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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre - Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2015-11, Collections de BAnQ.

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[" PP CONVENTION : 40012169 ReLatiûNS Pour qui veut une société juste NuméRo 781 üécemBRe 2015 Sortir du « choc des civilisations » La fabrique de l'ennemi civilisationnel Le chaos créateur Leçons d'un massacre Radicalisation : ce qu'on refuse de voir Espérances pour une modernité arabo-musulmane Les conférences climatiques sont-elles encore utiles?- \u2014~ \tt ^ ! if\t'g s gr ?[j i r li & \u2019j.\t ¦ Vs-V P t m ¦\t\u2022 r ' ¦ S' '\t' -\t*' '¦\t~ - V ¦ r\t*.- ¦ - \u2014 t\t\u2014- sfv-r-.fr.fi _\t- lÉît* mÊtifit * \u2014 .'\u2019i t' ' * Ik V - A '\t\u2014- fc |(A\t^\t'\t\u2022 -¦ ' .\t.M \u2019* I.3r'->\t* RELATIONS novembre-décembre 2015\tD9 dOSSieR Leçons d'un massacre ê Retour critique sur les attentats de Paris, en janvier 2015, sur la vague de solidarité qu'ils ont soulevée et sur son instrumentalisation par les puissances occidentales.JEAN-CLAUDE RAVET berté, s\u2019est transformé en une injonction au conformisme de la pensée et de l\u2019agir.Ainsi, refuser de faire des victimes de Charlie Hebdo le parangon de la liberté d\u2019expression et de voir dans la « guerre au terrorisme » - telle que menée par les États-Unis et leurs alliés, notamment le Canada - le seul modèle à suivre, revenait à faire le jeu des terroristes, si ce n\u2019est à en être complice.L'auteur est rédacteur en chef de Relations Dominique Blain, Balance, 1991, assemblage : balance, chaîne et fleurs de coton, 22 x 35,5 x 17 cm Il y a près d\u2019un an, les attentats meurtriers commis à Paris, en janvier 2015, ont rassemblé des millions de personnes à travers la France dans une immense vague de solidarité qui s\u2019est répercutée à travers le monde.Le massacre à Charlie Hebdo en particulier a été vécu par plusieurs comme une terrible atteinte à l\u2019un des fondements démocratiques les plus précieux : la liberté d\u2019expression.Il a exposé, entre autres, le visage hideux du djihadisme, qui fait payer le prix du sang la moindre infraction à ce qu\u2019il considère comme étant la « loi de Dieu » - image même d\u2019un dieu haïssable et d\u2019une idole sanguinaire.Même parmi les gens qui n\u2019appréciaient guère la manière parfois grossière du magazine satirique, nombreux sont ceux et celles qui ont ressenti l\u2019onde de choc les traverser et qui ont voulu exprimer leur solidarité et leur indignation d\u2019une manière ou d\u2019une autre.Bien sûr, très vite, ce sentiment spontané a été instrumentalisé.Ce qui avait été le symbole d\u2019un rejet collectif de la haine et du dégoût de la violence terroriste, mais aussi, plus fondamentalement, le symbole de l\u2019amour de la li- LIBERTÉ INSTRUMENTALISÉE Cette récupération a plusieurs visages, d\u2019abord laïcard.Les attentats de Paris ont été l\u2019occasion d\u2019une surenchère, tantôt en faveur d\u2019un laïcisme étroit voulant confiner la religion dans la stricte sphère de l\u2019intimité, tantôt carrément contre l\u2019islam, jugé incompatible avec la démocratie, ouvrant ainsi la voie à une islamophobie « justifiée ».Non seulement ce laïcisme méconnaît-il la réalité du fait religieux et sa dimension plurielle, communautaire et sociale, mais il se caractérise aussi par un mépris à son égard, considérant les religions comme une chose du passé à jeter dans la poubelle de l\u2019histoire.Or, au terrorisme islamiste rêvant d\u2019un espace public à l\u2019image d\u2019un parc à moutons, il ne faut pas opposer le bêlement à l\u2019unisson derrière une idée de l\u2019État, fût-elle républicaine, ou toute autre forme d\u2019intransigeance.C\u2019est mettre la table à des politiques sécuritaires liberticides.au nom de la liberté.À ce titre, le mépris à l\u2019égard du religieux à la manière Charlie Hebdo est loin d\u2019être un modèle à suivre - même si l\u2019irrévérence a sa place et peut avoir une valeur libératrice, la tradition rabelaisienne et carnavalesque en faisant foi.Il stigmatise encore plus des populations déjà marginalisées.Ce n\u2019est plus rire du pouvoir, des gens de pouvoir, mais rire des petites gens, rajouter une couche à l\u2019humiliation.Cela ne peut devenir un modèle sauf à vouloir verser dans la démesure et alimenter des conflits destructeurs.Faire de la liberté un absolu - une idée à la fois pure et vide, détachée de tout contexte - est une autre forme de récupération.C\u2019est l\u2019éloge de la liberté des renards dans le poulailler de mieux croquer leurs proies - une liberté sans responsabilité, déliée radicalement du souci de l\u2019autre, indifférente à l\u2019autre : la loi des plus forts.On en voit les effets dévastateurs sur l\u2019économie, la culture, le vivre-ensemble.« Vive la liberté d\u2019expression » est un appel creux quand il masque le fait que les voix sur notre monde, sur notre réa- 20 novembre-décembre 2015 RELATIONS lité, sont de plus en plus uniformisées, aseptisées, dépolitisées par les rapaces de la finance, de la publicité et du divertissement.La « valeur » liberté se transforme dès lors en un hochet amusant pour le grand nombre atomisé, laissant libre cours aux puissances techno-économico-militaires chez qui la « liberté » est une arme dévastatrice, conquérante, justifiant toutes les guerres.Limites et responsabilités sont inhérentes à la liberté, sans quoi celle-ci dériverait en pur laisser-faire, ce qui est le propre du capitalisme sauvage.Oser la liberté, c\u2019est toujours se confronter aux limites oppressives, non pas pour abroger les limites, mais pour leur en substituer d\u2019autres, cette fois au service de l\u2019émancipation.LA LUTTE ANTITERRORISTE Il faut le répéter, la barbarie du groupe armé État islamique (ÉI) est méprisable et doit être combattue, mais sans oublier que l\u2019expansion de la globalisation capitaliste et le courant djihadiste se nourrissent mutuellement.La lutte contre celui-ci doit nécessairement passer par la lutte contre celle-là, qui, afin d\u2019étendre son emprise, contribue à la création de ces « barbares » en détruisant - au nom d\u2019une guerre sans fin contre le terrorisme qui prend souvent la forme d\u2019un véritable terrorisme d\u2019État -des sociétés entières, faisant table rase de leurs institutions.La lutte contre le djihadisme passe ainsi par la dénonciation du terreau colonial et postcolonial qui a engendré et alimente la globalisation et l\u2019impérialisme nouveau genre, et par la reconnaissance de notre responsabilité collective à cet égard.Ce sont les sociétés détruites par les puissances occidentales -veillant toujours à siphonner leurs ressources si utiles -, qui deviennent le terreau fertile du djihadisme.Un autre facteur aggravant : les régimes et monarchies autoritaires du Moyen-Orient, qui répriment mouvements sociaux et partis démocratiques sur leur territoire, et sont soutenus par le gouvernement américain et ses alliés parce qu\u2019ils protègent leurs intérêts économiques et géostratégiques.On ne peut qu\u2019être très inquiet face à la stratégie privil égiée par les États-Unis et leurs alliés dans une guerre qui cherche à s\u2019éterniser et contribue à la décomposition des sociétés sous la ligne de feu.Car la principale « ressource » de l\u2019ÉI et des autres mouvements djihadistes, c\u2019est l\u2019humiliation qu\u2019ils ont l\u2019art de transmuter en terreur.Il faut donc refuser d\u2019embarquer dans les stratégies qui visent la destruction des institutions et la décomposition des sociétés en proie aux djihadistes, comme on l\u2019a fait en Afghanistan, en Irak, en Libye et maintenant en Syrie.Il faut entretenir des liens avec les forces sociales et citoyennes au Moyen-Orient, porteuses d\u2019alternatives, et soutenir le dialogue avec les intellectuels qui combattent l\u2019intégrisme djihadiste sur le terrain symbolique.Car, faut-il le rappeler, les communautés musulmanes sont les premières victimes de cette terreur, de cette défiguration de Dieu.Il nous faut devenir des alliés de ceux et celles qui y résistent, en même temps qu\u2019à l\u2019humiliation.C\u2019est là une occasion de sortir d\u2019un comportement colonial et d\u2019ouvrir des espaces de subversion contre l\u2019emprise autoritaire ; d\u2019aider ainsi à soutenir les forces vives et créatrices qui puisent à l\u2019héritage culturel et historique du Moyen-Orient en vue d\u2019enrichir le monde commun.LE SYMBOLIQUE MIS À NU Il y a des événements qui révèlent la profondeur de l\u2019existence contre des idéologies qui ont pour fonction de la masquer et de « légitimer » l\u2019affairement marchand dans lequel nous sommes entraînés quotidiennement.L\u2019émotion collective et le sentiment de solidarité avec les victimes, au lendemain des attentats de Paris, sont de ce type.Ils ont permis d\u2019éprouver une culture et une raison communes qui unissent des gens de tout horizon politique et social.C\u2019est en tant qu\u2019habitants d\u2019un monde commun, attaqué dans ses symboles vitaux, que ces milliers de personnes se sont levées, comme atteintes au plus profond d\u2019elles-mêmes, pour défendre une des raisons essentielles du vivre-ensemble démocratique, pour lesquelles il vaut la peine de vivre et de se battre.Alors même que celles-ci étaient attaquées violemment et avec haine, elles ont ressenti la prégnance -comme partie prenante de leur être - de leurs racines socio-symboliques, celles qui les relient profondément les uns les autres ainsi qu\u2019à un monde commun.Expérience intense d\u2019être habité profondément par une histoire de luttes, un imaginaire social, une culture commune.C\u2019est là une expérience peu courante dans l\u2019air du temps hyper-individualiste, mu par une logique technicienne et impersonnelle au service d\u2019une classe d\u2019enrichis complètement déracinée et fière de l\u2019être.Pour celle-ci, la dimension symbolique et culturelle de l\u2019existence est non seulement superflue, mais un obstacle majeur à son projet de subsumer tout à la seule valeur qui tienne : l\u2019argent.Cette expérience n\u2019avait pas à être vécue et partagée par tous - notamment par ceux et celles qui souffrent d\u2019injustice et d\u2019exclusion ou qui luttent contre elles.Car ce à quoi elle renvoie n\u2019est vraiment libérateur que dans l\u2019action et dans les luttes ; elle n\u2019est aucunement saisissable ni propriété de personne.Mais il n\u2019en demeure pas moins que les rêves souvent écrasés laissent des traces dans la chair du monde, que ces liens de sang et de mémoire, de combats et d\u2019espoir, constituent bel et bien le fondement d\u2019une société.À nous de veiller à ce qu\u2019ils animent notre présent.\u2022 Il faut donc refuser d'embarquer dans les stratégies qui visent la destruction des institutions et la décomposition des sociétés en proie aux djihadistes, comme on l'a fait en Afghanistan, en Irak, en Libye et maintenant en Syrie.RELATIONS novembre-décembre 2015 EU dOSSieR L'auteur est doctorant en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris et au Centre européen de sociologie et de science politique La construction médiatique des préjugés AMINE BRAHIMI Généralisée depuis les attentats du 11 septembre 2001, l\u2019image négative des musulmans dans les médias du monde occidental est un fait établi par de nombreuses études, et ce, dès les années 19801.Cette représentation est grandement liée au sensationnalisme et au traitement sommaire des événements marquants de l\u2019actualité internationale impliquant des communautés musulmanes (par exemple, le conflit israélo-palestinien, la révolution iranienne de 1979, les guerres d\u2019Irak et d\u2019Afghanistan), traitement qui présente le monde musulman comme étant constamment en proie à l\u2019instabilité et au fanatisme.La diffusion régulière par les médias d\u2019images-choc frappant l\u2019imaginaire (femmes voilées, groupes de djihadistes, attentats, etc.) contribue également à la représentation d\u2019un islam désormais perçu comme menace potentielle aux institutions démocratiques.De cette construction médiatique ressort une figure du musulman conservateur, irrationnel et refusant la modernité, figure en phase avec la trame narrative du «choc des civilisations ».Ce constat vaut pour le Québec, où, comme ailleurs en Occident, l\u2019immigration récente en provenance des pays associés à l\u2019islam pose de nouveaux défis.Aussi, les communautés musulmanes figurent parmi celles qui font l\u2019objet d\u2019une importante couverture médiatique.Au cours des dernières années, cette surmédiatisation a joué un rôle primordial dans la structuration et le renforcement, auprès de la population, de stéréotypes majoritairement négatifs.Depuis les attentats du 11 septembre 2001, cette image a été plus que jamais «légitimée» et renforcée par une couverture caricaturale amalgamant islam et terrorisme.La question de « l\u2019islam au Québec » est ainsi devenue un dossier central dans les médias, voire un enjeu sociétal majeur, particulièrement en période d\u2019élections, à la faveur d\u2019acteurs politiques capitalisant sur les stéréotypes et sur une politique identitaire de droite.Le débat sur le niqab, lors de la campagne électorale fédérale de 2015, en constitue l\u2019exemple le plus récent.Alors qu\u2019il ne reflète la réalité que d\u2019une infime minorité de femmes musulmanes, le port du voile intégral a monopolisé les débats et la couverture médiatique durant des semaines.Comme l\u2019illustre cet exemple, les communautés musulmanes sont considérées comme un tout monolithique sans distinction, par essence incompatible avec l\u2019Occident.Pourtant, la réalité est tout autre : les différences entre les musulmans de différents pays (maliens, indonésiens, arabes, russes.) sont bien plus importantes que celles qui les distinguent des citoyens de leurs communautés nationales respectives, par exemple.Interpellés en tant que musulmans, qu\u2019ils soient pratiquants ou non, croyants ou non, beaucoup se sentent désormais concernés par les discours qui les stigmatisent indistinctement.