Le devoir, 27 novembre 2010, Cahier J
LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 SYNDICALISME CONGRES DE LA FTQ La semaine prochaine, un congrès.Tous les jours, des «nouvelles».Le monde syndical subit le contrecoup de sa lourde présence dans la vie québécoise.Retour sur un acteur économique et social qui a façonné le Québec actuel.NORMAND THERIAULT Eh oui!, il y a eu hésitation.Eh oui!, il y a eu opposition.Mais surtout il y a eu concertation.Et on connaît maintenant le résultat: la Eédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la ETQ, s’est jointe aux voix protestataires et a publiquement demandé qu’une enquête publique soit instaurée pour faire le jour sur ce qui se passe dans le monde de la construction.Car, à la ETQ, si on ne craint pas de négocier, voire de clamer haut et fort son opposition, il faut aussi savoir comment le faire, car cette centrale syndicale est en fait un rassemblement d’autres «centrales», et là il est souvent long le temps de faire le tour du jardin: «Les gens de la construction, informe Michel Arsenault, le président de cette fédération, qui sont au nombre de 70 000 et qui représentent 44 % des travailleurs de cette industrie, étaient donc frileux, avec raison, face à une pareille idée d’enquête.Le rôle du président de la FTQ, dans un pareil contexte, c’est de trouver des consensus et de convaincre les gens; d’où le cheminement qui a été suivi.» Et, pour parvenir à un tel résultat, il a fallu que les syndicats locaux, les conseils régionaux, ici un autre palier d’instance, s’engagent pour qu’il devienne alors possible que la ETQ dépose sans opposition interne sa position.Et, dans la situation actuelle qui prévaut au Québec, si les entrepreneurs et les professionnels de la construction sont touchés, il faut aussi admettre que plus d’un reportage a eu pour résultat d’éclabousser le milieu syndical.Selon Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain, il fallait que cela cesse: «Ça trouble le monde.On invite les gens de la construction à nos réunions et on en parle ouvertement pour démêler les affaires.On en a assez des insinuations.Cela a des impacts.Nous, on ne veut pas la corruption.La commission d’enquête, on a poussé pour l’avoir.Nous n’avons rien à cacher.» Construire le Québec Ce qui se passe depuis quelques mois est en train de mettre à mal un bel héritage: la participation des travailleurs et des travailleuses à la construction du Québec moderne.Qui, f i îii 4 t ¥ I ffO i La Fédération des travailleurs du Québec en 2009, au rendez-vous du 1" mai Le pouvoir des «autres» «On en a assez des insinuations» au début du siècle dernier, se battait pour l’amélioration des conditions de travail et pour la reconnaissance des droits des femmes?Les Chantiers du travail, où médecins et travailleurs œuvraient de concert.Et le Québec, avec son fort Ce qui se passe depuis quelques mois est en train de mettre à mal un bel héritage : la participation des travailleurs et des travailleuses à la construction du Québec moderne taux de syndicalisation et cette société dite «sociale-démocra-te», un «tort» que dénoncent tous les think tanks de droite, comment en explique-t-on la naissance?«Les grandes mesures sociales, rappelle l’historien Jacques Rouillard, ce sont les syndicats qui les ont réclamées: interventions de l’État dans le domaine économique et nationalisation des entreprises de services publics font partie du programme des organisations dès le début du siècle; il y a la mise en place des pensions de vieillesse, de l’assurance-chômage, des allocations familiales et de l’assurance maladie qui figure à leur ordre du jour.Ils revendiquent des dispositions législatives qui touchent l’ensemble des salariés.» Aussi, au moment où le grand capital ne voit l’avenir de la planète que sous les traits d’un partage de la richesse au profit d’un petit nombre, celui des mieux nantis, il est heureux pour ces financiers que quelques scandales fassent oublier la grande débandade qui non seulement met à mal l’économie américaine, mais aussi qui pousse à la ruine des pays comme la Grèce ou aujourd’hui l’Irlande ou le Portugal, et demain qui encore.La libéralisation des marchés, au nom du droit des entreprises, a souvent des conséquences lourdes.Nouveau visage Au Québec, un Etat longtemps contrôlé par un establishment, financier ou religieux, il a fallu la force syndicale pour que les choses changent: au début des années 70, les chefs des grandes centrales syndicales n’ont-ils point eu à vivre quelques fins de semaine en prison sous prétexte que leur opposition à quelque orientation gouvernementale tenait de la sédition?Et ainsi de suite pour quelques conflits majeurs.Il est sûr, toutefois, au fil des ans, que le monde syndical a offert plus d’un visage.On ne connaît plus de grands mouvements de grève, et, avec la création du Eonds de solidarité et autre Eondaction, le monde syndical s’est donné des outils qui en font aujourd’hui un intervenant économique majeur dans le paysage québécois: le seul fonds de la ETQ n’est-il point présent dans 2052 entreprises d’ici et son actif n’est-il point évalué à 7,3 milliards de dollars?Et cet argent, fourni en grande partie par les membres du réseau syndical, est souvent, en contrepartie, le seul «fonds de pension» de plus d’un simple citoyen.Intervention Il y aura, c’est du moins le souhait de la majorité, une enquête un jour qui racontera ce qui se passe dans ce vaste univers que le mot «construction» recouvre.D’ici là, la semaine prochaine, la ETQ sera en congrès, et ce dont tous les journaux et autres organes d’information font leurs choux gras sera là aussi discuté: entre quatre murs ou en plénière, il faut s’attendre à quelques lourdes paroles.Si les Louis Laberge ou les Henri Massé ne sont plus les têtes d’affiche, il ne faut pas croire pour autant que le monde syndical a perdu la voix.Et, n’en déplaise aux tenants de la «nouvelle économie», il n’est pas encore question que le monde des travailleurs et travailleuses cède son «pouvoir».Le Devoir LE DEVOIR SOURCE FTQ W \ RENE ROY Venu des mines de fer du Labrador Page 2 MICHEL ARSENAULT «Le rôle du président est de convaincre » Page 3 CONGRES Il faudra voter sur 150 résolutions déposées Page 2 HISTOIRE Il y avait la Fédération provinciale du travail Page 4 FONDS Des PME performantes Page 5 QUÉBEC La vie syndicale explique l’évolution du Québec Page 7 I 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 MUSIQUE AU SECONDAIRE Des professeurs inquiets «Ce n’est pas suffisant, 50 heures par année» En 2009, pour la première fois en 21 ans, Josée Laforest était absente lors de la rentrée scolaire dans les deux écoles secondaires où elle enseignait la musique à Sorel-Tracy.Compte tenu du fait que le nombre d’beures de cours a diminué de moitié dans ses classes de 4® et de 5® secondaire et que les débutants de 4® secondaire étaient intégrés aux classes d’avancés, elle affirme qu’elle n’arrivait plus à allumer la flamme auprès de ses élèves.Elle a décroché.Eaut-il s’inquiéter du contexte dans lequel on enseigne la musique au secondaire?toire.Plusieurs n’offrent tout simplement pas de musique.«Et, parmi les écoles qui l’offrent encore, plusieurs le font dans un contexte très difficile», affirme M.Gascon.Le cours de 50 heures D’après la FAMEQ, l’un des problèmes majeurs dans l’enseignement de la musique au secondaire est l’arrivée, avec le renouveau pédagogique, du cours d’art de 50 heures obligatoire au Pour la FAMEQ, il s’agit ni plus ni deuxième cycle.Corn- moins d’une question de survie de la me le cours à .J 1/1 /fl option de 100 musique dans les ecoles regulieres heures n’est MARTINE LETARTE Dy une école à une autre, il semble que la situation soit très différente.