Québécoises deboutte!, 1 juillet 1973, Cahier 2
LES FEMMES EN CHINE La Chine a près de 800 millions d’habitants, ce qui veut dire environ 400 millions de femmes.Le peuple chinois a accompli une révolution pour construire le socialisme, conscient que le socialisme ne pourrait exister sans la libération des femmes.Il nous a donc paru important de parler des luttes que mènent les femmes chinoises pour leur libération.Comme sources de renseignements, nous avions quelques chapitres du livre De la Chine, écrit par une Italienne, Maria-Antonietta Macchiocchi, à son retour d'un voyage en Chine.Nous avions égale— ment des textes distribués par les Chinois eux-mêmes sur l'émancipation des femmes en Chine.Or, au moment même où nous nous préparions à écrire un article sur les Chinoises, à partir de ces données, un nouveau livre sortit en librairie .Il s'agit de La Moitié du Ciel, écrit par une féministe française, Claudie Broyelle, et préfacé par Han Suyin.Elle a écrit ce livre en revenant d'un voyage qu'elle fit en Chine enl971 avec une douzaine de femmes françaises, ménagères, ouvrières, étudiantes.Elles se rendirent en Chine spécialement pour s'informer de la condition des femmes là-bas.Ce livre apporte donc beaucoup d'informations nouvelles sur la vie des Chinoises, sur les moyens mis en oeuvre pour leur libération; de plus, ce sont surtout les Chinoises elles-mêmes qui racontent leur vie, leurs expériences de lutte.L'auteur du livre les cite largement tout au long du livre et tire quelques conclusions quant à l'exemple que ces les luttes peuvent apporter aux femmes des pays occidentaux.Nous avons alors décidé de publier une série d'articles sur les femmes en Chine, sous forme de cahier, inclus dans les prochains numéros du journal.Nous transcrirons intégralement de larges extraits de ce livre, en y rajoutant de temps en temps nos propres commentaires.Nous pensons en effet que les exemples très concrets sur les moyens qu'ont pris les femmes chinoises pour se libérer sont très intéressants à connaître.Non pas pour les imiter aveuglément, ce qui serait irréalisable, vues les conditions différentes dans notre pays, mais pour mieux voir encore ce que peuvent signifier des revendications telles que: "garderies gratuites contrôlées par les parents", "collectivisation des travaux ménagers", "à travail égal, salaire égal", etc____ Nous reprendrons, dans dans ces cahiers, les principaux thèmes, tels qu'abordés par Claudie Broyelle, à savoir : les femmes et le travail la socialisation des travaux domestiques la socialisation de l'éducation des enfants la sexualité 1 /—Bref — aper ç u ¦hi s t o r i que *\ Depuis plus de 2000 ans, la Chine était un immense empire, dominé par un régime fépdal.Les paysans qui composaient la majorité de la population, étaient exploités par une classe de seigneurs féodaux, a-vec au-dessus de tous, l'empereur.Les dynasties duraient généralement plusieurs centaines d'années.La dernière , la dynastie des Ch'Ing commença en 1644 et finit en 1911.La société chinoise vivait dans un système entièrement autoritaire.Selon Mao Tsé-Tung: "Un homme, en Chine, est habituellement soumis à la domination de 3 systèmes d'autorité.Quant aux femmes, en plus.elles sont aussi dominées par les hommes.Ces quatre "autorités" -politique, familiale (au sens large), religieuse et masculine- sont la structure de toute l'idéologie féodale-patriarcale, et sont les 4 liens puissants enchaînant le peuple chinois, particulièrement les paysans".(1) Tout au long de ces centaines d'années, il y eut de nombreuses révoltes de paysans, sauvagement é~.crasées par le pouvoir impérial.En 1911, l'Empire tombe.Sun Yat-Sen à la tête de son parti nationaliste, le Kuo-Min-Tang, prend le pouvoir et crée la République de Chine.Entre 1900 et 1927, il y eut de nombreux mouv ements de femmes.En 1924, il y eut la formation de l'Association pour l'Emancipation des femmes.Les droits des femmes chinoises devint un objectif important.Pour réaliser ses droits, il fallait complètement restructurer la société chinoise.Les Communistes voulaient la Révolution, les Nationalistes ne voulaient pas.La scission au sein du Kuo-Min-Tang arriva .en 1927 .Tchang-Kai-Shek, à la tête des nationalistes organisa des massacres de communistes.Tchang et ses collaborateurs furent particulièrement violents contre les femmes militantes du Kuo-Min-Tang.Les droits des femmes étaient un symbole important du changement social profond que voulait la gauche; les natio— nalistes devaient donc détruire ce mouvement.Des milliers de femmes (et d'hommes) furent décapités.On coupait le nez et les seins aux femmes qui avaient voulu s'émanciper quelque peu en refusant un mariage forcé.