Interface : la revue de l'ACFAS, 1 janvier 1996, Janvier
nous au Québec?5 0$ R C H E Les étoiles massives s L'entrepreneurship ethnique • Une table ronde sur le Québec d'aujourd'hui et de demain Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, adresse de retour: 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L 2M7 Envoi de publication - Enregistrement n° 6489 PER A-ml U , rr 1 i x , BNQ A mwM.mm 01001026651801 ¦ Hydro .Québec L'énergie qui voit loin Une optique axée sur l'avenir Chez Hydro-Québec, la recherche est fondamentale.Sans progrès, il n’y a pas d’avenir.C’est pourquoi Hydro-Québec accorde une priorité à la recherche et au développement.Plus de huit cents employés et scientifiques s’emploient aujourd’hui à améliorer la qualité du produit et du service, à en accroître l’efficacité et la fiabilité tout en veillant à lui faire respecter l’environnement.Aujourd’hui, la recherche fait rayonner Hydro-Québec sur le plan international, crée des marchés d’exportations et de nouveaux emplois.Nos jeunes sont les premiers à en bénéficier.Parce que l’avenir passe par eux.L’avenir et l’énergie: deux préoccupations, une même vision. VOLUME DIX-SEPT 19 9 6 NUMERO M M A I R E 4 COURRIER 5 COMMENTAIRE QUAND L’INNOVATION PASSE PAR LE FINANCEMENT Bernard Coupal 63 TRANSFERTS 66 SCIENCEMONDE UNE AUTRE VICTIME DU SOLEIL LE SYSTÈME IMMUNITAIRE Hélène Lévesque 68 INTERNET 70 SCIENCE-INTER 72 CHERCHEURS RECHERCHÉS 73 SOURCES 77 À SUIVRE FACE À FACE acte taSÊc ounllii et il e raiie sir ai Jacques Keable avec la collaboration de Guy Rochette Où va le nationalisme québécois?Que penser de la progression dans notre société de la pensée néo-libérale?Et les autochtones dans tout cela?Autant de préoccupations sur lesquelles se sont penchés pour nous trois sociologues, Cilles Bourque, Nicole Laurin et Guy Rocher, ainsi que l’anthropologue Rémi Savard.RECHERCHE 18 Danielle Juteau et Sylvie Paré Les entrepreneurs appartenant à des groupes ethniques fonctionnent-ils différemment des autres entrepreneurs?Se concentrent-ils dans des secteurs particuliers de l’économie?Coup d’œil sur la situation à partir d’une étude réalisée dans deux des quartiers les plus multiethniques de Montréal.30 Laurent Drissen Au pays des étoiles, les dinosaures sont encore vivants; certains sont même très jeunes.On les appelle les étoiles massives, mais plusieurs sont véritablement très, très massives! Voyage au pays de l’excès.SCIENCECLIPS 52 LA FAMILLE, D’HIER A AUJOURD’HUI NI ANGE NI DÉMON 53 LA MODÉRATION A BIEN MEILLEUR GOÛT, MAIS.55 LES GAGNANTS ET LES PERDANTS DE LA MODERNITÉ.CHEZ LES OISEAUX 57 LES PILULES DU BONHEUR: UN MIROIR AUX ALOUETTES 58 DES RÉSIDUS DE DÉSENCRAGE POUR LES FRAISES ENJEUX La Ou eu soi Benoit Godin C’est le temps des bilans et, de l’université à l’industrie, la productivité des scientifiques québécois est ici analysée sous toutes ses coutures.Le résultat?Plutôt réconfortant.60 LA NON-OBSERVANCE DU TRAITEMENT: UNE MALADIE RÉPANDUE.61 CÉGEPS: QUAND LA MOTIVATION N’EMPÊCHE PAS LE DÉCROCHAGE COURRIER À PROPOS DE L'AIL DES BOIS J’aimerais apporter quelques précisions à l’article paru dans votre dernier numéro sur la culture in vitro de l’ail des bois.Les techniques de culture in vitro permettent de produire un grand nombre d’individus à partir d’un seul plant mère, en quelques mois seulement (une fois la technique au point!).Ces plantules, d’une taille équivalant à des plants de 2-3 ans en nature, court-circuitent le stade le plus vulnérable du cycle de vie de cette plante pérenne.Les descendants ainsi obtenus sont génétiquement identiques au plant mère.Ces caractéristiques font de la micropropagation un outil indispensable dans le rétablissement des espèces menacées d’extinction.La réintroduction en nature de vi-troplants issus de plants locaux (c.-à-d.préadaptés) permet de conserver l’identité génétique d’une petite population menacée et maximise les chances d’augmenter rapidement ses effectifs au-delà du minimum viable, et donc d’en assurer la survie à court et moyen terme.Cette approche a été choisie dans le cadre du projet que je dirige sur la con- servation et la restauration de l’ail des bois et du ginseng.Pour réaliser ce projet, j’ai fait appel à Nathalie Caléro, qui dirige le laboratoire du culture in vitro aux Serres coopératives de Guyenne en Abitibi, et à Pascale Maynard, étudiante à la maîtrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal.Leurs efforts ont porté fruit cet été, alors que les premières plantules d’ail des bois ont vu le jour.Elles doivent maintenant subir le test ultime de l’acclimatation, qui les fera passer de l’éprouvette stérile, tempérée et humide, à la vie en pleine terre.La culture in vitro de l’ail des bois, qui pourrait éventuellement avoir une application commerciale, est actuellement réservée à son objectif premier: contribuer à la sauvegarde de cette espèce désignée vulnérable au Québec.Toute commercialisation de l’ail des bois est de plus interdite par un règlement rattaché à la Loi sur la protection des espèces menacées et vulnérables au Québec.Ce projet relève d’un partenariat financier entre le ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec, le Biodôme de Montréal et les Serres coopératives de Guyenne.Andrée Nault Division de la recherche Biodôme de Montréal Pour en savoir davantage sur les étoiles lisez le numéro janvier-février d’Astronomie-Québec En kiosque dès aujourd’hui INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE, INTERFACE EST PUBLIÉE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L’INDUSTRIE, DU COMMERCE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE, DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA, DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES, DU CONSEIL DE RECHERCHES MÉDICALES ET DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GÉNIE.DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ACFAS: GERMAIN GODBOUT SECRÉTAIRE DE RÉDACTION: JOCELYNE THIBAULT COMITÉ DE RÉDACTION: LINDSAY BICNELL, JOHANNE COLLIN, ROBERT DUCHARME, PIERRE FORTIN, JEAN-RENÉ ROY, MICHEL TRÉPANIER, HÉLÈNE VÉRONNEAU RÉVISION LINGUISTIQUE: MARIE CHALOUH DIRECTION ARTISTIQUE: LORTI-MOUSSEAU ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE: PATRICK CHARBONNEAU SORTIES POSTSCRIPT: TYPOGRAPHIE SAJY IMPRESSION: IMPRIMERIE QUEBECOR SAINT-JEAN.LES ARTICLES D’INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À L’ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÈRE EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7.TÉL.: (514) 849-0045, TÉLÉC.: (514) 849-5558.INTERFACE!