la perspective aérienne fut si longue à se développer en Allemagne.A partir de U!)l, on retrace l'influence de l\u2019école flamande dans celles de Souahe et d\u2019Augsbourg, chez Zeitblom et Hans Holbein le vieux.Ce dernier est déjà initié aux découvertes de l\u2019anatomie et de la perspective.La sobre élégance et la largeur d\u2019exécution de ses toiles semblent jeter une passerelle entre le terre-à-terre du XVe siècle et les aspirations élevées du XVIc.Il ouvre la voie aux conquêtes de la Renaissance en donnant le jour à un lils «pii sera la gloire de son école.De toutes les écoles qui fleurirent, au XVe siècle, celle qui exprima le plus complètement l\u2019ânie allemande, à la fois douce et fantasque, ce fut celle de la Franconic dont Nuremberg fut le foyer le plus actif.Cet art est avant tout réaliste; il ne se cantonne pas dans les visions séraphiques, il a le sens de la vie et parcourt toute la j \"\u2022¦mime des sentiments humains.Lcll croie engendra le représentant Ici mieux équilibré de celle race plus tour-1 née vers les abstractions philosophiques! que vers les sensualités de la forme : AL- [ RFRT Dl'RFR.l\u2019ar sa haute culture intellectuelle, à la fois flamande el italienne, cet artiste est devenu un intermédiaire entre le Moyen-Age il les temps modernes.A la lisière du mysticisme expirant et de l'humanisme naissant, il a comme la prescience des hautes destinées auxquelles le mouvement de l\u2019esprit humain va conduire l'art qu\u2019il pratique soit par le pinceau, soit par le burin.Les tourments de sa pensée se sont répercutés chez les artistes modernes, I siècles après sa mort, beaucoup plus vivement que chez ses conlempo-l ains qui n\u2019admirèrent en lui que le peintre el le graveur, sans comprendre le penseur el le poète.Dürer naquit le 21 mai 1171.à Nuremberg.Son père exerçait le métier d'orfèvre.\"Klevé dans la crainte du Seigneur\u201d, Albert grandit dans l'atelier paternel, s\u2019initiant aux travaux délicats.Toutefois ses goûts le portent de préférence vers la peinture.Il en fait l'aveu à son père (pii, après quelque hésitation, le fait entrer dans l\u2019atelier de Michel Yolgcmut où il se | distingue par son zèle à l'étude.Les années d'apprentissage terminées, il entreprend son tour d'Allemagne.Deux mois après son retour à Nuremberg, en I till, il se marie avec Agnès l-\u2019rey, (pii ne lui donna pas plus d'enfants que Pc consolations- L\u2019est à partir de ce moment qu'il commence à produire des oeu-\\ res remarquables.Il possède un atelier el de nombreux apprentis.L\u2019est l\u2019époque des grandes peintures, telles (pie P\u2019Adora-tion des Mages\u201d, c\u2019est l\u2019époque des inconi-p.irables gravures sur bois et sur cuivre.Kn lâtl.ï, Nuremberg étant décimée par la peste.Durer se rend à Venise où il fré- ; queute les maîtres vénitiens, Bellini entre I autres, et où le Sénat, venu pour admirer son oeuvre : \"La Fêle du Rosaire\u201d, lui propose une pension de 200 ducats s\u2019il consent à demeurer en cette ville.Durer refuse et regagne Nuremberg.Le séjour en Italie a exercé sur lui une heureuse influence.Son âme méditative, tournée sur rtle-iiiémc, s\u2019est dilaté-; et enlr\u2019ouverte aux caresses du ciel vibnmt de lumière, aux charn-es d\u2019une société policée et d\u2019un art délicieux.(\u2019.\u2019est durant les f> années (pii suivent son retour en Allemagne que Durer accomplit toute son oeuvre de peintre.Il veut, à l\u2019exemple des maîtres italiens dans la société desquels il a vécu, concentrer tous ses dons de poète et de coloriste en quelques oeuvres définitives, caressant peut-être le secret espoir de jouer, à Nuremberg, le rôle de Bellini, à Venise.Mais les bons bourgeois pratiques qui l\u2019entourent n\u2019ont pas assez d\u2019imagination ni d\u2019enthousiasme pour le soutenir dans sa t( ntalive d\u2019escalader l\u2019idéal.Des oeuvres magnifiques ont été le fruit de ce suprême effort : \u201cAdam et Eve\u201d, \u201cAdoration de la Trinité\u201d, etc.Il faut aussi mentionner ces estampes célèbres où le meilleur du génie de sa race tient tout entier : \"l\u2019enfant prodigue\u201d, \u201cle Chevalier, la mort et le diable\u201d, \u201cla Mélancolie\u201d, etc.Vers 1512, l\u2019empereur Maximien le charge d\u2019exécuter une immense gravure sur bois en 2 parties dont l\u2019une représente : \u201cL\u2019arc triomphal de l\u2019empereur\u201d qui forme une table de 10 pieds % .de haut par neuf de (Suite à la dernière page) (fue d\u2019angoisse, ce soir, le premier de novembre ! Des cloches font entendre un râle dans la nuit : la-s feuilles, aux couleurs très pâles de vieil ambre, Tombent avec l\u2019envol d\u2019oiseaux tblessés, sans omit.Soir de Toussaint.La route est toute détrempée : Il pleut de la douleur dehors, le temps est gris.Le vent triste qui va p'.eure une mélopée ; Les arbres ont penché leurs bras endoloris.J\u2019ai voulu vous cueillir, ô fleurs de la jeunesse, A l'arbuste, jads voluptueux et fort : La ronce a remplacé vos (létales d'ivresse.Un automne, vous vous desséchiez dans la mort.Quand reliait le printemps, rosiers aux roses (\u2019)lanches.Vous renaissez au moins comme par le passé ; Mais vous, arbuste grêle et dont toutes les branches S'éparpillent au bord incwnuu du fossé.Vous ne donnerez p us de sèves qui fécondent.Et vous nous rappelez, ce soir, les courts instants Que vivent ici-bas les lir.cllules blondes : Vous n\u2019avez eu pour moi qu\u2019un -bref et seul printemps.Vous avez eu des fleurs pour mes jeunes années, Des fleurs d'amour, des fleurs de songes et d\u2019espoir : Cependant, lorsqu'un souffle impur vous a fanées, Vous avez emporté ma vie au long du soir.Et vous, morts qui dormez, je vous revois encore.Et j'entends sur le sol le doux !