- «J Un détachement féminin de l'Armée Rouge, pendant la guerre de Libération .La guerre civile commença donc en 1927 et dura 10 ans.De 1937 à 1945 , les communistes se rallièrent aux Nationalistes du Kuo-Min-Tang pour chasser les impérialistes japonais.Une fois les Japonais repoussés, les Communistes combatirent contre Chang Kai Shek de 1945 à 1949.En 1949 les Communistes prirent le pouvoir en Chine qui devint la République Populaire de Chine.Durant ces années de guerre de libération populaire , les femmes prirent une part active à la lutte.Dès 1931, le Parti Communiste promulga de nouvelles lois sur le mariage dans les zot’s libérées.Mais pour bien comprendre ce que la révolution signifiait pour les femmes, il faut brièvement rappeler quelle était leur situation dans la Chine féodale (c'est-à-dire jusqu'à la guerre de libération populaire).2 L e s—f emmes— dans laChin e—f é o d a 1 e "Avoir une fille n’était certes pas un don du ciel parmi les pauvres.Et bienheureux si on pouvait la "fiancer" de bonne heure, elle serait alors à la charge de sa belle-famille.C’est—à—dire qu’en échange du gîte et de la table —et des mauvais coups- elle servirait ses parents de l’aube à la nuit tombée.bien pratique! Plus tard elle donnerait des fils a son mari; avec un peu de chance elle pourrait faire subir a sa bru ce qu elle—.neme avait subi.Quoi de p/re que la condition des femmes dans la famille féodale?Avec elles, tout est permis: les acheter, les vendre, les battre, les violer, les sacrifier aux dieux, leur voler leurs enfants, leur bander les peids pour qu'ils restent minuscules; l'imagination ne suffit pas pour se faire une idée de ce que fut la réalité pour les femmes.Toute leur vie elles s’entendront répéter la règle des trois obéissances: obéissance au pere avant le mariage, obéissance au mari après le mariage, obéissance au fils aîné dans le veuvage.De plus: "L'homme avait le droit de se marier, puis de prendre des concubines autant qu'il en voulait , et de les faire vivre dans la demeure conjugale.Les concubines avaient les même "devoirs" qu'une épouse légale; en particulier , elles devaient respect et obéissance au maître de famille.Mais elles n'avaient pas les mêmes droits: et elles devaient aussi obéissance à l'épouse légitime.Cette situation, polygamique dans les faits, ne concernait, on l'aurait deviné, que les hommes riches qui avaient le pouvoir de s'offrir ce qu'ils désiraient, quand ils le désiraient.es Chi noise s—c t-4 a—1 i b é r a t i o n "Il n'y avait pas de solution pour les femmes dans la Chine féodale.Leur oppression ne tenait pas simplement à de vieilles coutumes, à des traditions millénaires trop lourdes à dissiper.L'oppression maritale des femmes était tout entière liée au système économique.Sinon comment comprendre qu'une telle situation ait pu se mr intenir non seulement des sièî-cles, mais même quelques années?La Chine a connu tout au long de son histoire de nombreuses révolutions paysannes, mais jamais elles ne triomphèrent , et jamais les femmes ne purent entrevoir une autre vie.Ce n'est qu'avec l'apparition du prolétariat qu'une voie nouvelle, une issue apparut pour des centaines de millions de paysans et pour les femmes.C'est pourquoi le mouvement de libération des femmes chinoises est si intimement lié a la révolution car, pour la première fois, les femmes voyaient la possibilité de jouer un rôle nouveau sur la terre, la possibilité de faire autre chose que de servir le mari, servir la belle-mère, servir le propriétaire foncier, servir les dieux." LES FEMMES PORTENT SUR LEURS EPAULES LA MOITIE DU CIEL ET ELLES DOIVENT LA CONQUERIR." MAO-TSE-TOUNG.3 La libération des femmes ne pouvait pas être l'affaire des femmes seulement; trop de choses étaient liées à leur oppression.Elles dépendaient de tant de "choses"! Elle ne pouvait se faire que dans la révolution.De même que la révolution en pouvait se