Découvrir, 1 janvier 2003, Janvier-février
j “ 5—-"• •* I -y-:^ r - .^ ¦ i t*r * \ sV De l'épinette au menu des Bovins " Savoirs inuits en péril Un virus à la rescousse des poissons Les télescopes changent d'optique je me souviens ¦n^v> v''-s: ‘ v 5,95$ 78313 00468 K>J Line Rochefort Sauver les anciennes tourbières Association francophone pour le savoir - Acfas, 425, rue De La Gauchetière Est, Montréal (Québec) Hal 2M7 Numéro de convention de vente relative aux envois de publications canadiennes 1260413 77831300468701 UNE PROMESSE D'AVENIR Dynamique et engagée, plus que jamais, l'Université d'Ottawa est prête à former les leaders de demain.Sylvie Lemonde, étudiante au Département de médecine cellulaire et moléculaire, compte parmi les porteurs d'avenir.Elle s'est donné pour mission de déterminer les facteurs génétiques pouvant être à l'origine de troubles affectifs tels que l'anxiété et la dépression.Sa recherche, qui touche à la qualité de vie des citoyennes et des citoyens du monde, s'inscrit dans le volet santé, un des grands axes de développement de l'Université.Ses travaux témoignent également de l'engagement de l'établissement à trouver des solutions aux grandes questions de l'heure.Faites d'autres découvertes à www.uottawa.ca Université cT ^IJniversity of ^ Ottawa VOLUME VINGT-QUATRE t NUMÉRO UN [ JANVIER - FÉVRIER 2003 4 MOT DE LA RÉDACTION par Danielle Ouellet SCIENCE CLIPS 6 DE L’ÉPINETTE AU MENU DES BOVINS 7 MÉTRO, BOULOT, DODO 8 LE CERVEAU : UNE MATIÈRE ADAPTABLE 9 OBÉSITÉ : LA PISTE DES GÈNES SE PRÉCISE 10 VERS UNE PILE À COMBUSTIBLE LÉGÈRE ET PEU COÛTEUSE 11 LA COULEUVRE OBSCURE, CETTE INCONNUE 12 LA DOPE SANS LE VIH 13 DES CELLULES HALLUCINANTES 14 SAVOIRS INUITS EN PÉRIL 15 UNE DEMI-JOURNÉE DE MOINS À L’HÔPITAL ! 16 L’OREILLE CASSÉE 17 UN VIRUS À LA RESCOUSSE DES POISSONS 18 EN CROISADE CONTRE L’ALZHEIMER 19 LA RECETTE DU GÈNE OBÉISSANT 20 NUAGES DE FER DANS DES CIELS D’ÉTOILES 21 VIVRE AVEC UN ENFANT DIABÉTIQUE 22 TABAC ET GROSSESSE : COMMENT FAIRE UNE DIFFÉRENCE 23 NOUVELLES APPROCHES EN SANTÉ PUBLIQUE 24 SUR LA PISTE DES CANAUX IONIQUES 25 LES TÉLESCOPES CHANGENT D’OPTIQUE 26 DES PROTÉINES THÉRAPEUTIQUES 28 FACE À FACE LINE ROCHEFORT Sauver les anciennes tourbières Directrice du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) depuis sa création en 1993, membre du Centre d’études nordiques, Line Rochefort est surtout l’instigatrice d’un courant de recherche encore jamais vu dans l’industrie de la tourbe.par Valérie Borde RECHERCHE 33 SOURCES D’ÉNERGIE : PÔLES POSITIFS ET NÉGATIFS par Dominique Forget ENJEUX 46 QUAND LE TRAVAIL REND MALADE par Sophie Payeur 56 ZOOM ARCHÉOLOGUES QUÉBÉCOIS : JE ME SOUVIENS par Dominique Forget 59 RUBRIQUES LIVRES - DES NOUVELLES DES TROIS FONDS 60 LA FINE POINTE QUE LE MEILLEUR GAGNE! DÉCHETS : RAFFINER PLUTÔT QU’ENFOUIR ALLÔ?SUIS-JE BRANCHÉE?VERS UN GOUVERNEMENT ÉLECTRONIQUE LES FRACTALES : UNE RECHERCHE BIEN VIVANTE 66 LE POINT S -U»' MOT DE LA RÉDACTION B FONDS QUEBECOIS DE LA RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES TECHNOLOGIES INVESTIR DANS LE SAVOIR POUR RÉCOLTER CE QUE L’ON SÈME.S.,/ ‘ M Kil IOIR nos connaissances ORMER une main d’œuvre qualifiée UROPOSER des solutions originales ER de nouvelles si/nergies Depuis le 21 juin 2001, le Fonds FCAR est devenu officiellement le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies.Notre mission : promouvoir et développer la recherche, assurer sa diffusion et encourager la formation par la recherche dans les domaines reliés principalement aux sciences naturelles et au génie.4 •40 Grande Allée Est, bureau 450 Québec (Québec) GiR 5M8 Téléphone : (418) 643-8560 Pour en savoir plus, visitez le www.nateq.goi Fonds de recherche sur la nature et les technologies Québec U DECOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 Nouvelle année, nouveau sommaire, nouveau papier! En effet, nous avons profité de ce début d’année 2003 pour améliorer Découvrir.Le graphisme revampé du sommaire ainsi que le papier glacé et plus blanc faciliteront, nous l'espérons, votre lecture.Quant au contenu, il saura vous captiver, encore une fois.Le dossier sur l’énergie, préparé par Dominique Forget, expose les avenues qu’il nous faudra inévitablement explorer, choisir et développer au cours des prochaines années pour renouveler nos sources d'énergie.Le défi est de taille, mais stimulant.Sophie Payeur plonge pour sa part dans le « merveilleux monde du travail » pourcons-tater que la santé psychologique des travailleurs et des travailleuses est de plus en plus précaire.Un sujet préoccupant.En 2003, l’Association francophone pour le savoir -Acfas célèbre ses 80 ans.Malgré cet âge vénérable, ses préoccupations restent tournées vers l’avenir.Nous préparons actuellement à cette occasion un dossier spécial pour le numéro de novembre-décembre.Le thème : L’Agenda 27 de la recherche.Des scientifiques d’ici jetteront un regard sur les domaines de recherche prioritaires, à leur avis, pour les premières décennies du 21e siècle.Les chercheurs et les chercheuses qui souhaitent s’exprimer sur cette question sont les bienvenus.Vous verrez dans le présent numéro qu'à ce sujet, Line Rochefort, spécialiste des tourbières à l’Université Laval, affiche déjà ses couleurs.Sa motivation profonde, nous révèle Valérie Borde dans la rubrique Face à face, est que « les générations futures héritent d’une planète en bon état ».Bonne lecture à tous et à toutes et, surtout, une très lumineuse année 2003! (QjUjMjlL Danielle Ouellet, M.Sc., Ph.D.Directrice et rédactrice en chef, Découvrir ouellet@acfas.ca Dans le prochain numéro de Découvrir DOSSIER Urbanisme et développement urbain SCIENCE Archéométrie Affaires électroniques et industrie forestière Vision artificielle ENJEUX Les recherches sur les femmes ZOOM Les chaires du Canada PHOTO: JEAN-BERNARD PORÉE Edition 2003 des Prix du Québec Appel- cal lires Vous connaissez quelqu’un qui se distingue dans le domaine scientifique ?Vous souhaitez que cette personne soit honorée par le gouvernement du Québec pour sa contribution à l’essor de la société québécoise dans son domaine ?Vous pouvez proposer sa candidature pour l’édition 2003 des Prix du Québec.y LES PRIX DU QUÉBEC Dès le début de février, vous trouverez sur le site web www.prixduquebec.goiiv.qc.ca la brochure de mise en candidature 2003.Vous pourrez également obtenir un exemplaire de cette brochure en composant le numéro de téléphone (41S) 646-0980.Pour tout renseignement à ce sujet, communiquez avec Madame l.yson Paquette Secrétaire des Prix du Québec dans le domaine scientifique Ministère des I inances, de l'Economie et de la Recherche ! ISO, chemin Saint Louis, l,r étage Sillery (Québec) (MS iYl) Téléphone : ( il*>, .dLGN ¦ V- .vLGN On peut voir sur cette coupe histologique du thalamus d’une souris que des cellules sources sont marquées dans le noyau «visuel» du thalamus, le relais de toute information atteignant l’écorce visuelle primaire.Échelle en A = i mm.Abréviations : dLGN = noyau géniculé latéral dorsal; vLGN = noyau géniculé latéral ventral.On sait depuis longtemps que les non-voyants de naissance perçoivent et utilisent les informations sonores de leur environnement beaucoup mieux que les voyants.Par exemple, ils s’orientent plus facilement à l’aide de sons et peuvent suivre une conversation même lorsque le bruit ambiant atteint des sommets.D’où vient une telle faculté d’entendre mieux lorsqu’on ne voit pas?Probablement du fait que, dans le cerveau des non-voyants, les centres de traitement de l’information visuelle s’ajoutent aux aires associées à l’ouïe pour interpréter les stimuli sonores.Voilà du moins ce qu'indiquent les travaux menés sur des modèles animaux par Gilles Bronchti, spécialiste des neurosciences à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).Dans des études sur le rat-taupe, une espèce médi- terranéenne totalement aveugle, M.Bronchti a déjà démontré que le cortex occipital, associé à la vision chez les mammifères voyants, s'active lors de stimulations sonores ou tactiles.Le cerveau pourrait donc mettre à contribution une zone non stimulée selon le schéma classique.« C’est une belle manifestation de la plasticité du cerveau, souligne-t-il.Nous cherchons maintenant à savoir à quel moment du développement cette réorganisation des connexions entre neurones se produit et en quoi elle consiste exactement.» Pour ce faire, Gilles Bronchti et son équipe travaillent désormais sur une souche de souris aveugles — plus malléables en laboratoire que les rats-taupes.Les premiers mois de tests, réalisés entre autres grâce à un appui du CRSNG, ont confirmé que le cerveau de ces petites bêtes présentait les caractéristiques d’activité et de connexions neuronales désormais associées aux mammifères aveugles de naissance.Les modifications observées touchent deux structures ï du cerveau.D’abord le thala- U o mus, relais incontournable des £ informations sensorielles.Puis 5 le cortex, en périphérie du cer-§ veau, où sont acheminées tou-2 tes ces informations pour y B être décodées.Là se trouvent les zones de traitement dévolues à chaque sens : le cortex occipital (arrière) accueille l’aire visuelle, alors que les aires auditive et sensitive (toucher) sont respectivement localisées sur le côté (cortex temporal) et sur le dessus du cerveau (cortex pariétal).Vue dorsale du cerveau d’une souris anophtalmique.La ligne pointillée délimite la zone corticale explorée par électrophysiologie.Dans l’aire colorée en vert, nous avons enregistré des réponses cellulaires à la stimulation des vibrisses mystaciales postérieures; dans l’aire rouge, des réponses à des stimuli auditifs.La flèche pointe sur une zone de l’écorce occipitale, normalement visuelle et où nous avons obtenu des réponses auditives claires. Dans le thalamus des souris aveugles, des chaînes de neurones servant normalement à transporter l’information visuelle sont utilisées pour acheminer l'information sonore et tactile, s’ajoutant aux voies traditionnelles.Et l’équipe de M.Bronchti a observé une indéniable activité dans l’aire visuelle du cortex de ces animaux pourtant incapables de vision.Depuis l’automne, la recherche a pris une nouvelle tournure.Les souris sont maintenant divisées en deux groupes.Les unes resteront dans des cages individuelles normales.Les autres auront plutôt droit à une vie « enrichie » puisqu’elles seront plusieurs à se côtoyer et à communiquer entre elles, dans une cage spacieuse où la nourriture ne sera pas toujours distribuée au même endroit.Les cerveaux des souris des deux groupes seront étudiés et comparés, afin de mesurer l’influence du milieu sur la réorganisation des connexions neuronales, en plus de chercher à savoir à quel âge cette réorganisation se produit et de tenter de cerner son ampleur.Les résultats pourraient influencer les consignes données aux parents et aux éducateurs d'enfants aveugles.LOUISE DESAUTELS Découvrir remercie le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.SCIENCE Obésité : la piste des gènes se précise Depuis plusieurs années déjà, les chercheurs tentent d’identifier tous les gènes liés à l’obésité.Ils ont déjà dénombré plus de 250 gènes, marqueurs ou régions chromosomiques associés à la prise de poids excessive.Pas étonnant alors qu’une «cartographie » s’impose : un groupe canado-américain de spécialistes du domaine, dont des chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université Laval, y travaille depuis huit ans, et la publication annuelle de cette carte est même en voie de devenir une tradition dans la communauté internationale de la recherche sur l’obésité.Louis Pérusse, chercheur à la Faculté de médecine de l’Université Laval, est du groupe.Il explique que cette carte est à la fois un outil de référence et un répertoire contenant de l’information sur les gènes et les maux de l’obésité pour une quarantaine de grands laboratoires à travers le monde.L’objectif?Accroître l’efficacité des scientifiques dans leur chasse aux gènes et les aider à éclaircir des pistes prometteuses.Ces recherches ont débuté en 1994 avec Claude Bouchard, qui était alors à l’Université Laval.« Nous avons poursuivi l’établissement de la carte après son départ », précise M.Pérusse.Les gènes répertoriés n'ont pas tous la même importance.« Ce qu’il faut trouver, c'est la combinaison des gènes importants qui conduisent à l’obésité.Pour le moment, nous ignorons encore combien il y a de chiffres dans cette combinaison.» Il demeure convaincu que, en dépit du fait que le nombre des gènes répertoriés ait augmenté — ce qui complique la tâche pour repérer les gènes pertinents — , les chercheurs se rapprochent de plus en plus de la cible.« Nous sommes devant un casse-tête complexe, et nous découvrons lentement les pièces maîtresses.Avec le temps, nous saurons lesquelles sont vraiment importantes.Certaines restent encore à découvrir alors que d’autres devront être écartées.» JACQUELINE BOUSQUET Agence Science-Presse Subjectivité des travailleurs Travail et vie hers travail Aspects culturels Événements à risque Stratégies défensives Sous la direction de DENIS HARRISSON et CAMILLE LEGENDRE 2002, 276 pages 30 S Presses de l'Université du Québec Tél.: (418) 657-4399 • Téléc.: (418) 657-2096 Achats en ligne : www.puq.uquebec.ca/data/0-1161.html i DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 2 O 10 CLIPS Vers une pile à combustible légère et peu coûteuse Remplacer le très polluant et très bruyant moteur à explosion par le moteur électrique, dans nos automobiles, est un fantasme qui se transforme peu à peu en une perspective certains éléments chimiques et matériaux sont mis en présence.Il existe plusieurs types de piles à combustible, mais la plus prometteuse dans le domaine du transport utilise le acquis avec l'aide,entre autres, de la Fondation canadienne pour l’innovation.Du côté des membranes, l’équipe de M.Savadogo cherche à mettre au point un ma- compte du type de combustible qui sera utilisé; de la disponibilité des matériaux (ou des éléments qui les composent) potentiellement intéressants pour répondre à une production de masse; et de la fabrication automatisée de toutes les composantes dans Domaines d'utilisation Véhicule électrique motorisé par le module de la pile Ballard (50-80 kW) alimenté avec de l’hydrogène liquide.Vitesse :ibo -140 km/h; autonomie : 180 - 300 km Module (i-iokW) de la pile de HPower Cadada pour une utilisation résidentielle, alimenté avec de l’hydrogène comprimé.réalisable, à mesure que se perfectionne la pile à combustible.Au Laboratoire d’électrochimie et de matériaux énergétiques de l’École Polytechnique de Montréal, que dirige l’électro-chimiste Oumarou Savadogo, les chercheurs contribuent à ce perfectionnement.Ils se penchent entre autres surtrois des composantes de la pile à combustible : la membrane (électrolyte), le catalyseur et la plaque bipolaire.Leurs résultats pourraient permettre de continuer à augmenter la puissance ainsi qu'à réduire le coût et la masse de la pile — trois obstacles majeurs à une percée significative de cette technologie.La pile à combustible n’emmagasine pas de l’énergie, elle la convertit.Il s’agit en fait d'un gros mille-feuille, d’une alternance de plusieurs piles minces.Au sein de chacune de ces piles se produit une réaction électrochimique lorsque système PEMFC (membrane échangeuse de protons).Chaque couche du mille-feuille comprend des plaques bipolaires ainsi que deux électrodes (anode et cathode) séparées par une membrane.Chaque électrode est elle-même constituée de différentes couches, dont la couche catalytique qui provoque la réaction électrochimique.Alimentée en air et en hydrogène, une telle pile produira un courant continu et de l’eau.Pour le moment, les matériaux utilisés dans les couches catalytiques des électrodes sont à base de platine, un métal précieux.L'équipe de M.Savadogo travaille à l’élaboration de nouveaux matériaux d’électrodes capables d’une aussi bonne activité électrocatalytique que ceux qui contiennent du platine.L’étude des propriétés de surface nécessaire à ces travaux est depuis peu facilitée par de l’équipement tériau qui a une bonne conductivité à des températures supérieures à 100 °C.En effet, lorsque l’hydrogène qui sert à alimenter la pile est issu d’un traitement (reformage) d’hydrocarbures, il présente des traces de monoxyde de carbone (CO), ce qui réduit les performances de la pile.Ce problème serait en partie résolu grâce à une élévation des températures de fonctionnement.ce que ne peuvent tolérer, sans perte de propriétés, les membranes fluorées actuelles.L’équipe travaille également à l’amélioration des plaques bipolaires, ces composantes qui assurent la distribution de l'hydrogène et de l’air, en plus de recueillir le courant produit.Pour l’instant, le coût de leur fabrication est élevé et elles sont sujettes à la corrosion.Dans leurs différentes approches, les chercheurs de Polytechnique tiennent aussi le respect des normes envi- < ronnementales.« La technologie se trouve | à une phase critique de son 3 développement », observe | Oumarou Savadogo.Malgré ë l’avancement très rapide de la 2 recherche,elle a encore besoin g d’une percée majeure dans le g domaine des matériaux.ce g qui pourrait survenir plus vite que prévu, considère-t-il.« Mais une percée technologique n’entraînera pas à elle seule l’arrivée des véhicules électriques à pile à combustible sur les routes, remarque le chercheur.Des considérations socio-économiques et politiques sur le type de combustible à utiliser et la perception des utilisateurs par rapport à la technologie existante sont aussi importantes.» LOUISE DESAUTELS Découvrir remercie la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) pour son soutien financier en vue de ia publication de ce texte.B^i^UVRIR I JANVIER-FÉVRIER 2003 La couleuvre obscure, cette inconnue Jusqu’à maintenant, nous savions bien peu de choses sur les comportements de reproduction des couleuvres sauvages du Canada.Une étude détaillée menée par Gabriel Blouin-Demers, professeur de biologie à l’Université d’Ottawa, a mis en lumière des informations essentielles concernant la plus grande espèce de couleuvre du Canada : la couleuvre obscure hiberne en groupe.Pour ce faire, elle doit d’abord trouver un hibernade (gîte d’hivernage), qui n’est souvent qu’une simple fissure dans le sol.Le principal objectif de la recherche consistait à découvrir les comportements reproducteurs de ces reptiles : avec qui se reproduisent-ils et préfèrent-ils des compagnons de gîte ou des avec lesquels elles partagent le gîte.Cependant, elles ne le sont pas en ce qui a trait aux partenaires avec lesquels elles s'accouplent.Les résultats de la recherche ont aussi révélé que ces reptiles parcourent une grande distance pour établir des relations qui sont finalement éphémères.Les chercheurs ont noté que les femelles reproductrices se Couleuvre obscure (Elaphe obsoleta) se chauffant au soleil printanier près de son site d’hibernation à la station biologique de l’Université Queen’s.' -V ' f rTi' '''•if*» % couleuvre obscure {Elaphe obsoleta).Les résultats de cette étude auront des répercussions importantes sur la protection de cette espèce dont le nom figure sur la liste des espèces menacées.La couleuvre obscure se retrouve communément dans l’est des États-Unis.Dans le sud-ouest de l’Ontario, son habitat a été largement détruit.La seule population canadienne importante de couleuvres obscures se trouve actuellement dans l’est de l’Ontario.Tout comme d’autres variétés de couleuvres nordiques, la voisins plus éloignés?Ce sont là des questions cruciales dans la compréhension des ressources génétiques nécessaires au maintien d’une population viable.Pour y répondre, les chercheurs ont utilisé la radio-télémétrie.Ils ont implanté des émetteurs radio dans 82 couleuvres matures sexuellement.Ils ont ainsi pu suivre les déplacements des couleuvres pendant plusieurs années et localiser 18 sites d’hibernation.Selon Gabriel Blouin-Demers,ces couleuvres sont extrêmement fidèles quant au lieu et aux « colocataires » sont déplacées sur des distances moyennes de 1,2 kilomètre par rapport à leur gîte d’hivernage.Quant aux mâles, ils se sont éloignés de leur hiberna-cle sur des distances moyennes de 800 mètres.Les travaux de l’équipe de Gabriel Blouin-Demers suggèrent donc qu’il serait préférable, si l’on souhaite protéger une population de couleuvres obscures, de préserver l’habitat entourant les sites d’hibernation, mais aussi celui qui se trouve entre chacun de ces sites.De cette façon, les reptiles pourront entrer en SCIiMCE riTffl Utilisation de la radiotélémétrie.contact et se reproduire pour maintenir un équilibre génétique.La prochaine étape consistera à capturer quelques-uns des looo bébés marqués à la naissance depuis 1996 et de suivre par radiotélémétrie 30 couleuvres juvéniles âgées de 3 à 4 ans afin de pouvoir évaluer le patron de dispersion des couleuvres avant l’âge de la maturité.Les chercheurs pourront, entre autres, mieux évaluer la taille de terrain nécessaire à la préservation de l’espèce.