Le devoir, 22 octobre 2011, Cahier H
LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 IINlVEm CAHIER H RECHERCHE Le Forum international des universités publiques réunit 21 établissements du monde Page 3 Les bébés sont naturellement bilingues Page 6 LE DEVOIR ÀrUniversité Laval, un regard sur la construction sociale du risque Page 8 Les recherches en santé sont mises au service de l’économie québécoise Créer des rapprochements durables entre le milieu universitaire et l’industrie Une entente de partenariat entre le Centre québécois d’innovation en biotechnologie et Univalor favorise le développement d’entreprises québécoises en sciences de la vie et en technologies de la santé.EMILIE CORRIVEAU Le 4 octobre dernier, dans le cadre de l’événement Capital Innovation, le Centre québécois d’innovation en biotechnologie (CQIB) et Gestion Univalor, société en commandite (Univalor), ont officialisé leur collaboration en ratifiant une entente de partenariat.Significative, cette entente a pour objectif principal de favoriser le développement d’entreprises issues du domaine des sciences de la vie et des technologies de la santé.Organisation privée à but non lucratif, le CQIB est un incubateur d’entreprises dont le mandat principal est d’accompagner dans leur démarrage des entreprises œuvrant dans les secteurs des sciences de la vie et des technologies de la santé.Travaillant en étroite collaboration avec les différentes universités de la province, il contribue, depuis sa création en 4995, à faciliter le transfert à l’industrie des technologies élaborées dans les établissements québécois.«Les universités, ce sont surtout elles qui alimentent notre pipeline de projets.On collabore beaucoup avec elles et avec les sociétés de valorisation qui leur sont affiliées.C’est dans ce cadre-là que, il y a quelques années, on a rencontré l’équipe des sciences de la vie d’Univalor, qui, elle, a pour mandat de valoriser les résultats des travaux effectués par les chercheurs de l’Université de Montréal, de ses écoles, dont Polytechnique, et de ses centres hospitaliers affiliés», raconte Normand de Montigny, directeur général du CQIB.Si le CQIB et Univalor travaillent de concert depuis quelques années déjà pour favoriser la création et la survie d’entreprises dans le domaine des sciences de la vie et des technologies de la santé, jusqu’à tout récemment, aucune entente formelle n’encadrait leur partenariat.«Nous allons repérer des travaux qui sont susceptibles d’être un jour commerdalisés même s’ils sont encore au début du «Nous connaissons depuis quelques années les capacités du CQIB.En officialisant notre partenariat, nous mettons en place un processus accéléré et privilégié qui permet de nous assurer que nos chercheurs seront totalement accompagnés dans leur démarche, et ce, par des gens dont l’expertise est reconnue au niveau international», soutient Philippe Calais, président-directeur général d’Univalor.«Cette entente, c’est un pas de plus dans notre collaboration, ajoute M.de Montigny.Elle nous permet de systématiser la façon dont on travaille ensemble et de nous assurer que le relais sera toujours garanti entre le moment où Univalor juge qu’une technologie mérite d’étre valorisée à travers la création d’une entreprise et le démarrage de celle-ci.» processus.Ensuite, nous allons mettre en relation les chercheurs.» Le processus Poursuivant des objectifs très complémentaires, Univalor et le CQIB travailleront de façon étroite dans le cadre de cette entente.Agissant en aval, Univalor sera chargée de cerner les résultats de recherche susceptibles d’être commercialisés, puis de mettre en relation les chercheurs et le CQIB.«Quand une nouvelle technologie est découverte, elle peut prendre la voie soit des licences et des partenariats, soit de la commercialisation.Dans le cadre de cette entente, ce que nous allons faire, c’est repérer des travaux qui sont susceptibles d’étre un jour commercialisés, même s’ils sont encore au début du processus.Ensuite, nous allons mettre en relation les chercheurs qui ont participé à cette découverte, notre directeur du développement des affaires et l’équipe du CQIB», précise M.Calais.Après cette première étape, ce sera au tour de l’équipe du CQIB de prendre le relais.Celle-ci analysera les projets proposés par Univalor et verra à apporter une aide appropriée aux chercheurs désireux de commercialiser leur découverte.REUTERS «Nous avons deux types de programmes de soutien au CQIB: la pré-incubation et l’incubation.La pré-incubation, c’est le soutien que nous apportons avant même que l’entreprise ne soit créée.L’incubation, c’est l’accompagnement que nous offrons une fois que l’entreprise a amorcé ses activités», explique M.de Montigny.En période de pré-incubation, les services qu’offre le CQIB sont relativement variés.11 peut s’agir de préparer un modèle d’affaires, de préciser les objectifs de l’entreprise, de définir des stratégies de communication, de trouver des investisseurs, voire de créer des partenariats chercheur-entrepreneur pour que les chercheurs puissent à la fois s’investir dans l’entreprise et poursuivre leurs recherches en laboratoire.En période d’incubation, laquelle dure de trois à cinq ans, les entreprises s’installent généralement au CQIB pour lancer leurs activités.Elles ont la possibilité d’utiliser gratuitement le vaste parc d’équipement du centre et peuvent profiter d’une kyrielle de services d’accompagnement.«Cette formule permet de réduire de beaucoup le coût de démarrage et les risques afférents.Ça plaît en général aux investisseurs, parce que le montant qu’ils mettent dans l’entreprise va directement dans le développement de la technologie, dans les cerveaux, plutôt que dans les infrastructures», souligne le directeur général du CQIB.Impacts économiques D’après M.de Montigny, cette entente s’avère favorable pour le développement de la recherche québécoise et de l’économie de la province.Soulignant que, en une quinzaine d’années d’existence, le CQIB a permis le démarrage de 36 entreprises employant 7f 4 personnes et cumulant des revenus annuels de 73 millions de dollars, l’homme relève que la création de partenariats comme celui qui unit le CQIB à Univalor est bénéfique pour le Québec.«En matière de développement durable pour une économie, quand on lance une entreprise, on crée un impact à long terme, parce qu’on crée des emplois, on dépense et on génère des revenus.Comme l’entente que nous venons de conclure devrait permettre qu’un plus grand nombre de technologies émanant d’Univalor et de son réseau prennent la route de la création d’entreprises plutôt que celle des licences, ça signifie que, à long terme, ce partenariat devrait avoir un impact positif sur l’économie québécoise», affirme le directeur général du CQIB.Partageant l’avis de M.de Montigny, M.Calais estime que ce partenariat favorisera également les rapprochements entre le milieu universitaire et le milieu industriel: «Nous allons non seulement soutenir l’économie québécoise en mettant sur pied des entreprises qui vont fleurir ici, mais nous allons également créer des rapprochements durables entre le milieu universitaire et l’industrie.Et ça, c’est très encourageant!» Collaboratrice du Devoir iSf» ¦m, H-’ ¦'¦T ¦ JOEL SAGET AGENCE ERANCE-PRESSE H 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 RECHERCHE Informatique en nuage La technologie « intelligente » est mise an service des apprentissages Le projet Nomade est le petit nouveau du Centre de recherche LICEF Si l’avancement des technologies et le fulgurant développement des outils informatiques que sont les ordinateurs portables, les téléphones intelligents et autres tablettes électroniques font le bonheur de millions de gens au quotidien, la recherche universitaire tire elle aussi profit de cette mobilité nouvellement acquise.Et, avec son projet Nomade, le Centre de recherche LICEF compte bien faire «un pas de plus» vers la mobilité des chercheurs d’ici et d’ailleurs.Direction: les nuages.KARL RETTING -P ARAZELLI Lorsqu’il voit le jour en 1992, le Laboratoire d’informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) — aujourd’hui connu sous l’appellation de Centre de recherche LICEF — a pour objectif de concevoir la formation et l’apprentissage différemment.«Le LICEF, c’est un centre de recherche qui tente de développer des méthodes, des techniques et des outils pour créer des systèmes intelligents qui servent à soutenir l’apprentissage», lance d’entrée de jeu le directeur du centre de recherche, Richard Hotte.