Les herbes rouges, 1 janvier 1986, No 143
PEE M-7& EX.a.v_ ; herbes rouges LOUISE BOUCHARD DES VOIX LA MEME S A pk / W AA \ , \ ir- A A ) '"v‘ * ^ //¦ j:Jt U> • i S 43 les herbes rouges ISSN 0441-6627 ISBN 2-89272-026-5 Directeurs : François Hébert Marcel Hébert Adresse: C.P.81, Bureau E, Montréal, Québec, H2T 3A5 Abonnement: 10 numéros, 20,00$ Distribution : Québec Livres 4435, boulevard des Grandes Prairies Saint-Léonard, Québec, H1R 3N4 Tél.: (514) 327-6900 Zénith 1-800-361-3946 La revue les herbes rouges est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec.La revue les herbes rouges est membre de l’Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Dépôt légal: 1er trimestre 1986.Bibliothèque nationale du Québec © Les Herbes Rouges et Louise Bouchard, 1986 Louise Bouchard Des voix la même Des voix la même a été publié par les Éditions de La Nouvelle Barre du Jour en 1978. du même auteur Éditions Les Herbes Rouges Les Images, récit, 1985 Graves Des voix s’approchent; d’autres s’en vont.On tourne autour d’une figure qui ne comprend rien, n’entend pas peut-être.C’est un peu passé la mort (phantasme de traversée) quand tombent les masques tragiques; après la longue enfance figée devant un miroir pour apprendre à rire.Il y en a qui perdent patience, se reprennent — on dit: retourne au mouroir — là où quelqu’un se regarde, pense que «c’est moi», le reflet suffisant; il connaît ses limites et sauve sa peau.On s’agite auprès d’elle qui ne tient plus debout.J’écris à son sujet: il lui faut du temps avant d’être réveillée; ne veut pas.A trop perdu ses heures — ses ailes — à bien se tenir.«Maintenant je vais rester couchée jusqu’à ce que je sois méconnaissable.En mourant j’ai mon premier fou rire.» (Cette mort: une transgression, rien d’autre.) Des voix la réclament, l’appellent vainement; elle a perdu ses pseudonymes au passage.Sait-on maintenant qui va se lever?Comment?Dans quel état?J’écris qu’elle dort, cette vieille image, faute de mieux; ni elle ni le sommeil ne s’ajustent parfaitement.Fictions toujours déplacées recouvrant mal une désaffection excessive, impersonnelle.Cela qui est détaché sans mesure, qui ne tient plus à rien.Elle dort: il faut entendre un refus; jeté là, infini, parole que nul ne porte.Variante: l’enfant nous a tourné le dos.Pliée, morte de rire.Elle n’en finit pas, elle n’en sort pas.Certains affirment que le souffle est coupé.Souvent on a crié à l’aide, mais ce n’est pas le bon mot, ce n’est pas à ça qu’elle rêve.Les signes s’accumulent comme des couronnes.5 HISTOIRE: au début, on cherche les plus légers; des voiles transparents pour la figure.Plus tard, on lance des pierres, on bâtit des légendes, des mausolées; qui s’avise qu’on l’a oubliée, qu’on ne la voit plus?On défait toutes les architectures funèbres, on ouvre comme des coquilles les mots, surtout les graves, qui sont vides.Elle s’est envolée.Qui a-t-on veillé?Même la mort n’est pas sûre.Je marche légère sur l’herbe où c’est écrit: «no trespassing».6 Passionnément je désire oui.Et Peau par-dessus tout.Rien que des voyelles; pas même vous ce mensonge que j’aurai suivi à genoux en me traînant comme si vous étiez oui les chevilles qui me manquent, qui doivent me porter.Une fois debout, on rendrait grâce.Et vous tristement: non, car maintenant tu trembles avec moi et sûrement l’histoire n’est pas finie.Dites après moi je ne suis qu’un morceau du dieu oui c’est vrai je tremble et je demande si nous avons peur mais ce ne serait qu’une question d’équilibre encore.Comment éviter le vertige?Où sont les autres?Jeu de patience, travail de folle.Il faut avoir perdu la tête, donné sa langue, ne plus pouvoir dire je pour ne pas tomber de fatigue au commencement.Pour vous oui «I will look for you».Et j’écris le nom d’Isis sur les cahiers, les murs, partout.J’écris Isis ça fait mal partout.J’ai une sœur à qui j’envoie des lettres, des signatures tronquées.Le vouloir-dire est clair résumé ainsi: O.D’abord il faut la bouche.Pour épeler le nom et la soif.Je pense qu’ils n’auront pas coupé l’eau.Ne rappelle pas cette histoire; ne ramasse pas non plus la poussière, je m’en occupe.Les membres du dieu oui trouve-les mais ne me demande pas ce qu’il faut en faire, les garder dans des coffres ou les recoudre.Quant à moi, je serai dissoute.Ce qui effraie oui bien plus que la partition.Quand on (un aérolithe) s’est érigé autour d’un seul désir, aveugle, indifférent à tout le reste, comment supporter la fin.Toute la mer à boire.J’aurai traversé tous ces silences pour elle; plus qu’une noyade.Une alchimie, je serai changée en eau.Pleure tu ne tiendras rien dans tes bras.Je serai oui, je veux oui.7 18 juillet, on coupe les images.Ça vous déporte toujours trop loin, entraîne dans une syntaxe, une logique dont le mouvement prévisible rassure le lecteur.Plusieurs cigarettes brûlent dans le cendrier pourtant la pièce est vide.