Bulletin de la Société de philosophie du Québec, 1 janvier 1976, Février
[" lie \\fà tociété pfail ow/h\\f\u2018 in qnébec PHILOSOPHIE volume 2 numéro 2 Bulletin de la Société de Philosophie du Québec Directeur\t: Raymond Brouillet (U.Laval) Comité de rédaction : Yvan Cloutier (Cégep de Sherbrooke) Paul Germain (U.Concordia) Pierre Gravel (U.de Montréal) Claude Pana^do (UQTR) Paul-André Quintin (UQTR) Le Conseil d'Administration du bulletin est constitué par le Conseil d'Administration de la Société de Philosophie du Québec, qui comprend, outre les personnes sus-mentionnées : Maurice Bailly (Cégep F.X.Garneau) Guy Bouchard (U.Laval Venant Cauchy (U.de Montréal) Georges Legault (Cégep Bois-de-Boulcgne Pierre Laberge (U.d'Ottawa) Claudette Lafond (Cégep de Rimouski) Maurice Lagueux (U.de Montréal) Alain Lallier (Cégep de Trois-Rivières) Robert Nadeau (UQAM) Bernard Ouellet (Céqep de Hull) Jacques Plamondon (U.de Sherbrooke) Maurice Rainville (U.de Moncton) Claude Savary (UQTR) Louis Valcke (U.de Sherbrooke) Claude Vallières (Cégep de Chicoutimi) Siège Social : 2910, Boulevard Edouard Montpetit, Montréal 101, Québec. Dépôt Légal 1er trimestre 1976, Bibliothèque Nationale du Québec .' » ¦ : 'h't'Vy 1 \u2022 - Bulletin de la Société de Philosophie du Québec Volume II, numéro 2 Février 1976 SOMMAIRE Informations :\tpages -\tColloque : Philosophie et psychologie (6-7 mars 1976)\t4 -\tIIle congrès annuel de la S.P.Q.(12-14 mai 1976)\t6 -\tActivités régionales\t9 -\tPublications récentes\t15 -\tDu c8té des revues\t17 Documents : Le Congrès spécial de la S.P.Q.(1-2 novembre 1975)\t20 -\tPropositions adoptées par l'Assemblée générale\t20 -\tRapports des ateliers\t23 -\tatelier no 1 : recherche et publication\t23 -\tannexe : Leroux, Georges, Remarque sur la publication en philosophie\t26 -\tatelier no 3 : spécialisation et autoplanification des départements universitaires\t29 -\tannexes : interventions et commentaires des personnes-ressources (Fernand Couturier, Jean Gagné, Claude Savar.y)\t30 -\tatelier no 4 : formation et perfectionnement des maîtres\t39 Contributions : -\tBordeleau, Léo-Paul : Un point de vue sur le rôle social du philosophe\t40 -\tHoude, Roland : Errements ou incohérences\t50 4 INFORMATIONS COLLOQUE : PHILOSOPHIE ET PSYCHOLOGIE Dates :\t6-7 mars 1976 Lieu : Auditorium du Pavillon Lafontaine (UQAM) 1301 est, rue Sherbrooke Inscription :\t$5.00 (sur place) .Etudiants : gratuit Comme on sait, l'intention de la S.P.Q.est d'organiser annuellement, en collaboration avec différentes institutions, un colloque inter ou multi-disciplinaire.L'année dernière, ce colloque s'est tenu à Trois-Rivières et portait sur l'histoire de la philosophie au Québec.Cette année, organisé conjointement par la S.P.Q.et l'Université du Québec S Montréal, il traitera des relations entre la philosophie et la psychologie.L'objectif en est d'explorer les diverses problématiques philosophiques issues des transformations scientifiques majeures de la psychologie contemporaine et des disciplines connexes (psychanalyse, psychiatrie).Cette exploration sera d\u2019emblée inter-disciplinaire puisqu'elle impliquera des chercheurs de toutes les disciplines concernées.PROGRAMME Samedi : 6 mars : 8:30 Inscription (sur place) 9:00 Table ronde : Le constructivisme piagétien et les épistémo- logies traditionnelles.Animateur : Louise Marci1-Lacoste (Dépt.de philo, Univ.Mc Gill) Participants: Jean-Claude Brief (Dépt.des sc.de l'éducation, UQAM) Maurice Gagnon (Dépt.de philo, Univ.de Sherbrooke) Gérald Noelting (Ecole de psychologie, U.Laval) Robert Plante (Fac.de philo, U.Laval) 12:15 Diner 14:00 Table ronde : Les contestations contemporaines de la psychiatrie. 5 Animateur\t:\tClaude Savary (Dépt.de philo, UQTR) Participants :\tMichel Laferrière (Fac.of Education, U.McGill) Pierre Mayers (Centre Hospitalier Douglas) Roger Savoie (Dépt.de philo, Cégep Saint-Laurent) Carlo Sterlin (Centre Hospitalier Douglas) 17:00 Souper Dimanche : 7 mars :\t 9:15 Table ronde :\tBehaviorisme et philosophie Animateur\t:\tHarel Malouin (Dépt.de philo, UQAM) Participants :\tNicolas Kaufmann (Dépt.de philo, UQTR) Jacques Reinbold (Dépt.de psycho, Cégep de Sherbrooke) Michael Schleifer (Dépt.des Sc.de l'éducation, UQAM) Charles Taylor (Dépt.des Sc.politiques, U.McGill) 12:15 Diner 14:00 Table ronde :\tLes contestations contemporaines de la psychanalyse Animateur\t:\tLaurent M.Vacher (Dépt.de philo, Cégep Ahuntsic) Participants :\tGhislain Charron (Fac.de philo, U.d'Ottawa) Claude F.Lévesque (Dépt.de philo, U.de Montréal) Lise Monette (Dépt.de philo, UQAM) François Péraldi (Dépt.de linguistique, U.de Montréal) 17:00 Clôture du colloque Chaque table ronde sera suivie d'une discussion avec le public.Toutes les personnes intéressées sont cordialement invitées 3 participer 3 cette activité.Pour toute information supplémentaire, s'adresser 3 : Monsieur Robert Nadeau Département de Philosophie Université du Québec 3 Montréal C.P.8888, Montréal.\tTél.: (514)282-4614 N.B.En cas de grève des employés de soutien de l'UOAM, le colloque sera reporté 3 une date ultérieure (encore indéterminée). 6 Hie CONGRES DE LA S.P.Q.Dates :\t12-14 mai 1976 (dans le cadre de l'ACFAS) Lieu : Université de Sherbrooke Inscription : membres ordinaires de\tl\u2019ACFAS : $15.00 membres étudiants\t$ 3.00 non-membres\t$20.00 étudiants (non-membres)\t$5.00 Pour inscription â l'avance ou réservation de logement, s'adresser au secrétariat de l'ACFAS : C.P.6060 Montréal , Qué.Tél.: (514) 342-1411 FORMULE.La formule de la Section Philosophie (S.P.Q.) sera la même que l'année dernière.Deux thèmes privilégiés ont été retenus, auxquels seront consacrés des ateliers et des tables-rondes; et d'autre part, il y aura corme d'habitude place pour des communications libres indépendantes des thèmes.Les thèmes privilégiés sont : 1)\tPhilosophie de la biologie (mercredi, 12 mai) 2)\tL'éthique problématique (jeudi, 13 mai) Quant aux communications libres, elles pourront porter sur n'importe quel sujet d'intérêt philosophique et nous prévoyons cette année, de façon â favoriser la discussion, consacrer à chaque communication une période de 45 minutes.PROGRAMME PROVISOIRE.Mercredi, 12 mai : (Thème : philosophie de la biologie) 9:30 Atelier no 1 : Neurologie et logique Participants : Gilles Boudrias (Cégep de Sherbrooke) Normand Lacharité (UQAM) Michel Lebel (Centre Hospitalier Universitaire, Sherbrooke) Atelier no 2 : Epistémologie de la biologie et écologie 7 12:00 13:30 15:30 16:00 18:30 Jeudi, 9:30 12:00 13:30 Participants : Mercedès Chornette (Cégep de Sherbrooke) François Duchesneau (U.d'Ottawa) 3 compléter Note : ces deux ateliers sont concurrents, et s'il y a lieu une séance de communications libres est également prévue de 9:30 heures 3 12:00 heures.Diner Table-ronde : L'impact de la médecine Participants : Jacques Dufrenne (Cégep d'Ahuntsic) Dr.Christian Fisch (C.H.U., Sherbrooke) Yves Martin (recteur, U.de Sherbrooke) Pause Coirmunications libres Souper 13 mai : (Thème : L'éthique problématique) Atelier no 3 : Ethique et langage Participants : Guy Desautels (U.Mc Gill) Sheila Mullet (U.Concordia) Claude Panaccio (UQTR) Atelier no 4 : Pluralisme éthique et société Participants : Jean-Paul Brodeur (UQAM) Michel Dufour (Cégep de Maisonneuve) Jean-Marc Samson (UQAM) Note : ces deux ateliers sont concurrents, et s'il y a lieu une séance de communications libres est également prévue de 9:30 heures 3 12:00 heures.Dîner Table-ronde : L'enseignement de la morale et la question de ses fondements. 8 Participants : Germain Dandenault (U.de Sherbrooke) Claude Lamonde (Ministère de l'Education) Robert Nadeau (UQAM) 15:30\tPause 16:00\tCommunications libres 18:30\tSouper Vendredi,\t14 mai : 9:30\tCommunications libres 12:00\tDiner 13:30\tAssemblée générale annuelle de la S.P.Q.(entre autres : élection des officiers à tous les postes) 16:00\tClôture du congrès Comité d'organisation du congrès.responsable : Louis Valcke (U.de Sherbrooke) membres : Gilles Boudrias (Cégep de Sherbrooke) Yvan Cloutier (Cégep de Sherbrooke) Sheila Mullet (U.Concordia) Claude Panaccio (UQTR) Pour toute information supplémentaire, s'adresser à l'un ou l'autre des membres du comité.N.B.A cause de la grève des postes de l'automne dernier, la date limite pour l'inscription de communications libres est reportée au 20 mars 1976.Envoyer un bref résumé de la comnunication â : M.Louis Valcke Département de philosophie Université de Sherbrooke Sherbrooke, Qué. 9 ACTIVITES REGIONALES MONCTON A la session d'automne 1975, le département de philosophie de l'Université de Moncton a reçu les conférenciers suivants : 9 octobre : M.R.Ortigues \"Danses de possession et guérisons rituelles en Afrique de 1'Ouest\" \"Peut-on substituer â la philosophie du sujet la logique modale?\" 5 novembre : M.Jean Theau \"Le progrès scientifique selon Thomas Kuhn et Gaston Bachelard\" \"Philosophie des sciences et philosophie de la raison\".Pour la session d'hiver, on attend la visite de M.Claude F.Lévesque (U.de Montréal) et de M.T.Geraets (U.d'Ottawa).Les 9,10, 11 avril se tiendra le 7e congrès de philosophie de la Région Atlantique au Collège de Cape Breton à Sydney, Nouvelle-Ecosse.Le conférencier invité sera le professeur A.Montefiore (Oxford).Sa conférence est intitulée \"Philosophy as Subversive Activity\".On prévoit aussi une discussion en groupe par Taylor (McGill), Bray-brooke (Dalhousie) et Joseph (Sydney) sur le thème \"The Growth of Knowledge\".MONTREAL Au cours du semestre d'automne, le département de philosophie de l'Université du Québec à Montréal a présenté un séminaire de conférences sur le thème \"Psychanalyse, idéologie et philosophie\".Ce séminaire, qui eut lieu dans le cadre d'un cours de maîtrise, regroupa les conférences de monsieur Michel Larivière (\"Entre psychanalyse et philosophie\", le 25 septembre), madame Régine Robin (\"Fantasme et luttes de classe dans la pratique discursive politique\", le 16 octobre), madame Lise Monette (\"L'approche psychanalytique du fantasme : valorisation ou résistance à l'imaginaire\", le 30 octobre), monsieur Vincent Mauriello (\"Idéal du moi et perversion\", le 13 novembre), monsieur André Paradis (\"Folle et criminalité au XIXe siècle: le cas du Québec et de l'Ontario\"; cette conférence devait avoir lieu le 27 novembre mais dut être contre-mandée à cause d'une tempête de neige), et monsieur Claude F.Lévesque (\"L'inscription du dialogue psychanalytique\", le 11 décembre). 10 Un second séminaire d'Epistémologie et d'Histoire des Sciences est organisé au cours du semestre d'hiver et il est entièrement consacré cette fois à l'épistémologie de l'histoire.En voici le programme: 21 janvier : Roberto Miguelez (Département de Sociologie, U.d'Ottawa): \"L'histoire et sa théorie\".9 février : Richard H.Popkin (Washington University, St-Louis, Wiss.): \"Le complot comme type d'explication en histoire\".4 mars : Jean-Claude Guédon (Institut d'Histoire et de Sociopolitique des Sciences, U.de Montréal) : \"L'objet de l'histoire des sciences : inventaire et critique\".25 mars : William H.Dray (Faculté de Philosophie, U.d'Ottawa) : \"Les explications causales en histoire\".8 avril : Normand Lacharité (Département de Philosophie, UQAM) : \"Le travail des pratiques dans le lieu des discours et vice-versa.Nouvelles frontières pour le champ de l'épistémologie\".Toutes ces conférences ont lieu 3 20:00 heures au local 10010 du Pavillon Riverin I, 1199, rue Bleury, Montréal.L'Institut d'Etudes Médiévales de l'Université de Montréal annonce pour les 3 et 4 avril 1976 la tenue de son troisième colloque annuel, consacré cette fois au thème : L'Erotisme au Moyen Age.Voici la liste des communications qui y seront présentées : Robert Marteau (U.de Montréal) : L'éros universel des alchimistes.Jacques Brault (U.de Montréal) : Le secret d'amour dans la lyrique courtoise médiévale.John Brückmann et Jean Couchmann (U.York) : Du \"Cantique des Cantiques\" aux \"Carmina burana\".Jean Gagné (U.de Montréal) : L'érotisme dans la musique médiévale.John Friedman (U.d'Illinois) : L'iconographie de Vénus au Moyen âge.Albert Gauthier (Ottawa) : Les déviations sexuelles selon le droit canonique médiéval.Madeleine Jeay (U.de Montréal) : Sur quelques coutumes sexuelles du Moyen âge. 11 Bruno Roy (U.de Montréal) : L'humour érotique au XVe siècle.Inscription : $8.00 (buffet compris).Date limite : 25 mars 1976.Pour renseignements, s'adresser à M.Bruno Roy Institut d'Etudes Médiévales 2910 Boul.Edouard Montpetit Montréal.Tél.: (514) 343-7587 ou 343-6569 0UTA0UAIS La Société de Philosophie de l'Outaouais a maintenant comnencé la deuxième année de ses activités.Ses objectifs particuliers sont principalement de favoriser les échanges entre les philosophes de la région, de contribuer 3 une meilleure présence de la profession philosophique aux problèmes actuels de notre société, et aussi de travailler 3 une plus large diffusion de la philosophie dans son milieu, tant chez les chercheurs, les enseignants et les étudiants qu'auprès d'un public intéressé.Jusqu'S