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Titre :
Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Éditeurs :
  • Outremont, Montréal :Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception,1920-,
  • Ville de Laval :Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Contenu spécifique :
Juillet - août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1963-07, Collections de BAnQ.

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[" ¦y >\t¦«» DANS CE NUMÉRO Un Concile à la dimension du monde 471 R.P.M.-D.Chenu, o.p.L\u2019étonnant Père Conrardy\t475 M.Paul Collins La Reine de la Bolivie et son sanctuaire 490 Sœur Marie-Armand, m.i.c.LE PRECURSEUR 2900, chemin Ste-Catherine, Montréal (26) Canada.Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, avec l\u2019autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.ABONNEMENT Les vallées boliviennes\t493 Sœur Françoise-de=ChantaI, m.i.c.Par an\t$1.00 À vie\t25.00 Festivals Une novice japonaise Le kimono Sœur Marie-de-Ia-Rédemption, m.499\tAVIS :\t \tPour tout\tchangement \td\u2019adresse, ne\tpas oublier 503\td\u2019envoyer l\u2019ancienne et la\t \tnouvelle.\t Quand un missionnaire quitte son pays 509 AVANTAGES : Fête de la famille à Madagascar Sœur Saint-Eloi, m.i.c.Ceux dont on ne parle pas Sœur Sainte-Emérentienne, m.i.c.Participation à l\u2019œuvre missionnaire accomplie par toutes les religieuses; une messe célébrée chaque semaine, pour les abonnés; 515 une messe également pour les défunts.PAGES-COUVERTURE: AU JAPON : CUEILLETTE DES PÊCHES.FRUITS PARFAITS MÛRIS DANS UNE ENVELOPPE PROTECTRICE.DANSE DE L\u2019OBON.NIHIL OBSTAT : M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é,, 31 décembre 1962.Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé Vaffranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication. UN CONCILE à la dimension du monde par le R.P.M.-D.Chenu, o.p.Une diversité significative Sans doute, est-ce là l\u2019expression la plus suggestive et la plus adéquate pour nous donner une vue prospective du Concile Vatican II.« Un Concile à la dimension du monde ».Il nous plaît de la proposer sous le patronage de l\u2019un des Pères de ce Concile, Mgr Marty, archvêque de Reims, qui l\u2019a prise à son compte.Elle ne s\u2019attache pas tant au contenu projeté, aux objets de délibérations, aux réformes envisagées; elle définit l\u2019un des axes de l\u2019ensemble du travail, mieux encore l\u2019inspiration qui, dès la convocation par Jean XXIII, a commandé son dessein et en a énoncé les buts.A ce point de vue, la totale variété d\u2019origine des évêques participants, venant de toutes régions du globe, de toutes races, de tous régimes, est extrêmement significative, pour la première fois dans l\u2019histoire.Elle signifie non seulement ^ l\u2019universalisme géographique de l\u2019Église, mais son aspiration à être présente à tous les besoins, à toutes les aspirations, à toutes les vérités du monde, selon sa totale surface humaine.Les valeurs d\u2019un monde nouveau A la dimension du monde: l\u2019expression a donc, d\u2019emblée, un sens positif, et le sentiment aigu d\u2019un dénivellement inquiétant se résout dans une volonté optimiste.Car cette prospective sur une Église-dans-le-monde implique que cette Église considère ce monde comme une bonne terre où se planter, comme un domaine où de vraies valeurs humaines portent en elles une puissance ouverte à l\u2019Évangile, comme une humanité dont les mutations profondes comportent dans leurs risques de magnifiques espérances.Si ce monde 471 s\u2019humanise, cette humanisation est d\u2019avance le support de la divinisation par une incarnation continue de l\u2019Église corps du Christ.Certes, ce monde est le lieu de drames et de violences qui déconcertent et mettent en cause ces ressources et ces espérances.Les valeurs qu\u2019il exalte sont ambiguës, et leur nouveauté légitime, dans le progrès des économies et des civilisations, risque de ne pas ménager le capital solide des siècles antérieurs.Mais quoi, toujours la grâce du Christ s\u2019est trouvée affrontée à de pareilles ambiguïtés, dans des humanités dramatiquement bouleversées par les problèmes qu\u2019elles se posaient.Toute incarnation se fait par et dans une libération du mal, une rédemption, comme nous disons; et la grâce est à la fois divinisante et purifiante, guérissant les valeurs qu\u2019elle veut assumer, dans un difficile discernement.Ainsi demeure l\u2019optimisme de ce vouloir être à la dimension du monde.Le Concile ne se présente donc pas comme le raidissement d\u2019un organisme qui, à certaines heures, pour la défense de son existence même, saisissait l\u2019Église, et la tenait par ce réflexe dans un conservatisme un peu hargneux.Le ton même de ses protagonistes est animé d\u2019ardeurs intimes, et le constat parfois tragique d\u2019un décalage des appareils par rapport à l\u2019extension massive du monde, d\u2019un monde nouveau non chrétien, est lui-même un acte de bonne santé.De fait, la meilleure partie des travaux préparatoires ne s\u2019est pas tant portée sur les erreurs à condamner que sur les valeurs à discerner et à promouvoir.C\u2019est ce qu\u2019on veut dire lorsque, un peu sommairement, on dit que ce Concile sera plus pastoral que doctrinal, entendez procla-mateur d\u2019énoncés théoriques extratemporels.L\u2019Eglise dans le monde Il serait malséant et faux de voir dans ce discernement des valeurs d\u2019un monde nouveau je ne sais quel