Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 juillet 1966, Juillet - Août
[" LE PRECURSEUR Juillet=Août 1966 La deuxième dimension de l\u2019Eglise \u2014 Ce n\u2019est plus sa dimension verticale, mais sa dimension horizontale: c\u2019est le feuillage de l\u2019arbre qui s\u2019étend à travers le monde entier.Ayant uni, ayant soudé chaque homme à Dieu, l\u2019Eglise va nous relier, nous souder, nous unifier à tous nos frères.Car l\u2019Eglise est aussi cette grande unification, cette immense communauté, cette profonde communion de chaque homme avec tous les autres hommes du monde entier.L\u2019Eglise nous apprend à réaliser cette communion, elle nous invite à la réaliser.Voilà ce que sera l\u2019Eglise: ce rassemblement patient et lent de tous les hommes.Jacques Loew extrait de « Si vous saviez le don de Dieu » NOTRE COUVERTURE: Détente à l\u2019école secondaire Marymount de Mzuzu, Malawi.L\u2019accordéoniste: Sœur Fran= çoise Saucier (Montréal).Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Port payé à Montréal. 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal (26) Canada LE PRÉCURSEUR Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception avec l'autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.NIHIL OBSTAT: M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é., 2 Mars, i960.No 4 Juillet-Août 1966\tSOMMAIRE Vol.XXIVe La religion maya, hier et aujourd\u2019hui\t147 Sr Gabrielle Ouimet, m.i.c.Tecun Uman\t155 Maria Albertina Galvez G.Catavi\t162 Sr Marie-Annette, m.i.c.J\u2019allai à Catavi\t167 Sr Simone Sabourin, m.i.c.Les « Gais Lurons »\t171 Sr Marie-Thérèse Laperrière, m.i.c.Mzuzu, cité florissante\t175 Sr Céline Laurin, m.i.c.« Seigneur, pourquoi m\u2019as-tu dit d\u2019aimer ?»\t183 Sr Sainte-Patricia, m.i.c.Banquet pour « bouts d\u2019choux »\t189 Sr Marie-Paule, m.i.c.Le mariage au Japon\t191 Sr Joseph-de-la-Sainte-Famille, m.i.c.Abonnement: Par an\t$\t1.50 2 ans\t$\t2.50 4 ans\t$\t5.00 A vie\t$30.00 Pour tout changement d'adresse, ne pas oublier d\u2019envoyer l\u2019ancienne et la nouvelle. Vieux temple maya envahi par la végétation dans une forêt du Yucatan, S- -¦* \u2022 WJt.i ¦ \u2022vx, ¦¦ M ty : u y-.\u2022* -i > : \u2022 j ^« 'Y (*r r - ' *y ;.r^. LA RELIGION MAYA HIER ET AUJOURD\u2019HUI par Sœur Gabrielle Ouimet, m.i.c.DEUXIEME PARTIE: AUJOURD\u2019HUI Synthèse de la religion maya Avant d\u2019entreprendre cette deuxième partie de notre exposé, il serait peut-être bon de résumer l\u2019historique de la religion maya, afin d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble et de mieux réaliser l\u2019évolution de cette religion.Nous nous servirons de l\u2019ouvrage de Sylvanus Griswold Morley, The Ancient Maya.L\u2019origine des Mayas est très peu connue, avons-nous dit; il en va sûrement de même pour leur religion.Toutefois Morley tente cette explication: il semble qu\u2019à l\u2019origine de la religion maya se trouvait l\u2019adoration des forces de la nature, la personnification des forces naturelles qui entouraient le peuple.Cette religion ne nécessitait pas de cérémonies, ni de prêtres, pas même de temples.A l\u2019âge de l\u2019agriculture, la religion s\u2019organisa graduellement avec des prêtres et des temples, des cérémonies et des rites.Entre l\u2019introduction de l\u2019agriculture et l\u2019invention du calendrier maya, la religion ne changea pratiquement pas.Mais avec la découverte du calendrier maya, de la chronologie et de l\u2019écriture, la religion maya connut des modifications notables.Dès le quatrième siècle après Jésus-Christ, une philosophie religieuse maya se forma, développée par le clergé.Les divinités du ciel et celles des périodes de temps et de nombres prévalaient.Certains croient qu\u2019alors la religion maya n\u2019était pas entachée du sang des sacrifices humains.D\u2019autres assurent que les Mayas ont pratiqué les sacrifices humains à toutes les phases de leur histoire.Aucune preuve archéologique ne nous porte à croire que la religion maya connut des changements très frappants pendant la période dite classique, mais l\u2019intrusion mexicaine opéra de remarquables innovations.Morley n\u2019hésite pas à affirmer que le caractère sanguinaire de la religion maya, telle que trouvée par les Espagnols dès le seizième siècle, relève particulièrement de l\u2019influence mexicaine et a été introduit au Yucatan par les envahisseurs mexicains au dixième siècle.Il ajoute qu\u2019en s\u2019infiltrant, les influences mexicaines ont substitué le christianisme aux croyances païennes.Enfin il montre que, même après une certaine conversion au catholicisme, le peuple n\u2019a pas pour autant délaissé les anciennes croyances.147 Ruines mayas de Zaculeu, aujourd\u2019hui Huehuetenango, résumant la religion maya: à gauche le temple de la lune, au centre le temple du soleil, à droite le temple de l\u2019étoile.Rue d\u2019un village maya du Peten où rien ne semble avoir changé au cours des siècles.Carte du territoire maya à l\u2019époque de la conquête.Il englobait le Yucatan, Campèche, Quintana Roo, une partie du Honduras, le Honduras Britannique, le Guatemala et 1 Etat mexicain de Chiapas.\tPhoto Manuel Maldonado MAP OF THE MAYA AREA ittm+t > /flo rtL r IH.» MUA \\ jWMft ) Uaïuèfc r.A bla s c o l j\u2014\u2014\u2014 V DRAS Nr.tWAÏ\tU***'\t^ \\ JW H/EjX l\\C O C a) l A P A 5 \\ V i H O* QV/f AS\\ \u2022Tvjrj 4 Conversion des Mayas au christianisme Ici il nous faut revenir un peu en arrière pour voir comment s\u2019est opérée cette conversion du peuple maya au christianisme.Quels éléments déjà existants dans la religion maya facilitaient la fusion des deux religions ?Quels ont été aussi les obstacles?D\u2019autres religions se sont-elles intégrées à la religion maya ?Enfin quelle est la situation actuelle de la religion chez les Mayas ?Ces questions feront l\u2019objet de cette dernière partie.« Il est intéressant, nous dit Eric Thompson, de noter que les Mayas, qui avaient résisté à l\u2019impact de cultes étrangers tels que celui de Kukulcan, acceptèrent le christianisme.».Et dans La vie des Mayas, Jean Babelon nous donne un vivant récit de cette conquête.Nous ne signalerons que les grandes lignes.C\u2019est à Cozumel que subsistent les restes de la plus ancienne église de l\u2019Amérique.Elle contient encore l\u2019autel érigé par Fernand Cortès en 1519.La tradition catholique fut donc importée de bonne heure au Yucatan.L\u2019évangélisation s\u2019y poursuivit parallèlement à la conquête militaire, et d\u2019une façon en quelque sorte indépendante.Depuis 1545, les franciscains prirent le chemin de Champoton, de Campêche et de Mérida.Les premiers à l\u2019œuvre furent Juan de la Puerta, Luis de Villalpando, Diego de Becal.On leur concéda des anciens temples pour y établir des monastères.Photo Nations Unies V 35 w * Z&èstÉ'C mm ; if -y- v, v , - ¦ i4 > 4^5.m ¦ s* _ Mais un trait important de cette histoire, c\u2019est l\u2019antagonisme qui mit aux prises les militaires et les moines.Ces dissensions trop apparentes renforcèrent l\u2019esprit agressif des Indiens qui, soumis de bonne foi à une religion nouvelle, purent se croire joués alternativement par les hommes de guerre et par les prêtres.C\u2019est pourquoi plusieurs tentatives d\u2019évangélisation échouèrent.La conversion n\u2019était pas obligatoirement imposée.Mais l\u2019apostasie était punie de la peine capitale, et le châtiment rejoignait même les morts.Des tombes furent violées, par ordre du P.Diego de Landa, pour que les cendres des relaps fussent jetées au vent.Mentionnons que ce Père Landa, moine franciscain arrivé au Yucatan peu de temps après la conquête, était un homme d\u2019une intelligence indiscutable.Voici ce qu\u2019en pense Thompson dans l\u2019ouvrage cité plus haut: On a beaucoup critiqué l\u2019évêque Diego de Landa pour avoir écrasé les recrudescences du paganisme, mais, ce faisant, il se conformait simplement aux idées de son siècle à savoir que l\u2019âme est autrement importante que le corps et que la fin justifie les moyens.On se rappelle comment il avait fait, en 1561, un autodafé de manuscrits mayas; il fit détruire de même des temples; le désir de détacher ses convertis de leurs anciens'dieux passait pour lui avant les préoccupations de l\u2019archéologue.Toutefois c\u2019est à lui qu\u2019on doit l\u2019histoire du Yucatan écrite vers 1560, véritable mine d\u2019informations sur les coutumes et les croyances religieuses des Mayas.Plutôt un syncrétisme A cette époque combien d\u2019échecs pitoyables, combien de missionnaires massacrés, d\u2019églises brûlées, à cause d\u2019un zèle intempestif.Et lors même que les Indiens étaient dûment convertis, leur dévotion revêtait en sa ferveur une forme semi-idolâtre.Oui, s\u2019il est vrai que malgré des défaites, graduellement le christianisme s\u2019implantait dans les villes mayas, la fusion des deux religions n\u2019était pas aussi parfaite qu\u2019on pourrait le croire; et à côté des éléments qui facilitaient cette fusion, d\u2019autres y mettaient obstacles.Jean Babelon remarque que la persistance des coutumes païennes, soit associées aux rites évangéliques, soit demeurées indépendantes depuis les âges obscurs d\u2019une religion primitive, est un fait observé de tout temps, et qui, de nos jours, offre encore un sujet d\u2019étude aux ethnologues.Un fait très caractéristique nous est rapporté par le flibustier Oexmelin, l\u2019historien des Boucaniers, vers 1680.Après une mention de la conquête des Indiens par les Espagnols, il ajoute que les Indiens de l\u2019autre bord de la côte orientale du Yucatan sont obligés de recevoir, en certains temps de l\u2019année, un ecclésiastique espagnol qu\u2019on leur envoie pour les convertir.Tant que le prêtre demeure sur place, ils n\u2019osent exercer leur religion idolâtre: A peine est-il parti qu\u2019ils recommencent comme auparavant.D\u2019autres récits du même genre démontrent que le Maya converti est comme déchiré entre sa loyauté envers l\u2019ancienne classe dirigeante et sa fidélité à la foi nouvelle dans laquelle on tente de l\u2019amener.Selon « l\u2019esprit de compromis habituel aux Mayas », note Thompson, ils gardent un pied dans chaque camp.Oui, les Mayas acceptèrent le christianisme, mais jamais pour le substituer à leurs anciens dieux.Bien au contraire, ils amalgamèrent les deux religions pour les adapter à leur goût.René Aigrain a parfaitement résumé en un paragraphe les éléments qui ont facilité et ceux qui ont nui à une parfaite fusion des religions: Confusions et superstitions.» Ainsi la prédication des missionnaires put être facilitée par l\u2019identification établie entre des symboles de l\u2019ancienne religion et les grands thèmes de la doctrine nouvelle.Le Vahomchè, l\u2019arbre de vie, qui était pour les Mayas la ceiba traversant les mondes depuis le domaine souterrain jusqu\u2019au suprême ciel, et qu\u2019on représentait volontiers portant à la cime un oiseau symbolique, fut pris pour l\u2019arbre de la croix au-dessus duquel planait le Saint-Esprit; la statue de la déesse Ixazaluoh, mère d\u2019Itzamna, assise et tenant son fils dans ses bras, se confondait aisément pour les Indiens avec celle de la Vierge Mère de Jésus.De telles commodités, dont on conçoit que les missionnaires aient profité d\u2019abord, ne vont pas sans leur revers et favorisent un syncrétisme qui encombre la religion, si sincère qu\u2019elle soit, de beaucoup de superstitions: restes d\u2019idoles qui voisinent avec les croix; mélange tantôt naïf, tantôt inquiétant, d\u2019une foi catholique sincère et de la fidélité à des croyances mal définies que quatre siècles de christianisme n\u2019ont pas fait oublier.Nous nous demanderons certainement si d\u2019autres religions se sont intégrées à la religion maya.Dans une monographie sur l\u2019industrialisation de Cantel, au Guatemala, l\u2019auteur consacre un chapitre aux pratiques et aux croyances de ce peuple.Cette étude nous donne une très bonne idée de l\u2019état actuel de la religion maya, non seulement à Cantel, mais dans tout le milieu maya.150 L\u2019auteur divise son exposé en trois points: l\u2019expérience chrétienne, le catholicisme populaire ou Folk Catholicism, les croyances ésotériques.L'expérience chrétienne.\u2014 La religion catholique prime à Cantel.Elle est représentée par l\u2019église et le curé résidant depuis plus de dix ans.Un vicaire Les Mayas cuisent toujours leurs « tortillas » (galettes nationales à base de maïs) sur un feu entre trois pierres.'\t\u201c V|K§ J I 1\t^ 1 » I 1® Photo Nation* Unies ï* ¦ v- ¦ u .V- ¦¦ I %mîm ftmaÿm.De style espagnol, la vieille église de Campêche bâtie au 16e siècle, ¦'j ¦;.'It * .et quelques auxiliaires laïcs s\u2019occupent de deux organisations et des multiples tâches d\u2019une paroisse.L\u2019évêque de Quezaltenango visite périodiquement son diocèse.En dehors des cérémonies de baptême, de mariage, de funérailles, la vie religieuse ne joue pas un rôle très important à Cantel.Outre l\u2019Eglise catholique, il y a quatre Eglises protestantes.Trois sectes proviennent de l\u2019Amérique du Nord et une est originaire du Guatemala: Presbyterian, Seventh Day Adventist, Pentecostal, et Cramerista.L\u2019Eglise Presbyterian seule a son pasteur résidant, un natif de Cantel, les autres dépendent des villes environnantes.Personne ne sait exactement combien appartiennent à chaque Eglise; les gens vont indifféremment à l\u2019une ou l\u2019autre église. ta__________ «ippe! Notre-Dame de la Guadalupe, au Mexique, rappelle l\u2019apparition de la Vierge à l\u2019Indien Juan Diego.Photos Pacifique Canadien ¦H*\u2019-.ilfeis -'% '¦ I ¦ avec les dogmes et les rites catholiques.En un mot, les religions mexicaines se sont intégrées au catholicisme importé en le teintant d\u2019un syncrétisme qui s\u2019exprime en pratiques populaires locales.Les croyances ésotériques.\u2014 Cette troisième division, M.Nash l\u2019explique ainsi: la doctrine ésotérique est centrée sur l\u2019ancien calendrier divinatoire L\u2019auteur ajoute: « La différence frappante qui existe entre les Eglises protestantes et l\u2019Eglise catholique, c\u2019est très naturellement cette doctrine de l\u2019entrée libre ».Le Catholicisme du peuple ou Folk Catholicism.\u2014 L\u2019auteur définit Folk Catholicism comme suit: Par catholicisme populaire on entend ces aspects de croyances religieuses et de pratiques qui coexistent 153 Photo Nation* unies.Exemple du syncrétisme des religions maya et chrétienne: sur les marches de l'église, offrande d\u2019encens aux divinités païennes.de 260 jours; chaque chilan emploie le cycle des 20 jours et des 13 Ahau .Les adeptes de ces croyances ésotériques sont de deux classes: les sorciers qui pratiquent l\u2019envoûtement et les devins qui prophétisent et soignent les maladies.On y ajoute aussi les images de San Simon ou Judas.Cet exemple concret de la situation maya actuelle nous prouve une fois de plus que les dieux mayas et les saints chrétiens se fondirent dans un panthéon souple, avec le Dieu chrétien à leur tête.En certaines régions, il existe encore une différence de fonction entre les saints et les divinités païennes.Les premiers gouvernent les villes et leurs activités, les secondes protègent les forêts, les milpas (terres propres à la culture du maïs) et ceux qui les habitent.Néanmoins, très peu de Mayas seraient capables de faire le partage entre les éléments chrétiens et païens de leur religion.En fait, ils s\u2019indigneraient si on les soupçonnait d\u2019être partiellement des païens! Le christianisme n\u2019a donc pas partie gagnée chez les Mayas, et l\u2019on ne saurait vraiment dire que la vieille religion maya, rejetée pour l\u2019essentiel dans le passé, a disparu totalement et sans laisser de traces.OUVRAGES CONSULTÉS Babelon, Jean, La Vie des Mayas.Paris, Gallimard, 1933,\t« Le Roman des Peuples », no 2.Brillant, Maurice, Histoire des Religions.Paris, Bloud et Gay, 5 vol.Gallenkamp, Charles, Maya, the Riddle and Rediscovery of a Lost Civilization.New York, David McKay Company, 1959.Morley, Sylvanus Griswold, The Ancient Maya.California, Stanford University Press, 1956.Nash, Manning, Machine Age Maya.The American Anthropological Association, vol.60, no 2, Part 2, April 1958, Memoir no 87.Thompson, J.Eric, S., Grandeur et Dicadence de la Civilisation Maya.Paris, Payot, 1958.Thompson, J.Eric, S., Maya Archxologist.Normam, University of Oklahoma Press, 1963.154 GUATEMALA TECUN UMAN Condensé du récit de Mario Albertina Galvez G.« Tecun Uman, Défenseur de notre Liberté »l.L\u2019événement qui domine notre histoire est, à n\u2019en pas douter, la douloureuse conquête de ces royaumes du Guatemala, en 1524, par le capitaine Pedro de Alvarado que les Indiens surnommèrent Tonatiuh (Fils du Soleil) à cause de sa mine superbe.A leur arrivée, les conquérants espagnols se trouvèrent en présence des restes de l\u2019une des civilisations les plus prestigieuses peut-être de la terre, remarquable par son organisation politique et sociale et qui régissait le peuple maya quiché.Ce peuple, certains sociologues et juristes l\u2019ont cité comme modèle du genre.Son gouvernement constitué en monarchie aristocratique calquait celui des Tol-tèques.L\u2019invasion du pays par des troupes étrangères blessa la dignité de nos ancêtres et provoqua une réaction en chaîne d\u2019amertume et de colère.Ils défendirent leurs droits de citoyens avec courage et hardiesse, ce qui accrût chez eux la fierté d\u2019habiter ce coin si beau de la terre d\u2019Amérique, chef-d\u2019œuvre sorti des mains du Créateur.Troublée par les fréquentes incursions des cac-chiqueles et des tzutuhiles, l\u2019existence paisible des aborigènes apparut de nouveau menacée lorsque les conquérants entrèrent en 1519 dans la grande ville de Tenochtitlan.L\u2019empereur Moctezuma, appelé Flèche du Ciel, dépêcha aussitôt par ravins et fondrières deux messagers chargés d\u2019avertir les rois du Quiché de l\u2019envahissement de son territoire par une armée d\u2019hommes blancs.Cette pénible nouvelle causa la mort du vieux roi Quicab Tanub surnommé le Grand Quicab.L\u2019auteur de la Danse de la Conquête nous a rendu cette noble figure dans un récit historique où Tecun Uman joue le rôle principal.De cet ouvrage nous avons détaché le dialogue suivant qui ressemble à une ballade: Mes enfants, levez-vous! Pourquoi rester abattus?N\u2019irritez pas le ciel c\u2019est là témérité.Ecoutez-moi je suis dans l\u2019affliction.Le monarque Moctezuma du royaume mexicain m\u2019écrit de sa propre main: «Don Quicab, ma fortune est détruite, et me voici prisonnier d\u2019un roi étranger qui m\u2019a vaincu.«Ce roi veut achever sa conquête, asservir tout le monde, s\u2019approprier toutes choses.Ses soldats sont habiles et intelligents connaissant l\u2019art de la guerre, sa foudre réduit en poussière, ses armes jettent le désarroi.«La discipline de ses troupes le rend victorieux des nôtres.«Enfin.Ce sont des hommes vaillants et leur Dieu est puissant.Tout cela, mes enfants, me cause une cruelle souffrance Ma pauvre âme se lamente, mon cœur est oppressé.» 1 Traduit de l\u2019espagnol 155 ****>& .-/ \u2022*\u2022'¦¦ \u2022.v?\u2022 .iSf;; -iJ Photos Pacifique Canadien Lac Atitlan.Femmes quichés s\u2019approvisionnant d\u2019eau tout comme aux jours anciens de Tecun Uman.aySaic ¦sâïMr^ tgïék 4*r%, V *î iüJîS® kV\u2019 «c « V ^ v.¦.