Le devoir, 26 mars 2011, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 THEATRE Médée en sans-abri new-yorkaise à l’Espace Go Page E 3 MUSIQUE L’opéra en 3 D: en sommes-nous vraiment là?Page E 5 CULTURE du ministère de la Culture: Georges-Émile Lapalme architecte oublié de la révolution du Québec eu Itu rel «Si les artistes du Québec sont partout sur les scènes internationales, c’est la preuve qu’une bonne partie de ce à quoi il rêvait s’est réalisée.» «Quand Lapalme prend le pouvoir, sa vision de la culture est englobante et intègre la langue et l’éducation.» ARCHIVES LE DEVOIR ISABELLE PARE Denis Villeneuve est salué aux Oscars, Xavier Dolan caracole sur les écrans français, Laferrière arrache le Médicis et Robert Lepage fait vibrer le Metropolitan Opera.Si plus un jour ne passe sans que les succès québécois ne fassent Ja nouvelle, on oublie qu’il fut un temps où l’État se préoccupait plus de chasse et de pêche que de culture.Ên 1960, on ne compte que 71 bibbothèques pu-bbques dans tout le Québec, frpquentées par à peine 13 % de la population.L’État y «investit» 50 cents par habitant.C’est dire comme, au Québec, on se préoccupe plus d’agriculture que de culture.Mais en mars 1961, un visionnaire donne naissance au ministère de la Culture.Un visionnaire resté méconnu du public.Car de cet architecte de la Révolution tranquille, l’histoire a moins retenu le nom que ceux des Paul Gérin-Lajoie, Jean Lesage ou Rqné Lévesque.Georges-Émile Lapalme n’a pas 20 ans, en 1927, quand il constate le retard culturel immense des Québécois, privés d’accès aux oeuvres des grands penseurs contemporains.Quand l’intellectuel accède à la direction du Parti bbéral du Québec, en 1950, il considère déjà la chose culturelle comme un élément indissociable de son action politique.Une vision d’avant-garde que sont loin de partager ses contemporains, dont l’antédiluvien Duplessis, auquel il se colletaille à titre de chef de l’opposition, après son élection comme député d’Qutremonp en 1953.Homme de lettres et humaniste, Lapabne avait dès le mi-beu des années 50, échafaudé dans ses cartons les bases de la plupart des grandes institutions culturelles et politiques du Québec d’aujourd’hui.Pour une politique, texte fondateur de Lapabne qui circule sous le manteau en 1959 (pubbé à tire posthume en 1988) rassemble toutes les clés de voûte de la Révolution tranquble à venir, détajbant le partage des fonctions essentielles de l’État.En tête de liste: la culture, la langue et l’éducation, puisque «l’art manifeste la personnalité d’un peuple», pense Lapabne.Reformulé, Pour une politique sert de souffle au programme politique officiel du PLQ rédigé en une nuit par Lapalme en 1950, programme dont l’article premier promet la création d’un ministère de la Culture.Une première en Amérique! «Lapalme s’inspire à ce moment d’André Malraux, à qui de Gaulle vient de confier le poste de ministre de la Culture de la République française.Il l’a fait sans copier servilement la France, car le Québec n’en avait ni les moyens ni la profondeur historique, mais en voulant placer la culture au centre de l’action de l’Etat», raconte Fernand Harvey, professeur de sociologie de la culture à l’Institut national de recherche scientibque QNRS).Lesqge fait élire son équipe du tonnerre en 1960.A la barre du ministère de la Culture, Lapalme innove en créant, dès 1961, une Délégation générale du Québec à Paris, fruit de ses rencontres antérieures avec André Malraux.En créant cette antenne, le ministre québécois court-cbeuite sciemment l’ambassade canadienne.«Quand Lapalme prend le pouvoir, sa vision de la culture est englobante et intègre la langue et l’éducation.Mais il se rendra vite compte que le premier ministre Lesage et l’opinion publique ne partagent pas cette vision», estime Harvey.La pêche, plus importante que la culture Le premier budget du MAC plafoime à 3,1 mil-bons en 1961-62, soit la moitié de celui du mbiis-tère de la Chasse et de la Pêche.11 passe à 5,2 mibions en 1963-1964, dont le quart n’est pas dépensé, en raison de lenteurs admiibstratives.En comparaison, le mbbstère de la Jeunesse dispose de plus de 250 mbbons.Ées écueüs rencontrés par Lapalme au Conseü du Trésor se multiplient et l’usent.Chaque dépense est scrutée à la loupe.Qn lui refuse même VOIR PAGE E 2: LAPALME E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 CULTURE De voiles et de beauté Odile Tremblay On vit dans un monde d’images, nourris de cinéma, de pubs, d’Internet, gavég de belles icônes, qui font rêver.A l’opéra, d’où cette sensation de manque parfois, lorsque surgit sur scène un ténor bedonnant venu incarner les jeunes premiers ou une cantatrice à dégaine de Castafiore, boudinée dans une robe de jouvencelle, en timide ingénue.Les interprètes sont choisis pour d’évidentes raisons de qualité vocale, bien entendu.Souvent, on ferme les yeux, afin d’y mieux croire, et la magie opère.Sinon, reste à faire abstraction de ceci et de cela.C’est l’opéra.On comprend, mais.Lorsque le physique des chanteurs coïncide avec leur personnage, nous voici soulagés et heureux.Ainsi l’autre soir, à la Place des Arts, ce miracle d’harmonie s’est produit lors du Salome de Richard Strauss, au livret adapté de la pièce d’Os-car Wilde.Œuvre sur le désir, la passion et la mort, elle causa scandale au début du XX" siècle en raison de son érotisme, jugé choquant.Dans cet opéra dirigé ces jours-ci par le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, ce même souffle brûle encore l’assistance, sans désormais scandaliser.Autre temps.La jeune et belle soprano allemande Nicola Beller Carbone, féline, colle si parfaitement à son modèle de jeune fille ensorcelant le roi Hé- rode à travers sa danse des sept voiles pour obtenir la tête du prophète Jean-Baptiste, qu’on soupire à Tunisson.Nicola Beller Carbone chante mieux qu’elle ne danse, remarquez, mais grâce à une chorégraphie habile, la soprano ne se dépouille pas des sept voiles superposés — ce qui exigerait une danse trop complexe —, mais entre ses ondoiements, se couche sur des voiles au sol en bougeant son corps ou ses jambes sous les tissus.Et ça fonctionne quand même, au long du strip tease, tant l’interprète séduit, par sa vérité, l’auditoire.En 2008, devant l’opéra de Puccini Madame Butterfly, dans cette même salle Wilfrid-Pelletier, Montréal s’était ainsi enflammé pour la soprano Hiromi Omura.Non seulement à cause de sa voix d’or, mais aussi parce que jeune, belle et Japonaise, douée d’un vrai talent d’actrice, elle nous faisait croire à son rôle de geisha séduite, engrossée et abandonnée par un officier américain, attendant son retour avec une foi candide, qui nous valait l’aria sublime Un bel di, vedremo.Point de soprano occidentale maquillée à longues lignes pour brider ses yeux, mais cette Nippone gracieuse, qui ajoutait au ravissement du public.Dieu sait à quel point les grands opéras du monde font désormais souvent appel à des metteurs en scène de pointe, Lepage et compagnie, pour moderniser leurs spectacles.On se réjouissait aussi l’autre soir, à l’Opéra de Montréal — qui n’a pas les moyens du Met de New York pour tout réinventer —, de voir les décors de Salome comprendre un mécanisme de modernité, bouche de cachot d’où sortait Jean-Baptiste dans ses oripeaux de prophète.Songeant que le nouveau souffle de l’opéra passe beaucoup, au-delà des prestations musicales, non seulement par un re- nouveau de la mise en scène, mais aussi des interprètes au physique de l’emploi, qui nous font croire à la magie des corps et des voix, en des décors nouveaux qui les ancrent en notre aujourd’hui.Le Théâtre Outremont d’hier à demain Roland Smith avait régné sur le beau Théâtre Outremont, rue Bernard, en programmant dans ce lieu mythique, de 1971 à 1987, un cinéma de répertoire et de découvertes auquel se greffait aussi un volet spectacle.Tout le monde se ruait sur ce bijou architectural de 1929 aux célèbres fresques signées Briffa, pour faire le plein d’images.L’avènement de la vidéocassette, entre autres, avait abrégé les jours de l’immense salle art déco (1200 sièges à l’époque), difficile à chauffer, et le soir de la fermeture, l’assistance retenait mal ses larmes.Puis la municipalité sauva l’édifice, menacé de tous les outrages.Après coûteuse et interminable restauratipn, en 2001, on assista à sa renaissance, quand L’Equipe Spectra en prit les commandes.Mais même si la municipalité avait son propre volet spectacles, même si certains gros shows levèrent haut, celui de Martha Wain-wright entre autres, venue chanter Piaf en septembre dernier, le lieu demeurait trop confidentiel, un brin assoupi.Le géant Spectra, concentré de plus en plus sur le Quartier des spectacles, n’a pas renouvelé le bail de l’Outremont, où il perdait d’ailleurs de l’argent, tant la dynamique des salles n’en finit plus de changer.Depuis lundi dernier, la Corporation du Théâtre Outremont a pris sa relève, ce qui assure à tout le moins un avenir à cette salle magnifique.Philippe Sureau, cofondateur d’Air Transat depuis un an retraité, est président de cette corpo- ration à but non lucratif, a confié sa direction artistique au dramaturge Dominic Champagne, au comédien Gilbert Sicotte et à Caroline Lussier, du EestivalTransAmériques.Il affirme avoir voulu, en un premier temps, sauver le théâtre.L’arrondissement d’Outremont, qui en fait aussi une sorte de maison de la culture, conserve ses 100 soirées d’activités culturelles par année.Pas de problème de ce côté-là.Reste à louer également la salle.