«La création du centre se rattache au mouvement de l’informatique cognitive, qui est une informatique tentant d’utiliser toutes les recherches qui ont été faites sur la cognition, la façon dont on raisonne», poursuit M.Hotte.Dès le départ, le LICEF veut toutefois pousser plus loin les connaissances dans le domaine de l’intelligence artificielle.Utilisant l’ordinateur comme modèle pour représenter le fonctionnement du cerveau, il cherche à créer des systèmes d’apprentissage parfaitement adaptés aux objectifs poursuivis dans le cadre d’un cours universitaire à distance, par exemple.Apprentissage, efficacité et cohérence figurent parmi les mots-clés qui guident le travail des dizaines de pédagogues en technologie éducative, des informaticiens et des spécialistes des technologies de l’information qui œuvrent au sein du Centre de recherche LICEF.Les chercheurs du centre profitent par ailleurs de laboratoires et d’installations à la fine pointe de la technologie, tous répartis sur l’étage de l’édifice qu’occupe le centre de recherche au centre-ville de Montréal.Mais ils ne seront bientôt plus les seuls à en bénéficier.Chercheurs «nomades» Le projet Nomade, c’est le petit nouveau au Centre de recherche LICEF.Et potentiellement celui qui fera tout changer.Il s’agit en fait d’un projet d’infrastructure, c’est-à-dire un projet financé pour consolider les infrastructures technologiques du centre (laboratoires, centre de calcul, serveurs informatiques) et ainsi lui permettre de pousser la recherche un peu plus loin.Et, dans ce cas-ci, ce petit plus, c’est la mobilité.Nomade a reçu en janvier dernier une subvention conjointe de près de 500 000 $ sur trois ans, de la part de la Fondation canadienne pour l’jnnovation et du ministère de l’Education, du Loisir et du Sport, pour mener à bien ce travail.«On veut capitaliser sur nos connaissances en télé-renseignement et les rendre disponibles en collaboration externe, même pour des chercheurs qui n’ont pas nécessairement accès à des infrastructures comparables à celles du LICEF», résume Saad Abdessettar, attaché d’administration et coordonnateur de projets du centre.ARKO DATTA REUTERS U «informatique en nuage», comme son nom i’indique, fait en sorte que ie serveur n’est pins fixe, mais se trouve piutôt — métaphoriquement pariant — dans ies nuages.Pour rendre ses connaissances et ses infrastructures accessibles à distance — au profit des chercheurs du LICEF, mais aussi de chercheurs rattachés à d’autres universités dans le monde — le LICEF mise sur la récente technologie du cloud computing, ou informatique en nuage.Contrairement au traitement informatique traditionnel, pour lequel le serveur d’un ordinateur ou d’un laboratoire informatique est localisé à un endroit précis (les locaux du Centre de recherche LICEF, par exemple), l’informatique en nuage, comme son nom l’indique, fait en sorte que ce même serveur n’est plus fixe, mais se trouve plutôt — méta- phoriquement parlant — dans les nuages.De cette façon, des applications, des données et des outils technologiques sont accessibles de partout et en tout temps.«Nomade, c’est un premier pas qui va nous permettre de mettre en place ce concept de cloud lab, ou laboratoire en nuage», ajoute M.Abdessettar.«On a mis en place les laboratoires, on les a mis en ligne et maintenant, avec l’informatique en nuage, on va les faire éclater!», illustre Richard Hotte, enthousiaste.Si, pour plusieurs, l’informatique en nuage peut apparaître comme un concept assez vague, presque poétique, ses applications concrètes dans le travail de recherche prouvent qu’elle n’a rien d’un écçan de fumée.Evelyne Vallières, chercheu-re régulière au LICEF, profes-seure de psychologie et responsable du projet Nomade, voit déjà l’étendue des possibilités que permettra la mise en œuvre du projet qu’elle supervise.Elle s’intéresse depuis maintenant plusieurs années à la question de la sécurité routière et, pour l’instant, elle mène ses études grâce au laboratoire de simulation de conduite de l’Université de Montréal.Avec Nomade, son collègue Jacques Bergeron et elle pourront également réaliser leurs études dans un véhicule mobile muni des mêmes composantes que le simulateur et ainsi vérifier la validité des résultats obtenus jus- qu’à aujourd’hui dans un environnement contrôlé.«Au cours des prochaines années, nous comptons réaliser un projet de recherche sur certains types des comportements à risque, comme la fatigue ou la vigilance, chez les conducteurs vieillissants du Québec, affirme-f elle.Le véhicule mobile nous permettra plus de latitude pour le choix des participants à notre recherche, puisque nous pourrons “déplacer notre laboratoire”», se réjouit Mme Vallières.Un virage imprévisible Le projet Nomade regroupe en fait trois chercheurs dont le travail concerne la mobilité, mais dans troi^ domaines d’étude différents.A Mme Vallières (psychologie) s’ajoutent donc Michel Sénécal (communication) etjosianne Basque (éducation).De l’avis de tous, cette interdisciplinarité est une des grandes forces du projet.«Des télé-laboratoires ont commencé à être développés vers 2003, mais c’était très technique: de la robotique, de l’ingénierie électronique.Avec Nomade, on veut toucher des domaines qui n’ont rien à voir avec la technologie», confirme Saad Abdessettar.Est-ce que le projet Nomade ouvrira la voie à d’autres collaborations interdisciplinaires du genre?Et surtout, jusqu’où nous mènera cette informatique en nuage, dont on commence à peine à évaluer la portée?Le directeur du Centre de recherche LICEF, Richard Hotte, reconnaît que le virage technologique à venir est Imprévisible, mais, entre-temps, un simple coup d’œil à son téléphone Intelligent déposé sur la table lui rappelle une certitude.«On le sait, les technologies s’usent sans même qu’on les utilise, donc, pourquoi ne pas les partager?» Collaborateur du Devoir I^iversité de Sherbrooke À la traque des gras pour mieux comprendre le diabète Une société pharmaceutique permet l’établissement d’une chaire de recherche Le diabète de type 2 est en constante progression.Qui plus est, ce type de diabète, dit adulte, est de plus en plus souvent diagnostiqué chez de jeunes patients, parfois même chez des enfants.On sait aussi que l’ohésité est un facteur de risque pour ce type de diabète.Mais quel est le lien entre les deux et comment le gras affecte-t-il le diabète?PIERRE VALLÉE Voilà le genre de questions qu’André Carpentier, endocrinologue au CHU de l’Université de Sherbrooke et chercheur réputé dans le domaine du diabète, se pose depuis plusieurs années.Il pourra continuer à se les poser, mais il le fera maintenant au sein de la nouvelle Chaire de recherche IRSC-GSK sur les causes du diabète de type 2, dont il vient de prendre la direction.«La société pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK) a fait une dotation d’un million de dollars à l’Université de Sherbrooke pour la création de cette nouvelle chaire, raconte André Carpentier, ce qui permet à l’université d’assurer un financement annuel de 75 000 $ à la chaire.De plus, les Instituts de recherche en santé du Canada égalent cette somme pour les cinq prochaines années, ce qui nous donne unesomme totale de 150 000 $ par année.» Une somme qui, à première vue, peut sembler modeste.«Mais elle me permet de dégager le temps qu’il me faut pour mener mes recherches, explique celui qui est aussi chercheur au Centre de recherche clinique Étienne-Lebel du CHUS et professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé.Et comme la somme donnée par GSK est placée par l’Université de Sherbrooke, cela assure la pérennité de la chaire et de nos recherches.Sans compter que la chaire agira comme levier pour éventuellement « Les attirer de nouveaux subventionneurs.» connaissances acquises par nos recherches pourraient Le rôle du gras «Mes recherches sur le diabète portent sur le métabolisme des lipides, en particulier des gras alimentaires, c’est le fil conducteur de mes recherches depuis 14 ans.» Les recherches menées par André Carpentier et ses collaborateurs ont démontré qu’il existe un dysfonctionnement du métabolisme des gras chez les personnes diabétiques ou prédiabétiques.Chez ces personnes, après un repas, le transport des gras alimentaires ne se fait pas d’une façon normale, c’est-à-dire vers les tissus adipeux, mais plutôt, par exemple, vers les organes, comme le cœur, où ils sont stockés, ce qui entraîne les complications cardiovasculaires associées au diabète.«Un organe comme le cœur qui carbure au gras est tout simplement moins efficace.» Un second résultat de ce mauvais transport du gras alimentaire est qu’on le retrouve au niveau cellulaire.«Et nous savons que les gras, en particulier les gras saturés, altèrent au niveau cellulaire le signal de l’insuline et que cette résis- tance à l’insuline contribue à la hausse du taux de sucre dans le sang.» Si le lien entre le gras alimentaire et le diabète semble ainsi mieux établi, le lien entre le diabète et l’obésité est moins net.«Chez les personnes obèses, et même chez les personnes atteintes d’obésité morbide, environ 25 % d’entre elles n’ont pas de diabète et ne présentent pas de dysfonctionnement métabolique des gras alimentaires.» mener a l’invention d’un test de tolérance au gras » Recherche clinique et recherche fondamentale Il reste donc beaucoup de choses à comprendre et beaucoup de questions à poser.Les recherches de la Chaire de recherche sur le diabète de type 2 permettront d’en savoir un peu plus.