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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2011-11-26, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2011 ROMAN Véronique Marcotte, démêler le vrai du faux Page F 3 ESSAIS Relire Galbraith avec les indignés Page F 5 LIVRES Courtemanche ou l’éthique de l’indignation Chroniqueur au Devoir, Gil Courtemanche est mort l’été dernier, à l’âge de 68 ans.Louis Cornellier, notre responsable des essais québécois, connaissait à peine \ l’homme, mais fréquentait assidûment son œuvre.A l’occasion de la parution du livre Le camp des justes, un recueil des chroniques de Courtemanche parues dans Le Devoir de 2002 à 2011, il livre ici sa vision de l’œuvre journalistique du regretté romancier et chroniqueur.LOUIS CORNELLIER La mort, écrivait Gil Courtemanche au moment du décès de Jean-Paul II, n’est pas le temps des règlements de comptes avec celui qui part, ni celui du mensonge admiratif.La mort ne doit surtout pas servir de prétexte à un délire médiatique admiratif et glorifiant qui travestit à la fois la personne et les faits.Les morts, même les plus orgueilleux, ne demandent pas qu’on mente en leur nom.» Gil Courtemanche était orgueilleux.II est mort prématurément le 19 août 2011.Pour être fidèle à sa mémoire, j’en parlerai ici sans mentir.Même s’il était chroniqueur au Devoir, Gil Courtemanche n’était pas mon ami.J’ai eu aflai-re à lui personnellement deux fois.Dans les deux cas, ce fut une catastrophe.La première fois, au Salon du livre de Montréal en 2003, il m’a apostrophé pour me traiter d’ignoble révisionniste parce que je ne partageais pas son interprétation du génocide rwandais.Surpris par son arrogante rudesse, j’ai tout de même voulu entamer une discussion, mais il s’est détourné avec mépris.Plus récemment, parce que j’avais critiqué ses positions en faveur d’une décentralisation des pouvoirs au Québec, Courtemanche m’a envoyé un courriel au ton dédaigneux dans lequel il m’accusait de mauvaise foi, tout en insistant pour que je ne lui réponde pas.Bonjour l’ambiance, comme on dit.Devant autant d’animosité, j’aurais pu décrocher.J’ai pourtant continué à fréquenter l’œuvre de Courtemanche—j’ai lu l’œuvre entier — parce que les désagréables aspérités de l’homme n’annulaient pas les qualités de l’auteur, romancier et intellectuel.J’aime ses romans, surtout le camusien Le monde, le lézard et moi (Boréal, 2009), et ses chroniques du Devoir, substantielles et stylisées.Un indigné permanent En relisant ces dernières, regroupées dans Le camp des justes, je retrouve presque à chaque page ce qui m’attache à cet intellectuel, par-delà sa personnalité rébarbative.Courtemanche, en effet, était un indigné permanent, mais qui «La lutte pour notre prospérité et notre confort passe obligatoirement par la lutte contre la pauvreté dans le monde» avait le souci de soumettre ses emportements à l’épreuve des faits.Homme de gauche, il veillait cependant à ne pas succomber à la tentation de la pensée réflexe, qui consiste à réagir en fonction de dogmes idéologiques préétablis.Courtemanche était un homme révolté, mais le militant, chez lui, ne faisait jamais taire (sauf dans le cas du Rwanda, peut-être) le journaliste.En octobre 2006, par exemple, il surprend tout le monde en signant une chronique dans laquelle il appuie sans réserve l’intervention militaire en Afghanistan.«Le pacifisme et le neutralisme ne constituent pas toujours des attitudes vertueuses et humanistes, écrit-il.Il arrive qu’ils soient aussi une forme de démission et de repli sur soi, une sorte d’égoïsme sophistiqué.[.] Si on croit que la stabilité du pays et que la sécurité des civils constituent une bonne chose pour le monde entier, ce que je crois, voilà plutôt une raison d’y rester et d’y intensifier la lutte contre les talibans.» Courtemanche se trompait peut-être — la situation, aujourd’hui encore, reste difficile à évaluer —, mais il prenait là une position courageuse pour quelqu’un de son camp.Peu de chroniqueurs québécois ont consacré autant d’énergie que lui à comprendre et à faire comprendre les grands enjeux internationaux.Amoureux déçu de l’Afrique et d’Haïti, Courtemanche blâme bien sûr les puissances occidentales pour leur comportement dans ces régions du monde, mais il n’épargne pas les potentats locaux.Il est vrai, explique-t-il, que l’Occident se comporte en rapace dans les pays du tiers-monde, mais il est tout aussi vrai qu’«î7 n’y a jamais eu de solutions africaines à des crises africaines».L’engagement du journaliste dans tous ces débats du bout du monde ne tenait pas qu’à une curiosité personnelle, mais à la conscience du fait que le monde, plus que jamais, est notre territoire.