«De façon globale, il y a beaucoup de bonnes choses qui se font», affirme Jean-Sébastien Gascon, coordonnateur du développement à la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ).Il affirme qu’on n’a jamais eu autant de programmes de concentration de musique dans les écoles.«Ces programmes sont très motivants pour les élèves.Je pense par exemple à l’école Joseph-François-Perrault, à Saint-Michel, un quartier dur de Montréal.L’école pourrait avoir toutes les misères du monde, mais son programme de musique est l’un des meilleurs au Québec et il attire des gens de différents quartiers.» Qr, dans les écoles régulières, c’est une tout autre his- pas reconnu pour l’obtention du diplôme, plusieurs écoles ont tout simplement décidé de le laisser tomber pour donner le cours obligatoire de 50 heures.C’est ce qui s’est passé à l’école de Josée Laforest.Avant 2005, elle voyait les élèves environ deux fois par semaine.A partir de 2005, elle a commencé à voir ceux de 4" et de 5" secondaire seulement une fois par semaine.«A un cours par semaine, l’enseignement est très dilué.On peut seulement faire des activités qui n’ont pas de liens entre elles.Ce n’est pas suffisant pour allumer la flamme», affirme celle qui continue maintenant à enseigner la musique en privé, en plus d’être formatrice auprès de la Fédération des harmonies et des orchestres symphoniques du Québec.«L’intention du cours obligatoire était bonne, mais, avec 50 heures de musique par année, ce n’est pas suffisant pour apprendre la musique d’ensemble», affirme Jean-Sébastien Gascon.«Déjà, à 100 heures, j’étais obligé de faire plein de parascolaire pour arriver à faire de l’orchestre! On ne peut pas enseigner la théorie, l’interprétation et la création, soit les trois compétences exigées en musique, en 50 heures», s’exclame pour sa part Michel Painchaud, enseignant de musique en 3", 4" et 5" secondaire à l’école Armand-Corbeil, à Terrebonne.L’établissement fait finalement de véritables acrobaties pour continuer à offrir plus de 50 heures de musique en 4" et 5® secondaire.«Avec l’accord de la direction et des enseignants, je réussis presque à avoir 50 autres heures en allant chercher les élèves qui le souhaitent pendant qu’ils sont dans d’autres cours.Pour éviter qu’ils manquent toujours les mêmes matières, je passe des heures à préparer les horaires que je remets aux élèves et aux professeurs lors de chaque étape», explique M.Painchaud.Une histoire de fou, diront certains! «C’est une mesure transitoire, précise- lut que nous revenions au cours de 100 heures.» ^Joseph-François I I rcrrau t École secondaire PROGRAMME ARTS-ETUDES : MUSIQUE CLASSIQUE Reconnu pour la qualité de son programme créé en 1978, notre département de musique classique accueille chaque année plus de 800 élèves.Joseph-François-Perrault (JFP) est d'ailleurs la seule école secondaire au Québec à offrir conjointement le programme arts-études en musique classique et le programme d'éducation internationale, en plus d'une concentration en musique classique.Studio Yves Beaulieu Un haut lieu musical Pour faire valoir leurs talents, nos jeunes musiciens profitent de moyens exceptionnels : deux orchestres symphoniques, sept orchestres à cordes, dix harmonies et six chœurs, et ils ont accès à plus de 900 instruments.Nos disques produits sont souvent diffusés sur les ondes de stations radiophoniques spécialisées.Notre grand projet : la construction d'une salle de concert prévue en 2011.Nos partenaires Nous maintenons de solides liens avec des partenaires, dont l'Orchestre symphonique de Montréal et le Conservatoire de musique du Québec à Montréal.De plus, la Fondation JFP soutient l'avancement de la musique et du chant choral à l'école.Elle remet des bourses à des jeunes qui poursuivent des études musicales.De grandes réaiisations Nous participons à de nombreux concours et festivals au Québec et, ces dernières années, neuf tournées ont eu lieu en France, en Suisse, en Italie et en Espagne, où nos jeunes artistes ont donné des concerts, entre autres à l'Opéra de Nantes et au Grand Théâtre d'Angers.Notre Orchestre symphonique JFP est présent lors de grands rendez-vous musicaux, comme le Festival international de Nantes et le Festival de Rosas, en Espagne.Un rayonnement intemationai La renommée de JFP est aussi véhiculée par d'anciens élèves devenus des musiciens professionnels et membres d'ensembles musicaux prestigieux au Canada et à l'étranger, dont Alain Trudel, chef de l'Orchestre des jeunes de Toronto et de l'Orchestre symphonique de Laval, jean-Marie Zeitouni, chef de chœur et chef d'orchestre de l'Opéra de Montréal, Sylvia Mandolin!, violoniste à l'Orchestre symphonique de Milan et Hermine Gagné, violoniste à l'Orchestre symphonique de Chicago.AUDITION POSSIBLE EN TOUT TEMPS Renseignements et inscription csdm.qc.ca/j'fp «514 596-4620 une âCOlB ILS IRONT LOIN .-table Commission scolaire de Montréal Un jeune musicien de l’enseignant Michel Painchaud La FAMEQ souhaite d’ailleurs que le ministère de l’Éducation exige que toutes les écoles offrent un cours de musique de 100 heures, de la 3" à la 5" secondaire.La continuité Une autre réalité qui complique l’enseignement de la musique au secondaire, remarque-t-on à la FAMEQ, c’est le fait que plusieurs écoles permettent à des élèves de choisir de faire de la musique en 3" ou en 4® secondaire même s’ils n’en ont jamais fait auparavant.«Les débutants se retrouvent donc dans les mêmes classes que les élèves avancés, ce qui crée des groupes non homogènes.C’est démotivant pour les élèves, mais aussi pour les professeurs», indique Jean-Sébastien Gascon.Josée Laforest a vécu ce genre de difhcultés.«D’un côté, on ne veut pas perdre l’intérêt des élèves qui font de la musique depuis plusieurs années, et, de l’autre, il faut motiver les nouveaux et leur montrer la base.Bien souvent, on finit par perdre la motivation de ceux qui font de la musique depuis longtemps et on frustre les nouveaux qui ne veulent pas mal paraître devant les autres.Ça crée des problèmes de comportement et même du grabuge.J’ai vu des affaires épouvantables», affirme celle qui se dit toujours passionnée par son métier et heureuse d’avoir la chance de pouvoir PHOTOS ECOLE ARMAND-CORBEIL La musique a toujours sa place à l’école Armand-Corheil, à Terrebonne.continuer à le faire dans un autre contexte.De son côté, Michel Painchaud n’a pas à composer avec ces classes hétérogènes.«Chez nous, la musique et les arts ont toujours été bien soutenus.Nous ne laissons pas un élève qui n’a jamais fait de musique commencer en 3” secondaire.» La FAMEQ souhaite d’ailleurs que le ministère exige une continuité disciplinaire de la 3" à la 5" secondaire.«Dans aucune autre matière, on n’accepterait des élèves qui n’ont aucune base dans les cours.Nous croyons que l’élève devrait pouvoir essayer deux formes d’art en 1" secondaire avant de faire son choix pour la 2.Parce que la musique est très différente au primaire et au se- condaire.Nous pensons que, comme ça, il y aurait également moins de changements en 5* secondaire parce que les choix seraientfaits de façon plus éclairée.» Pour la FAMEQ, il s’agit ni plus ni moins d’une question de survie de la musique dans les écoles régulières.