Le devoir, 4 décembre 2010, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2010 THEATRE Kristian Frédric monte Koffi Kwahulé aux Écuries Page E 3 ^ MUSIQUE Jean-Guihen Queyras revient en clôture du Festival Bach , Page E 7 CULTURE 'J I TIFFETETZUIDA De Guy Lafleur considéré çommejmdes^eaiK;rt Au moment où le «démon blond» termine sa dernière tournée d’adieu, nous avons voulu lui rendre cet hommage BENOIT MELANÇON La scène se déroule dans le film La Cuisine rouge, de Pau-le Baillargeon et Frédérique Collin.Après une bagarre, le gagnant force le perdant à répéter «Guy Lafleur est le plus grand de tous les Québécois».L’affirmation est un brin exagérée, mais une chose est sûre: beaucoup d’artistes se sont inspirés du célèbre ailier droit des Canadiens de Montréal.Éloge de Ti-Guy Quelles sont les deux principales caractéristiques du jeu de Lafleur?La force de sa «frappe», dit le poète Bernard Po-zier.L’allégresse de son coup de patin, selon l’essayiste Mi-chel-Wilbrod Bujold.Certains ont le pied marin; Lafleur a le «pied patin».Le peintre Benoît Desfossés rend bien cela dans son tableau Le Démon blond.On y voit Lafleur, cheveux flottants et bâton tendu, foncer droit devant lui.Voilà le «Flower Power» auquel on a si fortement associé Lafleur.C’est aussi la vitesse qui intéresse Serge Lemoyne, qui a signé nombre d’œuvres picturales sur les joueurs des Canadiens durant les années 1970 et 1980.Trois mettent en scène Lafleur: Le Numéro 10, Lafleur stardust, Le Cinquantième de Lafleur.Le blanc, le bleu et le rouge suffisent pour rendre la grâce aérienne du patineur.Cette grâce, c’est aussi la chevelure au vent.Marie-France Bazzo résume excellemment l’image de Lafleur dans sa contribution au volume collectif Une enfance bleu-blanc-rouge: «Lafleur [.] semblait aussi conscient de ses cheveux que de son coup de patin; homme préoccupé parses extrémités.» Parmi les créateurs, ce sont toutefois les musiciens qui se sont le plus approprié Guy Lafleur.11 existe au moins une quinzaine de pièces musicales où il apparaît.11 y en a pour tous les goûts, du jazz au classique, du rock au country.Dans la plupart des cas, 11 ne s’agît que d’allusions, mais trois chansons sont entièrement consacrées à Lafleur.En 1955, Oscar Thîffault chantait «C’est Maurice Richard qui est si populaire / C’est Maurice Richard qui score toul’temps.» 11 recycle sa chanson en 1978, actualité oblige: «C’est Ti-Guy Lafleur qui est si populaire / C’est Ti-Guy Lafleur qui score toul’temps.» Robert Charlebols, lui, rendra hommage au «Champion» en 1987, maïs il s’inquiète pour son avenir: «C’est un play-boy, c’est une vedette / C’est un cow-boy dans l’jet-set.» Attention à la chute.Plus récemment, André Bra-zeau a versé dans la nostalgie en ravivant ses souvenirs de «Ti-Guy».Le refrain est clair: «Moé j’m’ennuie de Ti-Guy Lafleur / Lui quand i jouait / i en avait du cœur.» J’aurais voulu.11 n’y a pas que les francophones à aduler Lafleur.Dans SHAUN BEST REUTERS Guy Lafleur, ancien joueur des Canadiens de Montéai, à ia céiébration des 100 ans du ciub.la pièce de théâtre Life after Hockey de Kenneth Brown, on voit filer un joueur rapide comme un «coyote sauvage».Morde-cai Richler, grand amateur de hockey, a un jour fait le portrait de Lafleur en homme solitaire, «presque mélancolique».Le poète Ken Norris {Guy Lafleur and Me) se sent vieillir au même rythme que son idole.Dans la série des Carcajous de Roy MacGregor, Lafleur fait une apparition remarquée dans Une dangereuse patinoire.On connaît surtout W.P.Kinsella pour ses textes sur le baseball, mais il a aussi écrit sur le hockey, et le chien de sa nouvelle Truth s’appelle.Guy Lafleur.Cette forte présence de Lafleur sous la plume des écrivains anglophones a de quoi étonner.Les francophones paraissent préférer les biographies.La plus citée est celle de Georges-Hébert Germain.La plus récente (2010), celle de Christine Ouin et Louise Pratte, est destinée aux enfants.Parmi les exceptions, on retiendra la nouvelle de science-fiction Le Fantôme (ju Forum de Jean-Pierre April.