Le devoir, 6 août 2010, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AOUT 2010 CINEMA Deux femmes pour un film en trois temps Page E 5 ^ Â LIVRES San-Antonio remet ça dans la collection «Bouquins» Page E 7 CULTURE ET UVRES ri::e 9 1*9% • t 1 MATHIEU BÉLANGER REUTERS Paul McCartney en spectacle sur les plaines d’Abraham, à Québec, en juillet 2008 La tournée McCartney au Centre Bell Beatles et Wmgs en un seul Sir Deux ans après la conquête des Plaines, 21 ans après son dernier passage en ville, Sir Paul McCartney s’amène à Montréal la besace pleine de succès des années Beatles et Wings, dont quelques belles raretés.Piaffons d’impatience ensemble.SYLVAIN CORMIER Un frisson a parcouru le Web.La Toile a frémi.C’était le 26 juin dernier.Ram On, se répétait-on d’ami Face-book en twitteux de Twitter.Tel un mantra.Ram On.Ram On.Ram On.Incroyable mais vrai, Paul avait joué Ram On devant public pour la première fois à vie, quelques heures plus tôt, lors de sqn spectacle au Millenium Stadium de Cardiff.A l’ukulélé, comme sur l’album Ram de 1971.J’ai relayé l’extraordinaire nouvelle sur mon mur Facebook, assortie du clip YouTube de la chanson blmé par un spectateur.Nous vivons une époque formidable.«S’il joue ça à Montréal, je vais défaillir», ai-je écrit Francine Raymond — en train d’enregistrer un nouvel album — a commenté illico: «Ma chanson!» Ram On?Mais si.Ram On.Paul McCartney, c’est pas seulement Hey Jude et Band On The Run et My Love et Blackbird et Eleanor Rigby et And I Love Her et Ob-La-Di, Ob-La-Da et Back In The USSR et I’ve Got A Feeling et Paperback Writer et Let It Be et Lady Madonna et Get Back et Yesterday et toutes celles que je pourrais encore mentionner et que tout le monde connaît.Paul McCartney, c’est aussi Ram On.Et tout l’album Ram, puisqu’on en parle, génial disque enregistré par Paul avec sa regrettée Linda pas longtemps après la bn des Beaties et juste avant que «l’autre groupe» de Paul, Wings, ne prenne son envol.Unanimement acclamé par les fans finis, inexistant pour le reste de l’humanité.Ram en dit long sur la richesse du catalogue McCartney.La profondeur du banc, comme on dit au baseball.Pour vous donner un autre exemple, Pierre Marchand, le Pierre Marchand qui est passé de Mu-siquePlus à Musicor, fan professionnel qui a orchestré les diffusions payantes des spectacles de McCartney à Québec et Halifax, ne jure que par Wings Wild Life, paru en 1972.Disque décrié en son temps, néanmoins porteur de petites merveilles: Tomorrow, Dear Friend, la chanson-titre.Des chansons de McCartney que nous nous languissons d’entendre en spectacle, il y en a une liste longue comme le bras.Je donnerais la chemise qui le recouvre, ce bras, pour qu’il fasse The Back Seat OfMy Car.Ou Uncle Albert/Admiral Halsey.Deux autres chansons de Ram.Tout ça pour dire que le segment nord-américain de la tournée mondiale Up And Corning de Paul McCartney s’arrête jeudi au Centre Bell et que nous sommes quelques milliers à ne plus te- nir en place.Je sais (par Facebook encore, décidément.) que Geneviève Borne, laquelle a rencontré Sir Paul lui-même en personne à Québec et Halifax (où je n’étais pas, on le saura), trépigne.Et trépigne.Et trépigne.Je trépignerais itou, si ce n’était de la sciatique.Disons que je trépigne d-d-d-dans ma tête.Faut-il rappeler que la dernière fois à Montréal, c’était il y a 21 ans, à l’ancien Forum, alors que notre Paul n’était même pas Sir?Une soirée où ma meilleure amie Louise a bien cru que j’allais mourir.Vraiment.Hyperventilation, crise de larmes, la totale.L’aboutissement d’une vie de fan fini.Voir Paul et mourir.Liste noire J’ai survécu.Assez longtemps pour avoir honte de ma ville et ses habitants d’habitants quand, l’année d’après, le spectacle prévu au Stade ol5mi-pique a été annulé.Mévente! J’y subodore la raison de l’hiatus de deux décennies: les fois d’après, dans les années 1990, McCartney ne passait que par Toronto.Montréal était sur une liste noire, assurément, et il a fallu le triomphe des Plaines en 2008 pour relever notre cote économique, façon Moody’s.Notons qu’entre Montréal et les Beatles, l’histoire est mal barrée depuis le commencement.De toute la première tournée nord-américaine du groupe, en août et septembre 1964, c’est l’étape montréalaise qui a laissé le plus mauvais souvenir à nos quatre garçons dans le vent, rapport au vent de séparatisme qui a soufflé jusqu’aux oreilles des sujets de Sa Majesté.Ringo, rapporta la GRC, avait été l’objet de menaces de mort.On allait lui faire la peau pendant le show.De sorte que le batteur joua littéralement derrière ses cymbales, montées en angle aigu pour faire armure et cache-nez.Résultat, pas de Beatles à Montréal en 1965, ni en 1966.Qui plus est, de toutes les tournées du All-Starr Band ces vingt dernières années, une seule s’est arrêtée à Montréal.et l’ex-Supertramp Roger Hodgson y a été ovationné plus fort que Ringo, à la surprise (et sans doute au relatif déplaisir) de celui-ci.Enfin, donc, revoilà Paul à Montréal, Québec au cœur.Avec son spectacle-marathon d’au moins 35 chansons, avoisinant les trois heures, soit six fois plus longtemps qu’il n’en fallait aux Beatles pour apparaître, expédier une douzaine de tubes et disparaître.Seul Bruce Springsteen, avec son E Street Band, en donne autant.C’est sans compter le soundcheck, séance d’ajustements techniques, devenu spectacle en soi avec les ans: l’excellent site Paul McCartney Examiner mené par l’expert Steve Marinucci examine en détail ces pré-concerts, qui peuvent durer jusqu’à une grosse heure et demie et révèlent souvent les «surprises» du spectacle de la soirée.Ainsi les observateurs ont-il eu les poüs d’oreille hérissés en entendant Paul répéter Ram On au soundcheck de Cardiff VOIR PAGE E2: McCARTNEY HEJDE IPÂQUES Mu^d’^éologie ^ et a histoire de Monlréa .9 Banaue Srmtin wjw.pacmnsee.nc.ca aCOtia © PtaHl’Ames ,, Montréal® (Tourisme 'Montréal CANADA ^ CHILE 0 'NTERCONTINENTAI ¦'“SÔuÀlTiTiiovÊMBREitoô «nadien par le biais du Programmed' 'indemnisation pour les expositions!, CES® tsEiss itinérantes au Canada Canada E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE AOUT 2010 CULTURE Culture de guerre Odile Tremblay Ces scènes avaient jailli de ma télé au début des années 1990, en plein conflit de Balkans: la désinté^ation du vieux pont de Mostar en Bosnie et le pilonnage de Dubrovnik en Croatie, ce joyau de l’IInesco.Crac! Boum! Des endroits superbes dont les couches de civilisation plusieurs fois séculaires explo- saient comme dans un jeu vidéo.Les guerres font ça, mais celle-là, encore récente, demeurait imprimée dans mon esprit.D’où sans doute l’envie d’aller visiter cet été des çoins de l’ex-Yougoslavie désormais morcelée.A flanc de montagnes ou au bord de l’eau, je l’ai retrouvée, veut veut pas, cette guerre-là.Elle nous attendait dans les musées, les villages en ruine et les villes plus ou moins reconstruites, vivante sous les demi-confidences des gens et lerus longs silences.Les musées de la guerre ont poussé là-bas un peu partout Des mémoriaux qui n’expliquent rien mais repassent en boucle sur un écran plusierus images de feu, d’explosions, de regards affolés, de jeunes visages engloutis en pleine torumente.SOURCE DUBROVNIK CONTEMPORARY HISTORY MUSEUM Au musée ethnologique logé dans un ancien grenier à blé de Dubrovnik, une expo passionnante d’affiches de guerre de 1918 à 1995 multiplie les images de propagande ou de résistance, pleines de mains crochues qui menacent paysans et citadins au long du dernier siècle.Dans certains pays, écarter les traces de ^erre semble indécent Serait-ce d’ailleurs possible?Les ruines en parlent la culture s’en imprègne, l’arf s’en nourrit A Mostar, à cent kilomètres de Sarajevo, les affrontements entre Bosniaques et Croates suite au feu des Serbes ont fait tant de morts et causé des souffrances si inouïes que les rancunes suintent de partout.Et même si le vieux pont arqué érigé en 1566 a été reconstruit avec ses pierres tombées au fond des eaux, même si d’autres bâtiments sont rebâtis, trop d’édifices demeurent réduits à un seul mur troué en gruyère.La ville demeure mutilée de corps et d’esprit et les communautés voisines condamnées à la haine perpétuelle.Même l’artisanat se souvient.Dans les boutiques à touristes, on achète des balles — ressources locales recueillies à pleins sacs — converties en stylos de cuivre et de fer.Un vendeur unijambiste vous en enveloppe sept ou huit d’un air las, stylos-bille ou stylos-balle conçus dans un bel esprit de récupération! Créations poétiques, ingénieuses, mélancoliques qu’au retour du voyage, transitant par Washington, un douanier soupçonneux tentera de vous confisquer avant de hausser les épaules.«Des stylos, ah bon! On dirait des balles.» —Tu parles! Récoltées à Mostar comme dans un champ de patates.Et vous gardez ces objets ambivalents dans votre sac, en écho à la détresse d’un ancien militaire, qui vous a Iqissé saisir sa souffrance et son rêve d’amnésie.Evoquer les horrerus le rendait fou, mais il s’avouait encore stupéfait d’avoir vu le négoce survivre à tout et au pire, à Mostar comme à Sarajevo.«Pouvez-vous croire?Des voisins se tiraient dessus toute la journée, et le soir marchandaient les cigarettes et le café sans lesquels ils n’auraient jamais eu le courage de s’entretuer.Ah!» Il avait été professeur de yoga en Erance avant la guerre, enrôlé dès son retoru au pays, puis recyclé dans le tourisme, comme tout le monde.Tourisme d’histoire, de plages, d’art, et de guerre, bien entendu.