Le devoir, 8 mai 2010, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MAI 2010 ’ LITTERATURE Gil Courtemanche publie une autofiction entre amour et mort Pages F 2 et F 3 BIOGRAPHIE Un nouveau livre fascinant sur le romancier italien Alberto Moravia Page F 4 LIVRES CHRISTOPHE HUSS Pour cerner l’intérêt patrimonial du livre de Georges Nicholson, un petit détour s’impose.Voici in extenso le texte de l’Encyclopédie canadienne sur le personnage auquel Georges Nicholson vient de consacrer 593 pages: «André Mathieu, pianiste et compositeur (Montréal, 18 févr.1929-id, 2 juin 1968).Surnommé le “Mozart canadien”, il commence à composer à l’âge de quatre ans, donne un récital de ses oeuvres à l’âge de six ans et fait ses débuts à la radio en 1936 comme soliste dans son propre Concertino n° 1 pour piano et orchestre.Il étudie tout d’abord avec son père, Rodolphe Mathieu, puis à Paris.Il s’installe à New York après s’y être distingué en 1940 en donnant un concert au Town Hall, puis, à l’âge de 13 ans, il se produit au Carnegie Hall.Il retourne à Montréal en 1943.En 1946, il se rend à Paris où il étudie avec Arthur Honegger (composition) et Jules Gentil (piano).Par la suite, il se met en évidence dans des “marathons de piano”.Ce battage publicitaire déçoit ceux qui croyaient en son talent, lequel ne réalisera malheureusement jamais toutes ses potentialités.Ses compositions de jeunesse rappellent celles de Prokofiev.Par la suite, il deviendra un postromantique dans la veine de Rachmaninov.Des extraits de ses compositions forment le thème de la chanson d’accueil et de la partition des XXI‘^ Jeux olympiques de 1976.» Voici le point de départ.Le reste — soit 592 pages et demie du livre publié par Québec Amérique — n’est que du bonus, sans compter la rectification des ^otesques élucubrations de la notule en question, telle cette assertion selon laquelle Mathieu, dans sa jeunesse, était inspiré par Prokofiev, devenant ensuite un «rachmanino-vien» sur le tard.Un précédent Depuis trois ans environ, sous l’impulsion du pianiste Alain Lefèvre, les observateurs savaient que l’année 2010 serait l’année Mathieu, qu’un film de Luc Dionne mettra sous les projecteurs à partir du 28 mai prochain.La parution opportune de cette biographie s’inscrit dans cette veine.Le retour du «romantique moderne» à l’avant-scène, entamé en 2003 par l’enregistrement du Concerto de Québec par Yoav Talmi et Alain Lefèvre, a rapidement suscité la curiosité des médias.11 a d’ailleurs donné naissance à un ouvrage à la fin de l’année 2007, Le Portrait d’André Mathieu, de la journaliste et romancière Hélène de Billy, récit de fiction sur fond biographique, genre littéraire fort pratique lorsque, juste-menfi toute la difficulté du sujet réside dans le tri entre la vérité et la légende.Un ouvrage antérieur, XAndré Mathieu de Joseph Rudel-Tessier (éditions Héritage, 1976), reposait largement sur les archives de la mère du compositeur.Quand on se rend compte de l’étrangeté de l’amour de celle qui léchait le front de son fils mort et embrassait le cadavre de la tête aux pieds (chapitre 10 du livre de Nicholson, «Les funérailles»), on est heureux de voir multipliées par Nicholson, à coup de lectures et de rencontres, les sources d’information.Georges Nicholson a en effet ouvert toutes les boîtes, recueilli de nombreux témoignages, réalisé un travail de moine, celui dont on rêvait et qui semblait totalement impossible.Plus encore: il a donné chair et histoire à un personnage.Un personnage qui n’existait pas, ou n’existait plus.Car comment faire le lien entre la loque boursouflée et imbibée, arborant lunettes de soleil et cigarette et baragouinant quelques phrases pâteuses, que l’on voit sur quelques films d’archives et le petit Mozart du piano qui faisait l’admiration de Rachmaninov?Au siècle de l’image, la déchéance rendait invraisemblable le génie qui avait cessé de produire à 25 ans.11 était plus facile d’oublier.El malgré sa devise, le Québec aime oublier.Ceci devrait du moins régler l’une des questions, à savoir si le phénomène Mathieu ne serait pas un peu trop monté en épingle par un certain pianiste.N’oublions pas que, pour une partie du milieu musical, André Mathieu est un moins que rien: «L’attention reste musicologiquement un peu sympathique sans que rien d’artistique ne suinte.De nos jours, même un ordinateur sait composer de la sorte», écrivait François Tousignant en 2003 dans Le Devoir à propos du Concerto de Québec, parlant par ailleurs de «thèmes navrants que le pianistefente de faire passer pour des éclairs originaux».À l’opposé de l’échiquier, Alain Lefèvre déclare dans l’entretien en préambule du livre: «Il y a chez cet homme un génie mélodique que personne ne peut comprendre et que personne ne pourra jamais lui enlever.» 11 est désormais acquis que Mathieu sait inventer des mélodies marquantes, mais qu’il est fort défaillant dans l’art de les agencer.Le 4“ Concerto que l’on a applaudi récemment à Montréal est, qu’on le veuille ou non, une oeuvre orchestrale de Gilles Bellemare sur des thèmes d’André Mathieu.L’utilité du travail de Georges Nicholson dépasse largement ce qu’on peut penser d’André VOIR PAGE F 2: MATHIEU Nicholson a donné chair et histoire à un personnage.Un personnage qui n’existait pas, ou n’existait plus.r* Parue mardi dernier chez Quebec Amérique, la biographie d’André Mathieu écrite par Georges Nicholson est bien l’ouvrage de référence que l’on attendait.% PIERRE CASTELL André Mathieu à la salle Claude-Champagne de Pécole Vincent-d’Indy le 6 février 1968.« Il y a chez cet homme un génie mélodique que personne ne peut comprendre et que personne ne pourra jamais lui enlever.» —Alain Lefèvre 78® Congrès de l’Acfas Université de Montréal HEC Montréal • École Polytechnique du 10 au 14 mai 2010 78® congrès annuel à rUniversité de Montréal, du 10 au 14 mai 2010 www.acfas.ca Les Presses de rUniversité de Montréal NOUVEAUTÉS SniliiAMMic Rr®* Oluijg rt G»ii«»ièvt NoolnK Le cosmopolitisme Enjeux et débats contemporains Le cosmopolitisme Sous la direction de Ryoa Chung et Geneviève Nootens 272 pages • 34,95$ PierrtTyudelrtMichileS )eu La malréglementation Sous la direction de Pierre Trudel et Michèle S.Jean 174 pages • 24,95$ La malréglementation Une éthique de la recherche est-elle possible et à quelles conditions?Marie Mc Andrew LES MAJO ET L’EDUCATION Belgique * Catalogoe • Irlande du Nord * Québec Les majorités fragiles et l’éducation Marie Mc Andrew 292 pages • 29,95$ La France depuis de Gaulle Sous la direction de Marc Chevrier et Isabelle Gusse 316 pages • 29,95$ f LA FRANCE depuis de Gaulle La V République en perspective L’examen musculosquelettique Iean-Luc Iremblay // , L’examen musculosquelettique Jean-Luc Tremblay 368 pages • 90$ Précis de phanmacologie ?u fondamental è la clinique 9ou b direction de Pierre Beauliei; «Chantal Lambert es pr«ses de l'OniversIt* d» MontrMl Précis de pharmacologie Sous la direction de Pierre Beaulieu ef Chantal Lambert 878 pages • 125$ www.pum.umontreal.ca Université de Montréal rH.F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MAI 2010 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Ni l’amour ni la mort Gil Courtemanche livre une autoflction dans laquelle il se dévoile sans fard et sans pudeur CAROLINE MONTPETIT Il a frôlé la mort et la dépression, perdu l’amour.Et voilà que, devenu un