À travers de fortes vapeurs éthyliques, on assiste à un match entre «six supersosies de Guy Lafleur» et l’équipe des «Robots russes».Ouf: victoire in extremis de l’équipe «des La-fleiu».On lira aussi avec étonnement les fragments de La Bible de Thurso, dont François Hébert est l’exégète.Depuis les années 1970, il est banal d’associer le sport et la culture.On entend partout que les grands sportifs sont de grands artistes.C’est vrai de Guy Lafleur sur la glace.Mais son intérêt pour l’art ne s’arrête pas là.En 1979, il lance deux disques, l’un en français, l’autre en anglais, où, siu une musique disco, il psalmodie des conseils aux jeunes hockeyeurs.On ne peut pas savoir quels ont été les résultats pédagogiques de ces enregistrements.En revanche, ils ont leur place assurée au Temple de la renommée du psychotronisme.Victor-Lévy Beaulieu s’était intéressé aux goûts esthétiques de Guy Lafleur dès 1972.Dans une entrevue du magazine Perspectives, on découvre ce que la recrue aime en matière de musique: Bach, Charles Mingus, Chantal Par y.On y apprend aussi qu’il tient un journal intime et qu’il écrit de la poésie.Lafleur le dit clairement: «Le hockey, pour moi, c’est une façon de m’exprimer, comme quelqu’un qui fait de la musique.» On sait peu de choses des poèmes de Guy Lafleur.Perspectives en cite un: «Pardonne à la maison indiscrète / Qui du- On a du mal, encore aujourd’hui, à imaginer cette rencontre de l’automatisme, de la contre-culture et du sport national rant ton absence / Fst venue feuilleter ce cahier.» 11 y en a un autre à la dernière page de la biographie de Lafleur par Georges-Hébert Germain, et c’est lui qui donne son titre au livre, L’Ombre et la Lumière.En matière poétique, un happening tenu durant la première saison de Guy Lafleur avec les Canadiens (f97f-f972) fait rêver.Serge Lemoyne, celui des œuvres tricolores, organise alors un événement intitulé Slap Shot.Au programme: peinture et poésie.Sur les murs: des Lemoyne, qui voisinent avec des textes de Claude Gauvreau, de Denis Vanier et de.Guy Lafleur.On a du mal, encore aujourd’hui, à imaginer cette rencontre de l’automatisme, de la contre-culture et du sport national.S’il fallait attribuer des étoiles aux joueurs de hockey devenus des icônes culturelles, la première n’irait pas à Lafleiu, mais à Maurice Richard.Pourquoi le numéro 9 est-il plus populaire que le numéro fO chez les artistes?Contrairement au Rocket, le démon blond a vécu presque toute sa vie sous l’œil inquisiteur des médias.On croit tout savoir de lui.Cette proximité a peut-être été un frein à l’imaginaire des créateurs francophones.H y a une autre raison, plus profonde.Si Maïui-ce Richard a tant occupé les artistes, c’est qu’il y a eu dans sa carrière un moment déterminant: le f7 mars f955, des milliers de Montréalais sont descendus dans la rue pour défendre leur idole, qui aiuait été bafouée par les autorités de la Ligue nationale de hockey.Rien de tel pour Lafleur, pas de cataclysme fondateur.Pour devenir «le plus grand des Québécois», il faut plus qu’un redoutable lancer frappé et que la «grâce artistique» chantée par Mes Aïeux.Collaboration