«On sait déjà que les bas salaires de la Chine effacent des emplois à Huntingdon, écrit-il, mais nous ne sommes pas encore suffisamment conscients de l’unité organique de la planète.La lutte pour notre prospérité et notre confort passe obligatoirement parla VOIR PAGE F 2: INDIGNATION I 'l'i,Al 'Çi/'/ \ I ) ) I ' - O - , À < heureuse d’accueillir Jean-François Nadeau, historien, poiitoiogue et directeur des pages cuitureiles du quotidien Le Devoir pour une discussion autour de l’œuvre, de la vie et de l’engagement de Pierre Falardeau.le jeudi décembre à 18 h librairie Galiimard 3700, Boulevard Saint-Laurent, Montréal 514,499.2012 librairie@gallimardmontreal.coni www.gallimardmontreal.com Ce recueii de iettres, adressées entre 1972 et 2009 au peintre hoilandais Léon Spierenburg, dans iequei Pierre Faiardeau parle en toute franchise de ses fiims, de ses combats et de ses idées, forme une véritabie fresque autobiographique et révèie toute ia compiexité d’un personnage hors du commun.^' Dn 14 an 20 novembre 2011 Romans québécois 1 Mémoires d'un quartier • Tome 10 Évangdline, la suite LeiiseTremblavtfEssiambte/GuvSaiit-Jean -/I 2 La serveuse du Cale Chettier Yves Beauchemin/Michel Brûlé 2/3 3 lUIalDlias • Tome 1 Le cas des casiers carnassiers Patrick Senécal/Alire 1/3 4 Bonheur, e^tu b?Francine Rud/Ubte Exoression 3/4 5 Félicité • Tome 1 Le pasteur et la brebis Jean-Pierre Chatland/Hurtubise 5/2 6 Au bord de la rivière • Tome 2 Camille Michel David/Hurtubise 4/5 7 Les héritiers d'EnIddiev • Tome 4 Le sanctuaire Anne Robillard/Wellan 6/8 8 Riles de Lune • Tome 5 L'héritier Élisabeth Tremblay/Mortagne -n 9 Mémoires d'un ouartier • Tome 9 Antoine, la suite Louse TremblayO'Essiambfe/GuvSaht-Jean 9/13 10 Ce pays de rêve • Tome 1 Les surprises du destin Michel Langlois/Hurtubise 7/4 Romans étrangers 1 Le Chinois Henning Mankell/Seuil 1/3 2 Aleph Paulo Coelho/Flammaiion 2/3 3 Limonov Emmanuel Catrère/POL -/I 4 Mort ou vif • Tome 1 Torn Clancv/Albin Michel 4/2 5 Un havte de paix Nicholas Sparks/Michel Lafbn 3/5 6 Theodore Boone.L'enlèvement John Gtisham/OH ! éditions 10/2 7 Mort ou vif • Tome 2 Torn Clancv/Albin Michel 6/2 8 Remède martel Harlan Coben/Belfond 5/7 9 Le prince de la brume Carlos Ruiz Zafdn/Robert Laffont 7/2 10 Corsaire Clive Cussler | Jack Du Brul/Grasset -n "?Essais québécois 1 De colère et d'esDoir Françoise David/Écosocièté 2/4 2 Les soldats d'Allah è l'assaut de l'Occident Diemila Benhabib/VLB 1/18 3 De quoi le Québec a-t-il besoin?J.Barbe I M.-F.Bazzo IV.Marissal/Leméac 3/5 4 Le camo des iustes Gil Courtemanche/Boréal -n 5 Ne vous taisez plus! Denise Bombardier IRancoiseLabotde/Favaid 6/8 6 On veut votre bien et on fauta.Comment l’insidieuse.Jacques Nantel I Ariane Krol/Transcontinental 5/5 7 Université inc.Des mythes sur la hausse des fiais.Eric Martin 1 Maxime Ouelict/Lux 8/4 8 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cèdilot 1 André Noël/Homme 10/56 9 Et si mourir s'apptivoisaL.Réflexions sur la fin de vie Serge Daneault/La Presse 7/10 10 Liliane est au lycée.Est-il indispensable d'Stie cultivé?Normand Baillargeon/Flammarion -/I "?^Essais étrangers 1 Petit cous cfautodélense en écontimiaCabc du caoilalisme Jim Stanford/Lux V2 2 lintin au pays des philosophes Gollectlf/Philosophie Magazine 3/5 3 Brève histoire du pragtès Ronald Wright/Bibliothèque québécoise 4/2 4 Indignezvous ! Stèohane Hessel/Indigène 2/43 5 Pour sauver la planète, sortez du capitalisme Hervé Kempf/Points 5/5 6 Destruction massive.Géopolitique de la faim Jean Ziegler/Seuil -n 7 L’influence de fodeur des croissants chauds sur la.Rusven Ogien/Grasset -/I 8 Demain, qui oouvemera le monde ?Jacques Attali/Fayard -n 9 Le lanalisme de l'Apocalypsa Sauver la tone, pirir l'homme Pascal Bruckner/Grasset 7/2 10 Travail les taisons de la colère Vincent de Gaulejac/Seuil -/I GALLIMARD Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangaise) est gnipridtaire du sj^me d'infamaticn et d'analyse strlesve[itesdeliviesf[angaisauCanada.Cepal[narèsest extrait de Ssimi etestconstituédesielevésde caisse deinpointsde venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoiie canadien pour le projet Ssspsi!.