\"\u2022 v*.156 Beauté de la terre quiché.Le volcan Poliman et son bouquet de fumée au>dessus du lac Atitlan.Une profonde douleur s\u2019empara des pacifiques habitants qui voyaient leur liberté et leur souveraineté menacées par des inconnus.C\u2019est alors que se levèrent, courageux et unis, le peuple quiché et ses alliés, prêts à défendre leurs droits.Le ciel, la mer et les volcans tressaillirent; les jours s\u2019assombrirent; les visages reflétèrent l\u2019angoisse mais aussi la détermination.La mort du Grand Quicab avait entraîné un changement dans le gouvernement : à Tecun Uman, homme d\u2019une belle prestance, cœur noble, esprit distingué, patriote aux qualités remarquables, revint la charge de Nim Chocoj-Cawek ou « Grand Elu de la Maison de Ca- wek », fonction équivalente à celle de Ministre de la Défense Nationale dans l\u2019organisation administrative de nos temps.Les cris de guerre retentirent sur le haut des montagnes, dans les chaînons et le creux des vallées; le bruit des timbales et des tambours annonça la bataille imminente.Les messagers se hâtaient sur les chemins portant les ordres militaires aux confins du royaume.Les haches et les silex s\u2019aiguisaient; les flèches sifflaient, déchiraient les airs; les massues et les boucliers ronds s\u2019alignaient; les voies de communication furent coupées par des encerclements, et l\u2019on dressa des embûches.157 A l\u2019entrée de l\u2019église de Patzum, Guatemala, un fils du Quiché joue de la flûte accompagné d\u2019un jeune tambour.Le tablier à fins carreaux du flûtiste indique son appartenance quiché.La magnifique cathédrale d\u2019Antigua, au Guatemala.A la mort de Tecun U man, dernier roi quiché, la foi au Christ, apportée par les Espagnols, était déjà répandue dans le royaume.Photos Pacifique Canadien > ,-r ~\u2018l\"*m., .-s,» A ««r ' : W;!| l; '¦it** Hi i jar jBft D\u2019après Heman Cortès, le capitaine Pedro de Alvarado sortit du Mexique* le 6 décembre 1523 en compagnie de 300 soldats d\u2019infanterie, d\u2019arbalétriers et de recrues armées de fusils de chasse, la plupart Indiens Tlascaltecas, de 120 montures et de nombreux porteurs.Ceux-ci conduisaient 40 chevaux de réserve et l\u2019appareil de guerre dont 4 canons à boulets de pierre.Une fois l\u2019isthme de Tehuantepec franchi, l\u2019armée campa à Chiapas et Soconusco.Les chevaux hennissaient, les épées étincelaient.Au milieu des visages pâles tranchaient ceux des mulâtres Tlascaltecas.Ces derniers taillaient des brèches dans les chemins couverts de broussailles.Tout était prêt pour la lutte.C\u2019est alors que, monté sur un vigoureux coursier et suivi des capitaines Hernando Chavez et Pedro Portocarrero, Pedro de Alvarado ouvrit le défilé et donna ordre de tirer.Les canons et les arquebuses commencèrent à vomir la terreur.* * * Nous sommes en février 1524.Le roi Tecun, intrépide guerrier, a revêtu son costume le plus fastueux: sur sa tête plate brille la couronne royale; les plumes vertes du quetzal l\u2019enveloppent; à droite il porte une flèche, à gauche la rondache avec l\u2019insigne du pouvoir.Les Espagnols s\u2019en viennent insouciants: la rencontre d\u2019indigènes sans défense leur procure des victoires faciles Cependant dans Cumarcaah, capitale du royaume quiché, une armée de braves citoyens s\u2019entraînent, décidés à mourir pour garder leur indépendance.La valeureuse armée quiché occupe les chemins et les ravins de Cumarcaah.Cependant les Espagnols formés à l\u2019art de la guerre déconcertent les indigènes par leurs tactiques et leurs armes à feu que ceux-ci ignorent.Le détonnement des canons, l\u2019agilité et la grosseur des chevaux ajoutent à la stupeur des Indiens qui jamais n\u2019ont soutenu pareille attaque.Alvarado avait l\u2019habitude des combats contre les colons américains.Les Quichés ne s\u2019étaient battus qu\u2019entre aborigènes soit contre les cacchiqueles ou les Uutuhiles.Mais la présence d\u2019une armée étrangère les électrise, et ils constituent une imposante armée de défense sous la direction du héros national Tecun Uman.Contents de leurs premiers succès, les conquérants campent près de Quezaltenango, dans la spacieuse vallée d\u2019Urbina coupée d\u2019un joli ruisseau.Ricardo Castaneda Paganini a relaté dans son ouvrage Tecun Uman la première rencontre des Guatémaltèques avec les troupes d\u2019Alvarado: « Don Pedro continua sa marche à l\u2019intérieur du pays se dirigeant vers la province de Xetulul.Lé choc initial entre ses troupes et les tribus quichés se produisit sur les bords de la rivière Tilapa, et le second sur les rives de la Samala.Les envahisseurs triomphèrent et avancèrent du côté de Tzakaha.A marche forcée et au prix de grandes difficultés, ils gravirent la rude pente de l\u2019actuel volcan Santa Maria de Jesus.L\u2019armée, exténuée, y fit halte pour la nuit.Le lendemain elle piqua sur Xelaluh et descendit dans la plaine de Olintepec qu\u2019arrose la tranquille Samala.* * * L\u2019armée quiché organisée par Tecun Uman considérait son chef comme « le capitaine général de toute la terre ».Uman n\u2019était pas son nom véritable.Le mot quiché Uman signifie « homme mûri dans la sagesse, homme important ».Un dominicain a décrit l\u2019ultime combat, le dernier engagement.Ce récit mentionne que Tecun Uman « avait armé tout son royaume et ses milices » qu\u2019il partit en campagne à la tête de 62,000 hommes et qu\u2019il était secondé par le général Ahzumanché, son aide-de-camp Ahzol, son rondachier Ahpocob.Tecun, porté sur un brancard par les seigneurs et les nobles, arriva au village de Totonicapan où 90,000 combattants l\u2019attendaient.Il partit ensuite pour Quezaltenango où d\u2019autres bataillons se rallièrent à lui.En tout quelque 232,000 hommes.Le roi répartit ses armées en différents postes et les disposa de façon à couvrir tout le territoire, depuis Quezaltenango jusqu\u2019à la province de Suchi-tepéquez.Un chroniqueur anonyme dit « que le roi du Quiché, Tecun Uman, était un grand sorcier; qu\u2019il survolait ses armées sous la forme d\u2019un quetzal aux plumes tr^ larges et d\u2019un vert éclatant tenant un sceptre d\u2019émeraude, donnant des ordres à ses officiers et soldats.» « Alors commença la bataille.Les Indiens attaquèrent avec fureur des deux côtés à la fois.Mais la cavalerie, qui évoluait sur un terrain propice, fondit sur les armées indiennes pour se retourner ensuite avec rapidité et protéger l\u2019infanterie aux prises avec les troupes d\u2019élite de Tecun.La bataille se prolongea.L\u2019armée espagnole était harcelée mais n\u2019en faisait pas moins des ravages chez l\u2019adversaire.Le roi Tecun, dit-on, impatient d\u2019écraser l\u2019agresseur, se mit à voler sous la forme d\u2019un aigle muni de plumes de quetzal.Il attaqua Alvarado avec un couteau-silex et blessa son cheval.»)\u2022 i ?160 mm , '¦ > f- V.',, ¦-.*\t/^LIiiJWP \u2022- ' tZrf**'**\t.r.V\t4,*.-;' Jolies représentantes des nations maya-qtriché à Antigua, V^'-X'/i- * ' v '.^ â H*Zïun£ ».i Photo Pacifique Canadien fW ills 1 \\ \\n \\ ^ f ' i;X \u2022 \u2022* *» , f J k »\t¦\u2019 \u2022\u2022\u2022 4 r .'.f T5JT T 1 F j.'J, >, miBK*** ¦T 4 «Le cavalier sauta sur une autre monture.Tecun revint à charge sans succès.La troisième fois, le conquistador réussit à le blesser de sa lance.Le roi quiché s\u2019écroula devant le cheval, et c\u2019est là, dans la plaine de Quezaltenango, qu\u2019il rendit l\u2019âme.Ce récit historique, bien que mêlé de légende, ne laisse aucun doute sur l\u2019existence réelle de Tecun Uman.Suivant la tradition, il mourut le 20 février 1524 n\u2019ayant pas encore atteint ses cinquante ans.A la nouvelle de sa mort, son épouse, princesse baptisée sous le nom de Maria par les missionnaires espagnols, s\u2019enfuit affolée dans les montagnes et se laissa mourir de faim au pied d\u2019une montagne majestueuse nommée aujourd\u2019hui Maria Tecun.Les Indiens disent qu\u2019à chaque pleine lune, la reine y revient sous la forme d\u2019un halo de lumière.C\u2019est là qu\u2019ils lui rendent hommage selon les rites quichés.Les restes de Tecun Uman, abandonné sur le champ de bataille par l\u2019ennemi furent recueillis par ses sujets et enterrés avec vénération dans un endroit caché appelé aujourd\u2019hui Cerro (colline) de Tecun.Ce lieu s\u2019est peuplé depuis lors des nids de l\u2019oiseau sacré, le quetzal à poitrine pourpre.Les autres rois du Quiché résolurent de venger leur peuple en incendiant la ville de Cumarcaah.Un traître dévoila leur plan.Le capitaine espagnol les fit périr sur le bûcher et emprisonna les membres de la famille royale.Aidé de Juan Cortès, Don Juan Rojas, fils de Tecun et catholique comme sa mère, gouverna quelque temps sous la domination espagnole.La monarchie quiché s\u2019éteignit avec lui.Elle en était à la treizième génération.161 par Sœur Marie-Annette, m.i.c.1 C\u2019est un peu pompeux de se présenter comme fondatrice d\u2019une nouvelle maison; disons plutôt que je suis l\u2019une des trois pionnières de notre Société à Catavi.Il y a quelques mois, Soeur Marguerite Simard, Soeur Gisèle Picard et moi arrivions dans cette région minière surnommée avec raison « le ruisseau où coule l\u2019étain ».Nos regards neufs scrutent depuis lors le nouveau panorama qui s\u2019offre à nous.Quelle terre de contrastes que la Bolivie! et dans ce coin des Andes donc! Sur le plan géographique, sociologique et apostolique, ce centre minier présente de multiples particularités.Plan géographique Des montagnes austères et massives, dépourvues de végétation, encadrent la ville de Catavi.Elles lui donneraient un aspect sévère et mélancolique si le soleil ne se mêlait habituellement d\u2019y poser sa gaieté et de réchauffer la température froide aux heures matinales.Ville de côtes et d\u2019escaliers! Elle s\u2019étage en effet sur quatre paliers bien distincts.Au niveau du sous-sol, pourrait-on dire, au pied de pentes abruptes et enfoui dans un ravin profond, se trouve une barriada des plus misérables, appelée Rio de Janeiro.Ses occupants, la plupart Cholos, gagnent péniblement leur riz de chaque jour.Le deuxième étage ou rez-de-chaussée prend de l\u2019importance à cause surtout de sa fameuse pulperia, marché de viande et de légumes.C\u2019est aussi le quartier commercial, lieu de rendez-vous d\u2019affaires: bureaux, ateliers, usine de concentration du minerai, etc.162 1 Rosette Labrosse L\u2019église paroissiale, le presbytère, la caserne militaire et quelques autres édifices se situent au troisième échelon.Notre logis étant à mi-côte, entre les deuxième et troisième paliers, face à l\u2019hôpital, les toits rouges de la cité s\u2019étalent sous nos yeux.Enfin, la grande majorité de la population vit sur les hauteurs, au quatrième étage.On y voit des maisons alignées en série, toutes semblables les unes aux autres, ne différant que par le numéro.Il est hors de doute qu\u2019il faut avoir le coeur bien il «¦as Sr Gisèle Picard arrivant & l\u2019hôpital de la COMIBOL. ; , jt ' ' ¦ \" ¦BHitilTT Le marché de Catavi, Photos Pacifique