« Nous savons qu’il faut généralement une période de 7 ans à la couleuvre obscure pour se joindre à un site d’hibernation communautaire fixe.Nous pourrons donc aussi observer si le reptile, au cours de cette période, choisit plusieurs sites d’hibernation ou s’il retrouve le même chaque année, et nous saurons combien de fois il lui arrive de retourner au même site.» L’ensemble de cette étude, commencée en 1996, a été financé en majorité par le CRSNG.JACQUELINE BOUSQUET Découvrir remercie le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.DÉCOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 20C>3~M^ BIOLOGIE SANTE SCIENCE La dope sans le VIH Les jeunes de la rue utilisateurs de drogues injectables sont particulièrement à risque de contracter le VIH ou une hépatite.Afin d’aider les organismes communautaires proches de ces jeunes à développer des stratégies d’intervention efficaces, une équipe de chercheurs conduite par et utilisateurs réguliers de drogues injectables.Pour limiter la transmission du virus, le Centre d’action communautaire auprès des toxicomanes utilisateurs de seringues (CACTUS) permet aux toxicomanes d’échanger leurs seringues usagées contre du matériel stérile.En 1995, près du nés interviewés, seuls huit n'ont jamais utilisé la seringue d’un autre.Les chercheurs ont pu notamment décrire certaines circonstances qui semblent pousser les jeunes à baisser la garde.La toute première injection est à risque.Elle est souvent faite sur un coup de Élise Roy, de la Direction de la santé publique de Montréal-Centre, a cherché à comprendre ce qui influence les jeunes défavorisés lorsqu'ils décident ou non d’utiliser du matériel stérile pour se piquer.Dans le cadre de ce projet subventionné par le Fonds de recherche sur la société et la culture, la chercheuse et ses collègues ont rencontré 11 filles et 13 garçons, âgés de 14 à 22 ans, vivant surtout dans la rue ou ayant régulièrement recours aux services offerts aux jeunes de la rue, cinquième des personnes fréquentant Cactus étaient porteuses du virus.L’analyse des entrevues semi-dirigées montre que les jeunes adoptent surtout des pratiques à risque lorsqu'ils sont en situation de vulnérabilité.« Dans l’ensemble, ils connaissent le risque associé à l’utilisation de seringues souillées, mais dans certaines situations, ils passent outre », explique Élise Roy.Prendre la seringue de quelqu’un d’autre, c’est « con, stupide et dangereux, ça ne se fait pas », ont-ils dit.Mais sur les 24 jeu- tête, « pour voir » et donc à (’improviste, sans matériel stérile à portée de main.L’envie alors prime sur la précaution, tout comme lors d’une rechute.Un jeune qui a réussi à arrêter quelque temps de se piquer ne gardera pas de seringues sur lui, pour ne pas être tenté.S’il succombe à la tentation, bien souvent, il n’ira pas non plus chercher de seringue neuve, pour tenter de cacher sa rechute à ses amis ou aux intervenants communautaires.Selon Élise Roy, la relation amoureuse est aussi propice à l’adoption d’un comportement à risque.« Si on couche ensemble, on peut bien partager nos seringues », croient-ils souvent.Pourtant, les risques de transmission des virus dépendent justement du mode de contamination.L’hépatite C, par exemple, est peu transmissible sexuellement, alors qu’elle est très contagieuse par seringue interposée.Selon les jeunes, le risque de ne pas utiliser de matériel stérile est surtout élevé lors des périodes de consommation intensive.« Ils nous ont beaucoup parlé des junkies, qui consomment de façon effrénée et utiliseraient alors n’importe quoi pour s’injecter», explique Élise Roy.De nombreux jeunes, par ailleurs, font moins attention aux matériels d’injection autres que la seringue, comme les cuillers ou les filtres, qui, pourtant, représentent également un danger important s’ils sont souillés.Pour la chercheuse, il est clair qu’aujourd’hui, le message sur l’injection sécuritaire est passé.Mais il reste beaucoup à faire pour mieux comprendre la réalité de ce que vivent les jeunes de la rue qui s’injectent des drogues et reconnaître notamment qu’ils ne connaissent pas tous les mêmes expériences, si l’on veut mieux les aider à s’en sortir.VALÉRIE BORDE Découvrir remercie le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.12 J"DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 Des cellules hallucinantes SCIEMCE pmn Perte de contact avec la réalité, hallucinations visuelles ou auditives, idées délirantes : les patients schizophrènes seraient prêts à n'importe quoi pour se débarrasser des symptômes qui entravent leurs activités professionnelles et leurs relations sociales.À l’opposé, les cocaïnomanes ou héroïnomanes recherchent précisément ce type de sensations.Étrange rapprochement?« Pas vraiment, répond Louis-Éric Trudeau,chercheurau Département de pharmacologie de l’Université de Montréal.Dans les deux cas, les mêmes cellules du cerveau sont en jeu : les neurones dopaminergiques.» Récipiendaire d’une subvention du Fonds de recherche en santé du Québec, le jeune chercheur s’affaire depuis 1997 à mieux comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires qui régissent le fonctionnement des neurones dopaminergiques.« Ils ont pour rôle la production de dopamine, un neurotransmetteur qui contrôle plusieurs régions du cerveau.» Chez les schizophrènes, les chercheurs ont constaté que les cellules dopaminergiques libéraient trop de dopamine, ce qui expliquerait, du moins en partie, les symptômes positifs de la maladie comme les hallucinations.D’ailleurs, ces dernières disparaissent chez les patients qui prennent des antipsychotiques.« Ces médicaments bloquent les récep- teurs de la dopamine et influencent l’action des cellules dopaminergiques », explique le chercheur.Les recherches ont également démontré que les drogues comme la cocaïne, l’héroïne ou les amphétamines agissaient sur les neurones dopaminergiques et entraînaient une hausse de la libé- ration de dopamine.« À la longue, un abus chronique de la drogue modifie les propriétés des cellules dopaminergiques.Cela expliquerait partiellement le phénomène de dépendance.» Même si les neurones dopaminergiques ont déjà livré plusieurs secrets, leur fonctionnement reste en grande partie un mystère pour les spécialistes des neurosciences.« Nous voulons comprendre les mécanismes qui influencent la capacité des neurones à libérer la dopamine », affirme M.Trudeau.Pour trouver des réponses, M.Trudeau travaille avec des cellules qu’il prélève chez des rats ou des souris.Le petit bloc du cerveau qui contient les cellules dopaminergiques chez les rongeurs est séparé en cellules individuelles à l’aide d’enzymes puis placé en culture.Dans ces conditions, les neurones survivent puis, tranquillement, rebâtissent un réseau de connexions synap-tiques et se remettent à produire de la dopamine, comme ils le faisaient dans le cerveau.En utilisant des marqueurs et des techniques d’imagerie en fluorescence, les chercheurs arrivent à détecter le fonctionnement élémentaire des cellules.En modifiant la concentration de certaines protéines, ils peuvent comprendre leur rôle dans les modifications à court et à long terme des propriétés des neurones dopaminergiques.Les impacts que pourraient avoir les recherches du docteur Trudeau sont multiples.«On sait que les antipsychotiques fonctionnent pourtrai-ter les symptômes positifs de la schizophrénie, mais on ne sais pas très bien pourquoi.En comprenant mieux les mécanismes fins, on espère pouvoir mieux traiter la maladie.Peut-être pourra-t-on alors pallier les symptômes négatifs tel que le retrait émotionnel.» Les recherches pourraient également aider les toxicomanes dans leur processus de sevrage.« La dépendance et le sevrage sont des phénomènes complexes qui impliquent une composante biologique et psychosociale.Nous espérons néanmoins qu’éventuelle-ment, nos études permettront de mieux comprendre ces phénomènes et d’aider les toxicomanes à s’en sortir.» DOMINIQUE FORGET Découvrir remercie le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSO) pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.Neurones dopaminergiques en culture primaire identifiés par un marquage immunocytochimique pour la tyrosine hydroxylase, une enzyme nécessaire à la synthèse de dopamine.03^ mm ••Aï A * ' • 13 | DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 [ PHARMACOLOGIE O' D D U 14 Savoirs inuits en péril Échanges entre aînés et étudiants inuits au cours d’un atelier 'S-' ARUC à Igloolik, Nunavut, mai 2001.Les savoirs traditionnels, l’oralité et l’identité culturelle des Inuits survivront-ils à la mondialisation et au développement des technologies des communications?Cette question préoccupe les communautés inuites de l’Arctique canadien qui, depuis un demi-siècle, vivent de profondes transformations économiques et socioculturelles.Dès 1950, en effet, ces peuples abandonnent le nomadisme au profit de la sédentarisation.Ils accèdent alors à un système d’éducation importé du Sud, qui favorise notamment la tradition écrite plutôt qu’orale.Malgré ces bouleversements, les Inuits veulent préserver leurs racines à tout prix.La création en 1999 du Nunavut, dans l’Arctique de l’Est canadien, constitue un bon pas dans cette direction.En effet, les 28 communautés de ce nouveau territoire, composé à 85 p.100 d’Inuits, reçoivent alors la responsabilité de gérer leurs affaires selon leurs propres perspectives à l’intérieur d’un gouvernement régional autonome.Mais pour bâtir une société moderne qui ne renie pas leur identité culturelle, bien des Inuits souhaitent garder des liens avec le passé.Le Nunavut Arctic College et la Société des aînés inuits d’Iqaluit lancent alors plusieurs projets en ce sens.Or le défi est de taille! Ainsi, depuis trois ans, le Groupe d’études inuites et circumpolaires (GETIC) de l’Université Laval leur donne un coup de main, grâce à une subvention de 600 000 $ du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) obtenue dans le cadre du programme Alliances de recherche universités — communautés (ARUC).Une des expériences originales en cours consiste à inviter des aînés en classe pour que les étudiants puissent enregistrer leurs témoignages en vue de divers travaux didactiques.« Le projet Mémoire et histoire au Nunavut vise notamment la valorisation des connaissances des aînés dans un contexte scolaire », explique FrançoisTrudel, directeur du projet.À l’occasion de ces rencontres privilégiées, les aînés trouvent une tribune pour transmettre aux jeunes leurs connaissances sur la nature, les soins traditionnels, les pratiques religieuses ancestrales.Et les étudiants bénéficient de savoirs précieux et de témoignages vivants introuvables dans les manuels scolaires.« Il s'agit d’une façon d'ouvrir le système d’éducation à la réalité inuite », note l’anthropologue.L’expérience a d’ailleurs permis à des étudiants du Nunavut Arctic College de publierdeux premiers recueils1 de témoignages et de savoirs.Ces livres font partie d’une série d’ouvrages intitulée Mémoire et histoire au Nunavut, à laquelle participent DùrmÆMj sour/Je a vos idea./ ans / l'innovation > S movatech Montréal, la plus importante société québécoise de capital de risque dédiée au secteur des hautes technologies.Un succès démontré : plus de 60 sorties réalisées, dont une vingtaine de premiers appels publics à l'épargne.Innovatech Montréal est une société à capital-actions et celles-ci sont détenues par le gouvernement du Québec.Innovatech Montréal (514) 864-2929 www.innovatech.qc.ca DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 SCIENCE Une demi-journée de moins à l’hôpital! des chercheurs et étudiants diplômés du GETIC, ainsi que des collaborateurs internationaux.« Mais leur rôle en reste un d’accompagnement et d’aide aux activités mises sur pied par les Inuits », précise François Trudel.Si les Inuits souhaitent garder un pied dans le passé, ils désirent poser l’autre dans le futur.Ainsi, les trois partenaires du projet Mémoire et histoire au Nunavut prévoient exploiter les nouvelles technologies au profit de la culture inuite.Ils viennent d’ailleurs de déposer à cet effet une nouvelle demande de subvention au CRSH.« Les aînés gardiens de la culture traditionnelle inuite s’éteignent peu à peu.Pour préserver leur mémoire, nous souhaitons créer des banques de données sur cédérom avec des images, des sons, des animations.Et, pourquoi pas, les rendre disponibles pour consultation dans Internet », avance François Trudel.Question de mieux perpétuer la tradition inuite .électroniquement.i Representing Tuurngait, publié par F.Laugrand, J.Oosten, F.Trudel, avec la collaboration d’aînés et d’étudiants du Nunavut Arctic College, Nunavut Arctic College, 2000,212 pages.Inuit Recollections on the Military Presence in Iqaluit, publié par M.Gagnon et les aînés d’lqualuit, Nunavut Arctic College, 2002,346 p.NATHALIE KINNARD Découvrir remercie le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.riqÇ, 'h-.f f — ‘ .// La méthode la plus fréquemment employée pour traiter l’appendicite chez les enfants est la laparotomie ou chirurgie ouverte, une opération mineure qui donne d’excellents résultats.Or, un groupe de chercheurs de l’Université Laval vient de prouver l’efficacité d’un traitement de rechange, la laparoscopie, qui consiste à insérer un petit tube dans la cavité abdominale pour procéder à la chirurgie.Avantage de cette dernière technique : la réduction de près de 20 p.100 du temps passé à l’hôpital, c’est-à-dire une demi-journée de moins.Cela fait pourtant une vingtaine d’années que la laparoscopie existe.Mais plusieurs raisons rendaient son utilisation peu fréquente.D’abord, les médecins ne voyaient pas d’avantages assez marqués par rapport à la laparotomie.Ce que contredit aujourd’hui Pascale Prasil, membre du groupe de recherche : « Contrairement à la chirurgie ouverte, la laparoscopie ne laisse à peu près pas de cicatrices, car on n’a presque pas besoin de couper les tissus sous la peau.Ainsi, chez les adultes, la guérison est accélérée.C’est un fait important, puisque nous nous remettons moins bien d’une opération que les enfants.C'est aussi pour cette raison que l’utilisation de la laparoscopie est plus répandue chez les adultes que chez les enfants.» Par ailleurs, on ignorait si l’opération demeurait aussi sécuritaire dans le cas d’une appendicite plus grave, par exemple, en cas de perforation.Selon Pascale Prasil, l’étude le démontre.Reste à savoir si les coûts eux aussi sont équivalents.« Il n’y a pas eu d’étude de coût comme telle, mais on sait que la laparoscopie est un peu plus chère parce qu’elle nécessite plus d’instruments.Par contre, on réalise des économies grâce à la demi-journée d’hospitalisation de moins.» La question demeure donc en suspens, mais mérite d’être posée, compte tenu que chaque année au Québec, près de 8000 patients sont opérés pour une appendicite .Seule ombre au tableau : la laparoscopie nécessite en moyenne cinq minutes de plus sur la table d’opération que la laparotomie.CATHIE PEARSON Agence Science-Presse Médecins de langue française du Canada : 100 ans! (ASP) - L’Association des médecins de langue française du Canada (AMLFC) a célébré récemment son 100e anniversaire, ce qui en fait l’une des plus anciennes associations médicales d'Amérique du Nord.Elle a été fondée par le Dr Michel-Delphis Brochu, qui était alors professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Laval.Le congrès du centenaire, cet automne,fut l'occasion du lancement d’un ouvrage, Cent ans de médecine francophone, l’histoire de l’Association des médecins de langue française du Canada.s 15 1 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER^W U O O O D < L’oreille cassée Plus de 5 millions de Canadiens et Canadiennes éprouvent des difficultés à communiquer, à lire et à écrire.Quelque 25 p.100 des adultes canadiens n'arrivent à lire que péniblement de simples textes imprimés.Statistiques étonnantes?Pas tellement, si l’on pense que bien des problèmes de surdité chez les enfants passent inaperçus jusqu’à l'âge de 3 ou 4 ans.De 1 à 6 nouveau-nés sur 1000 souffrent d’une perte auditive importante aux deux oreilles au moment de leur naissance.Malheureusement, le système de santé au Canada ne favorise pas le dépistage systématique de tous les nourrissons.Jusqu’à très récemment, seuls les bébés à risque — prématurés, grossesses difficiles, histoire familiale — passaient des tests précoces.Résultat : 50 à 60 p.100 des enfants malentendants, jugés sans risque, ne sont détectés que vers l’âge de l'apprentissage de la parole.« Mais une surdité non décelée peut mener à des problèmes graves de langage et d'apprentissage de la lecture et de l’écriture », mentionne Andrée Durieux-Smith, profes-seure titulaire en audiologie — orthophonie à l'Université d'Ottawa.En effet, lorsque les enfants n’acquièrent pas de bonnes capacités de communication, ils en pâtissent toute leur vie : échec et décrochage scolaires, développement psychosocial médiocre, baisse de l’estime de soi et du sens de bien-être.Tous ces facteurs diminuent évidemment leurs chances de mener une vie normale.« La solution à ces problèmes passe-t-elle par le dépistage et l’intervention précoces et systématiques?», se demande l’audiologiste.Sans doute.En effet, des preuves scientifiques, quoique peu nombreuses, soutiennent qu’une surdité repérée dès l’âge de 6 mois permet une intervention propre à assurer un développement moyen normal de l’enfant malentendant.Il n’en fallait pas plus pour que 30 États américains introduisent dans leur législa- tion le dépistage obligatoire pour tous les enfants.« Au Canada, seuls l’Ontario et l'Alberta ont adopté des programmes de dépistage et d’intervention précoces pour la surdité », note Andrée Durieux-Smith.Le coût d’implantation de tels programmes et le peu de preuves scientifiques concluantes freinent les initiatives de certaines provinces.Depuis 2001, le Réseau canadien de recherche sur le langage et l'alphabétisation, financé notamment par les Instituts de recherche en san- : CO ou 16 ^[""découvrir I JANVIER-FÉVRIER 2003 té du Canada (IRSC), parraine une étude comparative entre des enfants malentendants diagnostiqués par dépistage systématique à la naissance et d’autres détectés par les médecins vers l'âge de 2 ans.Le projet concorde d’ailleurs avec le lancement en 2000 du nouveau programme de dépistage de la surdité du gouvernement de l’Ontario, qui vise à repérer la déficience auditive chez tous les bébés ontariens dès l'âge de 3 mois, pour leur offrir le port de prothèses vers 6 mois.« Actuellement, nous recrutons des enfants malentendants détectés, d’une part, par la méthode conventionnelle et, d’autre part, par le programme ontarien, signale la chercheuse.Notre objectif ?Environ 240 enfants.» En 2004, une fois la phase de recrutement terminée, l'audio-logiste et ses collègues pourront comparer les deux groupes d’enfants malentendants à un groupe témoin d’enfants sans problème auditif, et ce, jusqu’à l’âge (espéré) de 9 ans.« Nous voulons ainsi évaluer — et justifier — scientifiquement les retombées sociales et monétaires d’un programme de dépistage systématique et précoce de la surdité », déclare Andrée Durieux-Smith, qui espère ainsi faire de cette approche, une norme au Canada.Question que tout le monde puisse enfin dormir sur ses deux oreilles! NATHALIE KINNARD Découvrir remerc/e les Instituts de recherche en santé du Canada pour leur soutien financier en vue de la publication de ce texte. Un virus à la rescousse des poissons Dans la vie, être heureux comme un poisson dans l’eau ne va pas toujours de soi.Surtout pas pour les poissons! Souvent, l’eau dans laquelle ils nagent est contaminée par des parasites de toutes sortes.La bactérie Aeromonas slamo-nicida est particulièrement agressive.Chaque année, des populations entières de saumon et de truite sont décimées par ce pathogène.Les pisciculteurs canadiens enregistrent des pertes annuelles de l’ordre de 5 millions de dollars en raison de ce fléau.Étudiante au doctorat à l’Institut national de recherche scientifique — eau, terre, environnement, Sandra Imbeault tente d'apporter des solutions aux pisciculteurs affligés.Pour réaliser son projet de recherche, elle a reçu la prestigieuse Bourse en milieu pratique du Fonds de recherche sur la nature et les technologies.Depuis un peu plus d’un an, elle est installée au Biodôme de Montréal, où elle réalise ses expériences sous la supervision de Jean-François Blais.L’Aquarium du Québec est également partenaire dans le projet.« Aeromonas slamonicida n’est pas présente à l’année en grande concentration dans les cours d’eau et dans les bassins de piscicultures, explique l’étudiante.Les poissons y sont surtout vulnérables au printemps et à l’automne, quand les températures fluctuent et que les populations bactériennes pathogènes trouvent les conditions favorables à leur multiplication.De plus, les changements de température fragilisent la couche de mucus qui recouvre les écales et confère aux poissons leur immunité.» Pouréliminer le parasite,on peut évidemment utiliser des antibiotiques.Mais il est interdit aux pisciculteurs de vendre des poissons qui ont été traités aux antibiotiques durant les trois mois précédant la mise en marché.De plus, l’usage abusif d’antibiotiques en effraie plusieurs.