© BIIF, toute repraduction totale ou partielle est Inlerdita F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2011 LITTERATURE LITTERATURE ETRANGERE L’entomologiste et le rivage des syrphes CHRISTIAN DESMEULES Syrphe?«Mouche à abdomen jaune et noir, à antennes courtes, au vol vif, fréquente près des fleurs», nous dit le dictionnaire.Trop souvent victime de sa ressemblance avec la guêpe (une physionomie qui le protège aussi, tout compte fait, de certains prédateurs), ce butineur de choc est néanmoins capable de nourrir, on le verra, d’étranges vocations.Comment?Par quelle magie du récit, Fredrik Sjoberg, l’auteur de Piège à mouches, parvient-il à nous intéresser aux mœurs des syrphes et à sa propre ferveur pour ces minuscules insectes volants?C’est à mettre, sans doute, au compte des mystères de la littérature.11 est vrai, la passion peut surgir de partout.11 s’agit de savoir regarder.La méthode est ancienne.Lucien de Samosate, rhéteur et ^satiriste du IL siècle, dans son Eloge de la mouche, se disait déjà fasciné par l’infini-ment petit, subjugué par la membrane des ailes de l’insecte: «Elle est fleurie de nuances comme les paons, quand on la regarde avec attention, au moment où, se déployant au soleil, elle va prendre l’essor.» Mais à l’heure des écrans 60 pouces au plasma et de la Très Grande Vi- tesse, se poster durant des heures à côté d’un bouquet de fleurs, un fdet à la main, tient presque de la déviance.Certains comptent les grains de sable, d’autres attrapent les flocons de neige.Fredrik Sjoberg, lui, écrivain et entomologiste amateur suédois, décline la folie du collectionneur en faisant l’inventaire des espèces de syrphes qu’il attrape sur la petite île de l’archipel de Stockholm où il habite.Une île réputée depuis longtemps parmi les collectionneurs d’insectes.«Un asile de fous», précise Sjoberg.Et son activité entomolo-gique, il ne s’en cache pas non plus, agit comme un calmant, «une anesthésie bon marché».Promenade d’herborisation, biographie d’aventuriers et de savants fous, collection de «boutonologues» (de «boutono-logie», science improbable de l’étude systématique et du classement des boutons, c’est-à-dire du futüe et de l’accessoire).Piège à mouches en mène large.Digressif de bout en bout, Sjoberg nous parle largement de sa propre folie, mais nous emmène également sur les traces de René Malaise, un grand voyageur suédois du XX" siècle et inventeur du piège à insectes qui porte aujourd’hui son nom.Cari von Linné, naturaliste suédois et père de la taxinomie moderne, est lui aussi convoqué.Mais la mouche dont il est question, on l’aura compris, c’est peut-être surtout en creux Fredrik Sjoberg lui-même, qui se décrit en hurluberlu solitaire et patient.Et cette île dont il nous parle avec une passion presque jalouse, elle incarne aussi à merveille le piège qui le retient.Un petit livre sinueux et ludique ouvert sur l’invisible.Collaborateur du Devoir PIÈGE À MOUCHES Fredrik Sjoberg Traduit du suédois par Elena Balzamo Les Allusifs Montréal, 2011,224 pages LITTERATURE FRANÇAISE À la façon de Kafka Tout au long de sa vie d’écrivain, Louis Calaferte aura réussi à dérouter le lecteur GILLES ARCHAMBAULT Dans le tome onzième de ses Carnets, Circonstances, Louis Calaferte écrit: «Une œuvre ne l’est que si elle est une vie.Le reste relève du simple divertissement.» Aussi ne faut-il pas s’attendre à ce que Promenade dans un parc, publié une première fois en 1987 chez De-noël, soit en quelque manière un livre dont on parle généralement dans la presse people.11 s’agit de la réunion de soixante-treize brefs récits qui donnent du monde et des êtres humains une vision que les esprits légers qualifieraient de pessimiste.Ce serait faire l’impasse sur l’immense désir de communion perceptible à chaque page.La quatrième de couverture évoque un climat de colonie pénitentiaire.Avec raison.La plupart du temps, le personnage central de ces petites proses est un homme à l’écart, vivant misérablement, honni par la société pour des raisons qu’il ignore.11 ne se révolte pas, subit l’opprobre, se contentant à l’occasion de protestations qui ne franchissent pas le sol de sa masure.