Le devoir, 12 mars 2011, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 GC O EF Jl' "A ARTS VISUELS Une entrevue avec le Prix Sobey 2010, Daniel Barrow Page E 3 I CINEMA Rencontre avec Juliette Binoche, qui s’aventure chez Abbas Kiarostami Page E 10 CULTURE RENE BOLDUC Pas à pas dans les Appalaches Sept kilomètres par jour, il marche dans son coin de pays.Il marche seul, mais jamais seul.Avec lui, Thoreau et Martin Luther King, Woody Guthrie et Springsteen, Hélène Pedneault, Félix, Gaston Miron: dans leur foulée, la sienne.«Nous avançons / nous avançons», écrivait Miron dans La Route que nous suivons.Pour aller où?Emboîtons le pas à Richard Séguin et parlons-en, et parlons aussi de l’alhum qu’il a créé — littéralement — en chemin.SYLVAIN CORMIER Quand j’entre au Placard — au coin de ma rue, deux minutes à pied —, Richard est déjà là, avec Marthe, et Sonia de chez Spectra.Même partis de Saint-Venant-de-Paquette, même en ce lundi matin d’Estrie dans la tempête la plus tempête depuis celle dite «du siècle», Marthe et Richard m’ont devancé.Ça parle, je trouve.«Ça nous a pris quatre heures, on a roulé tranquillement.», résume Richard Cœur-de-Séguin, souriant souverainement.Ça lui ressemble tellement: braver la tempête, mais à son rjAhme.Ça ressemble à son nouvel album, et le lien n’est pas une pirouette.Jugez-en par ce qu’il écrit pour présenter Appalaches dans le livret: «Les chansons de cet album ont été marchées dans les Appalaches avant d’être écrites.“Il faut de la colère pour marcher”, disait Frédéric Gros.Face à l’individualisme triomphant, à la plainte et au repli sur soi, à la dictature de la performance, en ces temps où on nous dicte le rythme à prendre, marcher devient un geste de résistance, une sorte de pied de nez à l’accéléra- tion.» À pied, c’est pas à pas, en auto, c’est poteau après poteau, mais le résultat est le même: Richard avance, continue d’avancer.«C’est comme ça que j’échappe au découragement, à la désillusion, au doute destructeur.C’est comme ça que j’arrive encore à créer.J’ai le temps de mon côté.Le temps est mon allié.» Le fil du temps comme fil conducteur de l’album, tissant quatre décennies de chansons.«Je ne le vois pas sectionné, le fil du temps, je me sens inscrit dans une succession.» Avant-hier avec La Nouvelle Frontière et Les Séguin et Fiori-Séguin, hier avec Hélène Dalair et Réjean Bouchard et tout leur formidable E Street Band version locale dans les grandes tournées de Journée d’Amérique, aujourd’hui en mode acoustique avec le guitariste-arrangeur Hugo Perreault — «le T-Bone Burnett du Québec», dit Richard, admiratif —, Séguin refait à chaque étape du parcours le même geste: «Je souffle sur les braises.pour repartir le feu!» L’effet Miron Et le voilà citant La route que nous suivons, de Gaston Miron: «A la criée du salut nous voici armés de désespoir / nous avançons nous avançons le front comme un delta / good-bye farewell / Nous reviendrons nous aurons à dos le passé / et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes / nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir».Il faut voir le bleu de son regard quand il récite.«L’effet Miron, on l’a tous ressenti en faisant les albums des Douze hommes rapaillés.ùs paroles continuent de résonner.» Séguin a rallié Spectra Musique dans les plates-bandes des Rapaillés, justement, après un long détour par l’autoproduction: «Un détour salutaire, après la fin crève-cœur de Musi-Art Avec mon ami Pat [Patrice Duchesne], qui est un grand passionné, on a tout rebâti, tout porté.Il y a eu les tournées en solo, l’album Lettres ouvertes.Mais tu peux pas tout le temps tout porter.Spectra, c’est me délester un peu.Je préserve ma liberté, je retrouve des camarades de route, Rivard est là, Vincent Val-lières.Ça me relance.dans la continuité.» C’est la possibilité, suppose-t-on, de rejoindre un public plus large, de ne pas prêcher qu’aux convertis.«C’est sûr que tu te demandes si t’es tout seul avec ta gang.Mon rôle, c’est l’engagement dans la chanson.C’est mon petit territoire de parole.C’est sûr que tu souhaites que la parole porte.» L’engagement selon Richard Séguin, c’est composer une musique sur le texte de Marc Chabot dans Lettre au PM et «dénoncer la militarisation à outrance de Harper».C’est le «devoir de mémoire», évoquer Pauline Julien, Marie-Claire Blais et Michèle Lalonde dans Quand la mémoire scintille.C’est dire le sort de l’ouvrier dans L’Usine.«Je ne sais pas si ce que je fais rejoint encore le monde, mais j’ai la chance de proposer encore des albums de chansons, et je la prends.» «Quand je marche, continue-t-il, Je pense souvent à Thoreau, à ses méditations.A son action, à son effet à long terme.Thoreau, en 1830, il est tout seul dans sa campagne.Il dit: je paye pas mes taxes parce que je suis en désaccord avec le fait que l’armée américaine envahisse le Mexique.Cent ans plus tard, Gandhi reprend la moitié de son discours sur la désobéissance civile, et 30 ans après, c’est Martin Luther King qui s’y réfère.Chez nous, on peut avoir l’impression que tout s’éteint, que tout ce qu’ont dit Hélène Pedneault, Michel Çhar-trand, Falardeau, est parti avec eux autres, mais non.Regarde Miron, c’est écrit dans la pierre.C’est juste une question de temps.» Le temps qui, littéralement, fait son œuvre.Regardez la photo qui accompagne ce texte, et quelques-unes des photos du livret AAppalaches.Ce sont des photos au collodion, réalisées avec une chambre photographique sur plaque humide.Procédé du XLX® que ravive René Bolduc, de Sherbrooke, patient homme.Il a fallu quatre heures de chimie amusante dans la grange de Richard pour obtenir deux photos, l’une trop sombre, et le portrait ici publié.«Il ne faut pas bouger pendant huit secondes, raconte le photographié.Il y a un sentiment d’importance, de solennité.C’est le contraire d’un instantané.Il faut prendre le temps.» Le Devoir APPALACHES ® Richard Séguin Spectra - Select E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 CULTURE Festival pour un mort seul êT Odile Tremblay A la Place des Arts, on court voir le spectacle de danse L’Homme à tête de chou, texte de Serge Gainsbourg sur chorégraphie du Français Jean-Claude Gallotta.Sage hommage face à la démesure du personnage Gainsbourg, mais rempli de sensualité aussi.Quatorze bons danseurs, une énergie, la voix préenregistrée à la hâte d’Alain Bashung sur des arrangements parfois sauvages, son fauteuil roulant resté vide, pour cause de trépas.Place à l’histoire d’un homme jaloux appelé à trucider sa shampouineuse infidèle, duo fractionné en plusieurs danseurs, dont cette délicieuse dame à la guitare et aux jambes entravées, Eléa Robin, ici fervente onaniste.Place aussi à l’homme nu à tête de singe, aux mouvements de danse tantôt brûlants, tantôt avalés par la musique.Jusqu’à dimanche, ce coup de chapeau à deux disparus de la chanson mérite bien le détoru.Vingt ans déjà que Serge Gainsbourg est passé de vie à trépas, après une existence d’ombres et de gloire.En Erance et ailleurs, les commémorations en tous genres relèvent depuis plusieurs mois du festival pour un mort seul.Pas moyen d’y échapper.On n’y tient pas d’ailleurs, se prenant à fredonner quelques-unes de ses tonnes, histoire de se couler dans le grand anniversaire.L’auteur du Poinçonneur des lilas et de Je t’aime, moi non plus aura parfois baissé ses prix, surtout au cours des années yéyés.La Poupée de cire, poupée de son de Erance Gall, Hum! 11 en riait d’ailleurs, de ses chansons de série B, lui, toujours collé à l’air du temps, mais le transcendant plus souvent qu’à soq tour.D’où le mythe.Ecoutant ceci de lui, regardant cela sru lui, j’ai parcouru en pensée les 20 ans qui nous séparent de sa fin de piste.Affalé au comptoir, la dope vissée aux lèvres, éructant des propos provocateurs ou des sanglots étouffés.Comment serait aujoiu- d’hui traité le Gainsbarre des dernières années?Dieu sait à quel point le chanteur était capable d’arborer publiquement ses dérapages les plus démentiels à la télévision.L’image publique, il la gérait.Moins les incursions dans sa sphère privée.Pas certain qu’il eut apprécié à l’herue de vomir au bar ses angoisses, ses poumons, sa robine et le dragon créé autour de son nom, de se voir croqué par les téléphones caméras des clients d’à côté, avant d’atterrir sru Twitter.Il avait sa pu-deru, gardait le contrôle sru ses coups de gueule.Peut-être se serait-il barricadé chçz lui, afin de cuver son désespoir tranquille.A moins qu’il n’eût perdu la cote depuis longtemps.Le persoimage célébré partout 20 ans après sa mort pour son talent et pour ses excès est sans doute d’autant plus vénéré qu’il n’est pas là à jouer les trouble-fête d’une époque à la fois plus voyeuriste et plus puritaine que celle dont il fut un sjmibole de modernité.Si loin, si proches, les années Gainsbourg.Mais dans une autre ère géologique que la sienne.D’ailleurs, le bon fdm surréalistico-biogra-phique Gainsbourg vie héroïque dç Joann Sfar, sorti en 2010, qui vient de valoir à Eric Elmosni-no, son brillant interprète, le César du meilleur acteru, avait quand même des trous.Son ancienne égérie Jane Birkin et leur fille Charlotte s’étaient montrées, dit-on, réticentes à tout rappeler.La controversée chanson Lemon Incest, duo érotique papa Gainsbourg/ado Charlotte en 1984, manquait dans un film qui prétendait retracer les moments clés de son parcours.Sa fin de vie, guère trop présentable, auprès de sa dernière compagne.Bambou, s’y voyait évacuée à la vitesse de l’éclair.Malaise contemporain face à son absence de rectitude politique, moins divertissante qu’hier?On peut le croire.Sfar lui avait un peu nettoyé le portrait.L’homme à tête de chou faisait malgré ses couacs «un beau mort», comme on dit.Sa cigarette fut censurée en Erance sur l’affiche du film.Une chance qu’il n’a pas vu ça.M’est d’avis que le XXI® siècle lui aurait réglé son compte à Gainsbourg, comme au couturier de Dior John Galliano, malade, alcoolo, depuis longtemps au bord du gouffre, égaré dans un -'h Il f,.' ARCHIVES REUTERS Le mur d’enceinte de l’ancienne maison de Gainsbourg à Paris, nouveau lieu de culte.monde parallèle aux déments symboles.Pas question d’appuyer les propos