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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-03-26, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 LITTERATURE Elena Botchorichvili, tristesse et bonheur Page F 3 ESSAI Portrait de Joseph Facal en toréro Page F 6 LIVUES » y* MM ' U DU ZOMBI AU BIZANGO: ’appel du monstre de Stanley Péan Bizango?Comme le zombi, c’est une figure, moins connue, du vaudou haïtien.Homme caméléon, télépathe capable de lire les pensées, le bizango du dernier roman de Stanley Péan prend la forme d’un être cher à la personne qui est devant lui.C’est un peu un shape shifter de la vieille garde de la science-fiction, et on retrace ses frères aussi loin que dans les mythologies européenne, amérindienne, grecque et japonaise.Bizarre bizarre?Le Bizango (Les Allusifs) vient hanter Montréal.CATHERINE LALONDE Il est tiré de «ces contes qui avaient bercé son enfance en Haïti, écrit Stanley Péan dans son 22® ouvrage, ces récits fantasmagoriques où, la nuit venue, des messieurs en apparence normaux se dévêtaient de leur peau humaine pour révéler l’ignominie qu’ils n’osaient montrer à la lumière du jour.Et si ce n’étaient pas que des contes à tirer dans la grande cour, à la bru-nante?Et si de pareilles créatures déambulaient pour de vrai sur terre?» «Le mythe du bizango est effrayant,» explique Stanley Péan en entrevue au Devoir, au-dessus d’un petit déjeuner.De ce monstre, l’auteur a fait, furtif comme le reptile, un ange gardien vengeur.Presque un surhomme.Son polymorphisme est un don autant qu’une malédiction, puisque le bizango perd son identité et ses souvenirs dans la masse de ceux qu’il lit chez les autres.En s’attachant à la petite putain Domino, qu’il ne peut s’empêcher de protéger, le bizango se mettra à dos tout le gang haïtien du chief C\fi\\-0.S’ensuit une chasse à l’homme mortelle.«C’est un roman sur la perception: comment elle nous influence et change nos comportements.Comme nos perceptions sont influencées par les médias, il fallait qu’ils soient là.» La journaliste Andréa Belviso en est une figure essentielle.«Tous les personnages sont doubles,» poursuit Péan, soit par leur identité de néo-Québécois, soit par leurs paradoxes.Le pire mécréant y est aussi philanthrope à ses heures, essentiel à sa communauté.Le bizango lui-même, à la recherche de son identité mais finalement «très à l’aise de ne jamais avoir à être lui-même».N’est-ce pas là d’ailleurs une image de l’écrivain, être double qui porte les mille visages de ces personnages?Péan arbore un large sourire.«On peut le lire comme ça.» La peur du noir «Je me terrifiais à dix ans en lisant Edgar Allan Poe, jusqu’à ne pas pouvoir dormir.J’adorais ça! Une part de moi est resté cet enfant.Le polar, poursuit l’auteur, joue sur les attentes, sur le fait que tu donnes plein d’informations au lecteur sans lui dire lesquelles sont importantes.Le teM policier, selon Jorge Luis Borges, fait du lecteur un paranoïaque, qui doute de tout,» ex- JEAN-FRANÇOIS NADEAU prise de la nuit (Courte Échelle), en 1993, il métisse souvent, comme dans le précédent Zombi blues (Courte Échelle), les codes du roman noir à la sauce fantastique.C’est ce dernier livre, publié d’abord en 1996, qui a réellement fait entrer l’auteur dans l’œil du public.Et c’est encore Zombi Blues qui a ramené Péan, pris par son activisme politique, à l’écriture, quand l’édition italienne, parue l’an dernier, a récolté un succès critique.La diaspora du franglais Le pays natal n’est jamais loin dans les écrits de Stanley Péan, Haïtien de Jonquière, nanti d’un «crçole au fort accent saguenéen».A travers le gang, fictif, de Chill- «Je me terrifiais à dix ans en lisant Edgar Allan Poe, jusqu’à ne pas pouvoir dormir.J’adorais ça! Une part de moi est resté cet enfant» plique Péan entre ses irrésistibles éclats de rire.L’ancien président de l’IInion des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) revient sans cesse à l’écriture de nouvelles.«J’aime raconter des histoires, j’aime le court, j’aime la nouvelle plus que quoi que ce soit d’autre.La série télé The Twilight Zone a été le grand coup d’envoi de mon envie de devenir écrivain!» Admirateur de Ray Bradbury, de William Hjortsberg et de Harlan Ellison, Péan adore flirter entre le fantastique et le polar.«Dès que j’envisage narrati-vement quelque chose, je chavire vers les genres,» précise-t-il.Depuis son roman jeunesse L’Em- 0, l’auteur occupe ici Montréal-Nord.Ce qui lui permet de jouer avec la musique du créole franglais typique de cette partie de la diaspora.«Je m’intéresse à ce secteur depuis Le Tumulte de mon sang (Québec Amérique), en 1991.» 11 a collectionné articles et faits divers sur le démantèlement du gang de Master B.et l’arrestation du chef, «qui avait mon âge à l’époque».11 s’est penché sur les Wolf Pack de Québec.Les questions de racisme, profilage racial, échos du séisme de 2010, taux de criminalité et surveillance excessive des Noirs sous-tendent Bizango.Qu y rappelle «le fait notoire que quelqu’un à la mairie [de Montréal] a fait des gangs de rue la grande priorité policière de cette ville, VOIR PAGE F 2: MONSTRE Patrick Nicol Partick Moreau Michel Morin Marc Chevrier Bernard LaRivière Mathieu Bock-Côté Mathieu Bélisie J d,e ( hoNfHéjc cynique Finaliste au 26^ Grand Prix du Conseil des arts de Montréal serge Bouchard l'Inconvénient Aussi dans ce numéro no 44 Jonathan Franzen David Dorais Gilles Marcotte Réjean Beaudoin Geneviève Letarte Abonnez-vous en ligne Serqe Bouchard WWW.inconvenient.ca F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 LIVRES Robert Lévesque prend toujours un train LOUIS CORNELLIER On savait que Robert Lévesque, ancien critique de théâtre au Devoir, aimait la littérature.On sait maintenant qu’il aime aussi, depuis son enfance rimouskoise, les trains, dont la «grande plainte sifflante» lui est «une invitation au voyage».Déraillements, son plus récent recueil d’essais, se nourrit de ses deux amours en plaçant en son cœur des écrivains ou artistes bercés par les rails ou flirtant avec le déraillement.Robert Lévesque DERAILLEMENTS Boreal Les 32 textes qui composent cet ouvrage s’inspirent, dans la plupart des cas, d’une anecdote ferroviaire liée à la vie d’un écrivain, à partir de laquelle Lévesque trace un portrait de son héros.Ainsi, nouvellement médecin, en 1945, grâce au financement de l’armée, Jacques Perron est affecté au service de démobilisation et doit parcourir le Canada en train.Lévesque raconte alors l’indiscipline joyeuse du toubib et son refus d’apprendre l’anglais.L’écrivain effronté est déjà en germe.A la même époque, Charles Trenet, qui doit se faire discret en France puisqu’il a «chanté sous l’Occupation», débarque en Amé-riquç.11 chante un peu partout aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, avant d’être invité à Ottawa.«En vagabond», par curiosité, il décide d’aller laire un tour à Québec, en train.En face de la gare, il tombe sur Chez Gérard, café-restaurant, une gargote où, évidemment, personne ne l’attend.