Interface : la revue de l'ACFAS, 1 janvier 1988, Cahier 1
COURRIER DE 2e CLASSE ENREGISTREMENT N° 6489 [».'V v*.;£vf J: 3,50 $ VOLUME 9, NUMERO 1 LA REVUE DES CHERCHEURS JANVIER-FEVRIER 1988 NTERFACE La montée des sociétés canadiennes d’ingénierie (1945-1985) La virologie des poissons Naissance d’une population : les Français établis au Canada au XVIIe siècle Le libre-échange face au développement scientifique et technologique Fonctions et limites d’une politique de la recherche fondamentale Fiscalité, recherche scientifique et développement expérimental Le Centre interdisciplinaire de recherche sur l’apprentissage et le développement en éducation Les îles Galâpagos : la recherche au service de la conservation Face a face Karen Messing Faire de la science pour changer des choses v:;ï: Si Vous Voyez Loin.oyez Grand ! À,l'École Polytechnique de Montréal, la plus importante faculté de génie au Canada, notre principal objectif est de former les meilleurs ingénieurs, spécialistes et chercheurs qui soient.Si vous voyez loin.si vous voyez grand, bref si vous avez décidé de faire des études supérieures et de la recherche en génie, inscrivez-vous aux Programmes d’études supérieures à Polytechnique • Polytechnique offre des programmes de doctorat, de maîtrise és sciences appliquées et de maîtrise en ingénierie dans la majorité des domaines du génie.Les projets de recherche se situent en Génie Chimique Génie Civil Génie Métallurgique Mathématiques Appliquées Génie Physique Génie Biomédical Génie Énergétique • Les domaines de développement privilégiés sont le génie informatique et le génie des matériaux.• Polytechnique possède une trentaine de centres, de groupes et de laboratoires de recherche, et participe à plusieurs projets de recherche interuniversitaire.Elle offre 300 000 $ en aide financière aux étudiants.Dates limites des demandes d'admission: le 15a vril pour le trimestre d'automne, le Ie' novembre pour le trimestre d’hiver.Un personnel nombreux est actif en recherche: 150 professeurs, 100 chercheurs et associés de recherche, 1000 étudiants.Renseignements: Service des études supérieures C.P.6079, Suce.A Montréal (Qc) H3C 3A7 (514) 340-4713 Le montant des subventions et des contrats de recherche atteint 15 millions de dollars par année Ecole Polytechnique de Montréal IN' INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 SOMMAIRE INTERVIEW Face à face KAREN MESSING : faire de la science pour changer des choses 8 Propos recueillis par Yanick Villedieu ARTICLES LA MONTÉE DES SOCIÉTÉS CANADIENNES D’INGÉNIERIE (1945-1985) 12 Jorge Niosi, Jean Dumais et Christine Médaille LA"VIROLOGIE DES POISSONS 18 Laurent Berthiaume NAISSANCE D’UNE POPULATION : les Français établis au Canada au XVIIe siècle 24 Réal Bates, Hubert Charbonneau, Bertrand Desjardins, André Guillemette, Yves Landry, Jacques Légaré et François Nault CHRONIQUES Éditorial LE LIBRE-ÉCHANGE FACE AU DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE 5 Charles Davis et Christian Lafrance Modem FONCTIONS ET LIMITES D’UNE POLITIQUE DE LA RECHERCHE FONDAMENTALE 30 Jean Gagné et Michel Leclerc Spécial FISCALITÉ, RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DÉVELOPPEMENT EXPÉRIMENTAL, un guide pratique pour comprendre la nature des principaux avantages 33 fiscaux rattachés à la R-D Gros Plan LE CENTRE INTERDISCIPLINAIRE DE RECHERCHE SUR L’APPRENTISSAGE ET LE DÉVELOPPEMENT EN ÉDUCATION (CIRADE) : pour un apprentissage plus efficace et un meilleur développement de l’élève 35 Raynald Pépin Intermonde LES ÎLES GALAPAGOS : la recherche au service de la conservation Michel Groulx 37 Transferts Louise Desautels 40 Science-inter Sophie Malavoy 41 Subventions et bourses Christian Gohel 44 A suivre Christian Gohel 46 Sources Jocelyne Thibault 48 Chercheurs recherchés 50 Revue bimestrielle sans but lucratif, INTERFACE est publiée à l'intention de la communauté scientifique par l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS), avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ainsi que du Fonds FCAR.Directeur général de l’ACFAS : Guy Arbour Directeur scientifique par intérim : Gilles Paquet Rédactrice en chef : Sophie Malavoy Direction artistique : Mathilde Hébert, Annie Pencrech Typographie : Composition Solidaire inc.Révision linguistique : Hélène Lame Publicité : Yves Ouellette, SOCREP, 2730, Côte-Sainte- Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B7, (514)342-1480 Photo de la page couverture : René De Carufel Comité de rédaction : Claude Hamelin, Marianne Kugler, Denise Pelletier, Jean-Pascal Souque et Robert Stampfler Les articles d'INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l’origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s'adresser à l’ACFAS, 2730, Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T IB7 (514) 342-1411.Courrier de deuxième classe, enregistrement n° 6489, 10 janvier 1988 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, premier trimestre 1988, ISSN : 0826-4864 MMBhbui ¦Müü ¦¦¦¦¦¦ Tpjim e concours de journalisme scientifique de l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) a pour but de favoriser l'émergence de nouveaux communicateurs scientifiques.Jusqu’à trois lauréats seront choisis et auront la possibilité d'effectuer un stage de trois mois dans l'un ou l'autre des organes de presse participants tout en étant gratifiés d'une bourse de 4 000 $.Pour participer à ce concours, les personnes intéressées doivent présenter un article sur un thème scientifique ou technologique dont le contenu est vulgarisé.Le thème choisi peut provenir aussi bien des sciences humaines, des sciences physiques ou des sciences de la nature.Admissibilité ¦ Sont admissibles à ce concours tous les résidents du Québec, hommes ou femmes, n’ayant jamais occupé d'emploi à temps plein dans un organe de presse, ni déjà tiré la majeure partie de leurs revenus d'une activité de rédacteur scientifique ou de journaliste à la pige.¦ Ne sont pas admissibles, les lauréats des concours précédents.Modalités de participation Les candidats devront présenter, à partir d’un thème à contenu scientifique ou technologique de leur choix, quatre exemplaires d'un dossier comprenant : ¦ une description de l’ensemble de leurs recherches : lectures, interviews et démarches préparatoires à la rédaction ; ¦ un article inédit de 5 à 10 feuillets, dactylographié à double interligne sur du papier blanc de format 215 mm sur 280 mm ; ¦ leur curriculum vitae.Les quatre exemplaires du dossier devront parvenir à l'ACFAS au plus tard le 28 février 1988.Aucun dossier, ou pièce de dossier, ne sera retourné aux candidats.Critères d’évaluation 1.Le niveau de langue, la qualité de l'écriture journalistique et le degré de vulgarisation ; 2.le sens critique du journaliste et son esprit de synthèse ; 3.la qualité de la recherche, la diversité des entrevues et de la documentation ; 4.la portée sociale du sujet traité.Le jury tiendra également compte de la polyvalence du rédacteur, c'est-à-dire de son aptitude à traiter un sujet débordant du cadre de sa formation scolaire ou professionnelle.Les résultats ¦ Selon la qualité des travaux présentés, trois prix au plus seront attribués.¦ Les décisions du jury sont finales et sans appel.¦ L'ACFAS annoncera le nom des gagnants à la fin du mois d'avril 1988.Stage de formation Chacun des lauréats, dans l’ordre de son classement.choisira celui des organes de presse participants où il désire effectuer un stage d'une durée de trois mois, aux dates de son choix.Pour cette période, il recevra, en guise de salaire, une allocation de 4 000 $.Les organes de presse participants pourront recevoir, sur présentation de pièces justificatives, un remboursement des frais d'encadrement du stagiaire pouvant aller jusqu'à 2 500 S.L'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, 2730, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T IB7 Téléphone : (514) 342-1411 Ce concours est commandité par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science du Québec INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 ÉDITORIAL 5 LE LIBRE-ÉCHANGE FACE AU DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE PAR CHARLES DAVIS ET CHRISTIAN LAFRANCE Depuis que la Commission royale d’enquête sur l’union économique et les perspectives de développement du Canada a recommandé au gouvernement fédéral en 1985 d’amorcer des négociations avec les États-Unis afin de conclure un accord de libre-échange, les débats sur les impacts possibles de cet accord ont fait couler beaucoup d’encre.Personne ne nie l’importance d’assurer l’accès du Canada au marché américain, notre marché principal, d’autant plus que l’on assiste à une recrudescence du protectionnisme aux États-Unis, protectionnisme qui reflète la difficulté croissante de l’industrie américaine d’être concurrentielle sur les marchés internationaux.Par ailleurs, l’élimination de toute forme de protection face à notre partenaire frontalier, n’est-elle pas l’ultime négation du mécanisme même qui a forgé le Canada ?Voilà en quelque sorte l’essence de la problématique que débat le Canada depuis la Confédération.Les uns souscriront éternellement au libre-échange « bénéfique » qui, par le jeu de la concurrence, force les ajustements de productivité et élimine les « canards boiteux » que permettent justement les diverses formes de protectionnisme.Les autres s’y opposeront tout aussi longtemps, sous le prétexte que le jeu de la concurrence avec un partenaire plus fort est suicidaire et irresponsable.La dynamique de la concurrence, selon eux, éliminerait une bonne partie de nos industries et réduirait le rôle du Canada à celui de fournisseur de matières premières minérales et énergétiques, alors que nous aurions encore pendant quelque temps des avantages comparatifs de production.Pourtant, la stratégie industrielle du Canada et des provinces n’est-elle pas de diversifier notre économie et d’accroître la capacité de transformation des matières premières ?Cet aspect du débat cache cependant une problématique plus fondamentale, relative aux conditions qui permettent à un pays d’être plus concurrentiel, c’est-à-dire de générer des avantages comparatifs de production.LA CAPACITÉ D'INNOVER : UN NOUVEL AVANTAGE La libre circulation des capitaux investis et l’ouverture des marchés font en sorte que les avantages économiques liés aux richesses naturelles, qui ont jadis favorisé l’essor des pays riches, se déplacent vers les pays en voie de développement.Ainsi, dans les pays industrialisés, les nouveaux avantages comparatifs se perçoivent maintenant sur le plan de l’innovation touchant les produits et les technologies de production : innovation dans l’usage de matériaux ainsi que dans la production de biens et de services, à un moindre coût et de meilleure qualité.Au départ, le Québec, comme l’ensemble du Canada, n’est pas favorisé dans cette course à l’innovarion et au développement technologique dont l’enjeu est la quête de nouveaux avantages comparatifs.En effet, il est notoire que la structure industrielle du Québec (dominée plutôt par des PME et peu par de grandes entreprises à propriété nationale) ne favorise pas les investissements en R-D industrielle ni, en conséquence, le développement et l’innovation technologiques, éléments essentiels au maintien d’un certains niveau de compétivité.L’adaptation ainsi que le développement scientifique et technologique sont les priorités économiques de l’heure.On pourrait s’attendre à ce que la reconnaissance de cet enjeu se concrétise, lors des négociations, dans les principes directeurs délimitant la marge de manoeuvre que pourrait préserver le Canada au regard d’une politique et des instruments d’aide à la reconversion et au développement technologiques.Or, rien de tel ne transparaît de l’orientation de l’accord signé récemment.La science et la technologie semblent avoir occupé une place plutôt marginale dans les négociations.Même dans les débats qui ont entouré les négociations, l’impact de l’accord sur le développement de la science et de la technologie a rarement été considéré ; tout se passe comme s’il n’y avait aucun rapport entre la capacité technologique d’un pays et sa position sur le plan du commerce international ou, pire, comme s’il allait de soi que la libéralisation des échanges aurait nécessairement des effets bénéfiques sur le développement de la capacité technologique des entreprises canadiennes et québécoises.Rappelons que l’accord de libre-échange vise, d’une part, l’abolition (graduelle) des tarifs douaniers, quotas et autres barrières limitant le commerce des biens et, d’autre part, une libéralisation des échanges dans plusieurs secteurs de services.Contrairement à celui des biens, le commerce outre-frontière des services est en fait limité ou protégé par un ensemble de barrières non tarifaires, de type réglementaires, de sources corporatives ou gouvernementales.Dans l’accord de libre-échange, on cherche, en ouvrant le secteur des services, à réduire ces barrières, c’est-à-dire à harmoniser, de part et d’autre de la frontière, les réglementations de tout ordre touchant le commerce des services.Seront probablement exemptés de cet accord les activités associées aux industries culturelles, certaines parties des services financiers et des communications, et le secteur des services de santé.La libéralisation des échanges aura vraisemblablement pour effet d’éliminer certaines entreprises et même des industries « régionales », qui se révéleront inefficaces dans le contexte nord-américain.Par contre, les entreprises et les industries concurrentielles bénéficieront d’un plus grand volume d’affaires et réaliseront des économies d’échelle.Cette restructuration industrielle sera caractérisée par une plus grande spécialisation régionale à l’échelle nord-américaine.Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tant l’idée même d’une restructuration industrielle, mais plutôt le fait que celle-ci s’effectuera en fonction de notre dotation en ressources naturelles, humaines et technologiques actuelles, bref, selon nos avantages comparatifs.Or, les pays industrialisés qui érodent notre compétitivité grâce au développement de nouvelles technologies, ont compris avant nous que les avantages comparatifs de demain sont d’ordre technologique.Nous n’avons peut-être pas encore pleinement pris conscience jusqu’à quel point les changements technologiques risquent de bouleverser le tissu industriel du Québec et du Canada d’ici 15 ans.Les technologies de l’informatique et de l’électronique, les Charles Davis est conseiller scientifique au Conseil des sciences du Canada et Christian Lafrance travaille comme économiste au Conseil de la science et de la technologie du Québec.Les opinions exprimées dans ce texte n ’engagent toutefois que les auteurs. 