Le devoir, 4 décembre 2010, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2010 BEAUX LIVRES ^ Ogres, gnomes, satyres, lutins ^et autres farfadets.Page F 4 BIOGRAPHIE Un beau livre raconte la vie et la carrière de Mario Vargas Llosa Page F 5 BEAUX LIVRES ni i H «KENNEDY DOUL OCMitQSKtIBWe UMitft ' M|i MltlUH OUESAINTE-CATHERItiE CENTRE-VILLE WÆTaifwCARt et—I - tout RENÉ-LÉVHSOUE BWLREHÉ-LÉVEWUE JiCIJjCHtI'W J_____jVMk M J ».M.at Altraciioit, MttK ADMISSION y‘i Théâtre » rrv«^**** nd 'U11c ¦ de Bédk r • • • •• • THEATRE DV MOULIN Lundi, M' M- h O Aujourd’hui, la relance de la rue Sainte-Catherine s’articule autour d’un Quartier des spectacles en plein essor ISABELLE PARE Miron la voyait galoper «dans les mille et une nuits des néons», Lili Saint-Cyr l’a débauchée, avant que les éphèbes humides du 281 s’y déhanchent.Dans la rumeur des premiers tramways, les premiers grands magasins y sont nés.Premières folies, premiers films, premiers sursauts du jazz, la rue Sainte-Catherine est l’artère de toutes les premières.Jamais tranquille, morte et ressuscitée plus d’une fois.11 y a en fait 100 rues Sainte-Catherine.Huppée dans l’ouest, prolétaire dans l’est, commerciale au cœur.Sur onze kilomètres, l’avenue emblématique de Montréal traverse les couches sociales, défie les étiquettes.«Elle est unique si on la compare au boulevard Saint-Laurent ou à la rue Notre-Dame.Sainte-Catherine, c’est une destination en soi, avec un pouvoir d’attraction», avance l’historien Paul-André Linteau, auteur de La Rue Sainte-Catherine, au cœur de la vie montréalaise.Son ouvrage, publié à l’occasion de l’exposition éponyme qui démarre au Musée d’archéologie et d’histoire de Pointe-à-Callière, dé- peint l’artère mythique sous toutes ses coutures.Champêtre.1758.Un petit tronçon naît en pleine campagne, en marge du boulevard Saint-Laurent, colonne vertébrale du faubourg du même nom.Pendant 130 ans, Sainte-Catherine est un chemin de terre sans histoire.D’où lui vient son nom?On l’ignore.Hommage, peut-être, à Catherine, fdle naturelle de Louis XV, ou à une belle-fille de Jacques Vi-ger?Le mystère demeure entier.Populaire.De petit chemin, l’allée se développe dans l’est, et se pare de boutiques, d’ateliers, d’échoppes.Après 1859, l’artère prend du galon quand la bourgeoisie francophone quitte le Vieux-Montréal et s’installe autour de Sanguinet, de Berri.Angle Saint-André, Dupuis & Frères, le plus gros magasin de Montréal, se dresse en 1882.Huppée.Plus à l’ouest, où nichent les riches anglophones, les boutiques chics font irruption.John Lovell, propriétaire des imprimeries fondées en 1842,y loge, comme le plus important armateur canadien, Hugh Allan.Jusque-là longée de trottoirs de bois, la rue obtient ses premiers trottoirs pavés vers 1875.Courue.En 1891, l’arrivée du grand magasin Morgan, angle University, sonne le début d’une ère dorée.Le grand magasin est né.Spacieux, ludique, on y déambule entre étalages et vitrines.L’achat n’est plus qu’un prétexte.Le magasinage devient loisir.Les grandes enseignes délaissent le Vieux-Montréal pour créer un nouveau centre-ville.Birks, Ogilvie, Murphy, puis Orner de Serres et Archambault dans l’Est.«L’arrivée des grands magasins change le caractère de la rue, qui devient “la” rue commerciale de Montréal», note Paul-André Linteau.Carrefour.En 1892, avec l’arrivée du tramway, la rue Sainte-Catherine bourdonne d’activités.Parcourue d’est en ouest par quinze lignes de tramways, la rue voit les masses y converger.L’artère se démocratise.Dans les manufactures, les ouvriers boulonnent dur.La moitié des emplois du textile de Montréal sont concentrés dans les édifices implantés le long de Sainte-Catherine.Allumée.Dès 1906, les projecteurs d’Ernest Ouimet s’agitent angle Montcalm.Les foules se pressent au Princess, à l’Or-pheum, puis au Gayety, pour assister apx comédies et aux vaudevilles.A l’ouest, la grande Emma Albany séduit la haute société au VOIR PAGE F 2: CATHERINE Écrivez prudemment Un correcteur grammatical • Douze grands dictionnaires • Onze guides linguistiques Antidote, c’est l’arsenal complet du parfait rédacteur qui s’ajoute directement à vos logiciels préférés.Que vous rédigiez une lettre ou un courriel, cliquez sur un bouton et trouvez rapidement réponse à toutes vos questions.SI vous écrivez en français à l’ordinateur.Antidote est fait pour vous.www.antidote.info 3 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2010 LIVRES CADEAUX CATHERINE SUITE DE LA PAGE F 1 Queen’s Hall, et Sarah Bernhardt, en 1874, triomphe au Théâtre français (aujourd’hui Métropolis).Mais bientôt, les stars sont détrônées par les «vues animées».Avec sa quinzaine de palaces du cinéma, dont les Capitol, Loev^^’s, Granada et Séville, la «Catherine» devient la rue où l’on sort.Puissante.L’artère du commerce triomphant attire le siège de grandes entreprises.L’omhre du plus vaste édifice de l’Empire britannique, la Sun Life, se projette rue Sainte-Catherine.Et le Dominion Square, flamboyant, s’élève à l’angle de la rue Peel, devenant en 1929 le plus grand édihce à bureaux du Canada.Suave.Les nuits de Montréal s’embrasent Pendant la Prohibition, l’artère n’a plus de saint que le nom.Lili Saint-Cyr surchauffe les foules au Gayety, alors que Cab Callovi^ay casse la baraque Chez Maurice avec son «Hi de Hi de Ho».On s’éclate au Rising Sun, au Montmartre.Angle At-w^ater, le Forum attise la ferveur tant sportive que nationaliste.En famille, on casse la croûte au Poulet doré ou chez Da Giovanni, 842 2112 Entrée: 15 $* Étudiants: 10 $* *Taxes incluses.Une coproduction Les Capteurs de mots Place des Arts Cïj£bec8B REEDITION Le mythe Mythologies STEPHANE BAILLARGEON Quelle bonne idée que celle de republier en bel album les Mythologies de Roland Barthes, livre lui-même mythique de la sémiologie.Les célèbres capsules pondues pour vitupérer l’époque de l’après-guerre paraissent accompagnées d’une iconographie de ce temps, des extraits de journaux et de magazines, des photos de presse, des images de stars, des publicités, évidemment.Le tout en grand