opportunisme assez médiocre, ou même une démarche purement apologétique dans la circonstance.C\u2019est une loi constitutive de l\u2019Église qui joue: l\u2019Église est une Eglise-dans-le-monde.Elle est certes d\u2019abord venue d\u2019en-haut, par une initiative de Dieu qui, gratuitement et gracieusement, se manifeste, révèle sa vie, l\u2019ouvre à la participation des êtres humains.En ce sens, elle n\u2019est pas de ce monde, elle ne vient pas de lui, de sa capacité propre, de son projet naturel.Mais précisément Dieu mène son entreprise en venant lui-même dans le monde, en s\u2019humanisant, en s\u2019incarnant.Il règle donc son comportement non sur sa manière à lui, si l\u2019on peut dire, mais sur la nature humaine, sur les lois pyschologiques, mentales, sociologiques, historiques, de l\u2019humanité qu\u2019il adopte.Le Christ est totalement homme; c\u2019est le critère de sa vérité terrestre; l\u2019Église qui est son Corps dans l\u2019histoire est donc aussi dans le monde, y trouvant sa consistance, non seulement efficace, mais vraie.Ainsi a-t-elle vécu au cours des sjècles et dans les divers espaces.L\u2019Église est incarnée, et les civilisations sont la terre dans laquelle elle prend racine.Eglise et chrétienté C\u2019est là une vérité telle que son engagement, et la réussite qu\u2019il lui 472 assure, devient la limite de sa divine efficacité.Elle est incarnée dans le monde: que ce monde change, et la voilà en porte-à-faux, surprise dans ses installations, déconcertée si la mutation a été brusque.Cette Église était devenue, comme on_ dit, une Chrétienté, c\u2019est-à-dire une Église solidaire, pour le meilleur et pour le pire, d\u2019une société, d\u2019une civilisation, d\u2019une culture, de l\u2019humanité dans laquelle elle s\u2019était plantée.Le cas majeur fut et demeure celui de la Chrétienté occidentale dans laquelle l\u2019Église s\u2019est construite depuis quinze siècles, depuis que Constantin avait retourné en sa faveur les puissances politiques, culturelles, administratives de l\u2019Empire romain, jusqu\u2019alors persécuteur.La civilisation occidentale, on le sait assez, est mise en cause.Des peuples nouveaux se lèvent de toute 473 part, les uns riches d\u2019une admirable civilisation tenue en sommeil, les autres découvrant les valeurs et l\u2019enivrement d\u2019une promotion économique et politique qui les rend parties prenantes dans le monde en essor.Cela en quelques décades.L\u2019Église \u2014 comme d\u2019ailleurs les politiques traditionnelles \u2014 est surprise; et sans doute serait-elle en mauvaise posture, si elle n\u2019avait tenu ferme le principe, sinon toujours la pratique, hélas, du droit des peuples à une égalité fraternelle.La voici donc affrontée au problème de se désengager de la Chrétienté occidentale, de son juridisme, de son latinisme, pour s\u2019engager dans l\u2019humanité en gestation d\u2019une civilisation universelle, dans sa science et dans sa technique.C\u2019est la fin de l\u2019ère constantinienne.Une Eglise missionnaire Admirable conjoncture.Pour être fidèle à elle-même, pour donner à sa nature sa vérité permanente et historique à la fois, la voici contrainte en quelque sorte, entendez de la Chrétienté établie, de partir en mission, d\u2019obéir au précepte de son Seigneur: « Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toutes les nations.Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre.» L\u2019Église est envoyée.Le test de sa vérité, et donc aussi de son efficacité, c\u2019est d\u2019aller au devant de « ceux qui sont loin » (Actes, 2, 39; texte repris par l\u2019Assemblée des archevêques en 1961, définissant l\u2019Église « en état de mission ».Ceux qui sont loin aujourd\u2019hui ce ne sont pas seulement les Chinois, les Hindous, les Arabes, les Guinéens; ce sont ces hommes nouveaux, parmi nous, qui bâtissent la Cité du XXe siècle.Sans doute, dans leur jeune frénésie, ont-ils tort de déprécier la civilisation acquise, dans ses valeurs inviolables; mais ils ont raison de rechercher dans le progrès technique et économique la matière et les conditions d\u2019une socialisation qui promeut les personnes.(Cf.l\u2019encyclique Mater et Magistra).Un peuple chrétien en état de Concile S\u2019il en est ainsi le Concile n\u2019est pas que l\u2019affaire de hauts fonctionnaires sacrés, si investis soient-ils de pouvoirs d\u2019enseignement et de gestion ; c\u2019est \u2014 et ils le proclament eux-mêmes, à commencer par le Pontife suprême \u2014 affaire de toute l\u2019Église.Car, selon le mot célèbre de Pie XII, l\u2019Église, c\u2019est le Corps des croyants eux-mêmes.L\u2019Évangile recommence.Et comme toujours, il recommence dans le dialogue, le dialogue de Dieu avec les hommes, là où ils sont, où ils vivent, où ils travaillent, où aussi ils se laissent prendre aux tentations.Les chrétiens récusent une volonté de puissance, dans une Église établie, pour se livrer, dans une Église purifiée, au témoignage.Le témoignage, celui des hommes, plus encore celui du Dieu-Homme, c\u2019est par et dans la communion de vie qu\u2019il se donne, que seulement il peut se donner.A tous et à chacun de consentir à cette communion fraternelle.Le Concile alors, porté par le peuple chrétien en vie évangélique, sera devant le monde qui le regarde avec une curiosité ambiguë, le témoin de l\u2019Évangile du Christ jusqu\u2019aux extrémités de la terre.