Le devoir, 16 janvier 2010, Cahier F
LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 LITTERATURE Petit survol de la littérature haïtienne Page F 2 LIVRES La vie c’est ce qui passe pendant qu’on pense à autre chose.L’art du désœuvrement André Carpentier JACQUES GRENIER LE DEVOIR Il va à l’envers du monde, s’arrêtant au moment où chacun s’affaire, cherchant son équilibre entre son métier de professeur d’université et celui d’écrivain déambulateur, qui flâne, fouine, furète, et écrit.Ses déambulations nous valent ces jours-ci Extraits de café, qu’André Carpentier fait paraître chez Boréal.C’est le deuxième tome d’une trilogie après Ruelles jours ouvrables, paru en 2006, qui pourrait se poursuivre avec une observation des parcs de la ville.SOURCE: NEWSCOM CAROLINE MONTPETIT Le territoire de déambulation d’André Carpentier, c’est Montréal.Montréal, où il est né, dans le quartier Ho-chelaga-Maisonneuve, avant de déménager dans Rosemont, ou encore tout au nord de l’île, où il vit aujourd’hui.Le premier café qu’il a fréquenté avec son ami Bob, à 16 ans, c’est Le Mas, durant l’époque beatnik.Mais aujourd’hui, c’est l’essence du café qu’André Carpentier tente de capter avec ses carnets.Il aime d’ailleurs citer le philosophe George Steiner, qui place le café au premier rang des institutions qui définissent l’Europe.«Les cafés font l’Europe, écrivait-il en amorce de son livre Une certaine idée de l’Europe, publié chez Actes Sud.Ils vont de l’établissement préféré de Pessoa à Lisbonne aux cafés d’Odessa, hantés par les gangsters d’Isaac Babel.» Les cafés d’André Carpentier, pour leur part, sont anonymes.Ils n’ont pas de nom, tout juste un bout de décor.C’est la vie que l’écrivain y traque, dans le tremblement de la jambe d’une femme qui boit son café du matin, dans le ton qui monte entre deux ex-amoureux qui le redeviendront peut-être bientôf dans les gestes d’une serveuse qui monte changer la liste du menu sur un tableau noir.En faif c’est LE café lui-même qu’il tente ici de décrire, celui qui partage son générique avec chacun de ses représentants.En entrevue, il s’étonne d’ailleurs que la faune qui peuple les cafés chics et branchés de Montréal ait somme toute les mêmes conversations que celle des coins plus mal famés.Si les gens décrits par Carpentier demeurent anonymes, lui le devient plus encore, tapi qu’il est derrière ses carnets ou derrière un bouquin, à traquer les scènes qui se déploient autoiu de lui.Et comme quiconque s’intéresse de trop près à la conversation d’im voisin inconnu, ou qui pose un peu trop longtemps le regard sur des clients attablés à une autre table que la sienne, il est parfois brusquement ramené à Ils sont nombreux à s’offrir ces périodes de désœuvrement plus ou moins longues, qui le matin, qui le midi, qui à l’heure joyeuse, et qui enfin, le soir.sa propre existence, sa propre réalité.S’écarter du droit chemin «Errer signifie donc s’écarter du droit chemin, le chemin du prévisible, du donné d’avance comme sûr», écrivait Carpentier dans un article intitulé «Huit remarques sur l’écrivain en déambulateur urbain».Et de citer Ti-ziano Scarpa: «Se perdre est le seul endroit où il vaille vraiment la peine d’aller.» Or ils sont nombreux à s’offrir ces périodes de désœuvrement plus ou moins longues, qui le matin, qui le midi, qui à l’heiue joyeuse, et qui, enfin, le soir.Car c’est ainsi que Carpentier a organisé son livre, en café du matin, du midi, de l’heure joyeuse ou du soir.On l’entame d’éffleius un peu éteint, comme on plonge dans les œufs brouillés du matin.Le matin, ce sont les désœuvrés que l’on retrouve le plus souvent dans les cafés, explique l’auteiu en entrevue: des femmes seules qui s’agitent devant leur tasse, mais aussi des habitués qui n’en finissent plus de commenter les journaux, mais dont c’est peut-être par ailleius le seul projet de la joiunée.Puis on s’éveille progressivement aux bruits, aux portes qui s’ouvrent et se ferment C’est le midi avec ses fêtes d’anniversaire, ses conversations mère-fils, des rendez-vous entre amis.L’après-midi, on se repose.Les Arabes nomment ce moment de la journée le kif les Turcs le nomment kief, note Carpentier.Un mot qui désigne le haschich, mais aussi le repos absolu.C’est l’heure qui précède l’heure joyeuse, parfois pas si joyeuse que ça, révèle-t-il.Le soir au café abrite aussi ses scènes de rupture, ses disputes, et ses soirées bien arrosées à plusieurs.La vie dans les ruelles se déclinait selon les saisons, celle dans les cafés suit les heures du jour, constate l’écrivain, qui a mis trois ans et demi à concocter cette somme de moments volés.Certaines scènes décrites dans l’ouvrage se sont répétées des dizaines de fois devant ses yeux: les deux amies qui parlent ensemble alors que leurs enfkits turbulents courent sous les tables.Pourtanf c’est le langage qui ouvre la porte de l’écrivain à ses scènes familières.Une adolescente «vibrati-le» a attiré son attention, par exemple, tandis qu’une autre l’a frappé par sa pâleur de «grain de riz».C’est sans parler de tous ces mots anciens que l’écrivain sème joyeusement sur sa route, comme sortis d’un lexique d’un autre âge: festiner, culbutis ou so-leilleux, répertoriés dans le dictionnaire Littré mais non dans Le Robert, que l’auteur, qui est aussi professeur de littérature à Î’UQAM, a récolté çà et là au fil de ses lectures nombreuses, notamment celle de Plaubert, dit-il.Il y a d’ailleurs quelque chose de très XIX® siècle dans cette flânerie bau-delairienne, en même temps que quelque chose de très moderne dans ces fragments arrachés au temps, sans suite véritable, en des lieux ou chacun tente à la fois d’être seul et avec d’autres.Grand voyageur, André Carpentier reconnaît une parenté entre ses déambulations et la démarche d’un écrivain voyageur.Il a déjà traqué la familiarité dans l’exotisme, mais voilà qu’il cherche le familier dans le familier.Attentif au temps qui passe, tel un moine bouddhiste au sommet de l’art de méditer, il traque peut-être ce qu’on oublie précisément de regarder, et ce qu’on essaie de nommer quand on dit: «La vie, c’est ce qui se passe pendant qu’on pense à autre chose.» Le Devoir EXTEÎAITS DE CAEÉ André Carpentier Boréal Montréal, 2010,344 pages F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 LIVRES Lire Haïti Des écrivains et des œuvres qui permettent de découvrir un peuple Que lire au sujet d’Haïti alors que cette perle des Antilles vient d’être broyée par un nouveau drame, un des pires de son histoire qui compte plus que sa part de tragédies?Pour découvrir un peuple, au-delà de sa souffrance du moment présent, rien de tel que de communiquer avec lui par le biais de sa littérature.CAROLINE MONTPETIT Joël Des Rosiers, poète, essayiste et médecin d’origine haïtienne, s’est penché il y a quelques années sur la litté- m JACQUES GRENIER LE DEVOIR Stanley Péan rature des Caraïbes dans Théories Caraïbes, réédité l’année dernière aux éditions Triptyque.Nous avons refait avec lui un parcours de la littérature haïtienne moderne, en commençant par Jacques Roumain, né en 1907, et dont le chef-d’œuvre, le roman Gouverneur de la rosée, a été publié après sa mort.Comme un nombre important d’écrivains haïtiens du dernier siècle, Jacques Roumain a conjugué douloureusement activités littéraires et activisme politique.Créateur de La revue indigène en Haïti, Jacques Roumain a entre autres lutté contre l’occupation américaine en Haïti et a fondé le parti communiste haïtien.Il a d’ailleurs fait de la prison à cause de ses activités politiques et fut finalement contraint à l’exil.Il a aussi écrit de la poésie, dont Bois d’ébène, publié aujourd’hui chez Mémoire d’encrier, à Montréal.Il a fondé en Haïti le *1^ -¦'¦¦¦•¦bf! yr_ ^7.; ^ If Émile Ollivier JACQUES GRENIER LE DEVOIR SOURCE PLUME ET ENCRE Joël Des Rosiers bureau d’ethnologie qui lui a permis d’approfondir ses connaissances sur le vaudou.L’écrivain Jacques-Stephen Alexis, né en 1922, sera lui aussi membre du Parti communiste haïtien.Il a fondé le journal d’opposition La Ruche.Il sera aussi le théoricien haïtien du réalisme merveilleux.Son premier roman.Compère général soleil, est paru en 1955, suivi entre autres de Les arts musiciens, et de L’espace d’un cillement.Il a fait des études de médecine en France, et y a côtoyé les écrivains de la négritude, dont Aimé Césaire.Doyen des écrivains haïtiens vivants, René Depestre vit aujourd’hui en France.La ville haïtienne de Jacmel, où il est né, «occupe une place mythique dans ses livres», dit Joël Desrosiers.Intellectuel engagé, il prend en 1946 la tête du mouvement révolutionnaire qui renversera le président Elie Lescot.Depestre sera cependant ensuite chassé du pays par le gouvernement haïtien suivant.Il a été très influencé par l’écrivain cubain Alejo Carpentier.Son roman Hadriana dans tous mes rêves a remporté le prix Renaudot en 1988.Il a aussi participé au mouvement de décolonisation mené par des