antisémites de ce dernier, relayés par une vidéo amateur via un téléphone portable; navrantes images ayant circulé partout.N’empêche qu’il s’est fait juger presto sur la Toile, renvoyer de la chic maison Dior, puis renier lors du grand défdé de prêt-à-porter le 4 mars dernier, au Musée Rodin de Paris.Sans un mot là-bas pour compatir à un déséquilibre mental enfanté par la machine à célébrité qui l’avait hissé au pinacle.Hideux qu’il était dans sa déclaration d’amour à Hiüer, le couturier vedette.Mais le regard porté par tout un chacun sur les dérapages des célébrités fragiles fait également frémir.Davantage même.La Toile peut rendre caduques les systèmes de justice en condamnant sans procès, relayer des attaques anonjunes sru Twitter d’adversaires politiques, ni vu ni connu.Sauf que sans ces nouvelles technologies, bien des scènes- chocs captées en Égypte, en Tunisie ou en Lybie, dans ce printemps arabe, ou ailleurs, n’auraient jamais circulé.Rien n’est simple, mais on en est là.Poru le meilleru et poru le pire, sans temps de réflexion toutefois, sans balises éthiques, sans filets, sans cartes ni boussoles, avec des ardeurs de lapidation planétaire, cet univers virtuel crée aussi des monstres ordinaires qui tuent les fous géniaux.On habite un autre monde que celui qui enfanta la possibilité d’un Gainsborug.Ses propos n’étaient pas toujours glorieux.Plutôt, souvent, carrément choquants.Alors oui, quel sort réserverait-on de nos jorus à sa grande gueule mal embouchée, à sa cigarette, à sa bouteille du désespoir?Les statues ont du bon.Elles ne parlent plus.otremblay@ledevoir.com ESPACE GO MANHATTAN MEDEA DEDEALOHER AVEC GENEVIÈVE ALARIE DU 29 MARS AU 23 AVRIL 2011 + PAUL AHMARANI -H ALEXANDRE GOYETTE + GERMAIN HOUDE -h DIDIER LUCIEN UNE PRODUCTION ESPACE GO Traduction MISE EN SCENE DE DENISE GUILBAULT Mise’en'scene THEATRE ESPACE GO t&ao, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL 514845-4890 ESPACEGO.COM ADMISSION 514790-1245ADMISSION.COM &ec LE DEVOIR Hydro , transat I journalmetro.com UNE PRÉSENTATION Financière Sun Life DE SHAKESPEARE /TRADUCTION JEAN MARC DALPÉ / MISE EN SCÈNE MARC BÉLAND JEAN MARC DALPE BENOÎT McGINNIS ENTOURÉ DE FÉLIX BEAULIEU-DUCHESNEAU / ÉMILIE BIBEAU / FRÉDÉRIC BLANCHETTE / MATHIEU BOURGUET / JEAN-MARC DALPHOND / MARIE-FRANCE LAMBERT / PIERRE-ANTOINE LASNIER / JEAN MARCHAND / WIDEMIR NORMIL / ÈVE PRESSAULT / DAVID SAVARD / RICHARD THÉRIAULT / ALAIN ZOUVI Théâtre du Nouveau IVIonde À L’AFFICHE ! / 514.866.8668 / TNM.QC.CA M” 005"* http://goo.gl/9Si1A LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 MARS 2011 E 3 CllLTÜRE Manipuler avec doigté Méconnu au Québec jusqu’à maintenant, Daniel Barrow risque de l’être un peu moins: un prix Sobey en poche, un pied-à-terre à Montréal et une expo doublée d’une performance.Le temps est venu d’apprécier son travail qui nous ramène à la source du cinéma.JEROME DELGADO M adrid, Bologne, Londres en sept jours.Il y a quand même plus éclaté comme circuit.Pourtant, celui de Daniel Barrow l’était, par les lieux qui l’ont accueilli: un centre d’art d’avant-garde et de solidarité sociale, un événement bande dessinée et un festival de films.Cette liste est à l’image même de sa pratique: éclatée et excessive, à cheval sur les disciplines, les genres et même les modes de diffusion.A Montréal, où l’artiste natif de Winnipeg revient après sa petite cavalcade européenne, on a l’occasion de voir toute l’amplitude de son art Une expo en bonne et due forme (à la galerie du Belgo SBC, depuis un mois) et une performance basée sur la projection d’images, son véritable dada.Daniel Barrow est le septième lauréat du prix Sobey, une récompense de 50 000 $ attribuée à un artiste canadien de 40 ans ou moins.Deux fois nommé, il a enfin obtenu ce prix en novembre, lors du gala tenu au Musée d’art contemporain de Montréal.C’est là qu’il retourne mercredi pour la présentation Every Time I See Your Picture I Cry, performance créée en 2008 et qui depuis le mène partout y compris à ce, festival de bande dessinée en Emilie-Romagne — le Bilbolbul de Bologne.Cette œuvre performative, dont la version «salle d’exposition» occupe une bonne partie de la grande salle de SBC, puise dans le cinéma et la bande dessinée, les deux sources clés de Barrow.«Ce sont mes premières influences, ditil, deux univers très reliés, par la manière de raconter et de combiner récits et images.» Difficile de décrire cette performance — surtout quand on ne l’a jamais vue —, événement que certains qualifient de «party» (Bilbolbul) ou que d’autres associent à une «proposition insolite en regard du cinéma et des arts plastiques» (La Casa En-cendida de Madrid).«Les plus sombres et plus curieux acétates que vous n’aurez jamais vus», annonçait le site Web du festival Branchage, en Angleterre.La formule semble pourtant simple.Par l’entremise d’un rétroprojecteur, des images s’affichent sur un grand écran.L’ar-tiste-performeur les anime, les manipule et les fait défiler selon un récit de son propre cru et sous des musiques commandées pour l’occasion.«Barrow — ou plus spécifiquement sa voix et ses mains — ensorcelle toujours son auditoire, qui reste suspendu à chacun de ses mots», écrivait en 2008 le critique Jon Davies de Toronto.C’est de l’ordre du miracle, pour Jeu Budney, conservatrice adjointe à la Mendel Art Gallery de Saskatoon.Celle qui a proposé en 2010 le nom de Barrow pour le Sobey ne tarit pas d’éloges à l’égard de ce travail.«On y retrouve de jolies musiques, lancinantes.Et une narration qui passe par la propre voix de Daniel, unique, ni monotone ni excentrique, qui exprime vulnérabilité et ironie en même temps.Enfin, souligne-t-elle, ses animations manuelles ont quelque chose de miraculeux, qui crée l’illusion du mouvement et de la tran^ormation.» Le miracle passe à l’écran, comme au cinéma.Celui qui se considère comme un cinéaste admet toutefois qu’il préfère le travail en solitaire.«Ma méthode me permet de contourner plusieurs des procédés du cinéma et de contrôler toute la construction du récit.» «Je suis un hybride du narrateur et de racteur-lecteur, explique-t-il encore.La performance me donne ce que j’aime, cette possibilité de jouer les modérateurs en direct, devant public.» Les bases narratives sont un autre de ses traits distinctifs.Pour Jeu Budney, les histoires de ce type, «avec une réelle intrigue, un début, un milieu et une fin», sont assez rares en art contemporain.Et encore plus dans le genre propre à Daniel Barrow, nngore (corps fragmentés, sexualité) presque joli et teinté d’humour.Du type Pulp Eiction, «mais sans la nostalgie de Tarantino», dit la conservatrice saskatchewannaise.«J’essaie de comprendre l’horreur et la beauté de la vie.Et de les réconcilier», raisonne pour sa part le principal intéressé.Every Timed See Your Picture I Cry met en scène deux personnages, un éboueur-artiste et un tueur en série lancé à sa poursuite, dans une histoire assez sordide.Le grotesque du contenu est adouci par le raffinement du dessin et par les références historiques.«J’aime l’époque victorienne parce qu’elle a quelque chose de théâtral, de très expressif», dit Daniel Barrow au sujet du ton ancien que revêt ses dessins.«Un charme vieillot», selon Jeu Budney, qui découle de l’application de couleurs pastel à l’allure défraîchie.En expo, sans la présence motrice de l’artiste, cet art perd une part de son charme.Certes, le visiteur est invité à créer son propre récit — rétroprojecteur et acétates sont au centre de la salle.Mais Daniel Barrow n’en est qu’à sa deuxième expo — une chose étonnante pour quelqu’un d’actif depuis quinze ans.Sans doute n’est-ce qu’une question de temps avant que ses dessins apprennent seuls à occuper un espace.Collaborateur du Devoir ¦ Good Gets Better, SBC, galerie d’art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, jusqu’au 19 mars.¦ Every Time I See Your Picture I Cry, Musée d’art contemporain, 185, rue Sainte-Catherine Ouest, mercredi 16 mars, 19h.Entrée libre.L RONALD S.DIAMOND Daniel Barrow, The Ballet, 2011, SBC galerie d’art contemporain Parcours Né à Winnipeg, il vit et travaille aujourd’hui à Montréal.Est représenté par la galerie Jessica Bradiey Art + Projects, de Toronto {www.jessicabrad-leyartprojects.com).A reçu le prix Sobey en 2010.Eut finaliste en 2008, demi-finaliste en 2007.Lauréat en 2007 du prix Victor Martyn Lynch-Staunton (Conseil des arts du Canada).Connu pour son utilisation de technologies obsolètes servant à la présentation de récits écrits, picturaux et cinématographiques.Il pratique le dessin et collectionne aussi ceux des autres, dont ceux de Ken McDermid, un illustrateur de livres à colorier.Quelques dates 1995 baccalauréat en beaux-arts de l’Université du Manitoba.2004 Don’t Let It Happen, première exposition solo, Mercer Union (Toronto).2004 prémices à’Every Time I See Your Picture I Cry, présentées entre autres à Montréal par le centre Dazibao.2008 performances à Halifax, à Ottawa, à Edmonton, mais aussi à New York, à Portland, à Chicago et à jMava, en République tchèque.2009 il parcourt les Etats-Unis avec Every Time I See Your Picture I Cry et passe même au PSI de New York avec une autre performance, The Pace of Everything.RONALD S.DIAMOND Daniel Barrow, Artist Statement, 2007, SBC galerie d’art contemporain Le Sobey « en résidence » à Montréal Apart pour quelques rares et brèves occasions, Daniel Barrow n’était jamais venu à Montréal.Pourtant, lorsqu’il a remporté le prix Sobey en tant que représentant de la région Prairies et Nord, son C.V.indiquait Montréal comme lieu de résidence.Il venait de s’y établir.«C’est le goût de l’aventure qui m’a amené ici, dit-il, l’idée d’expérimenter un nouvel endroit.A Toronto, à chaque visite d’une galerie, je suis contraint d’essayer de me rappeler le nom de la personne que je croise.» Daniel ne sait pas pour combien de temps il sera Montréalais.Longtemps, au moins cinq ans, espère celui qui s’est taillé une place parmi les enseignants de l’Uni- versité Concordia.Et il promet de faire son possible pour apprendre le français.Pour l’instant, il est tellement occupé qu’il ne s’imagine pas introduire de nouvelles activités à sa vie.Rencontré en février, avant sa virée en Europe, il avouait ne pas encore trop savourer le Sobey.Happé par l’expo Good Gets Better, d’abord présentée à la fin de l’automne à Toronto, avant d’atterrir au Belgo, et des performances, dont une à Vancouver, il semblait à court de souffle.