faire sans briser les superstitions, le respect du clan, le culte des ancêtres et le pouvoir marital sur lesquels reposait le pouvoir du propriétaire foncier.C'est pourquoi, dans les régions libérées par l'armée rouge des ouvriers et des paysans, le mouvement des femmes connut une telle ampleur.Partout les femmes opéraient le "grand renversement"; avec l'arrivée de la VIII armée de route, elles se convainquaient de la possibilité d'établir l'égalité des femmes avec les hommes.Ainsi elles organisaient des équipes de surveillance et lorsqu'elles avaient trouvé un cas typique, une famille qui traitait la femme particulièrement mal, elles allaient voir celle-ci, lui parler, pour la persuader de la possibilité de se libérer de ce joug si les femmes s'unissaient.Alors elles organisaient des réunions de femmes du village où elles convoquaient le mari, ou le beau-père et le sommaient de s'expliquer publiquement devant les accusations de la femme, ou de la belle-fille .S'il refusait de s'expliquer, il n'était pas rare qu'elles le battent, pour lui montrer que les choses désormais ne seraient plus jamais comme avant, et qu'il ne devait pas s'aviser de sévir contre sa femme une fois seul avec elle; car le comité de femmes restait là vigilant, prêt à intervenir à nouveau s'il le fallait." En même temps qu'ils organisent une plus juste répartition des terres dans les zones libérées, les communistes faisaient appliquer les nouvelles lois sur le mariage qui donnaient aux femmes un début d'indépendance économique ; elles étaient donc plus autonomes face au clan et à la famille.La révolution culturelle i La construction du socialisme et donc des conditions permettant la libération des femmes commença en 1949.La loi sur le mariage de 1950 promulguait dans ses principes généraux: "Le système du mariage féodal arbitraire et forcé, basé sur la supériorité de l'homme sur la femme est désormais aboli.Le nouveau système du mariage démocratique basé sur le libre choix des partenaires, sur la monogamie, sur les droits égaux pour les deux sexes et sur la protection des intérêts légaux des femmes et des enfants devra être mis en pratique".Il ne suffisait pas de changer les lois.Une série de mesures furrnt prises: les femmes eurent accès à l'éducation, elles étaient intégrées à la production sociale et pour ce faire on commença à créer crèches et garderies.On amorça la collectivisation de certaines travaux ménagers (en particulier la préparation des repas).Mais la lutte des classes n'était pas finie; une nouvelle classe commençait à se créer, une nouvelle bourgeoisie privilégiée, composée surtout de bureaucrates, de fonctionnaires et d'intellectuels.La Chine risquait de voir sa révolution dégénérer comme la révolution russe et la libération des femmes aurait été retardée pour plusieurs années encore.Le groupe qui voulait protéger l'existence de cette nouvelle classe dirigeante était mené par le président de la République, Liou Chao Chi .Mao Tsé Tung lança alors un appel à tout le peuple chinois, aux jeunes en particulier, en vue d'accomplir une nouvelle révolution en Chine, en vue de faire disparaître toute classe de "priviligiés".Le peuple chinois répondit à cet appel et entreprit de critiquer collectivement tous ceux et celles qui ne voulaient pas que la construction du socialisme se fasse réellement sous la direction de la classe ouvrière.Cette révolution, comme toüte révolution ne se fit pas sans heurts.Mais finalement la ligne prolétarienne, en faveur de la direction de la classe ouvrière, l'emporta sur la ligne révisioniste, luttant pour les privilèges d'une minorité.Les femmes participèrent très activement à la révolution culturelle, d'autant plus que Liou Chao Chi niait le rôle révolutionnaire des femmes en les poussant à retourner au foyer et à réprendre leur rôle traditionnel de mère-épouse et ménagère.4 IL EST IMPORTANT DE SE RAPPELER QU'EN CHINE PLUS DES 3/4 DE LA POPULATION VIVENT EN ZONES RURALES.