«J’ai connu le Moyen Age», m’a dit de son côté une jeune femme de Dubrovnik.Elle est guide d’un tolu de guerre, exhibe devant les visiteurs les cicatrices des pierres.Cette perle croate derrière ses remparts médiévaux a été pilonnée par l’armée serbe en 1990: «Deux mois dans les caves et sous les arches, avec quatre litres d’eau quoti- S dienne par famille, pas d’électricité.La faim.» La dame, alors une enfant, répète: «Vous ne pouvez pas imaginer!», mais vit quand même de la guerre avec son toru organisé.Eaut ce qu’il faut.Les habitants de Dubrovnik sont encore abasourdis d’avoir vu bombarder leur ville si belle, avec ses dalles de marbre, ses monastères, ses ruelles grimpantes.L’Unes-co a épaulé plus tard sa reconstruction à renfort de dons privés, de taxes prélevées sur les billets de tourisme.Dubrovnik a poiu-tant moins souffert que Vukovar, autre ville croate, au pied du Danube, mais sa beauté légendaire en a fait un symbole du patrimoine violé.Son histoire, marquée au long de siècle par les invasions vénitienne, ottomane, austro-hongroise, par le règne de Tito dans l’ancienne Yougoslavie, semble se confondre avec tous les remous politiques qui l’ont ensanglantée.Du moins, on s’en convainc.D’ailleurs, au musée ethnologique logé dans un ancien grenier à blé de Dubrovnik, une expo passionnante d’affiches de guerre de 1918 à 1995 multiplie les images de propagande ou de résistance, pleines de mains crochues qui menacent paysans et citadins au long du dernier siècle, sous de changeantes étiquettes ennemies: Bolcheviques, Juifs, Américains, Serbes.La Croatie, fasciste durant la Seconde Guerre mondiale, a traité ses Serbes avec une férocité sanglante.Aucun camp n’est innocent.Tout cela, l’Adriatique et les montagnes, les villes patrimoniales, l’art menacé, les balles recyclées, valse sous la canicule.Sur les ruines de ces guerres a fleuri le négoce comme d’habitude, mais pas l’oubli.otremblay@ledevoir.corn iPÆL Frank Morgan chez NPR SERGE TRUEEAUT Depuis trente ans, voire davantage, la pianiste Marian McPartland anime une émission hebdomadaire sur les ondes du réseau NPR, le pendant radio de PBS.Le topo est toujours le même: entre deux dialogues avec un musicien de son choix, elle l’accompagne.On peut l’écouter en direct.On peut surtout passer des herues de plaisir en puisant dans les archives de Marian McPartland Piano Jazz.C’est d’aillerus en réécoutant l’entretien que cette grande dame avait eu avec le très regretté Prank Morgan, immense saxophoniste alto, que l’on a eu l’idée du sujet d’aujourd’hui.En fait, on doit vous confier qu’on s’est autotraité de couillon, face d’anchois et autres noms d’oiseaux après avoir réalisé que depuis qu’on «chronique» sur le «djasse» et «blouse», on ne vous a jamais mis au pariim des beautés sonores et verbales de NPR Poru faire court mais franc, on est couillon à la puissance mille.Toujours est-il que la documentation mise en ligne propose, tenez-vous bien, les émissions enregistrées avec Randy Weston, Keith Jarretp Mary Lou Williams, Roy Eldridge, Allen Toussaint, Elvis Costello, Eartha Kitt, Joanne Brackeen, Cedar Walton, Geri Allen, Henry Man-cini, McCoy Tyner, Ahmad Jamal, Tony Bennett, Chick Corea, Dizzy Gillespie.Ray Charles.Sonny Rollins.Bref, c’est la caverne d’Ali Baba.Cette Britannique d’origine qui approche la centaine, et dont le mari était le cornettiste Jimmy McPartland, les a tous eus à son micro, les a tous accompagnés.Ce n’est pas tout.Une fois par mois, les techniciens et ingénieur de NPR installent leur a" présente Hydro Québec Institut Canadien d'Art Vocal LES CLASSES DE MAÎTRE DE LTCAV.SALLE Serge-Garant - Université de Montréal Mignon Dunn, Mezzo-soprano Lundi, 9 août 2010, à 19h30 Billets : 15 $ adultes, 10 $ étudiants & aînés Diana Soviero, Soprano Mardi, 10 août 2010, à 19h30 Billets : 15 $ adultes, 10 $ étudiants & aînés Claude Webster Mercredi, 11 août 2010, à 19h30 Billets : 15 $ adultes, 10 $ étudiants & aînés Joan Dornemann et Hemdi Kfir Jeudi, 12 août 2010, à 19h30 Billets : 15 $ adultes, 10 $ étudiants & aînés août 2010 Aussi à surveiller : nos concerts, récitals, et notre Concert Gala! lA y «.A La fille du régiment, opéra de Gaetano Donizetti présenté le 19 août 2010, à 20h à la salle Qaude-Champagne Avec Suzanne Rigden, Jonathan Blalock, Pierre Rancourt Sous la direction de Paul Nadler, dans une mise en scène de Joshua Major.Accompagnement au piano par Jérémie Pelletier.Informations : (514) 343-6427 Réseau ADMISSION : (514) 790-1245 www.icav-cvai.org Faculté de musique 200, Vincent d'Indy, Montréal ^ Édouart-Montpetit Venez découvrir les voix de demain.www.icav-cvai.ora quincaillerie technologique sru la scène du Village Vanguard poru retransmettre live le show à l’affiche du plus célèbre club de jazz au monde.La semaine dernière, nul autre que Barry Harris occupait le lieu.Là encore, un paquet de shows ont été archivés.Une ribambelle de shows ont été mis en ligne.Ainsi vous pouvez entendre Lee Konitz, Greg Osby, Allen Toussaint, Nicholas Pay-ton, Sam Yahl, Steve Wilson, The Bad Plus, Dave Douglas, Christian McBride, Billy Hart, Pred Hersch, Terence Blanchard, Tom Harrell, Cedar Walton, Ravi Coltrane, Kenny Barron, Paul Motian avec Bill Pri-sell et Joe Lovano.On est couillon pas à peu près! Ce n’est pas tout (bis).NPR étant un réseau, certaines stations locales, on pense notamment, beaucoup, à celle de Boston, propose des live.Ainsi, régulièrement la chanteuse Dee Dee Bridgewater anime ,uii JazzSet qui porte son nom.Evidemment, des émissions traitant de l’histoire du jazz sont diffusées qui toutes sont remarquables parce que riches, très riches, en documentation.Frank Morgan Lw«^ttip Jazz Standard George Cables Curtis Lundy Billy Hart t f Bon.Ce n’est pas compliqué, NPR est la meilleure radio jazz du monde mondial (si, si).Poru vous en convaincre, allez écouter Prank Morgan et Marian McPartland interprétant Blue Monk, In A Sentimental Mood, I’ll Remember April, Billie’s Bounce, Embraceable You et Goodbye.C’est du gâteau, pas de la tarte.Du paris-brest, pas de la tatin.Le Devoir McCartney D’autres oubliées attendent encore leur tour SUITE DE LA PAGE E 1 Le spectacle Ram On à Cardiff, ça veut dire que tout est encore possible au royaume de Sir Paul.Si le spectacle contient invariablement les immortelles des Beatles sans lesquelles les Beatles ne seraient pas aussi universellement les Beatles — jamais Paul n’oublie Let It Be, Yesterday, le medley Sgt.Pepper’s/The End, etc.—, si les hommages aux Beatles disparus John Leimon (une relecture d’A Day In The Life avec Give Peace A Chance en finale) et George Harrison (une jolie version de Something, à moitié à l’ukulélé) sont désormais statutaires, on constatera ceci: la place du matériel des années Wings augmente.McCartney, conscient que le public d’aujourd’hui a aussi été fan de Wings, en prend acte: il démarre son nouveau spectacle comme il démarrait celui de la torunée Wings Around The World en 1976, avec la théâtrale et spectaculaire Venus And Mars/Rock-show.Et il ressort de plus en plus souvent des belles de ses albums des années 1970: Nineteen Hundred And Eighty Eive, Let ’Em In, Mrs.Vanderbilt.Et même, à l’occasion.Ram On.Le canon Beatles n’est pas épuisé non plus.Pour cette tournée-ci, le richissime mais généreux homme a déterré Tm Looking Through You, délicate beauté de l’album Rubber Soul, et l’offre en alternance avec Eve Just Seen A Race.(Moi, je veux les deux, comme de raison.) D’autres oubliées attendent encore leur tour: que je sache, McCartney n’a jamais interprété en spectacle Lovely Rita, pas plus que Your Mother Should Know, Oh! Darling, The Night Before, Another Girl, Rocky Racoon, What You’re Doing, et j’en passe.Même quand, il y a quatre ans, il a célébré ses 64 printemps, Paul n’a pas saisi l’occasion d’actualiser When Tm 64.L’osera-t-il un jour?Chaque fan prie pour obtenir sa préférée.Et prie encore plus ardemment ces jours-ci: Paul McCartney a beau tenir la forme des grands jours, cette tournée mondiale pourrait vraisemblablement être la der des ders.McCartney se sera produit à peu près partout où il ne s’était pas encore produit, il a chanté pour le président Obama à la Maison-Blanche, il a célébré les 70 ans de Ringo avec Ringo au Radio City Music Hall le 7 juillet.Et ensuite?Indécrottable, le seul BeaÜe qui voulait reprendre la route en 1969 est encore loin des adieux à la scène.Mais pour ce qui est de Ram On, préparez vos écriteaux fluo: l’occasion est là.Vivement jeudi, sapristi! PAUL McCartney Au Centre Bell jeudi 12 août. LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE AOUT 2010 E 3 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Nagano dirige La Création de Haydn Ce soir, Kent Nagano dirige La Création de Haydn à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, dans le cadre du Festival de Lanau-dière.Cet oratorio est, après Le Messie de Haendel, le plus célèbre du répertoire.CHRISTOPHE HUSS Les mjThes et anecdotes entourant la genèse de La Création de Haydn sont nombreux.Le premier veut que le sujet proposé par l’imprésario londonien Johann Peter Salomon avait déjà été refusé par Haendel.La perspective de relever un défi qui avait fait reculer Haendel aurait stimulé Haydn au plus haut point.Un violoncelliste du nom de Barthélemon s’attribue aussi quelque mérite à l’existence de l’oratorio.Conjecture ou vérité, l’histoire a le mérite d’être amusante.Haydn lui aurait demandé que composer pour se forger une notoriété internationale.Barthélemon lui aurait alors tendu un exemplaire de la Bible en lui disant: «Voilà le livre.Commencez par le début!» De Londres à Vienne La capitale anglaise est indéniablement le point de départ de l’aventure.Joseph Haydn vient de s’y faire consacrer musicien le plus éminent en activité.Mais Londres reste en pâmoison devant Haendel, au premier chef ses oratorios.Haydn se sent le devoir de faire aussi sa marque dans ce domaine, mais en pliant le texte à sa propre langue et en prenant le contrepied de la tradition.D’ailleurs, son seul oratorio jusque-là.Le Retour de Tobie, composé selon les canons anciens et en italien, n’avait pas connu un grand succès.Haydn rentre en Autriche son projet sous le bras.Le texte anglais inspirateur a été perdu.Il serait de Thomas Linley (1733-1795), inspiré de la Bible et du Paradis perdu de John Milton (1667).L’adaptateur du livret en allemand est le baron Gottfried van Swie-ten.Van Swieten réunit un collectif d’aristocrates autro-hon-grois pour financer le projet.Haydn, raconte son biographe H.C.Robbins Landon, touchera la recette de la première représentation: quatre mille florins, soit quatre fois le montant de sa pension annuelle et l’équivalent d’environ 30 000 de nos dollars.Van Swieten, compositeur à ses heures, a des idées précises qu’il communique à Haydn.Ce dernier en prendra et en laissera.Mais tous deux s’entendent pour que l’irruption de la lumière soit un moment unique, sublime au sens du romantisme allemand — la force de la nature étant l’essence même du sublime.Les cachotteries de Haydn Robbins Landon raconte, en citant le témoignage d’un diplomate suédois: «Personne n’avait encore vu la page de la partition où se trouvait décrite la naissance de la lumière.C’était le seul passage de son travail que Haydn avait gardé secret.Il me semble encore voir son visage au moment où cette partie résonna à l’orchestre [.].