«Je viens enfin de trouver du temps pour me faire couper les cheveux, pour aller à la banque.En fait, je ne sais pas encore si une récompense aussi extraordinaire que le Sobey permet de se détendre ou d’angoisser davantage.» Un prix, ça ne change pas le monde, avoue-t-il, sauf que.Montréal, néanmoins, lui a souri.Et quand on regarde l’historique du prix Sobey, attribué depuis 2002, ça n’étonne pas.Les trois Québécois primés —Jean-Pierre Gauthier (2004), Michel de Broin (2007) et David Altmejd (2009) — ont établi à Montréal leur réputation.Et lorsque Annie Pootoogook, de Cape Dorset, l’a obtenu en 2006, elle vivait ici.Seuls Brian Jungen (2002) et Tim Lee (2008), les deux lauréats de la côte ouest, font classe à part dans ce constat un brin introspectif.J.D.UNE CRÉATION DE SIBYLLINES rr % y SIBYLLINES THÉÂTRE DE CRÉATION A COMPTER DU 8 MARS 2011 A 20H A LA CHAPELLE 3700, RUE SAINT-DOMINIQUE BILLETS EN VENTE A LA BILLETTERIE DE LA CHAPELLE T / 514 843.7738 OU WWW.LACHAPELLE.ORG Collaborateurs / Marie-Hélène Duport, Mêlanie Dumont, Anick La Bissonnière Claude Cournoyer, Yso, Angelo Barsetti, Anne-Marie Rodrigue Lecours Jean-François Landry, Sébastien Déland PHOTOGRAPHIE / ANGELO BARSETTI + DESIGN / STUDIO T-DONE E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 Ondimiok PRÉSENTE EN CODIFFUSION AVEC LE GROUPE DE LA VEILLÉE IIIULUSTEK DE RETOUR AU THÉÂTRE PROSPERO DU 29 MARS AU 16 AVRIL 2011 RESERVATIONS 514.526.6582 OU SUR ADMISSION AU : 1.855.790.1245 CULTURE MEDIAS Le protocole compassionnel La XQYW.Ç; Relations célèbre son 70® anniversaire STEPHANE BAILLARGEON Soyons sérieux.Oublions la clique du Plateau et les accusations de collusion gauchiste à Radio-Canada.Une fois la production médiatique québécoise bien tamisée, il reste quoi comme pépite bien critique?En tout cas, il reste Relations, qui tient le fort contestataire à sa manière étrange, pour ainsi dire socia-lo-catho.Et ça dure depuis 70 ans maintenant.«Relations est une revue de gauche, qui jette un regard critique sur les grands enjeux de société en s’attardant à des questions substantielles mais délaissées par les médias de masse», explique Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la publication.«Cette revue a un sentiment de responsabilité à l’égard du monde et elle se bat pour une société plus juste.Elle défend aussi un point de vue critique sur le religieux, sur l’Eglise, là encore en tentant de ramener un projet de solidarité.La revue ne fait pas l’éloge de l’Église sans rappeler ses grands défis et ses grandes contradictions.» M.Ravet dirige la publication depuis novembre 2005.11 a commencé à y travailler au début de la dernière décennie, alors que la revue se refaisait sur les plans du fond et de la forme, alors que lui-même ter- la compréhension et la transformation du monde.Ce projet éditorial est porteur de tout ce qui m’habite, la vision d’une société plus juste, d’un monde moins traversé par une logique instrumentale, technocratique, plus animé par la solidarité humaine et l’entraide.» La revue Relations est tirée à environ 4000 exemplaires et reste fidèle au papier, notamment pour continuer à bien reproduire les œuvres d’un artiste invité par numéro minait une thèse de doctorat (ça se fait).«Je revenais d’Amérique latine, après avoir travaillé pendant cinq ans au Chili dans les communautés de base, dans les milieux défavorisés, poursuit-il.J’ai étudié la sociologie pour construire théoriquement ce que f avais vécu sur le terrain.Le travail en revue, c’était le fruit naturel de ces expériences, une autre façon de lier La quête du sens Pour bien mesurer l’importance historique de cette publication et sa fidélité à ces principes, il faut lire le texte du collègue Louis Cornellier dans le cahier Livres d’aujourd’hui.Le successeur résume sa propre lecture de cette tradition relationnelle.«Les fondateurs de la revue étaient habités par ce sentiment d’engagement social, dit-il.Le regard porté ne nourrit pas le statu quo: il le bouleverse, il mord dans l’actualité.Au début, la dimension jésuite, plus religieuse, dominait.Aujourd’hui, par la u'© est une sorte d’histoire à rebours.Celle d’un vieil homme un peu fou qui raconte aux enfants à quel point il est fier d’avoir réussi à couper tous les ponts avec le monde extérieur.Pour ne pas avoir à entrer en contact avec les autres, il s’est peu à peu enterré dans un monde impossible où plus rien ne bouge, de crainte d’éveiller le souvenir de quelque chose qui pourrait l’atteindre et le blesser.Le vieil homme est coupé du monde.Seul.L’entreprise est si réussie que le bizarre de personnage n’arrive que très difficilement à dire «je» ou «moi».11 radote dans son trou, à côté d’une vieille armoire remplie de nourriture séchée, à vivre dans le noir après s’être débarrassé de tout, du téléphone, des portes, des fenêtres, de la table et même de la chemi- née.lorsque tout à coup des notes de musique se font entendre.Des notes qui, bien sûr, amèneront peu à peu notre homme — on découvrira qu’il se nomme Léon — à raconter ce qui a provoqué tout cela et à changer de vie.Pour y arriver, il s’appuiera sur la complicité des enfants qui, tout au long du spectacle, ne demandent qu’à intervenir.Le changement est toutefois si radical qu’il est un peu difficile à avaler.Pourtant, Jean Guy — qui a créé le rôle et qui le porte depuis presque 20 ans! — joue Léon de main de maître, sachant doser la moindre incitation de participation et jouant de la salle comme d’un instrument servant le propos de la pièce.Vous verrez, il n’y a pas que les petits qui s’y laissent prendre.Bref, malgré son interprétation remarquable, on sera surpris de voir la situation changer du tout au tout.A quoi attribuer la chose?Peut-être à la mise en scène, qui place finalement peu de pistes laissant deviner qu’une transformation extrême se prépare.Ce qui, au fond, n’a pas beaucoup d’importance quand on voit le plaisir que les enfants prennent là.Le Devoir ville.C’est tout cela que Jason trahit: il trahit injustement le choix qui a fait de la vie de Médée ce qu’elle est devenue.» Un auteur «moderne» Toutes deux diront aussi qu’Euripide est un auteur «moderne» dans sa façon de planter le personnage de Médée.Il a fait d’elle une femme tout aussi lucide et intelligente que passionnée; il a laissé sa colère et sa rage s’exprimer.un domaine jusque-là réservé aux seuls errements de héros tout juste un peu trop «mâles».«L’empreinte d’Euripide sur le personnage est tellement forte que c’est lui qui cristallisera la légende de Médée», conclut Binet.La metteure en scène dira à un moment qu’elle a lu toutes les traductions et les adaptations de Médée qu’elle a trouvées — y compris celle de l’Allemande Dea Lober dont on verra le Manhattan Medea à l’Espace Go dans quelques semaines.Elle parle avec enthousiasme de l’adaptation de Marie Cardinal avant d’expliquer pourquoi elle a choisi la version toute récente de Elorence Dupont, une latiniste qui enseigne l’ethnopoétique.«C’est le côté très direct de son texte qui m’a séduite: la langue des personnages est sans artifices, claire, raide, drue.Pas de vieux code suranné ici; on est dans le direct et le texte a clairement de grandes qualités musicales.Cela se sent dans le rythme des phrases et des répliques, et comme fai beaucoup travaillé sur le chœur, c’est cette façon de raconter Médée qui m’a tout de suite accrochée.» Choeur il y aura, donc.Mais pas de musique comme lors de la création, en 2009 en Erance, alors qu’un orchestre ponctuait le rythme de la représentation.«Ici, six femmes de Corinthe et un coryphée viennent appuyer l’action de leurs voix a capella.Le texte ne sera pas chanté puisque je l’ai découpé en morceaux en le répartissant à travers les choristes.C’est un chœur parlé et sa voix collective vient multiplier le sens et la charge des émotions que vivent les personnages.» Et l’infanticide, dans tout cela?«C’était irréversible, répond Violette Chauveau.Médée sait que c’est la seule façon de blesser Jason tout autant qu’elle l’est.Elle se sent bafouée, reniée oui, mais elle est surtout complètement détruite.C’est son amour fusionnel avec Jason qui a tracé toute sa vie et lorsqu’il choisit d’épouser une autre femme, tout ce qu’elle a fait n’a plus de sens.Je ne veux pas justifier l’assassinat des enfants, mais je vois le geste de Médée comme le sacrifice ultime.Elle ira d’ailleurs les offrir au temple d’Héra.» Caroline Binet ajoutera que c’est l’un des derniers gestes que posera Médée.«Euripide termine la pièce avec une finale typiquement deus ex machina alors que Zeus envoie un char ailé ramener la nièce de Circé dans le monde des dieux et des déesses.» Comme s’il n’était pas de la vraie nature des hommes de poser un tel geste.Ou encore comme si les humains étaient devenus, avec Euripide, aussi responsables, aussi impitoyables que les dieux et les demi-dieux.Le Devoir MÉDÉE Texte d’Euripide traduit par Florence Dupont et mis en scène par Caroline Binet avec Violeùe Chauveau dans le rôle-titre.Une production du théâtre Denise-Pelletier â l’affiche jusqu’au 26 mars.uomonnez-vousa __ on corps-ii[§ypQk.c www.tangente.qc.ca DOROTHEE THEBERT S PASCAL GRAVAT CORPS DE BALLET Jo Leslie a Jactinthe Giroux AFFAIR OF THE HEART üL Projection de * TREMOR marites carino 17, 18, 19 MARS 2011 A 19 H 30 20 MARS À 16 H 840, rue Cherrier, Montréal métro Sherbrooke www.tangente.qc.ca Billetterie 514-525-1500 Qjébecnn 1*1 SSC* wSST Corps de ballet 0 Dorothée Thébert GALLOTTA GAINSBOURG BASHUNG CENTRE CHORÉGRAPHIQUE NATIONAL DE GRENOBLE L'HOMME À TÊTE DE CHOU JEAN-CLAUDE GALLOTTA SERGE GAINSBOURG ALAIN BASHUNG DU MERCREDI AU SAMEDH^OH ET LE DIMANCHE À15H 3680, RUE JEANNE-MANC^>^NTRÉAL • 514 982-3386 I WWW.