Canadien «M^yKa wfji'W- r ¦sà ^ *itr W accroché pour parcourir Catavi de bas en haut.Pour les habitants de notre zone, gravir les côtes sinueuses constitue un sport journalier.Plan sociologique Deux classes se côtoient dans notre milieu : la première comprend des Boliviens de condition moyenne et parmi ceux-ci se distinguent les ingénieurs et les professionnels au service de la COMIBOL (Compagnie Minière Bolivienne); la seconde est formée d\u2019indiens et de Cholos qui assurent la main-d\u2019œuvre dans les mines.Indiens et Cholos mènent une vie Spartiate et parlent le quechua, dialecte local qu\u2019il nous faut apprendre.Les femmes portent encore le costume national, pittoresque, aux couleurs vives, 164 Un des étages de la « barriada» au flanc de la montagne.en contraste avec le paysage terne.Les typiques coutumes indiennes évoquent la civilisation des siècles passés.Rien de très moderne non plus dans l\u2019habitation.Nous sommes heureuses de partager les conditions de vie des Cholos et de nous contenter de trois petites pièces sans luxe ni confort.Avec nos voisins nous utilisons l\u2019évier commun installé dans la cour intérieure.Avec eux nous acceptons les inconvénients des logis contigus.Co-exister avec les souris par exemple fait partie de l\u2019adaptation au milieu.L\u2019un des premiers jours de notre emménagement, un ouvrier vint réparer le plancher que mon poids avait enfoncé.Je profitai de la circonstance pour lui demander de boucher tous les petits trous autour de la pièce.Il me répondit avec sérénité: « No importa, Madrecila.Toutes les maisons de Catavi ont des souris.» Force nous est donc de nous familiariser avec la gent trotte-menu.C\u2019est aussi cela, je suppose, « se faire tout à tous ».Les coutumes ancestrales des Cholos en ce qui concerne le culte des défunts ou simplement leur façon de servir le Créateur sont pour nous l\u2019objet de plus d\u2019une distraction pendant les célébrations liturgiques, car notre chapelle c\u2019est l\u2019église paroissiale.Beaucoup de superstitions se mêlent encore à leurs dévotions particulières.Mais leur simplicité charmante les rend très sympathiques.Ils nous saluent tous d\u2019un aimable Buen Dia comme on dit ici au lieu du Buenos Dias espagnol.11 m\u2019est difficile de donner des statistiques exactes de la population à cause de la mobilisation continuelle des mineurs appelés en d\u2019autres endroits et aussi en raison de mon arrivée relativement récente.Les visites dans les familles me permettront, du moins je l\u2019espère, de dresser un bilan assez complet, capable de provoquer le vertige des chiffres.Plan apostolique C\u2019est dans ce domaine que Catavi se révèle pour nous une véritable mine et, dès le début, nous avons capté le filon prometteur: l\u2019hôpital.Les patients nous accueillent avec joie et le personnel hospitalier compte sur notre coopération.Aussi Sœur Gisèle Picard y porte-t-elle chaque matin avec son sourire la parole qui stimule et réconforte.Elle voit encore à la confection, réparation, distribution de la literie.Nos visites à domicile terminées, Sœur Marguerite Simard et moi allons la rejoindre.Les différentes œuvres paroissiales rongent le reste de nos journées: chorale, Action Catholique, formation de catéchètes, etc.En cela nous collaborons avec les Oblats de Marie Immaculée qui dirigent la paroisse de Catavi depuis plusieurs années.Ils sont à l\u2019origine de belles réalisations telles que le Mouvement Familial Chrétien et les Cursillos de Chris-tiandad, écoles de fraternité et d\u2019apostolat, moyens par excellence de ressourcement.A n\u2019en pas douter, nous serons prises par notre ministère.C\u2019est heureux car l\u2019ennui ne s\u2019installera pas chez nous.Le programme apostolique que nos grandes ambitions ont élaboré apportera à notre terre nouvelle, nous le souhaitons de tout cœur, lumière et courage.Nous ne voulons pas rester étrangères à la vie paroissiale et sociale de notre peuple.Par une présence active nous désirons porter le témoignage que l\u2019Eglise missionnaire attend de nous.166 » m.Ki U L L iy « « « **?{**¦**\u2022.en pleine région minière.\tP*1010 Pacifique Canadien ü\u2019ALLAI A CATAVI par Sœur Simone Sabourin, m.i.c.C\u2019est avec joie que je répondis à l\u2019invitation de Sœur Gisèle Picard, supérieure de Catavi, qui désirait une compagne en l\u2019absence de Sœur Marguerite Simard et Sœur Marie-Annette, toutes deux participant à des cours de Pastorale à Cochabamba.J\u2019allai donc en vacances dans la région des mines! Comme il y avait beaucoup de voyageurs à cette époque, j\u2019achetai mon billet pour Oruro une semaine à l\u2019avance.Au jour fixé je me rends à la gare dès le matin.Déjà des passagers montent dans un confortable autocar.Je prends le siège no 1.Quelques minutes plus tard un Monsieur réclame cette place.Après vérification, je m\u2019aperçois que je suis dans la voiture à destination de Cochabamba et non d\u2019Oruro.Juste le temps de descendre, et l\u2019autocar démarre.Un autre, plus petit, s\u2019avance arborant bien en évidence: Oruro.Je me réinstalle au bon no 1 cette fois! Nous commençons l\u2019ascension vers l\u2019Alto.Selon toute probabilité nous serons à Oruro à midi.C\u2019était trop vite dit.voilà qu\u2019on ralentit.Le conducteur nous informe que l\u2019autocar parti avant nous est en panne à cause d\u2019une roue défectueuse.L\u2019étroitesse de la voie nous empêche de doubler le véhicule.Je descends pour me délasser un peu.Je crois aussi hâter l\u2019opération de dépannage en m\u2019approchant avec les autres spectateurs.Mon tempérament de Canadienne voudrait bien peser sur l\u2019accélérateur.Mais je feins d\u2019imiter le lymphatisme des bonnes gens qui m\u2019entourent.Pas un mot, pas un geste: ils attendent patiemment.Après trois heures de retard, nous nous remettons en marche.Comme on a poussé l\u2019autocar de côté pour nous livrer passage, je salue les voyageurs qui 167 Le P.Guy Brault fier de montrer la « cloche » de Tran-que à Sr Gisèle Picard et à Sr Simone Sabourin.»a?* ?VJÇrî '' -S-f * 'M \\ * 168 Le lac Tranque, bijou chatoyant entre les montagnes pelées, riches en minerai.Sur la place municipale de Uallagua. se tiennent sur la plate-forme; ils attendent une autre voiture de La Paz.A quelle heure arriveront-ils à Cochabamba?Nous filons maintenant à toute vitesse.Un silence de cloître règne dans notre wagon.Les passagers veulent-ils par cette attitude aider la vélocité ?Je profite de ces heures de recueillement pour goûter le paysage étrange qui se déroule sous mes yeux: à plus d\u2019un mille d\u2019altitude, le sommet des hautes montagnes m\u2019apparaît comme le perron du paradis.Malgré tout nous avons gagné du temps et nous atteignons Oruro à 3 heures.En face de la gare stationnent les colectivos, genre de camionnettes qui assurent le service dans la direction des mines.Ayant déjà quelques passagers, un chauffeur annonce qu\u2019il partira au plus tard dans une demi-heure.Point d\u2019horaire pour ces voitures: elles partent quand elles sont remplies.Je me réserve une place et marche un peu sans trop m\u2019éloigner: après sept heures d\u2019immobilité je me sens ankylosée.5 heures.La voiture gorgée de monde, pourvue d\u2019essence, d\u2019huile et d\u2019eau, prend le chemin de Catavi.Nous sommes tellement tassés que je me crois dans un « étau-auto ».Vingt personnes! Quatre par banc! Impossible de remuer: les sièges sont si rapprochés que les jambes doivent rester en position équerre.De plus le mauvais état des routes interdit la vitesse; nous sommes cahotés de tous côtés.Aussi après quatre heures de roulis, quel soulagement d\u2019entendre: Catavi! Chaleureusement accueillie par Soeur Gisèle Picard, j\u2019oublie que je suis morte de fatigue et nous jasons.Le lendemain, je m\u2019éveille fraîche et dispose, en vacances à Catavi pour une quinzaine.Installées depuis trois mois seulement dans ce centre minier, nos missionnaires exercent déjà un bel apostolat parmi des gens sympathiques.Quelques jours après mon arrivée, les « Misione-ras Cruzadas de la Eglisia », congrégation bolivienne, nous invitent à dîner à Uncia.Là, comme chez nous, pas de luxe.Un regard observateur sur les murs et plafonds déduit que l\u2019habitation n\u2019est pas waterproof.Cependant la jovialité de ces religieuses attestent qu\u2019elles sont heureuses de se dépenser au milieu d\u2019une population pauvre.Durant mon séjour à Catavi, j\u2019accompagnai, un dimanche, le R.P.Guy Brault, o.m.i., à la desserte de Tranque.Nous partons en camion.Pendant une vingtaine de minutes nous contournons les hautes montagnes escarpées en bordure du Lac Tranque.Quel spectacle! Quelles couleurs! Miroitant au soleil, végétation et eau passent par toutes les teintes possibles, depuis le brun cuivre jusqu\u2019au jaune pâle, vert, rouge et même pourpre.Cette coloration est due à la présence de métal dans le sol des alentours.Alors que nous voguons sur le lac presque lisse, je ne me lasse pas de contempler ce paysage neuf pour moi, et j\u2019aime à penser que « l\u2019Esprit du Christ remplit la Terre.» comme l\u2019Eglise le répète au jour de la Pentecôte! Nous voilà à la centrale hydro-électrique qui fournit l\u2019électricité aux villes minières des environs.A la descente du yatch nous dominons une montagne tellement à pic qu\u2019il faut pour la descendre prendre le petit car servant aux employés de la centrale.Je n\u2019ose regarder en bas: le vide me donne le vertige.Nous traversons un tunnel de plusieurs centaines de mètres avant d\u2019atteindre l\u2019école où doit se célébrer la messe.A l'arrivée du Père, un habitué sonne la cloche.Comme moi vous admirerez l\u2019originalité de ce « carillon » : un cercle de métal enlevé à un baril et coupé est fixé à une barre de fer.Le sacristain, muni d\u2019un boulon, frappe sur le métal et il en sort un son grave qui se répercute très loin.Un bon nombre d\u2019enfants et quelques adultes sont rendus; tout est prêt pour la célébration du Saint Sacrifice.Il y a même des fleurs dans des boîtes de conserve.Le Père Ovide Gqbeil, o.m.i., de passage dans la paroisse, célèbre la messe tandis que le Père Brault commente l\u2019épître et l\u2019évangile.Je suis surprise et édifiée de l\u2019attitude recueillie des fidèles.A l\u2019offertoire, au moment où le servant s\u2019avance avec l\u2019eau et le vin, je ne puis m\u2019empêcher d\u2019esquisser un sourire en voyant les burettes d\u2019occasion: bouteilles de ketchup et de pilules.Le Seigneur ne se complaît-il pas dans la simplicité et la pauvreté ?Après la messe nous saluons les gens et reprenons le chemin du retour.Mes quinze jours terminés, je revins à la capitale.Aux approches de La Paz, je saluai avec ravissement nos belles montagnes coiffées de neige étincelante et je me dis: « N\u2019est-ce pas ici le plus beau coin des Andes! » Etait-ce un pressentiment qu\u2019il me faudrait quitter la Cordillère Royale ?A la maison m\u2019attendait une obédience pour Lima.Adieu donc, chère Bolivie, puisque le Maître le veut.et bonjour Pérou! 