«Nous avons besoin d’une intervention musclée pour éviter que l’enseignement de la musique continue de se dégrader dans les écoles qui n’ont pas de concentration, affirme M.Gascon.Parce que, si on veut que la musique continue d’être enseignée, les élèves doivent continuer à la choisir, et, pour ça, on doit leur offrir un projet artistique de qualité.» Collaboratrice du Devoir 7450, rue François-Perrault, Montréal H2A 1L9 ® Saint-Michel Télécopieur : 514 596-7340 TRADITION P’EXCELLENCE, MODERNITE ET.PASSION DE LA MUSIQUE ! Au confluent de la tradition européenne et de i’avant-gardisme américain, la Faculté de musique de i’Université de Montréai attire et fait rayonner le talent de 800 étudiants et de 160 enseignants venus d’ici et d’un peu partout sur la planète.En réseau avec les institutions internationales, la Faculté de musique ne cesse de s’affirmer comme un lieu de création et de recherche de pointe.Au cœur de cette activité intense : une importante unité de recherche comprenant l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM).Musique baroque, classique, opéra, musique contemporaine et électroacoustique, jazz et musiques du monde : tout un univers accessible aux interprètes, musicologues, compositeurs et chefs d’orchestre.DU BACCALAURÉAT AU DOCTORAT : • un environnement d’apprentissage chaleureux • des maîtres réputés, voués à la transmission de leur savoir • 600 événements par année dans trois salles de concerts musique.umontreai.ca Université de Montréal EE LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 J 3 M À la veille du congrès A « Le role du president est de trouver des consensus et de convaincre » Michel Arsenault prend position sur les valeurs syndicales québécoises Le président de la Fédérations des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, clarifie la position de la centrale sur une commission d’enquête dont elle prône la tenue.Il dresse un bilan des trois dernières années sur les plans syndical et social; en corollaire, le Fonds de solidarité est salué comme un joyau du mouvement.Il briguera un deuxième mandat lors du congrès qui se pointe, au moment où la tempête médiatique a passablement brassé l’équipage du navire.RÉGINALD HARVEY Cette semaine-là, l’avant-dernière, fut mouvementée et particulièrement marquée par un point de presse durant lequel Michel Arsenault a secoué le Québec lors de sa prise de position en faveur de la mise sur pied d’une commission d’enquête.Selon lui, il ne s’agit pas d’une volte-face de la part de la FTQ, qui avait déjà sensibilisé, en novembre 2009, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, aux irrégularités qui marquaient l’octroi des contrats, particulièrement à Montréal: «On avait demandé au gouvernement de légiférer sur ce point et on avait affirmé qu’il fallait que la police continue ses enquêtes; si celles-ci n’aboutissaient pas et que c’était impossible de légiférer, on avait dit qu’on allait aussi demander une enquête publique.» Deuxièmement, il signale que la centrale avait gardé un souvenir amer d’une telle procédure à la suite de la commission d’enquête tenue sur la Gaspésia, au cours de laquelle il lui avait été impossible de se rendre justice: «Chat échaudé craignait l’eau chaude», ce qui n’est plus le cas à la suite des révélations qui se sont succédé dernièrement et qui expliquent le changement de cap en cause.Enfin, il laisse savoir qu’il y a des règles démocratiques à respecter dans une aussi vaste organisation structurée comme la sienne; il a donc fallu y mettre le temps voulu avant de s’engager dans une autre direction: «Les gens de la construction, qui sont au nombre de 70 000 et qui représentent 44 % des travailleurs de cette industrie, étaient donc frileux, avec raison, face à une pareille idée d’enquête.Le rôle du président de la FTQ, dans un pareil contexte, c’est de trouver des consensus et de convaincre les gens; d’où le cheminement qui a été suivi.» Un inventaire en trois temps Michel Arsenault scinde en trois parties son mandat à titre de président au cours des trois dernières années: U y a le côté de la société québécoise, celui de la vie sjmdicale et celui de l’existence du Fonds de solidarité, dont il assume également la présidence du conseil d’administration.Il est d’abord question de sjmdicalisme: «On a amélioré les relations de travail de façon substantielle au cours des 20 dernières années au Québec, ce qui s’est perpétué au cours des trois dernières.» Les explications suivent: «Les temps de grève et de lock-out ont diminué de façon extraordinaire, si on remonte 25 ans en arrière et si on se compare à la majorité des autres provinces; on n’a pratiquement plus dégrève et on compte quelques lock-outs, surtout du côté de Québécor.» Il se réjouit de la tournure des événements dans le secteur public et parapu-blic: «On a été un joueur important là-dedans.C’était une première, qu’on fasse un front commun comprenant une entente de non-maraudage entre les différentes allégeances syndicales; elle a été respectée à la lettre.» Il vante la rapidité du processus de négociation: «Au lieu de prendre deux ans pour arriver à un règlement, on a essayé de faire cela à l’intérieur de six mois, ce que nous avons réussi et ce dont je suis fier.» Il se félicite particulièrement de ce que les augmentations salariales soient en partie liées au taux ,de croissance économique, à la prospérité de l’État.D’autres dossiers apportent une satisfaction: «A Montréal, un autre grand syndicat, celui des cols bleus, en est arrivé à une entente et le climat de travail s’est grandement amélioré.Dans la construction, on a conclu un accord pour une durée de trois ans.» Il en conclut que la centrale n’a pas trop été abîmé par les soubresauts médiatiques qu’elle a vécus.Tant et si bien que, sur le plan du recrutement, les données s’avèrent intéressantes: «On a reçu trois fois plus d’accréditations que la principale centrale concurrente.Dans la construction, on a maintenu notre membership.Les nouveaux arrivants dans cette industrie ont choisi la FTQ dans une pro- Michels Arsenault signale l’urgence de s’attaquer à l’épineux problème des revenus des travailleurs à la retraite portion de quatre sur dix.» Et il place le mot de la fin sur le plan syndical: «On doit être correct en quelque part, parce que des membres, on ne gagne pas cela à la loto.Les gens restent chez nous et les gens viennent chez nous, ce qui est fort encourageant» Le syndicalisme se porte à l’attaque M.Arsenault aborde le volet social des activités du mouvement d’une façon décidée: «C’est en quelque sorte le programme des prochaines années et on doit passer à l’offensive de ce côté.Je crois que la société québécoise est encore la plus égalitaire de l’Amérique du Nord, même s’il souffle un vent de droite, même si plusieurs disent qu’on serait mieux avec le secteur privé, qu’on paie trop d’impôt et ainsi de suite.» Il énumère un certain nombre de mesures sociales majeures (garderies à 7 $, congés parentaux, équité salariale, etc.) qui font en sorte que le fardeau fiscal des Québécois est de sept milliards de dollars plus élevé que celui des Ontariens.Il montre l’envers de la médaille: «Je peux dire, pour avoir vécu cinq ans à Toronto avec ma famille, de 1996 à 2000, que lorsqu’on se paie des services de façon collective comme ici, ça coûte toujours moins cher que de façon individuelle.» Dans le contexte de la montée du néolibéralisme et de la valorisation du secteur privé, il y a des batailles épiques en vue à livrer pour les syndicats, soutient-il: «On va devoir continuer d’accentuer l’information et la mobilisation auprès de nos membres pour maintenir les avantages sociaux qu’on a acquis et pour les améliorer; ce sera l’une des luttes importantes de la FTQ dans les années à venir.» Il ajoute: «C’est la raison pour laquelle on est embarqué dans l’Alliance sociale, pour mieux mobiliser nos gens.» Avant de clore l’aspect social de la vie sjmdica-le, il signale de plus l’urgence de s’attaquer à l’épineux problème des revenus des travailleurs à la retraite, alors qu’il est devenu à peu près impossible de négocier des régimes de retraite avantageux à prestations déterminées.Il épilogue de plus sur la nécessité de mettre en valeur nos richesses naturelles et collectives dans le respect des milieux et des territoires.Le Fonds, ce joyau de la Fédération Le président est visiblement agacé par les cri- tiques qu’a subies le Fonds au cours de la dernière année; il défend bec et ongles cet enfant prodige de la FTQ: «C’est un success story et je peux dire que nous sommes très fiers de cela.On a connu un taux de rendement de 9,5 % l’an