autre homme par la force des choses, il publie de nouveau.Gil Courtemanche lançait donc cette semaine sa première «autohction», au titre évocateru’: Je ne veux pas mourir seul, aux éditions du Boréal.Cette semaine, il était attablé rue Bernard, au restaru-ant Les Enfants terribles, son quartier général où se déroulent d’ailleurs, sans qu’on le nomme, quelques scènes du livre, dont celle où le protagoniste principal, Gil Courtemanche pour ne pas le nommer, entame son testament sous l’œil d’une serveuse attentiormée.Gil Coifftemanche se dit aujourd’hui en rémission d’un cancer.Au plan psychologique, ajoute-t-il cependant, il est au même point que le personnage de son livre.Ce livre, il admet qu’il aurait préféré de pas l’écrire, et il troquerait tout de suite et volontiers l’immense succès de son premier roman.Un dimanche à la piscine à Kigali, contre une soirée avec la femme qui l’a quitté.Mais le destin n’en a pas voulu ainsi, et Gil Courtemanche livre ici une autohction sur le chagrin d’amour et sur la maladie, une autohction dans laquelle il se dévoile sans lard et sans pudeur.Il précise d’ailleurs qu’il avait placé en exergue de son livre Une belle mort une citation de l’écrivain mexicain Paco Ignacio-Taibo II sur la nécessité d§ l’impudeur chez l’écrivain: «Ecrire un roman est un acte fondamentalement impudique.» Après avoir songé un instant à ne donner aucune entrevue au sujet de Je ne veux pas mourir seul, U en a finalement accepté quelques-unes.De toute façon, précise-t-il, ce qu’il écrit dans ce livre ne compromet que lui-même.Gil Courtemanche Cul-de-sac Par moments.Je ne veux pas mourir seul se situe à la limite de l’essai, avec des réflexions sur l’amour, sur la douleur.L’auteur y mesure par exemple les ravages de la maladie et ceux du chagrin d’amour, les premiers étant somme toute moins dévastateurs que les seconds.En entrevue, il ajoute que le traitement de la maladie se compare à une intervention mécanique, à laquelle il s’est plié sans rechigner «pour ne pas faire de peine à sa mère», par exemple.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Car le personnage principal le répète à plusieurs reprises, il n’a pas vraiment envie de vivre, mais il a peur de mourir.«La peur de mourir, c’est la peur d’avant la mort», précise-t-il, la peur de la souffrance.Cela le place, précise Courtemanche, dans un «cul-de-sac absolu, que Camus aimerait bien comme description de l’absurde», et qu’il ne réussit pas vraiment à dépasser.«Tu vis parce que tu es vivant», dit-il.En fait, ce qui manque, dans cette vie reconquise après les traitements médicaux, c’est le sens, celui que dorme un destinataire autre que soi au souper concocté le soir, par exemple, celui que fournissent les enfants en général à leurs parents.Mais Courtemanche se garde bien de dire que l’écriture a un effet thérapeutique quelconque.Ceux qui le prétendent, ajoute-t-il, se livrent à des affabulations.Il souhaite cependant que ce livre soit lu par des hommes, ceux par exemple qui ont du mal à donner des marques d’affection à leur femme en public, comme lui-même du temps qu’il était marié.Les hommes en général ont tant de mal à dévoiler leur vulnérabilité, commente-t-il.«Les hommes ne parlent pas», dit-il.En fait, ajoute Courtemanche, écrire est son métier, tout simplement.«J’écris parce que c’est ma façon préférée de m’exprimer», résume-t-il, en ajoutant que «les journalistes sont les oreilles du public, les écrivains sont leur parole».Il travaille d’ailleurs présentement à un autre roman, qui raconte l’histoire d’une Har-tienne de Montréal, histoire qu’il a entamée tout de suite après la parution A’Un dimanche à la piscine à Kigali.Dans le roman, ou l’autofic-tion, puisqu’on y trouve une borme part de hction, Gil Courtemanche finit par fréquenter une libraire de Trois-Rivières.Il s’occupe à l’occasion du commerce.Est-ce à dire qu’il voit un salut dans les livres?Pas vraiment, répond-il.Tout au plus permettent-ils, ces livres, de garnir plus copieusement une assiette qu’on n’avait au départ pas très envie de manger.Le Devoir JE NE VEUX PAS MOURIR SEUL Gil Courtemanche Boréal Montréal, 2010,167 pages MATHIEU La brique de Georges Nicholson tamise toute la mythologie entourant Mathieu SUITE DE LA PAGE E 1 Mathieu.En plongeant dans le Québec artistique de l’après-guerre en colligeant lettres et comptes rendus, ce livre est une pierre consolidant, presque in extremis, un pan de notre mémoire culturelle collective.L’enfant sans enfance Le philosophe allemand Erie-drich Schlegel, qui s’est penché sur l’importance de l’histoire de l’art, écrivait à propos de la littérature, il y a deux siècles: «Dans chaque littérature il existe certainement quelque chose d’universel et d’objectif dans la Presses de l’Université Laval Que sont devenues les promesses de la réforme québécoise de Véducation ?Sous la direction de M’hammed Mellouki Sous la direction de M’hammed Mellouki Promesses et ratés de la réforme de l’éducation au Québec 330 pages 34,95 $ ^CRIFPE CDLLECTIDN FDRMATIDN ET PRDEESSIDN mesure où l’esprit humain se manifeste sous des formes universelles adéquates à sa nature.Mais elle ne manquera jamais de quelque chose d’individuel et de spécial, dans la mesure où pareille manifestation est modifiée, comme le requiert la nature même du langage, par les circonstances locales.» La destinée d’André Mathieu éclaire notre individualité et identité en tant que société.Le Québec a-t-il compris l’importance de cultiver, de connaître son histoire et ses acteurs?Sans doute pas.Mathieu est un maillon sans équivalent de nofre histoire musicale.Il appelait et méritait donc ce travail.La brique de Georges Nicholson tamise enhn toute la mytho-lo^e entourant Mathieu.Eaire le tri ente légendes et faits semblait mission impossible: Georges Nicholson s’est de toute évidence pris au jeu, pour le bien de tous.Qu suit cette saga hors du commun de la seule manière qui vaille: pas à pas.Qu apprend ainsi beaucoup de choses sur les séjours de Mathieu à Paris, ses écrits, son engagement nationaliste.Qu revit des événements, comme cette mort par noyade évitée de justesse à l’âge de 15 ans.Qu suit comme un feuilleton la correspondance acrimonieuse entre Rodolphe Mathieu (le père d’André) et Wilfrid Pelletier.Le livre dévoile bien des circonstances qui ont nui au développement musical d’André Mathieu, des concours de circonstances parfois, comme l’irruption de la Seconde Guerre mondiale au moment où André était retourné au Québec.