spéciale Benoît Melançon est professeur à TUniversité de Montréal.Il est l’auteur de l’ouvrage Les Yeux de Maurice Richard.Une histoire culturelle. E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2010 CULTURE Artistes en colère fz-:: K- Odile Tremblay A l’ombre de la pinte de lait, je les ai vus grimper dans leurs autobus pour Ottawa, mardi matin, devant les bureaux de rUnion des artistes, boulevard René-Lévesque.Une centaine d’artistes, dont plusieurs ténors: Robert Charlebois, Louise Forestier, Richard Séguin, Ariane Moffatt, Luc Plamondon, Michel Rivard, François Cousineau, Claude Robinson et compagnie.Ils allaient pousser sur le ministre du Patrimoine, James Moore, et son patron Stephen Harper afin de fustiger le projet de loi U32 sur le droit d’auteur.Vedettes et stars montantes réclament, entre autres choses, des redevances sur leurs chansons, qui tournent allègrement à plein iPod et baladeurs mp3.En joggant, dans le métro, devant l’ordi, partout Youkaïdi! Youkaïda! la musique s’est affranchie.Qui veut encore payer pour l’écouter, au juste?La vente des disques est en chute libre.Mais les artistes protestent avec raison.Sur fond de piratage intensif, la question des lois régissant les nouvelles technologies à la télé, au cinéma, en littérature, en musique est fascinante.Sur la Toile, sur les écrans multiples et à pleins écouteiu-s, les supports se réinventent, balayant les acquis.Grayées désormais sm du sable, les lois en la matière.À effacer par la prochaine marée.Mais les machines jiuidiques sont lentes et parfois aveugles.En 1999, les auteurs et musiciens obtenaient des redevances pom les cassettes et les disques vierges.Brève accalmie.Les iPod et les baladeurs mp3 ont remodifié les règles du jeu, et l’annonce d’un projet de loi sur le droit d’auteur fut accueillie dans la liesse.Il fallait actualiser les codes.Mais patatras! Voici les couacs.Dès que les artistes n’ont pas l’oreille et la claque dans le dos des politiciens, ils se retrouvent piégés.Comme à Ottawa.Avec les conservateurs à bord, le manque de sensibilité culturelle donne des résultats comme ce projet de loi U32, qui privilégie les diffiiseurs au détriment des artistes, laisse des trous béants autour des - y/ir,/,-* A?" fyîr/r-//i Les artistes québécois sur ie sentier de ia guerre.nouveaux supports et multiplie les exceptions afin de permettre aux enseignants, entre autres, de diffuser leurs oeuvres sans verser de redevances aux auteurs.Pour tout finir, le projet de loi renvoie la balle dans le camp des créateurs, les forçant à se tourner vers les tribunaux s’ils estiment leurs droits violés.C’est exiger beaucoup d’eux.Du moins chez nous, des artistes ont appris à se mobiliser.Monter à 100 sur la colline d’Ottawa, c’est rameuter les médias.L’ennui, c’est que les créateius anglophones ne les soutiennent guère, affaiblissant ce combat poiu le droit d’auteiu.Et les conservateius qui haussent les épaules, excédés, doivent s’exclamer dans la langue du capitaine Haddock: Encore les #X!Y!#Z! de Québécois! Ça les emmerde, le grand débarquement, quoi d’autre?Sans les faire tourner casaque pour autant.Mais nos artistes tentent le coup.DEJA COMPLETA PLUS DE 50%.FAITES VITE ! ESPACE GO PROJET ANDROMAQUE & DE JEAN RACINE AVEC ANNE DORVAL DU 18 JANVIER AU 12 FÉVRIER 2011 + LOUISE CARDINAL + JEAN-FRANCOIS CASABONNE + MISE EN SCÈNE DE SERGE DENONCOURT THEATRE ESPACE GO Quéoec 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTREAL 514845-4890 ESPACEGO.COM ADMISSION 514790-1245 ADMISSION.COM ?Cornell üet Arts C’est à se demander ce que les créateurs des