Le devoir, 15 octobre 2011, Cahier B
LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 OTTAWA Une révolution de rimmigration?Page B 3 DESIGN Les idées de Josée Lepage ne connaissent pas de frontières Page B 6 PERSPECTIVES France : dernière étape de la primaire socialiste Le rassembleur et la réformatrice À 24 heures du vote, François Hollande et Martine Aubry fourbissent leurs dernières armes CHRISTIAN RIOUX Paris — «Gauche molle», «candidat du système» qui utilise «les yfiots de la droite».A 24 heures de l’élection primaire qui choisira dimanche le candidat socialiste qui affrontera en mai prochain Nicolas Sarkozy, les injures se sont mises à voler dans le camp de Martine Aubry.Après une primaire exemplaire, celle qui accuse un léger retard dans les sondages face au favori François Hollande a décidé de sortir l’artillerie lourde.Au risque de faire voler en éclats la belle unité jusque-là préservée.Hier, les appels au calme se multipliaient chez les partisans de François Hollande et les éditorialistes de gauche qui craignaient un ralliement impossible dimanche soir à l’issue du scrutin.11 s’agit d’un «dérapage contrôlé pour faire bouger les lignes», déclarait le politologue Stéphane Rozès au quotidien Le Figaro.«Aubry est une femme politique d’expérience et on ne peut pas imaginer qu’elle n’ait pas pesé ses mots, dit-il.En s’exprimant ainsi, elle espère faire venir aux urnes un nouvel électorat: celui de la gauche de la gauche, notamment le Front de gauche, ainsi que les écologistes.» Baroud d’honneur ou coup de maître?On le saura dimanche.Les sondages indiquent pour l’instant que l’écart se resserre entre celle qui se veut la candidate d’une gauche ferme et celui qui pose en rassembleur des Français.Quelque 47 % des sympathisants de gauche prévoient voter pour la maire de Lille et 53 % pour le député de Corrèze, selon l’enquête réalisée par Opinion Way après le débat télévisé de mercredi.Malgré le ralliement à François Hollande de Manuel Valls et de Ségolène Royal, le report des voix des candidats défaits au premier tour semble être plus favorable à Martine Aubry.Même chose pour les partisans du candidat de la «démondialisation», Arnaud Monte-bourg, qui a hnalement annoncé hier qu’il voterait pour François Hollande «à titre exclusivement personnel».Mathématiquement, François Hollande a toutes les chances de l’emporter dimanche.Mais une trop faible marge risquerait d’entamer sa crédibilité face à Nicolas Sarkozy.Rien n’est donc joué dans cette élection ouverte à toute la gauche et où il demeure toujours possible pour un candidat de mobiliser de nouveaux électeurs à la dernière minute.Une gauche ferme Drôle de fin de campagne tout de même pour celle qui, il y a cinq mois à peine, avait prévu de ne pas se présenter pour laisser la voie libre au favori, Dominique Strauss-Kahn.En face, François Hollande travaillait son image de député de la Corrèze pour affronter un jet setter sans grand ancrage dans la France profonde.Et puis, rien ne s’est passé comme prévu.Dans le Palais des sports de Lille, son château fort, Marti- Ces élections primaires ont représenté un véritable succès pour les socialistes et la démocratie.Jusqu’à maintenant du moins.ne Aubry avait réuni jeudi soir 3000 personnes afin de confirmer l’image de «vraie gauche» qu’elle a affichée au fur et à mesure que progressait la campagne.Ce soir-là, elle s’est même laissée aller à appeler les «jeunes de France à rejoindre ceux de Tunis, du Caire et de Damas»] D’ailleurs, le héros des «indignés», Stéphane Hessel (auteur du best-seller Indignez-vous.^ avait envoyé une vidéo pour soutenir la candidate.Ce discours tranchait avec la présence au premier rang d’un grand nombre d’«élé-phants» du PS, comme Laurent Fabius, Henri Emmanuel-li et Pierre Mauroy.Peu importe, la fille de l’ancien ministre des Finances de Mitterrand, Jacques Delors (qui avait refusé la candidature socialiste en 1995), veut croire en son destin.Réforme Depuis son passage dans le gouvernement de Lionel Jospin, Martine Aubry n’a cessé de représenter une gauche réformatrice, plurielle, ouverte aux idées des petits partis d’extrême gauche et des verts, et multiculturelle.L’un des rares défenseurs en France du multiculturalisme, Michel Wieviorka, est d’ailleurs un conseiller et un ami personnel.Dans le débat télévisé de mercredi dernier, Martine Aubry a pris fait et cause pour le fédéralisme européen alors que François Hollande a refusé de prononcer le mot, rappelant plutôt la grandeur de la France.L’ancienne ministre du Travail de Lionel Jospin et numéro deux du gouvernement est consciente que, si elle est élue dimanche, elle risque de tramer le boulet de la réforme des 35 heures dont elle a été l’artisan principal.Une réforme régulièrement mise au pilori par la droite, mais aussi critiquée par une partie de la gauche, dont l’ancienne candidate Ségolène Royal.En 2008, Aubry avait été portée à la tête du PS dans un scrutin controversé par les fa-busiens et les strauss-kah-niens, réunis justement pour faire obstacle à Royal.Martine Aubry semblait alors la candidate la moins menaçante pour laisser toutes ses chances à un candidat apparemment plus solide.D’où le pacte de Marrakech qui liait la première secrétaire du parti à Dominique Strauss-Kahn.L’histoire en a finalement décidé autrement.Le rassembleur Loin des liesses de l’assemblée de Lille, le favori préférait la jouer modeste.En réunissant ses troupes dans la petite salle du Bataclan, à Paris, François Hollande choisissait de ne pas faire d’esbroufe et de confortçr son image de rassembleur.A ses côtés, on trouvait ses anciens adversaires Manuel Valls et Jean-Michel