format, et merci.Faut-il vraiment rappeler ce dont il s’^F Les textes de ce recueil, qui a fait date et école, ont été écrits «chaque mois pendant environ deux ans, de 1954 à 1956, au gré de l’actualité».Qb-jets, phénomènes, modes, tout y passe.La première analyse décortique la lutte {«Le monde où l’on catche»).La dernière parle de Poujade et des intellectuels.Entre les deux s’étalent une soixantaine de petits bijoux concernant les Martiens, le bifteck et les frites, la nouvelle Citroën, le Guide bleu ou le cerveau d’Einstein.Pour mémoire, les admirateurs ont calculé les occurrences des sujets, avec au total huit mentions pour la consommation et autant pour le langage et la littérature, six pour les cultures et quatre pour les per- sonnalités.L’alimentaire et les faits divers apparaissent quatre fois, la politique, trois et le sport, deux.C’est donc tout le portrait d’un temps et d’un monde, le panorama polaroïd de la France, si près, si loin, que propose ce florilège d’essais.La m^ho-logie en question (expliquée dans la seconde partie de l’ouvrage) est un système de communication et un message, un outil idéologique aussi, bref, c’est un signe qui participe à la propagation d’une vision du monde.Dans cet ensemble précis, le sémiologue tente de toucher au plus près la représentation projetée de la petite bourgeoisie contemporaine.«On se marie beaucoup dans notre univers illustré.» En plus, c’est merveilleusement écrit, et ça se lit encore et toujours très agréablement.Maintenant, ça se regarde aussi très agréablement.Le Devoir PHOTO Derrière le succès, la Chine demeure ISABELLE PARE Loin de la Chine du capitalisme triomphant dont les images inondent les téléjournaux, il subsiste encore une Chine oubliée, demeurée profondément orientale.C’est cette Chine, dépouillée des apparences du succès, que révèle Intérieurs chinois, un magnihque périple photographique au coeur de l’âme chinoise.La Chine croquée par Robert Van der Hilst n’est pas celle de l’ex-empire converti au progrès, des PIB vertigineux et du capitalisme triomphant, mais plutôt celle du quotidien, banal, vécu par 1,3 milliard de Chinois, dans les villes, les campagnes et les métropoles effervescentes.Le photographe cherche â saisir, derrière l’apparence de bien-être collectif, gagné â coups de gratte-ciel et d’autoroutes, l’âme et l’essence de ses habitants.En posant son trépied â l’intérieur de demeures privées, Hilst est parti â la recherche de la vérité toute simple.Alors que le pays fait étalage de son splendide jardin extérieur, sa maison «n’est que ruines à l’intérieur», observe en préface l’auteur Yu Hua.De ses voyages entrepris dans les provinces du Yunnan, du Shanxi, du Xinjiang et dans les territoires du Tibet et de la Mongolie intérieure, le photographe a rapporté quantité de portraits, exposant â nu l’immense diversité chinoise.Portrait d’un pharmacien du Yunnan et de sa réserve, d’une jeune adolescente nue, d’un chanteur d’opéra «Yueju» dans sa loge, des minorités Yi et Sao.L’obturateur de Hilst a capté mille Chine dans l’intimité, toutes criantes d’humilité.Intérieurs patinés, armoires de bois vermoulues, marches usées par des générations de pas.Dans les cuisines et les salons dépouillés, les portraits de ROBERT VAN DER HILST Mao n’ont pas totalement disparu et les reliques de l’Empire chinois sont partout.Curieusement, ces intérieurs sont presque tous dépourvus de fenêtres.Comme repliés sur eux-mêmes.Et quand la richesse est étalée, elle transpire la vulgarité.Certains taxeront peut-être l’auteur de nostalgie â l’égard d’une culture qui n’est plus.D’autres y verront le témoignage vibrant d’une réalité aujourd’hui camouflée par la réussite.Intérieurs chinois est certainement l’écho d’une Chine en sursis, bientôt appelée â disparaître.Le Devoir INTERIEURS CHINOIS Photographies de Robert van der Hüst Éditions Gallimard Paris, 2010 E N BREF Nouveau président à rUNEQ C’est aujourd’hui, samedi, que l’Union des écrivaines et écrivains québécois tient sa séance annuelle.Les membres sont d’abord invités â assister, â riTHQ, â un atelier du chercheur Bertrand Gervais sur «les possibilités créatives du numérique pour les écrivains».Les membres se réuniront ensuite pour la séance et l’annonce du nouveau président.Stanley Péan, président sortant, se retire après trois mandats de deux ans, la limite permise par l’Union.Se sont présentés, au vote postal qui se conclut le 26 novembre, le poète Jean-Marc Desgents, auteur de Portraits de famille (Les Forges), François Jobin, réalisateur et auteur ôéUne vie de toutes pièces (VLB), et Danièle Simpson, auteure de Roses rouges et autres peurs bleues (Vents d’Quest).- Le Devoir David Fennario sans parachute Les éditions du Sémaphore reprennent Sans parachute, du dramaturge anglophone et candidat de Québec solidaire dans Verdun, David Fennario.Le texte, paru tout d’abord chez Parti pris en 1977, a été édité en France aux éditions Grasset deux ans plus tard.La traduction très québécoise de Güles Hénault est vivante et contribue â faire revivre le Verdun pas trop propre des années 1970.- Le Devoir La responsabilité selon Christian Lamontagne Méditation sur la notion de responsabilité qui fait appel â des considérations philosophiques, sociologiques et spirituelles.Responsabilité, liberté et création du monde.Réflexions pour une éthique contemporaine (Liber, 2010), du journaliste Christian Lamontagne, invite chacun d’entre nous â se sentir responsable des autres et du monde.«Le “devoir de responsabilité”, écrit le fondateur du magazine Guide Ressources, est lié à la conscience réflexive qui nous donne la capacité de répondre de nos actes.» 11 en va du «rapport personnel que chacun entretient avec le monde».Plus il s’approfondit plus la responsabilité s’élargit et se vit en toute liberté.Lamontagne dit avoir «voulu écrire un livre pratique».Sa réflexion reste néanmoins plutôt abstraite et n’est pas sans redondances.- Le Devoir éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Le Studio littéraire est présenté grâce à l'appui financier de la Fondation de la Place des Arts CHEMINER VERS SOI ."