Bulletin de la Société de philosophie du Québec, 1 janvier 1993, Automne
[" p£LR S -2 ¦5.4 Yjhn Publication de la Société de Philosophie du Québec Volume 18, numéro 6 Automne 1993 «ii.i % PHILOSOI SOMMAIRE \u2022Éditorial p.3 \u2022Lettre à la Ministre Robillard P-6 \u2022Coup de coeur pour la philosophie p.8 \u2022Commission parlementaire p.13 \u2022Lettre ouverte aux fossoyeurs de la philosophie p.27 \u2022Rapport du président p.42 \u2022Lettre de Jean-Claude Simard p.47 2 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Conseil d'administration DE LA SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIE DU QUÉBEC Michel Seimour président Luc Bégin 1er vice-président Louis Gravel 2ième vice-président Yvon Cayouette secrétaire Michel Robert 2ième secrétaire Robert Tremblay trésorier Jacques Aumètre trésorier adjoint Josiane Boulad-Ayoub dir.Philosophiques Luc Thériault dir.Bulletin Comité de rédaction DU BULLETIN Luc Thériault directeur Martin Godon directeur adjoint INFOGRAPHIE ET MONTAGE: Danielle-Claude Bélanger fAf PHILOSOPHIE T D, epuis près d'un an, une nouvelle équipe de direction veille aux destinées du Bulletin de la société de philosophie du Québec.Malgré quelques petits ajustements qui sont encore à réaliser, nous sommes fiers des résultats déjà obtenus.Cependant, la direction du Bulletin ne peut tout réaliser elle-même.C\u2019est pourquoi nous faisons appel à votre bonne volonté afin de mettre sur pied une équipe qui serait chargée de la rédaction.Si vous désirez collaborer, veuillez nous communiquer vos nom, adresse et numéro de téléphone.Notre adresse est : Le Bulletin de la Société de philosophie du Québec.Case postale 1370 place Bonaventure Montréal, Québec H5A 1H2 * Prenez bien soin d'indiquer sur l'enveloppe qu'il s'agit de courrier destiné au Bulletin.Le Cégep du Vieux Montréal contribue financièrement à la publication du Bulletin de la Société de philosophie du Québec.Le Bulletin de la Société de philosophie du Québec est imprimé et posté par les services du Cégep du Vieux Montréal.Le Bureau de direction de la S.P.Q.tient à remercier le C.V.M.et plus particulièrement son Directeur général, monsieur Alain Lallier, pour leur appui. Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 3 La voie de la vigilange EDITORIAL Robert T rem blay pour le Bureau de direction JL 1 faut saluer le consensus intervenu à la réunion du 19 novembre 1993 de la Coordination provinciale de philosophie.Malgré les délais déraisonnables qui ont été imposés au Comité de rédaction et au coordonnateur provincial de philosophie, une vaste consultation a eu lieu dans les départements collégiaux de philosophie à propos des projets pour les deux cours communs et obligatoires de philosophie qui appartiennent au bloc ministériel de la formation générale.La grande majorité des représentants des départements se sont présentés avec des mandats précis, témoignant du grand sérieux de la consultation en cours.Le premier cours se présenterait comme une introduction à la philosophie équilibrée et très allégée par rapport au projet initial qui était trop ambitieux et par endroits trop pointu.On y retrouverait les références qui avaient fait consensus l'an dernier: naissance de la philosophie dans l'antiquité grecque, spécificité du discours philosophique, logique et méthodologie du texte argumentatif.Le second deviendrait une exploration de quelques conceptions philosophiques de l\u2019être humain à l\u2019époque moderne et contemporaine et une initiation au commentaire philosophique.Dans les deux cas, les thématiques obligatoires devraient représenter environ les deux tiers d\u2019une session régulière, ce qui laisse une grande liberté académique aux professeurs tout en assurant un fond culturel commun aux élèves.Cette proposition est réaliste et retient certains des meilleurs éléments du travail accompli ces dernières années, entre autres l\u2019idée de concevoir les trois cours obligatoires de philosophie comme une séquence thématique et méthodologique ordonnée.Il faut souhaiter que le ministère en retiendra intégralement les suggestions.La vaste majorité des représentants ont appuyé la position synthétique défendue avec brio par les membres du sous-comité pédagogique de la Coordination provinciale, à l\u2019exception de rares dissidents.Ainsi, malgré le cadre étriqué dans lequel ils ont dû travailler, une définition platement fonctionnaliste des apprentissages par compétences mesurables, les professeurs de philosophie du collégial auront-ils réussi à faire la preuve de leur maturité collective et de leur sens des responsabilités, dans le contexte extrêmement pénible de la perte définitive de l\u2019un des quatre cours de philosophie.*** Il importe cependant de renforcer le mouvement d\u2019unité et de résistance à l\u2019aplatissement bureaucratique, mouvement qui semble être l\u2019héritage commun de la lutte menée par la Coordination provinciale et la Coalition pour la défense de la philosophie au collégial depuis un an.Il faut renforcer la solidarité et l\u2019unité du milieu phiosophique autour d\u2019un certain nombre d\u2019enjeux qui sont toujours d\u2019actualité, car l\u2019heure n\u2019est pas à l\u2019endormissement.1 ) Le cours de philosophie de la formation propre au programme Il y a des gens qui semblent croire que l\u2019enseignement des principes éthiques, politiques ou des conceptions de l\u2019être humain doit varier selon le programme d\u2019étude de l'étudiant.Ainsi, il y aurait une éthique particulière pour les étudiants en électronique, une démocratie particulière pour ceux qui se spécialisent en design d\u2019intérieur et une conception de l\u2019être humain * 4 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 propre aux sciences pures ou à l\u2019informatique ! Il faut rappeler que les professeurs de philosophie ne sont ni des moralistes, ni des déontologues, et que la réflexion éthique se développe dans des sphères de pensée où l\u2019attention au singulier s\u2019inspire de principes à portée universelle.En ce sens, on doit saluer la décision deux fois affirmée de la Coordination provinciale, à l\u2019effet que le cours propre au programme soit un authentique cours d\u2019éthique et de philosophie politique, tant il est vrai que l\u2019éthique ne saurait être comprise hors de sa dimension sociale.On peut aussi comprendre de cette orientation que si les professeurs de philosophie sont d\u2019accord pour adapter leur pédagogie aux diverses clientèles définies par les programmes, ils refusent de transformer ce cours en cours de service où la substance de ce qui fait la spécificité de la réflexion philosophique serait perdue.2)\tLa place de la philosophie dans les cours complémentaires L\u2019étudiant doit choisir trois cours complémentaires au sein d\u2019une banque organisée selon cinq thèmes exclusifs \u2014 sciences humaines, sciences et technologies, langue moderne, langage mathématique et informatique, art et esthétique \u2014 mais ne peut choisir de cours appartenant à son propre programme d\u2019étude.En l\u2019absence d\u2019orientations claires, d\u2019inutiles luttes de disciplines se dérouleront dans les collèges pour les fractions de tâche que représentent ces cours.Les administrateurs admettent volontiers qu\u2019ils devront tenir compte des mises en disponibilité dans l\u2019attribution de ces cours.Pour l\u2019heure il semblerait, mais ce n\u2019est là qu\u2019une rumeur, que la philosohie n\u2019aurait, qu\u2019une place limitée et peu sûre en sciences humaines, en science et technologie et en esthétique.Cependant la définition des objectifs et standards de ces ensembles de formation risquent d\u2019être très limitative.Il faut veiller à ce que les définitions de ces cours ne représentent pas un appauvrissement de la formation générale et que la philosophie puisse y occuper toute la place qui lui revient.De grandes batailles locales sont à prévoir à ce propos.La défense de la philosophie dans ce cadre suscite des problèmes évidents.La philosophie se conçoit aisément comme une réflexion de second niveau, comme un supplément de formation sur une matière déjà connue.Cependant, le champ des complémentaires est défini comme un élargissement de la formation en dehors du cadre imposé par la spécialité.On ne saurait donc y inscrire des cours d\u2019épistémologie le moindrement poussés, car ces cours s\u2019adresseront à des élèves inscrits en dehors des disciplines sur lesquelles cette épistémologie réfléchirait.Imaginons une épistémologie des sciences naturelles qui s\u2019adresserait à des élèves en art, ou une épistémologie des sciences humaines pour des élèves en techniques forestières ! Cette contrainte pourrait entraîner un rétrécissement des options qui s\u2019offrent à nous dans l\u2019offre des cours complémentaires.3)\tLa place de la philosophie dans les programmes pré-universitaires 11 semble que la place de la discipline philosophie dans les pro- grammes pré-universitaires soit très inégale d\u2019un collège à l\u2019autre.En sciences exactes, nous sommes absents, alors qu\u2019il y aurait intérêt à ce que ces élèves entendent au moins une fois parler d\u2019épistémologie critique afin de ne pas céder d\u2019emblée au scientisme.En sciences humaines, la situation varie de l\u2019absence totale à une présence fragile (dans les cours de synthèse) jusqu\u2019à une place prépondérante (certains collèges offient jusqu\u2019à quatre cours de philosophie en sciences humaines, alors que d\u2019autres n\u2019en offrent aucun).Pour ce qui est des lettres ou des communications, il ne semble pas que nous soyons très présents.Pourtant dans chacun de ces secteurs nous avons beaucoup à apporter et peu l\u2019occasion de le faire.Nous devrions profiter des révisions de programmes pour rappeler notre héritage en ces domaines.4)\tLa rigueur et la cohérence des enseignements philosophiques au collégial Certes, le renouveau a été souhaité par les professeurs de philosophie, indépendamment des visées réformatrices du ministère, et depuis longtemps.Nous avons perdu du terrain, d\u2019accord.Mais l\u2019occasion nous est aussi donnée de faire la preuve du sérieux de nos intentions.Il faut profiter de la réforme pour introduire plus de rigueur et plus de cohérence dans l\u2019enseignement de la philosophie au collégial, afin de ne plus jamais avoir à prêter le flanc aux attaques faciles dont les médias ont fait leurs choux gras durant la Commission parlementaire.En ces matières, ce sont les départements pris un à un qui portent les plus grandes Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 5 responsabilités sur leurs épaules.En raison de ces nombreux combats que nous devons mener pour la promotion de la philosophie dans nos collèges, il est très important que les professeurs de philosophie poursuivent et intensifient les échanges d'information et construisent de nouvelles solidarités, à l'image de celle qui s\u2019est manifestée lors de la mémorable journée de ralliement du 24 avril dernier, «Coup de coeur pour la philosophie».La Société de philosophie du Québec est toute disposée à poursuivre ses efforts en ce sens en collaboration avec les autres partenaires du milieu, notamment avec les départements de philosophie des collèges et des universités, les associations philosophiques et bien sûr la Coordination provinciale.Ce Bulletin pourrait en devenir l'un des principaux instruments.*** Parmi les sujets de grande inquiétude qui demeurent, il faut certainement mentionner la situation de l'emploi dans les départements de philosophie collégiaux.Dans l\u2019état actuel des choses, les départements de philosophie verront près du quart de leu s effectifs mis en disponibilité d\u2019ici un an.Des centaines de professeurs non-permanents, dont certains ont jusqu\u2019à douze ans d\u2019ancienneté, seront mis au chômage.Aucune mesure n\u2019a encore été annoncée, mais il semble bien que les présumés programmes de recyclage et de replacement ne s'adresseront qu'aux permanents mis en disponibilité, dont la moyenne d\u2019âge oscillera autour de quarante-cinq ans.Quel inconcevable gaspillage de compétences et de bonne volonté ! Quel terrible appauvrissement humain et intellectuel des départements collégiaux de philosophie ! Quel impossible pari que de s\u2019engager dans la voie du renouveau sans l\u2019enthousiasme et les compétences de la relève ! Quel scandale pour la jeune génération et les femmes qui commençaient à faire sentir leur présence vivifiante dans les départements de philosophie ! Il faut absolument que la situation des non-permanents soit prise en compte dans l\u2019application de cette réforme.N\u2019oublions pas, en outre, que la loi 198, adoptée le 15 juin dernier, prévoit une augmentation de tâche de 12% d\u2019ici 1998 pour tout le personnel de la fonction publique, ce qui, dans le contexte actuel, représente ni plus ni moins qu\u2019une catastrophe pour tous les enseignants qui perdront leurs emplois et pour ceux qui resteront et qui verront leur nombre d\u2019élèves par session augmenter de 160 à près de 180 ! On voit mal comment un renouveau pourrait s\u2019épanouir dans un tel contexte.En tant que conservateurs et dispensateurs de cet héritage culturel qu\u2019est la pensée philosophique, les professeurs, les étudiants et les gens de culture qui sont membres de la Société de philosophie du Québec ont réclamé à la Ministre un moratoire partiel d\u2019un an, touchant à la prise de décision finale en ce qui a trait aux définitions des nouveaux cours de philosophie, afin de permettre aux professeurs de collège et à toute personne intéressée à l\u2019avenir de la philosophie de réfléchir et de sc prononcer sur ce que devrait être l\u2019avenir des cours de philosophie au collégial.Il faut non seulement éviter de précipiter la réflexion, mais aussi voir à raffinei les définitions de cours à la lumière de leurs premières applications pédagogiques concrètes.N\u2019oublions pas en hauts lieux que l\u2019apprentissage est aussi affaire de rapports humains, de motivation, de réflexions partagées, d\u2019individualités fragiles en construction.C'est une chose d\u2019inscrire des compétences dans des grilles de programme, une autre de permettre aux élèves de les développer.La philosophie vivante est sensible aux différences individuelles et à la difficulté de ce travail qui consiste à se poser en médiateur entre les jeunes et une tradition culturelle plusieurs fois millénaires dont la profondeur et la hauteur de vue donne encore aujourd\u2019hui matière à penser aux meilleurs esprits dans toutes les branches du savoir et de la création.Nous doutons que les coupures et l\u2019insécurité qui menacent l\u2019enseignement de la philosophie au collégial actuellement soient propices à une amélioration de son enseignement que, par ailleurs, nous sommes une majorité à appeler de nos voeux et de nos engagements.par Robert Tremblay, pour le Bureau de direction de la SPQ Michel Seymour, Président intérimaire, Université de Montréal.André Carrier, 1er vice-président.Cégep Lévis-Lauzon.Michel Juneau, 2e vice-président.Université d\u2019Ottawa.Yvon Cayouette, Secrétaire, Cégep de Chicoutimi.Michel Robert, Secrétaire adjoint.Cégep du Vieux-Montréal.Robert Tremblay, Trésorier, Cégep du Vieux-Montréal.Jacques Aumètre, Trésorier adjoint, Université du Québec à Montréal. 6 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Lettre à la Ministre Robillard Montréal, le 15 novembre 1993 Madame Lucienne Robillard Ministère de l\u2019enseignement supérieur et de la science, Cabinet du ministre 1033, rue De La Chevrotière, 7e étage Québec, (Qc), G1R5K9 Madame la ministre, La Société de Philosophie du Québec (S.P.Q.) est un organisme représentant quelques trois cents professeurs, étudiants et individus qui ont à coeur le sort de la philosophie au Québec.En tant que membres du bureau de direction de la S.P.Q., nous vous demandons un moratoire d\u2019un an sur l\u2019application de la réforme collégiale de l\u2019enseignement de la philosophie.En cela, nous appuyons résolument une position de la Coordination provinciale de philosophie qui a récemment logé une demande semblable auprès du ministère dans la lettre qu\u2019elle faisait parvenir le 22 octobre dernier à monsieur Jean-Yves Marquis, directeur des programmes à la Direction générale de l\u2019enseignement collégial.La S.P.Q.appuie sa demande sur le fait que le cadre opérationnel fixé par la DGEC lui paraît intenable ù plus d\u2019un titre.En obligeant le comité de rédaction à définir des ensembles de formation par la méthode exclusive des compétences, la DGEC dénature le règlement des études collégiales qui, au chapitre des définitions, présente un «objectif» comme une habileté, une compétence ou une connaissance à acquérir ou à maîtriser.Les ensembles de formation ne seraient que partiellement réalisés s\u2019ils ne font état en aucun point des habiletés et connaissances à acquérir.D\u2019autre part, la DGEC impose des délais de consultation que nous jugeons déraisonnables et qui risquent d\u2019entraîner de nombreuses erreurs.Les problèmes sont susceptibles de survenir dans la redéfinition qu\u2019exige la réduction du nombre des cours de philosophie.Ils peuvent apparaître aussi du fait que la banque des cours complémentaires est dorénavant organisée selon des thématiques et non des disciplines.On ne saurait minimiser en outre les enjeux entourant la description d\u2019un cours de philosophie adapté à chaque famille de programmes: la Coordination provinciale de philosophie affirme la nécessité d\u2019un cours d\u2019éthique cl politique commun à tous les programmes, alors que l\u2019option ministérielle veut faire de l\u2019éthique l\u2019occasion d\u2019une «pensée critique» et d\u2019une «consolidation d\u2019une éthique personnelle et sociale» 5 partir de cas concrets.Le ministère devrait également prendre en considération l\u2019ampleur de la consultation devant être menée auprès de quelque 65 collèges (privés et publics) où se donnent des cours de philosophie.Le travail du comité de rédaction doit tenir compte de l\u2019exigence de préserver le pluralisme dans l\u2019enseignement de la philosophie, dans la mesure où celui-ci permet l\u2019atteinte des objectifs de formation qui sont les seuls éléments à considérer et sont les seuls objet' de consultation.On ne saurait trop insister sur la vive inquiétude suscitée par le dépôt en octobre 1993 du rapport sur les deux ensembles de formation générale commune, rapport qui témoigne à l\u2019évidence des conditions déraisonnables qui ont été imposées au Comité de rédaction.Le ministère devrait en outre prendre en considération les délais inévitables qui surviennent du fait d\u2019avoir à revoir en profondeur les contenus de l\u2019enseignement collégial de la philosophie, étant donné que la formation commune prépare sans discrimination les plus forts et les plus faibles au marché du travail ou ù l\u2019université, et que la philosophie est abordée pour une première fois par les élèves issus de la formation secondaire.Nous vous demandons de reconnaître le statut particulier de l\u2019enseignement de la philosophie, qui REFORME Bulletin DE la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 7 sc présente 5 la fois comme élément de formation générale intégré aux programmes d'études et comme un élément de formation générale complémentaire aux programmes, ce qui la met hors programme partout, et lui octroie un statut hybride.II faut prendre acte du fait que des luttes se jouent présentement entre les disciplines pour la formation complémentaire.La résolution de ces luttes aura un impact majeur sur la gestion de la main-d\u2019œuvre et le surplus d\u2019effectifs des enseignants qu\u2019entraîne la réforme dans toutes les disciplines.L\u2019harmonisation des programmes avec le secondaire par le jeu des modules, la réduction thématique des cours complémentaires, la réduction quantitative des cours d\u2019éducation physique et de philosophie et le déplacement de la main-d\u2019œuvre intellectuelle vers les cours de français et d\u2019anglais langue seconde sont autant de facteurs qui viennent singulièrement alourdir la mise en application de la réforme.Nous attirons votre attention sur le fait qu\u2019aucun bilan n\u2019a été réalisé concernant l\u2019enseignement de la philosophie ces dernières années.Il faudrait aussi tenir compte de la difficulté d\u2019enseigner la philosophie et d\u2019en penser l\u2019enseignement, à preuve les quelque 800 pages récemment publiées (août 1993) avec le concours de l\u2019Uncsco sur l\u2019état de la philosophie en Europe aujourd\u2019hui 1.Il faudrait également mesurer l\u2019impact de la réforme sur l\u2019enseignement universitaire de la philosophie et prendre acte de la collaboration exigée par les deux ordres d\u2019enseignement.Nous vous demandons enfin de tenir compte des perspectives de développement de l\u2019enseignement collégial de la philosophie dans le cadre d\u2019un DEC général ou enrichi, de même que dans le cadre de divers programmes où la discipline pourrait être enseignée comme cours de concentration.Les discussions à ce sujet sont à peine entamées, mais méritent d\u2019être poursuivies.La S.P.Q., en demandant un moratoire d\u2019un an, veut empêcher toute précipitation.Nous appuyons la ferme résolution des enseignants de philosophie de faire de la réforme l\u2019occasion d\u2019un renouveau, en prenant le temps d\u2019établir les paramètres de la formation et de bien peser les perspectives des prochaines années.Se «hâter lentement» donne à la critique son sens et offre à la démarche l\u2019assurance du bien-fondé.Rien n\u2019est plus exigeant que de fonder en raison ce qui doit être fait.Notre requête ne doit pas être interprétée comme un moyen de retarder le travail de rédaction.Celui-ci devrait au contraire se poursuivre, mais le moratoire offrirait le temps requis pour les débats et la recherche d\u2019ententes, quitte à ce que les ensembles de formation soient revus de fond en comble.Plus encore, la mise au point des cours qui devront être donnés suite aux énoncés de formation devrait pouvoir rétroagir pendant une session ou deux sur ces énoncés avant de devenir définitifs.De cette manière, les plans ministériels de formation seraient validés, voire corrigés, par un premier exercice de formation sur le terrain, le tout à l\u2019avantage des élèves et professeur-e-s et de l\u2019image publique de la formation collégiale.Loin de retarder indûment l\u2019application de la réforme, la proposition de la S.P.Q.vise à faire en sorte que le débat intellectuel actuellement en cours s\u2019approfondisse et qu\u2019il tourne à l\u2019avantage d\u2019une formation de qualité.La consultation ministérielle a voulu se fonder sur l\u2019expertise des professeur-e-s.La S.P.Q.demande donc que les conditions d\u2019exercice de cette expertise soient telles qu\u2019elles permettent aux professeur-e-s de philosophie d\u2019exercer au mieux leur métier, à commencer par le fait de concevoir ce qu\u2019ils devront par la suite réaliser.Le temps demandé est celui de la prudence professionnelle et de la patience conceptuelle, deux qualités exigibles dans l\u2019exercice de la raison.Nous vous prions, madame la ministre, de bien vouloir agréer l\u2019expression de nos sentiments les meilleurs.Michel Seymour pour le Bureau de direction de la Société de philosophie du Québec: Michel Seymour, Président intérimaire, Université de Montréal André Carrier, 1er vice-président, Cégep Lévis-Lauzon Robert Tremblay, Trésorier, Cégep du Vieux-Montréal Yvon Cayouette, secrétaire, Cégep de Chicoutimi Michel Robert, secrétaire adjoint, Cégep du Vieux-Montréal Jacques Aumètre, trésorier adjoint.Université du Québec à Montréal Michel Juneau, 2e vice-président.Université d'Ottawa c.c.: Coordonnateurs de département collégiaux Direcleurs de département universitaires 1 La philosophie en Europe, sous la direction de Raymond Klibansky et David Pears, Folio, «essais», 1993.REFORME 8 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Journée du 24 avril 1993 Coup de coeur pour la philosophie Extraits de quelques allocutions -¦)> i y : ¦ W7 Samedi, dans une salle trop sombre pour le temps qu\u2019il faisait, quelque 200 professeurs et amis de la philosophie venus de tous horizons professionnels ont parlé avec émotion et passion de leur résistance à cette énième tentative d\u2019effriter l\u2019apprentissage «de cette mécanique du rêve» (Richard Desjardins).Les dizaines et les dizaines de témoignages d\u2019appui qui ont été livrés étaient ensoleillants, dynamisants, porteurs d\u2019espoir dans un monde où le langage du coeur fait si cruellement défaut.«Aujourd\u2019hui, encore une fois, la philosophie crie au secours», a rappelé Pierre Jasmin, porte-parole des Artistes pour la paix.Mais dehors, c\u2019est le monde qui crie: «Au secours la philosophie!» De qualité totale dans l\u2019enseignement, de l\u2019importance de voir large et clair, des nécessaires apprentissages pour devenir des êtres humains équipés pour affronter un monde en train de déraper et de se réinventer, de cela on ne parle pas beaucoup dans le projet de réforme.Alors que c\u2019est de cela exactement que s\u2019occupent les professeurs de philosophie.Alors que la tendance lourde (autant en Europe qu\u2019aux USA et au Canada) est à l\u2019accroissement du nombre d\u2019heures, à l\u2019ouverture du corpus philosophique et à la satisfaction de nouvelles clientèles, la philosophe Louise Mardi soulignait que le Québec se retrouvera dans quelques années parfaitement à contre-courant avec un enseignement de la philosophie étriqué, ratatiné, mal adapté au nouveau siècle.(Message de Fernand Dumont) Je regrette de ne pouvoir participer à la manifestation des professeurs de philosophie à laquelle on m\u2019a invité.Je tiens cependant à assurer les organisateurs de ma profonde solidarité.Ces changements ont été conçus dans le secret.Une commission parlementaire les a précédés; mais les premiers artisans de l\u2019éducation, c\u2019est-à-dire les professeurs, ont été tenus à l\u2019écart.Dans le cas de la philosophie, on sait qu\u2019un important travail de réflexion a été poursuivi depuis des mois par les responsables; on pouvait en attendre de grands progrès.Tous ces effort ont été méconnus au profit d\u2019une décision REFORME Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 9 qui n'en paraît que plus arbitraire.Il y a là un signe entre autres d\u2019un état d'esprit bureaucratique contraire à un vrai mouvement de réforme.Car, on s'en rend compte un peu partout: il est urgent de s\u2019engager dans une révision d'ensemble de notre système d\u2019enseignement, plutôt que de se borner 5 un rapiéçage.Il semble que l\u2019on veuille contourner cette exigence plutôt que de l\u2019affronter.Peut-être veut-on rassurer à bon compte une opinion publique qui s\u2019inquiète de lacunes graves, dont la piètre connaissance du français n\u2019est qu\u2019un symptôme plus éclatant que les autres.C\u2019est pourquoi, il serait malheureux que les professeurs de philosophie se bornent à défendre leur discipline.Les artisans de l\u2019éducation ont une plus grande responsabilité: celle de réclamer inlassablement une authentique réforme de l\u2019éducation.(Doris Lussier) J'allais dire mes chers collègues puisque je suis un vieux professeur de philosophie et que c\u2019est ma nostalgie de l\u2019enseignement autant que ma solidarité qui me fait monter aux barricades avec vous pour défendre notre discipline contre les assauts réducteurs des responsables irresponsables qui veulent la reléguer au rang des inutilités publiques.Je pense en ce moment à nos chers étudiants qui seront les premières victimes de la politique rétrograde qui se prépare.En effet, si en sortant du cégep nos étudiants ne savent ni comment écrire ni comment penser, à quoi leur aura servi d'etre tant d\u2019années à l\u2019école, je nous le demande.C\u2019est la philosophie qui informe noue science et qui forme notre conscience.Sa nécessité est non seulement intellectuelle, elle est vitale.La philosophie est la mère de nos connaissances et la maîtresse de nos vies.Elle est plus qu\u2019une science, elle est une sagesse.Les sombres dinosaures qui prétendent devant le monde qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un luxe et que les gens pratiques n\u2019ont pas besoin d\u2019elle démonUent par leur ignorance même que c\u2019est eux qui en auraient le plus besoin.Et on voudrait lui faire la portion congrue dans les programmes scolaires?Moi, je dis que c\u2019est une erreur pédagogique, une grave imprudence politique et le péché contre l\u2019esprit.Le seul qui soit impardonné, m\u2019a déjà dit mon curé.