«On est en discussion avec la TOHUpour présenter des spectacles en juillet durant Montréal Cirque», affirme Philippe Sureau.Quant au reste, la Corporation aurait aussi ses propres productions.Le volet cinéma se développerait.Il est question de courtiser les nouvelles générations branchées du Mile End pour un show ou l’autre.Et pourquoi pas?Qn pense au Théâtre Rialto, à quelques pas, sur l’avenue du Parc, qui s’est donné depuis un an à peu près la même vocation d’ouverture à l’avenir, tous arts confondus.Après tout, un bon bassin de salles peut offrir une pulsation à ce coin de ville.Qn souhaite à la nouvelle équipe de l’Qutremont de vraiment s’éclater à travers l’expérimentation, la contre-culture, histoire de donner une couleur au coin, en s’arrimant au dynamisme du Rialto.Ces deux théâtres-là sont des joyaux patrimoniaux de Mpntréal, qui ont connu des jours bouillonnants.A eux deux, ils peuvent créer un pivot parallèle, plus trash que le Quartier des spectacles, en effervescence culturelle.Si l’Qutremont demeure trop sage, il risque de manquer le bateau du renouveau, comme sous le règne de Spectra.Mais avec une vision, et du sel, tout est possible, et on se prend tout bêtement à rêver.Le Devoir LAPALME Les successeurs de Lapalme se contenteront souvent de réaliser ses projets inachevés SUITE DE LA PAGE E 1 l’achat d’un Riopelle, déjà au faîte de sa gloire sur le Vieux Continent.Jean Lesage devra intervenir personnellement pour débloquer les fonds nécessaires.C’en est trop.Lapalme démissionne en 1964, épuisé par ces batailles financières stériles et déçu d’avoir été mis à l’écart de la réforme de l’éducation.«Lapalme n’a pas eu les moyens de ses ambitions.Il faudra attendre les années 80 et le gouvernement Lévesque pour que le ministère se dote de moyens véritables pour démocratiser la culture, notamment en développant un réseau de bibliothèques publiques», estime Eernand Harvey.I 0 Le retour du zulu blanc avec son nouvel album The World is Callingl samedi 9 avril, 20h Métropolis (Places assises) Metropolis 59, rue Sainte-Catherine Est 1 855 790-1245 - admission.com 514 £371-1001 1 888 515-0515 montreal JazzFestcom ggll ^ CED ®tBi, s« l+l 83^ SS En quatre ans, Lapalme aura tout de même eu le temps de créer le Conseil des arts du Québec, l’Qffice de la langue française, le Service des monuments historiques, le Musée d’art contemporain, à Montréal (1964), de prendre sous son aile la Place des Arts (1963), et de fonder la Délégation du Québec à Paris et son service culturel.Il a assuré une présence québécoise sur la scène internationale, notamment à la Poire internationale du livre de Prancfort (1961), tout en jetant les bases d’un réseau régionalisé de bibliothèques publiques.Tout un plan en héritage Les successeurs de Lapalme se contenteront souvent de réaliser ses projets inachevés.Dans le gouvernement Bouras-sa, six ministres se succèdent entre 1970 et 1976 au ministère de la Culture, devenue une sorte de chaise musicale.L’idée d’une véritable politique culturelle ne renaît qu’en 1976, portée par le libéral Jean-Paul L’Allier, dont le gouvernement sera défait par le PQ.Dix-sept ans après la naissance du ministère de la Culture, le Parti québécois articule dans un livre blanc les grandes lignes d’une politique culturelle.«Il y aura eu un décalage de 20 ans entre la création du ministère et la naissance d’un soutien articulé et immédiat de l’Etat au secteur de la culture», constate Harvey.Les années 80 seront celles de la reconnaissance des milieux culturels comme de véritables acteurs du développement économique, par la création de la SQDEQ, de la Loi sur le statut des artistes, en 1987 et en 1988, et par l’adop- tion de crédits d’impôt substantiels, comptant pour 25 % des subventions versées par le ministère de la Culture.Trente ans après la naissance du ministère de la Culture, l’Assemblée nationale adopte, en 1992, une première véritable politique culturelle, présentée par la ministre Lisa Erulla.Précurseur, le Québec est-il toujours à l’avant-garde?Champion des dépenses publiques totales en culture, le Québec y investit pourtant un plus faible pourcentage de son produit intérieur brut (PIB) que l’Italie, la Corée, la Slovénie, et se situe loin derrière la Prance, la Suède ou l’Espagne.Comme à l’époque de Lapalme, l’argent était et demeure le nerf de la guerre.Pour Qdette Lapalme, fille du premier titulaire du ministère de la Culture, il ne fait pas ESPACE GO MANHATTAN MEDEA DE DEA LOHER AVEC GENEVIÈVE ALARIE DU 29 MARS AU 23 AVRIL 2011 + PAUL AHMARANI + ALEXANDRE GOYETTE + GERMAIN HOUDE + DIDIER LUCIEN MISE EN SCÈNE DE DENISE GUILBAULT Consall dei Arti du jlanada THEATRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL 514845-4890 ESPACEGO.COM ADMISSION 5147gO-1245ADMISSION.COM de doute que plusieurs des grands rêves de son père ont pris forme.«Pour lui, il n’y avait pas d’instruction sans culture.Si les artistes du Québec sont partout sur les scènes internationales, c’est la preuve qu’une bonne partie de ce à quoi il rêvait s’est réalisée.» Le Devoir \ ¦ A voir: Passion et désenchantement du ministre Lapalme, mise en lecture par Alexis Martin de la pièce de Claude Corbo, inspirée,des mémoires de Georges-Emile Lapalme.Lundi 25 avril au Théâtre du Tridenfi à Québec, et mardi lundi 26 avril à l’auditorium de la Grande (libliothèque.¦ A suivre: Colloque 50 ans d’action publique en matière de culture au Québec, 4 et 5 avril, à HEC Montréal.La culture au Québec, en chiffres Ministère de la Culture et des Communications Dépenses prévues en 2009-2010:666,1 millions de dpUars 0,08 % du budget de l’Etat Dépenses publiques en culture au Québec (2007-2008) Québec: 927,6 millions $ Eédéral: 1,282 milliard Municipalités: 536 millions QUÉBEC Dépenses publiques totales en culture (2008): 357,87 millions Eédéral: 166,85 millions Québec: 120,67 millions Municipalités: 70,35 millions La culture au Canada, en chiffres: Dépenses publiques par personne (2007) Moyenne canadienne: 262,82 $ Québec: 338,69 $ Saskatchewan: 263,33 $ Qntario: 254,83 $ Nouveau-Brunswick: 214,21 $ Colombie-Britannique: 199,67 $ La culture en chiffres dans le monde Dépenses publiques par rapport au PIB (2005) Islande: 3,3 % Luxembourg: 2,2 % Erance: 1,5 % Espagne: 1,4 % Suède: 1,1 % Royaume-Uni: 0,9 % Canada: 0,9 % Italie: 0,8 % Québec 0,7 % i^lemagne: 0,3 % Etats-Unis: 0,3 % I n 1 0/ Source: Statistique Canada, Observatoire de la culture du Québec, OCDE LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 E 3 CULTURE IA FIGURE DE MÉDÉE : Tout au long de l’Histoire, le personnage de Médée n’a cessé d’inspirer les créateurs.Par centaines, des dramaturges, poètes, romanciers, cinéastes, peintres, sculpteurs, chanteurs et musiciens ont au fil des siècles trouvé là une histoire limite, hors-norme, sans retour.La Médée qui se révolte devant le pouvoir masculin et qui va jusqu’à tuer ses enfants est devenue la figure même de l’amour fou et de la vengeance.Médée est terrifiante.C’est un personnage hors du commun, un monstre.L’archétype même de la victime qui se venge.Sans fin.C’est la castratrice absolue aussi.Intemporelle.Hier comme aujourd’hui.À Corinthe, il y a quelques milliers d’années, comme aujourd’hui, dans les rues les plus minahles de Manhattan.Vue en plongée sur une femme déchirée par l’amour et la vengeance.S! 1 ANNIK MH DE CARUFEL La metteure en scène Denise Guilbault et la comédienne Geneviève Alarie (Médée) Médée dans la marge L’Espace Go propose la Médée tout à fait contemporaine de la dramaturge Dea Loher MICHEL BELAIR C% est entourées de ^ longs rideaux de velours noir, dans une salle de répétition de l’École nationale de théâtre, que Denise Guilbault et Geneviève Alarie évoquent les douloureux personnages de cette Manhattan Medea, qui prend l’affiche à l’Espace Go.En début de semaine, la metteure en scène comme la comédienne comptaient déjà les jours d’ici la première.Tout de suite, elles placent les choses: on ne parlera pas ici d’un «exercice classique» sur fond de «drame antique».Non.Bien au contraire: la tragédie qu’elles s’apprêtent à nous assé- ner — Geneviève Alarie parle de «coup de poing en plein visage» — s’incarne au beau milieu du drame ordinaire et quotidien de tous les sans-abri et les SDE du monde mondialisé.À notre échelle «La trame de Manhattan Medea, explique d’abord Denise Guilbault, c’est une histoire à faire la une de tous les tabloïds du monde.Il n’y a plus de dieux, comme chez Euripide: il y a la réalité ordinaire d’aujourdliui, et ça suffit.C’est l’histoire de ces gens acculés à la misère la plus sordide, au cœur de toutes les grandes villes.Des gens qui souvent n’existent même pas officiellement parce qu’ils ont tout perdu ou qu’ils viennent d’ailleurs, on Toujours une sanglante histoire d’amour Le personnage de Médée a plus de 2500 ans et plonge des racines profondes dans la mythologie grecque.Euripide s’est inspiré de sa riche histoire pour écrire sa tragédie.Médée est une magicienne, et Circée — celle-là même qui attira Ulysse sru son île — est sa tante, sa sœur ou sa cousine, selon les aventures qu’on lui prête.Toute son existence tourne autour d’une rencontre: celle de Jason, qui débarque en Colchidie (Géorgie) pour chercher là la Toison d’or.Dès que Médée voit Jason, ça y est: elle tombe amoureuse de lui.et tout est déjà écrit.Elle l’aidera à voler la Toison d’or en utilisant ses pouvoirs; elle trahira sa famille, et les soldats de son père s’entretueront à cause de ses sortilèges.Par amour pour Jason, Médée ira jusqu’à dépecer son propre frère et à disperser ses membres poru décourager toute ponrsuite.Mais c’est loin d’être tout.Lorsque le roi Pélias refuse de remettre le trône à Jason quand il lui rapporte la Toison d’or, Médée persuadera ses propres filles de le couper en petits morceaux.Réfugiés ensuite à Corinthe, les deux amants se calment le temps de faire deux enfants.Mais quand Jason veut monter sru le trône en épousant la fille du roi Créon et qu’il répudie Médée, elle éclate.Anéantie, atteinte au cœur de ce qui la fait vivre, Médée crie vengeance: elle assassine la nouvelle femme de Jason et fait brûler le palais avant d’égorger ses deux enfants puis de prendre la fuite.Ouffffffffffff Au fond de la misère La Médée de Dea Loher n’a pas non plus la vie facile.Ensorcelante plus qu’ensorceleuse, elle rencontre Jason dans