«Que vous dire encore, sinon que je suis une triste créature qui ne trouvera le repos que dans la mort, si toutefois elle est ce noir anéantissement que je me souhaite.» Quiconque a lu les écrits intimes de notre auteur sait qu’il était un croyant, un mystique, qui se définissait comme un anarchiste chrétien capable de proclamer sa foi tout en s’attaquant avec virulence aux doç-trines mises en avant par l’Église romaine.Qu’ü ait été un être complexe ne fait pas l’ombre d’un doute.S’il parle merveilleusement de sa conjointe dans les Carnets, il se livre dans La Mécanique des femmes à une analyse impudique de la sexualité féminine, renouant ainsi avec la réputation sulfureuse que lui avait value dans les années cinquante la publication de son roman autobiographique Septentrion.Tout au long de sa vie d’écrivain, il aura réussi à dérouter le lecteur.Vivant en marge, acceptant de payer le prix de son isolement, se contentant de revenus d’appoint, il écrivit pour le théâtre des pièces axées sur le comique et la dérision.Une atmosphère d’étouffement Calaferte parvint dans le livre qui nous occupe aujourd’hui à créer une atmosphère d’étouffement qui pourra paraître obsessif.11 me semble pourtant envoûtant, cet enchaînement de textes au style incisif et pourtant véhiculé par des phrases sinueuses autant que lapidaires.«Que nous soyons destinés à mourir est bien moins discutable que destinés à vivre et, quel qu’il soit, ne le savons-nous pas, le temps de notre durée n’est jamais qu’un répit.» Celui qui émet cet aveu se qualifie de déserteur, il se désolidarise des gens heureux, de ceux qui côtoient la richesse, possèdent des bolides et s’affichent en compagnie de femmes superbes.Pour vivre en reclus, ce qui a été à peu près le destin de Louis Calaferte.On l’aura compris, ce petit livre nous parle d’une perception de la vie et du monde qui ne doit rien à l’air du temps.Collaborateur du Devoir PROMENADE DANS UN PARC Louis Calaferte Gallimard, coll.«L’imaginaire» Paris, 2011,182 pages Olivieri Causerie avec Charles Taylor librairie ^-bistro Que signifie pour nous VIVRE DANS UNE SOCIÉTÉ SÉCULIÈRE ?Olivieri Au cœur de la philosophie Mercredi 30 novembre 19 heures Charles TAYLOR L'Age SECULIER Entrée libre/ réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges «Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance.» (L’Âge séculier, Éd.du Boréal) ANIMATEUR Georges Leroux, philosophe, lauréat du Prix du Gouverneur général (2011) pour son essai Wanderer: essai sur ie Voyage d’hiver de Franz Schubert.Bienheureuse autarcie De Catherine Millot à Pascal Quignard, certains écrivains déclinent la littérature au féminin.Cette humanité-là procède de ce qui touche à l’être premier.D’un côté, le roc qui persiste, selon Quignard après Freud; de l’autre, la solidarité originaire qui relie l’être à la nature.GUYLAINE MASSOUTRE A O solitude, ce bel essai de Catherine Millot, au ton intimiste de la confidence, chante le singulier.O bienheureux retour au premier monde, aux Champs-Élysées d’une chambre; ô déréliction de l’expérience intérieure! Dit «roman» tant la rêverie déborde du réel, ce livre contemplatif, heureux, touche au «grand silence originel, là où, dit Millot, les phrases qui s’écrivent dans ma tête font silence, et naissent du silence qui se fait».Le titre est de Purcell, après le poète St-Amant.Voici ranimées les mille formes d’autarcie qui naissent de l’expérience de soi.Ce bien-être, paradoxal, semblera suspect.S’agit-il d’un livre sur rien, où les mots se lovent sur eux-mêmes, complaisants à l’égotisme du fossile?N’est-ce pas là le reproche que font à la littérature ceux qui ne lisent pas?Pourtant, lire est une méditation; par sa confession tranquille, la psychanalyste Millot répond à la socialité bruyante, où l’image satisfaite et composée de soi n’est qu’habit bariolé, mal ajusté à l’incompressible soi.Rien de plus éloigné du bonheur, en effet, que le premier amour, qui fait rencontrer la solitude.