passé, ce qui est incroyable! On a l’obligation d’investir 60 % de nos avoirs dans l’économie québécoise et on est allé chercher ce rendement-là pour nos actionnaires dans du capital de risque.On a atteint cette année le nombre record de 557000 actionnaires; de ce nombre de personnes, il y en a 200 000 qui n’ont pas d’autres revenus à la retraite à part l’argent placé dans le Fonds.» Il présente le portrait sur le plan du maintien et de la création d’emplois: «L’an passé, on a maintenu 150 000 emplois avec nos investissements.» Certains médias ont reproché au Çonds d’avoir investi ou créé de l’emploi aux États-Unis: «C’est vrai qu’on a des partenaires qui ont des intérêts en dehors du Québec, et, dans une économie mondialisée, on ne peut pas faire autrement.» Il soulève un dernier point: «Malgré la tempête médiatique à travers laquelle nous avons réussi à passer, on a recueilli 660 millions de dollars au niveau de la souscription l’an passé, ce qui est très bon.On a investi un demi-milliard de dollars dans le Québec et on compte 300 entreprises partenaires.» À l’aube du congrès.Michel Arsenault relève deux sujets importants qui seront abordés lors du 29® grand rassemblement annuel, tenu à partir du 29 novembre: «Il y aura deux commissions traitant de sujets importants: l’une portera sur les fonds de retraite et l’autre sur la conciliation travail-famille.Il sera question d’emplois et d’améliorations au Code du travail et une résolution sera déposée pour qu’on s’impose un code d’éthique à la FTQ.On va bien sûr échanger autour de la société québécoise, parce que le thème même de cette rencontre est le suivant: “Pour un Québec qui nous ressemble et qui nous rassemble”.» Tout en sollicitant un deuxième mandat, il rend hommage à un militant de longue date: «René Roy a décidé de prendre sa retraite et on va certainement saluer son départ de façon exceptionnelle.Il a fait beaucoup pour la FTQ, dont il a été le secrétaire général pendant 12 ans; il a consacré 40 ans de sa vie au monde syndical.» Collaborateur du Devoir SOURCE FTQ De gauche à droite, première rangée: Louis Boiduc, TUAC; Lucie Levasseur, SCFP; Michei Arsenauit, président FTQ; René Roy, secrétaire générai FTQ; Michei Ouimet, SCEP; Daniei Roy, Métaiios.Deuxième rangée: Jérôme Turcq, AFPC; Yves Oueliet, FTQ-construction; Daniei Boyer, SQEES-298; Louise Mercier, UES-800; Christian Martei, STTP; Jean-Pierre Fortin, TCA; Danieiie Casara, SEPB-Quéhec; Aiain Degrandpré, Teamsters; Serge Cadieux, SEPB-Quéhec.Troisième rangée: Giiies Brosseau, AIMTA, et Michei Ducharme, Conseii régionai FTQ Montréai métropoiitain.Un poste à ia vice-présidence du SCFP demeure à pourvoir.9e Congres de la FTQ Syndicat québécois ' des employées et • employés de service^ T éction locale 298 (FTQ) ftô www.sqees.ca - info@sqees.ca J 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 M La Fédération des unions industrielles du Québec soutient la mesure La Fédération provinciale dn travail dn Qnébec devient la FTQ en 1957 Au tournant de l’autre siècle, 6000 travailleurs québécois sont affiliés à l’un des 74 syndicats internationaux La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) est issue du syndicalisme international, un mouvement important dans notre histoire qui a emmené les revendications ouvrières sur le front politique.En remontant aux sources de la FTQ, ce sont les origines du mouvement social-démocrate québécois qu’on déterre par la même occasion.ETIENNE PLAMONDON EMOND cales».Une nouvelle centrale se forme, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada Assurance hospitalisation, (CTCC), qui deviendra, une pension de vieillesse, assu- fois déconfessionnalisée des décennies plus tard, la CSN.«Les syndicats internationaux sont majoritaires au Québec jusque dans les années 60 et représentent Vinjluence du continent nord-américain, tandis que les syndicats catholiques représentent Vinjluence européenne», afhrme Jacques Rouillard.L’une des luttes majeures des syndicats internationaux réside dans la négociation des conventions collectives en entreprise, avec un soutien hnan-cier et organisationnel non négligeable de la part des grandes unions américaines.L’autre de leurs fronts s’anime du côté de la politique active, ce qui les distingue une fois de plus de la CTCC, dont la Constitution interdit la politique partisane.C’est l’importance ac- D’abord sceptique envers le nationalisme ssurance hospitalisation, L pension de vieillesse, assurance-chômage, nationahsation ou municipahsation de services publics, instauration d’un système scolaire gratuit: ces acquis sociaux d’aujourd’hui s’intégraient aux revendications des sjmdicats internationaux du début du siècle.«Les unions internationales ont joué un rôle essentiel dans la société québécoise», juge Jacques Rouillard, auteur du livre Le Syndicalisme québécois.Deux siècles d’histoire, qui pourfend le préjugé insinuant que ce mouvement se cantonnait à du syndicalisme d’affaire.«Ils s’intéressent à la politique partisane», ajoute l’historien, qui rédige actuellement un livre sur les origines de la social-démo-cratie au Québec, qui se retrouve, selon lui, dans le projet canadien-français, la FTQ valorise une réforme de la Confédération canadienne pour donner davantage d’autonomie au Québec de société (Jes syndicats internationaux.A l’époque, leurs aspirations se basaient déjà sur une certaine acceptation de l’entreprise privée, sur un soutien aux institutions démocratiques et sur l’interventionnisme étatique.«Notre législation du travail et notre législation sociale sont fortement influencées par leurs revendications et leurs réclamations.» L’arrivée C’est en 1882 que la première centrale sjmdicale, dite internationale, s’installe au Québec.La.grande mobilité de la main-d’œuvre en Amérique du Nord favorise le débordement des syndicats états-uniens de notre côté de la frontière.Ils s’implantent en grande proportion dans la région montréalaise.En 1886, ils participent à la création du Conseil des métiers du travail de Montréal, dont le rôle consiste à influencer les pouvoirs publics municipaux dans l’intérêt de la classe ouvrière.Dès 1893, les syndicats internationaux rencontrent annuellement les gouvernements pour leur énoncer une liste de demandes.Au tournant du siècle, déjà près de 6000 travailleurs québécois sont affiliés à l’un des 74 syndicats internationaux.Le mouvement se répand à travers la province.Le clergé décide alors de créer des sjmdi-cats catholiques afin de contrer ces organisations, qu’il condamne comme «socialistes», «radicales», «trop promptes à la grève», mais surtout «anticléri- cordée à ce pouvoir qui stimule la création de la première fédération provinciale du Canada au Québec.Le Congrès des métiers du travail du Canada (actuel CTC) possédait une représentation auprès du gouvernement via un comité exécutif provincial du Québec.Mais la montée de la droite, avec Maurice Duplessis à sa tête, inquiète suffisamment la centrale.Elle fondera, en réaction, la Eédération provinciale du travail du Québec (EPTQ), ancêtre direct de la ETQ.Nous sommes en 1937, et l’instauration de la loi du cadenas, qui combat la propagande communiste, constitue un prétexte pour acculer les syndicats au pied du mur.Se déchirer avant de se réunir Au même moment, la solidarité se manifeste de plus en plus entre les personnes d’une même entreprise plutôt qu’entre ouvriers appartenant au même corps de métier.Certains syndicats internationaux décident d’assouplir leurs structures en ce sens avec des unions industrielles.Le désaccord qui en découle a pour effet de scinder l’American Eeçlera-tion of Labour (AEL), aux Etats-Unis, par la formation d’une centrale rivale: le Congress of Industrial Organizations.Comme ces syndicats s’étendent au Québec, les structures se séparent ici aussi, ce qui engendre, en 1952, la création de la Eédération des unions industrielles du Québec (EUIQ), qui regroupe les syndicats affiliés au CIO.Les Louis Laberge a été président de ia FTQ de 1964 à 1991 et président-fondateur du Fonds de soiidarité FTQ.SOURCE ARCHIVES ETQ JACQUES GRENIER LE DEVOIR Reconnu pour son grand dévouement à ia cause du français, Fernand Daoust a été i’un des pius grands artisans de i’autonomie de ia FTQ au sein du Congrès du travaii du Canada, li a été président de ia FTQ de 1991 à 1993, après en avoir été ie secrétaire générai pendant 22 ans.unions industrielles donnent un nouveau souffle au syndicalisme international.La EUIQ adopte d’ailleurs un manifeste politique en 1955.L’année suivante, l’AEL et le CIO se ré-çoncilient et fusionnent aux Etats-Unis.La EPTQ et la EUIQ emboîtent le pas, malgré certaines frictions, et donnent naissance à la ETQ.