« À force d’en utiliser,on risque de développer des souches de bactéries résistantes, ce qui s’est déjà produit au Japon », exprime la jeune chercheuse.L’approche que privilégie Mme Imbeault est différente.Pour empêcher la propagation d’infections à Aeromonas slamonicida, elle propose d'inoculer les bassins de culture avec un virus, plus précisément un bactériophage.Fait intéressant : le virus ne cible que la bactérie, pas le poisson.Pour confirmer son hypothèse, Mme Imbeault a installé dans les coulisses du Biodôme douze aquariums où nageront de jeunes saumons.Pas question d'utiliser les poissons du musée, cependant.« Le Biodôme a une politique stricte voulant qu’ aucun animal ne puisse faire l'objet d’expérimentations.J’ai donc mes propres poissons.» Dans ses bassins, l’étudiante fera différents essais.Certains aquariums ne contiendront que de l’eau propre et des poissons, d’autres le bactériophage avec les poissons, pour démontrer l’innocuité du virus chez le saumon.Une troisième série d’aquariums contiendra la bactérie avec le poisson.Finalement, d’autres bassins hébergeront poissons, bactéries et virus.Des expériences préliminaires ont démontré que le bactériophage faisait baisser la concentration de bactéries dans l’eau.Reste à voir comment se dérouleront les choses en présence des poissons.« Il y a encore beaucoup de recherches à faire pour valider notre hypothèse, et je ne prétends pas arriver avec une solution demain matin, s’exclame-t- elle.Mais j’ai espoir qu’à moyen terme, je serai en mesure d’aider les pisciculteurs.» En attendant, la jeune boursière ne se tourne pas les pouces.Mère d’un garçon de cinq ans, elle mène une vie chargée, remplie de centres d’intérêt diversifiés.« Le soir, je troque le microscope pour le microphone.Je suis chanteuse dans un groupe rock.C’est moi qui compose les paroles.Pour réussir, dans quelque domaine que ce soit, il faut de la passion et un équilibre.C’est ce que je cherche à atteindre.» DOMINIQUE FORGET Découvrir remercie le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.W M 17 1 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 SCIENCE En croisade contre l’Alzheimer D’ici 2031,750 ooo Canadiens et Canadiennes seront atteints de la maladie d’Alzheimer et de démences connexes.Pas étonnant que le généticien Judes Poirier tente ardemment de démystifier les causes de cette maladie dégénératrice du cerveau.C'est dès sa sortie de l’université que ce chercheur entreprit d’étudier le vieillissement du cerveau.Il tomba alors sur l’apolipoprotéine E, ApoE pour les intimes, une protéine qui transporte le cholestérol dans le sang.« Sa présence dans le cerveau constituait alors une énigme pour la communauté scientifique », révèle Judes Poirier.Grâce notamment à des subventions du Conseil de recherches médicales du Canada, devenu les Instituts de recherche en santé du Canada, le scientifique établit que ApoE était essentielle à l'entretien du cerveau, notamment à la réparation des lésions membraneuses des neurones.Le généticien se questionna alors : cette protéine jouerait-elle un rôle dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer?Il décida de tester son hypothèse sur le rat, qui, tels les autres animaux, ne développe jamais cette maladie.« Donc, le rat possède un mécanisme de défense contre le processus dégénératif, raisonna le scientifique.Un mécanisme qui serait défectueux ou inexistant dans la maladie d’Alzheimer chez l’humain .» Quelques analyses plus tard, le chercheur démontrait qu’un rat affecté par une perte neuronale semblable à la maladie de l’Alzheimer produisait une surabondance d’ApoE dans le cerveau.Chez l’être humain, le niveau d’ApoE est au contraire très bas.De plus, il possède trois formes différentes d’ApoE — ApoE2, ApoE^ et ApoE4 — déterminées par l’héritage génétique.En 1993, le biochimiste annonce à la communauté scientifique que ApoE4, présente chez 15 p.100 de la population, favorise l’apparition sporadique de la maladie d’Alzheimer (70-80 p.100 des cas diagnostiqués).Une importante découverte couronnée de nombreux prix internationaux! Pendant cinq ans, le chercheur, devenu directeur du Programme de recherche sur le vieillissement de l’Hôpital Douglas à Montréal, étudie le rôle d’ApoE4 dans le cerveau.« Les parois des neurones sont constituées à 80 p.100 de cholestérol.Lors- qu’un neurone meurt, le cerveau doit évacuer les déchets et distribuer le cholestérol aux autres neurones pour qu’ils reconstruisent des connections de remplacement.Mais les personnes porteuses de la forme ApoE4 possèdent très peu de cette molécule de transport dans le cerveau et donc, mon- trent une réduction du cholestérol cérébral très marquée », explique Judes Poirier.Un individu ApoE4 a donc plus de risques de développer la maladie d’Alzheimer à unjeune âge et de connaître une progression rapide des symptômes, comparé à des sujets ApoE2 ou ApoE^.Comme une étude n’attend pas l'autre, le chercheur analyse actuellement une famille de molécules au potentiel thérapeutique, qui augmente la production d’ApoE cérébrale et réduit les niveaux de cholestérol san- guin chez les gens atteints de l’Alzheimer.Et les études préliminaires chez l’humain sont plus qu'encourageantes! En effet, l’équipe du Dr Poirier a réussi à ralentir la progression de la maladie.« Nous croyons avoir stimulé la reprise du transport de cholestérol chez les patients traités, favorisant ainsi la synthèse lipidique par les cellules et le processus de régénération du cerveau », souligne le chercheur.Selon trois autres études épidémiologiques indépendantes, l’utilisation,dès l’âge de 30 ans, de médicaments réducteurs de cholestérol sanguin permettrait de diminuer les risques de développer la maladie d’Alzheimer de 50075 p.100! Une histoire à suivre.NATHALIE KINNARD Découvrir remerc/e les Instituts de recherche en santé du Canada pour leur soutien financier en vue de la publication de ce texte.* * » t * X % >1> Perfusion cérébrale dans le cas de la maladie d’Alzheimer caractérisée par des déficits de perfusion symétrique dans les zones pariéto-occipitales.DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 La recette du gène obéissant SCIENCE %: % 5 V7'" -V*v\ Hv K > La liaison d'un facteur de transcription (vert) à des séquences régulatrices de ('ADN (bleu) active la transcription des gènes en provoquant une réorganisation des nucléosomes (jaune).mobilise une trentaine de scientifiques, spécialistes en biologie moléculaire ou informaticiens.« Si l’on comprend mieux l’expression des gènes, on pourra aussi étudier comment ^ des dérèglements de ce B processus peuvent géné-| rer des maladies comme ° certains cancers et diver-§, ses dysfonctions généti-1 ques », ajoute Benoît Coulombe.ï Pour mener à bien ce £ projet, les chercheurs S comptent sur une tech-| nologie qu’ils ont mise ?au point récemment et I qui, espèrent-ils, leur § permettra d’identifier la ^ majorité des sequences § régulatrices en moins de L trois ans.En utilisant des ° | anticorps spécifiques pour marquer un facteur de transcription et en mettant en contact cette protéine avec des fragments d’ADN récoltés dans une cellule, Benoît Coulombe et ses collègues pourront repérer tous les fragments qui se lient à la protéine.En recommençant l’opération avec une multitude d’autres facteurs de transcription, les chercheurs verront peu à peu à quels fragments d’ADN se lient les protéines : ce sont certainement dans ces fragments que se cachent les mystérieuses séquences régulatrices.VALÉRIE BORDE Découvrir remercie Génome Québec pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.o' Les gènes ne s’expriment pas n’importe comment ni n’importe quand.Le processus est complexe et exige plus d’une intervention.Pour qu’un gène donne naissance à une protéine, à un endroit précis et au moment opportun, il faut qu’il soit activé par d’autres parties de l’ADN qui lui donnent la recette à utiliser.Ces séquences régulatrices commandent directement les gènes.Par ailleurs, des protéines, appelées « facteurs de transcription », participent aussi à la régulation en agissant directement sur les gènes ou sur des protéines.Depuis quelques années, on sait que le génome des mammifères compte environ 30 000 gènes, qui représentent moins de 10 p.100 de la longue chaîne d’ADN.Les séquences régulatrices, elles, seraient réparties sur environ 5 p.100 du génome et les chercheurs s’interrogent.Où sont-elles?Quels gènes commandent-elles?Quels facteurs de transcription interviennent dans l’expression de chaque gène?De quelle manière?Au cours de la dernière décennie, de nombreux scientifiques ont tenté de repérer les séquences qui semblent contrôler tel ou tel gène, mais l’information est encore extrêmement fragmentaire.Le réseau complexe d’interactions entre fragments d’ADN et pro- téines qui guide l’expression des gènes est loin d’être connu et compris.Grâce à une subvention de 5,5 millions de dollars de Génome Québec, une équipe de chercheurs québécois tente depuis quelques mois de peaufiner le portrait de ce réseau.« Grâce à la génomique, nous pouvons désormais répéter un très grand nombre de fois des expériences permettant de mesurer les interactions entre, par exemple, des fragments d’ADN et des protéines.La bioinformatique nous permet de dresser ensuite une carte de ces interactions », explique Benoit Cou- lombe, directeur du Laboratoire de transcription génique de l’Institut de recher- ches cliniques de Montréal et responsable du projet.Reste ensuite, et c’est là toute la difficulté, à donner un sens aux informations livrées par les ordinateurs.Quatre universités (de Montréal, de Laval, Sherbrooke et McGill), trois hôpitaux (Centre de santé de l’Université McGill,Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Hôtel-Dieu de Québec) et deux centres de recherche (IRCM et Centre de cancérologie de Québec) participent à ce projet d’envergure, qui 19 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER U"l < Nuages de fer dans Pleut-il du fer sur les naines brunes?Cette étrange hypothèse est sérieusement envisagée par un jeune chercheur de l’Université de Montréal, Étienne Artigau, pour expliquer les variations de température observées sur certaines de ces petites étoiles.L’hydrure de fer et le silice sous forme gazeuse, venus des profondeurs de l’étoile, formeraient des nuages à la surface de l’astre avant de se condenser et de retomber.sous forme de pluie! Les naines brunes sont des objets qu’on appelle des étoiles, mais qui sont en réalité à mi-chemin entre les planètes et les étoiles.Leur masse est insuffisante pour que la fusion nucléaire s’y déclenche.Elles ne brillent donc pas, mais elles recèlent tout de même de la chaleur.Leurs températures à la surface peuvent être aussi basses que 500 °C, et ne dépassent jamais les 2000 °C.Les profondeurs de l’astre sont beaucoup plus chaudes, mais il s’agit d’une chaleur résiduelle, c’est-à-dire accumulée lors de la formation de l'astre.des ciels d’étoiles La première naine brune assez froide pour receler du méthane dans son atmosphère a été formellement identifiée en 1995.C’est vers cette catégorie d’objets encore mal connue qu’Étienne Artigau, alors étudiant au doctorat au Département de physique, a tourné les instruments de l’Observatoire du Mont Mégantic.En tout, il a observé dix naines brunes «froides » pendant les nuits d’une semaine.Constatation : l’énergie émise par certaines de ces étoiles varie de jour en jour.Hypothèse : une partie de la surface de l’astre est cachée par le passage d'une planète proche, donnant ainsi l’im- pression que la naine brune est soudainement moins brillante.Mais l’analyse des données ne confirme pas cette hypothèse.Il semble plutôt que la surface de l'étoile soit en partie obscurcie par de grands nuages qui se forment et se dissipent rapidement.Or, quels sont les éléments présents dans les naines brunes qui pourraient se vaporiser dans les profondeurs, mais se condenser de nouveau en surface?Étienne Artigau estime que l’hydrure de fer est l’un des candidats les plus probables.Cette molécule, formée d’un atome d'hydrogène et d’un atome de fer, est à l’état gazeux au-dessus de 1500 °C, mais repasse à l’état HEC MONTRÉAL Innover en recherche.Innover en enseignement.Innover en entreprise.Concrètement, les recherches menées à HEC Montréal portent fruit.En repoussant constamment les frontières du savoir, elles permettent d'enrichir l'enseignement et d'améliorer les pratiques de gestion.Chaires lancées en 2002 ¦ Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier; ¦ Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux; ¦ Chaire de gestion stratégique des technologies de l'information; ¦ Chaire de gouvernance et juricomptabilité; ¦ Chaire de management stratégique international Walter-J.-Somers.Au total, 13 chaires et 22 centres et groupes de recherche.HEC Montréal 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 2A7 Téléphone : (514) 340-6256 www.hec.ca/recherche recherche.info@hec.ca 20 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 liquide aux températures typiques de la surface de ces naines brunes «froides ».Le silicate est également un candidat possible.D’autres observations sont en cours.On cherche notamment à déterminer hors de tout doute, grâce à la spectroscopic, de quoi sont faits ces nuages qui semblent envelopper les naines brunes.Est-ce seulement du fer, ou y a-t-il autre chose?La réponse promet d’être intéressante,car les naines brunes « chaudes » ont aussi leurs nuages, mais à des températures qui mettent l’hydrure de fer hors de cause.PHILIPPE GAUTHIER Agence Science-Presse Un véhicule pour la pilule (ASP) - Ce n’est pas tout d’inventer un médicament.Encore faut-il s’assurer qu’il se rendra au bon endroit dans votre corps.Deux chercheurs, Adi Eisenberg de l’Université McGill et Dennis Discher de l’Université de Pennsylvanie, ont exposé cet été une nouvelle stratégie, dans la revue américaine Science.Elle consiste en l’utilisation de vésicules, c’est-à-dire de sphères microscopiques creuses à l’intérieur desquelles le médicament voyagerait.L’idée, en soi, n’est pas neuve, mais les deux chercheurs proposent de fabriquer ces sphères à partir de chaîne polymères synthétiques.Ils ont démontré qu’il était possible de faire voyager deux substances sur une vésicule, l’une à l’intérieur et l’autre à l’extérieur, chacune complétant l’autre tout au long du «voyage ».Vivre avec un enfant diabétique Comment les parents et les frères et sœurs d’un enfant diabétique vivent-ils la maladie de leur proche?Que font-ils pour améliorer leur propre bien-être et celui des autres membres de la famille, compte tenu des contraintes l’activité physique.En collaborant avec des chercheurs de la Clinique du diabète de l’hôpital Sainte-Justine et avec la Fondation pour enfants diabétiques du Québec, Sylvie Jutras a pu rencontrer les membres de 55 familles Le bien-être d’un enfant, diabétique ou non, s’exprime avant tout par sajoie de vivre, son sens de l’humour ou sa bonne humeur.Avoir de bons résultats à l’école, savoir exprimer ses émotions, ne pas vivre de conflits familiaux.qu'impose la maladie?En se penchant sur ces questions, Sylvie Jutras, professeure au Département de psychologie du Québec à Montréal, tente de comprendre comment des personnes parviennent à profiter de la vie même lorsqu’elles font face à la maladie.Le diabète insulinodépendant est l’une des principales maladies chroniques qui touche les enfants.Il impose une diète stricte, des injections d’insuline deux fois par jour et une série de précautions reliées à l’alimentation et à dans lesquelles un enfant diabétique avait été diagnostiqué depuis au moins un an.La psychologue a interviewé chacun des enfants malades, l’un de ses frères ou sœurs et leur mère.Faute de fonds suffisants, elle n’a pas rencontré les pères.Lors des entrevues, elle a cherché à cerner les perceptions qu’ont chacun des membres de la famille de leur propre bien-être et des influences qu’exercent sur eux les difficultés associées au diabète, et ce,au sein de la famille et dans la communauté.tous ces aspects contribuent, aux yeux des mères et des principaux intéressés, au bonheur d’un enfant.La maladie, elle, est avant tout vue comme une source de contraintes par les enfants.Les injections d'insuline, les restrictions alimentaires, particulièrement à l’occasion des fêtes, affectent surtout les enfants malades et leurs mères.Ces dernières, en outre, souffrent de l’inquiétude reliée aux complications possibles de la maladie, et de leur impuissance.« Nous avons constaté que la mère ?Z U D 5 21 1 DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVRIER 2ÔQ3~[| PHOTOS : CAMP POUR ENFANTS DIABÉTIQUES DE L'EST DU QUÉBEC CLIPS SCIENCE reste la gardienne de la santé au sein de la famille », explique Sylvie Jutras.Jusqu’à présent,très peu de chercheurs se sont penchés sur les effets de la maladie chronique d’un enfant sur ses frères et soeurs.« On n’a notamment jamais cherché à voir comment la maladie affecte le bien-être de ces enfants en bonne santé », précise la psychologue.Sylvie Jutras a découvert que les frères et les sœurs des enfants diabétiques rencontrent effectivement des problèmes particuliers.« Ils comprennent que le diabète implique que l’enfant malade fasse l’objet de plus de soins et d’attention qu’eux, mais ils sentent aussi qu’ils doivent garder leur place et qu'ils ont un rôle important à jouer auprès de leur frère ou sœur malade», explique-t-elle.Par exemple, à l’Halloween, ils se cacheront pour manger leurs bonbons ou accepteront de ne mangerquedes bonbonssans sucre.Ils savent aussi que l’agressivité que montrent parfois les enfants diabétiques est liée à un mauvais ajustement de leurtaux de glycémie,et ils ont appris à vivre avec.Sylvie Jutras a également constaté que les enfants diabétiques et leur famille rencontrent encore de nombreuses difficultés en société.« Dans certaines écoles, on explique bien la maladie aux enfants.Dans d’autres, des professeurs refusent encore que des enfants diabétiques puissent ne pas attendre la récréation pour prendre leur collation, alors que la maladie leur impose des horaires stricts », raconte-t-elle.Expliquer aux autres enfants que le diabète n’est pas contagieux, sensibiliser les enseignants ou les entraîneurs sportifs.il reste beaucoup à faire pour que les enfants diabétiques et leur famille soient mieux intégrés dans la société.VALÉRIE BORDE Découvrir remercie le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.Vermont, Canada (ASP) - Les études canadiennes ont la cote cette année à l’Université du Vermont.Pas moins de six cours en histoire, en géographie et en littérature du Canada ont démarré cet automne.Un changement radical par rapport au printemps dernier, alors que le nombre de cours était de.zéro.Il fut un temps où il était normal de parler Canada dans cette université située à Burlington : le programme d’études canadiennes, vieux de 38 ans, qui couvrait des champs aussi variés que les arts ou l’économie, a longtemps été considéré comme le meilleur du pays - géographie oblige.Mais au cours de la dernière décennie, personne n’a semblé se préoccuper des départs et des mises à la retraite, jusqu’à ce qu'on se retrouve, le printemps dernier, au pied du mur.Pour en savoir plus: [www.sciencepresse.qc.ca/archives/que-bec/ca pque0902a.html] Tabac et grossesse comment faire une différence Il est aussi difficile pour une femme enceinte d’arrêter de fumer que pour les autres fumeurs.Une candidate au doctorat de l’Université de Montréal, Julie Dauphin, cherche à savoir quels seraient les interventions ou programmes les plus efficaces pour convaincre les futures mamans d’abandonner cette habitude.Premier constat plutôt décevant : près de la moitié ( 48 p.100) des programmes que la chercheuse a évalués n’ont pas eu d’effet significatif sur la cessation de ce que les experts appellent le « tabagisme maternel prénatal ».Et même lorsque les interventions donnaient des résultats, elles ne permettaient d’augmenter le pourcentage de non-fumeuses que de 10 p.100 en moyenne.Les meilleurs programmes sont ceux qui s’adressent à un nombre plus restreint d'individus à la fois.Et c'est encore mieux lorsqu’on tient des rencontres individuelles régulières.Dans tous les cas, le lien avec l’intervenant constitue une donnée essentielle.Julie Dauphin a présenté ses résultats lors de la ireConférence internationale francophone sur le contrôle du tabac, qui a eu lieu récemment à Montréal.Elle fait remarquer que dans seulement 14 p.100 des 27 programmes répertoriés, on faisait participer le conjoint.