(Extrait du Journal des Débats).474 L\u2019ETONNANT PÈRE CONRARDY par Paul Collins Le 15 avril 1951, après trois jours et trois nuits de tortures d\u2019agonie et d\u2019humiliation publique, un évêque barbu franchissait, avec la dignité d\u2019un autre Christ, le seuil de la prison communiste de Canton.Les barrières se refermèrent lourdement sur lui.Ainsi commença la tâche sublime de François-Xavier Ford, martyr pour le salut de la Chine.Le 15 avril 1889, un prêtre à la barbe florissante, ayant prêté l\u2019oreille, trois jours et trois nuits, aux complaintes pleines de tristesse douce que les Hawaïens chantent quand passe la mort, s\u2019était agenouillé en prière au chevet du Père Damien de Molokaï.Et juste au moment où l\u2019aurore avait surgi derrière les hauts pâli (rochers) de Kalawao, l\u2019âme de Joseph Damien de Veuster, telle une 475 S.Exe.Mgr F.-X.Ford, de la Société de Maryknoll, missionnaire en Chine, qui mourut martyr des communistes.alouette, s\u2019était envolée vers Dieu.Cet instant avait marqué le début de l\u2019œuvre de Louis Lambert Conrardy, Précurseur en Chine et Père spirituel de François-Xavier Ford.L\u2019influence profonde et quasi mystique exercée au sein du mouvement catholique américain par ce prêtre étrange, difficile et quelque peu embarrassant couvre un chapitre fascinant de l\u2019Amérique catholique.Ses supérieurs se demandèrent souvent que faire de lui ; aujourd\u2019hui, l\u2019on peut se demander ce qu\u2019ils auraient fait sans lui.Louis Lambert Conrardy naquit le 12 juillet 1841, à Liège, Belgique, dans une famille wallonne de langue française.Il fit ses études ecclésiastiques sous la direction des jésuites.Ceux-ci ne tardèrent pas à s\u2019apercevoir que ce vertueux jeune homme à la tête dure n\u2019était pas taillé pour le joug suave de l\u2019obéissance igna-tienne.L\u2019aspirant au sacerdoce joignit donc le clergé séculier du diocèse de Liège et fut ordonné le 15 juin 1866.Assigné à Stavelot où se trouvent les ruines d\u2019une célèbre abbaye bénédictine du septième siècle, le nouveau prêtre nourrit son zèle pour les pays de missions.En 1869, une épidémie frappa le district.A fond de train il soigna les pauvres, se dépouillant en leur faveur de tout ce qu\u2019il possédait et même de ce qu\u2019il ne possédait pas comme son lit.Devenu curé, il inaugura le chant des Vêpres en français et en avertit son évêque.Il alléguait que ses ouailles n\u2019entendaient rien au latin et s\u2019em-nuyaient ferme.L\u2019évêque ne prisa point cette innovation et apprit, avec soulagement, l\u2019intention du Père Con- 476 rardy de rallier la Société des Missions-Étrangères de Paris.La demande de l\u2019impétueux prêtre de Stavelot inspira aux supérieurs de Paris une attitude de réserve.Toutefois le Père Conrardy les harcela si bien de ses ardentes suppliques qu\u2019ils cédèrent.En 1871, ils l\u2019envoyaient à Pondichéry, colonie française en Inde, non comme membre de la Société mais comme associé.Quelques années plus tôt, les Pères avaient établi un lazaret à Pondichéry.Handicapés par une pénurie chronique de personnel et d\u2019argent \u2014 pour ne pas mentionner l\u2019indifférence officielle et le fatalisme païen \u2014 les prêtres ne pouvaient qu\u2019entamer la besogne écrasante du soin de milliers de lépreux.Mais pour le Père Conrardy les champs étaient mûrs.Sans se préoccuper du chaos qui s\u2019ensuivrait, il amena à la mission des troupeaux de lépreux, désorganisant le travail ordinaire.Et comme à Stavelot, les lits et les couvertures de disparaître! Un jour il rentra à la mission vêtu d\u2019un simple dholi en lambeaux: il avait donné ses propres habits à des lépreux errants.Cette imprudence lui valut de contracter une fièvre et une pneumonie qui mirent sa vie en danger.C\u2019en était trop.Dès qu\u2019il fut capable de voyager, on l\u2019expédia en Belgique dans l\u2019espoir qu\u2019il y gagnât en santé sinon en prudence.Et il retomba sous la coupe de l\u2019évêque de Liège pas plus entiché qu\u2019autrefois des prêtres qui chantent les Vêpres en français.D\u2019Amérique, où les jésuites belges desservaient quelques missions indiennes en Orégon, des amis des jours de séminaire lui écrivirent pour l\u2019inviter à partager leurs labeurs.Avec la bénédiction de son évêque \u2014 qui offrit une secrète prière pour l\u2019intégrité des rubriques en Orégon \u2014 le bouillant apôtre s\u2019embarqua pour les États-Unis, plus précisément pour la Mission Sainte-Anne, dans l\u2019est de l\u2019Orégon.De toutes les missions américaines de l\u2019ouest, au dix-neuvième siècle, on ne saurait en imaginer une moins prometteuse que la Mission Sainte-Anne.Un climat de suspicion, de haine, de froide tragédie l\u2019enveloppait.Elle avait été fondée en 1847 par le R.P.Jean-Baptiste Brouillet, S.J., sur l\u2019invitation du chef cayuse Taawitoy.L\u2019imprudence que commirent les missionnaires protestants de vouloir changer les Indiens en hommes blancs irrita les Cayuses; et le Père Brouillet vécut l\u2019horrible carnage du « Massacre de Whitman », le 29 novembre 1847.Les Cayuses tuèrent quatorze missionnaires protestants, dont le Dr et Mme Marcus Whitman, et emmenèrent cinquante-trois captifs, la plupart des femmes et des enfants.Le massacre provoqua une commotion internationale.Certains esprits astucieux fabriquèrent de toutes pièces une preuve de la responsabilité catholique dans cette tragédie, fausseté qu\u2019exploitèrent allègrement des agnostiques haut placés.La défense de l\u2019Église catholique par le Père Brouillet devint un