À l’instant même où, pour la première fois, cette lumière éclata, on aurait dit que les yeux brûlants du compositeur dardaient des rayons.Le ravissement des Viennois, transportés, fut si général que, durant plusieurs minutes, l’orchestre ne put poursuivre.» C’est après ce big bang musical que le récit peut se développer.Ce qui précède l’irruption de la lumière — la description du chaos — n’est pas en reste.Volontairement informe, elle est peuplée de sons inattendus et étranges pour l’époque.On rappellera cependant que l’idée du chaos originel avait inspiré précédemment (1737) au Français Jean-Féry Rebel la musique la plus inouïe du XVIIF siècle.On ne sait si Haydn connaissait la partition de Rebel.Haydn crée pour La Création un nouveau style.Outre l’utilisation de l’allemand, en lieu et place de l’italien, on y entend des formes musicales très variées, alors que le choeur se fait acteur à part entière, au même titre que les solistes.La Création joue beaucoup sur l’illustration sonore d’images ou de scènes, notamment dans l’air de la création des éléments et celui de la création des animaux.Dans son livret, van Swieten s’est d’ailleurs amusé à stimuler Haydn avec des oppositions immédiates tel soleil contre lune, ou eau paisible contre flots déchaînés.L’oratorio comporte trois parties et suit les jours de la création.Dans les deux premières sections, trois archanges (soprano, ténor, basse) racontent la création du monde, aboutissant à celle de l’homme et de la femme.La troisième par tie,est une évocation d’Adam et Eve au paradis terrestre.Partout, des psaumes chantés par le chœur expriment la joie et la reconnaissance des chrétiens.Au disque, La Création a inspiré une réussite «historique» majeure: l’interprétation de Herbert von Karajan (DG).La discographie évolue depuis 25 ans vers une échelle plus réduite (ce qui n’est pas forcément légitime, car Haydn était fasciné, autant que Mahler plus tard, par les grands effectifs), l’utilisation d’instruments anciens et un accent mis sur la narration.Les deux enregistrements les plus intéressants en la matière — surpassant les maîtres Harnoncourt, Gardîner et Brüggen — sont ceux de Thomas Hengel-brock chez DHM et Christoph Sperîng chez Naxos.Le Devoir LA CRÉATION Oratorio de Joseph Haydn.Hélène Guilmette, Christoph Genz, Tyler Duncan, Chœur Saint-Laurent (dir.Michael Zaugg), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano.Amphithéâtre Fernand-Iindsay, ce soir à 20h.® 1800 5614343.\ GEIRDOKKEN Le quintette norvégien Majorstuen Majorstuen à la Grande Rencontre La passion du violon norvégien YVES BERNARD La Grande Rencontre poursuit sur sa lancée Scandinave en invitant Majorstuen, le quintette norvégien qui fait flèche de tout bois dans le monde trad de son pays de grands espaces.Que des violons ou des instruments qui s’y apparentent, que de la musique acoustique, que des lignes claires et pures, que du swing formidablement communicatif.Voilà ce que le groupe présentera ce soir au Théâtre de Verdure et demain après-midi à la Terrasse du Monde du parc Lafontaine.En outre, certains de ses membres participeront aux ateliers de musiques offerts par le Festival.«La tradition du violon norvégien est axée sur les solistes», explique la violoneuse Tove Hagen, qui maîtrise aussi le violoncelle.«On ne joue ensemble à plusieurs violons que depuis un demi-siècle, mais ce n’est que plus récemment encore que les jeunes ont projeté la musique traditionnelle à un autre niveau avec des arrangements nouveaux.Je pense que la même chose s’est produite dans toute la Scandinavie.D’une certaine façon, notre musique est très proche des jeunes groupes de finlande.» A l’écoute de Majorstuen, on pense en effet aux Finlandais de JPP: même approche créatrice avec les cordes, même façon de transcender les racines locales, même type d’énergie contagieuse et d’élégance académique.Les membres JPP proviennent de l’Académie Sibelius d’Helsinki, un modèle d’enseignement de la musique trad, alors que ceux de Majorstuen sont issus de l’Institut de musique de Norvège, qui a pignon sur rue dans le quartier.Majorstuen à Oslo.«L’enseignement de la musique trad est un phénomène plus récent en Norvège qu’en Finlande et les membres de notre groupe sont parmi les premiers issus de ce système.A l’Institut, on donne la priorité aux traditions locales.Cela nous a permis de creuser les racines de nos régions respec- SOURCE FESTIVAL DE LANAUDIERE Kent Nagano à la tête de l’OSM Hydro ^ Québec PRÉSENTE Le Festival iNTERNAnONAL DU et) MERCREDI 11 AOUT, 20H30 MUSIQUE EOUVELLE EU CBORLEVOIX HOMMAGE À GILLES TREMBLAY Marie-Josêe Simard, marimba Marie-Hélène Breault, flûte Valérie Milot, harpe Louise Bessette, piano iNvrrË; Pierre Morency, écrivain Œuvres de TREMBLAY | GOUGEON | GONNEVILLE | MESSIAEN JEUDI 12 AOÛT, 20H30 Les Soirées Ja^ OLIVER JONESS, piano BRIC LAGACÊ, contrebasse JIM DOXAS, batterie _ ._ .Cascades Second time around, HOMMAGE À OSCAR PETERSON SAMEDI 14 AOUT, 20H30 L’Art Vocal SUSAN PLATTS, mezzo-soprano ESTHER GONTHIER, piano Œuvres de SCHUMANN | BRAHMS | KENNEDY-FRASER | QUILTER LES BRUNCHES-MUSIQUE Dimanche 15 août Café Celtique Musique œWque et irlandaise Dimanche 22 août Robin Grenon & Gisèle Guibord, harpes Harpes du Paraguay CASINO INFORMATION BT RESERVATIONS : 1 888-DFORGET (336-7438) www.domaineforget.com tives», ajoute Tove Hagen, qui vient de l’est de la Norvège, là où la musique rappelle davantage celle de la Suède que celle de l’ouest du pays.Deux autres musiciennes de Majorstuen ont perfectionné les styles de l’ouest, alors qu’un autre se spécialise dans les rjdhmes du centre.Depuis dix ans, la formation a développé un remarquable esprit de corps.Si les membres composent à l’oreille à partir de genres connus comme la polka, la valse ou la pols-ka, ils intègrent tant des danses locales, comme le gangar, à rythme plutôt lenL ou le hailing, plus acrobatique, que des influences extérieures, comme la nostalgie ou le swing celtiques, l’attitude rock, la rigueur classique et une légère déconstruction du siècle présent.De la grande classe pour la danse du peuple! Collaborateur du Devoir ¦ Chuck et Alberti Majorstuen, Swamparella et les Moncon-cles.Ce soir à 20h au Théâtre de Verdure; demain à 16hl5 à la Terrasse du Monde (parc La-fontaine).Renseignements: 514 273-0880.^^i)) ledevoir.com/culture/ musique festival centre d arts orford JEAN-FRANÇOIS RIVEST DIRECTEUR ARTISTIQUE Semaine Kent Nagano et l'OSM du 31 juillet au 8 août Présenté par # Société générale de financement du Québec ljui Samedi 7 août à 14h30 Salle de concert Gilles-Lefebvre Dernière chance! Le distingué Peter Serkin en récital Peter Serkin, piano Au programme : Bull, Debussy, Wuorinen, Bach et Chopin Samedi 7 août à 20 h Salle de concert Gilles-Lefebvre Récital vocal avec Adrianne Pieczonka Adrianne Pieczonka, soprano; Brian Zeger, piano Au programme : Schumann, Strauss et Wagner Présenté par ^ Desjardins Dimanche 8 août à 11 h Salie de concert Gilles-Lefebvre Tafelmusik - orchestre baroque Jeanne Lamon, violon solo et direction Aisslinn Nosl^, violon Dimanche 8 août à 16h Église Saint-Patrice, Magog Kent Nagano et l’OSM Till Fellner et le Concerto pour piano de Schumann Concert de clôture du Festival Orford 2010 Dimanche 15 août à 14h30 jrWr.i Église Saint-Patrice, Magog Chostakovitch : 1936 La Cinquième Symphonie Wonny Song, piano Orchestre de TAcadémie Orford ~ OAO! Jean-François Rivest, chef d'orchestre Au programme ; Wagner Tristan und Isolde, Prélude et Liebestod Chopin Concerto pour piano n° 2, en fa mineur, op.21 Chostakovitch Symphonie n° 5 en ré mineur, op.47 Billets de 25$ à 50$ | Réservez dès maintenant www.arts-orford.org | 1 800 567-6155 Québec! 1^1 PâMmoine Canadian canadien Heritage CaueHdeêortÊ etdatSgMet diversité ^ A.ESPACE ARCHAMovuEra ®YAMAHff “ Patrlmalns Canadan Ihllversîté f canadien Heritage ^ Mbntléal t ESRACE ^ LE DEVOIR E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE AOUT 2010 DE VISU L’appât de l’été La Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières joue les trompe-l’œil.À s’y méprendre ?JEROME DELGADO ^ appât que consti- tue le nom même de la Biennale na-M tionale de sculptu-E re contemporaine fonctionne à merveille.On mord, et nous voilà pris au piège.Aux limites du vrai et du faux, dit l’intitulé.Une expo en apparence majeure, mais plutôt ordinaire derrière sa façade.Elle porte un nom long comme ça.Elle se présente comme une grande manifestation, mais franchement, la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières porte son identité comme un lourd fardeau.C’est la quatrième mouture de cette biennale.La thématique s’annonçait alléchante, bien que peu novatrice.Les représentations illusoires, les entre-deux, les je-dis-ça-mais-je-fais-ceci sont dans l’air.Mais bon, la nouveauté à tout prix n’est pas non plus une obligation.La liste d’artistes, petite, tant mieux — ils sont sept —, contenait des noms appréciés et appréciables.Parmi eux, Stéphane Gilot et ses îlots de bction, ou Aude Moreau et ses expériences visuelles et physiques, avec des moyens réduits au minimum.Sur place, la chose s’avère.illusoire.Pas de lien véritable entre les uns et les autres.Une réunion sans feu ni flammes, juste un brasier d’idées.Les oeuvres, en soi, se valent, mais aucune ne semble avoir été inspirée par les lieux.On visite les quatre adresses (dont la Galerie d’art du Parc, tête de la Biennale), comme s’il s’agissait de quatre expos de galerie.On prend plus de plaisir à parcourir le Vieux Trois-Rivières et à observer son patrimoine.La présence de Prançois Morelli, le sculpteur de prothèses aux plus improbables usages, illustre toute la difficulté pour cette biennale à trouver sa voie, toute sa maladresse à vouloir créer l’événement.Morelli occupe la petite galerie de l’Atelier Presse Papier avec deux pièces autonomes, du moins c’est ce qu’on en conclut, malgré leur proximité, leur promiscuité.L’une d’elles, admirable murale en pages de journaux estampillées de l’iconographie propre à l’artiste, joue sur divers niveaux de lecture.L’œuvre valse entre la richesse de l’information et sa vacuité, entre le prestige de ce papier et la pauvreté du maté-rjau, condamné à mille