« À mon avis, l'intervention devrait prévoir une composante particulière ciblant le conjoint, qu'il soit fumeur ou non.» Les statistiques montrent d'ailleurs qu’environ 70 p.100 des fumeuses enceintes ont un conjoint qui fume régulièrement.La chercheuse soulève aussi le problème du manque de ressources.« Puisque l’efficacité de l’intervention dépend en grande partie de la qualité du contact interpersonnel, un accroissement des ressources financières et de l'effectif clinique serait souhaitable si nous désirons réduire cet important facteur de risque pour la santé des enfants.» Au Québec, plus du quart des femmes fument lorsqu’elles sont enceintes et, dans la vaste majorité des cas, la consommation de tabac demeure constante durant les trois trimestres de la grossesse.SUZANNECHAMPOUX Agence Science-Presse DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 ________________ science HTTT^ Nouvelles approches en santé publique Sans cesse, on encourage les personnes âgées à demeurer actives.Cependant, nombre d’entre elles habitent des appartements difficilement accessibles, à cause des nombreux escaliers, par exemple.Difficile de sortir prendre une marche de santé ! Lucie Richard, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, s'intéresse aux nouvelles approches mises de l’avant pour promouvoir la santé dans notre société.« Les façons de faire ont beaucoup évolué au cours des dernières années, affirme-t-elle.Auparavant, on se contentait d’encourager les gens à changer leur comportement.Aujourd'hui, on se rend compte qu’il faut également agir sur l’environnement dans lequel ces personnes évoluent.» Subventionnée en partie par le Fonds de recherche en santé du Québec et par les Instituts de recherche en santé du Canada, Mme Richard évalue différents programmes de prévention et de promotion de la santé au Canada.Un des principaux secteurs d’intervention examiné par son équipe est celui des programmes implantés par les organisations canadiennes de santé publique en vue de détourner les jeunes de la cigarette.Selon les résultats de l’étude, les programmes anti-tabac canadiens ont bel et bien commencé à intégrer le nouveau discours des spécialistes en promotion de la santé publique.« Dans plusieurs provinces, une loi interdit à qui que ce soit de fumer sur le territoire des écoles.Par ailleurs, l’usage du tabac est restreint dans de nombreux endroits publics, dont les restaurants, les bars et les centres commerciaux.Les intervenants en santé publique consacrent beaucoup d’efforts afin de faciliter l’appli- cation de ces lois et règlements.Tout cela contribue énormément à dissuader les adolescents de fumer.» En plus de s’intéresser aux jeunes, Mme Richard étudie le cas des personnes âgées.«Au cours des prochains mois, nous allons évaluer les programmes mis sur pied par les CLSC, les directions de santé publique, les centres de jour et différents organismes communautaires, affirme Mme Richard.Nous voulons leur proposer des solu- tions concrètes pour améliorer les programmes de prévention et promotion de la santé, notamment en y intégrant des composantes environnementales.» Déjà, la chercheuse a fait certaines observations et pensé à quelques recommandations qu’elle aimerait parta- ger avec les instances gouvernementales.« Clairement, les employeurs et les gouvernements devraient faciliter la vie des gens qui doivent prendre soin d’un parent malade à la maison.Ces personnes devraient avoir un horaire plus flexible, pour s'acquitter plus aisément de leur tâche.» Mme Richard pense également qu’il serait avantageux d’adapter la ville aux besoins des personnes âgées.« Par exemple, il est inacceptable que les métros ne soient pas accessibles aux gens qui ont une mobilité réduite »,décla-re-t-elle.Par ailleurs, elle croit que les propriétaires de logements devraient recevoir davantage de subventions pour adapter leurs appartements aux besoins des aînés.Cela ne signifie en rien qu’il faille cesser de travailler avec les gens directement, bien au contraire.« Le contact avec les personnes reste important.Mais on veut adopter un type d’intervention plus global qui tienne compte du milieu, des communautés, des réseaux sociaux, etc.Cette approche intégrée permet de travailler tant sur le plan humain qu’organisationnel ou politique.» DOMINIQUE FORGET Découvrir remercie le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSO) pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.?m V'v-S - 23 | DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVR1ER~2003~B~ SANTE Sur la piste des canaux ioniques D Z Dans la membrane de nos cellules, environ 300 protéines différentes génèrent et orchestrent d’incessants signaux électriques qui traversent tout l’organisme et jouent un rôle fondamental dans les mécanismes de la vie.Ces molécules, appelées « canaux ioniques », assurent les échanges d’ions à travers la membrane.Par l’intermédiaire des canaux ioniques, les cellules du système nerveux communiquent entre elles et avec leurs organes cibles.Ce sont eux, aussi, qui provoquent les contractions des cellules musculaires et vasculaires, font battre le cœur et déclenchent la sécrétion d'hormones.On pense que de nombreux troubles neurologiques héréditaires, comme l’épilepsie, le syndrome de Tourette, le syndrome d’impatiences musculaires de l’éveil ou la maladie bipolaire, résultent d’anomalies dans les canaux ioniques.Mais on connaît encore bien peu de choses de ces protéines.Même si le séquençage du génome humain a permis d’identifier des centaines de gènes codant pour les canaux ioniques, leurs fonctions précises restent inconnues.Et seul le tiers des différents canaux ioniques a pour l’instant été identifié.Dans le cadre d'un projet subventionné par Génome Québec, le neurologiste Guy Rouleau, professeur à l’Institut de recherche de l’Hôpital général de Montréal et à l’Université McGill, et la firme Xenon Genetics Research, dont il est le directeur scientifique, s’apprêtent à rechercher de manière systématique les mutations dans les gènes codant pour les canaux ioni- Récepteur GABA permettent de comparer beaucoup plus rapidement d’innombrables séquences d’ADN, Guy Rouleau et ses collègues ont une chance de Une fois les mutations identifiées, elles pourront alors être associées à différentes maladies.« Toute la difficulté du projet consiste à GABA GABA extracellulaire intracellulaire Croquis d'un canal ionique, le récepteur GABA.Ce canal est composé de 5 sous-unités (2 alpha, 2 bêta et un gamma).Quand 2 molécules de GABA (gamma-aminobutyric acid) se lient au récepteur, celui-ci s'ouvre et laisse passer les ions de chlorure à travers le pore (flèche rouge).Ce récepteur fut récemment impliqué dans une forme d'épilepsie idiopathique généralisée retrouvée au Québec.ques.La compagnie, unefilia-le de Xenon Genetics basée à Vancouver, est spécialisée dans l’identification de gènes associés à diverses maladies humaines et dans le développement de médicaments.Le chercheur et son équipe ont recruté environ 400 familles, principalement au Québec, dont au moins deux ou trois membres souffrent d’un trouble neurologique susceptible d’être relié à un dysfonctionnement des canaux ioniques.Grâce à de nouveaux équipements de criblage à haute densité, qui découvrir certaines mutations dans le génome des personnes malades.Ils analysent pourcela chacune des séquences de leur ADN susceptibles d’abriter un gène codant pour un canal ionique, puis comparent toutes les séquences entre elles.« Avant d’utiliser ces nouvelles technologies, nous devions analyser le génome dans des familles dans lesquelles au moins 10 à 12 personnes étaient atteintes d’un trouble neurologique, pour pouvoir repérer des mutations », explique le chercheur.savoir quand les mutations que nous allons découvrir sont effectivement significatives, précise Guy Rouleau.Mais si nous découvrons de telles mutations dans, par exemple, 10 p.100 des cas,ce sera déjà un succès.» Les résultats de cette étude pourraient permettre d’améliorer le diagnostic et de trouver de nouvelles cibles pour des médicaments susceptibles de guérir ces troubles neurologiques.VALÉRIE BORDE Découvrir remercie Génome Québec pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.24 jjjj DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVRIER 2003 SCIENCE Les télescopes changent d’optique Briser un miroir peut valoir sept ans de malheur à son propriétaire maladroit.Pour les superstitieux, il y a de quoi faire bien attention à ces surfaces de verre poli.Mais les chercheurs travaillent maintenant sur une nouvelle génération de miroirs.incassables.Leur secret?Ils sont faits de liquide! On s’en doute, les miroirs à l’étude ne sont pas de simples glaces servant à orner nos salles de bain.Ils sont plutôt destinés aux applications ultraso-phistiquées de la télesco-pie.« Les astronomes utilisent des miroirs qui peuvent avoir plusieurs mètres de diamètre, explique Nathalie Robitaille, étudiante au doctorat à l’Université Laval.Les coûts reliés à leur fabrication sont, sans faire de jeu de mot, astronomiques.» Grâce à une bourse en milieu pratique du Fonds de recherche sur la nature et les technologies, Mme Robitaille tente de mettre au point des technologies qui permettront d’abaisser les coûts des télescopes.En collaboration avec l’Institut national d’optique (INO), elle travaille au design optique de télescopes utilisant des miroirs au mercure.« Un miroir de trois mètres de diamètre fait en mercure coûte environ 100 fois moins cher qu’un miroirfait de verre, affirme la chercheuse.La NASA a déjà utilisé des miroirs de mercure pour observer des débris de météorites.» Afin de conférer aux miroirs liquides la forme concave essentielle à l’observation des astres, le vif-argent est déposé dans un immense bol renvoient pas une image parfaite.Des distorsions s’installent toujours.Pour corriger les distorsions, Mme Robitaille travaille avec un autre type de miroir liquide, à base de fer- MELLF (Metal liquid-likefilm).l’on mettait des balles de golf dans une piscine.Les particules de MELLF vont entourer le ferrofluide et lui conférer des propriétés réfléchissantes.» Les miroirs de ferrofluides permettent aux chercheurs de faire ce qu’ils appellent « de l’optique active ».En temps réel, on espère être capables de modifier le champ magnétique pour corriger les aberrations et avoir la meilleure qualité optique possible.Un autre grand défi reste à relever : « Nous voulons maintenant vérifier s’il serait possible d’incliner les miroirs de ferrofluides.Avec un peu de chance, les tensions de surface entre le fer- que l’on fait tourner.Sous l’effet de la gravité, le mercure glisse pourformer une parabole.Même s’ils sont économiques, les miroirs de mercure ne sont pas parfaits.Premièrement, il est impossible de les incliner.« En raison de la rotation terrestre, les étoiles semblent se déplacer dans le ciel, fait valoir Mme Robitaille.Pour les suivre, le miroir du télescope doit pouvoir s’incliner.Évidemment, si l’on incline un miroir de mercure, son contenu sera renversé.» Deuxièmement, comme les miroirs de verre, les miroirs de mercure ne rofluides.« Les ferrofluides sont des émulsions qui contiennent des particules chargées magnétiquement.Sous le miroir, nous induisons un champ magnétique.Cela nous permet de déformer le miroir à volonté.Ainsi, nous pouvons corriger la trajectoire des rayons.» Problème de taille : les ferrofluides ne réfléchissent pas la lumière.Pour pallier ce problème, Mme Robitaille ajoute un autre liquide nommé MELLF (metal liquid like film) à ses émulsions magnétiques.« Ce sont des nanoparticules d’argent, explique-t-elle.C’est un peu comme si Miroir fait de MELLF qui correspond à la partie réfléchissante.Le ferrofluide est sous le MELLF.rofluide et le MELLF seront assez puissantes pour éviter que le liquide se déverse.Mais on n’aura pas la réponse avant quelques années encore.» DOMINIQUE FORGET Découvrir remercie le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.o' 25 DÉCOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 26 pTffl Des protéines thérapeutiques La sclérose en plaques est la maladie neurologique la plus répandue chez les jeunes adultes canadiens.Chaque jour, les médecins diagnostiquent trois nouveaux cas.Alors que de nombreux groupes de recherche étudient les causes de cette grave maladie, Jean-François Gauchat pourrait bien se trouver sur une piste de traitement.Et la clé du succès se trouverait.dans les protéines du corps humain.Depuis plusieurs années, ce spécialiste de l’immunologie scrute ces protéines dans l’espoir de mieux comprendre les mécanismes à la source des allergies, de l’asthme et de certains cancers.En 1998, alors que Jean-François Gauchat étudie une protéine associée au contrôle des allergies et de l’asthme, un de ses étudiants diplômés découvre ce que les deux chercheurs pensent alors être un nouveau récepteur de cytokines {encadré).Ils nomment leur nouvelle molécule CLE, pour cytokine like factor.Mais, en travaillant avec des chercheurs français, ils se rendent compte cependant qu’il ne s'agit pas d’un récepteur, mais bien d’une protéine qui, avec une autre sous-unité nommée CLC (cardiotrophin CLC Modèles des structures de CLC et de CLF, les deux sous-unités de la cytokine.like cytokine), forme un complexe soluble de cytokines.Le biologiste moléculaire et son équipe s’attaquent aussitôt au défi d’étudier le rôle de ce complexe moléculaire dans l’organisme humain.« Le complexe CLF/CLC active un récep- l’excellence et la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres les partenariats nécessaires et les regroupements de chercheurs à la diffusion des connaissances et à la formation des chercheurs dans 13 grands domaines de recherche LE FONDS QUEBECOIS DE LA RECHERCHE SUR LA SOCIÉTÉ ET LA CULTURE à la mesure des défis de la recherche d'aujourd’hui.pour les innovations sociales et culturelles de la société de demain Fonds de recherche sur la société et la culture QuébecSS fqrsc.gouv.qc www DECOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 SCIENCE teur connu notamment pour son rôle dans la protection des neurones contre la mort cellulaire, explique le Dr Gauchat.Selon de récentes études, ce récepteur aurait également un effet protecteur chez les patients atteints de sclérose en plaques.» Ces découvertes et son savoir-faire en poche, le chercheur quitte la France et le Centre d’immunologie Pierre-Fabre, durant l’été 2002, pour venir diriger la Chaire de re- plaques », explique le spécialiste en immunologie.Simultanément, avec des collaborateurs français, l'équipe de Jean-François Gauchat essaie d’inactiver, dans la souris, le gène codant pour la protéine CIC, et cela, précise-t-il, « afin d’élucider le rôle du complexe CLC/CLF dans le développement du système nerveux et la réponse immunitaire ».Le programme de la Chaire en génomique fonctionnelle aura aussi des retombées en Les cytokines à la défense de Torganisme Lorsqu’un antigène envahit l’organisme, certaines cellules sécrètent des cytokines, des protéines qui interviennent dans le développement et la régulation du système immunitaire.Un peu à la manière d’une clé qui ouvre une serrure, les cytokines activent des récepteurs disposés à la surface de cellules.Elles permettent ainsi un échange d’information entre les cellules immunitaires, qui réagissent alors à l’intrusion du corps étranger.Les cytokines déclenchent notamment la réaction inflammatoire, la production d’anticorps, la régulation de la fièvre.Les scientifiques analysent le potentiel des cytokines à stimuler ou à contrôler l’activité des cellules immunitaires pour traiter des maladies telles le sida, le cancer et la sclérose en plaques.v J cherche du Canada en génomique fonctionnelle à l’Université de Montréal.Entre les murs du Département de pharmacologie, Jean-François Gauchat poursuit ses travaux sur le complexe CLC/CLF.« Avec l’aide de chercheurs de l’Université McGill, nous tentons d’évaluer le potentiel thérapeutique de ce nouveau complexe de cytokines pour le traitement de la sclérose en vaccinologie.En effet, Jean-François Gauchat veut prochainement se lancer à la recherche de protéines utilisables dans des vaccins où une forte réponse immunitaire cellulaire est indispensable, comme les vaccins anti-cancer.NATHALIE KINNARD Découvrir remercie les Chaires de recherche du Canada pour leur soutien financier en vue de la publication de ce texte.Pour participer à notre concours, ne faites Liste des gagnants et gagnantes Concours Nota Bene novembre-décembre 2003 Sophie Émond Université de Sherbrooke Yue Zhao Université de Sherbrooke Stephen Wyatt Université Laval Ross Williams Université d'Ottawa Hélène Vézina UQAC Guy Vincent Université de Moncton Denise Veillette Université Laval Lucie Baillargeon CHUL Michèle Robert Université de Montréal Hélène Morais Claude Michaud Université d'Ottawa Sylvain Meloche Institut de recherches cliniques de Montréal # Éditions Nota bene des livres pour le savoir À chaque parution de DÉCOUVRjr, 25 livres des Éditions Nota bene sont attribués au hasard parmi nos abonnés.rien! Pas besoin de lever le petit doigt.Vous aurez plus de temps pour lire! Axel Mathieu Université de Sherbrooke Bernard Lefrançois Statistique Canada Denis Lefaivre Pêches et Océans Canada Bruno Leclerc Cégep de Rimouski Céline Le Bourdais INRS-UCS Victorin Lavoie Université Laval Pierre Lavigne Valorisation-Recherche Québec Michael Laughrea Hôpital général juif Michel Gardaz Université d'Ottawa Luc Desaulniers UQAR Jeanne Demers Université de Montréal Alain Delisle IRSST Normand Brodeur Université Laval | DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVRIER 2003 À la voir arpenter la tourbière d'un pas décidé, courant presque d'une parcelle à l'autre pour vérifier la croissance de « ses » mousses, on comprend vite comment cette femme a réussi à convaincre une industrie traditionnelle de se lancer dans des projets de recherche pour sauvegarder des habitats d'une irrémédiable destruction.Onze ans après son entrée au Département de phytologie de l’Université Laval, Line Rochefort est à la tête d'une équipe qui compte quatre professionnels de recherche, une dizaine d'étudiants diplômés et deux stagiaires postscolaires, et l'on peut totaliser près de 40 personnes pour les expériences si l'on inclut les assistants de recherche de laboratoire ou de terrain.Directrice du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) depuis sa création en 1993, membre du Centre d'études nordiques, Line Rochefort est surtout l'instigatrice d'un courant de recherche encore jamais vu dans l'industrie de la tourbe.En proposant, tourbières VALÉRIE BORDE preuves scientifiques à l'appui, une méthode pour restaurer les tourbières après leur exploitation, la biologiste a convaincu les industriels canadiens d'investir dans la recherche et dans l'environnement.Et la technique mise de l'avant par son équipe est en passe d'être adoptée partout en Amérique du Nord.Sa crédibilité scientifique, son dynamisme et son charisme ont eu raison des sceptiques.La preuve : l'International Peat Se battre pour que les générations futures héritent d’une planète en bon état, voilà sa motivation profonde.Mais Line Rochefort n’est pas du genre à crier haro sur les méchants industriels.Elle préfère de loin la voie de la concertation.quitte à défoncer quelques portes au passage.Society, qui regroupe les producteurs de tourbe du monde entier, l'a récemment nommée à la tête de sa commission chargée d'examiner le devenir des tourbières après leur exploitation.C'est la première femme à occuper un poste de direction dans cette association depuis sa création il y a 35 ans.Pourtant, lorsqu'elle s'inscrit au baccalauréat à l’Université Laval, Line Rochefort n'a pas d'ambition démesurée.Première de sa famille à entrer à l'université, elle se voit bien technicienne en foresterie, pas plus.Née à Port-Alfred, devenue Ville de La Baie et aujourd'hui Saguenay, Line est l'aînée de trois enfants.La famille Rochefort ne roule pas sur l'or.