À titre illustratif de la force des représentations médiatiques de l\u2019islam, le sondage sur le racisme mené par la firme de sondage Léger marketing, en janvier 2007, a révélé que 50 % des Québécois ont une mauvaise opinion des musulmans.Ce n\u2019est certainement pas un hasard, sachant qu\u2019il a été conduit après que certains médias eurent monté en épingle des sujets sensibles tels que l\u2019institution des tribunaux islamiques en Ontario ou des demandes d\u2019accommodements raisonnables de nature religieuse.Ce que reflètent les résultats de cette enquête, c\u2019est ni plus ni moins le manque de respect général, voire les infractions flagrantes à la déontologie journalistique commises par les médias quand vient le temps de traiter du fait musulman.Or, la vision réductrice de l\u2019islam qui en ressort a des effets très pernicieux sur le plan social : peur, humiliation, anxiété et insécurité constituent le lot des communautés musulmanes fragilisées par une position sociale souvent précaire, entraînant fatalement, pour la plupart, un repli sur soi et une crispation identitaire.Le profilage et autres dérives des dispositifs de sécurité, particulièrement aux frontières et dans les aéroports, la discrimination sur le marché du travail des personnes identifiées comme musulmanes2 ou la croissance des actes islamophobes violents n\u2019en sont que quelques exemples.C\u2019est sans oublier le retour en force, dans le discours politique, des clichés orientalistes sur l\u2019islamisation des sociétés, la soumission de la femme musulmane, la décadence des États gouvernés par l\u2019islam, le terrorisme, etc.Inutile de rappeler à quel point toute cette situation nuit au développement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance à la société d\u2019accueil.1.\tVoir notamment Jack Shaheen, Arab and Muslim Stereotyping in American Popular Culture, Washington, Georgetown University, 1997.2.\tVoir Marie-Thérèse Chicha, « La discrimination à l\u2019embauche », Relations, no 763, mars 2013.22| novembre-décembre 2015 RELATIONS Radicalisation : ce qu'on refuse * 'à de voir Dominique Blain, Sans titre, 1987 La façon dont nos gouvernements ont choisi d'aborder la «radicalisation» ne nous éclaire pas sur les vraies causes du phénomène, qui plonge ses racines dans des facteurs locaux, nationaux, internationaux et historiques complexes.DENISE HELLY ET FRÉDÉRICK NADEAU Avec l\u2019enrôlement de jeunes Occidentaux dans les rangs du groupe armé État islamique (ÉI), le terme radicalisation1 est devenu un mot à la mode dans les débats publics un peu partout en Occident.Il a présentement trois facettes : il est le maître mot de la lutte contre le terrorisme ; il crée un nouvel angle sous lequel regarder les minorités musulmanes d\u2019Occident ; et il suscite une industrie de la « déradicalisation ».Il faut d\u2019abord souligner que l\u2019usage politique du terme « radical » recouvre un spectre de courants et de positionnements souvent très variés.Par exemple, dans les années 1980 en France, la nationalisation d\u2019entreprises et le protectionnisme économique étaient considérés du registre de la gauche française, alors qu\u2019actuellement, ils sont associés à la gauche radicale, incarnée par le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon.On parle aussi de droite radicale pour distinguer les extrêmes-droites qui condamnent le système parlementaire de celles qui ne le renient pas (Front national en France, Parti de la liberté aux Pays-Bas).Du côté des autorités danoises, toute discrimination et tout dénigrement, même sans violence, sont considérés radicaux.À l\u2019évidence, les termes radical et radicalisation tirent leur sens d\u2019interprétations situées.Il s\u2019agit dès lors de préciser le contexte de leur usage.En Occident, depuis l\u2019apparition de l\u2019ÉI sur les écrans de télévision, le terme radical est généralement associé à quatre phénomènes : l\u2019islam, le terrorisme, le djihad et le rejet de la « culture occidentale », eux-mêmes associés à l\u2019enrôlement de jeunes dans des armées prônant le meurtre des impurs, musulmans et non musulmans, et la chute ou la déstabilisation de gouvernements (Syrie, Irak, Yémen, Mali, Libye, Nigeria, Somalie, Kenya).Des signes concrets seraient censés permettre le repérage des jeunes ainsi enrôlés : religiosité accrue, codes vestimentaires, isolement social, délinquance urbaine, violence physique et verbale2.Leurs comportements et attitudes sont alors classés comme « déviants », relevant de problèmes familiaux et personnels et pouvant être atténués par des programmes de prévention et de « déradicalisation ».QUATRE OMISSIONS Or, cette façon de concevoir la « radicalisation » omet - ou n\u2019aborde qu\u2019en surface - quatre grandes questions : pre -mièrement, l\u2019islam est-il vraiment en cause dans les comportements et attitudes des jeunes ciblés ?Deuxièmement, pourquoi les qualifier de « déviants » et de « radicaux » ?Troisièmement, comment nommer l\u2019enrôlement, dans les rangs de l\u2019ÉI ou d\u2019Al-Qaïda, de jeunes vivant en pays musulmans ?Quatrièmement, comment expliquer l\u2019enrôlement plus fréquent, en Occident, de jeunes issus de familles musulmanes ?Tout d\u2019abord, avancer que les projets des jeunes dits «radicalisés » prennent leur source dans des préceptes musulmans est une interprétation saugrenue.Les témoignages de jeunes Occidentaux en partance ou revenus des zones de combat montrent une ignorance de la théologie islamique et une vision anecdotique de l\u2019islam3.La référence à l\u2019islam est un marqueur identitaire plus que religieux ; elle est un signe de ralliement, une bannière.La religion des jeunes recrues de l\u2019ÉI n\u2019a rien à voir avec l\u2019islam comme foi et théologie : elle en est une manipulation politique.Mais l\u2019insistance sur le religieux a une double Les auteurs sont respectivement pro-fesseure et chercheur au Centre Urbanisation Culture Société de l'Institut national de recherche scientifique (INRS-UCS) RELATIONS novembre-décembre 2015\tE3 dOSSieR Dominique Blain, Portrait de famiile, 2013, impression jet d'encre sur papier chiffon, 76 x 76 cm efficacité dans des sociétés qui se pensent sécularisées.D\u2019une part, elle délégitime et renvoie à l\u2019irrationnel le comportement des jeunes en question ; d\u2019autre part, elle censure toute tentative d\u2019approche sociologique de leur violence.Concernant la deuxième question, la conduite et les idées des jeunes recrues de l\u2019ÉI ou de similaires mouvements terroristes sont aussi qualifiées de « radicales », car elles sont hors normes et hors la loi.Ces jeunes se situent sur le terrain de la conviction et de la violence physique, et non sur celui de la parole, du débat et du contrat politique.Ils admettent trafics illégaux, tueries de civils, attentats-suicides, voire y participent.Ils honnissent la démocratie moderne et ses promesses d\u2019égalité, projettent de détruire ce qu\u2019ils nomment « Culture », qu\u2019elle soit « occidentale » ou « musulmane », savante ou populaire, et se complaisent dans le fantasme d\u2019en être les adversaires mortels.Cette idéologie, nullement élaborée en critique et projet politiques, ne peut, à première vue, qu\u2019être dite hors norme, spectaculaire, incontrôlable, irrationnelle, déviante et «radicale ».Mais ce jugement contredit un précepte libéral fondateur, l\u2019idée de la capacité de rationalité de tout humain - à moins de vouloir faire des recrues de l\u2019ÉI les Barbares du XXIe siècle.Pour tenter de dépasser ce dilemme, leur violence doit être historicisée, contextualisée et une lecture distancée envisagée.Cela nous amène à la troisième question, celle de l\u2019attrait qu\u2019exercent les « terrorismes islamistes » sur les ressortissants de pays musulmans.Il semble que celui-ci découle d\u2019une conjonction de facteurs connus.L\u2019histoire du Moyen-Orient, depuis plus d\u2019un demi-siècle, en est une d\u2019ingérence étrangère (souvent militaire), de dictatures et d\u2019échecs de réformes démocratiques, en particulier en Égypte, dans un pays central à l\u2019identité et à la culture arabes.Les projets nassériste, socialistes, nationalistes, islamistes et les revendications palestiniennes ont échoué ; ü novembre-décembre 2015 RELATIONS des élites prédatrices confisquent le pouvoir et les ressources économiques et il n\u2019existe guère de représentation politique institutionnalisée permettant à des opposants de s\u2019exprimer.Depuis les années 1970, les tentatives d\u2019investir légalement les arènes politiques nationales en constituant des oppositions se réclamant de l\u2019islam ont été contrées (Front islamique du salut, en Algérie, Refah en Turquie, Frères musulmans en Égypte, etc.).Certaines sont passées à l\u2019action directe alors que se formaient des réseaux internationaux terroristes soutenus par des groupes d\u2019intérêt, des mouvances idéologiques et des institutions -notamment les services de renseignement pakistanais, protecteurs d\u2019Al-Qaïda et des Talibans.La destruction de l\u2019État irakien et libyen, la mainmise de factions chiites sur le pouvoir à Bagdad et le refus des États-Unis d\u2019armer une opposition syrienne ont aussi facilité la formation d\u2019Al-Nusra, en Syrie, et de l\u2019ÉI en Irak.Il faut encore mentionner l\u2019élimination ou l\u2019exil des élites intellectuelles et politiques de nombreux pays de la région, dont certaines auraient pu constituer un contre-pouvoir aux régimes dictatoriaux et militaires.Leur intervention, depuis des scènes occidentales, les rend inaudibles dans leur pays d\u2019origine.Dans de tels contextes, comment qualifier l\u2019engagement de jeunes gens dans les rangs de l\u2019ÉI, un mouvement sanguinaire et délirant dans son projet d\u2019effacer l\u2019histoire du Moyen-Orient, en particulier depuis les accords de Sykes-Picot, qui ont redessiné la carte de la région en 1916 ?Le qualifier d\u2019irrationnel ou de «déviant » éclaircit-il ce phénomène et le projet de recréer le califat -aboli en 1924 après la chute de l\u2019Empire ottoman ?Enfin, concernant la quatrième question, celle des situations qui contribuent, dans les sociétés occidentales, à produire une violence sociale chez des jeunes, elles sont aisées à circonscrire et elles ne concernent pas uniquement des individus se réclamant de l\u2019islam.Il suffit de lire sur le Web les doléances, notamment en provenance de l\u2019extrême- droite, concernant l\u2019incertitude face à l\u2019avenir, la perte de référents identitaires collectifs, le malaise moral, le mépris des élites, la condamnation des inégalités sociales, les craintes concernant l\u2019emploi, l\u2019aversion de la culture savante.Dans le cas de jeunes musulmans (ou identifiés comme tels), s\u2019ajoutent à ces conditions ostracisme, relégation sociale, chômage, déni de droits, dénigrement vulgaire de l\u2019islam, décalage culturel avec les parents, bref, autant de situations qui rendent difficile le fait d\u2019être jeune et musulman.En sus, leur isolement politique est total ; ils sont oubliés par la gauche et les syndicats, et les élites libérales ne produisent aucun contre-discours face à l\u2019islamophobie croissante ni face à l\u2019idée de supériorité civilisationnelle de l\u2019axe de l\u2019OTAN.Dans ce contexte, la violence politique des uns, la désespérance de certains rêvant d\u2019ailleurs, et le repli des autres dans un islam fantasmé et une purification morale par le meurtre deviennent des voies.sans issue.Des facteurs psychosociaux individuels très divers interviennent néanmoins, puisque tous les jeunes soumis à ces contextes n\u2019ont pas le projet de s\u2019enrôler dans une armée « islamique ».Il faut des événements déclencheurs et l\u2019intervention d\u2019une médiation, généralement un personnage charismatique, en ligne ou en personne, qu\u2019une surveillance policière et communautaire peut contrer.POURQUOI UNE TELLE OFFENSIVE PUBLIQUE ?Le rejet « radical » de l\u2019Occident et de son impérialisme n\u2019est pas un phénomène inédit, mais actuellement, deux facteurs amplifient l\u2019attention qu\u2019on y accorde : l\u2019absence d\u2019analyse par les médias grand public et leur usage immodéré de nouvelles spectaculaires, d\u2019une part, et la signification politique du terrorisme actuel en Afrique et en Asie, notamment au Moyen-Orient, d\u2019autre part.Les mouvements terroristes actuels se distinguent en effet de ceux de la période 1960-1990.Ces derniers étaient des mouvements nationalitaires mettant en cause l\u2019autorité d\u2019États centraux et leur lien avec un capitalisme dit spoliateur.Ils visaient à déstabiliser un pouvoir étatique et économique tout en en éliminant des représentants.Les « terrorismes » actuels visent certes à fragiliser des États et à redessiner les frontières nationales mais, à la différence des premiers, ils contrôlent des territoires et des ressources (pétrole, sites archéologiques, taxation, autres trafics).En raison de leur double stratégie - guérilla fortement armée sur de larges territoires (celui de l\u2019ÉI équivaut à la taille de l\u2019Angleterre) et attentats contre des civils en zone urbaine -, leur éradication exige l\u2019engagement d\u2019importantes troupes militaires au sol.Les militants de l\u2019ÉI disposent de moyens plus étendus que les groupes « terroristes » de la période 1960-1990.Ils disposent notamment d\u2019une grande capacité logistique et technique (structure en réseaux, direction formée en informatique, armement et technologies de l\u2019information provenant souvent de la décomposition de l\u2019armée et de l\u2019administration irakiennes) ; de fonds importants (soutien d\u2019États musulmans et d\u2019élites conservatrices) ; d\u2019un recrutement militaire facilité par les médias sociaux et se nourrissant de la situation politique et sociale prévalant dans les pays musulmans - en plus de la frustration, réelle ou relative, de descendants d\u2019immigrés musulmans en Occident.Ils disposent aussi d\u2019une puissance de feu inédite par rapport aux organisations des années 19601990, puissance accrue depuis la chute de l\u2019URSS et l\u2019extension du marché noir des armes.Face à cette nouvelle puissance des mouvements terroristes et devant les enjeux qu\u2019elle soulève (affaissement d\u2019États, capacité de négociation, ethnocides, renouveau d\u2019un « nationalisme » panarabe), l\u2019idée de « radicalisation » de jeunes « déviants » s\u2019avère une notion très exiguë pour rendre compte de la complexité des facteurs locaux, nationaux, internationaux et historiques actuellement à l\u2019œuvre.Les agences occidentales devant combattre cette « déviance» (polices, services sociaux, écoles, ONG) peuvent bien cerner des facteurs individuels qui contribuent à faire de jeunes désorientés ou révoltés des proies et des acteurs de la violence « islamiste », mais ils ne peuvent nier une réalité : il existe bel et bien une offre et une demande sociale de révolte, de violence et de meurtre contre l\u2019Occident (et, en pays musulmans, contre des minorités musulmanes ou autres).Cela est le fait à expliciter avec plus de précision et d\u2019intelligence que nous ne le faisons actuellement.Certes, des commentateurs vedettes disent connaître la solution miracle.Au Québec et en France, ils proposent la laïcité comme remède à l\u2019errance et au désir de meurtre de jeunes désocialisés.Plus de laïcité à l\u2019école les empêcherait de devenir violents, comme s\u2019il avait suffi, pour lutter contre l\u2019Action directe, de renforcer les cours d\u2019instruction publique.Autant dire qu\u2019on a décidé d\u2019être sourd aux fondements régionaux et internationaux de la violence extrême qui recouvre progressivement le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans et à sa résonance chez des jeunes issus de classes moyennes urbaines occidentales.