«J’aimerais bien chanter ici», lâche-t-il, à la stupéfaction du serveur.11 y sera 25 soirs d’affilée et profitera de son passage pour composer, en une demi-heure, les paroles de Dans les rues de Québec! Robert Lévesque a une réputation méritée de styliste.11 maîtrise, en effet, l’art de créer rapidement une atmosphère, de saisir le lecteur pour l’amener dans un univers inattendu.Or, il lui arrive de trop tabler sur l’évocation, au mépris de la mise en contexte.Certains textes de ce recueil, surtout les premiers (sur Kafka, Van Gogh, London, Butor), laissent ainsi le lecteur au milieu d’une brume décevante.L’éditeur, en quatrième de couverture, parle des textes de Lévesque comme de «mi-essais mi-poèmes en prose, enlevés, frémissants, vifs comme le mouvement d’un rapide dans la nuit».On ne contestera pas la vivacité et le frémissement du style, mais on notera toutefois que le genre «mi-poèmes en prose» ne permet pas à Lévesque de donner le meilleur de lui-même.C’est en racontant que le chroniqueur donne le goût de le suivre.En racontant le destin d’Attila Jozsef, jeune poète hongrois suicidaire, nourri de Marx et de Freud, mort écrasé volontairement par un train; le parcours de Fats Waller, pianiste de jazz américain et joyeux drille des années 1930-1940, mort dans un train immobilisé par une tempête de neige près de Kansas City en 1943; le sommeil de l’insomniaque Ravel lors de sa tournée nord-américaine en train en 1928; la gloire du Norvégien Ibsen, à l’occasion de ses 70 ans; le voyage en train qui mènera La Bolduc, alors âgée de 13 ans, de sa Gas-pésie natale à Montréal.On trouve, chez Robert Lévesque, un véritable attachement pour les écrivains et artistes qu’il transforme en personnages.Le chroniqueur est l’antithèse du tâcheron qui rend sa copie parce qu’il le faut.Ses lectures sont des expériences entières, dans lesquelles il accepte le pari littéraire, jusqu’au déraillement s’il le faut.Robert Lévesque ne fait pas que parler des écrivains; il vit avec eux, pour le meilleur et pour le pire, et nous invite à faire de même.Collaborateur du Devoir DÉRAILLEMENTS Robert Lévesque Boréal Montréal, 2011,176 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR Robert Lévesque a une réputation méritée de styliste.LITTERATURE QUEBECOISE La louve et les morsures du célibat La dévorante est une première œuvre alerte, rageuse, rieuse SUZANNE GIGUERE \ A la mi-quarantaine, malgré son corps vieillissant, la narratrice de La Dévorante constate qu’il n’existe pas d’antidotes à la brûlante passion qu’elle éprouve pour les hommes.Et c’est bien là son problème.Chaque femme porte en elle une femme sauvage, une femme-loup, explique Clarissa Pinkola Estés, une psychothérapeute américaine d’origine hongroise dans son essai intitulé Les Femmes qui courent avec les loups (Le livre de poche, 2001).Ce livre est cité en exergue de La Dévorante, le roman de Lynda Dion.Celle qui récupère sa nature sauvage est comme les loups.Elle court, danse, hurle avec eux.C’est le début des vacances, avec comme fil d’Ariane la pêche.«Juin est suave et juteux comme les pèches je m’en mets partout sur les doigts les avant-bras le jus coule dans mon cou et laisse des taches sur ma camisole».De la rondeur, du velouté, des couleurs chaudes qui contrastent avec la réalité de la narratrice: divorcée, fragilisée par la mort de sa mère, un an plus tôt, et le départ de sa fille de 20 ans, elle se sent plus seule que jamais.Roman début d’été, ses histoires de cœur à l’écriture tournent à vide, ses dernières rencontres emportée, virtuelles sont ef- frayantes.Sa faim dé-vorante n’attire que ponctuation, les ho^es en quête d aventures sexuelles, présenté «C’est clair je ne sais pas faire ça m’intéres-SOUS forme ser à un homme sans J J.^ , perdre la mesure du de fragments cours dans toutes les directions comme une poule pas de tête».Jusqu’où ira-t-elle pour alléger son cœur qui cogne dangereusement?A Cuba, retrouver son amant Manuel: «qu’il s’approche qu’il me touche qu’il m’avale me digère qu’il me tue».Mais ce dernier ne parvient pas à calmer sa faim, à combler son vide.«Je suis en Présentement en librairie Orages d automne Sergio Kokis Clandestino roman Henri Lamoureux Orages d’automne roman HUÜULb CoRRIViAU De vieilles dames ET AUTRES HISTOIRES Negâo et Doralice Hugues Corriveau De vieilles dames et autres histoires nouvelles DISTRIBLfTION ; DIMEDIA INC.Courriel : general@dinnedia.qc.ca Site lntemet:www.dimedia.qc.ca Sergio Kokis Negâo et Doralice roman ü evesque éditeur sol étranger plus célibataire que jamais dégoûtée par l’envie que j’ai des hommes ce besoin d’étre aimée à tout prix cette faim que rien ni personne ne peut assouvir cette soif qui me dessèche le cœur je veux boire boire boire».Deux lignes de force Roman autour de la quête amoureuse et des morsures du célibat vécu comme une malédiction impossible à défaire, La Dévorante carbure à l’autodérision.Le roman est traversé par deux lignes de force: celle de la féministe lectrice d’écrivaines (France Théoret, Yolande Villemaire) qui veut plus que jamais connaître le bonheur de l’indépendance, sans attendre l’autre; et celle d’une amoureuse insatiable qui ne se résout pas à renoncer aux hommes, à trouver l’amour.Roman à l’écriture emportée, sans ponctuation, présenté sous forme de fragments, qui aboutit à un véritable délire de la phrase, La Dévorante est une première œuvre alerte, rageuse, rieuse.Un beau coup d’envoi pour la romancière originaire de Québec, qui vit et enseigne dans les Cantons de l’Est.Collaboratrice du Devoir LA DÉVORANTE Lynda Dion Septentrion, coll.«Hamac» Québec, 2011,230 pages POLAR Sicilianités MICHEL BELAIR Ce n’est qu’après une longue carrière au théâtre, à la radio et à la télévision — où il a d’ailleurs adapté certaines enquêtes de Maigret — qu’Andrea Camilleri s’est mis à écrire d’abord de la poésie, avant de se mettre au polar.Situées toutes en Sicile dans la petite vüle (fictive) de Vi-gata, ses histoires mettent en relief la corruption la plus quotidienne et la plus ordinaire que l’on puisse imaginer.Au cœur de l’immense succès qui a fait de lui l’auteur le plus lu en Italie, toutes catégories confondues, s’impose le style irrésistible de son commissaire Salvo Montalbano — cherchez «Vigata» ou «Montalbano» à l’aide d’un moteur de recherche et vous saisirez tout de suite l’ampleur du phénomène.Heureusement, CamîUeri est un vieux lettré et la finesse de son écriture comme la pertinence de son analyse virulente de la société contemporaine étonnent une fois de plus dans ces deux récentes parutions.Le vieux lion mord encore même s’ü a franchi la barre des 80 ans.et son traducteur fidèle (Serge Quadruppani) parvient toujours à rendre la saveur d’une écriture qui oscîUe entre le patois sicilien, l’italien courant et cet indéfinissable entre-deux qui fait le caractère unique des enquêtes du commissaire Montalbano et de ses acolytes.Dans Les Ailes du sphinx, la première histoire, ficelée serré comme d’habitude, on retrouve le corps d’une jeune femme complètement défigurée dans une décharge