un pays déchiré par la guerre, dans les années 1990.Ils se reconnaissent, s’engloutissent l’un dans l’autre et s’enfuient vers l’Amérique, cachés dans un bateau, peut-être un conteneur.Durant le voyage, ils craignent de voir leur bébé à venir éliminé par le frère de Médée.et ils l’abattent.Ce sang leur restera sur les mains.Médée et Jason se retrouvent réfugiés clandestins, sans papiers, errant dans les quartiers miteux de New York.Ils sont bientôt trois, vivant de rien, fuyant les «hôtels cheaps» et les pensions, survivant à peine, n’ayant qu’eux-mêmes.Au fond de la misère.Mais Jason en viendra à trouver une place dans une usine illégale «exploitée» par un Croate, réfugié lui aussi.C’est là, au milieu de sans-papiers de toutes les couleurs et de toutes les origines, qu’il renconfre la fille du patron.qui tombe amoureuse de lui et pour laquelle il annonce à Médée qu’il va la quitter.Sa vengeance sera terrible, on le sait.Michel Bélair ne sait pas trop comment.C’est dans tout cela, dans cette marge grouillante, dans cette misère à notre échelle à nous que vient s’écrire l'histoire d’amour passionnée que vivent Jason et Médée.» Ici, le texte de Dea Loher nous laisse deviner rapidement que les deux amants ont fui le conflit qui a presque réussi à dé-truire Sarajevo et une bonne partie des Balkans.La metteure en scène ajoute que Médée et Jason sont porteurs d’un terrible secret lorsqu’ils arrivent en Amérique; dans les cales du bateau, lors de la traversée, ils ont assassiné le frère de Médée.L’image de ce meurtre les poursuivra, reprend Geneviève Alarie.C’est ce meurtre qu’ils voient, derrière le désir qui les Les grandes Médée Dans l’Antiquité Médée d’Euripide est joué pour la première fois lors des Grandes Dyonisies présentées à Athènes, en 431 avant J-C.La pièce obtient le froisième prix.Médée de Sénèque, une tragédie romaine inspirée de l’œuvre d’Euripide, est créée en 62 ou 63 après Jésus-Christ.Beaucoup plus tard, en 1635, Pierre Corneille en fraduira des passages entiers dans sa première grande fra-gédie en alexandrins: Médée.Au cinéma Medea: le film tourné par Pier Paolo Pasolini en 1969 s’inspirait lui aussi de la Médée d’Euripide: Maria Callas y tenait le rôle-tifre.Ici Médée-Matériau: texte de Heiner Müller inspiré du personnage d’Euripide produit par Sibyllines en 2004-2005, dans la mise en scène de Brigitte Haentjens, avec Sylvie Drapeau en Médée.n Médée: texte d’Euripide fraduit par Elorence Dupont et mis en scène par Caroline Binet.Violette Chauveau joue Médée dans la production du Théâtre Denise-Pelletier, toujours à l’affiche, n Manhattan-Medea: texte adapté d’Euripide par la dramaturge allemande Dea Loher et créé en 1998.C’est ici Denise Guilbault qui dirige Geneviève Alarie, incarnant une sans-abri new-yorkaise.M.B.dévore.«Ce crime les culpabilise; il est toujours présent au fond de leurs yeux lorsqu’ils se regardent.C’est leur crime, et il les lie.Il fait partie de la misère quotidienne dans laquelle ils vivent, mais Médée réussit d’abord à survivre, parce qu’elle est habitée par une force qui la dépasse elle-même.C’est cette force qui lui permet de continuer et qui donne tout son sens à sa vie.Et bien sûr, cette force lui vient de son amour pour Jason.Pour elle, ils sont soudés ensemble à jamais, pour toujours.» Automutilation N’empêche qu’ils vivent dans la rue et que cela gruge le moral le plus solide.Ils n’ont presque rien, quittent des chambres «meublées» sans payer, dému- nis sans espoir au milieu des drag queens et des drogués, marginaux.Et bien sûr, quand Jason trouvera une «jobine» minable et voudra la quitter pour la fille du pafron du sweatshop oû il travaille clandestinement, une «jeune fille pure» avec laquelle il ne partage aucune culpabilité, Médée se vengera.Sa vengeance n’est pourtant pas celle que vit la Médée dEuri-pide.Elle tient plus de l’automuti-lation, s’il faut en croire Denise Guilbault et Geneviève Alarie.«C’est un peu comme si Médée voulait s’arracher à la douleur en s’arrachant le cœur, dit la comédienne.Rien ne peut survivre à sa douleur lorsque Jason l’abandonne.» Pour la metteure en scène, il s’agit «moins d’une vengeance que d’une libération.Sa douleur, son désespoir est si total que Médée bascule dans un autre monde et qu’elle commet l’inconcevable en tuant l’enfant».Tout cela, comme elles le soulignent toutes deux, dans l’étonnante langue à la fois poétique, crue et quotidienne de Dea Loher.Bref, quelque chose qui se rapproche plus de Josée Yvon que d’Euripide.Médée en fée des étoiles trash.Le Devoir MANHATTAN MEDEA Texte de Dea Loher mis en scène par Denise Guilbault avec une distribution impressionnante dont Geneviève Alarie en Mèdèe.Une production de l’Espace Go présentée du 29 mars au 23 avril.Ondînnok PRÉSENTE EN CODIFFUSION AVEC LE GROUPE DE LA VEILLÉE ^ ^ mULUSTEK DU 29 MARS AU 16 AVRIL 2011 DE RETOUR AU THÉÂTRE PROSPERO METTEUR EN SCÈNE PETER BATAKLIEV CRÉATION COLLECTIVE À PARTIR D'UN TEXTE ORIGINAL DE DAVE J EN N ISS DISTRIBUTION ET COLLECTIF DE CRÉATION CHARLES BENDER | MARCO COLLIN YVES SIOUI DURAND | RACHEL GRATON | DAVE JENNISS | CATHERINE JONCAS LES CONCEPTEURS JONAS VEROFF BOUCHARD | CLAIRE GEOFFRION THOMAS GODEFROID | NICOLAS GROU RÉSERVATIONS 514.526.6582 1371, RUE ONTARIO EST ou AU RÉSEAU ADMISSION AU : 1.855.790.1245 Ondînnok WWW.ONDINNOK.ORG ON JOUE AU [PROSPERO] / WWW.ONJOUEAUPROSPEROCOM ?upperkut E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 CULTURE THEATRE Retour dans le temps Lorraine Pintal revient sur scène au Théâtre du Rideau Vert, dans le costume de Madame Louis XIV, solo qu’elle a d’abord interprété en 1988 PHILIPPE COUTURE Elle est zen, Lorraine Pintal.Elle a toujours ce même éternel sourire et ce même persistant enthousiasme, mais il s’y greffe aujourd’hui une douce sérénité.Comme si la perspective de remonter sur scène au Théâtre du Rideau Vert la calmait et l’emplissait d’une étonnante placidité.Difficile à croire, non?Peut-on vraiment avoir l’esprit tranquille quand on dirige l’un des plus importants théâtres institutionnels du Québec (le TNM), en plus d’animer une émission de radio hebdomadaire (Vous m’en lirez tant), de faire de la mise en scène et de se préparer à remonter sur scène après plus de 20 ans d’abstinence?«Je ne suis pas très contemplative de nature, confie-t-elle, et même si je revis en ce moment le trac et l’angoisse des planches, le projet au Rideau Vert me calme.Ça me nourrit, car c’est un retour vers une période mouvementée de ma jeunesse, et je travaille la même matière de manière moins agitée qu’à l’époque.C’est vraiment une expérience zen.» Elle sera seule, donc, sur la scène du Rideau Vert, surplombée de miroirs lui renvoyant un portrait décalé d’elle-même, dans un solo qu’elle a écrit et joué pour la première fois en 1988, au sein de sa compagnie de création, La Rallonge.Si le solo théâtral embrasse aujourd’hui plus souvent la forme performative et l’interdisciplinarité, parfois dans un esprit plus fragmentaire et moins narratif que dans les années 80, il est toujours plus ou moins lié au grand thème de la solitude.C’est particulièrement le cas dans Madame Louis XIV, un texte qui, au-delà de sa dimension politique et de son esprit féministe, offre le portrait d’une femme seule et farouchement indépendante, malgré son apparente soumission au roi-soleil, son illustre mari.«Elle a souffert toute sa vie de la solitude et du froid, explique la comédienne et met-teure en scène.Elle s’est isolée graduellement, refusant un monde qui ne lui donnait pas satisfaction et ne pouvait lui offrir la place qu’elle méritait.Mais sa solitude me fait beaucoup de bien.Je suis plus proche d’elle qu’il y a 23 ans.A l’époque, je la jouais très vive et très ferme.Aujourd’hui je la ressens de l’intérieur, et sa solitude n’est pas destructrice, elle est apaisante.» Pouvoir et féminisme Lorraine Pintal ajoute son nom à la très courte liste des n’est plus de ce monde), a été fidèlement recomposée par Pierre-Simon Gourd.«On essaie de retrouver l’esprit de création de l’époque de la Rallonge, explique Pintal.Je vivais à l’époque une crise par rapport au métier de metteure en scène et de comédienne.Je me demandais très fort à quoi servait la mise en scène telle que je la pratiquais et telle qu’on la pratiquait autour de moi.Aujourd’hui, fai évidemment changé d’idée.Même si, pour ce projet, fai eu envie de revenir à une expérience d’écriture scénique plus organique, je n’avais pas envie d’un regard extérieur, et surtout fai plaisir à jouer sans trop rationaliser l’expérience.Ce qui n’est pas tout à fait mon genre.» Chassez la nature et elle revient au galop: Lorraine Pintal poursuivra la discussion en abordant les grands thèmes du pouvoir et du féminisme.En 1988, per- «[.] c’est un retour vers une période mouvementée de ma jeunesse, et je travaille la même matière de manière moins agitée» comédiennes québécoises ayant pu se mesurer deux fois au même rôle.Le projet est même un peu nostalgique, il faut le dire.Elle se défend bien de construire une pièce de musée, mais la mise en scène sera à peu de choses près la même que lors de la production originale.Le décor et la musique (élément fondamental de la production) ont été reconstitués.La scénographe Danièle Lévesque, complice de longue date de Pintal, signe toujours le décor.La trame sonore de Philippe Ménard (qui JACQUES NADEAU LE DEVOIR Lorraine Pintal dans le décor de Madame Louis XIV, au Théâtre du Rideau Vert DU 29 MARS RU 30 AVRIL 2011 ?sonne ne pou-vait douter de la prise de position féminine que constituait Madame Louis XIV.On pouvait difficilement percevoir autrement l’histoire de cette femme née dans un milieu modeste et arrivée par la petite porte au château de Versailles (comme gouvernante des enfants du roi) avant de séduire le monarque et de l’accompagner jusqu’à son dernier souffle.Elle aura pu, dans l’ombre, exercer sur lui une influence considérable et le convaincre d’investir dans un couvent pour jeunes hiles qu’elle a chéri jusqu’à sa mort.