Baylet ainsi que Dominique Bertinotti, ex-directrice de campagne de Ségolène Royal.D’ailleurs, les événements des derniers jours avaient de petits airs de revanche pour Ségolène Royal, mal^é sa défaite cuisante de dimanche dernier.Derrière Martine Aubry se retrouve en effet une grande fraction du Parti socialiste qui n’avait pas soutenu sa candidature en 2007, qui avait parfois saboté sa campagne et refusé ensuite de lui concéder la direction du parti.Chez les partisans de Hollande, on n’hésite pas à dénoncer le discours technocratique de Martine Aubry, qui ne parle pas à la France, dit-on.Un discours qui se perd souvent dans l’énumération de la liste d’épicerie du programme socialiste.Au contraire de son adversaire, François Hollande a choisi de se concentrer sur les deux thèmes de la rigueur économique et de la jeunesse.11 doit cependant contrer l’image d’un apparatchik qui n’a jamais occupé de fonctions ministérielles.Hollande n’a été que député et président de région, même s’il fut auprès du premier ministre Lionel Jospin pendant cinq ans à titre de premier secrétaire du PS.Derrière ses airs de collégien blagueur, qui ne passent pas toujours à la télévision, on lui prête aussi une certaine indécision.Le candidat semble par ailleurs avoir compris que les idées représentées par Arnaud Montebourg sur la «démondialisation» ne s’inscrivaient pas seulement dans le traditionnel débat droite-gauche.En acceptant de défendre un certain protectionnisme européen, Hollande sait qu’il peut rejoindre non seulement les partisans de Montebourg, mais aussi des électeurs de droite comme ceux de Nicolas Dupont-Aignant, de Nicolas Sarkozy et même du Front national de Marine Le Pen.Le vote en faveur de François Hollande se recrute d’ailleurs en partie dans certaines banlieues populaires et quelques zones rurales alors que celui de Martine Aubry est nettement concentré chez les jeunes professionnels et dans le centre des grandes agglomérations.Péril de fin de campagne Exaspéré par la place accordée à cette primaire par les médias, le parti de la majorité (UMP) a soudainement décidé cette semaine d’organiser dès la semaine prochaine une convention extraordinaire.C’est que les politologues sont presque tous d’accord.Ces élections primaires ont représenté un véritable succès pour les socialistes et la démocratie.Jusqu’à maintenant du moins.Car le ton plus agressif des derniers jours fait craindre une embardée de dernière minute qui pourrait tout compromettre.L’éditorialiste du Nouvel Observateur’L&mentjoilfm dénonçait hier un comportement «parfaitement irresponsable» de certains qui «devient avec chaque heure qui passe plus acerbe et plus violent».Si tel devait être le cas, il s’agirait d’une fin de campagne particulièrement dramatique pour un candidat qui mise sur le rassemblement.Tel est en effet le pari de François Hollande, qui dit vouloir redonner à la France un président «normal» et réconcilier un pays mis à mal par la stratégie de guerre civile menée depuis cinq ans par un hjqierpré-sident.La suite dimanche soir.Correspondant du Devoir à Paris PHOTOS REUTERS François Hollande (en haut) et Martine Aubry doivent se méfier des dérapages de dernière minute.«La primaire ne signifie pas la fin des partis, mais leur mutation» A la lumière de l’expérience italienne, Marc Lazar analyse les conséquences de la primaire socialiste en France, une première dans l’Hexagone.Son introduction dans la péninsule à partir de 2005, pour investir Romano Prodi comme candidat du centre gauche face à Silvio Berlusconi, a fait tache d’huile pour les autres types de scrutin (municipal, régional, etc.) et a profondément changé la manière de faire de la politique.Marc Lazar a notamment publié L’Italie contemporaine, de 1945 à nos jours (Fayard).Le succès de la primaire du Parti socialiste a-t-il créé une situation irréversible?Irréversible, je ne sais pas, mais la primaire, qui constitue déjà un phénomène marquant en Italie, le sera aussi sans doute toujours plus en France.Malgré leurs différences notables, ces deux pays ont aussi d’évidents points communs, connaissant notamment l’un et l’autre une crise de la représentation et de la démocratie.D’où la soif de participation et d’action montrée par une partie du corps électoral, qui se reconnaît dans la gauche et explique le succès de la primaire.11 est néanmoins difficile de comparer telles quelles les données.En France, il y a eu 2,5 millions de votants à la primaire socialiste.Quelque 4,3 millions d’Italiens avaient participé en 2005 à la primaire qui avait confirmé Romano Prodi comme le candidat de l’ensemble du centre gauche face à Silvio Berlusconi.Mais cette participation sensiblement plus importante tient aussi à l’héritage de partis tels que le Parti communiste italien (PCI) ou la Démocratie chrétienne (DC) qui, à la différence de la France, étaient de vrais partis de masse.D’autres scrutins que la présidentielle pourraient-ils faire l’objet de primaires?Après le succès de cette première consultation, il me semble que l’on peut arriver, comme en Italie, à une généralisation du phénomène.Comment le PS pourrait-il désormais refuser d’organiser une primaire pour désigner le candidat à la mairie ou aux conseils régionaux?Plusieurs centaines de primaires ont été organisées en Italie depuis 2005, aussi bien dans les municipalités que dans les régions.