>ruit de vos pas : Vous connûtes -es jours, les clartés de l\u2019aurore ; Mais le passé lointain ne vous reviendra pas.Seul, votre souvenir renaît de votre cendre.Vous dormez d'un sommeil toujours inapaisé : Et dans la nuit où le Destin vous f,t descendre, Connaîtrez-vous encor la douceur du baiser?Jean CIIAUBONNEAU.LES CAHIERS D'UN MARAUDEUR Gens qui pleurent et gens qui rient Il y a des heureux mortels qui voient lout en rose, d\u2019autres au contraire semblent de véritables machines à broyer du noir.Les optimistes, quand on leur demande : \u201cLa va?\u201d, s'écrient joyeusement: \u201cA merveille!\u201d Les pessimistes, de leur côté, murmurent d'un ton lugubre : \u201cOh! très mal, merci !\u201d En latin, ça fail uptime et pessime.Les façons dillercnles de répondre à celle banale question résument deux manières d'envisager la vie.Selon qu\u2019on n\u2019y aperçoit que des ombres ou que des rayons, on est du parti de \u201cJean qui pleure\u201d ou de celui de \u201cJean qui rit\u201d.Tout homme, ici-bas, fait sa petite comptabilité; il balance ses plaisirs et ses peines.L\u2019opération terminée, il est satisfait du résultat.ou bien il maugrée contre son sort.Il est fort difficile de rester in-dilférent- A moins d'avoir une tête de bois, on a un air d\u2019enterrement ou un sourire ensoleillé; car, au spectacle de la comédie humaine, il faut choisir entre la gaité et la tristesse.Il y a pourtant une autre solution: c\u2019est de hausser dédaigneusement les épaules et de dire : \u201cAh! néant!\", de prononcer avec les nihilistes russes cet intraduisible \u201cnitchcvo\u201d qui, d\u2019après le vicomte de Vogue, \u201crésume, aux heures d'incertitude et de péril, tout le fatalisme de la grande race slave, tout le déti altier qu\u2019elle jette au destin en s\u2019abandonnant à lui\u201d.Le nihilisme est une manière de boud-hisme et Leconte de Lisle nous en a révélé les mystères quand, eu ses beaux vers païens, il a chanté les joies divines de l\u2019anéantissement.Comme le nirvâna hindou, c\u2019est un découragement, une abdication.Système essentiellement négatif, le nihilisme \u201cne s\u2019incline devant aucune autorité, n\u2019admet aucun principe comme article de foi, de quelque respect que soit entouré ce principe.(Tourguénef).Bref, le nihiliste considère tout du point de vue critique.C\u2019est là une1 anarchie intellectuelle, assez inoffensive, aussi longtemps qu\u2019elle se cantonne dans le domaine de l\u2019idée, mais elle ! est terrible quand elle en sort pour passer à \u201cla propagande par le fait\".Le nihilisme est un .sentiment d'impuis-i sauce, de défaite, mais il peut engendrer : \"la réaction furieuse du vaincu, l\u2019ell'orl aveugle pour détruire cet univers qui l'é-| erase cl le déconcerte\u201d.Le nihiliste est alors pire qu\u2019un animal enragé, véritable possédé, pris de la rage d'anéantir, il sème partout la mort el la ruine.Cette révolte cache pourtant une espé-1 rance sous ses malédictions; monsieur de Vogue la regarde comme le premier symptôme d'une résurrection morale- Le relèvement social au moyen de la dynamite, c\u2019est peu banal tout de même.¦C'est un moyen assurément énergique! j I leureuscment, au Canada, nous n\u2019en som-! mes pas encore rendus là.Nous sommes | tous ou trop doux ou trop lâches pour avoir recours à des remèdes aussi radicaux.D'ailleurs, le besoin ne s\u2019en fait guère sentir.Sans doute, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes; mais enlin, la vie ne nous fait pas peur.Nous avons une rude tâche à accomplir et, Dieu aidant, nous sommes bien décidés à aller jusqu'au bout.Nous laissons donc à d\u2019autres pays le monopole peu enviable du pessimisme et du nihilisme.Nous nous contentons, à l\u2019exemple de nos ancêtres, de croire, d\u2019espérer et d\u2019aimer! Pierre K EBOULE.: o Nos soirées d9opéra Soirée des E.E.1)., et E.E.L., au théâtre \u201cDis Majesty\u201d, le mercredi,décembre.\u201cCarmen\u201d sera à l\u2019alfiche.Ce sera la première représentation de Carmen cette année.Madame Jeanne Gerville-Reache, chantera Carmen.Elle a une fort bonne réputation.On dit cpie c\u2019est une \u201cCarmen\u201d de tout premier ordre.On fait autour de son nom beaucoup de réclame.Le 29 novembre prochain, les étudiants en médecine donneront une magnifique soirée d\u2019opéra On jouera Thaïs avec une distribution exceptionnelle.\t. L\u2019ETUDIANT Voyage à New-York de la Fédération universitaire '
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.