®ACFAS.CA LA REVUE INTERFACE EST RÉPERTORIÉE DANS REPÈRE.ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489.JANVIER 1996, DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, PREMIER TRIMESTRE 1 996 ISSN 0826-4864 PUBLICITE: GILBERT MARIN TÉL.: (514) 621-9801 TÉLÉC.: (514) 621-9740 COMMENTAIRE QuM Id Wfa'(^iWeB!sse Bernard Coupal Les petites et moyennes entreprises technologiques québécoises constituent la pierre angulaire du développement de l’innovation technologique au Québec autant en ce qui concerne l’emploi que les technologies développées.Les secteurs des technologies de l’information et des sciences de la santé témoignent du dynamisme dont fait preuve le secteur de l’innovation technologique.Le financement de ces petites entreprises, qu’il s’agisse de démarrages ou de rondes successives de recherche de fonds se fait de diverses façons.De plus en plus, le capital de risque, principalement de source institutionnelle, devient disponible.Qu’il s’agisse en effet de la Caisse de dépôt et placement du Québec, du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) et de ses fonds spécifiques, des sociétés Innovatech qui couvrent maintenant la province au complet, ces organismes s’engagent maintenant de façon importante dans le financement de l’innovation technologique et le font souvent en partenariat.De plus, la présence de ces institutions favorise l’arrivée de fonds non québécois qui constituent une part de plus en plus grande du financement de la technologie.Tout cet ensemble résulte maintenant en la disponibilité de fonds qui permettent le démarrage et le soutien d’entreprises en diverses phases de développement.En parallèle avec ces fonds, le crédit d’impôt à la recherche et au développement constitue un des éléments les plus importants pour le financement des jeunes entreprises.Ce crédit d’impôt a permis et permet toujours à de jeunes entreprises de soutenir leur développement et, dans plusieurs cas, de traverser avec succès les phases du démarrage; il demeure en outre, pour les gouvernements, la meilleure façon de soutenir l’innovation technologique.De plus, ces crédits d’impôt à la recherche et au développement produisent un effet de levier considérable, lorsqu’ils sont ajoutés au financement plus traditionnel provenant des fonds de capital de risque et des prêts bancaires.Le développement industriel du Québec passe inévitablement par la nouvelle économie faite de technologies et d’innovation, et le soutien gouvernemental pour assurer ce passage de l’économie traditionnelle à l’économie basée sur le savoir et la matière grise est absolument essentiel.Il doit se faire non pas par de simples subventions mais par des moyens tels que le crédit d’impôt à la recherche et au développement.Retirer ce mode de soutien et d’aide à l’entreprise technologique serait porter un coup sérieux à son développement.Pour plusieurs observateurs étrangers et canadiens qui sont au fait du financement et du soutien de l’innovation technologique, le Québec se situe en première ligne quant aux possibilités fournies aux petites et moyennes entreprises pour leur permettre de relever le niveau de l’innovation technologique dans leur entreprise ou tout simplement de démarrer de nouvelles activités.Le capital de risque de sources québécoise, canadienne et étrangère est maintenant disponible et, une fois conjugué au programme de crédits d’impôt à la recherche et au développement, il offre un environnement fiscal unique.Il faut donc le conserver.® # Des commentaires?Interface@acfas.ca INTERFACE BERNARD COUPAL EST PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ INNOVATECH DU GRAND MONTRÉAL.M C M X C V I cientif iqu«- i guide pratique i Mystérieuses anguilles ! ' A la rechcrch© des fantômes t Quoi faire A avec un microscope ?A Waladtes infectieuses: des microbes plus forts WINDOWS 95 : dccevar r.Pour en savoir plus Les Débrouillards Reportages illustrés, B.D., expériences, jeux.Drôlement scientifique! Pour les 9-14 ans.aj mfoctai Æn CpUR AU NATUREL ! tottirtïiïfânimovi.pot les enlivn .fÿdlnef'ÿaiustulel i ÉPiË Nadine, la fille-pretzel Science L'événement spatial de ^ .la décennie 4^ '• Russes et Américains : rentferyoufrairsommet Les agents intelligents: des microvalets sur le Net àm * ,"f-TBeh Le magazine de j * A de la technologie au Québec-Science ** ™ service des utilisateurs Toute l'actualité en sciences et technologie.§ *^|gwt^éré^mX«ation! et des décideurs Fiable et passionnant depuis 33 ans! québécois.Franc-Vert Découvrez la nature et l'environnement.en beauté! 1 TCPppi • lylvlculluri - -' \ ¦ Économie loreoilèpe - les gpaads projou ?•; , x • la «fepeiiHai» r - Mécinmilin^ M-'-/ / lullo tlalaglqae .^ j.(‘ ,v/; , Forêt & Conservation Pour se brancher sur la forêt québécoise Des scientifiques dans les marges de la science Interface Pour découvrir la science et réfléchir sur ses enjeux.L’abonnement inclut le bottin de la recherche.?v>> i V/ TL - is.1 * < f LES JARDINS f fleuris Quatre-Temps touche la botanique, l'horticulture, les sciences de la nature et de l'environnement.îuébecOis eaux Le magazine québécois du ciel et de l’espace ASTRONOMIE Québec Oiseaux Pour tout connaître sur nos oiseaux.Astronomie-Québec le magazine qui vous amène d'une étoile à l'autre.Spectre Pour l'avancement de l'enseignement des sciences au Québec.