[.] La loi électorale italienne, avec ses listes bloquées pour les législatives, empêche qu’il y ait des primaires pour les candidats à la députation, mais en France, avec les collèges uninominaux, la question pourrait se poser.D’où le problème, déjà discuté en Italie et qui le sera probablement bientôt en France, de sortir de l’actuel vide juridique avec une loi-cadre fixant les modalités du vote, l’accès aux médias, etc., pour les partis souhaitant organiser des primaires.VOIR PAGE B 3: PRIMAIRE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 PERSPECTIVES Accord Israël-Hamas • V Derrière la libération de Gilad Shalit CLAUDE LEVESQUE Un pour mille.C’esC ce rapport qui frappe.L’Etat d’Israël accepte de libérer un millier de prisonniers palestiniens en échange du soldat franco-israélien Gilad Shalit, détenu à Gaza depuis plus de cinq ans par le mouvement islamiste Hamas.Ce dénouement spectaculaire réjouit probablement autant la famille Shalit et ses amis qu’il révolte les proches des victimes israéliennes des activistes appelés à retrouver leur liberté.Ce geste, qui ressemble presque à une reddition, surprend de la part d’un gouvernement israélien si peu porté aux concessions dans ses rapports avec l’Autorité palestinienne ou avec quiconque essaie de faire débloquer les négociations entre ces deux parties.11 survient alors que ce gou-vernement de droite est confronté à une grogne populaire causée par la vie chère et à un isolement diplomatique presque complet dans les dossiers interreliés des colonies de peuplement en territoire occupé et de l’adhésion de la Palestine aux Nations unies.Dans la bande de Gaza, le Hamas, au pouvoir depuis janvier 2006, est en perte de vitesse devant le Fatah de Mahmoud Abbas, surtout depuis la prestation remarquée de ce dernier au siège de l’ONU.Gilad Shalit possède la double citoyenneté israélienne et française.Nicolas Sarkozy a tenté à plusieurs reprises d’obtenir sa libération, comme il était intervenu en faveur d’Ingrid Betancourt qui a la double citoyenneté colombienne et française.La cause de Gilad Shalit a mobilisé en France plusieurs personnalités médiatiques, dont Patrick Bruel, Gad Elmaleh et Bernard-Henri Lévy.C’est un jeune homme de 19 ans récemment appelé sous les drapeaux qui a été kidnappé A Les Palestiniens ont accueilli avec joie l’accord de cette semaine.par un commando du Hamas en juin 2006 près de la bande de Gaza, dontTsahal s’était reti- tion de droite menée pas Benjamin Nétanyahou.Jusqu’à l’entente conclue cette semaine., 11 faut dire Pour plusieurs, l’honneur de l’Etat juif que M.Néta-, , , nyahou avait se trouve rehausse par cet accord promis en qui lui permet de sauver et de rapatrier un de ses fils rée un an auparavant.Que demandait le Hamas en échange de la libération du soldat Shalit?Celle de mille prisonniers palestiniens.Une exigence jugée déraisonnable par le gouvernement Kadima de l’époque (qui a vainement tenté une expédition militaire dans l’enclave palestinienne) et ensuite par la coali- campagne électorale de faire libérer Gilad Shalit.Et il , ne faut pas oublier que l’Etat d’Israël se fait un point d’honneru de rapatrier tous ses soldats qui ont le malheur d’être faits prisonniers par l’ennemi, quitte à payer parfois le prix fort.De nombreux échanges de dçtenus jalonnent l’histoire de l’Etat juif, les termes ne lui étant pas toujorus favorables.Le Hamas, qui subit les près- CONFERENCE 2 et 3 novembre à Montréal • Diagnostic de notre système de santé • Prévention • Viabiiité du système pubiic • Gouvernance Plusieurs gouvernements dans le monde sont aux prises avec une croissance des dépenses de santé plus rapide que celle de leur économie, le Québec n’y fait pas exception.Philippe Couillard Conseiller stratégique, SECOR Gil Rémillard ¦ Wendy Thomson ¦ Claude Castonguay Directrice générale.Avenir d'enfants Avocat-conseil, Fraser Milner Casgrain S.E.N.C.R.L.Directrice, École de service social.Université McGill Fellow invité, CIRANO Ainsi que : Christian Paire, Marie-France Raynauit, Claude Montmarquette, Michel Venne, Hartley S.Stern, et d’autres conférenciers et chercheurs du Canada, du Danemark, des États-Unis et de l’OCDE.Pour vous inscrire : sante-conference.ca Tarif avantageux pour les étudiants Animation : Marie-Claude Lavallée animatrice à RDI santé Conférence organisée par : - En partenariat avec : - INSTITUT DU NOUVEAU MONDE )e CI RA NJ O Allier savoir et décision FCRS5 niNiïV) :n CANAasM lïu liEOeSESUn 1£S SBMCS rc&wE CH5RF CANADIAN HEALTH SERVICES [XSEARCH FOULTATIDN Association Canadian MÉDICALE I ^ MEDICAL CANADIENNE ASSOCIATION MOHAMMED SALEM REUTERS sions des familles des prison-itiers retenus en Israël, a fait un certain nombre de concessions.Sru le millier de Palestiniens qui retrouveront leur liberté, plusieurs seront privés du droit d’aller en Cisjordaitie même s’ils en sont originaires.Ils devront croupir dans la bande de Gaza ou trouver asile à l’étranger.La France et l’Allemagne sont intervenues d,ans le dossier, mais c’est l’Egypte qui s’est imposée comme principale médiatrice, soucieuse de ne pas laisser le champ libre à la Syrie, réputée proche du Hamas et déjà sollicitée par Nicolas Sarkozy en 2008.On sait que les autorités israéliennes ne voient pas d’un très bon œil le printemps arabe, qu’elles soupçonnent d’être inspiré par la mouvance islamiste.Le gouvernement Nétanyahou ne cache pas qu’il a décidé d,e profiter des bons offices de l’Egypte avant qu’ils ne cessent d’être disponibles à la suite d’un changement de régime.«Il est fort possible que cette occasion unique disparaisse indéfiniment et que nous ne soyons plus jamais capables de ramener Gilad à la maison», a dit Benjamin Nétanyahou mardi.On explique aussi l’entente par le fait que les chefs des services de sécurité israéliens se sont tous mis d’accord poru une fois.S’il faut en croire les autorités israéliennes, ils en sont arrivés à la conclusion que «mille terroristes de plus dans la bande de Gaza», ce ne serait pas si grave puisqu’à leur avis ce territoire en compte déjà des légions.