«La grande majorité de la recherche sera de la recherche clinique, c’est-à-dire sur des personnes, soit diabétiques ou prédiabétiques, à qui on fera consommer du gras alimentaire.Et, après le repas, on étudiera le transport de ce gras alimentaire.Cela nous permettra de poser une série de questions et de mieux documenter le métabolisme en cours.Les résultats de ces recherches cliniques alimenteront la recherche fondamentale.On peut dire que la chaire se situe auXi confins des deux types de recherche.» Evidemment, pour réaliser de telles études, il faut des méthodes d’investigation, ce qu’André Carpentier a déjà mis en place au fil des ans.«Nous utilisons l’imagerie médicale, la tomogra- phie par émission de positrons, qui nous permet de tracer le devenir des différents lipides.Ce sont des méthodes d’investigation que nous avons développées dans nos laboratoires.» Certaines de ces études pourront être accompagnées d’interventions.«Par exemple, on met en place un programme de perte de poids chez le sujet et on regarde ensuite les effets de cette intervention sur le métabolisme et le transport des gras.» Retombées attendues Parmi les retombées des travaux menés au sein de cette Chaire de recherche sur le diabète de type 2, il y a en premier lieu les nouvelles connaissances qui en découleront et qui permettront de mieux comprendre la maladie et son lien avec le gras alimentaire.Mais André Cai^entier espère que cela mènera aussi à une amélioration de la démarche thérapeutique, en particulier pour la prévention de la maladie.«Les connaissances issues de nos recherches pourraient mener à l’invention d’un test de tolérance au gras qui serait administré à des personnes à risque.Pareil test nous permettrait d’intervenir avant le déclenchement de la maladie.» Autre retombée de la chaire: la sensibilisation du grand public.«Nous nous sommes engagés à organiser, en coopération avec le Musée des sciences de Sherbrooke, une conférence annuelle sur le diabète destinée au grand public.Chaque année, nous choisirons un thème différent Cette année, il s’agira de l’obésité et du diabète de type 2.» Collaborateur du Devoir La science comme si vous y étiez I Plongez dans l'univers de la professeure Satinder Kaur Brar, du Centre Eau Terre Environnement de l'INRS, qui donne une seconde vie aux déchets.Dans son nouveau laboratoire sur les bioprocédés et la nanoformulation des bioproduits, elle traque les contaminants de l'environnement et met au point des méthodes pour rendre plus propres les eaux municipales et celles des milieux industriel et agricole.Découvrez PlanèteINRS.ca.Vivez l'expérience INRS.Première au Québec et 2° au Canada pour son intensité de recherche IN Université d’avant-garde LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 H 3 RECHERCHE À l’Université de Montréal « Pour abattre les frontières » Le Forum international des universités publiques réunit 21 établissements du monde Depuis quatre ans, le Forum international des universités publiques (FIUP), qui réunit 21 établissements à travers le monde, définit des enjeux communs à partir desquels peuvent être élaborées des activités de formation, d’enseignement et de recbercbe.Ces activités mettent à contribution les professeurs-cbercbeurs des établissements membres ainsi que leurs étudiants.FRÉDÉRIQUE DOYON Fondé en 2007 à Montréal, le FIUP vise d’abord à mettre en réseau les universités publiques afin qu’elles partagent leurs forces et échangent leurs connaissances.«Nous avons les mêmes préoccupations, affirme Serge Brochu, vice-recteur adjoint aux relations internationales de l’Université de Montréal.Nous devions avoir un endroit pour échanger entre nous afin de mieux évoluer.» La vingtaine d’étahlisse-ments membres sont issus des pays industrialisés et des pays en développement, de l’Université de Buenos Aires à l’Université Paris-III en passant par l’Université de Pékin.Ceux-ci sont déjà réputés pour l’importance qu’ils accordent au progrès social et à la recherche.Mais, à l’heure où les problèmes sociaux se mondialisent et où le hnancement public connaît des ratés dans certains pays, les universités publiques ont senti le besoin d’avoir une tribune pour énoncer leurs valeurs communes et f JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le secrétariat général du Forum international des universités publiques est hébergé à l’Université de Montréal.trouver les moyens de mieux servir celles-ci.Un pont entre l’enseignement et la recherche Parmi les valeurs énoncées en rapport avec leur rôle, ces universités s’engagent à «abattre les frontières entre l’enseignement et la recherche, entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée et entre les différentes disciplines», peut-on lire dans un document du FIUP.«indépendance» des universités publiques par rapport à des intérêts économiques particuliers leur permet d’aborder ces questions «de manière objective et bénéfique pour tous».Mais cette indépendance économique est parfois fragile.Le FIUP a d’ailleurs été fondé sur la base de cette préoccupation commune: la question du financement des universités publiques, qui sera aussi débattue à la 5" Ren- contre annuelle des membres à Prague, début novembre.«Nous ne sommes pas les seuls à avoir des problèmes de financement, note M.Brochu, qui dirige le secrétariat général du FIUP, hébergé à l’Université de Montréal.Dans certains pays de l’Europe, c’est aussi difficile, sinon pire.Comment accueillir l’ensemble des étudiants, pas seulement les riches?Que faire pour mieux servir les connaissances?Ça fait partie des grands défis contemporains.» Tout en se préoccupant de la survie de leur mission d’éducation démocratique, les universités publiques s’allient pour élaborer des programmes d’études et des partenariats de recherche.«On n’a pas encore établi de programme de recherche, mais c’est ce que nous voulons faire», note M.Brochu.La dernière rencontre annuelle des membres a d’ailleurs permis de déb-nir deux thèmes de recherche communs qui ont suscité un consensus: la santé mondiale, qui fera l’objet d’une rencontre d’experts à Prague, avec la participation du D’Slim Haddad, du Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal; et l’eau.«Comment faire de la recherche sur l’eau, sa valeur, sa distribution et sur toute la dimension sociale qui s’y rattache?», indique M.Brochu.Formation des jeunes chercheurs Même si le volet de recherche est encore à définir, le FIUP mène déjà des activités qui préparent le terrain.Outre ses rencontres annuelles, qui permettent de dégager et débattre des enjeux communs, le FIUP organise aussi annuellement une école doctorale.Les sujets abordés jusqu’ici: la gestion de crise internationale, l’agroénergie et le développement durable, la planibca-tion urbaine et régionale dans les mégapoles, la diversité culturelle.Les sessions spécialisées sont animées par des chercheurs issus des universités membres.«Cela favorise le développement de réseaux internationaux de jeunes chercheurs», en plus de former ceux-ci, indique M.Brochu.Même si l’idée derrière le FIUP remonte à 2004, au moment du 125® anniversaire de la fondation de l’Université de Montréal, l’organisation comme telle est jeune et dispose de peu de moyens.Mais le FIUP est bien déterminé à faire de la recherche commune (en développement) son prochain cheval de bataille, après avoir lancé ses activités autour de la gouvernance et de la formation.Le Devoir rf / '¦ SON TRAVAIL EST LUMINEUX Comme notre chercheuse en photonique Caroline Boudoux,VISEZ LE SOMMET VERS LA BIOPSIE VIRTUELLE Une nouvelle technologie biomédicale fait franchir un grand pas au domaine du diagnostic non invasif en permettant d'analyser un organe in vivo à l'échelle microscopique sans avoir recours au prélèvement de tissus.Cette technologie, c'est la microscopie confocale endoscopique, à laquelle la P'® Caroline Boudoux consacre ses travaux.Ceux-ci visent le développement d'appareils diagnostiques de pointe tels qu'un instrument miniature réunissant un laser à balayage spectral ultra-rapide, une console d'acquisition pour la détection, l'analyse et la visualisation en temps réel des tissus observés, ainsi qu'un microscope sous forme de sonde de la taille d'un crayon.Chaque jour, à Polytechnique, nos chercheurs conçoivent la vie autrement.FELICITATIONS A CAROLINE BOUDOUX, QUI EST DEVENUE LA LAURÉATE DE LA DEUXIÈME ÉDITION DU CONCOURS « ÇA MÉRITE D’ÉTRE RECONNU! », CATÉGORIE SCIENCES NATURELLES ET GÉNIE LORS DU RENDEZ-VOUS DU SAVOIR 2011.CE CONCOURS VIENT RECONNAÎTRE LES CHERCHEURS DE LA RELÈVE DES ÉTABLISSEMENTS UNIVERSITAIRES QUÉBÉCOIS.POLYTECHNIQUE MONTRÉAL LE GENIE EN PREMIÈRE CLASSE Tél.: 514 340-4720 WWW.POLYMTL.CA/RECHERCHE um CONNAITRE i DIFFUSER 1 ET AGIR- 7.ûm PUQ.CA .SousIadiiKtionde pMF.àifc.GILLES RAlCHE, KARINE PAQUETTE-COTE et DAVID MAGIS tv.