Élle le raconte, décrit la détresse et l’angoisse.11 y a ensuite les ruptures amoureuses de là FRANÇOIS GUILLOTAFP Pascal Quignard, auteur notamment de Tous les matins du monde, publie Les solidarités mystérieuses chez Gallimard.l’âge adulte, et tout cela se relie à l’enfance, avant que la lecture ne gratifie l’esprit d’une forme de sérénité.Là, ses souvenirs et ses pensées font un miroir extatique.Ainsi la solitude montre-t-elle ses deux visages, l’une sombre et l’autre clair.O solitude s’ouvre et s’achève sur une croisière, symbole du «bonheur où le vaste monde vous sert de partenaire» et où la légèreté épouse l’évasion, sans obligation matérielle.Être porté, voire transporté: l’énigme de ce transport rejaillit en effusion, comme «le centre immobile d’une activité rayonnante», car ainsi font aussi les livres.En croisière O solitude offre donc un parcours livresque, entêtant et fidèle à Barthes.A vivre paisible dans son lit, Millot partage la félicité de sa vie proustienne, source de fantaisie.De là, les lieux de son enfance, Budapest et la Finlande, puis les îles éoliennes illustrent sa capacité d’adaptation dès l’enfance et les repères — madame Guyon, l’abbé Bremond, de grands mystiques — qu’elle entretient en rêvant.Nulle fiction ne troublera ce romanesque consenti.Millot y dévoile son viatique, Lacan, Proust, elle les suit en filigrane, silhouettes du retour au même.Vivre n’y est ni ennui, ni charge lourde, mais images bondissantes, paresseuses, goûtées.L’équilibre autarcique d’une vie, menacé par le manque, l’in-complétude, la fin prévisible et redoutée, se soutient de complicités avec des solitaires, à l’horizon réparateur: Barthes, avec sa vision sacrée de la littérature, et l’auteur-voyageur William Henry Hudson, ornithologue argentin en Patagonie, enrichissent ce coffre aux trésors.Mélodie ininterrompue Pascal Quignard offre un autre cas de solitude heureuse.Les solidarités mystérieuses trace le portrait d’une amie, transparent comme toujours.11 s’agit d’une femme qui paraît découpée dans l’ingrate côte bretonne.Par ses phrases minimales, délicates et fleuries, aux qualités phoniques évidentes, il fait vivre un personnage accompli dans l’imaginaire, impalpable et naturel, qu’il décline dans le ressac de vagues imagées.Le septième volume de son Dernier royaume paraîtra bientôt, dit-on.Entre ses essais et la musique dont il s’entoure, ses romans glissent leur mince argument, fait de rêves, de désir affranchi, de mort, aux accents nervaliens.Anne, la traductrice dans ce roman, s’engloutit dans des lieux qu’elle a détestés enfant.Ici, la Bretagne et l’océan, mondes rudes aux à-pics déchiquetés, insufflent à leur gardiqnne un «taoïsme» envoûtant.A ce temps qu’exige la lecture, il est rendu au centuple.de la sérénité.Autres fantômes Conversation suspendue, deux titres simplement: relire Sur les quatre claviers de mon petit orgue, de l’éditeur né belge Hubert Nyssen, inspiré par son éditrice québécoise Marie-Josée Roy.11 est décédé le 12 novembre 2011.Ce poème sur la musique parle de l’absolu que la littérature contemple au seuil de l’indicible.Disparue aussi, la grande romancière néerlandaise Hella S.Haasse, le 29 septembre 2011.Cette perle d’Actes Sud a planté La chasse aux étoiles.Ce feuilleton à la mode anglaise, écrit en 1949 et traduit en 2011, est un conte fantastique de la Saint-Nicolas.Solidarité mystérieuse, attraction?Au cœur inextricable des hauts fûts se tiennent les grands romans.Collaboratrice du Devoir O SOLITUDE Catherine Millot Gallimard, coll.«L’Infini» Paris, 2011,167 pages LES SOLIDARITÉS MYSTÉRIEUSES Pascal Quignard Gallimard NRF Paris, 2011,253 pages Ses 20 ans en poche.SUZANNE GIGUERE Pascal Millet s’est inspiré d’un séjour en Basse-Côte-Nord pour l’écriture de son sixième roman.Ses vingt ans en poche.Manu Ségalotti quitte la France pour l’Amérique, poussé par le désir de mettre à distance son passé, d’explorer des terrains inconnus, de vivre à fond de nouvelles sensations et d’accumuler des expériences uniques.La route, une autre manière de voir la vie, une quête de soi également.Pouce tendu sur l’autoroute, traçant sur la carte un trait rouge pour marquer les kilomètres parcourus.Manu traverse les États-Unis et se pose au Québec.C’est dans une auberge de