publique.Seul signe distinctif: un papillon tatoué sur son épaule qui permettra de mettre au jour un réseau d’exploiteurs.Mais Montalbano et ses hommes auront beaucoup de difficultés à remonter la piste et à saisir les liens entre la jeune fîUe assassinée et les «activités courantes»; il deviendra rapidement clair que la Mafia n’a rien à voir dans l’affaire.Par contre, le commissaire résoudra le crime en révélant les activités très louches d’un organisme de bienfaisance se cachant sous les jupes d’un monseigneur et d’un petit noble minable.On ne vous en dira pas plus pour vous laisser le plaisir de voir la chose s’éclaircir peu à peu.Une histoire complexe La noblesse de l’île est aussi impliquée dans La Piste de sable.Mais pas seulement elle puisque cette fois le clan des Cuffaro essaie de piéger Montalbano.L’histoire est complexe.Elle implique la disparition de deux chevaux de race et le massacre de l’un d’eux qui vient mourir sur la plage de Marinel-la, par hasard, devant la maison du commissaire.On rencontrera ici des personnages étonnants, dont une séduisante cavalière, Rachele Esterman, et le riche Saverio Lo Duca, qui sont au cœur de l’intrigue avec les hommes des Cuffaro qui organisent des courses ülégales à travers le pays.Ici encore, l’histoire est extrêmement complexe et se cache sous une ou deux autres que l’on ne pourra éliminer qu’à la toute fin.Comme toujours, ce sont les personnages de Camilleri qui rendent ces histoires compliquées absolument irrésistibles.Leur accent plutôt, que l’on devine dans la traduction; leurs habitudes aussi — on pourra même noter au passage quelques recettes de pâtes ou de rougets fort intéressantes — et la vie si différente des Siciliens ordinaires et d’autres pas ordinaires du tout.Le tout entrecoupé d’images saisissantes — Montalbano racontant une pêche au harpon sur les bancs de sable avec un oncle en pleine nuit —, des paysages à couper le souffle et des hommes et des femmes imprégnés de l’esprit du lieu.D’authentiques personnages de roman.Riches.Vrais.Au-delà du cynisme, de l’humour facile ou de la morale simpliste.Si vous ne le saviez pas encore, Andrea Camilleri est un grand écrivain et ces deux livres en font la démonstration de façon admirable.Le Devoir LES AILES DU SPHINX Andrea Camilleri Traduit de l’italien par Serge Quadruppani Fleuve noir/Pocket policier Paris, 2010,250 pages LA PISTE DE SABLE Andrea Camilleri Traduit de l’italien par Serge Quadruppani Fleuve noir Paris, 2011,230 pages MONSTRE SUITE DE LA PAGE E 1 même s’ils ne commettent que 2 % des crimes.» Péan croit que l’inté- gration haïtienne n’est peut-être pas «si réussie, finalement.La première génération, explique-t-ü en entrevue, celle de mes parents.Par le lauréat du Prix littéraire Radio-Canada, catégorie poésie ALAIN BERNARD MARCHAND Jours inouïs ALAIN BERNARD MARCHAND JOURS inouïs LES HERBES ROUGES / POÉSIE 1 LES HERBES ROUGES/POESIE n’était pas ici pour rester.Personne ne pensait que le régime Duvalier durerait — rien ne durait, alors, en Haïti — et il est resté 30 ans au pouvoir.C’est long.Ils étaient toujours dans ce fantasme du retour.Les générations suivantes sont redevables de cet espace qui n’a pas été occupé» Écrivain, Stanley Péan est un être très occupé: homme de radio, animateur de la principale émission de jazz d’Espace Musique depuis 2004.Homme politique, aussi, il vient de laisser, charte oblige, la présidence de rUNEQ après six ans.Auteur de chansons à ses heures, il demeure porte-parole du Mouvement pour les arts et les lettres.11 partage depuis des années son temps entre Québec et Montréal.Homme caméléon, Stanley Péan?n éclate de rire: «Tous les écrivains que j’ai admirés, Albert Camus, Boris Vian, Stephen Alexis chez les Haïtiens, Jacques Perron, ont pris la parole sur la place publique.Ils ne sont pas restés dans leur tour d’ivoire.On ne peut pas vivre en dehors de son époque: depuis 25 ans, on voit la littérature perdre sa place et son prestige dans l’espace public.C’est lié au triomphe d’une pensée économique.E n’y a pas de profit à faire avec la littérature, donc c’est suspect.La culture qui triomphe actuellement est celle du divertissement, du big business, celle qui rapporte tout de suite.Alors que la littérature, c’est un peu comme le slow flood.Ça demande une sédimentation.» Le Devoir BIZANGO Stanley Péan Les Allusifs Montréal, 2011,300 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 F 3 LITTERATURE Elena Botchorichvili, tristesse et bonheur mêlés c Laurin est un roman bref.Trop bref.Pas du genre à développer, à en remettre, l’auteure de La Tête de mon père.Les quatre autres romans qu’elle a publiés depuis une douzaine d’années font, en tout, à peine 400 pages.C’est dans l’ellipse, le minimalisme que ça se passe, pour Elena Botchorichvili.Cette Montrélaise d’adoption se distingue aussi par l’éclairage, chaque fois particulier, qu’elle jette sur l’Union soviétique.Sur la Géorgie, en particulier, qu’elle a quittée en plein chambardement, au début des anpées1990.A chaque livre, qu’elle écrit en russe, un morceau du puzzle se met en place.Le même procédé est utilisé à l’intérieur même de chaque roman.On avance par petites touches successives, concentriques, sans égard pour la chronologie.Cette écrivaine n’explique pas les choses, elle les montre.Ses phrases sont courtes, imagées.Sans liens apparents, très souvent.L’impression qu’elle saute du coq à l’âne.Où s’en va-t-elle comme ça?, se surprend-on à se demander.Elle ne prend pas la peine de le préciser, elle y va, elle file.Puis, au détour, ce qui nous avait paru nébuleux revient, éclairé autrement.Et l’illumination se produit.C’est sans en avoir l’air que .A \ ' Danielle le récit se déploie, nous empoigne, nous séduit, nous émeut.Dans le roman La Tête de mon père, c’est particulièrement réussi.On entre dans ce livre par une petite porte, qui nous conduit à une autre porte, et ainsi de suite.On sait dès le début que la tête du père dont il est question dans le titre est quelque part sur une montagne, en Géorgie.Mais on n’apprendra qu’à la toute fin pourquoi, et dans quel contexte, cet homme l’a perdue.La guerre sociale Entre-temps, on aura vécu, par morceaux, par petits bouts, avec une famille géorgienne.D’abord sous le communisme.Puis après le démantèlement du régime soviétique.En passant par l’éclatement de la guerre civile en Géprgie.A propos de cette guerre-là, justement, cette guerre «provinciale» passée inaperçue pour bien des gens, l’auteure, dans son humour en apparence inoffensif mais corrosif, note: «De quelle façon commence une guerre provinciale de nos jours?Des idiots se jettent en avant, des types intelligents se précipitent derrière eux pour les arrêter.Mais tous se retrouvent morts par terre.» Nous sommes au sein d’une famille géorgienne, mais vue par un membre du clan, après son éclatement.L’éclatement © MARTINE DOYON Elena Botchorichvili publie son cinquième roman, La Tête de mon père.de cette famille comme métaphore de l’éclatement du régime soviétique: on peut lire La Tête de mon père de