^1: 1 368 pages, 40 dollars Cheminer vers soi Hommage à Jean-François Malherbe pour son soixantième anniversaire Sous la direction de Jacques Quintin goûter Choix exceptionnel • Conseils personnalisés Emballage gratuit • Bistro-Détente Olivieri ^librairie - bistro 5219, Côte-des-Neiges • 544-739>3639 • www.librairieolivieri.com Métro Côte-des-Neiges FÉLICITATIONS À BRIGITTE HUPPEN LAURÉATE DU PRIX CÉCILE GAGNON pour Vlad et moi et tes nids-de-poule A partir de 9 ans / 144 pages 9,95 $ SOULIERES ÉDITEUR soulieres editeur.com LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2010 F 3 LIVRES CADEAUX Né pour un p’tit pain I Laurin 1 était une fois un petit orphelin rouquin à la voix d’or, qu’un couple de marchands aisés décida d’adopter.Comme dans les contes de fées.Mais inutile de rêver.La suite de l’histoire tient plutôt du cauchemar.Un cauchemar éveillé.Raconté sans effusion aucune, sobrement, presque froidement.Mais un cauchemar quand même.Justement.C’est ce qui rend Tiroir n° 24 si effrayant: ce ton détaché, cette façon qu’a l’auteur de gratter le bobo sans en avoir l’air.On reconnaît bien là la marque de Michael Delisle, par ailleurs poète, maintes fois primé.On reconnaît sa plume scalpel, son écriture frontale, épurée.Et le type de personnages fragilisés qu’il met en scène habituellement dans ses romans et nouvelles, qu’on pense à Dée ou au Sort de fille, si poignants.Un écorché, un oiseau blessé, le héros de Tiroir n° 24.Prisonnier de son sort.Aux prises avec un monde, une société, des codes qui le dépassent.Aux prises avec cette brèche, à l’intérieur, qui grandit, comme une fatalité.D’autant plus cruelle, cette fatalité, qu’il se croyait sauvé, le petit rouquin, à six ans.Après avoir connu la crèche puis l’orphelinat, les taloches, les dortoirs, l’ordre Spartiate des religieuses, après avoir vécu dans le non-être, presque, sans identité véritable, si ce n’est un numéro de tiroir, voici qu’on le remarquait, qu’on le désirait.C’était Noël, en 1966.C’était hier, c’est aujourd’hui: «Je me tiens droit, les bras le long du corps, les cheveux séparés à la lotion.Je veux qu’on soit fier de moi.» Ce jour-là, il chante des cantiques devant des bienfaiteurs, lui le soliste de l’établissement, encouragé par «Sœur musicale» qui l’a pris sous son aile.Dans l’assistance: un couple propriétaire d’une boulangerie.Parents, mais d’une fdle seulement.La mère n’est plus en âge de procréer, le père veut un garçon.Quelques mois plus tard, ça y est.Voici venu le jour où le petit vide le tiroir n° 24 de ses maigres affaires et s’engouffre avec sa nouvelle famille dans une voiture turquoise «frais cirée» qui va traverser le boulevard Décarie.Bonjour la nouvelle vie.Nous sommes à la page 37.11 en reste une petite centaine, bien tassée, avec juste ce qu’il faut comme repères pour s’y retrouver.Pas de fioritures.Minimalistes, les descriptions.Et succincts, les dialogues.C’est cru, comme un éclairage de néon.C’est tout nu.Et c’est bon.Le récit avance par bonds.11 suffit de tourner la page pour que le rouquin de six ans soit devenu adolescent.11 vaque à la boulangerie familiale comme s’il avait toujours été là.Le père est devenu impotent, il est confiné à un fauteuil roulant, dans le logement en haut du commerce.Danielle Ça commence lentement mais sûrement à péricliter.Un concurrent s’installe en face de la boulangerie, menacée de fermeture.Les temps sont durs pour la famille Cyr.L’exorphelin, quant à lui, ne se fait pas d’illusions.' «J’ai beau balayer jour et nuit, obéir au doigt et à l’œil, me taire quand il faut, je reste d’un autre rang.» 11 était l’élu, celui qu’on avait choisi.11 avait une famille, un toit, un emploi.11 était devenu quelqu’un, avec une identité à lui.C’est ce qu’il croyait.11 était prêt à se contenter de ce qu’on lui offrait, il n’en demandait pas plus.Mais c’était trop demander.Les gens sont moins généreux quand le mauvais sort s’acharne sur eux.Sa non-appartenance au clan, ils vont la lui remettre sur le nez.Ça va aller de mal en pis pour lui.Avec quelques éclaircies.A 19 ans, il va au moins connaître le grand amour, la passion folle, la sexualité exacerbée.Avec un homme marié, plus âgé.Qui lui permettra aussi d’accéder à une autre culture, un autre langage, une autre réalité que celle des petits pains Weston et des cannes de bines.Mais cet amour-là, interdit, causera aussi sa perte, en quelque sorte.Je vous épargne les détails, le comment, évidemment.A vous de découvrir le reste.Mais c’est terrible.Terrible de voir à quel point le rouquin s’enlise, jusqu’à dérailler complètement.Jusqu’à ce qu’il se dise: «Que s’est-il donc passé pour que je devienne une bête?Que me faut-il faire pour redevenir un homme?» C’est brutal.Dur.Cruel.Très, très noir.Et juste.Tellement juste dans le ton.Ça fait mal.Mal comme un mal de vivre qui dérape, une peine d’amour qui crie vengeance.Mal comme quand la vie se résume à n’être personne pour soi, pour les autres.Et qu’il n’y a plus qu’à se taire.Ça ne peut pas finir comme ça, si?Pas à 21 ans?Une fois encaissé son chèque de «bien-être», que va-t-il faire, l’orphelin du tiroir n° 24, que va-t-il advenir de lui?Qn veut savoir.Qn veut la suite de ce roman captivant, en lice pour le Prix littéraire des collégiens.TIROIR N° 24 Michael Delisle Boréal Montréal, 2010,127 pages Michael Delisle TIROIR N° 24 Roman EN BREF Marie-Claire Blais lue au Studio littéraire La comédienne Dominique Quesnel s’attaque à Soifs (Boréal) de Marie-Claire Blais pour le prochain Studio littéraire.C’est avec ce titre que l’écrivaine a entamé la longue série romanesque qu’elle poursuit depuis, et dans laquel- SOURCE QUAT’SOUS Dominique Quesnei le son plus récent titre.Mai au bal des prédateurs (Boréal), s’inscrit aussi.«Nos voix, écrit Blais, ne sont pas complètement à nous, ne remontent-elles pas des ravages du temps qui nous ont précédés, des cruautés de l’histoire».Ainsi ^ra-t-elle lue par ime autre voix.A la Place des Arts, le 13 décembre à 19h30.