usages.A ses côtés, l’autre œuvre, grandiloquente et mal éclairée, s’explique mal.Sinon en faire-valoir 3D.On est bien dans la Biennale de sculpture, non?De Gilot, comme de Moreau ou de Manuela Lalic, autre fi-^re connue pour ses installations en faux-semblants, on nous propose des œuvres caractéristiques de leur pratique.Sans grande surprise.La volonté de vouloir faire connaître ces artistes (de Montréal) à la population locale justifie-t-il leur présence?Encore faut-il pouvoir expérimenter chaque œuvre dans sa plénitude, ce qui n’est pas le cas de celle d’Aude Moreau.L’accès à l’installation, une pièce circulaire simulant la déflagration, la décomposition d’un tout en une I SOURCE BIENNALE DE TROIS-RIVIERES L’œuvre de Rebecca Belmore à la Biennale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières multitude de particules, est limité par un cordon.Question de sécurité, nous a-t-on dit.Simulacre de l’artiste?Pas sûr.Des trois autres artistes faisant acte de représentativité (Annie Pelletier, la Trifluvien-ne Kai Chan et Rebecca Bel- more, les Canadiens — on est bien dans la Biennale nationale, non?), on retient que Belmore est parvenue, en toute simplicité, à occuper son espace comme personne d’autre, avec un muret construit de bois récupéré, de vêtements et d’épingles.Soulignons que la Biennale n’est pas qu’exposition.Plusieurs activités de médiation culturelle ont ponctué l’été.La dernière d’entre elles, le 15 août, propose notamment un ateber de création avec une matière inusitée, du riz soufflé.Où aller sinon?11 aurait peut-être fallu pousser jusqu’à Shawinigan, oû, paraît-il, Richard Purdy, un artiste avec plus de trente ans d’expérience, signe une installation manifeste et immersive.Autrefois satellite du Musée des beaux-arts du Canada, l’Espace Shawinigan est aujourd’hui laissé à des initiatives individuelles.L’écho-Veau (oui, c’est le titre de l’œuvre) de Purdy occupe les trois salles de l’ancienne usine que l’on visite les pieds dans l’eau.Jusqu’au 26 septembre.ww^w.citedelenergie.com.A l’est, pas tellement loin, on peut aussi se rendre au bucolique Deschambault-Gron-dines, sur le bord du fleuve, là oû, les années impaires, la Biennale du lin prend pied.On y accueille cette fois L’Œil de Poisson à l’occasion de son 25® anniversaire.L’Œil de poisson, du centre de Québec, propose La Colonie, exposition sur le thème de l’aventure et du jeu.BGL et Roberto Pelle-grinuzzi sont parmi les neuf artistes réunis.Jusqu’au 26 septembre, www.descham-bault-grondines.com.Collaborateur du Devoir PHOTOGRAPHIE Le Chinois Zhang Dali recense l’art de la retouche CLAIRE GUILLOT Arles — Si l’on en croit les images publiées dans la presse chinoise du temps de Mao, le Grand Timonier avait des dents d’une blancheur étincelante, des cheveux de jais, un grain de peau irréprochable.Et les Chinois y croyaient dur comme fer.«La photographie, à l’époque, c’était la vérité», explique l’artiste chinois Zhang Dali, qui expose aux Rencontres d’Arles d’éton-nants travaux sur la manipulation des images en Chine.La commissaire d’exposition, Bérénice Angrémy, précise: «Avant les années 1960, il n’y avait pas de photo d’art en Chine.Et prendre des photos était interdit.Ce qui était publié dans la presse était donc accepté sans aucun recul.» Zhang Dali, qui s’est fait connaître dans les années 1990 pour ses graffitis sur les murs de Pékin promis à la destruction, a mis cinq ans à faire aboutir son projet: mettre en lumière les montages d’images grossiers et systématiques effectués par le gouvernement chinois bien avant l’ère Photoshop.Grâce à des connaissances, il s’est fait discrètement ouvrir la porte des archives de journaux oû il a trouvé, et copié, des documents pour le moins parlants, qui courent des années 1930 à 1990.«Au début, j’étais en colère, explique l’ar- tiste.Je me demandais comment ils avaient pu manipuler la réalité comme ça.Ensuite, je me suis attaché à montrer comment ils pensaient.Celui qui a le pouvoir peut changer l’histoire.» Zhang Dali expose à Arles une centaine d’œuvres oû il place côte à côte la photo d’origine et ses divers avatars.Le tout agrémenté d’une touche personnelle: un tampon officiel orné de son nom, Zhang Dali, qu’il s’est fait fabriquer pour l’occasion.Certains documents rappellent les travaux de l’historien David King sur l’URSS: les politiques sont effacés des images, et de l’histoire, au fur et à mesure de leur disgrâce.Ainsi, entre deux versions de la même photo montrant des officiels du régime, en 1964 puis 1977, un personnage a disparu: Liu Shaoqi, victime d’une purge lors de la Révolution culturelle, n’apparaît plus aux côtés de Mao Tsé Toung et Chou En-lai.Un espace vide a pris sa place, rendant la photo bancale.Un bémol Là, l’exposition paraît vraiment lacunaire: Zhang Dali, qui se dit «artiste, pas historien», n’a volontairement fourni aucune légende.Sauf que l’identité des personnes photographiées, évidente pour un Chinois, ne l’est pas pour tout le monde.Un peu de pédago- CIRQUE DU SOLEIL.ARTISANS DU ReVE COSTUMES IRQUE DU SOLEIL SÉE McCORD ÏNTREE GRATUITE ! LES MERCREDIS DE 17 H A 21H EltOLUBOUIlOinEt NAUSEE ^^cCORD ^ Desjardins 690.BIE SIEBBBOOIE OBEIT, MONTBllL METBO McCILL / lüTOBBS 24 E.BIUSEE-MCCOBB.0C.C1 m MUSEE D'ART DE JOLIETTE ÉTÉ 2010 FEMMES ARTISTES.LA CONQUÊTE D'UN ESPACE ; 1900-1965 Exposition réalisée et mise en tournée par le Musée national des beaux-arts du Québec DU 23 MAI AU 29 AOÛT 2010 FÉMININ PLURIEL : 16 ARTISTES DE LA COLLECTION DU MAJ DU 23 MAI AU 22 AOUT 2010 CAROLINE HAYEUR DU 30 MAI AU 29 AOÛT 2010 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, Joliette (Québec) J6E 4T4 450 756-0311 I www.museejoliette.org Ouvert du mardi au dimanche, de 12 h à 17 h (^iuébect f dk.Canada CüUDCilttdK Alt) y LcGonfdldcilxtiduCannla ((gisHBwlï)) SOURCE LE MONDE Le président Mao au Ya’nan en 1943, présenté par Zhang Dali gie ne nuirait pas à la force de l’ensemble.Les images les plus surprenantes, cependant, ne montrent pas des retouches à visée politique, mais plutôt esthétique.Les personnages perdent leurs rides, les murs lépreux sont ravalés, les vêtements sales deviennent propres.Dans la photo d’une assemblée prise dans les années 1960, tous les visages fermés ont été remplacés par des faces heureuses et souriantes.Quant à Mao Zedong, pris en photo pendant l’épisode de la Longue Marche, il devient au fur et à mesure des années et des versions de moins en moins réaliste: colorisé, le visage lissé, isolé de tout contexte, il est hissé au rang de figure idéale, d’image sainte.Comme si le système ne visait plus à donner une vision officielle des choses, mais bien à construire une réalité parallèle et parfaite, pelle de l’idéal communiste.A en croire Zhang Dali, tout le monde avait pris le pli.«Les gens qui retouchaient les images n’avaient pas besoin de directives, précise Zhang Dali.Ils embellissaient la réalité par habitude.» La manipulation des images a-t-elle continué en Chine ?«Elle s’est encore accentuée depuis Tiennanmen», juge far-tiste.L’arrivée de Photoshop a rendu les choses plus faciles et a surtout fait disparaître toutes les traces.Mais la donne a changé: «Depuis vingt ans, les Chinois ne sont plus aussi naïjs.» Le Monde Avant d’entrer dans l’automne.SAINT-BENOÎT-DU-LAC 9 septembre - un concert et la découverte de DOM BELLOT, architecte et homme d’église MONTRÉAL - HENRI BOURASSA 19 septembre - conférence pour célébrer le 100® anniversaire du journal LE DEVOIR! ^^Teaux detours www.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AOUT 2010 E 5 CINEMA Guylaine Tremblay François Papineau Trois temps après la mort d’Anna un film de Catherine Martin fi»;.A.-vas- — ®!» 51?s- Êtm.À L'AFFICHE DÈS LE VENDRED113 AOÛT ! mm I La cinéaste Catherine Martin et la comédienne Guylaine Tremblay JACQUES NADEAU LE DEVOIR Deux femmes pour un film en trois temps Entretien avec la réalisatrice Catherine Martin et l’actrice Guylaine Tremblay pour le film Trois temps après la mort d’Anna ANDRE LAVOIE Ce ne sont pas les statistiques sur la criminalité qui ont poussé Catherine Martin {Mariages, Dans les villes) à décrire la silencieuse descente aux enfers d’une mère après le meurtre de sa fille unique.Son troisième long métrage de fiction, Trois temps après la mort d’Anna, repose sur une image qui traînait depuis longtemps dans l’esprit de la cinéaste.Cette vision, furtive, celle d’une jeune violoniste assassinée, est devenue réalité cinématographique, et l’actrice Guylaine Tremblay participe à ce qu’elle qualihe de «plongée dans la souffrance».En entrevue, elles ne portent pas le deuil pour parler d’un hlm qui leur tient à cœur.De cette jeune femme, Anna, le spectateur saura peu de choses.Du reste, Catherine Martin songeait, dans les premières versions du scénario, à la rendre encore plus discrète et, surtout, à camoufler les circonstances tragiques de sa mort.Une pudeur liée au fait qu’elle voulait «éviter les clichés de la violence et montrer plutôt l’effet de l’horreur à travers le personnage de Françoise, sa mère».Et alors que sa présence physique s’avère minimale, son absence ne cesse de remplir l’écran et de ronger l’âme de cette femme brisée, brillamment interprétée par Guylaine Tremblay.La première scène du film, le concert d’un quatuor à cordes interprétant Beethoven et où triomphe la virtuosité d’Anna, s’est par la suite imposée à Catherine Martin.«J’ai décidé de montrer un des plus beaux moments de sa courte vie.Il y a une grande beauté dans cette scène et elle traverse tout le film car elle illustre la nécessité de l’art.Même si celle-ci peut être détruite par l’horreur et la violence.» Ce moment de triomphe sera brutalement interrompu, et c’est là que le personnage de Erançoi-se entre en scène, elle qui se réfugiera dans une maison de campagne, au cœur de l’hiver, dans une solitude à la fois affreuse et apaisante, à peine soulagée par la présence d’un peintre (François Papineau) aux blessures intérieures tout aussi apparentes.La douceur de l’hiver L’hiver devient un personnage à part entière de ce film intimiste et dépouillé, une saison que la cinéaste affectionne.