^JlCN ^ toltaborükjn de Diane Leduc et d'Hélène Meunier DES MECANISMES POUR ASSURER LA VALIDITÉ DE L'INTERPRÉTATION DE LA MESURE EN ÉDUCATION VOLUME 1 - La mesure Sous la direction de Gilles Raîche, Karine Paquette-Côté et David Magis BIEN INTERPRÉTER LES RÉSULTATS DES ÉVALUATIONS EN ÉDUCATION Volume 2 également disponible Minorités de langue officielle du Canada Égales devant la santé?Louise Bouchard et Martin Desmeules COMPARER LES ÉTATS DE SANTÉ CONTRASTÉS DES CANADIENS EN REGARD DES MINORITÉS LINGUISTIQUES Walter Gérard AMEDZRO ST-HILAIRE MANAGEMENT DES TÉLÉCOMS D'ÉTATS EN MUTATION Défis et stratégies Walter Gérard Amedzro St-Hilaire MESURER L'INFLUENCE DE L'ENVIRONNEMENT SOCIÉTAL SUR LES STRATÉGIES DES TÉLÉCOMS D'ÉTATS , ikÆIWK 2 imcnnAr_____________ A Bibliography of Canadian Inuit Periodicals Sharon Rankin Sharon Rankin W iiiSs REPERTORIER LES PÉRIODIQUES PUBLIÉS PAR LES INUITS DU CANADA OU À LEUR SUJET 9^- ia TOUS NOS LIVRES SONT DISPONIBLES EN VERSION NUMÉRIQUE."Ê Presses de l'Université du Québec H 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 RECHERCHE École de technologie supérieure / Montréal est reconnu comme un leader mondial dans la normalisation logicielle UÉcole de technologie supérieure (ETS) a reçu récemment l^ISO Award for Higher Education in Standardization au cours de l^assemblée générale annuelle de POrganisation internationale de normalisation (ISO), à New Delhi, en Inde.Depuis plusieurs années, PETS s^affaire dans le secteur du génie logiciel tout en mettant son expertise à contribution auprès des jeunes et dans la petite entreprise.JACQUES GRENIER LE DEVOIR UÉcole de technologie supérieure.Le Département de génie logiciel et des TI a reçu récemment PISO Award for Higher Education in Standardization, une reconnaissance internationale.REGINALD HARVEY Une reconnaissance à Péchelle internationale, une somme de 15 000 euros et un prix de mérite: tout cela a été octroyé au Département de génie logiciel et des TI de PÉTS: «On nous rend hommage pour Vutilisation des normes dans renseignement et la recherche, de meme que pour rengagement des professeurs dans rélaboration de celles-ci», laisse savoir François Coailier, directeur du développement technologique et des services académiques de cet établissement rattaché à PUniversité du Québec.Mais qu'en est-il au juste de la normalisation logicielle?Aujourd'hui professeur de génie logiciel à l'ÉTS, Claude Laporte est d'abord un physicien de formation dont le savoir a profité durant de nombreuses années aux forces armées, avant qu'il n'oc- cupe ses fonctions actuelles en 2000.Il fournit cette explication: «Jadis, on se souvient que, lorsqu'on a suivi nos cours en physique, en chimie, en biologie, il y avait des lois qui s'appliquaient et qu'on appelle les lois de la nature: celles de Newton et celles des équilibres chimiques, entre autres, qui sont toujours strictement valides, peu importe la situation, le jour de la semaine, la température, l'altitude et tout cela.» « On nous rend hommage poxxr Tutilisation des normes dans renseignement et la recherche ainsi que pour l’engagement des professeims dans leim élaboration» Il en va autrement dans une sphère scientifique relativement jeune: «En génie logiciel, contrairement aux autres disciplines du même ordre comme le génie électrique, dont les fonda- tions sont liées à ces lois de la nature qui sont toujours gagnantes et qu'on ne peut déjouer, on ne possède pas cette base de référence.Du temps ou j'étais militaire, on a donc commencé à développer des logiciels dans un monde ou c'était encore tout petit; on avait une idée d'une fonctionnalité, on commençait à coder et le tour était joué.» La situation a évolué: «Peu à peu, on s'est mis à produire de gros logiciels qui nécessitaient une approche un peu plus structurée; comme il n'y avait pas de loi en présence, les gens ont fait des découvertes au fur et à mesure qu'ils progressaient.» Définition de normes Les normes ont ainsi vu le jour: «On a commencé à définir graduellement des éléments, des morceaux, en se questionnant, par exemple, sur ce qui devait entrer dans un cahier des charges.Après plusieurs années, on s'est mis d'accord et on a réuni un consensus autour de la question; on a décidé d'appeler cela une spécification ou une norme de rédaction du ca- U O T3 104^ AU MONDE Il y a plus de 15 000 universités dans ie monde.L’UdeM brilie au 104° rang du classement du prestigieux Times Higher Education.L’UdeM est la seule université francophone canadienne à figurer parmi les 150 meilleurs établissements universitaires de tous les classements internationaux.Grâce à ses professeurs et à ses chercheurs, l’UdeM représente un acteur majeur de la formation de la relève et du progrès des connaissances.A Université nn de Montréal hier des charges.» M.Coallier résume les propos de son collègue: «C'est en fait une documentation des bonnes pratiques basée sur un consensus d'experts internationaux qui suivent un processus très rigoureux, qui est celui de l'ISO.» Il ajoute: «Une norme, on la définit comme des patrons, des bonnes pratiques qui ont été documentées; l'ingénieur aura tendance à l'utiliser quand cela fait l'affaire, même si elle ne se présente pas comme la solution parfaite à 100 %.On peut obtenir un résultat de 80 % qui s'avère suffisant; inutile de chercher la perfection, qui n'existe pas sauf pour des projets qui coûtent très cher et qui n 'abou tissen t pas.» Formation et marché Le Département de génie logiciel est animé par 19 professeurs, et les étudiants des trois cycles universitaires sont au nombre d'environ 800.Le directeur, qui enseigne toujours, résume le programme: «Toutes les disciplines du génie sont basées sur les sciences, et celle qui sert de fondement pour le génie logiciel, c'est l'informatique; il y a en parallèle une très forte connotation de génie des systèmes et de génie industriel.Nos étudiants viennent des formations techniques collégiales; ils ont appris à programmer là-bas et, nous, on leur enseigne à concevoir et trouver des solutions.» Beaucoup d'entre eux se dirigent vers la PME et, comme ils sont polyvalents, plusieurs vont également vers la grande entreprise: «On couvre les trois grands domaines ou on trouve du logiciel: il y a le secteur de l'informatique de gestion, ou on compte tous les CGI de ce monde, il y a le champ de ce qu'on appelle les systèmes embarqués, regroupant l'aérospatiale et les transports, et finalement il y a le monde du multimédia, qui couvre davantage que les jeux, avec la présence notamment de CAE créant des environnements virtuels pour l'apprentissage et la simulation.» Compte tenu de la vitalité de ces secteurs d'activité dans la grande région de Montréal, l'ÉTS manque d'étudiants pour répondre à l'offre d'emplois.Un travail de défricheur Le professeur Claude Laporte rapporte que l'histoire du génie logiciel ici ressemble quelque peu à celle de l'œuf et de la poule: «Qui peut enseigner à des ingénieurs la formation dans ce domaine, quand il n'existe pas d'ingénieur de logiciels?L'ETS a donc puisé dans son réseau de contacts et a trouvé des hommes comme M.Coallier et d'autres personnes qui étaient déjà dans l'industrie depuis déjà 10, 15, 20, 25 ou 30 ans; ces gens travaillaient dans différents domaines: l'un était chez Bell Canada, l'autre à la Banque Nationale et, personnellement, j'arrivais de la défense nationale.On s'est tous joints au département pour former le bac en génie logiciel.» Chacun a puisé dans son domaine de compétence le savoir requis en matière de normes: «La plupart des gens qui se sont joints au corps professoral étaient dans des industries qui utilisaient déjà des normes.Chez Bell, c'était l'aspect des télécoms, le monde bancaire possédait son propre jeu de normes et le ministère de la Défense nationale avait également le sien.» L'ÉTS a profité de leur présence: «On avait acquis un intérêt dans ce domaine-là et, de fil en aiguille, on a investi du temps dans les différents comités de travail pour élaborer un cahier de normes en provenance de notre expertise.» Cette équipe, appuyée,par d'autres enseignants de l'ÉTS, s'applique à sensibiliser les jeunes à une normalisation logicielle encore inconnue d'eux et à faire en sorte éventuellement que les petites entreprises soient en mesure d'en faire usage plus largement et adéquatement, pour faciliter leurs activités et augmenter leur rendement.Collaborateur du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 H 5 RECHERCHE Hydro-Québec et l’UQAM Arbres, tourbières et autres écosystèmes Trois grands projets de recherche à l’UQAM sont financés par Hydro-Quéhec et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).Ils portent sur la dynamique du carbone dans les tourbières et dans les écosystèmes aquatiques boréaux, ainsi que sur la croissance des arbres en milieu urbain et périurbain.MARTINE LETARTE Les arbres embeUissent les mibeux de vie, donnent de la valeur aux maisons et fournissent plu-sieius services écologiques.En même temps, les arbres causent plusieius problèmes aux structures humaines.La Chaire Hydro-Québec sur la maîtrise de la croissance des arbres tente de trouver des façons d’améliorer la cohabitation entre les arbres et les structures humaines.Si Montréal a tant de problèmes avec les arbres, c’est parce que la ville connaît énormément d’épisodes de verglas.L’hiver dernier, l’équipe de Christian Messier, titulaire de la chaire, a enduit des arbres de verglas artificiel.