- Le Devoir Un autre prix pour Toundra Toundra - Tundra (XY^, du médecin, poète, écrivain et trotteur du Grand Nord Jean Désy, a remporté le Prix de poésie 2010 des Ecrivains francophones d’Amérique, accompagné d’ime bourse de 1000 $.Le recueil de poèmes bilingue, illustré d’encres de Pierre Lussier, avait reçu, il y a quelques semaines, le prix Intérêt général 2010 du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Notre collègue Louis Cornellier disait entre autres de ce livre que la poésie de Désy «manie avec soin et sincérité les mots de la géographie nordique».-LeDevoir f f LITTERATURE QUEBECOISE Du grotesque, de l’absurde, du désespéré, beaucoup SUZANNE GIGUÈRE Parti de rien, je suis arrivé à pas grand-chose.» Cette citation corrosive de l’humoriste américain Groucho Marx pourrait résumer à elle seule Une vie inutile.Ce roman, c’est le vide.C’est la misère de la condition humaine que Simon Paquet, alias Docteur nullité (titre de son premier roman), npus renvoie en pleine gueule.A première vue, on ressent le désir de l’auteur de faire rire, par la dérision des personnages et les traits d’esprit qui pimentent la lecture.Mais, si sur la forme le roman est comique, sur le fond il est en tous points tra^que.Par une série de détours et de digressions.Normand, fin de la quarantaine, fouille pour nous dans sa vie.11 habite depuis dix ans dans un demi-sous-sol glauque, avec un camion de goudron stationné depuis des jours en face de la fenêtre.En- fance ordinaire.À l’école: «Souvent, les instituteurs ne se rendaient compte de mon existence que le tout dernier jour de classe, lorsque je leur donnais le cadeau de ma mère pour les remercier de ne pas m’avoir complètement oublié, une babiole sans intérêt qu’ils contemplaient avec effarement.» Les années passent.Qu-vrier dans une usine de cyanure au fond d’un parc industriel pourri, il met une heure quarante-cinq pour se rendre à son travail, marche, bus, train de banlieue, le visage écrabouillé contre la vitre du wagon.La vérité, c’est que rien ne va, sa vie est im long fleuve d’ennui.Couché sur le dos, il regarde le ventilateur au plafond, «c’est le passe-temps des déprimés».Sa vie sexuelle est un désert aride.11 a bien un ami, un Lituanien, échoué lui aussi, liés qu’ils sont par une tendresse mutuelle et surtout par la solitude.En disgrâce dans sa famille, il «dé-tes- te» les sports, les gens l’ennuient, trop de propos insignifiants dans les conversations.Deux ou trois petites choses lui font plaisir, le cinéma français, la musique et la mousse printanière aux trois truffes, mais b of Quand il essaie d’améliorer son sort, sa quête du bonheur se révèle bien difficile dans un monde sans pitié pour les doux rêveurs comme lui.«On dit qu’il faut aller au bout de ses rêves.C’est bien joli, mais si on n’en a aucun?Et si par miracle on en a, et que l’on s’y rend, au bout Que fera-t-on ensuite?Je n’en vaux vraiment pas la peine, doivent se dire mes rêves.» En désespoir de cause, il part en Lituanie rejoindre son ami, qu’il retrouve dans son village près de Vilnius.Pause dans l’ennui.De retour au pays, tout va de mal en pis.Cette fois.Normand n’a qu’un désir: «plonger dans un bocal de formol, pour y demeurer à jamais».Du grotesque, de l’absurde, du désespéré, beaucoup.Un ton ironique et farceur.Une constante dérision.L’écriture n’est pas d’une sophistication poussée, le romancier jongle plus avec un style télégraphique, un minimalisme travaillé, et des mots joueurs.C’est plus dans le propos et la mise en situation que réside l’intérêt A’Une vie inutile.La clé d’interprétation est d’apercevoir la volonté de Simon Paquet de figurer la condition humaine soqs l’angle du misérabilisme.Ames chagrines ou désenchantées, ouvrez ce petit livre qui, loin de vous ficher im cafard profond, vous collera un sourire au visage.Collaboratrice du Devoir UNE VIE INUTILE Simon Paquet Héliotrope Montréal, 2010,192 pages LITTERATURE ETRANGERE Le cinéroman de Goran Petrovic CHRISTIAN DESMEULES Les années se suivent et ne se ressemblent pas à l’hôtel Yougoslavie de Kraliévo, une petite ville du centre de la Serbie.Le plus bel édifice de la ville, né du rêve un peu fou et de l’habileté en affaires d’un cordonnier, a depuis longtemps été transformé en cinéma.Témoin privilégié du passage du temps, l’Uranie, c’est le nom du cinéma, a vu défiler les régimes (politiques ou minceur).Qccupations, collectivisations, bombardements et privatisations ont laissé leur empreinte.Si d’autres cinémas ont depuis ouvert ou fermé, seule l’Uranie, avec son immense fresque représentant l’univers peinte sur un plafond au stuc fatigué, accueillait les spectateurs «comme s’ils se présentaient à la porte du paradis».Né en 1961 à Kraliévo, en Serbie, Goran Petrovic est l’un des auteurs les plus impor- tants de son pays, dont l’œuvre compte une dizaine de romans et de recueils de nouvelles — dont quelques-uns seulement ont déjà été traduits en français.Qualifié de «cinéroman», Sous un ciel qui s’écaille est lui-même une sorte de petite fresque.L’auteur s’y livre à une description, rangée par rangée, des spectateurs, multiples personnages qui sont à leur façon le reflet du ciel étoilé peint au plafond.Névrosés en tous genres et cinéphiles singuliers y sont au rendez-vous.De drôles d’oiseaux, comme le camarade Avramovitch, abonné de la première rangée, qui lève la main pour tout et pour rien depuis qu’il a fait le mauvais choix au cours d’une réunion décisive du Parti dans les années soixante-dix.Qu l’ivrogne notoire du coin (seconde rangée), qui a partout dans la ville des cachettes pour sa robine.Qu encore le projectionniste, qui s’est constitué au fil des années un «super long métra- ge» avec des bouts des films qu’il était chargé de projeter.Des couples exhibitionnistes (16® et 17® rangs), un voyeur presque légendaire (18®), un ancien ouvreur squattant une remise, un perroquet turc baptisé Démocratie.Le procédé, qui ne manque pas d’humour et d’humanité, est habile.Une manière originale de structurer un roman éclaté et un prétexte, bien entendu, pour revisiter l’histoire de la Yougoslavie au XX® siècle.Collaborateur du Devoir SOUS UN CIEL QUI S’ÉCAILLE Goran Petrovic Traduit du serbe par Gojko Lukic LesAUusife Montréal, 2010,180 pages R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS UN ROYAUME CONVOITE C’est à une histoire d’appropriation territoriale par les empires coloniaux que Michel Lavoie convie ses lecteurs.Le royaume du Saguenay est entré dans la légende entouré de mystère.Le voile est enfin levé sur l’évolution du Domaine du roi.