autres provinces ont dans le ventre, et poiuquoi ils ne rugissent pas de concert.Lors des compressions aux programmes PromArt et Routes commerciales en 2008, éperdue et tonitruante lut la réaction des artistes québécois, et bien discrets les cris venus du ROC.Deux solitudes, you betl Faut dire que nos artistes possèdent une expertise en la matière.Nombre d’entre eux ont rnilité poiu l’indépendance diuant des décennies, passant le flambeau aux plus jeunes.Ils ne se battent pas seulement pour leius propres droits.Quelquefois poiu l’avenir du monde, comme l’a démontré cette autre mobilisation d’artistes, avec Dominic Champagne à sa proue, exigeant de Québec un moratoire siu le gaz de schiste.Les grandes années de la contestation culturelle ont disparu dans la fumée des années fieius.N’empêche qu’à l’heiue du cocooning et du chacim-poiu-soi, les artistes se mobilisent et s’engagent qicore bien davantage que le reste des Québécois.A croire que la fonction crée l’organe.Têtes d’affiche en porte-drapeau, concerts-bénéfice, manifestations ponctuelles.Parfois pour se faire du capital politique — on ne se racontera pas d’histoires — ou sous la pression générale, mais souvent par conviction: ils ont le micro, l’aiua, le verbe, certains l’argent et la gloire, autrement la petite misère, mais une fibre sociale jamais tout à fait effilochée.Qui, on demande beaucoup aux artistes, au- JACQUES NADEAU LE DEVOIR tant qu’ils exigent d’eux-mêmes.Chose certaine, ils sont à peu près les seuls à lancer des coups de gueule pour des raisons éthiques, quand tout un chacun s’écrase dans un grand bof d’indifférence.Comme Gil Courtemanche, qui refusa d’être finaliste, avec son dernier roman, au Grand Prix littéraire Archambault, maillon de l’empire Québécor, par solidarité envers les lockoutés du Journal de Montréal.Faisant la morale à ses pairs avec peu d’élégance, mais engagé tout de même, l’écrivain-chroniqueur.Comme Jean-Simon Des-Rochers, aussi, qui lui a emboîté le pas.Courtemanche est un franc-tireur, avec les inconvénients et les avantages du tempérament: le mérite de penser par soi-même et peu de considération pour les choix des autres.Un débat similaire avait enflammé notre petit milieu culturel en 1999.Yves Beauchemin, Pierre Falardeau, Armand Vaillancourt, etc., invitaient au boycottage du Prix du Gouverneur général, lourd de symboles fédéralistes, et avaient reproché à Mi-chçl Tremblay de l’accepter.A chacun de se dépatouiller avec sa conscience dans ces histoires de prix là.Qui peut juger?Du moins, ces questions sont débattues au sein des milieux artistiques et le public s’en mêle.Tout le monde dort au gaz et c’est dans leurs rangs que ça bouge encore un peu.Alors, francs-tireurs ou pas, c’est pas le moment de leur tomber dessus.otremblay@ledevoir.corn Naissances De et avec: FRANCINE ALEPIN, GARY BOUDREAULT, SIMON BOULERICE, STÉPHANE DEMERS, CATHERINE VIDAL Direction artistique: DANIEL BRIÈRE ET ALEXIS MARTIN an espace L’ABONNEMENT LE PLUS FLEXIBLE EN VILLE CHOISISSEZ UN MINIMUM DE TROIS SPECTACLES PARMI LES CINQ ENCORE DISPONIBLES.LE DEVOIR Du 30 novembre au 18 décembre 2010 A Espace Libre 1945 Fullum, métro Frontenac Réservation: 514 521-4191 www.nte.qc.ca L’AGENDA LE DEVOIR L’HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 DECEMBRE 2010 E 3 CULTURE THEATRE De la liimiere sous les ombres et le sang Kristian Frédric met en scène un deuxième texte très dur de l’Ivoirien Koffi Kwahulé : Jaz MICHEL BELAIR Kristian Frédric nous fréquente depuis 2004.Le directeur artistique et metteur en scène de la compagnie Les lézards qui bougent, de