présent, des rencontres sous forme de conférences, de débats et de panels ont été tenues au Cégep de l'Outaouais, 3 l'Université Saint-Paul et 3 l'Université d'Ottawa.Les sujets discutés furent: la recherche d'un nouveau type de rationalité, la fonction critique de l'université, le problème de l'idéologie dans l'éducation, l'actualité des principes politiques de Rousseau, la perception du social par Kierkegaard, le sens révolutionnaire de l'oeuvre d'art, le rôle social du philosophe, et la position actuelle du problème de la liberté 3 la lumière du développement des sciences biologiques.Dans ces discussions, des textes furent présentés par MM.Roger Lapointe, Marcel Patry, Bernard Ouellet, Léon Charette, Guy Lafrance, Maurice Carignan, Gary Madison, Pierre Pelletier, Vance Mendenhall, André Vachet, Léo-Paul Bor-deleau, John Thorp, François Duchesneau et Phillip Rody.Pour ce semestre, deux panels 3 caractère interdisciplinaire seront tenus, l'un 3 l'Université d'Ottawa, sur la question de la peine capitale, l'autre 3 l'Université Saint-Paul sur le thème de la solitude de l'homme contemporain.Seront alors entendues les positions des professeurs Léonard Ducharme (faculté de Philosophie), Jersy Wojciechowski (id.), Paul Lemaire (Institut des Communications sociales), Julien Mercure (id.), André Jodoin (Faculté de droit) et Me Francis Fox, secrétaire parlementaire du ministre fédéral de la Justice.Au cours de son assemblée annuelle, en décembre dernier, la Société de Philosophie de l'Outaouais a élu son nouvel exécutif.Il se compose de MM.Léo-Paul Bordeleau (U.d'Ottawa), président, Roger La-pointe (U.Saint-Paul), vice-président, Roch Bouchard (U.d'Ottawa), secrétaire, Louis Gravel (Cégep de 1\u2019Outaouais), trésorier, et Guy Lafrance (U.d'Ottawa), conseiller.RIMOUSKI N.D.L.R.Nous recevons de monsieur Paul-Emile Vignola, professeur â l'Université du Québec à Rimouski les informations suivantes concernant la situation de la philosophie dans cette université.Depuis la fondation de l'Université du Québec en septembre 1969, des cours de philosophie sont offerts à Rimouski.Ils étaient rattachés aux programmes de Lettres et de Sciences de l'Education et rejoignaient régulièrement de dix à trente étudiants.Au printemps 1975, la Commission des Etudes accepta un projet de mineure de programme en philosophie.Mme Simone Plourde en avait été le maître d'oeuvre.En voici les grandes lignes.Le principe unificateur de cette mineure de programme peut s'énoncer comme suit : L'homme contemporain, sa perception de lui-même, ses modes de pensée et leurs langages, son interrogation sur le statut de la science.Cette partie de programme veut donc offrir des cours susceptibles d'amener â dégager et à critiquer diverses images ou conceptions de l'homme qui ont cours aujourd'hui; elle veut aussi informer sur les courants de pensée et les grandes questions qui accaparent les esprits de notre époque; enfin, elle fait une place importante 3 l'épistémologie, champ prometteur à cause de ses liens étroits avec la didactique et de la pratique nécessaire de l'interdisciplinarité dans une petite université.Au point de départ, les promoteurs de ce projet visaient 3 rejoindre surtout les étudiants de Théologie, de Lettres et d'Histoire.Depuis lors, la Commission des Etudes a accepté les programmes \"Théologie-Philosophie et Lettres-Philosophie\".L'étudiant qui s'y inscrit suivra dix cours de philosophie ainsi répartis : d'abord trois cours obligatoires, soit \"Philosophie de l'hormie\", \"Epistémologie générale\" et \"L'interrogation et le discours philosophique\"; ensuite sept autres cours choisi dans une liste qui en compte une quinzaine.L'étudiant peut alors opter pour l'un ou l'autre de ces profils de cheminement : \"Problèmes d'épistémologie\", Anthropologie philosophique\" ou \"La philosophie dans la culture contemporaine\".Tel est, résumé 3 l'extrême, le projet jugé audacieux, dont la réalisation s'amorce 3 Rimouski.Quatre cours ont été offerts 3 cette date ; \"Philosophie de l'homme\" et \"Karl Marx\" 3 l'automne, \"Epistémologie générale\" et \"Le structuralisme\" cet hiver.Les inscriptions ne pieu-vent pas mais un certain nombre d'étudiants se tournent vers la philosophie lorsqu\u2019ils ont besoin d'un cours libre dans leur programme.Pour les deux professeurs de philosophie, il paraît irréaliste de vouloir instituer un programme de baccalauréat ; ils se réjouissent de pouvoir rejoindre 13 désormais un plus grand nombre d'étudiants en offrant simultanément un meilleur éventail de cours de service et une séquence intégrée (mineure en philosophie).SHERBROOKE Activités de la Société de Philosophie de Sherbrooke pour l'année 1975-76.Session d'automne 1975 Jeudi, 25 septembre M.Laurent Giroux, professeur au département de philosophie de Sherbrooke : \"Propos sur une philosophie de l'histoire\".Jeudi, 23 octobre\tM.Jean-Paul Brodeur, professeur au département de philosophie de 1'UQAM : \"De l'Orthodoxie en philosophie\".Jeudi, 20 novembre M.Maurice Gagnon, directeur du département de philosophie de l'université de Sherbrooke.M.Marc Saint-Laurent, professeur de philosophie au Séminaire de Sherbrooke.M.Joseph Tchao, professeur au département de philosophie de l'université de Sherbrooke.Débat : \"Faut-il brûler Marx?\" Session d'hiver 1976 Jeudi, 22 janvier Jeudi, 19 février Jeudi, 18 mars M.Alexis Klimov, professeur au département de philosophie de l'UQTR : \"Le Pop-art ou le repos des parques\".Mme Marie-Germaine Desmond, recherche en cours sur le féminisme : \"Les femmes et Freud\", la critique féministe de Freud.A déterminer Jeudi, 29 avril M.Claude Labrecque, professeur de philosophie au Séminaire de Sherbrooke : \"L'imaginaire\".TROIS-RIVIERES Activités du Cercle de Philosophie de Trois-Rivières.Session d'automne 1975 5 novembre M.Jacques Dubois (U.de Liège): \"Sociologie de l'institution littéraire\". 14 12 novembre\tM.Laurent Giroux (U.de Sherbrooke) : \"L'Historia-11 té chez Heidegger et son rapport 3 la philosophie de la vie chez Di1 they\".19 novembre\tM.Venant Cauchy (U.de Montréal) : \"Histoire et Culture\".26 novembre\tM.Jean Drouilly (U.de Montréal) : \"Dostoievski : névrose et création\".3 décembre\tM.Marc Angenot (U.McGill) : \"Qu'est-ce que la parai ittérature?\" Session d'hiver 1976 (programme partiel) 3 février\tM.Jean-Paul Desbiens (Collège Notre-Dame de Foy) : \"Quoi dire aux Québécois\".11 février\tM.Georges Hélai (U.de Montréal) : \"L'homme, l'inconscient et le réel\".18 février\tM.Nicolas Kaufman (UQTR) : \"Entre la sociologie compréhensive et la sociologie positiviste.L'impossible théorie générale de l'action\".25 février\tM.Gerd Haeffner (U.de Munich) : \"Vivre face 3 la mort\".Toutes ces conférences se donnent au Centre Culturel de Trois-Rivières, Place de T\u2019Hôtel de Ville à 20:30 heures.Pour tous les ren seignements, s'adresser au secrétariat du groupe de recherches en His toire des Religions et en Archéologie préhistorique, Université du Québec à Trois-Rivières.Tél.: (819) 376-5228.Il n'y a aucun frais d'inscription. 15 PUBLICATIONS RECENTES Cette chronique vise 3 signaler les récentes parutions en philosophie au Québec, ainsi que des ouvrages publiés ailleurs par des philosophes québécois.APOLLON, Willy et col!., Recherches en épistémologie, Québec, Cahiers de l'Institut Supérieur des Sciences Humaines, Collection Sciences de la culture, no 2, 1975.BERNIER, Réjane, Aux sources de la biologie, Montréal, Presses de l'Université de Montréal , 1975.BERTRAND, Pierre, L'oubli, révolution ou mort de l'histoire, Paris, P.U.F., 1975.BRISSON, Luc, Le Même et 1'Autre dans la structure ontologique du ''Timée\" de Platon.Un commentaire systématique du \"Timée\" de Platon, Paris, Klingsieck, 1974.BRODEUR, Jean-Paul et NADEAU, Robert (éd), La philosophie et les sa-voirs, Montréal-Paris, Bellarmin - Desclée, Coll.L'Univers de la philosophie, 1975.(Recueil comprenant des articles de G.G.Granger, G.Lane, J.Poulain, S.Latouche, M.Schleifer, P.\u2022 Ricoeur, L.Brisson, J.King-Farlow et J.-P.Brodeur).CAZA, Gérald G., Manuel d'initiation 5 la méthodologie du travail intellectuel , Sherbrooke, Publication de l'auteur, 1975.CHARBONNEAU, François, DE GROOT Marie-José, FREDETTE, Raymond et MARTIN Jean-Claude, Outils pour penser.Sac 3 outils pour apprendre 3 penser plus rationnellement, Collège Ahuntsic, 1975.(Série de 23 fascicules destinés 3 l'enseignement de la philosophie au Cégep).DUMONT, Fernand, Les idéologies, Paris, P.U.F., 1974.LANDE, Lawrence Montague, Toward the complete man : a discourse together with an appreciation of William Blake and Martin Buber, Montréal, Tg72r- -~~- LEVESQUE, Claude-François, L'ëtranqeté du texte, Montréal, V.L.B.Ed.1976.MC KINNON, Alastair, The Kierkegaard Indices, IV, Computational Analysis of Kierkegaard's Samlede Vaerker, Leiden, Brill, 1975.PAQUET, Léonce, Les cyniques Grecs, Ottawa, Editions de l'Université d'Ottawa, Coll.Philosophica, 1975. PEPIN, Pierre-Yves, L'homme essentiel, suivi de La ville introuvable de l'hoime perdu, Essais, Montréal, l'Hexagone, 1975.PLOURDE, Simonne, Gabriel Marcel, philosophe et témoin de 1'espérance, Montréal, Presses de 1'Université du Québec, 1975.TIFFOU, Etienne, Essai sur la pensée morale de Salluste 5 la lumière de ses proloques, Montréal.Presses de l'Université de Montréal, T5757\u2014 UNE NOUVELLE COLLECTION : LA PHILOSOPHIE AU CANADA La Canadian Association for Publishing in Philosophy annonce qu'elle a entrepris la publication, en plus du Canadian Journal of Philosophy, d'une série de monographies : La Philosophie au Canada (Philosophy in Canada).La série comprendra des oeuvres dans tous les domaines de la philosophie, en anglais ou en français.Elle donnera la préférence 5 des oeuvres canadiennes et, au moins au conmencement, aux monographies d'une longueur de 15 000 à 35 000 mots - trop lonaues pour être des articles de revue, trop courtes pour être des livres de taille normale.Les manuscrits, une fois rédigés, doivent présenter les qualités requises pour obtenir une subvention du Conseil Canadien de Recherche sur les Humanités.Ils devront premièrement être envoyés à : David Braybrooke Department of Philosophy Dalhousie University Halifax, Nouvelle-Ecosse qui aura qualité de directeur de la série pour la C.A.P.P., avec la collaboration d'autres membres de son département.Les premières monographies à être publiées seront : DANIELS, Charles B., (U.of Victoria), The Evaluation of Ethical Theories.ENGLEBRETSEN, George, (U.Bishop), Speaking of persons.qui seront suivies de près - espère-t-on - de deux monographies écrites par des auteurs francophones. 17 DU COTE DES REVUES Brèches : Après une année d'interruption, la revue Brèches reprend vie, sous un nouveau format, cette fois aux éditions de l'Aurore.Le numéro de Printemps-Eté 1975 est double (nos 4-5) et comprend entre autres les articles suivants : J.Fisette, le vierge incendié de Paul-Marie Lapointe : Pour une typologie des énoncés; P.Gravel, la nonce et la sanction; C.F.Lévesque, le temps hors temps de l'écriture; F.Charron, L'écriture change; A.Roy, De la tête aux pieds ou la Cinà ë vicina; A.Beaudet, Eventail chinois.Critère : Au sommaire du no 12 de la revue Critère (mai 1975), consacré au thème L'art de vivre : C.Reinaud, L'art de vivre; S.Saito, La céramique, une façon de vivre; H.L.Dufresne, Gasterea, la dixième muse; J.Proulx, De la beauté de vivre; H.Pelletier-Baillargeon, l'art de vivre avec des enfants; J.J.Wunenburger, Le désir dépossédé, J.Dufresne, Journal d'un marcheur; Y.Bernier, Les mémoires d'Hadrien, un art de vivre; B.Roy, un art de vivre au XVe siècle; R.Gauthier, Un art de vivre et de créer : la dynastie des Levasseur; J.Stafford, Le \"quétaine\", un art de vivre; J-C.Marsan, Milieu d'habitat et qualité de la vie; R.Fredette, A l'origine de la science : quelques beaux objets; J-G.Desrochers, Le style de vie africain; H-P.Vincent, Paul Valéry, ou l'art de vivre selon l'esprit; J.Dufresne, Contrepoint, une grande revue française; D.de Grosbois, La vie d'artiste; C.Panaccio, De la science â la sagesse.Le numéro comprend en outre des entrevues avec le philosophe Gustave Thibon, le syndicaliste Marcel Pépin et l'écologiste Benjamin Simard.Dialogue : Sommaire du dernier numéro (vol.XIV, no 4, déc.1975) : J.Bernhardt, Infini, substance et attributs; L.Marcil-Lacoste, Dieu garant de véracité ou Reid critique de Descartes; B.C.Van Fraassen, Wilfrid Sellars on Scientific Realism; J.H.Sobel, Determinism : A Small Point; J.M.Moravcsik, Aitia a generative factor in Aristotle's philosophy; R.Brouillet, Dieter Henrich et \"The Proof-Structure of Kant's transcendantal Deduction\".Reflexions critiques; G.Bouchard, Les principales tendances de la sémiologie; R.F.Mc Rae, On being present to the Mind : A Reply; J.E.Bickenbach, One ought to do what one thinks one ought to do ; L.W.Sumner, Catching up with Castaneda. On y trouve en outre de nombreux comptes-rendus d'ouvrages ré- cents.Philosophiques : Sommaire du dernier numéro (vol.II, no 2, oct.1975) : M.Gagnon, une analyse sémantique du