«J’espère que ce ne sera pas trop long», écrit Rodolphe Mathieu arrx mécènes parisiens partis au front L’anecdote en dit long sur ce qui entourait André, cet entant sans entance parti dans la vie avec le frès lourd handicap d’rme dépendance affective maladive à l’égard de ses deux parents.Le retour de bâton à l’ado-lesçence irt violent et in fine latal.A lire Georges Nicholson, il n’y a probablement pas de moment où tout bascule, mais simplement ERIC LE RESTE André Mathieu au piano à six ou sept ans un terrible désalignement des asfres, sur tous les plans, qui ont fait basculer un être humain qui aurait dû apprendre là où, déjà, on le poussait à récolter, à exploiter rm talent hors normes.La rigueur du travail de Nicholson se voit d’abord dans la qualité de l’édition.Combien de livres sur la musique se discréditent simplement par les orthographes fantaisistes des noms propres?Pas de ça ici.même si on peut ergoter sur le choix de l’orthographe Rachmaninoff — prisée dans les pays anglo-saxons — par rapport à Rachmaninov! Il y a enhn le goût du détail que l’on sent partout, et particulièrement dans la rigueur des annexes, dont un inattendu et surprenant florilège d’aphorismes, d’une misogynie aigrie.La bataille n’est pas finie: la liste des œuvres permet de percevoir, au-delà de l’engagement particulier du pianiste Alain Lefèvre, tout le travail d’édition qui reste à faire pour simplement permettre à Mathieu d’exister musicalement.Le Devoir ANDRÉ MATHIEU Une biographie Georges Nicholson Québec Amérique Montréal, 2009,593 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MAI 2010 F 3 LITTERATURE Peine d’amour, peine de mort Danielle Laurin Cm est un livre sur la mort La mort qui ^ guette, le cancer qui est là.Et c’est un livre sur l’amour.L’amour qu’on a perdu et qui ne reviendra plus.C’est un livre sur la peine d’amour comme ime peine de mort C’est un livre qui dit que la perte de l’amour fait plus de peine, fait plus de mal que le cancer du larynx.C’est un livre-testament pour dire qu’on a compris trop tard.Et qu’on a peur.Peur de mourir seul.C’est un livre qui blesse.Qui blesse dans le sens d’une blessure exprimée, mise à nu, sans pudeur, devant nous.Une blessure violente, terrifiante.On est dedans.Dans la plaie vive qui saigne.C’est un livre dur.Sans complaisance.D’une lucidité effrayante.Un livre cruel.Cruel dans le sens de quelqu’un qui ne se ménage pas, ne se laisse aucun répit S’autoflagelle.Non pas par masochisme, mais parce qu’il sait qu’il le mérite.C’est le livre de quelqu’un qui dit: regarde, j’ai eu tout faux.Et qui fait son mea-culpa.Mais sans attendre, sans espérer de pardon.C’est un livre de rédemption impossible.D’expiation qui ne rachètera rien, ne réparera rien, n’apportera aucun salut de l’âme.C’est un livre impossible.Et pourtant, Gil Courtemanche l’a écrit: «Je ne veux pas mourir seul.» Présenté comme une autofiction.C’est tout.On voudrait dire: c’est tout.Lisez-le, vous verrez bien.Lisez-le, absolument.On voudrait s’arrêter là-dessus.Mais on voudrait aussi trouver le mot juste.Le mot juste pour qualifier ce livre impossible.Exploit?Exploit littéraire, exploit humain, exploit surhumain.Exploit: «Action d’éclat accomplie à la guerre.» C’est la première définition donnée par Le Petit Robert.Oui.Il y a ça dans Je ne veux pas mourir seul.La guerre qu’un homme livre contre la maladie, contre la mort, contre l’abandon amoureux.Mais plus encore, la guerre qu’il livre contre lui-même.La guerre qu’il livre à son arrogance, ce sentiment de supériorité qu’il a toujours ressenti.Contre sa négligence, surtout Négligence vis-à-vis de la personne aimée parce que trop imbu, trop sûr de lui.Trop bête, trop cou pour prendre la main de sa femme, l’embrasser sur la bouche en public.Trop heureux.Trop éperdu, trop étourdi par le bonheur.Aveugle.Quant à l’action d’éclat dans ce cas, elle tient au fait de pouvoir écrire ça: «Je m’étais convaincu que mes faiblesses faisaient partie de mon être et peut-être, pourquoi pas, de mon charme.» Puis: «Puis je n’ai rien vu parce que, pour la première fois de ma vie, j’étais absolument heureux.Le bonheur rend aveugle, surtout si on croit que c’est un état permanent» Enfin: «Quand on aime comme je faime, une telle négligence mérite la mort» On continue?«Je n’ai pas de dernière volonté, sinon celle de te revoir.» La deuxième définition du mot «exploit» dans le dictionnaire se lit ainsi: «Action remarquable, exceptionnelle.» Je ne veux pas mourir seul est un livre remarquable, exceptionnel.En ce sens qu’outre la confession et le témoignage de Gil Courtemanche qui sont exceptionnels, il y a sa plume et son talent d’écriture qui sont remarquables.Ironique quand même.Douloureux.Terrible.La certitude de lire, après Un dimanche à la piscine à Kigali, Une belle mort et La mort, le lézard et moi, qui demeurent de grands romans, le meil-leur livre de l’auteur.Son plus puissant.Son chef-d’œuvre.Alors qu’il fait ce constat: «J’écris pour dire que j’ai raté ma vie.» Troisième sens, fapiilier, du mot «exploit»: «Action réussie, succès.» À défaut d’avoir réussi sa vie, Gil Courtemanche a réussi son livre.Et on lui souhaite tout le succès du monde.Quatrième et dernière définition: «Exploit d’huissier», c’est-à-dire, «acte judiciaire rédigé et signifié par un huissier».Rien à voir avec Je ne veux pas mourir seul.Si ce n’est que Gil Courtemanche s’y présente comme l’huissier de sa propre vie.Celui qui dresse la liste de ses échecs, de ses manquements, et s’assigne à comparaître avant le Jugement dernier.«Quand j’écris, je ne meurs pas», disait Marguerite Duras.«J’écris pour vivre encore», note Gil Courtemanche.Puis: «Inventer la vie pour ne pas mourir.Je suis condamné à la fiction.Je vais donner un amour inventé.» Donner un amour inventé: c’est ce qu’il lait dans la dernière partie du livre.On le sent, on le sait bien.Autant jusque-là on s’en foutait de ce qui était vrai ou inventé dans cette autofiction, parce que c’était tellement forf tellement ça de toute façon, autant ici on tique.On tique sur la fin.Moi, en tout cas.Même si je comprends pourquoi elle est là.Même si elle est bien écrite, bien ficelée, là n’est pas la question.Mais cette impression d’un rajout, comme une excroissance.Cette impression d’une fin un peu.comment dire: plaquée.Ce n’est pas mon livre, bien sûr, et qui suis-je pour dire ça?Mais j’aurais préféré que le livre se termine avant.Avant le séjour à Trois-Rivières et l’amour de remplacement.Cet amour de remplacement qui ne remplace rien au fond, mais qui apporte de la douceur.De la lumière.Oh, une toute petite lumière.Ce qui me dérange, ce n’est pas la douceur, la toute petite lumière.Non.Au contraire.C’est le fait qu’on n’y croit pas.Que je n’y crois pas.C’est le fait que Gil Courtemanche ne parvient à me faire croire qu’il y croit.Mais peut-être y croit-il vraiment, à cette douceur, à cette petite lumière au bout du tunnel.Peut-êûe n’a-t-il pas le choix?JE NE VEUX PAS MOURIR SEUL Gil Courtemanche Boréal Montréal, 2010,168 pages LITTERATURE QUEBECOISE De filles tombées en femmes debout Micheline Lachance replonge dans l’univers du XK' siècle CAROLINE MONTPETIT Avec le premier tome des Filles tombées, publié chez Québec Amérique, Micheline Lachance plongeait dans la réalité des mères célibataires québécoises du XIX' siècle.Elle y explorait la question de la quête de la mère biologique.Cette fois-ci, avec le deuxième tome.Les Fantômes de mon père, elle replonge dans l’univers du XK' siècle, et c’est la recherche de son père biologique que Rose entreprend.Micheline Lachance l’explique elle-même: ce sont les lecteurs, nombreux, du premier tome des Filles tombées qui l’ont poussée à se lancer dans le suivant.Plusieurs de ces lecteurs avaient vécu la quête ardue de leurs parents biologiques.«Mon roman, m’ont-ils dit, a eu sur eux l’effet d’un baume.Maintenant que mon héroïne, Rose, avait renoué avec sa mère, ils souhaitaient la voir partir sur les traces de son père», écrit Micheline Lachance dans une note aux journalistes.Au hasard de ses lectures, car Micheline Lachance est passionnée d’histoire, elle découvre l’existence d’Agnès Joy, une Québécoise de Saint-Armand à la vie pour le moins mouvementée.