jeunesse au bord de la 138, où il reviendra à trois reprises, que se déroule la majorité du roman.Là, il croise plusieurs autres jeunes en quête de rêves, eux aussi.Au royaume des traîneaux à chiens.Manu fait la connaissance de Jack, un trappeur aux sens aiguisés et méthodiquement exercés.11 est fasciné par la sagesse de ce coureur des bois qui vit en harmonie complète avec la fo- 35M‘“"annioeysaiye ridiDK i HmiiH L ten DIG 713 MONT-ROYAL EST LIVRES 0) DVD BLU-RAY BD JEUX VIDÉO D'OCCASION Ouvert 1 jours de 10h à 22h Q Mont-Royal, 514523-6389 rêt et des lacs du Nord, d’une force et d’une beauté à couper le souffle.Mais la fin du voyage approche.Des jours de blues se dessinent.Manu doit repartir en France pour faire son service militaire.Caserne 26, régiment d’infanterie, «une année vide et perdue, offerte à la nation», puis boulot à la Banque Nationale de Paris, au service des archives.Manu se sent prêt à s’installer, à aimer, à construire autre chose que du vide autour de lui.Le vide se refait pourtant.11 repart en vacances à Tadous-sac, reprend goût à la vie, rentre de nouveau en France: amours transitoires, travail inintéressant, sa vie lui semble perdue.11 repart à Tadoussac, mais cette fois il réalise qu’il ne suffit pas de partir pour tout changer.«J’ai longtemps cru que le monde m’appartenait.Je l’avais cru, assis face à un orage et à l’abri des bras de mon père.Je l’avais aussi cru à l’école quand, le front soucieux, nous comparions, avec quelques camarades de classe, la paume ouverte de notre main gauche pour en suivre de l’index la ligne de cœur, fasci- nés que nous étions par ce sillon creusé qui annonçait l’amour.Et mon père m’avait abandonné pour répondre au téléphone, la petite fille aux cheveux blonds avait embrassé mon meilleur copain.» Le procédé répétitif des allers-retours entre la France et le Québec est le maillon faible du roman.En revanche, le style — l’auteur joue habilement de plusieurs registres —, le mouvement, l’ambiance, l’herbier d’images nordiques rendent la lecture du roman aisée et fluide.Sans d’autres buts avoués que celui de repousser les frontières de la réalité quand elle étouffe trop les rêves, ce roman d’apprentissage incarne réellement l’élan d’une jeunesse qui a soif de liberté, d’aventure et d’horizons neufs.Québec aller simple est à lire.Simplement pour savoir qu’à vingt ans tout est possible et que les rêves restent allumés très longtemps.Collaboratrice du Devoir QUÉBEC ALLER SIMPLE Pascal Millet Éditions XYZ, «Romanichels» Montréal, 2011,322 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2011 F 5 LIVRES ESSAIS Relire Galbraith avec les indignés MICHEL LAPIERRE Si les pauvres sont pauvres, c’est leur faute — cela tient à leur fécondité excessive», écrit avec ironie l’économiste John Kenneth Galhraith (1908-2006).Il résume une thèse de 1830, inspirée de Ricardo et de Malthus.Dès 1729, Jonathan Swift avait proposé aux pauvres, pour survivre, de vendre leurs nourrissons comme de la viande.N’y aurait-il que l’humour noir pour dépeindre la misère noire que les,hien-pensants aiment ignorer?A l’heure où ceux-ci dénoncent la futilité du mouvement mondial Occupons Wall Street, c’est la question que l’on se pose après avoir lu L’art d’ignorer les pauvres, de Galhraith, publié pour la première fois sous forme de livre et issu d’un article retentissant de Harper’s Magazine (1985), repris en français, 20 ans plus tard, dans Le Monde diplomatique.Directeur depuis 2008 de ce dernier mensuel, Serge Halimi en fait une présentation substantielle.S’y ajoutent une analyse de l’économiste Laurent Cordonnier sur ses confrères «en guerre contre les chômeurs» et plusieurs pages de Modeste proposition sur les enfants pauvres d’Irlande (1729), l’écrit satirique, déjà cité, de Swift.Cet écrivain n’exagère presque pas.Son humour est d’autant plus caustique qu’il colle à la réalité.Comme l’explique Halimi, à la suite de Galhraith, l’occultation sereine de l’inégalité sociale s’appuie sur une longue et prestigieuse tradition.Benjamjn Franklin, l’un des pères fondateurs des Etats-Unis, n’insista-t-il pas, en 1766, sur la nature nuisible de la générosité?Il écrivit: «Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mémes et, naturellement, plus