[ïll 1 FEUILLETAGE EN LIGNE : 3188 Le Domaine du roi 1652-1859 Souveraintté.coHtrôU.mainmise, propriété, possession, exploitation AUSSI DISPONIBLE EN FORMAT PDF Dn 22 an 28 novembre 2010 SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC ¥3 Romans québécois 1 Revenir de loin Marie Laberoe/Boréal 2Æ 2 Un bonheur si fragile • Tome 4 Les amouis Michel David/Hurtubise 1/3 3 Contre Dieu IWck Senécal/Couos de tête 3/4 4 Ru Kim Tbév/Ubie Exoression 6/2 5 A.N.G.E • Tome 8 Perioulum Anne Robillaid/Wellan 4/2 6 Un bonheur si fragile « Tome 1 Lengagement Michel David/Hurtubise 8/3 7 Le passage obligé Michel Tiemblay/Leméac 7/4 8 Mémoires d'un quartier» Tome 7 Marcel Louse TiemblayD'Essiambie/GuySartqean 5/4 9 La fonte de vivre » Tome 1 Les rêves d'Edmond et Emilie Michel Langlois/Hurtubise 9/5 10 Au bout de l'exil • Tome 1 La grande illusion Micheline Duff/Québec Amérique 18/10 Romans étrangers 1 L'homme inquiet La dernière enquête de llfbllander Henninq Mankell/Seuil 1/2 2 Le danger dans la peau.La sanction de Boume Eric van Lustbader/Giasset 2/3 3 Brida Paulo Coetho/Flammarion 3/2 4 La chute des géants • Tome 1 Le siècle Ken FoUett/Rabert Laffont 6/9 5 L'os manquant Kathy Reichs/Robert Laffont 5/5 6 La carte et le temtoire Michel Houellebecq/Flammarion 4/3 7 Le rire du cyclope Bernard Weiber/Albin Michel 9/4 8 Viral Kathy Reichs/DH ! éditions -/I 9 Le cortège de la mort Elizabeth Georqe/Presses de la Cité 7/4 10 La maison d'à côté Usa Gardner/Albin Michel -n "?Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André Noèl/Homme 1/5 2 lintin et le Québec.Hergé au cœur de la RévolutiQn tranguile Tristan Demers/Hurtubise 2Æ 3 Le Devoir.Un siècle québécois Jean-François Nadeau/Homme 5/6 4 Ils se battent comme des soldais, ils meurent comme.Roméo Dallaire/Ubie Exoression 4/5 5 La mort Mieux la compiendie et moins la craindre.Richard Béliveau | Denis Gingias/Trécarré 3/9 6 L'anxiété.Le cancer de l'âme buise Reid/JCL 6/13 7 Piemels-moi gue tu reviendras vivant Ces reporters.Danielle burin/Ubre Exoression 10/2 8 La révolution des gaz de schiste Normand Mousseau/Multimondes 7/3 9 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial.Michelle Blanc I Nadia Seraiocco/bgiques8/1D 10 Société làitjue et christianisme Jacques Grand'Maison/Novalis 9/4 "?^Essais étrangers 1 Faire confiance à la vie Hans Kunq/Seuil 8/2 2 Le mariage d'amour a-t-il échoué ?Pascal Bnickner/Grasset 1/5 3 Le crépuscule d’une idole.L'afiabulation freudienne Michel Dnfray/Grasset -/I 4 Le visage de Dieu Igor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset 2/13 5 La révolution de l'amour.Pour une spiritualité laïque bc Fertv/Plon 7/3 6 Pourquoi lire ?Chades Dantzig/Giasset 3/2 7 Après la crise Alain Touraine/Seuil -/I 8 De l'arbre au labyrinthe.Études historiques sur le signe.Umberto Eco/Grasset -n 9 La stratégie du choc.La montée d'un capitalisme du désastre Naomi Klein/Actes Sud -n 10 Retour à l'émerveillement Bertrand Vergely/Albin Michel 9/3 Lu BIIF (SociëË de gestni de la Banque de ïties de langue fiangaise) est gnipridtaiie du s^me d'inlaiiiaticn et d'analyse fispm/ sir les ventes de lines français au Canada.Ce palmarès est extrait de SüSfiri et est txnstué des relevés de caisse de 141 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadien pour le projet ^sfsri.© BUF, toute reproduction totale ou parUelle est Interdita L evesque éditeur félicite Esther Croft lauréate du Prix de ^Institut Canadien de Québec Personnalité littéraire de l'année 2010 Créé en 1979, le Prix de FInstitut Canadien de Québec vise à honorer une personnalité qui œuvre de façon exceptionnelle dans la région de Québec. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2010 LIVRES CADEAUX BEAUX LIVRES Découdre du lutin ODILE TREMBLAY Pierre Dubois est un des rares elficologues (un ethnologue spécialiste des légendes sur la question) à traquer lutins, fées, elfes et autres créatures du Milieu sur la planète Terre.Il est l’auteur d’encyclopédies délirantes en la matière, comme de contes peuplés d’êtres surnaturels aux moeurs et aux costumes illustrés avec panache par Roland et Claudine Sabatier Voici qu’il revient en piste avec Inventaire mondial des lutins.«On n’entre pas en Féerie comme dans un moulin, prévient-il d’entrée de jeu.Il faut le savoir.Non seulement les entrées ne se trouvent pas facilement, mais aussi il est nécessaire de se rappeler qu’une fois entré on n’est pas sûr d’en ressortir tout à fait pareil — ou pas du tout — Une fois un pied de l’autre côté, le temps n’est plus ce qu’il était» \ A bon entendeur.Vous découvrirez ici des êtres susceptibles, versatiles, lunatiques, forts quoique chenus.Ils se cachent dans des collines creuses, les vieilles ruines, les bosquets, les roches ridées, et ne croisent que certains mortels, auxquels il est interdit la nuit de chanter fort, de siffler, de taper dans les pierres, etc., sous peine de les irriter.Selon leur pays et leur habi- tat, ils changent de forme, de nourriture.Et les Felteux qui vivent en Champagne, dodus, mal fagotés, joyeux et gourmands, n’ont rien à voir avec le Houzier, nu mais botté, esprit des joncs qui éclabousse et couvre de boue les promeneurs par pure malice.Quant aux Nutons des Ardennes, aux yeux mélancoliques et aux cheveux bouclés, ils s’ingénient à faire plaisir aux hommes, tout en étant en butte aux moqueries des Ardennais mal dégrossis.Plusieurs espèces hantent la Grande-Bretagne.Parmi eux, le Robin Goodfelllow, qui vit en bande dans le Nottinghamshire et le Lépréchaun, nourri par les