(Yvon Rivard) Tout le monde sait, pour en avoir fait l\u2019expérience, que la pire épreuve de la pensée, c\u2019est le vide.Je ne parle pas du vide des grands espaces infinis, car ce vide-là provoque, soutient et nourrit la pensée.Non, je parle plutôt de ce vide que devient la pensée quand elle perd de vue la réalité qu\u2019elle veut atteindre, quand elle s\u2019épuise à créer des formes sans contenu.Cette pensée, qu\u2019on pourrait qualifier de technocratique, se gargarise de mots et de concepts aussi creux que des slogans politiques ou publicitaires.Voilà pourquoi le projet de réforme de la ministre Robillard est irréfutable, inattaquable.Si la ministre veut laisser sa marque, si elle veut améliorer la vie intellectuelle dans les collèges, qu\u2019elle maintienne la séquence actuelle des cours de philosophie qui constitue l\u2019un des acquis majeurs de la réforme précédente.Car cela, on ne le dit pas assez, et je profite aujourd'hui de l\u2019occasion de le redire: si le cours classique de jadis m\u2019avait offert les cours de philosophie qui se donnent dans les cégeps, je crois, madame la ministre, que je serais mieux armé, que le Québec serait mieux armé pour résister à la tentation de croire que le monde, que la pensée humaine recommencent à tous les vingt-cinq ans.(Richard L\u2019Heureux) Je suis économiste-conseil, travaillant surtout pour les gouvernements et les organisations internationales.Certains ont soulevé ici que c\u2019est au nom de la rationalité économique qu\u2019on veut réduire le temps d\u2019enseignement consacré à la philosophie.Je voudrais corriger cette impression pour dire que c\u2019est au nom de la rationalité économique telle qu\u2019elle est perçue par le ministre de l\u2019éducation et ses administrateurs, une perception qui à mon sens sous-estime la valeur de la philosophie.Il y a quelques années, une enquête avait été menée auprès des milieux d\u2019affaires américains pour savoir quel était le meilleur type de formation de MBA: la méthode théorique, basée sur l\u2019application de modèles de décision analytique, ou la méthode de l\u2019étude de cas, utilisée notamment à l\u2019Université Harvard.Les milieux d\u2019affaires ont répondu à côté de la question: «Donnez-nous des gens capables de bien communiquer» i.e., capables de bien formuler un problème, de bien le présenter pour en faire clairement ressortir les enjeux.Autre exemple illustrant l\u2019intérêt des milieux d\u2019affaires pour la formation générale: celte tradition des milieux de la banque à Londres de recruter des diplômés d\u2019histoire, de littérature, de philosophie des grandes universités.La formation aux REFORME 10 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 techniques bancaires se faisait dans l\u2019entreprise.Plus récemment, une élude du Conference Board mettait au sommet des critères d\u2019embauche la capacité de bien communiquer.Ces exemples viennent à l\u2019appui du maintien de la formation philosophique dans la formation collégiale.La formation philosophique est essentielle à mon avis à l\u2019acquisition de la capacité d\u2019analyser, de penser de façon critique, de remettre en question les méthodes apprises, les idées reçues, de réfléchir sur les fondements de la vérité, de la justice.J\u2019ai voulu apporter mon appui à la campagne pour donner sa place à la philosophie dans les programmes d\u2019éducation collégiale, car je crois qu\u2019elle est essentielle à la formation d\u2019individus libres, capables de se prendre en main sur le plan personnel comme sur le plan professionnel.(Jacques Dufresne) Le nouveau contenu des quatre cours de philosophie marque un progrès considérable par rapport aux versions antérieures du programme officiel.Compte tenu du nouveau désordre national et mondial qui frappait les esprits au moment où les cégeps ont été créés, il faudrait peut-être féliciter les philosophes québécois de n\u2019avoir mis qu\u2019un quart de siècle à atteindre un tel objectif.Un mot en conclusion sur l\u2019ensemble du projet de réforme.Je suis depuis longtemps persuadé que seuls des examens nationaux ou des examens régionaux ou institutionnels corrigés anonymement régleraient le problème de l\u2019évaluation.La solution bureaucratique proposée par la ministre est condamnée au plus coûteux des échecs.Son projet de rélorme mériterait d\u2019être relégué aux oubliettes pour cette seule raison.(Georges-Henri Lévesque, dominicain) Si ma vie, mes écrits, mes cours et discours n\u2019avaient pas été inspirés autant par une solide philosophie que par une forte théologie, je suis sûr qu\u2019ils n\u2019auraient jamais pu exercer l\u2019influence qu\u2019on a bien voulu manifestement leur accorder.(Raoul Duguay) Cet immense vaisseau planétaire qu\u2019est l\u2019entreprise humaine, est actuellement figé dans la fiction de la matière solide et hypnotisé par la réalité virtuelle du plein emploi et de la rentabilité.Les technologues de l\u2019éducation, en croyant accélérer le processus de la productivité sociale, ont décidé de couper la tête et les pieds d\u2019une génération dont le futur est de plus en plus menacé par les fluctuations du marché mondial.«Un esprit sain dans un corps sain» devient ici un adage pédagogique dénué de sens.En sabrant dans les cours de philosophie, on coupe la tête de la société de demain, en réduisant le temps qui lui est nécessaire pour accéder à la substance de sa pensée.Et en réduisant les cours d\u2019éducation physique, on lui coupe les pieds, l\u2019empêchant ainsi de danser et de célébrer le sens qu\u2019elle a trouvé à la vie.La question qui se pose ici, est la réponse.La chose la plus importante que j\u2019ai apprise en philosophie, c\u2019est d\u2019apprendre à poser la bonne question.Chose certaine, quelle que soit la question que l\u2019on pose pour justifier notre raison d\u2019être, pour donner un sens à notre vie, elle sera toujours la bonne si elle accélère le processus d\u2019évolution vers notre mieux être et notre plus être et si elle correspond à un «oui» à notre propre vie et à toutes les formes de vie sur Terre ou dans l\u2019Univers.11 est curieux de constater que les esprits les plus avancés signalent que les besoins majeurs des années 90 sont le retour à la substance et aux valeurs humaines fondamentales.Parce que le monde de «l\u2019avoir» n\u2019a pas de sens en soi parce qu\u2019il ne pose pas la bonne question, cela suffit ^our qu\u2019il fasse appel à la philosophie pour savoir pourquoi il existe et comment être.(Pierre Dansereau) Les rapports de la science a la philosophie sont plus nécessaires que jamais.La complexité du problème mondial et ses répercussions locales ne peuvent être envisagées par les seules forces de la science.Si l\u2019expérience proprement philosophique ne s\u2019insère pas assez tôt dans le processus d\u2019éducation, elle aura beaucoup de mal à émerger plus tard.La problématique environnementale et l\u2019implantation de la solidarité mondiale relèvent plus de la philosophie que de la science.(Marcelle Ferron) Je ne vois pas du tout le pourquoi de cette réforme.Est-ce qu\u2019on veut faire de nous des illettrés?Est-ce simplement par mesure d\u2019économie?Alors, moi, j'appelle ça des économies de bout de chandelles! (Jean-Paul Desbiens) De par leur nature, la langue Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 11 maternelle et la philosophie sont des instruments privilégiés de formation fondamentale.La disparition ou la réduction de ces deux disciplines au niveau collégial ruineraient le sens meme de ce niveau d\u2019enseignement.Autrement dit, si ces deux disciplines perdaient leur caractère commun et obligatoire, quelle raison y aurait-il de maintenir les cégeps tels qu'ils ont été conçus et tels qu\u2019on prétend vouloir en «refaire le choix», selon l\u2019expression de la Ministre Robillard?Il faut maintenir le caractère obligatoire de la philosophie et ce, pour les deux grandes catégories de programmes: les programmes de formation professionnelle et les programmes pré-universitaires.Les quatre divisions qui ont été choisies et maintenues jusqu\u2019à maintenant se défendent assez bien.Elles auraient besoin d\u2019être refermées, précisées davantage, mais enfin, elles couvrent les grands champs d\u2019une initiation à cette discipline.Faut-il connaître les 10 catégories d\u2019Aristote?On n\u2019est pas obligé.On n\u2019est pas obligé, non plus, de connaître la table de 12 par coeur.Mais la connaître donne de la liberté, au moins vis-à-vis de sa calculatrice et des piles AA.Et connaître les 10 catégories d\u2019Aristote, cela donne d\u2019abord une forme de liberté intellectuelle, mais surtout, beaucoup de joie intellectuelle, qui sont les seules qui ne lassent jamais.Je rêve d\u2019un cégep qui offrirait aux jeunes deux ou trois années enchantées», pour reprendre l\u2019expression d\u2019Allan Bloom, pendant lesquelles il peut, s'il en décide ainsi, devenir tout ce qu\u2019il souhaite devenir et passer en revue tous les choix possibles, non seulement ceux qui s\u2019offrent à lui dans l\u2019immédiat ou ceux qui lui seront offerts par la profession qu\u2019il envisage d\u2019embrasser par la suite, mais aussi tous ceux qui se présentent à lui en sa qualité d\u2019être humain.On ne saurait surestimer l\u2019importance de ces années-là pour un jeune.Elles constituent son unique chance de devenir un être civilisé.» Deux ou trois années de liberté, ce qui ne veut pas dire deux ou trois années de facilité et de complaisance.C\u2019est au cégep que les jeunes peuvent avoir la chance de faire ce qu\u2019ils ne feront plus jamais.(Mario Bunge) Oui l\u2019enseignement de la philosophie aux cégeps n\u2019est pas parfait.La philosophie ne se porte pas très bien aux cégeps ou ailleurs.Quand même, il y a un peu de philosophie aux cégeps.Et ceci est un atout merveilleux.Nos cégépiens ont la chance de penser aux grandes questions générales qui ne se posent qu\u2019aux cours de philosophie.Ceci élargit leur horizon intellectuel, aiguille leur curiosité, et affine leur raisonnement.Ils se posent des problèmes nouveaux, il apprennent à écouter et à analyser des opinions différentes, ils questionnent les dogmes qu\u2019on leur a appris au foyer, etc.Leurs cerveaux s\u2019organisent et se remplissent de questions générales et de principes fondamentaux.Quand l\u2019enseignement des mathématiques ou de la chimie s\u2019avère être défectueux, on le réforme.Mais quand quelque chose ne va pas dans l\u2019enseignement de la philosophie, on songe à la supprimer.Pourquoi cette différence?Pourquoi ne pas guérir la malade plutôt que la tuer?Pourquoi ne pas penser sérieusement, et tous ensemble plutôt que d'en haut, à perfectionner la philosophie aux cégeps?Pourquoi ne pas penser à réviser périodiquement l\u2019enseignement de toutes les disciplines dans tous les niveaux de l\u2019enseignement?Pourquoi ne pas introduire un régime de réformes permanentes, et ceci pas seulement aux cégeps mais dans toutes les organisations, même et surtout dans l\u2019État et dans les affaires, qui sont en crise permanente chez nous depuis une quinzaine d\u2019années?Admettre honnêtement l\u2019erreur et la corriger, mais jamais se laisser couper la tête! Et jamais cesser de l\u2019utiliser: Use it or lose it! Vive la philosophie au cégep! Vive la réforme progressive et permanente de l\u2019enseignement de toutes les disciplines au cégep et ailleurs! (Jacques Brassard) S\u2019il est un consensus qui s\u2019est dégagé des travaux de la commission parlementaire sur l\u2019enseignement collégial quant aux cours de philosophie, c\u2019est celui portant sur le resserrement des contenus et la précision des objectifs dans une perspective de formation fondamentale.Or, est-il besoin de vous rappeler que ce travail est déjà fait?Depuis trois ans, en effet, les professeurs de philosophie, par le biais de la coordination de philosophie, ont élaboré un programme-cadre de quatre cours obligatoires de philosophie en y intégrant les contenus communs et la séquence d\u2019habiletés intellectuelles à acquérir et à maîtriser.Comment se fait-il que la ministre ait décidé d\u2019ignorer ce travail?Il y a incohérence et contradiction entre le discours ministériel qui se targue de formation fondamentale et le chambardement en REFORME 12 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 même temps que la réduction des cours de philosophie.(Denys Arcand) L\u2019abolition de l\u2019enseignement de la philosophie est tout à fait conséquente avec l\u2019ensemble de nos politiques provinciales.Est-il vraiment nécessaire de connaître Platon pour être fondeur dans une alumineric à Sept-îles?A-t-on besoin d\u2019étudier Spinoza pour opérer un bulldozer à la Baie James?Est-ce utile de se familiariser avec Leibnitz pour assembler des chevrolets à Sainte-Thérèse?Est-il essentiel de lire Emmanuel Kant pour mieux encourager les Expos?La pratique de Hegel peut-elle aider à remplir correctement les formulaires de l\u2019assurance-chômage?Les idées de Wittgenstein contribuent-elles à obtenir plus rapidement les prestations de l\u2019aide sociale?Les scieurs de bois et les porteurs d\u2019eau n\u2019ont pas besoin de la philosophie.(Docteur Réjean Thomas) Lorsque j\u2019ai terminé mes études en médecine en 1979, je me sentais tout à fait bien outillé pour faire face à la plupart des cas cliniques qui se présenterais à moi.Les progrès considérables de la science et de la technologie nous procuraient à nous, jeunes médecins, une sorte de puissance face à la plupart des maladies.Toutefois, lorsque je fus confronté aux premiers cas de sida en 1981, les choses changèrent rapidement et surtout brusquement.Tout à coup la machine cessa de répondre à nos questions.Obligé de constater les limites du savoir technique, je me retrouvais devant l\u2019inconnu, le mystère, devant ce qui deviendrait l\u2019Énigne du prochain siècle en médecine.[.] Dans un premier temps, je voulus me concentrer sur l\u2019éthique et particulièrement sur la bio-éthique, pensant que celle discipline serait en mesure de répondre à mes attentes.Je me trompais car, trop rivé aux problèmes que soulèvent les dernières trouvailles technologiques, la bio-éthique particularise le débat.Abordant alors les grands philosophes et les grands textes de la tradition, je me rendis compte, non sans peine et par un certain détour, que la véritable réflexion sur les valeurs doit tendre vers ce qu\u2019il y a d\u2019universel chez l\u2019homme.Dans ce sens, un Platon qui s\u2019interroge sur la justice, le bien et le pouvoir du langage, ou un Descartes qui tente de définir la liberté, la volonté et la portée de l\u2019entendement, ou en Kant qui fait la critique de la métaphysique afin de délimiter le pouvoir de la raison et le champ de l\u2019espérance, demeurent des sources d\u2019inspiration intarissables, quels que soient l\u2019époque, le lieu, le sexe et la profession de la personne qui les étudie ou en fait simplement la lecture.[.] Pour ma part, je dirais que si la médecine m\u2019a donné un brin de science, la philosophie me permet d\u2019ouvrir un peu plus ma conscience.(Réjean Thomas) [.] méfiez-vous! Car si la réforme de la santé s\u2019est faite sans les médecins, la réforme de l\u2019éducation pourrait bien se concrétiser sans les enseignants.(Richard Desjardins) L\u2019important c\u2019est de rêver.El la philo, c\u2019est la mécanique du rêve.Surtout, la philo empêche d\u2019avoir peur et ça permet d\u2019avancer.LEKTON Le département de philosohpie de l\u2019Université du Québec à Montréal vous informe de la parution du vol.Ill, no I de la revue LEKTON Sous la direction de Jean-Paul de Lagrave Condorcet Textes de J.Boulad-Ayoub, A.-M.Chouillet, M.Crampe-Casnabet, C.Gilain, J.-P.de La grave, A.Pons, M.Bréguet, C.Coûte!, P.Crépel, M.Grenon, L.Mardi, C.Porsel ISSN 1180-2308 340 pages Les Cahiers Recherches et Théories du département de philosophie de l\u2019Université du Québec à Montréal vous informent de la partution dans la collection Symbolique et idéologie des numéros S 20, S21 et S22 Les Comités d\u2019instruction publique sous la révolution Principaux rapports et projets de décrets Fascicule I : Condorcet et Romme, Fascicule II : Lepeletier et Bouqui-er.Fascicule III : Lakanal et Daunou Textes revus et présentés par Josiane Boulad-Ayoub, MicheI Grenon et Serge Leroux Avec des tableaux statisliquse informatisés des occurences conceptuelles et thématiques REFORME ASSEMBLÉE NATIONALE DEUXIÈME SESSION\tTREOTE QUATRIÈME LÉGISLATURE Journal des débats Commissions parlementaires Commission permanente de l\u2019éducation Consultations particulières sur le projet de loi 82 \u2014 Loi modifiant la Loi sur les collèges d\u2019enseignement général et professionnel et d\u2019autTes dispositions législatives (4) Le vendredi 14 mai 1993 \u2014 No 49 Président : M.Jean-Pierre Satntonge QUÉBEC 'b 14 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Débats de l\u2019Assemblée nationale Table des matières Mémoires déposés\tCE-2603 Auditions\tCE-2603 Philosophie au collège\t Remarques finales M.Jacques Brassard Mme Lucienne Robillard\tCE-2613 CE-2614 Autres intervenants M.Daniel Bradet, président *\tM.Jean-Marie Therrien, Philosophie au collège *\tM.Pierre Cohen-Bacrie, idem *\tM.Serge Saint-Laurent, idem *\tM.Michel Paquette, idem *\tTémoins interrogés par les membres de la commission Abonnement:\t325 J par année pour les débats des commissions parlementaires 115 $ par année pour les débats de la Chambre - Index: 10 a Prix de vente à l'unité variable selon le nombre de pages La transcription des débats des commissions parlementaires est aussi disponible sur microfiches au coût annuel de 105 $ La TPS et la TVQ s\u2019ajoutent aux prix indiquée Chèque rédigé au nom du ministre des Finances et adressé à: Assemblée nationale du Québec Distribution des documents parlementaires 5, Place Québec, bureau 195 Québec, (Québec) GIR 5P3 lél.418-643-2754 télécopieur: 418-528-0381 Courrier de deuxième classe - Enregistrement no 1762 Dépôt légal Bibliothèque nationale ifci Québec ISSN 0823-0102 COMMISION PARLEMENTAIRE BULLETIN de LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 15 Commission permanente de l\u2019éducation CE-2603 Le vendredi 14 mai 1993 Consultations particulières sur le projet de loi 82 (Dix heures huit minutes) Le Président (M.Brade!): Je déclare la séance de la commission de l'éducation ouverte.Je vous rappelle le mandat de la commission pour cette séance, qui est de procéder à des auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi 82, Loi modifiant la Loi sur les collèges d\u2019enseignement général et professionnel et d\u2019autres dispositions législatives.Mme la secrétaire, est-ce qu\u2019il y a des remplacements?La Secrétaire: Oui, M.le Président.M.Gobé (LaFontaine) est remplacé par M.Doyon (Louis-Hébert); Mme Hovington (Matane) par M.Maltais (Saguenay); M.Tremblay (Rimouski) par M.Poulin (Chauveau).Le Président (M.Brade)): Alors, merci.L\u2019ordre du jour pour aujourd\u2019hui.Alors, nous avons un groupe, Philosophie au collège.Mémoires déposés Je dépose les cinq mémoires des groupes qui n\u2019ont pas été entendus, soit l\u2019Association des professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial, l\u2019Association québécoise d\u2019information scolaire et professionnelle, le collège de Bois-de-Boulogne, la Corporation professionnelle des conseillers et conseillères d\u2019orientation du Québec et les Départements d\u2019*humanities» des cégeps anglophones de Québec.Alors, messieurs de Philosophie au collège, je vous souhaite la bienvenue à cette commission.M.Therrien, vous avez 20 minutes pour votre intervention, et j\u2019aimerais auparavant que vous nous présentiez les gens qui vous accompagnent.Auditions Philosophie au collège M.Therrien (Jean-Marie): Oui.Merci, M.le Président.Je vous présente, à ma droite, Serge Saint-Laurent, du collège Jean-de-Brébeuf, Pierre Cohen-Bacrie, du collège de Montmorency; à ma gauche, Michel Paquette, du collège de Maisonneuve.Je me présente, Jean-Marie Therrien, président de Philosophie au collège, du collège de Rosemont.Je vous remercie, en fait, de nous avoir invités à cette session.Tout est-il déjà décidé ou peut-il y avoir des ajustements?La ministre a déclaré être prête aux ajustements qu'elle reconnaîtrait comme nécessaires suite à des arguments valables.Nous vous présentons donc aujourd\u2019hui une argumentation plus spécifique.Je donne donc la parole à Pierre Cohen-Bacrie qui résumera ces arguments, comme vous l\u2019avez demandé, en 20 minutes.Le Président (M.Bradet): Alors, allez-y, M.Cohen-Bacrie.M.Cohen-Bacrie (Pierre): Merci.Les objectifs retenus par la réforme au chapitre de la formation générale sont aussi poursuivis par la discipline philosophie.Nous en questionnons cependant certaines modalités.(10 h 10) Premièrement, resserrer les contenus.Le gouvernement veut resserrer les contenus des cours de formation générale, y compris en philosophie.Nous aussi.Il s\u2019agit de s\u2019assurer que cette formation commune aux deux secteurs, technique et préuniversitaire, dans l\u2019ensemble des collèges du Québec, ait justement un aspect commun plus évident.À ce sujet, il ne faut pas confondre l\u2019autonomie intellectuelle des professeurs (qui fait partie de la liberté académique) avec la licence de ne pas aborder un contenu jugé essentiel.Se dispenser, par exemple, lors du premier cours de philosophie, d\u2019introduire l\u2019étudiant à la logique ou à l\u2019argumentation, ou aux origines de la rationalité et de la philosophie grecque, ou à une comparaison entre les discours philosophique, scientifique et religieux \u2014 je suis à la page 4 \u2014 ou à tout cela ensemble, est et sera impossible avec le nouveau système des contenus communs élaboré par la coordination et approuvé à l\u2019unanimité par les départements.Deuxièmement, développer des compétences intellectuelles.Le gouvernement reconnaît la nécessité de développer des compétences intellectuelles à l\u2019intérieur de la formation générale de base, aussi bien dans le secteur préuniversitaire que dans le secteur technique, s'inscrivant, par le fait même, dans un mouvement qui est celui de tous les pays occidentaux à l\u2019heure actuelle.Or, le développement des compétences intellectuelles a fait l\u2019objet d\u2019une résolution très majoritaire des départements de philosophie représentés à la coordination provinciale.A travers des contenus philosophiques et des textes d'auteurs, en ayant pour objectif philosophique le développement d'une pensée autonome, il s\u2019agit de s\u2019assurer que les étudiants améliorent progressivement leur maîtrise de la conceptualisation, de l'analyse, de la comparaison, de la critique, de la problématisation et de la synthèse.Le but de cette progression ordonnée du développement des compétences intellectuelles, tel que nous le concevons, réside dans la production d\u2019un discours argumentatif complet sous la forme d'une COMMISION PARLEMENTAIRE 16 Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2604\tDébats de l\u2019Assemblée nationale\t14 mai 1993 dissertation philosophique.Il s'agit là d'un résultat majeur de nos travaux de ces trois ou quatre dernières années.Troisièmement, adaptation partielle aux domaines des programmes.La ministre a fait le choix d\u2019une adaptation partielle aux domaines des programmes ou des grandes familles de programmes sans renoncer à l'originalité de la formation générale.Nous aussi.À plusieurs reprises, des votes ont clairement établi l'appui des professeurs de philosophie à une telle approche.Citons ici la résolution adoptée à l\u2019unanimité le 24 avril 1993 par les délégués des départements de philosophie réunis en coordination à Montréal: «qu'un ou deux cours de philosophie soient intégrés à la formation propre aux familles de programmes (épistémologie et éthique)».À ce niveau devraient agir comme garde-fous non seulement l\u2019exclusion de la déontologie professionnelle d\u2019un éventuel cours d\u2019éthique adapté et l\u2019inclusion de l\u2019aspect de philosophie politique, mais aussi la participation des professeurs de philosophie, à titre d\u2019experts et au titre de la consultation, entre autres à la définition des contenus, le maintien des départements de philosophie et, il faut le souhaiter, de la coordination de philosophie au niveau national.Quatrièmement, une évaluation systématique.Le gouvernement estime que le maintien et l\u2019amélioration de la qualité de l\u2019enseignement passent par une évaluation plus systématique des apprentissages et des programmes.Nous aussi.A plusieurs reprises, la coordination de philosophie a voté en ce sens.Autrement dit, notre volonté de réaliser des contenus communs resserrés et un développement des compétences intellectuelles correspondant à un standard national n\u2019est pas de pure forme puisque nous l\u2019assortissons d\u2019une ouverture certaine à l\u2019évaluation.Citons, à ce propos, ce que disait ici même M.Raymond Brouillet, ancien président de l\u2019Assemblée nationale.Je cite: «Alors rapidement, sur ça, je pense que le fruit est mûr actuellement, les esprits sont prêts.Vous avez vu, dans le rapport de l\u2019association des professeurs de cégep \u2014 c\u2019est nous \u2014 ils se sont entendus sur une séquence des habiletés intellectuelles, ce qui n\u2019existait pas du tout antérieurement.Il faut tabler sur ça actuellement pour enrichir le cadre [.].Il faut aller chercher ça [.] pour que, partout dans l\u2019ensemble des collèges, on puisse être certains que certains objectifs d\u2019habiletés vont être le fait de chacun des plans de cours, de chacun des cours.Et, en même temps, ils se sont entendus sur des contenus communs [.].Donc, ça va éviter cette dispersion et ça pourra permettre une évaluation plus uniforme et comparative entre les différents collèges et aussi, peut-être, éventuellement, un examen national parce que, si on n'a pas quelque chose de commun à la base au niveau des objectifs et des contenus, c\u2019est quasiment impensable de penser au reste», disait M Raymond Brouillet.Or, il n\u2019y a pas de raison valable pour réduire l\u2019espace pédagogique occupé par la discipline philosophie.Si l\u2019on pense à la performance en argumentation des finissants, notre connaissance des lacunes et des besoins des étudiants en argumentation nous amène à penser que leurs bons résultats à l\u2019examen de français à ce chapitre ne doivent pas nous faire relâcher notre vigilance.Les paramètres utilisés dans cet examen, en effet, excluent l\u2019analyse et la synthèse.Il faut, au contraire, améliorer encore la compétence des étudiants en argumentation, évaluer aussi leur capacité d'analyse et de synthèse et établir d\u2019autres paramètres visant à mesurer leur maîtrise de la pensée formelle.Il faut, de plus, resserrer les contenus ayant trait à la logique, au discours et au raisonnement argumentatif dans au moins un cours de philosophie.Il faut, enfin, appuyer cette initiative des professeurs de philosophie d'établir une progression ordonnée du développement des compétences intellectuelles dans les cours de philosophie.Il ne faut pas seulement évaluer les compétences langagières, mais aussi les compétences intellectuelles des finissants du secteur préuniversitaire, mais aussi du secteur technique \u2014 dans ce cas, au terme des deux années de formation générale \u2014 en tenant compte non seulement du français, mais aussi de la philosophie.Réduire n\u2019est pas améliorer.Est-ce que le seul moyen de répondre à des besoins d\u2019amélioration dans la manière d\u2019enseigner la philosophie est d\u2019en réduire le nombre de cours?Pourquoi utiliser deux poids et deux mesures lorsqu\u2019il s\u2019agit de la discipline philosophie?Je cite: «Quand l\u2019enseignement des mathématiques ou de la chimie s\u2019avère défectueux, on le réforme.Mais quand quelque chose ne va pas dans l\u2019enseignement de la philosophie, on songe à la supprimer», disait Mario Bunge, de l\u2019Université McGill.L\u2019absence de philosophie antérieurement au collège.N\u2019oublions jamais que les étudiants n\u2019ont de cours de philosophie qu\u2019au collège.En arrivant au collège, ils auront fait, par exemple, au moins 1800 heures de français langue maternelle, 1325 heures ou plus de mathématiques, 1025 heures ou plus de sciences humaines, 670 heures d\u2019éducation physique, 650 heures ou plus de langue seconde, 550 heures ou plus de morale ou de religion et 0 heure de philosophie.Réduire, donc, du quart cet enseignement obligatoire de la philosophie au collégial, c\u2019est le réduire dans son seul lieu d\u2019existence.Il n\u2019y a pas de courant social contre la philosophie, au contraire.L\u2019appui manifesté par de nombreuses personnalités est là pour en témoigner.Je passe à la page 11.Quels sont nos arguments pour maintenir huit unités ou quatre cours de philosophie?Nous prétendons qu\u2019il y a lieu, comme moyen d\u2019atteindre les objectifs visés, de maintenir quatre cours de philosophie.Il y a des raisons fondamentales qui justifient cette affirmation.Premièrement, il ne faut pas réduire les exercices écrits en philosophie.L\u2019objectif visé en philosophie, au chapitre des compétences intellectuelles, est la maîtrise du discours rationnel argumentatif, tel que manifesté dans la dissertation philosophique.Cependant, connaissant les difficultés et les lacunes des étudiants en ce qui a trait au langage, au discours, au raisonnement et à une connaissance de la culture, n\u2019apparait-il pas inconsidéré COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 17 4» 14 mai 1993 de priver ces étudiants non seulement du quart de leurs cours de philosophie, mais encore du quart de leur temps de travail à la maison dans cette discipline axée sur l'écrit, et ceci, au moment où ces compétences sont nommément recherçhées?Réduire leurs exercices écrits en philosophie à trois quarts de ce qu\u2019ils sont nous parait impensable si l\u2019on veut poursuivre sérieusement les objectifs visés par la formation générale.