6 INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 biotechnologies et celles touchant les nouveaux matériaux industriels sont des technologies génériques : elles modifient tous les secteurs d’activités économiques, depuis l’extraction des ressources naturelles jusqu’au secteur des services, en passant par les secteurs manufacturier et de l’agriculture.La libéralisation des échanges n’est pas en elle-même une solution à notre dilemme technologique.En effet, le faible niveau d’adaptation et de développement technologiques de nos entreprises, ainsi que la faible capacité d’investissement en R-D industrielle, imposent, dans le contexte canadien et québécois, des interventions directes et indirectes des pouvoirs publics.Il apparaît essentiel de pouvoir avoir recours à une gamme d’instruments de politique technologique et industrielle : marchés publics, regroupements industriels de R-D précompétitive, programmes de subventions et de modernisation sectorielle, organismes de démonstration et de diffusion technologiques, programmes nationaux de développement d’une technologie, sociétés publiques de capital de risque, réglementation, programmes d’appui à l’entre-preneurship, à l’exportation et ainsi de suite.L'INTERVENTION GOUVERNEMENTALE Aider l’entreprise à diminuer ses coûts de production peut cependant être considéré comme un moyen favorisant une concurrence déloyale.Si une telle politique devenait l’objet d’« activités contrôlées », le Canada dans son ensemble et a fortiori le Québec, se verraient amputés d’instruments fondamentaux pour leur essor économique.Personne, sauf peut-être les négociateurs, ne sait à l’heure actuelle comment ces instruments de la politique technologique seront traités dans le contexte de l’accord de libre-échange, ou si leur utilisation entraînera l’application de droits compensateurs.Au début des négociations bilatérales, le Conseil des sciences du Canada a recommandé que les deux gouvernements « (.) s'entendent clairement sur la gamme des mesures de politique scientifique, technologique et industrielle que chaque gouvernement peut prendre sans risquer l’imposition de mesures de compensation 1 ».L’accord reflétera-t-il cette recommandation ?En outre, il y a une divergence majeure entre le point de vue du Canada et celui des Etats-Unis quant à l’intervention gouvernementale relative au développement scientifique et technologique.Aux Etats-Unis, les deux tiers environ de la recherche fondamentale sont subventionnés dans le cadre de programmes du département de la Défense.Environ le tiers des dépenses de R-D globales aux Etats-Unis est consacré à la défense et entre 70 et 80 p.cent des dépenses de R-D dans le domaine des lasers, de l’intelligence artificielle et des nouveaux matériaux sont engagées dans le cadre du financement militaire2.Ces investissements publics, dont une bonne partie constituent des subventions directes à l’industrie, sont considérés comme relevant de la sécurité nationale par les Américains et ne sont évidemment pas négociables.Le comportement des firmes multinationales à propriété étrangère est un autre élément de politique technologique qui reste problématique dans le cadre d’un accord de libre-échange canado-américain.Ces entreprises, généralement de grande taille, regroupent une forte proportion de la R-D industrielle effectuée au Canada.Toute modification dans le comportement du réseau unique par lequel s’effectuent, selon les estimations courantes, près de 80 p.cent des transferts de technologie au Canada peut avoir à long terme des conséquences coûteuses.Certains secteurs névralgiques au Québec pourraient être affectés.Signalons, par exemple, les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, de l’industrie de l’électronique, etc.Et qu’adviendra-t-il de la sous-traitance générée par l’activité de ces grandes entreprises ?De quels moyens disposerons-nous pour favoriser l’émergence de nos propres firmes multinationales ?Enfin, un des principes de l’accord de libre-échange vise à permettre aux entreprises canadiennes d’accéder aux marchés publics américains (et réciproquement pour les entreprises américaines).Cette accessibilité suppose qu’on admette la règle du traitement national des entreprises étrangères en ce qui concerne l’accès aux marchés publics.Si on peut y voir un avantage pour le Canada, compte tenu de l’énorme marché que représentent les dépenses publiques fédérales américaines en regard des dépenses publiques canadiennes, il reste qu’en sacrifiant la politique d’achat, les gouvernements fédéral et provinciaux se privent d’un important instrument d’aide à l’entreprise non seulement comme levier économique, mais également comme moteur de l’adaptation et du développement technologiques.Par ailleurs, rien ne garantit que les entreprises canadiennes sauront tirer profit de cette ouverture.On peut douter, entre autres, de la capacité des firmes canadiennes d’obtenir des commandites de développement des technologies et produits provenant du département de la Défense américain, l’élément sans doute le plus important du marché public américain.De plus, on peut redouter la venue de grandes firmes américaines sur les marchés publics canadiens ; celles-ci, à maints égards, peuvent être beaucoup plus concurrentielles que nos entreprises.Enfin, dans la mesure où les marchés publics provinciaux seront assujettis à cette règle, le Québec et d’autres provinces devront sacrifier un outil intéressant pour soutenir et développer des entreprises et des industries naissantes, ou pour accroître le potentiel technologique et l’expertise d’entreprises nationales.A-t-on évalué les bénéfices et les coûts associés à l’ouverture des marchés publics ?UN ACCORD LOURD DE CONSÉQUENCES L’accord de libre-échange entre le Canada et les Etats-Unis sera probablement lourd de conséquences pour ce qui concerne l’orientation et le développement futurs de notre système scientifique et technologique dans l’ensemble du Canada et particulièrement au Québec.D’une part, les moyens possibles de mise en oeuvre d’une politique scientifique et technologique risquent d’être réduits.D’autre part, les nouvelles règles du jeu, découlant de la libéralisation des échanges, auront des conséquences sur la capacité d’investissement et d’innovation technologique de nos industries.Il serait ironique que le Canada se prive de certains pouvoirs au moment où il semble s’éveiller à l’urgence de définir et de mettre en oeuvre une politique de la science et de la technologie vigoureuse.La place plutôt marginale accordée, dans le passé, à la science et à la technologie dans les programmes de nos gouvernements, semble céder le pas à une évaluation plus réaliste de l’ampleur de l’effort qui s’impose pour que l’économie canadienne puisse tirer profit des nouvelles technologies.Rappelons INTERFACE /JANVIER-FÉVRIER 1988 cependant que notre effort en matière de science et de technologie est extrêmement modeste par rapport à notre prétention de rester un pays industrialisé au cours du siècle prochain.D’un côté, le niveau d’investissement en R-D du secteur privé au Québec comme au Canada plafonne à environ 0,5 p.cent du PIB depuis le début de la décennie.Si cela illustre le potentiel de développement technologique des industries, on comprend que celles-ci n’aient pas le leadership de l’innovation technologique.D’un autre côté, l’expérience passée dans le domaine des politiques scientifiques et technologiques, tant au niveau fédéral que provincial, montre que, malgré l’effort non marginal d’investissement, les moyens mis en oeuvre ont été insuffisants, sinon inadéquats, pour modifier la situation technologique de nos industries.Il apparaît que nous avons atteint un palier de développement technologique dont les paramètres sont déterminés par notre structure économique, notre capacité financière et, surtout, par l’importance qu’on attribue au développement de la science et de la technologie.Nous semblons penser que le niveau actuel d’investissement est adéquat, qu’il suffit de répartir un peu différemment les ressources ou de mieux gérer les divers programmes et institutions pour assurer notre adaptation technologique.En réa- lité, nous n’investissons pas suffisamment, en tant que pays riche (selon les normes de l’OCDE), pour nous maintenir dans la course.Avons-nous réellement fait le maximum pour effectuer la transition vers un monde où notre capacité de générer, d’absorber et d’appliquer les connaissances scientifiques et technologiques sera le facteur-clé de l’essor économique et social ?Sans un effort accru d’investissement à long terme des pouvoirs publics et du secteur privé et, surtout, sans une recherche de cohérence et de concertation dans l’organisation des interventions gouvernementales (inter-ministérielles et inter-gouvernementales) en science et en technologie, croire que la libéralisation des échanges nous ouvrira plus grandes les portes de la technologie serait une grande illusion.¦ Références 1.CONSEIL DES SCIENCES DU CANADA.La technologie au premier rang — Conseils aux négociateurs des échanges bilatéraux, déclaration du Conseil, recommandation 3, Ottawa, mai 1986.2.STOWSKY, J.« Compel ing with the Pentagon », World Policy Journal, vol.3, n° 4, automne 1986, p.697.Conseil de la science et de la technologie Science et technologie - CONJONCTURE 1985 (avril 1986) .Vol.1: Les enjeux (63 p.); Vol.2: La situation (125 p.) PUDUCaimS La diffusion de la culture scientifique et technique au Québec, par Jean-Marc Gagnon ràrontPC et ^se Morin (123 p., mars 1986) La collaboration université-entreprise et le financement de la recherche universitaire, Mémoire à la Commission de l'éducation (30 p., septembre 1986) La participation des femmes en science et technologie au Québec.Avis au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science (102 p., septembre 1986) La politique des subventions de contrepartie et les universités du Québec.Avis au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science (décembre 1987) Recherche et formation en biologie végétale au Québec, par Pierre Morisset et Rose-Marie Pelletier (130 p., novembre 1986) L'organisation de la politique scientifique et technologique du Québec, document de réflexion (31 p., novembre 1986) Les conséquences de la décentralisation régionale des activités de R-D, par Robert Lacroix et Fernand Martin (157 p., juin 1987) Sciences sociales et transformations technologiques, les Actes d'un colloque (305 p., juin 1987) On peut se procurer ces publications gratuitement au : Con Zonseil de la science et de la technologie 2050, boulevard St-Cyrille Ouest, 5e etage Ste-Foy (Québec) G1V 2K8 Pour tout renseignement : Québec: (418) 643-6179 Québec a ci n a FACE À FACE INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 KAREN MESSING : faire de la science pour changer des choses PROPOS RECUEILLIS PAR YANICK VILLEDIEU Dans les recherches de Karen Messing, généticienne à l’Université du Québec à Montréal c’est l’être humain qui compte d’abord et avant tout.Cette chercheuse a d’ailleurs obtenu une formation en sciences humaines (baccalauréat en psychologie de l’Université Harvard) avant d’opter pour les sciences appliquées (maîtrise en génétique et doctorat en biologie de l ’Université McGill).Elle s'intéresse depuis plusieurs années aux effets des radiations ionisantes sur l’humain.Une humaniste (etféministe.) à rencontrer.Américaine, elle vit au Québec depuis que, en 1965, elle est « tombée en amour avec Montréal ».Anglophone, elle travaille en français.Issue d’une famille bourgeoise (mère artiste, père cadre supérieur dans une grande compagnie), elle fait de la recherche avec et pour des travailleuses et des travailleurs.Et comme cette spécialiste de la génétique des champignons n’en est pas à un paradoxe près, elle s’intéresse en fait à l’être humain en milieu de travail.« Il y a pourtant des jours, avoue Karen Messing, où ce serait tentant de rester au laboratoire, à faire de la recherche classique, plutôt que d’aller sur la ligne de feu.» Mais comme codirectrice du Groupe de recherche-action en biologie du travail (le GRAB1T, pour faire court à défaut de faire joli), à l’Université du Québec à Montréal, la docteure Karen Messing s’y retrouve très souvent, sur la « ligne de feu ».Et même quand elle est dans son labo du pavillon des Sciences, à l’UQAM, elle ne fait pas seulement de la recherche classique.Elle fait de la recherche pour changer des choses.Sa première expérience en milieu de travail ?Elle date d’il y a une dizaine d’années.L’UQAM vient alors de signer un protocole de services (encore en vigueur aujourd’hui) avec les deux grandes centrales ouvrières du Québec, la CSN et la FTQ.Un syndicat, regroupant des travailleurs exposés à une poussière radioactive dans une usine d’affinage de métal, se prévaut de ce protocole pour demander une étude sur les problèmes de santé auxquels ses membres s’exposent en respirant cette poussière.Les travailleurs se demandent notamment s’ils ne risquent pas, à cause de cette exposition, d’avoir des enfants anormaux.Sur les quatre membres de l’exécutif syndical qui ont des enfants, quatre (vous avez bien lu : quatre sur quatre) ont eu des enfants souffrant d’une malformation congénitale plus ou moins grave.La femme d’un autre membre de l’exécutif est enceinte de jumeaux, à ce moment-là ; un de ses deux bébés naîtra, lui aussi, avec une malformation congénitale ! « Ça a été mon premier contact avec la génétique appliquée à la santé au travail », se rappelle Karen Messing.Un contact brutal : du coup, la génétique n’est plus seulement une belle science un peu abstraite.Et un contact difficile : allez dire à quelqu’un qu'il est en quelque sorte le « responsable » de la malformation congénitale de son enfant.L'étude commence tant bien que mal.On découvre un taux « élevé » de malformations chez les enfants des travailleurs exposés.Mais l’échantillon est très petit, probablement pas représentatif, et il serait hasardeux de tirer des conclusions solides sur le plan scientifique.L’équipe de l’UQAM voudrait faire une étude plus fouillée.Elle demande de l’aide à des collègues « Surprise ! raconte Karen Messing.On voulait bien collaborer, mais personne ne voulait publiquement associer son nom à ce travail.» Finalement, la compagnie réussit à renvoyer la recherche aux calendes grecques en proposant au syndicat (qui accepte, et on le comprend bien) d’installer un système de ventilation dans l’usine.On ne saura donc pas si les fameuses poussières