«Les syndicats industriels sont plus militants, plus à gauche, plus favorables à l’intervention de l’Etat [.].Les unions de métier veulent plutôt concentrer leur attention sur la négociation de conventions collectives et sur la représentation auprès des gouvernements, mais pas sur la politique partisane électorale», explique M.Rouillard, qui précise que «la tendance EUIQ, union industrielle, l’a emporté» par la suite.Appui politique La ETQ accordera et affichera sans hésitation son appui au NPD, dans les années 60, lors des élections fédérales.D’abord sceptique envers le nationalisme canadien-français, la ETQ valorise une réforme de la Confédération canadienne pour donner davantage d’autonomie au Québec.Mais voilà qu’avec l’émergence du débat linguistique et la venue du Mouvement souveraineté-association, la fédération fait volte-face.Elle prendra pour la première fois position lors des élections provinciales en 1976 en suggérant de voter pour le Parti québécois, un parti dont le program- me répond à plusieurs revendications de son mouvement syndical.Bien que le mouvement souverainiste conserve des détracteurs au sein de la centrale, un congrès spécial de la ETQ réunissant 2200 membres donne un appui massif au camp du Oui à la veijle du référendum de 1980.A l’instar du Québec, la ETQ, rattachée au Congrès du travail du Canada (CTC), cherche aussi à affirmer davantage son autonomie et à rapatrier des pouvoirs.En 1993, dans un climat constitutionnel particulièrement tendu, une entente donne à la ETQ davantage de responsabilités dans «une version syndicale du concept de souveraineté-association», comme le décrit alors la fédération.En 1995, la ETQ se range de nouveau derrière le Parti québécois et l’option du Oui lors du second référendum.«Les choses ont bien changé depuis les années 80-90», admet Jacques Rouillard au sujet du poids des syndicats en politique.«Les gouvernements sont davantage à l’écoute du monde patronal que du monde syndical», considère-t-il à l’heure actuelle.Le Devoir m M TÀ LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 J 5 HQ Fonds de solidarité Les PME québécoises : performantes Le Fonds investit dans 2052 entreprises Le Fonds de solidarité FTQ a enregistré un bénéfice de 600 millions de dollars au terme de sa plus récente année financière, après avoir essuyé des pertes de 919 millions l’année précédente.Comment expliquer ce rebondissement spectaculaire?CLAUDE LAFLEUR Deux raisons expliquent notre bonne performance, relate Mario Tremblay, vice-président aux affaires publiques du Fonds de solidarité FTQ.Premièrement, la Bourse a bien performé au cours de notre dernière année financière.C’est dire que l’ensemble des entreprises cotées en Bourse, y compris les PME québécoises, ont bien performé.Mais cela ne suffit pas pour expliquer notre performance.» «En fait, et c’est là une belle surprise, nous avons obtenu un rendement dépassant les 8 % avec notre portefeuille d’investissements dans les PME québécoises, poursuit-il.Or, si on considère que celles-ci constituent le tissu économique du Québec, c’est vraiment une bonne nouvelle.Étant donné la crise économique qu’on traverse, on aurait pu s’attendre à ce que nos PME éprouvent des difficultés, mais ça n’a pas été le cas.» Un cercle vertueux Le Fonds de solidarité FTQ administre des actifs de 7,3 milliards, rapporte M.Tremblay.«Grosso modo, dit-il, près de 4,8 milliards de nos actijs sont engagés dans le développement des entreprises québécoises, le reste étant investi dans les grands marchés, dans des obligations, etc., de façon à constituer un fonds équilibré.Car, même s’il s’agit d’un fonds de capital de risque, il faut tout de même assurer un rendement raisonnable à nos 500 000 actionnaires.» C’est ainsi que le Fonds est partenaire, directement ou par l’intermédiaire de l’un des membres de son réseau, dans 2052 entreprises, indique-t-on de sources officielles.Seul ou avec d’autres partenaires financiers, il contribue à la création, au maintien et à la sauvegarde de 150 000 emplois.M.Tremblay rappelle d’ailleurs que le Fonds a été créé en 1983, en pleine crise économique, afin justement de maintenir et de sauvegarder des emplois au Québec.Il s’agissait en même temps d’inciter les travailleurs à se constituer un fonds de retraite en investissant dans un REER.«D’après notre mission, dit-il, nous sensibilisons les gens à l’épargne-retraite, ce qui sera drôlement important pour eux plus tard.Ét l’argent ainsi mis de côté est retourné dans l’économie du Québec pour faire croître les entreprises, tout en sachant qu’un jour cet argent reviendra à nos actionnaires.C’est en quelque sorte un cercle vertueux, qui permet de créer des emplois, de former les travailleurs en entreprise, de développer l’économie du Québec et de préparer la retraite.» Comme chacun sait, toute contribution au Fonds dans le cadre d’un REER donne droit à un crédit d’impôt.«“Quel est donc l’effet du crédit d’impôt sur mon rendement?”, nous demande-t-on souvent, enchaîne Mario Tremblay.Nous avons donc commandé une étude à cet effet.» L’étude en question a pris pour exemple quelqu’un qui investirait le même montant chaque année durant dix ans et elle conclut que cela lui rapporterait un rendement additionnel de 7,8 %, indique M.Tremblay.«Or, lorsqu’on considère que les Bourses ont à peu près fait du surplace ces dix dernières années, note-t-il, une personne qui aurait mis 1000$ par année dans le Eonds de solidarité, si on considère son retour d’impôt, aurait obtenu un rendement de 7,8 %.Donc, lorsqu’on regarde sur de longues périodes, l’offre du Ponds de solidarité est tout à fait compétitive, alors qu’en plus l’argent demeure ici au Québec.» SOURCE FONDS FTQ Mario Tremblay, vice-président aux affaires publiques du Fonds de solidarité FTQ Résilience de nos PME Grâce à un bénéfice de 600 millions, le Fonds affiche cette année un rendement positif de 9,2 % (contre un rendement négatif de 12,6 % l’année précédente).Or, lorsqu’on regarde comment la situation a évolué ces deux dernières années, alors qu’on a assisté à une grave crise économique puis à un rebond des marchés boursiers, M.Tremblay fait ressortir que le Fonds a enregistré des pertes globales de 4,5 %.«Mais on a perdu beaucoup moins que tout le monde, s’empresse-t-il d’ajouter.Par exemple, le Mouvement Desjardins a perdu 6,2 %, les fonds mutuels équilibrés canadiens ont perdu 8,3 %, le NASDAQ, 10,5 %, etc.De plus, nous revenons plus vite à notre point de départ.» «Cela s’explique par le fait que nous avons un portefeuille qu’on veut le plus équilibré possible et que, de par notre mission, nous sommes beaucoup plus concentrés dans les PME québécoises, poursuit-il.Tout compte fait, on pourrait dire qu’on est descendu moins bas que l’ensemble des autres acteurs financiers et qu’on a rebondi mieux qu’à peu près tout le monde.» En outre, le Fonds semble peu s’inquiéter de voir maintenant l’économie s’affaiblir à nouveau.