concept de causalité est-elle possible?L.Giroux, Heidegger et la métaphysique : vers un double dépassement ; P.Mc Cormick, L'esthétique de Di 1 they : Phénoménologie et théorie littéraire; G.Leroux, Platon, la médiation du regard par L.Paquet ; J.Trouillard, Le Même et 1'Autre dans la structure ontologique du \"Ti-mée\" de Platon, par L.Brisson; B.Garceau, la philosophie analytique de la religion ; contribution canadienne (1970-1975); G.A.Legault, Législation et droits de l'homme; L.Marcil-Lacoste, Quand l'Etat devient philosophe; C.Panaccio, Le projet de loi 50 et la place des droits de l'homme dans le système juridique.Phi Zéro : Sommaire du dernier numéro (vol.4, no 1) : C.Séguin, Le rapport des dieux au langage; D.Dubois, commentaire sur L'origine de la géométrie de Edmund Husserl ; J.Rioux, De l'essence de la vérité selon Heidegger ; J.L.Le Scouarnec, Je joue donc j'existe; R.Houde, Fantaisie.Des textes et des hommes, 1940-1975; R.Houde, L'inquiétante étrangeté; P.Bellehumeur, Philosophie; M.A.Thibault, Qu'est-ce que la philosophie?M.Collins, Le plaisir du miroir ou la philosophie d'hier; G.Beauchamp, Lettre à Sophie A.ou Etrangetés philosophiques sur le Devenir québécois; R.Léonard, Lettre ouverte.Philosophy Research Archives : un nouveau type de publication.Depuis le mois de janvier 1975, les \"philosophes\" ont 3 leur disposition un nouveau mode de publication pour leurs articles ou essais ; Philosophy Research Archives.Mis sur pied avec la collaboration de l'Association Canadienne de Philosophie, l'Association Américaine de Philosophie et le Centre de Do-cianentation en philosophie de la Bowling Green State University d'Ohio, il se caractérise par le fait que les articles qui sont acceptés pour publication sont mis sur microfilms et qu'ils sont dès lors disponibles sur demande, au simple coût de la reproduction.La liste et le résumé des articles paraissent dans The Philosopher's Index depuis l'été 1975 (vol.IX, no 2).Les \"Archives\" ont un comité de lecture très large auquel on peut sounettre des articles en anglais ou en français. 19 Pour toute information supplémentaire, s'adresser au représentant de l'Association Canadienne de Philosophie : John King-Farlow, Department of Philosophy, University of Alberta, Edmonton ou â l'éditeur : William P.Alston, Department of Philosophy, Douglas College, Rutgers University, New Brunswick. 20 DOCUMENTS LE CONGRES SPECIAL DE LA S.P.Q.(1-2 novembre 1975) La S.P.Q., on le sait, tenait au mois de novembre dernier un congrès spécial sur \"la situation institutionnelle de la philosophie au Québec\" (on en trouvera le programme complet dans le dernier numéro du Bulletin).Nous publions ici divers documents issus de ce congrès : d'une part, la liste des propositions adoptées par l\u2019Assemblée générale du 2 novembre; et d'autre part, les rapports de trois des cinq ateliers du congrès (le rapport de l'atelier consacré 3 \"La philosophie au Cégep\" et celui de l'atelier consacré 3 \"Philosophie et interdisciplinarité\" ne nous étant pas parvenus).Dans deux cas, les rapports sont accompagnés en annexes de textes qui ont servi 3 la préparation de l'atelier : c'est ainsi qu'on pourra lire le texte de Georges Leroux (UQAM) : \"Remarques sur la publication en philosophie\" qui fut soumis à l'atelier \"Recherche et publications\", ainsi que les interventions de MM.Fernand Couturier (UQAM), Jean Gagné (U.de M.) et Claude Savary (UQTR) présentées 3 l'occasion de l'atelier \"spécialisation et auto-planification des départements universitaires\".Relativement 3 ce dernier atelier, on trouvera également des commentaires rédigés après coup par les trois mêmes personnes.Qu'il nous soit permis de profiter de l'occasion pour remercier tous ceux qui ont accepté de collaborer 3 l'organisation et 3 la préparation de ce congrès, et notamment les animateurs et les personnes-ressources des divers ateliers.PROPOSITIONS ADOPTEES PAR L'ASSEMBLEE GENERALE (2 novembre 1975) AGS-75-3 Que la S.P.Q.décerne annuellement un prix pour signaler la valeur d'un ouvrage de philosophie publié par un auteur québécois.Adopté 3 majorité.Note :\"Le Bureau de direction déposera lors de la prochaine réunion du Conseil d'Administration un document de tra-sur cette question.S'il est adopté, il sera publié dans le prochain numéro du bulletin.AGS-75-7 Que la S.P.Q.proteste énergiquement auprès du Ministère des Affaires Culturelles et de la Bibliothèque Nationale contre l'image qui se trouve donnée de la philosophie dans le Réper-toire des périodiques du Québec (1974) : que soit demandé le 21 retrait du marché de ce répertoire ou qu\u20183 tout le moins un correctif soit apporté pour la section philosophie et que ce correctif soit envoyé à ceux qui ont reçu le répertoire.Adopté S majorité.AGS-75-8 Que la S.P.Q.1)\ts'oppose à la transformation du Cégep dans les voies proposées par le rapport Nadeau ; 2)\tdemande au M.E.Q.de réaffirmer son attachement aux grands objectifs de formation générale définis par le rapport Parent; 3)\tdemande aussi au M.E.Q.d'exiger que tout projet ultérieur de réforme se situe dans les mêmes perspectives.Adopté 3 majorité.AGS-75-9 Que soit créé un comité des directeurs de département de philosophie et des doyens de faculté de philosophie des universités du Québec.Dans le but de discuter des problèmes de la coordination et de la planification, notamment d'un système d'échange de professeurs et de l'identification des ressources en philosophie pour aider 3 l'orientation des étudiants.Adopté 3 l'unanimité.\t< AGS-75-10 Que des liens soient établis entre la coordination provinciale de la philosophie collégiale et le comité des directeurs et doyens.Adopté 3 l'unanimité.AGS-75-11 Que les directeurs et doyens de philosophie des universités francophones ou partiellement francophones de l'extérieur du Québec (Moncton, Sudbury, Ottawa) soient invités 3 titre d'observateurs 3 ce comité.Adopté 3 l'unanimité.AGS-75-12 Que la S.P.Q.reconmande 3 la coordination provinciale de philosophie la formation d'un comité qui aura l'objectif suivant : examiner les modes d'intégration en milieu universitaire des activités de perfectionnement des maîtres en exercice (philosophie), activités qui répondent aux besoins exprimés par ces derniers.Que la S.P.Q.s\u2019enquière des travaux de ce comité dans un délai de cinq (5) mois.Adopté 3 l'unanimité.AGS-75-13 Que la S.P.Q.mette sur pied un ou des comités (de 2-3 personnes) chargés ; 22 1)\tde faire l'inventaire des projets et expériences interdisciplinaires, réalisés ou à réaliser, dans les Cégeps et universités du Québec, auxquels ont participé des professeurs de philosophie, de faire l'analyse des conditions dans lesquelles se sont déroulés ces projets et d'en faire un rapport écrit qui paraîtrait dans le bulletin de la S.P.Q.dans un bref délai.2)\tde voir la \"clientèle\" non-philosophique inscrite dans les départements de philosophie des universités et de s'enquérir de leurs attentes.3)\tde rencontrer quelques professeurs, seuls ou en groupe, faisant partie de centres de recherches universitaires, choisis dans divers domaines (économie, urbanisme, prospective, histoire des sciences, etc.) de façon â avoir des précisions sur le type de recherches qui s'y déroulent et sur l'image qu'ils se font de l'apport éventuel des philosophes dans certains de leurs travaux.Adopté à l'unanimité.AGS-75-14 La S.P.Q.regrette que les informations soient incomplètes dans le Dossier Philosophie concernant l'Université de Montréal et demande au département de philosophie de l'Université de Montréal de voir 3 ce que les informations soient complétées.Adopté â majorité.En outre, les propositions suivantes ont été renvoyées au bureau de direction pour étude : AGS-75-4 Que la S.P.Q.fasse les représentations pertinentes aux autorités compétentes pour que soit établie une taxe sur les machines 3 photocopier et â polycopier, et pour que l'argent ainsi perçu serve à financer l'édition québécoise d'ouvrages d'érudition ou d'ouvrages à petit tirage en philosophie.AGS-75-5 Que la revue Philosophiques devienne l'organe officiel de la S.P.Q.et que le prix de l'abonnement à cette revue soit inclus dans la cotisation annuelle versée à la S.P.Q. 23 RAPPORTS D'ATELIERS ATELIER NO 1 : RECHERCHE ET PUBLICATIONS Vingt-deux personnes participèrent à cet atelier.Dans un premier temps, les quatre panélistes prirent la parole 3 tour de r61e.Monsieur François Duchesneau, 3 titre de co-éditeur de la revue Dialogue, fit le bilan de la participation francophone 3 la revue canadienne de philosophie.Entre autres choses, on apprit que plus des deux tiers des textes de langue française qui parviennent 3 la rédaction de la revue sont sollicités : pour ce qui est du tiers restant, monsieur Duchesneau le qualifia d'uniformément mauvais à peu de choses près.A-lors que pour la partie anglophone, le nombre des textes publiés par rapport aux textes soumis est de 1/5, il tend vers 1/1 pour la partie francophone : c'est dire que la sélection y est quasi-inexistante.Et dans la mesure où l'éditeur ne sollicite pas de textes à l'étranger, les contributions spécialisées à Dialogue s'avèrent épisodiques.Selon monsieur Duchesneau, le philosophe francophone semble loin du modèle que l'on peut se faire du chercheur idéal en philosophie : selon ce modèle, il faudrait produire deux ou trois articles par année et un livre à tous les cinq ans.Monsieur Duchesneau insista pourtant sur le fait que, jusqu'ici, la politique d'aide à l'édition fournissait un support tout 3 fait adéquat et facile d'accès aux chercheurs désireux de publier : or il n'y a qu'un manuscrit sur dix subventionnés qui soit de langue française.Tout compte fait, pour monsieur Duchesneau, la situation est des plus déplorables 3 l'heure actuelle.Monsieur Jacques Dufresne, pour sa part, qui participait 3 cet a-telier 3 titre de directeur de la revue Critëre, insista surtout sur l'épineuse question de la photocopie : selon lui, cette situation est totalement aberrante puisque les coûts de la photocopie représentent en fait l'argent qui devrait (qui pourrait, en tout cas) être utilisé pour l'édition d'ouvrages originaux, adaptés aux besoins des gens d'ici.Monsieur Yvon Lafrance, 3 titre de directeur de la revue Philosophiques de même qu'3 titre de directeur de la collection \"L'univers de la philosophie\" éditée chez Bellarmin, traça un bref bilan de la revue qu'il dirige.La plupart des participants furent étonnés d'apprendre que Philosophiques ne peut compter 3 l\u2019heure actuelle que sur deux cents abonnés et que les abonnements venant d'anglophones (il s'agit surtout d'abonnements institutionnels) sont majoritaires.Entre autres chiffres, on a retenu également qu'en deux ans, Philosophiques a reçu cinquante-cinq manuscrits et que seize furent publiés.Monsieur Lafrance signale cependant qu'3 cause de la structure de la revue divisée en rubriques distinctes, il était nécessaire de solliciter plusieurs des textes publiés, ce qui n'avait cependant pas pour conséquence nécessaire de rabaisser le niveau intellectuel de la revue.Monsieur Lafrance termina son exposé en soulignant que la subvention de la revue par le Conseil des Arts était absolument indispensable pour assurer son maintien. 24 Monsieur Georges Leroux, qui prenait la parole, 3 titre de codirecteur des cahiers de philosophie publiés par la maison\tfit un court exposé dont on trouvera le texte en annexe 3 ce compte-rendu.Monsieur Leroux opine en quelque sorte dans le même sens que monsieur Duchesneau puisqu'il est amené 3 constater la quasi-inexistence de la philosophie écrite dans notre milieu.Suite 3 ces quatre prises de parole, une discussion s'engagea avec l'auditoire.Deux questions principales retiennent l'attention : 1.La question des critères de qualités utilisés par les comités de rédaction des revues philosophiques (surtout des critères de jugement qui entraînent le refus de publier un texte).Pour Pierre Gravel, par exemple, il n'est pas certain que les critères utilisés soient bénéfiques pour la pratique de la pensée au Québec; peut-être sommes-nous bien installés en effet dans une position rétrograde sans le savoir; peut-être aussi que pour \"mettre la philosophie au monde\" ici, il faudra apprendre 3 se méfier de \"l'aéropage des spécialistes accrédités\" qui bâillonnent le plus souvent les \"forces vives\".2.La question de l'usage des textes polycopiés dans les pratiques d'enseignement de la philosophie.Pour Jacques Dufresne et Georges Leroux, la question en est d'abord une de droit.Alors que Jacques Dufresne s'est dit prêt 3 frapper d'interdit cette forme de \"plagiat\" et de \"vol\", Georges Leroux tenta de relier ce problème 3 celui, plus général, de la situation précaire de l'étudiant, du très mauvais service de librairie actuellement disponible et au fait qu'ici, les professeurs ont omis de faire le travail indispensable de traduction et d'édition de \"Readers\" et \"Text Books\".Pour Roland Houde, rien n'empêche chaque collège d'avoir sa propre maison d'édition : même certaines librairies pourraient jouer le rôle d'éditeur ; pour lui, le problème de la photocopie est dû uniquement 3 son \"utilisation sauvage\", et à la situation que cela entraîne nécessairement, à savoir que l'imprimeur, le graphiste, le distributeur, voire même le fournisseur de papier se trouvent rétribués, mais que l'auteur se trouve spolié.Diverses suggestions furent faites pour changer cette situation : par exemple, qu'une loi soit passée pour obliger toutes les bibliothèques du Québec 3 acheter au moins un exemplaire de chaque livre publié ici (P.Gravel) ; que chaque collège élabore un règlement interne du même type que celui du Collège Brébeuf, qui prévoit le dédommagement des auteurs de textes polycopiés (A.Fugère); que l'on fasse des pressions pour que le temps du chercheur principal responsable d'une recherche subventionnée soit payé (J.Lavigne). 