•••abonnez-vous! Veuillez m'abonner au(x) magazines) suivant(s) pour un an ?Les Débrouillards (28,43 $) 10 nos Québec Science (37,60 $) 10 nos Info-Tech (31,13 $) 11 nos Franc-Vert (23,93 $) 6 nos Forêt & Conservation (27,35 $) 6 nos Interface (41,02 $ étudiants : 20,51 $) 5 nos Quatre-Temps (28 $) 4 nos Québec Oiseaux (16 $) 4 nos Astronomie-Québec (32 $) 6 nos Spectre (27,35 $) 5 nos Prénom ?Adresse Ville .Province Tél.: Code postal____________________________ Faites votre(vos) chèque(s) à l’ordre du(des) magazine(s) choisi(s) et postez-le(les) à : Agence Science-Presse, 3995, Sainte-Catherine Est, Montréal, Québec, H1W 2G7 (SVP, un chèque par abonnement).Toutes taxes incluses. La recherche.c'est pour vous Université d’Ottawa University of Ottawa BP» DE GAUCHE À DROITE: GILLES BOURQUE, GUY ROCHER, RÉMI SAVARD, JACQUES KEABLE, GUY ROCHETTE ET NICOLE LAURIN FACE À FACE en quatre actes ______________________________Une table ronde sur le Québec d'aujourd'hui et de demain PAR JACQUES KEABLE AVEC LA COLLABORATION DE GUY ROCHETTE Le référendum du 30 octobre aura laissé le Québec dans de curieuses limbes politiques, comme installé dans une manière d'incertitude face à son destin : son avenir se présente sous la forme d'un point d'interrogation.Mais le Québec ne fait pas que face à ce lendemain trouble : il traverse, comme toute la planète ou presque, le désert néolibéral.Il subit et subira, car tout indique que la bourrasque ne fait que commencer, les vents froids des rationalisations d'entreprises, des privatisations, des compressions budgétaires, toutes actions présentées par nos dirigeants comme «naturelles» et absolument incontournables, de manière à tuer dans l'œuf toutes velléités de contestation populaire.Comment, dans ces conditions, se présente l'avenir du Québec?Peut-il se mettre à l’abri de ces vastes mouvements idéologiques?Comment peut-il concilier ses propres aspirations à une forme de souveraineté avec celles des autochtones qui, jusqu'à ce jour, pointent justement du doigt, avec insistance, les contradictions dans lesquelles les nationalistes québécois se débattent?Où va le nationalisme québécois?Ces questions difficiles, et d'autres encore, nous les avons posées à quatre membres de l'élite intellectuelle d'ici: trois sociologues, Gilles Bourque, Nicole Laurin et le plus récent récipiendaire du prix Léon-Gérin, Guy Rocher, et un anthropologue, spécialiste des questions autochtones, Rémi Savard.Aucune de ces personnalités, on l'aura deviné, ne revendique quelque pouvoir d'astrologue! Elles n'hésitent pas à reconnaître qu'à plusieurs égards l'avenir du Québec leur semble difficile à lire.Le discours que tiennent nos invités, compte tenu de l’idéologie dominante, pour ne pas dire envahissante, est malheureusement de moins en moins à la mode: nos quatre invités sont des progressistes.Leurs divergences ne sont donc pas des oppositions fondamentalement irréductibles comme celles que l'on retrouverait, par exemple, si on les confrontait à des tenants du néo-libéralisme; ce genre de confrontation, par ailleurs, s'il peut avoir un intérêt pédagogique, et s'il est souvent pratiqué dans les médias au nom de la soi-disant objectivité, ne permet toutefois pas de progresser beaucoup dans la réflexion.Il nous a semblé plus enrichissant de voir comment, à l'intérieur d'une vision progressiste du Québec, on pouvait mener des analyses à certains égards divergentes.L'échange, entre nos quatre invités, aura duré deux heures.L'écho que nous en rapportons est, forcément, incomplet.Nous avons dû, pour des raisons d'espace, laisser de côté les propos relatifs, par exemple, aux effets potentiellement pervers et uniformisants de la culture américaine, véhiculée d'une manière de plus en plus efficace, au sein de notre propre culture.Nous retenons, pour les fins de cet article, quatre thèmes.Dans un premier temps, une description de l'état de la société s < et de la culture québécoises: plus exactement, des éléments -S de description; dans un deuxième temps, la culture politique s québécoise et la nécessaire résistance au courant néo-libéral; o O puis, la délicate question autochtone; enfin, une réflexion sur £ l'état du nationalisme québécois.INTERFACE ft Esquisses pour un portrait du Québec actuel Interface : Comment pourrait-on caractériser la société québécoise?Nicole Laurin: Il me semble que c’est le fait qu’il s’agit d’une société encore jeune qui a pris sa forme actuelle au cours des trente dernières années.Or, cette société, dont l’État a été le moteur, vit une dépendance extrême de l’État, tant sur le plan pratique que sur le plan symbolique.Organisée dans l’État, elle est dépolitisée, démobilisée, en termes de liens sociaux, de lieux où la vie sociale se crée, où les gens s’affrontent, où il y a de la parole.Bien sûr, quand la question nationale se réveille, on se mobilise, dans l’État, mais c’est tout.Pour le reste, c’est la faiblesse ou le «vide» des institutions intermédiaires.Les lieux de sociabilité, les lieux d’affrontements, les lieux de résolutions de conflits, l’entreprise, l’école, l’université, les institutions culturelles, il y a quelque chose, là, qui a été vidé, je pense, par tout le processus de reprise, de remodelage de la société par l’État.Gilles Bourque: Je pense qu’il faut saisir, sous l’effet des politiques néo-libérales et du développement du capitalisme à l’échelle mondiale, une division entre ce que le discours officiel appelle les gagnants et les perdants.Il faut aussi saisir, sur le plan politique, une fragmentation de la société.On n’en revient pas à une société de classe, mais on peut très clairement identifier les gagnants à ce qu’on appelait naguère la bourgeoisie.On est face à une société stratifiée dans laquelle existe une identité fragmentée, favorisée par la Charte des droits, par le multiculturalisme, etc.Donc, une société qui a de la difficulté à se repenser comme totalité.N.L.: Cela se conjugue, évidemment, avec un repli sur la vie privée, une vie familiale, une vie conjugale, qui sont au demeurant fort peu satisfaisantes dans l’ensemble.Interface : Le retrait actuel de l’État vient-il empirer les choses?G.B: Il faut faire attention aux expressions trop rapides, comme «l’État se retire».Moi, je pense que l’État ne se retire pas.N.L: Il retire son argent! G.B: Exactement.Je pense que même l’État dit néo-libéral enserre de plus en plus la société civile à travers un en- semble de programmes particularistes.Par exemple, il retire son argent et peut-être une partie de sa bureaucratie de la gestion des politiques sociales, mais il finance les groupes communautaires qui sont très durement touchés parce qu’ils finissent par être complètement soumis aux politiques et aux règlements étatiques.Guy Rocher: La prolifération constante du droit et en particulier du droit public montre bien qu’il n’y a pas de retrait de l’État.Tout se judiciarise.Et ce ne sont pas les Chartes qui améliorent la situation, au contraire.C’est un monde d’avocats et de juges dans lequel nous vivons, et c’est là d’ailleurs que s’est réfugiée la morale publique.C’est devant les tribunaux que nous portons désormais nos problèmes moraux.Et c’est un indice du retrait de la morale plutôt que de l’État.Mais je voudrais revenir sur le vide des institutions intermédiaires, dont parlait Nicole.C’est vrai, mais je mettrais un gros bémol, parce Guy Rocher que moi, ce que je vois comme institutions intermédiaires très puissantes, ce sont les professions.C’est là que maintenant, je crois, les solidarités se trouvent.Les professions ont acquis un énorme pouvoir politique et social.