Irlandais, mais ronchonnant car il déteste les pommes de terre.D’ailleurs, l’ouvrage Inventaire mondial des lutins est dédié à Son Altesse Royale le prince Charles, souverain et protecteur des vertes collines, tant ces créatures pullulent en Angleterre.Quatre-vingts espèces sont ici répertoriées, avec les beaux dessins des Sabatier et des histoires folles qui enchanteront les grands enfants comme les petits, en leur offrant quelques frissons en partage.Car ces créatures peuvent sortir de partout.Certaines squatteraient même les ordinateurs.4 à SOURCE HOEBEKE EDITEUR INVENTAIRE MONDIAL DES LUTINS Le Devoir Travaux dirigés par Rerre Dubois, illustrés par Roland et Claudine Sabatier Hoëbeke éditeur Paris, 2010,119 pages DANSE Les corps archaïcho-contemporains de Marie Chouinard CATHERINE LALONDE Pour souligner les vingt ans de danse de Marie Chouinard, les éditions du Passage lancent CQMPAGNIE_MARIE_CHQUI-NARD_CQMPANY.Des photos couleurs, magnifiques, étalées parfois sur des pages entières, souvent alignées façon mosaïque, permettent de retrouver les corps archaïco-contemporains, l’éros fougueux, les petits personnages bouffons d’avant-garde et les lignes à la fois longues et cassées des chorégraphies de Chouinard, des Trous du ciel au NOMBRE D’OR en passant par les 24 préludes de Chopin et Body Re-mix/Les Variations Goldberg.Quelques textes, bilingues, encensent le travail de la cho- régraphe plus qu’ils ne l’analysent.De courtes notes de la prêtresse elle-même sont semées çà et là, les collaborateurs sont présentés, les danseurs ont quelques lignes pour parler de leur vision du matériel.Qn aurait aimé aussi des photos des solos de Chouinard, car si ces oeuvres datent d’avant la compagnie, elles éclairent le travail entier.Pour le plaisir des yeux.Le Devoir COMPAGNIE_MARIE_ CHOUINARD.COMPANY Çollectif Editions du passage Montréal, 2010,175 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Rémi de Villeneuve De la science de la société au travail de terrain De la science de la société au travail contribution à une histoire terrain critique de la sociologie 196 pages, 22 dollars NICOLAS RUEL Image tirée de l’ouvrage collectif sur la compagnie Marie Chouinard L'ECHANGE THEATRE Tranché « or » MICHEL BELAIR Si les Anglais sont fiers de leur grand Shakespeare, les Français le sont tout autant de leurs plus vénérables classiques, et tout principalement de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière.Fils du peuple, son père était tapissier et voulut plusieurs fois le renier lorsqu’il se mit à faire du théâtre: il fonda l’illustre Théâtre avec Marie Béjart alors qu’il n’avait que 21 ans et écrivit sa première pièce.Le Médecin volant, deux ans plus tard.A sa mort en 1673, au milieu de la quatrième représentation du Malade imaginaire, on le sait, il avait écrit et publié 31 pièces de formes diverses — de la comédie héroïque aux comédies galantes et autres comédies-ballets — constituant l’intégrale de son oeuvre: il avait 51 ans.C’est l’intégrale de l’œuvre que l’on nous offre ici dans un gros livre comme on en faisait aux siècles derniers, lourd, large, tranché or et si épais qu’il faut presque le lire au lutrin.Sept cent trente-deux pages bien comptées.L’intégrale des textes de Molière, des plus célèbres aux moins connus (vous connaissez Dom Garde de Navarre, Mélicerte MOLIÈRE Tliéâtre Intégrale annfbus ou La Princesse d’Elide?).Plus deux œuvres écrites à quatre mains — Psychée et La Pastorale comique — avec un certain Pierre Corneille.Ajoutez à cela une courte biographie en quelques pages et quelques rares illustrations tirées des Œuvres complètes de Molière illustrées par Lorenz, Jules David, etc., à la Librairie du Petit Journal.Rien de moins.Rien de plus.Le Devoir MOLIÈRE-THÉÂTRE Çollection «L’intégrale» Editions Omnibus Paris, 2010,732 pages HISTOIRE L’âme du Québec d’hier LOUIS CORNELLIER Ils et elles ont été enseignants, aidants, soignants, missionnaires ou contemplatifs.L’historien d’architecture Luc Noppen n’hésite pas à dire qu’ils et elles «ont assuré l’émancipation sociale et culturelle du Québec en œuvrant tant auprès des enfants et des jeunes qu’auprès des malades et des personnes âgées.Les soins de santé, les institutions d’enseignement et les services sociaux que la Révolution tranquille a accommodés résultent de leurs œuvres et de leur action.» Ils et elles, ce sont bien sûr les frères, pères, moines et religieuses d’un temps qu’on a appelé celui de la survivance.Dans un beau livre richement illustré par des photos d’époque et intitulé La vie dans les communautés religieuses.L’âge de la ferveur, 1840-1960, le journaliste retraité (Le Soleil, Radio-Canada) Claude Gravel les fait revivre et leur rend hommage.Il décrit une journée type dans la vie d’une sœur ou d’un frère enseignant, d’un père voué à l’éducation supérieure, d’une religieuse vouée aux démunis, d’une hospitalière, d’un missionnaire et d’un moine.Il présente, ce faisant, la face lumineuse de notre passé religieux, trop souvent assimilé à la seule noirceur.Gravel ne tait pas les limites de leurs actions, ni certains des traits de leur mentalité qui aujourd’hui nous heurtent (pratique des mortifications, austérité parfois asséchante, peur maladive du corps), mais il met surtout en avant leur ferveur et leur engagement vrai, nourris par leur foi.«Le monde dont parle ce livre n’existe plus», reconnaît Gravel.Il ne s’agit pas de souhaiter son retour, mais simplement, par gratitude, de se faire les humbles protecteurs de sa mémoire.«Si, écrit Luc Noppen en postface, par leurs œuvres, les communautés religieuses ont énormément donné à la culture d’un Québec qu’elles ont contribué à forger, c’est à la société civile qu’il revient dorénavant de veiller à l’inscription de l’héritage dans la mémoire collective pluraliste et inclusive dont nous sommes les gardiens.» Par gratitude et sens de la justice historique.Collaborateur du Devoir LA VIE DANS LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES UÂGE DE LA FERVEUR, 1840-1960 Claude Gravel Postface de Luc Noppen Ubre Expression Montréal, 2010,222 pages RECTIEICATIE Prix de la bande à Moebius Dans le cahier livres de samedi dernier, on aurait dû lire que le Prix de la bande à Moebius, qui couronne chaque année le meilleur texte paru dfflis la revue, existe depuis 1999.Toutes nos excuses.