«Je me suis farouchement opposé à cet accord pendant cinq ans, je refuse qu’on relâche des terroristes et des meurtriers», a déclaré au journal YediotAharo-not un Israélien dont le fils est mort dans un attentat contre un autobus à Haïfa en 2003.On assiste en Israël à un vif débat sur les termes de l’échange de prisonniers.D’un côté, on a du mal à accepter la libération d’activistes dont plusieurs ont effectivement du sang sur les mains.Céder aux exigences de départ des ravisseurs du soldat Shalit ne revient-il pas à encourager de nouvelles prises d’otages?se demande-t-on.Surtout que c’est précisément ce que certains membres des brigades al-Qas-sam, la branche armée du Hamas, ont promis de faire.D’autres Israéliens croient ep revanche que l’honneur de l’État juif se trouve rehaussé par cet accord qui, aussi mauvais soit-il, lui permet de sauver et de rapatrier un de ses fils.On garde à l’esprit la mort d’un aviateur qui avait été capturé au Liban en 1987.Pour le Hamas, l’accord est du pain béni.Il permet en effet au mouvement islamiste de ravir une partie de la popularité grandissante du président Mahmoud Abbas, accueilli en héros à son retour de New York le mois dernier.Officiellement, les deux camps se sont néanmoins félicités de la tournure des événements.En principe, ils devraient mettre fin à leur vieille querelle conformément à un accord si-gpé en mai, sous les auspices de l’Égypte également.Le Devoir MOYEN-ORIENT Sourde bataille pour l’hégémonie régionale L’Iran et la Turquie sont devenus des rivaux à la faveur des bouleversements sociaux et politiques « Si le modèle turc n’est pas parfait et souffre en particulier d’un certain nombre de tares récurrentes, il est plus séduisant que le système iranien » AYMERIC JANIER Ce sont deux nations unies par les fils invisibles de l’histoire, deux nations qui, l’une comme l’autre, portent dans leurs gènes l’héritage d’un empire.Malgré cette proximité, l’Iran et la Turquie ont toujours entretenu des liens complexes.Une relation qui s’est teintée récemment d’une rivalité exacerbée, à la faveur des bouleversements sociaux et politiques qui balaient le Moyen-Orient.Depuis deux ans, pourtant, les deux pays n’avaient jamais paru aussi proches.Fin octobre 2009, le premier ministre turc.Recep Tajqtip Erdogan, faisant fl des pressions occidentales, avait ainsi qualifié le président iranien.Mahmoud Ahmadine-jad, «d’ami».Et en mai 2010, son pays avait lancé, de concert avec le Brésil, une mission de bons offices destinée à régler l’épineuse question du nucléaire iranien — sans succès durable toutefois.En outre, «l’amitié et la fraternité ont souvent occupé une place centrale dans le discours des dirigeants des deux Etats», souligne Emel Parlar Dal, chercheuse en sciences politiques et en relations internationales à l’Université Marmara d’Istanbul.Les révoltes arabes qui ont éclos en décembre 2010 ont profondément rebattu les cartes.Relativement timide lors des prémices de ce vaste mouvement d’émancipation populaire, l’antagonisme turco-iranien s’est amplifié au fil des semaines.La première faille est apparue en mars, au moment de l’intervention militaire saoudienne au Bahreïn.Une opération menée sous le couvert du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et censée officiellement restaurer le calme dans le modeste royaume sunnite, alors en proie à de violentes manifestations antigouvernementales.A l’inverse de la Turquie, qui s’est contentée d’un silence prudent pour ne pas froisser les pays membres du CCG, l’Iran a exprimé sans ambages sa très vive irritation, convaincu d’un complot ourdi pour soumettre par la force ses «frères» chiites (environ 70 % de la population).Pomme de discorde Par la suite, c’est surtout sur le dossier syrien que se sont cristallisées — et se cristallisent encore — les tensions bilatérales.Engagée, comme l’Iran, auprès de Damas, la Turquie a fini par désavouer Bachar al-As-sad lorsque le prix politique de ce soutien est devenu trop lourd à porter.Non sans l’avoir, au préalable, exhorté à mettre un terme à toute effusion de sang contre la population civile.Les autorités turques ont craint que la répression sanglante perpétrée chez son voisin ne «déborde» sur son propre territoire.L’Iran n’a pas eu de tels scrupules.Trop effrayé à l’idée de perdre son principal allié dans le monde arabe, le régime des mollahs l’a défendu avec verve, contre vents et marées, fût-ce au prix de quelques menaces voilées contre la Turquie.Ainsi, le conseiller militaire du guide suprême.Ali Khamenei, le major général Yahya Rahim-Safa-vi, a-t-il estimé que «le comportement des dirigeants turcs envers la Syrie et l’Iran n’était pas correct et servait les objectifs des Etats-Unis».«Si la Turquie ne se départ pas de cette attitude politique “non conventionnelle”, elle va non seulement s’aliéner ses propres citoyens, mais aussi pousser les pays environnants, notamment la Syrie, l’Irak et l’Iran, à reconsidérer la nature de leurs liens politiques avec elle», a-t-il lancé.Au-delà de ces postures divergentes, motivées par des in- térêts nationaux bien compris, le printemps arabe a plus largement redessiné les équilibres régionaux.Avec les renversements successifs de Zine El-Abidine Ben Ali, de Hosni Moubarak et de Mouammar al-Kadhafi, Ankara et Téhéran ont pris conscience qu’un espace s’ouvrait à elles pour asseoir leur suprématie sur la scène moyen-orientale.Et chacune tente, à sa manière, de faire fructifier ses atouts.Modèles contradictoires De ce point de vue, la Turquie, qui rejette toute velléité néo-ottomaniste, a aujourd’hui plusieurs longueurs d’avance.