^-A^C.CA BILimERIE OUVERTE DU MARDI AU SAMEDI DE 15H À18H ET 1HWANT LES SPECTACLES Montréal Jonathan Clark CE PROJET A BâiÉHCIÉ DU SOUTIEN HNANCIER DU MINISTÈRE DE LA CULTURE, DES COMMUNICATIONS ET DE LA CONDITION FÉMININE DU QUÉBEC ET DE LA VILLE DE MONTRÉAL DANS LE CADRE DE L'ENTENTE SUR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL DE MONTRÉAL 2008-2011.DU 16 AU 20 MARS 2011 CIRQUE DU SOLEIL.LE DEVOIR « (LA DANSE DE GALLOTTA) EXPOSE LES CORPS DES DANSEURS DANS LEURS DIFFÉRENCES, LEUR NON-CONFORMITÉ, LEURS ÂGES, LEURS TAILLES, LEURS CALIBRES DISSEMBLABLES, LEUR NUDITÉ AUSSI AU DÉTOUR, MAIS TOUJOURS AVEC LEUR BEAUTÉ SPÉCIFIQUE, DÉLIBÉRÉMENT CHARGÉE D'UNE FORMIDABLE ÉNERGIE SEXUELLE.SANS ÉQUIVOQUE.(.) UN SPECTACLE GRAND PUBLIC D'ACCÈS DIRECT ET FAOLE.ON EN SORT AVEC L'IMPRESSION D'AVOIR VÉCU UN FORT IMPACT CHARNEL.».(Aline Apostolska, La Presse) EN PERFORMANCE AVEC KOMODO ET RÉNALD MEUNIER DAURE Billets à partir (de 28,35 $ (incluant redevances, avant frais de service et taxes - aucuns frais de service si achat en personne au guichet) DANSEDANSE.NET « (.) C'EST EXTRÊMEMENT BIEN FAIT.(.) ON EST (.) DANS QUELQUE CHOSE DE SAUVAGE ET C'EST TRÈS INTÉRESSANT DE VOIR ÇA.» (Annie-Soleil Proteau, C'est bien meilleur le matin, SRC) « C'EST EXTRAORDINAIRE I C'EST UN SPECTACLE ABSOLUMENT SUBLIME, ET POUR LES YEUX ET POUR LES OREILLES.» (Louise Forestier, Je l'ai vu à la radio, SRC) « (.) ÇA DONNE UN LANGAGE CORPOREL ÉLÉGANT, TRÈS DÉVELOPPÉ.» (Francine Grimaldi, Samedi et rien d'autre, SRC) laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 CULTURE MUSIQUE DU MONDE La « musique naturelle » d’Amjad Ali Khan YVES BERNARD Ustad Amjad Ali Khan ne se rappelle plus s’être produit à Montréal.11 est pourtant considéré comme le plus grand maître du sarod, l’un des instruments à cordes emblématiques de la musique classique de l’Inde du Nord.Descendant de la famille qui a inventé l’instrument, il offrira samedi soir à la salle Oscar Peterson un concert avec quatre musiciens, dont ses deux fds, comme lui sarodistes.11 ne peut ni ne veut décrire sa prestation avec précision, puisque, fidèle aux enseignements des anciens, sa musique est improvisée dans une large mesure.«Chaque raga renferme un système rigoureux de montées et de descentes, ce qui requiert beaucoup de discipline, même lorsque nous improvisons.En ce sens, ce n’est pas vrai qu’il ressemble au jazz, qui est beaucoup plus libre», explique l’ustad, qui signifie «maître» chez les artistes musulmans de l’Inde.Un concerto pour sarod Bien que reconnu comme l’un des virtuoses de la musique hindoustanie, Amjad Ali Khan tient à apporter quelques précisions sur les termes.«Ce n’est pas une simple question de musique hindoustanie de l’Inde du Nord ou de musique carnatique de l’Inde du Sud.Je joue la musique naturelle, celle qui vient de l’âme.Je crois qu’il n’y a que deux types de musique au monde: la vocale et l’instrumentale, qui est la plus pure.Les textes reposent sur les langues, qui créent des barrières, alors que la musique instrumentale est celle qui permet le plus de se rapprocher de Dieu.» Dans la famille d’Amjad Ali Khan, qui fait partie de la sixième génération de sarodistes, on a pourtant développé une façon de chanter à travers le sarod.Sans frettes, l’instrument permet des glis-sandos plus délicats que le sitar.En plus, le virtuose joue avec ses ongles, ce qui permet d’accentuer les vibratos et le caractère cristallin des ragas.S’il interprète des musiques qui remontent au XIV® siècle, il est également compositeur.Et son monde ne se limite pas à l’univers indien.«D’ici à la fin du mois, nous allons faire paraître Samaa-gam, le premier concerto pour sarod de l’histoire.Nous l’avons interprété avec les cinquante musiciens du Scottish Chamber Orchestra.En plus, f étudie des demandes provenant d’autres orchestres.Un jour, j’aimerais aussi beaucoup travailler avec l’OSM», conhe le maestro.Cette volonté d’ouverture se reflète dans toutes les facettes de sa vie.«Nous voulons contribuer à l’harmonie du monde et nous sentons tristes lorsque les gens éduqués se battent entre eux.C’est une grande insulte à l’éducation.Dans notre famille, nous nous sentons connectés avec les autres religions et les autres coutumes, qui sont comme un bouquet de fleurs.Nous dépendons des autres, n’essayons pas de nous détruire», conclut-il.Collaborateur du Devoir AMJAD ALI KHAN A la salle Oscar Peterson, samedi 12 mars à 19h30.Renseignements: 514 790-1245, www.sarod.com l iBtItPA SOURCE CENTRE CULTURE KABILE Amjad Ali Khan avec un de ses musiciens MUSIQUE CLASSIQUE André Previn : une visite prestigieuse Le nouveau rayonnement international de la scène classique montréalaise nous vaudra la visite, jeudi à la Place des Arts, de l’Orchestre de la NHK de Tokyo sous la direction d’André Previn.En soliste, Kiri Te Kanawa chantera les Quatre derniers lieder de Strauss.CHRISTOPHE HUSS Ce prestigieux concert s’inscrit dans le cadre de la mort-née «Série classique» de la Place des Arts.Mort-née, car cette proposition de concerts ouverte sur le monde et sur les grands solistes de la musique classique ne se prolongera pas la saison prochaine, où l’Orchestre symphonique de Montréal tient à s’occuper de ce genre de propositions artistiques.Est-ce sa mission?Prohtons donc de l’occasion ponctuelle qui nous est donnée d’entendre d’autres orchestres: non seulement celui de la NHK cette semaine, mais aussi le National de Erance, très bientôt.Il ne reste plus qu’à espérer très sincèrement un regain de voix de la part de Kiri Te Kanawa.Ce n’est pas sur la base de sa dernière prestation à l’OSM, il y a quelques années, qu’elle pourra affronter le sublime chant du cygne straussien.De Los Angeles à Londres En fait, le pôle d’attraction de ce concert sera le chef André Previn, un artiste rare à Montréal.Joint par Le Devoir, André Previn montre une certaine curiosité à aborder une nouvelle fois les Quatre derniers lieder avec Kiri Te Kanawa, qu’il a dirigée dans cette oeuvre «il y a de nombreuses années».Dans une période plus récente, sa soliste habituelle dans cette oeuvre a été «depuis trois ans» Renée Pleming.André Previn a marqué l’histoire de la musique classique dans la seconde moitié du XX® siècle par son parcours atypique et ses accomplisse- lÆ DEVOIR Tele-Ouébôc PRÉSENTENT AVEC LE SOUTIEN DE Æ«»13.m^nên l(u, 19 L'ASTRAL ’Ua3()1\IAHS‘>011 I UPSTAIRS I ESPACE 64 JÊL ^9 OEia AT.TÆX ELTSATÎETTT EONTOArAXOIT TAXE El XNEl TEEET EA XE ( AEETXdTOX DOEOTHEE r>EEinAFAX TEETE EAAFOXTACJXE AIAEEVXXE TEUDEL (iÉEAEDEsEE LATEOENT SOX T A JOHNSON 'xê T., JAZZENRAF ALE.COM ments.Né il y a un peu plus de 80 ans en Allemagne, sous le nom d’Andréas Ludwig Priwin, il a grandi à Los Angeles, où ses parents avaient émigré poqr fuir le régime nazi.A l’âge de 20 ans il s’est mis à écrire de la musique pour les studios hollywoodiens et à se produire comme pianiste de jazz.Les étiquettes «pianiste de jazz» et «compositeur de musiques de fdm» auront la vie dure, même quand le musicien sera passé à tout autre chose.«Ma dernière musique de film remonte à 1968; il y a prescription!», me disait-il en 2003 dans le cadre d’une entrevue pour le magazine musical Répertoire.Car la foi d’André Previn en sa destinée était inébranlable: il voulait être chef d’orchestre.Pour ce faire, il s’est rendu compte, dans les années 60, qu’il lui fallait à la fois arrêter de composer pour le cinéma et quitter Hollywood.Il a tout vendu et s’est installé en Angleterre.«Pendant des années, j’ai dirigé dans des endroits dont vous n’avez même jamais entendu parler et souvent mon cachet couvrait tout juste le voyage», se souvenait-il en 2003.Le tournant de la carrière arriva en 1969, lorsqu’il fut nommé à la tête de l’Orchestre symphonique de Londres.Il y restera onze ans, enregistrant de nombreux disques pour EMI et se prêtant à l’enregistrement, pour la BBC, d’émissions de télévision d’initiation à la musique qui firent le tour des écrans du monde.Une curiosité inassouvie La carrière d’André Previn l’a mené de Londres à Pittsburgh, puis à Los Angeles et à Oslo.Il est aujourd’hui chef invité de plusieurs grands orchestres et premier chef invité de celui de la NHK à Tokyo.Il y dirige six semaines par an.«Je ne sais pas quand vous l’avez entendu pour la dernière fois, mais l’Orchestre de la NHK est devenu un excellent orchestre.J’aime leurs habitudes de travail et leur sérieux: travailler avec eux est presque plus exaltant que de donner des concerts!» Pour ce rendez-vous à Montréal, outre les Quatre derniers lieder de Strauss, André Previn a apporté dans ses valises sa symphonie préférée de Prokofiev, la Cinquième, et une oeuvre de Takemitsu.«Le meilleur compositeur japonais par le meilleur orchestre japonais; ça s’imposait», résume-t-il au Devoir.L’an prochain, Previn est très fier d’avoir pu programmer la TurangalÛa-Symphonie AP MUTTER La carrière d’André Previn l’a mené de Londres à Pittsburgh, puis à Los Angeles et à Oslo.Il est aujourd’hui premier chef invité de l’orchestre de la NHK à Tokyo.de Messiaen.«C’est très encourageant, car les Japonais sont quand même très conservateurs.Quand on propose la 10® Symphonie de Chostakovitch, en général la réponse est: “Ne trouvez-vous pas que la 7e de Beethoven, ce serait bien aussi?”» Ce manque d’ouverture a choqué Previn tout au long de sa carrière.«D’un côté on me demandait: “Et si on enregistrait 1812 et le Boléro.^"À cela je répondais: “Et si on gravait plutôt les symphonies de Roussel?” A ce moment-là, les deux parties disaient: “Oh my God!” et on trouvait un moyen terme», me racontait le chef il y a huit ans, mi-amusé, mi-aga-cé.Il avait encore en tête un épisode particulier, lorsque, à sa demande d’enregistrer les deux symphonies d’Henri Du-tilleux, la réponse qui lui avait été faite fut: «On devrait faire la Symphonie de Eranck.» Interloqué, Previn finissait par s’en amuser: «Je n’ai finalement pas enregistré Eranck, mais j’aurais bien voulu assister à la réunion lors de laquelle les décideurs ont cheminé de Dutilleux à Eranck.» Retour à la case composition Depuis une dizaine d’années, André Previn met un léger frein à sa carrière de chef d’orchestre pour s’adonner davantage à la composition.Depuis son opéra Un tramway nommé Désir, il est très demandé et très actif On l’a entendu dans un Concerto pour violon, dédié à sa femme d’alors, Anne-Sophie Mutter.Depuis, il ne s’est pas vraiment ar- rêté: «J’ai composé beaucoup pour des commandes: une pour l’Orchestre symphonique de Pittsburgh, un second opéra, une pièce pour le violoncelliste Daniel Müller-Schott, un autre concerto pour Anne-Sophie Mutter, un quatuor pour le Quatuor Emerson.» Mais maintenant, le prochain grand projet est une symphonie.