(10 h 20) Deuxièmement, le processus de maturation vers une épreuve de dissertation philosophique.La dissertation philosophique est l\u2019expression d'une compétence intellectuelle qui présuppose l'accomplissement d\u2019un cheminement antérieur axé sur l'analyse de texte, la synthèse et le commentaire critique.Or, les étudiants sont en processus de maturation.La différence entre un étudiant de première session et de quatrième session est marquante à cet égard.Demander à un étudiant en troisième session, après seulement trois cours de philosophie, de se soumettre à une épreuve de dissertation évaluant ses compétences intellectuelles et son degré de maîtrise d\u2019une problématique serait insuffisant.On risquerait de partir perdant ou de baisser le niveau eu égard à ce processus.Le lieu naturel de cette épreuve est à la fin de la quatrième session.C\u2019est le moment où les étudiants du secteur préuniversitaire finissent leurs études collégiales et le moment où les étudiants du secteur technique finissent leur formation générale.Troisièmement, on ne peut escompter que d\u2019autres préparent à cette épreuve.Certains prétendent que la progression dans le développement des compétences intellectuelles poursuivie nommément par la philosophie pourrait l'être, par exemple, par d\u2019autres disciplines de la formation générale.Il faudrait, à cet égard, être lucides.Malgré leur bien-fondé, que nous reconnaissons, les cours de langue seconde n\u2019ont pas pour objectif d'initier les étudiants à une argumentation rationnelle complète impliquant des compétences supérieures de pensée.Que reste-t-il?Les six unités ou les trois cours de formation générale complémentaires.Soyons réalistes.Que gagneraient les étudiants à voir confier à des professeurs différents, de disciplines différentes, le quart de leur progression au niveau des compétences intellectuelles?Comment coordonner une séquence dans ces conditions?Ne nous aveuglons pas sur les difficultés inhérentes.La gestion de ces objectifs deviendrait vite inadministrable, étant donné, en outre, que les professeurs des cours complémentaires ne sont pas dans des départements communs.Le ministère a sans doute non seulement mal évalué le rôle que joue la formation philosophique dans l'utilisation du discours, avec son incidence sur la maîtrise de la langue, mais il a aussi sous-évalué l\u2019importance de l\u2019apport de l\u2019enseignement philosophique au développement de la formation intellectuelle.Quatrièmement, un oubli majeur quant aux contenus.Finalement, quant aux contenus de la formation générale, le projet de règlement comporte un oubli CE-2605 majeur dans la définition des thèmes retenus pour la contribution de la philosophie.Il s\u2019agit de la réflexion philosophique sur les fondements de l\u2019approche du réel spécifique à un grand domaine du savoir et qui s\u2019adresse aux étudiants de ce champ d\u2019étude.On sait que la règle de complémentarité \u2014 page 15 \u2014 interdit aux étudiants d\u2019un champ donné de prendre un cours complémentaire dans leur champ.Nous ne contestons pas cette règle.Par exemple, les étudiants en sciences de la nature ou en techniques physiques ou biologiques n\u2019auraient pas le droit de s\u2019inscrire dans un cours complémentaire de philosophie des sciences et des techniques, encore moins le collège de les y obliger.Il y aurait donc un trou dans la formation générale, une impossibilité structurelle d\u2019assumer une partie de la formation des étudiants.C\u2019est d\u2019autant plus regrettable qu\u2019il existe chez les professeurs de philosophie des compétences certaines, que ce soit en philosophie des sciences et des techniques, en philosophie des sciences humaines ou en philosophie de l\u2019art.De tels cours, certes, pourront valablement initier l\u2019étudiant à un domaine du savoir extérieur à son champ d\u2019étude, comme cours complémentaires.Nous le reconnaissons.Cependant, quel profit l\u2019étudiant n\u2019en tirerait-il pas s\u2019il pouvait bénéficier de tels cours de philosophie afin de réfléchir sur son propre domaine?L\u2019aberration est que l\u2019élève serait invité à réfléchir sur les spécificités des approches du réel qui sous-tendent les autres grands domaines du savoir, mais, faute d\u2019un quatrième cours de philosophie, ne pourrait réfléchir sur l\u2019approche du réel qui sous-tend son propre domaine du savoir, défini par le champ de son programme d\u2019études.Il est donc, selon nous, justifié d\u2019introduire un quatrième cours de philosophie dans la formation générale particulière aux programmes, quatrième cours portant sur l\u2019approche du réel spécifique à un grand domaine du savoir propre au champ d\u2019étude de l\u2019élève.Cette mesure viendrait, en outre, corriger une aberration systémique présente dans le projet de Règlement sur le régime des études collégiales, qui fait suite au projet de loi 82 et qui empêche tous les étudiants de bénéficier d\u2019un cours de formation générale les portant à réfléchir sur leur champ d\u2019étude.Il s\u2019agirait ici, pourtant, d\u2019une mesure allant dans le sens d\u2019une adaptation réclamée par la plupart des intervenants.De plus, si l\u2019expérimentation en cours du nouveau programme des sciences de la nature devait être positive, le cours de formation générale en philosophie des sciences qu\u2019il comporte trouverait ici sa place naturelle.Même chose si une expérimentation comme celle-là pouvait se faire en technique, en sciences et techniques humaines ou en arts.L\u2019inscription de huit unités ou quatre cours de philosophie dans la formation générale signifierait, au contraire, dans la conjoncture actuelle, un renouveau de fond et pas seulement de structure.Tous les éléments du renouveau, autres que la réduction des cours de philosophie inclus dans le projet de règlement, seraient maintenus dans notre proposition.Nous y rajoutons seulement, comme moyen d\u2019atteindre ces objectifs, tant au niveau Commission permanente COMMISION PARLEMENTAIRE 4» 18 Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2606 Débals de l'Assemblée nationale 14 mai 1993 des contenus que des compétences intellectuelles à évaluer, deux unités de philosophie dans la formation générale particulière.Il s\u2019agit donc, selon nous, d'un ajustement qui se situe à l\u2019intérieur des paramètres du renouveau.Il s'agit de changements majeurs par rapport au statu quo.En effet, les contenus d'au moins deux cours de philosophie seraient définis par les collèges et adaptés partiellement aux programmes.En effet, une progression ordonnée du développement des compétences intellectuelles serait assumée par les cours de philosophie et serait instaurée et sanctionnée par une évaluation à la fin des deux années de formation générale au collégial.En effet, certains textes d\u2019auteurs philosophiques devraient être obligatoirement étudiés afin de garantir la qualité de la référence culturelle.S\u2019agit-il ici du statu quo?Nous ne le pensons pas.Il s\u2019agit plutôt de modifications de fond qui iraient bien au-delà d\u2019un simple changement structurel tel que la réduction de quatre à trois des cours de philosophie.Rapidement, je dirai qu\u2019il existe différents moyens qui permettraient au gouvernement d\u2019ajuster cet aspect de son projet.En effet, en ce qui a trait à la langue seconde, il faut reconnaître qu\u2019elle faisait traditionnellement partie des cours complémentaires.Lorsque, dans le projet de règlement, la ministre a établi quatre unités de langue seconde obligatoires \u2014 ce que nous ne contestons pas, encore une fois \u2014 elle a simplement pris deux cours complémentaires pour les rendre obligatoires en langue seconde.On s\u2019attendrait donc à trouver, dans le projet de règlement, qu\u2019il reste deux cours complémentaires.Or, il en reste trois.Nous proposons, comme premier moyen praticable, justifié sur le plan structurel et ne coûtant rien, de ramener à quatre unités la formation générale complémentaire et de faire passer à huit unités la formation générale particulière, dont quatre unités de philosophie.Cette solution conserverait toutes les grandes avenues de la réforme, y compris la mission des cours complémentaires, puisque l\u2019étudiant pourrait se voir initier à deux domaines du savoir extérieurs au sien ou, au moins, à un domaine du savoir extérieur au sien avec deux cours.Nous sommes, de plus, ouverts à discuter, si c\u2019est le cas, ultérieurement avec le ministère d\u2019autres moyens qui pourraient parvenir à un résultat semblable.Nous espérons, cependant, que les grands objectifs que nous avons développés devant vous, à savoir la nécessité de reconnaître la part de la formation générale dans le développement des études, avec peut-être des recommandations comme celle d\u2019inclure des professeurs de la formation générale dans la commission des études, la nécessité de sanctionner, peut-être par un examen national \u2014 en tout cas, de s\u2019en donner le pouvoir \u2014 la formation, tant au niveau des compétences langagières que des compétences intellectuelles, seront considérés.Je vous remercie.Le Président (M.Bradel): Alors, merci beaucoup de votre présentation.Nous en sommes à la pé- riode d\u2019échanges avec nos invités.Et, pour 20 minutes, je reconnais Mme la ministre de l\u2019Enseignement supérieur et de la Science.Mme Robillard: Merci, M.le Président.Bienvenue aux représentants de l\u2019Association des professeurs de philosophie des collèges.Je suis contente de vous accueillir ce matin.Je sais que, depuis le dépôt du renouveau collégial, l\u2019Association a travaillé de main ferme à nous préparer ce mémoire et à réfléchir à nouveau concernant tous les objectifs aussi qui sont poursuivis par le renouveau collégial, et comment les professeurs de philosophie, de leur côté, sont capables de participer à ces objectifs poursuivis par le renouveau collégial.(10 h 30) J\u2019aimerais, au point de départ, vous demander votre opinion, comme association, en regard de l\u2019approche programme qui est l\u2019approche privilégiée par le renouveau collégial dans toute la structure du renouveau collégial, tant au niveau du contenu des cours qu\u2019au niveau des lieux de concertation.Comment les professeurs de philosophie se situent par rapport à cette approche programme et comment comptent-ils y participer?M.Therrien (Jean-Marie): Pierre Cohen-Bacrie va vous répondre.M.Cohen-Bacrie: Alors, très certainement, comme je vous l\u2019ai dit, les professeurs de philosophie appuient une adaptation de l\u2019enseignement aux différents programmes.Donc, en gros, il y a un accord à l\u2019approche programme à condition de penser que cette approche programme doit s\u2019inscrire à l\u2019intérieur d\u2019une visée qui devrait prendre en compte, au moins, le développement des compétences de base absolument nécessaires dans les programmes.Si on pense, par exemple, au développement des compétences intellectuelles des élèves, il faut se rendre compte que tous les élèves ne présentent pas les mêmes lacunes et n\u2019ont pas forcément les mêmes besoins en ce qui a trait à l\u2019apport que peut faire leur professeur de philosophie au niveau du développement de leurs compétences intellectuelles.Or, il est pratiquement impossible de faire passer un examen à l\u2019entrée au cégep pour déterminer qui a telle compétence intellectuelle.Il est donc parfaitement logique de penser à un regroupement des étudiants selon leurs programmes ou selon leur famille de programmes: préuniversitaire, technique.Lorsqu\u2019on a en face de nous un groupe en sciences de la nature, étant donné leurs performances passées au niveau scolaire, on peut penser que le développement de leurs compétences intellectuelles va prendre un tour différent de celui d\u2019étudiants qui sont dans un autre secteur et qui ont un passé scolaire différent.Donc, l'adaptation aux programmes, dans la mesure où cela implique de s\u2019occuper des étudiants en fonction de leurs véritables besoins et de leurs véritables lacunes, et dans la mesure où ça s'inscrit dans la visée du développement des compétences intellectuelles, nous * COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 19 14 mai 1993\tCommission permanente\tCE-2607 en sommes tout à fait partie prenante et nous la recommandons.Mme Robillard: J'ai lu et j\u2019ai relu votre mémoire, et il me semble qu'il y a une question que vous n'avez pas abordée et qui est assez centrale au niveau du renouveau collégial, parce que, vous l\u2019avez vu, le projet du renouveau collégial ne propose pas de diminuer l'importance des objectifs mêmes qui sont visés par la philosophie.Je pense que c'est assez clair dans le renouveau collégial.Quand on pense à la rigueur de la pensée ou à l\u2019aptitude à la pensée critique, ces objectifs-là sont maintenus; l'ouverture culturelle aux visions du monde, la compréhension des réalités éthiques et politiques, et, bon, tous les autres objectifs.Mais ce qui est dans le renouveau, par ailleurs, c\u2019est: Est-ce que l\u2019exclusivité du moyen disciplinaire pour atteindre ces objectifs-là est nécessaire?Et, dans le renouveau, c\u2019est ça qui est remis en cause.Est-ce qu\u2019il y a une nécessité entre la poursuite de ces objectifs et la discipline philosophie?Est-ce que ces mêmes objectifs-là ne peuvent pas aussi être poursuivis par d\u2019autres disciplines?C\u2019est dans ce contexte-là que le renouveau présente les objectifs, et ça, vous ne l\u2019avez pas abordé, et ça m'apparaît central et fondamental.Avant de discuter de trois, quatre, deux, c\u2019est vraiment l\u2019approche de base.Oui aux objectifs poursuivis, aux mêmes objectifs, mais est-ce qu\u2019il y a seulement la philosophie qui, comme discipline, peut nous permettre d\u2019atteindre ces objectifs-là?M.Cohen-Bacrie: Alors.Le Président (M.Brade!): Oui.M.Cohen-Bacrie: .si on vise une évaluation à la fin des études, il faut, pensons-nous, assigner une responsabilité quant au développement de ces compétences intellectuelles.Si nous diffusons la responsabilité, nous nous interdisons que le réseau fasse les efforts nécessaires pour améliorer ces compétences.Il est évident que toutes les disciplines collaborent au développement des compétences langagières.Ce n\u2019est pas l\u2019exclusivité des professeurs de français.Cependant, fort sagement, le gouvernement a décidé de mettre l\u2019accent sur les cours de français afin de leur assigner, entre autres, la responsabilité de développer des compétences langagières qui, éventuellement, feront l\u2019objet d\u2019un examen national qui garantira la compétence au niveau préuniversitaire et au niveau technique.Nous pensons très sérieusement qu\u2019abstraction faite de la philosophie il faudrait absolument que le gouvernement pense à établir un examen national garantissant l'atteinte de compétences intellectuelles, tant pour le niveau préuniversitaire que pour le niveau technique.Ce faisant, le gouvernement devrait assigner une responsabilité quant au développement de ces compétences intellectuelles afin que cette évaluation ne soit pas seulement un contrôle punitif à la sortie, mais donne aux collèges, par les efforts pédagogiques qui seront faits dans les cours \u2014 ici, de philosophie \u2014 les moyens d\u2019améliorer de telles compétences.Donc, si nous diluons la responsabilité, si nous disons que tous les cours participent à l\u2019élaboration de telles compétences, nous nous privons des moyens d\u2019améliorer ces compétences.Il est bien évident que le professeur de chimie développe des compétences langagières dans ses cours, mais il ne va pas s\u2019arrêter une heure dans son cours de chimie pour expliquer des règles du français.Un prof de français peut le faire.De la même façon, le professeur de mathématiques développe des compétences intellectuelles dans son cours, aucun doute, mais il ne va pas s\u2019arrêter une heure dans son cours de mathématiques pour faire écrire trois pages d\u2019argumentation à ses étudiants et y revenir de façon critique.Nous avons justement une formation générale, avec des disciplines majeures dans cette formation générale qui sont, entre autres, le français et la philosophie.Donnons-leur une mission qui n\u2019est pas exclusive.Tant mieux si les autres y collaborent.Donnons-leur une mission, une responsabilité et, éventuellement, instaurons un examen à la fin, et nous améliorerons ainsi les compétences des étudiants, au grand plaisir des universités et du marché du travail.M.Therrien (Jean-Marie): Mme la ministre, j\u2019aimerais compléter la réponse de Pierre Cohen-Bacrie.En fait, votre question porte un peu sur la spécificité de notre discipline, puisque, finalement, dans le mémoire, on a développé l\u2019idée qu\u2019on était prêts, disons, d\u2019une certaine façon, à entrer dans certains objectifs de la réforme puisque ces objectifs-là sont communs à notre discipline.Je vous donne un exemple.Disons que je suis un professeur d'histoire et que j\u2019explique les causes de la Révolution française ou que j\u2019explique les causes de la révolution industrielle.Le professeur d\u2019histoire ne peut pas prendre une heure pour réfléchir sur ce que c\u2019est une cause, finalement, en histoire.Il ne peut pas prendre comme objet, d\u2019une certaine façon, la réflexion sur la démarche qu\u2019il demande de faire à ses étudiants.Donc, il est obligé de faire une espèce d'énumération et, finalement, l\u2019étudiant, d\u2019une certaine façon, ne comprendra pas le processus.Donc, la philosophie, elle, prend comme objet la réflexion sur la méthode.Et, d\u2019une certaine façon, ça, c\u2019est propre à la philosophie.Et vous avez vu les objectifs de compétences intellectuelles que nous avons dégagés, mais ces objectifs-là, nous, on les a toujours \u2014 je pense que les professeurs de philosophie le font \u2014 reliés à des thèmes qui parlent aux étudiants, à des thèmes précis, de sorte qu\u2019on a l\u2019avantage à la fois de donner un contenu et de réfléchir sur le processus intellectuel de connaissance.Et ça, c'est propre à notre démarche, Mme la ministre.Mme Robillard: Mais j'ai compris aussi, par la réponse de M.Cohen-Bacrie, que les mêmes objectifs COMMISION PARLEMENTAIRE 20 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2608 Débats de l\u2019Assemblée nationale 14 mai 1993 peuvent aussi être partagés par d'autres disciplines, c'est-à-dire.M.Cohen-Bacrie: Ça veut dire.Mme Robillard: Oui, allez-y, M.Cohen.M.Cohen-Bacrie: .qu'ils gagnent à être appuyés, absolument.Comme en ce qui a trait au français, à la compétence langagière, nous avons tout à fait intérêt à ce que l\u2019ensemble des disciplines valorise la compétence langagière.Mme Robillard: Vous insistez aussi beaucoup dans votre mémoire \u2014 et c\u2019est suite aux travaux de votre association, des dernières années, je pense \u2014 sur une séquence de cours en philosophie.Est-ce que, vraiment, il y a obligation de séquence dans les objets, dans le fond, qui s\u2019impose en philosophie?Est-ce qu\u2019une séquence s\u2019impose nécessairement dans des cours de philosophie?(10 h 40) M.Cohen-Bacrie: C\u2019est surtout au niveau du développement des compétences intellectuelles que la séquence s\u2019impose.Jusqu\u2019à présent, nous sommes dans la situation, en philosophie, où nous disons: Dans tous les cours de philosophie, on développe l\u2019analyse, la synthèse, la capacité d\u2019argumentation, et on ne s\u2019assure aucunement que ceci soit réalisé de manière spécifique dans chacun des cours, comme disait M.Brouillet.L\u2019idée de séquence, c\u2019est l\u2019idée d\u2019une progression ordonnée qui se dit: Au fond, l\u2019objectif terminal, c\u2019est quoi?11 faut que l\u2019étudiant soit capable d\u2019élaborer une argumentation complète.Pour cela, il y a des présupposés.Et, donc, il serait très intéressant que, dans chacun des cours, on dise: Bien, ici, tu commences par la conceptualisation, la définition et l\u2019analyse, et là tu passes à la comparaison, et puis ensuite à la critique, et puis ensuite à la problématisation et à la synthèse.C\u2019est donc au niveau des compétences intellectuelles que la progression ordonnée se justifie essentiellement.M.Thérrien (Jean-Marie): M.Serge Saint-Laurent voudrait compléter.M.Saint-Laurent (Serge): Il y a aussi un autre motif à cette séquence-là, qui est très important, c est ce qui concerne le contenu même des cours.Il ne faut pas oublier que ce que la coordination provinciale a privilégié par le biais de ses représentants et de ses porte-parole, c\u2019est le fait que la séquence inclut elle-même une progression relativement à l\u2019histoire de la philosophie.Et c\u2019est ce qui se retrouve, au fond, dans la progression des cours ou la complexification des cours, de philosophie 101 à aller jusqu\u2019au quatrième cours.Et ça, cet ancrage des habiletés à l\u2019intérieur même de I évolution historique.Comme disait Pierre tout à I heure, on ne peut pas enseigner un contenu ou enseigner uniquement des habiletés sans voir ce qui est le lien exactement, du point de vue de ce qui est profitable pour l\u2019étudiant.C\u2019est pour ça que je reviendrais un petit peu sur ce dont vous avez parlé tout à l\u2019heure, à savoir: Est-ce que la philosophie est peut-être la seule discipline à avoir le monopole de ce genre de compétences ou du type d objectifs que l\u2019on vise dans la formation générale?Dans la formation collégiale, comme vous l\u2019avez retenu comme principe, du moins, dans le projet de réforme, il y a des composantes de formation générale, il y a des composantes de formation spécialisée et il y a des composantes de formation complémentaire à la formation générale.Par conséquent, il ne faut pas, d\u2019autre part \u2014 et c\u2019est ce qui est le principe de l\u2019approche programme \u2014 compartimenter aussi, à l\u2019intérieur de chacun de ces éléments-là, tout ce qui est relatif aux compétences intellectuelles ou aux objectifs que les gens visent.Et c\u2019est pourquoi ce qui est avantageux dans l\u2019approche programme, c\u2019est la concertation entre les divers intervenants autour, évidemment, de la progression que l\u2019élève peut suivre à l\u2019intérieur de son cours collégial.Et dans les programmes existants et dans ceux qui se préparent à exister à très court terme \u2014 je pense, notamment, au programme de sciences de la nature, où il y a une entente conjointe ou un travail conjoint entre, au moins, le collège de Miche! Paquette et le mien, et d\u2019autres aussi \u2014 et dans les programmes existants qui ont un contenu qui est assez contraignant, il y a cette approche-là.Et c\u2019est ce qui, à notre sens, est le plus bénéfique pour l\u2019élève et pour les gens qui lui enseignent.Et c\u2019est pourquoi la coordination a adopté cette dimension pédagogique qui apparaît, pour certains, nouvelle, mais qui, en fait \u2014 à moins qu\u2019on ne se trompe \u2014 existait aussi antérieurement, mais s\u2019était un peu relâchée avec le temps, disons.M.Therrien (Jean-Marie): Mme la ministre, au sujet de la séquence, j\u2019aimerais juste ajouter deux points.Des étudiants ont fait remarquer, lors d\u2019une émission à Radio-Canada au mois de février \u2014 c\u2019étaient des étudiants du collège Édouard-Montpetit \u2014 que la séquence, telle qu\u2019on l\u2019avait organisée, elle leur parlait, d'une certaine façon, enfin, d\u2019une façon très précise.Le premier cours, c\u2019est un cours d\u2019introduction où I étudiant apprend surtout, enfin, les grands penseurs, I origine de la philosophie, certains processus de connaissance.Le deuxième, l\u2019étudiant dit: Bien, j apprends à connaître un peu la nature, la science, la technique.Est-ce qu\u2019il y a des limites, finalement, au progrès technique?Est-ce que le progrès, c\u2019est quelque chose, finalement, de toujours positif?On peut examiner cette notion-là qui est apparue en philosophie, enfin, on pourrait dire autour du XVIIc, XVille siècle Ensuite, l\u2019étudiant dit: Bien, dans le 301, Conception de l\u2019être humain, bien, là, j apprends un peu à connaître, à travers l\u2019histoire, quelles ont été les conceptions de la personne humaine et aussi I actualité de celte problématique aujourd'hui; il y a des interrogations pour savoir c\u2019est quoi le statut d une personne au début de la vie ou à la fin de la vie.Et le dernier cours, c\u2019est le COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 21 4* 14 mai 1993\tCommission permanente\tCE-2609 cours qui se réfère beaucoup plus à l\u2019action, l\u2019action politique, les réflexions, finalement, éthiques que les grands penseurs ont élaborées.Et aussi, je pense que les étudiants sont confrontés à des problèmes éthiques, même à leur âge.