«Aujourd’hui, mon féminisme s’est assoupli, explique l’actrice, car il y a eu de réelles victoires.Mais cette pièce parle avant tout d’une femme en position de pouvoir, et il se trouve qu’il existe encore un important tabou sur cette question.J’assume moi-même un important poste de direction, et nous sommes de plus en plus de femmes à chausser ce genre de souliers, mais il y a encore trop de réticence, dans notre société, à accorder le pouvoir aux femmes.En plus, on se met la tête dans le sable et on refuse de voir qu’il y a toujours là une inégalité.» Collaborateur du Devoir MADAME LOUIS XIV Texte et mise en scène de Lorraine Hntal Au Théâtre du Rideau Vert du 29 mars au 30 avril REUTERS Al Jazeera English arrive mal à pénétrer le marché américain.MÉDIAS Le moment Al Jazeera Pourquoi les États-Unis boudent-ils la chaîne arabe d’information continue?Une enquête universitaire tente de démonter les préjugés vis-à-vis de la production du réseau Al Jazeera en anglais, alors même que sa couverture exceptionnelle du printemps arabe gonfle sa crédibilité.STEPHANE BAILLARGEON Hier paria, aujourd’hui roi.La strophe s’applique merveilleusement à la perception changeante du réseau Al Jazeera English (AJE).il n’y a pas si longtemps, sous une autre présidence, Washington décrivait la chaîne d’info continue, au moins dans sa version en langue arabe, comme une sorte d’organe officieux du mouvement islamiste Al-Qaida.Maintenant, au contraire, AJE est perçu comme la source la plus hable sur les révolutions en cours dans le croissant ensablé allant du Proche au Moyen-Orient.Des observateurs ont parlé du «Al Jazeera Moment», comme la couverture de la première guerre du Golfe a défini le moment fondateur de la réputation de CNN.Seulement, si le Tout-Washington scrute la chaîne satellitaire (dont le nom signifie «l’île», tout simplement), ce n’est pas le cas du reste du pays, qui boude la chaîne structurellement Le signal n’est offert par câble que dans quelques poches de résistance, dont Burlington, tout proche.Pour les autres, reste le site Internet de la chaîne (engli-sh.aljazeera.net), qui a connu une progression mondiale fulgurante de fréquentations, de l’ordre 2500 %, dans les 48 hepres après le début de la crise en Egypte.Les Américains continuent d’ailleurs à entretenir des préjugés fortement défavorables vis-à-vis de la chaîne, selon la recherche «After Egypt Can Al Jazeera English Leverage its “Moment” into American Audience».Le coup de sonde a utilisé une méthode originale en présentant à deux groupes de quelques dizaines de citoyens exactement le toMIFS-HORS-SEUTIERS TEXTE +MISE EN SCÈNE + INTERPRÉTATION LORRAINE PINTAL ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE BETHZflÏDfl THOMAS INSPIRÉ LIBREMENT DE Lfl BIOGRAPHIE ET DES ÉCRITS DE Lfl MARQUISE DE HflINTENON.BILLETTERIE 514.844.1793 rideauvert.qc.ca GRAND PARTENAIRE QUEBECOR __ Québec Eîn Montréal© Québec UNE PRODUCTION DE DANSE-CIlf EN COLLABORATION AVEC LA 2> PORTE A GAUCHE CHORÉGRAPHES MARIE BÉLAND, ALAIN FRANCOEUR, FRÉDÉRICK GRAVEL, CATHERINE TARDIF INTERPRÈTES SOPHIE CORRIVEAU, MANUEL ROQUE, PETER TROSZTMER, LUCIE WGNEAULT COLLABORATEURS L E M M, PHILIPPE BRAULT, KATYA MOHTAIGNAC, DAVID-ALEXANDRE CHABOT, DANIEL SOUUËRES 24 AU 26 MARS ET 29 MARS AU 2 AVRIL 2011 / 20 H 30 M SLudIo Hydm-Québec du Monument-National ^ uiisttsr» 1182, txiulevard Saint-Laurent ^Saint-Laurent Articulée 514.871.2224 www.danse-cite.org OMELCESABTI ^ M lEDEVUni CIAQjJE DU SOt^lL même reportage signé par AJE, mais à l’un tel quel et à l’autre en le masquant comme un travail de CNN.Résultat: les Américains ont dit trouver beaucoup plus biaisé le premier et beaucoup plus objectif le second.Le média, c’est le message.«Nous avons commencé à planifier cette étude alors que la protestation commençait en Egypte, alors que de nombreux Américains se tournaient vers [le site] AJE pour obtenir des nouvelles et de l’information», explique par écrit Katie Brown, qui a réaHsé l’enquête avec William Youmans.Les deux doctorants de l’Université du Michigan viennent de publier leur analyse dans la revue Arab Media & Society.Brown précise répondre aux questions du Devoir au nom du tandem.«La couverture exemplaire de AJE par rapport aux médias occidentaux rendait son absence des réseaux câblés américains à la fois plus évidente et problématique.Cela a ajouté une note d’urgence à ce travail, puisque les gens ont commencé à se demander pourquoi ils n’avaient pas accès à AJE.» La chaîne exîste depuis 2006.Elle rejoint maintenant 250 millions de foyers, dans plus de 100 pays.Ce média pénètre le marché indien depuis décembre.Au Canada, le signal coûte trois dollars par mois et est offert par quatre distributeurs sur cinq.Mme Brown s’intéresse aux stéréotypes qui touchent les Arabes, tandis que M.Youmans étudie AJE.«Le sens des résultats n’est pas surprenant, poursuit le courriel.Nous nous attendions à un biais contre AJE étant donné l’intensité de la critique du réseau par l’administration Bush.Ce qui nous a surpris, par contre, c’est l’ampleur et la stabilité de ces évaluations vis-à-vis d’un reportage par ailleurs très bien fait et solidement factuel.Comme prévu, ceux qui avaient l’opinion la plus négative du reportage avaient tendance à être plus suspicieux à l’égard des Arabo-Américains et plus conser- vateurs politiquement Ce lien suggère que des gens peuvent tran^é-rer leur préjugés vis-à-vis d’un groupe sur un média associé à ce groupe.Mais il faudra plus d’études à ce sujet» Les résultats permettent déjà une analyse fine pour développer un spectre de réception de la chaîne.Tous les Américains ne discriminent pas négativement AJE.Les plus «libéraux» (à gauche, quoi) et les moins défavorables aux Arabes du pays s’avèrent les plus réceptifs à la chaîne.Que faire alors?Comment la chaîne pourra-t-elle surmonter ce handicap de préjugés?Les deux chercheurs notent que l’opinion négative est liée à des systèmes de croyances plus profonds encore, par exemple à des valeurs conservatrices.«AJE a un public restreint mais dévoué aux Etats-Unis.Ce public se connecte au réseau en ligne [.] et dissémine l’information auprès des familles et des amis.A la longue, ceux qui s’opposent à ce contenu trouveront plus difficile de le dépeindre négativement C’est ce qui est arrivé à Burlington, au Vermont, et à Toledo, en Ohio, là où la résistance initiale s’est évanouie après la diffusion du signal par les fournisseurs de câble locaux.» Les chercheurs eux-mêmes connaissent évidemment la chaîne et la jugent favorablement.Surtout en ce moment fondateur.«D’une part, son travail sur le terrain et son journalisme d’investigation, soutenu par un fort système de bureaux internationaux, nous ramène une vieille tradition.D’autre part, sa présence en ligne et l’utilisation des nouveaux médias duns la production et la distribution lance la technologie actuelle vers l’avenir.AJE offre une perspective originale, présente plus de reportages provenant de différentes parties du monde et portant sur des questions qui ne se retrouvent tout simplement pas sur les chaînes américaines et les autres chaînes mondiales.[.] Les Américains devraient au moins avoir un accès facile à AJE, afin de décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes.» Le Devoir MARS, 1ER, 2, 7, 8,9 AVR A 19 H 30 3 ET 10 AVRIL A 16 H 840, rue Cherrier, Montreal métro Sherbrooke www.tangente.qc.ca Billetterie 514-525-1500 Photos: Nancy Kendle, Aislinn Legget, Mélanie Lafontaine LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 E 5 CULTURE DANSE Quels creux! CATHERINE LALONDE Les Creux d’un rêve, pensé par le petit organisme Fée Fatale, peut sembler, si on ne s’attarde pas à liste des collaborateurs, fait de bric et de broc avec son mélange de danse, rock, spoken word et film.Mais on y retrouve, sous la direction artistique de la photographe Sabrina Reeves, David Usher à la musique.Oui oui.Accompagné, rock oblige, de Fred St-Gelais, Jonathan Gal-livqn et Kevin Young.A la danse, de très forts interprètes: Elijah Brown, qu’on a vu chez Marie Chouinard et Céline Dion, et récemment accompagnant Louise Lecavalier dans son dernier spectacle.Carol Prieur, étoile pour Marie Chouinard.Tony Chong, ex-directeur artistique du Groupe Danse Lab d’Ottawa.Les trois se lancent dans la chorégraphie, où Chong a déjà fait ses marques.Ils font danser Lucie Vigneault (Fred Gravel, Chouinard), Mark Eden-Towle (Chouinard) et Mistaka Hemingway (La La La Human Steps).Du haut vol.L’acteur Paul Hopkins complète la distribution, avec Reeves elle-même.Par accident Les Creux d’un rêve est né par accident, alors que Reeves devait présenter une pièce de théâtre à La Chapelle et que tout s’est effondré, à quelques semaines de la première.()u’à cela ne tienne: elle recrute alors mari — Usher — et amis pour composer la première version de ce show hybride, en mai 2010.L’accueil est très chaleureux.«Ma formation théâtrale, étrangement, m’a mené au cinéma», explique Sabrina Reeves dans une entrevue aussi tout à fait Mile-End, qui saute sans cesse de l’anglais au français.«Quand je vais au spectacle, j’oublie souvent que ce sont des humains devant, du “live theatre”.On est dans des univers tellement “cinematic", devant des écrans.J’aime faire des spectacles immer-sijs pour remettre le côté vivant là-dedans, des shows où il n’y a pas de séparation entre le public et la scène.» Les Creux d’un rêve est un concert chorégraphique, une tendance qui devient lourde sur la scène actuelle.«En allant voir des shows rock, je me disais: “Je veux ce genre de feeling comme spectateur, très vivant, très inclusif Je veux, comme artiste, de la pluie qui me tombe dans les cheveux, je veux que les gens me touchent.”» Habituée à l’interdisciplinaire avec Bluemouth inc., organisme spécialisé en performances interdisciplinaires qu’elle a cofondé, pour Ixs Creux d’un rêve, elle fait travailler choré- graphes et interprètes en utilisant des éléments théâtraux «pour colorer la danse».Tony Chong, comme chorégraphe, travaille ici à «porter la vision de Sabrina».C’est la première fois, explique-t-il, qu’il pétrit sa danse au rythme d’un groupe rock.