cette façon.Mais aussi, on y sent la nostalgie du pays perdu dans un système condamné à mourir.La nostalgie du réalisme socialiste.Eh oui.Malgré la grisaille de l’Union soviétique, la pauvreté, la misère.Malgré «le sentiment de désolation et d’impasse».Car ce sentiment-là était partagé.Vécu dans la solidarité.Celui qui raconte cette vie-là, le fils du clan, confie: «Maintenant, bien des années après, la haine et l’amour de l’Union soviétique vivent en moi de façon simultanée.J’ai vécu la mort du pays où je suis né comme celle d’un être aimé qui a terriblement souffert.Et on voulait qu’il meure parce qu’on l’aimait.» Tristesse et bonheur C’est la grande force du roman: cette tristesse et ce bonheur mêlés, tout au long au récit.Cette ambiguïté, cette contradiction irrésolue.Et cette volonté incessante de rendre palpable ce qui a disparu, de rendre compte de ce que ça fait que de l’avoir à jamais perdu.C’est aussi un hommage à ses parents, qu’il rend, ce fds devenu vieux.Un hommage à ce père qui «avait une telle envie de bonheur» et à cette mère qui n’était pas une fem-mq, «mais une vraie fête».A eux seuls, ces personnages colorés, théâtraux, plus grands que nature, sont jubilatoires au possible.Lui, qui écrivait des discours pour les puissants, les hauts gradés, lui, «le plus petit des grands hommes», entêté comme pas un, amoureux fou de sa femme mais constamment en train de se chamailler avec elle.Et elle, elle surtout, ancienne acrobate, ventriloque, «grande actrice méconnue», d’une beauté à couper le souffle.Il vit maintenant au Canada, le fils du clan.Et c’est à son fils qu’il s’adresse aujourd’hui.Son fils qui veut aller voir la tombe de son grand-père, en Géorgie.Roman de la transmission, de la mémoire, La Tête de mon père.Comment le fds peut-il parler à son propre fils de la tombe de son grand-père, de l’endroit où elle se trouve, et de ce qu’elle contient, sans retracer toute l’histoire?L’histoire de son pays, de sa famille.C’est à cela que le fils s’adressant à son fils se résout enfin aujourd’hui.Dans une longue lettre, qui donne un roman trop court, bien trop court.LA TÊTE DE MON PÈRE Elena Botchorichvili Traduit du russe par Bernard Kreise Boréal Montréal, 2011,80 pages LITTERATURE QUEBECOISE Le désir d’être un ver La suite du remarquable carnet landais de Jean-Pierre Issenhuth CHRISTIAN DESMEULES Parmi les anecdotes qui, parfois, ponctuent la vie du critique, figure à coup sûr en bonne place le fait de retrouver l’une de ses propres phrases imprimées en quatrième de couverture d’un livre qu’un éditeur n’a jamais pensé à lui envoyer.Déjà que faire de la pub, aux yeux de certains éditeurs, c’est un peu s’abaisser.S’il fallait en plus se mettre à ramper.Jean-Pierre Issenhuth publiait en 2009 le Cinquième monde (Eides), où il se faisait lecteur minutieux, contemplateur actif et chercheur d’infini atteint de la passion du dehors.«On sort de ces pages un peu étourdi et enchanté», disait quelqu’un à propos de ces carnets d’écrivain.Enraciné sur sa petite terre des Landes françaises, bichonnant sa «cabane-isba» et ses canards, expérimentant dans son potager, à la façon d’un gentleman-farmer, l’écrivain n’a pas depuis abandonné la gymnastique de l’écriture et a poursuivi consciencieusement l’expérience du carnet, mais «à temps perdu», prend-il soin de préciser.Ils sont trop rares, les essayistes qui mélangent l’infini-ment «petit rien», le banal porteur de sens et le dilettantisme littéraire ou scientifique.Heureusement qu’il y a chez eux quelque chose d’intemporel.On peut ainsi encore lire aujourd’hui les trois tomes des Papiers collés de Georges Per-ros, les Semaisons de Philippe Jaccottet sans urgence.Cette qualité nourricière, c’est un peu aussi celle que possède l’écriture de Jean-Pierre Issenhuth, écrivain récalcitrant, poète, ex-critique et jardinier né en 1947.L’univers de l’ombre Chemins de sable, nouveau volume de son carnet qui couvre les années 2007 à 2009, fait l’éloge du ver fouisseur et de tout «l’univers de l’ombre».Soit tout ce qui demeure invisible pour les yeux et se produit à une lenteur subhumaine: Jean-Pierre Issenhuth Chemins de sable Car/tit le brassage des éléments, la digestion, l’oxygénation patiente.En plus de son utilité essentielle, le lombric est également un modèle de discrétion.Une vertu capitale pour l’auteur de ces carnets, qui emprunte à ses «frères estimés» leur ténacité et leur modestie, mais s’inspire Vivre autant qu’écrire (ou lire ou jardiner) commandent des efforts et une vigilance de tous les instants aussi de leur art d’alchimistes de la matière brune.Car faire du neuf avec du vieux, voilà qui pourrait assez bien décrire le processus qui guide l’écriture de carnets: «La littérature est un gigantesque dépotoir où je cherche des bouts de bois ou de ferraille qui pourraient servir.La rouille et la pourriture ont fait leur oeuvre, il n’y a plus grand-chose de bon, mais on ne sait jamais d’avance.Il m’est arrivé de ramasser des planches et des madriers non traités qui s’étaient parfaitement conservés après des années d’exposition aux intempéries.» Jean-Pierre Issenhuth ajoute cette fois à ce carnet, dirait-on, une conscience plus aigüe de son activité de diariste.Au fd des pages et des jours, il y fait abondamment référence à quelques écrivains qui ont non seulement pratiqué cet exercice d’épuration du quotidien mais qui y ont aussi réfléchi: Léautaud, Valéry, Gombrowicz, Charles Juliet.Un intellectuel musclé ?Le 24 janvier 2009, la tempête Klaus s’abattait sur tout le sud-ouest de la Prance.Résultat: 200 000 hectares de forêts des Landes ravagés.Issenhuth, aux prises avec la toute-puissance de la nature qu’il aime tant, est ramené à son insignifiante mesure.Arbres cassés et déracinés un peu partout dans la région, deux épicéas tombés sur son toit: l’écrivain-jardinier relève ses manches, souscrit à la nécessaire alternance de travail physique et des «loisirs intellectuels» — faisant sûrement ainsi un peu mentir Plume Latraverse lorsqu’il chante «A-t-on déjà vu sur Terre un intellectuel musclé?».Vivre autant qu’écrire (ou lire ou jardiner) commandent des efforts et une vigilance de tous les instants: «Travailler sans cesse à rouvrir l’horizon (n’importe comment, à coups de pied, à coups de pelle, avec un pic, un fichoir ou autre chose) est une entreprise qui demande un cœur jeune, tant sont nombreux ceux qui s’appliquent à reboucher immédiatement les passages ouverts.» Sa position à l’égard de l’écriture est bien sûr paradoxale — et peut-être aussi un peu provocatrice.Rencontrant des gens pour la première fois, il avoue qu’il préfère se présenter comme «pelleteur de fumier» que comme écrivain.La volonté de n’être rien, dans le monde et la société, confie celui qui note des choses «à temps perdu», entre deux dialogues amoureux avec ses canards, se résume à cette curieuse tentation d’exister: «Il a pris pour moi la forme du désir d’être un ver et de disparaître.» Mais pas tout de suite, sou-haitons-le, pas avant d’avoir remué ciel et terre.Collaborateur du Devoir