Éprouver la peur à son paroxysme et la tenir là où elle ne se décline pas en personne.Quand elle décroît seulement un sujet l’affirme.On ne crie pas «j’ai peur».On ne l’a pas c’est trop clair.Bleue et délétère, elle prend possession des lieux.Il faut avoir été longtemps habité par/ le silence en témoigne et l’étouffement, le visage et les os blanchis confondus aux murs d’une éclatante, insupportable/ jeudi matin, sous l’emprise de cette passion, cette couleur dominante/ venus chez moi pour me serrer/ ne m’auront pas vue pupille dilatée, en fusion dans le décor; l’espace de l’effroi qui s’en souvient, je suis pendue aux lèvres de/ j’ai peur.Suis-je à la hauteur?Non, insuffisante, il y aura le silence parfait la/ tu seras suspendue Corriveau/ sciée toute l’échelle pour redescendre.Plus haut que l’effroi non tu ne pourras pas éclater de rire.Les jambes comme des/ les filles je tremble.Je ne veux pas relever ce défi, surmonter la peur non mais y rester, comme on dit «elle y est/ (restée)».On mettrait une croix sur elle.Pour l’oublier, me voir ailleurs mais où.Quant aux restes, j’y reviens, ils seront semés un peu partout/ complètement perdue j’entends couper même les cheveux en quatre.Je note dans le journal que ce crime est fréquent.La coupure apparaît régulièrement au milieu de la page, juste au-dessous d’une photographie qui essaie tant bien que mal de reconstituer comme avant une unité — victime — perdue.Cette expression figée comme «morte de peur».Sur ce, remettre le masque en douce, et se promener sur l’Esplanade, tranquille, sage, comme une.avec le sentiment très net qu’il y a une erreur dans le paysage, quelque chose qui n’est pas juste.Marche au ralenti.De l’autre côté de la rue, un enfant grimpe à l’arbre.Des gens s’approchent.Même en traversant, je n’arrive pas jusqu’à eux.C’est la distance qui est fausse.Un trucage.Ruptures du souffle.On l’a mis dans des enveloppes.La teinte que ça donne quand on le sait. Que soit brisé le cycle de la peur, il aura fallu me défaire.Machination réfléchie et concertée contre moi, ses rengaines.Les mêmes mots, je les ai repris plus de sept fois.Je tiens les autres pour des grenades que je déposerai sans précaution en souhaitant qu’ils me défigurent.Je (ne) veux plus de moi.Plus d’une, et saper la durée la couleur du roc, travailler l’onomastique, science des limites, conjurer les noms comme des oiseaux de malheur, et s’arracher enfin l’expression (comme si) c’était un masque.Je n’aurai pas plus mal qu’en sortant du ventre.Je ne suis pas née Louise une fois pour toutes.La même, défaite, inscrit furieuse-mentvo/wMe dans la paume de l’aphasique pour raturer les lignes de la prophétie et l’initier au contrechamp.Cinéma adossé au destin.Pierre, on va rire, le bloc de silence est rompu.Renversée, tu oublies ton nom; je suis hors de moi.Observant d’un œil plus vif tel tableau où l’absence de visage ne pèse pas douloureusement comme avant.L’image s’efface.J’ai d’autres projections auxquelles je serai infidèle, n’est-ce pas, exaspérée d’une cécité si longue à cause de moi tache aveugle au centre de la toile.Par quoi tout était pareil.Maintenant les mondes ne sont plus ressemblants.Je te l’ai dit pourtant de quoi as-tu peur encore?Qu’on ne te reconnaisse pas c’est arrivé déjà, quand tu veux retrouver l’origine.On ne te laisse pas rentrer.Malgré tes cris — c’est toi quand même — on n’entend pas, parle par signes.Toute une race contrariée, la lignée révolue.Désormais tu seras amatride, hei-matlos; tu devais lire mort dans la dot renversée sur le seuil, et tu n’as pas voulu cela, partir dans une langue inconnue.Tu es restée là devant les ruines.CE MÊME TABLEAU: on te voit de dos, seule dans le champ, attachée au mirage d’une demeure.Le monde est derrière toi.Je pense: ne voit-elle pas qu’elle est impossible, qu’il n’y en a pas.Maintenant se retourner seule pendant que je m’abandonne.11 «Pour» Sur elle aux mains mouillées qui s’émeut pendant qu’on parle — verse des mots — qu’on l’inonde; il y en aura un de trop peut-être, nappe d’huile par exemple, qui fera boule de feu.En disant déflagration, on aura l’impression de dépasser les bornes, justement elle ne demande pas mieux ni moins qu’une explosion de sa voix restée blanche.On croit savoir pourquoi elle mange les mots, les file à l’anglaise: série des causes.qui avait l’habitude de les lui arracher de la bouche, de trancher la viande «poor» elle — ne sait pas jouer du couteau.Mais ce n’est pas ça, je n’ai rien à dire de naissance, pense-t-elle, fascinée par le retour rythmé des vagues.