«C’est une musique accessible, qui a du beat, qui a son propre temps.C’est plus facile de créer avec une telle structure.Voilà déjà des années que je me demande pourquoi la danse contemporaine n’attire pas plus de monde.Je pense qu’il ne s’agit pas juste d’inclure le public, mais d’arriver à bien communiquer.A donner un contexte.Prends la musique pop ou le classique: on sent déjà l’intention dans l’intonation de la voix, dans la musique.Ça met le public en situation.Et là, avec les chansons, les gens arrivent avec une mémoire de la musique.Le public a une relation très personnelle, fascinante avec les chansons.On peut jouer avec ça, proposer une autre mémoire.» Accessibilité, création collective, détournement et utilisation des codes, inclusion du public: ne serait-on pas dans une philosophie semblable à celle de La 2e Porte à Gauche?«Oui, rigole Sabrina Reeves.Même qu’on a dû mettre le spectacle à 21h30, parce que Lucie Vigneault danse pour La 2e Porte avant.Elle va courir nous rejoindre après le spectacle, même qu’on la fait entrer en scène avec ses bottes et son manteau.On a inclus ça dans le spectacle.» Courir d’un show à l’autre?Une autre réalité tout à fait Mile-End des artistes d’ici.Le Devoir LES CREUX D’UN RÊVE Création de Fée Fatale mise en scène par Sabrina Reeves.Au Théâtre La Chapelle du 29 mars au 2 avril, à 21h30.AXEL MORGENTHALER Lucie Vigneault dans Les Creux d’un rêve de Sabrina Reeves MUSIQUE CLASSIQUE Opéra au cinéma : le 3D maintenant ! Aujourd’hui sont organisées les premières diffusions, dans 29 cinémas du Québec, d’un opéra en 3D.Il s’agit de Carmen, enregistré au Royal Opera House Covent Garden de Londres.On n’arrête pas le progrès.Mais encore faut-il que cela en soit un! CHRISTOPHE HUSS Le film CarmenSD, production de la firme RealD et de l’opéra londonien, a été réalisé lors de trois représentations publiques, filmées par cinq caméras.La production, bien connue, est celle de Francesca Zambello, précédemment filmée, en décembre 2006, par Jonathan Haswell pour le DVD de référence, mettant en vedette Jonas Kaufmann et Anna Catherina Antonacci.Par rapport à ce hlm antérieur, la nouvelle version est conhée à de seconds couteaux.La lamiliari-té très relative de Don José (Bryan Hymel) avec la langue française et la volonté de toucher un public attiré par le 3D ont amené les producteurs à sabrer conséquemment dans les dialogues.Dans la fosse, en lieu et place d’Antonio Pappano, nous avons droit à Constanünos Cary-dis, qui plombe Carmen par une direction plate, léthargique, ponctuée de subites accélérations.Musique et technique En ce qui concerne la rencontre de la technologie 3D et de l’opéra, le Met peut dormir sur ses deux oreilles et s’épargner de coûteux investissements.Ce Carmen 3D, plus expérimental qu’abouti, est une curiosité plus qu’une révélation.Malgré quelques plans ponctuellement saisissants, tel celui sur le couple Carmen-Don José après son pacte de sang dans la taverne de Lilas Pastia, les problèmes cinématographiques, musicaux, techniques et scéniques s’additionnent.Sur le plan de la technologie, les déplacements rapides entraînent un effet stroboscopique (mouvements saccadés), comme lorsque des images numériques sont trop compressées.C’est évident lorsqu’on voit le chef s’agiter lors de l’ouverture et cela se confirme lorsque les cigarières, au premier tableau, courent sur scène.Sur le plan musical, le 3D renforce ce que l’on peut appeler «le malaise du traveling avant».11 existe déjà, de manière latente, dans les captations bidimensionnelles d’un concert orchestral, où l’impact sonore est le même, que l’orchestre soit filmé de loin en plan large ou cerné de près.Le spectateur, dans un intervalle temporel court, occupe deux places très différentes mais entend exactement la même chose.N LA PLACE DES ARTS PRESENTE LA LA LA HUMAN STEPS NOUVELLE CRÉATION ÉDOUARD LOCK « Cela pourrait bien être ia meiiieure création d'Édouard Lock.» Victor Swoboda - THE GAZETTE, 2011 LES 5-6 &7 MAi À 20 H SALLE WILFRID-PELLETIER laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 is I itim-m W)tValette En 3D, ce malaise s’accroît, puisque, avec le relief, les chanteurs semblent se rapprocher physiquement de nous, mais ne chantent pas plus fort pour autant Relief de l’image, mais unidimensionnalité invariable du son: le hiatus est patent Le relief, un faux ami La scène et le cinéma sortent-ils gagnants de l’emploi de cette technologie?Probablement pas.Sur un plan subjectif, on qualifiera le procédé d’inutilement fatigant Je suis sorti de la pause (et à la pause!) en titubant presque.En effet le relief de chaque plan demande à être décodé et compris et entraîne, du moins chez certains spectateurs, une sorte de stress cérébral qu’il serait intéressant d’étudier physiologiquement La captation 3D d’un opéra est plus que périlleuse en matière de rythme de montage, car il faut laisser un plan s’installer sur le plan musical, mais aussi technologique et physiologique.S’ajoutent objectivement à cela quelques problématiques délicates à gérer dans des captations de spectacles non intimistes: la nature des plans qui se succèdent la manière dont ils se succèdent d’emploi Occasionnel de légers fondus en- SOURCE COVENT GARDEN Bryan Hymel et Christine Rice dans Carmen chaînés s’ajoute aux artéfacts stroboscopiques) et la gestion des protagonistes sur scène.On comprend assez vite que le personnage ou l’objet se rapprochant de l’objectif sort de l’écran.Ainsi, lorsqu’un plan large succède à un plan serré, un personnage majeur qui se trouvait devant vous peut être instantanément relégué.Le «naturel» du 3D devient alors catalyseur d’artificialité.Si l’on pourrait raisonnablement envisager de filmer en 3D le Cosi fan Lutte de Mozart mis en scène par Claus Guth à Salz-bourg, avec ses six personnages, sa gestion sereine du temps et de l’action et ses décors épurés, des opéras de foule, comme Carmen, présentent beaucoup de risques.Un personnage annexe se retrouvant proche de la caméra peut vous «sauter aux yeux».Chaque plan est un tableau, et la gestion de ce tableau, en superposition de l’action musicale et dramatique, est un défi énorme, voire insurmontable.J’ai donc bien l’impression d’avoir assisté à une expérience qui méritait d’être tentée, et peut sensibiliser à l’opéra quelques amateurs de technologie, mais qui ne m’apparaît pas comme une voie d’avenir gérable, musicalement et cinématographiquement.Le Devoir CARMEN 3D Opéra de Bizet, avec Christine Rice (Carmen), Bryan Hymel (Don José), Aris Argiris (Esca-nillo) et Maija Kovalevska (Mi-caela).Direction: Constantinos Carydis.Un film de Julian Napier.Les 26 et 31 mars; les 3 et 11 avril.Cinema AMC 2313 rue Sainte-Catherine Ouest à Montréal et 28 autres cinémas au Québec.0 veriigo ONDE DE CHOC Chorégraphie GINETTE LAURIN avec la musique de Michael Nyman et les compositions électroacoustiques ^ * de Martin Messier C ' 'Ÿyj 8,9 et du 13 au 16 AVRIL 2011 USINE © 514 521-4493 | usine-c 514 790-1245 | admission.com Coproduction HELLERAU - European Center for the Arts Dresden (Dresde, Allemagne), Festival TransAmérlques (Montréal, Canada), Festival de Danse et des Arts multiples de Marseille F/D/Am/M (Marseille, France), Usine C (Montréal, Canada) W Avec le soutien de la Fondation Imperial Tobacco Canada partenaire privilégié QUEBKQB^ .gy.lDiQIB5M Québecgg E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 DE VISU Douce mélancolie RISE AND FALL Fiona Tan Galerie de l’UQAM, 1400, rue Bern, jusqu’au 2 avril.JÉRÔME DELGADO ^ art de Fiona Tan, artiste vedette des Pays-Bas, présente deux fois déjà à la Biennale de Venise, peut M être vu pour la deuxième fois à E Montréal.Cette tournée nord-américaine, possible grâce à la Vancouver Art Gallery, s’en distingue par le fait qu’elle n’a plus re- AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE L’ARTISTE ET DE LA ERITH STREET GALLERY, LONDRES Fiona Tan, Projection, 2010, projection vidéo cours à des archives.Le passé demeure néanmoins présent.Confrontation d’images Des portraits.Des images sensuelles, d’une douce mélancolie.Et des récits disloqués, li-vrés avec parcimonie caractérisent la pratique filmique et vidéo de Fiona Tan.Lents travellings, ou alors longs plans fixes, l’artiste néerlandaise cultive le non-dit avec beaucoup d’aisance.L’exposition Rise and Fall qu’accueille la galerie de l’UQAM peut d’ailleurs s’apprécier du fait qu’elle n’est composée que de trois installations.On peut prendre tout le temps pour les décrypter.L’œu-vre phare, qui donne le titre à l’expo, repose sur la dualité d’univers, la confrontation d’images.Rise and Fall, montée et chute, présent et passé, mémoire et absence, ici et là-bas, intérieur et extérieur.Les pistes sont nombreuses, d’autant plus que deux écrans se côtoienf parfois en sjmchronie, souvent en opposition.Deux personnages féminins, de deux générations, y appa-raissenf chacune dans leiu propre quotidien, fait autant d’acti-vités concrètes que de rêveries.La force de cette oeuvre, et quelque part de tout l’art de Fiona Tan, est dans la manière dont se lient, ou se délient, les éléments narratifs.Les ruptures de ton sont fréquentes, et dans Rise and Fall, elles sont marquées par la bande-son.Le son, en particulier, d’une intense chute d’eau, filmée de manière naturaliste.Ces plans ont valeur symbolique et agissent comme trait d’union entre les univers évoqués.On peut supposer qu’entre la dame et la jeune femme, il n’y a qu’un espace-temps très mince.L’eau, toujours la même, mais jamais pareille, en est le point commun.