Bayonne, dans le Pays basque français, présentait alors à l’Usine C une version hallucinante de La nuit avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès, avec le comédien Denis Lavant.On se souviendra que, pour étoffer encore sa proposition, Frédric avait demandé au bédéiste devenu cinéaste Enki Bilal de signer l’inspirante scénographie du spectacle.Ce premier passage fort remarqué avait mené le metteur en scène à travailler avec des Québécois sur deux autres productions dont on a beaucoup parlé: Big Shoot de Koffi Kwahulé, avec Sébastien Ricard et Daniel PareuL et Moitié moitié de l’Australien Daniel Keene, avec Cédric Dorier et Denis Lavalou.Voici que Kristian Frédric nous revient avec un autre texte de l’Ivoirien Kwahulé,/az, une production Les lézards qui bou-gent-Les Deux Mondes codiffu-sée à Montréal par l’Usine C.Nous l’avons rencontré entre deux répétitions, à quelques jours de la première, avec la comédienne Amélie Chérubin-Soulières qui joue le rôle-titre de la production qui prend l’affiche ce samedi au local des Deux Mondes — désormais mieux connu sous le vocable Aux écuries.Plongée en eaux agitées.Un univers étrange «Agitées» parce que Jaz est un texte très dur, à l’instar de Big Shoot qui mettait en scène une victime et son tortionnaire.Ici, c’est une femme — «Une femme contrainte, souillée, violée», dit le metteur en scène — qui subit un interrogatoire musclé.pour ne pas dire intrusif.Le décor, comme le laisse deviner notre photo, a pris la forme d’une énorme structure métallique, une «machine intelligente» conçue par Simon Laroche, le «père» des comédiens-robots du Salon des automates de Nathalie Claud,e.Dans la grande salle des Ecuries, on s’affaire aux derniers détails, on teste les zones d’ombre et de lumière, on ajuste.Rapidement, on le devine, l’atmosphère se ferait facilement glauque et même une odeur de sang pourrait se mettre à flotter dans l’air.«Le texte de Koffi m’a tout de suite interpellé, se souvient Kristian Frédric, revenu à la salle d’entrevues.En fait, il m’a donné à lire ses deux pièces en même temps, mais la vie a voulu que je monte d’abord Big Shoot.Ici, c’est une parole de femme qui s’affirme dans un lieu où l’humanité est, disons, “contrainte”; “contrainte” de multiples façons, mais d’abord physiquement.Dans le corps.Un peu à l’image de ce qui se passe un peu partout, sous des allures souvent à peine différentes, sur la planète tout entière.[.] Jaz, le personnage, cette femme noire humiliée, est aussi une allégorie de toutes les femmes et finalement de tous les humains enchaînés d’une façon ou d’une autre.C’est elle qui maintient ensemble les derniers morceaux décents d’un monde qui fout le camp.Et l’on s’acharne à faire disparaître en elle ce qui nous reste d’humanité.» 'J'f Hé.La comédienne Amélie Chérubin-Soulières et le metteur en scène Kristian Frédric dans le décor de Jaz.Frédric raconte qu’il a rapidement songé aux femmes-cages du sculpteur Giacometti.Ses fantômes personnels et ses références constantes aux arts plastiques l’amènent d’ailleurs à chercher ses images et ses mots du côté de Dali, de l’univers de David Cronenberg, des surréalistes et de Francis Bacon.Pour lui, les oeuvres des artistes contemporains «parlent» et il rêve d’installer un jour un spectacle dans un musée.Ce penchant lui a d’abord fait écrire un «story-board», comme disent les cousins, avant de pouvoir accoucher de Jaz.Dans ce livre remarquable édité par Les lézards qui bou-geuL on voit rapidement se dessiner, littéralement! — en textes, en photos, en images et en esquisses, en partitions