« Votre héritage, ce sera votre éducation », répète son père.Pendant les vacances, la famille s'installe dans un chalet au fond du bois, près de Sainte-Rose-du-Nord.C'est là que Line fait son premier apprentissage de la nature.En écoutant Pierre Morency sur les ondes de Radio-Canada, elle découvre l'univers des oiseaux.C'est le début d'une passion pour l'ornithologie, qu'elle partage aujourd'hui avec son mari, André Desrochers, professeur dans ce domaine et également membre du GRET.Cette soif de connaissances, elle l'assouvit aussi dans les livres, dévorant tout ce qui lui tombe sous la main.Le reste du temps, c'est le sport qui l’occupe.Natation, canot, ski, plongée sous-marine.déjà, son horaire est réglé comme du papier à musique.Après l'école, elle est surveillante en piscine.Le vendredi soir, elle combine devoirs et baby-sitting pour pouvoir consacrer ses fins de semaine au sport et donner ses cours de ski.Lorsqu'elle quitte le Saguenay pour l'Université Laval, Line Rochefort n'a jamais voyagé.Il lui faudra un peu de temps pour s'adapter à la ville.Mais son expérience de la vie dans le bois lui vaut de décrocher son premier emploi d'été, sous la gouverne du professeur Serge Payette, du Centre d'études nordiques, qui deviendra par la suite son mentor.Quelques semaines 29 DÉCOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 PHOTOS : LOUISE BILODEAU FACE À FACE à inventorier les plantes au bord de la baie d'Hudson lui font découvrir la beauté des paysages nordiques et les incroyables nuances de couleurs des étendues de mousses et de lichens.Line passe sa dernière année de bac dans le nord de la Californie, où, en plus d'apprendre l'anglais, elle consacre des heures aux études de terrain.Puis, sur les conseils de son mentor, pour sa maîtrise, elle choisit l'Alberta et un groupe de recherche sur l'écologie des sphaignes, les mousses typiques des tourbières.Le retour au Québec sera de courte durée.le temps de se marier et de refuser une bourse du CRSNG.Line Rochefort et son mari s'installent à Cambridge, en Angleterre, où André commence un doctorat.Un an plus tard, avec une bourse du FCAR et du Cambridge Commonwealth Trust, c'est au tour de Line d'amorcer un doctorat de trois ans.Là, la jeune chercheuse se frotte à une vision plus théorique des écosystèmes en se penchant sur des modèles d'impact des changements climatiques.Elle se met à l'aviron, se joint à l'équipe de son collège, Trinity Hall, et s'entraîne chaque matin pendant deux heures avant d’entrer au laboratoire.Le bonheur! « Cambridge est un endroit fantastique, une plaque tournante de la recherche qui accueille des professeurs de partout dans le monde », raconte-t-elle.Pour ce qui est de son doctorat, elle retiendra surtout qu'elle n'est pas faite pour la modélisation, mais bien pour la recherche de type expérimental.En 1991, devenue professeure adjointe à l'Université Laval, Line Rochefort décide d’étudier les problèmes d'érosion des sols dans les bleuetières.Ses travaux l'amènent à connaître Johnson & Johnson Inc., de Desbiens, au Lac-Saint-Jean, qui produit alors un carton absorbant à base de sphaigne et qui, de hl en aiguille, la met en contact avec l'Association canadienne de l'industrie de la tourbe.Dès les premières rencontres, on s’empresse de lui demander conseil : en Europe, le marché de la tourbe est au plus mal, car les compagnies sont accusées de détruire l'environnement en transformant les tourbières en immenses terrains déserts.La vague atteindra-t-elle l’Amérique du Nord?Au Canada, ces écosystèmes sont loin d'être menacés par l'exploitation, puisque seulement 0,02 p.100 des 113 millions d'hectares de tourbières servent à produire de la tourbe.Mais là où les industries sont installées depuis longtemps, comme au Lac-Saint-Jean ou dans le Bas-Saint-Laurent, les riches milieux humides que formaient les anciennes tourbières ont fait place à des zones de taillis où la biodiversité s'est effondrée.« Je ne savais rien au sujet de la production de la tourbe horticole, mais j'étais une des rares francophones à bien connaître les tourbières », précise la biologiste.En collaboration avec la compagnie et avec le Cen- 30 DÉCOUVRIR [ JANVIER-FÉVRIER 2003 tre québécois de valorisation de la biomasse, elle met sur pied un programme de recherche pour tenter de trouver un moyen plus écologique d'exploiter les tourbières.C'est le début d'une grande aventure.Inventorier les tourbières abandonnées, étudier la recolonisation végétale après l'exploitation, chercher comment on pourrait favoriser la repousse des sphaignes, développer des techniques facilement applicables par les producteurs de tourbe, analyser la biodiversité., de- V S\ v ‘ • / V ' • ¦ VT •> puis dix ans, Line Rochefort et son équipe ont travaillé sans relâche.« Grâce à nos travaux, on sait aujourd'hui qu'il est illusoire de croire que les tourbières vont se régénérer naturellement et redevenir des écosystèmes fonctionnels.Il faut donc les aider en favorisant le rétablissement des sphaignes », explique la chercheuse.Pas à pas, les membres du GRET ont donc élaboré une recette pour donner un coup de pouce à la nature.« Mais plus on avance, plus je prends conscience de la complexité de la tâche : agir sur un écosystème de FACE A FACE manière globale est très difficile, mais tellement essentiel, explique-t-elle.C'est une occasion unique de comparer nos connaissances théoriques avec la réalité du terrain, en faisant appel à une multitude de disciplines.» Au fil des ans, ses travaux sur la restauration des tourbières ont attiré l'ensemble des producteurs canadiens.« Ses qualités de leadership ont eu raison des réticences, et tous les industriels sont aujourd'hui convaincus», précise Martin Fafard, président d'une des plus grandes compagnies du secteur au Canada.La chaire industrielle que la chercheuse met actuellement sur pied regroupera 20 entreprises.« En sensibilisant les producteurs à une gestion plus durable de la ressource, en leur faisant comprendre pourquoi il est important de restaurer et de conserver des milieux humides, en discutant avec eux tif, mais elle les refuse systématiquement.« J'ai encore trop à apprendre sur mon sujet actuel et j'aime trop la recherche pour m'en éloigner », explique-t-elle.En Finlande, où elle vient de passer 13 mois avec sa famille, elle a étudié l'écologie des tourbières de l'Europe du Nord et de l'Est.« Je voulais aussi trouver de nouvelles approches pour mes cours, en vue de les appliquer ici », ajoute-t-elle.Car la chercheuse se double d’une enseignante passionnée, que ce soit au primaire, à l'université ou en formation continue auprès des industriels, ou encore, dans le cadre de sessions intensives de formation sur le terrain et de la supervision des étudiants diplômés de son équipe.«Au premier abord, sa capacité de travail et sa ténacité sont très intimidantes, mais on s’aperçoit vite qu'elle accorde aussi une grande importance aux relations humaines : elle n'hésite pas à inviter les étudiants chez elle, s'intéresse à eux et essaye de les aider», raconte Nathalie Kinnard, une étudiante engagée pendant un an pour vulgariser les travaux de la chercheuse.« Grâce à nos travaux, on sait aujourd’hui qu’il est illusoire de croire que les tourbières vont se régénérer naturellement et redevenir des écosystèmes fonctionnels.Il faut donc les aider en favorisant le rétablissement des sphaignes.pour trouver des solutions, j'ai l'impression de faire vraiment avancer la cause, de contribuer à sauvegarder la planète pour les générations futures », confie la chercheuse.Pendant ce temps, parallèlement à tous ces travaux, Line Rochefort participe à une multitude d'autres projets.Avec ses collègues du Centre d'études nordiques, elle s'intéresse entre autres aux habitats de nidification de la Grande Oie des neiges sur Pile Bylot, dans l'Arctique.À l'été 2000, elle s'investit dans l'organisation d'un congrès sur les milieux humides qui rassemble 2500 personnes à Québec.Avec Serge Payette, elle publie en 2001 une monographie de 600 pages, Écologie des tourbières du Québec-Labrador.Depuis quelques années, on l’approche pour des postes de type plus administra- » Un ou deux jours par semaine, Line Rochefort s'isole pour réfléchir, corriger des thèses ou écrire des articles.« Je rentre à la maison, je ne lis pas mes courriels, et une seule personne peut m’appeler en cas d'urgence.» Pour cette organisatrice née, concilier vie de famille et travail n’est pas non plus un problème.Les discussions professionnelles sont bannies de la maison.« Quand André et moi avons besoin de parler travail, nous prenons rendez-vous.Et pendant qu'il prépare les repas, je joue avec les enfants.La fin de semaine, c'est sport et nature pour tout le monde.» Manuel, 7 ans, et François, 4 ans, ont une vie bien remplie.Ils ont adoré la Finlande, où ils ont vite maîtrisé le finnois, appris à se tartiner le visage de tourbe avant le sauna et trouvé des amis.Le dépaysement ne leur fait pas peur.À 4 mois, Manuel visitait déjà Pile Bylot, où sa maman s'était rendue en catastrophe pour aider deux étudiantes! ?31 DÉCOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 îm ¦ *^*s' CHS , w-M ¦Jr.r* * né** ¦4 mt&r# ' ¦•?51 t ZSr* m RECHERCHE Côté énergie, on peut dire que le Québec est choyé.Ses ressources naturelles en font l’un des plus grands producteurs d’hydroélectricité au monde.Mais cette abondance est-elle vraiment une bénédiction?En réalité, les Québécois ne sont pas uniquement de grands producteurs d’énergie, ils sont aussi de grands gaspilleurs.« Les Français et les Japonais, qui doivent importer leur énergie, en consomment de deux à trois fois moins que nous », souligne Armel Boutard, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal.pôles positifs et négatifs DOMINIQUE FORGET Société de consommation oblige : plus on en a, plus on en veut.Actuellement, environ 96 p.100 de l’électricité produite au Québec est d'origine hydroélectrique.Mais on envisage maintenant de construire des centrales alimentées au gaz naturel.L'énergie nucléaire, qui ne représente aujourd'hui que 2 à 3 p.100 de la production totale d'électricité, est aussi dans la mire des élus et des industriels.Le Québec est très riche en uranium et plusieurs songent à exploiter cette ressource.Selon M.Boutard, les Québécois feront bientôt face à des choix obligés.« On ne peut pas continuer à consommer de l'énergie de la sorte et s’attendre à bénéficier d'un environnement sain et propre.Les citadins voient peu les répercussions de leur mode de vie sur l'écosystème, mais elles sont colossales.» En plus de changer nos habitudes pour réduire la quantité d'énergie consommée, il faut se hâter d'exploiter de nouvelles ressources, respectueuses du développement durable.« À mon avis, l'énergie éolien- ne a un potentiel extraordinaire.On profite au Québec d'environ 8 000 heures de vent par année et on a de grands espaces pour installer des parcs d’éoliennes.L'énergie solaire a aussi ses bons côtés.Cependant, le Québec ne bénéficie annuellement que de 1 200 heures où l'ensoleillement est suffisant pour être transformé en énergie.» D'après le professeur, les sources d'énergie de rechange comme le méthane émis par les sites d'enfouissement de déchets sanitaires ou le purin de porc doivent aussi être exploitées.« Nous sommes très traditionnels au Québec dans ce domaine.L'hydroélectricité, c'est très bien, mais il faut envisager les problèmes dans une perspective mondiale.Le temps est venu d'innover.Il faut trouver des moyens de produire et de consommer qui assureront la viabilité de notre planète et de notre espèce.» L'énergie est étroitement liée au bien-être et au développement d’une société.C'est prouvé.En effet, 33 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003~J^ ?/4 '-'‘rr'ypxt ¦ s': .; ¦ RECHERCHE des études ont démontré que la consommation annuelle d’énergie était directement proportionnelle au niveau de vie d’un pays.Nos sociétés ne sont pas sur le point de se passer d’électricité.Bien au contraire.Actuellement, les combustibles fossiles, dont le pétrole, le gaz naturel et le charbon, fournissent 90 p.100 de l’énergie primaire aux habitants de la Terre.Or les réserves de gaz et de pétrole sont limitées.Les premières permettront tout juste d’atteindre 2050, alors que celles de pétrole seront insuffisantes d’ici là.Seules les provisions de charbon sont suffisantes pour plusieurs siècles.Malheureusement aussi, il s'agit là du plus polluant des combustibles fossiles.Par ailleurs, il est maintenant reconnu par la communauté scientifique que le C02 émis au moment de la combustion des combustibles fossiles est responsable du réchauffement de la planète.Ce phénomène n'inquiète plus seulement les groupes environnementaux.Les élus de plusieurs grandes nations veulent maintenant mettre un frein aux changements climatiques.Élaboré en décembre 1997, le Protocole de Kyoto vise à réduire de 6 p.100, entre 2008 et 2012, les émissions de gaz à effet de serre, par rapport aux niveaux de 1990.En septembre dernier, après des mois de tergiversations, le premier ministre Chrétien a annoncé son intention de ratifier le Protocole.Pour relever le défi, il faudra revoir en profondeur nos façons de consommer l’énergie et de la produire.Voici les avenues possibles.L’énergie bleue Il apparaît évident que l'engagement du premier ministre Chrétien envers Kyoto attribue une plus-value à l'hydroélectricité québécoise, cette ressource renouvelable et non polluante.Emballée par la décision d'Ottawa, la société Hydro-Québec songe déjà à accélérer la mise en chantier de nouvelles centrales.Avec des projets de barrages comme celui de Toulnustouc, près de Baie-Comeau, Hydro-Québec pense augmenter sa capacité de production de quelques milliers de mégawatts.Mais la partie n’est pas encore gagnée.Plusieurs voix s'élèvent contre ces projets qui auraient pour effets d'inonder les habitats et de transformer profondément le paysage québécois.D'ailleurs, les étapes d'approbation environnementale dans de tels cas sont de plus en plus longues et laborieuses.Pour augmenter sa capacité de production sans mettre en chantier de nouveaux barrages, Hydro-Québec mise sur l'optimisation de ses installations existantes.La production et le stockage d'énergie, la maintenance des barrages, l'amélioration des systèmes de distribution et le déglaçage des lignes sont autant de domaines qui mobilisent les efforts des chercheurs de cette entreprise.Le Centre de recherche d'Hydro-Québec, 1TREQ travaille notamment sur des systèmes de détection des défaillances dans les centrales : en cas de panne, les problèmes pourraient être identifiés et résolus plus rapidement.L'amélioration de la performance des turbines est un autre cheval de bataille de la compagnie.Professeu-re au Département de génie mécanique de l'Université Laval, Claire Deschênes est spécialiste des machines hydrauliques.Elle aide des compagnies qui fournissent des turbines à Hydro-Québec, dont Alstôm Canada Inc.de Tracy, à mettre au point des turbines plus performantes et aussi, plus respectueuses de l’environnement.« Actuellement, quand l'eau passe à travers une turbine, sa concentration en oxygène chute de façon radicale, explique la professeure.En plus de nuire à la survie des poissons, ce phénomène peut entraîner l'eutrophisation des plans d'eau.Nous tentons de développer des turbines qui corrigeraient ce problème.» ** Mme Deschênes examine aussi la possiblité de concevoir des micro-turbines qu'on pourrait installer en DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 DECOUVRir LA REVUE DE LA RECHERCHE I i,n0sy wii-¥ous maintenant et ÉCONOMISEZ 20 % sur le prix en kiosque ! f-N L’abonnement d’un an comprend : La science vulgarisée dans 5 numéros remplis de nouvelles sur la recherche et des dossiers scientifiques sur les grands enjeux sociaux, économiques, culturels et politiques.+ le Bottin de la recherche répertorie plus de 2000 organismes scientifiques, plus de 1500 adresses Internet dans 125 disciplines.v___________________________ __________________________/ DECOUVRir Cotisation de membre de l'Acfas incluse ?Nouvelle adhésion ?Renouvellement ?Changement, correction Nom Prénom Établissement/entreprise Département/division Adresse ?au travail ?à domicile Rue Ville Code postal Téléphone ?au travail ?à domicile adresse électronique Statut ?Chercheur-se attitré-e ?Professeur-e ?Administrateur-trice ?Professionnel-le ?Chargé-e de cours ?Journaliste-relation ni ste ?Étudiant-e (joindre photocopie de la carte d’étudiant) ?Institution ?Autre LU X U Û£ Sexe ?Féminin ?Masculin Domaine d’activité (discipline et spécialisation) LU X U Cotisation-abonnement RÉGULIER < INSTITUTION ET HORS CANADA i an 48$ ?27$ ?95$ ?2 ans (toutes taxes incluses) 85$ ?48$ ?170$ ?LU O Paiement ?Visa OMaster Card DAmerican Express GChèoue ou mandat-poste (à l'ordre de l'Acfas) O Comptant =3 > LU en < Numéro I I I I I I I I I I I I I I I I I Date d’exp.?J’accepte ?Je Tefuse que mon nom et mes cooTdonnées soient inscrits dans la liste publique des membres de l’Association francophone pour le savoir - Acfas Découvrir-Acfas:Téléphone: (514) 849-0045 Télécopieur: (514) 849-5558 decouvrir@acfas.ca http://www.acfas.ca/decouvrir ACFAS 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L 2M7 rivière.« Ce projet suscite l'intérêt des Brésiliens, avec qui nous collaborons.Plusieurs Sud-Américains habitant dans des régions éloignées n'ont pas accès à l’électricité.Le gouvernement brésilien songe à installer des micro-centrales pour répondre aux besoins particuliers de ces communautés.» Les micro-turbines pourraient même être utilisées au Québec si les récents projets d'aménagement des rivières se concrétisaient.« Des groupes de pression s'opposent fermement à l'exploitation des rivières, dit Mme Deschênes.Et pourtant, certains sites ont déjà été exploités avec succès, en particulier là où il existait déjà des barrages.Des mini-centrales seraient certainement utiles dans des régions éloignées du Québec.Selon moi, c'est un débat de société qui n'est pas clos, mais qui devrait l'être.La population devrait se prononcer sur la nécessité de développer cette énergie supplémentaire pour le Québec.Si la réponse est oui, alors il est sans doute préférable d'utiliser des cours d'eau plutôt que de faire brûler des combustibles fossiles, responsables du réchauffement climatique.À mon avis, l'hydroélectricité demeure la filière à privilégier.» RECHERCHE L’énergie ardente Sujettes à moins de lourdeurs administratives que les barrages hydroélectriques, les centrales thermiques alimentées au gaz naturel attirent de plus en plus l'attention des producteurs d'électricité et des industriels.En fait, les centrales thermiques peuvent être autorisées et construites quatre fois plus rapidement que les barrages hydroélectriques.Selon Richard Béraud, responsable, transfert et veille technologique, chez Gaz Métropolitain, les centrales thermiques sont une option fort intéressante pour générer des capacités électriques rapidement.À l’heure actuelle, une douzaine de projets de centrales alimentées au gaz naturel seraient à l'étude pour le sud du Québec.Chacune pourrait produire quelques centaines de mégawatts.Comme toute énergie fossile, le gaz naturel émet du C02 lorsqu'il est brûlé.Mais selon M.Béraud, il demeure moins polluant que l'huile, le mazout ou le charbon.À titre d'exemple, le remplacement du mazout par le gaz naturel dans une centrale permet de réduire de 30 à 40 p.100 les émissions de gaz à effet de serre.De plus, le gaz naturel ne contient à peu près pas de soufre, un élément responsable des pluies acides.Mais attention! Le méthane, principal composant du gaz naturel, est 21 fois plus dommageable que le C02 lorsqu'il est question de réchauffement planétaire.Pour réduire les fuites dans son réseau, Gaz Métropolitain a entrepris, en 1990, de remplacer ses vieilles conduites de fonte par des conduites de polyéthylène.Grâce à cette initiative, les émissions de gaz à effet de serre générées par la compagnie ont chuté du tiers.Pour diminuer encore davantage ses émissions, Gaz Métropolitain a confié au Centre des technologies du gaz naturel (CTGN), à Boucherville, la mise au point d'un pince-tube d'urgence.« En cas de bris dans le réseau, le pince-tube peut être transporté sur le site, explique Pierre Dumouchel, directeur général du CTGN.L'outil écrase le tube de polyéthylène et stoppe la fuite.Une fois le bris réparé, la conduite reprend sa forme.» Le CTGN a également contribué, en collaboration avec TEGA Tfechno-logie, au développement d'un système de fournaise au gaz naturel offrant une très grande précision de température.Il s'agit d'un échangeur conçu et construit sur mesure, avec assistance par ordinateur permettant de donner plus de confort et toute la modulation souhaitée dans différentes zones d’un bâtiment.Quant aux industries, elles pourraient bientôt être munies de leur propre micro-turbine au gaz.« Les systèmes de cogénération sont de plus en plus populaires, affirme Pierre Dumouchel.D'une part, la combustion du gaz permet d'alimenter l'usine en électricité.D'autre part, la vapeur ou l'eau chaude peuvent être récupérées pour chauffer les bâtiments ou pour servir dans les procédés industriels.» 