classique de l\u2019époque.Cependant, à l\u2019arrivée du Père Conrardy, des nuages flottaient encore au-dessus de Sainte-Anne.Un quart de siècle s\u2019était écoulé depuis le massacre qui avait déclenché une guerre sanglante de deux ans au cours de laquelle les Indiens avaient brûlé la mission.Il n\u2019en fallait pas moins un courage peu commun à un blanc non armé pour fréquenter ces parages.Sans crainte le prêtre s\u2019y aventura et, dès les premières vingt-quatre heures, il administra le baptême aux enfants et commença des classes de doctrine.Le territoire de Sainte-Anne embrasse trois vastes comtés: Morrow, Wheeler et Gilliam.Comme des villes-frontières s\u2019élevaient, le Père Conrardy les visita et y célébra la messe.A Heppner, Vinson, Condon, Marysville, dans des cabanes de bois rond, dans les cours des maisons et quelquefois à l\u2019arrière d\u2019un wagon et sous le ciel bleu, le petit prêtre trapu, aux yeux pétillants, fit revivre le drame de la Cène.Les cierges tenaient debout dans de grosses pommes de terre cuites au four.Et après la messe, tandis que les mères dorlotaient leurs enfants pleurnicheurs, tous candidats au baptême, le Père Conrardy dégustait tranquillement son déjeuner de pommes-de-terre-chandeliers.Les Indiens à qui rien n\u2019échappait appelaient la basse-messe « la messe de deux pommes de terre », et la grand-messe « la messe de six pommes de terre » vu l\u2019appareil liturgique plus considérable.« L\u2019homme condamné » Les Indiens admirèrent ce singulier homme blanc qui circulait sans fusil ni couteau.Forcés d\u2019admettre qu\u2019il ne craignait pas d\u2019être scalpé, les Cayuses se dirent qu\u2019il ne pouvait toutefois être exempt de la terreur de l\u2019homme blanc: la pendaison.Un jour, le chef Wateshtimeneen disposa ses guerriers sur la route du Père Conrardy avec ordre de le pendre sitôt capturé.478 Wateshtimeneen s\u2019était mépris sur la trempe de l\u2019homme à qui il avait affaire.Transporté de joie devant la perspective du martyre in partibus infidelium, le prêtre sortit de son ravissement juste à temps pour offrir sa montre au chef avec ces mots: « Tu me donnes un billet pour le ciel, en retour voici un présent.» Wateshtimeneen stupéfait prit la montre et, après un moment de réflexion, répondit au prêtre que les anciens de la tribu devaient être consultés.Les anciens conseillèrent la prudence dans les rapports avec cet être bizarre, sans peur de la mort.A partir de ce jour, les Indiens dénommèrent le Père Conrardy « l\u2019Homme condamné », et Wateshtimeneen se fit le bras droit de tous les Pères jusqu\u2019à son décès en 1918.Comme les Indiens vénéraient tout homme à longue barbe, le Père Conrardy laissa pousser la sienne.Passant parmi les malades, opérant des guérisons qui ne s\u2019expliquaient pas naturellement, l\u2019infatigable prêtre mena la tâche d\u2019implanter la vie catholique en Orégon.En 1877, « Les Annales catholiques » reproduisirent une lettre personnelle du Père Damien à son Frère Pamphile.L\u2019apôtre des lépreux y exprimait sa peine de se trouver lui-même sans le secours du prêtre.Ignorant que la publication de cette lettre avait déplu au Père Damien autant qu\u2019à l\u2019évêque d\u2019Honolulu, Mgr Hermann Koeckmann, le Père Conrardy entama avec son compatriote belge une correspondance qui devait avoir une profonde répercussion sur toute son existence.L\u2019apostolat en Orégon progressait rapidement.Le 20 novembre 1882, 600 Indiens de l\u2019est du pays dressèrent leurs tentes parmi les cotonniers des environs de Sainte-Anne pour « l\u2019opération » de deux semaines lancée par le Père Conrardy: « la mission du feu de l\u2019enfer et du soufre » conduite par l\u2019archevêque Mgr Seghers, et les Pères Cataldo et Morvillo, jésuites.Résultat: 60 nouveaux adhérents à l\u2019Eglise catholique.A Pendleton on délaissa les assemblées des Milarkey.Murphy, O\u2019Da-niel, Grogan et Reith pour la messe du Père Conrardy.En 1884, le Père construisit la première église de Pendleton.Dans la suite, il bâtit les églises de Vinson, Heppner, Condon et Marysville.Ayant aussi érigé un pensionnat à Sainte-Anne, dans le dessein de retenir les services des Sœurs de la Charité, il entreprit une course folle à travers les plaines de Philadelphie, et de là jusqu\u2019à Washington où il lui fallait obtenir un surintendant fédéral pour sa nouvelle institution.Dans la capitale, il rencontra le Président Grover Cleveland.Les deux hommes se comprirent à merveille.Sur l\u2019invitation spéciale du Président des Etats-Unis, Louis Lambert Conrardy devint citoyen américain.Cependant certaines gens avaient redécouvert « la séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019État », ce^qui s\u2019entendait, à leur sens, de l\u2019Église catholique nais non des Églises dissidentes.A défaut d\u2019un expédient législatif pour priver les écoles catholiques de missions des subsides du gouvernement sans exposer leurs propres écoles à perdre l\u2019aide fédérale \u2014sacrifice qu\u2019ils n\u2019auraient jamais 479 consenti \u2014 ils réussirent à s\u2019immiscer et à manœuvrer à l\u2019intérieur du Bureau des Affaires indiennes des Etats-Unis.Des protestants plus ouverts bravèrent leur courroux.Entre autres, le célèbre sénateur Vest, du Missouri.