«Ce n’est pas une commande; cela pourrait le devenir, mais, pour le moment, que ce soit une commande ou que ce soit pour moi, c’est ce qu’il m’intéresse de composer.» André Previn ne connaît pas encore la dimension que prendra cette oeuvre symphonique: «Je ne sais pas, la longueur dépendra de l’inspiration, mais je tends à être plutôt long; donc, sans doute au moins une demi-heure.» Et si, par hasard, ceux qui auront dans le futur le pouvoir d’attirer des chefs prestigieux à Montréal ont besoin de quelques tuyaux sur ce qui peut motiver André Previn à se déplacer, disons que Joseph Haydn, Wolfgang Amadeus Mozart et Richard Strauss sont de très bons arguments à lui présenter.Le Devoir ANDRE PREVIN ET L’ORCHESTRE DE LA NHK Takemitsu: Green.Strauss: Quatre derniers lieder (avec Kiri Te Kanawa).Prokofiev: Symphonie n° 5.A la salle Willf id-Pelletier.Vendredi 18 mars à 20h.Rens.: 514 842-2112.21 MARS 2011 DON QUICHOTTE : L'AVENTURE C'EST L'AVENTURE! HAYDN, STRAUSS A ¦¦ 1 ¦B SAU£ WimUD-PEllfnER 19H30 • CHEF YANNICK NEZET.«EGUIN VIOLONCELLE DENISE DJOKIC*ALTO BRIAN BACON HAYDN SYMPHONIE N°101 L’HORLOGE «R.STRAUSS DON QUICHOTTE CONCERT AUSSI PRÉSENTÉ DANS LE CADRE DU CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL EN TOURNÉE DANS 3 ARRONDISSEMENTS ORCHESTREMETROPOLITAIN.COM Montréal® lEDEÏOm ©laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 E 7 DE VISU Paysages ouverts La méthode est simple, mais pas les images, fortes et ouvertes IA LEGERETE DES PAYSAGES Marie-Chrystine Landry THE 12 MILE Karilee Fuglem Herre-François Ouellette art contemporain, 372, Sainte-Catherine Ouest, jusqu’au 19 mars.JÉRÔME DELGADO En miniatures et en représentations du paysage, Marie-Chrystine Landry s’y connaît.Et c’est pour ça qu’elle est connue, elle qui est active depuis une trentaine d’années.La voilà, après une absence de sept ans, avec une production moins littérale, davantage axée sur l’évocation que sur l’illustration.La sculpteure native de Sainte-Hélène-de-Kamouraska a sans doute le Saint-Laurent dans le sang, et dans la tête.Les neuf pièces murales, toutes de 2010, qu’elle dévoile cet hiver à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain, évoquent quand même, encore, le pay-sagq.Sur ce point, pas de doute: Ile, Champ, Talus, Neige, Lac., leurs titres ne trompent pas.L’expo La légèreté des paysages repose sur cette même capacité de l’artiste à traduire l’immensité d’un territoire en le ramenant à la taille d’une maquette.Un point distingue avant tout ce nouveau corpus: l’absence d’éléments figuratifs, reconnaissables au premier regard.Pas de petits sapins, pas de scénographie détaillée, pas d’image «carte postale» — terme par lequel Gilles Dai-gneault désignait l’œuvre Un peu de mer n’importe où, une architecture balnéaire que Marie-Chrystine Landry avait créée en 2001, pour la première édition de la défunte triennale Artefact.Théâtre d’images Les miniatures de La légèreté des paysages sont portées par la rigueur minimaliste et une manière brute d’utiliser la matière.L’artiste fabrique ses images par simple agencement, ou par une découpe bien sommaire, de fins lambeaux de bois colorés, alignés ou superposés comme des sardines.La méthode est simple, mais pas les images, fortes et ouvertes.11 est là, tout l’intérêt de ce travail, dont la poésie découle d’un sage usage de la matière.Marie-Chrystine Landry vient de changer de cap et rejoint cette vague de sculpteurs, les Mathieu Gaudet et Alexandre David, capables de nous pousser dans un lieu par un minimum de gestes.Les œuvres de Landry se composent de deux éléments.Les fragments accumulés de bois — bois récupéré et usé par le temps — viennent en effet occuper un petit espace, une sorte de vide, d’une structure plus lisse et à la géométrie variable.L’ensemble prend dès lors plusieurs sens.Champ s’apparente à un jeu d’assemblage.Talus à un livre ouvert.Lac à l’encadrement d’une fenêtre, alors que Neige, qui se distingue par son fond noir et sa verticalité, devient tableau.Elle rappelle cette idée que finalement l’art demeure avant tout illusion, un théâtre d’images, qu’il soit ancré au réel ou pas.L’invisible Pierre-Erançois Ouellette complète l’exposition de Marie-Chrystine Landry par une pièce d’une autre de ses protégées.The 12 Mile, de Karilee Euglem, minimaliste d’un autre genre (celui de l’invisibilité), joue aussi dans une représentation très libre du paysage.Cette vidéo sur deux écrans, à voir aussi comme un livre ouvert, montre le simple cours d’une rivière, la Twelve Mile Creek, dont la tumultueuse histoire a inspiré la fiction et bien des mythes.mT Tm :f 1 iiDi fi AL tiiaMl m-:-NdàÊmkà Talus, de Marie-Chrystine Landry Ana Rewakowicz Here Is Not There / Ici n'est pas là-bas 19.03.11-01.05.11 EXPRESSION ConféroncQ te 19 mars è 14 h Vernissage te 19 mars à 15 h Centre d'exposition de Saint-Hyacinthe www.expression.qc.ca T 450.773.4209 expression@expression.qc.ca Michel-Thomas Poulin L‘aventure philatélique L’ artiste sera présent à ia galerie samedi le 12 mars de 13h à 16h GALERIE BERNARD 3926, rue Saint-Denis, Montréal (514) 277-0770 SALON DU DESSIN 12 ARTISTES EXPOSENT DU 13 AU 25 mars 2011 ESPACE ARS LONGA 2320, AVE DU MONT-ROYAL EST, MONTRÉAL Tous les jours de 12 H À19 H - S'!4“-04^7 Galerie Walter klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS 1200, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A1H6 | 514.288.7306 www.klinkhoff.com Si VOUS songez à veniJre (des œuvres (d'art (d'importance, nous vous Invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info(5)klinkhoff.com La brochure de notre 25e saison est arrivée! 17 avril Art et spiritualité un REQUIEM au temps de Pâques Quelques places! 20 avril Les œuvres de MARC-AURÈLE FORTIN au Musée national des beaux-arts du Québec du 4 au 7 mai NEW YORK-NEW YORK Opéra du Met, trois musées.Quelques places! Les, .pec ^_aux détours www.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont /IV L’EMPEREUR GUERRIER D CHINE ET SON ARMÉE DE TERRE CUITE^- MUSÉE DE! BEAUX-ARTS MQNTRÈAL PAVILLON JEAN-NOËL DESMARAIS Une présentation de ô La Capitale Groupe financier ^ HATEZ-VOUS DE LES VOIR DE JRES PRES ^AVANT QU’ILS NE REPARTENT EN CHINE ! ’ BILLETS SUR empereurdechlne.ca 1.2 Nocturnes les mercredis (a moitié prix), jeudis et vendredis soirs , (à prix réguiier) jusqu’à 21 h Gratuit pour les enfants de 12 ans et moins* • Accompagnés d’un adulte.Non applicable aux groupes.Grand donateur M » IS S S â THE ROBERT H.N.HO FAMILY FOUNDATION métro Une exposition organisée par le Musée royal de l’Ontario, en partenariat avec le Bureau des reliques culturelles et le Centre de la promotion du patrimoine culturel de la province du Shaanxi, République populaire de Chine, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.De gauche à droite : Fantassin, officier de rang supérieur et cheval de cavalerie (détails), Dynastie des Qin, 221-206 av.J.-C.Mus^ de l'Armôe en terre cuite du Premier Empereur.Photos ® Bureau des reliques culturelles de la province du Shaanxi et Centre de la promotion du patrimoine culturel du Shaanxi, République populaire de Chine, 2009 REJOIGNEZ LES TROUPES AU CENTRE-VILLE EN BUS ET EN MÉTRO.^Guy-Concordia M Peel ^999999 E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 CULTURE EXPOSITIONS Complexe et insolite WANDA KOOP.SUR LE FIL DE L’EXPÉRIENCE Jusqu’au 15 mai C’EST CE QUE C’EST Jusqu’au 24 avril Musée des beaux-arts du Canada 380, promenade Sussex Drive, Ottawa MARIE-ÈVE CHARRON Wanda Koop est connue pour ses peintures, mais il serait réducteur d’identifier son travail à ce seul médium.Ce sont bien pourtant des dizaines de toiles que le visiteur pourra voir au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), qui présente une rétrospective couvrant 25 ans de pratique de cette artiste vivant à Winnipeg.D’œuvre en œuvre, sa peinture apparaît imprégnée par la fréquentation de la photographie, de la télévision et de la vidéo, ce qui rend ce travail complexe et insolite, à cheval entre plusieurs régimes de vision.Wanda Koop appartient à cette génération d’artistes des années 1970 pour qui la peinture devait dépasser les enjeux du formalisme.lœ retour à la hguration leur permettait, entre autres, de s’ouvrir aux réalités sociales et politiques.Chez Wanda Koop, cela se traduit par la représentation dépouillée de thèmes variés — dont celui, récurrent, du paysage —, inspirés des images recueillies compulsivement par l’artiste à travers le ternps et au cours de ses voyages.Ace répertoire éclaté de motifs s’ajoutent leur traitement sur de grandes surfaces, de contreplaqué ou de toile, et leur réalisation au moyen d’une palette chromatique fort singulière, tantôt acidulée, tantôt blafarde.L’exposition, coorganisée par le MBAC et la Winnipeg Art Gallery par la commissaire Mary Reid, déploie en quatre salles le travail de Wanda Koop, lequel, on le comprend vite grâce à la structure du parcours, n’ahorde pas la peinture en termes de tableau unique, mais plutôt selon des formules sérielle et installative.Tour à tour, les deux premières salles, respecti- vement consacrées à la production des années 1980 et des années 1990-2000, mais sans plus d’égard à la progression chronologique des tableaux, présentent le travail en rafale, chargeant tous les murs.Wanda Koop, pour cette exposition, re-mixe les fragments de séries entre eux et engendre de nouvelles séquences, exploitant ce qui caractérise son travail depuis plusieurs années: le montage et la reprise.Ces stratégies sont efficacement dévoilées dans une des trois salles, qui se présente comme l’atelier de l’artiste.Il devient courant de voir dans les musées des reconstitutions d’expositions historiques, mais moins de l’espace de travail de l’artiste, surtout lorsqu’il est toujours vivant.Sous vitrine ou sur les murs, les innombrables œuvres et artefacts de petits formats sont révélateurs de l’ensemble plus vaste que