«Actrice à New York, elle a épousé un lieutenant de l’armée américaine, le prince prussien Félix de Salm-Salm, et l’a suivi jusque sur les champs de bataille, où elle a agi comme infirmière, allant même jusqu’à Micheline Lachance voler pour nourrir les blessés.Son dévouement pendant la guerre de Sécession a ému le président Lincoln, qui a salué son grand cœur.Lorsque, peu après, elle séjourna au Mexique, une révolution opposait l’empereur d’origine autrichienne Maximilien I", dont elle est devenue l’amie, au chef révolutionnaire Benito Juares.Le célèbre peintre mexicain Manuel Ocaranza a d’ailleurs immortalisé la scène au cours de laquelle Agnès supplie Juares d’épargner la vie de Maximilien», raconte Micheline Lachance.Par ailleurs, ajoute-t-elle, la comédienne Brigitte Possey incarnait ces jours-ci, à Paris, la princesse de Salm-Salm dans la pièce La Nuit de l’audience.Micheline Lachance a dé- Invitation séance de signature Venez rencontrer R.J.Ellory auteur de Vendetta en lice pour le Prix des Libraires du Québec dans la catégorie hors Québec mardi le 11 mai de midi à 14h le Parchemin I Mezzanine métro Berri-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Est TéL: 514-845-5243 www.parchemin.ca JACQUES GRENIER LE DEVOIR couvert l’existence de la princesse en feuilletant un vieux livre du journaliste et historien québécois Léon Trépanier intitulé On veut savoir.Trépanier y dévoilait les origines québécoises de la princesse, que d’autres historiens avaient plu- tôt fait naître au Veçmont ou dans le Maryland.A la suite de Trépanier, Micheline La-chance a mis la main sur les documents officiels certifiant que la naissance de la princesse a bien eu lieu à Saint-Armand.Elle y est d’ailleurs née le jour de Noël, 25 décembre.La princesse de Salm-Salm, qui s’est par ailleurs mariée à un diplomate après la mort du prince, a aussi rédigé ses mémoires, dans lesquels a puisé Micheline Lachance.On retrouve donc ici la Rose du premier tome, qui vient tout juste de connaître sa mère ainsi que ses origines irlandaises.Alors qu’elle est à la recherche de son père.Torn Cork, disparu sur un vaisseau négrier.Rose, qui était copiste dans le roman précédent, se retrouve également à écrire la biographie de l’aventurière et princesse Agnès de Salm-Salm.Et là ne s’arrête pas l’apport de personnages célèbres au livre.Micheline Lachance ne s’est Presses de l’Université Laval Les orateurs ici rassemblés peignent un tableau flamboyant de Phistoire du Québec.PAUL TERRIEN PAUL TERRIEN les grands discours de L’HISIjOIRE DU QUEBEC ïs.pas privée de mêler un peu de l’histoire de Louis Riel à ce deuxième tome de roman.Le Devoir LES EANTOMES DE MON PÈRE Micheline Lachance Québec Amérique Montréal, 2010,400 pages MARE^LTER En librairie maintenant Laffo^r*; A l'époque,; Europe flambait, noiultiphaient F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 MAI 2010 LITTERATURE Le révolutionnaire qui inventa un écrivain Louis Hamelin «Parce que la seule chose à laquelle je ne veux pas renoncer, c’est le bonheur, un jour.» - Carlos Liscano n 1970, à la fin de l’été, les Tupamaros perpètrent quatre enlèvements en Uruguay: un juge, le consul du Brésil et deux experts américains, dont un qui, lié à la CIA, conseillait la police secrète, autrement dit: un professeur de torture.Ce dernier.Dan Mitrione, est retrouvé avec quatre balles dans le corps, puis les Tupas négocient la libération du premier contre la lecture de leur manifeste à l’Assemblée nationale.Le document se terminait par ces mots: «Nous vaincrons.» Au Québec, un groupe de jeunes gens avait les yeux tournés vers le cône sud du continent.Parmi les inspirateurs du FLQ se trouvait un garçon de 20 ans, Carlos Liscano, défroqué de l’armée de son pays.11 est arrêté en 1972 et passe les treize années suivantes en prison.Est torturé, bien évidemment.Et il se met à écrire, devient écrivain, ce qui peut devenir une autre forme de torture, mais ça, il ne le sait pas encore.Je ne suis pas allé relire ma critique de Souvenirs de la guerre récente (2007), mais j’en avais dit du bien.Le roman introduisait un peu d’intelligence et d’ironie dans un lieu, la caserne, où elles sont rarement à leur place.Avec L’Ecrivain et l’Autre, voilà autre chose, comme si Liscano essayait maintenant de nous dire, dans la douleur, qu’il n’y a de véritable enfermement qu’en soi-même, dans le mensonge et la survie.Dans le domaine des souffrances morales, seule la peine d’amour, peut-être, peut se comparer aux tourments de l’écrivain qui cherche à s’arracher de l’âme un livre qui se refuse.Et c’est le combat solitaire que raconte Liscano.11 écrit le livre qui ne veut pas venir, un autre livre, ce qui reste de l’écrivain et de son acte dérisoire quand les illusions emportent avec elles la fiction.Avertissement: il est préférable d’être heureux pour lire ce livre.Préférable d’être assis dans une cuisine devant un bon café au lait, avec le chant des cardinaux qui fait sonner la lumière du matin dehors et le journal arrivé devant la porte avec celui du monde, et d’avoir hâte à la journée qui vient.11 faut être solide pour goûter la beauté profonde et un peu lassante de ces pages, il faut ne pas croire que le destin personnel et l’aspiration à la simple joie peuvent reposer sur une activité dont l’essence même est de donner lieu à une forme de schizophrénie: l’écriture.C’est le livre d’un homme malheureux écrit pour des gens heureux.11 appartient à ces oeuvres d’art qui, mine de rien, élèvent de tels réquisitoires, contiennent de si violents règlements de comptes avec l’existence que, quand lerus auterus se suicident, on se torune vers elles poru y chercher avertissements et signes précurseurs.«Ma vie, aujourd’hui, 6 mars 2003, est un chemin de solitude, d’improductivité et de doute.Je sens que la direction que j’ai choisie, l’art, ne peut se justifier que par la créativité permanente, constante, quotidienne.Mais, comme je ne fais rien, comme ma tête oscille entre le néant et la sauvagerie de vouloir tout, tous les matins la misère me submerge.» «Hier, je me suis réveillé en me disant qu’il fallait que je me tue.» Le dernier Liscano est aussi jojo que ça.Mais cette remise en question radicale d’un engagement qui demande plus qu’il ne donne, de ce métier qui n’est pas une vie, nous vaut, paradoxalement, une flopée de belles sentences, des réflexions aussi graves que simples et définitives sur le vieux conflit de l’écriture et de la vie (plus vieux que ça, tu merus.), et bien des lignes qui valent d’être méditées.Ce conflit, il est d’abord centré, dans la vision liscanien-ne de la littérature, sur l’invention du personnage de l’écrivain, dont l’humain normal, avec ses besoins désespérément prosaïques, devient le valet.«L’inventé vit dans un monde de mots, de semi-délire, de papier: il vit dans ce qu’il écrit.Le serviteur vit dans la réalité.Le serviteur sait qu’il n’existe pas.Qu’entre eux deux le seul qui soit réel c’est l’inventé.» Réel peut-être, mais d’une réalité bien incapable d’assouvir les désirs de la terre, les rêves du vivant.Ce divorce contre-nature, cette «lutte des classes» à l’intérieur d’un même être est, chez Liscano, la source d’une nostalgie presque insoutenable.