« Laccent de sincérité, tout au long du texte, se maintient parfaitement.Cest un travail d'introspection, et c'est aussi un récit, un vrai récit.» Gilles Marcotte Jean Cléo (K)din I Orphelin de père à un jeune âge.C'est plus d'un demi-siècle plus tard que des circonstances inattendues amènent Jean Cléo Godin à aborder de front son rapport à la figure du père.Le récit très intime de sa quête rejoint la part d'universel qui se trouve en chacun.104 pages • 19,95$ LE MAL DE PÈRE Les Éditions du Noroît Distinctions littéraires www.lenaroit.com Fragments de Sifnos Un juste ennui Claire Rochon Fragments de Sifnos Prix du livre d'Ottawa Lauréate Isabelle Dumais Un juste ennui Prix de littérature Arts Excellence de Culture Mauricie Finaliste Élise Turcotte Ce qu'eiie voit Grand Prix du livre de Montréal Finaliste LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2010 F 5 LIVRES CADEAUX LITTERATURE SUD-AMERICAINE Parcours illustré d’une sommité DANIELLE LAURIN Il vient de recevoir, à 74 ans, le prestigieux prix Nobel de littérature.Son dernier ouvrage a été tiré à un demi-million d’exemplaires, pour le public hispanophone seulement.Sa maison natale au Pérou est en voie d’être transformée en musée.Voici un beau livre sur Mario Vargas Llosa qui tombe à point.Issu d’une exposition présentée jusqu’à tout récemment à la Maison de l’Amérique latine à Paris, Mario Vargas Uosa.La liberté et la vie retrace en accéléré le parcours de l’écrivain, journaliste et homme politique péruvien.Plus de 200 photos et illustrations en tous genres parsèment l’ouvrage: documents d’archives, fac-similés de manuscrits originaux.même sa célèbre collection d’hippopotames y figure.C’est toujours fascinant de voir à rebours quelqu’un devenir une sommité.Lui a appris à lire à 5 ans, a écrit son premier poème à 11 ans et sa première pièce de théâtre à 15 ans.Très jeune, il se distingue lors de concours littéraires à sa portée dans son pays, épaulé par un oncle poète et son grand-père maternel, mais houspillé par son propre père, dont il dira plus tard que, sans le vouloir, il a accentué son désir à lui de devenir écrivain.Ainsi, confie-t-il, «sans le mépris de mon géniteur pour la littérature, il est à parier que je ne me serais jamais accroché aussi obstinément à ce qui était abrs un jeu, mais qui deviendrait aussi obsédant qu’impérieux: une vocation».11 ajoute, concernant ce père qu’il avait cru mort enfant, dont il n’a fait la connaissance qu’à l’âge de 10 ans et qui s’est chargé de son éducation à l’adolescence: «Si, des années durant, je n’avais pas autant souffert à ses côtés, et n’avais senti que c’était cela qui pouvait le plus le décevoir, je ne serais vraisemblablement pas à cette heure écrivain.» REUTERS L’œuvre de Mario Vargas Llosa est marquée par la dénonciation de l’intolérance et de la dictature.Au début de la vingtaine, cet amoureux de Flaubert et de Victor Hugo, qui rêve de rencontrer Jean-Paul Sartre, remporte le prix de la Revue française à Paris.Avant de devenir, cinq années plus tard, un au- teur de renom avec son roman La Ville et les Chiens.Puis de pondre, en 1969, ce qui apparaît comme son chef-d’œuvre.Conversation à la Cathédrale.Et d’être auréolé de prix sur la scène internationale.LITTERATURE ERANÇAISE Vian, ou l’art de brûler la chandelle par les deux bouts ODILE TREMBLAY «U > œuvre de Boris Vian surprend par sa richesse et sa diversité: elle n’est pas tant l’objet d’une méconnaissance avérée que d’une ignorance encore à peu près totale.B est vrai qu’elle est continuellement réduj-te à quelques titres phares: L’Ecume des jours, L’Arrache-cœur et Le Déserteur sont ceux qui reviennent le plus fréquemment, avec peut-être L’Herbe rouge et J’irai cracher sur vos tombes», écrit Marc Lapprand en introduction aux œuvres romanesques complètes de Vian.Qu’il ait écrit parfois sous pseu-donjmie, surtout celui de Vernon Sullivan, dix romans, ime soixantaine de nouvelles, une trentaine de scénarios, trois recueils de poèmes, trois volumes de chroniques, dix pièces de théâtre, une demi-douzaine de livrets d’opéra, plus de 500 chansons, sans compter le reste, et ce en 20 ans à peine, s’est un peu perdu dans la surcharge.Né à Paris en 1920 et mort en 1959, auteur, trompettiste (il disait trompinettiste), fou de modernité, ingénieur à ses heures, l’homme aura brûlé la chandelle par les deux bouts et laissé une œuvre aux accents de jeunesse, qui fascine par-dessus tout un public adolescent.Ici, outre les romans ayant passé le cap de la postérité (on peut ajouter aux titres précités Vercoquin et le plancton, Les Fourmis, L’Automne à Pékin, etc.), on a droit à des raretés, comme Conte de fées à l’usage des moyennes personnes, un écrit de jeunesse, ou Elles se rendent pas compte, sous le nom de Ver-non Sullivan.Ses scénarios et nouvelles sont aussi dans le coffret, ainsi que ses textes pata-physiques.Ni chansons, ni pièces de théâtre, toutefois, lesquelles n’ont pas ici leur place.Usage de néologismes, pièges tendus aux lecteurs qui créent l’ambiance d’étrangeté, celui qui hantait les caves de Saint-Ger-main-des-Prés iit célèbre de son vivant, pas nécessairement pour SOURCE GALLIMARD Illustration du coffret Boris Vian dans La Pléiade les bonnes raisons.Touche-à-tout, à l’instar de Cocteau, et critiqué comme tel.«Quand admettrez-vous qu’on puisse écrire aux Temps modernes et ne pas être existentialiste, aimer le canular et ne pas en faire tout le temps?Quand admettrez-vous la liberté?écrivit-il dans sa postface du livre Les morts ont tous la même peau.Mais ses œuvres signées Boris Vian, plus sérieuses à ses yeux que ses romans sulfureux écrits sous le pseudonjune de Vernon Sullivan, furent de son vivant moins populaires, ce qui le déçut beaucoup.Belle occasion de tout se relâr-cir: de L’Herbe rouge aux Fourmis, de L’Ecume des jours à BAutomne à Pékin, avec les écrits inconnus qui nous font découvrir encore d’autres aspects de cet incroyable homme-orchestre.Le Devoir BORIS VIAN.