«Nous observons que notre portefeuille de PME québécoises continue à bien se maintenir, rapporte le vice-président aux affaires publiques du Fonds de solidarité FTQ.Honnêtement, on ne s’attend pas à des problèmes à court terme.Au contraire même, puisque les entreprises québécoises sont déjà passées par là.Il y a, pourrait-on dire, de la résilience chez nos PME!» En fait, poursuit M.Tremblay, la conjoncture économique actuelle, si difficile soit-elle, amène également son lot de bonnes occasions.«Prenez par exemple le fait que le dollar canadien est fort, pratiquement à parité avec le dollar américain.Or l’avantage d’un dollar fort, c’est qu’il nous permet de moderniser une entreprise et d’acheter les meilleurs équipements à moindres coûts.» De plus, comme le font certaines des entreprises dans lesquelles investit le Fonds, ce peut être l’occasion de faire des achats à l’étranger.«On a par exemple GLV qui a fait une acquisition en Europe, indique M.Tremblay, et Stella-Jones qui continue de faire des acquisitions aux États-Unis.On a donc des entreprises qui tirent fort bien leur épingle du jeu, ce qu’on a parfois tendance à oublier!» Collaborateur du Devoir Économie et société Ma région, mon conseil Les conseils régionaux actuels sont d’abord des lieux de solidarité et de concertation Michel Arsenault, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), déclarait récemment que ce n’est pas lui, seul, qui décide des positions que défend cette centrale syndicale, laquelle compte maintenant près de 600 000 membres.Celle-ci constitue donc une très grande famille et, comme dans toute famille, il faut de temps en temps s’asseoir et discuter de certaines choses qui concernent l’ensemble de la famille, mais qui ne font pas nécessairement l’unanimité sur les façons d’en traiter ou de les résoudre.A la FTQ, ces conversations de famille ont beaucoup lieu dans les conseils régionaux.CLAUDE TURCOTTE Il y a 17 conseils régionaux au Québec.Chacun d’entre eux regroupe des délégués des sections syndicales locales.La FTQ présente les conseils régionaux dans les termes suivants: «Ils sont les grands artisans des solidarités tissées entre les membres de la ETQ.Ils développent et consolident des liens entre les syndiqués et les autres acteurs de la société civile au Québec.Ils sont l’outil des prises de position et des actions communes sur les grands enjeux de développement social, économique et culturel de leurs milieux.» Un conseil régional ne participe pas à des négociations de convention collective.Il regroupe en fait des délégués venant de l’ensemble des syndicats affiliés d’une région.Parmi les présidents de chacun de ces conseils régionaux, il y en a un qui est choisi pour représenter tous les conseils régionaux au sein d’un bureau central qui sert en quelque sorte de «fil conducteur» de tout ce qui émane de ces lieux de rassemblement régionaux vers la haute direction de la centrale.Montréal et ses 200 000 syndiqués Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain, est actuellement celui qui représente tous les conseils régionaux au bureau central.Le conseil régional montréalais métropolitain est le plus gros de tous, avec quelque 200 000 syndiqués, parmi lesquels une centaine sont délégués à ses assemblées mensuelles.On pourrait croire que cette structure de dialogue a été une création de la FTQ, mais ce n’est pas du tout le cas.En fait, le conseil régional montréalais a de loin été le précurseur à cet égard, puisque ses origines remontent au 12 janvier 1886.On l’appelait la Corporation des métiers et du travail de Montréal, qui regroupait de nombreux métiers: maçons, typographes, débardeurs, etc.Ces employés faisaient généralement partie de syndicats internationaux.Il y avait eu aussi à cette époque une autre organisation dénommée Les Chantiers du travail, dont faisaient partie les professionnels, les médecins par exemple, et les travailleurs en général.Parmi les premières revendications au début du XX® siècle, il y a eu la défense des droits des femmes et des enfants qui travaillaient dans des fabriques de clous, dans des tanneries.On voulait obtenir la semaine de travail de 48 heures, à raison de huit heures par jour pendant six jours.M.Ducharme voit les conseils régionaux actuels d’abord et avant tout comme des lieux dç solidarité et de concertation.A Montréal, on tient des réunions une fois par mois, à Québec, on le fait tous les deux mois, tandis que dans les régions plus éloignées, où les distances à parcourir sont parfois très longues, on peut se réunir une fois par année.Chaque conseil régional est libre d’organiser ses activités à sa guise et selon ses besoins.De quoi y discute-t-on?Les préoccupations sont très variées.D’abord et avant tout, on y Mt une évaluation de ce qui arrive dans l’ensemble des syndicats pour avoir une vision d’ensemble des tendances dans le monde syndical.S’il y a lieu, on pourra suggérer des mesures d’appui aux syndicats.On y parle aussi beaucoup du développement économique.M.Ducharme souligne en particulier que les conseils régionaux ont des représentants au sein des corporations de développement économique communautaire, dont font partie non seulement le monde syndi- SOURCE FONDS FTQ Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain cal mais aussi des gens d’affeires et d’autres intervenants dans les collectivités.En somme, les conseils régionaux de la FTQ sont très présents dans les débats de société.Ils s’intéressent aux politiques municipales et scolaires.Ils font également partie d’une coalition intersyndicde.«I^s le bol» Évidemment, on ne peut pas passer à côté des grandes controverses actuelles et des attaques répétées contre la FTQ, en rapport avec tout ce qui se passe dans le domaine de la construction, de la collusion, de la corruption, etc.La FTQ-Construction a particulièrement été visée.On peut imaginer que tout cela peut donner lieu à de chauds débats dans les réunions de famille des conseils régionaux?M.Ducharme ne cache pas que les gens de la FTQ en ont «ras le bol» de toutes ces allégations qui se répètent depuis des mois.«Ça trouble le monde.On invite les gens de la construction à nos réunions et on en parle ouvertement pour démêler les affaires.On en a assez des insinuations.Cela a des impacts.Nous, on ne veut pas la corruption.Éa commission d’enquête, on a poussé pour l’avoir.Nous n’avons rien à cacher», dit-il.Parmi les autres grands dossiers auxquels les conseils régionaux de la FTQ se sont intéressés au cours de l’année, il y a eu l’appui donné aux négociations dans le secteur public, au front commun dans la construction.Ils surveillent de près tout ce qui concerne le dernier budget du ministre Raymond Ba- chand, la tarification, le ticket modérateur, des menaces qui à leurs yeux pèsent toujours.M.Ducharme souligne en particulier que les conseils régionaux surveillent de près l’Institut économique de Montréal, d’où émanent systématiquement des offensives de la droite.Par ailleurs, M.Ducharme mentionne que la bonification des régimes de retraite publics devient un enjeu de société primordial.Au Québec, rappelle-t-il, il y a près d’un retraité sur deux, âgé de 65 ans ou plus, qui doit avoir recours au supplément de revenu garanti, qu’il voit pour sa part comme une sorte d’aide sociale pour les vieux.On sait que, dans quelques mois, les premiers baby-boomers atteindront l’âge de 65 ans.C’est forcément le début d’une vague de vieillissement sans précédent.