«Elle peut s’appuyer sur son système pluraliste, son islam politique maîtrisé et ‘tolérant” et ses succès économiques [11 % de croissance au premier trimestre 2011].Elle dispose aussi d’instances publiques [TIKA, l’Agence turque de coopération et de développement] ou privées [confréries, associations d’entrepreneurs, think tanks] de coopération économique et culturelle très actives, qui jouent un rôle de “soft power” au niveau de sa politique étrangère», argumente Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut français d’études ana-toliennes d’Istanbul (IFEA) et coéditeur du blogue de l’Observatoire de la vie politique turque (Ovipot).«L’Iran, lui, peut difficilement mettre en exergue sa révolution islamique, qui a plus de 30 ans et fait l’objet d’une contestation interne.Si le modèle turc n’est pas parfait et souffre en particulier d’un certain nombre de tares récurrentes, dont la non-résolution de la question kurde, il est plus séduisant que le système iranien pour les peuples arabes en révolte», analyse-t-il.Un point de vue corroboré par Emel Parlar Dal, pour qui l’ascendant de la Turquie est d’autant plus marqué que cette dernière jouit en comparaison du soutien de, l’Occident, notamment des États-Unis.Profondément déstabilisé dans son ambition d’incarner le modèle dominant au sein d’un Proche et Moyen-Orient battu par des vents diplomatiques contraires et violents, l’Iran voit d’un très mauvais œil l’activisme géopolitique de la Turquie.La tournée de Recep Tayyip Ercjogan à la mi-septembre en Égypte, en Tunisie et en Libye en a apporté la preuve.Téhéran n’a guère goûté le fait qu’Ankara se réapproprie, à son avantage, une rhétorique anti-israélienne qu’elle estimait être son apanage.L’appel du chef de l’ÂKP aux pays arabes visités à suivre l’exemple turc, présenté comme un mélange harmonieux d’islamo-conservatisme et de démocratie, a également fait grincer des dents.Pour autant, une rupture est-ellç envisageable entre les deux États?Cela est peu probable, car ils partagent des liens économiques très étroits.Depuis 2001 et jusqu’en 2008, le commerce bilatéral n’a cessé de croître.L’année dernière, après une année 2009 marquée par une chute brutale liée à la crise financière mondiale, il a connu un fort rebond pour atteindre 10,6 miljiards de dollars, un record.A cela s’ajoutent également des intérêts convergents: éviter l’indépendance des Kurdes (ils sont de 13 à 15 millions en Turquie, de 5 à 6 millions en Iran) et préserver l’unité de l’Irak.Ce qui fait dire à Jean Marcou que la relation bilatérale «va se stabiliser dans la méfiance réciproque», faisant la part belle à une sorte d’entre-deux.Ni amis ni ennemis.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 B 3 PERSPECTIVES Projet de loi contre les trafiquants d’humains La révolution conservatrice de Finunigration Le pouvoir politique veut s’arroger le droit d’écarter certains réfugiés Il aura suffi de l’arrivée-surprise sur les rives de Vancouver d’un bateau transportant à son bord près de 500 Sri Lankais, à l’été 2010, pour que le gouvernement de Stephen Harper dépose un projet de loi pour sévir contre les passeurs de migrants clandestins.Mais de l’avis des groupes de défense des réfugiés, la proposition législative ne punirait pas les trafiquants ainsi qu’elle le prétend, mais plutôt les demandeurs d’asile eux-mêmes.Et au moyen de mesures qui iraient à l’encontre des droits canadien et international.MARIE VASTER Ottawa — La loi visant à empêcher les passeurs d’utiliser abusivement le système d’immigration canadien est jusqu’ici passée presque inaperçue, ayant été déposée à la mi-juin, à la veille de la relâche estivale au Parlement.Mais cette proposition des conservateurs, si elle est adoptée telle que rédigée, pourrait créer une petite révolution dans le domaine de l’immigration, car elle propose des mesures sans précédent en accordant au pouvoir politique le droit d’écarter certains réfugiés non grata et de les mettre en prison le temps de vérifier leur identité.Le projet de loi C-4 s’était attiré une foule de critiques lors de son premier dépôt, à l’automne 2010 (il est mort au feuilleton lors du déclenchement de la dernière élection).Avec une proposition identique, qui pourrait aller en comité dans les prochaines semaines, s’ensuit un nouveau concert de reproches.Malgré la majorité des conservateurs au Parlement, l’adoption du projet de loi C-4 ne se fera pas sans bataille puisque des groupes de défense des réfugiés se préparent à montrer les failles d’une loi qui vise à contrer, selon eux, de manière inconstitutionnelle, une menace qui n’en est pas une.Les arrivées massives par bateau sont rares et un débarquement de 500 réfugiés comme en 2010 ne représente qu’une minime portion des 15 000 demandeurs d’asile accueillis cette même année par le Canada.«Dans la réalité, sur le nombre de demandeurs de réfugiés, c’est vraiment une goutte d’eau dans l’océan», souligne Chantal Arsenault, présidente sortante de la section de l’immigration à l’Association du Barreau canadien.Deux classes Premier bémol au projet de loi selon les regroupements qui représentent les réfugiés: un pouvoir discrétionnaire qui permet au ministre de créer deux classes de rélngiés en instaurant une toute nouvelle catégorie de demandeurs d’asile; un migrant qui arriverait au pays lors d’une «arrivée irrégulière» pourrait être répertorié comme un «étranger désigné».Cette classification, c’est le ministre de l’Immigration qui s’en charge, en vertu d’une loi qui ne définit pas les critères sur lesquels il se baserait pour ce faire.Ce pouvoir est bien trop aléatoire, de l’avis des regroupements de défense des réfugiés.D’autant plus que cette nouvelle classe de demandeurs d’asile subirait un sort bien plus sévère que ceux qui échappent à la hache du ministre.Car l’étranger désigné écoperait d’une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 12 mois, sans que son dossier puisse être révisé entretemps.Un sort qui serait imposé aux adultes comme aux enfants.Les réfugiés devraient ensuite attendre cinq ans avant de pouvoir demander le statut de résident permanent et de pouvoir parrainer des membres de leur famille pour les faire venir au pays.