____________________________________________________________________________________ Les femmes et le travail Travailler à l'extérieur de la maison n'est pas toujours libérateur.Car, quand la production continue à fonctionner selon une organisation de type capitaliste, c'est-â-dire en respectant et en approfondissant la séparation entre le travail intellectuel et le travail manuel, selon les critères de profit et de rentabilité, quand la production marche à coup de règlements bourgeois, discipline aveugle et stimulants matériels (bonus, primes), d'un côté ceux qui pensent et de l'autre ceux qui exécutent, alors ceux qui sont le moins instruits, et en particulier les femmes, sont aussi les plus opprimés.Si un nombre finalement important des femmes avait pu se laisser convaincre des bienfaits du retour au foyer, par Liou Chao Chi, c'est en premier lieu parce que dans certaines usines la lutte de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat n'avait pas encore permis de vaincre la bourgeoisie sur ce terrain.Le travail, de ce fait, restait soumis à des critères bourgeois.Non, la production capitaliste, même améliorée, ne peut pas plus libérer les femmes qu'elle n'a jamais libéré les hommes.On apprend à manoeuvrer un tour et on COMPREND comment il fonctionne.exemple d'usine de quartier A Tchaou Yan à Pékin, une ouvrière d'une cinquantaine d'années, raconte l'histoire de cette usine: "Jusqu'en 1958 dans ce quartier, la plupart des femmes restaient encore â la maison, au service de leur famille, ménage, soins des enfants.C'est alors que le pays tout entl-.r se souleva pour accomplir "le grand bond en avant", c'est-à-dire que toutes les énergies se mobilisèrent pour franchir une nouvelle étape de transformation de la société.Dans les campagnes, les paysans regroupaient les coopératives de forme supérieure pour créer des communes populaires; l'industrie se décentralisait largement, on vit se développer dans les coins les plus reculés des petites unités de production industrielle.Et nous, les femmes, devions-nous rester à la maison, à l'écart de la tempête?Le président Mao nous appela "â compter sur nos propres forces, à nous dégager des tâches ménagères et â participer aux activités productives et sociales".Nous voulions répondre à cet appel , faire nous aussi le grand bond en avant.Mais comment s'y prendre?C'est alors que dans ce quartier une vingtaine de femmes se décidèrent à "franchir" la porte de la famille pour créer une usine de quartier.Le comité de rue nous prêta deux hangars vides à cet effet.A voir les choses sous un certain angle on peut dire que nous avions tout contre nous: nous étions peu nombreuses, aucun équipement, pas de crèche, pas de cantine, aucune expérience de la production (nous étions toutes des ménagères), nous ne savions même pas quoi produite.Mais d'un autre côté nous avions de gros atouts en main: ce n'était pas pour apporter un peu plus de confort a notre famille que nous avions décidé de travailler: nous voulions transformer la société transformer la condition féminine.Que les éemmes ouvrent la porte de la maison qui leur bouche la vue! Nous ne voulions plus servir notre famille, nous voulions servir le peuple .Finalement , après enquête auprès des habitants du quartier, nous avons décidé de produire des objets de première nécessité qui leur manquaient: des bouilloires, des tuyaux de poêle, des casseroles, etc.Nous avons apporté de chez nous nos propres outils: des marteaux, des j'inces, quelques tournevis, des clous, etc.Nous n'avions rien d'autre.Nous sommes allées récupérer dans des usines des plaques de métal, des tubes de fer, et on s'est mis au travail.Quelquefois des ouvriers venaient après leur travail nous montrer comment il fallait s'y prendre.Un autre genre de gros problème était la garde des enfants.Par exemple, la camarade que voici en avait cinq.On \ 5 s'arrangeait comme on pouvait; les plus grands gardaient les plus petits, certaines, soutenues par leur mère ou leur belle-mère, pouvaient les leur confier.Il y avait aussi des voisines qui nous approuvaient et qui nous donnaient un coup de main.On peut dire que ce problème a été résolu par l'entraide à cette époque.Pendant toute cette période, nous n'avons touché aucun salaire.Souvent même, nous restions à l'usine jusque tard dans la nuit pour terminer un travail que nous nous étions fixé.Finalement nous avons réussi, après des tâtonnements, à produire de nos mains des bouilloires et des tuyaux de poêle.Cette production fur acceptée par l'Etat.Ce fut notre première victoire.Quoi! de simples ménagères sans qualification avaient réussi en s'entraidant, à