«Vivre, c’est pratique, c’est un fait, pas une idée, une pensée.Se lever, prendre son petit déjeuner, agir.Presses de l’Université Lavai Ce livre se penche sur les transformations de l'université contemporaine qui doit assurer une formation en phase avec la réalité des étudiants, leur mode de vie et leurs besoins, à l’ère de la cybersociété.LotlUe BèrtraMÀ Louise Bertrand renouveler I ’I ]NIVERSJT^ 166 pages 19,95 $ JOEL SAG ET AFP Carlos Liscano rentrer chez soi, agir, dormir.Ça, c’est la vie.» C’est l’histoire d’un homme qui, arrivé à 60 ans, découvre que la littérature ne le fait, au sens littéral des mots, pas vivre, que la littérature est peut-être inutile, sauf dans la mesure où elle est ce ciment qui maintient en place les illusions sans lesquelles son individualité s’écroulerait.Et c’est à pleurer.«Parce que la plupart des gens ne lisent pas ce que tu fais.Parce qu’ils n’ont pas besoin de te lire pour vivre.» Et si parfois l’écrivain qui broie du noir sur sa page blanche semble se laisser aller à des phrases toutes faites, comme: «Vivre, ce n’est pas faire de la littérature.La vie n’est pas un scénario.Mais écrire peut devenir une raison de vivre», on sent bien que la conviction n’y est pas.Qu’il est arrivé à un point où sa supposée raison de vivre porurait très bien le tuer à petit feu sacré.Aucune muse ni amoru incarné ne traverse jamais ces pages, et même en faisant la part de la puderu, c’est peut-être une partie de l’explication, une clef de cette apparente impasse dont le narrateur ne nous épargne aucune ombre, une issue possible, qui lui échappe.Le mot amoru, quand il vient sous sa plume, est privé de résonance, dirait-on.11 a la sécheresse et la pauvreté d’une abstraction.Reste l’attente: «Cette nuit je suis arrivé, cette nuit j’ai été là.Même si maintenant je n’y suis plus, même si maintenant je ne suis pas capable de trouver le chemin pour arriver, même si maintenant je ne suis pas capable de décrire ce que j’ai vu.» Quf.Excusez-moi, mais faut que j’aille porter mes poubelles au chemin.Ça va me prendre mes jumelles, pour mon cher autour des palombes.La tendre lumière, les «ti-canards» qui nasillent dans les ajoncs.Des outardes bien enlignées filent au nord dans le ciel bleu.Elles devraient peut-être passer par Montevideo, des fois.L’ÉCRIVAIN ET L’AUTRE Carlos Dscano Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu Belfond Paris, 2010,193 pages BIOGRAPHIE Moravia et le sexe annihilant MICHEL LAPIERRE \ A la fin de sa vie, Alberto Moravia (1907-1990) déclare: «Je ne crois pas en Dieu, ni en aucune religion, je ne crois pas dans la morale courante, ni à l’amour universel.Je ne crois qu’en la littérature.Ma fiction représente mon âme faite de mots.» Par la désarmante sincérité de sa profession de foi, il nous rassiue siu le pouvoir de l’écriture.Mais il nous ébranle en réduisant l’humanité au sexe, à ses yeux ultime et banale clé du langage.Voilà les sentiments qui nous habitent après la lecture àAlber-to Moravia, vaste ouvrage de René de Ceccatty, romancier français né en 1952 et confident tardif du célèbre écrivain italien qu’il a traduit.Pour la première fois, un biographe scrute de l’intérieur, explique, va jusqu’à prolonger l’évolution esthétique et intellectuelle de Moravia.Ceccatty souligne l’importance que le maître de l’art romanesque accorde à la révolution sexuelle des années 60.Moravia pense que le bouleversement a réussi à «enlever au sexe tout sens qui ne soit pas celui qui convienne à l’intrigue».11 précise: «Ce n’est qu’à partir du moment où le sexe devient insignifiant qu’il présente un intérêt» Dès 1954, Le Mépris, l’un de ses meillerus romans, annonce à souhait cette réflexion.Un couple file le parfait amour.Soudain, lors d’un séjoru à Capri, la femme cesse de se donner à son compagnon poru un motif totalement incompréhensible, si bien que, dans la barque où ils se trouvaient tous les deux, il ne la voit plus, ne la sent plus.Elle est déjà un fantôme.Pourtant, elle ne morura d’un accident de voiture qu’un peu plus tard.Dans l’œuvre de Moravia, l’amoru physique devient éùange-ment le principe asocial par excellence.Ce thème récrurent, le biographe l’analyse avec beaucoup de justesse.«Le sexe, résume-t-il, n’est ni sacré ni révélateur (comme chez Pasolini), ni libérateur et subversif (comme chez D.H.Lawren- INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Alberto Moravia (1907-1990) ce), ni même destructeur et tyrannique (comme chez Sade): il Mréa-lise, il vide les rapports humains de toute substance.» Rien ne reflète mieux cet anéantissement que l’Italie, qui, après 1945, commence peu à peu à sortir de la pauvreté pour accéder à l’aisance, tout en se montrant étrangère à la richesse mjrihique de son passé millénaire.En voyageant dans le Tiers-Monde, en particulier au cœur de l’Afrique, Moravia, las d’une terre natale dégénérée par la standardisation, cherche le «dépaysement», pour employer le mot qu’il affectionne.Quant à son grand ami Pier Paolo Pasolini, il espère reùouver dans la partie archaïque du globe la poésie populaire, sous-proléta-rienne, charnelle, appelée à disparaître de l’arrîère-pays îtalîen.Comme le signale Ceccatty, les deux écrivains volent dans l’Afrique im paradis primitif, encore à l’abri du temps desfructeur.«La liberté, c’est la culture», écrivit Moravia.Serait-elle aussi, grâce surtout à la littérature, le seul fantôme que le sexe n’éliminera jamais?Collaborateur du Devoir ALBERTO MORAVIA René de Ceccatty Flammarion Paris, 2010,696 pages LETTRES ERANCOPHONES L’orchestration du Tout-monde par Édouard Glissant LISE GAUVIN Un ouvrage plein de surprises, de découvertes, de rencontres imprévues, telle est la manière dont se présente au lecteru l’anthologie de la poésie cju Tout-monde proposée par Édouard Glissant On y trouvera rien de systématique, mais plutôt un savant désordre faisant h de la chronologie, un agencement subtil d’im texte à im aufre, une orchestration musicale animée par le désir d’une totalité non totalitaire.Car cette anthologie de «proximité» s’est construite à partir de la bibliothèque personnelle de l’auteru revisitée par le hasard et l’intuition.Elle inclut principalement des poèmes, mais aussi quelques textes en prose, de ceux qui désignent les tremblements de l’histoire du monde et en signalent le mouvement.Le montage hnal fait ainsi apparaître, entre deux poèmes, une petite phrase de Faulkner avouant: «Je suis un poète raté» («I am a failed poet»).Ou des poèmes de Miron entre ceux de Langston Hugues et de T.E.Lawrence.Ou encore quelques pages de Deleuze et Guattari placées après un texte de Chateaubriand, un énoncé de Freud («Le jubilé de l’école retient nos énoncés auprès des maîtres»), juste avant un poème de Neruda.Certains auteurs, tels Rimbaud et Césaire, reviennent plus d’une fois, ponctuant l’ouvrage à la manière de refrains.On parcourt ce livre comme on effectuerait un voyage programmé par un guide expérimenté et un tantinet espiègle.Ou poru rester dans le domaine musical, comme un autre des chaos-opéras produits par l’auteru de Poétique de (a relation.A ceux qui lui demandaient, lors du récent Salon du livre de Paris, si son titre n’était pas une référence directe à l’univers bachelardien.Glissant a répondu que l’imaginaire des éléments existait déjà dans les textes de l’époque précolombienne, comme en atteste l’un des extraits choisis.Mais un poème peut-il être «coupé, interrompu»?Cette fois, l’anthologiste prévient l’objection en expliquant dans son introduction que la chose est