« Je vois seulement un rayon de lumière touchant l\u2019éducation indienne, déclara Vest devant le Sénat.» « Je suis un protestant, né protestant, éduqué protestant, supposé mourir protestant; mais j\u2019affirme que le système adopté par les catholiques est le seul système pratique pour l\u2019éducation des Indiens, le seul efficace.» La situation allait s\u2019éclaircir pour une décade, avant que l\u2019âge d\u2019or des missions du nord-ouest du Pacifique ne succombe sous un héritage d\u2019ignorance et d\u2019irresponsabilité.Quoi qu\u2019il en soit, il apparut net à certains esprits que la présence des Sœurs de la Charité à Sainte-Anne \u2014 et non pas la triste condition des Indiens \u2014 entacherait l\u2019honneur de la République; les religieuses durent se retirer en raison de l\u2019intolérable opposition du représentant indien.Mgr l\u2019Archevêque Gross, successeur de Mgr Seghers, confia Sainte-Anne aux jésuites.Le Père Conrardy écrivit: « Si je reste ici, il me faut joindre la Compagnie.» De toute évidence, cette solution n\u2019enthousiasmait ni les Pères ni l\u2019abbé Conrardy bien qu\u2019on le tînt en haute estime.Or Mgr Gross avait souvent joué le rôle d\u2019acheteur pour le Père Damien, lui procurant du bois, du saumon et autres produits de l\u2019Orégon.De fait le Père Damien parlait toujours du prélat comme de « l\u2019agent des lépreux ».Avec les meilleurs vœux de son archevêque, le Père Conrardy écrivit au Père Damien, lui-même alors lépreux: « Voulez-vous de moi, mon cher compatriote ?Je puis encore travailler vingt ans.» La réponse égala la requête en simplicité: « Pour l\u2019amour de Dieu venez.» Mgr Gross donna cette recommandation non équivoque: « J\u2019ai couru tout l\u2019Orégon avec la Père Conrardy.C\u2019est un homme héroïque et noble.» « Vous verrez, promettait le Père Conrardy, comment un Liégeois peut travailler! » Et dans l\u2019épopée de Molokai vint s\u2019insérer cette suite d\u2019épisodes appelée « l\u2019Affaire Conrardy ».Le début de « l\u2019Affaire » En qualité de Vicaire apostolique d\u2019Hawaï.Mgr Hermann se devait de garder une vue d\u2019ensemble des intérêts de l\u2019Eglise.Il craignit que les adversaires du Père Damien, ayant échoué dans leur tentative pour l\u2019éloigner de Molokai, ne se posent, pour des motifs d\u2019avantage politique ou d\u2019amertume sectaire, en champions improvisés du prêtre de l\u2019Orégon, afin de semer la division dans l\u2019opinion publique, opposant les prêtres de Molokaï au clergé traditionnel de la mission, tous membres de l\u2019Ordre des Sacrés-Cœurs.Mgr Hermann insista donc sur ce point: l\u2019entrée du Père Conrardy dans un noviciat d\u2019Europe pour y devenir religieux des Sacrés-Cœurs.Le prêtre voulut bien joindre la Congrégation mais à condition de faire 480 Sur la plage de Molokai, aux lies Hawaï.'vi ¦ «\u2022 » ¦ ¦ - ' -\tV*» \u2019 son noviciat à Molokai.Là-dessus, il ne céda point.L\u2019évêque et son conseil discernaient fort bien la position précaire de l\u2019Église d\u2019Hawaï.Le provincial ne cacha pas ses appréhensions d\u2019une révolution « qui porterait au pouvoir les ennemis de la mission.Je pense qu\u2019il y aura du sang versé.» Et l\u2019évêque avertit le Père Damien: « Nous devons être prêts à tout.» Tandis que se développaient les forces de la révolution, des lettres au sujet du Père Conrardy s\u2019échangeaient entre Rome, le généralat de Paris de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, Honolulu et Molokai.L\u2019évêque tour à tour inclinait pour et contre.Le Père Damien intercédait, le Père Conrardy attendait.Le 30 juin 1887 éclatait la révolution.Mgr Hermann rapporta « que la mission n\u2019avait rien à espérer de l\u2019opposition qui n\u2019aimait pas l\u2019Église catholique.Par erreur ou malice, observait-il, cette Opposition essaie de nous identifier à la politique dont nous n\u2019avons que faire.» Le 17 juillet, le roi Kalakaua rendit les révolutionnaires furieux en allant prier pour la sécurité du royaume en la cathédrale de Notre-Dame de la Paix.L\u2019évêque prédit que la révolution « ne favoriserait pas la mission catholique parce que les nouveaux membres du gouvernement sont d\u2019ardents puritains.Encore mal assurés, ils se montrent pour le moment bienveillants à notre égard.» Mgr Hermann avisa le Père Damien que, vu les circonstances, le noviciat du Père Conrardy à Molokai, institution du gouvernement, serait des plus exceptionnels.« Les circonstances où je me trouve, répliqua le Père Damien, sont exceptionnelles.Pourquoi ne peut-il pas me venir en aide par des voies qui sont aussi un peu exceptionnelles ?» La situation politique d\u2019Hawaï demeurait tendue, et le tournoi de correspondance relative au Père Conrardy s\u2019enfiévrait.Les choses en étaient au point le plus délicat, quand le prêtre de l\u2019Orégon, s\u2019appuyant sur une permission implicite, écrite par l\u2019évêque à la demande du Premier Ministre W.M.Gibson, débarqua à Honolulu.D\u2019après des documents produits ces dernières années, le Père Vital Jourdan, célèbre expert de Molokai, a résumé ainsi les objections de Mgr Hermann : « Il ne croit pas le Père Conrardy mauvais mais léger, libéral dans ses vues sur l\u2019indépendance, plein de lui-même, trop préoccupé de son corps, capable de boire à un repas toute une bouteille de vin non coupé d\u2019eau.En trois jours, il voit plus de monde à Honolulu que l\u2019évêque en un an.» Enfin pour se débarrasser, Mgr Hermann envoya le Père Conrardy à Molokai.Mais comme le chef cayuse, il se trompait sur la valeur de l\u2019homme.A peine installé, le nouveau venu écrivit « qu\u2019il se sentait déjà chez lui