«L’eau exprime la continuité et la différence, la possibilité qu’à la fois notre semblable et l’autre puissent se retrouver dans espace fluide et ouvert à l’interpénétration et à la multiplicité», écrit dans le catalogue de l’exposition le commissaire Bruce Grenville.Fiona Tan ne propose pas seulement des œu-vres sur écran, mais des installations.Leur mise en place, discrète tout de même, participe de l’intention d’occuper un espace.L’espace du visiteur, intégré ainsi dans le propos de l’œuvre, fait de regards, de pensées, de sensations.Pour Rise and Fall, comme poiu Projection, une vidéo d’une minute animée par une illusion optique, les écrans suspendus ont même deux faces.Une option prisée de Tan, si on tient compte de Saint Sebastian, présentée au Musée d’art contemporain en 2005, lors de sa seule autre expo montréalaise.Devant la troisième pièce de l’expo.Provenance, le spectateur se retrouve devant des écrans siu les mius.Six petits écrans qui obligent néanmoins à parcourir une salle, voire à tournoyer constamment autour des œuvres.Ce sont six AVEC LAIMABLE AUTORISATION DE LARTISTE ET DE LA ERITH STREET GALLERY, LONDRES Fina Tan, Rise and Fall, 2009, installation vidéo Des portraits.Des images sensuelles, d’une douce mélancolie.Et des récits disloqués, livrés avec parcimonie, caractérisent la pratique filmique et vidéo de Fiona Tan.courts portraits de proches de l’artiste: sa voisine, son épicier, son prof de cinéma, le garçon de son amie.Si la déconstruction narrative de Rise and Fall, voire sa mise en scène hyper léchée, finissent par fatiguer, les six éléments de Provenance, par leur brièveté et par, en apparence, une plus grande simplicité, ont l’effet contraire.Muets et en noir et blanc, ils ont aussi leurs traits distinctifs.Dans le même catalo^e, une autre auteure, Madeleine Schuppli, souligne avec raison l’esthétique picturale de Provenance.Les images sont en mouvement — parfois sous un habile travel- ling circulaire —, mais elles ont la force d’un tableau.Les détails, les poses fixes, la vue de profil, de trois quarts.La tradition de la peinture hollandaise est palpable.La Jeune fille à la perle de Vermeer surgit à l’occasion, mais c’est davantage de l’ordre de l’inspiration que de la reconstitution.L’exposition à L’UQAM n’est qu’un fragment de celle mise en circulation.Montréal est son dernier arrêf mais elle a le privilège de présenter Projection, un autoportrait en plusieius reflets réalisé par Tan en 2010.Collaborateur du Devoir EXPOSITION Les risques de la jeunesse ENTRE DEUX FEUX New City Gas, 141, rue Ann.www.entredeuxfeux.com JEROME DELGADO Les expositions étudiantes ne sont plus rares, et le fait d’en parler ne doit plus tenir à une invitation à l’inusité.Ni à une mise en garde devant l’extravagance insouciante de la jeunesse.Elles sont pour la plupart du temps d’un beau professionnalisme.Celle-ci, par exemple, intitulée Fntre deux feux, qui regroupe le travail de 23 finissants du baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’UQAM.Si on en parle, c’est bien parce qu’elle vauf simplement, le détour.Tout un détour: l’expo prend forme dans Griffintown, ce quartier entre deux vies, en retrait de l’offre culturelle.Elle a été montée dans la New City Gas, bâtiment clé du Montréal du XIK® siècle, aujoiud’hui sans fonction.Les étudiants l’ont d’ailleurs mis dans un bel état.POUR SES 90 ANS, LE MUSEE McCORD DEBALLE SES TRESORS 90 TRESORS 90 HISTOIRES 90 ANS DU 18 MARS AU 11 SEPTEMBRE 2011 IMJlWU OGILVY eoo, ru9sherbrookeOusa Montrai ' ' " www.musee-mccord.qc.ca/[!9McGill 20 avril Les œuvres de MARC-AURÈLE FORTIN au Musée national des beaux-arts du Québec Quelques places seulement! 1-15-29 mai BERLIN - LEIPZIG - DRESDE Conférences préparatoires au voyage d’automne en Allemagne 9 juillet Yannick Nézet-Séguln et Beethoven au grand concert inaugural du FESTIVAL DE LANAUDIÈRE Les, peaux Adetours wwvv.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 y CIRCUITS -y CULTURELS En collaboration avec Club Voyages Rosemont lui donnant même des couleius fraîches et vives — ce dont profite Tommy Poirier pour établir une sorte de local anarchiste mais accueillant, à la manière d’un Mathieu Beauséjour.Le projet de fin d’études impliquait aussi cela, le montage d’une expo, tant sur le plan physique que financier.Bouillonnement créatif Le contenu, éclaté et diversifié, donne une bonne idée du bouillonnement créatif qui se mijote dans nos écoles.L’accueil est fait par une vidéo-performance in situ de Catherine D’avril, basée sur des images en miroir.Ça se poursuit dans le corridor avec une collecte d’artefacts aussi précieux que banals, disposés dans de jolis boîtiers.Dans la grande salle, il y a de la photo documentaire, un plan fictif de Montréal, des dessins en trompe-l’œil et même une installation déroutante et critique du cube blanc.Vertige assuré.L’expo, de courte durée, se termine demain, et aujourd’hui le lieu demeurera ouvert jusqu’à 21 h.Collaborateur du Devoir Galerie Walter Klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS 1200, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A1H6 www.klinkhoff.com 514.288.7306 Si vous songez à venture des œuvres d'art d'importance, nous vous invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info@klinkhoff.com ENTRE LA FIERTÉ.1, place Vimy, Ottawa | 1 800 555-5621 MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 E 7 CULTURE ! PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le réalisateur de Butnrush, Michel Jetté Réflexion sur la violence et le pouvoir Dépeignant l’univers des gangs de rue, Bumrush de Michel Jetté sortira dans nos salles vendredi prochain.ODILE TREMBLAY Huit ans qu’on était sans nouvelles de Michel Jetté, cinéaste marginal dans notye univers cinématographique.A force d’aborder frontalement l’univers criminel ultraviolent — celui des motards dans Hochelaga, l’implacable monde carcéral dans Histoire de Pen —, il a fait sa marque loin du Plateau.Avec Bumrush, Jetté propose une incursion rouge sang multiculturelle dans la réalité des gangs de rue.«Un “bumrush”, c’est un groupe d’individus qui défonce parfois violemment les lignes des “doormen” pour entrer dans un bar ou un club», ejqrlique Michel Jetté.En 2001, des rafles policières montréalaises changeaient la donne du milieu criminel de Montréal, mené jusque-là par les motards et la mafia italienne.Dans ce vacuum se sont infiltrés les gangs de rue.La récente débâcle du clan Rizutto accentue la fragmentation des pouvoirs dans la zone du crime.Des faits vécus à Montréal ont inspiré le scénario du film.Le pouls de la société «A mes yeux, l’univers interlope est une métaphore de notre monde, déclare le cinéaste, avec ses valeurs de compétitivité et de consommation, sa violence, son agressivité.Léo Lévesque m’a dit un jour: “On peut prendre le pouls de la société en prison.”Après une enquête intense, on est entrés dans les clubs en difficulté au centre-ville.» Bumrush aborde donc les luttes des gangs pour le pouvoir, tout comme ici l’aide apportée par d’anciens militaires de Bosnie et d’Afghanistan venus protéger l’un des leurs quand son club de danseuses, le Kingdom, devient un champ de tir.Il faut dire que les films précédents de Jetté, appréciés du Milieu, lui servaient de cartes de visite.Quoi qu’il en soif plusieurs personnes jouant dans Bumrush étaient au départ des personnes ressources.Ainsi, aux côtés d’acteurs comme Emmanuel Auger, Paul Dion, Alain Nadro, Jézabel Drolef plusieurs interprètes furent recrutés in situ.Pat Lemaire, vrai patron du bar Kingdom, angle Saint-Laurent et Sainte-Catherine, incarne.le propriétaire du Kingdom.La très charismatique Dara Lowe, «doorwoman» cLms plusieurs clubs montréalais, joue la fille qui veut quitter son gang à ses risques et périls.Quant au rapper Bad News Brown (assassiné le mois dernier) — ici le tueur à l’harmonica Loosecanon —, il a recruté dans l’univers du hip-hop plusieurs musiciens noirs qui jouent aussi les méchants.Les danseuses du bar interprètent leurs propres rôles.«J’ai fait avec ces comédiens non professionnels des ateliers, surpris par leur naturel et la qualité de leur interprétation.» Le langage utilisé dans Bumrush est une novlangue (avec sous-titres), sorte d’espéranto naturel mêlant le jouai à l’anglais avec des bouts en créole et en italien, selon la nationalité du truand.«Vraie réalité linguistique de l’univers criminel de Montréal.L’anglais, venu de l’américain, est très utilisé.Ça donne un aperçu de l’évolution de la langue à Montréal.Mais j’avais demandé à chacun de mettre dans ses mots et sa langue propre les répliques du scénario.On tournait souvent en plans-séquences pour les laisser aller au bout de leur parole.» Sans vouloir apporter une morale au film, Michel Jetté a l’impression que Bumrush, comme l’ont fait Hochelaga et Histoire de Ben, peut susciter une réflexion sur la violence, le pouvoir et la consommation.«À la fin, la roue du crime continue de tourner.Ça peut donner envie à quelqu’un de sortir de là.» Certains de ses projets précédents avaient été refusés par les distributeurs, dont un film sur le Rwanda, à un moment où plusieurs productions abordaient le génocide.Jetté, qui ne voulait pas attendre encore huit ans avant de tourner, et après que Bumrush eut été refusé par les institutions aux volets indépendants, l’a coproduit avec Louise Sabourin, un budget autofinancé de 70 000 $, une caméra Red et une équipe d’amis extrêmement engagés.«On a mixé et monté le tout dans le fond de nos sous-sols.Seule la révolution numérique permet ça», dit-il.Avec Louise &bourin, il a créé un modèle de distribution, Eorban Eilms, qui profite à tous les artisans du film, façon coop.