radioactives causaient effectivement des malformations congénitales.Mais l’intervention aura débouché, indirectement, sur un résultat tangible : supprimer une nuisance à la source, ou à tout le moins la réduire.Depuis cette première recherche, Karen Messing et ses collègues du GRABIT ont fait beaucoup de chemin.Pour s’imposer, au fil des années, comme une des équipes les plus musclées — et les plus respectées — dans le domaine de la santé au travail.Articles dans des revues internationales, subventions généreuses, personnel nombreux (30 personnes, dont 5 chercheuses principales) : la « machine » tourne à plein rendement.Le GRABIT a le statut d’équipe associée à l’IRSST (Institut de recherche en santé et sécurité du travail), ce qui lui vaut une subvention de plus d’un demi-million de dollars pour deux ans et demi.Pas mal, il faut le reconnaître, pour des travaux qui n’auraient pas suscité pour cinq cents d’intérêt il y a seulement quinze ans ! Dossier principal de Karen Messing depuis dix ans : l’effet des radiations ionisantes sur l’humain, à forte mais aussi à faible dose.L’étude est menée en parallèle chez les travailleurs de la centrale nucléaire de Gentilly et chez les techniciennes d’un hôpital de Montréal.Le problème est analysé de deux façons : en laboratoire, sur des globules blancs prélevés chez les personnes exposées, et sur le terrain, grâce à un questionnaire sur les suites des grossesses des travailleuses exposées à des radiations en milieu hospitalier.La première approche est plutôt complexe.Elle fait appel à une technique très nouvelle qui permet de caractériser, au niveau moléculaire, une mutation génétique bien particulière, la mutation HPRT.Une prise de sang et on rentre tranquillement travailler au laboratoire, au milieu des éprouvettes et des ordinateurs ! Après avoir isolé les lymphocytes, on les fait pousser dans un milieu qui ne laisse vivre que les cellules mutantes.Et le tour est joué.C’est ce qu’on appelle de la science pointue, séduisante, au goût du jour.Et c’est de la science bien financée, non seulement par l'IRSST, mais aussi par les organismes subventionnaires habituels.L’autre approche, où on utilise un questionnaire, est un peu moins spectaculaire sur le plan scientifique.D’ailleurs, elle n’est pas subventionnée comme telle, quoique l’IRSST accepte que cette recherche soit exécutée dans le cadre du projet sur les radiations.Aussi progresse-t-elle moins rapidement que la recherche sur les mutations génétiques des globules blancs. •» H Cette seconde approche a cependant déjà donné lieu à des observations intéressantes pour ce qui touche les problèmes dont souffrent effectivement les travailleuses interrogées, qui parlent plus volontiers des cadences de la production ou des masses à soulever que des radiations.« Nous n’aurions jamais su ça si nous nous étions contentées d’étudier des lymphocytes », commente Karen Messing, notant au passage à quel point il est difficile de financer certaines recherches.« Plus on s’intéresse à l’expérience quotidienne des gens, à leurs conditions de travail concrètes, moins il est facile d’obtenir des subventions.» « Plus on s'intéresse à l'expérience quotidienne des gens, à leurs conditions de travail concrètes, moins il est facile d'obtenir des subventions pour faire la recherche.» Cela dit, le laboratoire continue de passionner la scientifique.Son année sabbatique, elle l’a passée à l’Institut du cancer de Montréal, au sein de l’équipe du Dr Bradley, à élaborer la méthode de dépistage de la mutation HPRT.« C’est une technique excellente, dit-elle, la seule actuellement qui permette d’étudier des cellules vivantes.Il s'agit d’un indicateur d’exposition qui peut évenUiellement permettre d’identifier l’agent responsable d’une mutation.Mais c 'est une technique très complexe, délicate.De plus, cette mutation HPRT n ’est associée à aucun cancer.Le test ne permet pas de dire quoi que ce soit à un individu sur ses risques personnels d’être atteint du cancer.» Les premières études ont porté sur des groupes de personnes exposées à des doses élevées de radiations.On a alors trouvé, comme dans toutes les études du genre, une relation entre la dose reçue et l’importance de l’effet mutagène.Les études ont ensuite porté sur des personnes exposées à des petites doses de rayonnements ionisants.Résultat étonnant et toujours inexpliqué : l’effet mutagène est beaucoup plus élevé que prévu.Il semble proportionnellement plus fort pour des expositions à des doses faibles que pour des expositions à des doses importantes de radiations.Curieux ?« Sans doute, admet la chercheuse.Mais ce n 'est pas étonnant que nous ayons trouvé quelque chose de nouveau : nous sommes les seules à posséder une technique pour étudier spécifiquement l’effet génétique d’une exposition à de si faibles doses de radiations.» Karen Messing — et le nom du groupe qu’elle dirige conjointement avec la neurophysiologiste Donna Mergler le dit bien (les trois autres chercheuses principales sont la généticienne Hélène Dubeau, l’ergonome Nicole Vézina et l’épidémiologiste Jennifer Ratcliffe) — Karen Messing fait de la recherche-action, de la recherche engagée.« Pas de la recherche suivie d’action, spécifie-t-elle, mais de la recherche qui intègre, à toutes les étapes, les sujets de la recherche.» Il faut dire aussi que cette recherche engagée permet parfois de poser les questions sous un éclairage nouveau.C’est d’ailleurs ce que les chercheuses du GRABIT ont fait en « revisitant » ce vieux problème des ghettos d’emploi féminins.N’y a-t-il pas un risque de biaiser les résultats, de trouver des problèmes là où il n’y a même pas de « bobos » ?« On ne peut nier que ce risque existe, admet la chercheuse, mais je crois qu ’il est surestimé.Par exemple, les travailleuses d’hôpital sont autant et même plus intéressées à apprendre qu ’elles ne risquent rien avec les radiations, plutôt que d’apprendre le contraire.Elles n 'ont donc pas nécessairement tendance à déclarer plus de problèmes de santé qu 'elles n ’en éprouvent.» INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 « Les hommes qui font ie même travail que les femmes se plaignent des mêmes maux que les femmes.» Leurs recherches au sein de l’industrie du poisson et des abattoirs de volaille avaient montré que les postes féminins sont surtout des postes où les cadences sont rapides, le travail répétitif et la posture : « debout-immobile ».Les effets de ces conditions de travail sur la santé sont notoires : épuisement, nervosité, stress, maux de dos, de bras, de jambes.Tout cela parce que les femmes n’ont pas de chromosome Y ?Tout cela parce qu’elles rapportent plus de symptômes que les hommes, parce qu’elles se plaignent davantage?« Pas du tout, explique la généticienne.Nous avons examiné les postes de travail dits désexisés et nous avons vu que les hommes qui font le même travail que les femmes se plaignent des mêmes maux que les femmes.» Comme on dit : à travail égal, souffrance égale.Karen Messing évoque encore et encore d’autres recherches, d’autres enthousiasmes, d’autres projets — comme celui de travailler au sein d’une équipe solide, chaleureuse, composée à 90 p.cent de femmes toujours prêtes à collaborer entre elles.Ou le souhait de voir plus de fonds de recherche réservés aux problématiques définies par des groupes sociaux — comme c’est le cas avec les syndicats dans le cadre du protocole UQAM-CSN-FTQ.Les questions posées par ces groupes ne sont pas toujours « orthodoxes », mais elles assurent un renouvellement de la créativité de la recherche.« Je voyais déjà la Maison des sciences comme un endroit où tout le monde se sentirait à son aise.Je croyais aussi que ce serait un moyen, pour les femmes, de ne plus être bloquées devant les sciences.» Toutefois, Karen Messing ne saurait éviter d’évoquer au moins une déception, et de taille : l’abandon, en 1986, du beau et important projet de la Maison des sciences et des techniques de Montréal.Nommée membre du conseil d’administration deux ans auparavant — « (.) sans doute parce qu 'on nommait d’un même coup une féministe, une syndicaliste, une scientifique en exercice, une femme et une anglophone », dit-elle en souriant —, elle s’était engagée à fond dans le projet.« Je voyais déjà ce musée comme une maison où tout le monde se sentirait à son aise.Je ne l'imaginais pas comme un gadget merveilleux, mais comme un endroit confortable, familial.Je croyais aussi que ce serait un moyen, pour les femmes, de ne plus être bloquées devant les sciences.» Il y a dix ans, en 1978, Karen Messing lançait le cours Biologie et condition féminine.La moitié du cours portait sur les bases biologiques de la différence entre les deux sexes, l’autre moitié sur des applications (par exemple : femme et médecine, femme et sport).Une presque première : ce cours était le deuxième du genre en Amérique du Nord, « (.) mais à quelques jours près à peine », précise-t-elle.« Non pas que j'aie été féministe au départ, dit Karen Messing.Je le suis devenue à la longue, et passionnément.Mais au début, je voulais, tout simplement, relever le défi défaire de la science.» Un défi qu’elle s’était donné comme on l’aurait fait dans un roman.Bachelière en psychologie de Harvard, chercheuse dans le même domaine, toute jeune mère de famille, elle lisait un jour La Femme mystifiée de Betty Friedan tout en allaitant son premier enfant.Une petite phrase retint son attention : « Les femmes ont peur de la science.» Elle décida de faire de la science.De la chimie, elle passa à la physique, puis à la biologie, et surtout à la génétique, une discipline « très logique ».C’est comme ça et pour ça que Karen Messing est devenue femme de science.¦ ¦ jél ¦ Secrétariat d'État Department of the Secretary du Canada of State of Canada Programme des études canadiennes LA DIRE1 CANADIE Canada La Direction des études canadiennes accepte dès maintenant, dans le cadre de son concours finissant le 1er novembre 1988, des demandes d'aide financière pour des projets.Les demandes de fonds doivent porter seules domaines suivants: * Participation à la citoyenneté canadienne * Alphabétisation au Canada * Le Canada en tant que nation souveraine * Diversité, égalité et communauté canadienne * La science dans une perspective canadienne Les activités doivent avoir une portée nationale et être menées dans les deux langues officielles, s'il y a lieu, et, dans la mesure du possible, intéresser les deux groupes linguistiques.En règle générale, les activités admissibles à une aide dans le cadre d'autres programmes du gouvernement fédéral ne seront pas acceptées par la Direction des études canadiennes.Les coûts reliés aux activités régulières ne sont pas admissibles non plus.Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l'admissibilité à ce programme et ses modalités d'application, ou pour vous procurer des formulaires de demande, veuillez vous adresser à la: Direction des études canadiennes Secrétariat d'Etat Ottawa (Ontario) K1A0M5 Téléphone: (819)994-1544 INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 LA MONTÉE DES SOCIÉTÉS CANADIENNES D'INGÉNIERIE (1945-1985) PAR JORGE NIOSI, JEAN DUMAIS ET CHRISTINE MÉDAILLE Cantonnées, avant la Seconde Guerre mondiale, dans le secteur des bâtiments et travaux publics, les sociétés canadiennes d’ingénierie oeuvrent aujourd’hui sur les cinq continents dans tous les secteurs du génie et parfois même dans d’autres domaines, comme celui de la fabrication.Que s'est-il passé ?Jorge Niosi nous raconte ici l’histoire de cette incroyable expansion.Jorge Niosi est professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal.Il dirige le Centre de recherche en développement industriel et technologique (CREDIT).Jean Dumais et Christine Médaille sont associés professionnels de recherche au CREDIT.Au cours des 10 dernières années, l’ingénierie canadienne a atteint la maturité.Plusieurs de nos sociétés d’ingénierie dirigent l’exploitation de grands chantiers sur les cinq continents et les plus importantes sont devenues propriétaires de corporations industrielles d’envergure dans des domaines très avancés sur le plan technologique, s’éloignant même beaucoup de leurs activités d’origine.De plus, le Canada affiche, par rapport au reste du monde, un fort excédent de services d’ingénierie dans sa balance commerciale.Et surtout, les plus grands chantiers du pays sont dirigés aujourd’hui, en majorité, par des sociétés canadiennes, dans des domaines parmi les plus avancés sur le plan technologique.Quels facteurs ou mécanismes ont permis aux entreprises canadiennes d’acquérir de telles compétences ?Nous essaierons de répondre à cette question en étudiant l’évolution des sociétés d’ingénierie canadienne depuis 1945, en la comparant, dans ses grandes lignes, avec celle d’autres pays au premier plan dans ce domaine.Nous allons d’abord définir brièvement l’ingénierie, les divers types d’entreprises qui y oeuvrent ainsi que leurs principales caractéristiques.Ensuite, nous traiterons en profondeur de l’évolution de l’ingénierie canadienne depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui.L'INGÉNIERIE L’ingénierie est une activité de services étroitement reliée à l’industrie.Elle fait partie d’un ensemble d’activités de services dit commerciaux, rendus aux entreprises par des compagnies spécialisées *’2.Parmi ces services, mentionnons la comptabilité, la publicité et l’informatique.Dans l’ensemble, les firmes d’ingénierie sont devenues de grandes entreprises, parfois des multinationales, comptant des milliers d’employés et ayant des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de dollars3.Les sociétés d’ingénierie sont au centre de la vie industrielle et technologique dans tout système économique.Elles mènent des études de faisabilité technique et économique de projets industriels et d’infrastructure, s’occupent de la conception des installations et, à l’occasion, de la construction des bâtiments, de l’achat et de l’installation des équipements et des machines, de la formation de la main-d’oeuvre, de la mise en marché, de l’entretien et de l’assistance technique après la mise en route.Bref, elles jouent un rôle de premier plan dans le développement technique et elles sont des agents majeurs de transfert de technologie à l’échelle internationale4’5.Les sociétés d’ingénierie ne « produisent » pas elles-mêmes de la technologie.Elles sont la source de peu d’innovations, font peu de R-D et demandent peu de brevets.Un examen de banques américaines (OTAF) et canadiennes (PATDAT) de brevets montre que les principales firmes d’ingénierie des Etats-Unis n’ont, en tout, que quelques centaines de brevets.Les firmes