Ça, c\u2019était le premier point.Le deuxième, c\u2019est que la séquence, elle permet aussi, entre les cours, d\u2019avoir des contenus vraiment spécifiques, de sorte que l'étudiant voit que, quand il a compris des éléments du 101, il a du bagage intellectuel pour passer au deuxième cours.Et, même nous, on pourrait même souhaiter que le premier soit un prércquis au deuxième et le deuxième un prérequis au troisième, un peu comme certains cours de mathématiques.Notre discipline, je pense qu'elle a intérêt à être reconnue pour son apport, finalement, dans le progrès, dans la réflexion, tant thématique qu\u2019intellectuelle.Donc, c\u2019étaient les deux points que je voulais ajouter.Mme Robillard: Vous avez soulevé aussi à l\u2019intérieur de votre mémoire, M.Therrien, que vous étiez heureux que, malgré l'identification de trois insistances très spécifiques, je pense, qu\u2019on indiquait à l\u2019intérieur des cours de philosophie, on n\u2019ait pas conclu que ces insistances-là se traduiraient mécaniquement par un cours.Mais vous avez dit: Il faudrait ajouter une quatrième insistance qui est l'approche du réel très spécifique.Est-ce qu\u2019on ne pourrait pas, donc, ajouter cette quatrième insistance, avec raison, mais sans nécessairement ajouter un quatrième cours?M.Cohen-Bacrie: Si vous ne faisiez pas droit à nos arguments concernant le développement des compétences intellectuelles, pourquoi pas?Mme Robillard: Ça vous a.M.Cohen-Bacrie: Mais il me semble qu'on y perdrait.Mme Robillard: Ça vous apparaîtrait possible?M.Cohen-Bacrie: Au niveau purement des contenus, oui.Mais, à ce moment-là, on y perdrait forcément.Si on décidait d\u2019assigner à la philosophie une responsabilité particulière au niveau du développement des compétences intellectuelles, à ce moment-là, on perdrait un élément important, surtout si on envisageait un examen à la fin des études.Mme Robillard: Oui.M.Cohen-Bacrie: .à ce niveau-là.Mme Robillard: Est-ce que je peux encore?Non?Le Président (M.Bradel): Trente secondes.Mme Robillard: Une toute dernière question, M.le Président.Le Président (M.Brade!): Allez-y.Mme Robillard: Hier, nous avons reçu \u2014 je pense que c'était hier \u2014 la Fédération autonome du collégial qui nous a présenté une nouvelle pondération des cours de philosophie; donc, avoir trois cours de philo, mais avec une pondération différente.Est-ce que vous avez pris connaissance de cette proposition, et comment se situe l\u2019association des professeurs de philosophie par rapport à cette proposition?M.Cohen-Bacrie: Absolument, nous avons, bien sûr, pris connaissance de cette proposition.Nous pensons qu\u2019il est intéressant, dans la formation générale, de regarder de près les modalités d\u2019encadrement supplémentaires qui pourraient être développées, peut-être à l\u2019intérieur du Règlement, d'ailleurs.Lorsque nous avons parlé de différents moyens existants pour arriver à un résultat semblable, c\u2019est sûr qu\u2019un élément comme celui-là fait partie de ces moyens aussi.Mais, de toute manière, il est intéressant en soi, surtout si on pense à la première année, d\u2019ailleurs, au niveau de la formation générale.Mme Robillard: Merci.Le Président (M.Brade!): Merci.M.le député de Lac-Saint-Jean.M.Brassard: Bon! Il y a une chose que vous faites ressortir, je pense, tout à fait à propos, c\u2019est que, dans tout le système d\u2019éducation québécois, la philosophie est une discipline proprement collégiale.Elle n\u2019existe que dans cet ordre d\u2019enseignement.Une voix: Et universitaire M.Brassard: Universitaire si vous voulez vous spécialiser.Si vous voulez vous spécialiser, là, c\u2019est clair; sinon, vous ne fréquentez plus cette discipline-là.Si vous allez en génie ou ailleurs, c\u2019est terminé.C\u2019est au collégial que vous abordez cette discipline.Juste ça, ça me semble essentiel.Il faut mettre ça en exergue, parce qu'à partir de ce moment-là ça a de l\u2019importance et ça a aussi des conséquences puisque c\u2019est le seul ordre d\u2019enseignement où cette discipline se trouve.D\u2019autre part, il a été signalé qu\u2019il y a quelques années, bon, cet enseignement a comporté bien des lacunes, parfois même, admettons-le, quelques dérapages, des erreurs pédagogiques même.Sauf que ce qu\u2019on doit constater actuellement \u2014 et vous en êtes la preuve vivante \u2014 c\u2019est que les professeurs de philosophie eux-mêmes ont pris conscience des faiblesses, des lacunes, des erreurs qui se sont commises, ils se sont mis à la tâche et ils ont accompli, à mon point de vue, un travail tout à fait remarquable, exceptionnel.(10 h 50) Vous avez pris la peine, d'ailleurs, de payer une page de publicité dans 1-c Devoir pour faire connaître à COMMISION PARLEMENTAIRE 4» 22 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2610 l'ensemble de la population, enfin au plus grand nombre possible de personnes, cette fameuse séquence progressive de quatre cours.Ça, ça a été fait par les professeurs de philosophie dans tout le réseau.Ça a été discuté, examiné, réexaminé, adopté.Et je comprends bien que l'ensemble des départements de philosophie des collèges s\u2019est prononcé là-dessus, puis qu'il y a, sinon une unanimité, une quasi-unanimité là-dessus.Ça m\u2019apparaît important, parce que vous répondez aux objections qui avaient été exprimées par beaucoup d\u2019intervenants.Vous resserrez les contenus, vous précisez les objectifs, vous identifiez les méthodologies et vous désignez aussi les compétences intellectuelles à acquérir pour l\u2019étudiant, tout cela de façon progressive.Moi, je vous le dis, c\u2019est un travail tout à fait exceptionnel, et je ne comprends pas que le ministère de l\u2019Enseignement supérieur n\u2019ait pas immédiatement assumé ce travail-là pour l\u2019imposer dans tout le réseau.Je ne comprends pas.Plutôt que d\u2019essayer d\u2019imaginer ou de concevoir autre chose, il n\u2019avait qu\u2019à prendre en compte ce travail-là.Le travail était fait.Première question.Quand on dit que l\u2019àcquisition des compétences intellectuelles, dans une perspective de formation fondamentale, ça peut être poursuivi pas uniquement dans la discipline philosophique, c\u2019est vrai, c\u2019est juste.Et vous l\u2019avez signalé: avec l\u2019approche programme, il faut justement que ces compétences intellectuelles soient la préoccupation de toutes les disciplines, y compris dans les spécialisations, les programmes spécialisés.C\u2019est la même chose pour les compétences langagières.Moi, j\u2019aime beaucoup votre comparaison.Le souci, la préoccupation du français ne doit pas être exclusive aux professeurs de français.Ça doit être la vôtre aussi, comme professeurs de philosophie.Ça doit être celle des professeurs d'histoire.Ça doit être celle, même, des professeurs de mathématiques.Ça doit être celle de l\u2019ensemble du corps professoral, le souci du français comme outil de communication et de pensée.Mais, est-ce que c\u2019est une raison, à ce moment-là, pour diminuer le nombre de cours de français?Non! Au contraire, on ajoute des heures.Alors, je vous comprends bien quand vous dites que les compétences intellectuelles doivent être la préoccupation de toutes les disciplines qui s\u2019enseignent au collège, mais ça ne doit pas être une raison ou un motif pour réduire le nombre des cours de philosophie.C\u2019est ça?M.Cohen-Bacrie: Je pense, M.le député, que vous nous avez très, très bien compris.Et il faut, de plus, penser qu\u2019au niveau structurel nous avons le maintien, actuellement, des cégeps.C\u2019est clair.Et nous avons le maintien de la formation générale.C\u2019est clair.Il faut qu\u2019elle serve à quelque chose! On ne peut pas, structurellement, confier à la formation spécifique le mandat exclusif de développer les compétences langagières et intellectuelles sous prétexte que tout le monde peut le faire.Il est bien sage, puisqu\u2019il y a une formation générale commune, d\u2019accorder, je dirais, le primat 14 mai 1993 du développement de ces compétences aux disciplines majeures de la formation générale et, si elles peuvent le faire en séquence, c\u2019est encore mieux.Dans les disciplines du secteur technique, il faut se rendre compte des limitations inhérentes à la discipline elle-même, aux manuels existants, à la formation des enseignants, enfin.Donc, on peut attendre de l\u2019ensemble de ces disciplines du secteur techniqué*un appui au développement de l\u2019argumentation, mais on ne peut pas attendre d\u2019elles un développement complet de l\u2019argumentation.A cet égard, il serait intéressant de remarquer ce qui se passe dans différents pays occidentaux qui sont confrontés exactement au même problème d\u2019avoir à développer les compétences intellectuelles de base de tous leurs étudiants.Et ces pays occidentaux, qui ont beaucoup moins de philosophie dans leurs programmes ou, parfois, qui n\u2019en ont pas, sont en train d\u2019imaginer des moyens pour demander à leurs enseignants du secteur technique de développer des compétences en maîtrise de la pensée formelle, ce qui cause des difficultés inouies.Nous avons au Québec une chance, c\u2019est que nous avons un réseau de collèges qui est presque unique au monde, dans lequel nous avons une formation générale commune qui est prête à remplir cette mission de développer des compétences de base.Il suffirait qu\u2019on la lui donne.M.Brassard: Maintenant, ce qui se passe présentement dans les cégeps, j\u2019aimerais avoir quelques données là-dessus.Est-ce que, à la suite de ce travail que vous avez accompli, les professeurs de philosophie, les départements de philosophie ont attendu la caution ou le signal d\u2019en haut pour mettre en vigueur, mettre en oeuvre le travail que vous avez accompli et qu\u2019on retrouve dans Le Devoir d\u2019hier?M.Therrien (Jean-Marie): Serge Saint-Laurent va vous répondre.M.Saint-Laurent: Ma conviction profonde, c\u2019est que, s'il y a dans ce qui est envisageable dans la réforme actuelle un lieu où il y a une garantie quant à ce qui pourrait être une contribution de discipline \u2014 je dis bien de discipline, ici \u2014 c\u2019est bien en philosophie, puisque tout ce qui est avancé dans le premier mémoire et dans celui-ci, et qui existe depuis au-delà de deux ans dans les réunions de coordination, qui n\u2019ont pas toujours été subventionnées à leur juste mesure, il faut l\u2019avouer.Bon.Alors, tout ce qui s\u2019est produit à l\u2019intérieur de ça comme documents, comme discussions dans les départements et ainsi de suite .Il y a une chose qui est sûre, c'est que tout ce qui est là est l'émanation des professeurs de philosophie du collégial de la province de Québec.Ça, c\u2019est clair.Et, par conséquent, dans la mesure où, nous, nous pensons que ce qui est contenu ici est en conformité et est susceptible de contribuer de manière considérable à ce qui est envisagé dans la réforme, s\u2019il y a une garantie au moins dans tout ce qui est le Débats de l'Assemblée nationale * COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin DE la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 23 4* 14 mai 1993 Commission permanente CE-2611 reste par rapport à ça, elle est là.O.K.?Maintenant, je crois que, dans l\u2019interprétation que vous avez faite tout à l'heure \u2014 qui, à mon sens, nous sert bien et je vous en remercie \u2014 il y a aussi une chose.C'est que, lorsque vous dites: Comment se fait-il qu'on n'ait pas reconnu ce travail-là?je crois qu'une des raisons premières, c'est qu'en partie il était peut-être un peu méconnu.Mais ce n'est probablement pas la raison.La raison peut-être la plus acceptable, c\u2019est qu'on questionnait.M.Brassard: Vous l'avez fait sans mandat, probablement.M.Saint-Laurent: Oui, mais aussi c'est qu\u2019on questionnait peut-être soit le retard, soit une sincérité un peu feinte.Et là, il ne faut pas se cacher la réalité.Tout ça a existé, nous a été présenté.Mais, en fait, ce qu'il faut bien comprendre, c\u2019est que tout ce qui émane de la séquence de contenu de cours, de compétences intellectuelles envisagées en fonction d\u2019une évaluation et tout ça, c\u2019est la suite de ce qu\u2019est l\u2019expérience pratique des gens dans une salle de cours dans tous les collèges de la province de Québec, tant du point de vue général que du point de vue professionnel.Eux-mêmes ont senti depuis un certain nombre d\u2019années, ce qui, évidemment, n'est pas exclusif à notre discipline peut-être, le besoin de se resserrer, d'organiser au moins une séquence.Et, quand on questionnait tantôt la séquence, on se disait: Oui, mais ce serait peut-être une «administrabilité» un peu compliquée que de se dire: Oui, mais si on doit avoir un prérequis, bon, tout ça, c'est des questions qui sont toujours l\u2019objet d\u2019une discussion dans les collèges, en permanence.C'est peut-être plus du côté de cette avenue-là qu\u2019il y a eu une sorte d'écart, au moins apparent, en tout cas au début, entre ce qui semblait être le projet de la réforme et ce qui était présenté comme émanant des professeurs de philosophie du collégial.M.Brassard: Mais ma question, c'était: Est-ce qu\u2019actuellement, dans les cégeps, cette séquence-là est mise en oeuvre?nus minimaux communs et d\u2019essayer d\u2019expérimenter une forme d'évaluation de ces contenus communs pour s\u2019assurer que ce soit fait dans les cours.C'était la recommandation de la coordination provinciale.J'espère et je crois que ça se fait dans les collèges, avec toute la bonne volonté des gens, mais je dois dire que, quand même, la commission parlementaire.Enfin, depuis la publication du rapport du Conseil des collèges qui recommandait la réduction à deux cours de philosophie, il y a eu une grande inquiétude dans le milieu et il subsiste présentement une très grande inquiétude puisque, même si la réduction de quatre à trois est formelle, les enseignants de philosophie tiennent à leurs objectifs, tiennent à leurs thématiques, connaissent l\u2019arsenal dont ils disposent pour être capables de faire passer tout ça dans les classes.Et on a beau dire: Bien, telle thématique de philosophie des sciences, par exemple, peut-être que ça pourrait trouver sa place dans les trois cours qui restent, mais, très certainement, on joue à une chaise musicale, là.Il y a des contenus qui ne pourront pas être assis sur les trois chaises qui restent puisqu'il y en aura trois au lieu de quatre.M.Saint-Laurent: Je voudrais peut-être ajouter quelque chose.M.Therrien (Jean-Marie): Oui.Serge Saint-Laurent voudrait préciser une réponse.M.Saint-Laurent: À propos de l\u2019inquiétude, vous savez que la discipline philosophie, à chaque fois que l\u2019on se pose des questions sur l\u2019enseignement collégial et sur ce qui devrait en constituer parfois une réorientation plus ou moins grande ou plus ou moins partielle, elle est toujours celle qui s\u2019inquiète le plus, c\u2019est bien connu.Mais il faut voir aussi que ce qui a été peut-être mésestimé jusqu\u2019à un certain point, c\u2019est l\u2019apport qu\u2019elle a amené \u2014 et elle va continuer à y contribuer, sans doute \u2014 à la formation générale au collégial.Il y aurait peut-être intérêt, jusqu\u2019à un certain point, à ce que l\u2019on change un peu de discipline quant à l\u2019inquiétude profonde.M.Therrien (Jean-Marie): Michel Paquette va vous répondre.M.Paquette (Michel): Aussi, on a bien insisté sur le fait que la séquence comme telle ne fait pas partie du programme, du cahier de l\u2019enseignement collégial.M.Brassard: Je sais, je sais.(I I heures) M.Paquette: Alors, ce qui arrive, c\u2019est que, formellement, il y a eu un vote de la coordination provinciale de philosophie, qui est l\u2019assemblée des délégués de chacun des départements, qui a recommandé la mise en oeuvre, dès cette année, des habiletés intellectuelles, donc d ajouter à chacun des cours des habiletés intellectuelles, d intégrer dans les cours comme tels les conle- Dcs voix: Ha, ha, ha! M.Saint-Laurent: .du moins dans les années à venir.Et c\u2019est pourquoi une des certitudes, à mon avis, c\u2019est qu\u2019il doit y avoir en ce moment \u2014 et c\u2019est, je pense, ce qui est l'objectif final de ce mémoire-là \u2014 une position politique à cet effet-là \u2014 parce que, en réalité, c\u2019est de ça qu\u2019il s'agit \u2014 une position politique qui réaffirme sur des bases qui sont maintenant, sans doute, nouvelles ou envisagées avec des partenaires aussi un peu différents, et tout ça, mais qui sont des bases concernant un avenir.Et je crois que la philosophie, du moins dans sa dimension pédagogique, a besoin de ça, et que cette inquiétudc-là qu'on a partagée de façon extrêmement solitaire pendant très longtemps, elle devrait peut-être maintenant être partagée aussi par d'autres.COMMISION PARLEMENTAIRE fJb 24 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2612 M.Brassard: Maintenant, je voudrais bien comprendre votre mémoire, puis la séquence de quatre cours dont l'essentiel a paru hier dans l,e Devoir, parce que j\u2019ai des petits problèmes de compréhension.Est-ce que vous proposez des alternatives?Il y a ce travail -1 à qui a été fait: quatre cours, séquence progressive; tuut est bien identifié, les contenus, les compétences à acquérir, les objectifs.Par contre, dans votre mémoire, vous dites: Le quatrième cours, on pourrait peut-être l\u2019introduire dans le bloc adapté aux programmes.Ça, c'est le quatrième cours.Mais il y aurait quatre cours quand même, 180 heures; ça resterait comme tel.Et les objectifs et les compétences à acquérir, ça ne changerait pas, non plus.Je comprends?C\u2019est ça?Bon, Maintenant, après ça, quand vous abordez des cours complémentaires dans des champs précis, par exemple, dans le domaine des arts, la philosophie des arts ou la philosophie des sciences pour ceux qui sont orientés dans cette direction-là, ces cours-là, si je vous comprends bien, ça vient s\u2019ajouter aux quatre cours.Ça vient s\u2019ajouter.Ça ne vient pas se substituer à un des quatre cours.M.Cohen-Bacrie: Est-ce que je peux répondre à ça?M.Brassard: Bien oui.M.Cohen-Bacrie: Bon.Bien, très directement, les cours complémentaires, en tant que complémentaires à l\u2019extérieur du champ d\u2019étude de l\u2019étudiant, bien sûr, viennent s\u2019ajouter.Par contre, nous avons parlé effectivement de la substitution de l\u2019un des quatre cours de philosophie, et probablement \u2014 là, il faudrait voir de plus près au niveau des contenus \u2014 avec un cours qui porterait davantage, qui serait adapté aux niveaux philo des sciences, philo de l\u2019art, philo des sciences humaines.Ce qu'il faut bien remarquer, c\u2019est que, quand on parle d\u2019adaptation, on parle quand même de formation générale, de tronc commun, de cours obligatoires et de compétences intellectuelles de base pour tous.À cet égard, il est absolument essentiel, à notre avis, que la ministre se penche de près sur la recommandation qui consiste à lui demander pourquoi elle restreint ses pouvoirs d\u2019imposer une épreuve uniforme \u2014 dans l\u2019article 26 du Règlement \u2014 simplement à l\u2019application de l\u2019article 7 qui concerne la formation générale entièrement commune.Justement, ce qui est en jeu, c'est la notion de séquence.Lorsque la ministre se réserve le pouvoir d\u2019imposer une épreuve uniforme de français, il faut qu\u2019elle comprenne que le cours de français \u2014 je pense qu'elle le comprend, mais il faut que ce soit clair dans le Règlement \u2014 qui est dans la formation générale particulière au programme et dont elle définit elle-même les objectifs et les standards fait partie du développement des compétences qui vont être évaluées par l\u2019épreuve uniforme de français.14 mai 1993 De la même façon, en ce qui a trait au cours de philosophie, dans la mesure où nous recommandons une épreuve de vérification des compétences intellectuelles, il ne faudrait pas qu'elle ne porte que sur deux cours de philosophie, c'est-à-dire les deux qui sont à l\u2019article 7.C\u2019est pourquoi il faudrait peut-être penser à inclure l\u2019article 8 dans les pouvoirs que la ministre se réserve à l\u2019article 26 du Règlement.M.Brassard: Là, vous allez avoir besoin de comparaître à nouveau, parce que j\u2019ai de la misère à vous suivre et je comprends mal.Une voix: C\u2019est ça.M.Brassard: .que vous puissiez souhaiter, comme alternative.Je comprends que vous voulez faire des compromis, là, mais je comprends mal qu\u2019un cours de philosophie des arts ou de philosophie des sciences, ou je ne sais pas trop quoi \u2014- donc, des cours de philosophie quand même relativement spécialisés \u2014 puisse venir se substituer à un des quatre cours dont les thèmes sont pas mal plus généraux, qu\u2019il vienne s\u2019y substituer et que vous puissiez quand même atteindre les objectifs prévus.C\u2019est pour ça que, moi, dans votre mémoire, j\u2019ai de la misère à comprendre ça et j\u2019ai des problèmes de compréhension.Le Président (M.Bradet): Brièvement, M.le président.M.Therrien (Jean-Marie): Oui, Michel Paquette pourra essayer de vous éclairer.M.Paquette: Oui.Ce n\u2019est pas sur la technicalité qui consiste à inclure les cours du bloc 2 dans la portée d'un examen d\u2019évaluation.Je vais parler de ça juste deux minutes.C\u2019est que la philosophie est un peu à part quand il s\u2019agit de l\u2019évaluer.Les professeurs de philosophie regrettent qu\u2019une partie de l\u2019évaluation de l\u2019enseignement de la philosophie qui a été faite cette fois-ci se soit faite sur la base de préjugés ou, en tout cas, de rumeurs qui circulent dans le milieu, enfin, certainement pas sur la base d\u2019une évaluation de cette entité qu\u2019est la philosophie et comment elle contribue à la formation générale.La philosophie n\u2019est pas, au sens technique, dans l\u2019enseignement collégial un programme, comme le français n\u2019est pas un programme.Alors, c\u2019est facile d\u2019identifier si les étudiants ont réussi ou non à atteindre un certain niveau de compétence en français puisque l\u2019examen de français est obligatoire.Quand les enseignants de français auront bonifié les compétences langagières des étudiants, enfin, ça se saura.Maintenant, du point de vue des compétences intellectuelles que nous développons en philosophie, nous disons que celles-ci doivent aussi être évaluées.Voilà pourquoi on veut inclure le cours du bloc 2 dans la portée d\u2019un examen, d'une évaluation des compétences pour qu\u2019on puisse à la Débats de l'Assemblée nationale COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin de la S.p.Q.\u2014 Automne 199.1 25 Hh 14 mai 1993 Commission permanente 01-2613 fois gérer, mais aussi reconnaître la contribution Je la philosophie à ces compétences générales.Pour nous, c'est très important.Je veux bien comprendre qu'il y a beaucoup de choses qui sont prévues pour les programmes.Par exemple, la commission d'évaluation va se pencher pour évaluer de/ programmes, mais la philosophie n'est pas un programme; alors, ça la laisse, si vous voulez, dans le néant pour ce qui est de ces questions-là.Et, pour nous, c'est très, très important que nous n\u2019y restions pas trop longtemps.Sur l'autre question du cours de réflexion, il y a déjà dans la réforme, comme objectif de la formation générale qui est retenu: comprendre les spécificités des approches du réel qui sous-tendent les grands domaines du savoir, l'art, la science, la technologie, les mathématiques, les sciences humaines.Ça peut être fait par un cours complémentaire, sauf que ce n\u2019est pas.Il faut bien comprendre que le cours complémentaire, par définition, il est hors champ.Alors, ça, c'est quand même imponant.C\u2019est-à-dire que, si c\u2019est un étudiant de sciences humaines qui va suivre un cours sur la thématique science et technologie, ce n\u2019est pas un étudiant de sciences qui réfléchit, qui porte un regard second \u2014 ce qui est caractéristique de la philosophie \u2014 sur les contenus et la méthode de la science.(11 h 10) Et c\u2019est la différence qui existe entre le cours thématique de science et technologie, dont on comprend qu\u2019il a été réclamé par plusieurs études sur la formation générale.Il y a plusieurs personnes qui disent que la formation générale doit être plus équilibrée, mais ça ne correspond pas à ce regard, à cette réflexion sur les fondements'du savoir que fait la philosophie.Le Président (M.Brade!): M.Paquette, je me dois de vous interrompre.Le temps qui nous est alloué est malheureusement dépassé.Je voudrais vous remercier, M.le président, ainsi que les gens qui vous accompagnent, de l'éclairage de sagesse que vous avez su apporter à nos travaux.Permettez-moi.Nous avons le consentement.O.K.Nous allons suspendre pour deux minutes.(Suspension de la séance à 11 h 11) (Reprise à.l 1 h 13) Le Président (M.Bradet): À l\u2019ordre, s'il vous plait! Je vous demanderais de respecter le silence.La commission n'est pas terminée.Merci beaucoup.Avec le consentement des deux partis, nous dépassons l'ordre de la Chambre de 10 minutes pour permettre des remarques finales, et les premières 5 minutes seront au critique de l'Opposition officielle en matière d'éducation, M.le député de Lac-Saint-Jean.Remarques finales M.Jacques Brassard M.Brassard: M le Président, d\u2019entrée de jeu, j'aimerais souligner le travail remarquable des groupes qui, en très peu de temps, ont su produire des mémoires de qualité, ne se contentant pas simplement de critiquer, pour la plupart, mais également apportant des solutions concrètes aux principaux irritants observés.C\u2019est un esprit constructif, il faut le dire, qui a animé cette commission où des alternatives tout à fait pertinentes ont été proposées à plusieurs des éléments du renouveau auquel nous convie le gouvernement libéral.La balle est maintenant dans le camp de la ministre.La ministre a indiqué, dès le début de nos travaux, que sa réforme n\u2019était pas un château de cartes, qu\u2019elle ne ferait pas d\u2019ajustements à la pièce.Là-dessus, je lui dirais qu\u2019il ne faudrait pas, non plus, que ça devienne un château en Espagne construit sur du sable mouvant.Et, pour ne pas que ça devienne un château en Espagne construit sur de mauvaises bases, on doit réunir des conditions essentielles pour une implantation réussie d'une telle réforme, et d'abord l\u2019engagement des principaux acteurs et la disponibilité des ressources financières; sinon, le château en Espagne va s\u2019écrouler.L'engagement des divers personnels et des élèves ne pourra se manifester que dans la mesure où la ministre acceptera de donner suite aux irritants majeurs qui lui ont été signalés, irritants qui viennent du fait qu'il y a eu dérapage, à mon avis, par rapport aux consensus dégagés en commission parlementaire l\u2019automne dernier, consensus qui ont été, de mon point de vue, mal incarnés dans les propositions.Voici quelques exemples: accroître et favoriser la réussite et la persévérance aux études; ce n'est pas par une taxe à l\u2019échec, de nouvelles exigences d\u2019entrée au collégial et l'insuffisance de mesures concrètes pour venir en aide aux étudiants qu'on va atteindre un tel objectif.On parlait de renforcer, d'enrichir la formation générale commune; le jeu de blocs que nous propose la ministre comporte plusieurs éléments qui ont été contestés, comme la diminution, on l\u2019a vu tantôt, des cours de philosophie et d\u2019éducation physique, de même que le bloc des cours adaptés et aussi l\u2019ajout de deux cours d'anglais.On parlait de mettre l'accent sur les compétences pédagogiques, la fonction d'enseignement et la place majeure de l'enseignant dans la réforme; on constate une diminution de la représentativité des personnels au sein des instances décisionnelles, l\u2019insuffisance également de ressources consenties au perfectionnement des maîtres et au ressourcement professionnel.Il s'agissait d'améliorer l\u2019accès, l'organisation scolaire et le financement du secteur de l'éducation des adultes; là-dessus, c'est le silence presque complet dans les propositions ministérielles, et plusieurs ont signalé qu'il fallait absolument prendre en compte cette dimension majeure de COMMISION PARLEMENTAIRE Hb 26 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 CE-2614 l'enseignement collégial.On voulait accroître l'autonomie des collèges; on a, dans bien des cas, accru les contrôles ministériels, particulièrement en matière de gestion du personnel.Par ailleurs, ce qui est inquiétant, c'est l'absence de ressources, non pas seulement financières, mais également humaines, en termes d\u2019aide à apporter aux cégeps pour faire face à leurs nouvelles responsabilités.On n'a qu'à penser au mandat confié aux cégeps en matière d\u2019évaluation et de gestion de programmes, à l'implantation également de l\u2019approche programme avec laquelle tout le monde est d\u2019accord.La ministre pourrait donc aller de l\u2019avant avec les éléments qui ont reçu l\u2019aval de la majorité des intervenants, et ils sont nombreux.Je pense, notamment, aux modifications apportées au secteur de la formation technique et préuniversitaire, à l\u2019implantation des sessions d\u2019accueil et d\u2019intégration, à la création d\u2019une commission d\u2019évaluation, à l\u2019implantation de l\u2019approche programme, au transfert de nouvelles responsabilités académiques pour les cégeps, à la création d\u2019une commission des études.Il y a des consensus, et on peut aller de l\u2019avant à ce sujet-là.D\u2019autres aspects pourraient être pris en compte très rapidement et donner lieu à des amendements au projet de loi et au régime des études collégiales.Je pense, en particulier, à la composition du conseil d\u2019administration, à la composition de la commission des études, à l\u2019enrichissement de la mission des cégeps, à l\u2019élargissement du mandat de la commission d\u2019évaluation, à l\u2019ajout de certaines dimensions au mandat confié au Conseil supérieur de l\u2019éducation, au retrait de la taxe à l\u2019échec, au retrait des contrôles abusifs.Et je vais conclure dans un paragraphe, monsieur.Un peu de souplesse! Il serait sage que la ministre reporte à plus tard l'application d'autres mesures en se donnant la peine d\u2019examiner plus à fond certains éléments.Et là, je pense au contenu de la formation générale.