25 La dernière demi-heure de l'atelier fut consacrée 3 l'élaboration de projets de résolution 3 acheminer 3 l'assemblée générale du lendemain, et qui sont publiés dans le présent bulletin.Robert Nadeau (Université du Québec 3 Montréal) 26 ANNEXE : REMARQUES SUR LA PUBLICATION EN PHILOSOPHIE.Comme 11 n'est personne qui, s'intéressant à l'édition dans le domaine de la philosophie au Québec, ne fasse les mêmes constats, j'ai cru utile pour le bénéfice de notre atelier de donner non seulement quelques chiffres, mais aussi quelques hypothèses pour tenter de les interpréter et engager la discussion.1.D'abord, un mot sur la collection \"Philosophie\" des Cahiers du Québec, chez l'éditeur Hurtubise-HMH.Cette collection n\u2018a publié que deux titres, et s'apprête à en publier un troisième.La maison a subi les contrecoups du départ de son directeur-fondateur, maintenant â la Presse; depuis ce départ, plusieurs des collections qui avaient été mises au ralenti, connaissent une relance.C'est le cas de la collection de philosophie.Les manuscrits reçus sont cependant peu nombreux : trois ou quatre par année.La majorité sont des thèses, dont le caractère académique ne convient pas aux objectifs de la collection.Pour être publié, un livre accepté par les directeurs de la collection, doit aussi être subventionné; l'éditeur recourt au Conseil des Arts du Canada.Chacun sait que l'aide du Ministère des Affaires culturelles est inexistante.La subvention couvre le déficit prévu par l'éditeur.Les titres publiés n'ont pas dépassé mille exemplaires vendus ; selon les standards de l'édition nord-américaine, ces chiffres de vente ne sont pas suffisants pour financer une collection, avec ou sans subvention.Malgré cela, le nouveau directeur de la maison d'édition est disposé 3 continuer ; après un temps d'arrêt, nous publierons le livre de R.Montpetit sur la philosophie de la critique littéraire.2.Pour passer 3 des considérations plus générales, je voudrais, dans un premier point, faire renvoi au texte de Robert Hébert, dans Brèches (1), sur le plaisir de la différence.Dans ce texte soucieux de déterminer la signification de la pratique philosophique au Québec, R.Hébert propose de substituer 3 une recherche de l'identité toujours rapportée 3 des modèles extérieurs ou toujours renvoyée 3 des pratiques reconnues, la prise de conscience de l'origine de notre type de productivité : la richesse de trois siècles d'efforts.En insistant sur les effets, il nous invite 3 chercher les déterminations de nos recherches et de nos publications du côté de ce que nous en attendons plutôt que du côté de leur contenu.J'adopterai cette perspective ici.Si on examine par exemple le rapport récemment déposé par une é-quipe de l'Institut supérieur de sc.humaines de Laval sur l'histoire des facultés de philosophie, on trouvera, consignés selon des méthodologies diverses, les résultats effectifs des recherches et publications dans les facultés universitaires de philosophie avant 1970 (2).Une telle enquête peut être éclairante et suggère beaucoup d'hypothèses.Le professeur Bouchard, de Laval, a poussé la minutie 3 faire des calculs page/ année/professeur qui sont nets, non moins qu'incisifs.Comme nous ne disposons pas encore de bibliographie de la philosophie au Québec ou au 27 Canada, - projet dont 11-inachèvement est encore une raison d\u2019espérer plutôt que de se plaindre -, je ne retiendrai qu'une conclusion qui me paraît se dégaqer du rapport de l'équipe du professeur Godin : mis S part le Département de l'Université McGill, où les professeurs ont une activité écrite considérable, nous sommes invités à penser que durant la période 1940-1970 la pratique des professeurs de philosophie a été de moins en moins écrite, proportionnellement aux institutions et au nombre de professeurs concernés.Dans la perspective que j'ai citée plus haut, on peut faire l'hypothèse que notre effort durant cette période n'attend que peu d'effets de la publication.J'en viens ici à un texte de R.Hare, sur lequel je voudrais m'arrêter.Dans cet essai d'un anglais, adressé à des auditeurs allemands (3), le professeur Hare défend le privilège d'une pratique philosophique qui attend tous ses effets de l'intervention pédagogique contre une autre, allemande bien entendu, qui les requiert de l'écriture publiée.Il cite à cet effet des chiffres intéressants; par exemple, le nombre de professeurs de philosophie 3 Oxford : soixante.Il cite aussi un fait curMeux, bien contraire, on en conviendra, à ce qui se passe ici : quand un professeur d'Oxford publie un livre, il se cache dans les jours oui suivent, car il est par là forcé d'avouer la faute d'avoir consacré à l'activité écrite un temps qui doit être donné à l'étudiant et au débat.Dans l'esprit de Hare, la culture anglaise se contraste sur l'allemande, coriïne la discussion raisonnée, l'elenchos, sur le solipsisme érudit.Cette pratique d'abord pédagogique est inspirée du programme des humanités (Greats) dans lequel la philosophie se trouve insérée; elle fut aussi la nôtre dans les séminaires et collèoes classiques.L'est-elle encore dans les Cégeps?Dans leur rapport sur l'ISSH, les professeurs de McGill disent qu'ils se sont lentement défaits de ce modèle où la philosophie doit faire partie de l'éducation de tout gentleman pour s'orienter vers une philosophie conçue comme discipline autonome et former des \"praticiens\" de cette discipline.Dans cette foulée, ils accentuent la nécessité de la recherche et de la publication.Bien que les dogmes aient changé, je crois que notre situation est à beaucoup d'égards semblable à celle du programme d'humanités, en ce que la transition des collèges classioues aux Cégeps n'a Das virétablement modifié le statut pédagooique de l'enseignement de la philosophie, c'est-S -dire sa fonction idéologique d'éducation ou de critique : toujours obligatoire et institutionnalisée, la philosophie se parle et n'a pas besoin du recours 3 l'écriture.A l'Université comme au Céqep, le passage 3 une conception de la ohilosophie comme discipline autonome, justifiant 3 plein titre la recherche et la publication, est ralenti, sinon interdit, par le souci de la fonction institutionnelle, pédagogique, idéologique.Ce souci me paraît présent dans nos objets, encore liés aux objets du curriculum des humanités: la critique des idéologies renouvelle la rhétorique, la psychanalyse, la morale, etc.Les champs plus neutres de la discipline sont encore en friches : logique, épistémologie, méthodologie, sémantique, histoire de la philosophie.Je laisse 28 donc â la discussion cette première hypothèse, selon laquelle le souci pédagogique absorbe presqu'entièrement un effort qui, s'il s'en divertissait, pourrait s'investir dans une recherche d'un autre type.Poussée à la limite, cette hypothèse pourrait nous amener à questionner l'institutionnalisation de la philosophie.Si la fonction pédagogique explique un certain éloignement de l'écriture, elle ne l'exclut pas a priori : fixer la formulation d'une thèse peut faciliter le débat, et c'est là essentiellement que Hare voit le bienfait de la publication.Ce qui correspond à cette utilisation de l'écriture ici, il serait intéressant de chercher à le savoir.Outre la fonction pédagogique qui appelle peu l'écriture et la fonction recherche qui l'appelle davantage, - la première étant ici bien S l'oeuvre et la seconde moins -, on peut se demander ce qu'il advient de la fonction politique.On peut attendre de l'écriture philosophique beaucoup d'effets politiques, par exemple motiver ou précipiter l'affrontement d'idéologies diverses.Les écrits publiés d'Althusser prennent un sens plus net lorsque replacés sur le fonds des positions du PCF.Je crois que de ce point de vue, il n'y a rien ici en philosophie dont on attende un effet politique par l'écriture publiée.Le militantisme est ailleurs, le marxisme commence ici à écrire.Il est temps de conclure.Mon constat est que nous publions peu; je le maintiens contre la réponse de M.Panaccio qui cite des titres farfelus.Je constate aussi que nous écrivons peu, car je sais pour les connaître que les éditeurs reçoivent peu de manuscrits.Je me risque donc à formuler les hypothèses suivantes que je livre à la discussion ; 1.\tnotre pratioue de la philosophie est encore pour une bonne part pédagogique et institutionnelle et n'attend aucun effet de l'écriture; elle ne se double pas d'une véritable pratique de recherche; 2.\tl'évolution vers une pratique philosophique technique, déterminée par des objets universels, a quelque réalité au niveau universitaire, mais elle y demeure souvent une velléité; 3.\tla philosophie n'a pas de fonction polémique dans le débat politique.Des trois issues possibles de la publication, - recherche, pédagogie, politique -, une seule est ouverte à l'écriture et c'est celle qui la requiert le moins.Georges Leroux (UQAM) NOTES.1) HEBERT, Robert, Pensée québécoise et plaisir de la différence, Brèches, 3 (Hiver-Printemps 1974, 31-39.) 2.\tCOLLAB.Matériaux pour l'histoire des Facultés de philosophie du Québec.U.Laval, ISSH, Septembre 1975, Numéro hors série des Cahiers de l'ISSH.3.\tHARE, R.M., A School for Philosophers, in : Essays on philoso- phical Method, Toronto, Macmillan, 1971,(New Studies in Practical Philosophy). 29 ATELIER NO 3 : SPECIALISATION ET AUTO-PLANIFICATION DES DEPARTEMENTS UNIVERSITAIRES.Compte-rendu de la discussion préparé par l'animateur (Louise Marcil-Lacoste, U.McGill) et les personnes ressources (MM.Fernand Couturier, UQAM, Jean Gagné, U.de M., et Claude Savary, UQTR).Un des thèmes dominants de la discussion fut l'accent sur le fait qu'il existe déjà, parmi les divers départements de philosophie au Québec, des différences.Quant à savoir si ces différences correspondent à des spécialisations, la question est restée ouverte.Effectivement, l'atelier a longuement discuté des diverses manières selon lesquelles définir la spécialisation et plusieurs critères ont été mentionnés : les programmes d'études, les cycles, les sujets de thèse, les champs du savoir philosophique, les domaines de recherche, les méthodes philosophiques, les écoles philosophiques, les champs de compétence, les ressources (humaines, la manière de concevoir la philosophie et son enseignement, le \"style\" d'un département (convergences de préoccupations, de conceptions, d'attitudes.) etc.Au cours de cette discussion, il fut suggéré de constituer un registre (provincial) des domaines dans lesquels les professeurs de philosophie sont aptes à diriger des thèses, afin de faciliter l'orientation des étudiants.Par ailleurs, le thème de la planification fut abordé dans le sens d'une explicitation des choix déjà faits par les départements, dans le sens d'une prise en charge d'orientations particulières et dans le sens d'un engagement dans de nouvelles orientations.A ce sujet, il fut question de l'ouverture de la philosophie aux autres disciplines et à des questions sociales de grande envergure.Dans tous les cas, la planification fut évoquée dans le contexte d'une auto-détermination par les départements eux-mêmes.Un participant a souligné les dangers d'une planification qui ouvrirait la voie à l'implantation d'une orthodoxie.Au cours de cette discussion, il fut fait référence au processus ontarien d'évaluation des compétences par le moyen de comités d'experts formés de représentants de la discipline évaluée, ces représentants étant de l'intérieur et de l'extérieur de l'institution.Enfin, plusieurs problèmes concrets de l\u2019enseignement de la philosophie ont été mentionnés, notamment l'absence d'identification des ressources et les problèmes concernant l'échange des professeurs.C'est dans ce contexte qu'il fut recommandé (à l'unanimité) qu'un comité des directeurs de département et des doyens de faculté de philosophie soit formé, dans le but d'amorcer un processus de coordination. 30 ANNEXES.INTERVENTION DE FERNAND COUTURIER : SPECIALISATION ET AUTO-PLANIFICATION DE LA PHILOSOPHIE DANS LES UNIVERSITES.Mon intervention interprète, peut-être 3 tort, la conjonction \"et\" contenue dans le titre de cet atelier comme porteuse possible d'une relation d'instrumentalité entre \"spécialisation\" et \"planification\".I.