canadiennes, quant à elles, en ont moins d’une dizaine.En fait, la majorité des innovations dont ces sociétés sont responsables sont réalisées dans le cours même de leur activité de conception ou de construction d’usines de différentes sortes.Habituellement, les sociétés d’ingénierie achètent les techniques d’entreprises industrielles ou de servi- ces et les adaptent aux besoins et aux ressources de leurs clients.En ce sens, elles sont plus des intermédiaires, souvent privilégiés, que des producteurs de technologie.Les entreprises qui se spécialisent dans l’ingénierie ne sont pas les seules à oeuvrer dans ce secteur d’activité.Deux autres types d’entreprises vendent sur le marché les mêmes services : ce sont les producteurs de machinerie et d’équipement lourd qui fournissent à certains clients des services d’ingénierie en complément de leurs biens en capital.C’est le cas, par exemple, de AMCA Industries aux États-Unis, de la Compagnie générale électrique au Canada ou de Mitsubishi Heavy Industries au Japon.Par ailleurs, les entreprises industrielles qui fabriquent des biens de consommation durables (par exemple, des automobiles) ou intermédiaires (des produits chimiques ou du pétrole) ont souvent des services internes ou des filiales d’ingénierie, qui répondent aux besoins de leurs propres usines d’abord et, parfois aussi, à ceux de firmes extérieures.Certaines sociétés de services publics possèdent aussi leur propre service d’ingénierie et font leurs propres conceptions ou constructions.Ces transactions internes ne se faisant pas ouvertement par le marché, il est très difficile d’évaluer précisément le volume exact des services d’ingénierie d’un pays au cours d’une année.Dans le présent texte, l’expression « entreprises d’ingénierie » fait référence exclusivement aux sociétés de services spécialisées dont l’activité principale est celle décrite plus haut : la production d’études de faisabilité tech- INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 œ FIGURE 1 Arpentage pour la construction en 1938 du viaduc de Saint-Jérôme (Québec) par la firme d'ingénierie Lalonde Valois, devenue Lamarre Lalonde Valois en 1960 et Lavalin en 1972.nique et économique, la construction, l’achat d’équipement, la mise en route et l’entretien.Il existe divers types d’entreprises d’ingénierie.Les deux plus importants sont les firmes de génie-conseil (spécialistes des études de faisabilité, de la conception et de la consultation sur le choix des procédés) et les firmes de génie-construction (qui, en plus d’offrir les services précédents, s’occupent de l’achat des équipements, de la gestion du chantier, de la mise en route et du service après-vente).Les entreprises de génie-construction sont donc beaucoup plus grandes que les premières car non seulement elles fournissent une gamme plus vaste de services, mais elles assurent également la partie la plus risquée, la plus onéreuse et la plus intensive du travail.Une des plus importantes entreprises de génie-conseil au monde, Lavalin de Montréal, emploie 5 000 personnes alors que l’une des plus grandes compagnies mondiales de génie-construction, Bechtel aux États-Unis, en emploie 30 000.Le chiffre d’affaires des sociétés de génie-construction est en moyenne de six à dix fois plus élevé que celui d’une société de génie-conseil, soit, dans le cas de Lavalin et Bechtel, environ un milliard et huit milliards de dollars canadiens respectivement.Pour ce qui touche l’ingénierie, les classifications nationales d’activités économiques sont assez précises.Au Canada, par exemple, dans la classification des activités économiques de Statistique Canada, on place dans une catégorie (864) les sociétés de services d’ingénierie et scientifiques (dont les sociétés de génie-conseil) et dans trois autres catégories les firmes d’ingénierie-construction : les constructeurs de bâtiments (404), les constructeurs de ponts et de routes (406) et les constructeurs spécialisés (409), où se retrouvent les firmes de génie-construction industrielles proprement dites.Les grandes firmes de génie-construction, cependant, oeuvrent dans tous ces domaines à la fois6.Tous les pays industrialisés possèdent un secteur de services d’ingénierie bien développé.La plus importante industrie d’ingénierie est née au début du siècle aux États-Unis.Dans ce pays, les grandes sociétés d’ingénierie se sont d’abord occupées de construction (bâtiments, systèmes municipaux, routes et ponts), pour ensuite se lancer dans des activités technologiques plus complexes comme la construction de barrages, de pipelines, d’usines, d’aéroports ou de systèmes de télécommunications.Une dizaine de grandes sociétés multinationales d’ingénierie dominent aux États-Unis.Elles oeuvrent dans le secteur de génie-construction, partout au monde.Il s’agit de Bechtel Corp., Parsons Corp., Fluor, Stone & Webster, Foster-Wheeler, Morrison-Knudsen, Brown & Root, Guy F.Atkinson, Dravo Corp., M.W.Kellogg et Lummus.Chacune a un chiffre d’affaires de l’ordre de trois à dix milliards de dollars canadiens.Les sociétés d’ingénierie européennes et japonaises n’ont pas suivi, le plus souvent, le même itinéraire de croissance que les entreprises américaines.La majorité d’entre elles ont été créées par des groupes industriels pour commercialiser la technologie dont ils disposaient.Dans certains cas, comme en France et en Italie, ces groupes étaient même contrôlés par l’État.C’est le cas, entre autres, des sociétés Technip (France, groupe CFP) et Italimpianti (Italie, groupe IRI).Certaines sociétés européennes ont cependant franchi les mêmes étapes de développement que les sociétés américaines.C’est le cas notamment du géant français et européen Bouygues (probablement la plus grande entreprise mondiale d’ingénierie),et de Taylor Woodrow, en Grande-Bretagne.Au Canada, on a suivi d’autres itinéraires, comme on le verra maintenant.L'INGÉNIERIE CANADIENNE AVANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE Avant 1939, l’essentiel des grands travaux industriels au Canada, sauf la construction des centrales hydroélectriques, relevait d’entreprises étrangères, la plupart américaines.L’industrie, tant manufacturière que minière, était sous contrôle étranger.L’ingénierie aussi.C’est là une différence capitale par rapport aux autres pays industrialisés : faute d’une industrie manufacturière ou minière importante sous contrôle national, l’ingénierie ne pouvait pas se développer rapidement.La plupart des firmes canadiennes d’ingénierie s’occupaient alors de construction de bâtiments résidentiels, commerciaux, religieux ou gouvernementaux, et de construction de routes et de ponts (figure 1).Une exception ?Montreal Engineering, fondée en 1907 par Lord Beaverbrook dans le but de servir de consultant et de constructeur pour le groupe de sociétés hydro-électriques contrôlées par le holding montréalais Canadian International Power.Cependant, Montreal Engineering n’oeuvra pas avant la Seconde Guerre mondiale en dehors du groupe qui la contrôlait.Autant dire que cette société n’a presque rien construit au Canada avant 1945.Les grands travaux hydroélectriques, la principale industrie sous contrôle canadien, étaient réalisés à l’époque par les services d’ingénierie et de construction d’entreprises publiques provinciales.Ce fut le cas notamment en Ontario, dès la création de la Commission hydro-électrique en 1906 (aujourd’hui Ontario-Hydro), puis en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick dans les années 20.Le Québec était resté le paradis de l’entreprise privée : près de 60 entreprises privées s’y partageaient la production d’électricité, à la veille de la création d’Hydro- INTERFACE / JANVIER-FEVRIER 1988 TABLEAU 1 Année Client Description 1949-1951 Interprovincial Pipeline Oléoduc de 1850 km, reliant Edmonton (Alberta) à Superior (Wisconsin) 1951-1953 Trans Mountain Pipeline Oléoduc de 1155 km reliant Edmonton à Vancouver 1951-1958 Westcoast Transmission Gazoduc de 1287 km, qui parcourt la Colombie-Britannique du nord au sud 1951-1958 Trans-Canada Pipelines Gazoduc de 3588 km reliant l'Alberta et l'Ontario 1953 Imperial Oil Raffinerie de pétrole à loco (Colombie-Britannique) ; 34 000 barils par jour 1959-1962 Ontario-Hydro Premier réacteur nucléaire canadien, en collaboration avec Energie atomique du Canada et la CGE 1964-1976 Sun Oil Co.Première usine de raffinage de pétrole synthétique à Fort McMurray (Alberta) ; 45 000 barils par jour 1969 Gulf Oil Canada Raffinerie de pétrole à Edmonton (Alberta) ; 66 000 barils par jour 1967-1972 Churchill Falls Labrador Méga-projet hydro-électrique (5225 Mw) en cogérance avec H.G.Acres & Co.de Toronto 1975-1978 Syncrude Canada Deuxième raffinerie de pétrole synthétique à Mildred Lake (Alberta) ; 125 000 barils par jour 1972-1984 Hydro-Québec Méga-projet hydro-électrique (10 282 Mw) à la baie James (Québec) en cogérance avec Lavalin 1985 Manitoba-Hydro Méga-projet hydro-électrique (1250 Mw) à Limestone (Manitoba) en cogérance avec Kumagai-Gumi du Japon Sources : Presse financière (Financial Post, Financial Times) et technique [Canadian Consulting Engineer et Engineering News Record).Quelques réalisations majeures de Bechtel Canada de 1949-1985.Jusqu'à la fin des années 70, cette filiale de la firme américaine d'ingénierie Bechtel était la plus grande compagnie d'ingénierie au Canada.Pendant les 30 premières années de l'après-guerre, la majorité des usines, raffineries de pétrole, oléoducs et gazoducs étaient construits par des filiales de multinationales américaines.Québec en 1944.Or, qui dit entreprise privée de services publics, dit société privée d’ingénierie.Au Québec, seules les plus grandes firmes de production d’électricité avaient un service ou une filiale d’ingénierie.Shawinigan Water and Power, fondée en 1897, fut la première firme à se doter (en 1919) d’un service d’ingénierie en incorporant sa filiale.Quant aux grandes sociétés canadiennes de transport ferroviaire (le CP et le CN), elles effectuaient l’essentiel de leurs travaux de génie sans avoir recours à d’autres entreprises.Dès 1930, cependant, les travaux de génie ferroviaire prirent fin, avec l’arrêt de la construction de chemins de fer.Parallèlement, certaines firmes canadiennes-anglaises se formaient en Ontario et dans l’Ouest.La plus importante fut Acres, fondée en 1924 par Harry G.Acres, ex-ingénieur en chef d’Ontario-Hydro.Cette firme exécuta beaucoup de travaux dans les provinces de l’Atlantique et au Québec, dans le domaine hydro-électrique, avant la Seconde Guerre mondiale.L'APRÈS-GUERRE Après la Seconde Guerre mondiale, bien des choses changèrent.D’abord, il y eut les grandes découvertes de pétrole et de gaz en Alberta en 1946.Soudain, le Canada devenait un producteur important d’hydrocarbures, dont le transport, le raffinage, la distribution et la consommation montèrent en flèche.Puis il y eut le programme de construction de routes du gouvernement fédéral.Suivirent la nationalisation de l’électricité dans plusieurs provinces (dont le Québec, la Colombie-Britannique et le Manitoba), à partir des années 60, et l’expansion massive des infrastructures de production et de transport d’électricité.Enfin, les recherches du temps de guerre confirmèrent l’immense potentiel minier du Canada, qui devint le premier exportateur mondial de minerai et un raffineur (notamment de métaux non ferreux) de toute première importance.Par conséquent, le marché pour les services d’ingénierie s’agrandit et, vu la demande, les grandes sociétés américaines d’ingénierie (Bechtel, Fluor, Parsons, Stone & Webster, Lummus, Morrison-Knudsen, Arthur G.McKee, Foster Wheeler et C.F.Braun, entre autres) créèrent des filiales au Canada pour le desservir.Ces sociétés étaient déjà très actives au Canada depuis longtemps, mais peu d’entre elles, sauf Kel- logg en 1911, y avaient fondé des filiales à part entière.Pendant les 30 premières années de l’après-guerre, la majorité des usines, raffineries de pétrole, oléoducs et gazoducs furent construits par les filiales des multinationales américaines.Ces firmes avaient une grande expérience, acquise depuis le début du siècle, et des réalisations de taille à leur actif.Elles connaissaient les fournisseurs d’équipement, eux aussi américains, ainsi que les clients (souvent les filiales canadiennes des firmes américaines).Le tableau 1 donne un aperçu des principales réalisations de Bechtel Canada, la plus grande compagnie d’ingénierie au Canada jusqu’à la fin des années 70.Ces réalisations comprennent, entre autres, la direction des chantiers des quatre prin- cipaux pipelines canadiens, entre 1949 et 1958, les deux premières raffineries de pétrole synthétique du pays, la première usine électronucléaire canadienne et la direction de trois méga-projets hydro-électriques.Nous pourrions dresser des tableaux semblables dans d’autres domaines où, là encore, sauf exception, la domination de l’ingénierie américaine était écrasante.Ce constat doit être nuancé par plusieurs considérations.La première, c’est que l’ingénierie canadienne a conservé et même développé ses compétences dans ses propres secteurs, ceux des BTP (bâtiments et travaux publics) et des travaux hydro-électriques (figure 2).Les nouvelles sociétés d’État provinciales ont suivi le modèle d’Ontario- Hydro et créé (ou agrandi) leurs services de génie et de construction.Elles ne firent appel à des firmes privées d’ingénierie que pour les très grands chantiers ou lorsque le rythme des constructions était particulièrement intense.Toutefois, Hydro-Québec prit une autre voie : après les nationalisations de 1962, non seulement elle n’a pas intégré les firmes d’ingénierie filiales des services publics expropriés, mais elle a adopté comme politique d’accorder la sous-traitance de ses travaux de conception et de construction à des firmes privées d’ingénieurs.Si les grands chantiers de l’après-guerre sont l’objet de contrats accordés à des sociétés ontariennes, dont Acres (Bersimis I et 2, 1953-1959), les entreprises privées québécoises se taillent par la suite la part du lion avec entre autres la construction du complexe Manie-Outardes, en 1960-1976, et le projet de la baie James, en 1972-1985 (figure 3).Deuxième considération : les entreprises d’ingénierie des groupes canadiens-anglais, dont Montreal Engineering, détachée du groupe International Power Shawinigan Engineering en 1955 et de sa maison-mère en 1962 avant d’être « canadianisée », ont envahi le marché national et ont commencé à chercher des contrats à l’étranger au cours des années 60.En même temps, elles ont adopté comme stratégie la diversification de leurs activités en dehors de l’hydro-électricité : autres types