force d'énergie et d'obstination, à fabriquer des ustensiles ménagers d'une qualité suffisante pour que l'Etat les leur achète?Notre ardeur redoubla.On décida alors de diversifier cette production d'après les besoins du peuple; après une enquête qui nous fit connaître de nouveaux besoins locaux, nous a-vons commencé la fabrication d'appareils médicaux: plaques de protection contre les rayons X, armoires isolantes.Nous avons utilisé pour cela de vieilles machines qui ne servaient plus; nous les avons démontées, réparées et transformées nous-mêmes pour augmenter notre productivité et faciliter notre travail.Celui-ci était plus complexe et requérait plus de connaissances que la fabrication des bouilloires.6 Nous avions affiché dans l'atelier cette phrase du président Mao: "Aujourd'hui les temps ont changé, ce qu'un homme peut faire, une femme le peut aussi." Au fond il n'y avait aucune raison pour que nous, les femmes, ne puissions construire ces appareils.Quelquefois, devant les difficultés, le découragement s'abattait sur certaines d'entre nous.Elles disaient: "A quoi bon tous ces efforts, nous ne réussirons pas.Nous n'avons pas d'instruction, les appareils médicaux sont trop difficiles à produire, il vaudrait mieux se limiter aux bouilloires." Nous discutions entre nous."Nous ne sommes pas ici pour nous enrichir, encore moins pour enrichir quelque "seigneur".Le peuple a besoin de ces appareils et nous les femmes, nous baisserions les bras devant les échecs! Pendant des siècles et des siècles, les femmes chinoises ont été considérées comme des bêtes.NOus faisons partie de la classe ouvrière, comment celle-ci pourrait-elle diriger la pays si la moitié de ses membres reste inculte, incapable d'assimiler des techniques nouvelles?NOus ne savons rien! Très bien, apprenons! C'est sur les pages blanches qu'on écrit les plus belles histoires!" Et nous nous remettions à la tâche, notre confiance retrouvée.Avec 1'aj.de d'autres usines qui nous envoyèrent des gens expérimentés pour nous conseiller, nous avotvj réussi à produire non seulement des plaques de protection et des armoires isolantes, mais encore de grands sté- rilisateurs à hautes températures et des lampes infrarouge.Après examen, l'Etat nous confia alors cette tâche de production et notre usine prit son nom actuel d'"Usine de matériel médical de Tchaou Yan".A ce moment-là , nos rangs avaient grossi, nous étions un peu plus de trois cents, dont une vingtaine d'hommes.En 1960, nous avons construit quatre autres ateliers dans la cour sans demander un centime à l'Etat, simplement en récupérant des briques provenant d'anciens bâtiments.Nous avons construit cette même année unrestaurant et une crèche dans l'enceinte de l'usine.Tout cela de nos propres mains; nous pouvons consr truire le socialisme avec nos mains.Quand à nous, bien sûr, nous sommes salariées, et c'est important d'avoir conquis notre indépendance économique; mais il faut comprendre que ce qui est plus important encore, c'est d’être de plain-pied dans le monde, de se soucier des affaires collectives au lieu de rester préoccupées par les seuls problèmes familiaux.Nous avons fait de la production une arme pour nous libérer, pour mieux servir le peuple chinois et la révoltior.mondiale." des petites usines de rue.-— Des petites usines de quartier comme Tchaou Yan il y en a des milliers en Chine.C'est dans la lutte pour la création et la progression de ces petites usines que les femmes posent le problème du travail domestique et créent restaurants et crèches.Ce type de développement industriel facilite tout particulièrement la participation des femmes à la production sociale.Il fait appel non pas à une qualification technique préalable que les femmes n'ont pas, mais à leur initiative et à leur connaissance des besoins concrets des masses; et qui, plus que les femmes, est à même de prendre en main la transformation du quartier, elles qui en ont assuré la vie quotidienne pendant de longues années?Qui plus que les femmes est à même de mettre au premier plan l'utilité d'un objet, et non pas sa valeur marchande, elles dont le travail pendant des siècles a consisté à entretenir , à nettoyer, préparer, à fabriquer ce qui était utile pour les proches et non ce qui üapporte "?Même si, bien entendu, elles ont