possible, voire souhaitable «quand les morceaux ont la chance c’est-à-dire la grâce de tant de rencontres, quant ils s’accordent entre eux, une part d’un poème qui convient à un autre poème, à cette part nouvelle, et devient à son tour un poème entier dans le poème total que l’on chante d’un coup».Cependant, comme le sous-tifre l’indique, il s’agit là d’rme appropriation persoimelle et subjective des textes écrits au corus des siècles.C’est-à-dire d’«ime» antho-lo^e de la poésie du Tout-monde qui ne se propose ni en modèle ni en parcours déhnitif.Libre à chacun ensuite de constituer sa propre corutepointe avec les fragments de son choix, son propre voyage dans le Tout-monde de la poésie, son propre chaos-opéra.Mise en œuvre d’une nouvelle façon de fréquenter les textes littéraires, cet ouvrage est avant tout un exercice d’admiration, art déjà pratiqué par les plus grands écrivains.11 laisse son lecteur dépaysé et ravi, conscient d’avoir pénétré dans le secret d’un atelier, aux sources mêmes du parcours de l’écrivain, un lecteru qui porurait dire comme le narrateur de Noces à Tipasa, d’Albert Camus: «Jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde.» Bref, voilà un livre que tous les Robinson devraient avoir sous la main au moment de leru séjoru dans les îles désertes.Collaboratrice du Devoir LA TERRE LE EEU LEAU ET LES VENTS Une ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE DU Tout-monde Édouard Glissant Éditions Galaade Paris, 2010,350 pages Allee des bouquinistes GRANDE BIBLIOTHÈQUE Cinq libraires spécialisés dans les documents anciens élisent domicile sur l’avenue Savoie, à l’ouest de la Grande Bibliothèque.Venez y dénicher une variété de documents anciens et d'occasion (livres, affiches, cartes postales, gravures, etc.).I n 'a-L *¦ —iir* Le vendredi de 17 h à 22 h Le samedi de 12 h à 22 h Le dimanche de 12 h à 18 h Ouverture le 14 mat Du vendredi 14 mai au dimanche 3 octobre 2010 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal &© © Berri-U QAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 www.banq.qc.ca St Bibliothèque etArchi^^s nationales Québec g S LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MAI 2010 F 5 LIVRES BEDE Mettre Nietzsche, Camus et Carroll en boîte FABIEN DEGLISE La promotion est remarquable: les philosophes Nietzsche et Camus, mais aussi le romancier Lewis Carroll, viennent enfin de prendre du galon.Comment?En passant dans l’échelle de classification des arts du sixième au neuvième étage.Une ascension pilotée par LeRoy, Onfray, Fernandez et Collette, et qui se déguste en trois temps, forcément avec des bulles.Avec Nietzsche (Le Lombard), le penseur contemporain Michel Onfray et le dessinateur Maximilien LeRoy signent ici une biographie illustrée de l’existentialiste allemand, brillant et tourmenté, proche de Richard Wagner, qui au fil des cases dévoile toute sa complexité par sa pensée sur la morale, l’esthétisme, le pouvoir.Dieu et le doute.La trame chronologique est erratique.Elle nous promène aussi de Naumburg, où il a passé une bonne partie de sa vie, à Bonn, Bâle, Engadine, en Suisse, ou encore à Venise, en Italie, où le penseur allait confronter avec son ami Peter Cast ses idées sur l’homme, cette chose «qui doit être surmontée» puisque presque tout ce qui subsiste des relations humaines n’est «qu’une cause de blessure», expose-t-il dans cette succession de scènes aux coups de crayon parfois torturés.Avec ses planches silencieuses, ses promenades au bord d’un lac, ses discussions de salon, ses pauses contemplatives, ses séances d’écriture et ses angoisses nocturnes, le récit cerne habilement sur 130 pages les nombreuses facettes de l’homme et de son rapport à l’autre sur un terrain psychologique fragile dont la fertilité trouve ici, encore une fois, un nouveau mode d’expression.Seul en montage L’œuvre d’Albert Camus est logée à la même enseigne avec L’Hôte (Gallimard), mis en images par Jacques Ferran-dez, la fascinante plume derrière les Carnets d’Orient.Partant d’une nouvelle puisée dans le recueil L’Exil et le Royaume, l’aventure nous ramène dans l’Algérie du temps des colonies, dans une école de la République nichée au sommet d’une montagne où un instituteur dévoué fait rentrer à coups de répétitions l’histoire de la France dans le cerveau des petits Algériens, tout en distribuant du grain à leurs pauvres familles.Dans cette solitude fonction-nariale, l’homme va se retrouver face à un meurtrier amené dans son «école enfantine» par un représentant de la gendarmerie.Ce sont les ordres: dans une Algérie sous tension, l’instit va devoir en prendre soin pour la nuit avant qu’on ne le conduise dans un village voisin, même si cela heurte de toute évidence ses idéaux.Avec cet assemblage d’aquarelles sublimes, Ferrandez, que plusieurs mangeurs de bulles n’hésitent pas, après ses Carnets ou ses Tramways de Sarajevo, à qualifier de Dela- L'HÔTE croix moderne, offre ici une balade intime, lente et profonde en même temps, dans l’existence humaine.Une existence que l’histoire et la politique teintent parfois d’injustice, d’asservissement, de fragilité et d’idées à contre-courant, et qui confirme le bien-fondé du mariage entre deux plumes qui, à l’image du meurtrier et de l’enseignant, ne pouvaient que se rencontrer.Mange-moi ! Plus ludique, mais tout aussi intéressant, Y Alice au pays des merveilles (Glénat) de Xavier Collette, sur une adaptation du texte de David Chauvel, se veut un énième hommage au récit de Lewis Carroll qui cherche étrangement dans notre époque une nouvelle résonance.Le lapin pressé, la petite clef sur la table de verre, le liquide qui fait rapetisser et les biscuits qui font grandir, la reine de cœur, le chapelier fou, le chat du Cheshire, le morse, le charpentier, la chenille au narghilé sont tous là, dans un univers graphique texturé où les jeux d’ombre et de lumiè- ______ re viennent éclairer l’aspect foncièrement angoissant du récit de Carroll, qui baigne dans l’absurde et les paradoxes du conformisme, plutôt que sa dimension ludique et délirante qu’un certain Walt a un brin dénaturée dans le temps.Et forcément, la proposition faite ici de chuter dans un terrier de lapin mérite d’être acceptée.Le Devoir SOURCE LE LOMBARD Illustration de Maximilien LeRoy pour Nietzsche éditeur Marie-Renée Lavoie La petite et le vieux Marie-Renée Lavoie s La petite et le vieux roman « Sa plume élégante et stylisée [.] Un grand talent ?On n’en doute même pas.» Sylvie St-Jacques, La Presse « Ce roman émouvant, humain, drôle, d’une poésie et d’une tendresse extraordinaires [.].» Suzanne Giguère, Le Devoir www.edîtionsxyz.com Deux recueils de poésie innovateurs • PREFI Danièle Trottier OUTRE LE ROUGE Louis Horvath L'HOMME EN FEU ROMAN QUEBECOIS L’enfant-songe SUZANNE GIGUERE Drôle et pathétique — Nevada est mort oscille entre le rire et le serrement de cœur — le troisième roman dYves Trottier est mené tambour battant, comme si le romancier l’avait écrit sans lever les yeux et sans pause.Dès les premières pages, il nous administre de l’adrénaline en surdose.L’air est suffocant.De lourds nuages de fumée pèsent sur la jungle, des fusées éclairantes déchirent l’obscurité, une ombre se dresse d’un coup et s’élance vers un soldat à la jambe droite écorchée par un éclat d’obus.Deux pages plus loin s’affichent en caractères sanglants les mots Mdiques: «Game over».Le narrateur.Rocky Surprenant, n’ose pas regarder sa montre.Il a encore passé la nuit à l’ordinateur.Les jeux électroniques engourdissent son mal sans l’apaiser.H y a un an, un trou noir (la noyade de son fils Nevada) l’aspirait.Depuis, il joue, il joue, pour oublier, pour expulser ce qu’il y a en lui d’inconsolable.Cette fuite en avant le retient prisonnier de son passé.