\u2022 1.\tNous avons opté pour la définition d\u2019A.J.Gielen, c\u2019est-à-dire le développement d\u2019idées et d\u2019activités tendant à des changements extrêmes, voire au renversement de l\u2019ordre social ou politique, au cours duquel la volonté d\u2019user de la violence peut s\u2019accroître.2.\tLe Service de police de la Ville de Montréal refuse toutefois pareil repérage.Voir Vincent Larouche, « Le SPVM se garde de lister les indicateurs visibles de radicalisme », La Presse, 21 mai 2015.3.\tArun Kundnani, « Radicalisation : the journey of a concept », Race & Class, no 54 (2), octobre 2012.Autant dire qu'on a décidé d'être sourd aux fondements régionaux et internationaux de la violence extrême qui recouvre progressivement le Moyen-Orient.RELATIONS novembre-décembre 2015 q dOSSieR L'auteur, philosophe, enseigne récopsychologie à Lausanne et préside l'association Le singulier universel.Il a publié notamment Éloge de l'Âme du monde (Entrelacs, 2015) et L'écologie vue du Sud (Sang de la Terre, 2015) Espérances pour une modernité arabo-musulmane La théologie islamique de la libération est une voie essentielle pour les peuples arabo-musulmans qui, à partir de leur patrimoine civilisationnel, cherchent à incarner une modernité endogène.MOHAMMED TALEB Si nous scrutons l\u2019actualité écologique, géopolitique, et interculturelle du monde, les années à venir s\u2019annoncent assez sombres.Mais l\u2019écologie nous enseigne que plus un système est complexe, plus il est sensible aux plus petites variations : c\u2019est « l\u2019effet papillon », identifié par le météorologiste Edward Lorenz.Cette métaphore fonde une sorte de « principe d\u2019espérance », espérance qu\u2019il est possible de repérer dans le monde de l\u2019islam, et singulière- ment dans l\u2019espace arabo-musulman.Mettre l\u2019accent sur elle n\u2019occulte pas les situations de crise, mais rappelle cette conviction spirituelle propre aux grandes sagesses : la vie est plus forte que la mort ! Même si la pensée doit envisager les périls, l\u2019action, elle, est capable de transfigurer le monde en vue du bien commun.Actuellement, pour relever les défis qui sont les leurs, les peuples arabo-musulmans cherchent à faire vivre une modernité endogène qui ne soit ni la simple continuation de la tradition, ni la copie de la modernité occidentale.L\u2019enjeu pour eux est de lui donner, à partir de leur humus culturel et spirituel, une forme historiquement adaptée aux valeurs universelles et transculturelles que sont l\u2019écologie, la justice sociale, l\u2019émancipation de la femme, le pluralisme.C\u2019est à travers une réappropriation critique et lucide de leur patrimoine historique que l\u2019élaboration de cette modernité endogène peut se réaliser.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BESSIS, Sophie, La double impasse, L'universel à l'épreuve des fondamentalismes religieux et marchand, Paris, La Découverte, 2014.CHADLI, El-Mostafa et GARON, Lise, Et puis vint le 11 septembre.L'hypothèse du choc des civilisations remise en question, Québec, Presses de l'Université Laval, 2003.CORM, Georges, Pour une lecture profane des conflits, Paris, La Découverte, 2015.HALEVI, Ilan, Islamophobie et judéophobie.L'effet miroir, Montréal, M éditeur, 2015.KLEIN, Naomi, La stratégie du choc, Paris, Actes Sud, 2008.LUIZARD, Jean-Pierre, Le piège Daech, Paris, La Découverte, 2014.MARZOUKI, Nadia, L'islam, une religion américaine ?, Paris, Seuil, 2014 RENAUD, J., PIETRONTONIO, L.et BOUR-GEAULT, G.(dir.), Les relations ethniques en question.Ce qui a changé depuis le 11 septembre 2001, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2002.TALEB, Mohammed et al.(dir.), Théologies de la libération, Paris, L'Harmattan, 2000.ARTICLES ET REVUES Alternatives Sud, dossier « État des résistances dans le Sud - 2010.Monde arabe », vol.XVI, 2009/4.AMIRAUX, Valérie, « Après le 7 janvier 2015, quelle place pour le citoyen musulman en contexte libéral sécularisé ?»», Multitudes, vol.2, n° 59.FULLER, Graham E., « Pourquoi le monde musulman résiste à l'Occident.Quatre facteurs géopolitiques pour comprendre», OrientXXI [en ligne], 22 septembre 2015.HELLY, Denise, « La peur de l'islam »», SociologieS [en ligne], le 23 février 2015.IDIR, Mouloud, « Le contexte du débat sur la radicalisation : cui bono?», Webzine Vivre ensemble [en ligne], vol.22, n° 78, été 2015.L'inconvénient, dossier « Islam, islamisme, islamophobie »», n° 61, été 2015.Relations : Articles : J.-C.Ravet, « Pas en notre nom ! »», n° 775, décembre 2014 ; V.Romani, « Transition dictatoriale en Égypte »», n° 774, octobre 2014 ; R.Lemieux, « Droite religieuse et mondialisation »», n° 762, février 2013 ; J.-C.Ravet, « Islam, fondamentalisme et modernité, entrevue avec Antoine Sfeir »», n° 690, février 2004.Dossiers : « Un monde qui vacille »», n° 770, février 2014 ; « Le racis- me à découvert »», n° 763, mars 2013 ; « Violence et religion »», n° 744, novembre 2010 ; « La vague militariste »», n° 715, mars 2007 ; « À la rencontre de l'islam »», n° 706, février 2006 ; « Sur un pied de guerre »», n° 674, février 2002.Spirale, dossier « Stigmate-machine : altéri-sation et racisation par le haut »», n° 252, printemps 2015.TURCOTTE, Marie-Andrée, « Le choc des civilisations : le Québec et les musulmans.Entrevue avec Lise Garon »», 99 % Média [en ligne], le 27 mai 2015.FILMS ET MULTIMÉDIA Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, 2004 L'islamophobie au Québec, Journée d'étude du Centre justice et foi (mars 2013).Conférences disponibles en ligne : .SITES WEB et : Blogues anti-impérialiste et sur l'islam animés par Mohamed Taleb : Magazine en ligne sur le Moyen-Orient : Webzine Vivre ensemble 26 novembre-décembre 2015 RELATIONS ATTENTION AUX RÉDUCTIONNISMES Refusant que l\u2019islam soit réduit à ses aspects religieux, cette modernité arabo-musulmane valorise son héritage historico-culturel, sa temporalité.Le fondamentalisme, lui, occulte les chemins complexes du temps au profit d\u2019un âge d\u2019or ou d\u2019une apocalypse à venir.Les 15 siècles de cette civilisation furent pourtant caractérisés par une formidable ingénierie socioculturelle, une intense activité scientifique, dans une alliance fertile entre foi, raison, créativité intellectuelle et spiritualité.Pour le comprendre, tournons-nous vers l\u2019un des penseurs de cette modernité endogène, le professeur et politologue algérien Mohamed Tahar Bensaada.Il réfléchit à une théologie islamique de la libération qui, à ses yeux, doit à la fois explorer d\u2019une façon critique l\u2019immense champ du patrimoine civilisationnel de l\u2019islam (d\u2019Avicenne à Averroès, d\u2019Ibn Khaldoun à l\u2019émir Abdelkader), et à la fois s\u2019ouvrir, d\u2019une façon non moins critique, aux sciences sociales et à la philosophie contemporaines.La réduction de la religion musulmane à sa dimension juridico-morale, avec tout le rigorisme que cela entraîne, doit aussi être évitée.En effet, le Coran - qui, pour un musulman et une musulmane, est la parole même de Dieu - n\u2019est pas un code pénal.Il est une exhortation cosmique, écologique, éthique, poétique, sapientiale, prophétique, historique.Ainsi, ce qui est à l\u2019ordre du jour d\u2019une authentique réforme radicale (« islah») musulmane, c\u2019est l\u2019affirmation du Coran comme parole de libération face aux aliénations extérieures et sociales qui maintiennent les peuples dans un état d\u2019infériorité.La critique musulmane de l\u2019usure, de l\u2019axiomatique de l\u2019intérêt, son éloge de l\u2019égalité et du pluralisme comme signes de la miséricorde divine, sont au cœur de cette théologie libératrice.Le Coran est aussi parole de liberté face aux aliénations intérieures, celles qui ne respectent pas la dignité de la personne humaine, le secret de sa conscience, et cela au nom d\u2019une conception massifiante et caricaturale de la communauté fraternelle des croyants et des croyantes, la oumma.Plusieurs intellectuels, dans le monde arabe et ailleurs Dominique Biain, sur tous les continents, se sont lancés depuis longtemps\tÉmergence I, 2015 dans la création d\u2019une théologie islamique de la libération, articulée à un projet de modernité endogène.Il y a une analogie éthique et politique avec la théologie chrétienne de la libération.Chez ces intellectuels, les mots sont divers : théologie de la libération, réforme radicale, socialisme islamique.Mais le défi est le même.Parmi les principales figures de ce courant, mentionnons l\u2019Iranien Ali Shariati, le Sud-Africain Farid Esack et le Palestinien Mounir Chafiq, qui insistent sur la nécessité d\u2019une auto-organisation des peuples pour éviter les dérives et les manipulations.Les moustadh\u2019afoun, les opprimés, les « sans droits », sont, pour eux, les sujets du combat pour la justice et la dignité.Et il ne concerne pas uniquement les opprimés musulmans : ce sont les masses de l\u2019humanité qui doivent instaurer sur terre un régime de justice.Il y a donc un vrai sens de l\u2019humanisme dans ce courant islamique présent dans différents pays.En Afrique du Sud, par exemple, les militants musulmans de la théologie de la libération étaient engagés au sein du Congrès national africain ou du Front démocratique uni.Cette théologie islamique de la libération est une voie essentielle face à l\u2019alternative mortifère qui nous contraint de choisir entre le fondamentalisme et la soumission à la modernité capitaliste occidentale.Toutefois, elle ne devrait pas être réduite à une simple production intellectuelle de nature religieuse, ou à une exégèse des sources scripturaires de la foi.Elle est aussi une praxis visant à transfigurer le monde.C\u2019est pourquoi ses praticiens et théoriciens doivent veiller à sa déclinaison au pluriel, au gré des questions concrètes qui se posent aux sociétés musulmanes.Ainsi, cette théologie peut être comprise comme la matrice d\u2019une théologie féministe musulmane, d\u2019une théologie islamique de la Nature vivante, d\u2019une théologie islamique du pluralisme religieux.RELATIONS novembre-décembre 2015 sa Un nouvel internationalisme est donc à l'ordre du jour, qui doit être fondé non pas sur les projections et désirs de la gauche occidentale, mais sur la confluence de l'ensemble des forces sociales, culturelles, politiques et religieuses de l'humanité. dOSSieR UNE IMAGINATION SPIRITUELLE SOCIALEMENT CRÉATRICE La théologie islamique de la libération peut contribuer à ré-enchanter le monde.C\u2019est la raison pour laquelle ses militants et militantes comprennent l\u2019urgence d\u2019intensifier le dialogue avec les courants intellectuels et politiques qui ont à cœur le bien commun, la démocratie, la souveraineté, le droit des peuples, la justice sociale - tous ceux qui persistent à choisir l\u2019anti-impérialisme et le non-alignement des générations précédentes, et qui ont surmonté leur intégrisme laïc.L\u2019expérience du Forum mondial théologie et libération, qui accompagne le Forum social mondial, est de ce point de vue très intéressante et devrait servir d\u2019exemple.Le fait que plusieurs intellectuels musulmans aient fait leurs premières armes au sein du marxisme est aussi un facteur positif dans ces convergences.Ainsi, par exemple, Mounir Chafiq fut l\u2019un des leaders de l\u2019aile maoïste au sein de la révolution palestinienne avant de donner à son engagement une forme islamique, mais les valeurs sont, au fond, toujours les mêmes.Il parle du nécessaire « processus de rapprochement, d\u2019union et de solidarité » au sein du monde musulman et aussi avec le tiers-monde, pour sortir du cycle infernal des guerres civiles, en réponse à ce qu\u2019il appelle la « dangereuse arrogance mondiale1 ».Les guerres impérialistes et coloniales, le péril écologique, la crise économique, les mouvements migratoires, le terrorisme, etc., sont des enjeux qui appellent des réponses planétaires.Un nouvel internationalisme est donc à l\u2019ordre du jour, qui doit être fondé non pas sur les projections et désirs de la gauche occidentale, mais sur la confluence de l\u2019ensemble des forces sociales, culturelles, politiques et religieuses de l\u2019humanité, confluence à la fois anticapitaliste, anti-impérialiste, humaniste et écologiste.Chaque aire de culture, chaque continent doit être en mesure d\u2019apporter sa Cette théologie islamique de la libération est une voie essentielle face à l'alternative mortifère qui nous contraint de choisir entre le fondamentalisme et la soumission à la modernité capitaliste occidentale.contribution à la déconstruction de la pseudo-civilisation du Capital et à l\u2019émergence d\u2019un système historique plus juste.En refusant d\u2019essentialiser l\u2019Occident, le but est aussi de se souvenir de Novalis, Romain Rolland, Lelio Basso, François Rigaux, Simone Weil, Lady Gregory, ces hommes et ces femmes qui s\u2019engagèrent dans une sincère amitié avec les peuples du Sud.Au cœur de cet héritage, le formidable travail de la Ligue internationale pour les droits et la libération des peuples et du Tribunal permanent des peuples sont aussi des éléments précieux.Il s\u2019agit de faire éclore un universalisme pluriel.La gauche occidentale anti-impérialiste et respectueuse de la diversité des cultures et des civilisations est déjà partie prenante de ce processus.Citons, à titre d\u2019exemple, les courants de la décroissance (Serge Latouche), de l\u2019écosocialisme (Michael Lowy), de l\u2019écodéveloppement (Lucie Sauvé).Par contre, d\u2019autres pans de la gauche occidentale n\u2019acceptent pas l\u2019affirmation philosophique et éthique voulant que, s\u2019il existe des valeurs universelles et transculturelles (écologie, justice sociale, émancipation de la femme, bien commun, etc.), celles-ci prennent des formes différentes au gré des imaginaires, des langues, des spiritualités, des histoires sociales.Pour nouer une entente avec les forces en faveur du progrès social et de la souveraineté qui existent dans la sphère arabe et musulmane (et dans les sphères du Sud d\u2019une façon plus générale), y compris quand elles se réclament de la mémoire islamique, cette gauche doit faire une autocritique radicale et sincère, et découvrir un chemin d\u2019humilité.Elle se doit aussi d\u2019être courageuse dans la dénonciation des pouvoirs d\u2019oppression.Le Burkinabé Thomas Sankara citait Novalis dans un très beau discours à l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU, en 1984.Verra-t-on un jour des intellectuels au Nord faire l\u2019éloge d\u2019Ibn Badis ou du sultan Galiev ?