«Nous regardions en temps réel ce qui se produisait sur la biomécanique des arbres lorsque la glace s’accumulait.Nous regardions comment les branches pliaient, lesquelles brisaient, etc.Toutes ces données ont été enre-gis-trées», indique Christian Messier, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM.« Les tourbières jouent un rôle extrêmement important dans l’atténuation du carbone.Elles captent plus de carbone qu’elles n’en rejettent.» Résultats et suite du projet L’épluchage des données est toujours en cours, mais déjà Christian Messier a remarqué des tendances.«Ce sont les branches intermédiaires qui brisent, puisque la quantité de glace qu’elles accumulent est disproportionnée.Ce ne sont donc pas les grosses branches ni les petites qui tombent.A moins, bien sûr, que des branches intermédiaires les fassent casser en tombant», explique-t-il.L’objectif de ce projet est de déterminer les meilleures façons d’éla^er les arbres pour protéger les structures humaines tout en minimisant la perte d’arbres.La prochaine grande étape du projet amorcé il y a près d’un an et demi sera de tester différents modèles d’élagage.«Nous allons d’abord le faire virtuellement.Le module biomécanique que nous développerons pourra aussi servir pour simuler l’impact de la neige et du vent.Ces éléments intéressent d’ailleurs des partenaires que nous avons en France et en Finlande», indique le professeur.Ensuite, les résultats seront validés sur le terrain.«Ça ira probablement à l’hiver 2012», précise M.Messier.L’équipe de la Chaire Hydro-Québec sur la maîtrise de la croissance des arbres aimerait aussi développer im modèle pour prédire la réponse des branches à l’élagage en fonction du type d’arbre et de son environnement.«Hydro-Québec élague des centaines de milliers d’arbres chaque année.Un tel modèle permettrait une intervention plus efficace et pourrait être utilisé partout dans le monde.Toutefois, ce ne sera pas un projet évident II y a énormément de variables à considérer», affirme-t-il.¦¦ s ii I '.V- I .î Si Montréal a tant de problèmes avec les arbres, c’est parce que la ville connaît énormément d’épisodes de verglas.JACQUES GRENIER LE DEVOIR L’équipe de chercheurs a également pour projet de trouver les meilleures combinaisons d’espèces d’arbres afin de favoriser leur croissance et leur résilience.Quelque 15 000 arbres ont déjà été plantés.Il faudra attendre six ans avant d’avoir des résultats.«Des Furopéens et des Américains veulent reproduire le projet, affirme M.Messier.Nous aimerions déterminer de grands principes écologiques pour arriver à prédire quels seront les meilleurs mélanges sans avoir constamment à faire l’expérience.» Les tourbières et le carbone Sur la Côte-Nord maintenanf Michelle Carneau, professeure au Département de géographie de l’UQAM, étudie la dynamique du carbone dans les tourbières depuis 2009.«Les tourbières jouent un rôle ^rêmement important dans l’atténuation du carbone.Files captent plus de carbone qu’elles n’en rejettent», affirme Mme Carneau, titulaire de la Chaire des écosystèmes tourbeux et changements climatiques de l’UQAM.La captation du carbone est toutefois influencée par la nordicité.«Le carbone est capté et transformé par le processus de la photosynthèse.Rus il fait froid, moins la saison de croissance est longue, donc moins il y a d’absorption de carbone», explique-t-elle.Son équipe travaille actuellement sur les tourbières de Baie-Comeau et de Havre-Saint-Pierre.Elle souhaite se rendre jusqu’à Blanc-Sablon.«Il n’y a pas un grand changement latitudinal, mais, avec l’ouverture sur le golfe du Saint-Laurent, il y a un effet refroidissant Nous voulons mieux comprendre l’ejfet du climat sur la captation du carbone», explique Michelle Carneau.Les données recueillies par l’équipe de chercheurs permettront d’améliorer les projections des futurs modèles climatiques.Quel est le lien avec Hydro-Québçc?«La société d’Etat a le souci de soutenir des études sur la dynamique du carbone, considérant qu’elle effectue des travaux dans les régions nordiques et que certaines tourbières risquent d’être perturbées», explique Mme Carneau.Les éco^stèmes aquatiques boréaux et le carbone La Chaire de recherche industrielle CRSNG-Hydro-Québec en biogéochimie du carbone des écosystèmes aquatiques boréaux fait un travail complémentaire à celui de l’équipe de Michelle Carneau.«Chaque écosystème aquatique a un bilan de carbone: il a des entrées et des sorties.Nous expbrons le cycle du carbone dans tous les écosystèmes aquatiques boréaux de surface, que ce soient les lacs, les rivières, les ruisseaux, etc.», indique Paul Del Giorgio, titulaire de la chaire et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM.L’eau de surface couvre une partie très importante de la zone boréale.«Entre 10 et 30 % du territoire, précise le chercheur.L’information que nous avons sur ce territoire est fragmentaire.On ne sait même pas combien il y a de lacs! On estime qu’il y en a entre un et trois millions.La chaire commencera donc par caractériser le réseau aquatique de la zone boréale.» Cette étude à grande échelle permettra ensuite de mieux comprendre le cycle du carbone dans la zone boréale, puisqu’il est grandement influencé par les écosystèmes aquatiques.«Hydro-Québec souhaite mieux comprendre l’impact des réservoirs hydroélectriques sur le cycle de carbone d’une région, précise le chercheur.Toutefois, la société va beaucoup plus loin et nous appuie dans nos recherches fondamentales.Puisque, pour comprendre l’impact d’un réservoir sur la dynamique de carbone d’une région, il faut d’abord comprendre la dynamique de carbone dans le paysage naturel de la région.» Collaboratrice du Devoir A Ipou/o jpHJlyoAjiJir Soûv ioJ ÜÂjSr Opération/! Enfant Soleil Ëationenfantsoleil.cQ 7 683.2325 lELUQ L'université à distance Recherche et création à l’université à distance Des projets qui changent le monde En gestion : Secteurs d'activités et inégalités d'accès à la formation de la main-d'œuvre au sein des entreprises.P"’ Amélie Bernier; subvention : Commission des partenaires du marché du travail.En technologie : Banque de ressources éducatives en réseau.P' Gilbert Paquette; subvention : Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport.En éducation : Transfert intergénérationnel de savoir.P'® Béatrice Pudelko; subvention : Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO) et Société de l'assurance automobile du Québec.En ressources humaines : Gestion des âges et des temps sociaux.P’° Diane-Gabrielle Tremblay; subvention : Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.En environnement : Croissance, séquestration du CO^ et comptabilisation du carbone dans des cultures intensives de saules sur courtes rotations.P' Nicolas Bélanger; subvention : Fonds de recherche du Québec - Nature et technologies.En santé : Réseau intégré de services, communautés de pratique et dispensation des services de santé mentale auprès d'une communauté culturelle.P’ Yves Lecomte; subvention : Instituts de recherche en santé du Canada.Et bien d'autres encore au uq.ca/rech erche Chaire de recherche du Canada en ingénierie cognitive et éducative C Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoirulO infrastructures de recherche FCI-MELS (Fondation canadienne pour l'innovation-ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport) Centre de recherche en informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) Plusieurs autres groupes et équipes http://www.teluq.ca/recherche H 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 RECHERCHE Concordia Les bébés sont naturellement bilingues ! « Le langage, c’est quelque chose de biologiquement inscrit en nous » Avant même de naître, un bébé perçoit déjà si on lui parle dans deux langues différentes.C’est le constat surprenant que fait Krista Byers-Heinlein, professeure de psychologie à l’Université Concordia et spécialiste du développement des enfants et de l’acquisition du langage.CLAUDE LAFLEUR Les bébés adorent qu’on leur parle, dit-elle.Ils cherchent sans cesse à entendre le son de la voix.Dès leur naissance, ils sont prêts à entendre n’importe quoi.Si donc on leur parle en français, en anglais ou en chinois, pas de problème.Et si on leur parle dans plus d’une langue à la fois, cela ne leur pose aucun problème!» Mme Byers-Heinlein raconte avoir ainsi observé que, alors même qu’un enfant se trouve encore dans le sein de sa mère, il est capable de distinguer des parlers différents.«Je concentre mes recherches sur le bilinguisme durant l’enfance, dit-elle, sur les enfants exposés à deux langues (ou plus) dès leur naissance.Comment gèrent-ils ces deux langues?, de-mande-t-elle, puisqu’après tout personne ne les a prévenus qu’ils allaient apprendre en même temps le français et l’anglais.Ils n’ont qu’à écouter pour faire la différence.» Mais comment font-ils cette différence?Mystère, avoue la chercheure.L’instinct du langage Krista Byers-Heinlein constate en outre qu’il y a même un avantage marqué à apprendre deux langues dès sa naissance.