constitue le corpus de l’artiste.Cette salle informe également sur la propension de Wanda Koop à accumuler les images, les vignettes, les notes et les outils de travail, dont les maquettes qui ont précédé la réalisation d’installation pour ses peintures.Des champs colorés envoûtants La reconstitution intégrale de ces séries s’avérant impossible, c’est une sélection qui est montrée dans l’exposition.Pour les années 1980, ce sont les séries Sans mot et Voler vers la lune qui sont représentées.Elles se caractérisent par l’emploi d’un support carré en contreplaqué sur lequel un motif (masque, arbre, visage, fleur.) est centré, sur un fond dépouillé.En réduisant les effets de profondeur illusoire, l’artiste donnait à ces toiles l’apparence de carte à jouer ou de vignettes agrandies de bd.Pour les années 1990-2000, à partir de quatre séries différentes, les formats se font plus grands et la toile remplace le contreplaqué.La facture se fait également moins gestuelle et moins expressive, au profit de champs colorés envoûtants qui WANDA KOOP Sans titre (Décomposition numérique en rouge vif - Lumières), de Zone verte, 2004 découlent d’application en lavis et de multiples couches d’acrylique.Des bleus, par exemple, voilent des nuées orangées presque fantomatiques qui composent des paysages atmosphériques.Ces morceaux de nature en apparence idylliques sont pourtant la transposition d’imagerie militaire, comme dans la série Lignes de visée, qui fait voir un motif évoquant le réticule d’une lunette.lœs deux tableaux tirés de la série Zone verte, quant à eux, renvoient plus directement aux images diffusées à la télévision pendant la guerre du Golfe, images captées par les missiles et montrant les bombardements.Les toiles de Wanda Koop semblent avoir intégré et décanté l’imagerie instrumentale de l’armée; l’artiste a donné à ces représentations une épaisseur, un vécu et une histoire dont elles étaient dépourvues.Les surfaces peintes deviennent en cela complexes, se nourrissant d’un autre médium et d’un autre régime de vision tout en exploitant les atours propres à la peinture.Ces surfaces peintes, alors même que leurs aplats saturés symbolisent la mire, la pixellisation de la vidéo ou l’interférence électronique, exercent une séduction redoutable.On quitte toutefois l’exposition en restant sur sa faim, la dernière salle étant exclusivement consacrée à un projet qui apparaît plus faible.Humain hybride, réalisé en 2010.L’ajout aux toiles d’une projection vidéo, montrant la silhouette d’une danseuse, apporte un supplément inutile, qui souligne le monde posthumain déjà sobrement suggéré dans les tableaux peints, au demeurant très réussis.Le travail de Wanda Koop est à son meilleur lorsque la vidéo n’apparaît que sourdement dans ses toiles, lorsqu’elle participe seulement aux étapes préparatoires de la peinture elle-même.La Biennale du MBAC L’autre exposition à ne pas manquer s’appelle C’est ce que c’est qui présente des acquisitions récentes en art actuel du Canada.Elles se comptent par dizaines et font du MBAC un des importants acquéreurs dans ce domaine.lœ directeur Marc Mayer inaugure aussi avec cette exposition une biennale de l’art canadien, adaptant à Ottawa la formule de la triennale qu’il avait mise en place à Montréal au Musée d’art contemporain.L’expression de type fourre-tout du titre fait place à une exposition composée de flashs, une ou deux œuvres par artiste, qui se défend de ne pas vouloir articuler un récit avec ces récentes productions.lœs bonnes pièces toutefois ne manquent pas: une étonnante sculpture velue de Valérie Blass, une partie de la série Zone verte de Wanda Koop, une installation de Steven Shearer qui représentera le Canada à la Biennale de Venise cet été.Collaboratrice du Devoir Le cinéaste Maxime Giroux propose Jo pour Jonathan.JACQUES NADEAU LE DEVOIR CINEMA Maxime Giroux et sa bande Son film Jo pour Jonathan, explorant l’univers de deux frères épris de courses de voitures dans une banlieue glauque où l’éveil ne peut naître que du drame, prend l’affiche vendredi dans nos salles.Il a remporté aux Rendez-vous du cinéma québécois le prix Gilles Carie du meilleur premier ou second long métrage d’ici.ODILE TREMBLAY Des thèmes et des lieux d’élection hantent ses films: la banlieue, les rapports familiaux fracturés.Ce cinéaste trentenaire est un homme d’équipe soudée.Alexandre La-ferrière est son coscénariste attitré et respecté.De Sara Mishara, sa fidèle directrice photo, il admire les plans qui jouent sur la durée, les faibles éclairages adaptés à ses climats.Tous se comprennent à demi-mot.Son coproducteur est Paul Barbeau, de la maison Nu Eilms.Maxime Giroux roule en bande.Dans notre paysage cinéphi-lique québécois, son nom demeure indissociable d’un cinéma indépendant, exigeant, primé sur la planète festivals, peu connu du grand public.Imi qui a fait ses classes à travers l’école des clips tourna vite casaque sur le plan esthétique.«Les clips m’ont permis de comprendre ce que je voulais faire.et ne pas faire», dit-il.Culte de la voiture Ses courts métrages Le Rouge au sol et Les Jours ont récolté les lauriers dans une quinzaine de rendez-vous de fdms.Son premier long métrage.Demain, sombre histoire d’une femme qui s’oublie au probt d’un père malade et d’un amant minable.lancé au Eestival de Turin, fut boudé en salles par le public québécois.Air connu! Mais le cinéaste espère élargir son audience avec le pourtant peu commercial Jo pour Jonathan.Œuvre lente?«Pas tant que ça.Mais on explore d’autres approches que le cinéma dominant.Quelque chose de très visuel, qui repose sur les ambiances.» Jo pour Jonathan met en scène deux frères: l’aîné, Thomas Gean-Sébastien Courchesne), et le cadef Jonathan, qui l’admire et le suit comme son ombre (Raphaël I^caille).lœs jeunes définit.En banlieue, elle est omniprésente, générant un individualisme qui fait perdre toute curiosité.A pied, on regarde autour de soi, mais au volant.» Maxime Giroux se préoccupe des questions d’engagement, déplorant le cynisme ambiant et la dissolution du sentiment de responsabilité.«Dans mon film, Jonathan aura à faire un choix: aider son frère handicapé à mourir ou à vivre, après une cou/se qui a mal tourné.» Élément insolite du fdm: la télékinésie, faculté de faire bouger ou léviter des objets par la puissance de l’esprit.Jonathan possède ce don.«Est-ce le fruit de son imagination ou parvient-il vraiment à déplacer les objets?Peu importe.C’était pour nous une façon de montrer sa vie intérieure.» Jo pour Jonathan repose sur de rares dialogues, en franglais souvent.«Au «Ni Alexandre ni moi n’avons le culte de la voiture.Mais c’est la première chose à travers laquelle on se définit.» du coin font des courses illégales de voitures, avec gageures.D’ailleurs, ces courses se déroulent (vraiment) près de la maison du père de Maxime.Ils ont tourné chez lui, fait jouer de vrais coureurs automobiles.Rebel Without a Cause {La Eu-reur de vivre) de Nicholas Ray, avec James Dean, référence en termes de film de course, ne fut pas une influence marquante.Seuls les sujets se croisent.«Ni Alexandre ni moi n’avons le culte de la voiture, précise le cinéaste.Mais c’est la première chose à travers laquelle on se Québec, on parle peu.Le film évoque davantage qu’il ne dit.Quant à la famille, noyau dur, avec ce frère aîné qui remplace le père absent, elle sert de pivot aux grands rites de passage.Comment devenir un homme?» Se séparant la prochaine fois du producteur Paul Barbeau, Maxime Giroux s’associera avec le cinéaste Erançois Delis-le, également producteur, pour un film qui parlera d’éthique à travers l’enquête policière d’un inspecteur confronté à un douloureux dilemme: protéger son fils ou le dénoncer?Le Devoir Constantinople KIYA TABASSIAN directeur artistique TRESORS RETROUVES DE LA MUSIQUE SAVANTE PERSANE —^las Avec SIAMAKAGHAIEsantour, voix (Iran) KYRIAKOSKALAITZIDESoud (Grèce) KIYA TABASSIAN sétar, voix ZIYA TABASSIAN percussions DIDEM BASAR kanun 7 PIERRE-YVES MARTEL viola da gamba À J JEUDI 24 MARS 2011A 20H SA LLE PIERRE-MERCURE, MONTRÉAL 300, boul.de Maisonneuve E., Montréal ® berri-uqam BILLETTERIE 514 987 6919 / ADMISSION 514 790 1245 t pierre-mercure li: DKVOII! 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M E RCREDÏ^^^^^^I LE 30 MARS 2011, 20 H 1 855 790-1245 WWW.SALLELASTRAL.COM WWW.TICKETMASTER.CA Partenaire de tournée Hydro Québ Aussi en magasin Angèle Dubeau & La Pietà Angèle Dubeau & La Pietà ¦ ^1 Patrimoine Canadian QuébecSI ¦ tB canadien Heriiage j- ANALEKTA Hydro Québec présente Dimanche, le 13 mars 2011 à 15h 30 Cinquième Saiie, Piace des Arts MuSS Valérie Miht Jïarpe Mkfsm • imié • îoi/mÉr Renseignements : promuslca.qc.ca 514-845-0532 Billets en vente à ; ©laplacedesarts.com 514 842 2112/1 066 042 2112 CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL ’Québecgg aaansa y Lu Scena Musicale standard LIFE LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 E 9 lîî X j Sélection officielle Z011 Sélection officielle 2011 TIFF de Toronto Festival du film de TOutaouais ISABELLE HUPPERT SANS QUEUE NI TETE UN FILM DE JEANNE LADRUNE M EN EXCLUSIVITÉ ! m PIERRE RALARDEAU i de Carmen Garda et German Gutleirez Canada (Québec).2010.90 mm.Documentaire.