\u2022 1.Entrevue publiée sur le site de The International Solidarity Movement, , 24 mars 2010.xC \u201eClVjV V' ReLatr at'Ae ni CONCOURS D'ECRITURE ETUDIANT JEUNES VOIX ENGAGÉES TROIS BOURSES DE 500 $ À GAGNER! Détails du concours: revuerelations.qc.ca Date limite de soumission des textes: le 6 janvier 2016 facebook.Revue Relations 28\tnovembre-décembre 2015 RELATIONS PROCHatNS NUméROS En 2016, Relations célébrera son 75e anniversaire! Pour l'occasion, la revue fait peau neuve et ses trois premiers dossiers de l'année formeront une trilogie sur la résistance (no 783), la création (no 784) et, dans notre édition de janvier-février (no 782) : l'amour du monde Le combat pour la justice prend appui sur un amour du monde qui embrasse l\u2019amour de la Terre, de la vie, du beau, du juste, mais aussi de ce qui relie entre eux les êtres humains, à travers le désir, l\u2019action collective, l\u2019expression de la liberté, la construction d\u2019un monde commun.Il s\u2019agit du socle fondamental de toute résistance et la créativité y plonge ses racines.Confrontés aux systèmes d\u2019oppression qui détruisent des vies humaines et la cohésion sociale dans de nombreuses régions du monde, les femmes et les plus déshérités ne sont-ils pas au cœur de l\u2019expérience la plus courageuse et la plus mystérieuse de cet amour?Et réussirons-nous à en faire le moteur, à l\u2019échelle planétaire, de la transformation radicale que la crise écologique et climatique nous impose ?À lire aussi dans ce numéro : \u2022 un débat sur l\u2019urgence migratoire ; Photo: Osire Glacier, Playa Guillermo, Cuba \u2022 une table ronde sur l\u2019encyclique du pape François, Laudato Si ; \u2022\tune analyse sur les mobilisations contre le gaz de schiste en Algérie ; \u2022\tles œuvres d\u2019artistes choisis parmi ceux et celles qui ont illustré la revue depuis 2000.Ce numéro sera disponible en kiosques et en librairies le 22 janvier.Pensez à le réserver.Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d'envoi sur la page d'accueil de notre site Web: .B0 Maîtrise en études du religieux contemporain Plusieurs cheminements : \u2022\tRecherche \u2022\tCours avec production de fin d\u2019études UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE \u2022 Cours avec stage (en soins spirituels) Voir au futur USherbrooke.ca/religieux-contemporain/maitrise RELATIONS novembre-décembre 2015 29 Langues et teRRitoiRes cHRQNiçue poétique Le chant des migrants TEXTE : NATASHA KANAPÉ FONTAINE ILLUSTRATION : FANNY AÏSHAA Tendue entre les distances Tendue entre les lois Entre deux feux je circule Mon cœur mauve et rosé pompe Attend le signal Pour ralentir son rythme Ici les arbres de la verdure Qui ploient sous les cimes des toits De briques de Montréal Ici les travaux interminables Boulevard Saint-Joseph L\u2019humidité pesante de notre temps Sur les voitures luisantes au soleil Le bruit des autobus et des klaxons Du trafic libéré à la lumière Je marche au-delà de moi-même Au-delà des secrets de moi-même Et je poursuis la ligne crochue des trottoirs Rebaptisés par les voyous de la ville Je pense à mon fils étendu sur les rivages D\u2019une grande eau revenue d\u2019entre les légendes À son visage pétri par le sable À ses menottes libérées par l\u2019écume de la mer La mer tentant d\u2019abreuver son neveu d\u2019un peu de lait De mère De mes seins qui n\u2019atteignent plus le fils De ma Méditerranée intérieure De ma mer Caraïbe intérieure De mon Pacifique émoi Je marche au-delà de moi-même Je me souviens du fils prodigue Je me souviens de Moïse séparant les eaux Je me souviens de la Genèse, mon Abel Je me souviens de l\u2019Arche du déluge Je me souviens de la Terre promise Les récits de nos bibles fermées sur nos tables De chevet Ne peuvent même plus répondre aux cris des réfugiés Aux cris des enfants sur les plages Aux cris des parents perdus À mon cri Allez donc à nouveau prêcher votre invention Allez donc courir en Syrie leur reprendre la misère Pour la brûler, l\u2019éradiquer de ce monde J\u2019ausculte en mon sein ma symbiose malade le Christ pleurer sa propre parole Mon sourire fatigué qui marche sur la rue Ne sait plus séparer les continents Découper la courbure des échines Allons donc continuer à vivre À choisir entre les migrants leurs chants et leurs vivres À choisir entre la quincaillerie et le café où nous voir À choisir entre la pomme et la poire À choisir entre le ciel et la mer l\u2019horizon À choisir entre le Iphone 5 et le Iphone 6 Et se dire que les pauvres n\u2019ont pas de cellulaire À choisir entre le restaurant et la cuisine de la maison À choisir entre les causeuses ou les fauteuils À choisir entre le Walmart et le Costco À choisir entre le fruit importé ou le vêtement made in China À choisir entre sa lucidité et son mépris.Je voudrais n\u2019avoir plus rien d\u2019autre Que mon nom et mon corps intact Suivre entre les troncs de la pinède à nouveau Les warriors Qui hurlent « hasta la victoria siempre» Faire comme si nous étions Mexicains Faire comme si nous étions revenus À mille années plus tôt de notre histoire N\u2019avoir plus rien Que la vérité Du bois qui respire Allons donc, sous les griffes blanches de la guerre oublier la certitude des oliviers et des flûtes oublier le chant de nos peuples qui migrent qui voyagent oublier les déserts, la lumière écrasante sous leurs méditations oublier que nous ne sommes point, sans territoire et sans terre, des êtres vivants humains vibrants, être 30 novembre-décembre 2015 RELATIONS Battement de cœur de Cwaii Haanas (peuple haïda), 2013 \\v\\.oublier nos danses en rondes sur le plancher de nos moutons nos brebis nos buissons ardents nos bisons qui arrosent de leurs larmes la terre prodige oublier les tables de la loi des prophètes de toutes visions horizons oraisons oublier le nom de nos mères et leurs cheveux en nattes défaites, tombés au fond du puits des pétroles de nos fossiles.* * * Assise sur l\u2019avenue à la vue de tous les charognards, je cherche comme un homme sans pas l\u2019allégresse ou la haine qui me portera à écrire.Je cherche le nom des ruelles ou de la grande mer qui laissent passer les pauvres et les démunis à l\u2019ombre, à l\u2019abri des vautours et des buildings.Sauf que la guerre est en moi comme partout.Tendue entre les distances.RELATIONS novembre-décembre 2015 aiLLeuRS Conflit en Ukraine : agression russe ou guerre civile ?La nature du conflit dans lequel a basculé l'Ukraine, à l'automne 2013, est aussi complexe que son issue incertaine.L'auteur est professeur au Département de science politique de l'UQAM MARK-DAVID MANDEL A l\u2019arrière-plan de la crise ukrainienne se trouve l\u2019hésitation de l\u2019ex président, Victor Ianouko-vitch, à signer un accord économique avec l\u2019Union européenne.Pendant plusieurs mois, cela a provoqué des manifestations sur le Maïdan (la place centrale de la capitale, Kiev), motivées par l\u2019idée que cet accord était fondamental pour la prospérité du pays et la lutte contre la corruption.Les manifestations se sont intensifiées face aux mesures répressives du gouvernement et avec l\u2019arrivée en force d\u2019éléments ultranationalistes -donc antirusses - des régions occidentales du pays.Le 21 février 2014, un accord négocié par des diplomates européens et prévoyant l\u2019amnistie, la réduction des pouvoirs présidentiels, des élections anticipées et le dépôt des armes illégales, a été signé par le président et l\u2019opposition.Mais un soulèvement armé d\u2019éléments néofascistes l\u2019a fait avorter, provoquant la fuite de Ianoukovitch.Un gouvernement national provisoire a été immédiatement mis en place et reconnu par les États occidentaux.Moscou a perçu ces événements comme un coup d\u2019État illégitime, un BIELORUSSIE RUSSIE POLOGNE SLOVENIE HONGRIE #Kiev UKRAINE Lougansk MOLDAVIE ROUMANIE BULGARIE Donetsk* CRIMÉE MER NOIRE autre exemple de « regime change » fomenté par l\u2019Occident.À ses yeux, c\u2019était une nouvelle étape d\u2019une politique visant à « endiguer » la Russie, après l\u2019expansion de l\u2019OTAN en Europe de l\u2019Est commencée en 1999, avec le bombardement, la même année, de la Yougoslavie, sans l\u2019aval des Nations unies, et l\u2019abrogation du traité antimissile balistique, en 2002, entre autres gestes.Moscou a réagi en annexant la Crimée, site de son importante base navale.Cet acte a reçu l\u2019appui massif de la population de cette péninsule qui, avant 1954, avait appartenu à la Russie pendant deux siècles.Très populaire en Russie également, cette annexion a cependant entraîné des sanctions contre le pays, le renforcement de l\u2019OTAN comme alliance antirusse et l\u2019hostilité assurée du voisin ukrainien.L\u2019annexion de la Crimée a également encouragé des mouvements d\u2019opposition, dans l\u2019est et dans le sud du pays, contre le nouveau régime ukrainien, vu comme hostile et illégitime par une population majoritairement russophone et favorablement disposée envers la Russie.Son état d\u2019esprit : « Ianoukovitch était un salaud, mais il était notre salaud.» Des mesures répressives ont généralement pu contenir cette contestation.Le cas le plus choquant a été le massacre, à Odessa, de 42 manifestants anti-Kiev par des néofascistes emmenés sur place de l\u2019extérieur.Toutefois, à Donetsk et à Lougansk, les manifestants ont réussi à occuper des bâtiments gouvernementaux.Qualifiant cette opposition de « terroriste », et sans faire le moindre effort pour rassurer la population locale, le nouveau gouvernement ukrainien a envoyé son armée, renforcée d\u2019unités néofascistes nouvellement incorporées à la Garde nationale.Une vague nationaliste, promue par le gouvernement et par les médias contrôlés par des oligarques, mais alimentée aussi par la colère d\u2019une partie de la population contre l\u2019annexion de la Crimée, a par la suite balayé le pays.En mai et en octobre 2014, des élections ont ainsi porté au pouvoir à Kiev un gouvernement nationaliste décidé à poursuivre « l\u2019opération anti-terroriste ».RESPONSABILITÉS PARTAGÉES Cette guerre a fait presque 8000 morts jusqu\u2019à présent et causé le déplacement de plus de deux millions de personnes.Elle a complètement ruiné une économie déjà faible.Tandis que le gouvernement ukrainien et l\u2019OTAN maintiennent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une agression russe, Moscou et les insurgés de Donetsk-Lougansk parlent d\u2019une guerre civile.La réalité est un mélange des deux.Originaires de la région, la plupart des insurgés n\u2019auraient pu tenir sans l\u2019appui matériel et logistique de la Russie.L\u2019ampleur de son intervention militaire directe est cependant grotesquement exagérée par Kiev.Malgré ce que prétend l\u2019OTAN, la Russie n\u2019a aucun intérêt à annexer ni le Donbass (région de Donetsk et de Lougansk) ni toute autre région de l\u2019ancienne sphère soviétique.Et le gouvernement russe semble sincère dans son soutien aux accords de Minsk, signés en février 2015, qui prévoient un cessez-le-feu, une amnistie et une réforme constitutionnelle décentralisatrice, négociée directement avec les insurgés et qui offrirait à leur région un statut spécial, y compris l\u2019autodétermination linguistique.Par contre, la Russie ne peut se permettre une défaite des insurgés et une victoire militaire du camp ukrainien.novembre-décembre 2015 RELATIONS aiLLeuRS r fv *-4 \t 13\t< L\t1 Le régime russe est certes corrompu et antidémocratique, mais la popularité de Poutine s\u2019appuie sur un sentiment populaire patriotique, qui dérive d\u2019une opposition à la politique agressive de l\u2019OTAN largement partagée au sein de la population.