«Un bébé exposé à deux langues ne développera pas d’accent.C’est-à-dire que, lorsqu’on apprend une deuxième langue, explique-t-elle, on est alors “contaminé” par les sons de notre langue maternelle, ce qui n’est pas le cas d’un bébé apprenant en même temps deux langues.» De même, on peut très bien apprendre une langue à tout âge, mais plus on avance en âge, plus il devient difficile de maîtriser les sons propres à cette langue, de sorte qu’on développe un accent prononcé.«Moi-même, dit-elle, fai grandi à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, dans une famille anglophone, mais, à l’âge de neuf ans, fai été placée en immersion française, ce qui fait que fai relativement peu d’accent» C’est incidemment par un curieux hasard qu’à l’adolescence elle s’est prise de passion pour l’acquisition du langage.«Au secondaire, dit-elle, je suis tombée sur le livre The Language Instinct, de Steven Pinker.L’ouvrage portait sur la façon dont nous acquérons le langage.Ce qu’il y avait de fascinant dans cet ouvrage, c’est qu’il montre que le langage, c’est instinctif, c’est quelque chose de biologiquement inscrit en nous.» «Jusqu’à ce que je lise ce livre, en 1997, je croyais que les jeunes enfants ne font que répéter ce que disent leurs parents, poursuit-elle.Mais j’ai découvert dans ce f Un bébé exposé à deux langues ne développera pas d’accent.livre que ce n’est pas cela puisque, après tout, si un enfant ne faisait que copier ce que disent ses parents, il ne dirait jamais rien d’original.Or, au contraire, les enfants inventent plein de phrases, et même lorsqu’ils commettent des erreurs, il s’agit d’erreurs intelligibles.» Il s’agit des fameux «mots d’enfant» qui nous surprennent et nous font si souvent rire.Parlons beaucoup aux enfants «J’ai entre autres étudié les parents bilingues alors même que leur enfant est à naître, raconte-t-elle.L’audition des fœtus étant déjà très développée dans les derniers mois de la grossesse, les bé- bés sont très attentifs aux sons.» Depuis sept ans qu’elle mène ses recherches à l’Université Concordia, la professeure de psychologie observe que les héhés sont très habiles pour apprendre des langues.«Je tente actuellement de comprendre comment ils font pour distinguer des mots de différentes langues, dit-elle.Si par exemple je vous dis un mot, vous saurez s’il s’agit d’un mot français ou anglais, mais comment fait-on et à partir de quel âge arrive-t-on à faire cette distinction?» Elle observe en fait que le langage est si important pour les bébés qu’il est par conséquent extrêmement important pour eux qu’on leur parle abon- JACQUES NADEAU LE DEVOIR damment.«Il faut que tout enfant entende un grand nombre de mots, qu’importe dans quelle langue, insiste Krista Byers-Heinlein.C’est pourquoi les enfants qui ont une mère bavarde sont avantagés au chapitre du développement du langage.C’est très important de beaucoup, beaucoup leur parler!» Les parents qui sont bilingues se demandent souvent si l’un d’eux ne devrait pas s’adresser à l’enfant uniquement dans une langue et l’autre dans l’autre langue, abn d’éviter que celui-ci ne mélange les deux langues.«On me pose souvent la question, relate la spécialiste.A ce jour, nous n’avons rien trouvé qui pourrait appuyer cette crainte.Un parent peut aussi bien employer une langue ou l’autre, ça n’a pas d’importance puisque l’enfant fera la différence.Ce qui importe, c’est de beaucoup parler à son enfant» On peut aussi craindre qu’un enfant élevé dans les deux langues ne devienne un adulte parlant moitié anglais, moitié français — comme on l’observe fré-quenynent chez la jeune génération.Etonnamment, la spécialiste est formelle: «Ce n’est pas un problème, tranche-t-elle.Ces gens-là font parfaitement la différence entre les deux langues et ils sont capables de n’employer qu’une langue lorsqu’ils sont en présence d’une personne unilingue.» En fait, dit-elle, ceux et celles qui commencent une phrase dans une langue pour la terminer dans l’autre — et passent sans cesse de l’une à l’autre — pratiquent une forme de langage.«Ce mélange est en réalité une habileté de langage, dit-elle.Il s’agit d’un langage qui possède ses propres règles internes.Ceux qui parlent ainsi sont en vérité très habiles.» Krista Byers-Heinlein, qui pratique cette façon de s’exprimer, ajoute même, sourire aux lèvres, qu’«il est très plaisant de mélanger les deux langues pour arriver à mieux exprimer ce qu’on ressent.Et je ne connais pas une seule personne qui ne fasse pas la différence entre les deux langues, mais parfois on ne veut pas faire cette différence, on veut parler d’une manière bilingue.Ya pas de problème!» Collaborateur du Devoir A l’UQTR Si le Québec devenait un important producteur de biodiésel.Il serait tout à fait possible de relancer l’économie des régions grâce aux pâtes et papiers, estime Patrice Mangin, président du Réseau universitaire canadien des pâtes et papiers pour l’innovation en éducation et en recbercbe.CLAUDE LAFLEUR Patrice Mangin, professeur au Département de génie chimique de l’Université du Québec à Trois-Rivières, non seulement travaille à la confection de papiers aux propriétés étonnantes, mais il préconise de faire du Québec un producteur de biodiésel.«Nous avons 650 000 tonnes de résidus de bois juste en Mau-ricie, avec lesquelles on pourrait fabriquer du diésel, dit-il.Imaginez la création d’emplois que cela donnerait: on parle de 1500 à 2000 emplois simplement ici en Mauricie!» Eldorado Patrice Mangin est un pas- I I Myriam Lemelin, étudiante a la maîtrise en télédétection, a participé cet été à un stage lié au programme d'expioration lunaire de la NASA.Evoluer dans une communauté scientifique complice de mes projets.La recherche fait partie du programme [• 83 programmes de maîtrise et de doctorat * Plus de 100 chaires et centres de recherche D D [S m USherbrooke.ca Laisser ma passion me mener très loin.Réussir au-delà de mes ambitions.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE sionné des produits forestiers.Déjà à l’âge de sept ans, il accompagnait son père couper du bois en forêt.Puis, en visitant l’usine de pâtes de sa ville (Strasbourg), il est si fasciné par cette technologie qu’il décide de devenir ingénieur.Son diplôme en poche, il prend la direction du Québec.«Imaginez quelqu’un qui aime la forêt et qui arrive ici, dit-il.C’est vraiment l’Eldorado!» Eldorado en effet, puisque le jeune Mangin arrive en septembre 1976 avec deux valises.et 14 $ en poche.«Je n’avais pas assez d’argent pour passer la nuit à Montréal puis prendre le bus le lendemain pour Trois-Rivières, raconte-t-il en riant, fai donc pris mon billet de bus.» Il souligne toutefois que, avec un diplôme d’ingénieur en pâtes et papiers, il n’était guère inquiet.«Pour moi, le Canada représentait un pays où les choses bougent, et je désirais les faire bouger davantage.» Le jeune ingénieur a vite fait d’entreprendre une carrière en recherche appliquée à Papri-can, l’Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers.«La recherche appliquée porte essentiellement sur l’amélioration des procédés, le développement de nouveaux produits d’impression, la réduction des coûts, de la consommation des matières premières et de l’énergie, etc.», résume-t-il.Toutefois, ces dernières années, le secteur s’est effondré, notamment celui de la fabrication du papier journal.Il faut par conséquent diversifier la production.«Traditionnellement, avec la fibre papetière, on fabrique du papier, des emballages et des produits sanitaires, résume le spécialiste.Mais on peut faire bien d’autres choses, dont des papiers qui ont des fonctionnalités autres que de servir à l’emballage.» C’est ainsi que le professeur Mangin travaille à la conception d’emballages dits bio-actifs, qui peuvent donc détecter, capturer ou même détruire des agents pathogènes.«On peut imaginer quantité de possibilités intéressantes reliées aux papiers sanitaires, dit-il, par exemple des papiers bio-actifs qui capteraient des agents pathogènes ou d’autres qui pourraient même vous aider à vous soigner.» JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les chercheurs ont récemment découvert une fibre particulière du bois: la nanocellulose cristalline.Les chercheurs ont en outre récemment découvert une hbre particulière du bois: la nanocellulose cristalline.«Cette fibre a des propriétés d’assemblage extraordinaires, relate le chercheur.Si on fabriquait un papier à base de nanocellulose cristalline, on obtiendrait un matériau plus résistant que l’acier ou le kevlar!» Mais cela n’a guère d’intérêt, estime-t-il.Par contre, en ajoutant de la nanocellulose dans des emballages, on pourra réduire du tiers le poids de ceux-ci, tout en améliorant leurs propriétés mécaniques — ce qui serait extrêmement avantageux pour nombre d’utilisations.Une révolution économique ?Et pourquoi pas se servir de la hbre qu’on utilisait autrefois pour le papier journal.pour faire du biodiésel?, lance Patrice Mangin.