«Des lendemains assez pénibles sont en vue», prévient le président du Conseil régional du Montréal métropolitain de la FTQ, qui constate que moins de 38 % des retraités ont un régime de retraite complémentaire.De nombreux travailleurs n’ont pas eu les moyens d’investir beaucoup dans un régime d’épargne-retraite.Enfin, les conseils régionaux offrent aussi différents services à leurs affiliés, dont ceux liés à l’éducation et à la formation syndicale, pour aider les membres à bien comprendre les outils qui sont à leur disposition, comme les mécanismes pour le recours aux griefs, la procédure et les règlements de la Commission de la santé et de la sécurité au travail.Collaborateur du Devoir Services Une petite équipe Formation, information, c’est ici! Un court trajet, et la visite est faite.Johanne Deschamps, conseillère politique, présente l’ensemble des bureaux dédiés aux services dirigés par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).Une fois installée dans son bureau, après le tour guidé éclair des lieux, celle qui s’assure que les services entrent rapidement en soutien aux activités de la FTQ lance ceci: «Il y a un demi-million de membres à la FTQ, et le personnel de la FTQ, ce n’est que ça.» ÉTIENNE PLAMONDON EMOND Décentralisée dans sa structure, la Fédération n’a pas de personnel qui négocie ou fait de l’arbitrage: les conseillers des syndicats affiliés s’occupent de ce travail.Au bureau de la FTQ, dans l’immeuble qui surplombe la rue Crémazie, il n’y a donc qu’une petite équipe qui s’attelle à la tâche.«Nous, on va davantage être en appui, en complément du travail de nos syndicats», explique Johanne Deschamps, qui assure le suivi des résolutions adoptées par les dirigeants ou les instances de la FTQ.«Ce sont souvent des services de coordination.Donc, le personnel doit constamment être en consultation avec les affiliés.» Onze bureaux régionaux soutiennent ce réseau à travers le Québec et sur le terrain.«Le conseiller régional emmène les campagnes de la ETQ de la même façon qu’il [observe] les préoccupations générales et, au besoin, les remonte vers la centrale.» Comme l’affifiation des syndicats n’est pas obligatoire, les différents services doivent sans cesse prendre le pouls de la base.«Si le service de recherche veut écrire un mémoire sur les gaz de schiste, prend-elle pour exemple, il va devoir consulter l’ensemble des syndicats pour s’assurer que la position passe et, à partir de là, on va pouvoir l’écrire et le présenter au niveau des syndicats.» Recherche Les commandes reçues à ce service peuvent exiger de la recherche de base comme de la re cherche approfondie, que ce soit à la suite d’une demande de mémoire par un conseiller régional ou en réponse à une consultation publique gouvernementale.«Ce sont comme des coureurs de marathon et des coureurs de sprint.Es doivent être les deux à la fois», illustre Mme Deschamps.Le service de recherche peut être sollicité de manière impromptue pour obtenir rapidement une information pointue afin de préparer une rencontre ou une déclaration pubfique.«Ce sont des personnes qui doivent être au cou- rant des positions antérieures pour assurer la cohérence [des positions de la FTQ ] et relancer les débats, au besoin», précise Mme Deschamps à propos de la pertinence du travail des quatre employés affectés à ce secteur.Mais ce service prépare aussi les journées d’information et les colloques qui nécessitent une recherche de longue haleine.Enquête auprès des syndicats affiliés, rencontre avec les travailleurs, création de groupes de discussion, etc.Il en découle généralement un document exhaustif sur lequel vont s’appuyer les réflexions qui seront à l’ordre du jour.Actuellement, le service planche sur la question de la santé mentale, en réponse à une demande formulée par des syndicats affiliés préoccupés par le sujet.Le service de la condition féminine ne chôme pas non plus, loi sur l’équité salariale oblige.«Je pense qu’elles ont été noyées dans les mémoires durant les dernières années», témoigne Mme Deschamps, qui confirme que le nouveau dossier imposant auquel ce service devra s’attaquer concerne la reconnaissance des droits pour les travailleurs domestiques ou les aides familiales.Éducation Mais le service le plus important de la FTQ se révèle être celui de l’éducation.«Eormer des formateurs», c’est ainsi qu’on pourrait résumer la démarche dans ce secteur.«On ne fait pas de cours de délégué syndical ou de santé-sécurité de trois jours, mentionne la conseillère politique.On va produire un cahier de cours qui s’appelle “Le délégué syndical” ou “Agir en santé et sécurité”», mentionne-t-elle à titre d’exemple d’un contenu rédigé par la FTQ avec ses affiliés.Des personnes envoyées par les différents syndicats suivent ensuite une formation intensive pendant une semaine complète.«Ce sont des travailleurs qu’on sort de leur milieu de travail et à qui l’on donne des fondements pédagogiques, de façon à ce qu’ils soient capables par la suite de donner des cours, explique-t-elle.VOIR PAGE J 6: ÉQUIPE J 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 M EQUIPE SUITE DE LA PAGE J 5 Ce qu’on leur demande, ce n’est pas d’aller instruire des gens.On leur demande d’aller entendre les militants et les militantes, d’être capables de faire des synthèses de l’expérience que [ces] gens ont et de confronter ça aux théories par la suite.» «C’est un projet éducatif qu’on mène depuis 30 ans.On l’a souvent remis en question, mais il fonctionne», affirme-t-elle en évoquant la confiance en soi que procure cette démarche aux travailleurs.Certaines de ces formations s’avèrent, par contre, plus spécifiques ou plus spécialisées.La FTQ organise, par exemple, un cours où des avocats et des conseillers d’expérience suggèrent des techniques pour mieux préparer les plaidoiries ou les arbitrages.Aussi, la FTQ a donné des cours sur l’évaluation des emplois, «très populaire» dans la foulée de la loi sur l’équité salariale, ainsi que d’autres forma- tions qui concernent l’administration des régimes de retraite et l’investissement pour «dialoguer d’égal à égal» avec des actuaires ou des comptables.«Si chacun des syndicats avait à le faire, il n’y aurait peut-être pas le nombre suffisant de personnes pour tenir une session de cours.Ils n’auraient peut-être pas les contacts non plus», justihe Johanne Deschamps, qui souligne au passage les coûts élevés qu’une telle opération imposerait aux sjmdicats afhliés.Solidarité Ces formations ne se limitent pas à l’intérieur des frontières québécoises.Un volet de solidarité internationale, financé par les fonds humanitaires ou de solidarité des syndicats afhliés, poursuit cette mission de «former des formateurs» dans les pays en développement.Au sein du Congrès du travail du Canada (CTC), la FTQ possède le mandat touchant l’Afrique frapcophone et Haïti.A noter que la FTQ collabo- re aussi avec les syndicats de l’Hexagone.La francisation des activités en milieu de travail demeurant l’un des chevaux de bataille de la FTQ, la CGT a fait appel à son expertise dans le domaine.L’anglais s’immisce de plus en plus dans les consignes de travail en France et la FTQ a développé avec elle un portail de la langue française.Dans le secteur des jeunes, la stratégie consiste aussi à bâtir des ponts et à créer des al- liances.Des 5 à 7 réunissent ainsi les grandes associations étudiantes et les ailes jeunesse des partis politiques, toutes allégeances confondues.Une démarche transversale iconoclaste pour la FTQ, qui fait croire à Johanne Deschamps que cette initiative a possiblement in-huencé les jeunes libéraux dans leur revendication d’une réforme de la loi concernant les briseurs de grève.Le Devoir Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec FTO Le Fonds de solidarité FTQ, acteur important dans le développement social et économique du Québec.