musicales aussi — les frontières grises de l’univers étrange de Koffi Kwahulé.Tellement étrange que Kristian Frédric a rapidement décidé de faire appel aux concepteurs des Deux Mondes: Michel Robidoux à la trame musicale et sonore, Yves Dubé à la vidéo et aussi Nicolas Descô-teaux à la lumière.Pourquoi Les Deux Mondes?Cousinage «Parce que fai vu leur travail dans Carnets de voyages, que j’ai trippé sur le son et la vidéo et que fai senti le désir de faire ce projet avec eux.Vous pouvez le voir dans le “story-board”, il y a une direction affirmée dès le départ en ce sens.» Frédric signe tout ici, sauf le texte: la mise en scène, bien sûr, mais aussi le décor, les costumes.«Nous avons d’abord travaillé trois semaines en Erance, tous ensemble, enchaîne la jeune comédienne Amélie Chérubin-Soulières, à peine sortie de l’École nationale.Après Châtillon, près de Paris, nous sommes venus nous installer ici depuis le 4 octobre déjà.Du travail intense.Mais la volonté d’adaptation de part et d’autre l’a été tout autant.C’est un texte très dur, mais c’est aussi une expérience extraordinaire.Ce personnage: une femme remplie d’amour et de tendresse, une femme qui se bat aussi, qui ne cède pas.Cette rencontre avec Christian et avec toute l’équipe, cette façon de travailler: le fait de se référer à ce que l’on ressent dans tout son corps et pas seulement dans sa tête.» Frédric en rajoute en soulignant que la comédienne porte tout le spectacle sur ses épaules, par ailleurs loin d’être frêles.Le metteur en scène poursuit en soulignant la grande parenté.même qu’elle est un peu l’Eve de Denis Lavant ici.» Après les protestations d’usage, les deux complices se mettent à «Jaz le personnage, cette femme noire humiliée, est une allégorie de toutes les femmes et de tous les humains enchaînés d’une façon ou d’une autre » «le grand cousinage», entre Koffi Kwahulé et le Koltès de La nuit avant les forêts.«Les mots de Koffi sont des mots durs, comme le disait Amélie, mais ils illustrent un combat pour la lumière.Comme toute l’œuvre de Koltès! Il y a une continuité entre les deux, mais je dirais que, si Koffi est plus frontal, les deux touchent les mêmes questions essentielles.C’est pour cela qu’Amélie a pu trouver la continuité entre les deux: je dirais parler un peu plus de cette véritable partition en mouvement qu’est devenu le spectacle.Du lieu, par exemple, qui tient un peu de l’accélérateur de particules, mais qui est «l’un des personnages très actif de la pièce»: de ce duo entre Jaz et cet endroit lugubre qui prend différents visages en dialoguant avec elle.De la bande-son «qui relance constamment la balle et qui amène le spectateur comme la comédienne en des endroits insoupçonnés».De ces images fortes que le fameux «story-board» permet déjà de voir insupportables.JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Tout le travail, conclut le metteur en scène — qui s’attaquera l’an prochain à la première version opératique d’une oeuvre de Koltès —, a visé à faire en sorte que l’on ressente d’abord le texte avec ses tripes, dans son corps, comme Jaz, avant que l’on ne soit tenté d’expliquer son impact.» On vous l’aura dit.Le Devoir JAZ Texte de Koffi Kwahulé mis en scène par Kristian Frédric.Une production Les lézards qui bou-gent-Les Deux Mondes, présentée Aux écuries les 4,5,7,8,9,10, 11,14 et 15 décembre à 20h, avec représentations supplémentaires à 16h les dimanches 5 et 12 décembre.On se renseigne au 514 5214493.m.eU fofVtanJa a un cMi cJjr'StifUe.Mais C.eSt eUùM tout &ocx>meitî au>
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