effectué cette production dans des rapports d'oppression insoutenables qui fondent leur révolte, elles n'en ont pas moins acquis un sens aigu du travail utile, qui ne se mesure pas en profit, en "rentabilité", en temps de travail.Lorsqu'elles remettent en question collectivement le sens d'un travail tourné au service de la cellule privée, lorsque la société dans son ensemble engage une lutte sans merci contre l'intérêt privé, a-lors les conditions favorables existent pour que s'épanouissent de façon éclatante les "qualités des femmes" jusqu'alors refoulées. à travail—égal, salaire—égal 1 e s—f emme s—e t— 1 a— c onnaissance Le développement de la technologie n'est pas un préalable à la crétaion de petites u~ nitës de production.Mais il ne doit pas pour autant être sous-estimé.Et c'est encore le grand mérite de l'industrialisation chinoise que de faire participer l'ensemble des ouvriers au progrès des forces productives.L'exemple de Tchaou Yan où tes mêmes ex-mé-nagères à peine scolarisées sont passées en huit années de la procution de bouilloires à celles de stérilisateurs, puis de machines électroniques, illustre bien cette progression dans l'acquisition de plus en plus profonde des techniques les plus avancées.» Cette femme nous disait : "Avec l'aide de grandes usines nous avons réussi cette fabrication complexe".Cela se passe ainsi: la petite usine de quartier, pour former ses propres techniciennes, envoie quelques ouvrières travailler dans les grandes usines sur des machines perfectionnées avec des ouvriers expérimentés et des techniciens.Là elles acquièrent de nouvelles connaissances utiles; et à leur retour à l'usine elles forment alors avec les autres ouvrières des ë-quipes d'innovation technique dans lesquelles sont surmontés collectivement les obstacles nés du manque de moyens, et du manque de formation.¦ Les équipes d'innovations techniques, s'attachent toutes à détruire, sur des points différents, la division sociale entre travail manuel et travail intellectuel.Et c'est parce que Jloppression des femmes est étroitement liée à cette séparation que, dans le mouvement social (composé par toutes les classes et fractions de classe révolutionnaires de la société) de destruction de cette division, les femmes tracent la voie de leur libération.Si l'on fait un parallèle avec un passé encore récent, les forces productives se développent en Chine par bonds gigantesques, et pourtant elles restent maîtrisables, et de plus en plus maîtrisées, par les masses, Comment d'ailleurs la classe ouvrière pourrait-elle exercer son pouvoir s'il en était autrement, si elle n'avait qu'une connaissance étroite, parcellaire, de la production, si elle était "dominée par la technique"?Et c'est justement ce qui fonde la libération des femmes chinoises: leur participation effective, non formelle, au pouvoir, parce qu' elles ont acquis par la production sociale révolutionnarisée, une connaissance approfondie de la société dont elles étaient privées dans leur foyer.Quel meilleur moyen peut-il exister pour des femmes opprimées que de leur permettre d'accéder d'emblée aux connaissances scientifiques les plus larges, les plus globales?Cela non par la voie de l'élève qui apprend ce que le maître lui enseigne, mais en dirigeant la coopération entre les intellectuels et les ouvrières?A ce sujet, citons un article du journal chinois le Drapeau Rouge: "Cette vieille survivance de l'ancienne société qui consiste à opposer travaux agricoles masculins et travaux agricoles féminins subsiste encore dans certaines régions; des travaux d'une technicité assez poussée comme l'ensemencement du blé ou du riz et la fertilisation des sols sont considérés comme des travaux d'hommes.Certains refusent aux femmes de s'y initier et d'y participer, sinon en se moquant d'elles en disant que c'est "La poupe en avant", que c'est le monde à l'envers".L'article fait remarquer que si justement les hommes ont acquis une supériorité technique dans ces travaux, cela vient uniquement du tait qu'ils en ont une longue pratique, tandis que les femmes, elles, étaient confinées, dans l'ancienne société,dans les tâches domestiques, les travaux agricoles leur étant le plus souvent interdit.' De l'égalité des tâches à l'égalité de ¦alaires 1 I "Pourquoi, ajoute le Drapeau Rouge, une