• Un actif net de 7,3 milliards $ • Pius de 2 050 entreprises partenaires à travers son réseau • Pius de 150 000 emplois créés, maintenus et sauvegardés • Près de 578 000 actionnaires • Présent partout au Québec #îf -,FONDS j^/iJ de solidarité FTQ www.fondsftq.com La FTQ salue son partenaire LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 J 7 M En 1818, un premier syndicat québécois voit le jour Plus que de meilleurs salaires «La social-démocratie au Québec se manifeste d’abord à travers l’action syndicale» Le syndicalisme québécois a efficacement soutenu les travailleurs dans leur quête de salaires justes et de conditions de travail convenables, tout au long de ses deux cents ans d’existence.Pendant ce temps, le Québec tout entier a bénéficié des interventions politiques de ce mouvement social qui a largement contribué à son évolution sur plusieurs plans.RÉGINALD HARVEY La Société amicale des charpentiers et menuisiers de Montréal fut Je premier syndicat à voir le jour au Québec, en 1818.Bien des événements ont façonné la vie sjuidicale depuis ces temps lointains; pour leur part, les trois grandes centrales syndicales québécoises ont atteint un âge respectable en 2010: la Confédération des syndicats nationaux (CSN) célèbre ses 88 ans, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), autrefois la CEQ, fête ses 63 ans, et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a passé le cap de la cinquantaine depuis trois ans (issue de la fusion en 1957 de la Fédération provinciale du travail du Québec et de la Fédération des unions industrielles du Québec).Jacques Rouillard, professeur titulaire d’histoire à l’Université de Montréal et auteur du livre de référence Le Syndicalisme québécois.Deux siècles d’histoire, dresse une sorte de bilan global de ce mouvement profondément enraciné dans la culture du Québec: quelles sont ses grandes réabsations depuis tout ce temps?«Les syndicats œuvrent dans deux grands domaines: d’une part, il y a la négociation collective en entreprise qui vise à améliorer le sort des travailleurs salariés en augmentant les salaires, en diminuant les heures de travail et en procurant des avantages sociaux.» En cette matière, des gains majeurs ont été obtenus.Il se penche sur l’autre facette de leurs interventions: «Il y a l’action politique, qui peut prendre diverses dimensions mais qui en est d’abord une, sur le plan historique, de lobbying, de représentation des travailleurs auprès des différents gouvernements, ce qui se fait depuis la fin du dix-neuvième siècle.» Il dépeint la démarche: «Ils effectuent le pèlerinage à Québec ou ailleurs pour rencontrer les politiciens et le cabinet des ministres, auprès desquels ils font part des revendications de leurs membres.» Des porteurs de social-démocratie Le professeur identifie leurs cibles : «Ils ont obtenu des changements aux lois pour mieux protéger les travailleurs et pour apporter des améliorations dans une foule de secteurs qui affectent ceux-ci.Il est question ici de demandes qui portent notamment sur l’éducation gratuite obligatoire, sur une meilleure protection contre les accidents de travail ou sur le transport en commun.Historiquement, les revendications du mouvement syndical couvrent de nombreux aspects de la vie en société.» «C’est l’essence même d’un syndicat de négocier collectivement de meilleures conditions de travail pour que ses membres profitent de la crois- OfHOBS ARCHIVES ALAIN RENAUD LE DEVOIR Des chefs défilent pour s’opposer aux mesures anti-inflationnistes à Montréal, le 14 octobre 1976.pAMotD i HOMÛUK ^01 ARCHIVES DE LA CONEEDERATION DES SYNDICATS NATIONAUX La grève des travailleurs de l’amiante en 1949 ARCHIVES JACQUES GRENIER LE DEVOIR En 1983, le Front commun syndical fait opposition aux mesures du gouvernement péquiste.sance économique dans un système de libre entreprise», affirme-t-il dans un premier temps.Et il ajoute: «Il s’est greffé à cela une bonification du sort des travailleurs par le biais de la législation.Au début du vingtième siècle, qu’ils soient catholiques ou internationaux, ils ont un projet de société qui est social-démocrate et sur lequel je suis en train de rédiger un bouquin; la social-démocratie au Québec se manifeste d’abord à travers l’action syndicale.» Il en fait la démonstration: «Les grandes mesures sociales, ce sont les syndicats qui les ont réclamées: interventions de l’Etat dans le domaine économique et nationalisation des entreprises de services publics font partie du programme des organisations dès le début du siècle; il y a la mise en place des pensions de vieillesse, de l’assurance-chômage, des allocations familiales et de l’assurance maladie qui figure à leur ordre du jour.Ils revendiquent des dispo- sitions législatives qui touchent l’ensemble des salariés.» Des gains chiffrés sont réalisés Le syndicalisme québécois enregistre des avancées tangibles sur le plan des négociations, comme le laisse savoir M.Rouillard: «Il y a une augmentation des salaires réels moyens pour chacune des périodes et ceux-ci augmentent à mesure qu’il y a croissance économique, jusqu’en 1980.A par- tir de là, les salaires réels n’augmentent plus ou, en gros, ils ne font que suivre l’augmentation des prix, de sorte qu’il n’existe pas vraiment de hausse du pouvoir d’achat des salariés.» Il fournit des chiffres: «Il n’en demeure pas moins que le salaire réel a doublé de 1940 à 1975 et que le pouvoir d’achat a lui aussi doublé durant cette période-là.Les travailleurs participent à la société de consommation; ils peuvent se procurer une auto, une maison et d’autres biens.» Les conditions de travail se sont également améliorées: «La semaine moyenne de travail avant 1940 se situe à 60 heures; à partir de 1940, elle passe à 48 heures à peu près et, en 1960, elle atteint 40 heures, ce qui demeure semblable de nos jours chez les cols bleus, quoique ce soit une période de temps moindre chez les cols blancs.» Il résume la situation pour les années 1980 et les suivantes: «Il y a, dans l’ensemble, un statu quo dans les avantages sociaux pour les salariés, les salaires réels n’augmentent pas pour tout le monde et il y a une extension du travail précaire avec une augmentation importante des travailleurs embauchés à contrat et à temps partiel; des chiffres le démontrent.» L’influence politique et l’Alliance sociale Sur la scène politique, la présence d’un parti travailliste d’envergure en Grande-Bretagne a laissé des traces au Canada: «On a d’abord fondé la CCF (Cooperative Commonwealth Federation) dans les années 1930, qui deviendra le NPD.Peu importe sa popularité plus ou moins grande, on assiste à la présence d’un parti social-démocrate dans notre société, ce qui n’existe pas au Sud, du côté des Américains.Voilà ce qui place la société canadienne un peu plus à gauche sur l’échiquier politique; on a quand même chez nous un programme d’assurance maladie qui existe depuis longtemps, ce qu’ils n’ont pas aux Etats-Unis.On a toute une panoplie de mesures sociales qui sont en place au Québec et au Canada et qu’on ne retrouve pas dans ce pays.» Plus récemment, le mouvement sjuidical s’est levé en présence d’une droite et d’un néolibéralisme en forte émergence; il a mis sur pied l’Alliance sociale, en faveur «d’un autre Québec qui est possible».Jacques Rouillard aborde le sujet: «On veut faire contre-poids à tout ce mouvement qui pousse dans le sens de la création d’un parti de droite.La gauche et les syndicats sont sur la défensive depuis longtemps et ils réagissent; les syndicats et les groupes populaires et étudiants se regroupent pour essayer de défendre leur projet social-démocrate.» Encore une fois, ils se font les porte-étendards de ce projet qui demeure au cœur de leur action.Collaborateur du Devoir des all< 1 Nos ty Le Syndicat des Métallos, le plus important syndicat du secteur privé au Québec, est fier de faire partie de la grande centrale syndicale qu'est la FTQ ! Le Syndicat des Métallos regroupe 60 000 travailleurs et travailleuses de tous les secteurs économiques (mines, métallurgie, fabrication industrielle, sécurité, hôtellerie, restauration, camionnage, taxi.).Pour nous joindre : 1 866 382-5567 POUR UN QUÉBEC QUI NOUS RESSEMBLE ET QUI NOUS RASSEMBLE Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec FTO 29*^ CONGRES MONTRÉAL DU 29 NOVEMBRE AU 3 DÉCEMBRE 2010
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