«Pour» quelques phrases encore, c’est une oreille attentive et comblée.Qui va comprendre cette violence qu’on lui fait?Femme primitive, aux lèvres mordues, terrifiée à la longue par le désir d’éclat.Bien que les signes en soient manifestes, on évitera de peindre l’effroi qui se répand aussi de l’autre côté où l’on commence à désespérer d’elle.Est-ce une raison pour la laisser tranquille et malade de ses pouvoirs, couchée blême et lourde, trop lestée de mots pour voler ou même nager.Ensorcelée et contagieuse.RÉCITATIF POUR DEUX VOIX BLANCHES (annonce prématurée quand il faudrait encore se battre contre elles — l’idée reçue). Une heure dans la journée la fait défaillir invariablement.Quand je dis elle, j’essaie autant que possible que ce ne soit pas moi.Bien qu’il y ait dans le partage des voix une source de fatigue profonde et malsaine, il me semble parfois.C’est vers la fin quand elle arrose les tubéreuses — c’est là?J’aurais cru plutôt le matin, avant le réveil, quand les rêves se pressent et que la condensation est la plus forte.Je vous assure qu’il est difficile d’y voir clair, de distinguer qui que ce soit.Je ne prendrais pas un tel risque si j’étais vous; d’ailleurs je l’étais peut-être.Vous aurez tiré — et reçu, je le sens, la balle en plein cœur.C’est à cet endroit précis du jour que moi j’ai mal.Je ne verse pas comme vous avec élégance dans les fleurs, mais je tombe aussi, je m’écrase.Inclinations divergentes.Elle pousse penchée à la fenêtre; je répare le regard des poupées.Vivons-nous la même époque, mon temps divisé dans la minutie, le sien fondu étalé dans la rumeur?Il arrive que la distance qui nous sépare soit de 153,18 millions de kilomètres, jour d’été où je doute d’elle et de son jardin comme d’une fiction.Et la question se pose: qu’est-ce que tu fais?S’il n’y a pas de hors, si on ne le voit plus jamais, pourquoi ne pas laisser l’œil renversé dans son orbite.J’imagine un regard sans usage, son ennui.Comment s’étonner que je n’en finisse pas.En venir au fait: mouvement improbable.Le savoir de l’œil, mon travail, n’a pas de sens.Je retarde l’opération — en quoi je suis spécialisée à outrance.13 Pendant que je perfectionne Part du délai, elle apprend les simples, les poisons, le chant des insectes et les parfums, le spectre et la gerbe, les racines et les multiplications, la genèse et le compost, l’entaille et la greffe — Syzygie — où nos lexiques se croisent, s’ente une affection unanime: un amour d’iris.14 ET BEAUCOUP D’AUTRES AUSSI.DANS LE PLI DE CETTE COUTUME.DÉCHIRÉS EN NOMBRE LES RÊVES.AUTANT D’IMPOSTURES.RÉCITS APOCRYPHES QU’O-SIRIS N’AURA PAS SIGNÉS.Je ne me suis pas épargnée ni ma peine pour que tu m’approuves, cherchant la forme qui soit bonne, la plainte juste, me refaisant sans cesse.On ne les compte plus les peaux que j’ai jetées à la corbeille, m’écorchant sans sourciller dès que tu te détournes.Je sais l’ampleur de ta distraction comme de tes jupes pour avoir tourné autour jusqu’à l’usure.Je n’ai rien gardé que l’œil sur toi, mais si tu veux que je l’enlève.J’ai déjà fait tant de sacrifices.Tu n’as pas remarqué le gâteau que j’ai préparé et laissé sur la table, ou bien tu n’as pas pensé que c’était moi.Je t’ai servi la meilleure part, mais je comprends ton appétit d’oiseau.Tu n’aimes pas les gâteaux comme moi.Je te réserve une autre de mes compositions; je ne mettrai pas les mains à la pâte avant de les avoir lavées, je te promets.Je ne veux pas t’empoisonner.Je n’ai pas oublié, je n’oublie rien de ce que tu as dit; toutes tes recommandations, je les suis à la lettre, même celles que tu laisses tomber ou lances en l’air, qui ne me sont pas forcément destinées.Tu dis qu’il y a trop de bruit dans la maison, surtout la nuit; tu sais les mauvais rêves que je fais.Je n’ai pas trouvé le bon encore.Je t’en ai parlé déjà; tu ne t’en souviens pas.Je ne peux pas les retenir.J’ai beau fermer ma porte; tu as l’oreille si fine.Maintenant je fais le guet, je me tiens sur le qui-vive, je t’assure, toujours prête à me jeter du lit pour les briser d’un coup.J’ai remarqué qu’un 15 rien te blesse; je le vois à ton visage qui s’émeut facilement.Tu blêmis, les veines gonflent sur tes tempes — je vois bien que tu es à bout, qu’il vaut mieux te laisser tranquille avant que tu soupires.Je n’ai presque plus d’envies ni de désirs, tu as eu raison de mes caprices.Je suis fatiguée, très fatiguée, mais ce n’est pas une raison, je comprends, pour que tu m’aimes, que tu arrêtes sur moi ton regard.Je serais fixée.Est-ce bien ce que tu veux?Je me le demande.Tu n’as pas dit une seule fois «c’est bien».Et pourtant j’ai pris presque toutes les formes possibles, tout ce que j’ai vu, que tu m’as montré.Tu n’as pas répondu — comment faire autrement?