À mon sens, cette émergence des professions correspond à la société de classe moyenne.On veut multiplier les professions, et c’est l’Office des professions qui, en ce moment, met un cran d’arrêt à cette multiplication.Tout le monde veut être reconnu professionnel.Rémi Savard: C’est le corporatisme! G.R: Oui, il y a un néo-corporatisme, parce que maintenant le Législateur ne peut plus faire de lois tout seul.Il fait ses lois en les négociant avec des groupes intermédiaires, des groupes de pression, des groupes d’intérêts.C’est un phénomène assez accentué au Québec.On est assez nord-américain dans la mesure où, plus qu’en Europe, le Législateur légifère avec les groupes d’intérêts, d’une manière néo-corporatiste.Cela fait partie de la manière de légiférer, maintenant, en Amérique du Nord.Je pense que ce néo-corporatisme a commencé sous le premier gouvernement péquiste avec les fameux sommets économiques.Sommets qui ont été, dans l’esprit de M.Lévesque et de ses principaux ministres, une forme de concertation économique, sociale, avec les syndicats, les patrons etc.Je pense, tout en gardant une attitude critique — parce qu’il y a des jeux de pouvoirs dangereux là-dedans et des manipulations possibles —, que ce néo-corporatisme «Tout se judiciarise et c'est devant les tribunaux que nous portons désormais nos problèmes sociaux.» INTEJO ACE est le principal levier d’action collective que nous avons et que nous avons appris à assez bien utiliser.Pour moi, c’est une des possibilités de résistance au néo-libéralisme.R.S: Un élément qui me frappe, d’une façon très concrète, dans le discours que j’entends, c’est l’épithète «politically correct».C’est devenu une espèce de mot de passe.Dès que quelqu’un remet en question l’idée que, par exemple, la société pourrait être construite sur autre chose que sur un conglomérat de groupes d’intérêts qui se confortent les uns les autres, on lui assène l’épithète de «politically correct»! La culture québécoise des jeunes, qui ont 35, 40 ans, qui sont les gens qu’on regarde et qu’on écoute — même si on essaie de ne pas les entendre, on les entend tout le temps —, est tout imprégnée de ce discours.Pour moi, c’est un élément de la culture québécoise.L’idée que la militance est presque devenue le sida.G.R: La société québécoise se caractérise par une culture de classe moyenne.Il y a un certain nombre d’années, on parlait des classes moyennes, au pluriel.Progressivement, on a commencé à en parler au singulier.C’est très frappant.C’est une classe qui valorise l’esprit d’initiative, l’individualisme.Autre trait de cette culture : elle est très avide de consommation.Mais ce n’est plus la consommation ostentatoire d’autrefois: c’est la consommation gourmande.Si on veut une BMW, ce n’est plus tant pour épater que parce que c’est plus confortable.Pour moi, cet individualisme et ce type de consommation sont deux traits de la culture de classe moyenne.Exclusion et néo-libéralisme : la nécessaire résistance Interface: Si je comprends bien, malgré certains éléments positifs, c’est une société un peu en désarroi que vous décrivez: militantisme en chute, fragmentation de la société, individualisme.Que fait-on face à cela?G.B: La seule avenue possible, actuelle ment, est une stratégie de résistance au néo-libéralisme et au néo-conservatisme.Pour la bonne raison que la régulation du marché mondial échappe aux États, même si ce marché est construit politiquement aussi, d’une certaine façon.Il n’y a pas, à court terme, de contre-grand projet de société qui paraisse crédible.Alors il semble que la stratégie fondamentale soit une stratégie de résistance.Au Québec, il me semble effectivement s’être affirmé, depuis le début des années 90, ce que j’appellerais une stratégie de résistance néo-corporatiste.Je ne pense toutefois pas que cela puisse déboucher sur une autre forme d’État qu’un État néo-libéral, car un des problèmes de cette stratégie, c’est qu’on oublie l’exclusion qui peut en résulter.Le fondement des politiques sociales néo-libérales, c’est le passage d’une citoyenneté universaliste, caractéristique du providentialisme, avec ses grands programmes de sécurité sociale, à des politiques particularistes, qui visent des populations cibles: les gens de plus ou moins 30 ans, les mères, etc.Et remarquez comment est en train de se construire le discours sur la compassion.La compassion, pour les perdants, c’est l’envers de l’excellence pour les gagnants: c’est un discours qui oublie l’universalisme.Alors je pense qu’il va falloir concevoir de nouvelles politiques sociales ou repenser l’universalisme providentialiste, sur une nouvelle base, sans abandonner l’idée fondamentale de l’universalisme qui, seul, permet de construire la communauté politique sur des bases un peu crédibles.