«Il ne quitte jamais mes nuits.Son petit fantôme bleu resurgit à Improviste au milieu de chacun de mes rêves.J’essaie de le prendre dans mes bras, de le maintenir contre mon cœur, mais il s’évanouit aussitôt.J’ai un enfant-songe, une brûlure à l’âme qui ne guérit pas.» Rocky avait pourtant réussi à se tailler une place du côté ensoleillé de l’existence auprès de son amoureuse et de leurs trois enfants.Génie des mathématiques, doctorat en poche, professeur à l’université.Toujours en quête d’une passion digne comme celle qui avait animé son père et son grand-père, un matin il s’était présenté au Furious Pugilist’s Gym.Son grand-père Furious l’avait regardé incrédule, puis avait haussé les épaules.«— Je veux boxer, que j’ai dit.— Tes sûr?» Le visage du vieil entraîneur s’était durci.«On n’entre pas dans la boxe du bout du pied comme on pénètre dans l’eau froide.On y plonge corps et âme! Aucun boxeur ne survit sur un ring s’il n’a ni la volonté ni l’abnégation d’un saint martyr.On ne joue pas â la boxe.» Rocky se fait écrabouiller dès le premier match.Il devient comptable agréé dans l’entreprise dirigée par son beau-frère.Il déteste ce travail.Le récit prend alors une tournure imprévisible.Jésus Chavez, l’ami d’enfance dont la révolte passait tout le temps par la rigolade, réapparaît après quatorze ans d’absence.Devenu truand, profitant du désar-roî de son amî après la mort de son fils, îl l’entraîne à Las Vegas au mîlîeu du désert des Mojaves, dans une série d’aventures încroyables et îllégales, lesquelles tournent au cauchemar.© MARTINE DOYON Yves Trottier C’est par les cicatrices qu’arrivent et partent les histoires.Rocl^ finît par sortir de l’agonie lente et Insidieuse qui le rongeait depuis la mort de son fils.Il retourne sur les lieux du drame, son cœur cogne de plus en plus fort à mesure qu’il s’approche de la rivière où Nevada a perdu pied.Il dépose sur l’eau la carte d’anniversaire et les gants de boxe de son père qu’il voulait lui offrir pour son 5® anniversaire.Avec le désir brûlant de remporter dorénavant iTiONsr>L ^ORt¦>lr Miniatures sidérales Mona Latif-Ghattas Fulvio Caccia Italie et autres voyages Italie et autres voyages Fulvio Caccia \ , DIFFUSION ^ cnsbcual DI MEDIA *«81010 lottisAia Coitions ou soRolT LIBRAIRES .0 MISE EN LECTURE des oeuvres finalistes par pH 1676.Ontario montre^ Catherine Trudeau Henri Chassé Hugo Turgeon Benoit Rocheleau CATHERINE TRUDEAU porte-parofe LILDI^ARTS üb MONTRÉAL Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts Assocfation dts libraires du Québec 1^1 Hatnmoine Canadi ¦ ^ ¦ canadien Heril d^^Iîbraires.qc.ca ^ LK DEVOIR F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 MAI 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Pour en finir avec le mauvais débat sur la réforme Louis CORNELLIER Quand je lis les textes des réformistes scolaires, je suis contre le renouveau pédagogique.Quand je lis les textes des opposants à la réforme, je suis pour.Comment s’epqjlique cette irritation ressentie à l’égard d’un camp comme de l’autre?Par le dogmatisme de la pensée qui caractérise les deux camps.«L’une des difficultés du débat sur l’école, où qu’il se déroule, tient à ce que la discussion vire vite en procès d’intention», écrit Marc Chevrier, en introduction à Par-delà l’école-machine, un ouvrage qu’il dirige.Le politologue de l’UQAM déplore ainsi que les adversaires de la réforme soient dépeints, par le camp adverse, comme des réactionnaires et des conservateurs.Or lui-même, dans les textes qu’il signe dans ce collectif, se livre à une charge idéologique contre les réformistes, qu’il accuse «de mettre les écoles au service de la désinstruction» et de pratiquer l’embrigadement.Une autre version de la paille et de la poutre, quoi.On trouve aussi, dans cet ouvrage qui réunit «des intellectuels de tous horizons qui ont en commun le souci de défendre nos institutions scolaires contre une réforme mal avisée», des affirmations erronées.Trois (Normand Baillargeon, François Charbonneau et Jacques Dufresne) des sept collaborateurs de cet ouvrage avancent que les parents choisissent de plus en plus d’envoyer leurs enfants dans le réseau privé pour leur épargner les affres de la réforme.Or aucun des trois ne croit utile de mentionner que cette réforme s’applique aussi pleinement aux écoles privées subventionnées, un fait vérifiable qui montre bien que la passion du privé ne s’explique pas par la réforme et a peut-être plus à voir — c’est une hj^othèse — avec le genre de discours dépréciateur que ces trois intellectuels, comme bien d’autres, tiennent sur l’école pubbque.L’école québécoise actuelle ___ n’est pas parfaite.Trop de jeunes, notamment, décrochent.Quel est le problème?Est-ce la réforme?Non.Avant elle, il y avait aussi des ratés, raison pour laquelle une réforme a été enclenchée.Cette dernière est-elle pour autant la solution?Non plus.Il semble, en effet, qu’elle n’ait pas permis d’atteindre l’idéal de formation et de réussite souhaité.Peut-on, dans ces conditions, tenter d’établir un état des lieux qui éviterait le dogmatisme?Ce que l’esprit de la réforme a de bon, c’est le souci de donner du sens aux savoirs, de la pertinence à la vérité, pour reprendre une formule de Fernand Dumont, et de permettre aux élèves de développer des compétences, c’est-à-dire la capacité de mobibser des connaissances acquises non seulement en contexte scolaire, mais aussi ailleurs et plus tard.Pour cela, elle prône l’usage d’une pédagogie active, dont les fameux «projets» sont une des modalités.En science, par exemple, «l’approche par compétences ouvre la voie à davantage d’expérimentation, expbque Marcel Thouin, didacticien des sciences, ce qui est plus efficace que l’enseignement magistral».L’idée est que l’on retient mieux ce qu’on s’est approprié soi-même par l’activité (intellectuelle, ici).Apprendre à disserter sur une oeuvre littéraire (compétence), par exemple, vaut mieux que seulement connaître les noms des grands écrivains (connaissance).Comme le dit une formule réformis- te, on peut être connaissant sans être compétent, mais l’inverse n’est pas vrai.Dérapages Cette réforme, cela admis, a connu des dérapages, soulevés par les collaborateurs de Par-delà l’école-machine.L’élève, pour s’approprier un savoir, pour vraiment apprendre, doit, d’une certaine façon, le «reconstruire» dans son esprit, mais cela, comme l’explique François Charbonneau, ne fait pas de ce savoir «un pur construit», attribuable à l’élève.Le socioconstructivisme, en allant jusqu’à nier aux savoirs leur vérité intrinsèque, encourage un relativisme malsain, surtout dans le monde scolaire.De plus, la pédagogie active a ses mérites.Mathieu-Robert Sauvé, dans le meilleur texte de ce collectif, le montre bien, en faisant l’éloge du réseau para-scolaire d’animation scientifique, qui appbque cette méthode.