— à ma première lettre qui n’était pas signée.C’est le plus difficile, là, où je déchire le papier d’habitude.C’est égal aussi que tu ne m’aies pas appelée, et de quel nom je te prie?Le tien, je l’écris sur tout ce qui traîne.Tu ne risques pas de l’oublier, gravé même dans l’ombre couchée derrière toi.Mes récriminations, tu les as assez entendues.Je ne veux pas y revenir, je ne veux pas non plus t’inquiéter, mais cette vie protéiforme m’épuise; je le sens bien à certaines métamorphoses dont maintenant je ne suis plus capable.C’est vrai, tu ne m’as rien demandé, tu n’as pas dérangé mes mouvements, tu n’es pas venue me voir; je te dirai pourtant que tu m’en demandes trop et que j’ai peur — cette fatigue que j’éprouve maintenant — d’être changée en pleureuse ou même en furie, et que ce soit pour de bon.Je m’arrêterais là, tu vois, et ce serait bien la pire chose, je veux dire: tu ne le supporterais pas.Tu te plains que je te mange tout rond; je ne te comprends pas.Je voudrais bien que tu me dévores des yeux, comme je fais moi.Et maintenant, je te le demande, voudras-tu signer ça?17 Essaie,voir, d’arrêter le mauvais sang.CELUI QU’ELLE SE FAIT mère en quarantaine à pressentir de loin comme la terre, les temps sont rouges.Jours de misère, il en pleut.Qu’elle prend sur elle.«Je m’en charge.» Sans autre travail, elle, dont l’impou-voir est grand, les recueille, les repense.Isolée, écartée, quelle distance l’en empêche?Comment dire qu’elle s’en fait trop, en fait pour d’autres.Inquiète — son plus grand rôle dans la «scène du monde» — pour qui dehors a pris froid.Se tourmente là, à la gorge.Métastase.Du mauvais sang qu’elle se fait, sorcière, par mesure de prévention: antidote à tous les maux.Longtemps à l’avance les voit venir, les appelle sur elle.Au fond, les aurait gardés dans son ventre pour changer le cours des choses.Accablée, trop lourde, personne ne la porte.Dans quels bras, fleuve, la tenir tranquille?L’histoire est sans pietà pour elle improvisée.18 Plainte d’unes filles N’Y ÉCHAPPE PAS.ON N’AURAIT PAS COMMENCÉ AUTREMENT.NE POURRAIT PAS COMMENCER.Je n’ai pas mangé l’Oubli; je ne me suis pas assise sur sa Chaise.Je l’ai tenue à l’œil tant que j’ai pu.Elle ne l’a pas toléré, a pris la nuit comme une folle, la fuite en direction du Nord.À toute vitesse dans le plus en plus noir.C’est fou de s’en aller mourir pour ça seulement — que l’enfant qui n’est qu’un regard en soit privé.Elle n’a pas voulu qu’il grandisse, ne lui a rien donné à voir.Son désir a été jugé impossible, démesurée sa faim.«C’est assez de déchiffrement.» Voici: le premier livre est fermé, l’abécédaire.«Johnny got his gun.» La sentence: va voir ailleurs', elle y est peut-être.Et d’abord trouve le Nord.Avez-vous quelque chose à déclarer?— Non, je ne vole pas; je ne ruse pas.Je ne verrai pas Ailleurs.Ce que j’ai perdu, je ne le reprends pas.Je reste là où elle m’a laissée, où je suis tombée.Ici où je n’ai rien à voir.C’était avant la guerre: on ne se battait pas encore pour gagner la lumière.On était couchée sans voix, sans même se plaindre.MAINTENANT C’EST FAIT.JE VEUX DIRE QU’ON L’ENTEND.Quel héritage la nuit que veux-tu que j’en fasse! Toute la terre à imaginer, penses-tu que c’est facile.Même un chemin, je n’ai pas pu.Je ne te dirai pas ce qu’il en coûte de rêver une carrière quand on a perdu 19 le Nord.En me dépensant tout entière, je n’ai pas réussi.En revanche, je sais l’immobilité, le cœur arrêté sur le bout de mes doigts.Avec ça on ne touche pas le sol, on ne sent rien, on ne fait pas une phrase.Même celle-là: «Tu me trahis, tu m’abandonnes», je ne l’ai pas prononcée.C’était la fin du monde.Comment faire part de ses impressions, en avoir encore.Tous les sens font défaut, et l’idée de mouvement.Il m’est resté quelques débris de ta langue — de quoi créer une nostalgie — pas assez pour halluciner le lait, tracer une voie, juste ce qu’il faut pour en faire une maladie.Et rien, pas de terre solide sur quoi crier où suis-je.UNE LANGUE À RÉINVENTER LA FILLE.CE QUI FAUT.ET L’HÉMISPHÈRE.Je ne finirai pas l’inventaire, comme si je le savais, de tout ce qui manque.C’est fou, drôle que maintenant on m’envoie des cartes côtières et l’universelle.Des rives, je n’ai pas la moindre idée.Personne ne me lit le courrier, illettrée à partir de M la treizième comme par hasard je n’ai pas envie de rire.Je ne comprends pas partir.Je n’ai pas compris ça.J’étouffe avec toi retenue dans ma gorge.Tu ne passeras pas.Tu ne m’as pas appris à me fendre en deux pour livrer passage.Tu ne m’as pas montré le pardon.Tu aurais dû achever mon apprentissage avant d’entreprendre ce voyage.Plutôt, tu as pris la nuit comme une folle.Tu n’as pas tourné la tête du côté de l’effroi.Le dieu désir n’était pas terrible ni lourd, n’aurait pas épuisé ton corps.Tu aurais pu le soutenir au lieu de faire le noir.Au bout d’un temps, j’aurais compris la nuit, je t’au- rais attendue.Mais je ne savais pas ce que c’était.J’ai fait mon deuil comme on fait son lit.Je ne me suis pas relevée, je n’ai pas appris le braille, je n’ai pas écrit ton odyssée.Et si la fille ne le fait pas, qui d’autre?Tu perds mon temps à voyager.Stérile, tu me donnerais blanc-seing, carte blanche que je déchirerais tout ça cette nuit ton présent je n’en veux pas.J’ai demandé le jour et tu ne me l’as pas donné.Mise à récart de la clarté du possible, on va rêver en sens inverse, en faute, sans approbation ni signature. Théorie L’œil luit corsaire.La figure n’est pas menacée — fragile — ni même intermittente comme les plaques de lumière sur le tapis, mais réside bien protégée sous verre, dans un bar de Shelburne sur la route 7 (Interstate).On la revoit périodiquement ensevelie dans l’eau.Un jour je souhaiterai avoir parfaitement «épousé la veuve» que je mime en pleurant.L’œil s’est fait corps.Il a suffi entre les deux états d’un déguisement.