«Je me suis récemment rendu en Finlande pour visiter une grande pétrolière, dit-il.Il s’agit de Neste OU, qui exploite des installations aussi grandes que les raffineries de l’est de Montréal pour fabriquer du diésel à partir du bois.» «J’ai vu la raffinerie en fonction, dit-il émerveillé, et je ne me rappelle plus combien de millions de litres de biodiésel on y fabrique.C’est vraiment extraordinaire!» Qr on pourrait faire de même à Trois-Rivières, à La Tuque et ailleurs en région avec les tonnes de résidus de bois qui servaient jadis à confectionner le papier journal.«Et ça donnerait des milliers d’emplois partout en région», insiste M.Mangin, ajoutant qu’il s’agit en plus d’une matière renouvelable, «puisque ces tonnes de résidus se renouvellent tous les ans.Ce serait vraiment la relance économique des régions», insiste-t-il.« Le feu au lac ! » Comme M.Mangin l’a constaté en Einlande, la technologie de base existe.Il faudrait toufefois la valider au Québec.A cette fin, on procéderait en trois étapes: d’abord concevoir une usine-pilote, puis réaliser des démonstrations commerciales, avant de construire des raffineries à l’échelle industrielle.En collaboration avec le Conseil de l’industrie forestière du Québec, M.Mangin a rédigé un document stratégique montrant l’intérêt de projets de démonstration.Bien entendu, cela nécessiterait des fonds publics, des investissements allant de 10 à 100 millions de dollars, estime-t-il.«Une fois ces projets réalisés, on pourrait intéresser des sociétés comme Neste OU ou autres à venir créer chez nous des milliers d’emplois.» Mais il faut agir vite, très vite même, avance le spécialiste.«C’est maintenant qu’il faut agir.Pas dans quelques années, pose-t-il.Car, si on ne commence que dans dix ans, une firme comme Neste OU, au lieu d’investir ici, choisira de s’installer en Indonésie.» Collaborateur du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 H 7 RECHERCHE ADAPT à McGill L’Arctique pourrait devenir une bombe au métiiane Le réchauffement climatique fait « fondre » le pergélisol En Arctique, les effets des changements de température soudains siu la vie microbienne, ainsi que siu les échanges biologiques et chimiques des nutriments, sont encore peu étudiés.Or les changements climatiques risquent de perturber ces écosystèmes microscopiques, ce qui pourrait entraîner une réaction en chaîne menant à d’împortantes perturbations, voire à une accélération du réchauffement de la planète.Le vaste projet de recherche ADAPT se penche sur cette question lugente.ETIENNE PLAMONDON EMOND Les changements climatiques dégèlent le pergélisol en Arctique, ce qui risque de profondément transformer la vie microbienne du Nord canadien, ainsi que les interactions biologiques ou chimiques des nutriments et du carbone qui s’y déroulent.Les conséquences de tout ça?La science nous pousse à appréhender certains scénarios, mais «on ne sait pas», reconnaît Nigel Roulet avec l’humilité du chercheur.Professeur au Département de géographie de l’Université McGill et spécialiste en biogéochimie, il tente présentement de trouver les réponses à cette question.Le voilà engagé dans le vaste projet ADAPT (pour Arctic Development and Adaptation to Permafrost), dirigé par Warwick F.Vincent, qui réunit 15 experts étudiant dans le Nord canadien l’impact du réchauffement climatique sur le pergélisol, un sol glacé en permanence depuis des milliers d’années.Ayant pour mandat l’élaboration de stratégies d’adaptation au dégel du pergélisol, le projet ADAPT retient beaucoup d’attention sur ces modules qui concernent les conséquences sur la solidité des infrastructures construites sur ce type de sol, comme les routes.Bien sûr, cet angle répond à un intérêt plus pratique pour le développement industriel du Nord.Mais l’influence du réchauffement sur la vie microbienne ainsi que sur les interactions biologiques et chimiques ne doit pas être négligée.«Un petit changement dans les quantités de ce qu’emmagasinent les sols peut avoir de profonds ef- fets sur ce qui se retrouve dans l’atmosphère», prévient Nigel Roulet, qui pilote le module qui se penche sur ce sujet à l’intérieur du projet de recherche d’envergure nationale ADAPT.Une bombe gaz à effet de serre ?Bien des zones d’ombre subsistent, donc, mais les prévisions basées sur nos connaissances scientifiques laissent parfois présager le pire.Le chercheur rappelle qu’une imposante quantité de carbone est emmagasinée dans le pergélisol de l’Arctique, soit «presque la même quantité de CO2 qu’il y a présentement dans l’atmosphère, indique-t-il.Si vous commencez à jouer avec le thermostat et les périodes de gel et dégel, puisque le pergélisol commence à dégeler, [.] beaucoup de carbone qui était gelé depuis des milliers d’années commence à entrer dans le jeu, c’est-à-dire qu’il change activement la composition de l’atmosphère.» Pire.L’Arctique pourrait devenir une bombe au méthane.Le réchauffement climatique, en provoquant la fonte de la couche superficielle du pergélisol, risque de créer des surfaces d’eau et des zones humides à la surface.Une situation qui préoccupe Nigel Roulet au plus haut point.«Les zones humides seront peut-être petites, mais elles pourront être un peu partout.Et si vous en arrivez à cela, une partie du carbone, qui est maintenant disponible et activement retourné par les microbes dans l’écosystème, monte dans l’atmosphère sous la forme de méthane.Et le méthane est le deuxième gaz à effet de serre en im- SOURCE UNIVERSITE McGILL Nigel Roulet, professeur au Département de géographie de l’Université McGill et spécialiste en biogéochimie portance» à l’heure actuelle.Or le pouvoir de réchauffement du méthane, comme gaz à effet de serre, est jugé de 20 à 22 fois plus puissant que celui du dioxyde de carbone.Bien que la composition chimique du méthane permette sa destruction dans l’atmosphère, Nigel Roulet rappelle qu’une centaine d’années sont nécessaires pour qu’il disparaisse.«Donc, à court terme, si on augmente le méthane dans l’atmosphère, on peut accélérer le réchauffement de la planète très rapidement.» Le carbone organique dissous dans l’eau Nigel Roulet se penche aussi sur le carbone organique dissous dans l’eau.Dans le sud du Québec, les molécules organiques sont répandues dans notre hydrologie.Dans le nord, par contre, les lacs ne possèdent pas des écosystèmes aussi foisonnants.Le ré- chauffement climatique, en «transportant» de plus en plus le carbone emmagasiné dans le pergélisol, va rendre le paysage hydraulique plus «actif».«Ce qui est important, c’est qu’il y a beaucoup de bactéries et de microbes dans les lacs qui utilisent le carbone pour grandir.Donc, on pense que ça peut changer l’écologie des lacs d’une manière substantielle.» «Il y a une question vraiment pratique dans tout ça, précise Nigel Roulet.A cause du carbone organique dissous, les collectivités du Nord doivent purifier leur eau d’une manière très différente de la nôtre.» En effet, le carbone organique dissous engendre des réactions chimiques complexes avec des produits chimiques que nous utilisons dans le sud, comme le chlore, au contact desquels ils produisent des matières dangereuses.«Si on augmente le carbone organique dissous, les options disponibles pour la purification de l’eau se réduisent fortement.» Nigel Roulet note que les collectivités nordiques se montrent déjà sensibles et méfiantes devant ce danger, puisqu’elles purifient déjà leur eau à l’aide du brome ou de la lumière ultraviolette, par exemple.«Toutes ces techniques sont beaucoup plus dispendieuses que les techniques qu’on utilise à Montréal», fait-il par contre remarquer.Action locale et recherche globale Nigel Roulet est un témoin de longue date du réchauffement de la planète.De 1995 à 2007, il a agi dans le cadre du Groupe d’experts intergouver- nemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies.«Ces initiatives de l’ONU sont bien pour informer la population.Mais font-elles vraiment avancer les choses?Je pense que non.[.] Je pense vraiment que les solutions aux questions des changements climatiques se jouent à l’échelle locale et provinciale», signale celui qui s’était joint, après avoir quitté le GIEC, à un projet d’aménagement de la forêt boréale dans le nord de l’Ontario.N’empêche, la recherche, elle, continue de s’effectuer à une plus grande échelle.ADAFT scrutera sous les microscopes les territoires compris entre le Yukon et le Labrador.Et Nigel Roulet poursuit des recherches en parallèle dans le nord de l’Europe, particulièrement en Suède, où les infrastructures rendent les zones arctiques plus faciles d’accès.Des laboratoires plus perfectionnés y sont implantés au nord du 60" parallèle et, en raison des activités minières et ferroviaires qui s’y déroulent depuis des lustres, des données scientifiques sont compilées sur la région du pergélisol depuis les années 1880.