35 | DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 L’énergie qui bouge Dans la foulée des efforts investis pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, Ottawa a lancé, au mois de mai 2002, le Programme d'encouragement à la production d'énergie éolienne.Aux projets qui seront retenus, le gouvernement attribuera une subvention annuelle variant de 0,8 à 1,2 cent le kWh d’énergie produite et ce, sur une période de 10 ans.Au palier québécois, Hydro-Québec s’est engagée à acheter 1 000 MW supplémentaires d'énergie éolienne au cours des prochaines années, soit l’équivalent de l’énergie nécessaire pour alimenter 250 000 maisons.Cela reste bien peu de chose par rapport aux 35 000 MW actuellement produits et administrés par la société d'État.Et pourtant, la géographie du Québec semble propice à l'installation d’éoliennes.Avec ses 100 MW, le parc Le Nordais représente le plus grand producteur au Canada et l'un des plus grands parcs éoliens au monde.Les 76 éoliennes situées à Cap-Chat et 57 autres regroupées à Matane profitent d'une vitesse de vent moyenne de 28 km/h.Chaque éolienne peut livrer jusqu'à 750 kW à Hydro-Québec.Un deuxième projet éolien en sol québécois devrait voir le jour au cours de l'année 2003 près de Riviè-re-au-Renard, dans la municipalité de Gaspé.Les ingénieurs tenteront d'adapter aux normes et conditions climatiques québécoises un modèle d'éolienne mis au point par un fabricant français.Ce modèle, basé sur une nouvelle technologie à vitesse variable, permettrait d'optimiser le rendement énergétique des turbines activées par le vent.36 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 | « Les éoliennes construites au cours des dix dernières années fournissaient une puissance variant entre 500 kW et 1 300 kW, fait valoir Pierre-Guy Charrette, président de la société AXOR, premier producteur éolien au Canada.Des modèles de 2 500 à 5 000 kW sont en développement chez les principaux manufacturiers.Ceci devrait continuer à faire baisser le coût d'un kilowatt/heure éolien.Déjà, ce dernier est cinq fois moins L'énergie brillante Au cours des années 70, les chercheurs pensaient avoir trouvé une solution à tous nos problèmes liés à l'énergie : il suffisait de construire d'immenses panneaux solaires qui transformeraient la lumière du soleil en électricité.Tfente ans plus tard, force est de constater que cette nouvelle source d'énergie n'a pas livré la marchandise.S'est-on leurré?« Pas complètement, affirme Gilles Jean, directeur du Centre de la technologie de l'énergie de CANMET, à Varennes.Dans le monde, on compte 2 gigawatts produits par énergie solaire.Les systèmes photovoltaïques ont leur utilité, surtout dans les régions éloignées.» Au Canada, on trouve quelques milliers de panneaux solaires.Ils servent principalement à alimenter des chalets, des stations de pompage ou des stations de télécommunications dans le Grand Nord.« Autrefois, explique M.Jean, les compagnies dépensaient des millions de dollars par année pour acheminer du carburant et remplir les génératrices alimentant leurs tours de transmission éloignées.Aujourd'hui, plusieurs choisissent d'installer des systèmes hybrides qui combinent des panneaux solaires et une autre source d'énergie, des piles par exemple.Celles-ci sont rechargées par le panneau solaire et prennent la relève lors des journées pluvieuses.» En région urbaine, on compte bien quelques panneaux solaires.« Cepen- cher aujourd’hui qu'il y a 20 ans.» Encore marginale, l'énergie éolienne semble appelée à occuper une place de plus en plus importante.La chute des coûts et l'absence de rejet de C02 rendent cette techno- [ f logic incontournable.« En moyenne, l'éolien a connu une croissance annuelle de 30 p.100 durant les cinq dernières années.Aucune autre filière énergétique ne progresse de façon aussi rapide.» IL dant, ils sont plutôt rares dans les quartiers résidentiels », affirme Douglas Labelle, ingénieur à l'Agence d'efficacité énergétique du Québec.« Les édifices commerciaux qui s'étirent sur plusieurs étages sont plus propices à leur installation.Par exemple, l’usine Bombardier à Valcourt a pu installer un panneau de 25 000 pieds carrés.Dans ces cas-là, ça vaut vraiment la peine.» Tbujours selon M.Labelle, il est particulièrement avantageux d'installer des panneaux photovolaïques dans les édifices qui ont également besoin de ventilation.« L'air est aspiré de l'extérieur vers l’intérieur et traverse au passage des trous perfo- 1 RECHERCHE rés dans le panneau solaire.Ceci permet à l'air de gagner entre 10 et 20 °C, peu importe la température extérieure.La combinaison des systèmes de chauffage et de ventilation permet de réduire sensiblement les coûts.» Les chercheurs du Centre de CAN-MET, travaillent activement pour améliorer l'efficacité globale des systèmes hybrides comprenant des composantes photovoltaïques.Malgré tous les efforts investis, il faut toujours débourser 50 cents du kilowatt/heure pour l'énergie solaire, soit dix fois plus que ce que demande Hydro-Québec.Est-ce à dire que les systèmes photovoltaïques sont condamnés à être utilisés dans les régions qui ne sont pas desservies par le réseau hydroélectrique?« Peut-être, mais pas nécessairement, avance Gilles Jean.Les coûts de construction des panneaux continuent de baisser.Aujourd'hui, on doit payer 10 $ canadiens par watt que l’on veut générer.D'ici 20 ans, on devrait se situer à 2 $ par watt.Par ailleurs, les panneaux actuels fonctionnent entre 7 et 16 p.100 de leur efficacité théorique.Il y a encore beaucoup de place pour la recherche et l'amélioration.» L’énergie de la controverse Depuis l’accident de Tthernobyl en 1986, les centrales nucléaires inspirent les pires craintes.Mais ces peurs sont-elles bien fondées?Selon Daniel Rozon, directeur du Départe- - ment de génie physique à l'École Polytechnique de Montréal, l'énergie nucléaire n'est pas une menace.Elle serait même la réponse à un grand nombre de nos problèmes.« Dans le contexte de Kyoto, l'énergie nucléaire est une option qu'il faut à tout prix privilégier, exprime M.Rozon.En effet, pour atteindre l'objectif du Protocole, il faudra diminuer de 750 millions de tonnes les rejets annuels de C02 à travers le monde.Or, si l'on fermait aujourd'hui toutes les centrales nucléaires et qu'on les remplaçait par des centrales alimentées au gaz, on augmenterait de 1,2 milliard de tonnes la production de C02 annuelle.» Les centrales nucléaires, qui génèrent actuellement 20 p.100 de l'électricité produite sur la planète, n'entraînent aucune émission de gaz à effet de serre.Elles produisent cependant des déchets radioactifs qui font frémir les groupes environ- nementaux.« Il faut quand même savoir que les déchets sont composés à 98 p.100 d'uranium qui n'a pas été touché par la réaction nucléaire.Or de l'uranium, on en trouve partout dans la nature.Ses rayons ne traversent même pas une feuille de papier.» Les 2 p.100 restants sont les produits de fission.Ces derniers sont extrêmement radioactifs.Ils doivent être à tout prix isolés de l’environnement.« C'est vrai qu'ils sont très radioactifs.Mais leur demi-vie est relativement courte.Après une période de 500 ans, ils deviennent pratiquement inoffensifs.Si l’on isole le combustible usé de la biosphère, le problème se réglera de lui-même avec le temps.» Il faut savoir qu'en termes de volume, les déchets des centrales nucléaires demeurent restreints.«Si l'on mettait sur le site de Gentilly tout le charbon qu’il aurait fallu brûler pour générer la même quantité d'énergie que celle produite depuis l’ouverture de la centrale, on obtiendrait une pile de charbon visible de Trois-Rivières.Par opposition, les déchets qui ont été générés par la centrale tiennent dans quelques contenants de béton qu'on ne voit même pas de la route.» Ces contenants de béton empêchent tout rayon d'entrer en contact avec l'environnement.Malgré cela, le gouvernement du Canada a investi 500 millions de dollars en recherche pour améliorer les méthodes de stockage des résidus nucléaires.« On ne peut simplement pas laisser les contenants de béton s'accumuler un peu partout.» Une des techniques envisagées consiste à enfouir les déchets dans le roc du bouclier canadien, à plusieurs milliers de mètres sous la terre.« On s’inspire de la nature, affirme le professeur Rozon.On a trouvé l'uranium 37 | DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVRlFF^M RECHERCHE Avec nous, vous irez g Vous tentez de créer ou d’améliorer des produits ou vous essayez de perfectionner des procédés existants?Le temps est venu de faire équipe avec nous, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG).Par le truchement de nos programmes de partenariats de recherche, nous collaborons avec des petites et des grandes entreprises qui désirent tirer parti de la recherche menée dans les universités du pays.Votre investissement financier vous permettra de profiter : ?d’une recherche ciblée qui répond à vos besoins; d’un accès rapide à la main-d’œuvre qualifiée de la nouvelle génération.¦ Sans compter que nous assumerons une partie des frais de la recherche.Pour obtenir de plus amples renseignements, consultez notre site Web à l’adresse www.crsng.ca ou composez le (613) 995-1111.CRSNG Q NSERC DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 Rouler saris polluer Voilà bien des années qu’on en entend parler.On se fait dire que son avènement est pour très bientôt.Et pourtant, rien.La voiture électrique ne serait-elle qu’un rêve illusoire?Pas pour Claude Dumas, président-directeur général de Technologies M4, une filiale d’Hydro-Québec responsable du développement du fameux moteur-roue.Depuis nombre d’années, Hydro-Ouébec tente de commercialiser cette technologie, sans succès.« Dès 1996, la technologie était assez mature pour que l’on puisse approcher des fabricants d’automobiles, affirme M.Dumas.Cependant, nous nous sommes heurtés à de puissants lobbies.L’industrie pétrolière, entre autres, mais aussi les fabricants de bougies, de silencieux, etc.Nous voulions complètement revoir la façon de concevoir une voiture, mais le milieu de l’automobile n’était pas prêt.» Après être retournés sur la table à dessin, les ingénieurs de TM4 proposent aujourd’hui un moteur électrique qu’on peut placer sous le châssis, comme les moteurs traditionnels.La technologie de TM4, qui pourrait s'adapter à un système entièrement électrique ou hybride, a retenu l’attention d’un important fabricant automobile européen.Selon les estimations, le moteur pourrait être fabriqué à un prix concurrentiel et la production commencer d’ici un an.« La voiture électrique a mis du temps à prendre son envol, dit M.Dumas, mais d’ici cinq ans, elle envahira littéralement le marché.TM4 compte être l'un des acteurs principaux de cette révolution.» PHOTOS : TECHNOLOGIES M4\ HYDRO-QUEBEC RECHERCHE « Il faut un minimum de développement social pour être capable d’appuyer l’énergie nucléaire.Il faut des infrastructures de pointe et un climat politique stable.Autrement, on risque un nouveau Tchernobyl.» — Daniel Rozon dans le roc.Ultimement, c'est là qu'il pourra retourner.» M.Rozon a du mal à croire que le public continue à craindre l'énergie nucléaire.« Aux États-Unis, on respire à pleins poumons les fumées qui sortent des centrales au charbon.Les maladies pulmonaires engendrées par ces centrales font des dizaines de milliers de morts par année.Et personne ne proteste.Pourtant, la majorité des gens voient le nucléaire comme la véritable source de danger.» Daniel Rozon ne prône pas cependant que l'on construise des centrales nucléaires à la grandeur de la planète.« Il faut un minimum de développement social pour être capable d'appuyer l’énergie nucléaire.Il faut des infrastructures de pointe et un climat politique stable.Autrement, on risque un nouveau Tthernobyl.» Pour le chercheur, il est évident que la filière de l'hydroélectricité doit être privilégiée.Mais elle n'est pas applicable partout.Et elle n'est pas sans impact sur l’environnement.«On n'a qu'à regarder le projet des Trois Gorges, en Chine.Après avoir forcé le déplacement de millions d'habitants et enfoui des milliers de sites sous les eaux du Yangzi, le barrage générera 20 000 MW.L'impact environnemental est énorme.Et un fleuve comme le Yangzi, il n'y en a qu’un au monde.Il faut trouver des solutions applicables aux autres régions du globe.» pPV Apprendre., explorer., uqam.ca faire évoluer les connaissances.À l'Université du Québec à Montréal, la formation aux études de cycles supérieurs s'allie à une intense activité de recherche et de création dans plusieurs pôles d'excellence tels: arts et multimédia; aspects sociaux de la santé; études internationales et mondialisation; formation des maîtres; gestion des compétences; lettres et communications; sciences cognitives; sciences de l'environnement; sciences économiques.L'UQAM se distingue également par la qualité de l'encadrement pédagogique et la disponibilité de ses professeurs.Plus de cent programmes de cycles supérieurs s'offrent aux esprits avides d'apprendre et de découvrir.Renseignez-vous! admission@uqam.ca (514) 987-3132 > Faites plus amples connaissances UQÀM 39 | DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FëVRIER~2CK)3~~H~ RECHERCHE |^g f- -¦m - .irrt^ rftilfi ' ^ ._ .;.tvv-; «wy !i2n; ïsjtw 1SS1 Trrrv" ’ ’ ¦ '.»V.(' süsyijfc^ •¦ggùgi Des déchets qui valent leur pesant d’or Personne ne veut d'un site d'enfouissement dans sa cour.Les gaz générés par la fermentation des déchets sanitaires sont à la source d'odeurs qui, lors d'une journée venteuse, peuvent empester tout le voisinage.Mais ce problème pourrait bientôt faire partie du passé.Une nouvelle législation obligera bientôt les gestionnaires de sites d'enfouissement, dont plusieurs sont des municipalités québécoises, à récupérer les biogaz qui s'échappent de leurs sites d'enfouissement sanitaire afin de les brûler ou de les valoriser.Un biogaz est composé entre autres de méthane, une molécule reconnue pour être 21 fois plus nocive que le C02 en ce qui a trait aux changements climatiques.Mais le méthane n’a pas que des tares.Son potentiel énergétique est considérable.Depuis un peu plus d'un an, Gaz Métropolitain a repéré 25 sites d'en- fouissement auxquels elle accorde un potentiel de valorisation important.De ces 25 sites, huit font l'objet de projets sérieux qu'on pourrait développer à très court terme.Selon Marc Lemieux, conseiller principal en environnement pour la compagnie, le potentiel énergétique combiné des 25 sites représente entre 12 et 15 milliards de pieds cubes.En comparaison, le Québec utilise 200 milliards de pieds cubes de gaz naturel par année.« On estime que certains sites peuvent générer assez d'énergie pour chauffer 12 000 maisons unifamiliales, affirme M.Lemieux.Notre but est de faire le lien entre les sites et les utilisateurs d'énergie, surtout des industries ou de grands établissements.Nous pensons alimenter, entre autres, des entreprises de séchage de bois, des serres et des hôpitaux.» 40 ^[""découvrir I JANVIER-FÉVRIER 2003 Carcasses animales Si certains producteurs d’énergie s'intéressent à la totalité du sac vert, d'autres visent des déchets bien par-ticuliers.La compagnie Rothsay/ Laurence, de Ville Sainte-Catherine, s'affaire à récupérer les résidus d'animaux.« Nous visitons principalement les abattoirs, les boucheries et les restaurants, explique Claude Bour-geault, directeur des opérations.Nous récupérons les carcasses, les os, le gras, les plumes, tout ce qui est non comestible.» Principalement, les matières récupérées entrent dans la fabrication de savons, de chandelles, de shampoings et de farines protéiniques pour les animaux.Mais une partie du gras animal est réservée à un tout autre usage : la production de biodiésel.Grâce à un procédé chimique, la glycérine contenue dans le gras animal est remplacée par du méthanol.On obtient alors un es-ther méthylique qui peut être brûlé pour produire de l'énergie.Au mois de mars 2002, la Société des transports de Montréal annonçait le projet BIOBUS.Depuis le d’économies d’énergie, ça change le monde.Saviez-vous que le total de ces économies d’énergie équivaut à l’alimentation annuelle de 2 316 maisons unifamiliales ?Depuis que nous avons lancé nos 20 programmes d’efficacité énergétique, 11 064 de nos clients ont profité de 2 622134 $ en contributions financières pour s’équiper d’appareils plus performants.Résultat ?Un gain d’énergie qui profite à tout le monde.1 800 567-1313 • www.gazmetro.com FaI Gaz kOJ Métropolitain SOURCE D'AVENIR RECHERCHE 1 printemps 2002, 155 autobus du centre-ville de Montréal sont alimentés par les matières grasses animales de Rothsay/Laurenco.« Notre biodiésel est dilué dans le pétrodiésel en différentes concentrations : d'abord 5 p.100 et ensuite 20 p.100 », résume M.Bourgeault.Le projet permettra de démontrer le potentiel du biodiésel à réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'autres polluants atmosphériques, à valoriser des matières résiduelles provenant de l’industrie agroalimentaire, ainsi qu'à favoriser la transition des combustibles fossiles vers des sources d'énergie propres.« En intégrant 20 p.100 de biodiésel dans le pétrodiésel, on pense pouvoir réduire les émissions de monoxyde de carbone de 30 p.100.C'est sans compter la diminution importante d'autres éléments cancérigènes qui sortent de nos tuyaux d'échappement.» Purin de porc La pollution agricole générée par les porcheries est de plus en plus aiguë au Québec.Les producteurs et les groupes environnementaux cherchent des solutions pour réduire les odeurs et stopper le lessivage du purin, lequel entraîne la contamination des eaux souterraines et des cours d'eau.Le Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), à Lennoxville, semble avoir trouvé une solution originale au problème.La technologie développée par les chercheurs consiste à envoyer le fumier dans d’immenses réservoirs d'acier, en absence d'oxygène.Les micro-organismes se mettent alors au travail.« La fermentation anaérobie permet de transformer la fraction organique du lisier en biogaz, explique Daniel Massé, chercheur chez AAC.Ce gaz contient entre 70 et 75 p.100 de méthane.Il peut être brûlé à la ferme pour produire de l'eau et chauffer les bâtiments.Il peut aussi être transformé en électricité.» La partie solide du purin est quant à elle récupérée pour servir d'engrais.Seules les matières inorganiques demeurent.Les odeurs ont complètement disparu et l'excédent d'azote a été retiré grâce à une décantation.Le projet est à l'étude à l'échelle pilote, sur une ferme commerciale.Si tout fonctionne comme prévu, l'entreprise Bio-Tferre, qui détient une licence exclusive d'ACC, offrira la technologie à l'ensemble des fermes du Québec d’ici deux ans.Résidus agricoles Contrairement aux combustibles fossiles qui relâchent du carbone emprisonné depuis des millénaires dans les profondeurs du sous-sol, les carburants produits à partir de résidus agricoles n'émettent dans Ça fait partie ' de nos vies! 42 ications du Québec.Programme « Étalez votre science ».Production Icotop inc Zone science Samedi 17 h Les répercussions de la science et de la technologie dans la vie de tous les jours.Animée par Frédéric Loiselle Télé-Québec telequebec.tv DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 RECHERCHE M l’atmosphère que le carbone qui a déjà été fixé par les végétaux.Autrement dit, les émissions de C02 sont compensées par le fait que les cultures ou les arbres ont consommé du carbone tout au long de leur croissance.On dit que le cycle du carbone forme alors une « boucle fermée ».Pour cette raison, l'éthanol, qui est généralement produit à partir de la culture du maïs, a longtemps eu la cote auprès des environnementalis-tes.Mais des études plus poussées ont démontré que l'épandage d'engrais et de pesticides nécessaire à la culture du maïs rendait l'initiative plus dommageable que bénéfique pour l’environnement.Pour cette raison, logen, une entreprise de la région d'Ottawa, envisage de produire de l'éthanol à partir de résidus agricoles tels que la paille de céréale.« Les fibres sont d'abord traitées à la vapeur afin de permettre la récupération de la cellulose, résume Patrick Girouard, analyste marketing chez logen.Grâce à l’ajout d'enzymes et à la fermentation, nous obtenons d'abord du glucose et ensuite de l'éthanol.» Le gouvernement canadien a investi 10 millions de dollars dans la technologie d'Iogen, par l'intermédiaire de Partenariat technologique Canada et du Fonds d'action pour le changement climatique.À l'usine pilote, la production de glucose à partir des résidus agricoles est déjà commencée.D'ici la fin de l'année 2003, logen devrait être en mesure de produire 3 millions de litres d'alcool par année.« Nous espérons produire l'éthanol à un coût inférieur à ce qui a été fait jusqu’à maintenant, souligne M.Girouard.Notre objectif immédiat est de permettre aux automobilistes d'acheter, pour un prix raisonnable, de l'essence comprenant 10 p.100 d'alcool.Ultimement, on aimerait offrir aux automobilistes un flex fuel, c'est-à-dire un véhicule polycarburant, comprenant jusqu'à 85 p.100 d’éthanol.» Débris forestiers Les agriculteurs ne sont pas les seuls à laisser des déchets végétaux dans leur sillage.L'industrie forestière canadienne génère 30 millions de tonnes de débris chaque année.Christain Roy, professeur au Département de génie chimique de l'Université Laval, a mis au point un procédé pyrolytique permettant de transformer ces déchets en huile et en charbon de bois.Ce dernier est récupéré dans l’industrie métallurgique en vue de la fabrication de charbon actif.L’huile est brûlée pour servir de «pétrole vert».Déjà, une usine-pilote qui transforme les résidus forestiers a été construite à Jonquière.Christian Roy concentre maintenant ses efforts sur le développement d’équipements qui permettront de brûler l'huile pyrolytique le plus efficacement possible, afin d'en tirer le maximum d'énergie.Pour poursuivre ses travaux, il a reçu la prestigieuse bourse Killam du Conseil des arts du Canada.Libéré de sa charge d’enseignement, le professeur pourra se consacrer entièrement à ses recherches.D'ici trois ans, il espère proposer une technologie mature.