«Je ne suis pas une sportive mais une contemplative, dit-elle en rigolant.Dans les forêts, on est dans un cocon feutré, et c’est ce que je voulais pour Françoise, l’envelopper de douceur, de beauté et de calme.» Tout cela même si, comme d’autres cinéastes avant elle, il lui faut avouer que «tourner en hiver, ce n’est pas simple».La neige et le froid à Kamou-raska, dans le Bas-Saint-Lau-rent, ne semblent pas avoir tempéré l’enthousiasme de Guylaine Tremblay, celle qui triomphe en ce moment en Rose Ouimet dans la version musical des Belles-Sœurs de Michel Tremblay et qui retrouvait la cinéaste une décennie après leur première collaboration.Mariages.L’actrice se souvient de celle qui la dirigeait naguère.«Je sentais plus de nervosité et de doutes, car c’était son premier long métrage.Dans Trois temps.,je voyais une fille beaucoup plus sûre face à ce qu’elle avait envie de dire.Mais c’est toujours la même Catherine, son sens formidable de l’image, sa grande sensibilité, et des thèmes qui reviennent d’un film à l’autre, comme l’importance de la nature.» Autant à l’aise dans la comédie que la tragédie, capable de passer du petit au grand écran tout en jouant sur les planches, Guylaine Tremblay reconnaît sa chance d’avoîr une carrîère bîen remplîe, en phase avec son choix de faire ce métier «pour changer, pour faire toutes sortes de gens».Elle a bien sûr refusé «cinq ou six succédanés de Caro», la fille névrosée de La P’tite Vie, mais «ça fait partie de la responsabilité de l’acteur d’avoir cette vigilance», celle de ne pas se répéter.Elle s’en garde bien dans Trois temps., où elle joue souvent seule, meurtrie et sans voix, face à la caméra, un défi pour cette fille d’équipe au tempérament «méditerranéen».Le thème même du film arrivait parfois à effrayer la femme, et surtout la mère.«Fn répétition, je ne pouvais pas donner à Catherine toute l’émotion, car c’est terrifiant de penser que tes enfants pourraient partir avant toi.» Un malaise que la cinéaste accepte volontiers, reconnaissant au processus d’écriture un caractère mystérieux («Je ne sais pas comment les personnages arrivent à moi.») et son désir «d’illustrer la douleur la plus extrême».«Guylaine me disait parfois: “Tu ne te rends pas compte de ce que tu as écrit.”» Le public pourra en juger dès vendredi prochain puisque le film sera présenté dans une dizaine de salles à travers le Québec.Collaborateur du Devoir YVAN ATTAL :ria bruni tedeschi UN TRIOMPHE MONDIAL DU RÉALISATEUR DE 144, VIS ET DEVIENS Il était le plus grand chef d’orchestre.¦ Ecarté, humilié, homme de ménage, il revient pour.LE .O.-'- ^ ¦ r ^GAGNANT' PRIX DU PUBLIC, I FESTIVAL CINÉMANIA 2009 J V THE GAZETTE les, â ¦U E loeoneort-lafilm.ca w.'fsa , £ m UN FILM DE CÉDRIC KAHN PHILIPPE KATERINE ARLYJOVER FRANÇOIS NEGRET www.lesregrets-lefilm.com i DES LE VENDREDI 13 AOUT! ENFIN A L’AFFICHE : LE FILM QUI S’EST MERITE UNE OVATION DEBOUT À MONTRÉAL ! ^ PRESENTEMENT A L’AFFICHE ! rQu^fiERLATiNl rCINEPLEX DIVERTISSEMErJTn ^ MÉQA-PLEX~ QUZZO ^ ^ MAISON DU CINÉMA ^ | CINEMA PINE — IBOUCHERVILLE II PONT^VIAU 16 II SHERBROOKE II STE-ADËLE I VEF18ION ORIGINALE AVEC FCINÉMA 06ClCivZC4t> SOUS-TITRES FRANÇAIS | 2306.Beaublon .CINÉMAS AMC Ile forum 221 CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AOUT 2010 CINEMA Le charme d’un menteur cynique et corrompu SOLITARY MAN Réalisation: Brian Koppelman et David Levien.Scénario: Brian Koppelman.Avec Michael Douglas, Susan Sarandon, Danny DeVito, Mary Louise Parker, Jenna Fisher, Imogen Foots, Jesse Eisenberg.Image: Alwin Kuchler.Musique: Doug Bçmheim.Montage: Trida Cooke.Etats-Unis, 2010 ODILE TREMBLAY AU départ scénaristes, David Levien et Brian Koppelman avaient écrit à quatre mains entre autres les scénarios de City of the Sun et d’Ocean’s Thirteen, avant de réaliser The Knockaround Guys en 2002.Leur second long métrage.Solitary Man, les entraîne dans les eaux du cinéma américain semi-indépendant, avec plusieurs vedettes tout de même.Le film nous ramène un Michael Douglas en pleine forme dans un rôle cousu main pour un acteur qui peut ici faire valoir l’étendue de son registre.Car qui mieux que lui aurait pu incarner un homme aussi menteur, cynique et corrompu qui en impose par son charme?Ben Kalmen, le héros, est aussi un battant qui relève la tête à chaque coup du sort, tout en refusant d’admettre le moindre de ses nombreux torts, qui l’isolent pourtant.L’action se déroule à New York, et ce Ben, jadis roi de la concession automobile, qui a dd rapê et en accumulant les mauvais choix sentimentaux, familiaux et professionnels, s’enfonce dans tous les gouffres, poussé en partie par un amour im- SOURCE ALLIANCE Michael Douglas dans Solitary Man de Brian Koppelman et David Levien modéré des adolescentes qu’il entraîne dans son lit, même la fille de sa propre compagne, laquelle assouvira sur lui la pire des vengeances.Le scénario de Brian Koppelman repose presque sur une série de vignettes, dont chacune tire l’ancien riche matou vers le bas, de perte en perte.sans qu’il abandonne élégance et semblant de dignité.Même si l’amas des malheurs qui s’abattent sur la tête du héros dégage parfois un comique in- volontaire, Michael Douglas, abonné à des rôles un peu similaires dans Wonder Boys et Wall Street, parvient, avec une justesse remarquable renforcée par l’habitude du registre, à rendre brillamment les facettes de ce personnage de perdant somme toute magnifique.En filigrane se dessine une critique sociale de la fameuse réussite à l’américaine.Un excellent monologue de Ben tissé de lucidité en fin de film, où il analyse les sommets et les chutes de son parcours, s’impose ici comme un grand moment.Sans se distinguer par sa réalisation, mais bien mené, le film Solitary Man repose sur les épaules de Douglas et la qualité des dialogues, mais aussi sur une abondante distribution secondaire en général de haut vol.De Danny DeVito à l’humanité ironique toujours juste, dans la peau de l’ancien compagnon de collège devenu patron de resta au grand cœur, en passant par la première épouse, patiente et perspicace (Susan Sarandon), au profil de fine mouche sensible, la vraisemblance psychologique demeure au rendez-vous.Quoique Jenna Eisher, qui joue sa fille, se révèle assez faible, plusieurs beaux profils se greffent à la trajectoire du héros, dont cet étudiant idéaliste Cesse Eisenberg) qui prend Ben pour mentor, avant d’être trahi à son tour.Défaillance du scénario: on ne saura jamais pourquoi le personnage principal, qui fut jadis charmant, est devenu cet être sans foi ni loi, mais le film possède son lot d’atouts pour séduire et offre à Douglas un de ses plus beaux rôles depuis des années.Le Devoir Rire n’est pas tout THE OTHER GUYS (LES RENEORTS) Réalisation: Adam McKay.Scénario: Adam McKay, Chris Henchy.Avec Will Ferrell, Mark Wahl-berg, Eva Mendes, Michael Keaton, Steve Coogan, Dwayne Johnson.Photographie: Oliver Wood.Montage: Brent White.Musique: Jon Brion.États-Unis, 2010, 104 minutes.MARTIN BILODEAU Rire ne témoigne pas tou-joqrs de la qualité d’un film.A preuve: The Other Guys, une comédie policière sans queue ni tête mais fort drôle, qui repose entièrement sur la chimie opérant entre ses deux vedettes Will Ferrell et Mark Wahlberg.Le premier, un ex-comptable passé détective au service de police de Manhattan, décolle rarement de sa chaise.Le second, son partenaire dans les forces de l’ordre, est impatient de renouer avec les dangers de la rue, après avoir été mis au rencart pour une bavure ridicule.L’un est obéissant, avenant et compulsif, l’autre est SOURCE SONY Will Ferrell et Mark Wahlberg dans The Other Guys, d’Adam McKay «TOTALEMENT ORIGINAL ET CAPTIVANT!» iP MaJcom Fraser, MIRROR TILDA SWINTON UNFIIMDE f /' J LucA GUADAGNINO www.iamlovemovie.com BliSISUN " ^ fsî métrofode PRESENTEMENT A L'AFFICHE! [ïi^ VERSION ORIGINALE 1^— CINÉMAS AMC ^—| \"dr\ ITALIENNEAVEC LE FORUM 99 1^*1 SOUS-TITRES ANGLAIS rLIKUWI | tous les jours: 13h50,16h45,19h40, 22h30 ^^^57netropoletilm&.com'’^^^S «Une comédie sensuelle, une bouffée d’air frais, un hymne à ia folie!» Séquences «Sympathique, musical et gastronomique! Savoureux!» un film de Fatih Akin www.soul-kitchen-film.com wîM métropole SÀL’AFFICHEI 5metropoletilms.com ^ un électron libre teigneux et impulsif; le tandem mal assorti fonctionne au micron près, dans toutes les situations offertes par le scénario, d’une étonnante banalité compte tenu des forces en présence.Le rare Michael Keaton campe en effet le chef de police, un rôle secondaire indigne de lui mais qu’il exploite au maximum.Samuel L.Jackson joue aux côtés de Dwayne Johnson un détective héroïque et trompe-la-mort, qui fait de l’ombre à tout le service mais disparaît dès le premier acte (de façon fort amusante, cela dit).Enfin, la sympathique Eva Mendes, en épouse parfaite de Ferrell, sert de prétexte à une série de gags sexistes dont le second degré n’est perceptible qu’au prix d’un certain effort.La tâche d’Adam McKay, qui signe ici son premier long métrage, consiste à faire passer pour du cinéma ce qui n’est en fait qu’un enchaînement télévisuel de sketches de Saturday Night Live auquel on aurait attribué d’urgence un budget exceptionnel pour les poursuites et les explosions.Tout comme Ferrell, McKay est lui-même un ancien scripteur de l’émission humoristique hebdomadaire.Son rapport au cinéma et ses affinités avec le médium restent à peu près aussi abstraites que celles de Patrick Huard {Filière 13).Le hasard ayant voulu que leurs films, sur des sujets voisins, prennent l’affiche en même temps, la comparaison était inévitable.Mais elle est ni à l’avantage de l’un, ni à l’avantage de l’autre.Collaborateur du Devoir II.UIJ-W-I.I.CELEBRATION CENTENAIRE KUROSAWA 7R Fil VOIR riLIVIO ABSOLUMENT CE SOIR JUSQU’AU 2 SEPTEMBRE «LE FILM-EVENEMENT DE2010>^ - Roger Ebert f Æm «A AVEC 25 MINUTES DE SCÈNES INÉDITES L’OEUVRE CtoWiBLÈT-E^ HETRCm^ I avec sous-titres français STONEWALL UPRISING .Métro Place des arts rCINEMA DU PARC J Autobus 80/129 | 3575 ?pam 514-281 -1900 SOURCE METROPOLE Rovert Duvall et Sissy Spacek dans Get Low, d’Aaron Schneider Enterrer ses remords GET LOW Réalisation: Aaron Schneider.Scénario: Chris Provenzano, C.Gaby Mitchell.Avec Robert Duvall, Sissy Spacek, Bill Murray, Lucas Black.Image: David Boyd.Aaron Schneider.Musique: Jan A Kaczmarek.