intellectuels français, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être chassé du territoire français.Il a ensuite notamment vécu au Chili où il a connu Pablo Neruda.En 2006 il a publié L’œil ensorcelé, un recueil de nouvelles, et en 2007, La rage de vivre, qui regroupe son œuvre poétique complète.Cette semaine, on apprenait aussi avec soulagement que l’artiste multidisciplinaire Frankétienne était sain et sauf après le séisme.Auteur d’une œuvre éclatée, Frankétienne a notamment publié le premier roman en créole, Dézafi, en 1975.Il a aussi adapté la pièce Les Emigrés, de Mrozëk, pour en faire la pièce Pèlin-tèt, jouée en créole.Du côté des femmes écrivains, on retrouve dans l’histoire Marie Vieux Chauvet, qui a écrit notamment en 1968 le roman Amour, colère et folie, une critique virulente des milieux bourgeois haïtiens, qui a été retiré des librairies pour protéger la famille de l’auteure.Parmi les écrivains haïtiens vivants, on retrouve entre autres Lionel Trouillot, Yannick Lahens, Gary Victor, et Jean-Claude Fignolé.Jeudi en après-midi, Georges Castera manquait toujours à l’appel.Pour se renseigner plus encore sur Haïti, on peut notamment lire Le soulèvement des âmes et Le maître des carrefours, les deux premiers tomes d’une trilogie qui retrace l’histoire romancée d’Haïti à l’époque de l’esclavage, signée de l’américain Madison Smartt Bell.Écrivains de la diaspora La diaspora haïtienne compte au Québec un grand nombre d’écrivains.Dany Laferriè-re est sans contredit le plus connu d’entre eux.Mais il n’est pas le seul écrivain majeur d’origine haïtienne à avoir vécu au Québec.Il y a quelques années, l’écrivain Émile Ollivier nous quittait pour un qutre monde, comme Gérard Étienne, de la même génération que lui.Stanley Péan, romancier et président de l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec, est lui aussi d’origine haïtienne.C’est sans parler des Ma-rie-Célie Agnant, Gary Klang, Jan J.Dominique, Rodney Saint-Éloi, poète et éditeur de la maison Mémoire d’encrier, Serge Legagneur, Anthony Phelps, et du regretté Davertige.Médecin, psychiatre, essayiste, poète, Joël Des Rosiers a beaucoup écrit.Son recueil de poésie.Vétiver, récipiendaire de nombreux prix, est entre autres un hommage vibrant à sa patrie d’origine.Il compte s’embarquer sous peu pour Haïti, où il souhaite, comme médecin, venir en aide aux victimes.Saluant la place de la littérature dans l’histoire de ce peuple déchiré par les malheurs, il souligne par ailleurs (\u’«il ne faut pas faire d’Haïti un objet esthétique».Même s’il a déjà écrit qu’Haïti n’est «pas une île mais une fiction d’île», en ce moment, croit-il, Haïti a plus besoin de médecins que d’écrivains.Il aime cependant citer ce vers de Bernard Noël qui l’a aidé un jour à venir au secours d’un homme défiguré dans un accident : «une face même défigurée demeure un visage».Le Devoir w/M/mî JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dany Laferrière est certainement le plus connu des écrivains d’origine haïtienne au Québec.JEAN-DANIEL LAEOND René Depestre tel qu’il apparaît dans le film de Jean-Daniel Lafond, Haïti dans tous ses rêves.BREVES Visions de Poliquin Écrivain franco-ontarien bien connu, Daniel Poliquin trace depuis une trentaine d’années une œuvre dont l’importance ne saurait être ignorée.Lire Poliquin (Prise de parole) ras- semble les actes d’un colloque consacré à l’auteur de L’écureuil noir et de L’Obomsawin en 2006.Présenté comme une sor- te de bilan «momentané» du discours critique entourant l’œuvre du romancier franco-ontarien, l’ouvrage «savant» O" n^m i -fil a 0) GRANDE BIBLIOTHÈQUE Aurélien, Clara, mademoiselle et le lieutenant anglais Une lecture où la prose rejoint la poésie grâce au regard et à la plume uniques d'Anne Hébert.Texte : Anne Hébert Adaptation : Danièle Panneton Distribution : Danièle Panneton et Vincent Davy Musique : Hélène Boissinot r ii JJI à lAuditorium de la Grande Bibliothèque I le mercredi 20 janvier à 19 h 30 I Entrée libre a ï Spectacle créé au Studio littéraire de la Place des Arts en 2005 g d’après le roman d'Anne Hébert publié aux Éditions du Seuil en 1995.GRANDE BIBLIOTHÈQUE 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal è.®® Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1800 363-9028 www.banq.qc.ca B/b/fotfièque QtArehivQS nationales Québec El El E3Ea présente les contributions de 13 chercheurs, dont celles de François Paré, Lucie Hotte, Robert Yergeau et François Quel-let, pionnier des études «poli-quiennes», qui dirige ce collectif, Si Poliquin s’y décrit lui-même, dans le texte de la conférence qu’il a prononcée au cours de cette rencontre, comme un « matraqueur de conscience » et qu’il reconnaît que ses premiers livres sont nés de sa combativité identitaire, il sait aussi pratiquer l’art du dosage et de la nuance: «Car il reste que la pulsion idéologique a ses limites et qu’il faut une autre force plus vraie et plus ré-siliente: le goût de faire de l’art, la volonté de placer l’inspiration aux commandes de l’acte d’écrire.» -Le Devoir L’autre Kapuscinski Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais au long cours, décédé en 2007 à l’âge de 75 ans, véritable «sorcier du reportage» (dixit John lœ Carré), a été correspondant pendant une trentaine d’années pour l’agence de presse officielle polonaise (PAP) en Asie, au Moyen-Qrient, en Amérique latine et en Afrique, Un parcours exemplaire de globe-trotter qui l’a amené à réfléchir au caractère multiculturel du monde et à la construction de l’identité, loin de considérations JACQUES GRENIER LE DEVOIR Daniel Poliquin ethnocentriques.Son regard de Polonais, issu d’une culture minoritaire au sein d’une Europe qui s’est longtemps voulue hégémonique, n’y est sans doute pas pour rien.Cet Autre (Plon) réunit les textes de quatre conférences prononcées entre 1990 et 2004 par l’auteur à’Ebène, qui y rembourse notamment ses dettes envers la pensée du philosophe Emmanuel Levinas.S’ouvrir à l’Autre, pour lui, est un déh permanent, et «seule la bienveillance à son égard est susceptible de faire vibrer en lui la corde de l’humanité».Une synthèse claire et vivante de la réflexion derrière les «reportages littéraires».-Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 F 3 LITTERATURE L’amour entre parenthèses Danielle Laurin Le thème est vieux comme le monde: l’échec amoureux.Mais un vent de fraîcheur souffle sur la façon, la manière, le ton, le rythme, et la construction même de La garçonnière, deuxième roman d’une Sague-néenne de 31 ans, Mylène Bouchard.Pas évident au premier abord, ce livre, pourtant.La tentation est vive d’abandonner après les premières pages.Un style télégraphique qui nous tient à distance, quelque chose de surfait qui déplaît.Et puis, cette énumération de lieux, de villages, qui s’étire comme une litanie.L’histoire nous semble maladroitement amenée.Ce qui permet de continuer: les personnages qui peu à peu émergent.Bientôt, la magie opère tout à fait.Nous voilà envoûtés par Mara et Hubert.Par leur attirance, leur connivence.Leurs non-dits.Et leur incapacité à venir à bout de l’ambiguïté dans leurs rapports.Leur relation est vouée à l’échec.Très tôt, des indices ici et là nous le donnent à penser.Ils ont beau s’aimer, s’aimer follement, quelque chose bloqqe, bloquera toujours.Quoi?C’est complexe.Etrange.Difficile à comprendre, à expliquer.C’est le propos du livre.Dès le départ, ils rêvent de créer un jour un chemin de fer pour relier leur région d’origine respective, lui le Lac-Saint-Jean, elle, l’Abitibi.Tout de suite, ils voudraient abolir la distance géographique entre les coins de pays de leur enfance, Péribonka et Noranda.L’image n’est pas anodine.«Distance» pourrait être le mot-clé du roman, le mot-valise qui englobe tout.Car au-delà de la distance territoriale qui séparera Mara et Hubert au fil des ans, eux que l’on suivra, ensemble ou chacun de leur côté, durant plusieurs décennies, jusqu’au Liban et en Tchécoslovaquie, il y a une distance intrinsèque entre ces deux êtres pourtant reliés par un fil invisible.Il y a ce questionnement constant sur la limite à franchir, ou pas.Ils se rencontrent à 17-18 ans, au cégep, à Montréal.Ils découvrent ensemble l’art, la littérature et le cinéma, vouent bientôt un culte, tous les deux, aux mêmes oeuvres : L’immortalité de Kundera, Refus global, les tableaux de Riopelle, le film The pillow book de Peter Greenaway.Ils passent des nuits à discuter, s’ébrouent sur les patinoires de la ville malgré leurs pieds gelés, multiplient les séances de bed in sur le fiiton au milieu du salon, et les soûleries à la vodka glacée dans leurs bars préférés.Grisants, excitants moments.Mais voilà, quelque chose ne marche pas.Sitôt que les contacts charnels s’en mêlent, leur amitié amoureuse est mise à rude épreuve.S’agit-il d’ailleurs d’amitié ou d’amour?De fusion?Sitôt qu’ils se rapprochent physiquement, la distance des sentiments s’installe entre eux.Ainsi: «Cette période dans la vie intime de Mara et Hubert demeurait comme une parenthèse.Sans doute était-ce cela qui caractérisait SOURCE EDITIONS LA PEUPLADE Mylène Bouchard bien leur relation: la moindre ouverture se refermait aussitôt.» Elle est garçonne, il est efféminé.Mais est-ce une raison pour ne pas s’aimer?Mara est la plus réticente, la plus récalcitrante des deux.La plus indépendante.Peur de s’abandonner, d’être avalée, d’étouffer.Il faut dire qu’Hubert met le paquet.