« Au Québec, l'électricité est moins chère que n’importe où dans le monde, affirme-t-il.C'est difficile de faire émerger de nouvelles technologies.Mais en Europe, en Amérique du Sud et en Asie, les besoins sont énormes.Par ailleurs, les contraintes écologiques nous forcent à innover de façon à produire de l'électricité plus propre.Les Américains tirent de la patte et retardent le processus.Mais à moyen terme, nous n'aurons d'autre choix que de prendre le virage vert.» 43 | DÉCOUVRIR | JANVIER FEVRIER~2C>C>3~J^ RECHERCHE Dans la majorité des supermarchés du Québec, aucune mesure n’est prise pour récupérer l’énergie dégagée par le système de réfrigération.Halte au gaspillage Entrez dans n'importe quel supermarché au mois de janvier.Il est à parier que la fournaise fonctionne à plein régime pour permettre aux consommateurs de déambuler dans les allées bien au chaud.Ce dont on ne se doute guère, c'est qu'au même moment, d'immenses compresseurs placés sur le toit de la bâtisse crachent une chaleur monstre pour garder le rayon des surgelés sous zéro.Dans la majorité des supermarchés du Québec, aucune mesure n'est prise pour récupérer l'énergie dégagée par le système de réfrigération.« Dans un supermarché typique, on rejette sur le toit environ trois fois la quantité de chaleur dont on aurait besoin pour chauffer le commerce au complet pendant le pire hiver, déplore Gilles Jean, directeur du Centre de la technologie de l'énergie de CANMET, à Varennes.Cette chaleur s'envole vers le ciel.C'est une perte nette.» Fondé par Ressources naturelles Canada, le Centre CANMET a pour mandat de promouvoir l'innovation dans le domaine de l'énergie afin de diminuer les impacts environnementaux liés à la production et à l'utilisation d'énergie.L'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments est l'un des principaux objectifs des chercheurs du Centre.Notamment, ils ont développé des systèmes de réfrigération à haute efficacité énergétique pouvant servir entre autres dans les aré-nas et les supermarchés.44 ^ DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 « Nous voulons fournir au secteur privé les équipements dont il a besoin, souligne M.Jean.À ce jour, on installe encore des systèmes de réfrigération qui ont été conçus dans les années 40 pour le sud des États-Unis.Nous avons compté le nombre de jours où l'on trouvait au Canada les conditions pour lesquelles ces systèmes ont été conçus.Il y en avait une dizaine.» Les systèmes développés par CAN-MET utilisent jusqu'à 90 p.100 moins de réfrigérant que les systèmes traditionnels.« Dans un supermarché, les conduites qui font circuler le réfrigérant peuvent atteindre un kilomètre de long, explique M.Jean.Dans notre système, le réfrigérant est confiné au compresseur.Le reste des conduites est rempli d'un mélange de méthanol et d'eau.» Grâce à cette innovation, les propriétaires peuvent faire des gains énergétiques de 15 à 40 p.100.Les industries.L'intégration des procédés est un autre domaine où le Centre CANMET a fait sa marque.En somme, il s'agit d'optimiser les systèmes complexes, essentiellement des procédés industriels.« Les usines comprennent souvent de véritables méandres de conduites qui s'entrecroisent, résume M.Jean.La méthodologie que nous appliquons consiste à étudier l'ensemble des intrants et des extrants de chaque unité, pour s'assurer qu’il n'y ait aucune perte.» Par exemple, plutôt que d'envoyer de l'eau qui sort à 80 °C d'un échan- geur de chaleur vers l'égout, les experts de CANMET proposent aux industriels de recycler ce courant pour chauffer des bâtiments.« Même les procédés industriels les plus efficaces peuvent consommer entre 10 et 20 p.100 plus d'énergie que nécessaire.L'intégration des procédés permet de sélectionner des solutions techniques concrètes pour rectifier ces inefficacités et obtenir un mode de production optimal.» En plus de permettre des économies d'énergie, l'intégration des procédés réduit la quantité de matières premières requises et les déchets générés.Des gains allant jusqu'à 50 p.100 ont été enregistrés.« Les économies sont si importantes que la période de recouvrement des investissements dépasse rarement un an», se réjouit M.Jean.Et pourtant, les industries nord-américaines sont peu nombreuses à effectuer ce genre de démarche.« En Europe, les entrepreneurs sont très motivés, soit parce que le coût de l'énergie y est plus élevé, soit parce que la conscience environnementale y est plus développée.Il est grand temps que le Canada se mette à la page.Avec la ratification du Protocole de Kyoto, il n'aura probablement plus le choix.» .et les résidences Les commerçants et industriels ne sont pas les seuls à devoir faire un effort pour réduire le gaspillage d'énergie.Nos maisons sont aussi très gourmandes.L'Office de l'effica- * I RECHERCHE Vous recherchez cité énergétique de Ressources naturelles Canada veille sur ces pertes et gaspillages.En collaboration avec son pendant québécois, l'Agence de l'efficacité énergétique, elle a mis sur pied plusieurs programmes qui visent à promouvoir l’efficacité énergétique, entre autres dans les résidences.« Ressources naturelles Canada a développé le programme ÉnerGuide pour les maisons, qui est géré au Québec par l'Agence, explique Louis Marmen, directeur de la Division de l'habitation, bâtiments et réglementation à l'Office de l'efficacité énergétique.Nous voulons aider les propriétaires à faire des choix éclairés pour rénover leur maison ou pour remplacer leur système de chauffage ou de climatisation par des technologies moins énergivores.» Subventionnée en partie par le gouvernement du Canada, l'évaluation énergétique ÉnerGuide pour les maisons permet aux propriétaires de résidences de recevoir un technicien à domicile.Pour un prix modique, celui-ci fournit aux propriétaires un rapport détaillé personnalisé comprenant des solutions pour améliorer l'étanchéité et le confort de la maison ainsi que pour réduire la consommation d'énergie.Le propriétaire obtient aussi une cote énergétique pour sa maison.« La plupart du temps, la construction d'une maison éco-efficace n'engendre que des coûts supplémentaires minimes qui sont récupérés rapidement au moyen de factures énergétiques réduites », explique M.Marmen.En effet, les économies d'énergie et les réductions d'émission de gaz à effet de serre peuvent s'élever jusqu'à 30 p.100 dépendamment du combustible utilisé.« Il n'y a aucune raison logique de ne pas considérer la performance énergétique au moment de la rénovation ou de l'achat d'une maison ou d'appareils.Les nouvelles contraintes énergétiques et notre engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre exigent que tous collaborent.Réduire les pertes et le gaspillage est la première chose à faire pour assurer un approvisionnement énergétique sûr et un environnement sain pour le futur.» ?compétitivité, performance et rendement ?§ mm L’Agence de l’efficacité énergétique met son expertise à votre service Pour en savoir davantage contactez-nous au (418) 627-6379 ou au 1 877 727-6655 ou encore visitez notre site Internet www.aee.gouv.qc.ca Agence de l'efficacité énergétique __ __ /^v ^ I E3 E3 Quebec nn 45 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 20C>3~^[ ENJEUX LE TRAVAIL OUI REND MALADE » Quand le travail rend malade La prévention des maladies et des accidents liés au travail est encore et toujours d’actualité.Or le monde du travail, lui, évolue de manière inquiétante.L’insécurité d’emploi empoisonne la plupart des secteurs et les employés ne savent plus où donner de la tête tellement la charge de travail est élevée.Résultat : la santé psychologique des troupes bat de l’aile.Pour comprendre ces phénomènes, les chercheurs scrutent l’organisation du travail.Jamais les entreprises ne se sont autant fait fouiller les entrailles.SOPHIE PAYEUR LE BOULOT, ÇA VA?En l'an 2000, l'Université Laval, à Québec, commandait un rapport sur l’état de santé mentale de ses employés.Les résultats de l'enquête ont fait pâlir tous les salariés de l'établissement : plus de la moitié des personnes absentes à l'Université Laval de janvier à avril 2001 étaient dépressives, anxieuses ou épuisées par leur travail.L'Université Laval est-elle une exception?« Je ne crois pas », répond Jean-Pierre Brun, titulaire de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail, et l'un des signa- taires du rapport.Ce sociologue vient de terminer une deuxième étude sur le sujet mais dans quatre entreprises cette fois, y compris l'Université Laval et des établissements de soins de santé.« Avec les problèmes respiratoires, les problèmes de santé mentale arrivent au premier rang des causes d'absentéisme au travail », soutient Jean-Pierre Brun.Le professeur Marcel Simard, directeur de l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, étudie aussi le phénomène.Il nuance.« Nous n'avons pas encore analysé la situation sur une grande échelle, mais il n'y a aucun doute que les problèmes de santé mentale vont en augmentant.» On estime qu’entre 20 et 25 p.100 de la population active du Québec éprouve de la détresse psychologique.Au Canada, c'est 40 p.100 des travailleurs qui auraient connu des épisodes sévères de détresse psychologique entre 1994 et 1998.Et de toutes les absences au travail, celles causées par les problèmes de santé mentale sont celles qui durent le plus longtemps.« Les organisations ne font^ pas l'autruche, elles constatent leur £ échec, témoigne Jean-Pierre Brun.| Mais elles mettent en branle leurs S programmes d'aide une fois que leg mal est fait; elles ne se sont jamais^ < attaquées à la source du problème.» ° Les chercheurs perçoivent bien l'ur- o O gence de la situation et tententï DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 ENJEUX LE T R AV A I J.OUI REND MALADE aujourd'hui de déterrer les racines de ce mal qui secoue les travailleurs.Jean-Pierre Brun et Marcel Simard sont unanimes : la surcharge de travail est la plus importante cause de stress dans les organisations.Fusions, saignées budgétaires, coupures de postes : les entreprises n'ont pas pris conscience des impacts de ces grands chambardements sur leurs ressources humaines.« Le marché du travail évolue de manière inquiétante, affirme Marcel Simard.L'insécurité d’emploi s'infiltre dans la plupart des secteurs.On observe aujourd'hui des cas de violence psychologique et même physique au travail.» Les problèmes de communication effritent également les nerfs des travailleurs.« J'ai rencontré des infirmières qui n'ont pas eu de réunion de travail depuis six ans, raconte Jean-Pierre Brun.C'est inconcevable! » Le manque de soutien social au sein même des organisations alimente tout aussi sour- noisement la détresse psychologique.« Si vous pouvez compter sur vos collègues ou vos patrons, vous serez plus difficilement atteint par les autres sources de stress, explique Marcel Simard.Mais si le soutien social est faible, comme c'est le cas dans plusieurs entreprises, votre moral est drôlement plus vulnérable.» Si les problèmes sont d'ordre psychologique, les solutions, elles, semblent être de nature organisationnelle.Selon Jean-Pierre Brun, plutôt qu'une simple gestion des ressources humaines, il faut envisager une gestion plus humaine des ressources.« Il ne s'agit pas d’inventer de nouvelles pratiques de gestion, mais de bonifier celles qui existent déjà.» Son équipe a mis sur pied une série de mesures pour les quatre I organisations qu'elle a sondées; elle accompagnera bientôt ces entreprises dans la mise en pratique des propositions.Si les mesures se révèlent | , efficaces, elles pourraient être appliquées dans d'autres organisations.Les recherches de Marcel Simard, quant à elles, se poursuivent pour déterminer si les problèmes de santé mentale sont davantage reliés à certains types de profession ou s'ils constituent un phénomène lié au | ^ milieu de travail en général.« S'il s’agit de ce dernier cas, la stratégie I < d'intervention sera plus complexe.» 1 jj PRÉVENIR LES ACCIDENTS : ENCORE ET TOUJOURS De toutes les provinces canadiennes, le Québec est celle où les travailleurs « On observe aujourd’hui des cas de violence même physique au travail.» Marcel Simard Retourner au travail après un accident Chaque année, les absences prolongées au travail aspirent des milliards de dollars.Au Québec, la CSST dépense quelques centaines de millions uniquement pour les maux de dos, qui entraînent 60 p.100 des absences prolongées.Si elle constitue un fardeau important pour la société, l’incapacité au travail peut aussi s’accompagner d’une perte du rôle social du travailleur invalidé.En effet, la personne qui retourne au travail avec un handicap risque de ne pas retrouver la place qu’elle avait aux yeux de ses collègues et d’elle-même.« Si je retourne au travail avec une jambe coupée et que mon bureau est situé au deuxième étage, j’aurai beaucoup de mal simplement pour m’y rendre, explique Patrick Loisel, fondateur et directeur du Réseau en réadaptation au travail du Québec.Par contre, si les ressources autour de moi se mobilisent pour installer un ascenseur, je retrouverai plus facilement mon rôle dans l’entreprise.» Le Réseau que dirige celui qui a longtemps pratiqué la médecine a conçu un projet- pilote visant à accompagner l’employé qui retrouve son poste tout en préparant son milieu de travail.Le programme PRÉVICAP a récemment été implanté dans quatre des centres de réadaptation du Réseau et le projet se terminera en avril 2004.Le modèle fait intervenir des ergonomes, des ergothérapeutes, des psychologues, des médecins et des éducateurs physiques qui travaillent de concert afin que la personne 48 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 ENJEUX psychologique et BWÜhmÜ -V—' - TRAVAIL OUI REND MALADE se blessent le plus.Le taux de fréquence des lésions professionnelles avec arrêt de travail est de 30 p.100 supérieur au Québec par rapport aux autres provinces.C'est ce que révèle une étude récente réalisée par Marcel Simard, qui s'intéresse depuis plus de 20 ans à la gestion des organisations en matière de prévention des accidents.« La loi québécoise en matière de SST n'a pas été modifiée une seule fois en 20 ans.Résultat : elle est aujourd'hui déconnectée par rapport à la réalité.Mais le type de gestion des entreprises influence aussi grandement la fréquence des accidents de travail.» Le niveau d'engagement ou le leadership de l'entreprise en matière de SST constitue un indicateur de premier ordre de leur performance en prévention des accidents.La structure de la prise en charge de la SST — est-elle centralisée ou décentralisée?— révèle également beaucoup de choses sur le niveau handicapée réinsère son milieu de travail tout en retrouvant le rôle social qui lui était associé.« L’employeur, la CSST, le syndicat, toutes les entités qui font que la personne a du mal à retrouver son travail sont ciblées par le programme », précise Retour thérapeutique au travail (RTT) progression du retour au travail Semaines le Dr Loisel.PRÉVICAP s’attaque exclusivement aux problèmes muscolo-squelettiques, mais si les résultats du programme sont probants, on pourrait l’appliquer à d’autres causes d’absences prolongées, telles que la dépression.Les travaux effectués au Québec et qui portent sur la dynamique de la réadaptation au travail depuis plusieurs années, servent d’exemples d'un bout à l’autre du pays.D’ailleurs, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont récemment désigné Patrick Loisel pour diriger le Programme stratégique des IRSC en prévention d’incapacités au travail.Ce programme de formation de troisième cycle est sous la responsabilité de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, à laquelle est rattaché le professeur Loisel; 24 spécialistes provenant de 9 universités canadiennes offriront le programme.Ces activités d’intervention et de recherche en réadaptation au travail sont chapeautées par la Chaire de recherche en réadaptation au travail, accordée également à Patrick Loisel.49 | DÉCOUVRIR 1 JANVIER-FÉVRIER~2C>03~B ENJEUX LE TRAVAIL OUI REND MALADE Plus de 95 p.100 des entreprises québécoises comptent moins de 20 travailleurs.C’est pratiquement toute la force active du Québec! Curieusement, les chercheurs commencent à peine à se pencher sur leur cas.de responsabilité de l'organisation.L'attitude des cadres serait-elle aussi un « facteur de risque »?« Les cadres s'attendent à ce que les employés soient prudents et qu'ils respectent les règles de sécurité.Or, ce n'est pas la conformité aux procédures de sécurité qui fait qu'il y a peu d’accidents dans une entreprise; ce sont les initiatives de sécurité ou de prévention que prennent les employés eux-mêmes et qui ne sont pas écrites dans les règlements.» Il y a souvent un fossé considérable entre le travail tel qu'il est pratiqué et les mesures de prévention prescrites.Et dans de tels cas, les initiatives prennent le pas sur la conformité aux règles.« Si l'initiative prime sur la règle, la SST ne se gère pas de la même façon! » À l'occasion de conférences, Marcel Simard rencontre les dirigeants de nombreuses entreprises pour les sensibiliser aux résultats de ces recherches et au besoin de revoir certaines pratiques de gestion.LES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES : UNE URGENCE! Plus de 95 p.100 des entreprises québécoises comptent moins de 20 travailleurs.C’est pratiquement toute la force active du Québec! Curieusement, les chercheurs commencent à peine à se pencher sur leur cas.«Il y a 20 ans, lorsque l'Institut de 50 recherche en santé et sécurité du travail (IRSST) a été créé, relate la chercheuse Danièle Champoux, les recherches étaient effectuées dans les grandes entreprises parce que les ressources et l'accès à l'information y étaient facilement accessibles.Mais les mesures conçues pour les grandes entreprises ne peuvent pas s'appliquer aux petites et moyennes entreprises.» Avec son collègue Jean-Pierre Brun, Danièle Champoux a pris le pouls de deux petites entreprises des secteurs de l'habillement et des produits de métal.Contrairement aux entreprises de grande taille, les employés des PME ne sont généralement pas représentés par les centrales syndicales.Ils sont souvent mal renseignés sur la SST et ont peu d'outils de prévention.Par ailleurs, les problèmes financiers prennent beaucoup de place.« La survie des PME se gagne au prix d'une très grande flexibilité; elles vont accepter des contrats à quelques heures d'avis et modifier leur horaire pour garder leurs clients.» Pas surprenant que tout le temps disponible soit investi dans la production.Les cadres, par ailleurs, ne communiquent que très peu avec la CSST, les CLSC ou les associations sectorielles.Et lorsque ces instances se présentent chez eux, leur présence est perçue comme une surcharge de travail.« Par- ce que les PME n'ont pas conscience de l'importance de la prévention, indique Danièle Champoux, elles n’ont aucune idée de l’ampleur des coûts entraînés par les problèmes de SST.» Forts de nombreuses entrevues et de plusieurs heures passées sur le plancher, Jean-Pierre Brun et Danièle Champoux ont conçu des grilles d'autodiagnostic pour venir en aide à ces PME.« Ce sont des outils que nous avons voulus le plus simples et le plus efficaces possible afin que les employés et les cadres puissent les utiliser sans aide extérieure.» Les grilles incitent à faire l’inventaire des problèmes et, pour chaque problème relevé, une solution est proposée.Les trousses d'autodiagnostic ont été diffusées au printemps puis à l'automne 2002 dans les secteurs et les sous-secteurs des entreprises visitées.Si l'expérience se révèle concluante, des trousses pourraient être conçues pour plusieurs autres PME par la CSST.LA FORCE ACTIVE PREND DE L’ÂGE Le vieillissement des travailleurs n'est pas causé uniquement par les baby-boomers qui prennent de l'âge, estime Esther Cloutier, chercheuse à l’IRSST : « Les travailleurs demeurent aujourd'hui plus longtemps sur le marché du travail.De DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 ENJEUX LE TRAVAIL OUI REND MALADE 1 plus, les jeunes sont moins nombreux et investissent le monde du travail beaucoup plus tard.» Comparativement à l’Europe et au reste du Canada, les travailleurs québécois vieillissent plus rapidement.Or, plutôt que d'aborder ce phénomène comme un fardeau de société, Esther Cloutier vise à valoriser le savoir-faire développé par les travailleurs plus âgés.« Les jeunes sont les travailleurs qui ont le plus d’accidents au travail.Les travailleurs âgés, eux, ont développé une panoplie de connaissances et de trucs originaux et très efficaces.» Pour faire ressortir ces acquis et s'assurer qu'ils soient transmis aux nouvelles générations de travailleurs, il faut d'abord vérifier la durabilité des actifs humains.En effet, plusieurs milieux ne s'adaptent pas du tout aux travailleurs vieillissants : la vitesse d'exécution augmente continuellement, les technologies prennent de plus en plus de place, les horaires fluctuent.De fait, les organisations doivent apprendre à conjuguer avec la réalité des travailleurs qui prennent de l'âge.