\tLa planification implique la reconnaissance, la présentation, la proposition ou l'imposition de buts et d'objectifs : sans quoi elle est aveugle ou arbitraire.Elle comporte aussi le développement de stratégies et la mise en oeuvre de moyens adaptés 3 la conjoncture : sans quoi elle est inefficace.II.\tLa planification dans l'université doit respecter les buts de l'enseignement supérieur, mais d'abord les chercher.Quels sont-ils?Il semble qu'ils peuvent tous se ramener sans trop de violence 1.\t3 former des membres de la société, formation qui a comme composante essentielle et inaliénable l'habileté et l'habilitation 3 reconnaître, présenter et proposer des buts, à éveiller et 3 maintenir vivantes des aspirations nouvelles et, dans ce sens-13, 3 créer des besoins autres que ceux qui sont identifiables et mesurables présentement ; 2.\t3 contribuer 3 la satisfaction de besoins présents ou prévisibles toujours liés de quelque manière 3 la conjoncture.III.\tEst-ce que la spécialisation respecte les buts de l'enseignement de la philosophie dans l'université?Quelques affirmations provoquantes : Première affirmation : Il est artificiel et irrespectueux des buts de l'enseignement-formation de découper la philosophie en domaines de spécialisation.De quelque instance planificatrice qu'ils viennent, ces découpages sont toujours arbitraires et violents : a) violence faite 3 un département si l'imposition de la spécialisation vient de l'extérieur : c'est la planification administrative ; 31 b)\tviolence faite â des membres d'un département si l'imposition de la spécialisation vient du département : pseudo-auto-plani-fication inspirée par des luttes idéologiques, politiques, d'écoles, ou par des tentatives d'écarter des éléments jugés indésirables par des majorités d'occasion sur des bases qu'on peut préférer ne pas avoir à manifester ; c)\tet dans ces deux (2) cas, violence faite à la société, la société concrète qui se trouve dans toute université ou qui entoure toute université et veut y venir.Cette société est plurielle et n'a que faire d'une philosophie spécialisée pour fin de planification.C'est à l'étudiant de voir et de décider de quelle manière il va entrer et cheminer en philosophie, avec l'aide sans doute d'un philosophe.Il faut qu'il ait une possibilité assez grande de choisir ce qui lui convient.Surtout, il faut qu'il ait la possibilité de rencontrer des penseurs différents et même cheminant en sens inverse.Ce qui ne se produit pas facilement sur le \u201cMeta odos\" ou le sens unique de la spécialisation Deuxième affirmation : Il faut laisser la philosophie être ce qu'en font les philosophes, ce qu\u2019en fait tout philosophe, si on veut qu'il y ait philosophie.Ici se pose le problème de savoir ce qu'est un philosophe.Je ne proposerai pas de définition, mais je pense qu'il y a un consensus au moins tacite sur la distinction entre un philosophe et un charlatan, un philosophe et un tireur de bonne aventure, un philosophe et un lieutenant du bon sens, un philosophe et un imposteur calquant les disciplines scientifiques ou lorgnant vers elles.On peut laisser la philosophie être ce qu'en fait tout philosophe parce que toute pensée philosophique véritable a des intentions ou des visées de totalité ou d'universalité qui lui permettent toujours de retrouver, de croiser toute autre pensée philosophique.A la rigueur, la dispersion â laquelle la planification voudrait parer, pour sans doute atteindre à plus d'efficacité et de rentabilité, n'est pas possible 1S où il y a philosophie.S'il y a dispersion, et il y en a probablement, c'est qu'il n'y a pas philosophie.C'est un problème qu'il n'y ait pas philosophie.Un problème cependant que la spécialisation ne saurait aucunement résoudre, mais fort bien provoquer.Qu'un philosophe, qu'un département de philosophie maintiennent ouvert un large éventail de questions philosophiques est autant une annonce de l'aptitude à philosopher qu'un svmp-t3me d'une dispersion stérile.La véritable dimension philosophique et le service philosophique, si on peut ainsi s'exprimer, sont moins atteints par la concentration de plusieurs personnes sur un aspect, une dimension, une question, que par la convergence des approches multiples, l'entrecroisement des préoccupations différentes au coeur même du pourquoi vivre et du comment vivre, du pourquoi et du comment penser.La seule spécialisation et la seule auto-planification acceptables en philosophie sont celles qui s'identifient avec le cheminement de censée propre à chaque philosophe.Un tel cheminement a toujours sa rigueur propre, mais non prédéterminable.Les grands philosophes n'ont pas décidé de se spécialiser : c'est plutôt en chemin qu'ils ont été amenés à prendre telle ou telle orientation.Il n'y a que cette pensée philosophique qui soit apte 3 correspondre 3 ce qu'on attend habituellement de la philosophie : \u2014 Reconnaître, présenter ou proposer des buts et des valeurs 3 l'échelle humaine ; \u2014 Critiquer et questionner des buts et des valeurs, des objectifs et des besoins qui ont cours.Tout le reste est ou bien idéologie : \"philosophie\" d'un système, d'un parti, d'un clan, ou pensée servile; ou bien scolastique : \"philosophie\" d'école, ou doctrine; ou bien science : savoir fondamentalement disciplinaire; ou bien technique : savoir et savoir-faire professionnel et de métier; ou bien art : mais qu'est l'art fondamentalement?Tout ceci, 3 l'exception de l'art sans doute, se planifie ou s'auto-planifie beaucoup mieux.Il faut même dire que cela doit être planifié par le recours 3 une raisonnable spécialisation et distribution des ressources.Prise de fait dans une spécialisation, la philosophie, par contre, aurait pour première tâche de transgresser les murs du compartiment et de doubler le sens unique de la méthode préconisée par la spécialisation.En effet, une société a toujours le pouvoir, au moins pour un temps et 3 l'un ou l'autre niveau politique et administratif, de renon cer 3 la philosophie, ou de feindre \"scientifiquement\" un tel renoncement.Mais le temps se charge de révéler qu'en philosophie aussi \"la spécialisation est le plus sûr chemin pour arriver 3 une savante étroi tesse d'esprit\".(Albert BRIE, Le Devoir, 30 oct.1975, p.4).Fernand Couturier (UQAM) 33 INTERVENTION DE JEAN GAGNE : PLANIFIER EST UN ART! \"Le hasard est la matière de l'art\", écrivait Aristote, quelque part dans sa Physique.Il soulignait ainsi l'espace indicible que la nature laisse à l'imagination et 3 l'ingéniosité des humains, 3 leurs productions.Il ignorait qu'un singulier combat se livrerait un jour entre ces productions humaines et la nature, au nom même de la science et de ses pairs, qui sont aussi des productions humaines.Le singulier combat a lieu par la puissance des fins, des buts, des objectifs que les humains se donnent et réalisent.Et le duel est quasi 3 armes égales si les humains planifient et parce que les humains planifient.Aristote ignorait a fortiori qu'une réconciliation pourrait ê-tre tentée, afin d'instaurer une harmonie aussi belle que fragile entre cette nature seconde des créations humaines et cette nature phusis qu'il admirait tant.La planification peut être un instrument de réconciliation et de paix.Faute de périr eux-mêmes ou de faire périr leur environnement, les humains et leurs institutions doivent planifier, accorder leurs musiques, chercher une harmonie.La planification, c'est l'art des collectivités qui respectent le hasard des productions humaines, mais ne veulent pas être les esclaves d'un hasard aussi bienveillant que dangereux.Cet art nouveau, j'en suis certain, n'est pas encore une science! Il est encore de l'ordre du libre choix et de la politique; il n'est pas essentiellement une rationalisation.Planifier, c'est choisir avec art et aussi librement que faire se peut; rien de plus et rien de moins.Autoplanifier est un pléonasme.On ne planifie pas pour les autres ou 3 la place des autres; chacun, chaque groupe, chaque institution planifie.La planification est un reflet de la démocratisation ou, mieux encore, de la politisation.Choisir est agréable; choisir est pénible.Il y a les choix mûris, les choix durables ou éphémères, les choix spontanés, les choix 34 étourdis, les choix contrôlés, les choix provoqués, les choix réfléchis, les choix éclairés et libres.Il y a les Snes de Buridan et ceux qui les créent.Il y a ceux qui choisissent et laissent aussi les autres choisir.Il y a ceux qui choisissent 3 la place des autres.La philosophie n'a pas besoin d'être planifiée.Elle se planifie toute seule.Mais nous, nous devons planifier nos activités et, surtout, nos objectifs dans ce domaine, comme en tout autre.Et nos contraintes sont celles-là mêmes des choix libres : un environnement, un désir et une volonté, des circonstances, etc.A nous de jouer .et de dire 3 certains de jouer dans leur cour! Ma conclusion est simple : planifier nos activités ne peut pas signifier inventer 3 tout prix une taxinomie des spécialisations philosophiques ou dépendre d'elle.Planifier en philosophie ne peut absolument pas s'identifier à un partage plus ou moins clair des spécialisations parce que les \"spécialisations philosophiques\" ne doivent désormais être qu'une partie des activités de nos départements de philosophie; parce que la spécialisation (et 11ultraspëcialisation) est loin d'être le facteur-clef de développement intellectuel et de l'épanouissement humain.Planifier c'est choisir et dire ce que nous voulons faire.Un département peut le faire, dix départements peuvent le faire.Les choix ne pourront être mauvais parce qu'ils seront semblables, mais parce qu'ils manqueront d'imagination, d'ingéniosité, d'art.J'oubliais : il y a une liberté qui transcende le singulier combat qui requiert de planifier pour que la paix émerge.C'est l'art d'aller plus loin que quelque part.Jean Gagné (Université de Montréal) 35 INTERVENTION DE CLAUDE SAVARY : Le but de cet exposé est de provoquer la discussion en répondant 8 la question suivante : \"Est-il possible et souhaitable de procéder 8 un découpage des domaines de formation et de recherche en philosophie et de répartir ces domaines entre les divers départements sur une base régionale?\" Pour répondre à cette question, je ne me situerai ni à la place où l'on semble habituellement voir le planificateur (il distribue et impose les directions), ni à la place de l'enseignant qui travaille 8 l'intérieur d'un programme, mais plutôt vis-à-vis d'un lieu oü me paraissent se rencontrer trois \"instances\" : celle de l'institution (pédagogie), celle de la culture, celle de la discipline.Au plan pédagogique le \"découpage des domaines\" paraîtra facilement inopportun (non-souhaitable).On alléguera que la formation philosophique ne pourrait pas \u2018ainsi développer des intérêts divers, que les services offerts à l'ensemble de l'université ne pourront pas toucher S tous ses secteurs d'activités et enfin que le savoir philosophique serait ainsi fragmenté.Mais en ce qui a trait au plan culturel, je soutiendrais la thèse inverse.C'est-à-dire que ce découpage est souhaitable si on ne veut pas éparpiller les efforts et permettre à la philosophie (qui importe plus que ces domaines) de se constituer, de croître et de produire.Nous dirions même qu'à supposer que l'on respecte rigoureusement l'impératif pédagogique nous risquons d'avoir à traîner avec nous divers problèmes : épuisement des ressources humaines au niveau des enseignements de premier cycle, sous-développement de la pensée, conflits passablement stériles autour des \"domaines\", services plus ou moins déficients rendus 8 l'ensemble de l'université et, plus globalement, aux diverses régions du savoir.Par ailleurs, pour la discipline, que l'on invoaue habituellement en dernier ressort en prétextant, contre le \"découpage\", qu'on ne doit pas fragmenter le savoir philosophique, je soutiendrais qu'en accordant priorité 8 l'impératif culturel (où il y a découoaae), dont l'effet rejaillit finalement sur le plan pédagogique, c'est le contraire qui se produit : c'est-à-dire que ce qu'on appelle la non-fragmentation du savoir philosophique (non-découpage), dans les termes où j'ai représenté la situation et selon lesquels on pourrait faire tout et le faire partout, et sans distinguer des instances, c'est cela qui entraîne l'absence pure et simple de véritable philosophie; un certain découpage, par le développement qu'il favorise, conduit à son existence parce que, entre autres choses, il y a un intérêt pour plus que la transmission d'un savoir qu'on doit supposer constitué, pour une attitude plutôt oue pour des domaines que l'on veut découper ou conserver, pour des problèmes 36 et des objets réels et un milieu vivant oD ces problèmes et ces objets sont en constante transformation ; par ailleurs, si un tel milieu existe, il sera assez puissant pour qu'on puisse de lâ accéder aux divers domaines.Claude Savary (UQTR) 37 COMMENTAIRES APRES COUP : 1.COMMENTAIRE DE FERNAND COUTURIER : L'atelier \"Spécialisation et auto-planification des