____ Précédé de Court-Circuit : « Les Journaux de Lipsett de Theodore Ushev.14 min.Théâtre 1248 avenue Bernard Ouest Information 514 495-9944 Outremont Montréal© www.admis$ion.com 514790-1245 Des clichés à la tonne FRENCH KISS Réalisation: Sylvain Archambault.Scénariste: José Fréchette.Avec Céline Bonnier, Claude Legault, Didier Lucien, Isabelle Guérard, Suzanne Champagne, Stéphane Breton, Raymond Cloutier.Image: Marc Simpson-Threhord.Montage: Yvan Thibodeau.ODILE TREMBLAY Comédie romantique québécoise, French Kiss aura eu le mérite de révéler en Céline Bonnier et Claude Legault deux interprètes capables de se faufder dans le genre sans se casser les dents.La fleur bleue ne leur va pas mal.Ils ont ici de la gueule et du charme, et constituent, avec d’autres membres de la distribution, les meilleurs atouts d’un film qui en a bien besoin.Sylvain Archambault, derrière Pour toujours les Canadiens, de triste mémoire, mais aussi le très populaire Fiché: Entre ciel et terre et la bonne série sur Les Lavigueur, aime manifestement explorer des tonalités diverses.Comédie romantique, donc, mais jamais drôle hélas! Ce qui apparaît quand même fâcheux.French Kiss ne passera pas à l’histoire pour la subtilité de son intrigue mal ficelée.Et pas davantage pour sa réalisation surchargée de jeux de caméra plaqués et clinquants, apparemment destinée à faire oublier les carences de l’histoire.Scénariste et cinéaste ont ici marché sur les traces des comédies romantiques américaines sans élever le genre.Clichés à la tonne.Et mince proposition de départ.La banale question: «On s’est déjà vus quelque part?» servie par Fred à l’heure d’aborder Juliette, est détournée de sa cible «dragouillarde».Car la belle le reconnaîtra comme ancien confrère dans un cours de bio.Sur ce mensonge qui en entraîne d’autres (il fait semblant d’aimer les films de Rohmer et les plats au tofu), le fil de trame est mince, sans intrigues secondaires solides.Le meilleur ami de Fred, Elliot (Didier Lucien), revisite le rôle du chic type qui adore les jeux de mots stupides, lui aussi en quête d’amour.Une chance que l’acteur a du chien, car les gags et calembours qu’il sert tombent à plat.Certaines figures secondaires, dont une femme d’âge mûr frustrée et chiante, et son versant animalier, un chihuahua obèse, sont de vrais épouvantails à moineaux.Et pourquoi avoir choisi Raymond Cloutier pour le rôle du papa de Juliette, alors qu’il n’a que quelques lignes de texte à se mettre en bouche, dans la veine sinistre?Suzanne Champagne en Mu-guette, la bibliothécaire qui travaille avec la belle, possède comme toujours de l’allant, mais son petit revirement amoureux survient comme un cheveu sur la soupe.Isabelle Guérard hérite d’un rôle vide.Quant au dénouement «Je ne te veux plus, oui je te veux», bientôt sur fond d’aéroport — car ils se retrouveront, on le savait depuis le début —, il est d’un convenu qui frise l’absolu.Le Devoir M SOURCE FILMS HAUTETCOURT Une scène d*Even The Rain, d’Iciar Bollain Une oeuvre de combat, d’amitié et de trahisons EVEN THE RAIN (TAMBIEN LA LLUVIA) Réalisation: Idar Bollain.Scénario: Paul Laver ty Avec Luis Tosar, Gael Garcia Bernai, Juan Carlos Aduriri, Karra Elejalde, Carlos Santos, Ratil Arevalo.Image: Alex Catalan.Mu-âque: Alberto Igleâas.Montage: Angel Hernandez Zoiso.Au Cinéma du Parc en v.o.espagnole avec s.-t anglais.104 min.ODILE TREMBLAY La complexité du scénario qui entrecroise trois histoires, dont un pan historique, et trois niveaux de sens aurait pu faire reculer les plus braves.Mais la cinéaste espagnole Idar Bollain, en abordant son cinquième long métrage, a joué casse-gueule.Paul Laverly, le scénariste, un vieux collaborateur du Britannique Ken Loach (Sweet Sixteen, My Name Is Joe, Route Irish, etc.), remet ça avec nuances du côté de l’œuvre engagée.Even the Rain, tourné en Bolivie, dépasse le principe du classique «film dans le film».Une équipe vient tourner en 2000 un film sur la conquête espagnole et le massacre des autochtones et se retrouve prise sur son plateau avec une révolte populaire.Les villageois (dont plusieurs des acteurs) affrontent les auto- rités pour conserver l’accès à l’eau qui doit être privatisée.Le diable est aux vaches avec soulèvements violents.Un parallèle entre la résistance des autochtones et de quelques religieux au XVI" siècle et celle des autochtones qui se battent à Cochabamba pour l’eau en 2000 (une histoire réelle) s’impose de manière un peu trop évidente.La star Gael Garnia Bernai en Sebastian, jeune réalisateur plein d’illusions, puis de prudence, donne la note juste.Encore davantage Luis Tosar en producteur cynique trop content d’engager des figurants locaux à vil prix, qui retournera sa veste.N’est pas courageux celui qu’on pense.Clou de la production: Juan Carlos Aduvi-ri, au puissant charisme, qui incarne le héros de la résistance au XVI" siècle comme au XXI".Le film, qui mêle les profils psychologiques au film de résistance, n’affiche pas une distribution parfaite, surtout pour les rôles secondaires, parfois inégaux.Mais bien construit, rythmé et bien monté, avec émotions en prime, Even the Rain jongle habilement avec les dimensions et les époques comme avec la double allégeance des héros (sauf Aduviri, au per- sonnage incorruptible).Even the Rain — le choix de l’Espagne à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère — est une œuvre de combat, d’amitié, de loyautés et de trahisons, qui brandit devant le spectateur tous les miroirs et qui, par sa complexité, dépasse le manichéisme de bien des fihns engagés pour la bonne cause.Le Devoir MH DE CARUFEL LE DEVOIR Marc Bisaillon, réalisateur de La Vérité Marc Bisaillon, voleur d’histoire Le réalisateur de La Lâcheté revient avec La Vérité, second volet (en salle la semaine prochaine) d’une tétralogie consacrée aux petites histoires des annales policières.Rencontre avec un voyeur qui s’assume.MARTIN BILODEAU Il y a quelque chose de voyeur, en effef dans le Mt d’éplucher les dossiers d’affaires criminelles.Marc Bisaillon, qui se nourrit des histoires que ces dossiers racontent, y puise surtout la matière d’une réflexion continue sur le remords et la culpabilité, la responsabilité et la lâcheté, le bruit et surtout le silence.Lorsque l’une d’entre elles se suspend à son âme, il en extrait la moelle et imagine un film.«Je trouve ces histoires très cinématographiques, raconte le cinéaste de 44 ans, rencontré en février dans un café du Vieux-Montréal.En même temps, ce sont surtout les personnages qui m’interpellent.» Le théâtre d’une petite ville Durant une nuit d’hiver, sous l’influence du champignon mqgique, Gabriel (Pierre-Luc Lafontaine) et Yves (Emile Mailhiot), deux adolescents de Saint-Hyacinthe en dernière année du secondaire, causent accidentellement la mort d’un homme.S’ensuit entre eux un pacte de silence qui, pour Yves, fils de médecin (Denis Trudel) et aspirant pompier, prend la forme d’une fuite en avant, et pour Gabriel, fils d’une policière célibataire (Geneviève Rioux), celle du remords paralysant.Marc Bisaillon s’attache principalement aux pas de ce dernier dans ce deuxième long métrage qui, comme le précédent (La Lâcheté, en 2006), s’inspire très librement d’un fait divers dont il serait peut-être mal avisé de dévoiler l’issue.Le projet a germé dans sa tête après qu’il eut entendu sa mère relater ce fait divers raconté par une amie.Comme tous les créateurs, Bisaillon est un voleur.L’ex-leader du groupe punk-rock Les 3/4 putains n’a conservé que l’élément central (le crime) , autour duquel il a brodé un récit tendu par le silence, thème qui motive tout son cinéma.«C’est le silence, et non la culpabilité ou la morale, qui me préoccupe, affirme ce fils d’un policier.Dans mon premier film, je parlais du silence des témoins.Dans le cas de La Vérité, j’aborde le silence des coupables.Dans L’Amour [troisième volef en cours d’écriture], c’est celui de la victime.» Au-delà du fait vécu, qui donne au projet une sorte de résonance fataliste, Bisaillon entretient un rapport quasi matériel avec son histoire, qu’il modèle et remodèle sans cesse au stade de l’écriture, cherchant son expression la plus forte, la plus juste.A l’événement Cinéma du Québec à Paris, où il a particijé à un atelier de scénarisation avec La Vérité, Bisaillon a trouvé des interlocuteurs encourageants et essuyé la critique d’un professionnel du cinéma qui lui reprochait la structure déconstruite de son scénario.«Plusieurs trouvaient que c’était bien fait, que ça marchait malgré le désordre.Mais lui me reprochait d’avoir une attitude méprisable envers mon histoire, disant que mon traitement tuait mes personnages.Six mois plus tard, je lui donnais raison.Les personnages prennent une tout autre ampleur lorsque le récit s’enchaîne chronologiquement», reconnaît celui qui a déchiré son scénario pour le réécrire à plusieurs reprises au cours des cinq années d’écriture.«On travaille tellement longtemps avec nos histoires, il faut vraiment que le sujet nous happe et nous touche pour qu’on s’acharne.» Il ne voulait pas d’un film rural, comme ceux des confrères Denis Côté et Robin Aubert Ni d’un film campé en banlieue, terrain de jeu des Stéphane La-fleur et Maxime Giroux.Marc Bisaillon voulait le théâtre d’une petite ville, et la sienne s’est imposée.La majorité des scènes ont été tournées à quelques minutes de son domicile de Saint-Hyacinthe, là où il les avait imaginées.Ce facteur de familiarité, additionné à l’expérience, a permis la création d’un film fort mais sans traces d’effort La signature de Bisaillon, un émotif plus qu’un formaliste, se précise ici grâce à une mise en scène fluide et nette qui lait respirer La Vérité là où La Lâcheté étouffait «Il faut beaucoup de travail pour rendre ça transparent, dit-il, attribuant une partie du mérite à son minutieux monteur Mathieu Bouchard Malo.Aussi, le film s’intitule La Vérité.' je voulais créer un impact documentaire, entre guillemets, tout en ayant beaucoup de mouvements de caméra.» Aucun plan sur rail, à peine trois sur trépied, le reste du film a été tourné à l’épaule, avec pour effet une grande latitude pour les acteurs.Ainsi qu’un large espace pour permettre à La Vérité d’éclater.Collaborateur du Devoir FABRICE LUCHINI • L0S • f ^ mimes De mon pène UN FILM DE ANNE LE NY «Férocement drôlé.J.iS ^ I f Le Parislgji « www.azfilms.ca 4^^ _ _ — ¦ K ¦ ¦ VbHSIUN UHIUINMLb |-HMN^Sb ^ SEMA NE I rQu^iii™ai ^ * I W ¦ a m I I V H • CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS 4° SEMA NE JfiFI 'fSi'IHSÎ «Hüîiiji/fliii UN FILM DE EVEUMONT Invoquer la richesse le plaisir sexuel et la liberté des femmes dans b prostitution, voilà L’IMPOSTURE! PAPIUE PRODUIT raR DI LES PRODUCTIONS BLANC DU RAPIDE BLANC INC.Us AVEC UPARnCIPAIION FINANCÊRE DE; SODEC -SOCIÉit DE DÉVELDPPEMEHT DES ENIREPRISES CULTURELLES - QUÉDEC • DUÊDEC CRÉDIT DIMPfiT CINÉMA ET TÉLÉVISIDN - EEST10N SODEC • FONDS DES MÉDIAS DU CANADA • CONSBL DES ARIS ET DES LETTRES DU QUËEC • CANADA - CRÉDTT DIMPUT POUR FILM OU VIDÉO CANADIEN AVEC lA COLLABORAnON DE RADIO-CANADA CINEMA PARALLELE 3936 BOULEVARD SAINT-lAUREin 514-0474206 TOURNÉE QUÉBÉCOISE vnvw.rapideblanc.ca CONSULTEZ LESSUIDES-HORAIlIES DES CINÉMAS I 3 GAGNANT AUX CESAR -r>ONT- MEILLEUR FILM INSPIRÉ DE FAITS VÉCUS «Magnifique! Le plus beau film que j’Eii vu depuis tm moment.Un film puissant, émouvant, lumineux et mystérieux.Remarquable!» Marc Cassîvi* La Presse «Admirable !» Manon Dumais» Voir ?