À cet égard, nous accueillons, pour notre part, avec beaucoup d\u2019intérêt la recommandation de la Centrale de l\u2019enseignement du Québec qui suggère l\u2019instauration d\u2019un moratoire sur cette question, en confiant au Conseil supérieur de l\u2019éducation le mandat d\u2019examiner l\u2019ensemble du curriculum secondaire, collégial et universitaire \u2014 et ajoutons même primaire \u2014 en vue d\u2019assurer une cohérence de la formation.La sanction des études secondaires pourrait également être portée à l'attention du Conseil.Et je conclus, M.le Président.Le sort réservé à la réforme dépendra en grande partie des suites que la ministre entend donner à cette commission parlementaire et aux recommandations que vous ont faites les groupes qui sont intervenus devant nous.Merci.Le Président (M.Bradct): Alors, merci.Mme la ministre, pour vos remarques finales, vous avez cinq minutes.14 mai 1993 Mine Lucienne Kobillard Mme Robillard: Merci, M.le Président.Mes premiers mots seront pour remercier tous les groupes qui sont venus en commission parlementaire, que ce soit les étudiants, les parents, les éducateurs, tous les professionnels qui oeuvrent dans les cégeps, les centrales syndicales, les représentants du monde socio-économique.Je pense que nous avons eu une très bonne représentation de tous ces groupes-là.Je voudrais vous faire remarquer aussi, M.le Président, qu\u2019il s\u2019agit de la fin de la deuxième étape des consultations publiques, ce qui veut dire, en incluant les consultations de l\u2019automne dernier, 125 heures d\u2019audiences publiques, 7 semaines d'audiences publiques.(Il h 20) Et je pense que cette semaine a été particulièrement fructueuse.Tous les groupes de cette semaine ont démontré que le renouveau collégial n\u2019était pas un château de cartes, que les fondements étaient bons et solides.Il y a eu plusieurs propositions et je dois dire d\u2019excellentes propositions, et il y aura sûrement des ajustements et des modifications.Et nous trouverons le moyen d\u2019impliquer encore davantage les personnels des cégeps dans ce renouveau collégial.C\u2019est très clair.Je vais maintenant prendre le temps de réfléchir à ces modifications-là, de les regarder dans l\u2019ensemble du renouveau collégial pour maintenir un système cohérent.Et ça, je pense que c'est très clair.Je ferai connaître les modifications au renouveau collégial dans le cadre du processus législatif, en toute transparence.Mais ce qui est très clair, c'est que, si l'Opposition est partisane du statu quo en formation générale, le gouvernement, lui, choisit le renouveau.Et nous allons passer à I action d\u2019ici la fin de la session.Merci bien, M.le Président.Le Président (M.Brade!): Alors, merci, Mme la ministre.Merci aux parlementaires, à tous ceux qui se sont présentés ici.Ceci étant dit, la commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die.(Fin de la séance à 11 h 21) Débats de l'Assemblée nationale rb COMMISION PARLEMENTAIRE Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 27 Hb LETTRE OUVERTE AUX FOSSOYEURS DE LA PHILOSOPHIE AU NIVEAU COLLÉGIAL C\u2019EST-À-DIRE AUX DISTINGUÉ(E)S MEMBRES DU SOUS-COMITÉ PÉDAGOGIQUE DE LA COORDINATION PROVINCIALE DE PHILOSOPHIE ET À LEURS SUPPÔTS (Seconde cl dernière version) Pierre Turcotte Montréal, le 9 juin 1992 Département de philosophie.Cégep de Maisonneuve Madame, Messieurs, Avertissement au lecteur \u2022\tLe texte qu\u2019on va lire ici a été rédigé avant même que la ministre Robillard lance dans le public son projet de réforme de l\u2019enseignement collégial et il visait exclusivement les positions défendues par la Coordination provinciale de philosophie au printemps 1992.\u2022\tMon opposition radicale à l\u2019idée de contenus minimaux communs et obligatoires n\u2019implique pas le moins du monde que je favoriserais la liberté totale du professeur et encore moins la licence de pratiquer n\u2019importe quoi n\u2019importe comment.Ce que je prône effectivement, c\u2019est que (comme l'indiquent peut-être, entre autres, mes remarques à propos du cours PHI-201) chacun des quatre cours comporte une vaste liste de contenus suggérés spécifiques parmi lesquels chaque professeur devrait obligatoirement effectuer un choix.Si je réclame pour chacun une telle marge de manoeuvre, ce n\u2019est pas en vertu de quelque idéal [abstrait) de la liberté qui serait le mien mais parce que celle-ci me paraît être la condition de possibilité de cet indispensable renouvellement périodique auquel tout professeur de philosophie digne de ce nom devrait soumettre sa pratique.\u2022\tLe recours à la tradition philosophique que j\u2019invoque si souvent dans ce texte, loin d\u2019impliquer la transformation des cours de philosophie en cours d\u2019histoire de la philosophie (plus ou moins déguisée), l\u2019exclut, au contraire absolument ! En effet, si l\u2019on me concède que rien n\u2019est plus contraire à l\u2019attitude philosophique que de se comporter comme si un donné empirique quelconque comportait en lui-même sa propre raison d'être, comment une approche vraiment philosophique de la tradition pourrait-elle légitimer un enseignement qui ferait subir à la philosophie elle-même (!) une présentation \u2018\u2018historico-chronoiogiquc\u2019\u2019.en d\u2019autres termes, qui la poserait comme un donné empirique chronologique ?\u2022\tIl importera peut-être au lecteur de savoir que ce texte a subi de la part de la revue Philosopher, en avril 1993.un refus de publication qui n\u2019était assorti d'aucune espèce de justification.Pierre Turcotte.12 novembre 1993 La lettre que vous allez lire vient probablement huit ans trop tard, j\u2019en conviendrais aisément, et je suis le tout premier à m\u2019accabler de reproches sur ce point.C\u2019est en effet, me semble-t-il aujourd\u2019hui, dès le moment de la gestation du \u201cmerveilleux\" Plan-Cadre provincial de Philosophie de 1984 que j\u2019aurais dû tenter d\u2019universaliser mes très nombreuses et très radicales réticences et dénoncer publiquement l\u2019ébauche d\u2019émasculation de la philosophie que déjà la Coordination s\u2019ingéniait à faire subir à notre discipline.Hélas, trois fois hélas, je m\u2019en suis tenu, depuis huit ans, à de pures et simples critiques orales devant un petit nombre de collègues de mon département (et parfois d\u2019autres départements) et, pour le reste, j\u2019ai stupidement cru opportun de m\u2019en tenir à la politique du \u201cbien faire et laisser braire\".Sans accorder à ma petite personne une importance qu\u2019elle n'a pas, j\u2019arrive mal à écarter de mon esprit l\u2019idée que peut-être j'aurais contribué à nous faire faire l'économie de l\u2019énorme gâchis où nous en sommes aujourd'hui et que sanctionnent vos plus récentes propositions sur la philosophie et son enseignement.A supjKiscr que mon envoi arrive trop 4* 28 Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 lard, je me serai, du moins, déchargé publiquement d'une énorme colère trop longtemps retenue et je vous aurai, au moins une bonne fois, dit votre fait, ù vous qui nous infligez le spectacle du confort intellectuel le plus beat, au moment même où vous vous montrez indignes des exigences les plus élémentaires de la pensée philosophique.Petit détour historique Ce que votre porte-parole officiel.M.Cohen-Bacrie, appelle dans scs trois dernières lettres de simples \u201céléments de précision\u201d au Plan-Cadre - qu'en ternies pudiques et peu transparents ces choses-là sont dites! - m\u2019apparaît être le dernier (en date) des actes d'une tragi-comédie qui a commencé en juin 1977 à mon département et s\u2019est ensuite, lentement mais sûrement, institutionnalisée \u201cà la grandeur de la province\" avec l\u2019apparition du désormais célèbre Plan-Cadre de 1984.En cflet, lors des journées pédagogiques de juin 1977 au C.E.G.E.P.Maisonneuve, deux professeurs (presque) frais émoulus de FU.Q.A.M.(dont l\u2019un, M.Michel Paquette, siège à votre comité) réussirent, grâce à l\u2019aide déterminante d\u2019un autre prolcsscur, chevronné celui-là.et qui était un peu l\u2019éminence grise de notre département, à faire voter par ledit département l\u2019introduction obligatoire d'éléments de logique formelle dans le cours PHI-101.éléments auxquels, nous assurait-on alors, nous aurions le droit, si nous le souhaitions, de ne consacrer que le tiers (environ) des quarante-cinq heures du cours.Les motifs avancés par ces deux professeurs dans leur lutte pour l'adjonction d\u2019une dose accrue de rigueur dans nos cours ressemblaient déjà dans leur forme et leur contenu à ce qui allait devenir plus tard une sorte de stratégie discursive et \u201cjuridique\u201d dominante dans notre département et à la Coordination, je fais allusion ici à la tendance à régler des problèmes particuliers ou des exceptions aberrantes à grands coups de lois valables pour tous.Car des rumeurs couraient à celte époque dans notre département, selon lesquelles certains professeurs du 101 (et d'autres cours) avaient des pratiques incompatibles avec une authentique réllcxion philosophique et nos bons apôtres, au lieu d\u2019inciter l\u2019assemblée départementale ou son représentant à tenter de régler cas par cas les problèmes posés par ces enseignements litigieux, ne trouvèrent pas mieux comme solution que de modifier substantiellement 1 \"\u2019esprit\" du cours PHI-101.Autant que je me souvienne, je fus le seul à contester (d\u2019une façon virulente, d'ailleurs.) une proposition dont la nécessité, pour dire le moins, ne m\u2019apparaissait pas clairement et je fis valoir les trois objections suivantes1: a)\tces \u201céléments de logique formelle\u201d ne pouvaient que rogner sur le laps de temps déjà trop court qui nous est alloué au 101 pour atteindre l\u2019objectif qui me paraît être le seul objectif indispensable de ce cours, à savoir introduire les étudiants \u201cdans\" la philosophie, c\u2019est-à-dire, illustrer de toutes sortes de façons la force, la richesse, l'ampleur et la hauteur de vues, la profondeur, la radicalité du discours philosophique.en d\u2019autres termes, légitimer dans la mesure de nos faibles moyens le type d'intelligibilité théorique si singulier que promeut depuis toujours notre discipline.D'ailleurs, je ne pouvais, déjà à cette époque, m\u2019cmpccher de penser -et la suite des événements a eu tôt fait de vérifier cette hypothèse - que certains qui se disposaient à voter en faveur de la proposition y entrevoyaient déjà une occasion de se défiler devant la tâche aussi redoutable qu\u2019incontournable qui est la nôtre, tout particulièrement au 101, de justifier maximalement devant les étudiants la pertinence de la philosophie2 et donc, par ricochet, d\u2019amoindrir l\u2019aspect nécessairement irritant, à leurs yeux, de son caractère obligatoire.Dois-je préciser ici qu\u2019on ne peut espérer y arriver que si l\u2019on n\u2019a pas la moindre mauvaise conscience d\u2019enseigner une matière obligatoire?b)\tune objection moins fondamentale mais tout de même sérieuse: il me semblait (et il me semble toujours!) que le souci minimal de la décence théorique3 chez un professeur de philosophie qui prétend inciter ses étudiants à plus de rigueur ne peut que l\u2019amener à se préoccuper beaucoup des liens organiques susceptibles de rattacher les divers contenus de son cours; or, je ne voyais pas comment on pourrait éviter, si l\u2019on acceptait la proposition précitée, de juxtaposer purement et simplement ces nouveaux éléments aux autres, \u201ccomme ça\", sans justification aucune, sans autre forme de procès (sinon de façon purement artificielle).c)\tje doutais, en outre, grandement de l'utilité et surtout de furgence\" qu'il y aurait à autonomiser la logique formelle: je trouvais et je trouve encore, bien plus \"fondamentalement formatricc\"(!) ce qui était, à l'époque, une pratique assez géné- Bulletin DE la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 29 ralisée à mon département4, tout à fait typique, il me semble, de la \u201cphilosophia perennis\" et qui consistait ù \"traverser\", pour ainsi dire, la teneur globale d'un texte (philosophique ou non) grâce à l'exhibition du réseau de ses concepts principaux, à la mise en lumière de l'articulation de ses thèses et arguments cl (ce qui est peut-être le plus instructif pour les étudiants) à la mise au jour de scs principes et postulats implicites, \u201ccachés\u201d.Ce genre de traitement des textes couplé à la correction en classe des principales erreurs d\u2019argumentation contenues dans les travaux des étudiants me paraissait et me paraît encore bien plus urgent, bien plus précieux cl bien moins onéreux que renseignement spécialisé, \u201cgratuit\" de la logique.Je ne dus pas cire très convaincant, ce jour-là.car avant d\u2019assister, tout triste, à un vote à peu près unanime en faveur de l\u2019innovation en question, je dus subir le discours amical mais paternaliste de plusieurs collègues qui me firent miroiter l'importance d\u2019etre ouvert ù l\u2019innovation et l'intérêt qu\u2019il y avait à au moins \"tenter\u201d l\u2019expérience et qui finirent par faire valoir que nous étions bien assez \u201cmatures\" pour mettre fin à Inexpérience\u201d, si elle s\u2019avérait non profitable.On connaît la suite.Depuis 1984, et tout particulièrement depuis trois ou quatre ans, la réalité s\u2019est chargée de dépasser très largement mes plus sombres prévisions de 1977: ceux et celles qui ont de l\u2019inlluence à la Coordination semblent, en effet, entretenir deux phantasmes majeurs, à savoir la métamorphose progressive des quatre cours de philosophie en une désolante séquence Initiation à l\u2019Argumentation Correcte 101-201-301-401 cl la transformation graduelle des individus-professeurs en pions interchangeables qui donneraient tous, un jour prochain, les mêmes contenus de cours à l'aide des mêmes textes des mêmes auteurs! Oh! quel \"sérieux\" n'aflichcrions-nous pas alors, et comme les représentants des autres disciplines et des instances supérieures \"comprendraient\" mieux ainsi le sens de notre entreprise! ¦ Fait cocasse cl déprimant à la fois que je me dois de rapporter ici: dans les années qui suivirent l\u2019adoption de la nouvelle \u201cmesure\u201d, bon nombre de collègues du niveau Collège 11 (dont plusieurs de ceux, soit dit en passant, qui m\u2019avaient invité, lors du débat sur ladite mesure, à faire preuve de plus d\u2019ouverture d\u2019esprit), quand arrivait leur \u201ctour\" d\u2019aller enseigner au niveau Collège 1 (PHI-101 et 201), cherchaient partous les moyens à se soustraire à Inexpérience\" de donner le \u201cnouveau\u201d cours PHI-101: on dut donc boire la coupe du ridicule jusqu'à la lie et se résoudre à procéder annuellement à un tirage au sort visant à déterminer lesquels parmi ces professeurs n'auraient pas à vivre l\u2019expérience exaltante d\u2019enseigner les rudiments de la logique formelle aux étudiants.Un dernier fait pour conclure cet interminable et sans doute ennuyeux retour sur l\u2019histoire: pendant des années, croyant bien avisée la politique du \u201cbien faire et laisser braire\"5, j\u2019ai renoncé à enseigner le 101 (heureusement, je trouvais fort bien mon compte au 301 et au 401) au lieu de me livrer à une contestation publique d\u2019un état de choses qui me privait de donner un cours que j\u2019adore autant que je le \"crains\".Puis, à partir de 1986.excédé par celte situation, j'ai osé offrir mes services au 101, bien résolu toutefois à ne pas y faire ce que je trouve trop peu pertinent, à savoir la logique: j'ai mis sur pied un cours qui.sans laire pratiquer la logique formelle ou informelle aux étudiants, rend si bien compte du titre du cours.Philosophie.Pensée cl Discours que même les thuriféraires du logicisme de mon département n\u2019ont pas osé me mettre de bâtons dans les roues; ils furent bien avisés de s'en abstenir car, le cas échéant, cela m\u2019aurait été un jeu d\u2019enfant de leur montrer que relativement au litre de ce cours, ce sont eux les délinquants, dans la mesure où ils réduisent les problèmes relatifs à la pensée humaine à ceux que pose cette modalité très particulière et très spécialisée de la pensée qu\u2019est la pensée déductive syllogistique.11 est grandement temps, désormais, que j\u2019entre dans le vif du sujet cl que je commente ce qui tout particulièrement me fait vous écrire, c\u2019est-à-dire les \u201ccontenus minimaux communs\" que vous nous \u201cproposez\u201d par l'entremise des lettres de M.Cohcn-Bacric du 7 mar s et du 16 avril dernier.I - Critique des \u201ccontenus minimaux communs\u201d A - Critique des principales justifications que vous donnez du caractère indispensable de ces contenus, eu égard aux exigences de la \u201cformation fondamentale\u201d des étudiants -Vous brandissez, entre autres choses, le spectre des risques que ferait courir à l\u2019avenir institutionnel de notre discipline ce que vous appelez \"la marge de manoeuvre trop grande\" qui serait actuellement laissée aux professeurs et la \"dispersion des pratiques\" qu'une telle \u201cmarge de 30 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 manoeuvre\" risque d'engendrer.Or.les \"principes\" sur lesquels vous vous appuyez |X)ur réduire celle prétendue dispersion me paraissent d'une telle faiblesse que je ne puis résister à l\u2019envie de les battre en brèche succinctement ici.1-\tLa variété de nos pratiques, dites-vous d\u2019abord, pourrait \"entraîner une certaine confusion chez les étudiants qui changent de C.E.G.E.P.ou reprennent leur cours avec un autre professeur.\u201d Je retrouve ici une façon coutumière d\u2019argumenter à la Coordination et chez certains \u201cténors\u201d de mon département qui, tout en entretenant une préoccupation apparemment obsessionnelle pour l\u2019argumentation \u201ccorrecte\", ne craignent pas pour autant d\u2019ériger à tout moment leur argumentation sur des prémisses purement factuelles et surtout purement contingentes, quand ce n\u2019est pas tout bêtement sur de purs et simples cas d\u2019exception.A vous lire, ma parole, on pourrait croire que nous devrions tout concevoir et bâtir nos cours à partir du cas de ceux qui auront le malheur d\u2019y \u201céchouer\u201d! Il faut être à bout d'arguments ou cyniquement \u201cpoliticien\u201d pour essayer de nous faire avaler pareille couleuvre.Vous ne scmblcz même pas concevoir, par ailleurs, la possibilité d'une mesure purement incitative (facile à appliquer et qui n\u2019impliquerait pas qu\u2019on repense tout de fond en comble pour résoudre des problèmes par trop particuliers!) et qui consisterait à inviter tous les professeurs à non seulement détendre mais encore et surtout à valoriser et à célébrer (au moins, une fois par session) auprès de leurs étudiants primo, la pluralité des philosophies de Thalès à Habermas(l).secundo, la pluralité des pratiques et des perspectives des divers professeurs de philosophie, le caractère à la fois \u201cfatal\" et heureux de cette diversité.A vous entendre, vous et vos pareils, on croirait parfois que vous trouvez, au fond, malheureux, qu\u2019à côté de Descartes, il y ait eu Spinoza et Leibniz, que Hegel n\u2019ait pas tout à fait réussi à annihiler les figures de Fichte et de Schclling ou qu\u2019avant Kierkegaard il y ait eu Jacobi et Hamann.A la réflexion, j\u2019ai bien peur que la seule chose que vous ayez intériorisée de la tradition métaphysique classique, ce ne soit son trait le plus déplorable, sa méfiance à l\u2019égard du multiple et sa vénération de l\u2019Un! 2-\tL;t pluralité de nos pratiques risque, en outre, selon vous, d\u2019être \u201cdifficilement compréhensible\" pour d\u2019autres disciplines ou pour des \u201cadministrateurs\u201d.Voici venir une autre de vos hantises coutumières, la peur du regard de l'\"Aulre\" qui vous inspire les pires solutions possibles à un problème qui, je vous le concède, sera toujours délicat et difficile à affronter: ce ne sera jamais simple de faire voir la spécificité de notre discipline et, si vous y tenez, sa contribution à la formation fondamentale, à des gens qui, par définition, n\u2019assisteront jamais à nos cours et ne disposeront toujours que des fort générales \u201cdéclarations d\u2019intentions\u201d que comporte un plan de cours (provincial, départemental ou individuel).Cela dit, vous avez tendance, semble-t-il, à répondre à ce défi de façon excessivement hé-téronomique et à vous poser devant r'Autrc\u201d sur la base d'une interprétation pusillanime et opportuniste de ce que d\u201d'autrcs\" pourraient attendre de notre \"clarification\" publique de notre discipline.Outre le fait qu\u2019une telle altitude suinte la mauvaise conscience la plus malve- nue, elle aboutit, pour complaire à l\u2019\"Autrc\", à un scandaleux et masochiste rétrécissement du champ de nos ressources potentielles.Qn n'est nas d'autant plus clair qu\u2019on a moins d'idées.M.Cohen-Bacric! On n\u2019apparaît pas d\u2019autant plus respectable qu\u2019on se montre prêt à se faire plus petit, à occuper moins d\u2019espace, bien au contraire.J\u2019ajouterai seulement, pour terminer sur ce chapitre, qu\u2019à force de s\u2019amputer, de dénaturer son identité, pour se rendre plus \u201c[re]-présentable\u201d, on risque de finir par n\u2019avoir plus rien à représenter.3-\tUne autre des \u201cjustifications\u201d que vous nous soumettez pousse jusqu\u2019à la caricature votre manie -étonnante, j\u2019insiste là-dessus, chez des prosélytes de l\u2019argumentation correcte - de déduire des pseudo-nécessités à partir d\u2019éléments purement factuels, donc contingents: je fais allusion à ce passage de votre encyclique du 7 mars (repris intégralement dans votre envoi du 16 avril) où vous fondez votre décision de \u201cproposer des contenus minimaux obligatoires\u201d pour les cours 101-301-401 sur une décision antérieure - au demeurant, plus que discutable - qui consistait à rendre obligatoires en 201 des éléments de philosophie des sciences \u201cafin de répondre [.] au souhait formulé par le groupe des coordonnateurs de sciences\".Dois-je voir une forme supérieure d\u2019humour noir de votre part dans l\u2019aveu candide (et ubucs-que!) que vous nous faites qu\u2019il fallait bien en arriver là puisqu'il aurait été \u201carbitraire\" de \u201climiter un tel effort de précision |.| au 201\"?Ou dois-je plutôt incliner à croire que vous vous foutez carrément de notre gueule?En plus d\u2019échafauder des réformes en profondeur sur des têtes d\u2019épingle, pratiqueriez-vous Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 31 aussi de la manière la plus cynique la politique du fail accompli?Voire argumentation folichonne me donne, par ailleurs, l'occasion de souligner avec quel empressement servile vous avez accepté de satisfaire au \"souhait\u201d des coordonnateurs de Sciences de la Nature! Comme cette complaisance a dû nous faire remonter dans leur estime! Et si je mets celte forme exemplaire de docilité en rapport avec votre enthousiaste et non moins servile (et opportuniste) acceptation du récent mot d\u2019ordre patronal concernant la \u201cformation fondamentale\u201d et la \u201cformation par programmes\u201d, j\u2019en viens à me demander jusqu\u2019où pourra aller l\u2019hétéronomie à laquelle je faisais allusion ci-haut et quelle instance extérieure ou supérieure pourra bien, un jour, essuyer un refus de votre part.4- J\u2019en viens maintenant à l\u2019idée farfelue que vous scmblez vous faire de la \u201cliberté académique\u201d (pour employer une expression incorrecte en français).Quand vous vous ingéniez à assimiler la revendication de \u201cliberté académique\" que font entendre de trop rares professeurs (pour contrer vos manoeuvres impérialistes) au \"loisir d\u2019enseigner uniquement ce qui nous plaît sans égard particulier aux besoins fondamentaux de formation définis collectivement\u201d vous tombez non seulement dans la malhonnêteté intellectuelle mais encore dans la confusion intellectuelle la plus totale.El je vais tenter de vous le faire voir en trois temps: a) Je n'ai, personnellement, jamais rencontré de professeur de philosophie - je parle de ceux chez qui la philosophie \u201cvit\" encore tant soit peu intensément - qui \u201cfonctionnât\" principalement \"au\" caprice théori- que cl \"au\" principe de plaisir en matière philosophique; j'ai meme plutôt vu exactement le contraire, c'est-à-dire la tendance à s'autocensurer, à se demander à tout moment si tel texte ou tel problème que le professeur \"affectionne\" n\u2019est pas trop difficile d'accès ou trop spécialisé pour les étudiants et à tenir principalement compte de ce qui peut être avantageux pour leur formation intellectuelle.Vous m\u2019obligez encore ici à donner, faute de mieux, un exemple personnel: je mets très fréquemment au programme de mes cours des auteurs avec lesquels je me sens foncièrement en désaccord (sur certains principes ou postulats, du moins) et ce, non pas par masochisme, mais par souci de leur valeur formatrice.C'est ainsi que, par exemple, j\u2019enseigne très (trop) souvent Platon, même si je me sens à des années-lumière d\u2019à peu près toutes scs thèses, pour la simple raison - excusez la banalité de mes propos - qu\u2019un professeur et des étudiants ne peuvent que tirer profit du fait de penser \u201cdans\", \"avec\u201d ou \u201cà partir de\" Platon (ou de tout autre philosophe d'une envergure comparable).De même, mes réticences envers le christianisme et l\u201d\u2019irratio-nalismc\u201d de Kierkegaard ne sauraient m\u2019empêcher de trouver \u201dédifiantc\"(!) et quasi-incontournable la lecture de certains de ses textes par les étudiants; à l\u2019inverse, j\u2019ai de moins en moins tendance à faire travailler des textes de Nietzsche (quoiqu\u2019il soit, notez-le bien, le philosophe sur lequel portent, de façon privilégiée, mes recherches personnelles) parce que la séduction exercée par scs écrits sur les plus curieux des étudiants pourrait les détourner du recours indispensable aux représentants plus austères cl plus \"sages\" (!) de la tradition et aussi parce que.comme je le souligne aux étudiants, sa lecture ne peut être vraiment savoureuse et profitable que si l\u2019on connaît ce à quoi il s\u2019oppose.Alors, si d'aventure je rejoignais le clan de ceux qui réclament plus de liberté6, ce ne serait pas en égocentrique capricieux qui dit \"Après moi, le déluge!