ils deviennent misérables.» Galhraith a compris que seul l’humour peut exprimer une insensibilité aussi vertigineuse.Son esprit de synthèse a déjà quelque chose de drôle: une simplicité qui nous rend cois.L’économiste estime que «de tout temps des penseurs ont cherché à justifier la misère — en culpabilisant au besoin ses victimes — et à rejeter toute politique sérieuse pour l’éradiquer».Il passe en revue les méthodes concoctées pour nous forcer à reconnaître l’existence inévitable d’un petit nombre de riches et d’une multitude de pauvres.Par exemple, rutilitarisme de Jeremy Bentham (1748-1832) camoufle l’égoïsme des ac- BRIAN SNYDER REUTERS L’économiste John Kenneth Galhraith est né à lona Station, près de London, en Ontario, en 1908.capareurs de biens en élaborant un système d’allure scientifique où le bonheur maximal d’une minorité détermine le malheur d’une majorité.Quant à la lutte pour la survie imaginée par Herbert Spencer (1820-1903), elle fait du triste sort des faibles la conséquence de la sélection naturelle.Si Milton Friedman (1912-2006), l’un des pères du néolibéralisme, définit la liberté comme le droit de faire le moins possible de dépenses publiques pour réduire la pauvreté, Galbraith nous pousse à conclure qu’il ne s’agit que d’une seule liberté, celle des riches.Collaborateur du Devoir UART D’IGNORER LES PAUVRES John Kenneth Galhraith Présentation de Serge Halimi Les liens qui libèrent / Le Monde diplomatique Paris, 2011, ^ pages Contre la rengaine de l’impuissance LOUIS CORNELLIER La crise de 2007 l’a montré: le régime économique mondial n’est pas au service des citoyens.La mondialisation néolibérale et le capitalisme financier engendrent des crises à répétition que les dirigeants font payer aux peuples avec des politiques d’austérité.A l’heure actuelle, constate le brillant économiste français Jacques Généreux, «l’humeur commune semble osciller entre deux sentiments: l’indignation face à l’injustice des sacrifices imposés aux peuples et l’incrédulité quant à la capacité d’un quelconque gouvernement à agir autrement».Dans Nous, on peut! (Seuil, 2011), Généreux, qui est secrétaire national à l’économie du Parti de gauche, une formation française dirigée par l’éclatant Jean-Luc Mélenchon, contredit cette «rengaine de l’impuissance» en détruisant «le mythe des marges de manœuvre disparues au niveau national».La mondialisation néolibérale n’est pas une fatalité naturelle et peut être renversée par le volontarisme politique.Dans La crise financière et monétaire mondiale.Endettement, spéculation, austérité (M éditeur, 2011), l’économiste québécois Louis Gill développe sensiblement la même thèse, en suggérant «la mise sous propriété publique» des grandes banques et des entreprises «trop grosses pour faire faillite», donc «trop grosses pour demeurer privées».Gill, comme Généreux, conteste aussi la légitimité d’une part des dettes nationales et explore la possibilité de ne pas les rembourser.Ces deux ouvrages, signés par des économistes appartenant à une gauche décomplexée, se présentent comme accessibles et à l’usage du simple citoyen, mais ils s’avèrent plutôt savants.Aussi, la version vulgarisée de ce discours rafraîchissant reste à écrire.Collaborateur du Devoir \ GRAND PRIX DU LIVRE DE MONTRÉAL 2011 Guyana « Il y a dans cette œuvre fine d’Éllse Turcotte une structure de murmure et de non-dit qui donne au livre son rythme et sa cohérence.Car tout au long de ce parcours nous sommes dans le mystère et l’insolite de la vérité des choses.Nous sommes dans ce livre au cœur de la fiction là où imaginer, mentir et raconter révèlent simultanément la partie inventée en nous et le paysage vrai qui nous garde en constante alerte de vie.» - Nicole Brossard, présidente du jury du Grand Prix du livre de la ville de Montréal 2011 (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com < PUL Presses de l’Université Laval Découvrei iws Nouveaux LU D cr O CL 0 < U D Û vLU m X CL < U O VLU U m ü O O U O LO Sous la direction de GÉRARD HERVOUET et MICHEL FORTMANN Rapport annuel sur les conflits internationaux 250 pages • 29,95 $ SOuS U dirtétion dt Gérard Hervouet [Michel Fortmann ALAIN-G.GAGNON Une synthèse critique des grands débats en cours au sujet de i'afflrmation