pratique répétée ne leur permettrait-elle pas, à elles aussi, de passer maîtres dans la technique du repiquage du riz?Si on leur refuse toute expérience pratique, d'où la technique pourra-t-elle leur venir?Ces attitudes relèvent d'une pensée féodale.C'est une manifestation du mépris des classes exploiteuses pour les femmes.C'est cette prétendue nature féminine, concept pernicieux et rétrograde auquel Liou Shao Chi et les autres se référàient'.'y ".L'application du principe de l'égalité des salaires entre hommes et femmes est avant tout un problème politique très important, un problème de ligne idéologique.L'égalité des hommes et des femmes sur le plan économique est étroitement lié à leur égalité sur le plan politique.La persistance dans certains endroits de la vieille idéologie qui tend à surestimer les hommes et à sous-estimer les femmes n'est que le reflet politique de l'inégalité économique des hommes et des femmes.Et c'est d'ailleurs sur le plan politique que se manifeste l'opposition des larges masses féminines à cette inégalité.Certaines femmes disent fort bien: "Nous ne luttons pas pour quelques point de travail supplémentaire * , nous luttons pour l'honneur." Considérer que l'inégalité de rétribution entre- hommes et femmes n'est pas d'une importance primordiale revient virtuellement à considérer que le sta- tut de la femme n'est pas d'une importance primordiale.ce qui en soi relève d'une idéologie féodale du mépris des femmes!." * La répartition des revenus se fait annuellement après la récolte d'automne, en prenant l'équipe de production (unité de base de la production agricole) comme base de calcul.Tous les mois à l'intérieur de l'équipe, chaque membre s'attribue les points qu'il croit pouvoir accorder à son propre travail; cela se fait dans une discussion collective.C'est justement à propos de l'attribution de ces points-travail aux femmes que la polémique a lieu.(I): Traduction libre de "Quotations from Chairman MaoPekin, Foreign language Press 1963), p.294-293, cité dans "Sisterhood is powerfull", p.387.Chine, la participation des femmes au travail collectif revêt donc différents aspects: 1- Les femmes, comme les autres travailleurs chinois participent à la conception du travail qu'elles font: c'est à dire qu'elles ne sont pas de simples exécutantes d'un ouvrage, sous les ordres d'un supérieur ou d'un cadre qui, lui, possède "le savoir".Lés femmes ne sont plus les "ignorantes", car il suffit d'avoir les moyens d'apprendre pour connaître .2- Les lieux de travail sont généralement près du logement, et la vie au travail n'est pas coupée de la vie du quartier.Des bucneronr.es -A 3- Les femmes créent de petites usines à partir de leurs besoins et des besoins du quartier.Il n'est pas nécessaire d'attendre que les ateliers soient construits pour travailler: on n'a qu'à .construire soi-même les ateliers! 4- Les services communautaires s'organisent pour répondre à une nécessité collective: par exemple, dans certains cas, plusieurs femmes ensembles qui veulent travailler, ont besoin d'une garderie pour leurs enfants.Elles la font, puis la communauté la prend en charge.5- Les femmes sont salariées: c'est à dire qu'elles acquièrent une réelle indépendance économique.Le principe "à travail égal, salaire égal" étant mis en application, la division des tâches selon le sexe va en dimminuant.De l'égalité des salaires on va vers l'égalité des tâches.Ce qui semble particulièrement remarquable dans la lutte pour la libération des femmes en Chine, c'est que cette libération n'est pas imposée par en haut: ce sont vraiment les femmes qui prennent en main leur libération.Ce sont elles qui forgent les intruments qui leur permettront de créer un véritable socialisme où il n y aura plus aucune discrimination envers les femmes.Il est évident que cette lutte est appuyée par les instances dirigeantes de Chine, c.a.d.par le Parti Communiste Chinois.Et le Parti sait bien qu'on ne fait pas la libération des femmes sans les femmes.C'est donc à elles que revient de trouver les moyens des se libérer dans la lutte pour le socialisme.Dans le prochain numéro, nous verrons particulièrement le travail des femmes dans les zones rurales et la socialisation des travaux domestiques.
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