170 LES CAYES, HAITI ¦ayt, LES GAIS LURONS par Sœur Marie-Thérèse Laperrière, m.i.c.Lorsque j\u2019arrivai en la paroisse du Sacré-Cœur, confiée aux Oblats de Marie Immaculée, je m\u2019étonnai du grand nombre de fidèles vraiment fidèles aux offices religieux.Et tous semblaient heureux d\u2019y participer.Je ne fus pas longue à comprendre.Un apôtre dynamique, le Père Roland Lussier, transforme la paroisse en un centre de vie chrétienne intense.Son expérience de dix-huit années d\u2019apostolat en Haïti lui a appris que l\u2019Haïtien a besoin de chant, de rythme, de musique, et que son âme vibre comme une harpe au moindre souffle inspirateur.En cette merveilleuse disposition naturelle, le missionnaire a vu une première aptitude à la louange divine par la liturgie chrétienne.« Il nous faut une chorale », se dit le Père Lussier.Or pour lui, projeter, c\u2019est réaliser.J\u2019ai interviewé quelques membres de cette chorale, connue sous le nom de Gais Lurons, pour vous faire part d\u2019une réalisation vraiment originale et remarquable.Q.\t\u2014 M.Guichon, racontez-moi les débuts de la chorale.R.\t\u2014 Il y a cinq ans de cela \u2014 vers la fin de 1960 \u2014 le Père Lussier réunissait sans peine un groupe de jeunes gens en vue de former une chorale mixte qui devait se révéler en la veillée de Noël.Cette veillée fut une brillante réussite.Quelques jours plus tard, après maintes suggestions exprimées par le groupe même, un comité directeur fut constitué ayant pour président notre dévoué et incomparable 171 ami Gérard Chalviré.Le comité élabora ses lois, et l\u2019association, artistique et musicale prit le nom de Gais Lurons.Q.\t\u2014 Combien de membres y a-t-il dans la chorale ?R.\t\u2014 Elle a un effectif de cent membres.Cependant comme elle se compose en majeure partie de professeurs, chaque année elle voit à regret s\u2019éloigner l\u2019un ou l\u2019autre.Q.\t\u2014 Si je ne me trompe, la régularité et la ponctualité sont de rigueur ?R.\t\u2014 Oui, c\u2019est un point: être fidèle aux répétitions et aux rendez-vous.Le P.Roland Lussier, curé de la paroisse du Sacré-Cœur des Cayes, qui lança le projet de la chorale mixte des « Gais Lurons».Q.\t\u2014 Et vous, Mlle Fougère, pourquoi êtes-vous si heureuse (Tappartenir aux Gais Lurons ?R.\t\u2014 Parce que je crois en ces deux valeurs: éthique et esthétique.Je m\u2019estime, en effet, infiniment heureuse d\u2019appartenir à ce groupe.Q.\t\u2014 Dans quel esprit travaille le groupe ?R.\t\u2014 D\u2019abord dans un esprit de famille qui incline à la compréhension, à l\u2019entraide, à la solidarité, au respect de la personnalité des autres, condition importante du succès.Il existe également au sein de l\u2019association un esprit d\u2019ordre et de discipline.Pas de place pour le bavardage inutile.Si l\u2019on s\u2019exprime, c\u2019est pour émettre des opinions concourant à résoudre les problèmes qui se posent.Et pourtant chacun jouit de la liberté de s\u2019exprimer.Q.\t\u2014 Et vous, M.Guillaume, que pensez-vous de la chorale des Gais Lurons au service de la liturgie ?R.\t\u2014 Oh! ici, rien de plus éloquent que les faits.Le public des Cayes se joint facilement à nous, paroissiens du Sacré-Cœur.J\u2019aime tout particulièrement me rappeler les messes de Noël, de Pâques, de la fête du Sacré-Cœur, et combien d\u2019autres solennités où le chant liturgique a contribué au recueillement de la foule.Q.\t\u2014 Faites-vous surtout du chant religieux ?R.\t\u2014 Non pas.Le théâtre nous occupe énormément.La première soirée, donnée en la salle Saint-Louis, connut un succès formidable et nous valut la sympathique admiration de la population cayenne.Assez pour déclencher une avalanche de demandes d\u2019admission! Depuis lors les soirées se succèdent, présentant soit du théâtre classique, soit des comédies avec intermèdes de danses et de chants folkloriques.En passant, je rends hommage au Père Joseph Augustin, auteur de mélodies typiquement haïtiennes et grand animateur du mouvement qui étudie les véritables valeurs de notre folklore.Le Père Augustin nous a engagés à fond dans l\u2019exploration de notre si riche culture populaire par où s\u2019accusent notre personnalité haïtienne et notre sens patriotique.Mais nous n\u2019avons pas rejeté pour autant le cinéma qui tient une si large place dans notre civilisation des loisirs.De temps à autre, les Gais Lurons ont l\u2019occasion de visionner ensemble des films célèbres.Ce sont là des occasions de divertissement, de rencontre et d\u2019échange.Il en va de même des excursions organisées par le Père Lussier à Saut-Mathurine, Camp-Perrin, Cherette, Du-breuil, etc.Autant de moyens de créer un climat de fraternité.Q.\u2014 Les Gais Lurons ont, je pense, une chanson-thème ou chant de ralliement 1 172 Quand les Gais Lurons jouèrent sur la place de l\u2019église le mystère de la Messe d\u2019Henri Ghéon.M.René Quichon dans le rôle principal.Le comité de direction des « Gais Lurons ».L\u2019équipe se compose de laïcs dynamiques dont le président est M.Gérard Chalviré (premier à gauche). La célèbre chorale des « Gais Lurons ».R-\u2014 Oui, chacune de leur réunion s\u2019ouvre par ce refrain qui sonne comme une devise: Une fleur au chapeau, à la bouche une chanson, un cœur joyeux et sincère.Q-\u2014 La chorale accomplit donc une mission de fraternité et d'unité ?R \u2014 Personnellement, j\u2019ai constaté une certaine évolution dans l\u2019esprit du groupe.Je la résumerais par ce mot collaboration, ouverture aux autres.Il se trouve toujours un Gai Luron prêt à aider le bon Père Lussier dans son œuvre.Chacun selon ses possibilités: le maçon apporte sa truelle, le menuisier son marteau, le mécanicien ses outils, la couturière ses ciseaux, le rossignol sa musique.Toujours avec le sourire et une chanson à la bouche.Nous avons fait nôtre cette devise: Dieu, l\u2019Eglise, le prochain.\u2014 Merci, Gais Lurons des Cayes.Je comprends le pourquoi de cette admirable union de la grande famille paroissiale dans une commune et fervente prière.Saint Augustin avait raison de dire que « l\u2019harmonie des voix prépare à coup sûr l\u2019harmonie des cœurs ».174 MALAWI ¦ ï- L\u2019actif bureau de poste de Mzuzu.ImmWÈ MZUZU, CITÉ FLORISSANTE par Sœur Céline Laurin, m.i.c.On dit que « le laboratoire de l\u2019ethnologue est le terrain ».En un certain sens le laboratoire du missionnaire est également le terrain et, comme l\u2019ethnologue, pour y travailler il se rend chez le peuple; il écoute les conversations, visite les demeures, observe le comportement coutumier, interroge les gens sur leurs traditions, bref il se familiarisé avec leur mode de vie afin de les mieux comprendre et par là de les mieux aimer.Pour nous, présentement, le terrain c\u2019est la plus florissante cité de la région du nord du Malawi: Mzuzu.Quand, en 1956, Mgr St Denis, p.b., établissait le siège de sa préfecture à Mzuzu, on n\u2019y comptait alors que quelques résidences d\u2019Européens.C\u2019est qu\u2019il fallait du courage pour s\u2019installer en pleine brousse africaine.En dix ans, un village « éclate » et se métamorphose en ville.ce qu\u2019on appelait Mzuzu Estate est devenu un centre commercial et industriel, un terminus plein d\u2019activité.Veut-on mesurer le chemin parcouru?Si nous consultons une carte du Malawi (autrefois Nyassa-land) vieille de quinze ans, nous remarquons que Mzuzu n\u2019y figure même pas.Depuis 1964 la carte géographique du Malawi s\u2019est complètement transformée, et Mzuzu apparaît au centre de la région du nord, en voie de rattraper les villes les plus considérables du Malawi telles que Blantyre-Limbe, Zomba, Lilongwe et Salima.Le climat tempéré et les vertes montagnes qui encerclent cette jeune ville attirent une population toujours croissante.175 A part ses maisons résidentielles, Mzuzu est également fière de ses vastes édifices où logent les représentants du gouvernement du Malawi: le département de la Santé a son médecin et son vétérinaire, le département de l\u2019Agriculture prête une particulière attention aux plantations de pins des Vipya voisines.L\u2019électricité est distribuée dans tous les secteurs par l\u2019importante Compagnie Es-come\\ et une source captée et activée par de puissants moteurs distribue l\u2019eau courante aux citadins.La presse et la radio possèdent un centre d\u2019information des plus actifs.Quant aux moyens de communications, il faut en signaler les notables progrès: au nouvel aéroport d\u2019Air Malawi décollent tous les jours de gros avions qui assurent le service Blantyre-Mzuzu; de plus, l\u2019excellent réseau d\u2019autobus de la Compagnie de Transport dessert toute la Province.Mais rien comme une promenade dans les rues actives pour sentir « battre le cœur » d\u2019une popula- Plantation de pins à Mzuzu, S- ^ ¦f ^ ;V V\\ .y*.