d’énergie (thermique et nucléaire), contrôle des inondations, traitement des eaux, transport, génie industriel, etc.En 1969, une seule firme d’ingénierie québécoise francophone était de taille suffisante pour figurer chaque année, dans l’enquête de Statistique Canada « Liens de parenté entre les firmes », parmi les 66 000 corporations ayant plus de 500 000 $ d’actif7.Il s’agit de l’actuelle SNC, alors appelée Surveyer, Nenninger et Chenevert, qui ne se trouvait pas, cependant, parmi les 40 plus importantes sociétés d’ingénierie au pays.Dans cette courte liste, les grands noms de l’ingénierie américaine occupaient encore les places de choix.En 1987, dix-huit ans plus tard, les filiales des grandes multinationales de l’ingénierie occupent une place très modeste, lorsqu’elles sont encore installées au Canada, mais les sociétés canadiennes et surtout québécoises occupent les tout premiers rangs.Que s’est-il donc passé entre 1969 et 1987 pour que INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 1- i-saSS >Vj£, FIGURE 2 Construction du pont Champlain par la firme d'ingénierie Lamarre Lalonde Valois (1960).1963, dans l’attribution des contrats gouvernementaux.Ces normes ont été renforcées depuis le premier choc pétrolier, en 1973.Certaines sociétés provinciales d’État, et notamment Hydro-Québec, ont également donné leur préférence aux sociétés canadiennes et particulièrement aux sociétés francophones.b) Le développement de plusieurs technologies dans les laboratoires de l’État, dont le réacteur nucléaire CANDU d’Énergie atomique du Canada et la technologie de raffinage des huiles lourdes des laboratoires CANMET.Des compagnies canadiennes d’ingénierie ont été associées à la construction d’usines utilisant ces technologies au Canada et à l’étranger.c) Le financement préférentiel d’exportations de biens et de services dans le cadre de projets dont les fournisseurs sont des firmes d’ingénierie canadiennes, qu’il s’agisse de barrages, de routes, de lignes de transmission ou d’usines clé en main.La Société pour l’expansion des exportations (SEE) et l’Agence canadienne de développement international (ACDI) ont été, et demeurent, particulièrement actives sur ce plan.Il faudrait cependant se garder d’établir une relation linéaire et univoque changent radicalement la structure et la propriété dans ce secteur d’activité?Notons d’abord que la croissance des firmes canadiennes, et plus particulièrement québécoises, a été fulgurante.Les grands chantiers d’Hydro-Québec à partir de 1960, l’autoroute transcanadienne, l’Expo 67 et les Jeux olympiques (1976) ont procuré d’importants revenus à plusieurs sociétés locales, qui ont connu une croissance très rapide au cours des années 60 et 70.La deuxième phase de croissance commença en 1975-1976, lorsque les compagnies canadiennes et québécoises amorcèrent, grâce aux liquidités accumulées, un processus de rachat des filiales étrangères à travers le pays.En 1975, Lavalin a acquis Parsons du Canada (rebaptisée Partec Lavalin) et Ebasco Services Canada (Ebastec Lavalin).La même année, SNC de Montréal formait avec Foster Wheeler une filiale conjointe, dont la majorité des actions appartenait à SNC.En 1979, PCL Construction de l’Alberta créait une filiale conjointe avec C.F.Braun & Co.de Californie et H.A.Simons de Vancouver, sous le contrôle des deux firmes canadiennes.En 1983, Agra Industries de la Saskatchewan achetait CIP Services, alors que Monenco prenait le contrôle de Humpreys & Glasgow Canada.En 1984.J.Richardson & Co de Winnipeg obtenait le contrôle majoritaire de Lummus Canada.Au cours de ce processus de rachat, la taille des sociétés s’est accrue et elles se sont mises à oeuvrer dans des domaines technologiquement avancés et diversifiés, qui leur étaient jusqu’alors inaccessibles.Le nationalisme canadien prévalant, à cette époque, à l’échelle fédérale a aidé ces firmes à décrocher des contrats auprès d’entreprises publiques (de plus en plus nombreuses dans le secteur de l’énergie) ou privées, aidées par des fonds publics.Le secteur public canadien a aussi favorisé la montée de l’ingénierie canadienne de plusieurs façons : a) L’établissement, avec l’arrivée des libéraux à Ottawa, de normes de contenu canadien, non déclarées officiellement mais bien réelles, depuis FIGURE 3 Construction du barrage LG3 sur la rivière La Grande, fini en 1981 : la gérance du projet de la baie James avait été confiée à la Société d'énergie de la baie James, qui était composée des sociétés d'ingénierie Bechtel et Lavalin, et d'Hydro-Québec.La construction du barrage LG3 a été effectuée par les sociétés d'ingénierie Cartier et SNC. 16 INTERFACE /JANVIER-FÉVRIER 1988 FIGURE 4 Concentrateur de cuivre de « Tintaya » construit à une altitude de 4100 m dans les Andes péruviennes par la firme d'ingénierie SNC : le projet a été terminé en 1985.*4 *r- .r r - Sfar*".im entre la croissance du secteur public (fédéral et provincial) et celle des entreprises canadiennes de génie.Comme on l’a vu précédemment, plusieurs entreprises publiques, dont certaines grandes sociétés hydroélectriques provinciales, ont préféré monter leur propre service de génie, plutôt que d’avoir recours au secteur privé.De plus, certaines entreprises publiques n’ont mis sur pied une politique d’achat national que plusieurs années après avoir été créées.Au début, les sociétés d’Etat doivent d’abord consolider leur image de bons gestionnaires et ne peuvent se lancer dans une politique d’accord préférentiel des contrats à l’entreprise locale, ce qui équivaut, en partie, à verser des subsides.C’est le cas, par exemple, de Pétro-Canada, fondée en 1975 et dont la politique d’achat national date de 1980.La croissance des entreprises canadiennes de génie s’explique d’abord et avant tout par la nature même du secteur de l’ingénierie, qui est plutôt ouvert.Plusieurs milliers de firmes sont en exploitation au Canada : des petites, avec quelques employés et partenaires, et des plus grandes, dont trois ont plus de 3000 employés.Non seulement ce secteur est loin d’être fermé, mais la nature des activités qui s’y exercent tend à favoriser la diffusion de l’expertise.Ainsi, dans tout grand chantier, la firme responsable de la gestion confie en sous-traitance une partie des travaux à d’autres firmes, souvent plus petites, à qui elle doit remettre (pour assurer l’homogénéité des travaux) les plans, devis et autres spécifications qu’elle a réalisés.Dans ce processus, les sous-traitants apprennent sur le tas (learning by doing) et accumulent à leur tour des connaissances techniques.Par exemple, pour la construction d’un pipeline (comme ceux dirigés par Bechtel Canada de 1949 à 1958), de nombreuses compagnies plus petites de génie-construction (canadiennes en majorité, dans le cas des pipelines dirigés par Bechtel) sont appelées à collaborer pour l’exécution de divers tronçons du projet ou pour l’érection de stations de pompage.Bien des PME d’ingénierie ont acquis de la sorte des connaissances les plus diverses et les plus complexes, ce qui a favorisé leur croissance interne.La croissance externe (au moyen des achats et des fusions) ne s’est pas limitée au Canada.Depuis plus de dix ans, plusieurs firmes (Lavalin, SNC, Monenco, Cansult, Acres, etc.) ont entrepris leur « multinationalisation » par voie d’acquisitions à l’étranger.Elles se retrouvent aujourd’hui à la tête d’un réseau international de filiales couvrant l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique et une partie de l’Europe (figure 4).Certaines se sont même aventurées jusqu’en Chine et dans le Sud-Est asiatique.Lavalin a particulièrement excellé dans cette stratégie de croissance externe en achetant, notamment, la société Lafarge Coopée, en TABLEAU 2 Société Pays d'implantation étrangère Acres Brésil, Etats-Unis, Grande-Bretagne Agra Industries États-Unis, Koweït Banister États-Unis, Panama, Pays-Bas Cansult Arabie Saoudite, Chypre, Émirats arabes unis, Oman Hatch Australie, États-Unis Klockner Stadler Hurter Allemagne, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Égypte, Espagne, Italie, Maroc, Portugal, Venezuela, URSS Lavalin Algérie, Bejgique, Côte d'ivoire, Cameroun, Chine, Colombie, États-Unis, France, Indonésie, Italie, Kenya, Malaisie, Nigéria, Pays-Bas, Pérou, Philippines, Thaïlande, Tunisie N.D.Lea Barbades, États-Unis, Indonésie, Nouvelle-Zélande Monenco États-Unis, Grande-Bretagne, Jamaïque, Japon, Nigéria, Singapour Novacorp États-Unis, Grande-Bretagne, Hong-Kong, Singapour Sandwell États-Unis, Grande-Bretagne, Nigéria H.A.Simons Australie, Brésil, États-Unis, Hong-Kong, Nouvelle-Zélande, Suède SNC Angleterre, États-Unis, France, Pérou, Tunisie, Venezuela Wright Argentine, Australie, Bermudes, Chili Sources : Rapports annuels, Export Canada 1987, Who Owns Whom North America 1987.Implantations étrangères des principales firmes canadiennes de génie en 1987.Depuis plus de dix ans, plusieurs firmes d'ingénierie ont entrepris leur « multinationalisation » par voie d'acquisitions à l'étranger.Elles se retrouvent aujourd'hui à la tête d'un réseau international de filiales couvrant l'Amérique du Nord et du Sud, l'Afrique et une partie de l'Europe.Certaines se sont même aventurées jusqu'en Chine et dans le Sud-Est asiatique. INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 TABLEAU 3 Société Année Achat Lavalin 1983 Toronto Urban Transportation Development Corporation (fabricant de wagons de métro) 1986 Raffinerie pétrochimique d'Ultramar à Montréal-Est SNC 1980 Industries Valcartier (fabrication d'explosifs) 1985 Arsenaux canadiens (Société de la Couronne privatisée en 1985) Principaux achats d'entreprises oeuvrant en dehors de l'ingénierie, effectués par les sociétés Lavalin et SNC.Depuis 1980, étant donné l'arrêt presque total des grands projets, le ralentissement de la croissance économique et l'essoufflement du nationalisme canadien, certaines firmes d'ingénierie (Lavalin et SNC en premier lieu) poursuivent une diversification de leurs activités en dehors de l'ingénierie.Elles connaissent une expansion sous forme de conglomérats en achetant des entreprises oeuvrant dans le domaine de la fabrication, domaine où elles font une part croissante de leur chiffre d'affaires.France, elle-même une multinationale de l’ingénierie.Le tableau 2 donne une liste des sociétés canadiennes d’ingénierie et de leurs principales filiales à l’étranger.Finalement, la troisième phase de croissance a débuté vers 1980.A cette époque, étant donné l’arrêt presque total des grands projets, le ralentissement de la croissance économique et l’essoufflement du nationalisme canadien, certaines firmes d’ingénierie (Lavalin et SNC en premier lieu) entreprennent une diversification de leurs activités en dehors de l’ingénierie.Elles connaissent alors une expansion sous forme de conglomérats en achetant des entreprises oeuvrant dans le domaine de la fabrication, domaine où elles font une part croissante de leur chiffre d’affaires (tableau 3).La société Lavalin s’est orientée vers la production de wagons de métro et vers la pétrochimie.SNC a acheté plusieurs sociétés productrices d’explosifs.Il est encore trop tôt pour dire si cette voie sera suivie par d’autres firmes au Québec et dans l’Ouest canadien, même si les conditions à l’origine de cette expansion en conglomérats demeurent.Soulignons que plusieurs entreprises d’ingénierie américaines et européennes se sont lancées, elles aussi, dans ce type de diversification au cours des années 1980, faute de grands projets.La voie suivie par les sociétés québécoises n’est donc pas originale et elle répond aux mêmes impératifs de croissance.L’exemple de Lavalin, principale firme canadienne d’ingénierie, est représentatif des tendances que l’on vient de signaler.Fondée en 1936, cette société est restée une firme de génie civil spécialisée dans les ponts et les routes jusqu’en 1970.Incorporée en 1972, sous le nom de Lavalin Inc., elle connut une croissance fulgurante et une diversification rapide vers tous les secteurs de l’ingénierie jusqu’en 1985 et en dehors de l’ingénierie ensuite.Le tableau 4 résume les principales réalisations canadiennes de Lavalin.CONCLUSION Avec la compétence acquise avant la Seconde Guerre mondiale dans la construction de routes et de bâtiments civils et dans les travaux hydro-électriques, les compagnies canadiennes — tout particulièrement celles du Québec — se sont diversifiées, à partir de 1975, dans l’ensemble du secteur de l’ingénierie, par le rachat de plusieurs concurrents étrangers.Les sociétés de l’Ouest (Alberta et Saskatchewan) ont elles aussi profité du boom pétrolier à partir de 1947 et du « provincialisme » des années 60 et 70 pour acquérir une compétence dans le domaine des travaux publics et de la construction de pipelines.Les entreprises de production d’électricité des autres provinces, en créant des services de génie et de construction, ont fait obstacle à la création de sociétés d’ingénierie dynamiques ailleurs au Canada.Entretemps, de 1960 à 1976, le Québec étendait son réseau électrique nationalisé, développait son réseau routier et entreprenait plusieurs grands travaux (métro de Montréal, Expo 67, Jeux olympiques) dans le cadre desquels les firmes locales ont appris à gérer de grands chantiers et obtenu les ressources financières nécessaires au rachat de plusieurs filiales étrangères d’ingénierie.La « multinationalisation » et la diversification sous forme de conglomérats ont suivi la phase de rachat.Les plus grandes de ces firmes ont fait reposer sur des bases solides les conditions TABLEAU 4 Année Réalisation 1963 Autoroute des Laurentides, tronçon Saint-Sauveur — Sainte-Adèle, 8,7 km (5,6 millions de dollars) 1964 Autoroute des Cantons de l'Est, 8 km (3,2 millions) 1967 Autoroute Bonaventure, Montréal, 9 km (25 millions) 1968 Don Valley Parkway, Toronto, 16 km (30 millions) 1973 Autoroute des Laurentides, tronçon Sainte-Adèle - Sainte-Agathe, 15 km (17,8 millions) 1972-1985 Complexe hydro-électrique de la baie James, cogérante (15 milliards) 1976 Autoroute Ville-Marie, Montréal, 8 km (250 millions) 1976 Autoroute 13, Montréal—Mirabel, 13 km (35 millions) 1981- 1983 Fonderie d'aluminium, Alcan Aluminium, Québec (540 millions) 1982- 1983 Usine de tuyaux, Algoma Steel, Ontario (300 millions) 1982- 1983 Usine de méthanol, Ocelot Industries, Colombie-Britannique (180 millions) 1983- 1985 Pétro-Canada, Centre de démonstration et de raffinage de pétrole lourd, Montréal (117 millions) 1983-1986 Aluminerie de Bécancour, Québec (1,5 milliard) Sources : Presse financière (Financial Post, Financial Times) et technique (Canadian Consulting Engineer, Engineering News Record).Principales réalisations au Canada de Lavalin depuis 1960.Fondée en 1936 (sous le nom de Lalonde Valois), cette société est restée une forme d'entreprise de génie civil spécialisée dans les ponts et les routes jusqu'en 1970.Incorporée en 1972, sous le nom de Lavalin Inc., elle connut une croissance fulgurante et une diversification rapide vers tous les secteurs de l'ingénierie jusqu'en 1985, et en dehors de l'ingénierie ensuite.de leur croissance en maîtrisant plusieurs domaines de l’ingénierie et en diversifiant leurs activités en dehors d’un secteur hautement cyclique.Les grandes firmes d’ingénierie de l’Ouest canadien ne semblent pas avoir suivi cette stratégie de conglomérats, pas plus que les filiales étrangères qui sont restées au Canada.Toutes ces constatations ne doivent pas nous faire oublier un point majeur : même si les firmes canadiennes d’ingénierie ont conquis leur marché intérieur au cours des 20 dernières années, elles demeurent des acteurs mineurs à l’échelle internationale.L’enquête de Engineering News Record pour 1985 (publiée en 1986) accorde aux firmes canadiennes 7,3 p.cent des contrats internationaux de génie-conseil (en troisième place derrière les sociétés américaines et britanniques), mais seulement 1,5 p.cent de ceux en génie-construction, beaucoup plus substantiels.Autrement dit, si les principales sociétés canadiennes occupent une excellente place sur le marché national, il en est autrement sur le marché mondial.