«Remarquable! Des Hommes et des Dieux est un grand film, atteint par la grâce.» Marc-André Lussier, La Presse LAMBERT WILSON MICHAEL LONSDALE UN FILM DE XAVIER DEAUVOIS PRESENTEMENT A L’AFFICHE! HORAIRES DES CINÉM/:â etropolefilms.com E 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MARS 2011 CINEMA f^i f jc|_ SOURCE FESTIVAL DE CANNES Juliette Binoche et Abbas Kiarostami au dernier Festival de Cannes, où la célèbre comédienne avait été la figure de proue du mouvement de défense du cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné par le régime.ENTREVUE Juliette Binoche chez Kiarostami L’oscarisée du Patient anglais campe, sous la direction du cinéaste iranien Abbas Kiarostami, une femme amoureuse et révoltée, rôle qui lui valut au dernier Festival de Cannes le prix d’interprétation féminine.En salle chez nous dès vendredi prochain.ODILE TREMBLAY C> était une première pour Abbas Kiarostami.Le cinéaste du Goût de la cerise et &’Au travers les oliviers n’avait tourné jusqu’ici qu’en Iran, sur fond de métaphore, brossant un univers aux frontières du réel et de son reflet.Ses montagnes aux profils déchiquetés, lieux de toutes les errances, et sa poésie inspiraient Juliette Binoche.La star française, également peintre, danseuse, écrivaine, aime explorer des chemins nouveaux.Et puis, elle goûtait dans les films de Kiarostami la beauté des images, l’équilibre des cadres.«On se croisait dans des festivals et j’ai demandé un jour à Kiarostami: “Pourquoi ne ferions-nous pas un film ensemble?”, évoque-t-elle.Il avait en tête l’image d’une femme qui attend devant une fenêtre ouverte.» Binoche s’est rendue à Téhéran: «Dans une maison vide, nous étions seuls: une actrice et un cinéaste, sans relation amoureuse, abordant des sujets d’ordre artistique, parlant de notre intimité avec beaucoup d’humour.De tout cela a émergé un film.Copie conforme est l’enfant d’une amitié.» Une recréation de la vie Ce film est situé en Toscane, où un écrivain britannique (William Shimell) et la gale-riste d’origine française (Binoche) qu’il rencontre jouent les amants en crise conjugale.Jeu de rôles?Vertige des vérités entraperçues?La femme.«Macha Grenon est d’une beauté radieuse.» Manon Dumais,Voir MACHA GRENON GIL BELLOWS JULIA STONE MA MERE ETMOf MIEKfiUEmB TARA JOHNS BARBARA SHRIER çn @1» mSirccb m A L'AFFICHE! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS Tmetropolefllms.com une pasionaria, se sent délaissée, incomprise.Une réflexion sur l’art et ses faux-semblants achève de brouiller les pistes.Dans ce village italien, forment-ils un vrai ou un faux couple?«Tout le monde me pose la question, dit Binoche.Mais qu’importe?Chaque personnage exprime ses besoins, se dévoile.Dans ce sens, tout est réel.Abbas a dit: “Vous pouvez exprimer des choses qui vous sont vraiment arrivées.” J’ai fait comme les enfants qui peuvent sauter sans prévenir d’une émotion à l’autre.Copie conforme est une recréation de la vie.» Elle a trouvé son partenaire William Shimell, au départ chanteur d’opéra, baryton, très brave d’avoir accepté pareille aventure, sa première incursion au cinéma.Fle^atique anglais face au tournoiement féminin en déluge de mots.«Abbas le voulait perdant.Il aime montrer les hommes faibles.» En tant que femme et actrice, Binoche a pris comme un cadeau les ailes que le cinéaste iranien lui offrait.«C’est son film le plus bavard.Tout ce texte pouvait constituer un piège pour les acteurs, mais il sert l’action.Abbas a voulu tenter l’exercice des longs dialogues en me laissant la liberté d’être moi-même.En général, ce sont les hommes qui explosent comme ça.Ça prend énormément d’énergie.Dans les relations amoureuses, les femmes sont plutôt invitées à plaire.Ici, je pouvais explorer tous les registres.» Séductrice, harpie, femme blessée, mère aussi d’un fils.Certains lui ont reproché d’avoir poussé trop loin ses colères.«Ce que les gens appellent agressivité est de l’intensité», répond-elle.Voici Kiarostami catapulté hors de l’Iran, son ancrage.«La situation politique ne le permet plus de tourner chez lui, précise l’actrice.Sinon, il devrait se tenir aux côtés du gouvernement.Son prochain film, The End, se déroulera au Japon, où il est en tournage.» Remporter un prix à Cannes ht forcément plaisir à Binoche.«Vous vous sentez très chanceuse et bénie des dieux, dans ces mo-ments-là.Au cinéma, on choisit de tourner tel film plutôt qu’un autre.Un exercice qui n’est pas facile.Dans Copie conforme, j’avais mis mon cœur.Alors oui, j’ai savouré cet honneur.» L’actrice française dit préférer des rôles forts, parfois aux confins du ridicule.«Anna Ma-gnani, que j’admire, se rendait dans ces zones d’outrance là.» Son prochain film, aux côtés de Mathieu Kassovitz, La vie d’une autre, première réalisation de la comédienne Sylvie Testud, sera une comédie sur l’histoire d’une femme amnésique en panne des souvenirs de sa vie.Juliette Binoche, au dernier Festival de Cannes, avait été la figure de proue du mouvement de défense du cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné par le régime.Depuis le procès du réalisateur du Cercle et sa terrible condamnation à six ans de détention (pas encore effective), on n’entend plus la voix de l’actrice.«Il faut faire attention, dit-elle.On peut être manipulé très facilement.Parfois nos interventions nuisent.Ces situations complexes sont à double tranchant.En ce moment, mieux vaut attendre et observer.» Le Devoir Cette entrevue fut réalisée à Paris à l’invitation d’Unifrance.C’est rien de le dire.SANS QUEUE NI TETE Réalisation: Jeanne Labrune.Scénario: J.Labrune, Richard Debuis-ne.Avec Isabelle Huppert, Bouli Banners, Richard Debuisne, Sabi-la Moussadek, Valérie Dréville.Photo: Virginie Saint Martin.Montage: Anja Lüdcke.Musique: André Mergenthaler.France, Belgique, Luxembourg, 2009, 95 min.ERANÇOIS LÉVESQUE \ A Bruxelles, Alice Bergerac occupe deux chambres d’hôtel.Dans l’une, où elle vit, elle passe le plus clair de son temps à se préparer en vue de ce qu’elle accomplira dans l’autre.Son métier: prostituée de luxe.Circulant dans des cercles sociaux contigus, mais sans connaître Alice de nom ou d’occupation, le psychanalyste Xavier Demestre se tape pour sa part une impasse conjugale («sans queue», c’est lui).A force de tourner en rond aux mêmes endroits, ces deux êtres désemparés finiront par se croiser.Actes manqués, désirs latents trahis par le geste et le verbe, rhétorique freudienne, et la belle Alice, mûre non pas pour une dernière fugue par-delà le miroir, mais plutôt pour un bon examen de conscience face à celui-ci («ni tête», c’est elle).Jeanne Labrune {Ça ira mieux demain) montre en parallèle l’univers d’Alice et celui de Xavier, le procédé visant à illustrer combien les professions de la prostituée et du psychanalyste sont parentes.Laborieux programme, l’oreille devant souf frir des dialogues fabriqués et des relations qui sonnent faux.C’est particulièrement vrai de celle qu’entretient Alice avec une amie du métier.On les voit badiner chez l’antiquaire, discuter au café-concert, mais jamais on ne ressent la complicité sous-entendue par leurs paroles et actions.Vrai que, dans le rôle de la copine, Sabila Moussadek joue faux, mais la faute incombe surtout à la cinéaste, qui cadre fort joliment, mais dirige n’importe comment.Le jeu d’ensemble oscille en effet entre théâtralité et naturalisme relatif.De guerre lasse, on refuse la proposition.En dépit du sujet, nul besoin de montrer quelque ébat que ce soit, Isabelle Huppert n’ayant pas son pareil pour suggérer une sexualité débridée mais privée, cachée de la vue d’autrui par une inaccessibilité émotionnelle et charnelle qui, paradoxalement, fascine, parce qu’elle permet toutes les conjectures et projections.Comme Violette No-zière, Alice reste inatteignable, même lorsqu’un client croit la posséder.Cette insaisissabilité fonctionne, comme chaque fois {Merci pour le chocolat, La Pianiste, Villa Amalia.), mais on se surprend à rêver à des contre-emplois plus fréquents {La Cérémonie, 8femmes, Copacabana.).On observe donc à distance, indifférent, se demandant si quelque chose finira par se passer.devrait se passer.ou, pire, est en train de se passer.Des développements subliminaux, n’importe quoi.Et on finit par se rendre à l’évidence: le scénario ne le sait pas non plus.Alors quoi?Isabelle Huppert en professionnelle camé-léonne sur fond de musique de chambre passe-partout.Pour les inconditionnels de la star, sans doute le défilé des costumes d’écolière japonaise, de vamp S&M et de ménagère rétro contribuera-t-il à mieux faire passer la pilule.Mais comme raison d’être d’un film, cela demeure un peu mince.Collaborateur du Devoir Isabelle Huppert dans Sans queue ni tête SOURCE FILMS AMERIQUE CONCORSO CINEASTI DEL PRESENTE FESTIVAL DEL FILM LOCARNO aNEMAANDTHECmr AWARD PRIX MEILLEUR RLMAQCC THESSALONIKI FILM FESTIVAL FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA MEILLEURACTEUR WHISTLER FILM FESTIVAL PRIX GILLE8-CARL£ RENDEZ-VOUS DU CINÉMA QUÉBÉCOIS RAPHAËL LACAILLE n JEAN-SÉBASTIEN COURCHESNE / j JEAN-ALEXANDRE LÉTOURNEAU VANESSA PILON JO POUR JONATHAN PRODUIT PAR PAUL BARBEAU et MAXIME GIROUX FILMS.UN FILM DE MAXIME GIROUX ^ métrq^ .jopourjonathan.com } eiMdrtoArlR < m A L'AFFICHE DES LE VENDREDI 18 MARS! Jm^SôpôT^tîTms^ôrr TTS.BINDCHE GAGNANT • MP.lfJJ.llRP.ACTRICE , JULIETTE BINOCHE CLL FESTIVAL DE CANNES 2010 copie coniorme Un film de Abbas Kiarostamî MSH S métrDQole G A L'AFFICHE DES LE VENDREDI 18 MARS! I i y- EN ASSOCIATION AVEC @ astral FESTIVAL INTERNATIONAL DU EILM SUR L'ART 17-27 MARS 2011 I MONTRÉAL I WWW.ARTFIFA.COM CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE | GOETHE-INSTITUT | CINEMATHEQUE QUEBECOISE | UNIVERSITE CONCORDIA CINÉMA ONF I GRANDE BIBLIOTHÈQUE | MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN | MUSÉE DES BEAUX-ARTS | PLACE DES ARTS LE DEVOIR
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