- \u2022«».'S V-LLiktt; , *1\" > \u2018V Af A,., * '¦> \u2022i' \u2019«?sir éSê., tion.Ville neuve et grouillante, Mzuzu présente en y entrant son centre administratif.Une artère principale conduit au poste de police, au terminus d\u2019autobus, à la banque, au bureau de poste, aux deux garages, aux différentes églises anglicanes et C.C.A.P., enfin aux bureaux de l\u2019importante Compagnie de Tung OU qui engage à elle seule des centaines d\u2019ouvriers.Pour nos emplettes, il faut aller chez Kandodo ou chez Mandala où Ton trouve de tout à un prix relativement élevé: vêtements der- nier cri, liqueurs fortes, boissons gazeuses, viande congelée, beurre, fromage, crème glacée à $1.50 la chopine, cigarettes, etc., et même à l\u2019occasion de quoi varier le dessert: gélatine, concentrés, prunes, raisins confits, marmelade, conserves de fruits, bonbons et chocolats.Avec quelques Européens nous rencontrons de jeunes mamans africaines, panier d\u2019osier au bras.Plusieurs d\u2019entre elles essaient maintenant de mettre Le magasin général Kandodo. S\u2019en allant au marché, Sr Céline Laurin.Le marché de Mzuzu et ses étalages bien garnis. en pratique à leur propre foyer les notions apprises à l\u2019école de sciences domestiques.Leur budget, souvent modeste, les oblige à ne préparer que des mets très simples.Alors quelle tentation que ces fameuses pommes rouges exhibées au comptoir! Comme elles viennent de l\u2019Afrique du Sud, elles se vendent à des prix inabordables.On se contente donc de les regarder.Le missionnaire comme l\u2019ethnologue va parmi le peuple pour observer son comportement, avons-nous dit au début.Ainsi que tous les marchés du monde, celui de Mzuzu s\u2019inscrit comme endroit idéal pour observer les gens à leur naturel.Non loin de chez Kandodo, le grand marché offre ses étalages pittoresques: nattes tressées, perles, lampes à pétrole, marmites en granit, tasses et soucoupes, etc.179 Sr Joseph-du-Sacré-Cœur, directrice de Ma-rymount (Jacqueline Bastien), et Sr Maria-Francesca vous présentent le drapeau de l\u2019école.Chaque éventaire reflète l\u2019originalité de son titulaire.Au comptoir des légumes on achète, selon les saisons, des pommes de terre, des choux, des carottes et des fèves, des petits pois verts, des tomates et des citrouilles, différentes sortes de verdure que les Africains utilisent pour leur dende (assaisonnement).Les marchands de fruits, eux, présentent leurs succulentes oranges, mandarines et pamplemousses; de gros régimes de bananes africaines ou européennes et des ananas frais.Tout à côté, les gens du lac Malawi ont installé le produit de leur pêche.Une odeur de poisson séché flotte là sans incommoder apparemment la foule comprimée autour! Au centre, un groupe de jeunes filles accroupies montrent aux clients les menus excédents de leurs activités domestiques: morceaux de gâteau, brioches appelées masikoni, blé-d\u2019inde, farine et même un miel sauvage qui fait « défaillir de volupté ».Tout au fond de l\u2019enceinte, une boucherie offre tous les jours de la viande fraîche à un très bon prix.Que vous achetiez le filet mignon ou la queue du bœuf, c\u2019est toujours vingt sous la livre! Des enfants de tous âges, bâton de sucre en main, foncent au milieu d\u2019une \"foule dense et sonore.A la faveur de ce grouillement humain, on peut concevoir l\u2019activité et l\u2019originalité d\u2019un marché africain.Avant de ouitter ce quartier, allons voir le moulin à farine où une nombreuse clientèle y fait moudre son maïs avant de retourner au village.Partout des transformations à cadence accélérée.La marche du progrès est irréversible.Il s\u2019est infiltré dans tous les secteurs à la fois: ce tour, hélas trop rapide, nous l\u2019a montré; nous le verrons davantage en visitant les écoles de Mzuzu.D\u2019abord l\u2019Ecole du Gouvernement avec ses bâtisses nouvelles compte au cours secondaire plus de 300 garçons et filles.Les « Peace Corps » des Etats-Unis et les V.S.O.(Volontaires pour Service Outre-Mer) dispensent un enseignement supérieur.Ils procurent aussi des soins médicaux à toute la région du nord.A Marymount.Classes de chimie et de biologie par M.et Mme William Pawek, missionnaires laïcs au Malawi. ipiMil N ^ t,-: ; ¦ : .- -»\u2022,, tf^ zm \\ti-v Réception à Marymount en l\u2019honneur de Mère Madeleine-Marie, supérieure générale des Sœurs m.i.c., et de Mère Candide-de-Jésus en visite officielle.Réunion internationale et œcuménique: y fraternisaient Africains, Européens et Nord-Américains, protestants et catholiques.L\u2019hôpital de la paroisse catholique, tenu par les « Medical Missionaries of Mary », mérite une mention spéciale.Si la clinique attire de nombreux patients, le département de la maternité ne chôme pas: cinquante cas par mois! Deux religieuses médecins de cette communauté pratiquent aussi, chaque semaine, des interventions chirurgicales majeures.L\u2019école d\u2019infirmières reçoit déjà plusieurs jeunes étudiantes africaines.Située sur une colline boisée, à quelques trois milles de Mzuzu, l\u2019Ecole Secondaire Marymount, dirigée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, jouit tout à la fois des avantages de la ville et de la solitude de la campagne.Cent cinquante étudiantes suivent les quatre années du cours préparatoire aux examens de Cambridge.Le personnel est composé de deux « Peace Corps », des « Lay Missionary Helpers » de Los Angeles, et de 181 Lhôpital des \u201c Medical Missionaries of Mary \u201d à Mzuzu.six Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception.Après trois ans d\u2019existence, Marymount détient des résultats satisfaisants; en effet, une des finissantes de l\u2019an dernier fut choisie pour l\u2019obtention, en Algérie, d\u2019une licence en sciences ménagères, une autre poursuit ses études d\u2019infirmière en Angleterre, et quatre à Blantyre.Quelques-unes se sont dirigées vers l\u2019école normale « Soche Hill College » ou se spécialisent en assistance sociale.Il s\u2019en est même trouvé une qui, après de brillantes études, a fait son entrée chez les Clarisses de Lilongwe.Comme on peut le constater, toutes les carrières attirent la jeunesse féminine du Malawi.L\u2019établissement a l\u2019aspect d\u2019un campus miniature: classes, dortoirs, salle de couture et cuisine, laboratoire, salle de réception, chapelle et surtout vaste terrain de jeux où les jeunes prennent part à de chaudes compétitions sportives: courses, balle au panier, sauts en longueur et en hauteur, etc.Aux derniers jeux olympiques de Blantyre, une étudiante de Marymount fit l\u2019honneur de l\u2019école.Tout près de cette ruche bourdonnante, une florissante école primaire dirigée par les Rosarian Sisters, communauté autochtone, accueille les plus petites.Pour les jeunes gens, les Pères Blancs ont construit au sommet de la colline voisine une école industrielle en vue de les préparer à devenir des artisans de tous métiers: menuisier, maçon, plombier, électricien, mécanicien.Mzuzu résume ce que présente en terre africaine une ville née d\u2019hier, qui ne cesse de croître et de champignonner, préparant une nation active et enthousiaste, espoir du pays et de l\u2019Eglise.182 MATI, ILES PHILIPPINES l \u201cSeigneur pourquoi m\u2019as-tu dit d\u2019aimer?\u201d par Sœur Sainte-Patricia, m.i.cP f « Il n\u2019est pas si facile que ça d\u2019aimer les autres comme tu les as aimés! » Vous vous rappelez sans doute avoir lu dans les journaux cette histoire à sensation.C\u2019était à New York.Une jeune fille rentrait de son travail tard dans la soirée.La rue était noire et déserte.Soudain, un individu se jeta sur elle et la frappa d\u2019un coup de poignard.La malheureuse lança un cri de douleur.Effrayé, l\u2019agresseur s\u2019éloigna, mais comme personne ne se montrait, il revint sur ses pas et accabla de nouveaux coups sa victime.Elle réussit à se dégager et appela: « Au secours! Je meurs! » Une fenêtre s\u2019ouvrit; quelqu\u2019un cria: « Laisse-la tranquille! » La fenêtre se referma et plus rien.Baignant dans son sang, Iq jeune fille continuait à gémir: « Au secours! » L\u2019assasin la battit sauvagement jusqu\u2019à ce qu\u2019elle tomba blessée à mort.Quand commencèrent les investigations sur les lieux du drame, on estima à quatre-vingt-six ceux qui avaient entendu des cris; plusieurs avaient même vu la jeune fille aux prises avec l\u2019assaillant mais aucun n\u2019avait voulu être « mêlé à cette affaire ».Cette jeune fille mourut parce que personne ne s\u2019est soucié de l\u2019aider! C\u2019est trop fort, dites-vous?Moi, cela m\u2019a fait réfléchir.Je me suis demandé: « Que faisons-nous pour les autres ?Combien de fois pensons-nous aux milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants qui meurent de faim, chaque année, dans le monde ?Est-ce que nous nous préoccupons tel- 1 Patricia Blanchet * Informations Catholiques Internationales, 15 décembre 1965.lement des nombreuses vies humaines fauchées par les accidents de la route ?Puis, tout près de nous, dans combien de cœurs ne laissons-nous pas le mal s\u2019installer?Essayons-nous de les sauver?» Un seul mot, je crois, résume une telle attitude: indifférence.On est indifférent au sort de ses frères.L\u2019indifférence équivaut à la sclérose du cœur et sous bien des aspects elle s\u2019apparente à la mort.On meurt aux autres.L\u2019homme qui adopte cette attitude n\u2019a plus de visage.C\u2019est un être terne dont le cœur a cessé pour ainsi dire de brûler et qui sait trop de choses pour être encore capable d\u2019aimer.Notre vingtième siècle avec ses progrès dans le domaine des sciences, de la médecine, de la conquête de l\u2019espace, nous exposerait-il à ce danger de professer à l\u2019égard de toutes choses une insensibilité générale ?Pourtant ce même vingtième siècle avec Vatican II s\u2019est tourné résolument aussi vers « les autres ».N\u2019a-t-on pas dit que toute la richesse doctrinale de ce Concile ne vise qu\u2019à une chose: servir l\u2019homme ?