\u201d mais cela risquerait fort d\u2019etre dirigé contre, par exemple, des porte-étendard du \u201ccontem-poranéisme\u201d à tout crin ou du positivisme triomphant ou encore contre les consommateurs invétérés de best-sellers idéologico-\u2019philoso-phiques\", bref, contre tous ceux qui prennent prétexte de la survie institutionnelle de la philosophie collégiale pour \u201cuniversaliser\u201d cl surtout imposer leurs \u201crétrécissements spirituels\u201d (pour emprunter une formule superbe à Antonin Artaud).b) plus fondamentalement, vos très suspectes craintes à l\u2019égard des présumés excès de la \"liberté académique\" me semblent s\u2019appuyer sur une profonde incompréhension de ce que c\u2019est qu\u2019habiter la philosophie (ou encore être habité par elle)7.Ce n\u2019est pas habiter l\u2019idéologie ou une idéologie8 et cela n\u2019a pas grand chose à voir, au fond, avec quelque revendication de \u201cliberté\u201d que ce soit.La plupart de mes lecteurs auront très tôt compris la banalité de ce que j\u2019avance ici: on n'est pas à l\u2019égard de la pensée véritable et de ses exigences dans le même rapport que le gourmet devant le menu d\u2019un restaurant gastronomique.Un sujet qui pense vraiment dans la philosophie et avec la philosophie est davantage contraint que libre de penser comme il pense et surtout ce qu\u2019il pense: il est lié par des noeuds de pensée 32 BULLETIN DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 qui le poussent à hanter tel univers conceptuel plutôt que tel autre (relisons Nietzsche cl Heidegger là-dessus.) et c\u2019est ce qu'il y a de moins platement contingent dans sa subjectivité qui est alors interpelle.A la lumière de ce que je viens de dire, vous comprendrez peut-être que puisse m'inquiéter beaucoup l'idée de la philosophie qui se profile derrière le Plan-Cadre et derrière les \u201cprécisions\u201d (en matière de contenus) que vous voudriez que nous nous imposions.La contingence et parfois même le caractère saugrenu des contenus qui y sont \u201cproposés\", leur juxtaposition souvent arbitraire et parfois comique, l\u2019aspect global de bric-à-brac idéologico-philoso-phique qu\u2019offre par moments le Plan provincial, les concessions paresseuses et opportunistes à tout ce qui peut être \u201cproblématiques, contemporaines\", le rapport absurdement honteux et intimidé qu\u2019on y sent à l\u2019égard de \"la\" science, tout cela me laisse craindre que ce ne soient d\u2019abord et avant tout certains \u201cpenseurs\" de la Coordination qui chutent les tout premiers dans l\u2019idéologie, en ce qu\u2019ils semblent parfois n\u2019entretenir avec notre \u201cvénérable\" discipline qu'un rapport bureaucratique et politicien.c) j\u2019ose, en dernier lieu, retourner contre vous l\u2019accusation selon laquelle certains professeurs s\u2019opposeraient à l\u2019idée de contenus obligatoires uniquement parce qu\u2019ils voudraient n\u2019agir que selon leur bon plaisir.C\u2019est vous qui profitez de la lassitude extrême d\u2019un grand nombre de professeurs à l\u2019égard de tous ces débats \u201cconstitutionnels\" que nous menons sur la philosophie et son enseignement pour donner une existence \"nationale\u201d à très étroites conceptions: avez-vous songé au \"plaisir\" que vont pouvoir se payer au 101 et au 201 les adeptes du logicisme et de l\"épistémolâ-tric\u201d?Vous êtes-vous demandés, plus généralement, quel type de professeurs vont se trouver avantagés grâce aux mesures que vous proposez?Quel type de professeurs vont, au contraire, voir leur créativité brimée, leurs élans freinés par l\u2019auto-mutilation que vous appelez de tous vos voeux?D - Critique de l\u2019idée même de \u201ccontenus minimaux obligatoires\u201d Dans les pages qui suivent, j\u2019ose tenter de faire voir que c\u2019est l\u2019idée même de contenus obligatoires que nous devrions tous rejeter une fois pour toutes et ce, tant pour des questions de principe que pour des questions de fait.9 Or, quelle que soit la radicalité de nos divergences de vues là-dessus, il vous sera impossible, il me semble, compte-tenu de tout ce que je défends dans le présent texte, d'imputer mes positions à je ne sais quelle conception autocratique ou anarchisante de la philosophie.Questions de principe - Comment des professeurs de philosophie peuvent-ils être assez masochistes ou assez asservis à l\u2019image qu\u2019on pourrait se faire d\u2019eux pour penser que leur action pédagogique sera d\u2019autant plus efficace qu\u2019ils se seront préalablement davantage coupés d'une très grande partie de leurs ressources en problématiques, en thèmes, en textes, etc.?Comment peut-on être assez bête pour s\u2019amputer soi-même ainsi?Comment peut-on être assez embarrassé par (ou empêtré dans) sa propre capacité d\u2019inventer pour restreindre soi-même, sans qu\u2019aucune véritable pression extérieure ne nous y pousse, à une portion terriblement congrue le territoire qu\u2019on pourrait exploiter et fertiliser?Qui donc a intérêt à promouvoir une pareille raréfaction de l\u2019air?Faut-il l\u2019imputer à un clan de positivistes pour qui la philosophie serait née au cours des années 20, à Vienne ou avec Auguste Comte, à Paris, vers 1830?Est-ce plutôt imputable à un manque généralisé de connaissances quant aux ressources que recèle la tradition depuis les Grecs anciens jusqu\u2019à nos jours?ou à un manque d\u2019imagination?ou à quelque syndrome de fatigue [devenue] chronique?- Question peut-être plus grave encore, parce que faisant intervenir des facteurs éthiques: qui pourrait se sentir vraiment légitimé d\u2019interdire à ses collègues, grâce à la seule force du nombre et d\u2019un vote majoritaire, l\u2019accès à toutes les sources qui peuvent fertiliser la pensée spécifiquement philosophique?Qui pourrait en toute bonne conscience imposer \u201cdémocratiquement\u201d un carcan on ne peut plus étouffant à des collègues dont il saurait pertinemment, par ailleurs, qu\u2019eux se garderaient bien de lui imposer quoi que ce soit via un vote (qui ne saurait être, en ces matières, qu\u2019un simulacre de \"démocratie\")?Élargissons le débat pour donner toute leur importance à certains enjeux éthico-profcssionnels de ce qui se prépare actuellement: nous sommes quelques-uns à penser que les propositions du sous-comité vont, à moyen terme, si elles sont adoptées. Bulletin DE la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 33 4» provoquer de très grandes modifications à nos conditions de travail, au moins aussi \"importantes\u2019' que si nos patrons diminuaient nos salaires ou réduisaient la durée des vacances ou augmentaient de façon significative le nombre d'étudiants par classe.Je n\u2019aimerais pas croire que tel ou tel de mes collègues prend tout cela avec un grain de sel.Questions de fait Si nous quittons le terrain des principes pour celui des faits, les propositions du sous-comité ici encore paraissent singulièrement inopportunes.A une époque où de plus en plus de professeurs se dirigent allègrement vers leur 20e année d\u2019enseignement et où la fatigue professionnelle, la routine, la répétition nous menacent plus que jamais, il me semble qu\u2019un comité pédagogique provincial, qui se pique d\u2019être un comité d\u2019animation péda-gogique(l), devrait faire exactement le contraire de ce qu\u2019il fait et nous inciter tous au renouvellement maximal de nos sources et ressources, en guise de remède aux maux dont je viens de parler.11 devrait nous inviter à délaisser ce que nous n\u2019avons déjà que trop exploité -quelques exemples en vrac: les petits dialogues \"socratiques\" de Platon au 101, la révolution galiléenne au 201, le \u201cdéccntrcment du sujet\u201d ou le thème de l\u2019inconscient au 301 - et à aller explorer les très nombreux \"terrains\" que notre incurie, notre ignorance ou notre manque d\u2019imagination nous auraient fait jusqu\u2019ici négliger.Une anecdote ici pourrait peut-être vous donner une idée du frisson d'effroi que j\u2019ai éprouvé très récemment, à l'occasion d\u2019un compterendu que certains collègues et moi avons eu, à donner, tout à fait par hasard, de certains de nos contenus de cours.Nous suivons actuellement des cours sur Platon que nous avons demandé à M.Georges Leroux (professeur d\u2019histoire de la philosophie antique à l\u2019U.Q.A.M.) de nous donner.Or, à la toute fin de la période de questions qui a suivi le second de ces cours, M.Leroux nous demande inopinément quelles problématiques et quels auteurs nous pratiquons au 301.Nous n\u2019étions que quatre ou cinq, à ce moment-là, pour en parler, ce qui fait que ce qui s\u2019est dit là ne reflétait que partiellement nos pratiques; il n\u2019en reste pas moins qu\u2019à entendre nos réponses (y compris les miennes), j\u2019ai été pris d\u2019une certaine tristesse mêlée de honte.Honte pour nous, honte pour moi aussi, honte devant l\u2019extrême pauvreté, la terrible étroitesse de nos thèmes, de nos textes canoniques(l), de nos références.Quelle pitié! me disais-je.que malgré toutes ces années d\u2019expérience, d\u2019acquisition de connaissances, de lectures, nous acceptions de fredonner si souvent les mêmes rengaines et d\u2019emprunter les mêmes sempiternelles pistes.Quelle faiblesse d\u2019investissement dans l\u2019infiniment riche corpus philosophique! Quel manque de curiosité et d\u2019imagination! Cette anecdote vous fera peut-être mieux comprendre la dureté de mes propos contre les sectateurs de l\u2019Un, contre les partisans de l\u2019équarrissage pour tous.On ne saurait diagnostiquer davantage à contre-sens les périls qui nous menacent.C\u2019est l\u2019absence de pluralité, de diversité qui est en train de nous tuer à petit feu.c\u2019est le culte de l\u2019Un qui est mortifère, ne le voyez-vous pas?C - Critique de la \u201cversion définitive\u201d des \u201ccontenus minimaux communs\u201d Un mot d\u2019abord pour vous féliciter de nous avoir fourni une excellente caractérisation de la philosophie dans la Ire des 10 propositions qui accompagnent la \"séquence d'habiletés intellectuelles\u201d (dans votre lettre du 24 avril dernier).Mais il y a un hic, un énorme hic: je vois un immense écart, une contradiction inouïe entre ce que vous revendiquez là - la philosophie comme \u201créflexion sur les problèmes les plus généraux et les plus fondamentaux de l\u2019humanité, en s\u2019appuyant sur les oeuvres essentielles qui jalonnent l\u2019itinéraire de la pensée humaine depuis vingt-cinq siècles\u201d - et la pitance extrêmement maigre que représentent les contenus que vous \"offrez\u201d pour les cours 101-201-301.Doit-on voir là encore une manoeuvre politicienne, un autre exemple du \u201cdouble\u201d discours qui semble avoir tant de faveur à la Coordination et ailleurs?Par ailleurs, même si je me déclare ici résolument opposé au principe même des contenus obligatoires, je ne vois aucune contradiction de ma part dans le fait d\u2019indiquer brièvement ici lesquels parmi les contenus que vous \"proposez\u201d me paraissent valables en tant qu\u2019éventuels contenus suggérés et lesquels me semblent, au contraire, inopportuns ou mal définis ou équivoques; je me permets même d\u2019en proposer quelques-uns de mon cru: qu\u2019il soit bien entendu, je le répète, que toutes mes remarques là-dessus s\u2019inscrivent exclusivement dans une perspective de suggestion de contenus.* 4* 34 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 C r i t i (| u e s particulières de contenus particuliers - À propos du cours PHI-101: Vous ne serez pas étonnes que je recommande de ne retenir des trois \u201citems\" mentionnes par vous que le premier \u201cSpécificité du discours philosophique\u2019\u2019.Quant à l\u2019item no 2 \u201cNaissance de la rationalité cl de la philosophie occidentale en Grèce ancienne\", je déplacerais cette problématique au cours 201 (dont il faudrait alors élargir considérablement le champ), sans exclure, évidemment, la possibilité pour un professeur du 101 d'évoquer à l\u2019occasion la pensée des premiers philosophes grecs.Pour ce qui est de l\u2019item no 3 \u201cÉléments de logique ou d\u2019argumentation\u201d, j\u2019en recommande très chaleureusement(!) la suppression (comme contenu obligatoire, s'entend) pour les trois raisons que j\u2019invoquais au tout début de mon texte et pour deux autres raisons: a) qu\u2019un contenu de cours s\u201d'administrc\" facilement et permette de faire travailler à qui mieux mieux les étudiants, cela ne constitue pas une raison suffisante de l\u2019imposer: il faut aussi qu\u2019il soit absolument justifiable du point de vue de la formation générale de l\u2019étudiant (comme vous pouvez le voir, je vous attaque sur votre terrain-fétiche!).Or.nous sommes plusieurs à avoir des raisons de penser qu'au sortir d'un tel cours, les étudiants risquent de ne pas avoir le moindre soupçon de la raison d\u2019être et surtout du bien-fondé du travail qu'ils auront effectué et encore moins du rapport que cela peut avoir avec la \"philosophie\u201d.b) Il me paraît, en outre, aberrant que l\u2019on fasse travailler des étudiants pendant des mois, sur des figures de syllogisme ou des \u201cschémas en arbre\", sans faire précéder ce travail d'un bref mais sérieux inventaire des diverses formes et modalités que peut revêtir la pensée humaine; sans pareil inventaire, en effet, l\u2019enfermement dans la forme de pensée ultra-étroite et spécialisée qu\u2019est la forme déductive syllogistique perd tout sens et tout intérêt et constitue, du reste, une sorte de détournement éhonté de ce qu\u2019est censé promettre le titre même du cours 101, Philosophie.Pensée et Discours10.-\tÀ propos du cours PH1-201: Le titre même du cours, L\u2019Etre humain et son milieu, équivoque, beaucoup trop étroit, trop \u201ccontemporain\" et même un peu cucul, devrait être remplacé par l\u2019ancien titre, quelque chose du genre La relation de l\u2019être humain au monde.L\u2019avantage théorique et pratique d\u2019une telle substitution tiendrait à ce que les trois \u201citems\u201d que vous \u201cproposez\u201d -\u201cNaissance de la rationalité moderne\", \u201cLa place de la science dans les représentations de la nature\u201d et \u201cLa technique et les transformations du milieu\u201d - qui paraissent en eux-mêmes éminemment respectables, pourraient s\u2019intégrer parfaitement à l\u2019esprit d\u2019un tel cours, sans qu\u2019on ait pour autant à exclure a priori d\u2019autres illustrations tout aussi pertinentes11 du rapport de l\u2019homme au monde.-\tEt comme les items 1 et 3 ont déjà été beaucoup \u201cpratiqués\" depuis une vingtaine d'annécs(!).pourquoi un comité d\u2019animation pédagogique.au lieu de nous inciter à exploiter ad nauseam notre vieux stock, ne ferait-il pas miroiter aux profes- seurs la possibilité d\u2019explorer des \"topoi\" moins fréquentés cl tout aussi intéressants?Il y aurait peut-être moyen, par exemple, de rénover la vieille problématique typique du 201 qu\u2019est la pensée mythique en la couplant avec une autre qui me semble à tort allouée au 101.la naissance de la rationalité en Grèce ancienne (particulièrement chez les Présocratiques).Je me permets d\u2019ajouter quelques autres suggestions de thèmes que seul notre manque d\u2019imagination collectif nous aurait fait \u201coublier\u201d jusqu\u2019ici: la question du \u201cchoc des mondes\u201d qui s\u2019est produit lors de l\u2019implantation de la pensée chrétienne dans un univers encore païen (cf la polémique de Porphyre et de Celse contre les chrétiens, la riposte chrétienne d\u2019Origène contre Celse, etc.); la bataille théorique qui a accompagné l\u2019annexion d\u2019Aristote à la pensée chrétienne au 13e siècle; \u201cla crise de la conscience européenne\u201d (pour reprendre le titre et l\u2019objet d\u2019un ouvrage célèbre de P.Hazard) à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle; la \u201cphilosophie des lumières\u201d (cf les ouvrages du même P.Hazard et de Cassirer) dans scs rapports éventuels avec des phénomènes aussi contemporains que l'Holocauste, la bombe sur Hiroshima, la \u201crévolution tranquille\u201d au Québec ou l\u2019effondrement tout récent du système communiste en Europe de l'Est; l'extraordinaire floraison idéologique gl philosophique qu\u2019a entraînée la \"réception\" du criticisme kantien au sein de l\u2019intelligentsia allemande entre, disons, 1790 et 1815; les \"récupérations\" très divergentes dont a été l'objet l\u2019hégélianisme entre 1830 et 1848; la querelle des positivistes et des membres de l\u2019École de Francfort au 20c siècle, etc.1* Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 35 4» - À propos du cours PHI-301 : L\u2019item no 1: \u201cÉtude comparative et critique de quelques conceptions philosophiques de l'être humain\" me paraît exagérément ambitieux en sa volonté \"comparatiste\".Il peut, certes, être très utile de comparer deux conceptions de l'homme comparables mais pourquoi exclure ainsi a priori la présentation de conceptions très riches où n\u2019interviendrait pas nécessairement la comparaison (parce qu\u2019inopportune ou encore parce que trop complexe à mener)?Quant à l\u2019item no 2: \u201cLiberté-déterminisme\u201d, \u201cconscient-incons-cient\u201d, \u201cféminité-masculinité\u201d, \u201cindividu-collectivité\u201d, je vous ferai d\u2019abord un reproche global que vous n\u2019attendez certes pas de moi: vous avez pour une fois trop respecté la \u201cliberté académique\" des professeurs, en ce sens que vos propositions reflètent trop bien leurs pratiques effectives, qui risquent donc de creuser encore davantage, avec votre bénédiction, les mêmes sempiternels sillons.Mais ce n\u2019est pas là, il s\u2019en faut, le principal défaut de vos propositions.Passons sur le premier thème, \u201cliberté-déterminisme\u201d, qui, en tant que contenu suggéré, me paraîtrait, bien sûr, au-dessus de tout soupçon.Le second, par contre, \u201cconscient-inconscient\u201d me semble appeler, au moins, trois objections: il risque fort de se prêter à une exploitation purement psychologique de la position freudienne de l\u2019inconscient; de donner lieu au rcssassemenl d\u2019une problématique philosophique terriblement usée, le trop fameux \"décen-trement du sujet\" qui est apparu sur la scène philosophique dans les années '60; de privilégier abusivement, enfin, la théorie de Freud au détriment d\u2019élaborations plus immédiatement philosophiques qu\u2019on trouverait chc/.Nietzsche, chez Schopenhauer, chez Leibniz ou même Descartes (cl l\u2019ouvrage de G.Rodis-Lcwis sur ce problème).Quant au troisième, \"féminité-masculinité\", pennettez-moi de me dire ahuri qu\u2019une problématique née, il me semble, au début des années \u201870 (si l\u2019on exclut Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir), ait acquis si tôt le statut de problématique philosophique! N\u2019y a-t-il pas un certain culot et une certaine confusion des valeurs à placer un tel thème sur un pied d\u2019égalité avec le thème \u201cliberté-déterminisme\u201d?N\u2019est-il pas à craindre que son élaboration prenne des allures exclusivement sociologico-anthropologiques?Je puis me tromper, bien sûr, et il se pourrait que les oeuvres d\u2019une Luce Irigaray, par exemple, contribuent un jour à une redéfinition radicale de l\u2019être humain.J\u2019en doute un peu, toutefois! L\u2019item no 4 \"Individu-collectivité\u201d présente un autre type de désavantage: si la perspective à partir de laquelle il doit être traité n\u2019est pas précisée13, des \u201cadministrateurs\u201d risquent d\u2019y voir un dédoublement des contenus du 401 ou un empiètement sur les territoires des Sciences Sociales!!! Une dernière remarque sur votre \u201coubli\u201d de certains thèmes à la rubrique \"Problématisation d\u2019un élément constitutif de la condition humaine.\u2019\u2019: comment pouvez-vous songer à imposer des thèmes aussi contingents et aussi \u201crécents\u201d que \u201cféminité-masculinité\u201d et \u201cconscicnt-inconscicnt\u201d et à écarter du même coup des thèmes aussi indiscutablement philosophiques (et aussi organiquement reliés au cours 301) que la problématique des rapports de l'âme (ou de l\u2019esprit ou du psychisme) cl du corps ou celle de la linitude humaine?Je retrouve là les traces d'une étourderie philosophique14 qui entache trop souvent çl le Plan-Cadre et les propositions qui émanent de la Coordination.- À propos du cours PHI-401: Je n\u2019ai pas grand-chose à redire contre ce que vous proposez ici car c\u2019est là le cours à propos duquel vous nous laissez, de loin, la plus grande latitude.Je n\u2019en ai pas moins deux objections fondamentales à formuler au sujet de l\u2019orientation globale de ce cours: a)\tdepuis des années je persiste, sans succès, à réclamer qu\u2019on laisse le choix à chaque professeur de consacrer tout son cours, s\u2019il le souhaite, soit à l\u2019éthique, soit à la philosophie politique.Je ne vise, bien sûr, pas par là à ériger le caprice en système; seul me guide le souci de la compétence.S\u2019il est, en effet, relativement aisé d\u2019accéder à une certaine pertinence dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux domaines philosophiques, il me semble, en revanche, beaucoup plus difficile (je ne dis pas impossible) d\u2019exceller dans les deux à la fois.b)\tquand vous constituez comme objet du cours PHI-401 la \u201cproblématique des rapports entre éthique et politique\".l\u2019aspect très ambitieux d\u2019un tel objet m\u2019inspire des craintes analogues à celles dont je faisais état ci-haut à propos du 301: vous semblcz sous-estimer les difficultés théoriques que présente l\u2019articulation rigoureuse des exigences éthiques cl des droits et des devoirs juridico-politiques; je connais, pour ma part, très peu de philosophes du 20e siècle (les choses sont différentes.bien sûr, en ce qui a trait aux philosophes plus anciens) et encore moins de professeurs de philoso- * 36 BULLETIN DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 phic qui puissent tenir un discours sérieux, étoffé et non trivial sur ces épineuses et graves questions.Finalement, pour conclure sur ce chapitre des contenus imposés, vous comprendrez peut-être que nous soyons plusieurs, à mon département, à craindre le pire quand nous entendons dire par notre représentant à la Coordination que vous vous apprêtez à nous imposer aussi des auteurs obligatoires! Votre impérialisme s\u2019accompagnerait-il de visées \u201ctotalitaires\u201d, par hasard?Rêvez-vous d\u2019un état de choses tel que le 16 février 1994, par exemple, tous les professeurs de tel ou tel numéro de cours seraient en train de commenter les mêmes pages du même ouvrage du même auteur?II - À propos de la \u201cséquence d\u2019habiletés intellectuelles\u201d que vous nous proposez A - Sur la séquence en tant que séquence(!) Si je n\u2019ai pas dit un mot jusqu\u2019ici de ce que votre lettre du 7 mars 1992 appelle le \u201csecond volet\" des \u201cprécisions\" que vous souhaitez apporter au Plan-Cadre, à savoir vos propositions sur \u201cle développement séquentiel des habiletés intellectuelles\u201d, c\u2019est que d'autres avant moi ont dit à peu près tout ce qu\u2019il y a à dire là-dessus.J\u2019ai, en effet, appris par oui-dire (non sans un certain plaisir, d\u2019ailleurs, je vous l'avoue) que votre première version de cette séquence vous avait à juste titre mérité une volée de bois vert de la part de certains professeurs non liés à la Coordination, qui avaient eu l\u2019heureuse idée de se présenter à l\u2019assemblée \u201célargie\u201d15 de ladite Coordination (à Montréal, le 3 avril dernier, si je ne m\u2019abuse).Avouez que cette première version avait une allure quelque peu dadaïste, d\u2019autant plus réjouissante qu\u2019elle émanait de présumés spécialistes de L\u2019argumentation correcte\u201d! Par ailleurs, une de mes collègues, Marie Benoit, dans une lettre qu\u2019elle vous a fait parvenir (lettre qui, semble-t-il, n\u2019a toujours pas reçu ne serait-ce qu\u2019un simple accusé de réception) et dont elle nous a livré la primeur lors d\u2019une assemblée de notre département, réussit en très peu de mots à faire parfaitement ressortir ce qu\u2019elle appelle (poliment) le caractère \u201carbitraire et artificiel\u201d de votre \u201cdécoupage\" des habiletés intellectuelles: «[.] qui peut m\u2019expliquer, écrit-elle, comment identifier les éléments constitutifs d\u2019un discours rationnel argumentatif (101) sans relier les concepts ni identifier et produire des relations (201) ou encore comment porter un jugement et critiquer (201) sans argumenter (301) ni produire un discours rationnel argumentatif complet (401)?On me dira, bien sûr, que ces habiletés ne sont pas exclusives les unes des autres, etc.Pourquoi alors procéder à un tel découpage?» J\u2019ai d\u2019autant moins de choses à ajouter là-dessus que, comme en atteste votre troisième lettre (en date du 24 avril), vos adversaires vous ont apparemment beaucoup fait reculer sur cette question; je les félicite par la présente de vous avoir fait, comme on dit, comprendre le \u201cgros\" bon sens sur un point capital: vous scmblcz, enfin, admettre l\u2019évidence, à savoir que la contribution de notre discipline à la formation fondamentale des étudiants \"lient principalement, il faut le dire, à sa spécificité cl à la valeur formatrice inhérente au traitement des contenus et des textes philosophiques\", comme vous le dites si bien.Mais pourquoi vous a-t-il fallu tant de temps pour vous rendre à cette évidence?16 Ce dont je ne félicite pas vos adversaires, toutefois, c\u2019est de ne s\u2019en être pris qu\u2019à votre séquence et de s\u2019être montrés, par ailleurs, totalement insensibles aux dangers que présente le principe même des contenus obligatoires.En comparaison de ces dangers, l\u2019incongruité de la séquence d\u2019habiletés intellectuelles me paraît quantité très négligeable! B - Sur l'importance relative des \"objectifs\" quant à l'enseignement de la philosophie L\u2019insistance que je mets sur la question des contenus dans le présent texte ne devrait pas pour autant laisser croire que je n\u2019accorde guère d'importance à la question des objectifs: je pense, au contraire, que nous devons, collectivement et individuellement, avoir une conscience aiguë de ce que nous visons à faire comprendre et à faire pratiquer aux étudiants à travers les contenus que nous leur offrons.J\u2019en ai seulement contre la préoccupation obsessionnelle à l\u2019égard des objectifs de notre enseignement et contre la réduction niaise de celui-ci à des soucis principalement \u201cméthodologiques\u201d.Il nous faudrait peut-être en ces matières intérioriser celte idée profonde du bouddhisme zen selon laquelle pour atteindre une cible, il faut être capable de l\u201d\u2019oublier\" tant soit peu: dans l\u2019enseignement de la philosophie, comme ailleurs, produire des effets implique aussi qu\u2019on sache mettre entre parenthèses scs buts.Ne faudrait-il pas appliquer à la pédagogie l\u2019idée de Pascal sur la morale, à savoir que \u201cla vraie morale se moque de la morale\"?C - Critique de certaines de vos défi- Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 37 nitions des \"habiletés intellectuelles\" Certains aspects des définitions que vous proposez dans le \u201clexique\" que comporte votre lettre du 24 avril me suggèrent les remarques suivantes: -Votre définition de l'opération qui consiste à \u201cconceptualiser\u201d - \u201cdéfinir et préciser le sens d\u2019un terme ou d\u2019une notion\u201d - oublie l\u2019essentiel: conceptualiser, c\u2019est aussi et surtout produire, proposer, créer des concepts (ou des \u201ccatégories\") à l\u2019occasion de l\u2019expérience qu\u2019on fait du réel; c\u2019est aussi, en d\u2019autres termes, transformer le réel en concepts, l\u2019enserrer dans des concepts nouveaux.L\u2019étroitesse de votre définition me semble due à votre enfermement dans la représentation ultra-étroite que donne de la pensée conceptuelle le point de vue de la logique formelle: vous faites comme si penser consistait exclusivement à clarifier le sens de termes ou de notions qui seraient toujours-déjà \u201clà\u201d, toujours-déjà disponibles! - Votre définition de l\u2019acte de l\u2019esprit qui consiste à \u201cproblémaliscr\" -\u201ccomprendre les aspects d\u2019une question controversée.dégager les questions reliées à un problème\u201d -souffre d\u2019un défaut analogue à celui qui entache votre définition de l\u2019acte de conceptualiser: vous parlez comme si les \u201cproblèmes\u201d étaient toujours-déjà \u201clà\", toujours-déjà posés et qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019en bien voir les différents aspects.Or, si la problématisation revêt souvent cette forme, je n\u2019en disconviens pas, il faut voir que problémaliscr, c\u2019est aussi et surtout détecter, faire surgir, percevoir des problèmes là où il ne s\u2019en posait pas, là où l\u2019\"on\u201d n\u2019en posait pas! Il y a.vous le savez bien pourtant, des questions qu\"\u2019on\" en vient à se poser uniquement parce qu\u2019un esprit capable d\u2019étonnement, attentif, perspicace et ingénieux a réussi à les poser et à les imposer! Je suis, croycz-lc bien, fort embarrassé d'avoir à insister sur de telles évidences mais je me console en me disant que peut-être ces petites observations pourraient vous donner une idée de ce qu\u2019un cours PHI-101, centré sur la logique formelle, peut occulter eu égard aux diverses formes que revêt la pensée.