États-Unis/Allemagne/Pologne, 2009,103 minutes.ANDRE LAVOIE Réduits en cendres ou à l’étroit dans leur cercueil, les défunts ignorent parfois la chance qu’ils ont de ne pas entendre leur éloge funèbre; ils rigoleraient — ou pleureraient à chaudes larmes — devant un hommage de leur pire ennemi ou la litanie de qualités dont ils I 4, GAGNANT AUX OSCARS I :i MEIUEURFILMEN LANGUE ETRANGERE E ?mim SES YEUX THE SECRET IH THBIR EYES UH nui DI jniAN JOSÉ CUUMOMNEUka tWWW.IOilVCIAMCUOM SONT PICIUBES CLASSICS' • • m 15e SEUIIAINES CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS et ropolef il ms.com D se savent totalement dépourvus.Le héros solitaire, antipathique et sans manières du premier long métrage d’Aaron Schneider, Get Low, veut éviter cela à tout prix en organisant de fastes funérailles, et y assister en chair et en os, histoire d’entendre ce que les habitants des environs pensent de ce misanthrope toujours flanqué d’une carabine pour chasser les curieux.Dans ce coin perdu du Tennessee, alors que la Grande Dépression fait ses ravages, Félix Bush (Robert Duvall) constitue un véritable objet de curiosité, vivant dans les bois depuis près de 40 ans.Chacun de ses rares passages en ville est très remarqué, et le dernier plus que les autres.Le vieil ermite tient à son projet de funérailles «festives», et après le refus du pasteur, Frank Quinn (Bill Murray), le directeur des pompes funèbres, flaire la bonne affaire alors que ses finances risquent de l’amener au bord du précipice.Il exige alors de son associé (Lucas Black) qu’il courtise ce client pas comme les autres, et le jeune homme, d’abord craintif, découvre peu à peu un être fascinant.Le retour inattendu de Mad-die Darrow (Sissy Spacek) va provoquer une brèche dans la carapace du vieux grincheux, car cette veuve le connaît depuis longtemps, et connaît aussi tous les démons qui le rongent Ses rugissements ne lui font pas peur.C’est alors que la cérémonie, qui se voulait carnava- lesque et se donnait des allures de loterie à ciel ouvert en ces temps de misère, va prendre une tournure inattendue.Après un court métrage osca-risé (Two Soldiers), Aaron Schneider effectue un passage réussi avec ce premier long métrage, tout entier illuminé par la présence vibrante de Robert Duvall, dont le talent n’écrase jamais celui de ses partenaires.Il aurait d’ailleurs bien du mal à en imposer à Sissy Spacek, dont chaque apparition à l’écran décuple l’émotion, ou encore Bill Murray, le regard malicieux mais jamais cabotin.Ces brillantes performances démontrent aussi l’habileté indéniable du cinéaste, qui a mis la main sur un scénario aux allures de fable signé Chris Provenzano et C.Gaby Mitchell et qui s’inspire d’un fait réel.Difficile ici d’établir la part du vrai et du faux, mais Get Low, par sa simplicité, emporte l’adhésion sans efforts.La misère ambiante n’est ni trop voyante ni trop insistante et fait ainsi place au désarroi de ces personnages qui ne sont pas submergés que par des soucis financiers.Jamais à renfort de musiques envahissantes et d’effets visuels racoleurs.Get Low illustre l’implacable poids des remords et les bienfaits discrets de la rédemption.Une telle leçon, déclinée avec autant d’intelligence que de sensibilité, mérite d’être retenue.Collaborateur du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE AOUT 2010 E 7 LIVRES LITTERATURE ERANÇAISE San-Antonio remet ça Frédéric Dard fait son entrée chez « Bouquins » Pour marquer le 10* anniversaire de la mort de Frédéric Dard, «Bouquins» publie les oeuvres complètes de San-An-tonio.Ce n’est pas encore «la Pléiade», mais tout de même, c’est du solide: 175 romans, parus entre 1949 et 1999, à la queue leu leu en seize volumes de papier bible, à paraître sur trois ans.PAUL FOURNEL Une décennie après la mort de son géniteur, le commissaire reste controversé: génie pour certains, il est également l’intolérable bouffon de beaucoup.Ceux-là savent.Ce sont ceux qui n’y pensaient plus que cette édition vise.Manière d’ajouter quelques retardataires aux 220 millions de lec-teius déjà répertoriés.Que découvre-t-on de plus à lire les quarante premiers romans à la suite?On découvre que Frédéric Dard est de son temps et que San-Antonio ne s’est pas fait en un jour.Dard est entré en écriture au moment où tous les romanciers voulaient écrire comme les Américains.C’est sur la carte des Etats-Unis qu’il a pointé un doigt au hasard poiu trouver le nom de son héros.Côté narration, bondir sera toujours plus essentiel que construire, et c’est sur cet élan qu’il tiendra (ou perdra) son lecteur.Contrairement aux Anglais (Chase et Chejuiey), il n’américanisera pas ses intrigues et restera en France.La première période, celle des années 1950, est noire.Même si San-Antonio est déjà plein de folie, les cadavres abondent, l’ombre d’Albert Simonin plane, les intrigues sont sous le signe de la menace planétaire.Dès le début, cependant, sont figées quelques règles qui ne changeront plus: San-Antonio s’adresse directement et sans ménagement à ses lecteurs pour les enjoindre de suivre: «Si vous aviez été là, bande de gnoujs, vous auriez pu constater qu’entre moi et la statue de l’ahurissement, il n’y avait pas plus de différence qu’entre un dictateur de droite et un dictateur de gauche.» {Passez-moi la Joconde.) Dès le début aussi, il excelle dans les descriptions de ses fameuses parties de jambes en l’air: «S’il fallait répertorier toutes les frangines transformées par ma flamme en r Frédéric Dard (1921-2000) photographié chez iui en 1965 Stromboli, ça donnerait un catalogue à côté duquel celui de la Manu de Saint-Etienne aurait l’air d’une plaquette de poèmes.» {Entre la vie et la morgue) Ses têtes de Turcs se mettent en place également dès les premiers titres: Claudel, Jean No- hain, l’Académie française, avec un sens de la répétition qui frise l’acharnement.Toute l’évolution, ensuite, consiste à se libérer des chaînes du réalisme pour aller vers la fantaisie.Dans cette entreprise, deux éléments entrent en jeu: une invention verbale grandissante et la montée en puissance de Bérurier, qui, dans ces premiers volumes, n’est pas encore le trop envahissant comparse qu’il deviendra.Dard devient parfois irritant avec son mépris feint et répété AGENCE ERANCE-PRESSE pour l’institution littéraire et la correction de la langue: «Je me fous de la grammaire comme de ma première culotte Bateau, vous avez dû vous en apercevoir déjà! Que ceux qui sont contre la syntaxe à la production me contactent.L’avenir du langage.c’est moi! Je suis le Jules Verne du vocabulaire.» {En long, en large et en travers.) Ce qui est manifestement faux.Si son vocabulaire est créatif, sa syntaxe est irréprochable.Dard n’aurait pas du tout détonné à l’Académie et on peut être surpris que personne n’ait songé à l’y convier.Lui qui nouait une cravate et enfilait un veston le matin, avant de s’asseoir devant son IBM à boule, aurait écrit en bicorne et sabre au clair.Anarchisme de droite Le sexisme est partout présent; il fait certes partie du genre, mais il est manifeste, tout comme une forme de racisme social qui, martelé, devient pesant: «Les zigs pleins aux as donnent un sens à la vie de ceux qui sont raides.» Tout cela est à placer dans un décor d’anarchisme de droite, mais il existe au moins dix façons plus gracieuses d’être politiquement incorrect.Ce qui frappe aussi, à la lecture de cette première salve, c’est à quel point Dard est marqué de culture lyonnaise.La noiuriture préférée du commissaire ne laisse planer aucun doute sur ses origines: rôti de porc aux marrons, poularde, haricot de mouton, gratin, gigot, blanquette (avec os à moelle), juliénas, brouilly, pommard, verveine.En bon Lyonnais, San-Antonio se dit, parmi ses frasques, «respectueux de la religion», et plus d’un de ses aphorismes portent la marque de la «plaisante sagesse lyonnaise» de Catherin Bugnard.Ceci pour ne rien dire du couple Guignol et Gnafron: le petit malin à l’esprit juste, flanqué de son gros ivrogne calembourdeur, qui est une des matrices du couple San-Antonio-Bériuier.Mine de rien, perché sur ses bientôt seize volumes, le commissaire San-Antonio se trouve maintenant siu un piédestal.Sa statue tremble encore un peu, mais elle est érigée.Une fois encore, ce seront les chiffres qui trancheront et décideront de la gloire de ces quelque 20 000 pages.On n’échappe pas à son destin, commissaire.Le Monde SAN-ANTONIO FRÉDÉRIC DARD Édition établie par François Rivière Robert LaffonL collection «Bouquins» Paris, 2010, tomes 1 à 4, 1280 pages La vie aime la vie Louis Hamelin aymond Carver fait ça tout le temps.Un couple est en train de se désagréger.C’est la nuit, l’homme regarde par la fenêtre et voit une porte s’ouvrir de l’autre côté de la rue.Quelqu’un sort, quitte les lieux, la lumière du porche reste allumée un moment, puis s’éteint.Et Carver peut ensuite se permettre d’abandonner ses personnages après les avoir plongés dans la plus parfaite confusion et la plus totale ambiguïté, car le contrat a été respecté, il vient de vous indiquer comment leur histoire allait se terminer: quelqu’un va partir, une lumière va s’éteindre.Techniquement, on pourrait parler d’une forme de métonymie (une figure de déplacement), pas mal plus efficace pour faire avancer une intrigue que la métaphore ou que la méta-flore de rhétorique.C’est la fulgurance de l’image au service du récit.Au lieu d’obliger tes personnages à se creuser la psychologie et se trifouiller la blessure pour arriver à exprimer toutes les belles zémotions de leur moi intime (une nouvelle n’est pas une thérapie de groupe), tu les plantes au bord d’un ruisseau sauvage et tu fais apparaître un chevreuil avec une flèche fichée dans la panse.Qu bien un lynx capture un lièvre à deux pas du refuge de montagnç où s’est endormi un technicien de la faune.A son réveil, celui-ci découvre le drame minuscule, comme une écriture dans la neige.