«La militance est presque devenue le sida.» Rémi Savard G.R: On a employé, tout à l’heure, le mot «désarroi».Je ne suis pas certain qu’on puisse parler de désarroi, devant l’état actuel de la culture et de la société québécoises.C’est une société qui est certainement en train de changer profondément, mais c’était le cas en 1960, lors de la fameuse Révolution tranquille.Parfois, on s’imagine aujourd’hui que tout le monde a évolué en même temps, joyeusement et gaiement, au cours de la Révolution tranquille, mais jamais de la vie! Cela s’est fait avec de grands traumas, à la fois pour ceux qui essayaient de faire bouger les choses et pour ceux qui essayaient de résister au changement.Interface: Mais au moins, à l’époque, il y avait des projets sur la table, des luttes à mener, alors que maintenant, on a l’impression qu’il n’y en a pas.Ou alors qu’il n’y a pas grand-chose.On a plutôt le sentiment aujourd’hui que l’adversaire est tellement diffus, énorme, que la prise possible, sur lui, est très difficile.G.R: Oui.Dans ce sens-là, c’est différent.Mais je ne sais pas si on peut parler de désarroi.Je ne suis pas porté à employer ce terme, parce que j’ai trop vu de transitions où l’on pouvait dire qu’il y avait du désarroi, alors qu’aujourd’hui on constate que ce n’est pas le cas, au contraire.Je crois qu’il se produit des changements cruciaux et une démocratisation de la société beaucoup plus profonde qu’en 1960.On a franchi des pas importants dans la démocratisation de nos structures politiques et de beaucoup de nos structures sociales.Le taux de participation de la population québécoise au dernier référendum est quand même énorme.On a tendance à dire qu’il ne se passe rien, mais il se passe quelque chose quand même! À peu près toute la population est allée aux urnes, et sans qu’on soit dans un État /IER - FÉVRIEF INTEMface socialiste qui l’impose à tout le monde.C’est quand même étonnant! Je crois qu’au Québec on s’intéresse beaucoup à la politique.C’est un des principaux sujets de conversation.Il suffit d’aller passer quelques semaines, ou quelques jours, dans une autre province canadienne, pour voir combien la vie politique peut être ennuyeuse! En Saskatchewan, c’est tranquille comme tout! Alors qu’ici la vie politique est active.Et ce n’est pas une culture politique artificielle.Dans la résistance au néo-libéralisme, dans une démocratie vivante, notre forte culture politique joue un rôle capital.Je pense aussi qu’il y a des professions qui sont très néo-libérales et d’autres, en montée, qui ne le sont pas.Il faut voir aussi, dans les luttes entre les professions, entre les ordres professionnels, un autre élément important dans la stratégie de résistance, qui concrétise l’idée de Gilles Bourque.Par exemple, les infirmières versus les médecins.Les travailleurs sociaux versus le corps médical.En tout cas, dans le monde hospitalier, dans le monde de la santé, c’est très net : il y a des orientations néolibérales chez des médecins, mais il y a des orientations de résistance à ce néo-libéralisme chez d’autres.Donc, selon moi, il y a beaucoup plus de stratégie de résistance à la base.G.B: Dans les groupes communautaires, dans les milieux régionaux et locaux, c’est très, très clair.II y a là une mobilisation qui re-politise, au fond, la société, et qui peut paraître une condition essentielle pour qu’éventuelle-ment il y ait une contestation plus large.N.L: Bien sûr, nous avons une culture politique.Cela dit, je ne vois pas, en ce moment — et c’est peut-être là que réside la différence essentielle d’avec les années de la Révolution tranquille —, un discours politique ni un discours critique pour contrer le discours de l’impuissance.Oui, il y a des groupes populaires, des groupes de femmes, des revues, etc., mais tout cela manque un peu d’élan en ce moment.Gilles [Bourque] parlait, tout à l’heure, de l’exclusion.Tout le monde sent ce problème.Mais l’exclusion, ce n’est plus la division sociale: il y avait des riches, il y avait des pauvres, mais on était quand même tous dans le même bateau.L’exclusion, c’est autre chose.Des mécanismes politiques entrent alors enjeu, des mécanismes de régulation.On va aider une personne si elle veut se raccrocher, mais si elle ne se raccroche pas.elle tombe en dehors du lien social.Le modèle, l’archétype, c’est l’itinérant au coin de la rue.Et, des gens tombés dans le «hors-social» il y en a de plus en plus.Peut-être sont-ils allés voter au référendum: ça me paraît très sain, mais ça ne me console pas pour autant.Et si on place toute la capacité de mobilisation sur l’indépendance, on va aggraver les choses encore.Si tout d’un coup le seul rêve, la seule issue possible, le seul changement possible, la solution à tous nos problèmes, c’est l’indépendance et qu’on se mobilise entièrement dans ce projet, tout le reste va continuer à aller de mal en pis.Et quand on aura l’indépendance, on fera quoi avec?Ce n’est pas que je sois contre l’indépendance, mais je ne suis pas pour à tout prix.La priorité, c’est le lien social.C’est comment on va tous survivre.Va-t-on rejeter, hors de la société, des tas de gens?Et là, c’est encore sans violence.Mais quand la violence s’en mêle.Il faut voir — je suis allée au Brésil l’an dernier — ce que c’est que de mettre la moitié d’une population hors du lien social! On les laisse se débrouiller tout seuls et tout ce qu’on leur demande, c’est de ne pas faire d’histoires.Et s’ils en font, on tire dessus! Les enfants de Rio, on les a tués.Montréal n’est pas Rio de Janeiro, mais le problème est fondamentalement le même.Il est mondial et il se pose ici aussi.R.S: Pour ce qui est du gros taux de participation au référendum, il y a un élément sportif là-dedans! G.R: Non, je ne suis pas d’accord.Ce n’est pas sportif! Écoute, c’est plus profond que ça.R.S: Faut voir la soirée des élections! N.L: C’est une grosse game de hockey! G.R: Ça fait longtemps que c’est comme ça! Depuis toujours! Écoutez, au XIXe siècle, ça l’était encore bien plus! On se bagarrait à grands coups de poing comme dans les joutes de hockey! Aujourd’hui, on a perdu au moins les coups de poing! Par ailleurs, il y en a un, discours critique, qui existe bel et bien dans notre société, et je pense qu’on est en train de l’occulter: c’est le discours critique du néo-libéralisme.C’est celui-là qui est dominant.On ne l’aime pas, parce que ce n’est pas le nôtre.Il est en train de rejeter ce en quoi nous, nous avons cru! En tout cas moi, pour ma part, et, je pense, ceux qui sont ici autour de la table.C’est pour ça qu’on dit qu’il n’y en a pas, de discours critique, mais il est là en diable! Alors on se fait critiquer quoi?La société qu’on a construite depuis trente ans, nous, en tout cas ceux qui ont cru à une société sociale-démocratique, à un État-providence.C’est cela qu’on critique.Et c’est cela qui nous fait mal, en ce moment, mais c’est cela qui est dominant.C’est le discours qui critique l’aide sociale, qui critique les assistés sociaux.Dans mon petit village ouvrier, moi, qu’est-ce que j’entends?Des gens qui critiquent le voisin parce qu’il est assisté social et qu’il travaille quand même au noir.Ils veulent le dénoncer, s’ils pouvaient donc