CHEMINS DE SABLE.CARNET 2007-2009 Jean-Pierre Issenhuth Fides Montréal, 2010,380 pages LITTERATURE ERANÇAISE Un film romancé Le cinéaste Patrice Leconte publie un nouveau roman ERANÇOIS LEVESQUE Il y a quelques années, le cinéaste français Patrice Leconte a annoncé qu’il cessait de tourner.Puis il a commis un autre film, pas son meilleur, et un de plus encore.Il est actuellement en tournage.Ce qui ne l’a pas empêché de publier début mars le recueil d’entretiens J’arrête le cinéma.Sa nouvelle passion?L’écriture romanesque.Et le cinéma, toujours, en fin de compte.Ceci expliquant cela, son nouveau roman.Villa Bella, s’apparente fort à un scénario avec ses descriptions d’actions précises, succinctes, et ses images telles «Des silhouettes furtives passent à l’avant-plan, se hâtant vers quelque refuge.».Au narrateur omniscient, on imagine volontiers se substituer l’objectif de la caméra de Leconte, qui revisite ici le même romantisme désuet, la même fantaisie surannée que dans La Fille sur le pont, d’heureuse mémoire.Or ce qui sur l’écran enchantait, sur la page ennuie.D’entrée de jeu, l’auteur met la table en expliquant combien la plage de Riva Bella est démodée, annonçant implicitement au lecteur que le récit le sera tout autant.Et de fait, il l’est, avec ce prestidigitateur qui, largué par son épouse et assistante pour un chanteur de pomme gominé, fait la connaissance d’une jeune reporter à l’œil brillant et à la cuisse ferme.Sauf que tout cela manque singulièrement de naturel.Quand Leconte décrit une rosace en stuc, on sent le car-ton-pâte.Pire, Tony Garbo, le protagoniste désœuvré va^e-ment alcoolo, ne devient jamais un personnage tridimensionnel.On n’y croit tout simplement pas: ni à lui, ni à son univers, ni à son histoire.Les autres personnages sont à l’avenant, figures schématiques, surtout les femmes: cette ex au machiavélisme évanescent et cette sémillante journaliste.La miso^nie bon teint n’est jamais loin.Quoique cela s’inscrivait peut-être dans la logique de l’exercice rétro.Leconte offre çà et là de charmantes formules, par exemple lorsqu’il qualifie de «pléonasme de bord de mer» les pulls et t-shirts rayés bleu et blanc.Son style est clair et concis, mais l’aspect fabriqué de la proposition n’en demeure pas moins patent.On aurait bien voulu, mais au final, ça empeste la poussière plus que ça n’embaume la nostalgie.Collaborateur du Devoir RIVA BELLA Patrice Leconte Albin Michel Paris, 2011,203 pages R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS “ —- Dn 14 au 20 mars 2011 Romans québécois 1 Dans mes vaux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 4/2 2 Le jardin du docteur Des Œillels Denis Monette/Logigues V4 3 Le secret du coffre bleu Lise Dion/Libre Expression 2/8 4 Les folles années « Tome 1 Les hérillers Jean-Pierre Charland/Hurtubise 3/3 5 Revenir de loin Marie Laberge/Boréal 5/21 6 La force de vme • Tome 4 Le couraae d'Élisabelh Michel Lanolois/Hurtubise -n 7 Pas ce soir ma chérie, l'ai mal à la tête Isabelle Dubé/Intouchables 6/3 8 Ru Kim Théy/Ubre Expression 0/18 9 Les folles années « Tome 3 Thalie et les âmes d'élite Jean-Piene Charland/Hurtubise 7/3 10 Cherchez la femme India De^ardins et al/Québec Amérique 9/7 Romans étrangers 1 Le mensonge dans la peau.La nise de Bourne Eric van Lustbader/Grasset 7/2 2 Dernière nuit à Twisted River John Irving/Seuil V4 3 Les imperfeclionnistes Torn Rachman/Grasset 5/9 4 Une nuit sur la mer Patricia J.MacDonald/Albin Michel 2/4 5 La rivière noire Amaldur Indridason/Métallié 8/2 6 Marina Carlos Ruiz Zafén/Robert Laffont 4/9 7 La chute des géants • Tome 1 Le siècle Ken Folletl/Robert Laffont 9/25 8 Aminata Lawrence Hill/Pleine lune 6/3 9 Merci pour les souvenirs Cecelia Ahem/Flammarion 3/2 10 Faute de preuves Harian Coben/Bellond 10/2 "?Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André Noêl/Homme 1/21 2 II v a troc d'images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 4/7 3 Une année en Espagne Joseph Facal/VLB 2/4 4 L'envers de l'assiette Laure Waridel/Écosociété -n 5 Babvboomerang.Le retour des babv-boomers idéalistes.Serge Cabana/Homme 3/2 6 Gyberpédophiles et autres agresseurs virtuels Patrice Cortiveau I Francis Fordn/VLB -n 7 Le remède imaginaire Benoit Bubreuil 1 Guillaume Marois/Boréal 5/3 8 La crise fiscale gui vient Brigitte Alepin/VLB 6/6 9 lintin et le Québec.Hergé au cœur de la Révolution tranguile Tristan Bemers/Hurtubise 9/2 10 L'anxiété.Le cancer de l'âme Louise Reid/JCL 7/29 "?^Essais étrangers 1 Indignetvous ! Stéphane Hessel/lndigène V8 2 L'oligarchie ca stifflL vive la démocrade Henré Kempf/Seuil 4/6 3 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 3/3 4 Faut-il manger les animaux ?Jonathan Safran Foer/UQIhrier 2Æ 5 Fiituis proches Noam Chomsky/Lux 8/3 6 Tous minés dans dix ans?Jacques Attali/LGF 5/4 7 Le nouveau gouvernement du monde : idéologies.Georges Conn/La Découverte -/I 8 Faire confiance à la vie Hans Küng/Seuil 6/4 9 Le dérèdement du monde.Quand nos civilisations s'épuisent Amin Maalouf/LGF 10/7 10 Le monde en 2025 Nicole Gnesotto | Giovanni Grevi/Pocket -/I Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du sj^me d'intainatlcn et d'analyse str les ventes de livres ftangais au Canada.Ce palmarès est extrait de et est rxmstitué des relevés de rxiisse de 152 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Pairimoire canadien pour le projet ksfsri.© Blir, toute reproduction tolnlc ou partielle est inlerdita F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 LITTERATURE L’homme qui n’aimait pas les trotskistes Louis Hamelin athuram Godse.James Earl Ray.Mark Chapman.Sirhan Sirhan.Lee Harvey Oswald.John Wilkes Booth, Ramon Mercader.Iæs noms de ces hommes, illuminés par l’éclair et la poudre, brillent à jamais telles des étoiles solitaires dans l’histoire.Que l’homme dont ils ont pris la vie se nomme Gandhi, Luther King, Lennon, Lincoln, ou Kennedy, leur gloire à eux, comme celle d’Erostrate qui incendie le temple d’Artémis à Ephèse dans le seul but de devenir célèbre, s’est logée à la manière d’un projectile dans la biographie de ces grands disparus.Des susnommés, quatre sont Etasu-niens, un cinquième est Palestinien, mais c’est en Californie qu’il devient le tireur supposé-ment isolé qui a descendu Bobby Kennedy à l’hôtel Ambassador.Les liens savamment occultés qui rattachaient certains de ces prédateurs solitaires aux nébuleuses de différents services secrets sont aujourd’hui commodément rangés dans le tiroir aux conspirations.Ainsi, au début de mars, un avocat réclamait la remise en liberté de Sirhan Sirhan (l’assassin de Bobby) sous le prétexte qu’il aurait subi un lavage de cerveau au moment du crime et ne pouvait, en canardant sa victime de face, à trois mètres, avoir tiré le coup fatal entré derrière l’oreille gauche du sénateur.Les identités personnelles embrouillées qui résultent de ce genre de manigances ont le don de décourager les historiens et celui de séduire les romanciers.Le dernier nom de la liste est celui d’un catalan, ancien de la guerre d’Espagne.Ramon