« La vieille histoire du Samaritain, affirmait Paul VI, a été le modèle de la spiritualité du Concile.Une sympathie sans bornes l\u2019a envahi tout entier.La découverte des besoins humains a absorbé l\u2019attention de notre Synode* *.» Ainsi moi, personnellement, je suis amenée à une remise en cause de ma vie chrétienne, Et dès lors je dois aussi prendre à cœur ces problèmes universels.Quand je dis: les deux tiers de l\u2019humanité 183 ont faim, cela signifie qu\u2019il y a, quelque part, Ali, Youssef, Myriam en Algérie, Tien en Chine, Domingo au Pérou, et des millions et des millions d\u2019autres qui, en ce moment même, ressentent les crampes de la faim ou encore sont couchés inertes, sur le bord d\u2019une route, attendant la mort.Quand je lis les ravages de la prostitution, cela veut dire que, présentement, les parents d\u2019une jeune fille comme celle citée plus haut, pleurent parce qu\u2019ils ne comprennent pas pourquoi on a fait un tel traitement à leur enfant.Jean Guitton a déjà parlé, dans un article du Figaro, d\u2019une «loi de la nature distraite»: «Le chauffeur se penche un instant.Il a vu de la ferraille sur la route.Il dit: C\u2019est un accident.Il passe, parce qu\u2019il est incapable d\u2019imaginer cet hom-me-ci qui souffre.» Et les statisticiens noteront: « Chaque année, c\u2019est une ville comme Lisieux ou comme Troyes qui disparaît de la carte de France à cause des accidents.» Derrière ces faits, que de larmes et de souffrances.Pour les ressentir, il faudrait sans cesse avoir devant les yeux ce qui distingue l\u2019homme des autres réalités.L\u2019homme est une personne, une image de Dieu, une parcelle de « divinisable ».Ici encore c\u2019est l\u2019indifférence à l\u2019égard de la dignité de toute personne humaine, quelle qu\u2019elle soit, qui produit toutes ces misères.Mais en généralisant, on s\u2019expose à laisser passer inaperçus des actes parfois héroïques « d\u2019attention aux autres ».De ce petit coin isolé de Mati où je travaille avec six de mes compagnes, voici deux exemples vécus qui illustrent le témoignage de la charité entre de petites gens.L\u2019année dernière, nous avons fait la connaissance d\u2019un menuisier, père de cinq enfants.Son emploi irrégulier ne lui rapportait pas de quoi nourrir convenablement sa famille.Au début de l\u2019année scolaire, nous acceptions à notre école trois de ses enfants, intelligents et studieux.Peu après, nous l\u2019engagions comme concierge.Son salaire, plutôt modeste, suffit toutefois à pourvoir sa famille du nécessaire, et les dons reçus de bienfaiteurs d\u2019Amérique nous permettent de fournir à ses enfants des vêtements et des livres ainsi que la collation du matin et de l\u2019après-midi.Alors que je rendais visite à la maman, quelle ne fut pas ma surprise de Au quai de Mati.184 \\ i > ' «\u2019_________, ^ \u2022*\" tt * .oMà ?V.\" V'^p-sr.-W\u2019 Leurs maisons bâties sur pilotis au bord de la mer.Toutes leurs richesses: barques et filets.mêzlw$f.«*4 7* ':-\"r '-:5 i ¦: ¦-.¦ » «irr ¦«mzz \\C-.\t'1 -4 f.* ¦ Zsimm J. eàm \u2022spF-^ 'H tii' : J\u2019 '*'\"\u2022.-V- ^ Ë;K| Y# STOI» f.Au puits de Mati.Les jeunes amis de Sr Sainte-Patricia.,m \u2022 'Tw fe«-4JjS- ^ ; **?«C2ptT; VT IKoM L\u2019acueillante maison philippine où il y a toujours place pour le pauvre et l\u2019étranger.\tPhoto Philippine Heraw rencontrer une dame assez âgée qui semblait de la maison.On m\u2019apprit qu\u2019il s\u2019agissait non d\u2019une parente mais d\u2019une veuve pauvre et seule au monde, accueillie par charité.Ces gens, pas riches du tout, partagent de bon cœur le peu qu\u2019ils possèdent et procurent à cette vieille dame la sécurité et le bonheur.Un autre témoignage me frappa, un jour qu\u2019une violente tempête abattait les huttes de nipa de plusieurs familles de Mati et coulait à pic une barque, l\u2019unique moyen de subsistance d\u2019un pauvre pêcheur.Une âme généreuse lui prêta assez d\u2019argent pour acheter une autre chaloupe et des filets, ce qui écarta le spectre de l\u2019indigence.Entraîné par cet exemple de charité, le brave homme se porta de son côté au secours de ses voisins en leur offrant l\u2019hospitalité.Ces faits, glanés dans mon milieu, m\u2019aident à comprendre et à partager, à me situer, moi, en face de la peine des hommes, ce qui n\u2019est pas aussi facile qu\u2019on pourrait se l\u2019imaginer.Il faut pour être 187 m attentifs aux autres savoir se gêner, se priver, voire même donner de son propre cœur comme fit le Seigneur, goutte à goutte, sans se dérober au risque de l\u2019amour.Les jours où j\u2019entrerai chez moi pour échapper aux autres et à Dieu, je ferai cette prière de Michel Quoist3 : Seigneur, pourquoi m\u2019avez-Vous dit d\u2019aimer tous mes frères les hommes?J\u2019ai essayé, mais vers Vous je reviens effrayé.Seigneur, j\u2019étais si tranquille chez moi, je m\u2019étais organisé, je m\u2019étais installé.Mon intérieur était meublé et je m\u2019y trouvais bien.Seul, j\u2019étais d\u2019accord avec moi-même.A l\u2019abri du vent, de la pluie, de la boue.Pur je serais resté, dans ma tour enfermé.Mais à ma forteresse.Seigneur, vous avez découvert une faille, Vous m\u2019avez forcé à entrouvrir ma porte, Comme une rafale de pluie en pleine face, le cri des hommes m\u2019a réveillé; Comme un vent de bourrasque, une amitié m\u2019a ébranlé; Comme s\u2019insinue un rayon de soleil, Votre grâce m\u2019a inquiété .et j\u2019ai laissé ma porte entrouverte, imprudent que j\u2019étais.Seigneur, maintenant je suis perdu! Dehors les hommes me guettaient.Je ne savais pas qu\u2019ils étaient si proches; dans cette maison, dans cette rue, dans ce bureau; mon voisin, mon collègue, mon ami.Dès que j\u2019eus entrouvert, je les ai vus, la main tendue, le regard tendu, l\u2019âme tendue, quêtant comme des mendiants aux portes des églises.Les premiers sont rentrés chez moi, Seigneur.Il y avait tout de même un peu de place en mon cœur.Je les ai accueillis, je les aurais soignés, je les aurais cajolés, frisés, mes petites brebis à moi, mon petit troupeau.Vous auriez été content, Seigneur, bien servi, bien honoré, proprement, poliment.Jusque-là, c\u2019était raisonnable.Mais les suivants, Seigneur, les autres hommes, je ne les avais pas vus; les premiers les cachaient.Ils étaient plus nombreux, ils étaient plus miséreux, ils m\u2019ont envahi sans crier gare.Il a fallu se resserrer, il a fallu faire de la place chez moi.Maintenant, ils sont venus de partout, par vagues successives, l\u2019une poussant l\u2019autre, bousculant l\u2019autre.Ils sont venus de partout, de la ville entière, de la nation, du monde; innombrables, inépuisables.Ils ne sont plus isolés, mais en groupes, en chaîne, liés les uns aux autres, mêlés, soudés, comme des morceaux d\u2019humanité.Ils ne sont plus seuls, mais chargés de pesants bagages; bagages d\u2019injustice, bagages de rancœur et de haine, bagages de souffrance et de péché.Ils traînent le Monde derrière eux, avec tout son matériel rouillé et tordu, ou trop neuf et mal adapté, mal employé.Seigneur, ils me font mal! Ils sont encombrants, ils sont envahissants.Ils ont trop faim, ils me dévorent! Je ne peux plus rien faire; plus ils rentrent, plus ils poussent la porte et plus la porte s\u2019ouvre.Ah! Seigneur! ma porte est toute grande ouverte! Je n\u2019en puis plus! C\u2019est trop pour moi! Ce n\u2019est plus une vie! Et ma situation ?Et ma famille?Et ma tranquillité ?Et ma liberté ?Et moi ?Ah! Seigneur, j\u2019ai tout perdu, je ne suis plus à moi; Il n\u2019y a plus de place pour moi chez moi.Ne crains rien, dit Dieu, tu as TOUT gagné, Car tandis que les hommes entraient chez toi, Moi, ton Père, Moi, ton Dieu, Je Me suis glissé parmi eux.* * * Oui, Dieu s\u2019est glissé dans la maison du menuisier pauvre, du pêcheur éprouvé, et dans combien d\u2019autres foyers philippins qui eux ont compris, à la manière de Mauriac, que « Le Christ c\u2019est les autres »! 3 Quoist, Michel.Priirts, Les Editions Ouvrières, p.146.188 Course avant le banquet.BANQUET POUR \u201cBOUTS O'CHOUX\u201d Au cours des célébrations de 1965 qui ont marqué à Kowloon le centenaire de notre fondatrice, un groupe de jeunes Françaises, élèves de Sœur Blandine Simard, avaient exprimé le désir de poser un geste de charité en souvenir de l\u2019action caritative de Délia Tétreault, tant comme laïque que comme fondatrice d\u2019une société missionnaire.Les vacances survinrent: les jeunes rentrèrent en France et le projet sembla voué à l\u2019oubli.Mais non.Dès leur retour en septembre, ces jeunes le reprirent avec l\u2019entrain de leur âge.Ils élurent un comité de six membres spécialement chargés de rassembler les fonds nécessaires pour offrir un banquet à cent enfants pauvres de Hong Kong.L\u2019objectif atteint, on décida que la fête aurait lieu à l\u2019école Tak Sun, le dernier dimanche de novembre, à 3 heures.Ce jour-là, dès midi et demi, la foule des petits convives envahit la cour de l\u2019école.Beaucoup de mamans, venues conduire leur enfant invité, avaient tenté la chance d\u2019en amener une couple d\u2019autres.par Sœur Marie-Paule, m.i.c.1 2 Malheureusement, le nombre se trouvait au complet.Les parents eux-mêmes avaient choisi le représentant de la famille en raison de sa serviabilité.Ils se consolèrent à l\u2019annonce que des festivités de ce genre se répéteraient à Tak Sun.En attendant l\u2019heure du banquet, Sœur Saint-Martin-de-Tours *, directrice de l\u2019école, intéressa notre petit monde à des courses et à des jeux de groupes.Puis les portes du grand hall s\u2019ouvrirent et les enfants pénétrèrent dans la salle du festin attrayante et gaie avec son mobilier vert, rose, jaune, sa vaisselle de couleurs, ses grappes de ballons multicolores suspendues au plafond et aux fenêtres.D\u2019anciennes orphelines de Canton et des légionnaires de Marie prêtaient leur coopération, car ce n\u2019était pas une mince besogne de placer une centaine de bouts de choux! Une fois l\u2019installation terminée, Sœur Directrice souhaita à tous la plus chaude bienvenue, remercia les jeunes organisatrices et dit un mot à la louange de Mère Marie-du-Saint-Esprit, « cause de la joie 1\tMarie-Paule Larocque 2\tEvelyn Martin 189 P T %#* - 3r.du jour » et dont le buste occupait une place d\u2019honneur parmi les roses et les palmes.Une courte prière monta vers le Seigneur, puis le repas commença au son d\u2019une musique enlevante.Ce qu\u2019elles s\u2019affairèrent autour de leurs petits invités, Diane, Martine, Dominique, Joëlle, Diane et Nolwen! C\u2019était charmant de voir leur sollicitude à s\u2019enquérir auprès d\u2019un bambin ou d\u2019une bambine pourquoi ils ne mangeaient pas.Et comme elles ne comprenaient pas le