Écrit des lettres passionnées, enflammées, serties de perles littéraires et d’énigmes à décoder.Il la suit partout, la poursuit, l’épie.Plus elle le fuit, plus il insiste, devient obsédé, compulsif Tout prend des proportions énormes, chez l’un et chez l’autre: «La démesure chez lui; la précaution chez elle.» Jusqu’à ce que cela éclate.Que la confrontation ait lieu, que des mots durs, définitifs, soient prononcés.S’en suivent alors des vies séparées, que seul un heureux hasard pourra rapprocher.Mais s’il était trop tard?Tout n’est pas dit.Une part de mystère demeure dans ce riche, dense récit, qui finit par nous prendre aux tripes.L’amour impossible reste tout compte fait inexpliqué, inexplicable.Et tragique.Le tout est raconté dans le désordre, sans suite chronologique.Et décrit de différents points de vue: celui du gars, celui de la fille, et celui, impersonnel, d’une narration extérieure à l’action.Mais tout se tient, se complète, finalement.Un réseau sous-terrain d’images, de mots, de lieux et de citations littéraires prend forme peu à peu.Les renvois sont nombreux, les fils se tissent, une oeuvre se construit sous nos yeux.Plus on avance, plus la plume de l’auteure s’affine.Plus les instants de grâce affluent.Jusqu’à la scène finale, qui frôle le sublime.Une auteure qu’on se promet de suivre, Mylène Bouchard.LA GARÇONNIÈRE Mylène Bouchard J ^ P0Lipl3.d0 Saint-Fulgence (Québec), 2009,206pages f f LITTERATURE QUEBECOISE Petite barque solitaire De l’histoire en elle-même, ne disons rien ou pas grand-chose.Peut-être ne faudrait-il pas lire la quatrième de couverture.Que dire donc?Qu’il ne faut pas dix pages avant d’être complètement happé.SUZANNE GIGUERE Chambre 503, dans un centre pour personnes en perte d’autonomie.L’auteure-narratrice assiste depuis des semaines, impuissante, à la souffrance et à la dégradation physique et psychique de son père.A chaque visite, elle note dans un carnet ses paroles, ses gestes, ses petits oublis, ses plages de lucidité tapissées de souvenirs et d’éclats de rire.Le bruit que fait la plume au papier.Au début, colère et tristesse du père devant les contentions et les ridelles (montants de lit).Indigné d’être ainsi traité, il résiste aussi longtemps qu’il peut.Avec des mots.Avec du silence.Avec son corps en chien de fusil.Culpabilité de la fille, impuissance et peine mêlées, relation dévorante.«ON AIMERAIT SECRÈTEMENT que quelque chose se passe.» Les endroits oû trouver refuge sont inexistants et il y a des limites à regarder aux fenêtres.Le poids des jours et des fatigues.Un énorme chagrin.Dehors l’immensité du ciel la soulève.Le cri des enfants.Troublante cette vie qui grouille dans le parc.«Comment est-ce possible à quelques pas de la maladie et de la mort?Pourquoi tout semble si séparé?» En traversant le parc, il lui est arrivé plus d’une fois de voir quelques messieurs à la tête blanche, assis sur un banc.Chaque fois elle croit voir son père qui la regarde passer, l’air de dire: «Tu vois ma fille, ça va mieux, je suis venu prendre l’air.» Retour à la chambre 503.La lumière du coucher de soleil, rose orangé, se reflète sur les murs de la chambre, adoucit l’atmosphère.C’est la traversée des heures lentes.A son père qui a la main posée sous le menton comme s’il tenait ses pensées en équilibre, elle demande: «Où vas-tu?Je vais vers la mort.Quand pars-tu?J’ai commencé à partir.C’est où la mort?C’est partout.Re-viendras-tu?» Voce di Corsica, les poljqiho- Écriture délicate, épurée et vibrante de lumière.Le style, en apparence léger et presque buissonnier est trompeur.Le propos, lui, ne l’est pas.nies corses en fond sonore.Voix de l’émotion.Souvenir heureux partagé.Les parties de pêche à la truite jusqu’à la tombée du jour sur la rivière Richelieu à Saint-Paul-de-l’île-aux-Noix.«Tu te souviens, papa?Son sourire est une gravure» La maladie progresse, il s’éloigne.Le bleu gris de ses yeux s’affadit, avec une petite étincelle qui paraît de temps en temps, petit phare dans le brouillard.«Est-ce que la mort te fait peur?Non.Je ne peux pas avoir peur de ce que je ne vois pas.» Coussin de lavande sur les yeux, une autre nuit commence.Dans le noir, une voix chante.Maintenant l’inconfort est total.Sa voix semble empruntée.«Mon père n’est plus tout à fait mon père.» Petite barque solitaire.Moment de doute, d’hésitation, de va-cillement.«La maladie et la mort doivent-elles absolument entrer dans la fiction?Que vaut un livre qui s’écrit quand un père se meurt?» Fixée sur l’écriture de ce récit intime qu’elle poursuit avec une telle intensité, Hélène Harbec en oublie tout le reste.Elle écrit dans l’oubli du lecteur — ce qui est, on le sait, la meilleure et la seule manière de ,s’en soucier.Écriture délicate, épurée et vibrante de lumière.Le style, en apparence léger et presque buissonnier est trompeur.Le propos, lui, ne l’est pas.Tout est à l’intérieur.La sincérité, l’amour contenu pendant tant de temps, le chagrin des départs.Apparaître comme la rosée, disparaître comme elle.Chambre 503, la quatrième oeuvre de fiction de l’auteure est un cri d’amour qui laisse sans voix.Chacun viendra y trouver ses propres émotions, sa propre tristesse.Collaboratrice du Devoir CHAMBRE 503 Hélène Harbec Éditions David Ottawa, 2009,312 pages LITTERATURE ETRANGERE En commençant par la fin CHRISTIAN DESMEULES \ A cette époque-là je n’avais pas de problèmes d’appartement, ni de travail, ni à la fac puisque je m’étais fait virer de mon logement, de mon boulot et de la fac.» La nonchalance d’Arnold Krûger est exemplaire.Lui qui fait toutes choses à l’envers, essaie de nous raconter une histoire qui paraîtra assez vite sans queue ni tête.Normal, puisque c’est exactement ce qu’il fait: «Ce qui s’est passé ensuite, je l’ai écrit plus tôt, et ce qui s’était passé avant, je vous le dirai plus tard.» Son mariage avec Gertrude enceinte, sa nuit de noces, un séjour en prison, un procès éclair pour «avoir violé la footballeuse nommée Eva», sa libération: Arnold Krûger n’épargne ni l’essentiel ni l’accessoire.Le baisespoir du jeune Arnold est le second roman traduit en français du serbe Vladan Mati- jevic, qui nous avait donné Les aventures de Minette Accentié-vitch en 2007 {Les aventures illustrées de Minette Accentiévit-ch, version lubrique et imagée du roman passé sous le crayon de Gérard DuBois, est assurément l’un des plus beaux livres de la dernière saison).Avec Le baisespoir du jeune Arnold, Matijevic bouscule les règles habituelles de la narration.Il y mêle autodérision, exagération burlesque, surréalisme et lubricité cartoonesque.En plus d’un soupçon de soumission perverse qui pourra faire penser à Bruno Schulz.Attention: roman déjanté.Accrochez-vous.Collaborateur du Devoir LE BAISESPOIR DU JEUNE ARNOLD Vladan Matijevic Traduit du serbe par Gojko Lukic LesAUusife Montréal, 2009,132 pages FRED A.REED FRED a.REED IMAGES BRISÉES .1 0) •P •H 33 rH > n voyage dans l'espace et dans le temps pour mieux comprendre le Moyen-Orient ARCHAMBAULTSI Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 5 au 11 janvier 2010 ROMAN OUVRAGE GENERAL lA COMMUNAIIIE DU SUD T.6 Charlalne Harris (Flammarion Québec) IfSVMBDlf PERDU Dan Brown (JC Lattès) lA PREMIÈRE NWr Marc Levy (Robert Laffont) L’ENIGME DU RETOUR Dany Laferrière (Boréal) punuN Nelly Arcan (Seuil) MIUÈNIUM T.3: LA RBNE DANS LE.Stieg Larsson (Actes Sud) PARADIS CLEF EN MAIN Nelly Arcan (Coups de tête) L’ARRACHEUSE DE TEMPS Fred Pellerin (Sarrazlne) I£ JEU DE L’ANGE Carlos Ruiz Zafon (Robert Laffont) lATRILDGIEBERUNDISE Philip Ken (Du Masque) JEUNESSE IA MDRIE QUI MARCHAITT.1 Linda Joy Singieton (AD/^ HESHATIDN Stephenle Meyer (Hachette Jeunesse) I£ BAISER DU VAMPIRE Melissa De La Cruz (Albin Michel) L’ANNIVERSAIRE D’ASTÉRIX ET DBÉUX Uderzo (Albert René) I£ ROYAUME DE IA MAGIE Geronimo Stilton (Albin Michel) PIRAIE-O-MANIE A.Niehaus/A.Hecker (Hurtubise HMH) nsnNST.1 : NE MEURS MS UBEILULE Linda Joy Singleton (AD/^ IA UGNEE DES DRAGONS T.1 Stéphane Bilodeau \ Dany Hudon (ADA) 1£ GUIDE OFFICIEL DU FIIM TWILIGHT Mark Cotta Vaz (Hachette) I£ BLOGUE DE NAMASIÉT.2 M.Roussy / M.