À travers la vitre, on aperçoit au fond la fille changée en marin noir.Elle a dû lutter en mer, puis tomber avec son épée, son casque, ce qui fait d’elle un soldat inconnu.Et une plante marine.Iris bleu fauché.Aux alentours, l’aveugle veille et ne cherche pas à savoir ce que la mort veut dire.Il a fait le trajet, on ne sait comment.D’une certaine façon, incompréhensible, il est passé mère.Elle a pleuré, je suppose, pendant tout le voyage.(Ce point noir en direction du sud-est résume — à lui seul une théorie ancienne — la composition du tableau.) Fondues en elle, de jeunes enfants défilent toutes porteuses de glaïeuls.Quelle superstition veut qu’elles soient mortelles?En bordure, on ferme l’œil.Paupière contractée; terre émue par un séisme.La mère son cortège se hâtent.Elle pense la tenir une dernière fois.Son trésor.Sa plante de serre.On l’a couchée en son absence.Elle seule pourtant sait comment s’y prendre.La juste mesure d’obscurité, le mot de passe, qui les connaît mieux qu’elle?Elle a l’habitude de veiller pendant que la 22 fille traverse de l’autre côté.«Si je ne reviens pas, si je ne remonte pas, tire-moi par la manche.» Personne d’autre n’aura gardé la nuit blanche.Oeil fixe.Le ventre remue.Rien que des transes.La prunelle de ses yeux lui a été enlevée.On affirme après la transfixion que ça fait mal encore.Indéfiniment.Il faut entendre à la lettre que: /’ai mal partout.Elle ne sait plus où s’arrêter.Corsaire diffus, illimité.À sa course, on la devine sans fin.Toutes les villes sont brûlées, l’idée même de résidence est consumée.On a autre chose à faire que de trouver sa morte.Elle n’y a jamais cru, à cause de la douleur (éprouvée) d’être en morceaux sous l’apparence du corsage.C’est en janvier la dernière fois.J’ai bu un campari, le dos tourné au mannequin couché derrière la vitre.J’attends quelqu’un qui n’arrive pas ou qui ne m’aura pas vue.Je ne me suis pas levée; je n’y suis pas non plus.Je dois courir essoufflée entre le sud-est.Malgré ce qu’on dit, je suis sûre que ce n’est pas fini; je souffre à sa place.On ne se sépare pas.Si j’ai mal partout, la douleur est plus vive dans Shelburne où ma fille me réclame: «Tire-moi du lit; on m’a couchée, on ne m’a pas relevée.» Qui peut l’entendre?En rêve, je supplie qu’on la réveille.Tandis qu’autour, on prend un verre, je crie qu’il y a un seul borgne, et que c’est nous.J’écris une lettre: «Maman, soulève-moi (comme) une querelle de frontière et de peau.» Ta fille écorchée vive sans dehors et sans TOI.À contre-courant défilent les mains, chacune tenant sa coupe.La douleur les traverse d’un trait.Verre brisé.La mère est seule de part en part. 'V,V Sidérations Ressusciter en d’autres termes.Le premier mère est fini.Laisse, ce voile tombe.Au suivant.Où.En quelle langue s’éprendre — quelque lustre encore — d’une figure dérobée.Une autre origine.N’ayant retenu pour mémoire que cette leçon — qu’il faut repousser tous les termes jusqu’à l’absurde.Cet atermoiement ferait contrepoids à l’extrême frénésie du dehors, cette fureur incendiaire, les étapes brûlées.Bégayer plutôt destination inconnue que d’envelopper sa fin.Suaire ou sésame le moindre mot.«Mutter, kannst du mich vergeben.» Celui-ci en réalité l’a paralysée «a noué mes bras, mes jambes», sa gorge.Et maintenant, qu’on l’a pourchassé, tourmenté jusqu’à l’aveu que ça ne tient pas.Que ça n’a pas de sens ni de bornes.En congé, affranchie, qu’est-ce qu’on va faire?Passé des jours à guetter les arbres dans le parc.Rien.Pas un signe.Qui va m’arriver vivante?Quel coup de foudre?Les pigeons volent à droite — à peine — et se posent.Qu’est-ce que ça veut dire?27 Retournée dans le sommeil vaste sa hanche ouverte, porte de corne, reçoit les mensonges c’est égal, on prendra le thé, les oranges, et même le tremblement de terre, ne l’affecte pas cette chambre.pour qui le lit on le devine, aisément ce que ça signifie, les rêves refuge hors du vouloir, cet abri, allons, neuf pas encore, tu y arrives combien de fois, au rivage à la courbe traître, la bête morte que tu m’as dit.mais ce n’est pas tout à fait ça ma belle, on n’a pas trouvé où vivre ailleurs, ni d’autres passions que pour la vague, qui en veut d’elle sans volonté, comment se surprendre à sombrer, attirée, fascinée par le rythme, l’influence astrale qu’elle subit, elle reste stupéfiée dans cette eau.