«Si je ne m’étais pas endormi, si f avais pu observer la scène à travers les pins.j’aurais, enfin, vu l’animal.J’en ai éprouvé un profond chagrin, comme un homme amoureux.» Si le même homme ne venait pas de nous raconter qu’il a trompé sa femme pendant des années sans qu’elle se doute de quoi que ce soit, et s’il n’y avait pas ce «comme un homme amoureux» pour nous alerter, on pourrait presque croire que la rencontre fatale du lièvre et du lynx sur un sommet de l’Idaho était fortuite, un épisode de la prédation ordinaire.Mais évidemment, dans une bonne nouvelle, rien ne l’est, et nous voici donc relisant le paragraphe et scrutant la page comme le héros scrute la neige à ses pieds.Que veut nous dire l’auteur?Rien de simple ni de très précis, peut-être seulement ce soupçon: que dans l’espace de toute vie, le chasseur peut devenir le chassé, le trompeur un trompé, ou pire encore: ce dormeur éveillé qui ne voit rien pendant que l’éclatant secret de la vie lui passe sous le nez.Parmi les procédés métonymiques, on pourrait aussi ranger le vieux truc de la «pièce dans la pièce» {Hamlef) et toutes ses variantes: roman dans la nouvelle, encyclopédie dans la nouvelle, nouvelle dans la pièce, etc.Ainsi, dans Les sacrifiés, nouvelle de Kevin Canty, on est renvoyé à un film de John Wayne.Les meilleurs auteurs de nouvelles sont comme ça, des paresseux de génie.L’écrivain aurait pu passer 130 pages à s’emmerder en attendant que son héros se détache dans la douleur d’un précédent amour pour enfin se mettre avec la grosse Eleonor.Mais Canty connaît deux ou trois trucs, par exemple insérer un film dans le lecteur de DVD et.«A la fin, John Wayne prend la fuite.» Chute de la nouvelle et fondu au noir.Superbe histoire de rupture amoureuse que ces Sacrifiés.Et Kevin Canty, c’est un vrai.Qn ne croise pas John Wayne sous sa plume pour Superbe histoire de rupture amoureuse que ces Sacrifiés de Kevin Canfy rien.Les cannettes de bière abondent.Et les hommes blessés comme des ours dans le mou du ventre.L’école du Montana, cent pour cent houblon.Dans le choix des décors et des personnages, il est peut-être un peu plus poljrva-lent que Carver, n’hésite pas à déplacer son chevalet là où le vieux Ray manifestait devant ses couples de prolos à la dérive l’obstination d’un Monet hjqjnotisé par une meule de foin ou un lit de nénuphars.Si ça peut vous rassurer, Canty ne vous présentera jamais un narrateur écrivain ou, horreur, professeur d’université.Plus in-tello qu’un agent d’immeubles ou qu’un employé du Service des parcs et forêts, vous ne trouverez pas chez lui.La faune qu’il fait vivre se définit par ses habitudes de consommation plus que par les professions exercées.Aimer le bon vin n’est pas exclu, ni le risotto, ni écouter du Ruben Gonzalez ou conduire une Volvo.Côté paysages, on passe de la Blackfoot River (plus «école de Missoula» que ça, tu meurs scalpé par un Lakota.) à l’immense plaine écrasée de soleil du Texas et aux saguaros du désert de l’Arizona, en passant par les sommets neigeux dépecés par le marché et la pression des ranchers d’opérette qui fuient les côtes surpeuplées de ce continent et achètent l’air pur au kilomètre carré, les centres d’achats de l’Qhio et l’infinie banlieue cossue de partout et de nulle part.Bref, une écriture qui colle au territoire et qui fait que dans les meilleurs moments de cette branche-là de la littérature américaine, dans laquelle continue de couler une sève au goût sauvage, le lecteur a l’impression d’avoir droit à quelques pages du National Geographic assaisonnées de sexe, de Budweiser-gin-scotch-whis-ky, d’enfants qui mordent et de truites grillées sur le barbecue.En Arizona, le narrateur ne se contente pas de nous faire voir les habituels lézards qui détalent à l’approche de tout bon touriste du roman, il nous montre un monstre de Gila.Et des pécaris et une chevêche, qui n’ont besoin que du nom qu’on leur donne pour se mettre à exister, alors que les ciuistes accourus au ranch voisin ont besoin, eux, de tout un programme pour simplement avoir l’impression de commencer à être, et encore: «[.] irréels les repas minuscules présentés avec art, irréelle la table ronde, irréelles la randonnée [.], la jolie brunette de La Jolla retouchée par la chirurgie esthétique [.].C’était un univers hanté par des robots en plastique couleur chair.» Et Canty a quelques autres cordes à son arc.Un humour un peu sinistre, pince-sans-rire à souhait: «La mariée avait uniquement invité les personnes avec lesquelles elle avait couché.» De l’ironie: «Cette fille — cette femme — semblait trop jeune, trop jolie et trop intelligente pour être célèbre.» Un sens de l’ellipse et un cynisme qui lui permettent, dans Où est passé l’argent, de tutoyer Papa Hemingway, ou tout comme.De l’empathie, assez pour réussir à appréhender de l’intérieur l’univers vertigineux d’un vieux bonhomme qui ne se voit pas sombrer tranquillement dans un début de démence {Abondance, un texte magnifique).Et assez de vécu sous la couenne pour savoir préparer un cocktail d’émotions à coupçr au canif et de rude sagesse qui sent le vrai.A la charnière où l’amour finit et commence, le héros cantien de ces couples mal pris ne dit pas: Je ne t’aime plus, encore, passionnément.Il dit: «La vie aime la vie.» Ben oui.UNE VRAIE LUNE DE MIEL Kevin Canty Traduit de l’américain par Hélène Fournier Albin Michel Paris, 2010,243 pages E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE AOUT 2010 LIVRES ESSAI Parler philo, du début à la fin Une proposition audacieuse de Roger-Pol Droit Louis Cornellier Sans la philosophie, la vie serait une erreur.Je sais cela depuis ma découverte de cette fascinante matière au collégial.Jamais, depuis lors, le puissant désir d’interroger fondamentalement la réalité ne m’a quitté.L’histoire et la méthode philosophiques me sont des boussoles permanentes et nourrissent ma conscience morale et mes pensées au quotidien, dans les grandes comme dans les petites choses.Vivre avec la philosophie est une grâce qui devrait être considérée comme un des droits de l’homme, et par conséquent aussi comme un devoir.Nul, donc, ne devrait en être privé, enfants inclus.C’est l’audacieuse proposition que formule le philosophe français Roger-Pol Droit (RPD) dans un magnihque essai intitulé Osez parler philo avec vos enfants.Les petits, croit-on souvent, n’ont pas la capacité d’accéder à la complexité philosophique.C’est une erreur, rétorque le philosophe.Les enfants posent et se posent des questions «souvent très philosophiques et, malgré leur apparente naïveté, profondément métaphysiques».Devant cela, comme adultes, comme parents ou enseignants, «il est dommage — très dommage même, pour l’enfant comme pour soi-même — de prendre la fuite».11 ne s’agit pas, pour RPD, de sombrer dans l’attitude cucul qui consiste à s’extasier devant la profondeur des mots d’enfents.11 s’agit plutôt de tabler sur «cet étonnement de tout» qui caractérise les enfants pour développer avec eux im regard philosophique.Comment cela serait-il possible, alors que les enfants, bien loin de l’idéal philosophique, man- quent de cohérence et «marchent à l’affect»?Enfants et philosophes, explique RPD, partagent porutant une même ignorance devant le monde, qui suscite un étonnement commun et des interrogations fondamentales.«S’étonner, écrivait Platon, la philosophie n’a pas d’autre origine.» Philosopher, continuait Jankélévitch, c’est se comporter «comme si rien n’allait de soi».En ce sens, conclut RPD, les philosophes peuvent être considérés comme «des enfants qui résistent, qui refusent d’abandonner l’interrogation permanente qui naît de l’étonnement» et comme des alliés des enfants questionnerus.Cela ne signifie pas qu’il faille faire de la philosophie au sens scolaire avec de jeunes enfants, ou même que l’on doive leur «parler de philo».Ce que suggère RPD, c’est plutôt de «parler philo» avec eux, c’est-à-dire «de parler avec les mêmes mots que d’habitude, mais d’autre chose, et sous un autre angle».La philosophie, pré-cise-t-il, ne commence pas quand on a des idées, «mais quand on les gamine — quand on s’emploie à regarder comment elles sont faites, ce qu’il y a dedans, ce qui les fait tenir».Parler philo, ce n’est pas donner un corus, c’est cultiver une «modification du regard».11 faut apprendre à parler philo sans contrainte.«Avec les enfants, écrit le philosophe, c’est n’importe où, n’importe quand que tombent des questions: l’immortalité débarque sur un escalier roulant, la liberté arrive dans les rayons du supermarché, Dieu déboule en plein petit d^euner.» C’est le temps d’ouvrir le dialogue.Non pas poru offrir des réponses toutes faites, mais poru «découvrir le plaisir de penser», en se libérant «de la contrainte d’aboutir quelque part», pour «parler ensemble de notre interrogation du monde et de notre condition».Avec les mots des enfants et avec les nôtres, on parle philo en faisant «varier les points de vue», en Un essai « comme une boîte à pique-nique, dont on peut se servir pour partir avec les enfants en promenade d’idées » pensant «à double face», c’est-à-dire en explorant une réponse et la réponse adverse.Au final, il s’agit de transmettre à l’entant «une posture de la pensée, sans doute une des plus dignes — celle qui consiste à ne pas abandonner ce que l’on croit vrai tout en l’ouvrant à la pluralité des vérités autres».RPD présente son essai «comme une boîte à pique-nique, dont on peut se servir pour partir avec les enfants en promenade d’idées».Chacun des chapitres de cet ouvrage explore un couple de notions (vivre et mourir, fille ou garçon, agir bien ou mal, animaux et hommes, jouer et travailler, etc.).