«Un principe de base, expbque Isabelle Jutras, coordonnatrice nationale du Club des débrouillards, est de permettre aux jeunes de participer activement à l’expérience.» Contrairement à ce que suggère Normand Baibargeon, la pédagogie active a été promue par une foule de grands pédagogues du passé.Toutefois, et Rachel Bégin a raison de le préciser, elle devient inefficace si elle n’est pas solidement encadrée par un enseignement magistral.Il faut, à l’école, des connaissances et des compétences, une pédagogie active et un enseignement magistral.L’actuel débat sur l’école, dans lequel les deux camps carburent à l’exclusivisme, nous fait perdre notre temps.François Charbonneau a raison de remettre en cause l’bité-gration quasi systématique des élèves en difficulté d’apprentissage dans les classes régulières.Toutefois, son plaidoyer en faveur du redoublement des élèves faibles relève d’un «gros bon sens» contredit par l’expérience.De même, son parti pris en faveur d’une évaluation tradi-tionnebe (avec note cumulative et moyenne de classe) est essentiellement idéologique.Prenons un exemple simple.Un élève qui fait trente fautes de français dans les deux premiers textes de l’année mais seulement cinq dans les deux derniers doit-il vraiment être évalué sur la base de sa performance aimuelle moyeime?Ce serait de l’antipédagogie.De même, on peut aimer consulter des moyennes de classe, mais on ne voit pas en quoi cela contribue à l’apprentissage.Les auteurs de cet ouvrage ont raison de dire que les réformistes ont été naïfs de croire qu’un nouveau paradigme pédagogique était la solution par excellence aux problèmes de l’école.Ils se trompent, toutefois, en attribuant tous ces problèmes à la réforme et sont naïfs à leur tour en croyant que la solution se trouve dans un retour aux connaissances.Tous les protagonistes de ce débat aiment l’école et souhaitent son succès.Ils s’entendent sur la nécessité d’une réduction du rapport enseignant-élèves.C’est ce combat qu’il faut mener, tout en prônant une pratique pédagogique diversifiée dans chacune des classes, pour que chaque élève devienne à la fois connaissant et compétent.louisco@sympatico.ca PAR-DELÀ UÉCOLE-MACHINE Critiques humanistes et MODERNES DE LA RÉEORME PÉDAGOGIQUE AU QuÉBEC Sous la direction de Marc Chevrier Multimondes Québec, 2010,200 pages Précieux souvenirs SEBASTIEN VINCENT Plus de 65 ans après la fin du conflit, les vétérans toujours aptes à raconter leur expérience des combats s’avèrent mobis nombreux, si bien que la parole vive dont ils sont porteurs cédera bientôt le pas à la parole écrite.Or rares sont les militaires québécois qui ont pris la plume pour fabe oeuvre de témoignage.Voilà pourquoi la parution des mémoires de l’aviateur Gilbert Boulanger, intitulés L’Alouette affolée, constitue un heureux événement du point de vue de l’historiographie.D’autant plus qu’il s’agit d’un récit authentique, fondé sur le livret de bord des missions accomplies, et saisissant puisqu’on le lit comme un roman d’aventures et d’amour.Maîtrisant l’art de la description et de l’introspection, l’octo-génabe nous plonge au cœur de sa guerre vue du ciel, plus précisément du point de vue d’un mitraibeur au sein du 425® escadron «Alouette», l’unique escadron bibngue de l’Aviation royale canadienne, ce qui s’avère exceptionnel dans notre btté-rature de guerre.Pourquoi s’engager volontairement à 18 ans dans un conflit impopulabe au Québec?Pour satisfaire avant tout le rêve de connaître la vie aventureuse d’aviateur, mais, aussi parce que les études à l’École technique de Québec lui plaisaient peu, précise-t-il avec honnêteté.Pour lui comme pour des milliers d’autres, le service mibtai-re ofbe la possibUité de parcourir le vaste monde.Ce sera d’abord l’Angleterre et ses filles aimées dans l’urgence, le temps d’une sobée, puis la Tunisie, d’où les bombardiers décollent pour aber semer la mort et la desbuction en Itabe entre juin et novembre 1943.Le mi-baibeur participe ensuite au débarquement en Normandie du haut des airs.Avec raison, il souligne combien la libération s’est avérée douloureuse.Plusieurs chapitres décrivent les Gilbert Boulanger L’alouette affolée survivants! Nous le savions.Cela suffisait.Peut-être qu’en nos âmes résidait un sentiment de culpabilité, du fait d’être là, vivants, malgré la mort des autres, malgré tout.» Qn lit avec bonheur le récit touchant de cet adolescent qui a survécu à ce terrible conflit et qui en témoigne avec tact et sensibibté.Collaborateur du Devoir L’ALOUETTE AEEOLÉE Gilbert Boulanger Lux éditeur Monbéal, 2010,262 pages efboyables raids alliés menés sur l’Abemagne de 1943 à 1945 dans le but avoué de saper l’bi-dusbie militaire nazie et le moral de la population.Le récit monbe combien les aviateurs vivent sous tension constante depuis le décollage jusqu’au retour à la base.Dans un style haletant, Gilbert Boulanger décrit l’écrasement de son Wellington au retour d’un raid en août 1943, alors que toute menace semblait écartée.Bien qu’il en soit miraculeusement sorti indemne, les mots portent toute l’horreur ressentie en pareil instant: «La terreur s’empare de moi.Je vais mourir.Je le sais.Je le sens.J’entends mes cris s’élever au-dessus du vacarme pendant que l’avion fonce vers sa destruction finale.» Entre deux missions, le mitrailleur fait la connaissance d’une belle Anglaise.L’évocation de cette tendre histoire d’amour donne des pages tout en retenue à travers lesquelles perce l’immense affection éprouvée pour cette femme qu’il épousera, qui le suivra au Canada et à laquelle il survivra.Gilbert Boulanger n’était pas né pour faire la guerre et ne cherche aucunement à se fprger une image de héros.Évoquant la renconbe avec un ancien combattant russe en avril 2002, il clôt ainsi son témoignage: «Nous étions des Presses de l’Université Lavai Les universitaires ont dû apprendre à enseigner différemment pour rejoindre des besoins divers et adapter leur pratique professionnelle pour qu’elle soit efficace.Sous la direction de Jacques Cherblanc et Dany Rondeau rcq"h:rtlano et Dany Rondeau La formation à l'éthique et à la culture religieuse Un modèle d'implantation de programme w^jL— 254 pages 24,95 $ La réforme québécoise.n’est pas responsable de JACQUES NADEAU LE DEVOIR tous les maux de l’école LES FILLES TOMBEES TOME 2 - LES FANTÔMES DE MON PÈRE Micheline Lachance MICHELINE LACHANCE É I QUÉBEC AMERIQUE P Voici le second volet d'une captivante saga encensée par la critique et adorée du public.Des personnages plus vrais que nature gravitent autour de Rose au cœur d'une intrigue habilement menée.Celle-ci révèle des pages d'histoire méconnues, notamment sur l'étrange destin de la princesse de Salm Salm.On a dit à propos du best-seller Les Filles tombées, Tome 1 - Les Silences de ma mère « C’est son melUeui roman ! » —Janette Bertrand, Radio-Canada, On fait tous du show business «Micheline Lachance signe un roman qui lui ressemble : sensible et passionné.» — Monique Roy, Châtelaine ANDRE MATHIEU Georges Nicholson GEORGES NICHOLSON ANDRE La vie d'André Mathieu (1929-1968) est un conte de fées qui tourne à la tragédie.Pianiste de génie, compositeur incomparable, il atteint les cimes dès l'enfance, mais s'enfonce ensuite jusqu'à l'autodestruction.Georges Nicholson a mis son immense culture au service de cette biographie essentielle, précédée d'un entretien avec le grand pianiste Alain Lefèvre.QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com
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