À cela s\u2019ajoute la peur du chaos qui suivrait le départ de Poutine, lequel, de son côté, fait de son mieux pour qu\u2019aucune alternative crédible n\u2019émerge.Quant aux résidents non combattants de Donetsk-Lougansk, en les traitant de belligérants, le gouvernement ukrainien a assuré leur sympathie envers les insurgés, même si elle n\u2019est pas unanime.De plus, l\u2019armée ukrainienne a régulièrement bombardé des cibles civiles et érigé un blocus de la région, coupant les axes d\u2019approvisionnement, y compris en eau et en médicaments, et rendant très difficiles les déplacements.Le gouvernement refuse aussi de payer les pensions, tout cela en violation des accords de Minsk.De surcroît, il adopte des lois qui semblent faites pour aliéner les résidents de Donetsk-Lougansk, comme celle qui glorifie les collaborateurs ukrainiens de l\u2019Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale, responsables du massacre de centaines de milliers de Polonais et de Juifs.Le gouvernement ukrainien n\u2019a donc rien fait pour « gagner les cœurs et les esprits » de la population des régions insurgées.Le fait est que ce régime ne peut reconnaître la dimension domestique du conflit, car il a désespérément besoin de maintenir l\u2019image d\u2019une Ukraine en guerre de survie contre un agresseur russe vorace et perfide.LA STRATÉGIE DES ÉLITES C\u2019est aussi une politique menée par les élites économiques et politiques ukrainiennes depuis l\u2019indépendance (24 août 1991) qui caractérise ce conflit.Au lieu d\u2019œuvrer pour l\u2019unification d\u2019une population divisée linguistiquement, culturellement et idéologiquement et qui habite un territoire qui n\u2019avait jamais constitué un État indépendant, elles ont instrumentalisé et exacerbé les divisions pour acquérir un avantage dans leurs luttes internes et détourner l\u2019attention populaire de leur corruption et de leur tyrannie.La guerre actuelle a permis à l\u2019élite identifiée à la culture antirusse d\u2019étendre son influence.Elle a aussi permis de faire oublier la dimension « anti-oligarchie » des mobilisations de Maïdan et de contenir la protestation populaire contre une situation économique désastreuse qui fait chuter l\u2019appui au gouvernement dans les sondages.La guerre a aussi assuré le soutien de l\u2019Occident à l\u2019Ukraine, bien qu\u2019il y ait des signes de lassitude de ce côté.L\u2019OTAN, pour sa part, était ravie de ce prétexte pour consolider ses rangs et voir augmenter les dépenses militaires des États-membres.Par ailleurs, la coalition au pouvoir en Ukraine volerait en éclats si une initiative de paix sérieuse visant à réintégrer la région rebelle était lancée.Malgré cela, ce processus semble avoir déjà commencé, même si les gestes récents ont été plutôt symboliques et ne correspondent pas aux engagements de Minsk.Quant à la gravité de la menace fasciste, si les opinions varient sur le sujet, elle est sans aucun doute un fac- teur important dans la vie politique.À cause de la faible motivation des soldats réguliers, mais aussi pour des raisons idéologiques, le régime a intégré des unités néofascistes dans les forces armées, qui sont sans aucun doute coupables de crimes de guerre à l\u2019est et qui conservent illégalement leurs armes après le service actif.Le contrôle de ces unités est ténu, comme le montre un incident récent à Kiev, où un néofasciste a tué trois policiers avec une grenade, blessant une centaine d\u2019autres personnes, lors d\u2019une manifestation contre des concessions somme toute symboliques faites aux insurgés.Un manifeste récent de « Secteur droit », parti néofasciste, constate que la révolution de Maïdan a échoué et appelle à mener la « révolution nationale » jusqu\u2019au bout.DmytroYarosh, chef de ce parti et conseiller au commandement des forces armées, a déclaré publiquement son refus d\u2019ho-norer l\u2019accord de Minsk.À l\u2019heure actuelle, les néofascistes n\u2019ont pas d\u2019appuis importants dans la population, mais ils sont armés et organisés et savent ce qu\u2019ils veulent, et la population, elle, est atomisée et politiquement déboussolée.Leur influence pourrait donc croître à mesure que la situation économique se détériore et si le pays sombre dans une situation de chaos politique à la suite d\u2019une grave intervention du gouvernement, sous la pression des Occidentaux, contre les régions dissidentes.Compte tenu de la faiblesse de la gauche, ce scénario est malheureusement plus probable que celui de l\u2019émergence d\u2019un vaste mouvement qui pourrait unir les forces populaires des différentes régions et cultures contre la domination des oligarques.Même si cela semble aujourd\u2019hui une perspective lointaine, c\u2019est pourtant la seule qui pourrait empêcher la désintégration du pays.\u2022 Photos de victimes de la place Maïdan à Kiev, affichées à la veille des commémorations des révoltes de février 2014.Photo: CP/Vadim Ghirda RELATIONS novembre-décembre 2015 [33 SoiRées .ReLatiQNS IIMWI lllÜfl LA TRANSMISSION DU PATRIMOINE RELIGIEUX AU QUÉBEC Le changement de vocation du patrimoine religieux au Québec exige de s'interroger collectivement non seulement sur sa conservation, mais aussi sur le sens de sa transmission.Comment transmettre l'esprit du\t' patrimoine religieux lorsque celui-ci change de vocation?Comment rester fidèle au charisme des communautés religieuses dans une perspective de poursuite de leurs œuvres sociales?Quels sont les modes de transmission existants qui visent à servir le bien commun?uni ,1111 Nous en discuterons avec: MARC PELCHAT, théologien, vicaire général du diocèse de Québec; JEAN PICHER, curé de la paroisse Saint-Roch à Québec; LISE TANGUAY, supérieure générale des Augustines de la Fédération canadienne.En collaboration avec \tLe PàRvis de Québec \tLieu de parole Ccnirc (le sfMriiunliié Manrèse À QUEBEC LE MERCREDI 25 NOVEMBRE 2015 DE 19 H À 21 H 30 ÉGLISE JACQUES CARTIER (QUARTIER SAINT-ROCH) 160-190, RUE SAINT-JOSEPH EST LE MILITARISME DÉCOMPLEXÉ DU CANADA Les interventions militaires du Canada - en Afghanistan, en Libye, en Irak ou ailleurs - sont souvent justifiées au nom de la «guerre au terrorisme».Elles apparaissent pour plusieurs comme une rupture avec l'image d'État pacificateur et de médiateur dans les conflits internationaux que s'était forgée le Canada.Mais cette image est-elle conforme à la réalité historique?Qu'est-ce qui caractérise le militarisme actuel du Canada ?Quel rôle y jouent les entreprises canadiennes?AVEC: RÉMI BACHAND, professeur au Département des sciences juridiques de l'UQAM; ISABELLE GUSSE, professeure au Département de science politique de l'UQAM; THIERRY LAPOINTE, professeur agrégé de sciences politiques à l'Université de Saint-Boniface.À MONTRÉAL LE LUNDI 30 NOVEMBRE 2015 DE 19 H À 21 H 30 MAISON BELLARMIN 25, RUE JARRY OUEST (MÉTRO JARRY OU DE CASTELNAU) Contribution suggérée: 5 $ RENSEIGNEMENTS: Agustf Nicolau: 514-387-2541, poste 241 ou | Les Soirées Relations sont organisées par le Centre justice et foi.i4 novembre-décembre 2015 RELATIONS La réforme Barrette : cap sur le privé en santé La réforme Barrette vise-t-elle à améliorer l'accès au système de santé ou à le privatiser ?L'examen du passé et des actions présentes du ministre ne fait pas douter d'un diagnostic favorable au privé.JACQUES BENOIT Depuis septembre 2014, malgré une opposition majeure et multisectorielle dont fait partie la Coalition solidarité santé, le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Gaétan Barrette, cherche à imposer une énième réforme du système de santé québécois.Sous prétexte d\u2019améliorer l\u2019accès au réseau public et sa qualité, il multiplie les projets de loi (PL) sur la structure du réseau (PL 10), l\u2019accès aux médecins (PL 20), les services pharmaceutiques et d\u2019autres questions (PL 28).Au moyen de supercliniques, de la régulation des frais accessoires et d\u2019un financement axé sur le patient1, il fait miroiter des économies de 220 millions de dollars.Il a eu beau répéter qu\u2019il n\u2019y aura pas davantage de privatisation, personne n\u2019est dupe.Un bref retour sur les dernières décennies s\u2019avère éclairant à cet égard.Il permet de comprendre pourquoi les craintes d\u2019hier des défenseurs du système public sont les certitudes d\u2019aujourd\u2019hui.JE ME SOUVIENS.DU DÉFICIT ZÉRO ! Les années 1990 ont vu fondre les transferts fédéraux versés aux provinces pour financer les soins et services publics de santé.Au Québec, le premier ministre d\u2019alors, Lucien Bouchard, poursuivant l\u2019objectif du déficit zéro, a contribué à 18 000 mises à la retraite anticipées uniquement dans le domaine de la santé et des services sociaux, ainsi qu\u2019à la fermeture de neuf hôpitaux.Ce défaut de ressources dans le secteur public, dont on disait qu\u2019il n\u2019affecterait pas les services (un refrain repris sans cesse depuis), a causé des torts considérables : création de listes d\u2019attente réduisant l\u2019accès aux soins ; délestage par l\u2019État de la prestation publique vers les organismes communautaires et les entreprises d\u2019économie sociale ; mise en place d\u2019une assurance médicaments hybride pri-vée-publique, qui contribue à faire du budget consacré aux médicaments le poste budgétaire le plus inflationniste (14% d\u2019augmentation annuellement) du système.Mentionnons au passage que la Banque mondiale, dans son rapport de 1997 intitulé « L\u2019État dans un monde en mutation.Rapport sur le développement dans le monde », recensait six moyens utilisés par ses États membres pour ouvrir les services publics au marché.En plus du manque de ressources, on retrouve la décentralisation (régionalisation), la dérèglementation, la tarification, la communauta- risation et la privatisation.Depuis plus de 20 ans, toutes ces stratégies ont été appliquées dans notre système public de santé et de services sociaux, à un moment ou à un autre.L'ŒUVRE DE COUILLARD L\u2019élection du 14 avril 2003 porta au pouvoir le Parti libéral, dirigé par Jean Charest.Le Dr Philippe Couillard, aujourd\u2019hui premier ministre, fut nommé nouveau ministre de la Santé.Dès décembre 2003, le projet de loi 25 était adopté sous\tL'auteur est coordon- le bâillon, entraînant la fusion d\u2019hôpitaux, de CHSLD et de\tnateur de la Coalition CLSC pour former des Centres de santé et de services so- solidarité santé ciaux (CSSS), et créer les Agences régionales de la santé et des services sociaux.Les objectifs invoqués : améliorer l\u2019accès aux services, diminuer la bureaucratie, faire des économies.Peu après, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, dans son rapport « Des marchés publics dans la santé », démontrait que ces fusions visaient surtout à faire en sorte que les contrats donnés en sous-traitance par ces nouvelles structures atteignent les montants-seuils prévus aux accords de libre-échange sur les marchés publics.On ouvrait ainsi davantage la porte aux entreprises privées, au détriment d\u2019une valorisation du secteur public, rendant tout retour en arrière très difficile, les gouvernements étant passibles de poursuites de la part de ces entreprises.En décembre 2006, le projet de loi 33, permettant trois chirurgies en clinique privée et leur couverture par des assurances privées, a lui aussi été adopté sous le bâillon.Puis, en mars 2007, par voie réglementaire, le ministre Couillard permettait aux médecins de s\u2019incorporer, de sorte qu\u2019en 2014, 44 % des 20 000 médecins du Québec étaient désormais incorporés.Ce changement à leur statut légal et fiscal, incluant l\u2019accès à des déductions et autres avantages pour leurs entreprises, a entraîné une perte de plus de 150 millions de dollars d\u2019impôts pour les gouvernements, révélait le Canal Argent, le 26 février 2014.Le 18 juin 2008, par décret, une cinquantaine de chirurgies ou de traitements médicaux réalisés dans des cliniques privées spécialisées pouvaient désormais être couvertes par des assurances privées.Puis, le 25 juin, toujours par décret, le ministre réduisait de moitié le coût des permis des cliniques privées spécialisées.Philippe Couillard a ensuite démissionné et quitté la politique pour se joindre, à titre de conseiller stratégique, à Persistence Capital Partners, « le seul fonds privé d\u2019investissement au Canada dédié à développer des opportunités d\u2019investissement offrant un fort potentiel de croissance RELATIONS novembre-décembre 2015 sa La carence en ressources dans le secteur public demeure le meilleur moyen de forcer le recours au privé. Reg a RD dans le secteur de la santé », peut-on lire sur son site Web.En décembre 2008, devant une assemblée d\u2019assureurs, il déclarait qu\u2019on devrait « autoriser l\u2019ouverture de plus de cliniques privées associées, permettre aux médecins québécois de pratiquer dans le privé et autoriser les Québécois à contracter des assurances privées pour des actes couverts par le régime public », et qu\u2019il n\u2019y avait « rien de scandaleux à ce qu\u2019on fasse des profits dans le secteur de la santé2».LES IMPACTS DE L'ŒUVRE En 2010, un rapport d\u2019évaluation du ministère de la Santé et des Services sociaux faisait état, entre autres, qu\u2019après six ans d\u2019existence des CSSS, il n\u2019y avait pas d\u2019amélioration d\u2019accès aux services ; la surcharge de travail observée chez les gestionnaires était toujours aussi importante ; la distance entre les installations complexifiait la gestion ; et la confusion à savoir qui relevait de qui et qui faisait quoi était grande.Par ailleurs, presque tous les établissements avaient eu recours à des consultants ou à des firmes extérieures privées.Le 12 mars 2014, la Coalition solidarité santé faisait à son tour un bilan public des dix ans des CSSS.David Levine, ex-pdg de l\u2019Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, André-Pierre Contandriopoulos, chercheur à l\u2019Uni -versité de Montréal, René Lachapelle, ex-organisateur communautaire et chercheur associé à l\u2019Université du Québec en Outaouais, et Johanne Archambault, ex-responsable de l\u2019Observatoire québécois sur les réseaux locaux de services, y ont fait part de leur évaluation respective des fusions d\u2019établissements et des résultats obtenus en regard des attentes.Leurs principales conclusions ?Non seulement les fusions de 2004 n\u2019ont pas rempli leurs promesses, mais elles ont causé les problèmes suivants : augmentation du pouvoir des médecins au détriment de la première ligne, perte 36 novembre-décembre 2015 RELATIONS Caricature de Garnotte parue dans Le Devoir, le 7 février 2015 de proximité des services ; peu (ou pas) d\u2019intégration ni de continuité dans les services ; coupes et réductions de services ; détérioration des services sociaux ; structures trop grosses et ingérables, etc.Mais surtout, ce processus a entraîné une augmentation de la privatisation.En effet, les ressources du public ont été mises au service du privé par la sous-traitance des services d\u2019entretien, de buanderie, d\u2019alimentation, de fournitures médicales, des services à domicile, de certaines chirurgies, ainsi que par le recours à des agences de placement de personnel, l\u2019utilisation de partenariats public-privé pour la construction d\u2019hôpitaux, etc.En dix ans, les budgets de la santé avaient ainsi doublé, et le nombre de cadres avait augmenté de 30 %.ET ÇA CONTINUE.Les élections provinciales du 7 avril 2014 portèrent au pouvoir un nouveau gouvernement libéral, avec comme premier ministre.Philippe Couillard.Dès l\u2019automne, le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Gaétan Barrette, déposait le projet de loi 10 (adopté sous le bâillon le 7 février 2015) fusionnant tous les établissements, les CSSS et l\u2019Agence régionale