«B faut développer des modèles alternatif de distribution pour les films plus audacieux et à risque», estime-t-il.Bumrush sortira vendredi prochain dans 51 salles du Québec au moins, en cultivant la clientèle des régions.Michel Trudel comme fournisseur d’équipements.Vision Globale en gonflant le film en 35 mm et l’exploitant Guzzo en ouvrant au film ses écrans lui ont donné un coup de pouce.Jetté prépare le scénario d’un film d’une autre farine.Burnout, comédie satirique sur le monde du travail, pour lequel il espère trouver du financement et un distributeur classique, en jouant avec de nouveaux codes.Le Devoir Avec un grand J JALOUX Réalisation: Patrick Demers.Scénario: Patrick Demers, Sophie Cadieux, Maxime Dénommée, Benoît Gouin.Avec Sophie Cadieux, Maxime Dénommée, Benoît Gouin, Emmanuelle Rochon, Marc Beaupré, Daniel Gadouas, Marie-France Lambert.Image: Tobie Marier RobitaiUe.Montage: Patrick Demers.Musique: Rama-chandra Borcar.ODILE TREMBLAY Une des bonnes surprises québécoises et premier film de genre réussi de la saison, Jaloux de Patrick Demers possède l’immense mérite d’avoir débordé des frontières du thriller psychologique pour créer des personnages non fixés, évoluant selon les perspectives du regard.Il faut dire que la méthode largement improvisée des trois acteurs principaux, qui n’avaient qu’un canevas sur lequel s’appuyer et qui coscénarisèrent le film en le réinventant, produit ici de très heureux résultats.Qn salue d’autant plus ce tour de force que Jalpux fut réalisé sans aide d’Etat, et avec un budget symbolique par cet ancien de La Course Destination monde, qui s’attaque ici à un sentiment puissant et douloureux, en distorsions constantes, en interprétation fallacieuses: la jalousie.Avec un grand J.La structure du thriller est bien construite, avec les éléments d’angoisse qui gagnent de l’ampleur et du terrain.Dès le départ, la tension est établie par la crise d’un jeune couple (Maxime Dénommée et Sophie Cadieux, tous deux excellents).Thomas est jaloux, donc, et multiplie les séances de reproches.Marianne étouf fe.Rien de tel qu’une petite fin de semaine à la campagne chez l’oncle de Thomas pour l’inévitable séance de renouveau conjugal.Mais rien n’arrivera comme prévu.La voiture s’est enfoncée dans un fossé, le voisin Ben (terrifiant et attirant Benoît Gouin) qui ne retournait pas les appels est installé au chalet et colle de près Marianne, etc.Mais est-ce bien Ben?La façon de filmer la nature, le bois, le lac apporte au film une respiration, tout comme la musique.L’histoire se tient toute seule, avec de bonnes scènes, parfois moins crédibles, comme celle de la longue absence de Thomas, qui festoie avec des amis sans songer que Marianne l’attend, et la trouve ensuite couchée auprès de Ben sans hurler à la mort, lui le grand jaloux, ou encore quand il l’envoie dans une aventure très dangereuse, après avoir démasqué les impostures de leur compagnon de vacances.Mais le film est en général bien tricoté.L’ambiguïté des rapports entre Ben et Marianne hante le film, à travers les regards subjectifs posés sur la mécanique du trio, les désirs souterrains.Le party de Ben avec ses amis offre un bon contraste entre l’univers quand même policé de Thomas et celui de ses compagnons d’un soir, particulièrement épais.Si le dénouement apparaît assez tiré par les cheveux, reste une excellente histoire bien montée, le jeu naturel des interprètes, et cette nature à la fois attirante et hostile où vit le grand méchant loup, qui appelle toutes les violences.En une sorte de conte.Jaloux explore la complexité des sentiments et des mobiles humains qui s’entrechoquenf sans offrir de réponses toutes faites, ni de morale cruelle, arrimant ce couple chancelant à son secref pour le meilleur et pour le pire.Le Devoir SOURCE FILMS SEVILLE Sophie Cadieux et Maxime Dénommée dans Jaloux, de Patrick Demers Sombre et passionné JANE EYRE Réalisation: Carey Fukunaga.Scénario: Moira Buffini, d’après le roman de Charlotte Brontë.Avec Mia Wasilowska, Michael Fass-bender, Jamie Bell, Judi Dench, Sally Hawkins, Craig Roberts.Image: Adriano Goldman.Mu-âque: Dario Marianelli.Montage: Melanie Ann Oliver.115 min.ODILE TREMBLAY En 1944, Robert Stevenson avait porté Jane Eyre à l’écran (avec Joan Fontaine et Qrson Welles) sur force brouillards troubles qui hantent encore les cinéphiles.De son côté.Franco Zeffirelli, en 1996, n’était pas parvenu, malgré la qualité des interprètes, Charlotte Gainsbourg et William Hurf à rendre l’émotion du roman de Charlotte Brontë, publié en 1847 et devenu classique.Qr voici qu’un nouveau Jane Eyre nous parvient au cinéma, sous la direction de Cary Fukunaga.Le premier long métrage de ce dernier, Sin Nombre, entre immigration et gangs de rue en Amérique latine, avait impressionné par son humanité et la souplesse de sa caméra.Difficile de reconnaître sa patte dans ce Jane Eyre, qui évoque davantage l’univers du Bright Star de Jane Campion que celui des quartiers rouges mexicains captés à chaud.Les ombres et lumières, sombres décors victoriens et chandelles sur le point de s’éteindre, sont au rendez-vous.Jane Eyre, de facture classique, ne repose pas sur de grandes envolées du côté surréel et gothique du roman, mais s’appuie ici sur l’ambiance sombre et passionnée d’une histoire d’amour relevée par la performance de ses interprètes, parti pris de la scénariste Moira Buffini.Avant tout celle de Michael Fassbender (Hunger, Eish Tank) en Edward Rochester, le maître tourmenté du domaine où la jeune orpheline deviendra gouvernante d’enfant avant de s’éprendre de son employeur.L’acteur dégage ici un charme sulfureux au bord du gouffre dans ce rôle d’un manipulateur, mais aussi d’un homme blessé.épuisé, prisonnier d’un lourd secret, qui s’embrase pour cette âme sœur de simplicité et de vérité, placée par le destin sur sa route.Mia Wasikowska, surtout connue pour le rôle-titre d’Alice au pays des merveilles de Tim Burton, manifeste en Jane l’étendue d’un registre intérieur parfois brûlant, sans avoir tout à fait le physique de l’emploi — contrairement à Charlotte Gainsbourg —, parvenant néanmoins à mettre son éclat en veilleuse, costumes éteignoir aidant.Le début de ce Jane Eyre est magnifique, hors de l’ordre chronologique, montrant la course de la jeune fille, cape au vent, fuyant l’amour impossible et le domaine de Thornfield Hall.Qn sait gré au film de passer relativement vite sur l’enfance malheureuse de l’héroïne, filmée ici de façon plus convenue, en la replongeant bientôt dans ce manoir hanté au milieu de sa lande, terre romanesque bien mise à profit.Le film fut d’ailleurs tourné dans la région même qui avait inspiré le roman, souvent pluvieuse, ajoutant au climat dramatique façon british.Les scènes d’émotion amoureuses, camouflées ou éclatantes entre ces deux êtres d’exception, constituent les meilleurs moments du film, intenses, émouvants.Ces relations troubles conservent leur poids de mystère et leurs tensions constantes.La caméra épouse alors les expressions des acteurs, en parvenant à faire oublier Jes lourds décors d’époque.À souligner aussi la performance de la toujours admirable Judi Dench, ici en gouvernante du domaine, maternelle, remplie d’humanité, mais ambiguë, car témoin muette des secrets de la demeure.Qn reprochera au film de Fukunaga une musique trop souvent appuyée de violons superflus.Son classicisme pourra également décevoir ceux qui goûtaient le climat d’horreur et de damnation qu’exhalait un roman accoudé sur plusieurs registres.Le Devoir aercplan Ang^ Dubeau & La Pi WS^^Àdams • Glass • Part ETA Des musiques puissantes, envoûtantes, actuelles! M E RC LE 30 MARS 2011, 20 H 1 855 790-1245 WWW.SALLELASTRAL.COM WWW.TICKETMASTER.CA Partenaire de tournée Hydro Aussi en magasin Angèle Dubeau & La Pietà ¦ ^1 Patrimoine Canadian QuébecSI ¦ tB canadien Herilage j- Angêle Dubeau & La PiETÀ -4 , V Philip Glass! 1 ^ ANALEKTA 11 avril 20 h Centre national des Arts Danieie Gatti, chef d orchestre Jean-Efflam Bavouzet, piano DEBUSSY Lamer RAVEL Concerto pour piano en sol majeur STRAVINSKY Le sacre du printemps Billets à partir de 21 $ Jean-Efflam Bavouzet, piano www.cna-nac.ca ticketmasterxa BILLETTERIE DU CNA lundi-samedi 10 h à 21 h GROUPES 10+ 613-947-7000 x6341 grp@nac-cna.ca 1-888-991-2787 (ARTS CENTRE NATIONAL DES ARTS NATIONAL ARTS CENTRE E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MARS 2011 CINEMA ^ ¦¦ Théâtre LE CYGNE NOIR de Darien Aïonolsky États-Unis.2010.108 min.Avsc Natalie Fbrtman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hersh^, Winona FMer, l^enia Solo et Benjamin Millepied.(13 ans +).Gagnant d'un OSCAR ¦¦-¦nÉACTRICE(^¦ • ^ .2011 pour la MËILLEURÉ ACTRICE (Natalie Fbrtniar\).Précédé de CourWircuit : « Je les aime encore » de Marie4=1ene Grenier.13 minutes Outremont 1248 avenue Bemaid Ouest nittoimatlon 514 485-9944 Montréal© vvww.admission.com 514790-1245 Opaque et contenu IA REGATE De Bernard Bellefroid.Avec Jof-frey Verbruggen, Sergi Lopez, Thierry Hancisse, Pénélope Lé-vêque, David Murgia, Hervé So^e.Scénario: Bernard Belle-froid, David Lambert.Image: Alain Marcoen, Hichame Alaouié.Montage: Yannick Leroy Mu-âque: Claudine Muno, The Luna Boots.Belgique, France, Luxembourg, 2009,90 minutes.MARTIN BILODEAU Il y a une scène, au beau milieu de La Régate, qui laisse surgir une émotion jusque-là contenue, et qui retournera aussitôt sous le régime de l’embargo.Autour d’un feu de camp, des membres d’une équipe d’aviron de Namur soulignent l’anniversaire d’Alex 0of-frey Verbruggen), un de leurs coéquipiers, en lui offrant un cadeau.Au comble de l’émotion, le jeune athlète, qui fête ses 16 ans, fond en larmes.Permission donnée par le réalisateur belge Bernard Bellefroid, qui, avec La Régate, nous fait suivre le parcours de cet adolescent tourmenté par un père alcoolique, violent et jaloux.Celui-ci lui a tailladé la cuisse dans un instant de fureur, forçant son fds à se retirer de l’entraînement pendant deux mois, sans souffler mot des raisons à quiconque.Pas même à son entraîneur (Sergî Lopez, en forme), quî de mauvaîse grâce l’a repris dans son équipe parce qu’il constitue son meilleur atout en prévision du championnat national, sans chercher à comprendre le comportement instahle de son élève.Bellefroid, qui s’inspire ici d’épreuves personnelles, ne donne pas dans la psychologie ou l’explication.Comme ses SOURCE AXIA FILMS Une scène tirée de La Régate compatriotes, les frères Dar-denne, il montre des individus qui, par leurs comportements, suggèrent un état d’esprit et avancent dans le piège de leur existence en ayant plus ou moins conscience ou connaissance des moyens à leur, disposition pour y échapper.