-E.Larivière (Marée Haute) DU NOUVEAU DANS LA MIJOTEUSE Collectif ^D/y miEURES RECETTES DE PLAIS NUOIÈS Carole Heding Munson (ADA) MERCI lAVIE Deborah Norvllle (Monde Différent) LES PUIS GRAMBPmiRES.David Gariff (Hurtubise HMH) MON DERNIER REPAS Mélanie Dunea tpoi^ g ANTIDOTE HD Collectif (Dmlde Informatique) lE PETIT LAROUSSE IU.USTRÉ 2010 Collectif (Larousse) TERRES D’BIEAHCE Kevin Kling (Hurtubise HMH) IA BIBLE DES ANGES Joane Flansbeny (Dauphin Blanc) lES ANGES AU QUOTIDIEN Joane Flansbeny (Dauphin Blanc) ANGLOPHONE BREAKING DAWN VL 4: TWILIGHT Stephenle Meyer (Little Bmwn & Co) THE LOVELY BONES Alice Sebold (Little Brown & Co) DEAD UNTIL DARK Charlalne Harris (Ace Books) P4 THE ROAD Conmac McCarthy (Knopf) THEVnHHIE DIARIESiTHEAWAKBIBIG Usa Jane Smith (Harper Collins) DEAR JOHN Nicholas Sparks (Grand Central Publishing) ^4 THE LOST SYMBOL Dan Brown (Doubleday) OPEN Andre Agassi (Knopl) BLUE MOON : THE IMMORIALS Alyson Noel (Griffin) SHERLOCK HOUHES: THE COMPLETE.Arthur Conan Doyle (Bantam Books) '"Cadeau Jouez la carte de la culture! ASCHAMasUET» F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 LITTERATURE Visa dans le noir, tua le vrai.Louis Hamelin Peut-être que la guerre est devenue une expérience trop technique pour être correctement décrite d’un point de vue humain.Et si le sniper, devenu mondialement et tristement célèbre à Sarajevo, est aujourd’hui la figure incontournable de tout drame de guerre qui se respecte, c’est sans doute parce qu’il permet de ramener le conflit à une échelle humaine, où l’habileté personnelle entre en ligne de compte.Pendant un instant, on peut perdre de vue la machine de mort industrielle et y substituer un schéma simplifié de type prédateur-proie.Et je veux bien qu’on farcisse les bois et les clochers d’église de mes zones de conflit, au cinéma et dans les livres, de tireurs d’élite, mais quand, dans une histoire, on fait intervenir un élément technique aussi pointu que le tir de grande précision, un minimum de vraisemblance devrait s’imposer.La fascination étasunienne pour les armes à feu, quelque part entre la symbolique patriotarde et la pathologie sociale, n’est plus à démontrer, mais la manière dont l’exprime la littérature de ce peuple m’inspire parfois des réserves.Certains auteurs donnent l’impression de perdre tout sens critique dès qu’ils placent une carabine dans les mains d’un personnage.Les coups ratés n’existent plus, les blessures non plus, on dirait.Les victimes trépassent une après l’autre en l’espace d’un battement de cil, d’une balle en plein cœur, ou alors dans le front, là où elle laisse un petit trou bien rond, car on aime le beau travail propre dans les romans.Quant aux tireurs, le seul fait de toucher une arme à feu suffit à les transformer en autant de clones de John Wayne.C’est culturel, une prédisposition innée.Le roman de guerre de monsieur Richard Bausch avait pourtant bien commencé: Italie, 1943.Les Américains ont débarqué à Salerne, le régime fasciste est en plein effondrement, tout le long de la botte italienne les Allemands se replient.Une patrouille de GI’s envoyée en reconnaissance avance sous la pluie dans le secteur du mont Cassino.Et les premiers chapitres de Bausch, courts, nerveux, laissaient présager de belles choses à hauteur d’hommes.«Tous souffraient de traumatismes mineurs, conscients du désastre d’être là, parmi tous les endroits du monde.» Il y a le langage de la guerre, c’est-à-dire: le mensonge.Une pute (ou collabo horizontale, comme on disait en Lrance occupée), froidement exécutée d’une balle de revolver dans la tête, devient, au rapport, la victime d’un tir croisé.Des laveurs de cerveaux plus contemporains auraient sans doute ajouté: dommage collatéral, ou même, un coup parti, pourquoi pas victime d’une balle perdue aidée?A cause de l’Italie, on voudrait bien se croire chez Hemingway, mais jamais ce dernier, économe de ses mots comme de ses munitions littéraires, n’aurait mis dans la bouche de ses troufions ces dialogues tour à tour lourds et insignifiants.Plus loin, quand trois patrouilleurs sont désignés pour aller reconnaître un flanc de montagne qui peu à peu va se transformer en cime lointaine, on pense au Mailer des Nus et les morts, sommet du roman de guerre, mais Bausch en est bien loin.La piété repentante de ses héros, lesquels, pour un peu, se mettraient à discourir de théologie sur le champ de bataille, et qui leur tient lieu de profondeur psychologique, les rapproche davantage d’un Steven Spielberg et de l’actuelle bondieuserie holl3rwoodienne que du grand reportage métaphysique de l’autre.Ces clins d’œil de l’auteur à des œuvres mar- C HELIE Richard Bausch quantes ne peuvent qu’accuser la relative indigence de son propre art romanesque.Ainsi, quand son héros affronte seul, là-haut, le vicieux tireur d’élite décidé à les cartonner jusqu’au dernier, comment ne pas évoquer Deliverance, le classique de James Dickey, où le rôle du sniper était tenu par un montagnard endogame armé d’une vieille pétoire?Quatre hommes, quatre cibles.Et pour finir, l’inévitable duel singulier.Mais Dickey mettait en scène des êtres de sueur et de larmes, de sperme et d’urine, et il envoyait son civilisé affronter la mort un arc à la main, pour ainsi dire en poète.Bausch, lui, en glacial administrateur de la technique mortelle in- faillible, avant tout soucieux d’efficacité aussi bien guerrière que narrative, nous présente des combattants dont les actions semblent décalquées des clichés héroïques les plus éculés, aussi émouvants, à la fin, que des silhouettes en carton.Des hommes qui, avant d’être trahis par leur guide italien, le sont par l’écrivain lui-même qui, non content de leur mettre un sniper aux trousses, le fait opérer de nuit, à l’abri de toute vraisemblance.Richard Bausch se trompe sans doute de guerre.Les lunettes de visée à rayons infrarouges n’existaient pas en 1943.Je lui ai d’abord laissé le bénéfice du doute, préférant mettre en question mes propres certitudes et accepter l’idée que, sur un sol enneigé, par une nuit de pleine lune, un tireur d’élite est capable de faire mouche à distance.Mais Bausch commet ensuite une erreur fatale: il convoque un plafond nuageux et fait disparaître la lune, puis permet à son héros, devenu sniper à la place du sniper, d’abattre son rival d’une seule cartouche, tirée dans la noirceur à cent mètres bien comptés, comme un vrai.C’est-à-dire, comme un faux.Dans un roman réaliste, le diable n’est pas toujours dans les détails, mais quand l’action décrite s’articule tout entière autour du détail en question, il y a des maudites limites à la licence poétique.Pleine lune ou pas, n’importe quelle forêt devrait offrir, la nuit, de l’ombre en quantité suffisante pour espérer échapper aux balles d’un sniper.Et que pareille invraisemblance ait pu échapper à l’auteur en dit long sur sa compréhension des sujets militaires, laquelle ne fait pas très sérieux.Il devrait regarder un peu moins la télé et juste une fois à travers une lunette de visée, pour voir.PAIX Richard Bausch Traduit de l’anglais par Jamila OuahmaneChauvin Gallimard Paris, 2009,171 pages POESIE Pas de deux De nouveaux recueils de Diane Régimbald et de Pierre Nepveu HUGUES CORRIVEAU Pas de Diane Régimbald va dans le sens de la danse, inspiré par des chorégraphies d’Anne Teresa de Keersmaeker et de Leine et Roebana.Ce recueil ne pouvait que me toucher, rejoindre l’amoureux de la danse contemporaine que je suis.Mais il y a plus, puisque le ton de ces vers tient l’équilibre entre confidence et conscience, porte un regard sur la précarité de l’avancée d’une femme dans Amsterdam, la fluide, la toute proche de la mer.En cette eau courante, la poète essaie de ne manquer aucun mouvement de la vie désirante d’une chercheuse de sens.Corps à corps avec l’espace de la chambre, d’abord, la conscience des mouvements rapatrie lentement la géographie des membres en action.Déplacement de surface, mais aussi sensation à l’intérieur de soi pour parvenir à l’événement si simple de bouger, comme de vivre l’instant de l’action qui nous mène vers l’ailleurs, intéressé par le caché, le plus lointain, l’éventuel événement.Le corps «[.] court pour ressentir le feu» .Une femme va-t-elle dans quelque rue, fuyante, de peur d’être volée ; des «avironneurs», «sur l’eau / scandentVA^] le désir d’une arrivée gagnante / d’un gel DOMINIQUE MALETERRE Diane Régimbald des douleurs et des peurs», la poète sait que «la danse revient toujours ainsi / au chant des heurts / au vol des ailes brisées».De là, ce grand désir de légèreté, malgré le drame des alentours, qui fouit sous les vers, avec les occurrences de la beauté arquée des gestes, car: «nous habitons un corps d’essai».Le verbe du réel Dans Lignes aériennes, Pierre Nepveu nous avait proposé le «Journal de la femme de ménage, été 1999» ; et sa manière de décrire au plus près les gens du travail avait immédiatement sai- Olivieri Survivre À LA DÉFAITE DE 1837 librairie ?bistro Causerie Olivieri Au cœur de l'Histoire Jeudi 21 janvier 2010 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges À l’occasion de la parution du livre d’Éric Bédard : Les Réformistes.Une génération canadienne-française au miiieu du XIXe siècie (Boréal, 2009).Avec ÉRIC Bédard Historien, auteur, professeur, il intervient régulièrement sur la place publique.Jacques Beauchemin Sociologue, professeur, auteur notamment de L’histoire en trop.La mauvaise conscience des souverainistes québécois (vib, 2002).Charles-Philippe Courtois Historien, professeur, auteur de La Conquête.Une anthoiogie (Type, 2009) Animateur Michel Lacombe Journaliste et animateur {Ouvert ie Samedi, Première Chaîne de Radio-Canada) si.Dans Les Verbes majeurs, la même application à cerner l’être dans sa dimension la plus fragile atteint des sommets de tendresse, de vérité, de proximité, tellement le verbe tremble en mesure avec les personnages les plus démunis.Ainsi dans la première partie du recueil, cette «Femme qui dort dans le métro», femme de ménage également, au retour de sa nuit «solue», transporte avec elle l’incalculable détresse d’une solitude fracassante, car: «sa vie est une bouche vorace d’aspirateur, / elle le sort chaque nuit comme un chien en laisse / dans les couloirs sans voix, elle le promène [.]