Mer-cador, «l’homme qui aimait les chiens», est aussi cet agent soviétique qui, dans la peau d’un Belge nommé Jacques Mornard, maniait le piolet le plus célèbre de l’histoire lorsque la pointe acé- rée de ce dernier fracassa le crâne mis à prix de Leon Trotski, en son exil de Coyoacan au Mexique.Après une vingtaine d’années à dormir sur son secret dans une geôle mexicaine, Mercador, décoré par Khrouchtchev, séjournera en Union soviétique à la même époque qu’un certain Lee Harvey Oswald (vraiment aucun rapport, juré promis !) avant d’aller finir ses jours à Cuba, où ses pas croiseront ceux d’Ivan Cardenas Maturell, hctif écrivaillon et créature du très réel romancier Leonardo Padura.1) L’exil de Trostki, de la steppe inhospitalière de son pays aux bras beaucoup plus accueillants de Prida Kahlo, en passant par la Turquie, la Erance et la Norvège; 2) la manipulation et la transformation d’un militant communiste espagnol en agent du NKVD, simple dent de l’engrenage de la machine de mort stalinienne; 3) les conhdences d’un Mercader toujours hanté par le cri d’agonie de sa victime, et en train de mourir lui-même, à un jeune auteur cubain progressivement désillusionné par la hn brutale du rêve de justice incarné par la Révolution triomphante, par la pénurie chronique, la chute déhnitive de l’Utopie et le «unhappy end» d’une fiction marxiste interminablement agonisante dans son bastion tropical abandonné à lui-même après 1989, devenu la prison insulaire d’une hction collective qui étouffe sous ses propres mensonges déguisés en idéaux.Ces trois grandes trames, Padura, créateur du détective Mario Coude dont j’ai jusqu’à présent négligé de lire les enquêtes, les a entrelacées de main de maître.S’entre-déchirer Chiens de trotskistes.11 me semble avoir moi-même lu cette insulte dans les feuilles marxistes dont la rhétorique téléguidée de haut et de loin, à la hn des années 80, ne faisait pas dans la dentelle quand il s’agissait de s’entre-déchirer à gauche.Je me revois, voulant rentrer six pieds sous terre à la porte du cégep de Bois-de-Bou-logne, refuge bien connu de holies et de hls à papa, ma copie de En lutte! à la main, me prenant pour Sartre à l’entrée des usines Renault.J’avais fini par fourrer cette littérature révolutionnaire dans ma chemise à carreaux et, tournant le dos aux aspirations du prolétariat mon- SOURCE INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Léon Trotsky (1879-1940) dial et fuyant l’ennemi de classe, par déguediner sans demander mon reste.Et à bien y penser, six pieds sous terre c’est, dans des pays un peu moins bien abrités des secousses de l’histoire que le nôtre, là où ont abouti bien des militants sincères dont les convictions froidement sacri-hées sur l’autel de la paranoïa stalinienne auront servi de chair à canon idéologique à la maison mère du Paradis des Travailleurs.On croyait déjà tout savoir de l’absurde pouvoir qui hit celui de Joseph Staline, véritable Caligula moderne, rien d’autre au fond que la brute sauvage et retorse qui réussit l’exploit de se hisser au sommet d’une bureaucratie byzantine, puis d’inculquer à quelques centaines de millions de personnes une forme de terreur primitive pire que la mort, métamorphosant un grand empire en jouet de la peur et en engin de destruction.Parce qu’on a lu les écrits de Victor Serge et un roman tel que Les Soldats de la nuit, d’Alan Pursf on croit en savoir beaucoup, sinon même être allé au bout de cette ombre qui s’est allongée sur le monde, mais la profondeur de la terreur stalinienne semble décidément inépuisable, comme si de sa noirceur même surgissaient sans cesse de nouvelles formes et de nouvelles questions capables d’éclairer jusqu’aux confins désolés de l’âme humaine, pour ne rien dire d’un présent historique dans lequel Poutine, l’ancien du KGB, joue les tsars à la semi-retraite.On savait pour la farce des procès, l’ampleur des purges {«fusillé en 1937» est une expression qui revient avec une insistance proprement vertigineuse dans les Mémoires de Serge), le cynisme avec lequel les Soviétiques, en Espagne, torturèrent et assassinèrent leurs albés du camp républicain avant de faire main basse sur les réserves d’or du pays et d’abandonner le reste à Eranco.11 manquait sans doute encore, à ce vaste panorama des séquelles d’un siècle communiste où la peur et la duplicité se partagent la plupart des rôles, le point de vue cubain sur cette déroute d’une alternative politique qui, exception faite de fubuesque régime nord-coréen, semble présentement tirer ses dernières cartouches dans l’île de Eidel, ultime réduit sociabs-te reconverti en paradis sexuel pour messieurs d’âge mûr.Ce qui happe dans ce très grand roman de Padura (et l’attentat mortel contre Trotski en ofhe l’illustration parfaite), c’est que la terreur stalinienne n’a pas seulement recouvert le sixième du monde, mais bien la planète tout entière.Combinaison redoutable, le tyran psychopathe disposa, au royaume des ombres, de la machine secrète la plus impitoyable de l’histohe.Nul ne pouvait se crohe à l’abri, nulle part.Et Trotski, qui contribua à enfanter le monstre, le savait mieux que quiconque, lui dont un piolet, bien loin des éblouissants sommets jamais atteints, répandit la matière grise bolchévique, terreau de la révolution permanente.L’HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS Leonardo Padura Traduit de l’espagnol par René Sobs et Elena Zayas Métaibé, Paris, 2011,671 pages LITTERATURE ANGLAISE Les Imperfectiomistes ou les chroniques d’un quotidien EMILIE EOLIE-BOIVIN Un journal italien.Onze nouvelles.Une rédactrice en chef une lectrice, le directeur de la publication, des correspondants étrangers, le directeur de la publication, une poignée de journalistes.Et l’esquisse parfaite des misères de leur vie et de leurs drames quotidiens.Dans Les Imperfectionnistes, du Londonien Torn Rach-man, personne ne correspond au portrait habituel du scribe héroïque assoiffé de pouvoir.Le pigiste du Caire attend que la nouvelle lui tombe dessus, le vieux correspondant pa- risien propose un sujet bâclé pour payer son loyer, la secrétaire de rédaction persécutée craint qu’on lui montre la porte ef dans l’avion, la dhectrice des ressources humaines réalise qu’elle est assise à côté d’un employé qu’ebe vient de virer.L’auteur, qui a havaülé à l’As-sociated Press et l’International Herald Tribune, a égratigné leur image pour mettre à vif leur profonde humanité.Le quotidien italien subit le même traitement; entre les nouvelles de son premier roman.Torn Rachman a glissé des chapihes sur l’histoire du journal, sur ses années glorieuses, jusque sur son déclin tout aussi vibrant d’actualité que les névroses dont sont affligés ses personnages.Rebés sous cette même couverture, ces bouts de vie sont b-vrés avec rythme et punch par un auteur qui sait rendre plus vrai que nature l’êhe humain — et le journabste — dans sa plus sbnple expression.Le Devoir LES IMPEREECTIONNISTES Torn Rachman Grassef 2011 392 pages Alain Stanké sa langue ^ ALAIN ST* f r Complètement livre! Ce qui