«Le travail que j’ai fait dans le nord de la Suède nous a appris quelles sont les variables critiques.Donc, nous avons besoin de mesures dans les endroits les plus éloignés du Nord canadien et, ensuite, nous pourrons faire des comparaisons entre les deux sites pour nous aider à assembler les pièces du casse-tête», conclut le chercheur.Le Devoir UL DES GENS ET DES IDEES QUI CHANGENT LE MONDE À l'Université Laval, plus de 1300 professeurs-chercheurs de réputation internationale réalisent leurs travaux, toutes disciplines de recherche confondues, au sein d’un parc d'infrastructures de recherche ultramodernes.Ainsi, l'Université Laval se démarque sur la scène nationale et internationale et s'impose comme une université de pointe dans de nombreux créneaux d'excellence.GENIE APPLIQUE AU-DELA DE LA RECHERCHE, DES RÉSULTATS CONCRETS 8 GRANDS DOMAINES DE RECHERCHE CAMPUS SCIENTIFIQUE Canada Excellence Research Chairs Chaires d’excellence en recherche du Canada Pr Younes Messaddeq, chercheur de renommee internationale et titulaire de la Chaire d'excellence en recherche du Canada sur l'innovation en photonique dans le domaine de l'information et des communications ulavai.ca UNIVERSITÉ LAVAL Ville de Québec, Canada H 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 OCTOBRE 2011 RECHERCHE Université Laval « Nous investissons dans les menaces perçues plus que dans les menaces réelles » Une chaire de recherche étudie la « construction sociale du risque » Qu’il s’agisse de campagnes électorales axées sur la sécurité et s’adressant à des régions tranquilles sans criminalité ou presque, ou de voyageurs qui ont peur de prendre l’avion alors qu’ils utilisent leur automobile chaque jour, statistiquement beaucoup plus meurtrière, le constat est le même: il existe un décalage entre la perception des risques qui pèsent sur nous et les dangers que nous encourons réellement.ASSIA KETTANI Notre perception du risque, explique Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque, est influencée par des facteurs politiques, historiques ou encore sociaux.» Cette chaire de recherche, créée en 2009 à rUniversité Laval, a précisément pour objet le rapport entre la surveillance et la perception que nous avons du risque.Qu’il s’agisse de caméras de sécurité, de cybersurveillance, de surveillance policière ou de lutte antiterroriste, la chaire se penche sur «la manière dont nous identifions les risques et notre façon de les contrôler».A ce titre, l’un des axes de recherche de la chaire est consacré au terrorisme et à l’arsenal sécuritaire mis en place après le 11-Septembre.«Un risque plus ou moins flou, mais qui justifie le déploiement de toute une panoplie de techniques et de stratégies de surveillance», nous dit le professeur de criminologie, également directeur de l’équipe de recherche sur le terrorisme et l’anti-terrorisme (ERTA).La chaire se penche ainsi sur «la protection des infrastructures essentielles, les dépenses engagées et la façon dont nous avons transformé les lois vers une sécurité intensive».Un exemple: en février 2005, Christian Latteille a dévoilé la sécurité défaillante des installations d’Hy-dro-Québec.Or le site n’est, selon Stéphane Leman-Langlois, «pas du tout à risque», mais la cicatrice du 11-Septembre n’a pas manqué d’encourager la mobilisation immédiate de ressources fi- nancières pour protéger ces infrastructures.«Nous investissons dans les menaces perçues plus que dans les menaces réelles.» Irrationnel ! Sachant cela, on conçoit aisément que la réaction des autorités après le 11-Septembre brille par son irrationalité.«La plupart des sommes engagées dans la lutte antiterroriste, environ 100 milliards de dollars, ont été grossièrement gaspillées.Rieij de tout cela n’a amélioré notre sécurité.» Aux Etats-Unis, c’est encore pire: un Américain est plus susceptible de mourir frappé par la foudre que victime d’un attentat terroriste aux quatre coins de la planète.Or la facture que représente la lutte antiterroriste atteint les 3700 milliards de dollars.Le même constat s’impose quant aux procédures de contrôle appliquées dans les aéroports: des «pelures d’oignon», selon le chercheur, qui tout au plus ne servent qu’à rendre le parcours plus difficile aux terroristes à force de multiplier des obstacles globalement inefficaces.«Mais ça sert beaucoup l’industrie», ironise-t-il, une industrie qui conçoit et vend ses différents gadgets parfois très coûteux, comme des scanneurs corporels, pourtant loin d’être infaillibles.«Souvent, les dépenses sont de nature à renforcer l’image de sécurité plus que la sécurité réelle.» En revanche, on peut considérer que deux éléments contribuent certainement, selon le chercheur, à accroître la sécurité: la fermeture des portes du cockpit et le changement d’attitude des passagers, plus vigilants et plus réfractaires à toute tentative de prise de contrôle.Ces dépenses folles sont-elles pour autant injustifiées?«Les risques d’une attaque terroriste sont très faibles.Mais, malgré les faibles probabilités, les conséquences sont potentiellement graves.Il faut donc faire quelque chose.Mais nous devons nous interroger sur l’ampleur du risque encouru et sur les coûts nécessaires, pour débloquer des fonds selon des priorités.» Stéphane Leman-Langlois rappelle également que d’autres facteurs entrent en ligne de compte au moment de décider des sommes allouées à SOURCE UNIVERSITE LAVAL Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et cons-ti-uction sociale du risque la lutte antiterroriste, comme l’image publique.«Il ne faut pas négliger l’importance de l’image: elle influence le commerce et les relations internationales.Si le Canada n’avait pas fait de dépenses visibles pour la lutte antiterroriste, les Etats-Unis auraient renforcé le contrôle aux frontières, et cela aurait nui au commerce transfrontalier.» D^ger: l’extrême droite A l’avenir, la chaire compte se pencher sur un autre aspect du terrorisme qui ne bénéficie pas de la même émulation que celle déclenchée par les attentats du 11-Septembre: le terrorisme d’extrême droite.«Aujourd’hui, on ne s’en occupe pas.Aux Etats-Unis, il s’agit quasiment d’un sujet tabou: une directive, qui date de l’époque Bush, interdit d’utiliser les techniques d’analyse antiterroriste pour les groupes d’extrême droite.Et pourtant, l’activité de ces milices a décuplé depuis la campagne présidentielle d’Obama.Au Canada, des filiales de ces groupes existent, mais personne ne se penche là-dessus.» Mais la surveillance ne se limite pas au terrorisme: les caméras de sécurité et la surveillance policière font aussi partie des objets de recherche de la chaire.Le Canada fait d’ailleurs bande à part parmi les pays occidentaux — l’Angleterre compte par exemple une caméra pour 14 habitants, contre 1 pour 10 000 au Canada.Est-on moins en sécurité au Canada?Pas du tout, selon le chercheur.«Les caméras sur la voie publique sont peu utiles et ont un impact quasi nul sur la prévention de la criminalité.» Une exception, cependant: dans les espaces fermés, comme les stationnements, les caméras parviennent à faire baisser les statistiques de criminalité jusqu’à près de zéro.Danger : cybersurveillance Et parmi les autres types de surveillance, beaucoup plus puissante, plus efficace et plus intrusive que n’importe quelle caméra de sécurité, et qui se fait à notre insu: la cybersurveillance.«Chaque jour, un nouveau pas et un nouveau développement sont faits dans la direction d’une sécurité accrue.La liberté de regarder ce qu’on veut diminue rapidement, puisqu’on ne peut plus naviguer sur Internet sans laisser de traces.Les fournisseurs d’accès sont amenés à garder dans des banques de données les sites qu’on a visités.Ce genre de surveillance, c’est du jamais vu», d’autant plus que nous effectuons de plus en plus de démarches par Internet dans notre vie quotidienne.Alors, s’agirait-il enfin d’un outil de surveillance efficace pour une sécurité collective accrue?Même pas, nous déçoit le chercheur.«Pour l’instant, les banques de données sur les utilisateurs sont surtout destinées à des fins commerciales.» Et, concernant la criminalité, «le problème, c’est que ceux qui sont réellement dangereux et qui préparent des arnaques organisées sauront contourner tout cela, contrairement aux utilisateurs moyens».Collaboratrice du Devoir Voir le monde à réchelle régionale Professeur au Département des sciences économiques, Kristian Behrens est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les impacts régionaux de la mondialisation.Ses travaux visent à mieux comprendre les facteurs qui influencent les régions et les villes dans une économie internationalisée.Des données cruciales pour optimiser de manière équitable les possibilités qu'offre un système économique ouvert sur le monde.Recherchez des professeurs et des programmes qui créent un mouvement uqam.ca LE MONDE EST PETIT NOUS VOYONS GRAND POSEZ LES BONNES QUESTIONS, VOUS POURRIEZ CHANGER LE MONDE TOUJOURSÀ IWJRDtLESCHERCHEURSS CONCORDIAPOURSUIVENTLEUR r(fie](ionsE“l; PREVENTION,^BIENFAITSI GENOMfQUEmillllll ILENVIRONNEHENTETLACTION ëSIMUmSOLAIRES zLOPTIMISATION âECOKERGETIQUE DESBATI ME NTS ENSEMBLE, REPENSONS LE MONDE r Le financement de ces projets de recherche provient notamment d’un investissement de 69 000 000 $ du gouvernement du Canada et du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec dans le cadre du Programme d’infrastructure du savoir.concordia.ca ^Concordia
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