/ une nuit de javel dans son corps éreinté».Cette redoutable efficacité de l’image se maintient tout du long, avec cette énergie qui va dans le sens, pourrait-on dire, de l’accompagnement.Et cette femme, disparaissant presque dans sa fatigue ontologique, mène sans concession le poète à se questionner sur la substance des pierres, car «les cailloux ne parlent que de l’eau / qui a coulé sur eux en montagne, / Us épellent sans bruit le mot toujours / qui est le mot le moins humain qui soit / et le plus cruel, et le plus étranger».Questionnement extrême, donc, sur la stabilité des choses, sur l’immuabilité d’un objet fétiche.La permanence des objets serait-elle un reflet exact des déboires humains?semble demander le poète.De «la femme qui dort» en passant par «la pierre», vient «l’incendie du demi», celui de la mère corn- «F"' ¦ m- • j/mi KARINE PREVOST-NEPVEU Pierre Nepveu me celui du père qui deviennent, sous la terre, la chose de l’absence devant laquelle ne restent que «Les exercices de survie».Alors, que sont-ils ces verbes majeurs sinon: «naître, grandir, aimer, / penser, croire, mourir»'^ Allons relire ce livre magnifique, question d’être encore dans l’éblouissement.Collaborateur du Devoir PAS Diane Régimbald Editons du Noroît Montréal, 2009,108 pages LES VERBES MAJEURS Pierre Nepveu Editons du Noroît Montréal, 2009,104 pages Présences de Ducharme Sous la direction de Marie-Andrée Beaudet, Élisabeth Haghebaert et Élisabeth Nardout-Lafarge Témoignages, réflexions, commentaires, analyses et discussions avec la participation de Roger Grenier, Monique Ostiguy, Véronique Dassas, Gilles Marcotte, Élisabeth Haghebaert, Petr Vurm, Gifles Lapointe, Ivan Ma0'e2zini, Marie-Hélène Larochelle, Stéphane Inkel, Kenneth Meadwefl, Anne-Élaine Chehe, Marilyn Randall, Réjean Beaudoin, Martin Faucher, Robert Levesque, Lorraine Pintal, Gilbert David, Claire Jaubert, Chantal Savoie, Serge Laçasse, André Gervais, Rolf Puis, accompagnés d’une lettre de Jean-Marie G.Le Clézio.f/.Pi'ésenct ^ de îfl Duchar reccion de ê Éditions Nota bene Des livres pour savoir LITTERATURE ETRANGERE Les locataires L’ambassadeur d’Espagne à Londres s’interroge à travers une fiction sur l’extinction de la langue catalane CHRISTIAN DESMEULES Dans un immeuble vide d’un quartier de Barcelone, Ramôn Balaguer, écrivain discret mais confirmé, essaie de terminer l’écriture d’un roman.Depuis des mois, le promoteur immobilier propriétaire de tous les autres appartements lui rend la vie impossible et tente par tous les moyens de le faire partir afin de pouvoir commencer des travaux majeurs de rénovation.Eorte somme, dédommagements, accommodements, menaces, coupures du gaz: toutes les manœuvres n’y feront rien.L’homme s’entête.C’est dans cet appartement, et nulle part ailleurs, qu’il doit finir le roman qu’il a commencé.Par hasard, il découvre qu’un jeune écrivain squatte un appartement vacant quelques étages au-dessous du sien.Miquel Rovira, contrairement à Balaguer qui écrit en castillan, a choisi de le faire en catalan et revendique haut et fort cette identité.Le roman qu’il écrit, situé dans un futur peut-être pas très lointain, met en scène un professeur d’université américain sur les traces du dernier homme à parler encore cette langue.Manifeste politique et culturel conçu à la façon d’une enquête un peu policière, le roman de Rovira porte sur la disparition d’une langue et «la défaite définitive d’un pays qui n’a pas eu le courage d’être lui-même».Ça vous dit quelque chose?Leur rapport à la langue les divise.Rovira reproche à Balaguer d’utiliser une langue anémiée et sans souplesse, «incapable de générer des sentiments» ou de toucher «la fibre intime du lecteur».S’ils divergent d’opinion sur des questions de langue et de BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC Découvrez le tout nouveau Calendrier des activités culturelles Caries Casajuana Le dernier homme qui parlait catalan littérature, leurs préférences envers les femmes leur permettent de trouver à leur insu un terrain d’entente.Ainsi, Balaguer n’hésitera pas à prendre la place que Rovira occupe de moins en moins dans le lit de la belle Rosa.Un effet de glissement s’opère.Tandis que Rovira se concentre sur son livre, Balaguer, coincé dans sa résistance aveugle aux changements et son refus du dialogue, s’enlise dans l’écriture de son roman et dans la solitude.Le dernier homme qui parlait catalan est un immense clin d’œil au roman de Bernard Malamud, The Tenants (1971), qui raconte, dans un contexte de tensions locales entre Juifs et Noirs, les tiraillements idéologiques et sentimentaux entre deux écrivains qui habitent un même immeuble de Brooklyn menacé de démolition.Diplomate, romancier et essayiste né en 1954, Caries Casa-juana est ambassadeur d’Espagne au Royaume-Uni.Casa-juana, qui a écrit le roman en catalan, y distille assez finement une réflexion retenue sur la culture et l’identité catalane, ainsi que sur l’avenir des littératures dites de «l’exiguité».Sur un mode strictement questionneur, le roman aborde un thème qui pourra sûrement trouver quelques échos chez nous.Collaborateur du Devoir LE DERNIER HOMME QUI PARLAIT CATALAN Caries Casajuana Traduit du catalan par Marianne Millon Robert Laffont Paris, 2009,238 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 F 5 LIVRES BIOGRAPHIE Un amour impossible : Arendt et Heidegger GEORGES LEROUX Antonia Grunenberg a beaucoup écrit sur Hannah Arendt.Spécialiste de la pensée politique allemande contemporaine, elle s’éloigne dans son dernier livre des enjeux du présent pour relire l’histoire tragique de l’Europe à travers le destin exemplaire de deux penseurs: Hannah Arendt et Martin Heidegger.Tout les sépare, en particulier le nazisme dont Arendt, qui est juive, subit l’ostracisme et qui la contraint à l’exil aux Etats-Unis.Malgré le malheur qui l’éloigne de son maître, et en dépit du fait qu’elle fut contrainte très tôt de reconnaître que ce philosophe, déjà célèbre et avec lequel elle avait noué une relation amoureuse profonde, était aussi compromis dans le système nazi, ils demeurèrent unis toute leur vie par un lien indestructible.Dans cet essai où se croisent le travail biographique et l’histoire intellectuelle des années 1925-1975, l’auteure tente de comprendre la nature de ce lien: était-ce la profondeur d’un amour de jeunesse?Etait-ce une réciprocité inaltérable dans la Recherche philosophique?Etait-ce encore le besoin où chacun se trouvait de compter sur l’autre sa vie durant, quels qu’aient été les motifs de la séparation?Quand elle arrive à Marburg à la rentrée de 1924, Arendt a dix-huit ans.Elle y vient, attirée par la réputation de Heidegger, et elle s’inscrit à son séminaire sur le Sophiste de Platon.L’étudiante est captivée par le projet philosophique de Heidegger, qui prépare duranf ces années la publication à’Etre et temps et qui reconnaît en elle une vocation philosophique exceptionnelle.Pendant deux ans, ils s’engagent dans une relation où l’amour et le travail commun de la pensée sont indissociables, mais très rapidement leurs voies vont se séparer.Elle se passionne pour le sionisme et se révolte contre la croissance de l’antisémitisme, alors que le philosophe accueille sans discernement le programme national-socialiste.La question de la nature de la philosophie reçoit dès lors pour chacun une réponse radicalement opposée: reconnaissant son aveuglement dès après son engagement dans le rectorat de Eribourg, Heidegger fait le choix d’une pensée maintenue résolument hors du politique.A l’opposé, Arendt comprend que le fascisme, tout comme le totalitarisme, est rendu possible par une pensée délestée du souci du monde, et qu’il faut au contraire s’engager en direction du monde, en s’exposant aux aléas de l’histoire.Amour et pardon Antonia Grunenberg raconte avec beaucoup de subtilité cette histoire douloureuse qui se déroule sur plusieurs décennies de séparations et de