à Kalawao ».Dans l\u2019espoir d\u2019éviter au Père Conrady une interdiction positive, l\u2019évêque remit l\u2019affaire au Chapitre général de la Congrégation.Il signalait que le Père « a tellement gagné l\u2019affection et l\u2019admiration des lépreux par ses manières engageantes, que la majorité me reprocherait son renvoi.De plus, ajoutait-il, bienveillant, il fait réellement très bien.» 482 Vue des hauts PALI de Molokai ainsi que de la colonie des lépreux, de Kalawo, fondée par le Père Damien.Le Père Conrardy consignait: « A table, je m\u2019assois à côté du Père Damien.Au début, la vue de ses plaies me coupait l\u2019appétit.Maintenant je suis tout à fait habitué.» En décembre 1888, le délégué du Chapitre général arrivait à Kalawao pour clore l\u2019Affaire Conrardy par ce rapport: « J\u2019ai vu le Père Conrardy à l\u2019œuvre.Il est travailleur et zélé.Il veut faire du bien et, vraiment, pourrait-on chercher autre chose à Molokaï, cette prison de la lèpre ?Il vit pauvrement.Il a un caractère jovial, ce qui est nécessaire en ce lieu.Fougueux, il sait toutefois écouter un avis.Il a été pour moi aimable comme un confrère, et même, il m\u2019a écouté et respecté comme si j\u2019eusse été son supérieur.Il a 47 ans et moi 40.Je le crois apte à rendre de grands services à Molokai.» Mgr Hermann traçait ces lignes: « Le Père Conrardy assume depuis quelques semaines tout le ministère sacerdotal de l\u2019établissement, car le progrès de la maladie a rendu le Père Damien impotent.» Puis avec une malice admirative, l\u2019évêque ajoutait: « Il fait tout ce qu\u2019il faut faire pour contracter la lèpre.» Plus tard, le Père Conrardy raconta à ceux qui enquêtaient en vue de la cause du Père Damien: « Souvent il m\u2019apportait une orange ou quelques bonbons.Oubliant qu\u2019il 'était lui-même lépreux, couvert de plaies, lépreux de la tête aux pieds, il me 483 Un apôtre de la Chine, disciple du Père Conrardy, S.Exc.Mgr Raymond Lane, de la Société de Maryknol!.disait : \u2018 Prends, aucun lépreux n\u2019y a touché.» Le dimanche des Rameaux 1889, peu après minuit, le frère James Sin-nott, infirmier du Père Damien, réclama le Père Conrardy qui avait déjà administré le moribond lépreux.En compagnie du frère Joseph Dutton muni d\u2019une lanterne, le Père Conrardy traversa la foule des lépreux en pleurs devant le Saint Sacrement et alla porter le viatique à l\u2019Apôtre de Molokaï.Après la mort du Père Damien, le Père Conrardy demeura six années avec les lépreux de Molokaï c\u2019est-à-dire tant que la continuation de l\u2019œuvre du Père Damien ne fut assurée pour toujours.Alors commence son travail en Chine Mais l\u2019œuvre du Père Conrardy était loin de s\u2019achever.On lui apprit qu\u2019au début du siècle, les rois d\u2019Hawaï avaient expédié du bois de santal à Canton en échange de soieries chinoises.Avec la soie arrivèrent des paysans chinois liés à des congréga-tionalistes, missionnaires protestants, qui les avaient employés sur leurs plantations de canne à sucre.Et avec les paysans entra la maladie chinoise mai pake, sorte de lèpre tuberculeuse d\u2019une virulence mortelle.Les histoires racontées par les lépreux chinois de Molokaï avaient hanté le Père Conrardy et, en sa mémoire, se dressaient les fantômes des lépreux de Pondichéry.Dès que les frères des Sacrés-Cœurs eurent accepté la direction de Kalawao, il se sentit libre de partir.Il arriva à Canton en 1895.Les lépreux vivaient là dans les cimetières et fourrageaient la nuit pour leur nourriture.Le Père Conrardy alla plaider leur cause devant le 484 trône du Dragon, à Pékin, et demanda au jeune et apathique empereur la permission d\u2019ouvrir un lazaret.Cependant et le prêtre et le monarque savaient que la décision dépendait de la femme invisible derrière le superbe écran d\u2019or lacqué, la cruelle et raffinée Tzu Hsi, impératrice douairière, le personnage le plus puissant de l\u2019Asie.Le Père Conrardy ne vit jamais l\u2019impératrice: il n\u2019avait jamais espéré la voir d\u2019ailleurs.Mais au matin du troisième jour, après l\u2019audience impériale, comme il s\u2019apprêtait, déçu, à quitter la ville, on lui remit un rouleau d\u2019une calligraphie exquise.Un Chinois chrétien et lettré lui traduisit les strophes de haut style: « La Chine n\u2019a eu aucun besoin des prêtres catholiques, mais quant aux docteurs étrangers qui seraient incidemment prêtres, elle n\u2019a pas objection à leur venue.» Le rouleau ne portait aucun sceau, aucune signature.Rien de cela n\u2019était nécessaire.Une seule main en Chine pouvait avoir tracé ces lignes impeccables, une seule puissance pouvait avoir donné la permission qu\u2019elles renfermaient.Ainsi fut fait en 1900.Alors que la révolte de la boxe causait la mort de milliers de Chinois chrétiens et que le siège historique de la colonie étrangère en la cathédrale de Pékin indignait le monde, Louis Lambert Conrardy, M.D., quittait la faculté de médecine de l\u2019Université de Portland pour pousser ses études sur les maladies tropicales à l\u2019Université de Liège.Agé de soixante ans et en mauvaise santé, le prêtre-médecin commença une tournée de quêtes pour les lépreux chinois.A Rome, saint Pie X le reçut; dans une autre ville on l\u2019arrêta, et il fut emprisonné comme escroc.Il mendia dans les palais, à la porte des villas et des maisonnettes paysannes.Retourné en Amérique, le Père Conrardy contacta l\u2019archevêque de New York, Mgr Farley, et sollicita l\u2019autorisation de prêcher dans les églises de l\u2019archidiocèse.Du prélat de New York comme des ordinaires de Brooklyn, Newark, Baltimore, Philadelphie et Washington il obtint « des réponses avec réserves ».Il comprit les réticences.A cause du fardeau du financement des écoles catholiques si généreusement porté par les catholiques américains, il répugnait à la hiérarchie de permettre d\u2019autres appels.