départements universitaires de philosophie\" a parlé surtout de spécialisation en philosophie, un peu aussi de planification mais pas très expressément, et surtout sans expliciter le rapport qu'il peut y avoir entre spécialisation et planification, sans trop s'inquiéter de savoir si la spécialisation et en particulier la planification conviennent à la philosophie.Toute vraie question philosophique met la philosophie en question, i.e.elle demande toujours en même temps et finalement ce qu'est la philosophie.On n'explicite pas toujours cette question impliquée, mais il est parfois convenable et à certains moments essentiel de le faire.On est arrivé à un tel moment au Québec.Car s'il y a une intervention qui concerne quelque chose dans son essence, c'est bien la planification, quelle que soit sa provenance.La planification fait déchoir de l'essence ou appelle â l'essence en obligeant de la cerner.L'annonce ou la demande de planification faite aux philosophes devrait les amener tout de suite â se dire ce qu'ils sont et ce qu'est la philosophie essentiellement.Les professionnels de la philosophie présents â cet atelier n'ont pas eu cette réaction, ont passé outre à ce réflexe ou l'ont refoulé.Il est des lieux philosophiques au Québec où une question comme celle de l'essence de la philosophie est considérée comme oiseuse, non-significative, impertinente, inutile pour ne pas dire stupide et métaphysique.Signe d'une certitude ou symptôme d'une incapacité?L'atelier a-t-il été un de ces lieux?Etant donné le manque d'extériorisation sur l'essence de la philosophie, on peut comprendre la rareté d'éloquence et d'imagination avec laquelle on a parlé de la formation en et par la philosophie.Il a été un peu question de la formation en philosophie par le biais des cycles et des programmes.Mais de la formation par la philosophie ou de la multiplicité des attentes des étudiants de tout âge et de tout lieu par rapport â la pensée philosophique, on n'en a pas dit plus d\u2019un mot.C'était cependant la dimension très concrète de ce qui était débattu.Mais en faisant abstraction involontairement ou volontairement, par inconscience ou impuissance de cette dimension, que peut-on dire de satisfaisant de la spécialisation et de la planification en philosophie?de satisfaisant pour la philosophie, pour les philosophes ou bien encore pour les philosophes-planificateurs?Mais sans doute en dit-on pour la planification tout simplement, celle qui dispose selon un ordre sans grand préoccupation de l'orientation, des implications et des lendemains du plan.2.COMMENTAIRE DE JEAN GAGNE: La discussion a mis en relief un contraste net entre planification 38 i priori et planification a posteriori, de même qu'une tendance manifeste à ne considérer corrroe valable que la planification a posteriori.Il ne faudrait pas s'enfermer dans un choix nécessaire et absolu entre planification a priori et planification a posteriori.Celui qui ne sait pas d'où il vient ne sait pas oü il va; mieux, celui qui sait où il va sait d'où il vient.La planification transcende et chevauche ces catégories ou ces réalités, dans la mesure où elle est un choix motivé, explicite, réaliste, en fonction d'objectifs déterminés.La concertation nécessaire à la planification a aussi été mise en relief dans la discussion.Ceci m'incline à souligner le dynamisme nécessaire de la planification.Celle-ci doit nécessairement procéder par approximations successives et par déterminations progressives, aérées par la confrontation et l'ajustement des divers choix qui composent la planification d'un ou de plusieurs organismes.Il ne faudrait pas croire cependant que la planification doit nécessairement restreindre progressivement le champ des choix en les précisant.Ce sont là deux questions différentes qui ne sont pas gouvernées par les mêmes raisons.3.COMMENTAIRE DE CLAUDE SAVARY ; L'idée de planification qui s'est dessinée dans l'atelier me paraît se construire de la façon suivante : a)\ton la conçoit corone portant sur ce qui existe déjà (compétences, recherches et intérêts de recherche) et on demande, corme première étape, de l'identifier et de la décrire.Bien que l'on pense devoir parler 3 ce sujet du découpage de la discipline, il n'en est rien : on ne constate pas qu'il y a un découpage de la discipline mais on dit corment elle est selon les endroits ; b)\tun autre indice révèle que la planification ne vise pas 1'\"intérieur\" de la discipline : c'est qu'elle demande vers quoi la discipline est dirigée ; c)\til serait peut-être utile de distinguer deux choses : les objets (science, langage, culture.) qui sont des éléments externes et les horizons qui sont des éléments internes à la discipline.Par horizon, j'entends des styles comne la métaphysique classique, l'herméneutique, le positivisme logique, etc.On peut, par exemple, discourir philosophiquement du langage selon chacun de ces horizons.Or la planification ne semble jamais avoir en vue les horizons mais plutôt les objets. 39 ATELIER NO 4 : FORMATION ET PERFECTIONNEÆNT DES MAITRES Nous devons poser le problème du perfectionnement des professeurs de philosophie (CEGEP) en termes de BESOINS DES MAITRES EN EXERCICE.Le perfectionnement des maîtres constitue un \"marché alléchant\" pour les universités et un moyen de chantage pour le M.E.Q.(application au Collégial du règlement no 4).Mais pourquoi ne pas intégrer aux progranmes universitaires une formation en didactique de la philosophie (ex.: maîtrise professionnelle vs maîtrise en recherche?) Les étudiants des universités semblent viser avant tout une préparation à la recherche, ce malgré les informations sur les débouchés; n'étant pas en situation d'enseignement, les besoins d'une formation en didactique sont relayés 3 plus tard.Reste la formation en milieu de travail.Le maître en exercice est 3 même d'identifier ses besoins de perfectionnement tant en didacti que qu'en philosophie (expérience du décalage entre le langage philosophique, et les exigences de l'activité pédagogique, manque d'intégration des connaissances, insuffisance du matériel didactique, etc.) Partant d'un diagnostic en situation, cette formation contribuera à amélio rer la performance du professeur.Ainsi les maîtres en exercice sont à même de diagnostiquer leurs besoins, voire même 3 programmer cette formation en utilisant les res-sources du réseau collégial (professeurs, matériel didactique, etc.) et des universités (encadrement administratif, ressources en didactique, etc).A cet égard, la formule \"Performa\" semble très prometteuse.Yvan Cloutier (Cégep de Sherbrooke) 40 CONTRIBUTIONS UN POINT DE VUE SUR LE ROLE SOCIAL DU PHILOSOPHE ^ De tous les intellectuels contemporains, le philosophe est celui de qui il faut dire qu'il est le grand absent aux débats plus ou moins sérieux qui occupent la tribune sociale, politique et religieuse.Ou plutôt, lorsqu'on le voit à l'oeuvre, soit en tant que fonctionnaire enseignant, soit en tant que prêcheur public, n'est-ce pas trop souvent pour entendre commenter, sous l'impulsion d'une érudition historienne, les thèses de penseurs 3 la mode ou ressuscités pour des fins circonstancielles, ou bien pour voir déverser dans un auditoire sélect, qui éprouve le frisson des grands problèmes, un savoir encyclopédique recueilli â même une galerie de maîtres respectés, ou encore pour surprendre un marchand de sagesse entretenant un public curieux de sujets fascinants parce que mystérieux?.Avec le philosophe contemporain, avons-nous vraiment affaire à un récupérateur de théories psycho-sociologiques, à un jongleur de concepts ou â un fossoyeur d'idées?.A la suite du procès sévère -et pas toujours bien compris - qu'un François Châtelet (La philosophie des professeurs, 1970) qu'un Jean-François Revel (Pourquoi des philosophes, 1957) et qu'un Pierre Thuillier (Socrate fonctionnaire, 1970) më-nent â l'endroit de la philosophie et de son enseignement, vaut-il encore la peine de parler de l'insertion sociale du philosophe?.Ce n'est donc pas sans éprouver une certaine crainte que j'entreprends de vous dire, qu'à mon avis, le philosophe a un rôle social à exercer, mais à la condition de pratiquer certaines manières de philosopher, que son abdication à cet égard est l'abdication d'une culture, l'abdication de l'homme lui-même.Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, j'aurais trois remarques à formuler.D'une part, le raisonnement général de mon propos reste abstrait : il fournit simplement un cadre d'interrogations et une méthode qui permettent d'appréhenser les traits majeurs du rôle ou de la fonction sociale du philosophe (1).D'autre part, afin de mieux situer le rôle du philosophe dans notre société, il faudrait procéder à une sorte de mise en place des divers groupes et couches d'intellectuels qui composent notre société.Or, cette mise en place ne pourrait être posée, me semble-t-il, sans qu'on soulève des questions comme celles-ci : Qu'est-ce qu'un intellectuel dans une-société industrialisée où il devient quasi impossible d'établir une frontière précise entre activités manuelles et activités intellectuelles?.Les intellectuels ont-ils un être social propre, ou bien (*) (*) Cet article est la version modifiée d'une conférence publique prononcée en octobre 1975, au Centre universitaire de l'Université d'Ottawa, sous les auspices de la Société de Philosophie de l'Outaouais.(1) Un point de vue plus concret pourrait considérer, d'une part la situation de la philosophie sociale publiée au Canada français, plus particulièrement au Québec, d'autre part dans quelle mesure le rôle social du philosophe se matérialise dans la fonction du professeur de philosophie. 41 n'existent-1ls qu\u20183 travers les groupes sociaux?.Peut-on parler de couches d'intellectuels, ou de degrés d'intellectuels?.Où situer le philosophe parmi les intellectuels de notre société?.De plus, s'il est vrai que, dans notre société industrialisée, n'importe quel travail physique est investi d'un minimum de qualification technique, c'est-â-dire d'un minimum d'activité intellectuelle efficace, peut-on dire que tous Tes hommes sont des intellectuels?.Par ailleurs, si un intellectuel est celui qui travaille avec son intelligence, qui gagne sa vie avec son cerveau plutôt qu'avec ses muscles, qui se présente comme un critique social (c'est-à-dire identifie, analyse, incite à transformer), ne doit-on pas admettre que tous les honines n'exercent pas dans la société la fonction d'intellectuel, et qu'il y a des niveaux dans l'exercice même de cette fonction?.Ainsi, dans notre société industrialisée, serait-il légitime de dire que la plupart des honines sont des intellectuels (minimum de qualification technique), tout en n'exerçant pas la fonction d'intellectuel .qu'un nombre assez imposant exerce la fonction d'intellectuel, au premier degré, c'est-S-dire qu'ils sont les penseurs d'une stratégie et d'une situation déterminées et particularisées (chef d'entreprise, technicien d'entreprise, ingénieurs, avocats, médecins).ou'un nombre relativement restreint exerce la fonction d'intellectuel, au second degré, c'est-à-dire qu'ils sont les théoriciens de la société, des pratiques scientifiques, techniques, sociales, politiques, envisagées dans leur ensemble (écrivains, journalistes, professeurs, philosophes)?.Enfin, ma troisième remarque est pour indiquer que le Doint de vue qui vous est présenté ici sur le rôle social du philosophe s'exprime volontairement sous le mode interrogatif, pour deux raisons : d'abord parce que mon esprit, à ce sujet, n'a pas dépassé le niveau du questionnement, ensuite parce que je conçois la philosophie comme une problématique universelle.La question du rôle social du philosophe peut être envisagée de deux manières.D'une part, on peut l'aborder selon que l'on considère le philosophe ou le professeur de philosophie en tant que personne individuelle exerçant une profession qui a une portée à la fois personnelle (manière originale de penser et de se conduire) et collective (influence due à l'enseignement et aux écrits qu'il commet).D\u2019autre part, on peut cerner la question selon que l\u2019on considère le philosophe en tant que philosophe, c'est-à-dire sous l'angle de la profession qu'il exerce et qui a d'abord une portée collective.A elle seule, la première sorte de considération risque d'être stérile ; elle peut facilement donner lieu à des platitudes solennelles ou 3 des exhortations pieuses, faisant de tel individu philosophe une sorte de prêcheur par la parole et le geste, un modèle à imiter ou à rejeter; de ce point de vue, on serait enclin à juger un acte, un dire 42 et une Intention d'un homme agissant exclusivement en son nom personnel, sous telle étiquette sociale ou selon tel statut social.La deuxième considération semble plus féconde, quoique plus difficile 3 mener, parce qu'elle s'attaque 3 une discipline et 3 sa profession comme telles; dans ce cas, afin d'éviter un excès de généralités oiseuses, on doit d'abord avoir déterminé en quoi consiste la philosophie et sa méthode de recherche, pour