rapprochements.L’opposition entre une pensée de la sérénité et une pensée de l’amour du monde ne s’est jamais résolue, aucune réconciliation philosophique ne fut possible.Et pourtant, contrairement à Karl Jaspers qui joue auprès d’Arendt le rôle du second maître et de l’ami indéfectible, mais qui ne pardonna pas, elle continua d’aimer Heidegger, au-delà de toute souffrance et de tout déchirement philosophique.ARCHIVES LE DEVOIR Hannah Arendt Réciproquement, malgré qu’il ait su à quel point Arendt et les siens avaient souffert du nazisme et qu’il ait eu conscience de sa faute, Heidegger continua de réclamer auprès d’Arendt le soutien d’une amie dont le regard lui était devenu indispensable pour poursuivre son oeuvre.Beaucoup d’autres figures traversent cette histoire, à commencer par l’épouse de Heidegger, partisane fervente du national-socialisme, mais aussi et surtout épouse dévouée.Arendt ne fut pas la seule maî-tresse du philosophe, et on peut lire plusieurs lettres de lui à son épouse où il justifie ces relations par leur rôle érotique dans le développement de sa pensée.On y rencontre aussi d’autres élèves de Heidegger, en particulier Karl Lôwith qui le critiqua durement, mais également Hans Jouas.La figure la plus intéressante humainement demeure Karl Jaspers Rêver sous le Troisième Reich / Jean Larose e 1933 à 1939, Charlotte Beradt recueille autour d’elle trois cents rêves d’Allemands.Ce sont, dit-elle, les journaux de nuit, l’atelier psychique du régime nazi, les fictions qu’inventent les petites roues poru se représenter, refuser ou (srutout) accepter leur en^enage dans le ^and rouage totalitaire.Rites d’initiation, où les sujets se dégradent eux-mêmes en non-personnes.Pour célébrer le réveil allemand, un chef nazi a proclamé: «La seule personne qui soit encore un individu privé en Allemagne, c’est celui qui dort Dès son réveil, chacun est un soldat d’Adolf Hitler.» Mais les rêverus ne s’y trompent pas: plusieurs rêvent qu’il est interdit de rêver, qu’ils sont donc en train de commettre un crime.Rêve de Juif: assis sur un banc peint en jaune, près de la corbeille à papier, je m’accroche moi-même autour du cou un écriteau: Si nécessaire je cède la place aux papiers.Autodérision sruréaliste — si la réalité n’était encore plus folle: les bancs jaunes sont réellement les seuls permis aux Juifs, auxquels sont interdits aussi certains trottoirs, d’acheter des flerus, d’avoir un chat, etc.Parfois, un rêveur se fait satiriste.Mais parodier un mot d’HiÜer en absrudité, ce n’est jamais que le changer en ce qu’il est réellement.Rêves de sujets dévorés par le tout politique, marqués par l’angoisse de disparaître dans l’espace public.Toute communication y est sruveillée, toute parole aliénée par le nouveau sens nazi des mots.Rêve: je ne peux plus parler seule mais uniquement en chœru avec mon groupe.On pense souvent à Victor Klemperer, à sa Langue du Troisième Reich.Que de rêves marqués par un délire d’observation paranoïaque, que toutes les pensées sont observées et surveillées, qu’on vit désormais dans des maisons sans mius! Les rêves le disent et le redisent: on ne peut y croire.Mais sans pouvoir rêver plus incroyable que le réel.Rêve: la SA lait irruption dans la maison et le poêle de cuisine se met à parler, c’est incroyable, il répète tout ce qu’on s’est dit en la-mille sur cet idiot de Goebbels, on nous arrête, mais on n’y croit toujours pas, cela n’est pas possible.Bientôt, l’impression d’irréalité sera coruante aussi dans les camps.«Ce monde-là ne peut pas être réel.» Ces rêves, rappelons-le, datent d’avant la guerre (le poêle mouchard est de 1933).Déjà, culpabilité générale.Même des blonds aux yeux bleus se rêvent coupables de.quelque chose.Le Service de sruveillance des pensées, l’Institut d’installation d’écouteurs dans les murs savent quand on pense à Hiüer.Eréquents: le regard inexpressif les pas sonores et la marche droit au but des SA qui viennent vous arrêter pour crime de pensée.Comme dans La Colonie pénitentiaire, «la faute est toujours certaine».D’ailleurs, en rêve, chacun peut égaler Kafka.Lampes de chevef pendules ou miroirs espionnent et d’ime voix nasillarde de haut-parleur répètent mille fois: L’intérêt commim avant l’intérêt particulier.Rêves.Je cherche un numéro dans l’annuaire, mais par précaution je le cherche sous un autre nom que celui de la personne à qui je veux téléphoner.Je raconte une blague interdite, mais par précaution je la raconte mal, si bien qu’elle n’a plus de sens.J’envoie des aveugles et des sourds voir et entendre des choses interdites poru pouvoir prouver qu’ils n’ont rien vu ni rien entendu.Je parle russe (je ne le coimais pas) poru que je ne me comprenne pas moi-même ef que personne ne me compreime si je parle de l’Etat.Le rêve typique est de participation, de compa-giioimage, de collaboration.De conservation.Qny saisit sru le vif, dans le psychisme traumatisé, le désir d’accommodement qui fera de l’Allemand ordinaire un complice du Eührer.Rêves.Médecin, je suis le seul au monde à pouvoir soigner Hitler; honteux d’en être fier, je me mets à pleruer.Je me promène au zoo, Hiüer appa-raîf je veux lui dire que je suis contre les camps de concentration mais, comme représentant de «cerrx qui font semblant de dormir», j’espère qu’il va m’ignorer ef en l’observant, je me dis, il n’est pas si méchant après tout.Je suis malmené par des SA, Hitler apparaît: Laissez-le, c’est lui que nous voulons avoir.Ils arrivenf je cherche une cachette, je me retrouve enfoui sous im tas de cadavres, bonne cachette, pru délice d’être sous ce tas de cadavres.Je ne dois pas toujours dire non.Rêves de bruns, de laids, de grands nez (féminins surtout).Qn me déchire mon certificat de race pure, je veux coucher avec un blond, mais personne ne m’écoute.Eritz, cheveux et yeux noirs, se bat avec un blond, c’est idiot parce qu’il est obligé de perdre.Les rêves d’opposants sont les seuls qui soient longs, abondants, astucieux.«Il me suffit de vouloir, me dis-je, et je m’en tire.» Les opposants sont aussi les seuls qui en rêve ne se parodient ni ne se dégradent Les seuls à qui le monde ne semble pas irréel.Comme si de lui dire non rendait au réel sa réalité.Admirable, un rêve de Sophie Scholl, recueilli par sa compagne de cellule, la veille de son exécution: dans la montagne, je porte un enfant poru le faire baptiser; soudain, devant moi, une crevasse, j’ai juste le temps de déposer l’enfant avant de tomber dans le précipice.Qn considère à part les rêves de Juifs, bien sûr.La plupart, avec leur honte d’aimer encore la langue ou les chansons allemandes, leurs passeports soudain périmés, leur égarement à la recherche d’une maison, d’une rue, d’un pays où les attendent des «brueaux de vérification de l’honnêteté des étrangers», des écoles de langue interdite aux Juifs, ces rêves plaident encore, pathétiques, espéranf mais dépassés, poru la suite du monde.Même au génie prémonitoire du rêve, il fut impossible de figurer la Shoa.RÊVER SOUS LE TROISIÈME REICH Traduit par Pierre Saint-Germain Charlotte Beradt Payof «Critique de la politique» Paris, 2002,240 pages lui-même: quand on relit les hommages que lui rendit Arendt, on comprend que son intégrité et sa rigueur emportaient son admiration.Les biographies de Heidegger et d’Arendt ne manquent pas, mais Antonia Grunenberg propose une lecture où la persistance d’un lien d’affection et de pensée vient éclairer un cheminement difficile poru chacun des penseurs.Même dans la solitude, on les entend presque penser à l’autre, et demander pour chacun de leurs engagements : qu’est-ce qu’il en dirait?qu’est-ce qu’elle en penserait?Arendt vécut la vie d’une intellectuelle publique, elle mena énergiquement plusieurs combats, rencontra beaucoup d’hostilité, mais elle ne perdit jamais le respect de ses pairs.Heidegger fut et demeure un penseur immense, admiré pour une oeuvre radicale de critique des fondements de la métaphysique, mais on ne peut pas en dire autant de lui: plusieurs de ses proches et amis ne firent jamais le pas de la réconciliation qui aurait pu conduire au pardon.Ce livre expose ces deux destins avec beaucoup de nuance, en particulier l’engagement de Heidegger dans le national-socialisme, et il fait comprendre comment l’amour fut pour chacun d’eux plus fort que tout, du début à la fin.Collaborateur du Devoir HANNAH ARENDT ET MARTIN HEIDEGGER Histoire d’un amour Antonioa Grunenberg Traduit de l’allemand par C.Cohen Skalli Payot Paris, 2009,491 pages LITTERATURE AUTRICHIENNE Joseph Roth entre deux mondes MICHEL LAPIERRE Voir dans la rue, sous la pluie, des êtres semblables aux personnages de cire du musée Grévin et en faire les mirages de la civilisation européenne relevait du génie de Joseph Roth (1894-1939X incomparable miniaturiste littéraire.Ces êtres vivants, statufiés par l’imagination, n’égalaient toutefois pas les vrais mannequins de cire, qui, selon l’écrivain autrichien, avaient le