«Il est très dangereux de dire qu’il y a des règles beaucoup, beaucoup plus strictes qui s’appliquent aux personnes simplement parce que le ministre décide de la sorte.[.] Il n’y a rien qui empêche le ministre de se lever le matin et de dire: “Ce groupe-là, je ne l’aime pas, donc je le désigne”», s’indigne la directrice du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench.Non seulement le C-4 est-il «inhumain», selon ses opposants, il contreviendrait en outre à la Charte canadienne des droits et libertés en imposant une détention d’un an sans possibilité de révision pour le détenu.Résultat: il risque fortement d’être contesté un jour devant les tribunaux, préviennent les associations d’avocats œuvrant en droit de l’immigration au pays.«Le message envoyé est très, très fort: il indique qu’on n’est plus le pays qui s’efforce de respecter les J ANDY CLARK REUTERS Le projet de loi C-4 contreviendrait en outre à la Charte canadienne des droits et libertés.droits des réfugiés.En fait, on va proclamer haut et fort qu’on a l’intention de violer les droits des réfugiés», dénonce Mme Dench en notant qu’une détention obligatoire engendrerait forcément des coûts supplémentaires pour le système de justice canadien.Et le projet de loi enfreindrait de surcroît les conventions internationales auxquelles a adhéré le Canada et qui visent à protéger les réfugiés, accusent ses opposants.«Vous ne pouvez pas dire d’un côté et défaire de l’autre», dénonce Béatrice Vaugrante, d’Amnistie internationale.Conception déficiente D’un point de vue légal, le projet de loi des conservateurs serait carrément mal conçu et le gouvernement devrait «retourner à la table à dessin».Car, outre ces potentielles infractions au droit canadien et international, le libellé de C-4 est trop vague.S’il prétend répondre à une menace d’arrivées massives de réfugiés par bateau, le projet de loi ne précise pas le moyen de transport emprunté pour une «arrivée irrégulière», ni la taille de ce qui pourrait être considéré comme un ^oupe menaçant le système d’immigration canadien.La loi pourrait donc permettre l’arrestation d’une famille de quatre personnes arrivant par voie terrestre des Etats-Unis, craignent les regroupements.«Ce qui nous inquiète, c’est le manque de précision.Quel est l’objectif qu’on veut atteindre et pourquoi va-t-on ratisser si large dans la façon dont il est libellé?», questionne M® Arsenault.L’objectif est de dissuader les réfugiés de venir au Canada par des moyens illégaux en les menaçant de peines sévères, rétorquent les conservateurs.Dans une lettre ouverte dans le National Post publiée fin septembre, le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, a argué que son projet de loi enverrait «le message dans le monde que le Canada ne sera plus la porte d’entrée de la planète», défendant l’idée que «la détention humaine et temporaire» des réfugiés qu’il pourrait mettre à l’écart était «la seule approche raisonnable et responsable».Les regroupements d’aide aux réfugiés sont cependant catégoriques: les demandeurs d’asile ne seront pas découragés par des lois plus « On va proclamer haut et fort qu’on a l’intention de violer les droits des réfugiés » sévères, puisqu’ils ne savent que rarement dans quel pays ils seront débarqués au terme de leur périple et encore moins les règles qui y prévalent — qui sont dans ce cas-ci aléatoires et donc d’autant plus impossibles à prévoir pour ces demandeurs d’asile.Non viable «On n’arrivera pas à fermer hermétiquement l’accès aux pays occidentaux.Ce n’est pas une solution viable à long terme», tranche Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.De l’avis des défenseurs des réfugiés, le Canada n’avait pas besoin d’une telle loi puisque la Loi sur l’immigration sévit déjà contre les entrées illégales au pays en prévoyant des peines allant jusqu’à une amende d’un million de dollars ainsi qu’un emprisonnement à perpétuité.Et lorsque la population aura réellement pris connaissance du projet de loi C-4, il ne fait aucun doute qu’elle s’y opposera, soutient Noa Mendelsohn Aviv, de l’Association canadienne des libertés civiles.«Je pense que si les Canadiens savaient vraiment ce que cette loi va faire à des personnes innocentes, vulnérables et traumatisées, ils seraient outrés», argue-t-elle.Voilà donc le travail qu’entreprendront les groupes de défense des droits des réfugiés dans les semaines à venir, œuvrant pour convaincre à la fois la population de s’y opposer elle aussi et le gouvernement de renoncer à son projet de loi.Celui-ci devrait passer à l’étude bientôt en comité, où les regroupements souhaitent aller exprimer leurs critiques et leurs craintes.Mais compte tenu de l’attitude des conservateurs quant à leur projet de loi omnibus en justice criminelle, pour lequel ils ont laissé entendre qu’ils précipiteraient l’étude en comité, reste à voir si les regroupements seront invités et entendus.Parce qu’avec leur majorité, les troupes de Stephen Harper pourraient, si elles