s'est dit sur ce qui s'est écrit I c qui iloll huiT' lii i;loiiT d’iii'ic iHliliolhcqiA-.pjs la inuiniite d f;q', laiii-' nre : i|iu'ili' ; iiiitiiTil.niiil'’ [ insiiit: i;oii, • ifG ni- 'Il.'i ©Robert Lafontaine ALAIN STANKE Romans des bois Portrait unique du livre avec un grand dans lequel les firf^ments d’éloquence intemporels côtoient les crocs-en-bouche surprenants.Illustrations de Robert Lafontaine.Extrait: «De tous les monuments de l’homme, le plus étonnant est^ sans aucun doute, le livre.» - Jorge Luis Borges EDITIONS-HOMME.COM Des bribes de bois reprennent vie sous la verve et l’humour d’Alain Stanké qui taille dans la matière sa passion des livres.Exposition de ses œuvres au Musée des arts et traditions populaires du Québec à Trois-Riviàres, printemps 2011 et itinérante à travers le Québec par la suite.alainstanke.com rû'l LES EDITIONS DE ii^UHOMME __________ Une compagnie de Québécor Media ROMAN QUEBECOIS L’art de voyager léger à dos de bonheur Mélissa Verreault n’a que 27 ans.Journaliste et adjointe à la rédaction du magazine Urbania, elle signe un premier roman d’une grande fraîcheur, où son personnage féminin apparaît dans toute sa nudité, fragile et émouvant.Un roman qui oscille entre la quête identitaire et le devoir de bonheur, où l’écriture a un goût d’éternité.SUZANNE GIGUERE Certains mots ont des conséquences plus pesantes que d’autres.“Je m’en vais”.Je l’ai dit.Maintenant, il faut que je le fasse.» Aux prises avec une rupture amoureuse et une crise existentielle, Ariane décide de prendre le premier vol disponible.Arrivée dans la salle d’embarquement, elle est soudain prise de vertige.C’est le point de départ d’un voyage bi-ahendu.Le voyage est en soi, il commence quand on s’arrête.Qui suis-je?se demande Ariane.Sa méthode d’investigation ne consiste pas en une introspection ni une analyse psychologique, mais en un faisceau de souvenirs, d’impressions, de menus faits, de rencontres, de traces d’émotion, de plaishs minuscules qui l’ont façonnée.Soixante-neuf textes brefs hès vifs, ponctués de confidences personnelles, d’instants subtilement ressentis et justement croqués, de réflexions existentielles, le tout dans une langue fluide, habitée, balayée par des traits d’humour hn.Au commencemenf ü y a une idée, une bnage, une atmosphère.Une valise rouge ramenée par son père d’un pays lointain, les parents qui se séparent quelque temps après, les mots de la petite Ariane: «Je peux rendre la valise, et vous pourriez revenir ensemble à la place, je préférerais.» Cette pente mélancolique ne donne que plus de saveur à révocation suivante.Un soir bleu d’été, Ariane demande à son père.' «Papa, est-ce que ça se peut, l’amour toute une vie?» Et le père de répondre: «J’imagine que oui.Mais ça dépend combien de temps dure la vie.» Journées suspendues, passages à vide, ennui, errance.Ariane n’arrive pas à mettre le Soixante-neuf textes brefs — comme si l’auteure avait écrit sur des feuilles volantes — très vifs, ponctués de confidences personnelles doigt sur le moment exact où tout a foutu le camp.Le jour où elle a annoncé à son compagnon qu’elle était enceinte, lequel lui a répondu qu’il n’était pas prêt?Ariane se concentre.«On passe sa vie à attendre le bon moment Ce qui fait qu’il y a des choses qui ne naissent jamais et d’autres qui meurent trop tôt» Ariane musarde, hume l’air estival, s’arrête dans une librairie, attend, observe des personnes étranges, généralement absentes de la vision des promeneurs pressés.Elle cadre un itinérant dans son viseur.Tant de raisons pour les-quebes on se rehouve à la rue.Perte d’emploi, perte d’un enfant, pays en guerre.Au verso de la photo, elle écrit un seul mot: courage.«Celui dont j’ai souvent manqué.» Un autre regard de biais, attentif, mêlé d’empathie et de solb-citude, pour une femme qui vient chercher avec douceur son homme bourré.«Une carte postale pour te faire voir toute la tendresse que la douleur peut engendrer.» .^rès deux mois de déambulations, Ariane doit trouver une manière élégante d’amortir sa propre chute.«Dans la jungle de la solitude, un beau geste d’éventail peut faire croire à un paradis», écrit André Breton dans Arcane 17.Une soif nouvelle monte en elle.Ariane savoure la volupté d’une étreinte passagère.Elle s’approche tranquillement du bonheur.Le voyage tire à sa fin.«L’air est jaune et dorénavant ça ne peut qu’aller mieux (.) J’ai la journée devant moi et la vie au complet en dedans.» Collaboratrice du Devoir VOYAGER LÉGER Mébssa Verreault La Peuplade Chicoutimi, 2011,226 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 F 5 LIVRES LITTERATURE ERANÇAISE Constats de liberté Que peut la littérature?Que penser de sa plastique, qui la tient, selon l’avis des plus rétifs, dans un espace aussi clos que la tapisserie médiévale pour la licorne?Tel est le propos, aussi exigeant qu’essentiel, qu’on retrouve chez Philippe Beck, Pascal Quignard et Yves Bonnefoy.GUYLAINE MASSOUTRE La fiction et le monde interagissent, de sorte (\ü’«un livre est la fleur d’un bouquet composé», lit-on en postface des Poésies premières de Philippe Beck, recueil magnifique.Il se compose des 54 pièces de Chambre à roman fusible, des 73 de Rude merveilleux et des 4 à’Inciseiv, publiés entre 1997 et 2000.Comment évoquer cette dynamique, au regard de laquelle, justement, «un livre n’est rien sans la provenance des êtres et des choses»^ De Vico à Denis Roche, en passant par Zumthor ou Joyce, entre autres.Beck y étend sa conception de «l’impersonne», ce moi littéraire qui distancie le monde et s’arrache à toute dimension historique pour mieux y combattre sa violence.Impossible de ne pas retrouver, en ces textes contractés, ce qu’un Heiner Müller, le grand dramaturge est-allemand, appelait des «restes», soit les traces, ruines ou signes et affects recueillis par les écrivains postmodernes comme une anatomie.Lecture ardue mais passionnante, que ces Poésies premières, alcool fort d’une expérience langagière au savoir d^amique; la visite de l’âme résiste à ce qu’impose le dehors.