pouvoir de matérialiser les fantômes futurs des hommes politiques.Qn ne badine pas avec les cauchemars de l’avenir que le musée baroque et clinquant annonce à Roth, devin à la sensibilité à fleur de peau.Déjà, le nom du fomenteur du putsch raté de Munich (1923), l’obscur Adolf Hitler, s’était répandu dans le monde germanophone.En écrivant de 1925 à 1929 des chroniques extrêmement ciselées dans le Lrank-furter Zeitung, le prosateur ne pouvait ignorer qu’il se trouvait à la frontière, à la fois créative et lugubre, de deux époques opposées.Cabinet des figures de cire, précédé à’Images viennoises, renferme plusierus de ces chroniques (inédites en français).Au sujet du musée Grévin, on y lit les mots suivants: «C’était un monde dans lequel chacun des phénomènes matériels devançait l’imagination humaine pour la rendre superflue.Les ombres étaient devenues des corps et projetaient à leur tour leur propre ombre.» Ce qui revient à dire que la réalité chassait l’art, devenait cauchemar et engendrait un autre cauchemar.En s’amplifiant au rjThme de leur multiplication, les mauvais rêves hantent le drôle d’intermède qui sépare la fin, en 1918, de l’Empire austro-hongrois (système archaïque mais cos- mopolite) du pangermanisme hitlérien, scellé par l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en 1938.Jusqu’à sa mort, Roth regrettera la disparition de la Vienne des Habsbourg.Nostalgie Dans cette capitale crépusculaire, la monarchie, plus tolérante que la dictature, avait laissé Loos révolutionner l’architecture, Schoenberg, la musique et Ereud, la connaissance des tréfonds de l’être humain.Bien qu’il soit issu de la minorité juive de l’Autriche-Hongrie et de la gauche, Roth exalte comme jamais, dans un des articles, récit autobiographique très dense, la bonhomie et l’indulgence que cachait une chrétienté désuète, presque moyenâgeuse.«Je pleurais l’empereur et ma patrie en même temps que mon enfance», écrit-il dans le texte dédié à son ami Stefan Zweig.Aillerus, il tente de remplacer la nostalgie par un au-delà qui, tout compte fait, transfigurera ce sentiment au lieu de l’éclipser: «En grandissant nous nous élevons au-dessus de nos joies anciennes pour aller à la rencontre d’autres joies qui sont accrochées si haut que nous ne les atteignons jamais.» Les plaisirs limités de la Vieille Europe, malgré leur ringardise, valent mieux que les espoirs démesurés qui, à l’instar des totalitarismes, mineront la première moitié du XX® siècle.Voilà ce que Roth, poète de la prose, nous enseigne à la dérobée.Collaborateur du Devoir CABINET DES EIGURES DE CIRE Joseph Roth Le Seuil Paris, 2009,240 pages Spirale) L’essayiste David Solway et Tartiste Glenda Leon à l’honneur e magazine culturel Spirale a l'immense plaisir de remettre à DAVID SOLWAY le Prix Spirale Eva-Le-Grand 2009 pour son remarquable recueil Le bon prof.Essais sur l'éducation (Éditions Bellarmin).Lors de la soirée de remise du prix, nous profiterons de l'occasion pour souligner la parution du plus récent titre de la collection « Nouveaux Essais Spirale » aux Éditions Nota bene : La condition de performance, traduction française de l'essai de l'artiste GLENDA LEÔN, paru à La Havane en 2001.La remise du prix et le lancement auront lieu en présence des auteurs.On pourra découvrir le travail artistique de Glenda Leon dans le numéro de janvier-février 2010 de Spirale (n°23o), maintenant en kiosque.Nous profiterons également de l'occasion pour souligner la parution de ce numéro de Spirale, dont le dossier, dirigé par Dominic Desroches et Martin Provencher, est consacré à « L'éthique à l'ère de la mondialisation ».Consultez le sommaire en ligne.Au plaisir de vous rencontrer ! Jeudi 21 janvier 2010 dèsi8hoo Fonderie Darling 250, rue Queen (3® étage) Montréal [Métro Square-Victoria] www.spiralemaqazi Le bon prof Essais SUT l'édacacion L’éthique à l’ère dT'Çl la mondial^ DiOfint iForde Westpha Pour information : Magazine culturel Spirale Tel.; 514-934-5651 spiralemagazine@yahoo.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JANVIER 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Qu’avons-nous fait de l Afrique ï 9 Louis Cornellier ilitant politique canadien longtemps associé au Nouveau Parti démocratique et spécialiste de l’histoire africaine, Gerald Caplan est catégorique.«Une partie des crises continuelles que subit l’Afrique s’explique par le fait que la nouvelle élite du continent a trahi son propre peuple; l’autre partie par le jeu de l’Occident.» Petit ouvrage d’introduction aux réalités du plus grand continent du monde après l’Asie, et plus précisément des 48 pays de la zone subsaharienne, L’Afrique trahie dénonce «notre immense culpabilité et complicité dans l’imbroglio africain».La traite des Noirs et le colonialisme pratiqués par les pays occidentaux ont sous-développé l’Afrique et laissé de douloureuses traces sur le continent.En se «partageant» l’Afrique à coups de divisions arbitraires, les puissances coloniales (Allemagne, Grande-Bretagne, France, Portugal, Belgique et Italie) ont encouragé le repli sur l’identification ethnique et laissé la région en proie aux affrontements sanglants.Caplan rejette totalement «la vogue paternaliste [qui] veut que l’on s’extasie avec nostalgie sur l’ère coloniale».En 1960, par exemple, date à laquelle les colons belges quittent le gigantesque Congo, «17 habitants possédaient un diplôme universitaire».Toute une contribution au développement du pays! Censées changer la donne, les indépendances des années 1960 ont plutôt été l’occa- sion d’un marché tacite «conclu entre les nouvelles élites dirigeantes et leurs anciens oppresseurs».Caplan parle d’une «grande conspiration».Le butin, dorénavant, serait partagé entre ces deux clans d’exploiteurs.L’essayiste dénonce bien sûr les «Big Men», c’est-à-dire les Mobutu, Bokassa, ldi Amin, Mugabe et autres tyrans africains qui tuent et pillent leur propre peuple pour jouer les rois, mais ij n’épargne pas les influences occidentales, Etats-Unis et ex-URSS y compris (plus récente, l’influence chinoise est abordée avec prudence par l’auteur).Selon lui, ces dernières, souvent par l’entremise de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, entretiennent l’Afrique dans la misère, en lui imposant des politiques néolibérales (réduction des dépenses publiques), le fardeau d’une dette odieuse (plusieurs fois remboursée), des règles commerciales inéquitables (un libre-échange à sens unique) et une hjqjocrite aide publique au développement.Cette aide, souvent liée à l’achat de marchandises et de services dans le pays donateur, n’est pas à la hauteur annoncée (au Canada, 0,3 % du PIB au lieu du 0,7 % promis) et, cjans une importante proportion (60 % aux Etats-Unis), «ne quitte jamais le pays d’origine».Elle enrichit donc la bureaucratie occidentale de la charité au lieu d’aider les Africains.Caplan essaie de conclure son ouvrage sur une note d’espoir en soulignant que certains pays africains pratiquent «un semblant de démocratie» (selon l’organisation Freedom House, 11 seraient libres, 22 partiellement bbres et 15 fondamentalement antidémocratiques) et que des Africains de la société civile fournissent de sérieux efforts pour changer les choses et forcer leurs dirigeants à modiber leur comportement.«La chose la plus importante que les Occidentaux puissent accomplir, ajoute-t-il, c’est d’expliquer à leurs leaders politiques et commerciaux les ravages que leurs dispositions ont causés.» L’Afrique trahie est un essai bien documenté aux vertus pédagogiques évidentes.Certaines des thèses de l’auteur — notamment sa version du génocide rwandais, qui accable autant l’Eglise çatholique, la France et les leaders hutus que les Etats-Unis — sont sujettes à débat, mais le propos principal, militant comme il se doit dans ce dossier, éveillera les consciences occidentales au drame africain et à leur responsabilité dans cette triste situation.Dans un autre ordre d’idées, enbn, on ne peut manquer de soubgner qu’il est embêtant de constater que des ouvrages canadiens-anglais de cette importance (la collection Actes Sud junior en contient plusieurs) doivent passer par la France pour être accessibles en français aux Québécois.L’mde qui nuit Economiste d’origine zambienne, diplômée d’Oxford et de Harvard, Dambisa Moyo, en mai 2009, a été reconnue comme une des femmes les plus influentes du monde par le magazine Time.Sa perspective sur l’Afrique est radicalement différente de celle de Caplan.Dans L’Aide fatale, un essai politique très controversé dans le monde anglo-saxon, Moyo affirme que «l’aide a été et continue d’être, pour la plus grande partie du monde en développement, un désastre total sur le plan politique, économique et humanitaire».Son réquisitoire ne vise pas l’aide d’urgence ou l’aide charitable, mais bien l’aide systématique, parfois appelée aide publique au développement.Cette aide, selon elle, «a été volée ou elle est restée improductive».Non seulement n’a-t-elle pas contribué au développement de l’Afrique — l’état actuel des lieux, après 40 ans d’aide massive, en est la preuve —, mais elle a permis le maintien au pouvoir de gouvernements corrompus puisque, «comme la dépendance financière du gouvernement par rapport à ses citoyens se trouve substantiellement amenuisée, le gouvernement ne doit rien à son peuple».Aussi, Moyo propose de mettre bn graduellement mais rapidement à cette aide «malfaisante», pour la remplacer par un développement empruntant les mécanismes du marché (obligations, investissement direct à l’étranger, commerce, microbnance), nettement plus efficace, selon elle, et pas nécessairement incompatible avec des «valeurs socialistes».