«un chemin au-dessus de sa tête.» où passe sa vie elle le voit bien, l’étoile est là-haut et moi dedans, à midi frappée d’apoplexie, tombée chaque jour en plein milieu, de la procession du temps diurne, ne pas croire qu’on va l’ajourner, elle aura transmis ses dernières-il ne s’agit pas de l’attendre mais de l’emporter où ça déferle, où, sans qu’on ait à lever le doigt.Sidérations durables.Je ne trouve pas d’autre expression.28 Temps de possession Tobie.Sommes-nous assez riches! On pourrait rester tranquille, tout bien pesé.À vivre entre nous, satisfaites de la forme dessinée par la réunion de nos traits, ce cercle tracé légèrement tremblant où se joue la révolution d’une femme/ enfant-l’expression lisible autrement.S’il n’y avait pas ces transes, la déperdition des forces et la traversée jusqu’aux corps malades.Les nôtres.On ne peut s’y installer; on reste à la périphérie, nos énergies consumées à pratiquer la respiration artificielle.Une sympathie extrêmement coûteuse auprès de corps qu’on ne peut investir.Ton cou penché, je crains le pire — qu’un rayon touche ta nuque.Je ne tiendrai pas longtemps dans Ventre.Le voyage initiatique commence.J’ai mis la tunique, frappé la terre de mes poings, effacé du cerveau l’engramme: «L’amour est aveugle» qui empêche de voir le jour.Des années d’anamnèse pour trouver cette formule, le mal profond des taupes — avoir dit «je serai l’amour» et regagné le ventre. C’est l’heure, a-t-elle dit, et nous sommes entrées dans la version souterraine.Sans transition, escalier ou portique; à peine une dépression que seule elle aura décelée.«Tu m’as détestée cette nuit.» Signal du départ: la main levée sur elle, ce geste qu’on n’a pas posé, pensé seulement de biais.Offrande mal gardée, cette offense.«Qui m’a donnée?— Je lis en toi, c’est facile; le chapitre paranoïaque, je l’ai écrit, et même ce paragraphe.Tu te tiens à côté du greffier; tout délire retenu contre moi, on va soulever le réseau des mères, réduire à cela ton affairement.On te prépare un passé, salle immense et vide, exception faite d’une berceuse au centre.On la connaît, il me semble, cette histoire vaut pour bien des crimes.Il y a tant d’autres failles pourtant, viens qu’on te restaure.» Aussi je l’ai suivie ce grand cœur d’osiris.Je préfère une mutation, le sait-elle; il n’y a rien de bon à tirer de ce musée.C’est une «vita nova» que je veux: assumer la violence qu’il faut pour naître, au-delà des fictions symétriques, dans un langage radial sans les pôles.Elle prétend qu’on est au plus mal.Qui a des oreilles pour l’entendre et pour mon impatience?On va s’effondrer de telle manière que la relève dans la même langue sera impensable.«On dirait que tu prépares un suicide.— Ce n’est pas vrai, je plie l’étoffe des parachutes.» Dans la version la plus obscure, une intense envie de celle qui me précède et parle au futur de la transfiction.D’abord (langue pré-natale) tu es mordue au cœur qui s’efface.On ne peut pas toujours avoir la vie devant soi; c’est déprimant.Il y aura une fois la 30 morsure, l’étreinte de la très grave et légère.Je touche au centre de cette dépression où les combats sont violents, la dualité souveraine.On joue à qui perd gagne, et c’est elle précisément qu’on veut perdre.Double, on n’en sort pas.Seule acharnée contre ça inflexible dont je n’ai aperçu jusqu’ici que les ongles.«Tu te fais des montagnes, dit-elle, que j’essaie avec les mains nues de défaire.» Là tout se divise les pylônes et les âmes et le sens même les chaînes et le prix des choses et toi dans la rue la page ou bien.ou bien.Indécidable, on dirait une rencontre fortuite, on dirait ça de toi, un tournoi interminable et sans issue certainement: jeté sans réflexion comme une gaffe) saisi dans les voix, les jumelles, désemparée forcément (refuse le risque, le coup pour rien) à chercher perplexe ce qui s’impose.Abolie toute nécessité, ce tourment est comique.Temps mort pivotant sur lui-même, ce non-lieu quelque part dans la tête l’idée folle d’empêcher l’irrémédiable imaginé en forme de coquille, une erreur, un égarement.De tous côtés frappent les ressemblances.Ne supporte pas l’errance, l’abandon aux simulacres.Guette l’impair en tremblant.Au bord des lèvres des larmes on n’en revient pas du déchirement une ligne — plaie très vive entre les actes une passion exacerbée à penser la vie tenue dans les paroles qu’on n’a pas trouvées qui feraient le pont — un lien une conjonction entre les fragments — pour le réel disjoint cette phrase a l’apparence d’une question — qu’on lui pose.J’attends l’exorde, le temps de la reconnaissance, quand — de la peur jusqu’à l’origine.