¦ Références 1.CHEVALIER, J.-M.L’échiquier industriel, Paris, Hachette, 1980.2.PERRIN, J.Les firmes de consulting transnationales, Grenoble, IREP, 1977.3.NIOSI, J.« Les multinationales de l’ingénierie : les concurrents non américains », Revue d'économie industrielle, n° 42, 4e trimestre, Paris, 1987.4.BROWN, M.« Entreprises d’“engineering” et transfert de technologie », Revue Tiers Monde, vol.XVII, n° 65, janvier-mars 1976, p.169-177.5.BROWN, M.et PERRIN, J.Engineering and Industrial Projects, Paris, OCDE, 1977.6.STATISTIQUE CANADA.Classification des activités économiques, 1980, b.7.STATISTIQUE CANADA.« Liens de parenté entre les firmes », enquête annuelle, catalogue n° 61-510.On pourra aussi consulter : • PARENT, R.« Les multinationales québécoises de l’ingénierie », Recherches sociographiques, vol.XXIV, n° 1, 1983.• ROBERTS, J.« Engineering Consultancy, Industrialization and Development », Journal of Development Studies, vol.9, n° I, octobre 1972, p.39-61.• SIGGEL, E.« Learning by Consulting : A Model of Technology Transfer Through Engineering Consulting Firms », Revue canadienne d’études du développement, vol.VI, n° 1, 1985, p.27-44.•STATISTIQUE CANADA.Services des ingénieurs-conseils, catalogue n° 63-528 hors série, Ottawa, 1978.•STATISTIQUE CANADA.Bureau d’études et des services scientifiques, catalogue n° 63-537 hors série, Ottawa, 1980.•STATISTIQUE CANADA.Bureau d’architectes, d’ingénieurs-conseils et de services scientifiques, catalogue n° 63-537 hors série, Ottawa, 1985.• Quelques revues importantes dans le domaine : Canadian Consulting Engineer (Canada) et Engineering News Record (Etats-Unis). INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER I9RR LA VIROLOGIE DES POISSONS PAR LAURENT BERTHIAUME Les infections virales causent de sérieux dommages dans les piscicultures.Par ailleurs, les virus de poissons présentent, par leurs propriétés particulières, un véritable intérêt pour la recherche fondamentale.Voilà donc, de la pratique à la théorie, autant de raisons pour s’intéresser à la virologie des poissons.Laurent Berthiaume est professeur au Centre de recherche en virologie de l’Institut Armand-Frappier.Il est détenteur d’un doctorat en microbiologie de l’Université de Montréal.Spécialisé en taxonomie virale et en microscopie électronique, il fait porter depuis plusieurs années ses travaux de recherche sur la virologie des poissons.La virologie des poissons (l’ich-tyovirologie) est un champ de recherche qui est en train de conquérir ses lettres de noblesse.En quel honneur ?A cause de son intérêt économique.En effet, le développement de l’aquaculture à l’échelle commerciale pose de sérieux problèmes de contrôle des maladies ; après les infections bactériennes, les infections virales inquiètent de plus en plus les pisciculteurs.Même ci ce type de maladies touchent davantage les alevins, dont la valeur commerciale est limitée, elles soulèvent de sérieux problèmes de gestion.Ainsi, la prévision d’un surplus d’alevins pour compenser des pertes éventuelles dues à des infections virales peut entraîner, si ces maladies ne se manifestent pas, une densité trop élevée de population dans les bassins d’élevage et, conséquemment, des problèmes d’oxygénation et d’élimination des déchets, un gaspillage de nourriture et une mauvaise utilisation de la main-d’oeuvre.Les conditions optimales de productivité aquatique comportent, entre autres facteurs, un confinement maximal de poissons dans les installations piscicoles.Or, ces conditions favorisent la manifestation d’épidémies importantes et rapides quand un agent infectieux est introduit dans le système (encadré 1).Aussi, on prend habituellement de grandes précautions pour éviter le plus possible cette situation.Dans le cas des maladies virales, une protection par vaccination est encore du domaine expérimental.Par ailleurs, il n’existe pas de chimiothérapie efficace pour ce type d’infections.Les solutions ?D’une part, empêcher l’introduction de matériel biologique contaminé dans les bassins par un contrôle adéquat des importations.D’autre part, utiliser des espèces résistantes aux maladies virales spécifiques, sinon contrôler les facteurs environnementaux susceptibles d’augmenter la sensibilité des poissons à ces maladies.Ce sont ces approches qui préoccupent actuellement les chercheurs.îctr FIGURE 1 Les pisciculteurs de Saint-Faustin dans les Laurentides se spécialisent dans l'alevinage de truites mouchetées (ombles de fontaine).1.VIRUS ET ÉPIDÉMIE : UN PHÉNOMÈNE DE POPULATION L'histoire de la virologie se ramène essentiellement à l'histoire des épidémies.Qu'il s'agisse d'infections sporadiques comme la rage et la poliomyélite, ou d'infections plus courantes comme l'influenza, la rougeole ou la gastroentérite infantile, l'être humain est familier avec les maladies infectieuses, qu'on ne contrôle généralement que par des vaccins.Mais l'humain n'est pas seul touché par ce type de maladies.On a observé de nombreuses infections virales hautement contagieuses, en relation avec des densités de population élevées, aussi bien chez l'animal ou l'oiseau de ferme (p.ex.: diarrhée bovine à virus, gastroentérite transmissible du porc et bronchite infectieuse aviaire) que chez les plantes (p.ex.: maladie de la mosaïque du tabac) ou chez les insectes (p.ex.: maladie du vers à soie).Même la découverte des bactériophages chez les bactéries a d'abord été un phénomène de population.Une bactérie lysée par la multiplication d'un virus peut passer tout à fait inaperçue ; mais lorsque la culture entière est lysée et que le milieu de culture devient transparent, un esprit le moindrement curieux se rend facilement compte qu'il se passe quelque chose d'anormal.Les poissons ont aussi leurs maladies virales ; mentionnons la nécrose pancréatique infectieuse (NPI), la septicémie hémorragique virale (SHV) — fréquente sur la côte Ouest de l'Amérique du Nord — et la nécrose hématopoïétique infectieuse (NHI), qui sévit dans les piscicultures de salmonidés en Europe. INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 LA NÉCROSE PANCRÉATIQUE INFECTIEUSE CHEZ LA TRUITE Différentes espèces de truites, dont la truite arc-en-ciel et la truite mouchetée, font actuellement l’objet d’élevages piscicoles importants au Québec et dans différents pays (figure 1).Or, ces truites sont particulièrement sensibles au virus de la nécrose pancréatique infectieuse (NPI), qui cause beaucoup de mortalité chez les alevins (figure 2).A petite échelle, le pisciculteur se contente souvent d’augmenter ses stocks d’alevins afin de compenser pour des pertes possibles dues à la NPI.Cependant, à l’échelle industrielle, une telle méthode devient rapidement inadéquate sur le plan économique, pour les raisons mentionnées plus haut.En attendant qu'on dispose de vaccins efficaces et rentables, on peut avoir recours à une autre approche : le contrôle des conditions environnementales susceptibles de provoquer la manifestation de la maladie.C’est précisément ce que nous avons étudié dans nos laboratoires au cours des dernières années, en utilisant des alevins de truite mouchetée fournis par les pisciculteurs du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec.En collaboration avec le professeur Denis Larrivée, spécialisé en productivité aquatique à l’Université du Québec à Chicoutimi, et deux étudiants de 2e et 3e cycles, Jean-Pierre Falgueyret et Jacques Lapierre, j’ai cherché à identifier les conditions d’âge des alevins et les conditions de température de l’eau favorisant la manifestation de la NPI chez la truite mouchetée1’2’3.Nous avons isolé quatre groupes d’âge montrant des réponses différentes à la maladie, et ce, à 10 °C et à 15 °C.Nous avons ainsi démontré que : 1) âgés de 0 à 4 semaines post-éclosion, ce qui correspond grossièrement au stade où ils se nourrissent à partir de leur sac vitellin, les alevins sont insensibles à la NPI ; 2) de 6 à 12 semaines, ils contractent la maladie, et on note une augmentation rapide du taux de mortalité environ 21 jours après le début de l’infection; 3) de 15 à 21 semaines, ils contractent aussi la NPI, mais le pic de mortalité est plus précoce, soit de 10 à 14 jours après le début de l’infection ; 4) enfin, les alevins de 31 semaines ou davantage sont, comme les plus jeunes, insensibles à la NPI.Par ailleurs, à 5 °C, les alevins se sont révélés insensibles à la maladie quel que soit leur âge.Même si dans FIGURE 2 100 nm a* *, y m ¦ >.* Virus de la nécrose pancréatique infectieuse vu au microscope électronique (160 000X).La truite arc-en-ciel et la truite mouchetée sont particulièrement sensibles à ce virus, cause d'une mortalité importante chez les alevins.Il s'agit d'un virus à ARN bicaténaire (deux brins) à génome bi-segmenté appartenant à la famille des birnaviridés.Ce virus est très stable en milieu hydrique, où il peut demeurer infectieux pendant des mois.certaines conditions, selon l’âge et la température, la NPI n’est pas observée cliniquement, des alevins semblent quand même développer une infection, mais sans aucun signe apparent ; nous avons pu le vérifier par la mesure de la multiplication virale chez ces alevins.Indépendamment des questions théoriques soulevées par ces résultats, il semble maintenant possible, sur un plan plus pratique, de contrôler la NPI en modifiant les conditions d’élevage.Nous avons poursuivi nos expériences dans ce sens, en modulant la tempéra- ture d’élevage en cours d’infection afin de vérifier s’il était possible de minimiser les pertes, voire d’enrayer le développement de l’infection4.Nous avons ainsi démontré qu’un groupe d’alevins, infectés à la température de 10 °C, non seulement contractait la maladie, mais 20 INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 pouvait aussi la transmettre à un groupe non infecté via le milieu aquatique, et ce, avec des pertes considérables.Un autre groupe infecté dans les mêmes conditions, mais dont la température avait été abaissée à 5 °C, dès les premiers signes de manifestation de la maladie, continuait également à subir des pertes importantes.Cependant, des alevins non infectés mis en présence de ce dernier groupe à 5 °C ne contractaient pas la maladie.Quand on a remis la température à 10 °C, les alevins exposés, après un certain nombre de semaines, non seulement n’ont contracté aucune maladie clinique, mais ils ont rapidement retrouvé une taille normale par rapport au groupe témoin maintenu à 10 °C tout le long de l’expérience.Bien entendu, il ne s’agit là que d’une expérience en laboratoire, avec un petit nombre d’alevins et peu de paramètres bien contrôlés.Cependant, cette expérience semble démontrer la possibilité de contrôler la manifestation de la NPI par modulation de température.Ainsi, si dans une installation piscicole, on observe un début d’épidémie, il serait possible, à la lumière de nos résultats, de limiter les dégâts et d’empêcher la maladie de gagner les alevins non encore infectés, simplement en abaissant la température de l’eau.Cela semble d'autant plus faisable que dans la nature, contrairement à ce qui s’est passé en laboratoire, où la totalité des alevins ont été infectés simultanément, ce n’est qu’une fraction de la population qui contracte la maladie à un moment donné, et il faut toujours un certain temps avant que la majorité des alevins soient atteints.Quant à la modulation de la température, si elle peut encore poser des problèmes d’installation aux pisciculteurs amateurs, ce n’est plus le cas pour ceux qui possèdent des installations importantes ; celles-ci sont en général pourvues de différentes sources d’approvisionnement en eau, à la fois de surface et souterraines.Il y est possible de changer la température en variant la source d’eau, les eaux souterraines étant plus froides en été que les eaux de surface.Même si une température élevée, de 15 °C par exemple, favorise une croissance plus rapide des alevins, le pisciculteur doit savoir qu’il augmente en même temps les risques de maladies, à cette température.Cela l’oblige à exercer un meilleur contrôle de la qualité de son matériel.LES PROPRIÉTÉS PARTICULIÈRES DES VIRUS DE POISSONS Dans les travaux décrits plus haut, on renvoie à un système virus-hôte particulier auquel la virologiste traditionnel n’est pas habitué, étant donné que le poisson est un animal à sang froid dont la température est variable (organisme poïkilotherme), d’une part, et qui vit dans un milieu hydrique, d’autre part.Le poisson étant poïkilotherme, la température du milieu influence son développement et son comportement ainsi que les virus qui le menacent.En effet, le poisson, tout comme le virus susceptible de l’infecter, peut se développer à l’intérieur d’un spectre assez large de températures, comparativement aux organismes homéothermes, qui se maintiennent à environ 37 °C.La truite, par exemple, peut supporter des écarts de température allant de quelques degrés à peine au-dessus du point de congélation de l’eau, à plus de 20 °C sans subir de dommages, tout en ayant une température optimale de croissance entre 12 °C et 15 °C.Le virus de la NPI, quant à lui, peut se répliquer pratiquement aux mêmes températures, avec une multiplication optimale entre 15 °C et 20 °C.Ce