le dénoncer! Voilà ce que j’entends! C’est un discours de droite qui a imprégné toute notre société.Et je crois que la résistance à ce discours-là est très difficile.Sur le plan du discours, on est déjà perdant.C’est sur des plans d’actions beaucoup plus concrètes, beaucoup plus simples, que la résistance peut se placer.IN T EJ0F ACE L'ignorance de la question autochtone : Attention, explosifs! R.S: Ce qui m’inquiète, c’est notre inconscience par rapport à la question autochtone.Feindre d’ignorer cette question, c’est se préparer des lendemains fort difficiles.C’est un problème de tuyauterie politique à imaginer, mais personne ne s’y met.On entendait dire avec raison, à la veille du référendum, qu’il n’existait rien dans la constitution qui prévoyait que le Québec puisse faire sécession.Mais on ajoutait: ça veut pas dire que c’est pas légitime.D’un autre côté, un peu avant le référendum du Québec, il y a eu une sorte d’enquête-référendum chez les Cris.À cette occasion, il y a eu un échange, à la télévision, entre Roméo Saganash et David Cliche.Saganash a étudié à l’Université du Québec, il nous connaît très bien.Il a demandé à Cliche si, à la suite d’un référendum chez les Cris, il reconnaîtrait leur volonté de se rattacher au Canada advenant l’indépendance du Québec.Et la réponse a été non.Exactement la même réponse que donnait Chrétien à la Chambre, presque en même temps, au Bloc québécois qui posait la même question, au sujet de la reconnaissance d’un oui au référendum du Québec.Il y a quelque chose de fascinant là-dedans! Bien sûr, il y a des questions d’échelle, ils ne sont pas six millions.Mais si on avait gagné le référendum avec 51%, on aurait eu un problème sérieux sur les bras, parce que les autochtones ont une audience internationale.Vous n’organiserez pas une manif à Paris, sur les Champs-Elysées, pour l’indépendance du Québec, mais vous allez pouvoir en organiser une pour les autochtones.Que vous le vouliez ou pas, c’est comme ça.Il me semble que la realpolitik devrait faire que les gens réfléchissent sérieusement à cette question.Qu’ils n’y pensent pas me laisse songeur.Cela m’inquiète même beaucoup.Ou bien on va partager des pouvoirs politiques avec ces populations-là, ou bien il va y avoir de la violence.De la violence qui va venir de notre part ou de leur part ou encore des deux.Cela me paraît évident, mais je pense que c’est un scénario qui n’intéresse personne.Il y a des cerveaux brûlés de ce côté-là, comme il y en a partout.Des gens vont leur fournir des armes, c’est sûr, c’est évident.Alors vous voyez la scène sur le plan international.Interface : Comment fait-on pour éviter une telle catastrophe ?R.S : Écoutez, je mets de côté l’inflation verbale qu’on entend de temps à autre pour dire que je n’ai jamais rencon- tré de militants politiques autochtones qui imaginent autre chose qu’une formule de partage des pouvoirs.Nous, le fédéralisme, on en sort, on est «tanné».Mais eux, c’est ce qu’ils veulent.En éducation, ils ne veulent pas que le ministre de l’Éducation du Québec soit le grand boss.Il y a des pouvoirs qu’ils veulent partager avec nous et il y a des pouvoirs qu’ils veulent garder.Puis ils voudraient être capables de revoir ça périodiquement.Je ne vois pas quelles difficultés il peut y avoir à s’asseoir et à discuter de cela.Ce n’est quand même pas le péril jaune : ils représentent 2 p.cent du Québec même si, symboliquement, ils représentent plus.Il suffirait que Québec leur offre un peu plus que ce qu’ils ont présentement, et le fédéral serait très embêté.Les Cris, s’ils ont des pouvoirs politiques, ils vont rester là et ils vont faire l’envie des autochtones d’ailleurs.Il suffirait de peu de choses, mais je ne vois rien poindre de nulle part.Si les termes de droite et de gauche ont encore un sens dans l’horizon politique québécois, je ne vois rien venir ni de droite, ni de gauche, ni du centre.Par ailleurs, les autochtones s’inquiètent lorsqu’ils entendent dire, sans trop de précisions, que le territoire québécois est indivisible.Qu’est-ce que cela veut dire?Cela veut dire que, pour avoir la reconnaissance internationale, le gouvernement va devoir assurer l’ordre.11 y a des gens que ça inquiète, dans les communautés.Probablement parce qu’ils savent, eux, mieux que nous, qu’il va y avoir des cerveaux brûlés chez eux qui vont être alimentés par des gens de l’autre côté de la frontière.C’est ce qui nous attendait si nous avions gagné au référendum.Ça s’organise, ces choses-là.Je vous le dis, il y avait des batteries d’avocats qui s’en allaient à Genève si on gagnait le référendum, puis avec des incidents créés artificiellement.Qu’est-ce qu’on fait avec ça?Je pense qu’il faudrait se pencher un peu sur la question.Le problème de l’intégrité du territoire ne serait pas un problème, la frontière ne serait pas menacée, dans un Québec indépendant, si on offrait un minimum de choses aux gens.C’est l’essentiel de ce que je voulais dire là-dessus.Vous savez, j’aimerais entendre des sons de cloche qui me donneraient un peu d’espoir, mais je n’en entends pas du tout.G.R: Cette question du territoire fait peur et aux autochtones et aux Québécois, et je me dis qu’il y a peut-être à réfléchir aux modèles des régions européennes.Parce que c’est une question de territoire, les régions européennes.«Je ne vois pas, en ce moment, un discours politique ni un discours critique pour contrer le discours de l'impuissance.» Nicole Laurin INTEJ0FACE -* Tout à coup, dans le cadre de la formation de l’Europe, sont apparues les régions, des régions comme la Catalogne.La Catalogne, c’est un territoire doté d’une autonomie importante notamment dans le domaine de la langue, de l’éducation, justement des secteurs qui font l’objet de revendications de la part des Amérindiens.Je me de- Interface: Estimez-vous qu’il y a, au Québec, des germes de racisme?N.L: Il y a des germes de racisme partout comme il y a des germes de grippe ou d’hépatite.Je ne pense pas qu’il y en ait plus au Québec, et à moins que je sois aveugle, je ne vois pas vraiment de racisme latent.Il y a peut-être une certaine crainte, une certaine gêne devant ce qui est étranger, mais je n’ai pas l’impression qu’il y a un danger immédiat de racisme quand on voit ce que c’est qu’une société qui est fondée sur le racisme, comme