nationaie 224 pages • 29,95 $ Alain-G.Gagnon L’ÂGE DES INCERTITUDES Essais sur le lédéralisme et la diversité nationale Sous la direction de JEAN-GUY BLAIS et JEAN-LUC GILLES Cet ouvrage propose un regard panoramique sur i'utiüsation de ia technoiogie de i'information et de ia communication 356 pages • 45 $ ERICK FALARDEAU DENIS SIMARD Le rehaussement cuiturei à l'école peut constituer le cœur de la pratique pédagogique des enseignants 238 pages • 30 $ Évaluation des apprentissages et technologies de l’information et de la communication LE FUTUR EST À NOTRE PORTE Érick Falardeau Denis Simard La culture dans la classe de français Vj V V ^ MARC BROSSEAU Voici l'évolution progressive de la discipline géographique au Québec 200 pages • 34,95 $ Brosseau JOCELYN LACHANCE Depuis plusieurs années, l'auteur remarque la montée du stress chez les adolescents 168 pages • 24,95 $ Jocelyn Lachance L'adolescence hypermoderne Le nouveau rapport au temps des jeunes CAROLINE BEAUCHAMP A l'instar des autres démocraties, le Québec est aux prises avec des demandes d'accommodement religieux 150 pages • 19,95 $ un Quebe Caroline Beauchamp i Abonnez-vous à INFO-PUL www.pulaval.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2011 ESSAIS ESSAI LITTERAIRE Patrick Tillard et le monde de la négation CHRISTIAN DESMEULES VOUS connaissez peut-être cette saillie de La Bruyère: «La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire; et de quelques autres, c'est de n’écrire point.» Robert Walser a peut-être longtemps cherché, qui sait, à la mettre en application.L’écrivain suisse (1878-1956), après avoir beaucoup écrit, s’est emmuré pendant vingt-trois ans dans un silence littéraire qui fait couler encore beaucoup d’encre.Sa grève du verbe est une lointaine cousine de celle de Jean-Pierre Issenhuth, mort récemment, qui s’interroge souvent dans ses Carnets sur la nécessité de l’écriture, alternant — parfois dans une même page — la tentation d’exister comme écrivain avec le «désir d’être un ver et de disparaître».Et n’allons pas oublier le Bartleby de Melville, bien sûr, figure ultime et quasi clownesque du scribe récalcitrant.Sa célèbre formule devant toutes les injonctions, «Je préférerais ne pas», brilje comme une ampoule nue.Etudié notamment par Blanchot, Deleu-ze et Agamben, Bartleby symbolise peut-être mieux que personne, dans sa radicalité jusqu’au-boutiste, la fascinante (parce que paradoxale) posture du refus littéraire.Une affaire de dévalorisation Avec De Bartleby aux écrivains négatijs, Patrick Tillard, nouvelliste et romancier QCa-nadou, L’Instant même, 2006), explore sur le mode savant (le livre est issu d’une thèse de doctorat défendue à l’UQAM en 2008) cette veine en apparence moins fertile de la littérature moderne et contemporaine.11 cherche à comprendre et à saisir les motivations de ces «écrivains négatifs», maîtres du refus, aquoibo-nistes de choc {«Qu’a pas besoin d’oculiste pour voir la merde du monde», faisait chanter Gainsbourg).Qu’il s’agisse de Magloire-Saint-Aude, de Pernando Pes-soa ou de Paul Nougé, Patrick Tillard examine ainsi la portée du silence de ces victimes consentantes de «l’agraphie».Et les «taiseux» mis en lumière par Patrick Tillard sont bien entendu tous de véri- PATRIGK TILLARD DE P BARTLEBY ^UX ^ EÇRIVAINS NEGATIFS tables écrivains — certainement pas des écrivains ratés.Symptôme d’une époque, l’émergence de ces emmurés vivants de la parole littéraire s’accompagne de la dévalorisation progressive de l’écriture dite littéraire.Désaffection, exil intérieur, fatigue et silence: autant de manières de vivre un «soupçon primordial» à l’égard de la littérature contemporaine, écrit Tillard.Une réaction existentielle, peut-être, face à un phénomène de fond qui réduit de plus en plus l’écrivain à n’être que le «porteur d’une parole bavarde et sans but».Une forme d’immolation, si on veut.Un geçte de protestation sacrée.À la barre de cette enquête, notamment, convoqué par Tillard parmi d’autres témoins-experts: l’auteur de Bartleby et compagnie et de Docteur Pasa-vento, Enrique Vila-Matas, qui se penche depuis longtemps sur la figure de ces récalcitrants littéraires, dont celle de Robert Walser, sorte de
de

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