-\tVotre présentation de ce que c\u2019est qu\u2019\u201danalyser\u201d - \u201cDécomposer un texte en ses parties constituantes et saisir les rapports qui existent entre ces parties et la manière dont elles sont organisées\u201d - me semble ne pas distinguer très nettement l\u2019analyse de la synthèse.Il y a peut-être un problème là! -\tLe deuxième aspect de votre définition du terme \u201csynthétiser\u201d -\u201cRéaliser l\u2019accord de la thèse et de l\u2019antithèse en les faisant passer à un niveau supérieur, en adoptant un point de vue plus global\u201d - repose sur un hégélianisme de bas étage avec lequel j\u2019aurais cru qu\u2019on en avait fini depuis des lunes.J\u2019attire votre attention ici sur un petit fait historique aussi amusant qu\u2019instructif: c\u2019est pour s\u2019être senti invité à promouvoir de (elles \u201chabiletés intellectuelles\" que Lévi-Strauss dit (dans Tristes Tropiques) avoir quitté l\u2019enseignement de la philosophie au début des années \u201830.En guise de conclusion Il me plaît de penser - mais je peux, hélas, grandement me tromper sur ce point - que si des mesures aussi contraignantes que les vôtres, aussi arbitraires cl aussi déterminantes |X)ur nos futures conditions de travail nous avaient été \u201cinfligées\" par la D.I.G.E.C.nous aurions probablement assisté à un fort mouvement de contestation de la part de bon nombre de professeurs de la province.Cette idée me fait croire que tout n\u2019est peut-être pas encore joué et m\u2019inspire du même coup le projet de tenter de faire ma part (sans entretenir trop d\u2019illusions, je l\u2019avoue) pour susciter chez les professeurs de philosophie un mouvement d\u2019insurrection contre votre entreprise d\u2019adultération de la philosophie: la diffusion la plus large possible de ma lettre et son éventuelle publication dans une revue québécoise de philosophie pourraient, qui sait, y contribuer.Pour conclure, j\u2019espère avoir montré, dans celte lettre (où la vigueur du pamphlet ne devrait pas faire oublier l\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire l'abondance et la rigueur des analyses) que ce que vous proposez trahit une incroyable maladresse à \u201canalyser\u201d, à \u201cconceptualiser\u201d et à \u201cproblé-matiscr\" la réalité pédagogique, philosophique, et institutionnelle qui est la nôtre; et j\u2019en déduis, pour ma part, qu\u2019il faut vous suggérer très fortement, si vous voulez vraiment faire quelque chose pour la philosophie, de donner sur-le-champ votre démission en bloc! Bien à vous, Pierre Turcotte Département de Philosophie C.E.G.E.P.de Maisonneuve PS.Depuis que j\u2019ai soumis à mes collègues, le 18 mai dernier, une première version (très abrégée) de la présente lettre, il s\u2019est passé, comme chacun sait, un événement très menaçant pour nous.l\u2019\"Avis\u201d du 38 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Conseil des Collèges recommandant la réduction à deux cours seulement des quatre cours actuellement obligatoires; or.je présume que certains d'entre vous seront tentés de prendre prétexte de ces faits nouveaux pour écarter du revers de la main ma radicale mise en cause de v^s mesures et de décréter que les récents événements la rendent absolument intempestive.À ceux-là je n\u2019aurais pas de mal à rétorquer que si les malheureux événements récents rendent manifeste la non-pertinence de quelque chose, c\u2019est bien, plutôt, des mesures qui se trament et des discours qui se tiennent à la Coordination depuis plusieurs années! C\u2019est vous, membres actifs de la Coordination, qui devriez rougir de honte de nous avoir dit et redit ad nauseam que la survie institutionnelle de la philosophie dépendait, dans une très grande mesure, du \u201cresserrement\u201d (quel autre terme pudique!) de nos contenus et de nos objectifs £l de l\u2019alignement aveugle et servile de nos positions pédagogico-philosophiques sur le dernier dada éducatif des \u201cautorités compétentes(!)\u201d.la trop fameuse (et fumeuse) \u201cformation fondamentale\u201d.Fallait-il que vous soyez naïfs pour croire (ou, au contraire, cyniques pour nous faire croire.) que notre survie était liée, pour une large part, à notre ingestion de vps salades (fadasses) sur la dispersion de nos contenus, l\u2019importance désormais capitale de l\u2019explicitation des \"habiletés intellectuelles que la philosophie aide à acquérir ou encore \"la contribution inestimable de la philosophie à la formation fondamentale\u201d etc.! Fallait-il que vous soyez ingénus (ou.au contraire, retors) pour laisser entendre, avec une insistance infatigable, que la prise de connaissance par les \u201cautorités compétentes\" cl par les représentants des autres disciplines de nos périodiques \"améliorations\u201d et \u201cprécisions\" au Plan-Cadre pourrait exercer une influence déterminante sur notre avenir institutionnel! Comme s\u2019il n'était pas évident que notre sort dépendra toujours principalement de facteurs extrinsèques à la philosophie, bien étrangers à toutes les justifications de notre existence que pourrait receler un Plan-Cadre de philosophie (si bien fait soit-il)! Ah! comme elles ont merveilleusement \u201créussi\u201d vos stratégies politiciennes! Ah! comme il a admirablement servi notre cause votre comportement systématiquement et servilement hétéronome (dont je faisais état au début de mon texte)! Je vous lève mon chapeau, mesdames et messieurs de la Coordination! J\u2019ajoute ici que si vous avez vraiment cru à l\u2019influence déterminante des fadeurs intrinsèques à l\u2019enseignement de la philosophie quant au \u201cregard\u201d que posent \u201cles autres\" sur notre discipline, vous eussiez dû, plutôt que de militer pour le resserrement \u201clégislatif et autoritaire de nos contenus de cours, jouer votre rôle d\u2019animation pédagogique d\u2019une façon bien plus concrète et bien plus précieuse, par exemple, en incitant les diverses assemblées départementales à tout mettre en oeuvre pour rendre impossibles certaines pratiques suspectes (à toutes sortes de points de vue) qui ont lieu dans les cours et qui contribuent, quand la rumeur publique les a amplifiées.à ternir notre image infiniment plus, vous en conviendrez peut-être.que le caractère \u201cvague\" de nos plans de cours ou que la \"dispersion\" présumée de nos enseignements.Par ailleurs, puisque la position du Conseil des Collègues est à l\u2019ordre du jour, cl qu\u2019approche la tenue de la Commission parlementaire sur l\u2019avenir des C.E.G.E.P.S.permettez-moi de vous dire que si vous donnez comme fondement théorique au Mémoire17 que vous entendez adresser à ladite Commission l\u2019insipide conception de la philosophie que trahissent vos récentes \u201caméliorations\u201d du Plan-Cadre, notre avenir collectif ne me paraît pas prometteur! Mais, en même temps, je vous imagine bien faisant (apparemment) marche arrière et invoquant pour défendre la philosophie tout ce que vous avez contribué à laisser dans l\u2019ombre depuis des années, par exemple, l\u2019importance de la culture générale des étudiants, le caractère indispensable du recours à la \u201cgrande\u201d tradition philosophique occidentale, etc.Si cela devait arriver, sachez que nous serions plusieurs à rigoler doucement.Notes 1.\tLa formulation de ces objections me fournit une heureuse occasion d\u2019atténuer un peu la platitude de mon petit rappel historique et d'annoncer d\u2019emblée les couleurs de la critique théorique sévère à laquelle j\u2019entends soumettre les propositions fil surtout les postulats de votre sous-comité.2.\tIl n\u2019est pas indifférent de souligner ici que vous consacrez et cautionnez cette dérobade en juxtaposant deux________autres problématiques obligatoires à la problématique \"Spécificité du discours philosophique.\" du cours PHI-101.3.\tJ\u2019ai presque osé écrire \"ou un minimum de sens esthétique\".4.\tPuis-je me permettre d\u2019insinuer qu'il se donnait depuis belle lurette des cours 101 d\u2019une très grande rigueur à notre département avant que nos deux Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 39 \u201clogiciens\" de l\u2019U.Q.A.M.vinssent nous faire bénéficier de leurs \"lumières\"?Puis-je ajouter que les meilleurs cours 101 qui y aient été donnés me semblent l\u2019avoir été au cours des années \u201870 et que depuis ce temps, le souci abusif de ^'argumentation correcte\" a beaucoup contribué, selon moi, à faire sombrer le 101 dans une certaine in-signifiancc?Me sera-t-il permis, enfin, de souligner que ces deux logiciens, qui comptent, pourtant, parmi ceux qui se plaisent à soupçonner certains de leurs collègues de vouloir d'abord et avant tout \"se faire plaisir\u201d, n\u2019ont pas répugné à promouvoir chez nous en 1977 (oh! bien sûr, au nom du \u201csérieux\u201d et de la \u201crigueur\".) une discipline, la logique, qui était précisément leur discipline de prédilection?Comme quoi, peut-être, on n'est jamais si zélé à censurer le \u201cplaisir\u201d que quand il s\u2019agit du plaisir des \"autres\".5.\tJe sais, je sais, le \u201cmoi\" est \"haïssable\", comme nous l\u2019a appris Pascal mais ce n'est pas ma faute si j'ai été à peu près le seul à émettre, de temps à autre, de sérieuses objections à l\u2019état de choses que concoctaient pour nous très sérieusement des gens très sérieux! 6.\tSi j\u2019emploie ici le conditionnel, c\u2019est qu\u2019il m\u2019apparaîtrait philosophiquement naïf et stratégiquement maladroit de s'opposer, au nom de la \"liberté\" d\u2019enseignement, au nivellement pédago-gico-philosophique que vous nous proposez.En effet, outre les raisons intrinsèquement philosophiques qu\u2019on peut faire valoir (comme je le fais un peu plus loin) pour relativiser l\u2019importance du coefficient \u201cliberté\" chez le sujet qui \"philosophe\u201d (vraiment), il y a des considérations \"politiques\u201d qui devraient nous détourner de revendiquer trop rapidement la liberté contre vos tendances autoritaires: ce serait là porter le combat sur votre terrain et vous auriez alors beau jeu d\u2019en appeler à (\u2019\"union sacrée\u201d de toute la \u201cCorporation\" en vue de \u201csauver\" l'cxistcncc institutionnelle de la philosophie au niveau collégial.Non, madame, messieurs, s'il faut refuser le principe des contenus obligatoires d les contenus que vous proposez, ce n\u2019est pas tant que ces contenus brimeraient notre liberté d\u2019enseignement et nos \"droits\" individuels en tant que professeurs de philosophie mais plutôt qu\u2019en plus de leur caractère brouillon, arbitraire, inconsistant et ultra-pauvre, ils font fi de notre \"devoir\" de nous renouveler périodiquement, de fertiliser notre rapport à notre discipline grâce à la recherche permanente de nouvelles problématiques, de nouveaux thèmes et de nouveaux textes que la Tradition nous permet d\u2019exploiter.7.\tJ\u2019ose espérer, soit dit en passant, que le fait pour un professeur d\u2019habiter vraiment la philosophie - je n\u2019aime pas, remarquez-le bien, cette expression mais je n\u2019en ai pas trouvé de meilleure - ne vous paraît pas une contre-indication à sa pertinence pédagogique.J'ose l\u2019espérer mais je n\u2019en suis pas certain.8.\tCe que je formule ici me semble valoir globalement et n\u2019exclut en rien, évidemment, qu\u2019il puisse se glisser des éléments idéologiques adventices même dans les plus grandes philosophies! Par exemple, je suis bien conscient (moi aussi!) que les attaques d\u2019un Platon contre la démocratie (pour ne prendre que cet exemple) ne relèvent pas uniquement des exigences de la pensée \"pure\"; que la justification \"philosophique\" de l\u2019esclavage chez Aristote nous est présentée comme s\u2019imposant presque aussi nécessairement que la distinction entre la \u201cforme\u201d et la \u201cmatière\".que le doute chez Descartes souffre de bien \u201ddouteuses\"(!) restrictions ou que le concept de \"monde\" chez Heidegger et l\u2019insistance de ce philosophe sur l\u2019\u201dhabiter\u201d et le \u201cbâtir\" ne sont peut-être pas indemnes de toute appartenance à une très suspecte idéologie \u201cagraire\u201d.9.\tEh oui, vous me permettrez, une fois n'est pas coutume, d\u2019invoquer moi aussi certaines données infiniment contingentes pour appuyer mes dires.10.\tLes nombreux cl zélés supportcurs de l\u2019actuelle tendance \"logico-épistémo-logistc\" en philosophie ne semblent pas avoir prévu la situation paradoxale et cocasse où pourrait nous placer bientôt le renforcement de ladite tendance: les cours 101 et 201 sont en voie d\u2019être phagocytés par les deux seules disciplines - la logique moderne cl la \u201cphilosophie des sciences\" - qu\u2019on peut, en principe (sinon en fait), enseigner sans se référer jamais à la tradition spécifiquement philosophique!!! C\u2019est tout de même un peu curieux, non?Vous, qui vous dites si soucieux de bien représenter la philosophie auprès des \"autres\" instances, n \u2019êtes-vous pas effrayés à la pensée que n\u2019importe quel étudiant de mathématiques de niveau Bacc III serait probablement apte à initier les étudiants à la logique moderne?que n'importe quel professeur de sciences pures, qui aurait potassé tant soit peu l'histoire des sciences et l\u2019épistémologie des sciences exactes contemporaines, serait, en principe, au moins aussi compétent(!) en matière de \"philosophie des sciences\u201d que le professeur de philosophie \u201cstandard\"?Quoi ?au moment même où nous croyons faire la monstration de notre \"sérieux\", nous serions plutôt en train de donner la preuve de notre \u201csuperfluité\"'?Une précision capitale de ma part s\u2019impose sans doute ici: contrairement à ce qu'aiment laisser entendre certains tenants du positivisme, les gens qui, comme moi, pourfendent 1 \u2019\u2019\u2019épistémo-lâtric\" n\u2019entretiennent, bien sûr, aucune aversion à l\u2019égard des sciences ni de l'épistémologie:\tils sont seulement allergiques aux arrières-petits enfants de M.Homais! Ils ont, en fait, le plus grand respect pour l\u2019épistémologie - comment faire autrement quand on pratique la philosophie?- entendue, il est vrai, en un sens large qui inclut la \u201cphilosophie des sciences\u201d sans pour autant s\u2019y réduire.L\u2019auteur de ces lignes serait même tenté d\u2019avouer ici qu\u2019il s\u2019est toujours intéressé au moins autant aux conditions de production des énoncés des grandes philosophies qu\u2019à la teneur spécifique desdits énoncés (et ce, au risque de vous étonner, tout particulièrement pour la philosophie de Nietzsche, dont les remaniements de perspective, d'une oeuvre à une autre, posent plus d\u2019un problème épistémologique passionnant.).11.\tJe vous avoue avoir été, un jour, stupéfait d'entendre dire qu'une majorité de gens de la Coordination souhaitaient vivement voir disparaître de la liste des \"contenus suggérés\" pour le cours PHI- Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 r(h 40 201 la perspective esthétique, sous le fallacieux prétexte qu\u2019à peu prés personne dans la province ne mentionnait celle perspective dans son plan de cours! Comme si de ce fait on pouvait inférer autre chose que notre collectif manque d'imagination ou de culture! 12.\tJe ne propose évidemment pas ici que l\u2019on introduise tout de go l'un ou l'autre de ces contenus dans nos plans de cours, sans autre forme de procès.Je me contente de suggérer quelques pistes susceptibles de nous faire repérer des éléments de réflexion nouveaux, passionnants à traiter et accessibles, qui sait, aux étudiants: il ne s\u2019agit pas d\u2019abord ici de se faire plaisir mais de rendre présent aux étudiants le passé théorique infiniment riche de l\u2019humanité occidentale.13.\tCe détail me donne l\u2019occasion de proposer une mesure simplissimc, dont je m'étonne fort, d'ailleurs, que des gens comme vous, si soucieux de nous rendre \u2018\u2018représentables\u2019\u2019 auprès des autres instances, ne l\u2019aient pas prônée depuis toujours: pour éviter que la teneur théorique de nos plans de cours (provincial, départementaux ou individuels) se réduise ridiculement à une simple énumération de thèmes ou que l\u2019apparition de certains thèmes aparaisse par trop \u201cétonnante\u201d à des gens de r\u2019extérieur\", ne faudrait-il pas absolument que tous ceux qui rédigent des plans de cours s\u2019efforcent de préciser on ne peut plus clairement la raison d\u2019être des contenus qu\u2019ils proposent et surtout le point de vue philosophique spécifique à partir duquel ils entendent les traiter?Voilà une mesure, non répressive et non homogénéisante, qui aurait, sans doute, pour effet d'atténuer l\u2019apparence de dispersion de nos pratiques qui vous chicotc tant! 14.\tPuisqu'il est question ici de bourdes philosophiques, pormette/.-moi de vous en faire remarquer une, énorme, que l'on trouve dans la troisième des cinq \"Lignes directrices\" qui, selon vous, devraient présider à la transmission de nos contenus de cours (et que l\u2019on retrouve, d\u2019ailleurs, formulée en toutes lettres dans le Plan-Cadre lui-même!): je fais allusion à l\u2019énoncé qui souhaite \"que quelques théories soient étudiées «de façon qu\u2019aucune idéologie ne soit érigée en absolu»\".A vous qui posez en apôtres de la clarté conceptuelle et de la rigueur déductive, je ne résiste pas au plaisir de faire observer qu\u2019un tel énoncé comporte un très étonnant glissement de sens: je vois mal, en effet, comment une \u201cthéorie\" (philosophique, j\u2019imagine.) pourrait devenir une \"idéologie\u201d, du simple fait que l'un(e) de ses adeptes serait tenté(e) de l\u2019ériger en absolu! Une théorie philosophique, aussi dogmatiquement présentée et défendue qu\u2019elle puisse être, demeure une théorie philosophique, il me semble! Quand, par exemple, un Fichte ou un Schopenhauer laissent entendre, à l\u2019occasion, que toute perspective autre que la leur ne peut être le fait que d\u2019imbéciles ou de gens de mauvaise foi, quand Hegel (si l\u2019on en croit la légende) considère, à la fin de sa vie, que tout a été dit (par lui) et qu\u2019il peut se contenter de jouer aux cartes avec ses amis, ces philosophes donnent sans doute un très déplorable exemple de dogmatisme mais ce n\u2019est que par la plus saugrenue des confusions conceptuelles qu\u2019on pourrait voir là une chute de la \u201cphilosophie\" dans 1\u2019\u2019\u2019idéologie\".N\u2019en irait-il pas de même pour un malheureux professeur qui soutiendrait qu\u2019il n\u2019est pas de salut philosophique hors de l\u2019École de Francfort ou du Cercle de Vienne?Je \"devine\", bien sûr, ce que l\u2019énoncé incriminé ici \"veut dire\u201d mais si j\u2019insiste, c\u2019est qu\u2019il me semblerait contradictoire et très embarrassant que nous laissions de pareils à peu près déparer le Plan-Cadre (sous prétexte qu\"\u2019on se comprend comme ça\u2019\u2019?) alors que nous persistons à dire aux étudiants que nous évaluons leurs textes en fonction de ce que ceux-ci disent effectivement et jamais en fonction de ce qu\u2019ils \u201cveulent dire\"! 15.\tDécidément, il devrait s'en tenir davantage de ces assemblées \u201célargies\": cela \"élargirait\" peut-être avantageusement le champ de vos points de vue.16.\tSi vous avez mis si longtemps à sortir de votre \u201csommeil dogmatique\u201d au sujet de l'importance relative des habiletés intellectuelles, serait-ce dû à l'influence (partielle) de ce très inquiétant groupe de professeurs du C.E.G.E.P.Bois-de-Boulogne, dont nous apprenions par la voie des journaux il y a quelques années, qu\u2019ils ne croyaient plus possible l\u2019enseignement des textes de la tradition philosophique au niveau collégial?Je parle d\u2019influence \"partielle\u201d ici car je sais que, contrairement à eux, vous n\u2019avez jamais exclu la pertinence de tels textes mais avouez qu\u2019on pouvait croire jusqu\u2019à votre très récent \u201cretournement\" que vous les subordonniez, ces textes, (aussi aberrant que cela puisse paraître) à l\u2019apprentissage des habiletés intellectuelles.J\u2019ai envie d\u2019ajouter ici un petit détail factuel, qui vaut ce qu\u2019il vaut, à propos des chers collègues de Bois-de-Boulogne: le seul professeur que j\u2019aie entendu s\u2019étonner et même se scandaliser de leur attitude \u201cdémissionnaire\u201d à l\u2019égard de la philosophie n\u2019était pas lui-même professeur de philosophie mais plutôt de science politique (à Maisonneuve).Et pour ne rien vous cacher, j\u2019ajoute un autre petit détail factuel pour votre édification: depuis plusieurs années, chaque fois que j\u2019entends des gens autour de moi faire un vibrant éloge de la philosophie comme discipline incontournable (c\u2019est une chose qui arrive.), cela émane de professeurs d\u2019autres disciplines (de Français, en particulier)! 17.\tVous avez eu le culot, semble-t-il, d\u2019émettre le voeu qu\u2019en ce qui concerne les professeurs de philosophie du niveau collégial, le seul Mémoire que devrait recevoir la Commission parlementaire émane de la Coordination provinciale de philosophie! Plaise au Ciel que tel ne soit pas le cas! J\u2019ai dû mal à imaginer beaucoup de Mémoires individuels qui risqueraient (si, bien sûr, vous vous en tenez à vos véritables positions) de défendre plus mal que le vôtre la cause de la philosophie.Je souhaite, au contraire, que cent fleurs s\u2019épanouissent (pour reprendre une expression de Mao).Il en sortirait pçul-être quelques intelligentes défenses et illustrations de la philosophie! * Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 41 Congrès de la Société de philosophie du Québec ACFAS Université du Québec à Montréal 16-20 mai 1994 Appel aux communications Les personnes désireuses de présenter une communication dans la section philosophie doivent faire parvenir un résumé (2 ou 3 pages) à double interligne de leur projet au plus tard le 15 janvier 1994 au responsable du comité de programme dont les coordonnées sont indiquées plus bas.De même, les personnes désireuses d\u2019organiser un symposium, une table-ronde, un col-logque ou toute autre activité collective dans le cadre du congrès annuel de la S.P.Q.sont priées de faire connaître leurs intentions le plus tôt possible au responsable du comité de programme.Tous les projets sans exception, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une communication libre ou de tout autre format d\u2019activité, seront évalués à leur mérite par le comité de programme qui aura recours, si nécessaire, à une expertise externe selon la procédure de l\u2019évaluation à double insu.Robert Nadeau, responsable de la section philosophie, S.P.Q./ACFAS 1994, Département de philosophie, Université du Québec à Montréal, C.P.8888, Suce.\u201cA\u201d, Montréal, (Qc), H3C 3P8.Tél.à l\u2019UQAM: (514)987-6721 ; Tél.et Fax personnels : (514)488-0789 ERRATUM Veiullez noter que les résumés des communications doivent comporter de 2 à 3 pages A VENIR .Société de philosophie de l\u2019Outaouais Table ronde : Le mensonge, mars 1994 Table ronde : Le livre d\u2019avnir et l\u2019avenir du livre, rapport à l\u2019électronique, 29 mars 1994 Activités philosophiques à l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1994 Conférence annuelle : Jon Elster (University of Chicago) 18 février 1994 Michal Friedman (University of Chicago) 25 mars 1994 Postes en philosophie 'OD C& L'Université d\u2019Ottawa sollicite les candidatures pour trois postes de professeur de philosophie menant à la permanence.L\u2019attribution définitive des postes sera soumise aux dispositions budgétaires de l\u2019Université d'Ottawa.L'entrée en fonction est fixée au premier juillet 1994.Pour ces trois postes, les champs respectifs de spécialisation sont : (1)\tphilosophie ancienne (2)\tphilosophie continentale contemporaine (3)\tthéorie de la connaissance ou éthique avec intérêt spécial en éthique appliquée L\u2019un de ces trois postes pourra être attribué à un professeur(e) agrégé(e) ou titulaire.Le rang professoral d\u2019au moins deux de ces postes sera celui d\u2019adjoint.Pour tous les postes : Le doctorat en philosophie est requis.Le traitement sera établi conformément aux normes de la convention collective.Le bilinguisme (français et anglais) est exigé pour l\u2019octroi de la permanence.L\u2019Université prône l\u2019équité en matière d\u2019emploi et encourage fortement la présentation de candidatures féminines.Conformément aux exigences prescrites en matière d\u2019immigration au Canada, cet avis de concours s\u2019adresse aux citoyen(ne)s canadien(ne)s et aux résidentiels permanent(e)s.Adresser ta lettre de candidature, le curriculum vitae, trois lettres de référence, et tout autre document attestant de /\u2019 excellence dans l'enseignement et la recherche, avant le 31 décembre 1993 à : M.Hilliard Aranovitch, Directeur, Département de philosophie.Université d'Ottawa, Ottawa, Ontario, KIN 6N5.Téléc.: (613 ) 564 7668. 4» 42 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 Rapport du president P résen tenue le J.el que le stipulent nos statuts, il m\u2019incombe de vous soumettre aujourd\u2019hui un rapport sur l\u2019état de la Société ainsi que sur ses activités au cours de l\u2019année écoulée.Comme cela a été la coutume à la S.P.Q.lors des dernières assemblées générales, je favoriserai une présentation unique pour l\u2019ensemble des aspects couverts par les activités de la Société, incluant bien sûr les réunions du Conseil d\u2019administration et du Bureau de direction, mais aussi les situations respectives de Philosophiques et du Bulletin, les colloques inlerdiscip-linaires, le congrès annuel, les archives, ainsi que les divers comités de la Société.Par ailleurs, avant d\u2019aborder le premier de ces divers points, il me faut signaler que ce rapport coiffera en fait deux portions de mandat, puisque j\u2019ai succédé à André Côté en janvier dernier, les mandats des membres du Bureau de direction couvrant à présent l\u2019année civile plutôt que l\u2019année académique.De sorte que les nombreux éléments dont il sera ici fait état peuvent relever soit du début de mon mandat, soit de la fin de celui de mon prédécesseur.1.L'étal de la Société et la situation actuelle de la philosophie En ce qui a trait ù l\u2019état de notre 4 té à la 20ième Assemblée 19 mai 1993 au Collège d PHILOSOPHIE T association, il faut dire d\u2019entrée de jeu que la baisse de régime qu\u2019a connue la Société pendant quelques années est maintenant chose du passé.Due à des circonstances exceptionnelles dont la plupart étaient tout à fait incontrôlables, cette baisse n\u2019aura été - on est en tout cas en droit de l\u2019espérer -que circonstancielle.Si les inquiétudes passagères qu\u2019a suscitées un temps cette malheureuse situation sont maintenant levées, on le doit très largement à l\u2019équipe qui a été en poste en 91 et 92, et particulièrement au travail soutenu et infatigable d\u2019André Côté qui, assumant la présidence à un moment ingrat, a aidé la S.P.Q.