chinois, elles appelaient à l\u2019aide l\u2019une ou l\u2019autre des sœurs ou allaient se faire traduire la phrase captée à grand-peine.Elles furent très émues d\u2019apprendre qu\u2019à leur question: « Tu n\u2019aimes pas cela?pourquoi ne manges-tu pas?» deux petites avaient répondu: « Parce que je veux l\u2019apporter à maman.» Des mères avaient pris leurs précautions et envoyé ce message: « Si mon enfant ne mange pas tout, ne jetez rien.mettez les restes dans ce sac.» Plusieurs enfants, en effet, étaient munis d\u2019un sac en papier.Ainsi qu\u2019au repas évangélique dans la plaine, près du lac de Tibériade, tous mangèrent à satiété, et il resta \u2014 non douze corbeilles mais une énorme marmite de riz qu\u2019on distribua aux plus pauvres.Les tables desservies, la fête semblait tirer à sa fin 190 quand nos gracieuses hôtesses revinrent portant de lourds plateaux où s\u2019entassaient les colis et les sacs.Dans chacune des cent boîtes, il y avait le quart d\u2019un poulet cuit, une épaisse tranche de jambon, un morceau de bœuf épicé et un autre de porc.Chacun des sacs \u2014 et il y en avait aussi cent \u2014 contenait cinq livres de riz pour cuire, cadeau de M.Lee, restaurateur en charge de la cantine de l\u2019école Mount Good Hope.Il avait tenu à faire ce don, de ses propres deniers, aux tout petits.Le contentement général se manifesta avec exubérance.Il fallut attendre un moment d\u2019accalmie pour dire un merci priant à Dieu, Auteur de tous les biens, et un autre à la fondatrice qui avait, dans le passé, prêché d\u2019exemple à ses missionnaires.Imaginez la surprise et le bonheur des mamans, des petits frères et sœurs, lorsque réapparut, dans la cour, le privilégié du banquet serrant dans ses bras, outre les paquets de viande et de riz, un sac de bonbons, une petite crèche et un ballon.Des coups de ciseaux avaient fait pleuvoir les grappes de ballons sur les invités qui les avaient attrapés au vol.La plus grande joie, ce fut encore celle des jeunes Françaises.Expérience de joie profonde ouvrant l\u2019âme à l\u2019angoisse de la faim des sous-alimentés de Hong Kong.1 LE MARIAGE Al JAPON par Sœur Joseph-de-la-Sainte-Famille, m.i.c.1 Quelques jours avant ses fiançailles, la Princesse Suga, cadette de la famille impériale, déclarait au cours d\u2019une conférence de presse: « J\u2019aimerais vous présenter l\u2019homme de mon choix! » Etonnante déclaration qui ébranle des siècles de traditions au pays du Soleil Levant.En effet, deux types de mariage prévalaient au Japon: le mariage non libre, qui n\u2019est pas décidé par la volonté des intéressés et qu\u2019ils ne peuvent refuser; et le mariage par entremetteur pour lequel un refus reste possible.Mais les jeunes Japonais du vingtième siècle ont tendance à s\u2019émanciper de plus en plus et à exiger qu\u2019on les laisse « vivre leur vie ».Beaucoup commencent à remarquer l\u2019importance de la vie conjugale, de l\u2019égalité des deux partis et du respect mutuel.Il n\u2019empêche que le système social ancien subsiste et il faudra longtemps encore pour que les jeunes obtiennent le droit de choisir librement leur partenaire.Voyons un peu le mariage par intermédiaire, si étrange pour nous.Afin de diminuer les risques d\u2019erreur, afin aussi de permettre aux deux familles de ne pas s\u2019engager à fond dès l\u2019abord, les négociations préliminaires sont confiées à un entremetteur, ordinairement un ami ou une connaissance, le nakodo.Quand le nakodo trouve un parti convenable au point de vue de l\u2019âge, de la lignée et du degré de scolarité, il se rend chez les parents de la jeune fille et du garçon et apporte les photos et autres renseignements: nom, prénom et date de naissance.S\u2019il obtient l\u2019assentiment de chaque parti, U les met en relation.C\u2019est le mi-ai, entrevue où les jeunes gens pourront s\u2019observer et peut-être même échanger quelques mots.Le mi-ai a souvent lieu dans un endroit public: temple, parc ou théâtre.Le kimono de la mariée et son splendide obi.Photo Usaku Tojo 1 Jeannette Delisle \u201c Here comes the Bride.\u201d Les deux familles, satisfaites de cette première rencontre, choisissent un jour faste pour la cérémonie du mariage et procèdent à un échange de cadeaux, yuino, qui correspond à des fiançailles en bonne et due forme.Dans les familles traditionalistes on suit l\u2019ancienne coutume selon laquelle, seule, la famille du jeune homme envoie des présents: tai (le poisson porte-bonheur), saké, vin de riz, et l\u2019obi, grande ceinture en lourd brocart, toutes choses symbolisant la longévité et le bonheur.Trois jours avant le mariage le trousseau de la mariée ainsi que ses futon (matelas et édredons) et son ameublement sont transportés à la maison où elle vivra désormais.Le nakodo joue dans tous ces préparatifs un rôle indispensable.Le principal rite de la cérémonie nuptiale consiste dans l\u2019échange des coupes, répété trois fois, le san-san-ku-do (littéralement: trois fois trois: neuf): trois coupes de différentes grandeurs sont présentées au marié et remplies en trois fois; il les boira en trois coups aussi.Ces coupes sont passées à la mariée et les mêmes gestes se répètent.Cette céré- monie qui, autrefois, avait lieu chez les parents du garçon, se déroule aujourd\u2019hui de façon plus simple dans un temple ou une église.La bénédiction du mariage à l\u2019église catholique comporte toute la solennité possible.Aussi quel spectacle pittoresque que celui du long cortège, mariée en tête dans son splendide kimono aux couleurs vives et rehaussé de motifs d\u2019or et d\u2019argent! Dans les centres, depuis quelques années, les toilettes à l\u2019européenne remplacent le riche kimono.On se demande à quel moment de l\u2019année il vaut mieux placer une cérémonie de mariage.A l\u2019époque des cerisiers en fleurs?Cette période est généralement pluvieuse, humide et chaude, et l\u2019inconvénient qui en résulte ne doit pas être minimisé, ne serait-ce que le port du pesant kimono! Le temps idéal est l\u2019automne, où il fait beau tous les jours, et où les forêts et jardins déploient à travers tout le Japon des couleurs de féerie.Bien différentes des nôtres, toutes ces coutumes du mariage au Japon, peut-être bizarres à nos yeux, forment un chaînon harmonieusement relié à l\u2019ensemble de la culture.192 Soeurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception CANADA MAISON MERE, 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal 26 NOVICIAT, Pont-Viau, Cité Laval OUTREMONT, 314, Chemin Sainte-Catherine, Montréal 8 HOPITAL CHINOIS, 355 est, rue Paillon, Montréal 10 NOMININGUE, comté Labelle, Qué.RIMOUSKI, 85, rue Saint-Germain JOLIETTE, 750, rue Saint-Louis QUEBEC, 1073 ouest, rue Saint-Cyrille VANCOUVER, Refuge de ITmmaculée-Conception 236, rue Campbell VANCOUVER, Hôpital du Mont-Saint-Joseph 3080, rue du Prince-Edouard TROIS-RIVIERES, 1325, rue de la Terrière GRANBY, 35, rue Dufferin GRANBY, 50, rue Saint-Joseph CHICOUTIMI, 766, rue du Cénacle SAINTE-MARIE-DE-BEAUCE, C.P.358, Qué.SAINT-JEAN, Qué., 430, rue Champlain OTTAWA, 30, Avenue Goulburn PERTH, N.-B., C.P.259 EDMUNDSTON, N.-B., 85, rue Victoria ETATS-UNIS MARLBORO, Mass., 207 Pleasant Street HONG KONG MAISON NOTRE-DAME-DE-FATIMA, 103 Austin Road, Kowloon, Hong Kong MAISON NOTRE-DAME-DE-L\u2019ESPERANCE, Clear Water Bay Road, Kowloon, Hong Kong NOVICIAT, 125 Waterloo Road, Hong Kong TAIWAN KUANHSI, 83 Cheng I Lu, Hsinchu Hsien, Taiwan, Republic of China SHIH KUANG TSE, Hsinchu Hsien, Taiwan, Republic of China TAIPEI, 363, An Tung Chieh, Taiwan, Republic of China SUAO, 36 Chung Cheng Rd., Suao Ilan Hsien, Taiwan, Republic of China HSINCHU CITY, Cheng Mou Yuen, Choi Yuen chiai no 49, Koang Fou Li, Republic of China JAPON KOR1YAMA, 3-18 Toramaru, Koriyama shi, Fukushima ken WAKAMATSU, 480, Sakae machi, Aizu Wakamatsu TOKYO, 108-4 cho me, Fukazawa cho, Setagaya ku ITALIE ROMA 0881, via Giacinto Carini, 8 MADAGASCAR MORONDAVA, Madagascar AMBOHIBARY, Sambaina, Madagascar ANTSIRABE, Paroisse Ste-Thérèse de Mahazoarivo TANANARIVE, Tsaramasay MAHABO, via Morondava PEROU PUCALLPA LIMA, Escuela Maria de la Providimcia, Napo 1124, Azcona (Brena) GUATEMALA TOTONICAPAN, Colegio P.Betancourt, Guatemala, A.C.BOLIVIE SANTA CRUZ de la Sierra, Cardinal Cushing Business College, Calle Lemoine, Casilla 70 COCHABAMBA, Academia Comercial, Calle Oruro No 3403, Casilla 1667 IRUPANA, Hospital Nuestra Senora de la Providencia, adresse postale: La Paz, casilla 2893 LA PAZ, Academia Santa Rita, casilla 2893 CATAVI, adresse postale: Oruro, casilla 434 CHILI ANCUD, Colegio Inmaculada Concepcion, Calle Errazuriz, Casilla 82 ILES PHILIPPINES MANILLE, Immaculate Conception Academy, General Luna St., Intramuros MANILLE, 2212 del Rosario St., Tondo SAN JUAN, Little Baguio, Rizal LAS PINAS, Rizal MATI, Davao Province DAVAO City, Our Lady of Good Counsel Hall, Florentino Torres St.PADADA, Davao Province BAGUIO City, 73 Pacdal, Box 83 ANTILLES LES CAYES, HAITI LES COTEAUX, Haiti ROCHE-A-BATEAU, Haiti PORT-SALUT, Haiti CAMP-PERRIN, Haiti MIREBALAIS, Haiti LIMBE, Haiti CAP-HAITI EN, Haiti CHANTAL, Haiti TROU-DU-NORD, Haiti.PORT-AU-PRINCE, Orphelinat, Cité no 2.C.P.1085, Haiti PORT-AU-PRINCE, Noviciat, Cité no 2, C.P.1C85, Haiti CROIX-DES-BOUQUETS, C.P.1291, Haiti DESCHAPELLES, Hôpital Albert Schweitzer, Boite postale 2213 B, Port-au-Prince, Haiti LA BOULE, C.P.1085, Haïti HINCHE, Haiti COLON, apartado 21, Province de Matanzas, Cuba AFRIQUE CENTRALE KATETE, St.Teresa\u2019s Parish, Champira P.O., Malawi MZAMBAZI, St.John\u2019s Parish, Eutini P.O., Malawi RUMPI, St.Patrick\u2019s Parish, Rumpi P.O., Malawi KARONGA, St.Mary\u2019s Parish, Karonga P.O., Malawi KASEYE, St.Michæl\u2019s Parish, Chitipa Box 100, Malawi NK AT A BAY, Nkata Bay P.O.Box 9, Malawi MZUZU, Mzuzu P.O.Box 24, Malawi MZIMBA, St.Paul\u2019s Parish, Mzimba P.O., Malawi FORT JAMESON, P.O.Box 107.Zambia KANYANGA, Lundazi P.O., Zambia NYIMBA, Sacred Heart Hospital, Nyimba P.O., Zambia CIKUNGU, Kazimuli P.O., Zambia Artisanat.Jeunes de Marymount, Mzuzu, travaillant le sisal sous la direction de Sœur Doris Twyman."]
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