qui est moins connu, c’est la température à laquelle le poisson est le plus apte à se défendre contre une infection virale au moyen soit de son système immunologique, soit de défenses non spécifiques5.Chaque maladie virale, de même que chaque système virus-poisson, possède ses conditions particulières de développement qu’il convient de bien connaître si l’on veut minimiser les manifestations pathologiques.Une autre propriété du système virus-poisson est le fait que le milieu hydrique est pratiquement la seule voie de transmission des maladies virales, si l’on fait exception des contacts directs lors des agressions, des combats et des rapports sexuels.Dans le cas de l’être humain et des animaux terrestres, l’air est un facteur important d’inactivation des virus (sécheresse, rayons ultraviolets, etc.) ; mais pour ce qui concerne les virus de poissons, l’eau peut favoriser au contraire une meilleure conservation, augmentant les risques de transmission des maladies virales, surtout dans des espaces clos ou dans lesquels le renouvellement de l’eau est assez lent, comme dans les bassins de pisciculture.LES VIRUS DE POISSONS ET LA VIROLOGIE FONDAMENTALE Outre leurs propriétés particulières, les virus de poissons présentent un intérêt certain en virologie fondamentale.C’est dans le milieu marin qu’on a vu la vie éclore sur notre planète.Phylogénétiquement parlant, les organismes qui habitent ce milieu ont une longueur d’avance sur les animaux terrestres.En ce sens, tous les virus de poissons ou d’autres organismes marins sont probablement beaucoup plus anciens que leurs correspondants terrestres.Si on s’y intéressait davantage, on pourrait trouver des représentants originaux qui viendraient combler des lacunes ou des niches taxonomiques non encore connues en virologie.Actuellement, on sait que certains groupes viraux importants ont des représentants chez le poisson.C’est le cas en particulier des herpèsvi-rus et des rhabdovirus.Par ailleurs, pour certains virus de poissons, on n’a pas encore trouvé de correspondants terrestres.Le virus du crapet arlequin, par exemple, communément appelé BGV dans le milieu scientifique (pour Bluegill Virus), semble représenter une forme archaïque des virus à ARN monocaténaire (un seul brin d’acide nucléique) à polarité positive (équivalente à un ARN messager)6.Non encore classé, il représente un modèle unique qui n’a pas d’équivalent terrestre.Son étude a d’ailleurs fait l’objet de travaux collectifs auxquels j’ai participé, avec le docteur Jean Robin de l’Université de Sherbrooke.Ce dernier avait déjà entrepris l’analyse moléculaire de ce virus ; je me suis intéressé plus particulièrement à son ultrastruc-ture et à sa morphogénèse en microscopie électronique7.Il s’agit pour le moment d’une curiosité de laboratoire, mais bien des curiosités de laboratoire ont permis à la biologie et à la génétique moléculaires de faire des pas de géant.LE LDV : UN CHAÎNON MANQUANT Pour ce qui touche la virologie fondamentale, un autre virus mérite d’être mentionné à cause de ses propriétés uniques.Il s’agit du virus de la maladie lymphokystique du poisson, ou LDV (pour Lymphocystis Disease Virus).Ce virus cause des tumeurs papillomateu-ses bénignes de l’épiderme chez une multitude d’espèces marines ou d’espèces d’eau douce (figure 3).Le LDV, même s’il présente actuellement un intérêt économique limité (les espèces chez lesquelles il a été observé ne faisant pas encore l’objet d’élevages intensifs), deviendra l’ennemi numéro un à abattre dans les maricultures d’ici quelques années.Récemment, on a rapporté une épizootie (épidémie chez les animaux) causée par ce virus dans une ferme marine située dans le golfe d’Aqaba8.Par ailleurs, on observe de plus en plus que des pourcentages élevés de poissons sont atteints de cette maladie dans des prises en haute mer, particulièrement dans l'Atlantique Nord9 ou dans certains lacs (par exemple, le lac Supérieurl0).Des spécialistes relient l’extension de cette maladie à FIGURE 3 Ange français en observation à l'Aquarium de Montréal.On peut voir des tumeurs blanchâtres à l'extrémité des nageoires, caractéristiques de la maladie lymphokystique du poisson ; les tumeurs disparurent toutefois spontanément après quelques semaines., INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 la pollution croissante de l’eau dans les estuaires et les ports de mer11.Il reste qu’en ce qui nous concerne ici, le LDV est un virus que l’on peut multiplier sur cultures cellulaires en laboratoire et étudier librement.Il fait partie, par certaines de ses propriétés (structure, mécanisme de multiplication, biologie moléculaire), de la famille des iridovirus.Cependant, il est unique en son genre : la cellule qu’il infecte non seulement devient hypertrophiée, mais elle s’entoure aussi d’une capsule composée d’un matériel électrotransparent (figure 4).Après plusieurs semaines, le LDV, dont la multiplication est très lente, se retrouve en un certain nombre de copies à l’intérieur de cette cellule encapsulée.La tumeur observable à l’oeil nu est habituellement constituée de quelques cellules géantes agglomérées entre elles, ressemblant par là à une mûre.Voilà une situation unique dans l’évolution des virus.Tout se passe comme si le LDV avait développé un mécanisme particulier de préservation face à un environnement extérieur hostile, en demeurant associé à la cellule infectée et encapsulée, sous forme d’une minuscule tumeur blanchâtre.Celle-ci finit pas se détacher du poisson infecté, lors de contacts avec d’autres poissons, pour se retrouver dans le milieu aquatique.Il est alors probable que sa taille importante et son aspect général en fassent un aliment potentiel pour d’autres poissons, qui s’infectent en l’ingérant sans que le virus ait besoin de se répandre à l’état isolé dans le milieu liquide.Ce mode de transmission, apparemment unique, n’est pas sans équivalent dans la nature.Certains virus d’insectes possèdent également la propriété de s’entourer d’un matériel protéique dans la cellule infectée, mais sous forme de corps d’inclusion.Ceux-ci non seulement les protègent contre la sécheresse ou l’irradiation lorsqu’ils sont éliminés avec les défécations, mais ils facilitent aussi leur ingestion par d’autres insectes.Mais revenons au LDV.Un autre aspect qui le rend intéressant est sa structure moléculaire.Les virologistes sont familiers avec le fait que les virus se présentent sous des formes précises, avec un nombre limité de possibilités (encadré 2 et figure 5).Ils distinguent : les virus à symétrie hélicoïdale, comme le virus bien connu de la mosaïque du tabac ; les virus à symétrie cubique, comme les herpèsvirus ; les virus sans FIGURE 4 t • ?* Coupe ultra-mince, effectuée au microscope électronique, d'une cellule infectée par le virus de la maladie lymphokystique de poisson ou LDV.On peut voir les dimensions considérables de la cellule hypertrophiée, des particules virales intracytoplasmiques et, surtout, la capsule de matériel électrotransparent l'entourant.Cette capsule favorise le maintien du virus à l'intérieur de la cellule.aucune symétrie, comme les poxvirus.Les iridovirus se caractérisent surtout par leur morphogénèse intracytoplasmique, ainsi que par l’importance des lipides dans la composition de la capside ou structure protéique entourant leur noyau d’acide nucléique.L’origine de la vie est autant fondée sur les virus que sur la cellule.Le virus a besoin de la cellule pour se multiplier, mais cette dernière utilise à son tour régulièrement les virus comme mécanisme de transfert d’éléments génétiques au cours de son évolution.Les virus font donc partie inhérente de l’évolution de la vie et leur origine, comme celle de la cellule, remonte à des milliards d’années.Qu’il existe des liens entre des virus aussi différents en apparence que les poxvirus, sans symétrie, et les virus à symétrie cubique, peut encore en étonner plusieurs.Cependant, l’étonnement serait moindre si le fossé entre la structure icosaédri-que des virus à symétrie cubique et la structure des poxvirus pouvait être comblé.Les iridovirus, et particulièrement le LDV, semblent jouer ce rôle de chaînon manquant.Nos études ultra-structurales sur le LDV démontrent que sa structure cubique n’est pas stable et que dans certaines conditions, le virus prend volontiers une forme sphérique tout comme les formes immatures des poxvirus12 (figure 6).La structure cubique ou icosaédrique des virus serait peut-être une forme qui se serait stabilisée par la perte des lipides au cours de l’évolution.Cependant, la présence de ceux-ci dans les iridovirus rendrait la structure de la capside beaucoup plus flexible.Cette dernière pourrait alors 22 INTERFACE/JANVIER-FEVRIER 1988 adopter la forme cubique ou la forme sphérique, selon les conditions précises du milieu environnant.L’utilisation de fixateurs (la glutaraldéhyde, par exemple) permettrait de conserver la forme cubique chez des particules virales qui apparaîtraient sphériques autrement.UNE APPROCHE PRATIQUE DECONTRÔLE Le défi de la recherche en virologie des poissons revêt différents aspects complémentaires.Une recherche strictement fondamentale, qui vise à augmenter les connaissances générales, doit s’accompagner d’une recherche plus pratique en rapport avec des problèmes précis à résoudre.Au Québec, 2.MORPHOLOGIE ET STRUCTURE DES VIRUS Grâce à la microscopie électronique, on sait maintenant que les particules virales (virions) ont généralement une structure correspondant à une symétrie cubique ou hélicoïdale, mais que d'autres ont des formes plus complexes, avec ou sans symétrie.Quels que soient la forme et le type de symétrie, on distingue dans les virions deux éléments essentiels : l'acide nucléique et la capside, auxquels s'ajoute chez certains un troisième élément : l'enveloppe.La particularité essentielle qui distingue les virus de tous les organismes vivants est qu'ils ne possèdent qu'un seul type d'acide nucléique, qui est soit de l'ADN, soit de l'ARN, mais jamais les deux.En général, les virus à ADN sont bicaténaires (deux brins) et les virus à ARN, monocaténaires; mais il y a des exceptions.Ces acides nucléiques constituent le génome du virus.Ils sont protégés par une sorte de coque protéique, la capside, dont l'architecture détermine le type de symétrie.Chez certains virus, la capside est entourée d'une enveloppe constituée par une membrane dérivant de la cellule hôte.la NPI est une maladie qui cause des problèmes13.Le mieux, en attendant le développement de vaccins efficaces, est donc de chercher à éviter le virus le plus possible.La sélection de géniteurs et d’élevages exempts du virus de la NPI (VNPI) apparaît donc comme une approche réaliste et souhaitable dans l’immédiat.Présentement, je travaille, en collaboration avec Pêches et Océans Canada, à la conception d’un programme d’inspection sanitaire des installations piscicoles au Québec, en vue du dépistage d’agents viraux dans différents lots de salmonidés.Ce programme a pour objectif de s’assurer que les installations sont exemptes de mala- FIGURE5 Quelques virus de poissons, nature de leur acide nucléique Plusieurs paramètres permettent de classer ces virus : la (ADN ou ARN), le nombre de brins de celui-ci (bicaténaire ou monocaténaire), la symétrie de la capside et la présence ou entourant la capside.non d'une enveloppe Virus à ADN Virus à ARN bicaténaire bicaténaire monocaténaire Symétrie cubique (icosaédrique) cubique hélicoïdale Capside nue Capside enveloppée Capside nue Capside enveloppée LDV VNPI NHIetSHV BGV (Iridovirus) (Herpèsvirus) (Birnavirus) (Rhadbovirus) (non classé) Acide nucléique Enveloppe Enveloppe Capside 100 nm Nucléocapside (acide nucléique plus protéines) INTERFACE/JANVIER-FÉVRIER 1988 23 FIGURE 6 '7* Louis décédé cité un baptême décédé cité à un baptême décédé oui in mariage de ^*r.ami 1J Le dépouillement exhaustif des registres paroissiaux anciens du Québec, la saisie sur ordinateur des actes de baptême, de mariage et de sépulture qu'ils contiennent et le couplage des mentions d'actes ont permis la réalisation d'un fichier informatisé de la population du Québec ancien, complété à ce jour jusqu'au 31 décembre 1729.A l'aide d'un tel outil, nous pouvons suivre un individu au fil des mentions qui le concernent, relier les divers individus d'une même famille et dresser l'histoire d'une lignée au fil des générations.Les événements relatifs à Julien Mercier, un des pionniers canadiens, sont ici regroupés par ordre chronologique.entreprise de couplage ne va pas sans difficultés.La plus importante?L’identification correcte des individus, compte tenu des variations orthographiques des noms ainsi que des changements de noms et de prénoms affectant une même personne.Heureusement, on a conçu des méthodes qui permettent, par l’ordinateur, de pallier ces difficultés.Nous pouvons donc construire une chronologie des événements relatifs à un individu ayant vécu au Canada (figure 1).Mais il y a mieux encore : tous les individus du registre étant reliés à leurs parents et à leurs conjoints, la reconstitution des familles (figure 2) et l’évolution des lignées au fil des générations (figure 3) se génèrent automatiquement.L’élaboration d’un registre informatisé pour l’ensemble d’une population à l’échelle nationale est unique au monde.Le Québec fait ainsi figure de proue dans le domaine de la démographie historique.Un tel outil rend possibles des études fondamentales aussi bien en démographie qu’en histoire, en géographie humaine, en généalogie et en génétique des populations.Une fois achevée (après 20 ans) la reconstitution de la population du Québec ancien, les chercheurs du PRDH se sont intéressés en premier aux immigrants établis en familles avant 1680.Il était logique, en effet, de commencer par le début ! Ces immigrants étaient les véritables fondateurs de la population canadienne-française.De plus, à mesure qu’avançait la reconstitution de la population (achevée jusqu’en 1729), on pouvait suivre ces individus jusqu’à leur décès.Qui étaient ces premiers colons?Quel était leur comportement en termes de nuptialité, de fécondité et de mortalité?Dans quelle mesure se distinguaient-ils de leurs contemporains ou même de leurs descendants canadiens ?Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre6.LES PIONNIERS ÉTABLIS EN FAMILLES AVANT 1680 Si la métropole française a fourni relativement peu d’immigrants à sa jeune colonie laurentienne et si la majorité de ceux qui y sont venus sont repartis (encadré 2), il n’en demeure pas moins que quelque 5 000 d’entre eux se sont implantés dans la vallée laurentienne au XVIIe siècle.Nous avons restreint notre étude aux immigrants qui se sont établis en familles avant le 1er janvier 1680, qu’ils se soient mariés ici ou qu’ils aient immigré avec conjoint ou enfant(s).Sont donc exclus tous les immigrants restés célibataires.Nous n’avons pas non plus pris en compte 26 INTERFACE/JANVIER-FEVRIER 1988 FIGURE 2 pl*rci»r' Francois nfere w,rc4?i««u.Roberte ¦ÏÜ?4’ Corni11 Poulin.Marle re»arUJ5_____ .