«Car on peut voler l’aide de tous les jours, explique-t-elle, mais on ne tente l’opération qu’une fois avec le capital privé.» Ne craignant pas la polémique, Moyo salue la présence chinoise en Afrique et avance que le développement doit précéder la démocratie.«Que l’on nous donne plus de Moyo et moins de Bono», lance, en avant-propos, NMl Ferguson, son professeur à Harvard.Le culte du marché ou la bonne conscience artiste pour sauver l’Afrique?Triste alternative, pourrait-on conclure.louisco@sympatico.ca L’AFRIQUE TRAHIE Gerald Caplan Traduit de l’anglais (Canada) par Elodie Leplat Actes Sud junior Arles, 2009,192 pages L’AIDE EATALE Dambisa Moyo JC Lattès Paris, 2009,256 pages BIOGRAPHIE Lise Gémis, artiste oubliée.et retrouvée PAUL BENNETT Si les noms de Marcelle Ferron, Rita Le-tendre, Marcella Maltais ou Françoise Sullivan sont restés associés dans la mémoire collective à l’émergence puis au triomphe dans les années 1960 de l’art abstrait au Québec, au même titre que les Borduas, Riopelle, Leduc ou Molinari, une autre femme artiste de cette période-clé, Lise Gervais (1933-1998), a pratiquement sombré dans l’oubli.Une biographie parue chez Art global, Lise Gervais - Le destin tragique d’une artiste oubliée, signée par le journaliste Jean-Louis Gauthier, a le grand mérite de faire revivre cette figure négligée de la génération post-automatiste, et ce, même si l’ouvrage, fondé essentiellement sur les témoignages de ceux qui l’ont connue, tient davantage de la biographie romancée que de la monographie rigoureuse.L’absence de toute note de référence et de toute bibliographie, de même qu’une mise en contexte historique déficiente, en réduit considérablement la portée.Mais l’auteur a le don de raconter une histoire et de faire partager son enthousiasme pour le destin «fabuleux et tragique» de cette femme hors du commun, considérée à l’aube de la Révolution tranquille comme une des artistes les plus douées et les plus prometteuses de sa génération.Une santé mentale fragile, une succession de déceptions amoureuses et professionnelles, puis les séquelles d’une rare maladie de la peau auront bnalement raison de cette femme libre et passionnée, qui vécut à plein régime l’effervescence de la scène artistique montréalaise des années 1960.Lise Gervais avait 15 ans lorsque les automa-tistes rassemblés autour de Borduas pubbèrent le manifeste Refus global, en août 1948.Mais ce n’est que qpelques années plus tard, lors de ses études à l’Ecole des beaux-arts, qu’elle prendra conscience des possibilités d’émancipation que représente pour elle l’expressionnisme abstrait.Prise en étau au milieu des hostilités ouvertes entre les automatistes bdèles à Borduas et les plasticiens menés par Guido Molinari, Lise Gervais choisit vite son camp: elle se sent beaucoup plus près de la manière sensuelle et lyrique des Ferron et Riopelle que du géométrisme froid et cérébral des plasticiens.Mère dès l’âge de 22 ans d’une bile qu’elle négligera et qu’elle accusera plus tard d’avoir gâché sa carrière, elle doit gagner sa vie en enseignant le dessin puis en devenant maquilleuse à Radio-Canada.Une histoire d’amour avortée avec Pierre Gauvreau la mènera à un premier épisode psychotique et à un premier internement à Saint-Jean-de-Dieu.Des échecs amoureux répétés mineront progressivement sa santé mentale.GALLERY MOOS / ART GLOBAL Lise Gervais à ia fin des années 1950 Une ascension rapide De retour d’un long séjour en Europe oû elle a rencontré Borduas et Riopelle, Lise Gervais est découverte par un critique du Devoir, Yves Lasnier, qui s’éprend de son travail.et de l’artiste, ce qui créera confusion et rancoeur dans l’esprit de collègues jaloux de son succès.Car sa carrière part en flèche.En cette même année 1961 oû les critiques encensent son travail, elle remporte le prestigieux prix Dow du Salon du printemps du Musée des beaux-arts de Montréal.Inconnue au bataillon quelques mois à peine plus tôt, Lise Gervais devient du jour au lendemain la «diva» de la nouvelle peinture.Les galeries d’avant-garde se disputent ses oeuvres et elle est appelée à réaliser des décors pour les spectacles de danse de Jeanne Renaud et de son Groupe de la Place-Royale.Même l’Europe lui fait des clins d’œil, mais la délégation du Québec à Paris, sous Ip direction du très «conservateur» Robert Elie, lui fera faux bond.A Montréal, durant ce temps, les partisans de l’expressionnisme abstrait, mouvance à laquelle elle est restée résolument fidèle, perdent peu à peu la bataille contre les plasticiens, qui se rendront maîtres L'euthanasie et le suicide assisté avec BERTRAND BLANCHET LA BIOÉTHIQUE repères d’humanité Bertrand Blanche! biologiste et archevêque émérite de Rimouski Animation : Hubert Doucet bioéthicien Mercredi 20 janvier 19 h 30 Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et café-resto 7 2661 Mctsson, Montréal, Qc 1^,.514 849-3585 fSUlinGS Contribution suggérée de 5 $ SODEC Quebec b b du Musée d’art contemporain.Dès la fin des années 1960, Lise Gervais est de moins en moins sollicitée lors des grandes expositions collectives.Déçue, elle part pour Paris, oû son état mental se détériore au point oû elle doit de,nouveau être hospitalisée.A son retour à Montréal, elle est ignorée lors de la fameuse exposition Art-Femme de 1975, regroupant 150 œuvres de femmes artistes.Bien qu’encouragée par le galeriste Gilles Corbeil, Lise Gervais sombrera de plus en plus dans le découragement.et l’oubli.Atteinte de sclérodermie, une maladie très rare qui rend la peau dure comme du cuir, Gervais continuera toutefois de peindre.Amère de ne pas être reconnue à sa juste valeur comme artiste, «en colère contre le monde entier» selon les rares personnes qui la fréquentenf elle meurt dans l’anonymat le 30 avril 1998.Pourtant, son œuvre touche par son originalité, sa fraîcheur et sa fluidité.Les meilleurs tableaux de sa maturité, animés d’une vie intense, méritent de figurer parmi les meilleures productions post-automatistes.L’ouvrage de Jean-Louis Gauthier ne comportant aucune reproduction, il est difficile pour le lecteur qui connaît peu l’œuvre de Gervais d’en évaluer l’impact.Espérons que la voie ouverte par ce premier essai biographique en incitera d’autres à réexaminer la place de Lise Gervais dans l’histoire de la peinture moderne au Québec.Le Devoir 4 SOURCE MACM Composition, 1961, de Lise Gervais, coiiection Lavaiin du Musée d’art contemporain de Montréai LISE GERVAIS Le destin tragique d’une artiste oubliée Jean-Louis Gauthier Art global Montréal, 2009,204 pages vieNt De paRaitRe Numéro 738 • février 2010 Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca Dans la foulée du dossier « La beauté du monde », vous êtes conviés à une soirée artistique en compagnie des artistes José Àcqueiin, Hélène Monette, Élise Turcotte (poètes), Jocelyn Bérubé (conteur), Marc Chabot, Claude Vaillancourt (écrivains), Philippe Ducros (dramaturge), Klervi Thienpont (comédienne), Bernard Émond (cinéaste), Marie-Claude Rodrigue (chorégraphe), Alejandro Venegas (chansonnier du groupe Intakto), Gabriel Côté (musicien).Lundi 25 janvier à ig h Maison Beiiarmin, 25, rue Jarry Ouest.Contribution suggéré : 10 $ ReLatîoNs Poormu peut une société juste ^ La beauté du monde Catherine Caron Marie Chouinard Hélène Dorion Michel Freitag Michel Conneville Nicole Laurin Lino jocelyne Montpetit Wajdi Mouawad Jean Pichette Jean-Claude Ravet Philippe Sers s N' ' nouveauté: 24 PAGES EN COULEURS! Controverse LhumourauQuébec-vat;] J ¦ .v“vuec.y a-MI de quoi rire.) 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Unan:3j$ Deux ans: 65$ À l’étranger (un an) : 35 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) (314) 387-2341 p.226 I ielations@qf.qcca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 3,30 $ + TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM_________________________ .an(s), au montant de.ADRESSE CODE RDSTAL .TÉLÉPHONE ( .Je pale par chèque (à l’ordre de Relations) LJ ou carte de crédit D NUMÉRO DE LA CARTE __________________________________________________ EXPIRATION _________________________ SIGNATURE_______________________
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