d\u2019une même région (sauf exception) pour former d\u2019immenses Centres intégrés de santé et de services sociaux ou Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux.Les objectifs annoncés - les mêmes qu\u2019en 2003 -, soit améliorer l\u2019accès aux services, diminuer la bureaucratie et faire des économies, cachent une fois de plus les visées réelles.Il s\u2019agit toujours de favoriser la privatisation, en fusionnant à plus grande échelle encore les établissements (qui passent de 182 à 34), en éloignant les lieux de décision des lieux de prestation et en réduisant au maximum les espaces démocratiques que peuvent être les conseils d\u2019administration pour y nommer désormais une majorité d\u2019administrateurs « indépendants » du réseau - un élément applaudi par la Fédération des chambres de commerce du Québec.Plus que jamais, le ministre de la Santé est omnipotent, ayant le pouvoir de nommer ou de dégommer toutes les directions générales et tous les administrateurs, et d\u2019adopter par décret toute mesure qu\u2019il juge nécessaire et pouvant même s\u2019appliquer rétroactivement.DE L'UTILITÉ DE L'AUSTÉRITÉ Mais la carence en ressources dans le secteur public demeure le meilleur moyen de forcer le recours au privé.Ainsi, le budget Leitâo du 26 mars 2015 prévoit-il une maigre augmentation de 1,4 % du budget de la santé, ce qui est bien en dessous du 5,6 % nécessaire pour couvrir les coûts de système.Il a annoncé une réduction de la cotisation des entreprises aux services de santé.Il a aussi confirmé l\u2019abolition graduelle de la taxe santé, sans rien proposer en remplacement (par exemple un ajustement plus progressif des taux d\u2019imposition), aggravant du même coup le déséquilibre entre les revenus et les dépenses. Le gouvernement exige ainsi du réseau des compressions de l\u2019ordre de 450 M $ d\u2019ici le 1er avril 2016, et d\u2019autres sont à venir.Or, des dépenses qui ne couvrent pas les besoins et une situation qu\u2019on aggrave en renonçant volontairement à des revenus, ça ne peut entraîner qu\u2019une seule chose : une désassurance de services.De fait, depuis le 27 juillet dernier, le Commissaire à la santé et au bien-être mène une consultation sur le panier de services assurés par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec.Autre preuve de cette volonté de désassurer des services, qui est passée inaperçue : l\u2019article 182 de la loi 28, adoptée le 20 avril 2015, qui modifie la loi sur l\u2019assurance maladie pour y inscrire : « Malgré toute stipulation d\u2019une entente visée à l\u2019article 19, lorsqu\u2019un service fourni par un professionnel de la santé cesse d\u2019être un service assuré, toute somme prévue pour le financement de la rémunération de ce professionnel à l\u2019égard d\u2019un tel service est, à ce moment, exclue de la rémunération convenue avec l\u2019organisme représentatif concerné.» Le rapport Cap sur la performance de la Commission de révision permanente des programmes, déposé le 31 août dernier, indique pour sa part clairement que « Lors de l\u2019instauration ou de la révision d\u2019un programme, il faudrait procéder à l\u2019examen obligatoire du mode de prestation, afin de déterminer qui, du secteur privé ou de l\u2019État, est le plus apte à offrir le service le plus performant à meilleur coût.La commission rappelle que le secteur privé comprend aussi bien les entreprises, avec ou sans but lucratif, que la société civile - et notamment les organismes communautaires » (p.12).Il va ainsi dans le même sens que les déclarations du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, et du ministre des Finances, Carlos Leitâo, en faveur d\u2019un repositionnement de l\u2019État québécois, d\u2019une ouverture encore plus grande à la sous-traitance de services et à leur privatisation, vues comme la panacée pour réaliser des éco -nomies.Au final, la réforme Barrette est d\u2019une telle nature qu\u2019elle obligera la réécriture de la Loi sur les services de santé et les services sociaux, et ce n\u2019est qu\u2019à ce moment que nous en saisirons toute la portée.En attendant, rappelons-nous ces paroles du ministre Barrette, prononcées le 13 novembre 2014, lors de la Commission parlementaire sur le projet de loi 10 : « C\u2019est dans la continuité [.] de la dernière réforme, qui a été stoppée un peu à mi-chemin, je dirais, parce que socialement il y a eu un certain niveau de contestation [.] Bien des gens, [.] viendront nous dire que c\u2019est un projet qui favorise la privatisation ! Y\u2019a rien là-dedans, là, qui vient favoriser la privatisation.» \u2022 1.\tSur cet enjeu, consulter cette page du site Web de la Coalition solidarité santé : .2.\tK.Gagnon, « Couillard livre un plaidoyer pour le privé en santé », La Presse, 10 décembre 2008.U U RICK IWUIIIMW*» CHRETIENS ET MUSULMANS Proches et lointains Marc Fromager ADICALISME US CHRETIENS D ORIENT pris en mu Les Éditions Médiaspaul félicitent Relations pour la longévité de son engagement social ! MÉDIASPAUL MOUSE N FAMMY hrétiens Orient URACI CT LA TOI PHOTOS TROUVEES CHRÉTIENS ET MULSUMANS Proches et lointains Maurice Borrmans | Médiaspaul GUERRE, PÉTROLE ET RADICALISME Les chrétiens d'Orient pris en étau Marc Fromager | Salvator médiaspaul.qc.ca oo CHRÉTIENS D'ORIENT\tPHOTOS TROUVÉES Le courage et la foi\tJacques Nadeau | Médiaspaul Jean Mohsen FAHMY | Médiaspaul RELATIONS novembre-décembre 2015\tsa Les grandes conférences climatiques sont-elles encore utiles ?Les COP jouent plusieurs rôles dans la transition vers un monde sobre en carbone.RENÉ AUDET L'auteur est directeur\t2009, à la COP 15 de Copen- de l'Institut des scien- ^ hague, le verdict général porté sur ces de l'environne-\tles résultats des négociations fut ment de I'uqam sans équivoque : il s\u2019agissait d\u2019un échec.Une année plus tard, la conférence de Cancun donna lieu à une «grande réussite ».Pourtant, la COP16 de Cancun avait essentiellement entériné « l\u2019ignoble » Accord de Copenhague.Clairement, il y a de quoi s\u2019interroger sur le sens des mots succès et échec accolés aux négociations internationales sur le climat.Une grande partie de l\u2019évaluation que l\u2019on fait de ces conférences relève du discours politique et médiatique.C\u2019est dire que leur « utilité » est matière à débat.On pourra certainement trouver des arguments pour contester la pertinence de ces grandes conférences, notamment en examinant les rapports de force qui s\u2019y déploient, le peu de transparence des négociations ou l\u2019écart entre les engagements des pays et les recommandations de la communauté scientifique.Peut-être les jugements à l\u2019encontre des COP tiennent-ils du fait que nous nous attendons à ce que les leaders mondiaux règlent à eux seuls l\u2019immense défi du climat.Il me semble pourtant que les négociations internationales devraient être envisagées d\u2019un point de vue plus large, comme une composante essentielle d\u2019un processus global de transformation que l\u2019on ne peut réduire à l\u2019atteinte de cibles concernant les émissions des gaz à effet de serre (GES).Appelons 38 novembre-décembre 2015 RELATIONS ce processus la « transition vers un monde sobre en carbone ».Avons-nous besoin des négociations climatiques pour faire advenir cette transition vers un monde sobre en carbone ?À mon avis, celles-ci jouent au moins trois rôles importants dans le cadre de cette transition.VERS UNE COHÉSION PLANÉTAIRE Premièrement, les négociations internationales permettent de mettre en scène les défis de la transition.Cette mise en scène n\u2019a souvent rien de serein - elle est au contraire tragique et conflictuelle.Pensons, par exemple, aux petits États insulaires qui ont pu faire reconnaître la précarité de leur situation et rejoindre les médias du monde entier grâce à la plateforme des COP.Pensons aussi au déplacement des pôles de pouvoir dans le monde, qui se reflète dans la prise de parole et le nouveau leadership de coalitions formées d\u2019États en émergence, de pays africains et d\u2019autres « groupes d\u2019affinité».Présentement, c\u2019est toute l\u2019industrie des hydrocarbures qui est mise sur la sellette lors des COP.Cette mise en scène est souvent symbolique, mais elle ne permet pas moins de mettre à l\u2019ordre du jour planétaire des enjeux géopolitiques liés à la transition.Puisque le changement climatique est un problème planétaire, c\u2019est bien à l\u2019échelle de l\u2019humanité qu\u2019il faut envisager la transition.Deuxièmement, sans préjuger de l\u2019atteinte ou non des cibles de réduction de gaz à effet de serre, il convient de reconnaître que les négociations climatiques nous obligent à nous projeter dans l\u2019avenir, en tant qu\u2019espèce.Un avenir allant jusqu\u2019à 2100 et même au-delà.Cela n\u2019est pas anodin.Même si, pour l\u2019instant, cela ne concerne que les niveaux d\u2019émission de GES.Et même si d\u2019autres facteurs géopolitiques jouent dans le sens contraire.Il s\u2019agit certainement d\u2019un exercice fragile et imparfait, mais qui sait de quelle manière cette projection pourrait marquer les consciences et donner, lentement et progressivement, une nouvelle cohésion planétaire?PLANIFIER LA TRANSITION Troisièmement, les niveaux de réduction d\u2019émissions de GES qui seront décidés à Paris, en décembre prochain, auront une autre utilité : ils forceront les États et tous les acteurs sociaux à planifier leurs activités en fonction de contraintes à venir.Les tenants du discours de « l\u2019économie verte » aiment affirmer que les cibles des gouvernements contribuent à donner des « signaux » aux acteurs économiques.Il me semble pourtant que l\u2019enjeu est loin d\u2019être exclusivement « économique ».Le signal s\u2019adresse à tous : dorénavant, il faudra aussi planifier en fonction de nos émissions de GES, de notre adaptation au changement et de la création d\u2019écosystèmes résilients et productifs.Mettre en scène, projeter, planifier.En définitive, les négociations climatiques jouent un rôle plus important que leur utilité formelle - de nature politique et diplomatique - ne le laisse présager.Elles constituent l\u2019une des forces incontournables de la transition vers un monde sobre en carbone.\u2022 DeBat Les Conférences annuelles des parties (COP) sont le principal organe de la convention cadre de l'ONU sur les changements climatiques.Mais depuis plusieurs années, de puissants intérêts influencent ces négociations, compromettant leur aptitude à répondre efficacement à l'urgence climatique et environnementale.À l'aube de la COP21 de Paris, nos auteurs invités débattent de la pertinence de ces grands sommets.Sans détourner la COP21, les voix pour la justice climatique ne se feront pas entendre.MAXIME COMBES La COP21 organisée à l\u2019aéroport du Bourget, près de Paris, ne sauvera pas le climat.Les contributions volontaires que les États sont en train de dévoiler conduisent à un réchauffement climatique supérieur à 3°C d\u2019ici la fin du siècle.Les négociateurs et commentateurs qui s\u2019en satisfont, comme d\u2019un premier pas, entérinent un crime climatique1: tout retard pris n\u2019est pas acceptable, car il contribue à accumuler pour des dizaines d\u2019années des masses considérables de gaz à effet de serre dans l\u2019atmosphère, générant le chaos climatique tant redouté.Au regard de ce qui est aujourd\u2019hui sur la table des négociations, s\u2019il doit y avoir un accord à Paris - et il est vraisemblable qu\u2019il y en ait un -, il ne sera pas à la hauteur des enjeux.Par manque de financement et absence de reconnaissance de la dette écologique accumulée par les populations riches, il ne sera pas juste, non plus.Enfin, il ne sera pas contraignant.Par contre, un florilège de « fausses solutions », qui font perdre du temps et des ressources, se déploient dans l\u2019arène climatique, sous l\u2019action de multinationales et de lobbies privés soucieux de préserver leur puissance.QUITTER LES COP ?Il est tentant de conclure de ce tableau qu\u2019il faudrait tout simplement abandonner le terrain de l\u2019ONU.D\u2019autant plus que les mouvements sociaux et écologistes sont le plus souvent con -finés à un rôle de spectateur.Certains considèrent d\u2019ailleurs qu\u2019il n\u2019y a rien à faire dans ces négociations ; pire, qu\u2019en continuant d\u2019y assister, on ne fait que légitimer un espace et des procédures de gouvernance du climat qui désarment les voix critiques et font perdurer un modèle économique international insoutenable, a l\u2019origine même de la crise climatique.Ces critiques ne sont pas infondées.Néanmoins, déserter l\u2019ONU laisserait le champ libre à ceux et celles qui ambitionnent d\u2019étendre l\u2019emprise des multinationales, de la finance et des technosciences sur le climat.Se retirer de l\u2019ONU cautionnerait cette emprise croissante du secteur privé alors que les mouvements sociaux et écologistes clament depuis des années vouloir reprendre la main sur une instance supposée incarner les intérêts des popu -lations, ceux des « peuples des Nations unies », selon le préambule de la Charte des Nations unies.Ce sont d\u2019ailleurs des forces conservatrices et néolibérales qui restreignent les capacités de l\u2019ONU à imposer des régulations internationales contraignantes.Elles se battent pour qu\u2019aucune contrainte ne pèse sur les multinationales, tout en refusant que le droit de l\u2019environnement puisse un jour prévaloir sur le droit du commerce et de l\u2019investissement.Au sein des négociations sur le changement climatique, ces mêmes forces ont obtenu une victoire probante : les États déterminent de façon unilatérale et autonome, sans contrainte, leur contribution, là où les négociations du protocole de Kyoto avaient assigné des objectifs chiffrés à chacun d\u2019eux.SUBVERTIR LA COP21 Que faire donc ?Entre les deux mauvaises solutions que sont d\u2019avoir de grands espoirs vis-à-vis de la COP21 et d\u2019abandonner l\u2019ONU parce qu\u2019elle n\u2019est pas à la hauteur des enjeux, le chemin à emprunter est étroit.Tout en continuant de se battre au sein de l\u2019ONU pour éviter le pire, les mouvements sociaux et écologistes doivent se servir de la COP21 comme d\u2019une caisse de résonance des luttes pour la justice climatique, celles qui peuvent permettre de transformer durablement le rapport de force en faveur d\u2019une transition écologique et sociale