____________».» .date-"unde ! ^ £2222- is-10Z-i-—_________ __________________________ père mère unl.n/ob»:"^- ae>e igeho >9*f* duT fl” „ 35 « ia-10-1676 maria9f Résidence »avia9f_ data 1B-oi-i«î au“ec décès intervalle 11 1676/1681 1716/1717 55 Beaupré m 75 Beaupré _____________ ori9ine 1B-10-1*76 Tourouvr e 17—07"1716 date 27-02-1621 Tourouvre n1 afe4i Tr-Rlvl^:*! _______________________ Québec époux enfants prénom t v conjoint décès épouse PascalutiB ChaÊUthalot/Laldutr« Louè!bouin.Hargaarite Juliet mariage lie Ch-Ricte Beaupré Québec Anne date 29-10-1695 1727/ 20-02-1726 28-12"1684 1666/ 1697/1701 16-12-1729 1701/ 09-06-l7l3 Ch-Ricber 1718/ Anne ébec date U-ll-1681 08-1 l-lé>91 oi-io-i^85 li Québec Québ ec Ch-Richer Ch-Riober date 07-03-1656 01-09-1658 **-**-1661 Québec Beaupré Jeanne JeaMontming‘ Barb ' ‘Tbamberland.-tarie ldar 3er t h e 1 o t.André MaT^tr.niîd.é 1 i Beaupré Beaupré 25-02-1^91 07-04-1717 18-02-1692 U-ll-1698 Largement inspirée par la fiche de famille élaborée par l'archiviste Michel Fleury et le démographe Louis Henry, cette fiche synthétise les événements démographiques — naissance, mariage, décès — concernant chacun des membres d'une famille biologique, conjoints et enfants.ceux qui, arrivés avant 1680, n’ont vécu en famille qu’après cette date.Le choix du 1er janvier 1680 a plusieurs fondements.D’abord, le dernier des recensements nominatifs du XVIIe siècle eut lieu en 1681.Ensuite, l’immigration féminine s’arrête pratiquement au cours de la décennie 1670-1679, sans ne plus jamais reprendre de façon significative par la suite.Finalement, cette date permet de définir un effectif suffisamment important pour assurer l’indispensable signification de toute mesure : la population étudiée qui répond à nos critères compte 3 380 individus des deux sexes.Qui étaient ces immigrants ?On sait que l’immigration était davantage le fait des hommes que des femmes.Le critère de sélection retenu pour notre étude — l’établissement en famille — minimise ce déséquilibre, sans toutefois l’éliminer : 1955 des pionniers étaient de sexe masculin et 1425 de sexe féminin.A leur arrivée, près des trois quarts avaient entre 15 et 30 ans, l’âge moyen étant de 25 ans pour les hommes et de 22 ans pour les femmes.Les enfants et les vieillards étaient rares.Les dures conditions de vie, le besoin d’une main-d’oeuvre robuste, la volonté des « engageas » et des dirigeants de la colonie de rentabiliser le passage des immigrants, voilà autant de raisons qui ont favorisé l’immigration de jeunes adultes.Mis à part une quarantaine d’entre eux, les pionniers étaient d’origine française.Les deux tiers venaient des régions situées au nord de la Loire.Mais c’est cependant la région de l’Ouest (Poitou-Charentes) qui fournit le plus d’immigrants, suivie de la Normandie (y compris le Perche) et de la région parisienne.La prépondérance des régions côtières ne surprend guère : c’est de La Rochelle, de Rouen et de Dieppe que partaient la plupart des navires pour le Nouveau Monde.Quant à la contribution de la région parisienne, elle s’explique principalement par l’émigration des filles à marier.Le mouvement d’émigration vers la Nouvelle-France n’a pas échappé au phénomène d’entraînement collectif qui caractérise ce genre de déplacement.Des liens de voisinage et de parenté unissaient une fraction appréciable des pionniers.Si la majorité d’entre eux — 8 pionniers sur 10 et 7 pionnières sur 10 — ont migré seuls, les autres ont débarqué à Québec au sein de groupes familiaux composés de deux conjoints avec ou sans enfants, ou encore, d’un père ou d’une mère accompagné d’au moins un enfant.Ces unités familiales pouvaient comprendre jusqu’à trois générations et plusieurs lits.Voilà donc des hommes et des femmes, migrant seuls ou avec des parents.Quels ont été leurs comportements démographiques dans la colonie ?Ont-ils perpétué les comportements typiques de leur pays d’origine ou, au contraire, ont-ils innové en abordant un sol nouveau?L’observation suivie des pionniers, de leur arrivée à leur décès — ou à leur retour en France, dans le cas de 235 d’entre eux —, que permet le registre de population, donne réponses à ces questions.LES CONSÉQUENCES D'UN MARCHÉ MATRIMONIAL DÉSÉQUILIBRÉ Étant donné les choix de base des chercheurs du PRDH, les pionniers étudiés se sont tous mariés au moins une fois, que ce soit en France ou au Canada.La majorité d’entre eux ont cependant convolé pour la première fois dans la colonie : c’est le cas de 85 p.cent des hommes et de 80 p.cent des femmes.Dans le contexte colonial, le comportement d’une personne à l’égard du mariage varie certes selon diverses caractéristiques comme l’âge, la période d’arrivée ou la profession ; mais au-delà de ces facteurs individuels, la position des autorités en matière de nuptialité et le fort déséquilibre des sexes demeurent des éléments primordiaux.Tant sous les Cent-Associés (1632-1663) que pendant l’administration royale (1663-1674), l’État encourage les mariages en dépit de l’insuffisance du recrutement féminin.Les tensions résultant de cette contradiction sont telles qu’elles conditionnent tous les paramètres de la nuptialité. INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 2 7 De l’analyse du marché matrimonial avant 1680 se dégagent les principaux éléments tissant la toile de fond de l’ensemble de la nuptialité des pionniers et des pionnières : — fort déséquilibre des effectifs selon le sexe, tendant à s’atténuer, sans disparaître, à la fin de la période ; — mariage systématique des immigrantes (dans 97 p.cent des cas) avec un autre immigrant, les hommes nés au Canada n’étant pas encore en âge de se marier ; — rôle d’épouses auxiliaires tenu par les premières Canadiennes dès leur puberté en raison du manque de femmes immigrantes ; — remariage rapide et fréquent des veuves.Dans une population d’immigrants, l’âge au mariage doit être interprété avec précaution, car il dépend étroitement de l’âge à l’émigration.Ainsi, nombreuses sont les pionnières qui se marient dès la puberté, plusieurs étant arrivées enfants dans la colonie.Leur âge moyen au mariage est de 20,9 ans, âge inférieur à celui de leurs consoeurs de la métropole.Par contre, les pionniers se marient un peu plus tardivement que leurs compatriotes français, en moyenne à 28,8 ans.L’âge à l’émigration, la durée de l’engagement, civil ou militaire, de même qu’un certain délai lié à la rareté des femmes expliquent cette situation.L’écart d’âge entre époux fluctue beaucoup selon le pays de naissance des conjoints.Le pionnier a en moyenne 7,8 ans de plus que sa femme quand il convole avec une immigrante célibataire ; mais quand l’épouse est une célibataire née au Canada, la différence d’âge s’élève à près de 14 ans, en raison de la grande précocité des premières filles nées dans la colonie.Ces écarts d’âge expliquent aisément que la fréquence du veuvage ait varié considérablement d’un sexe à l’autre : les pionnières enterrent leur mari deux fois sur trois.Et parmi les veuves qui se remarient, certaines le font plus d’une fois : 17 p.cent des veuves qui se marient en sont à une troisième union au moins.LES PIONNIÈRES : PLUS FÉCONDES QUE LES FRANÇAISES, MOINS QUE LES CANADIENNES L’étude de la fécondité d’une population d’immigrants soulève une question intéressante : dans un contexte social où la limitation volontaire des naissances ne se pratique pas (tel est le cas aussi bien en France qu’au Canada au XVIIe siècle), la capacité procréatrice des couples migrants peut-elle changer ?On sait que les Canadiennes des XVIIe et XVIIIe siècles ont eu une fécondité plus élevée que les Européennes.Qu’en a-t-il été pour les premières Françaises établies dans la colonie ?L’étude démographique classique de la fécondité permet d’arriver à la conclusion que les pionnières ont connu une fécondité intermédiaire : elles étaient plus fécondes que les femmes du Nord-Ouest français, dont plusieurs étaient pourtant originaires, mais moins fécondes que les épouses canadiennes des pionniers.Ces immigrantes ont connu une fécondité de transition, à l’image de leur double appartenance à l’ancienne et à la Nouvelle-France.Comment expliquer un tel état de fait ?L’analyse démontre que les pionnières ont eu des grossesses beaucoup plus rapprochées, car l’environnement canadien favorisait un accroissement de la fécondabilité et une diminution de la mortalité intra-utérine.D’où une fécondité plus élevée qu’en France.Par contre, leur stérilité définitive s’est révélée plus précoce que celle observée aussi bien au Canada que dans les populations européennes des XVIIe et XVIIIe siècles.Cette dernière constatation semble attribuable aux conditions de vie antérieures à l’immigration, dont la médiocrité aurait marqué la capacité reproductrice des femmes.Qu’on pense ici à certaines des célèbres « filles du roi » envoyées par Colbert, dont plusieurs étaient orphelines et avaient souffert avant leur départ des piètres conditions alimentaires et hygiéniques sévissant à l’Hôpital général de Paris.Ainsi, l’héritage des années vécues en France et l’apport d’un nouveau milieu marqué, entre autres, par l'a salubrité du climat et une alimentation plus riche et diversifiée que celle des Français de la même époque, se sont conjugués pour attribuer une fécondité particulière aux pionnières.LA DESCENDANCE DES PIONNIERS AU FIL DES GÉNÉRATIONS Le rôle crucial de la fécondité au cours du premier siècle de la colonie n’est pas à démontrer.Dans un contexte d’immigration relativement ténue, le comportement procréateur des premiers habitants a assuré la survie du pays.Aussi convient-il de dépasser l’étude de la fécondité des couples et d’analyser la descendance des pionniers sur plusieurs générations.Notre registre informatisé de population permet une telle observa- tion, limitée pour l’instant à la période précédant 1730.La forte descendance des pionniers avait frappé les anciens chroniqueurs et elle ne cesse, encore aujourd’hui, de surprendre (encadré 3).Ainsi, avant 1730, la descendance totale de Guillaume Couillard et de Guillemette Hébert, mariés à Québec le 26 août 1621, s’établit à 689 personnes nommément identifiées : un siècle après le mariage de ce couple ancestral, plusieurs enfants de leurs arrière-petits-enfants étaient déjà nés.Mais les champions incontestés sont Jean Guyon et Mathurine Robin, mariés en 1615 en France : ils apparaissent dans les ascendances de 2 150 individus nés avant le 1er janvier 1730.La plupart des Québécois de vieille souche, sinon tous, comptent sans doute ce couple parmi leurs ascendants.Les pionniers ont eu en moyenne 6,3 enfants.Ce nombre ne tient compte que des naissances connues et exclut certains enfants nés hors du Canada ; il est d’autant plus important que 10 p.cent des pionniers n’ont aucun enfant né en terre canadienne.Toutefois, en termes de descendance, le nombre d’enfants importe moins que la proportion de ceux qui se marient.A cet égard, près de la moitié des pionniers ont eu au moins 4 enfants ayant convolé ; certains (4 p.cent) en ont même compté 10 ou plus.A la seconde génération, près d’un pionnier sur 5 n’a plus de descendants.Pour les autres, le nombre de petits-enfants fluctue considérablement : plus de la moitié en ont 20 ou plus, et un sur 5 en compte au moins 50.Ainsi se manifestent, dès les deux premières générations, des différences dans la descendance des pionniers.Notons cependant que les plus féconds ne présentent pas forcément les descendances les plus considérables.Les champions de la descendance totale n’ont pas beaucoup plus d’enfants que la moyenne des pionniers.En réalité, les plus grandes descendances sont le fait des tout premiers colons du pays.Ceux-ci ont amorcé leur descendance en France vers 1623, soit environ 40 ans plus tôt que la moyenne.L’ancienneté de leur établissement leur confère une supériorité qui ne pourra jamais être comblée.Par quel mécanisme?D’une génération à l’autre, c’est-à-dire 30 ans environ après son premier mariage, le pionnier a déjà 10 descen- 2.DE L'ANCIENNE À LA NOUVELLE-FRANCE : UN MOUVEMENT MIGRATOIRE RESTREINT La France n'est pas reconnue pour avoir fourni, sous l'Ancien Régime, un grand nombre d'émigrants à ses colonies d'outre-Atlantique ou à ses pays voisins.On peut fixer à environ 15 000 le nombre de Français qui ont fait voile en direction du Canada au XVIIe siècle, ce qui représente en moyenne 160 individus par année à compter de la fondation de Québec en 1608.Un tel mouvement n'aurait donc touché que 8 personnes par million de Français, à cette époque.En décuplant les départs, les effets de l'émigration sur le pays alors le plus peuplé d'Europe seraient demeurés imperceptibles, mais le destin de l'Amérique du Nord en aurait probablement été changé.Ajoutons que les deux tiers des immigrants n'ont fait qu'un séjour temporaire dans la colonie avant soit de retourner définitivement en France, soit de mourir au Canada en étant restés célibataires.On voit donc combien l'apport migratoire français a été restreint.Surtout si on compare avec la colonie anglaise : avec une population dépassant à peine le tiers de celle de la France, les îles britanniques auraient envoyé au Nouveau Monde près de 380 000 immigrants au cours de la période 1630-1699, soit environ 5 400 individus par année et 680 personnes par million de Britanniques.Cette faiblesse de l'immigration et l'ampleur des retours dans la métropole s'expliquent principalement par le fait que la jeune colonie n'offrait pas les structures économiques nécessaires pour conserver son capital humain, l'économie fondée sur la traite des fourrures exigeant peu de main-d'oeuvre.De plus, le déséquilibre du marché matrimonial au XVIIe siècle — trop peu de femmes pour le nombre d'immigrants masculins — n'aidait guère ceux qui avaient traversé l'Atlantique à fonder un foyer dans la colonie. 28 INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1988 3a FIGURE 3 |- Pascal"" • Mercier Joseph Mercier - Julien Mercier (du j- Pascal ; Mercier ! ! _ Marie— Poulin j - ! i •- Jean - 1 .Cloutier • j- Anne-; Cloutier ! •- Marie , Martin ercne/ Çàîïîü (de Normandie 1 ' MeTCier “ - IïCohutiU 11- PeTC’'e> s;jsî*t,iu pe,-che> fiïîtïS"^ France) Cïïlïîïi”»* i M -Josèphe-I Mercier j gîîîh.r
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