ŒUVRES ROMANESQUES COMPLÈTES Coffret en deux volumes Sous la direction de Marc Lapprand, avec la collaboration de Christelle Gonzalo et François Roulmann NRF, La Pléiade Paris, 2010,2671 pages HISTOIRE Paroles et révoltes juives SEBASTIEN VINCENT \ A la suite notamment du procès du SS Adolf Eich-mann tenu en 1961, des survivants de l’Holocauste prirent peu à peu la parole.Certes, la littérature sur les camps contribua au fait que le public voue aujourd’hui un vif intérêt aux individus qui connurent les affres de la guerre.Deux ouvrages récents offrent le point de vue de Juifs ordinaires happés dans le tourbillon de la Shoah et des années qui la précédèrent.Jamais nous ne retournerons dans ce pays présente 21 témoignages bouleversants de Juifs ayant vécu la Nuit de cristal, le «plus grand pogrom organisé de l’histoire moderne», sorte de prélude de l’extermination à venir.Des médecins, des avocats, des lettrés, hommes et femmes, les rédigèrent en réponse à un concours organisé en août 1939 par trois chercheurs de Harvard qui souhaitaient réunir des témoignages sur la vie en Allemagne depuis 1933 afin d’alerter l’opinion publique américaine devant les dérives du nazisme.Choisis parmi les 250 manuscrits reçus, ces récits autobiographiques denses et authentiques concordent sur un point: «L’extrême brutalité dont le national-socialisme [fit] preuve dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 constitu[di] une rupture totale et sans précédent dans l’histoire de la civilisation occidentale.» Saul Eriedlander souligne leur «poignante intensité» dans révocation de la terreur ressentie cette nuit-là, dans les camps ou lors des angoissants moments ayant précédé l’exil forcé des témoins qui purent à temps quitter l’Europe.11 faut aussi lire la genèse de ce document exceptionnel qui faillit ne jamais paraître.Une terrible question Si certains Juifs purent fuir, d’autres résistèrent par la parole et la violence.Les Révoltés de la Shoah contient six ouvrages passionnants publiés entre 1946 et 2006.Ceux-ci ré- pondent à «tous ceux qui, comme Hannah Arendt, s’interrogeaient sur la passivité des Juifs face à leurs bourreaux», affirme Marek Halter dans sa présentation.On parcourra ainsi les histoires d’individus d’une immense lucidité, souvent très jeunes, dont les destins nous plongent dans la profondeur de la conscience humaine.Thomas Blatt raconte comment il survécut, à 15 ans, à la révolte armée survenue au camp de Sobibor, le 14 octobre 1943.Les trois frères Bielski, sortes d’Oskar Schindler, sauvèrent plus de 1200 Juifs polonais en juillet 1944.Mais surtout, il faut revivre de l’intérieur l’insurrection du ghetto de Varsovie à travers des documents colligés sur place par l’historien Emmanuel Rin-gelblum.Avant d’être lui-même déporté, il les cacha dans des bidons de lait qu’il fit enfouir dans des caves.Ils furent ensuite miraculeusement sauvés des ruines.Plus loin, l’anéantissement du ghetto est raconté par le bourreau lui-même, le SS Jürgen Stroop.Troublant.On ressort secoué par tous ces récits, car leur lecture nous renvoie sans cesse à la terrible question: «Et nous, qu’aurions-nous fait à leur place?» Collaborateur du Devoir JAMAIS NOUS NE RETOURNERONS DANS CE PAYS Nuit de cristal : LES SURVIVANTS RACONTENT Edition présentée par Uta Ge- rhardt et Thomas Karlauf, prélace de Saul Friedlander Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss Albin Michel Paris, 2010,459 pages LES RÉVOLTÉS DE LA SHOAH Témoignages et récits Présenté par Marek Halter Omnibus Paris, 2010,1246 pages 0 Presses internationales P DLYTECHNIQUE L’AgraphoUr - intrigues policières à saveur mathématique Un voi et un braquage, ia disparition d'une souris de laboratoire de plusieurs milliers de dollars, entre autres intrigues, sont au coeur d'enquêtes menées par Maurice Manori, inspecteur de police, dit l'Agrapheur.Une approche ludique de la théorie des graphes pour les passionnés de jeux de raisonnement et de sudokus.ISBN : 978-2-553-01543-4 Prix : 24,95 $ www.polymtl.ca/pub Partenaire de l’École Polytechnique de Montréal L’ouverture sur le monde est, dans le cas de Mario Vargas Llosa, un préalable.11 a toujours eu, comme on dit, la bougeotte.Né au Pérou, il grandit en Bolivie jusqu’à l’âge de 10 ans, fréquente contre son gré le collège militaire à Lima, fait un doctorat en lettres en Espagne.11 vit plusieurs années à Paris, s’installe aussi un temps à Londres, à Washington, à Berlin, se fixe à Lima, tout en se promenant dans différentes villes du monde comme professeur invité ou écrivain.En 1990, après sa défaite amère aux présidentielles de son pays contre Alberto Euji-mori, l’ex-homme de gauche pro-Castro désormais associé à la droite libérale prend racine à Madrid.11 sera naturalisé espagnol trois ans plus tard.Son œuvre est marquée par la dénonciation de l’intoléran- ce, de la dictature, par la critique du pouvoir militaire en Amérique latine.En lui décernant le Nobel 2010, le jury s’est dit ébloui par «sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées des résistances, révoltes, et défaites des individus».Rien n’indique que Mario Vargas Llosa a l’intention de baisser la garde.Dans son plus récent livre, il s’en prend au nationalisme et au colonialisme, en revisitant notarq-ment l’histoire du Congo.À paraître en français en 2011 chez Gallimard, sous le titre Le Songe du Celte.Collaboratriee du Devoir MARIO VARGAS LLOSA La LIBERTÉ ET LA VIE Gallimard Paris, 2010,155 pages Félicitations à Jean-Claude Corbeil LAUREAT LA GRANDE MÉDAILLE DE LA FRANCOPHONIE Distinction décernée par l'Académie française L'EMBARRAS DES LANGUES Origine, conception et évolution de la politique linguistique québécoise PREFACE DE LOUISE BEAUDOIN ^ gunovdir ^ ^ h(m)riir .QÛ-da?flo6p'’'MaeHb kaiimern
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