d\u2019ampleur.C\u2019est au nom de l\u2019urgence climatique qu\u2019il faut cesser de se concentrer sur les négociations.Au contraire, nous proposons d\u2019utiliser ce rendez-vous pour décentrer l\u2019attention et imposer notre propre ordre du jour.De nombreuses batailles-clés pour le climat sont gagnables, comme celles contre les traités de libre-échange, et elles ne se jouent pas nécessairement à l\u2019ONU.L\u2019idée est donc de renforcer les luttes et les propositions offensives et transformatrices que les mouvements comme Blockadia, Alternatiba, Divest, portent et incarnent.Et si les mouvements sociaux et écologistes devenaient prescripteurs d\u2019opinion en dictant le dernier mot lors de la COP21 ?Quittons le rôle de spectateurs auquel nous sommes généralement confinés, pour devenir acteurs en organisant des mobilisations et des actions de masse à la fin des négociations.Piratons donc la COP21, pour ne plus jamais rien lâcher ! \u2022 L'auteur, économiste et militant d'Attac France, est l'auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015) 1.Voir l\u2019appel « Crimes Climatiques Stop » : .RELATIONS novembre-décembre 2015\tE39 KIOSQUE NUMÉRIQUE ARTS VISUELS CINÉMA CRÉATION LITTÉRAIRE CULTURE ET SOCIÉTÉ HISTOIRE ET PATRIMOINE LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE THÉORIES ET ANALYSES Vous pouvez ajouter les revues culturelles québécoises à votre bibliothèque virtuelle en visitant le site Web de la SODEP.E SODEP.QC.CA Conseil cles arts Québec\u201d h 1^1 canadien Harilage Canada eN BRef ACCUEIL DES RÉFUGIÉS Les responsables des deux provinces jésuites du Canada, Jean-Marc Biron et Peter Bisson, ont fait parvenir une lettre à Stephen Harper, alors premier ministre, ainsi qu\u2019aux chefs des principaux partis fédéraux, le 9 septembre dernier, pour les interpeller au sujet des réfugiés en provenance du Moyen-Orient.S\u2019appuyant sur l\u2019expertise du Service jésuite des réfugiés, présent sur le terrain en Syrie, en Irak, en Libye et au Liban notamment, ils enjoignent le gouvernement canadien à en faire davantage pour répondre à l\u2019urgence actuelle.Ils demandent notamment que le Canada accueille plus de réfugiés, plus rapidement, et qu\u2019il rétablisse certaines mesures de soutien aux réfugiés, atrophiées au cours des dernières années par les conservateurs.La lettre appelle aussi le gouvernement à augmenter son aide humanitaire dans la région, et à s\u2019engager à travailler pour la paix plutôt que de poursuivre dans la voie guerrière, qui ne saurait apporter une solution durable, en particulier en Syrie.Pour lire la lettre : .INFORMATION RELIGIEUSE Une nouvelle agence de presse spécialisée en information religieuse a récemment vu le jour au Québec.Depuis le mois de septembre dernier, Présence offre sur son portail Web une couverture journalistique québécoise, canadienne et internationale du fait religieux, dans ses incidences sociales, politiques, éthiques et culturelles.L\u2019agence indépendante produit des contenus originaux et diffuse aussi des articles produits par son réseau de partenaires.Voir : .ÉLAN POUR LE CLIMAT Il est encore temps de signer le manifeste pour un Élan Global, qui appelle la société québécoise à se mobiliser pour un monde sans hydrocarbures.En recueillant 100 000 signatures d\u2019ici le début de la conférence de Paris sur les changements climatiques (du 30 novembre au 11 décembre 2015), l\u2019objectif de la campagne est d\u2019initier un mouvement visant à faire connaître les actions à mener pour atteindre la « neutralité carbone » en 2050.Dans cette optique, une grande marche pour le climat aura lieu le 29 novembre à Ottawa, la veille du début de la conférence de Paris, afin de faire pression sur le gouvernement fédéral nouvellement élu.Renseignements : et .TRAVAIL DÉCENT Le 7 octobre dernier, dans le cadre de la Journée mondiale pour le travail décent, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) a lancé une campagne intitulée « La précarisation du travail n\u2019est pas une fatalité : de la sensibilisation à l\u2019action pour un travail décent ».Quatre fiches informatives et des capsules vidéo permettront de faire connaître différents enjeux liés à la précarisation du travail, au Nord comme au Sud, dans une perspective de solidarité internationale pour la défense du droit à un travail décent.D\u2019autres outils pédagogiques sont également prévus afin d\u2019animer des discussions et ateliers dans les lieux de travail.Renseignements : .EMBARGO MILITAIRE CONTRE ISRAËL La dernière campagne électorale fédérale aura permis au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) d\u2019interpeller le public et les différents partis politiques sur l\u2019appui du Canada à Israël, malgré les graves violations du droit international et des droits des Palestiniens que commet l\u2019État israélien.Outre des pancartes dénonçant l\u2019impunité du régime d\u2019apartheid israélien, la Coalition BDS Québec a lancé un appel à l\u2019embargo militaire complet contre Israël au Québec.La Coalition cible notamment la compagnie CAE, basée à Montréal, qui a plusieurs contrats avec Israël dans le domaine de l\u2019aviation militaire.BDS Québec interpelle également la Caisse de dépôt et placements du Québec pour qu\u2019elle cesse ses investissements dans l\u2019industrie militaire israélienne, en particulier dans CAE, dont elle détient des actions.BDS est un mouvement international citoyen visant à faire pression sur Israël pour qu\u2019il respecte le droit international et les droits des Palestiniens.Renseignements: .GOLDSTYN PRIMÉ Notre caricaturiste et illustrateur Jacques Goldstyn vient de remporter le Prix jeunesse des libraires du Québec (catégorie 6-11 ans) pour son album L\u2019arbragan, publié aux éditions La Pastèque.Quelques-uns des magnifiques dessins qui illustraient notre numéro de juillet-août 2015, «Fragments d\u2019éphémère » (no 779), étaient tirés de ce beau livre, qui raconte avec poésie l\u2019histoire d\u2019un petit garçon solitaire qui se lie d\u2019amitié avec un arbre nommé Bertolt.Toutes nos félicitations à l\u2019auteur ! RELATIONS novembre-décembre 2015 En muLtiméDias DOCUMENTAIRE L\u2019HEUREUX NAUFRAGE RÉALISATION : GUILLAUME TREMBLAY PRODUCTION : OVIZION QUÉBEC, 2014, 46 MIN. Cet excellent documentaire présente des entretiens avec des penseurs et des artistes contemporains qui dénoncent le vide spirituel de la société contemporaine et y répondent par une recherche personnelle de transcendance.Le réalisateur du film, Guillaume Tremblay, partage cette perspective.Même si les dogmes l\u2019« exaspèrent » et :re du vidFFune ICIETE POST-CHRÉTII 'Un film qui rejoint U soif spirituelle de tout un peuple* CCUNEHOTEAU- JorndUCnix \u2019A massive encouragement.C&ARO KEUT \u2022 CkfittM moouc'os OVIÜION v un nu cm GUILLAUME TREMBLAY «oouîmjiXAVIE JEAN-80URGEAULT nmouc JIMMY LAHAIE«oni*u ALAIN CORNEAU«\u2022\u2014*«*SIMON BEAUMIERct RICHARD VALLERAND MKtMMM MXOWIM GUILLAUME TREMBLAYcouuusma«* NOÉMIE JEAN BOURGEAULT «miumikomim ERIC W1NGENOER les fondamentalismes l\u2019« effraient », il pense que les valeurs chrétiennes restent une source d\u2019inspiration pour les gens du Québec.Dans son film, il donne la parole à des personnalités françaises et québécoises, croyants et non-croyants confondus - Denys Arcand, André Comte-Sponville, « novembre-décembre 2015 RELATIONS I.Bernard Émond, Stéphane Laporte, Léo-Paul Lauzon, Solange Lefebvre, Pierre Maisonneuve, Ginette Reno, Éric-Emmanuel Schmitt - et bien d\u2019autres qui pensent que la société contemporaine, en réaction à la chape de plomb imposée par la religion officielle pendant des décennies, a jeté le bébé avec l\u2019eau du bain.Vidée de grands idéaux communs, la société laisse chaque individu seul dans une lutte pour son succès personnel.L\u2019écrivain Éric-Emmanuel Schmitt dit à juste titre : «On est dans la seule époque où quand un garçon de 15 ans demande à son père \u201c Quel est le sens de la vie ?\u201d, le père se tait.» Le film est divisé en deux parties : la première analyse le vide spirituel de la société et ses causes ; la deuxième rapporte les idées positives des interlocuteurs, leur quête de sens et leur engagement social.Sur le site Web du film, on trouve de l\u2019information sur les personnes interviewées et des citations intéressantes de chacune d\u2019elles.Le philosophe André Comte-Sponville, qui s\u2019affiche comme athée, dit bien ce que plusieurs personnes pensent : ni la science ni la philosophie ne peuvent démontrer l\u2019existence ou la nonexistence de Dieu.C\u2019est la foi religieuse qui affirme la présence de Dieu.Si on n\u2019a pas la foi, si le message d\u2019aucune religion en particulier ne nous rejoint, on peut être agnostique ou athée sans pour autant être hostile à la religion, et ressentir de la sympathie pour les croyants poussés par leur spiritualité à l\u2019amour et à la solidarité.L\u2019agnostique ou l\u2019athée réfléchi peut aussi cultiver une spiritualité, souligne Comte-Sponville.Le réalisateur donne également la parole à quelques catholiques.Ginette Reno nous dit que, sans la présence de Dieu dans sa vie, elle n\u2019aurait jamais pu en traverser les grandes difficultés.Deux prêtres sont interviewés, Jacques Grand\u2019Maison et Benoît Lacroix ; tous les deux manifestent de l\u2019ouverture à la laïcité de l\u2019État et au pluralisme de la société québécoise.Le père Lacroix dit même que le naufrage de l\u2019Église au Québec constitue un événement heureux - d\u2019où le titre du documentaire -parce que les gens ont été forcés de réfléchir et de passer d\u2019un conformisme superficiel à de profondes convictions spirituelles.« L\u2019Église-institution terrestre avec ses hauts murs ne m\u2019intéresse plus.Ça ne veut pas dire que le message qui était derrière tout ça ne m\u2019intéresse plus », affirme d\u2019ailleurs Pierre Maisonneuve.Dans certains réseaux, des voix catholiques ont regretté que le film donne priorité à l\u2019agnosticisme, et non à la foi, disant que l\u2019Église a changé depuis le concile Vatican II et que les accusations faites contre le catholicisme par la plupart des interviewés ne sont plus valables.Quant à moi, en tant que théologien, j\u2019ai été plutôt fasciné par ce film qui m\u2019a même rendu joyeux ; j\u2019ai été impressionné par ces gens qui, hors de la religion, manifestent une sensibilité spirituelle, se sentent interpellés par un appel à l\u2019amour et se laissent guider par leur cœur.Les artisans du film invitent d\u2019ailleurs les personnes et les groupes intéressés à organiser dans leur région des projections publiques et des discussions autour des questions soulevées par le documentaire.Une trousse d\u2019animation, qui comprend entre autres 14 capsules vidéo sur différentes thématiques, est d\u2019ailleurs disponible.Elle permet à l\u2019œuvre de déborder du format restreint de 46 minutes qu\u2019impose la télédiffusion.GREGORY BAUM LivRes LA CRISE ÉCOLOGIQUE : UNE CHANCE?Naomi Klein TOUT PEUT CHANGER.CAPITALISME ET CHANGEMENT CLIMATIQUE Montréal, Lux Éditeur, 2015, 596 p.Collaboratrice de Harper\u2019s et de Rolling Stone, chroniqueuse affiliée au New York Times, au Guardian et à The Nation, la journaliste Naomi Klein propose dans cet ouvrage très fouillé - il a nécessité cinq années de travail et l\u2019assistance de deux chercheurs -, un regard sur la crise des changements climatiques en tant que catalyseur potentiel de plusieurs luttes écologiques et sociales.Elle entrevoit la possibilité de mettre fin au système économique déréglementé, incompatible avec les politiques nécessaires pour se sortir du pétrin de la crise écologique.À ses yeux, de manière globale, une planification à long terme, une fiscalité plus progressive et des dépenses publiques plus soutenues sont nécessaires.Parmi les nombreuses pistes de solutions exposées dans ce livre, on trouve une gestion plus démocratique de l\u2019énergie par les collectivités, le revenu minimum garanti, la redéfinition du droit commercial, la taxe Tobin sur les transactions financières, l\u2019élimination des paradis fiscaux, la taxe de 1 % sur les fortunes des milliardaires - qui générerait à elle seule 46 milliards de dollars par année -, la diminution de 25 % des dépenses militaires des pays les plus militarisés, la taxe sur le carbone et l\u2019élimination des subsides aux compagnies pétrolières.Selon l\u2019auteure, il n\u2019est pas trop tard pour agir, mais nous avons besoin, entre autres, d\u2019un équivalent du plan Marshall.À cet égard, elle affirme que Barack Obama a manqué une occasion historique, en 2008, lors de la crise des subprimes, de réformer en profondeur le système financier et de propulser un tel plan.Naomi Klein critique les classes dirigeantes politiques et économiques qui ne se soucient guère des populations ni du sort de la planète.Ce ne sont pas elles qui nous sortiront de l\u2019impasse.Le lobby des compagnies gazières et pétrolières, aux États-Unis seulement, dépense près de 400 000 $ par jour.Si rien n\u2019est fait, les dépenses liées à l\u2019exploitation des sables bitumineux seront de 364 milliards de dollars d\u2019ici 2035.L\u2019auteure critique aussi les alliances douteuses entre certains groupes environnementaux et de grandes compagnies pétrolières.Ainsi, le World Wildlife Fund entretient des liens de longue date avec Shell, et Nature Conservancy, qui est l\u2019un des groupes environnementaux les mieux pourvus des États-Unis, détenait, en 2012, 22,8 millions de dollars dans des industries d\u2019énergie fossile.La mobilisation sociale est donc la clé.L\u2019auteure constate que dans les nouvelles régions affectées par la crise écologique, les populations sont de moins en moins conciliantes avec ces industries.« Chaque puits de fracturation aménagé près d\u2019une prise d\u2019eau municipale et chaque train de charbon traversant une petite ville donnent aux collectivités concernées des raisons de détester l\u2019industrie des combustibles fossiles.En ignorant cette réalité, les sociétés pétrolières et gazières sont peut-être en train de creuser leur propre tombe politique» (p.357-358).Klein fonde beaucoup d\u2019espoir, en particulier, en une alliance entre différents mouvements sociaux et les mouvements autochtones qui sont en première ligne.Les Autochtones de partout dans le monde, en effet, détiennent un puissant levier politique en raison des conventions et traités qu\u2019ils ont signés, notamment.Selon l\u2019auteure, l\u2019histoire montre que les grands changements sociaux ne se font pas petit à petit, mais par une suite rapide de tournants décisifs.Elle fait une comparaison intéressante avec la fin de l\u2019esclavagisme aux États-Unis afin de montrer qu\u2019un système économique de grande importance peut changer rapidement.