À l’intersection tout se vaut.Pourquoi cette hésitation, arrête sais-tu?Les dés sont jetés; rassemblée non tu le sais pourtant tu l’ignores l’idée folle.32 Je ne sais pas, dit-elle, ayant longuement mûri ses négations sérielles, et surtout la dernière où elle abdique.Mais l’irréparable se présente quand même: une innocence fixe. Arrive au consentement, c’est une affaire d’amour j’imagine encore l’énamourante montrant ses poignets, la peau transparente et le regard sans défense provoque toujours la même question: «Comment pouvez-vous survivre?» retournée ainsi: on vit plutôt sur elle, son dos très large.Elle succombe, ça tombe sous le sens qu’elle ne survit pas.Il en est ainsi Achille, Sigmund, Oedipe; et celle-ci subjuguée évidemment décline ses surnoms d’amante, ses alias sans rien de sûr ni de propre.Elle en a perdu plusieurs; sa mémoire ravie ne les retient pas.«Il en est ainsi», dit-elle au milieu d’azalées blanches qui vont se dessécher je sais, le nom le dit.«Après la détresse, passé cette porte, je suis une autre.» Et on la prendrait pour Virgile, on irait aux enfers avec elle; on entend, c’est inouï, sa musique peuplée.34 Il lui arrive d’être là quand elle ne s’abîme pas épuisée dans les trous du réel.Aspirée par des maelstroms, elle disparaît soudain elle manque.Pertes de sens, syncopes; de grands pans du décor sont arrachés, effacés, le reste étoilé de déchirures.Plus rien ne relie la tige et les feuilles de sorte qu’on perd le nom pour ça et pour la feuille au centre rongé.Il y a des sons discontinus, des solitudes, des syllabes flottantes, un certain bruit qu’on n’entend pas sans malaise; et encore, même «j’ai mal» est impensable.Le corps et la douleur ne se touchent pas.Entre les lettres s’ouvrent des gouffres tels que le sujet lui-même délié littéralement n’a rien.L’inintelligible le laisse absolument dépossédé.Il aurait perdu le seul lien qui l’attachait au monde, ou regardé trop longtemps le soleil.Il s’agirait d’un trouble du langage: agrammatisme ou hypertrophie de l’ellipse qui l’aurait dévorée, engloutie elle l’innommable.On aurait affaire à un inconscient singulièrement avide.Ou alors le réel a des lacunes pour vrai.Combien de temps ce suspens?Avec quoi le recouvrir?On pourrait composer avec ce qui reste une mélopée lente, étirer les sons: passerelles au-dessus du vide.«Mais toute cette tristesse, dit-elle, et pour tromper qui?» On aurait voulu cacher nos défaillances, et montrer le sang courant en nous, fleuve sans intermittence.Mais ça se voit qu’on est toujours au point critique, dans cet âge où l’on s’arrache les cheveux quand le soleil se couche. Elle aux voix nombreuses'.Élevée dans la peur, voici qu’elle s’agite au moindre signe obscur.Sombre, s’il te plaît, sombre.36 Et c’était encore pire.Des attachements nombreux.Tous les désirs dispersés, perdus dans les détails.Ce problème nouveau: non plus par où commencer, mais comment ne pas y être toujours.Éparpillé comme des cendres: c’est à cet état du monde qu’Isis doit faire face pour me rejoindre.J’ai une sœur qui pense — «Tu n’as pas eu confiance; tes desseins le prouvent, sans lien, ni fil, ni trait, POURQUOI AS-TU PENSÉ ÇA?» 37 Sans voie logique dans le désert.Livrée au hasard ce qui ( ) transfigure.Sourire à croire que plus rien ne s’impose: l’effet de la désolation.Pas d’eau, mais c’est tout comme.Ne demande plus de quel côté.De quel côté?Ne demande pas.Dans tous les cas, la même dérive.Patience — que le corps se souvienne — parle couramment.Angoisse et désir libres, sans appartenance.Tel égarement n’a plus rien (si peu) à voir avec moi totalement comprise dans cette parenthèse.Ne cherche pas le chemin me surprend quand, par inadvertance ou fatigue, elle reste ouverte, — rarement pendant la veille.Épuisée vacille sereine: les traces iront bien sans) 38 Ce qui dérange ici sans nom j’imagine que c’était inévitable pourquoi se faire des reproches comme si on avait pu intervenir quand on était secouée il n’y avait absolument rien à redire tout était convenu même cet abattement.Sur les murs de liège qui avait écrit: n’avale pas; interdiction qui me donnait l’air étrange.Tout me restait dans la bouche.Et le goût des choses très vite se perdait.Plus de nourriture; voilà ce qu’on avait décidé et je savais bien au fond que tout était égal, la saveur du pain ou celle des amandes.J’étais étourdie au point d’embrasser vos cheveux en pleine lumière; il s’agissait encore là de vivres, et j’aurais bientôt d’autres occupations, par exemple la restauration des tableaux qu’on m’avait légués.Qui d’autre que vous eût songé à ça: un tel présent, cette nature morte vous en êtes capable, et le plaisir de barbouiller je le connais à mon tour.Bien que je sois seule à me souvenir encore de notre étonnement devant les feuilles qui nous entouraient marquées de signes bizarres.Vous ne saurez donc jamais lire — disiez-vous.C’est vrai qu’à la fin, je croyais presque à votre retour envisagé comme une délivrance, la rature d’une obsession.Mais le désir lui savez-vous ce qu’il devenait.Il m’aurait fallu des ailes pour vous suivre, votre marche était rapide; cela j’aurais dû le comprendre plus tôt et ne pas mesurer mes pas.Une fois partie, il fallait s’emballer.Et ma lenteur, je le sais maintenant, m’interdisait pour toujours tout rapport avec vous.39 Arraché l’écran de nuit.Les accès se multiplient.Elle prétend toujours ne pas savoir où aller, mais c’est entendu dans un tout autre sens.Ni horizon, ni vertige; sans la stupeur, la paralysie qui marque la veille, cet état bien connu l’enfermement en soi.Elle passe à côté contre toute attente, glisse le long du corps.Une blessure à la nuque montre qu’elle n’y est plus.Enlevée d’elle-même, déportée là tout près.Ce déplacement imperceptible — on se plaindrait d’une poussière dans l’œil sans plus — devrait mettre fin au dialogue incessant.