les États-Unis.Cela dit, je pense que les gens comprennent mal le problème de l’immigration, comme ils comprennent mal la question des Amérindiens.Je ne sais pas exactement pourquoi.Il y a une grande distinction à faire entre les immigrants et ce qu’on appelle les communautés ethniques.Personne ne s’attend à ce que quelqu’un qui est arrivé de l’Inde ou du Pakistan il y a un an ou deux ait acquis suffisamment d’information et de culture politique locale pour comprendre l’enjeu politique de ce qui se passe ici.Par contre, le rapport avec les plus anciennes communautés culturelles est conflictuel en rapport avec la question de l’indépendance et il ne faut pas se le cacher.Mais un conflit c’est un conflit.On en parle, et on essaie de le régler.Cela ne donne rien de s’enfoncer la tête dans le sable! G.B: Moi, je dirais qu’il y a danger de ce que j’appelle l’irlandisation douce du Québec.Pas vraiment de la violence, peut-être un peu par la bande, mais une sorte d’ethnicisation des rapports sociaux où il y a les francophones de souche, les communautés culturelles, les anglophones qui s’identifient à la nation canadienne et les autochtones.Les indices d’un tel danger sont présents.Par exemple, il semble y avoir un durcissement à l’intérieur du Parti québécois pour renforcer la loi 101.Il y a aussi le comportement de la presse anglophone.On ne peut pas dire, effectivement, qu’elle fait ses devoirs civiques! Je pense donc que le nationalisme doit évoluer mande s’il n’y aurait pas lieu d’utiliser ce modèle des régions européennes actuellement.R.S: S’il s’agissait de pouvoirs politiques réels, d’un partage de pouvoirs avec une tuyauterie politique qui permette de vivre ce voisinage-là, je pense que ça irait parfaitement.parce que précisément le nationalisme autochtone questionne fortement le nationalisme québécois lui-même.René Lévesque avait dit, aux premières conférences sur les autochtones en 83-84: Vous voulez reconnaître les peuples autochtones?On en est, mais pourquoi pas nous?Maintenant, les peuples autochtones nous jouent le même tour à l’envers.Et il y a, en même temps, la question de l’identité nationale canadienne-anglaise au Québec.Est-ce que c’est incongru, ou faut-il considérer ces gens-là comme de foutus réactionnaires qui veulent empêcher le grand projet collectif?On devra trouver, dans les prochaines années, une solution politique légitime à toutes les composantes de cette société.Il faut aller, je crois, dans le sens de ce qui a été proposé au référendum sur l’union politique.Malheureusement, l’union proposée est essentiellement technobureaucratique.Bien sûr, il faut continuer à réclamer la reconnaissance politique du peuple québécois, mais il faudrait peut-être aussi envisager la construction d’une communauté politique supranationale.Une communauté politique qui impliquerait des structures, appelons-les fédérales ou confédérales, où il y aurait effectivement une participation, où les gens voteraient à un Parlement commun qui gérerait des choses spécifiques — l’union économique, par exemple.Il serait temps que les populations mondiales interviennent dans la définition des règles du libre-échange.Pourquoi, au Canada, n’y aurait-il pas un État multinational dont le Parlement aurait pour principale fonction de gérer l’union économique?Alors, nécessairement, les gens pourraient en discuter ouvertement.G.R: Dans les années 50, on avait un collègue à l’Université de Montréal, Bernard Mayotte, qui organisait des dynamiques de groupe pour permettre à des immigrants et à des francophones, des anglophones, des juifs, des catholiques et des protestants de se parler.La grande théorie de Bernard, c’était qu’il existe, entre tous nos groupes, des zones de silence.Moi, je crois que c’est cela qui reste encore 40-45 ans après.Ce n’est pas du racisme, même «Il y a danger d'irlandisation douce du Québec.» Gilles Bourque 14 Guy Rocher Tout récemment lauréat du prestigieux prix Léon-Gérin, la plus haute distinction attribuée par le Québec dans le secteur des sciences humaines, le sociologue Guy Rocher est, depuis 1960, professeur à l'Université de Montréal.Le prix Léon- Gérin vient s'ajouter à une longue série d'honneurs qui ont jalonné sa longue carrière.Universitaire et homme d'action, Guy Rocher participa activement à la Révolution tranquille, notamment à titre de membre de la célèbre Commission Parent sur l'éducation.Il fut également sous-ministre pendant quatre ans, à Québec, au tournant des années 80, membre de nombreux organismes et de groupes d’études, nationaux et internationaux, conférencier et auteur de plusieurs ouvrages et articles.Sa célèbre Introduction à la sociologie, en trois volumes, a été traduite en six langues, dont le persan.De même, son étude sur Talcott Parsons et la sociologie américaine a été traduite en cinq langues, dont le néerlandais et le japonais.Maintenant âgé de 71 ans, Guy Rocher dirige le Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit.Rémi Savard C'est par la littérature orale que Rémi Savard, anthropologue, en est venu à s'intéresser à la question autochtone, puis à s'y passionner au point d'en faire le cœur de toute sa vie professionnelle.Depuis 1964, il est professeur au Département d’anthropologie de l'Université de Montréal et chercheur.La nation mon-tagnaise, plus particulièrement, a fait l’objet de ses études.Les éditions de L’Hexagone ont publié, depuis 1977, cinq ouvrages de Rémi Savard: La voix des autres (1985); Canada: derrière l'épopée, les autochtones (1982); Le sol amé- ricain: propriété ou Terre-Mère (1981); Destins d'Amérique - Les autochtones et nous (1979); et Le rire pré-colombien dans le Québec d'aujourd'hui (1977).L’Hexagone publiera sous peu L'Algonquin Tessoual et la fondation de Montréal, que certains verront sans doute comme une réponse au dernier ouvrage de Denys Vaugeois.Nicole Laurin Sociologue, Nicole Laurin enseigne au Département de sociologie de l'Université de Montréal.Avec Danielle Juteau et Lorraine Duchesne, elle a signé, en 1991, À la recherche d'un monde oublié: les communautés religieuses de femmes au ¦ Québec 1900-1970 (Éditions du Jour), dont le deuxième tome doit paraître au cours des prochains mois.À paraître également: La sécularisation et l'étatisation du secteur hospitalier au Québec 1960-70, signé conjointement avec Danielle Juteau.