« Au début de la guerre de Sécession, les esclaves étaient des actifs dont la valeur dépassait celle de l\u2019ensemble des banques, usines et sociétés ferroviaires du pays, DYNAMIQUE IMAGINATIVE I A\tDÉMOCRATIQUE FAF ËNGÂGËI* FA MILITANTE FÉDÉRATION AUTONOME OE [ENSEIGNEMENT www.lafae.qc.ca RELATIONS novembre-décembre 2015 ED LiVRes selon l\u2019historien Eric Forner » (p.513).Malgré tout, l\u2019esclavagisme, jugé im -moral, a été abandonné sans transition.Cette analogie montre que le changement radical du paradigme économique actuel, basé sur les énergies fossiles, est tout aussi possible.Il suffit d\u2019une volonté politique.Ce changement radical implique aussi une vision différente du monde, fondée sur l\u2019interdépendance plutôt que sur l\u2019hyper-individualisme, sur la réciprocité plutôt que sur la domination, sur la coopération plutôt que sur la hiérarchie.Ce livre foisonnant et méticuleux, aux nombreuses notes explicatives, est non seulement une source impressionnante de renseignements, mais un formidable et inspirant appel à l\u2019action.BERNARD HUDON ENTRE NATURE ET CULTURE Benoit Coutu (dir.) DE LA DUALITÉ ENTRE NATURE ET CULTURE EN SCIENCES SOCIALES Montréal, Les éditions libres du carré rouge, 2014, 342 p.Nous vivons actuellement une grave crise écologique, plus ou moins assumée.Nous assistons également à la multiplication des technologies permettant de « maîtriser» la nature ainsi qu\u2019au déploiement d\u2019un système économique mondialisé demandant une quantité grandissante de ressources naturelles.Notre environnement étant aménagé à partir de critères socialement construits, la technologie s\u2019y insère comme force structurante.Nous pouvons de plus en plus transformer notre corps au gré de notre volonté.La possibilité d\u2019une plus grande « cyborgisation » de l\u2019humain semble devenir une tendance.Quelle est l\u2019influence de ces phénomènes sur le rapport entre la nature et la culture ?Comment comprendre la continuité 44 novembre-décembre 2015 RELATIONS l)c la dualité entre nature t culture en sciences sociales d\u2019un tel questionnement à une époque si effervescente ?Vivons-nous un moment de rupture dans la manière dont la culture est en interaction avec son environnement ?Si ce n\u2019est pas le cas, de quelle manière peut-on envisager, aujourd\u2019hui, une continuité dans notre façon de réfléchir le rapport entre la nature et la culture en sciences sociales ?C\u2019est à ces questions fondamentales, entre autres, que tente de répondre cet ouvrage collectif, dirigé par Benoit Coutu, qui trouve son origine dans un colloque portant sur l\u2019actualité de la dualité nature/culture en sciences sociales, tenu à l\u2019UQAM en avril 2011.Plusieurs des auteurs du livre s\u2019intéressent à des phénomènes sociaux précis.Par exemple, Lyne Nantel analyse la crise écologique dans une réflexion sur les éthiques de la nature.Marie-Pierre Boucher s\u2019intéresse aux transformations des débats portant sur la dualité nature/culture dans le cadre de discours féministes contemporains, plus particulièrement concernant l\u2019essentialisation du sexe et du genre, ainsi que l\u2019amalgame constructiviste humain-machine-nature.Daphne Esquivel Sada, pour sa part, aborde la communauté scientifique œuvrant en nanotechnologie et sa perception de la dualité nature/artifice.Rémi de Villeneuve se demande ce que signifie la nature à l\u2019ère des théories postmodernes et de la post-humanité.Défendant une position humaniste, il tente de réconcilier l\u2019époque contemporaine et la possibilité d\u2019une nature humaine qui ferait encore sens.Jacques Mascotto conclut l\u2019ouvrage avec un ambitieux chapitre où il critique avec une plume acerbe le processus de transformation du monde vécu, toujours plus fortement influencé par le capitalisme qui soumet l\u2019être humain à un véritable dressage afin d\u2019assurer que l\u2019ensemble de ses actions se réduisent à leur seule valeur marchande.D\u2019autres chapitres portent plutôt sur des considérations philosophiques, herméneutiques et épistémologiques.C\u2019est le cas de l\u2019article de Guillaume Lamy, qui fait une analyse qualitative fine de l\u2019œuvre d\u2019Edward Wilson portant sur la sociobiologie, et de celui de Louis-Gilles Gagnon, qui s\u2019intéresse à la dualité humain/animal à partir des écrits du philosophe Cornelius Castoriadis, proposant une réflexion autour de la tension entre l\u2019imaginaire radical et l\u2019imaginaire social.Maxime Lefrançois, quant à lui, aborde le concept de besoin et en décrit l\u2019histoire intellectuelle pour réfléchir la différence entre besoins naturels et culturels.La question de la relation entre nature et culture demeure épineuse.Il apparait alors primordial de réfléchir aux différents angles d\u2019analyse possibles pour arriver à mieux comprendre cette problématique à partir des sciences sociales.La richesse de cet ouvrage collectif réside autant dans la diversité des approches que dans le tour de force consistant à conserver un fil conducteur à travers la variété des objets analysés.JEAN-PHILIPPE RIOUX-BLANCHETTE UNE VIE QUI DONNE À PENSER Michel Despland UN MONDE PLURIEL.MON APPRENTISSAGE D'HISTORIEN DES RELIGIONS Montréal, Liber, 2015, 306 p.Michel Despland nous propose en quelque sorte une autobiographie intellectuelle : le cheminement de pensée d\u2019un enfant suisse du canton de Vaud devenu pasteur, puis théologien, et enfin historien des religions.Ce genre littéraire est un art fascinant et difficile, naviguant entre la confidence intimiste, l\u2019introspection et le jugement sur les autres ou la société.Immigré à Montréal en 1965, Despland enseigne à l\u2019Université Sir-George-Williams, qui se fondra par la suite à LivRes Un monde pluriel Mon apprentissage d'bis to rien des religions Michel Despland f .rs ras- Liber l\u2019Université Concordia.Il a produit, au long d\u2019une riche carrière, une œuvre intellectuelle d\u2019envergure en tant qu\u2019his-torien des religions et, pourrait-on dire, de prospecteur des voies de rencontres entre religions et sociétés.Ce livre ne se résume pas facilement.Il est fait de 48 courts chapitres relatant souvent des rencontres et expériences personnelles de l\u2019enfance à aujourd\u2019hui ainsi que des récits de voyage fort nombreux.L\u2019ensemble donne un portrait impressionniste dont le vrai propos n\u2019est pas simplement autobiographique mais offre une réflexion sur les centres d\u2019intérêt de l\u2019auteur.C\u2019est un patchwork, certes inégal, mais toujours intéressant.L\u2019auteur fait de la mise en scène et de la mise en récit, comme si chaque expérience devenait leçon de choses.Cela fait penser, en moins systématique, au Tour du monde d\u2019un écologiste du biologiste Jean-Marie Pelt.L\u2019ensemble de l\u2019ouvrage est charmant, vif, suggestif.L\u2019amour de l\u2019auteur pour le Québec est évident, celui des années 1960 et de la Révolution tranquille, mais aussi celui du printemps étudiant de 2012.Il a beaucoup d\u2019admiration pour l\u2019Amérique du Sud, surtout le Brésil, et la façon dont le christianisme s\u2019y est inculturé.J\u2019ai beaucoup apprécié une courte réflexion sur l\u2019égalité et sur ce qu\u2019il appelle les « relations asymétriques ou inégales » (p.237-239).De même pour « la sortie de la religion et politisation de la religion » (p.243-251).« Ce que l\u2019on voit apparaître ici et là de nos jours, ce n\u2019est pas un retour du religieux, mais sa mutation.Ce qui semble venir n\u2019est pas ce qui fut perdu.La nouvelle religion sans culture peut paraître universelle parce qu\u2019elle est culturellement neutre.Et peu impliquée dans la lourde pâte du quotidien économique et social » (p.251).On trouvera de même une section très ferme sur la question palestinienne : « Il faudrait un miracle pour rompre la spirale fatale entre la sécurité des uns, si rationnellement organisée (mais économiquement si coûteuse), et le dénuement désespéré et désespérant des autres » (p.275).On trouve également un beau coup de chapeau au pape François.Despland a ses auteurs fétiches -surtout Rousseau, Augustin, Kant, Locke, Hume - et sa culture est immense (philosophie, littérature, sciences sociales, etc.).À cet égard, on aurait apprécié quelques notes en bas de page - il n\u2019y en a aucune -, indiquant des références.Tout compte fait, voilà un livre magnifique qui donne à penser, facile à lire malgré le caractère aride de certains thèmes.Au carrefour de nos débats sur la laïcité, la pensée de Despland mérite d\u2019être connue et discutée.ANDRE BEAUCHAMP L'ESPRIT D'UNE VILLE Monique Proulx CE QU\u2019IL RESTE DE MOI Montréal, Boréal, 2015, 432 p.Avec ce roman, Monique Proulx porte sur Montréal un regard inusité.Elle entreprend de repérer, à travers différents visages contemporains, quelque chose de la soif d\u2019absolu qui habitait Jeanne Mance, cofondatrice de la ville avec Paul Chomedey de Maisonneuve.Voilà un pari littéraire audacieux, en contraste avec l\u2019embarras habituel entourant les origines spirituelles de Ville-Marie.La figure de Jeanne Mance s\u2019est estompée dans notre mémoire collective.Comme trace publique de son œuvre, il reste bien la magnifique sculpture de Louis-Philippe Hébert devant l\u2019Hôtel-Dieu, fondé par elle sur le site initial d\u2019Hochelaga.Le monument rappelle la compassion de cette Notre dernier numéro La réforme an féminin (418) 653-6353 cahiersi@centremanrese.org www.centremanrese.org Cahiers de spiritualité ignatienne 3 ni micros pur an La spiritualité en dialogue avec la culture contemporaine RELATIONS novembre-décembre 2015 EB LiVRes infirmière laïque, vouée au soin des malades et des blessés, français et autochtones, dans un établissement administré par elle jusqu\u2019à sa mort en 1673.Mais combien se souviennent qu\u2019elle avait formé, avec Maisonneuve, le projet de venir jeter ici les bases d\u2019une cité franco-amérindienne et chrétienne où cohabiteraient les «montréalistes » et les « sauvages » ?Projet né de la foi profonde de ces deux croyants et marqué par une authentique sensibilité humaniste.« Folle entreprise », selon les administrateurs de Québec, plutôt portés au commerce.Vision idéaliste en effet, qui se transforma au fil du temps, mais dont Ce qu\u2019il reste de moi veut déceler une certaine survivance dans la ville moderne.Pour illustrer son propos, Monique Proulx évoque la présence d\u2019un « feu originel », comparable à celui qui animait Jeanne Mance, dans la générosité sociale du personnage de Virginie ou la quête incessante de celui de Laurel, par exemple, ou encore dans le désir d\u2019émancipation du juif Markus, la rébellion de Laila, la compassion du soufi Khaled ou le discernement libérateur du prêtre exorciste Guillaume.Dans tous les cas, il s\u2019agit de « ces ferveurs plus grandes qu\u2019humaines qui s\u2019ébattent partout en quête de l\u2019inaccessible » (p.305), manifestations parfois paradoxales d\u2019un désir universel de transcendance et de dépassement.Monique Proulx ¦ CF.QU I!.RESTE ¦ DF MOI\till Entre tous ces itinéraires, l\u2019auteure tisse ingénieusement les fils d\u2019une trame où se dessinent par touches successives des traits de la pionnière de Montréal : sa confiance et sa détermination, alors même qu\u2019elle ne sait rien encore du voyage dans lequel elle s\u2019engage ; son ouverture à l\u2019autre, à l\u2019inconnu, dans un contexte social et politique qui aurait pu conduire plutôt à la méfiance ; son appel à un dénuement total, une « faim d\u2019anéantissement » de l\u2019égo qui la poussera au don de sa vie dans des conditions physiques et morales extrêmement éprouvantes.On pourrait ajouter, avec les mots d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019espoir d\u2019un autre monde possible qui inspirait le rêve d\u2019une cité idéale en Nouvelle-France.Tout au long, la romancière explore avec tendresse la complexité de la condition humaine.Elle porte sur ses personnages un regard de compassion, sachant capter dans leurs détresses une beauté voilée, comme chez ce mendiant innu, Charlie Putulik, qui « quête les deux mains ouvertes avec fierté, avec entrain, comme s\u2019il offrait quelque chose au lieu de demander.[.] C\u2019est un transmetteur d\u2019humanité » (p.45-46).Ou encore chez Zahir, qui poursuit une grève de la faim dans une église : « Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme ?», se demande son frère Khaled.« Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme perdu, terrifié, qu\u2019est-ce qu\u2019un terroriste ?[.] L\u2019Amour originel se cherche sans cesse lui-même, et ça ressemble à de la douleur, ça ressemble à de la violence, mais c\u2019est tout simplement de l\u2019amour qui se cherche.C\u2019est ça, un homme [.].Un homme est un condensé d\u2019amour obscurci » (p.342).Depuis sa parution récente, cette œuvre de maturité a suscité beaucoup d\u2019intérêt.Avec l\u2019originalité de son propos, la vivacité de son écriture, sa finesse d\u2019observation et son sens du spirituel au cœur des passions humaines, l\u2019auteure nous donne un fort beau livre, digne successeur d\u2019Aurores montréales (Boréal, 1997).On y trouve autant matière à réflexion que plaisir de lire.Sur un ton parfois grave, parfois enjoué, l\u2019imaginaire de Monique Proulx nous entraîne dans une enquête captivante, nourrie par un regard pénétrant.On en ressort avec le goût de refaire connaissance avec Jeanne Mance, et peut-être aussi de porter attention à cette source ardente qui continuerait de rejoindre par toutes sortes de canaux secrets la multitude bigarrée de Montréal.GUY CÔTÉ ASMAA IBNOUZAHIR \\ Chroniques d\u2019une musulmane / indignée Féministe, musulmane et engagée SODEC Québ«SS Canada C CaiwMnM CkiMiCinnI F I D E S groupefides.com 46\tnovembre-décembre 2015 RELATIONS ALIMENTER LESI ÉES POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE LE DEVOIR L\u2019AUSTÉRITÉ DETRUIT EST UN ECHEC N\u2019EST PAS UNE SOLUTION "]
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