À preuve, une série de situations d’al-lers-retours illustrant l’amour-haine du jeune héros et de son père, depuis leur rivalité sur le plancher d’un supermarché où tous deux travaillent, jusqu’aux combats à mains nues dans leur appartement aux murs de carton.À preuve aussi cette amitié qui finira par unir Alex avec son compagnon de régate, dans une rivalité saine et à leur taille.Le parti-pris de retenue et de froideur naturaliste de Bellefroid (un nom prédestiné) ne donne pas toujours le résultat voulu.Son personnage, campé par Joffrey Verbruggen, frôle l’opacité et donne si peu de prise au spectateur que son triste ^ort n’émeut pas beaucoup.À l’inverse, le père, joué par un Thierry Hancisse au pas pesant et au visage bouffi, s’anime d’une violence animale et ignorante qui lui sort par les pores de la peau, sans que l’acteur ait à en rajouter.Si bien que la peur qu’il inspire apparaît démesurée par rapport à la compassion qu’on se sent le devoir d’éprouver pour sa victime.Une compassion qui nous étreint néanmoins durant la scène mentionnée plus haut, avant d’aller se perdre sur une Creuze en été.aux couleurs de l’hiver.Collaborateur du Devoir Alice au pays des mangas COUP INTERDIT (V.F.SUCKER PUNCH) Réalisation: Zack Snyder.Scénario: Z.Snyder, Steve Shi-buya.Avec Emily Browning, Ab-bie Cornish, Jena Malone, Carla Gugino, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Oscar Isaac, Jon Hamm.Photo: Larry Fong.Montage: William Hoy.Musique: Tyler Bates, Marius De Vries.Etats-Unis, 2011, 109 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Baby Doll et sa jeune sœur viennent de perdre leur mère, ce qui manifestement enchante leur beau-père.Privé de l’héritage, ce dernier s’empresse de faire enfermer Baby Doll chez les fous après qu’elle eût accidentellement tué sa cadette en voulant la protéger des assauts du vieux libidineux.Détenue dans un asile lugubre tenu par un vil personnage aux sombres desseins.Baby Doll fait la connaissance de quatre filles qui ont autant de chien qu’elle.Et si elles s’évadaient?On retrouve dans le fond et la forme de Sucker Punch, parfois enfouies mais le plus souvent en surface, un amalgame de références hétéroclites tellement touffu que pendant les 30 premières minutes du hlm, un délicieux vertige envahit le spectateur, celui qu’engendre l’abondance.Or au bout d’un moment, l’état de satiété est atteint alors que continue de boursouf fler à l’image ce qui s’apparente de plus en plus à un buffet «ait you can eat».Le scénario du film de Zack Snyder {300, Watchmen), volontairement emprunté et pas qu’un peu capricieux, mélange à des éléments narratifs glanés chez Charles Dickens, Frances Hodgson Burnett et Lewis Car-roll certains motifs chers à ces vieilles séries B traitant de délinquance juvénile, le tout perçu à travers la lorgnette de l’animateur japonais Katsuhiro Otomo {Akira, Steamboy).A cela s’ajoute une chasse au trésor se déroulant simultanément dans deux univers fantasmés par l’héroïne, Baby Doll ne cessant, le film durant, de plonger au plus profond du terrier du lapin en compagnie de ses quatre com- SOURCE WARNER Une scène tirée du film Coup interdit pagnes d’infortune.Spice Girls létales recevant les instructions de leur fuite façons Drôles de dames.Et on fait un clin d’œil à Suspiria, on combat des dragons après être venu à bout d’une horde de zombis nazis, et j’en passe et des meilleurs.La structure à paliers multiples s’apparente vite à un banal jeu vidéo, avec des tâches trop simples.On ne sent pas le péril qui guette faute d’une exécution excitante.On regarde le spectacle largement généré par ordinateur et on se dit que Snyder a peut-être un peu perdu le contrôle de sa splendide création qui, partant dans toutes les directions, ne va nulle part.Son illustration a beau être richement stylisée, sa trame narrative abonde en pistes non résolues.Après un tel feu d’artifice.le dénouement en forme de «tout ça pour ça!?» laisse en outre à désirer.Si Zack Snyder parvient indéniablement à peindre un tableau original, sa propension à emmêler les pinceaux avec sa surcharge référentielle et ses trois niveaux de réalité fait en sorte qu’on ne peut qu’admirer l’œuvre à distance, privé que l’on est d’une véritable implication émotionnelle ou cérébrale.Un bel album d’images éclatées déguisé en film.Collaborateur du Devoir SOURCE CINEMA DU PARC Une scène du film Hors la loi Refaire l’Histoire.ou faire du cinéma HORS-LA-LOI Réalisation: Rachid Bouchareb.Scénario: Olivier Lorelle, Rachid Bouchareb.Avec Jamel Debbou-ze, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Image: Christophe Beaucarne.Montage: Yannick Kergoat.Musique: Armand Amar.France, 2010,138 min.ANDRE LAVOIE B eaucoup de cinéastes déplorent le manque de ressources financières, incapables d’exécuter le travelling de leurs rêves ou d’engager la star de leur choix.Parfois, devant leurs films à l’opulence évidente, on en vient à regretter l’époque où ils jouaient la carte de la modestie inspirée.C’était le sentiment, largement partagé, devant le film le plus coûteux de Robert Guédiguian, LArmée du crime, sur le caractère métissé de la Résistance française.Une même impression nous habite pendant la projection de Hors-la-loi, également la production la plus ambitieuse de Rachid Bouchareb {Little Senegal, Indigènes), un survol historique du combat des Algériens pour la conquête de leur indépendance face à la France.Le cinéaste ne ménage rien pour illustrer cette bataille, longtemps souterraine puis éclatant à la figure d’une puissance coloniale qui avait aussi connu la défaite et la soumission pendant la Deuxième Guerre mondiale, et plus tard en Indochine.Hors-la-loi, finaliste pour l’Oscar du meilleur film étranger aux côtés d’incendies, propose une vision souvent schématique et chronologiquement ordonnée de cette lutte, vue à travers les destins croisés de trois frères, témoins de la dépossession arbitraire de la terre familiale en 1925.A partir de ce premier événement charnière, et plus tard du massacre de manifestants dans la ville algérienne de Sétif le 8 mai 1945, la vie de ce clan sera marquée par la fièvre révolutionnaire qui allait agiter l’Algérie autant que la France.Abdelkader (Sami Bouajila), après un séjour en prison, sera l’un des plus illustres porte-voix du Front de libération nationale à Paris; Messaoud (Roschdy Zem), ancien soldat revenu d’Indochine, jouera un peu malgré lui les fiers-à-bras ; Saïd Camel Deb-bouze), le cadet, pataugeant dans la misère du bidonville de Nanterre, va préférer devenir caïd et gérant de boxeur plutôt que militant.Jusqu’à l’indépendance, en 1962, leur existence se confondra avec l’évolution de cette grande prise de conscience collective, dont ils seront les principaux protagonistes, parfois involontaires.Rachid Bouchareb, désireux de briser le silence longtemps assourdissant autour de cette page d’histoire de la France, fait de ses personnages des figures emblématiques, ce qui amène son lot de dialogues à saveur de slogans et de scènes de foules sagement orchestrées.L’exercice, si nécessaire et édifiant soit-il, s’incarne rarement dans une dimension proprement humaine et intimiste du conflit, les trois frères représentant surtout les diverses facettes objectives du point de vue défendu par le cinéaste, toujours du côté algérien.C’est ainsi qu’il relègue à la marge tous les personnages plus près du quotidien — dont la vaste majorité des figures féminines, allant de la mère à la sympathisante française, et blonde, de la cause algérienne.Rachid Bouchareb, tout comme Robert Guédiguian avec LArmée du crime, se réclame de Jean-Pierre Melville qui, avec LArmée des ombres, avait donné de la Résistance française une image plus crépusculaire que strictement héroïque.Mis à part la figure inquiétante du colonel Faivre (ténébreux Bernard Blancan), un ancien résistant maintenant dévoué à traquer sans relâche les ennemis du régime de Gaulle, les héros du cinéaste demeurent surtout des archétypes au service d’une œuvre aux visées principalement didactiques.Or, à trop vouloir refaire l’Histoire, on en oublie parfois de faire du cinéma.Collaborateur du Devoir FABRICE LUCHINI • LGS GAGNANT PRIX DU PUBLIC FESTIVAL DU nUIADE U0UTA0UAIS2011 DG mon PGRG UN FILM DE ANNE LE NY PRÉSENTEMENT À L'AFFICHEI I-CINÉMA BELOEIL CONSULTEZ BUIDES-HORAIHES ?ES CINÉMAS pkfinBrLBA uiveniioaciwcni ^ I QUARTiER LATIN I Plene4jK Émlc Geneviève Julett LmÉe Denk UFONIAIW MAIHOT HKXK GDSSBJN LAFARÉ TWDB.unfiiindeMarcBisaillon www.vorHo-le1llinxom Visitez nous sur Fünfpdcn ImemaQxttl A L'AFFICHE CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS w PLUS DE $1,000,000 AU BOX-OFFICE! INSPIRÉ DE FAITS VÉCUS «Magnifique! Le plus beau film que j’ai vu depuis un moment.Un film puissant, émouvant, lumineux et mystérieux.Remarquable ! » Marc Cassivi, La Presse n LAMBERT WILSON DES HOMMES ET DES DIEUX, UN FILM DE XAVIER DEAUVOIS MICHAEL LO> WWW.DESHOMMESErDESDIEUX.CA métrogoje À L’AFFICHE EN 5e SEMAINE! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS «Brillant!» - Martin Bilodeau, Le Devoir GAGNANT • MEILLEURE ACTRICE JUUETTE BINOCHE FESTIVAL DE CANNES 2010 OCHE WILLIAM SHIME S m 2 üU.B'f- .üïEi PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE ! V.O.i CINEMAS AMC Ile forum 221 VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS pCINEPLEX DIVERTISSEMENT-i | CINÉMA- pCINEPLEX DIVERnSSEMENr-i i CINEMA | I QUARTIER LATIN 11 LE CLAP I metropolefîlms.com V.O.AVEC SOUS-TITRES ANGLAIS CINÉMAS AMC
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