à se relever et à reprendre son rythme de croisière.Je tiens ici à l\u2019en remercier au nom de la Société.Comme on pourra en effet le constater, notre association est à nouveau sur des rails solides, qu\u2019il s\u2019agisse de Philosophiques, dont le dossier de l'internationalisation a été mené à terme avec, on le verra, d\u2019excellents résultats, qu'il s'agisse du Bulletin, dont la nouvelle formule commence à donner des fruits plus que générale Ri mouski prometteurs, qu\u2019il s\u2019agisse des colloques interdisciplinaires dont, pour la première fois dans l\u2019histoire de notre Société, deux ont été tenus durant l\u2019année, qu\u2019il s\u2019agisse enfin de l\u2019augmentation graduelle du membership, qui constitue toujours un bon indicateur de la santé d\u2019une association.11 reste évidemment quelques points aveugles, que je mentionnerai en temps et lieu, mais dans l\u2019ensemble donc, la situation de la S.P.Q.est redevenue saine.En fait, les sérieux soucis que l\u2019on est en droit d\u2019entretenir présentement ne tiennent nullement à la S.P.Q.elle-même, ou au degré de son dynamisme, qui est manifeste, mais à la situation externe et au contexte actuel, qui demeure très préoccupant.Je fais bien sûr allusion, tout le monde l\u2019aura compris, à la réforme des collèges.La S.P.Q.s\u2019est impliquée dans ce dossier depuis le tout début, particulièrement sous la forme d'un Mémoire présenté à la Commission parlementaire sur l\u2019Éducation de l\u2019automne dernier.Cependant, en janvier de cette année, devant la tournure que prenaient les événements, il devenait évident qu\u2019une implication plus étroite de la Société s\u2019imposait.C'est pourquoi, lors de sa réunion du 20 février, le Bureau de direction prenait acte de l\u2019urgence d\u2019agir à ARCHIVES Bulletin DE la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 43 d\u2019autres niveaux.Il nous a alors semblé que.grâce à la position tout à fait unique qu\u2019elle occupe dans la société québécoise, la S.P.Q.pouvait intervenir de manière originale, tout en respectant les prérogatives et responsabilités des autres instances déjà en place, particulièrement de la Coordination provinciale de philosophie et de Philosophie au collège.En étroite collaboration avec les Comités de défense de la philosophie de divers départements de collège, nous avons donc mis sur pied un vaste mouvement-parapluie, sous la forme d\u2019une Coalition pour la défense de la philosophie au collégial, composée de responsables des principaux organismes représentatifs du milieu, dont bien sûr la S.P.Q., mais aussi de la Coordination provinciale de philosophie, de la Coordination provinciale de Humanities, de Philosophie au collège, de l\u2019Association canadienne de philosophie, du Comité interuniversitaire de philosophie, des associations d\u2019étudiants gradués, du mouvement étudiant «Touche pas à Socrate», et ainsi de suite.Comme son nom l\u2019indique, le principal objectif d\u2019un tel regroupement est de défendre, par tous les moyens appropriés, l\u2019espace institutionnel actuel de la discipline dans le réseau collégial.Mouvement de pression et d\u2019action, la Coalition a tenu jusqu\u2019à présent trois réunions et organisé de nombreuses activités publiques.Afin de ne pas allonger inutilement ce rapport, je me limiterai à vous donner, sous forme d\u2019une simple énumération, une idée sommaire de ce qui a été accompli : adoption d\u2019une déclaration de principe, campagne de levée de fonds auprès de divers organismes, des départements de philosophie et des syndicats - la S.P.Q.a d'ailleurs contribué au fonds commun sous la forme d'un don de S 1 000 -, création d\u2019un bulletin de liaison, communiqués de presse, manifestation lors du dépôt officiel du projet de la ministre, vaste campagne de publicité dans les média, conférence de presse et enfin, pour couronner le tout, journée nationale de ralliement, avec appuis de personnalités publiques éminentes et retombées pouvant éventuellement servir à des fins pédagogiques.De plus, parrallèlement à ces diverses initiatives, le Bureau de direction expédiait de son côté une lettre ouverte à la ministre, suggérait une prise de position officielle au Conseil d\u2019administration et voyait à la publication d\u2019une livraison spéciale du Bulletin de la S.P.Q.Pris par les impératifs de l\u2019action, nous avons été obligés de mettre momentanément sur la touche certains dossiers moins prioritaires dans les circonstances, tel par exemple celui de la réorientation de la S.P.Q., qui sera réactivé en temps et lieu.Malgré quoi, s\u2019ajoutant aux nombreuses tâches régulières de la Société, l\u2019intense activité qu\u2019a générée la mise en place de la Coalition a, vous vous en doutez bien, nécessité une dépense considérable d\u2019énergie qu\u2019il n\u2019aurait pas été possible de fournir sans le dévouement de très nombreuses personnes.A ce propos, je m\u2019en voudrais de passer sous silence la contribution tout à fait exceptionnelle de trois membres du B.D.: Michel Seymour, notre premier vice-président, Robert Tremblay, notre trésorier et Michel Robert, notre secrétaire-adjoint.Par ailleurs, au risque de paraître injuste envers toutes les personnes que je ne pourrai nommer ici et qui ont fourni sans compter temps et énergie, je me dois de mentionner au moins deux autres personnes, bien qu\u2019elles n\u2019apparticn-ncnl pas aux instances de la S.P.Q.: il s\u2019agit de Marie-Josée Rhéaumc et de Normand Corbcil, tous deux du Collège du Vieux Montréal, la première pour son travail incessant aux niveaux de l\u2019organisation et de l\u2019information, le second pour sa contribution inestimable à 1 organisation de la journée nationale de ralliement.Enfin, je m\u2019en voudrais de terminer ce tour d\u2019horizon de l\u2019état de la Société sans souligner le support appréciable reçu de deux de nos membres institutionnels : l\u2019UQAM et le Collège de Rimouski.La première pour la publication de la revue, le second pour son support logistique et financier.Qu\u2019ils trouvent ici l\u2019expression de notre gratitude.2.Les activités régulières de la Société au cours de Vannée écoulée 2.1 Le Conseil d'administration et le Bureau de direction Comme à l\u2019accoutumée, le Conseil d\u2019administration a tenu deux réunions : la première à Montréal à l\u2019automne 92 et la seconde à Québec ce printemps.Quant au Bureau de direction, il a été réuni à quatre reprises, dont la dernière, hier soir, ici même au collège.Les nominations suivantes ont été effectuées durant l\u2019année en cours : Michel Juneau, de l\u2019Université d\u2019Ottawa, au poste de second vice-président, Suzanne Gauvin, étudiante, comme représentante de l\u2019Estrie, Patrick Imbert, de l\u2019Université d\u2019Ottawa, au poste de représentant de l'Outaouais, et enfin, Jean-Maurice Lamy, de l\u2019Institut de tourisme et d'hôtellerie, pour un second mandat à litre de président du Comité pour l'enseignement de la philosophie ARCHIVES 4* 44 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 (CEPH).Par ailleurs, à la direction du Bulletin, le premier mandat de Luc Thériaull, du Collège de Maisonneuve, a été prorogé jusqu'au 31 décembre 94.En vue de l\u2019année qui vient, nous avons à renouveler un mandat et quatre postes sont à à pourvoir ; des propositions seront faites en ce sens au point 5 de l\u2019ordre du jour.Enfin, touchant justement les mandats des aubes membres du Conseil, il y aurait lieu de les harmoniser avec ceux du B.D.et une proposition de modification des statuts sera présentée à cet effet au point 6.2.2\tPhilosophiques L\u2019internationalisation de la revue, initiée en 1991 et intensifiée à partir de janvier 92, au moment où Josiane Ayoub débutait son mandat de bois ans, est maintenant largement réalisée.Le comité scientifique international dont s\u2019est doté Philosophiques, et qui compte des noms particulièrement prestigieux, est fermement en place.Par ailleurs, comme la chose était initialement prévue, la revue accueille à présent des textes de langue française en provenance de l\u2019extérieur du Québec.Cet apport neuf, couplé aux sollicitations assidues et vigoureuses de la direc-bice, a permis de constituer une solide banque de textes qui assurent d\u2019ores et déjà un contenu de qualité pour plusieurs livraisons subséquentes.Ainsi par exemple, depuis un an et demi, pas moins de 39 articles ont été reçus, à quoi il faut ajouter trois textes destinés à la rubrique \u201cInterventions\", de même que, bien sûr, le lot habituel d\u2019études critiques et comptes rendus.11 s'agit là pour la revue d\u2019une situation aussi heureuse que nouvelle pour laquelle Mme Ayoub doit recevoir une large part de crédit.Et puisqu\u2019il est question de nouveautés.notons encore que la revue a récemment fait peau neuve et que ce toilettage complet inclut enbe aubes une nouvelle jaquette, très attrayante, ainsi qu\u2019un nouveau jeu de caractères d\u2019imprimerie exclusif à Philosophiques.En ce qui concerne la composition du Comité de rédaction, signalons le départ de Georges Legault, de l\u2019Université de Sherbrooke, qui occupait le poste de directeur-adjoint et qui a malheureusement dû quitter ses fonctions.Michel Seymour, de l\u2019Université de Monbéal, a accepté de le remplacer, laissant par le fait même vacante la responsabilité des études critiques et comptes rendus, que Louis-André Dorion, également de l\u2019Université de Montréal, assumera désormais à sa place.Enfin, je vous annonce que la livraison du printemps 1993 est actuellement sous presse et qu\u2019elle devrait paraître incessamment.2.3\tLe Bulletin La nouvelle formule du Bulletin est maintenant bien rodée et elle donne de bès bons résultats.Plusieurs livraisons substantielles ont paru durant l\u2019année écoulée dont, à l\u2019automne\t92,\tun\tnuméro\trepro- duisant, entre autres choses, quatre des mémoires présentés lors de la Commission parlementaire sur l\u2019Éducation, dont bien sûr celui de la S.P.Q.Ajoutons à cela le numéro spécial paru le mois dernier, consacré presque exclusivement\tau\tdossier\tde la réforme des collèges et on pourra constater que la nouvelle équipe, constituée\tde\tLuc\tThériault.déjà nommé, de Robert Tremblay, bésorier de la S.P.Q., lequel assure la liaison avec les diverses instances de la S.P.Q.et\tenfin de\tMartin\tGodon, étudiant, que cette équipe, dis-je.abat un excellent travail.En ce qui a bait à la préparation matérielle du Bulletin, nous continuons de jouir de l\u2019aide appréciable du Collège du Vieux Monbéal dont, je le rappelle, l\u2019actuel directeur est Alain Lallier, ancien président de la S.P.Q., que j\u2019en profite pour remercier au passage.Enfin, lors de sa dernière réunion, le Conseil d\u2019adminisbation a reçu une politique générale de publication soumise par la direction du Bulletin.Il s\u2019agissait en fait de la réponse à une commande passée lors d\u2019une précédente renconbe dans le but de faire de cet organe de notre Société un instrument de liaison et d\u2019information plus efficace encore.Amendée en vue de son adoption ultérieure, ladite politique se penche enbe aubes sur l\u2019équilibre souhaitable enbe les aspects informatif et réflexif, de même que sur le contenu du Bulletin, dont elle définit les principales rubriques.Elle précise en outre les dates de parution des quatre numéros réguliers de l\u2019année, de même que les dates de tombée à respecter pour les personnes qui désirent y faire paraîbe un texte ou une information.Afin d\u2019en informer nos membres, cette politique sera d\u2019ailleurs éventuellement publiée dans les pages du Bulletin.2.4\tLes colloques interdisciplinaires Exceptionnellement, deux colloques interdisciplinaires se sont tenus cette année sous l\u2019égide de la S.P.Q., respectivement les douzième et beizième de l'histoire de notre Société.Sous la responsabilité de Guy Bouchard de l'Université Laval, le premier était organisé conjointement avec la Faculté de philosophie et la Chaire d\u2019étude sur la condition des femmes de celle institution.Il a eu lieu en octobre sur le thème \"Les 4 ARCHIVES Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 45 femmes et la société nouvelle\" et il a connu un franc succès bien que, de l\u2019avis du responsable, la participation des philosophes eux-mêmes eût pu cire mieux marquée.Quant au second colloque interdisciplinaire organisé sous le patronage de la S.P.Q., colloque qui a connu lui aussi un grand succès, il s\u2019est tenu le mois dernier à l\u2019UQAM et il était sous la responsabilité de Josiane Ayoub.Regroupant principalement des chercheurs de la France et du Québec, il avait pour thème : \u201cFormer un nouveau peuple ?Pouvoir, éducation, révolution\u201d et était organisé conjointement avec les départements d\u2019Histoire et de Philosophie de l\u2019UQAM, ainsi qu\u2019avec le Centre interdisciplinaire d'analyse des discours et de sociocritique des textes (CIADEST) et le groupe de recherche Analyse de textes par ordinateur: cognition et information (ATO-CI).Il faut se réjouir de ces deux importantes initiatives qui témoignent éloquemment du dynamisme de nos membres et augmentent, par un heureux effet d\u2019entraînement, la visibilité de la Société.Je rappelle d\u2019ailleurs à ce propos que l\u2019esprit qui anime ces colloques interdisciplinaires permet aux philosophes de s\u2019ouvrir à ce qui se fait dans d\u2019autres domaines sur des sujets d\u2019intérêt commun et que pour l\u2019instant, nous n\u2019avons encore reçu aucune proposition de colloque pour l\u2019année 93-94.Le champ est donc libre pour de nouveaux projets que la S.P.Q.accepterait certainement de parrainer avec plaisir.2.5\tL'ACFAS et le Congrès annuel Pour 1993, la Société a renouvelé son entente avec l\u2019ACFAS, entente qui.on s\u2019en souviendra, permet aux sociétés-hôtesses de bénéficier d\u2019une ristourne sur le montant des inscriptions au Congrès annuel.A la demande du Conseil d\u2019administration de l\u2019automne dernier, j\u2019avais accepté de veiller à l\u2019organisation du Congrès de celle année.53 propositions de communication ont été retenues par le Comité d\u2019arbitrage, composé du responsable, membre d\u2019office, ainsi que d\u2019André Mineau de l\u2019UQAR et de Maurice Gagnon, de l\u2019Université de Sherbrooke, que vous me permettrez de remercier tous deux ici.Les membres du Comité ont d\u2019ailleurs tenu à adresser une suggestion à l\u2019Assemblée générale, suggestion qui sera discutée au point Varia de la présente réunion.Par ailleurs, bien que ce soit l\u2019usage et qu\u2019on y ait rarement dérogé, vous comprendrez que le président de la Société hésite à féliciter officiellement le responsable de l\u2019organisation du Congrès 1993 et préfère pour cette fois laisser les participants juges du travail accompli.En ce qui concerne à présent nos relations avec les autorités de l\u2019ACFAS, nous sommes toujours en attente d\u2019une réponse définitive à la demande que nous avions logée en mars 92.On se souviendra en effet que la S.P.Q.s\u2019était enquis de la possibilité pour toute société membre qui le désirerait d\u2019exiger l\u2019adhésion de ceux et celles qui souhaitent participer aux activités qu\u2019elle organise dans le cadre du Congrès.Pour l\u2019instant, l\u2019ACFAS nous affirme dans sa réponse préliminaire vouloir examiner à fond cette délicate question, mais en la situant dans le cadre plus global des relations entre l\u2019ACFAS et les sociétés qui en sont membres.Enfin je signale que, comme certains le savent sans doute déjà, le prochain congrès de l'ACFAS se tiendra en 1994 à l\u2019Université du Québec à Montréal.Pour l\u2019instant, la personne responsable n\u2019a pas encore été nommée et les membres du Conseil d\u2019administration accueilleront favorablement toute suggestion à ce propos.2.6\tLes archives Constituant un des points aveugles que j\u2019évoquais en tout début de présentation, les postes d\u2019archiviste et d\u2019archiviste-adjoint sont toujours à pourvoir.Bien que la Société puisse sans doute fonctionner pendant quelque temps sans que ces deux postes statutaires trouvent preneurs, il reste qu\u2019une telle vacance n\u2019est pas idéale pour une Société comme la nôtre.Si elle devait se prolonger outre mesure, il faudrait que, ou bien le C.A., ou bien le Comité sur les orientations se penche sérieusement sur la question.En attendant, nous accueillerons évidemment avec reconnaissance toute candidature éventuelle.2.7\tLe Comité sur /' enseignement de la philosophie (CEPII) Durant l\u2019année écoulée, le Comité sur l\u2019enseignement de la philosophie a travaillé tout particulièrement sur deux dossiers.Rappelons tout d\u2019abord que c\u2019est à Jean-Maurice Lamy, son président, qu\u2019avait été confié le soin de rédiger le Mémoire de la S.P.Q.présenté à la Commission parlementaire sur la réforme des collèges de l\u2019automne dernier.Plus particulièrement, le mandat reçu consistait à élaborer un contenu qui puisse s\u2019harmoniser avec celui du Mémoire de la Coordination provinciale de philosophie.Deuxièmement, le CEPH a poursuivi son exploration des vastes questions liées à la formation pédagogique des futurs enseignantes et enseignants de philosophie.Il s\u2019agit d\u2019un dossier délicat qui acquiert, on s\u2019en doute, un singulier relief dans le contexte de la ARCHIVES 46 Bulletin de la S.P.Q.\u2014 Automne 1993 réforme actuelle.Dans celle optique, le CEPH a mené une enquête sur les profils philosophiques cl pédagogiques des professeurs du collégial, enquête dont les résultats ont été publiés dans la livraison de l\u2019hiver 93 du Bulletin.Il a aussi continué de s\u2019intéresser à l\u2019approche dite de la philosophie pour enfants, une avenue qui poursuit tranquillement son développement au Québec.2.8 Les relations extérieures de la Société Étant donné la situation urgente qui prévalait et qui prévaut encore dans les collèges, nous avons dû accorder une faible cote de priorité à cet aspect de nos activités.La Société a malgré tout cherche à rétablir les liens avec l\u2019Association des sociétés de philosophie de langue française (ASPLF).A cette fin, Jacques Aumètre, trésorier-adjoint, avait été chargé, à l\u2019occasion d\u2019un récent congrès en Europe, de régulariser et d\u2019intensifier nos contacts avec les responsables de cet organisme.En attendant, nous continuons à publiciser les activités de l\u2019ASPLF par le biais du Bulletin.Par ailleurs, la S.P.Q.est toujours affiliée à la Fédération internationale des sociétés de philosophie (F1SP).Je rappelle d\u2019ailleurs à ce propos que, comme la chose avait été dûment annoncée, la FISP tiendra son prochain Congrès quinquennal cet été à Moscou, du 22 au 28 août, sous le thème : «L\u2019humanité à un point tournant : perspectives philosophiques».D'autre part, nous procédons encore, comme la chose est devenue coutumière maintenant, à un échange d\u2019adhésion avec Philosophie au collège, de même qu\u2019avec la Société de philosophie de l\u2019Outaouais.Enfin, nous continuons de cultiver nos liens d'amitié et de collaboration avec la toute nouvelle Société albanaise de philosophie, qui est devenue une de nos correspondantes régulières.2.9 Les finances Bien qu\u2019il soit tout à fait vital, je serai très bref sur le dernier point qui reste à traiter : les finances de la Société.En effet, la question fait l\u2019objet du point 4 de l\u2019ordre du jour et on pourra constater que, sans être idéale, la situation financière de la Société est saine.* * * En conclusion, je dirais que l\u2019état de santé de la Société est globalement bon et, comme je l\u2019annonçais en début de présentation, nous avons commencé à récolter les fruits de l\u2019important effort de redressement des deux dernières années.Cela a entre autres permis que l\u2019année académique qui s\u2019achève soit une période de travail intense pour notre organisme, certainement l\u2019une des plus fructueuses de son histoire en termes de productivité.Cependant, comme dans toute entreprise humaine, le résultat n\u2019est pas toujours à la mesure des espérances non plus que des efforts consentis.Et, disant cela, je ne peux m\u2019empêcher de songer en particulier à l\u2019avenir de la philosophie dans les collèges qui, au moment où je vous parle, et malgré toute l\u2019énergie qui a été investie dans ce dossier, demeure très préoccupant, s\u2019il n\u2019est pas déjà compromis.En collaboration avec tous les organismes concernés, il reste dans ce domaine beaucoup de travail à accomplir sans qu\u2019on puisse se montrer trop optimiste sur les bénéfices que renseignement collégial de la philosophie pourra raisonnablement en retirer.Selon toute probabilité, la ministre a définitivement fait son lit et elle affirme en outre vouloir mettre un terme au dossier avant la fin de l\u2019actuelle session parlementaire en juin.Cependant, quelle que soit la teneur des décisions qui seront prises incessamment, on se trouve très certainement en présence d\u2019un chantier de plusieurs années.11 restera donc beaucoup de pain sur la planche, et pour la S.P.Q., et pour la Coalition dont elle a été jusqu\u2019à présent l\u2019âme dirigeante.Il est donc heureux que la Société ait à toutes fins utiles terminé son effort de redressement, car il lui faudra certainement donner sa pleine mesure face aux défis qui nous attendent dans un avenir rapproché.?Jean- Claude Simard Président Les Cahiers Recherches et Théories du département de philosophie de l\u2019Université du Québec à Montréal vous informent de la partution dans la collection Symbolique et idéologie des numéros S 23 Sophie de Grouchy marquise de Condorcet Lettres sur la sympathie suivies des Lettres d\u2019amour à Maillia Garat Textes revus , présentés et anolés par Jean-Paul de La grave ISBN-2-920884-23-9 196 pages 1993 ARCHIVES Bulletin DE LA S.P.Q.\u2014 Automne 1993 47 Lettre de Jean-Claude Simard aux membres de la S.P.Q.Hong Kong, le 18 août 1993 À tous les membres de la S.P.Q.Il y a un peu plus de deux mois, on m\u2019offrait la possibilité d\u2019enseigner au Lycée Français International de Hong Kong durant les deux prochaines années.La décisions s\u2019avérait difficile à prendre : d\u2019une part, l\u2019expérience promettait d\u2019être passionnante à tous points de vue et une telle possibilité ne se présente pas deux fois dans le cadre d\u2019une vie professionnelle.D\u2019autre part cependant, lorsqu\u2019à l\u2019été 92,\tj\u2019avais accepté la présidence de la S.P.Q., je m\u2019étais engagé pour un mandat de deux ans et ce mandat, commencé officiellement en janvier 93,\tétait vieux d\u2019à peine six mois ! Après avoir tergiversé pendant plus de trois semaines et après avoir consulté informellement de nombreuses personnes, j\u2019ai finalement décidé d\u2019accepter l\u2019offre en question.Voici les principaux éléments qui ont pesé favorablement dans la balance.-\tComme je l\u2019écrivais dans mon rapport annuel présenté à l\u2019Assemblée générale de mai dernier, après un passage à vide, la S.P.Q.roule à nouveau sur des rails solides, grâce en particulier au travail acharné d\u2019André Côté, mon prédécesseur direct.-\tLes dossiers ponctuels dont j\u2019avais, outre la présidence, accepté personnellement la responsabilité.ont été menés à terme, par exemple l\u2019organisation du Congrès annuel dans le cadre de l\u2019A.C.F.A.S.à Rimouski.Quant aux autres - je songe en particulier, on l\u2019aura deviné, à la mise sur pied de la Coalition nationale pour la défense de la philosophie-, je n\u2019ai pas l\u2019outrecuidance de croire que ma présence ou mon absence puisse y changer quoi que ce soit.D\u2019autant plus que - et c\u2019est le troisième et dernier motif important qui a contribué à emporter la décision - - L\u2019équipe qui est actuellement en place est unie, solide et efficace.J\u2019ignore quelle formule de direction elle choisira de retenir devant celle situation inédite (au-delà de la promotion officielle du premier vice-président, nos Statuts n\u2019interdisent nullement une direction collégiale), mais en l\u2019occurrence, j\u2019ai pleinement confiance que les principaux dossiers en particulier celui relatif à l\u2019enseignement de la philosophie au Collège, seront pilotés avec toute l\u2019énergie et la maestria nécessaires.Évidemment, comme on a pu le constater lors des événements du dernier semestre, la bonne volonté, le doigté et l\u2019énergie ne suffisent pas toujours.En effet, malgré tous les efforts et le temps investis, nous n\u2019avons pas réussi à infléchir suffisamment les plans de la Ministre pour l\u2019amener à modifier substantiellement sa Loi.On peut bien sûr entretenir quelque regret, mais on ne peut certainement pas nourrir de remords : nous avons fait tout ce qui était humainement possible dans les circonstances.Malheureusement, en dernière analyse, la décision ne nous appartenait pas et ce qui s\u2019est passé jusqu\u2019à maintenant constitue une nouvelle pièce à verser au dossier des relation tumultueuses qu\u2019entretiennent depuis des siècles le Prince et la Philosophie.Malgré quoi, le combat n\u2019est pas terminé : il reste à aménager les retombées de la nouvelle Loi.De sorte que la deuxième reprise qui se met actuellement en branle laisse place à beaucoup de latitude qu\u2019il faudra utiliser autant que possible à notre profit.Encore une fois, j\u2019ai pleinement confiance : l\u2019équipe que je laisse derrière moi saura faire en sorte que la S.P.Q.et la Coalition jouent pleinement le rôle qui leur revient dans cette délicate situation.Voilà.Chère collègues, chers collègues, il me reste à vous saluer tous très cordialement.Et je profile de l\u2019occasion qui m\u2019est ainsi offerte pour, malgré ces circonstances difficiles pour la philosophie au Québec, vous souhaiter sincèrement la meilleure années académique possible.zài-jiàn ! (Au revoir !) Jeau-Claudc Simard Lycée Français International de Hong Kong pi ni.osoi\u2019i in; SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIE DU QUÉBEC Case postale 1370 Place Bonaventure Montréal (QC) H5A 1H2 Tél.et téléc.: (514) 987-6712 Attention ! Votre adhésion à la SPQ doit être renouvelée le SPQ # FORMULAIRE D'ADHÉSION 1994 Important : cette adhésion vous donne droit au Bulletin de la SPQ et à la revue Philosophiques.Veuillez compléter.Si certaines informations sont inexactes ou ne figurent pas au formulaire, veuillez les inscrire en caractères d imprimerie NOM\tPRÉNOM\t ADRESSE POSTALE\t\tCODE POSTAL VILLE, PROVINCE\tPAYS\t INSTITUTION\tFONCTION\t TÉLÉPHONE À LA RÉSIDENCE\tTÉLÉPHONE AU TRAVAIL\t TÉLÉCOPIEUR\tADRESSE ÉLECTRONIQUE\t STATUT (veuillez cocher) 0 MEMBRE ORDINAIRE : personne détenant un diplôme ou poursuivant des études universitaires en philosophie 0 MEMBRE ASSOCIÉ : personne intéressée aux buts de la Société Un tarif régulier de 40$ 0 pour 1 AN ; de 70$ 0 pour 2 ANS ; de 90$ 0 pour 3 ANS Un tarif étudiant de 20$ 0 pour 1 AN ; de 35$ 0 pour 2 ANS ; de 45$ 0 pour 3 ANS 0 MEMBRE INSTITUTIONNEL : département, centre de recherches, groupe, société, etc.Un tarif institutionnel de 60$ 0 pour 1 AN ; de 105$ 0 pour 2 ANS ; de 135$ 0 pour 3 ANS DURÉE DE L'ADHÉSION (Veuillez, joindre un chèque ou un mandat à l'ordre de la SPQ) 0 I an\t0 2 ans\t0 3 ans\tMontant inclus : Vous recevrez un reçu d'impôt à la fin de chacune des années d'adhésion Veuillez noter que l\u2019Assemblée générale de la SPQ est susceptible de réviser les frais d'adhésion à son assemblée annuelle.Il est possible de renouveler avant échéance, mais il est interdit de cumuler plus de trois années d adhésion.Je désire adhérer à la Société de philosophie du Québec pour la période indiquée.date\tsignature Veuillez adresser ce formulaire a/s du trésorier à l\u2019adresse qui figure ci-dessus "]
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