ensuite en déduire des conséquences sur le rôle et la responsabilité du philosophe 3 l'égard de la société.Toutefois, afin d'éviter soit de faire le procès d'une personnalité, soit de demeurer inopérant en considérant la discipline et la profession sans l'exécutant, je propose que le débat s'articule selon ces deux considérations, en accordant la vedette à la seconde, tout en utilisant la première en guise d'illustration ou de point d'ancrage.C'est dans cette optique que je formule ainsi la question 3 débattre : quelle attitude devrait prendre le philosophe en tant que tel 3 l'égard de la société, des gouvernements, des partis politiques, des conflits sociaux, religieux, etc.?Quelques constatations Pour poser le débat sur des assises concrètes, il importe, me semble-t-il, de mettre en place, non pas une description exhaustive de ce qu'on pourrait appeler la situation critique de la philosophie aujourd'hui, mais plutôt une série de constatations offertes par divers milieux.D'une part, dans notre société technicienne, industrielle et de consommation plutôt passive, le philosophe ne semble-t-il pas relégué 3 un rang second et inférieur par rapport aux autres intellectuels?.Et ceci pour bien des raisons! .Premièrement, soit parce qu'on le considère ignorant de la réalité sociale et des problèmes sociaux : en effet, comment un penseur aussi abstrait peut-il approcher les problèmes concrets des hommes, se laisser pénétrer par eux, afin d'en dégager des solutions possible?.Par contre, pourquoi refuserait-on au philosophe la possibilité d'observer et d'analyser rigoureusement et efficacement la diversité des coutumes de sa société et des conflits qui surgissent?.Deuxièmement, soit parce qu'on le considère comme un interlocuteur ordinaire ou sans crédibilité : que peut-il bien avoir de plus 3 dire aux hommes d'aujourd'hui, lui qui n'est pas spécialiste des questions sociales et politiques?.Par contre, qui peut juger que le philosophe n'a pas le droit ou la compétence d'analyser les problèmes socio-politiques de sa société?.Troisièmement, soit parce qu'on le confond avec n'importe quel autre sophiste, idéologue, technicien ou spécialiste : comment le philosophe peut-il prétendre exercer son pouvoir d'observation et d'analyse sans parti pris, sans se perdre dans un dédale de représentations, ou sans emprunter carrément le langage et la méthode du technicien?.Par contre, qui peut trancher la 43 question de savoir que le philosophe, une fois engagé dans le débat social et politique, est contraint de jouer â l'idéologue, ou est incapable d'objectivité de par la force de sa méthode?.D'autre part, dans cette même société du rendement, la parole et le jugement du philosophe ne sont-ils pas trop gratuitement contestés ou ridiculisés?.Premièrement, soit parce qu'il cherche naïvement 3 déterminer ce qui est universellement bon et valable pour tous les honmes de tous les temps : comment une telle perspective généraliste pourrait-elle être autre que vaine, inefficace, stérile?.Par contre, est-il possible de comprendre et de solutionner les problèmes particuliers sans les replacer dans leur contexte d'ensemble et sans les relier S l'homme?.Deuxièmement, soit parce qu'il ne parvient pas à faire le lien entre la théorie et la pratique : comment ne pas oublier la réalité concrète quand on travaille constamment au niveau de la théorie?.Par contre, la théorie n'a-t-elle pas le rôle essentiel d'éclairer la pratique?.Troisièmement, soit parce que sa participation concrète â l'analyse et a la solution des conflits sociaux le condamne S la partialité : un spécialiste de l'universel peut-il prendre parti sur le plan social et politique?.*.Par contre, est-il nécessaire de s'inriuniser contre la partialité?.En fait, de telles constatations soulèvent la question déterminante de savoir si notre société a besoin d'hommes dont l'ambition serait d'aider les hommes a être des hommes; elles nous placent aussi en face de cette alternative : ou bien on estime que notre société technicienne n'a pas de temps à perdre a se poser des questions générales et abstraites, placées sous la question du sens, qu'il lui faut seulement et au plus vite des spécialistes et des techniciens pour solutionner les problèmes concrets économico-socio-politiques, que les nécessités de l'industrie, du progrès économique, de la défense nationale sont prioritaires, que la culture est un surcroît de l'ordre du loisir; dans ce cas, cette société n'a que faire de la philosophie et du philosophe; à la limite, elle peut aisément substituer le sociologue ou le politicologue au philosophe.Ou bien on pense que l'évolution et le progrès techniques, économiques, industriels, scientifiques ne sont pas un idéal mais des moyens nécessaires de parvenir à une certaine qualité de l'existence humaine, que l'homme ne doit pas subir cette évolution mais la contrôler, que l'homme ne doit pas se contenter de fabriquer et de posséder mais aussi, ce faisant, de découvrir le sens de ce qu'il produit, qu'il doit intégrer dans ce sens sa pensée et ses actions afin d'être plus lui-même ; dans ce cas, la philosophie et le philosophe pourraient être d'une utilité certaine.Toutefois, si l'on retient ce dernier cas, entre autres raisons parce que le trait distinctif de l'existence humaine est, non seulement de s'accomplir au niveau du donné, mais aussi de se confronter 3 ses possibilités, de comprendre ces possibilités en termes de \"pourquoi\", alors plusieurs questions surgissent : Y a-t-il des moyens concrets que le philosophe peut utiliser afin de jouer un rôle social efficace et quels sont-ils?.Ne doit-il pas d'abord considérer l'ac- 44 tivité philosophique â partir de l'existence humaine concrète, historiquement déterminée, pour ensuite agir par une présence, une parole, un écrit?.Lorsqu'il analyse et critique une situation socio-politique, le philosophe doit-il tâcher de justifier les lois de la société dans laquelle il vit parce qu'il se veut bon citoyen, ou doit-il dénigrer ces mêmes lois parce qu'elles ne valent pas mieux que celles d'une autre société ou d'un autre régime social, ou doit-il prétendre réformer les lois de sa société en référant au régime le meilleur qu'il conçoit idéalement?.Le philosophe doit-il donner l'exemple de l'obéissance ou de la désobéissance civiles?.Le philosophe a-t-il pour vocation de stigmatiser ce qui est nuisible, de glorifier ce qui est profitable, d'indiquer la voie vers ce qui est souhaitable, d'affermir la foi en ce qui est accessible, de maintenir l'espoir en ce qui n'est pas encore perdu?.De quel pouvoir faut-il investir le philosophe : un pouvoir moral faisant de la philosophie une consolation et un réconfort des âmes inquiètes, ou un pouvoir culturel faisant de la philosophie la dépositaire d'une culture et du philosophe un gendarme, ou encore un pouvoir de connaissance et d'action critiques?.Le philosophe est-il le penseur de la révolution au plan de l'ordre social et de l'homme parce qu'il est d'abord le penseur de 1'être?.Une hypothèse.A la suite de ces propos moins sécurisants qu'on ne le croyait, je voudrais expliciter l'hypothèse suivante : la responsabilité sociale du philosophe, et partant son rôle, ne serait-elle pas d'abord et avant tout une responsabilité à l'égard de la philosophie?.Qu'est-ce que ça voudrait dire?.Je m'explique en trois points.D'une part, si l'effort de la réflexion philosophique est centré sur la recherche méthodique du sens, si le sens de l'activité philosophique est la révélation de la vérité, alors : -\ten face d'une pluralité de régimes politiques défendant â peu près les mêmes valeurs fondamentales humaines, le philosophe en tant que tel n'aurait pas à prendre parti pour un régime au détriment de l'autre, parce que les raisons qui justifieraient l'action de l'un, tout en é-tant différentes, ne seraient pas moins valables que les raisons qui justifieraient l\u2019action de l'autre; la dénonciation ou la condamnation du philosophe ne s'appliauerait que dans d'autres cas; c'est en tant qu'homme et citoyen éclairé sur sa profession que le philosophe pourrait et devrait dénoncer ou condamner tout ce qui avilit l'homme; -\tle philosophe pourrait et devrait reconnaître que les peuples ne sont pas conduits par une dialectique de nécessité historique dictant â l'avance la victoire ou l'échec de leurs actions, mais qu'ils ont ordinairement la possibilité de faire des choix, de revendiquer des droits, d'exiger, etc.-\tle philosophe pourrait et devrait reconnaître que, dans tous les cas, l'homme a la possibilité de disposer de l'homme, et, qu'en conséquence, 45 la destinée des peuples repose sur une conception de l'homme; » le philosophe pourrait et devrait reconnaître que la philosophie n'a pas 3 transformer la société ou un régime, mais plutôt 3 observer, 3 analyser, à critiquer et à proposer des solutions de principes, 3 rechercher un sens et une vérité du social qui soient pour l'homne; ou, si l'on veut, l'activité philosophique viserait à transformer un événement en expérience, c'est-â-dire 3 tirer la leçon du sens et de la valeur de cet événement; de quelque façon qu'on délimite le champ de la philosophie, celle-ci s'occupe toujours de l'existence humaine 3 connaître et 3 s'approprier (1).D'autre part, si la philosophie est essentiellement une contestation de toutes les dimensions de l'expérience humaine, alors : -\tle philosophe pourrait et devrait exercer une critique radicale de la société, tout en tenant compte du caractère insondable de l'expérience humaine et des limites du verbe de l'esprit humain ; -\tcette contestation pourrait engendrer une certaine méfiance dans la prétention de la raison humaine 3 atteindre une vérité transcendante, et cette contestation pourrait être le signe réaliste d'une faiblesse, tout au moins d'un manque efficace,'que l'homme cherche 3 combler ; -\tcette contestation manifesterait que l'homne n'est jamais complètement transparent 3 lui-même, qu'il soit technicien, scientifique, philosophe ou sage; -\tcette contestation pourrait manifester une insuffisance de la philosophie, qui se changerait en une philosophie de l'insuffisance le moment où le philosophe entreprendrait de déterminer les conditions nécessaires de cette insuffisance.(1) \"Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, il s'agit de le transformer\", affirme Marx dans sa Thèse II sur Feuerbach.Ces propos marxiens ne sont pas une négation de la philosophie, mais une critique d'un type de philosophie, celui des jeunes hégéliens et de Feuerbach.Ils établissent la base d\u2019une nouvelle problématique philosophique qui chercherait sa voie entre le matérialisme mécaniste et intuitif et l'idéalisme.Suivant les réflexions qu'il mène dans Gazette rhénane, 1842, et Les Annales Franco-Allemandes, 1844, Marx aurait pu ajouter : il est utile que les philosophes interprètent le monde; dorénavant ils devraient le faire dans l'optique que je propose; ce n'est que sur la base d'une interprétation que la transformation sera possible, compte tenu qu'interpréter c'est déj3 transformer dans une certaine mesure.A ce propos Herbert Marcuse écrit: \"Dans les combats les plus acharnés de Marx contre la philosophie allemande sur son déclin, s'exprime un élan philosophique qu'on méconnaît complètement en le confondant avec une volonté de destruction\".(Philosophie et révolution, Paris, Denoël/Gonthier, 1969, p.87). 