le désirent, adopter sans amendement leur projet de loi.Le Devoir PRIMAIRE SUITE DE LA PAGE B 1 Une victoire à la primaire est-elle une assurance pour gagner ensuite le scrutin?La primaire n’est pas une panacée.Elle permet d’enclencher une réelle dynamique politique, mais elle n’est pas une garantie de victoire.Malgré son succès auprès de l’électorat du centre gauche en 2005, Romano Prodi n’arrivera finalement, un an plus tard, qu’à battre d’une très courte tête Silvio Berlusconi — à peine quelques dizaines de milliers de voix.Et lors des dernières élections de 2008, Walter Veltroni a perdu.Un succès à la primaire reste néanmoins im atout?C’est particulièrement évident en Italie pour les élections municipales.Le cas de Milan est riche d’enseignements pour la Erance.En novembre 2010 sont organisées dans la grande ville du nord de l’Italie des primaires de coalition, c’est-à-dire non pas seulement du Partito demo-cratico, mais pour toute la gauche et le centre gauche.Contre toute attente, le candidat le plus radical, Giuseppe Pisapia, bat le candidat officiel du PD Stefano Boeri.La plupart des commentateurs estiment alors que ce cap trop à gauche va permettre une victoire de la droite dans une ville réputée très «berlusconienne».Or, à la surprise générale, Giuseppe Pisapia l’emporte largement.Cela a été possible parce qu’une fois celui-ci désigné par la primaire, toutes les forces du centre gauche se sont unies derrière lui, à commencer par son rival malheureux.Et aussi parce que la gauche a fait un travail de terrain et de fond pendant la campagne.Et surtout parce que Giuseppe Pisapia a réussi à s’affirmer comme leader pour tout le centre gauche milanais.Mais une élection milanaise n’est pas une présidentielle française.La primaire est-elle plus efficace dans im cadre plus large que celui d’im seul parti?En Italie, le choix entre «primaire de parti» ou «primaire de coalition» se négocie au cas par cas selon le type d’élection au niveau local ou au niveau national.C’est la question qui va probablement maintenant se poser en Erance.La primaire doit-elle être pour le seul PS ou sera-t-elle ouverte au Pront de gauche, aux verts, au NPA, voire au Modem?Quelles ont été les conséquences de la primaire?Est-ce la fin du parti de militants?Cela fait longtemps qu’il est difficile de qualifier les partis français de partis de militants, comme on l’entendait dans le passé.Mais incontestablement, la primaire, surtout si elle se généralise, signifie, non pas la fin des partis, mais la transformation profonde de leurs fonctions, de leurs modes d’organisation et du rôle imparti à leurs adhérents par rapport aux sjmpathisants.En Italie, le PD, qui a mis dans ses statuts la primaire, n’a pas constaté une diminution du nombre d’inscrits, mais il est toujours en train de redéfinir, dans la pratique et pas simplement dans les textes, ses prérogatives et les gratifications qui lui sont données.Toute l’articulation entre le parti et la société est à repenser désormais.Propos reeueillis par Mare Semo Libération Choisir ses ennemis Michel David Plusieurs au Parti québécois ont sursauté en lisant une dépêche de l’agence QMI selon laquelle leur parti voulait «faire la peau» à Amir Khadir aux prochaines élections.Il y a en effet au sein du caucus péquiste, particulièrement dans la garde rapprochée de Pauline Marois, une aile plus conservatrice qui voit en lui une incarnation du diable et le grand responsable de la crise provoquée par le projet de loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec.On peut comprendre que sa grande visibilité en agace plus d’un, mais la jalousie est mauvaise conseillère.D’autres, d’orientation plus progressiste, sont plutôt d’avis que le PQ a tout intérêt à se rapprocher de Québec solidaire.Le comité présidé par Monique Richard, qui doit faire le tri des diverses suggestions visant à «faire de la politique autrement» d’ici le conseil national de la fin de novembre, a même été saisi d’une proposition en ce sens.Il est cependant loin d’être assuré que les délégués auront le loisir d’en débattre.Le comité Richard pourrait très bien décider de renvoyer cette proposition au caucus des députés, où elle risque fort d’être tuée dans l’œuf.Les démissions de juin dernier compliquent encore les choses, dans la mesure où il serait impensable de tendre la main à QS sans la tendre aussi aux brebis égarées.Qr certains ne veulent pas en entendre parler.Les démissionnaires sont maintenant considérés comme des putschistes qui voulaient la tête de Mme Marois.Remarquez, l’opposition à une éventuelle alliance est tout aussi féroce au sein de QS, où plusieurs voient les péquistes comme une bande de capitalistes, à peine plus fréquentables que les libéraux.Chacun a ses «purs et durs».Il faut cependant savoir choisir ses ennemis.Sur le plan électoral, c’est le futur parti de Eran-çois Legault qui constitue la grande menace pour le PQ.La perte d’une circonscription aussi sjm-bolique que Mercier a fait mal, mais ce n’est rien en comparaison de la razzia que M.Legault pourrait faire dans les circonscriptions actuellement détenues par le PQ.L’ancien ministre péquiste est également celui dont le discours, axé sur la nécessité de s’occuper des «vrais problèmes» plutôt que de l’insoluble question nationale, est le plus démobilisateur d’un point de vue souverainiste.Il est vrai que la priorité de QS va aux questions socioéconomiques, mais la souveraineté n’est pas évacuée pour autant.De toute manière, le PQ n’a plus d’autre choix que de se camper du côté progressiste.En 2007, Mme Marois souhaitait «moderniser» la social-démocratie pour récupérer les électeurs