« The Catholic Church Extension Society » en était à ses premiers pas et la première société typiquement américaine pour les missions étrangères, Maryknoll, n\u2019était encore qu\u2019un rêve nébuleux.Mais les temps approchaient où l\u2019un des co-fondateurs de Maryknoll pourrait écrire: « Nous comptons sur les catholiques des États-Unis pour devenir la plus grande force missionnaire du monde, et en cela repose le salut de l\u2019Église américaine.» Avec le temps les évêques fléchirent.Du nord au sud de l\u2019Amérique, dans les écoles paroissiales, les collèges, et les séminaires, le Père Conrardy redit l\u2019histoire des lépreux chinois.Au Canada, à Montréal en particulier, on le reçut avec sympathie, et peu à peu les aumônes s\u2019accumulèrent, surtout grâce aux petits: les enfants et les humbles.Ce fut à l\u2019occasion de ces tournées que l\u2019influence spirituelle, sans bor- 485 ne, du saint prêtre marqua les coeurs des jeunes.On ne connaîtra jamais le chiffre total; cependant on estime que le Père Conrardy inspira plus d\u2019une centaine de vocations sacerdotales et autant de vocations religieuses féminines.A l\u2019école de la cathédrale de New York, le jeune Frank Ford fut charmé par le témoignage de charité du Père Conrardy.Aujourd\u2019hui, les restes du missionnaire de l\u2019Orégon et ceux de l\u2019évêque martyr, membre de Maryknoll, attendent la résurrection en un lieu obscur, à quelques milles de Canton.A l\u2019école Sainte-Marie, de Lawrence, Massachusetts, le petit Raymond Lane résolut d\u2019imiter le Père Conrardy.Reconnaissant avec joie ce brave missionnaire comme père de sa vocation, l\u2019ancien élève de Sainte-Marie est devenu Mgr R.Lane, ex-supérieur général de Maryknoll.Au Collège du Mont Sainte-Marie, du Maryland, le Père Conrardy toucha profondément un jeune et brillant écrivain, James Edward Walsh, plus tard évêque et membre de Maryknoll, présentement prisonnier en Chine Rouge, témoin vivant de la foi cultivée par le Père Conrardy.A l\u2019hiver de 1908, le prêtre-médecin s\u2019embarqua à San Francisco après un dernier adieu à l\u2019Orégon et à ses bien-aimés Cayuses de Sainte-Anne.Le navire fit escale à Honolulu et franchit le détroit de Molokai.Debout sur le pont et silencieux, le Père Conrardy fixa le monument élevé au Père Damien par le roi Kalakaua sur_ la requête du roi d\u2019Angleterre Édouard VII.S\u2019il se rappela la sentence d\u2019un journaliste allemand : « Voyageurs de toutes na- tions, quand vous passez devant les falaises de Molokai, saluez », le prêtre ne put se douter qu\u2019au cours de l\u2019année, sur l\u2019ordre du Président Théodore Roosevelt, la grande Flotte blanche de la Marine américaine, battant pavillon, se déploierait dans le détroit, en formation de bataille sur une ligne simple, tout l\u2019équipage saluant, pour rendre le solennel tribut de reconnaissance de l\u2019Amérique « au Vaillant Soldat du Christ » en repos au cimetière de Kalawao.Le Père Conrardy arriva à Canton le 10 mai 1908.Bien que la prise des forts de Taku remontât déjà à huit années de même que l\u2019édit de Tzu Hsi ordonnant de tuer tous les étrangers, la Chine était encore une poudrière, et l\u2019anarchie à l\u2019ordre du jour.Avec son insouciance caractéristique pour sa tranquillité, « le suppôt du diable étranger », ainsi que les décrets officiels nommaient les missionnaires, commença à rassembler des lépreux à Shek Lung, île en face de Canton.Il y avait construit des casernes sur un terrain de vingt acres dont il avait fait l\u2019acquisition.Le Dr Conrardy et ses deux auxiliaires, un homme et une femme eux-mêmes lépreux, formaient tout le personnel infirmier et domestique de ITle Saint-Joseph réservée aux hommes, et de ITle Sainte-Marie réservée aux femmes.Il y eut bientôt 500 patients dont plusieurs échappés au sport favori des soldats chinois de fusiller ou brûler les lépreux.Le docteur-prêtre apprit le dialecte cantonais par essais et erreurs, enseignant aux malades les principales prières, quelques proverbes et maximes du Nouveau Testament.486 Dernière photo de S.Exe.Mgr James Walsh, avant son arrestation et son emprisonnement à Shanghai (mars 1960).L\u2019héroïque évêque missionnaire continue toujours en prison de porter témoignage.Sa bourse à moitié dégarnie par l\u2019achat des terres et les constructions exécutées, les intérêts que rapportait la balance constituaient l\u2019unique ressource pour l\u2019entretien du lazaret.Une certaine soupe aux os pouvait remplir le menu huit jours durant, mais aucun lépreux n\u2019était renvoyé.Le Père Conrardy mendiait de porte en porte, à Canton, de quoi se vêtir lui-même et ses lépreux.Un témoin l\u2019a décrit « comme un saint d\u2019un autre âge ».Dans la colonie étrangère, l\u2019opinion commune le tenait pour mentalement dérangé.Un jour qu\u2019une Européenne lui faisait observer d\u2019un ton pointu que son habit et son pantalon n\u2019allaient point ensemble, le prêtre remarqua que la même chose pouvait se dire de l\u2019or- gueil et d\u2019un bon cœur.Sa santé s\u2019avaria davantage en