46 Enfin, si la philosophie est la discipline intellectuelle la plus apte 3 répondre aux problèmes du fondement du savoir, des valeurs et des actions, alors : -\ten posant le problème de l'être de l\u2019homme et de la société, le philosophe pourrait contribuer à la récupération de l'homme sur ses produits, 3 éviter sa désaliénation complète, à rendre possible les divers modes de son existence; -\tle philosophe pourrait et devrait saisir, d'une manière globale, les lignes fortes des événements, leur signification, leurs principes directeurs, leur impact sur la vie de l'homme, leur retentissement sur la culture.En guise de conclusion.Paul Valéry écrivait quelque part : \"Les uns ont le mérite de voir clairement ce que tous voient confusément.Les autres ont le mérite de voir confusément ce que personne encore ne voit\".Dans l'un et l'autre cas, on peut dire que le philosophe est la conscience critique d'une société exerçant tantôt un regard rétrospectif, tantôt un regard prospectif.En réalité, en est-il vraiment ainsi?.L'absence du philosophe dans les débats qui occupent la tribune sociale, politique et religieuse, ne tiendrait-elle pas à cette ambition ambiguë, inavouée, de calquer une explication philosophique sur le modèle explicatif des sciences de la nature, voire de la science physico-mathématique?.Une ambition ambiguë parce que, d'un côté, le philosophe sait bien qu'il travaille sur un objet qui échappe 3 la formalisation de la mathématique ou de la logique, et, de l'autre, il continue de rêver d'un type de scientificité identique 3 celle des sciences de la nature.Plus que tout autre intellectuel, le philosophe doit pouvoir mesurer les conséquences du trop et du trop peu de formalisation dans son examen de la réalité humaine et sociale.En fait, n'est-ce pas la complexité et le dynamisme de cette réalité humaine et sociale qui déboutent l'intelligence et lui fait croire qu'une bonne dose de formalisme et d'opérationnalité est nécessaire pour palier la trop difficile tâche d'une réflexion analytique et prospective?.Plus que tout autre intellectuel, le philosophe devrait savoir que tout langage est interprétatif.Dans la mesure oü le langage est une herméneutique et l'expérience un processus plutôt qu'une somme de données, le philosophe est toujours situé dans la théorie, c'est-â-dire dans une vision intellectuelle ou une construction de l'imagination et de l'esprit.Certes, il y a des niveaux plus ou moins élevés de théorisation, dont chacun a ses présuppositions, ses règles et ses moyens spécifiques de créer des effets de sens.Or, une lecture philosophique du monde ne repose pas sur une base d'évidences privilégiées, empiriques ou formelles; elle est plutôt une création imaginative et intellectuelle, toujours transcendante par rapport au donné dont elle subit le verdict; cette lecture, contrôlée par l'expérience, ne peut viser ce qui est éprouvé dans l'expérience que par le biais de constructions abstraites.Toutefois, le concept philosophique, en tant que pouvoir formateur 47 de représentations signifiantes, n'a pas la même texture que les concepts physiques et mathématiques.Et ceci du fait qu'il se caractérise doublement : par l'idée de jeu de langage d'une part, par l'idée de pensée réfléchissante de l'autre.Ce jeu de langage, qui participe du genre littéraire ou du style de composition propre à la littérature doit permettre la réalisation d'une systématisation, d'une architectonique.De ce point de vue, le travail du philosophe ressemble à celui de l'architecte ancien qui était non seulement un concepteur mais aussi un constructeur; c'est un travail qui est marqué d'un flou ordonné, rigoureux, évocateur, surdéterminé, qui repose sur un art de la composition tout en faisant appel aux moyens logiques de la science.En outre, le concept philosophique permet de concevoir une totalisation, mais une totalisation perçue corme une visée, le support d'un système, le fondement d'une parole, l'horizon d'une action.Ne fait-on pas preuve de naïveté intellectuelle en cherchant § donner un statut de scientificité physique à la philosophie dont l'étude est prise du moment de l'existence humaine qu'elle représente?.Comme si la supériorité et la fécondité d'une recherche étaient irrémédiablement liées à ce seul et unique type de scientificité!.L'esprit de géométrie ne supplée jamais l'esprit de finesse : celui-ci constitue le fond, le dynamisme et la finalité de celui-là.La plupart des grands scientifiques l'ont reconnu : trop de formalisation et de précision statique empêche de voir en avant (1).Le discours philosophique participe du discours littéraire et du discours scientifique, sans qu'on puisse le réduire à 1'un ou à l'autre.Plus peut-être que toutes les autres disciplines, la philosophie doit être prospective.On se plaît à dire que seul l'homme est capable d'une anticipation dirigée indéfinie, parce que seul il demeure un être en devenir jusque dans sa vieillesse.Et pourtant, ce même homme, lorsqu'il oeuvre scientifiquement ou philosophiquement, se comporte comme s'il était, en partie tout au moins, dépourvu d'un pouvoir prospectif.En partie, disons-nous, puisque la prospection est liée à la faculté de symbolisation qui, elle, trouve son emploi.Cependant, si le pouvoir prospectif de l'homme a besoin, en guise d'adjuvant, d'une activité de symbolisation et de réflexion distinguante, il ne se réduit pas à ces (1) Le formalisme le plus poussé laisse toujours quelque résidu intuitif.On peut retenir la conclusion nuancée que M.Blanché nous propose dans L'axiomatique, 1955, p.82 : \"Le bienfait de la méthode axio-matique n'est pas d'exclure l'intuition mais de la contenir et de la refouler sur le terrain étroit où elle est irremplaçable\". actes.Mélange de clairvoyance, de projection, de prévoyance, la prospection est une connaissance synthétisante, une connaissance attentive 5 l'oeuvre toujours concrète, une connaissance qui suscite, par le choix des objectifs, des moyens nouveaux qui permettront d'atteindre ces objectifs, une connaissance qui tend 5 l'acte et qui vise à le rendre plus efficace.Non pas deviner, mais construire; non pas uniquement expliquer, mais aussi comprendre.En outre, le philosophe doit convenir que, s'il juge de toutes choses sub specie unius et totius, il ne produit rien; d'autres produisent pour lui.A mon avis, le philosophe n'est pas un intellectuel qui remue des idées, qui idéalise les fonctions d'une classe sociale, mais plutôt un intellectuel qui s'interroge d'une certaine manière sur l'existence humaine afin de fournir des règles normatives pour l'action Dans cette perspective, il n'y a plus lieu de confondre le philosophe et l'idéologue, quel que soit le sens que l'on donne à idéologie : science qui a pour objet l'étude des idées, de leurs caractères, de leurs lois, de leurs rapports avec les signes qui les représentent, ou système de représentations qui relie les hommes entre eux.Certes, les couches intellectuelles sont responsables de l'élaboration, de la vulgarisation et de la diffusion des idéologies; et le philosophe peut as-suraer un rôle de création idéologique.Mais le philosophe ne devient idéologue que s'il véhicule des visions idéalisées, renversées, déviées ou travesties des classes sociales, manifestant ainsi la situation et les aspirations de forces sociales réelles.Les philosophies n'acquièrent une texture idéologique que si elles sont reprises à leur compte par une croyance et une volonté collective qui s'efforce, avec ou sans succès, de les mettre en pratique, que si elles formulent et expriment S la fois l'état de la société et le rôle que les classes y tiennent ou prétendent y jouer (1).Le philosophe n'est pas non plus un homme d'action, défini par son seul engagement dans la praxis; il doit encore se demander quelle est la raison d'être de toute action.L'activité philosophique ne se fonde pas uniquement sur la facticité, même si elle en reçoit constamment le choc.S'il est vrai que la transformation de la société exige, selon Marx, qu'on la connaisse d'abord dans sa réalité présente, il est pertinent qu'on pose une philosophie comme pouvoir d'interprétation critique et intégrative.C'est dire que le philosophe est un agent judicateur et prospectif plutôt qu'un artisan immédiat de la société.(1) Si on fait un retour dans le passé de l'Allemagne, on peut dire que Hegel, et peut-être Fichte aussi, a pu fournir une idéologie au pangermanisme; mais la manière dont cette idéologie s'est matérialisée en sentiments et en appétits, cela tient évidemment 3 d'autres causes qu'à des causes idéologiques. 49 Il vient après, car il est de la nature même de la philosophie d'être une réflexion 5 retardement : l'oiseau de Minerve, disait Hegel, s'envole à la tombée de la nuit J.Alors que la pensée efficiente, même éduquée, même réfléchie, est toujours une pensée d\u2018imnédiateté, la pensée du philosophe est une pensée réflexive.Non pas que le philosophe, 3 la manière d'un dilettante, se borne à inspecter les travaux accomplis par d'autres.Son intervention consiste, non pas 3 fournir des contenus, mais plutôt à vérifier si chaque initiative, chaque action concrète, individuelle ou collective, répond â des critères d'intelligibilité dont la trame n'admet pas de rupture.Répétons-le : parce qu'il juge de toutes choses sub specie unius et totius, parce qu'il est le penseur de l'universel, le philosophe est appelé 3 entretenir un discours dont la rationnaiité, qui n'est pas de type scientifico-technique, cherche 3 réaliser un idéal d'ordre, de transparence, de synthèse et de totalité, cherche 3 dire les conditions d'intelligibilité de l'être pris dans toutes ses dimensions.Certes, le risque de s'encapsuler dans un langage formalisé et, partant, de devenir un spécialiste comme un autre, guette le philosophe.Difficile tâche que celle de remplir une fonction d'analyse et de synthèse explicites, sous le signe de l'universel, sans se passer d'une langue technique, parce que la philosophie suppose toujours un effort systématique et un apprentissage méthodique, mais aussi sans réduire la philosophie 3 un système de codes!.Ainsi, le philosophe n'accomplit qu'une tâche critique et universalisante, parce que déterminatrice sur le plan du sens et des valeurs métempiriques.Il n'accomplit pas une tâche réalisante.Dans cette perspective, la philosophie, parce qu'elle entre à sa manière dans le cours de l'action, devient facteur de progrès intellectuel et culturel.Le programme du philosophe contemporain n'est donc pas diminué; bien qu'aujourd'hui des faits nombreux ont de quoi nous laisser quelque peu songeurs sur la situation et l'avenir de la philosophie, et sur la foi des philosophes professionnels en la portée culturelle et sociale de leur propre discipline.Le philosophe contemporain perfectionnera son oeuvre en donnant un esprit d'action intégrative 3 la lettre de son verbe.Léo-Paul Bordel eau (Université d'Ottawa) 50 ERREMENTS OU INCOHERENCES En philosoohie, éducation, politique ou industrie, etc., la reproduction des erreurs n'est pas toujours nécessaire.Mais elle peut être parfois utile.Quand M.Yvan Lamonde reproduit dans l'Historiographie de la phi 1osophie .(HWi, 1972, p.165-70) l'essai de M.Jean-Paul Desbiens intitulé \"La philosophie et l'actualité nationale\" et qu'il nous informe (p.165) que ce texte est tiré de \"Perspectives Sociales, 19, 6 (nov.-déc.1964): 124-128\", M.Lamonde nous induit en erreur.M'est avis corroie dirait l'autre que l'auteur reproduit, M.Desbiens, aurait pu se manifester sur ce point.A ma connaissance, tel n'est pas le cas.L'éditeur alors aurait pu rectifier l'erreur, ou les co-directeurs de la collection, etc, etc, 3 la file comme ça se défile; mais malheureusement.donc.' Quand nos collègues, Marc Chabot et Denise Pelletier, dans leur \"Bibliographie chronologique, 1960-1975\" (Bulletin de la S.P.Q., vol.2, no 1, oct.1975, p.30), signalent qu'un texte Desbiens \"Le Philosophe et notre actualité\" a été .\"repris dans Perspectives Sociales, 19,6, nov.et déc.1964, p.124-128 et dans Lamonde, Historiographie, p.165-171 sous le titre 'La philosophie et l'actualité nationale'\", nos collègues-bibliographes reproduisent des errements et introduisent â leur tour des incohérences bibliographiques.Une incohérence est évidente : celle qui s'instaure parce qu'ils n'ont pas relié les item signalés (les textes retenus) par dessus ou par dessous l'approche \"chronologique\" de leur travail dans la facture même de leur bibliographie.Ainsi, pour ne m'en tenir qu'au \"texte\" Desbiens, dans cette bibliographie (p.32 pour 1966), \u201cle philosophe et l'actualité nationale\" serait ou se retrouverait également dans \"Perspectives Sociales, Québec, vol.21, no 3, mai-juin 1966, p.59-61\".(sic) De fait, le texte Desbiens reproduit par Lamonde \"La Philosophie et l'actualité nationale\" n'est pas tiré de Perspectives Sociales, 19, 6, 1964, p.124-128 ; car cet espace, dans ce numéro de Perspectives .est occupé par un autre texte Desbiens \"La Philosophie et notre actualité\".Texte autre et différent, il ne va pas sans dire.Comparez son Incipit avec le texte dans Lamonde (p.167) : \"J'avais d'abord pensé 3 réfléchir avec vous sur le paradoxe vécu que constitue le fait d'enseigner la philosophie; j'en dirai un petit mot de toute façon, mais des expériences très récentes m'ont décidé 3 vous parler plutôt de la jeunesse, et, en fin de compte, il s'agit toujours de votre métier, car c'est 3 notre jeunesse que vous enseignez la philosophie.\" Roland Houde (Université de Montréal) 51 DIRECTIVES POUR LA PRESENTATION D'UN MANUSCRIT AU BULLETIN 1.\tLes manuscrits doivent être dactylographiés 3 double interligne, sur du papier standard de 8 1/2 x 11\", en laissant, 3 gauche, une marge de 1\".2.\tLe titre de l'article doit être écrit en lettres majuscules.3.\tLe nom de l'auteur et sa fonction, s'il y a lieu, doivent être placés sous le titre de l'article.4.\tLes notes de l'article doivent être reportées 3 la fin de l'article et suivre une numérotation continue.5.\tL'auteur doit envoyer au bulletin deux copies de son texte.6.\tTout article reçu par le bulletin est soumis au comité de rédaction qui a autorité pour l'accepter ou le refuser.7.\tLa décision du comité de rédaction est communiquée 3 l'auteur par le directeur du bulletin.Dans le cas de refus de l'article, le directeur doit informer l'auteur des raisons de ce refus.8.\tLes droits de traduction et reproduction des articles publiés sont réservés 3 la revue.9.\tLes manuscrits doivent être envoyés 3 Raymond Brouillet, Faculté de Philosophie, Université Laval, Ste-Foy, Québec GIK 7P4, Qué. 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