perdus à l’ADQ, mais elle a tellement tergiversé que M.Legault a fini par occuper le terrain.Pour bien des péquistes, il est sans doute difficile d’accepter qu’un axe gauche-droite puisse prendre le pas, au moins temporairement, sur la traditionnelle dichotomie entre souverainistes et fédéralistes.Depuis sa fondation, le PQ s’est toujours voulu une coalition où pourraient cohabiter des éléments de gauche et de droite, unis dans une même quête de la souveraineté.Encore faut-il qu’ils voient la lumière au bout du tunnel.Sans référendum à l’horizon, la coalition ne peut qu’éclater.En 2005, Pauline Marois s’était elle-même dite favorable à un pacte de non-agression entre les divers partis souverainistes, en vertu duquel le PQ aurait pu renoncer à présenter des candidats dans certaines circonscriptions.André Boisclair avait cependant coupé court à toute discussion.Devenue chef, Mme Marois avait relancé l’idée.Il fallait «mettre les intérêts partisans et immédiats de côté pour se mobiliser derrière l’objectif», expliquait-elle.En mai 2008, elle suggérait d’élaborer une «plateforme commune» avec QS et le nouveau Parti indépendantiste (PI), mais il n’était plus question que le PQ renonce à présenter des candidats dans les 125 circonscriptions.Aux élections de décembre 2008, le PQ a retrouvé son statut d’opposition officielle et il est vite apparu que la probabilité d’un quatrième mandat libéral était très faible.Dès lors, pourquoi s’embarrasser d’alliés dont on pouvait très bien se passer?Après ce qui est arrivé au Bloc québécois le 2 mai dernier, la question n’est plus du tout la même.Le PQ peut-il se passer d’alliés?Le départ de Louise Beaudoin, qui ne se représentera pas dans Rosemont, offre une occasion en or de faire un premier pas.Nicolas Girard n’acceptera certainement pas de s’effacer pour faire élire Prançoise David dans Gouin.Pourquoi ne pas lui laisser le champ libre dans Rosemont, où elle réside?Ce serait beaucoup mieux pour l’un et l’autre.Le PQ pourrait bénéficier d’une éventuelle alliance ailleurs.La défaite de Gilles Duceppe dans Laurier-Sainte-Marie fait paraître bien fragile la majorité de 3646 voix obtenue par Martin Lemay dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.Les 3051 voix recueillies en décembre 2008 par la candidate de QS, Manon Massé, pourraient lui être très utiles.Même dans une circonscription comme Cré-mazie, où le candidat de QS, André Prappier, avait recueilli seulement 5,6 % des suffrages exprimés, la majorité de Lisette Lapointe était inférieure à ses 1627 voix.mdavid@ledevoir.eom B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 EDITORIAL Primaire du PS Franc succès L’annonce que le prétendant socialiste à la présidentielle française serait choisi à la faveur d’une primaire fut accueillie avec une forte dose de scepticisme par les çommentateius, et de cynisme par leius adversaires politiques.A 24 heures de la conclusion de cet exercice, un constat s’impose: la primaire a été un franc succès.Elle a d’ores et déjà ajouté à la qualité démocratique de la vieille France.A Serge Truffaut u-delà de deux millions d’électeurs ont participé au premier tour de la primaire.Les débats télévisés ont obtenu des records d’audience.Six semaines durant, la guerre entre candidats socialistes a fait de l’ombre à une foule de sujets dont les élus de l’UMP étaient les protagonistes.Bref, cette gymnastique électorale a été une réussite.Pourtant, cela n’a pas empêché des bonzes de l’UMP et notamment le premier d’entre eux, Jean-François Copé, de dormer des gages à la mauvaise foi politique en se moquant de l’exercice en question.Passons.La première vertu de cette primaire a été la mise entre parenthèses d’une culture politique empreinte souvent de relents nauséabonds.On pense bien entendu aux combats que se livraient sans cesse les chefs de courants ou de réseaux, soit les fameux éléphants.On pense à ces combats parfois si mesquins qu’ils ____ s’avéraient surtout profitables aux champions de la droite.Là, pour la première fois dans l’his-^ " toire moderne du PS, les héritiers de François ^ Mitterrand ont pu échanger, polémiquer, avec % la sérénité que commande un monde de plus en plus complexe.Cela étant, cette initiative du PS, ou plutôt les dirigeants de ce dernier ont fabriqué de leurs mains une énorme incongruité.De quoi s’agit-il?Ils ont fait voter le programme qui sera défendu lors de la campagne présidentielle avant la tenue de la primaire.Cette étrangeté, c’est le moins qu’on puisse dire, a eu pour conséquence que Martine Aubry, François Hollande et deux autres concurrents ont été condamnés à se distinguer en articulant des différences d’autant plus minces qu’ils jouaient la même partition.A une exception: Arnaud Montebourg.Celui-ci a été le seul à prendre ses distances à l’égard d’un programme jugé indifférent à ime sensibilité politique rassemblant ime cohorte d’individus d’autant plus imposante en nombre qu’elle est née avec la crise financière et économique qui abîme la planète depuis maintenant plus de trois ans.Parce qu’il lut et reste le candidat de la démondialisation, Montebourg s’est distingué avec tant de force qu’il a relégué Ségolène Royal aux politiciens de la deuxième division.Le score étonnant qui fut le sien (17 %) devrait lui permettre d’insérer dans le programme de la présidentielle certaines des idées phares qu’il a avancées.On sait qu’il a décidé d’accorder à Hollande son vote de demain, en prenant soin de préciser qu’il n’entendait pas dicter à ses électeurs de l’imiter.Dans un entretien au journal Le Monde, il s’est justifié ainsi:
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.