«Scribe de sa trouvaille» et insoumis, il déparle en révoquant l’histoire des formes littéraires, qu’il touche telle ime fée de sa baguette magique pour contrer le destin, heur et malheur, les habitudes et les passivités.Lucidité critique Son élocution est contre.Est-il possible de faire son lit de la lucidité critique?Beck le prouve.Tendue, repoussant les limites du chaos sans jamais perdre ses pairs de vue, l’éloquence n’y est pas divertissement, mais «le fort battement d’un vrai».Et si certains pensent la poésie morte, d’autres le démentent.D’abord, le curieux objet Inter, de Pascal Quignard.Quand, au sortir d’une grave crise existentielle, l’écrivain jeta en latin sa rage dans un bref poème.Inter aerias fagos, anticipait-il les traductions multiples, dp meilleur cru?Pierre Alféri, Eric Clément, Michel Deguy, Emmanuel Hocquart, Christian Prigent, Jude Stéfan répondent présents.L’édition de Bénédicte Gor-rillot tient lieu de commentaire à ce poème de Quignard, et tout familier de la polysémie s’en réjouira.Jeu, donc, sur l’intraduisible et le paradoxe du sens, cet Inter pluriel, polyphonique, hyper bizarre, fait chevaucher les liens entre beaux esprits.Loin de nous en exclure, ces torrents affluent ensuite vers le fleuve, L’Inachevable d’Yves Bonnefoy.On y retrouve le legs FRANÇOIS GUILLOTAFP Pascal Quignard publie un curieux objet, Inter.d’un engagement sans faillir, contre toute inaction: «la parole survit aux forces qui la menacent»-, «l’arrière-pays» de Bonnefoy, qui s’explique, est fait de mémoire lointaine, d’expérience originelle revivifiée.Lire n’est ni se nimber de leurres ou de brume, ni déraper.Que Quignard dise en latin «un sentier qui montait dans la friche», qu’un autre surprenne son «rugissement», que Beck énonce «Petit, envie de lire./ Moins petit, défense./ Futur grand, défense./ Grand, fortement devant / Tout lire de notre temps lentement.», que Bonnefoy livre sa «pensée ftgurale», ces livres réconfortent puissamment, livrant bataille sans le sang.Cette rationalité souveraine, ils l’opposent aux menaçantes «jacqueries de l’instinct inéduqué, c’est-à-dire aveugle».Rien de moins dispersant que ces viatiques pour exister.Collaboratrice du Devoir POÉSIES PREMIÈRES 1997-2000 Philippe Beck Flarnmarion Paris, 2011,281 pages INTER Pascal Quignard Argol Paris, 2011,167 pages L’INACHEVABLE Entretiens sur la poésie 1990-2010 Yves Bonnefoy Albin Michel Paris, 2010,532 pages Le Prix des lecteurs Radio-Canada 2011 Chacal, mon frère de Gracia Couturier Depuis le 49 mars, le Prix des lecteurs Radio-Canada 2044 invite huit lecteurs, jurés d’occasion, à jauger la meilleure œuvre francophone écrite hors Québec.Sous la présidence d’honneur d’Antonine Maillet, le jury décidera au fil des semaines lequel, des quatre romans et du recueil de nouvelles en lice, sera déclaré lauréat de cette onzième édition du Prix, le 22 avril prochain.Les finalistes sont Louis L’Allier pour Les Danseurs de Kamilari (Vermillon), Andrée Christensen pour La Mémoire des ailes (David), André Lamontagne (David) pour Les Fossoyeurs, Gracia Couturier pour Chacal, mon frère (David), et Lise Ga-boury-Diallo pour le recueil de nouvelles Lointaines nouvelles (du Blé).Chaque semaine.Le Devoir présente dans son cahier Livres une des œuvres en lice.Chacal, mon frère est un roman familial articulé autour de la haine que se vouent deux frères ennemis.Dans un village forestier au mitan du Mada-waska, autour de la scjerie paternelle, Bruno et Étienne Bellefleur se cherchent, s’égratignent le cœur et l’ego à force coups bas, amoureux ou personnels.Mais un lien invisible, envers et contre eux, les unit.Bruno écrit, en cachette, sous le pseudonyme de Chacal, le récit de sa naissance, la haine de son frère et son désir de vengeance.Ce noir Chacal anonyrpe devient l’auteur préféré d’Étienne.Le drame familial se poursuit quand la scierie familiale brûle, emportant les parents Bellefleur.Bruno qlors plonge dans la folie, et Étienne travaille à devenir, à son tour, écrivain.«C’est suffisant pour un homme seul, dit le roman, un homme qui écrit dans la pénombre de la fin du jour, le solstice d’été, le jour le plus long de l’année.[.] Etienne sent toute la solitude de sa vie dans son corps.Il écrit, il a toujours voulu écrire.Il le peut désormais, il le fait, mais comme le prix à payer pèse lourd.» Car l’écriture seule, laisse entendre Chacal, mon frère, peut libérer, peut avoir un réel pouvoir sur autrui.Gracia Couturier, de Moncton, a une pratique artistique vaste.Si Chacal, mon frère est son troisième roman, elle a signé aussi quatre livres jeunesse, quatre pièces de théâtre et a contribué à plusieurs collectifs de haïkus.Elle intercale d’ailleurs dans la prose de Chacal, mon frère des moments de poésie.Couturier est aussi des membres fondateurs du Théâtre l’Escaouette de Moncton, ainsi que fondatrice et directrice du Théâtre de saisons du Centre universitaire de Shippagan.Le Devoir CHACAL, MON FRÈRE Çracia Couturier Éditions David Qttawa, 2010,263 pages LITTERATURE JEUNESSE À deux c’est mieux ANNE MICHAUD Après avoir charmé les enfants et leurs parents avec l’album Comme toi!, Geneviève Côté propose une nouvelle histoire mettant en scène les mêmes personnages, un lapin blanc et un petit cochon rose.Le lapin et le cochon sont de très bons amis, mais un jour, à la suite d’une maladresse de l’un et du manque d’attention de l’autre, une querelle éclate et les deux amis décident de jouer chacun de leur côté.Tour à tour, cochon et lapin tentent de nous démontrer qu’ils peuvent très bien s’amuser seuls, mais ils en viennent rapidement à la conclusion que tous les jeux sont beaucoup plus agréables et amusants lorsqu’on y joue avec un ami.SANS TOI ! Texte et illustrations (le Generiève Côté Éditions Scholastic, Toronto, 2011 32 pages, 2 ans et plus L’amitié, on la cherche parfois très loin alors qu’elle est là, tout près de soi, si près qu’on ne la voit pas.C’est la situation que vivent monsieur Canard et monsieur Lapin, qui se croisent chaque jour en allant travailler et en rentrant à la maison.Jour après jour, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, qu’ils soient en voiture ou en vélo, ils se voient sans se parler ni même se saluer, chacun refermé sur lui-même, sur sa propre vie et sa propre histoire.Ét pourtant, il suffirait de presque rien, d’un bonjour ou d’un salut de la main, pour que monsieur Canard et monsieur Lapin deviennent amis et que la vie de l’un emi-chisse celle de l’autre.Lauréat du premier prix international Compostela en 2008, cet album de l’auteure-illustratrice argentine Natalia Colombo surprend par sa sobriété: un minimum de mots, à peine quelques-uns par page, complètent les superbes illustrations, très colorées et texturées, qui donnent vie à cette histoire universelle et intemporelle.SI PRÈS Texte et illustrations de Natalia Colombo Traduction française (Je Christiane Duchesne Éditions Imagine, Montréal, 2011 32 pages, 3 ans et plus CoUaboratriee du Devoir E N BREF VLB et le roman du Père François Quellet, professeur de littérature et auteur, donnera le 28 mars prochain une conférence intitulée Victor- Lévy Beaulieu et le roman du Père, à l’UQAM.M.Quellet prépare actuellement un nouveau livre autour de VLB et de Jacques Perron, et est invité pour l’occasion par la Société d’études beaulieu-siennes.- Le Devoir 1 Les Jeudis littéraires eudi 31 mars 19 h 30 Les coups de cœur de Marie-Claire Blais lus par Diane Cardinal Lecture d'extraits de Proust, Quiviger, Lalonde, Faulkner et bien d'autres.«ces anges inspirés qui guident les pas des écrivains dans la ténèbre ou la lumière» (Marie-Claire Blais) Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conferences et café-resto 2661 Mcisson, Montréal, Qc 514 849-3585 3Utin6S Contribution suggérée de 5$ ^odk 74 pagGS Recherche qualitative et cyber-espace-temps 148 pages Introduction critiqie aux relations Internationales "QuéDec 156 pages L'ECOLE PSYCHOLOGIE RACONTE 288 pages L’ADAPTATION ORGANISATIONNELLE DANS LES TI-i;“ES MAlW
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