(Entre vous et moi je n’étais pas bien.) On avait l’habitude de dire: «J’ai peur de toutes parts»; en vérité, il s’agissait d’un attentat contre la personne — se donne, se prend pour qui?On a ri à gorge déployée ce qui lui aura permis d’en prendre possession.Vol oblique dans votre langue.Il n’est pas faux d’affirmer que de son côté elle disparaît comme en rêve, je me tue à l’écrire.Le transfert aura eu lieu en février quand on perd jusqu’au souvenir d’une place au soleil.En lisant le futur, elle retrouve les pouvoirs de sa bouche, l’exubérance du désir libre.Elle prend la parole; ensuite, le pronom m’indiffère.Ce déchaînement, vas-tu l’inscrire sur mon dos dans la colonne des symptômes?Aliène-moi, si tu peux; on ne s’entend pas là-dessus.Je suis dans sa peau, c’est vrai, je ne fais pas la différence.Je ne tiens pas dans un registre; j’avance, je me promène dans un temps qui ne passe pas.Ce n’est pas une tour d’ivoire où poser sa voix.On ne sait jamais à quel étage on loge, 40 quel âge on a dans Babel, occupée à faire de nouvelles connaissances; on allait parler quand soudain quelqu’un quelque chose bouge.Je ne la vois plus tout à coup.Il faudrait tourner la tête mais je ne peux pas; on est en train de m’expliquer que.je rapetisse, je ne dépasse plus les fougères, je vais crier je suis perdue quand je l’entends rire.et je suis parfaitement d’accord.Et tu voudrais après, que je sois sûre de moi?Que je te donne ma parole?Je ne peux rien promettre, ne compte pas sur moi — sauf les jours où je ne suis qu’une fille de Zeus, lorsque née de sa cuisse ou de son front, je suis froide et abstraite comme lui.Je connais la loi, les commandements par cœur; sévère, je compte les heures.Si tu m’as donné rendez-vous ce jour-là, je ne serai pas en retard.Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, je me lève du pied droit de la guerre, et je ne manque pas à mon devoir.Mais si j’ouvre les yeux sur une page blanche, dans une journée sans histoire, si je n’arrive pas à me rappeler la veille, il se pourrait que, gravement atteinte, je garde le lit.Je sais que ta patience a des limites; tu vas vérifier dans ton agenda, je n’y serai pas et tu m’auras vite oubliée.C’est alors que j’écrirai avec détachement des programmes: Elle se tient dans ma chair; vivante sans fil, moilautre s’avance avec des yeux comme neufs.Elle les a lavés dans la mélancolie.Portée par neuf désirs, elle se rend à l’arche de feu- et là j’entre en matière. TABLE GRAVES Des voix s’approchent.5 Passionnément je désire.7 18 juillet, on coupe.8 Que soit brisé.10 «Pour» 12 Une heure dans la journée.13 Et beaucoup d’autres.15 Essaie,vo/V,.18 Plainte d’unes filles 19 Théorie 22 SIDÉRATIONS Ressusciter en d’autres termes.27 Retournée dans le sommeil.28 Temps de possession.29 C’est l’heure, a-t-elle dit,.30 Là tout se divise.32 Arrive au consentement,.34 Il lui arrive.35 Et c’était encore.37 Sans voie logique.38 Ce qui dérange.39 Arraché l’écran de nuit.40 Les revues culturelles LES ANNALES DE LHISTOIRE DE L’ART CANADIEN • ARCADE • ARIA ’ CAHIERS DES ARTS VISUELS ’ CONTRETEMPS • COPIE ZÉRO • DÉRIVES • ÉCRITURE FRANÇAISE DANS LE MONDE • ÉTUDES FRANÇAISES • ÉTUDES LITTÉRAIRES • FORMAT CINÉMA • LES HERBES ROUGES ’ IDÉES ET PRATIQUES ALTERNATIVES • IMAGINE.• INTER • JEU, CAHIERS DE THÉÂTRE • LETTRES QUÉBÉCOISES • LURELU • LE MAGAZINE OVO • MOEBIUS • LA NOUVELLE BARRE DU JOUR (NBJ) • NUIT BLANCHE • PARACHUTE • POSSIBLES • PROTÉE • RECHERCHES AMÉRINDIENNES • RÉ-FLEX • SÉQUENCES • SOLARIS ' SONANCES • SPIRALE • TRAFIC * VICE VERSA • VIE DES ARTS • LA VIE EN ROSE • VOIX ET IMAGES • Vous vous sentez concernés par les arts visuels, le cinéma, la danse, la littérature, le théâtre, les débats sociaux soulevés par différentes tendances?Les revues culturelles vous invitent à partager leurs perceptions plurielles de la culture.Pour recevoir gratuitement notre répertoire annuel « Le Québec en revues », veuillez nous écrire : AEPCQ C.P.786, Succursale Place d’Armes Montréal (Québec) H2Y 3J2 ASSOCIATION DES ÉDITEURS DE PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS Maquette de couverture: Jean Côté Illustration de couverture: Raphaël, Etude d'une femme tenant deux enfants, 151 1-15 Photocomposition: Atelier LHR Coordination : André Fraser Cap-Saint-Ignace Imprimé au Québec, Canada
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