À noter, en 1994, la cinquième édition, à Madrid et à Mexico, de Las teorias funcionnalistas de las clases sociales: sociologia e ideologia burguesa.Les questions de l'État, des femmes, des classes sociales, de même que la question nationale sont au cœur des préoccupations de Nicole Laurin, comme en font foi ses nombreux articles publiés tant aux États-Unis et en Europe qu’au Québec.INTElp^FACE Gilles Bourque Docteur en sociologie et professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal, Gilles Bourque, également licencié en lettres, s’est penché de manière particulière, au fil des ans, sur le nationalisme, les classes sociales et, de plus en plus, la critique du néo-libéralisme triomphant.À ce sujet, il publiait récemment, en collaboration avec Jacques Beauche-min et Jules Duchastel, dans les Cahiers de recherche sociologique, «Du providentialisme au néo-libéralisme: de Marsh à Axworthy.Un nouveau discours de légitimation de la régulation sociale».Au cours des prochains mois, doit paraître, chez Fides, un ouvrage écrit en collaboration avec Jules Duchastel et Victor Armony, L'identité canadienne et la citoyenneté particulariste.Notons aussi qu'avec notre invitée Nicole Laurin Gilles Bourque signait, en 1975, une analyse des «Classes sociales et idéologies nationalistes au Québec (1760-1970)», parue chez Boréal, dans Les idéologies québécoises au XIXe siècle, de J.-P.Bernard.C M X C V L’actualité de la recherche en santé et en sécurité du travail vous intéresse?Pour tout connaître de l’actualité de la recherche menée ou financée* par l’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail (IRSST), abonnez-vous gratuitement au magazine Prévention au travail, maintenant publié conjointement par la CSST et l’IRSST.Faites- en la demande en écrivant à l’adresse suivante: Prévention au travail Service des abonnements 5800, rue Saint-Denis, bureau 605, Montréal (Québec) H2S 3L5 ou en téléphonant aux numéros suivants: (514) 272-6330 1 800 665-5372 (sans frais) * Pour obtenir de l’information sur les programmes de recherche subventionnée ou contractuelle ainsi que sur le programme de bourses d’études supérieures de l’IRSST, communiquez avec la Direction de la recherche externe au (514) 288-1551.IRSST Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec I s’il y a un peu de xénophobie comme disait Nicole, ce sont des grandes zones de silence.Peut-être que ce qui est dangereux, en ce moment, c’est qu’on retourne au nationalisme canadien-français à l’intérieur du Québec, et non pas à l’ancien nationalisme canadien-français qui s’occupait de tout le Canada et des francophones en dehors du Québec.Je pense qu’il va falloir faire attention.Le nationalisme doit aller de l’avant et non pas vers l’arrière.N.L: Écoutez, il me semble qu’il y a là de l’angélisme.On ne veut tout de même pas faire l’indépendance seulement pour le plaisir d’avoir un État différent de l’État ontarien.On ne peut pas penser qu’un nationalisme va se dépouiller de toutes références nationalitaires ou nationalistes.Mais là, forcément, vous allez avoir un discours sur un «nous» et il va y avoir un ancrage de ce discours dans le groupe francophone.G.R: Forcément, c’est aussi mon idée.G.B: Il ne s’agit absolument pas de nier l’existence ni la légitimité d’un nationalisme qui exige la reconnaissance d’un peuple, d’une nation particulière, qui est la nation québécoise.Il faut finalement que le nationalisme québécois se rende compte, une fois pour toutes, que même l’État national québécois serait un État multinational.On n’en sort pas.Je pense que ce nationalisme québécois doit, une fois pour toutes, prendre en compte qu’il y a d’autres peuples et d’autres nations sur son territoire même.Et tant qu’il ne le fera pas, il n’y aura pas de solution politique crédible.© c Des commentaires?Interface@acfas.ca I C'est quoi Ut teehetche 1 La recherche c'est important pour toi: c'est NOTRE investissement dans TON avenir! C'est ce qui te permet de mieux évoluer dans le milieu social et physique où tu grandis.Et c'est pour toi et moi que le Fonds FCAR, organisme québécois qui relève du Ministre de l'Éducation, participe au financement des activités de recherche de près de 2500 chercheurs universitaires et de plus de 2000 étudiants.Ces derniers deviendront à leur tour chercheurs qui travailleront au profit de la société québécoise d'aujourd'hui et de demain.140, Grande Allée Est, bureau 450 Québec(Québec) G1R 5M8 Téléphone: (418) 643-8560 Télécopieur: (418) 643-1451 Internet: info@fcar.qc.ca Site WWW au http://www.fcar.qc.ca Les efforts de tous ces gens te permettront d'explorer des horizons encore jamais dévoilés et contribueront à assurer ton mieux-être.Le Fonds FCAR, un le\ important pour le Que et sa recherche! ?FCAR tonds pour la Formation de Chercheurs et l'Aide à la Recherche I RECHERCHE nrc&r-: Danielle Juteau et Sylvie Paré «v‘1, m De 1988 à 1993, le Québec a reçu le plus important contingent d’entrepreneurs par rapport à l’ensemble canadien.Comment ces derniers, ainsi que tous les autres immigrants qui n’arrivent pas avec le statut d’entrepreneurs, s’insèrent-ils alors dans notre économie?Quant à ceux qui deviennent Danielle juteau est titulaire de véritablement des entrepreneurs, dans quels la chaire en relations ethniques secteurs se retrouvent-ils et pourquoi?de l université de Montréal Enquête dans deux des quartiers les Sylvie paré est chercheuse au plus multiethniques de Montréal.centre d études ethniques de Depuis quelques décennies, les migrations internationales ont contribué à modeler considérablement les paysages l’université de Montréal, humains des pays de l’Occident, et ce, particulièrement en milieu urbain.Le Québec n’échappe pas à cette réalité.Depuis 1980, l’immigration y a même connu une forte augmentation visant à compenser la baisse du taux de natalité.Selon les années, de 15 000 à 40 000 immigrants ont ainsi été accueillis.INTEjRffAC PHOTO: MINISTÈRE DES AFFAIRES INTERNATIONALES, DE L'IMMIGRATION ET DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES/ ANDRÉ RIVAL Yellowstone Importations Bijouterie.Nouwoufes aCadeoux Manufacturiers -—.— IAN SUPERMARCHÉ I0ES FRAICHESff M C M X C V I , V-7 **¦>
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