«C’est pas juste!» protestent souvent les enfants quand ils n’obtiennent pas ce qu’obtiennent leurs semblables.Dans ce cas, suggère RPD, on peut leur demander ce qui, selon eux, serait juste.On découvre alors qu’ils assimilent la justice au fait «que chacun ait rigoureusement la même chose que l’autre».Or, cela peut être vrai si les conditions sont identiques (si tous ont fait lerus devoirs, tous ont droit au bonbon), mais faux dans le cas contraire.Sans qu’elles soient savamment nommées, les notions de justice commutative (traitement identique) et de justice distributive (traitement non identique, en fonction des mérites ou des besoins) deviennent alors à la portée des enfants.Etre libre, est-ce toujours refuser d’obéir?Les enfants, etplusierus adultes, le croient.Pour ébranler cette naive conviction, RPD utilise l’exemple du Code de la route.C’est, en effet, son respect par tous qui nous rend libres de circuler.C’est donc «en obéissant que nous sommes libres».Si tous, cela dit, obéissent à un dictateru, parle-t-on encore de liberté?Non, puisque, poru être libre en obéissant, la règle suivie doit être «collective, choisie en commun».Non pas, donc, la volonté d’un seul, mais la volonté de tous.Parler philo, explique éloquemment RPD, c’est, en toute simplicité, vivre avec «la joie de l’étonnement, le vif de l’interrogation et de la découverte» au cœru de nos vies.11 faut le faire savoir aux entants et aux autres.Et en rire Les philosophes et humoristes américains Thomas Cathcart et Daitiel Klein le savent, eux qui se spécialisent dans l’utilisation des blagues poru «clarifier les idées philosophiques universelles».Après leur Platon et son ornithorynque entrent dans un bar (Seuil, 2008), ils nous offrent un Kant et son kangourou franchissent les portes du paradis (bizarrement, le titre original anglais évoque Heidegger et un hippopotame) qui explore les thèmes de la mort, de l’éternité et de l’immortalité.En compa-gitie de Kierkegaard, Schopenhauer, Camus, Heidegger {«Super! notent-ils.Si seulement nous comprenions ce qu’il dit») et Woody Allen, ils narguent avec irrévérence et brio la fiititude humaine, poru mierrx l’apprivoiser.louisco@sympatico.ca OSEZ PARLER PHILO AVEC VOS ENEANTS Roger-Pol Droit Bayard Paris, 2010,176 pages KANT ET SON KANGOUROU ERANCHISSENT LES PORTES DU PARADIS Petite philosophie de la vie (et après) PAR LES BLAGUES Thomas Cathcart et Daniel Klein Seuil Paris, 2010,304 pages Le New York viennois de George Steiner MICHEL LAPIERRE En 1986, dans le New Yorker, George Steiner écrit: «Par bien des côtés, la culture urbaine américaine actuelle, et singulièrement la culture juive américaine, est un épilogue coruscant de la Vienne fin de siècle et de ce générateur de génie et de névrose que définit le triangle Vienne-Prague-Budapest.» Nous savions que le New York de Woody Allen avait quelque chose de freudien, mais nous n’imaginions pas la ville à ce point austro-hongroise.Cette étrange réalité, Steiner, auteru, entre 1967 et 1997, d’environ 130 chroniques pour le New Yorker, réussit à nous en donner l’intuition dans Lectures, choix judicieux de 27 d’entre elles, presque toutes inédites en français.Né à Paris en 1929 de parents juifs autrichiens et installé à New York avec sa famille dès 1940, il a transcendé la critique littéraire en en faisant une réflexion intime, érudite, abyssale, qui unit les époques et les continents.Pour l’intellectuel naturalisé américain, «le XX‘ siècle tel que nous l’avons vécu à l’Ouest est, à certains égards essentiels, un produit d’exportation austro-hongrois».Steiner souligne l’influence de Wittgenstein sur la philosophie par des allusions plus vibrantes que ses chroniques sru Russell ou Poucault, puis celle de Musil et de Broch sru l’art romanesque, en voyant dans La Mort de Virgile, de ce dernier, «probablement le seul grand roman européen qui aille au-delà ^fJJlysse», de Joyce.Kraus et Weil Au chapitre de la satire, malgré la vive admiration qu’il voue à Orwell, le critique estime avec raison que l’Autrichien Karl Kraus, avant le Britannique et «de manière beaucoup plus systématique», décortiqua, dans les recoins subliminaux de la vie sociale et culturelle, les ferments du totalitarisme.Mais lorsque l’horreur rendit la satire la plus incisive insignifiante, l’écrivain viennois trébucha, comme le monde entier.«Devant Hitler, anti-maître du mot plus implacable que lui — acteur, charlatan, déclamateur plus fascinant —, Kraus se tut», observe Steiner.Paisant preuve d’une grande profondeur, l’Américain dépasse ici l’art de la glose.Steiner voit en Thomas Bern-hard le continuateur de Kraus.11 est d’avis qu’en pourfendant «le provincialisme mégaloma-niaque de la culture viennoise» récente, cet autre Autrichien a rendu plus poignant le paradoxe de l’ancienne culture qui, hégémonique, avait produit tant Rilke, Kafka et Webern que Hitler.Mais la chronique la plus singulière du recueil porte sur une Prançaise d’origine juive: Simone Weil.Chez cette femme qui dénonça les «horreurs» sanguinaires de l’Ancien Testament, Steiner associe l’attirance vers le christianisme à «l’autoflagellation» à laquelle se livra un penseru viennois d’ascendance jujve, tourmenté lui aussi par l’Évangile: Wittgenstein.Si la contagion des angoisses autrichiennes soude l’Europe à New York, pourquoi le Danube n’arroserait-il pas quelquefois la Prance?Collaborateur du Devoir LECTURES George Steiner Traduit de l’américain par Pierre-Emmanuel Dauzat Gallimard Paris, 2010,420 pages E N BREF Bouveresse refuse les honneurs En Prance, le philosophe Jacques Bouveresse refuse la Légion d’honneur, plus haute décoration française.«Il ne peut être question en aucun cas pour moi d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait», a-t-il déclaré en apprenant que cette médaille devait lui être décernée.Né en 1940, le philosophe, très marqué par l’œuvre de Wittgenstein, Mu- sil et Kraus, a occupé la chaire de philosophie du langage et de la connaissance au Collège de Prance.11 affirme dans une lettre ouverte qu’il n’a jamais voulu de ce type A’«honneur», «certainement encore moins d’un gouvernement comme celui [de Nicolas Sarkozy], dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l’égard de l’Education nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable».- Le Devoir PHILOSOPHIE L’amour de la Palestine Un dictionnaire de courage et d’espoir GEORGES LEROUX Ce dictionnaire, nul ne pouvait mieux l’écrire qu’Élias Sanbar.Pas seulement en raison de sa connaissance de l’histoire de la Palestine et de son implication politique de premier plan dans le processus de paix, mais aussi, et peut-être srutout, à cause de ce qui saute aux yeux en le lisant, son immense culture.Auteur de nombreux livres sur les Palestiniens, et notamment d’études admirables sur les réfugiés, Elias Sanbar a consacré à l’œuvre de Mahmoud Darwich, le grand poète national de la Palestine, un travail de traducteur qui a fait de lui la voix de Darwich en langue française.Cet engagement poétique ne saurait être dégagé de l’engagement politique, et c’est ce qui donne à ce dictionnaire amoureux à la fois sa profonderu et sa sérénité.Profondeur de la compréhension historique, sérénité dans la confiance: l’expérience palestinienne n’est pas terminée.Disons-le d’emblée, les choix de Sanbar sont clairs, et il faut les accepter: lire ce dictionnaire, même si on y trouve un ensemble d’éléments historiques et sociologiques de grande importance, ce n’est pas d’abord aller à la rencontre d’un témoin de premier plan poru toutes les étapes des négociations avec Israël.Son choix de porter à la marge une discussion de l’Autorité palestinieime, en particulier du rôle de Yasser Arafat, et de privilégier plutôt la question de la vie palestinienne et de la survie de la culture conduit à une perspective ouverte sur l’identité.Tout se passe comme si Elias Sanbar avait voulu démontrer, à ceux qui en douteraient, que la Palestine n’est pas une invention récente et que sa culture plonge des racines millénaires dans un territoire marqué par son expérience, sa langue et ses valeurs.Privé de cette conviction, le combat politique n’aruait guère de sens.Dictionnaire d’un exilé Le principe de cette belle collection est celui d’un abécédaire ouvert et libre.Elias Sanbar n’a pas vécu en Palestine: il venait de naître quand sa famille a été expulsée, et il faut lire le récit de son retour à Haïfa pour comprendre le drame des réfugiés.Son dictionnaire est celui d’un mnm DARREN WHITESIDE REUTERS Des bergers palestiniens conduisent ieur troupeau ie iong du mur érigé par Israëi, près de Ramaiiah, en Cisjordanie.exilé, et non celui d’un Palestinien des Territoires occupés.11 est donc marqué par un travail constant de mémoire et de reconstitution, nourri par ses études en Erance et par un réseau d’amitiés qui déborde, et de beaucoup, le cercle des amis palestiniens (au nombre desquels on compte Leila Shahid,, Êdward Said et llan Halevi).A tous ces amis, en particulier à ceux qu’il rassembla autour de la Revue d’études palestiniennes, Elias Sanbar exprime sa reconnaissance et il les incorpore, pour ainsi dire, dans le tissu vivant du portrait de la Palestine qu’il reconstruit dans son dictionnaire.Ce portrait est un portrait informé qui doit beaucoup aux écrivains et aux intellectuels qui l’ont accompagné, et on ne sera pas étonné d’y retrouver Jeqn Genet et Gilles Deleuze.A chaque instant, les événements du conflit viennent percuter l’effort de reconstitution, les exigences politiques ne laissant guère de répit.Mais, comme Sanbar l’écrit si justement, «l’exil peut se montrer généreux qui vous place en situation de vous dépasser».Son dictionnaire montre en effet que cela est possible.Comment un homme comme lui a réussi à transfor- mer une situation de désastre en un défi où le travail poétique marche main dans la main avec l’engagement dans l’Autorité palestinienne, chaque page de ce livre le montre.Mais aussi une histoire personnelle d’une grande richesse et d’un grand courage, consacrée à l’étude et à la recherche.Témoignage poignant Le drame de la naqba, dont Sanbar a documenté la réalité tragique dans un livre de photographies {Les Palestiniens, Hazan, 2004), est sans cesse rappelé, mais c’est toujours pour montrer que cette destruction est et demeure impossible: la culture palestinienne a résisté, et sa force lui vient de cet ancrage dans une histoire.Le pire ennemi de la Palestine est le récit de l’oppresseru, qui veut lui faire croire qu’elle est une création tributaire du mandat britannique et, ultimement, du drame de 1948.Enfants d’une terre unique, «tabernacle des grandes révélations», les Palestiniens ont reçu en héritage une expérience de survie à travers des siècles d’oppression.On ne peut lire ce livre sans vouloir aller plus loin.Les articles littéraires, tout comme ceux consacrés aux enjeux politiques (par exemple, l’OLP, le mur, Jérusalem), proposent tous de riches ouvertures, et il faut remercier Elias Sanbar de n’avoir pas enfermé son dictionnaire dans un récit personnel: très généreux sur ce plan, son témoignage est souvent poi-^ant, mais il se développe toujours dans une réflexion où il vient rejoindre l’expérience historique et le combat politique contemporain.Impossible de lire ce dictionnaire et de demeurer indifférent, impossible de consentir à la lassitude de tant d’observateurs face au conflit.La réalité palestinienne n’est pas seulement une réalité de détresse, elle est aussi faite d’un dynamisme et d’une conscience orientée vers la paix, et ce beau dictionnaire nous donne plus de raisons de croire que de désespérer.Collaborateur du Devoir DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA PALESTINE Elias Sanbar Dessins d’Alain Bouldouyre Plon Paris, 2010,481 pages
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