raison du climat, du surmenage et d\u2019une chute où il se fractura l\u2019épaule.Les fameux pirates des détroits chinois alternaient dans les razzias à Shek Lung avec les bandes de soldats-brigands qui battaient le prêtre sans pitié.Il sembla que le Père Conrardy dût mourir et la léproserie avec lui.Mais d\u2019autres vents soufflaient sur la Chine.Le règne du jeune empereur Hsuan T\u2019ung touchait sa fin.Tzu Hsi était morte.Les officiers marxistes du Kuomintang fraîchement institué brûlèrent vifs des centaines de lépreux sur l\u2019esplanade de Nankin, tandis que les évêques élevaient en vain de vigoureuses protestations.Cependant les remous de la révolu- 487 tion apportèrent à Canton une légère autonomie.Aide du gouvernement aux lépreux Alors l\u2019incroyable se produisit.Les souffrances et la compassion du prêtre avaient touché les cœurs païens des officiels.Le levain de la présence catholique, vieille de quatre siècles au sein du peuple cantonais, avait attiré l\u2019attention du gouvernement sur le prêtre-médecin de Shek Lung.Pour la première fois, au cours des millénaires de l\u2019histoire de la Chine, l\u2019aide du gouvernement allait être donnée aux lépreux.Un contrat fut signé entre Mgr Jean-Marie Mérel, évêque de Canton, et Chan Kwing Wa agissant au nom de l\u2019État.Ce contrat assurait un secours de trois sous par jour pour chaque lépreux et une garde protectrice contre les pirates.Le Père Conrardy retira alors l\u2019argent qu\u2019il avait placé et le dépensa en digues et en nouvelles bâtisses.Trois années auparavant, le prêtre avait discuté avec le Père Dothonay, o.p-, de la possibilité d\u2019ouvrir un séminaire au lazaret.Le Père Damien avait conçu un plan semblable et le Père Conrardy espérait l\u2019appliquer à Shek Lung, « la fille de Molokai' ».Heureusement, le dominicain réussit à le dissuader de l\u2019entreprise.Cet entretien pourtant ne fut pas sans fruits pour Canton et les lépreux chinois.Le Père Dothonay se rendit à Boston où il rencontra le Père James Anthony Walsh.Il s\u2019ensuivit que le Père Walsh, quelques années après, choisit Canton comme première mission de sa jeune fondation Mary- 1\tBlanche Clément, .-le Monti 2\tClara Hébert, de Montréal knoll.Le célèbre missionnaire « Big Joe » Sweeney y établit le lazaret Ngai Moon\u2019s Gate of Heaven sur le modèle du lazaret du Père Conrardy.Mais ce fut un compatriote belge, le Père Gustave Deswazières, plus tard évêque, qui, le premier, s\u2019offrit pour Shek Lung.Un prêtre chinois le Père André Chau se joignit à lui.Le 3 octobre 1912 Mgr Mérel, écrivit à Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal, pour obtenir des sœurs.Quarante reügieuses de la nouvelle Société des Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception composaient la maison mère quand l\u2019archevêque demanda aux volontaires de se lever.Les quarante se levèrent.Quatre d\u2019entre elles seulement furent choisies mais quarante partirent avec les années.C\u2019est de ces religieuses que le romancier français Édouard Duplessy a écrit: « Si l\u2019une d\u2019elles se prenait à trembler en paraissant devant son Souverain Juge, son Ange gardien n\u2019aurait qu\u2019à dire: \u2018 Seigneur, elle est une des quarante! \u2019 » Les Sœurs Saint-Paul \\ Saint-Fran-çois-d\u2019Assise 2, Saint-Raphaël3 et Marie-Bernadette 4 goûtèrent à la révolution chinoise, mais le Père Conrardy les accueillit avec joie à Shek Lung, le 14 octobre 1913.Les choses marchèrent rondement, et les Sœurs reçurent une première aspirante chinoise du nom de Sœur Marie-Damien.A la nouvelle que la Société des Missions-Étrangères de Paris se chargerait de la léproserie après sa mort, le Père Conrardy annonça la fin prochaine de ses travaux.On prétend qu\u2019il ne contracta pas la lèpre; il y a tout lieu de croire qu\u2019il fut atteint I\t3 Malvina Biron, de Coteau Landing.3\tAlma Léger, de Green Vallev.Ont.488 < L\u2019une des pionnières de la léproserie de Shek Lung, Sœur Saint-Raphaël (Malvina Biron, de Coteau Landing) qui pansa et catéchisa les lépreux pendant trente-six ans.par le mal mais réussit à le cacher, évitant ainsi une adulation non souhaitée.Transporté à l\u2019Hôpital Saint-Paul de Hong Kong, il s\u2019éteignit le 2 août 1914, son dictionnaire chinois d\u2019une main et son crucifix de l\u2019autre.Sur son désir, on l\u2019enterra à Shek Lung, roulé dans une natte, entre deux lépreux.Parmi ceux qui se souviennent encore du Père Conrardy se trouvent Mme Ellen Reith âgée de 104 ans, convertie baptisée en 1875 à lone, Orégon; Mme Louise Longhair âgée de 90 ans qui reçut sa première hostie des mains du Père Conrardy, à Sainte-Anne où elle vit tou- jours; Sœur Saint-Raphaël et Sœur Marie-Bernadette, seules survivantes des quatre pionnières de Shek Lung.En dépit de l\u2019expulsion des religieuses par le présent régime communiste chinois, des rapports reçus à Hong Kong indiquent que la léproserie de Shek Lung continue de fonctionner.Jadis, quelque peu ennuyé par l\u2019alliance Damien-Conrardy, Mgr Hermann avait remarqué :\t» Com- bien de temps cela va-t-il durer?Juste assez longtemps pour remplir le monde de la gloire des Belges.» Il semble qu\u2019en cela l\u2019évêque fut bon prophète.(Traduit de l\u2019anglais et reproduit du magazine Extension, octobre 1961) 489 A \\ « r \u2022 r.¦¦ .v %SÏÏM&&?- \u2022 < \u2022: \u2022¦ \u2022\u2022«4K >.J ; - * illi t/liTj : :> -= T-*.'1K \\ , :
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