« Les formations, par exemple, devraient être moins théoriques et partir davantage de la propre expérience de ces personnes.Autrement, elles sont exclues ; on leur propose, par exemple, une retraite anticipée.» Dans une étude exploratoire réalisée dans certains CESC, Esther Cloutier a constaté que bien souvent, les employés âgés sont tout à fait disposés à transmettre leur savoir.Ces échanges des plus constructifs, toutefois, se réalisent sur le tas et en dehors des heures de travail.« L'organisation du travail ne favorise pas le transfert du savoir-faire, constate l'ergonome.La charge de travail est énorme, et le facteur temps est ex- trêmement problématique.» Son équipe explore actuellement des pistes pour favoriser les échanges entre générations de travailleurs sans toutefois ajouter à la charge de travail.« Une solution serait d'améliorer les méthodes de communications entre employés; une erreur de communication équivaut souvent à une perte de temps.» Son projet de recherche est étalé sur deux ans et les résultats sont attendus par de nombreux regroupements de travailleurs de la santé et instances de SST au Québec.LA SURVEILLANCE BIOLOGIQUE EN INDUSTRIE : UNE SCIENCE EN ÉVOLUTION « Nous n’avons toujours pas d'indicateur d’exposition pour la plupart des substances toxiques auxquelles les travailleurs font face en industrie », signale d'entrée de jeu Robert L’éducation {’est iiott® Education Québec E3 Pour vous abonner : Téléphone 514.873.8095 Fax 514.864.2294 Courriel vie.pedagogique@meq.gouv.qc.ca 51 i DÉCOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 Les r~\ F nx Appel de candidatures S de la echerche Date limite de réception des dossiers de candidature : 21 février 2003 cientifique de l'Acfas Prix aux chercheurs Prix Adrien-Pouliot Coopération scientifique avec la France Prix André-Laurendeau Sciences humaines Prix J.-Armand-Bombardier Innovation technologique Prix Jacques-Rousseau Interdisciplinarité Prix Léo-Pariseau Sciences biologiques et sciences de la santé Prix Marcel-Vincent Sciences sociales Prix Michel-Jurdant Sciences de l'environnement Prix Urgel-Archambault Sciences physiques, mathématiques et génie Prix aux étudiants Prix Bernard-Belleau Doctorat - Santé et produits pharmaceutiques Prix Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs Maîtrise et doctorat - Toutes disciplines Prix Ressources naturelles Doctorat - Ressources naturelles Association francophone pour le savoir Acfas Renseignements : Téléphone : (514) 849-0045 prix@acfas.ca • www.acfas.ca/prix ENJEUX LE TRAVAIL OUI REND MALADE [t W 4 mM mesurer biologiquement.Responsable d'un laboratoire unique au pays, il teste l'action de solvants tels que le toluène, le styrène et le xylè-ne sur des animaux de laboratoire, mais aussi sur des humains.Dans la salle d'inhalation où chaque centimètre cube d'air est contrôlé, des cobayes humains sont exposés à des concentrations inférieures aux normes en vigueur.Robert Tùrdif et son équipe mesurent alors le rythme auquel ces substances sont éliminées par le corps et les principes qui règlent cette absorption.« Les modèles informatiques sont aujourd'hui très puissants et nous permettent de décrire et de prédire plusieurs scénarios.» Avec de tels outils, les chercheurs essaient aussi de connaître les effets des substances toxiques sur des métabolismes différents.« Les variations biologiques entre les personnes sont encore mal comprises, précise Robert Tardif.L'obésité, les variations génétiques, la durée des expositions et l’interaction entre plusieurs substances sont aussi des aspects que nous tentons d'élucider.» Les travaux du professeur Tardif peuvent mener au développement Cest en étudiant le comportement des substances toxiques dans l’organisme humain et en développant des indicateurs d’exposition à ces substances [.] que les experts établissent des normes.Tùrdif, professeur au Département de santé environnementale de l'Université de Montréal.C'est en étudiant le comportement des substances toxiques dans l'organisme humain et en développant des indicateurs d'exposition à ces substances — dans le sang ou dans l'urine, par exemple — que les experts établissent des normes.« Or, il existe énormément de substances pour lesquelles il n'y a encore aucune norme d'exposition.» C'est justement ce qui intéresse Robert Tùrdif : connaître le comportement des substances une fois qu'elles sont absorbées par le corps afin de trouver des moyens de les de tests de dépistage des substances ou au raffinement des tests existants.« C'est ce type de connaissances qui amène parfois à revoir les normes existantes.D'ailleurs, à la lumière de ces études toxicologiques, plusieurs normes ont été resserrées au cours des dernières années.» ?53 DECOUVRIR | JANVIER FÉVRIER 2003 J Hommage Le prix Léon-Gérin, accordé dans le domaine des sciences humaines, a été attribué à M.Paul-André Crépeau, considéré comme le père spirituel de la réforme du Code civil du Québec et aujourd’hui professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université McGill ainsi qu’à la prestigieuse Chaire Arnold Wainwright de droit civil de la même université.Paul-André Crépeau a profondément marqué le milieu universitaire québécois.Depuis le début de sa carrière, il s’illustre particulièrement par son oeuvre colossale qui a inspiré notamment la refonte du Code civil du Québec et l'élaboration de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.De 1975 à 1984, Paul-André Crépeau dirige l’Institut de droit comparé de l’Université McGill.Puis, en 1976, il fonde le Centre de recherche en droit privé et comparé du Québec, qui deviendra, sous sa direction, l’instance première pour la recherche fondamentale dans cette discipline.Qualifié par ses pairs d’expert en droit civil sur le plan international, Paul-André Crépeau a reçu six doctorats honoris causa.aux lauréats des Prix du Lors d’une cérémonie à l'Assemblée nationale le 5 novembre dernier, cinq personnalités marquantes du domaine scientifique ont reçu la plus haute distinction honorifique attribuée par le gouvernement du Québec.IM HUiljy Dans le domaine industriel, le prix Lionel-Boulet a été décerné à l’ingénieur Pierre-Claude Aïtcin pour l’importance de ses travaux dans le domaine des nouvelles tech- Le prix Wilder-Penfield, octroyé dans le domaine des sciences biomédicales, a été remis cette année au neurobiologiste André Parent.Le prix reconnaît la contribution exceptionnelle de ce chercheur à nologies du béton.Pierre-Claude Aïtcin a débuté en 1967 comme professeur d’hydraulique au Département de génie civil de l’Université de Sherbrooke.Aujourd’hui professeur titulaire au même établissement, Pierre-Claude Aïtcin a largement contribué à doter le Québec d’une industrie du béton des plus diversifiées et des plus avancées.En 1989, le professeur Aïtcin crée, avec l’Université Laval, l’un des premiers regroupements universitaires en génie civil au Canada, soit le Centre de recherche interuniversitaire sur le béton (CRIB).La même année, il fonde la Chaire industrielle sur le béton du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), l’étude de l’organisation anatomique et fonctionnelle du cerveau, plus particulièrement des structures nerveuses appelées « ganglions de la base ».André Parent s’illustre particulièrement à l’échelle mondiale par ses travaux, et ses découvertes importantes laissent entrevoir de nouvelles voies de traitement pour les maladies neurodégénératives telles que les maladies de Parkinson, d’Huntington et d'Alzheimer.André Parent est professeur titulaire au Département d’anatomie et de physiologie de la Faculté de médecine de 54 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 Québec 2002 LES PRIX DU QUEBEC chaire qu’il dirige jusqu’en 1998.Durant cette période, il est directeur scientifique de Béton Canada, un réseau de centres d’excellence pancanadien de recherche sur les bétons à haute performance.Pierre-Claude Aïtcin se fait aussi valoir par sa participation à de grands projets très innovateurs, notamment la passerelle cyclo-pédestre à Sherbrooke, la plate-forme de forage pétrolier Hibernia ainsi que le pont de la Confédération à l’île-du-Prince-Édouard.Titulaire de 21 brevets pour 8 inventions, Pierre-Claude Aïtcin est l’auteur de nombreuses publications, dont un ouvrage de référence sur les bétons à haute performance traduit en plusieurs langues.a Mil HfHim l’Université Laval depuis 1981 et, depuis 1996, directeur du Centre de recherche Université Laval-Robert-Giffard.Il est aussi codirecteur du Centre de recherche sur le cerveau, le comportement et la neuropsychiatrie depuis sa création, en 1999.André Parent est notamment l’auteur de deux ouvrages de référence qualifiés d'indispensables en matière de neurobiologie : Carpenter’s Human Neuroanatomy, une refonte complète du plus prestigieux des traités de neuroanatomie, ainsi que Comparative Neurobiology of the Basal Ganglia.Dans le domaine des sciences de la nature et du génie, le prix Marie-Victorin a été attribué cette année au géochimiste Claude Hillaire-Marcel pour ses travaux exceptionnels en matière de géochimie isotopique.Pionnier de cette discipline au Québec, il est reconnu principalement pour ses travaux portant sur l’évolution climatique et géologique de notre planète.Professeur titulaire au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis 1969, Claude Hillaire-Marcel figure parmi la première génération de professeurs qui ont formé ce département.En 1979, il fonde le Centre de recherche en géochimie et géodynamique, le GEOTOP, devenu aujourd'hui le GEOTOP-UOAM-MCGILL, reconnu internationalement, et dont il assumera la direction pendant plusieurs années.De 1983 à 1989, Claude Hillaire-Marcel est simultanément directeur du Département des sciences de la Terre à l’UOAM et de celui du Centre national de la recherche scientifique de France.Il dirige ensuite,jusqu’en 2000, la Chaire industrielle Hydro-Ouébec/Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada/Université du Québec à Montréal.Aujourd'hui, Claude Hillaire-Marcel est titulaire de la Chaire UNESCO sur les changements à l’échelle du globe.Le prix Armand-Frappier, attribué pour la création ou le développement d'établissements de recherche ou pour l’administration et la promotion de la recherche, a été décerné à l’économiste Robert Lacroix, l’un des grands bâtisseurs de l’Université de Montréal dont il est aujourd'hui le recteur.Le professeur Lacroix se consacre au développement de cet établissement depuis plus de 30 ans.Il y commence sa carrière à titre de professeur au Département de sciences économiques, où il se fait valoir parses travaux de recherche sur l'économie des ressources humaines et sur l’économie de l’innovation.De 1977 à 1983, il dirige le département.De 1985 à 1987, il assume la direction du Centre de recherche et de développement économique.Puis, de 1987 à 1993, comme doyen de la Faculté des arts et des sciences, Robert Lacroix contribue à l’essor de la recherche au sein de cette faculté, notamment par son engagement personnel dans la création et la promotion du Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA).En 1994, il fonde le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (Cl- £ RANG).Depuis 1998, Robert Lacroix s’affai-fj re à la construction de quatre nouveaux?pavillons à l’Université de Montréal, qui ac- < cueilleront dès 2004 quelque 1200 cher-g cheurs et étudiants.ï 55 FELICITATIONS A TOUS NOS LAUREATS! DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 ZOO ZOOMZOOMZOOMZOOMZO O M Mk V ^ m DOMINIQUE FORGET Archéologue Juillet 2000.Une équipe internationale d’archéologues songe à plier bagage après avoir passé plusieurs semaines à fouiller le site de Bau l’Aubésier, dans le Vaucluse, en Provence.Serge Lebel, professeur associé au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), est en charge de l’équipe.Impatient de rentrer, il décide tout de même de passer quelques journées supplémentaires sur le site pour pousser les fouilles .au cas où.Intuition ou coup de bol ?Il s'apprête à faire la découverte la plus importante de sa carrière et de l’histoire récente de l’archéologie.Armé de son pic et de sa brosse, mais surtout de sa patience, il extrait d’une couche de sédiments.une mâchoire et deux dents.Vieille de 200 000 ans, cette mandibule humaine a permis aux chercheurs d’en apprendre davantage sur les pré-Néandertaliens.« Les dents retrouvées étaient très usées, se rappelle M.Lebel.Cela laisse croire que les hommes utilisaient leur dentition antérieure non seulement pour mastiquer les aliments, mais aussi pour saisir des objets et découper des matériaux.» La mandibule est unique et montre une sérieuse infection qui a engendré la perte de dents.« Cet individu pré-Néandertalien aurait malgré tout réussi à survivre de nombreuses années, probablement grâce à l’aide des membres de son groupe.» Civilisations anciennes La nouvelle de la découverte du professeur Lebel a fait le tour du monde.En plus de nous éclairer sur l’histoire de l’humanité, elle a permis de faire con- naître les aptitudes des Québécois en archéologie.Selon Claude Chapdelaine, professeur d’archéologie au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, cette discipline est sortie d’une grande noirceur dans la belle province à partir des années 70.« Auparavant, les personnes qualifiées étaient rares et il y avait un manque de volonté pour préserver notre patrimoine, affirme-t-il.Aujourd’hui,on compte chez nous une centaine d’archéologues actifs.» Spécialiste de la civilisation mochica, Claude Chapdelaine travaille au Pérou depuis 1994.« Les Mochicas ont prospéré dans une dizaine de vallées de la côte nord du Pérou, entre le deuxième et le septième siècle de notre ère », explique-t-il.Les fouilles du professeur Chapdelaine ont permis de mettre au jour les vestiges d'une cité ancienne présentant toutes les caractéristiques d’une capitale étatique avec ses activités économiques, religieuses et administratives.L’archéologue a également découvert un tombeau renfermant les restes d’une femme, enterrée avec 22 vases et des objets de cuivre.Mais il n’est pas nécessaire de s'exiler à l’autre bout du monde pour faire des décou- Scène de fouilles dans la région du Lac-Mégantic par l’équipe de Claude Chapdelaine ‘ vertes intéressantes.« Le Québec regorge de vestiges qui n’attendent que d’être découverts! », s'exclame M.Chapdelaine.L’été dernier, il a déménagé ses pénates sur les rives du lac Mégantic dans les Cantons-de-l’Est.« Nous voulons mieux comprendre comment vivaient les Amérindiens avant l’arrivée des Européens et savoir depuis quand ils exploitaient la région.Déjà, plusieurs objets en pierre taillée, des pointes de projectile et des haches, par exemple, ont été retrouvés sur les plages.» Des fouilles plus approfondies ont jeté une nouvelle lumière sur la façon dont les Algonquiens aménageaient leur espace vital.« Nous avons retrouvé deux foyers.Autour, nous avons découvert des os qui étaient certainement des restes de repas et de nombreux grattoirs pour traiter les peaux.Nous avons vu cependant très peu de céramique, ce qui nous indique qu'il s'agissait essentiellement de populations nomades.» D’ici sa retraite, Claude Chapdelaine compte cumuler ses travaux sur le Pérou et ses fouilles au Québec.« Évidemment, il s’agit de deux mondes complètement différents.Ça prend beaucoup plus d’imagination pour faire de l’archéologie au Québec qu’au Pérou.Quand on trouve le foyer d’une tribu amérindienne, il faut imaginer tout ce qu'il y avait autour.Au Pérou, puisqu’on utilisait déjà la pierre chez les civilisations anciennes, je peux carrément entrer 56 DECOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2003 uébécois : • e l’Université de Montréal.dans la maison.Mais dans les deux cas, je pense faire des découvertes stimulantes.» Art rupestre Les vestiges de civilisations anciennes ne se limitent pas à des fragments d’os, à des bâtiments ou à des outils anciens.Les productions visuelles peuvent aussi livrer des secrets sur les premiers occupants de nos territoires.Les peintures qui tapissent les grottes de Lascaux en sont un bon exemple.Ces œuvres peintes sur la pierre sont connues à travers le monde.Or le Québec possède aussi ses sites d’art rupestre.Beaucoup moins avancées que les peintures européennes, les représentations réalisées par les ancêtres des Amérindiens et des Inuits demeurent tout de je me souviens même une mine d’information sur l’histoire des civilisations autochtones.Daniel Arsenault, professeur d’archéologie à l’Université Laval ,est spécialisé dans l’étude des sites rupes-tres québécois.Au total, il en a recensé 4 en territoire inuit et 14 dans la forêt boréale québécoise, en territoire amérindien.« Sur les sites inuits, mon équipe a retrouvé des gravures à même des gisements de pierre à savon, dit l’archéologue.Ce sont essentiellement des visages vus de face de différentes formes et dimensions.Certains ont un caractère humain, d’autres sont hybrides.On peut retrouver des figures humaines êtres surnaturels.Les gravures représenteraient le chaman lui-même ou les entités qu’il rencontrait.» En milieu amérindien, on retrouve également quelques gravures, mais surtout des peintures.Ces dernières ont été réalisées avec de l’ocre rouge que les indigènes trouvaient sur le bord des rivières.Les figures représentées comprennent notamment des personnages et des animaux, dont des ours, des cervidés, des poissons et des oiseaux.On aperçoit aussi des figures hybrides,fantasmatiques, et différents objets utilisés par les Amérindiens, dont le canot.Les interprétations des experts par exemple.D’autres encore font appel au contexte chamanique pour justifier la présence de ces œuvres.Personnellement, je crois qu’il faut faire des interprétations cas par cas plutôt que d'appliquer des théories générales.» Grâce à un phénomène tout à fait naturel, les peintures ont pu être préservées durant des centaines d’années, voire quelques milliers.« Les sites d’art rupestre reposent à ciel ouvert,ce qui les expose aux intempéries.Au fil des ans, les eaux de pluie ou de fonte ont entraîné avec elles des matières minérales, dont de la silice ou de la calcite.Ces minéraux se sont accumulés Mandibule d’un pré-Néandertalien (Bau l’Aubesier - 200 000 ans).Une sérieuse infection a causé la perte des dents de cet individu.Ensemble d’outils datant de 4000 av.J.-C., découvert dans la région du Lac-Mégantic.avec des cornes, par exemple.» Puisque aucun texte n’a été légué par les ancêtres du peuple inuit, les chercheurs doivent se fier en partie à la tradition orale pour interpréter les gravures.« Selon toute probabilité, cet art serait lié au chamanisme.Le chaman, dans la société inuit, était en contact avec des quant à la signification des sites amérindiens sont multiples.« Certains croient que les sites avaient un caractère magique, explique M.Arsenault.Par exemple, on pense que les Amérindiens dessinaient des animaux pour obtenir une bonne chasse.D’autres archéologues croient que les sites ont été utilisés pour commémorer des événements marquants, la victoire d'un groupe guerrier sur un autre, sur les parois pour former des couches protectrices.» Le travail de Daniel Arsenault consiste à mettre en valeur les œuvres, tout en assurant leur préservation.« Je travaille toujours en collaboration avec des collectivités amérindiennes pour m’assurer de respecter leurs volontés et leurs traditions.En tant qu’archéologue, mon but n’est pas de détruire.Je veux plutôt préserver le patrimoine pour les générations futures et partager les connaissances acquises sur le passé.» ?| DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 iie édition Concoure de vulgariAation Acientifique de DECOUVRir LA REVUE DE LA RECHERCHE Date de clôture du concours: ier février 2003 Le Concours de vulgarisation scientifique de l’Acfas est l’occasion de rendre accessibles au grand public tous les domaines dans I lesquels travaillent nos chercheuses et chercheurs, qu’il s’agisse de philosophie, de littérature, d’histoire, de démographie, de nutrition, de biotechnologie, d’océanographie ou de sciences de l’environnement, etc.Pour qui?Prix: Les étudiantes et étudiants universitaires des 2e et 3e cycles; Les chercheuses et chercheurs des centres de recherche publics et privés; Les professeures et professeurs des cégeps et universités ainsi que toute autre personne faisant de la recherche dans ces établissements.Cinq prix de 2000$, ainsi que la publication des textes primés.De plus, le concours est ouvert aux Canadiens francophones résidant à l’extérieur du Québec ainsi qu’aux étudiants et aux travailleurs étrangers en séjour au Québec.Le Projet Métropolis, un forum international pour la recherche et le développement de politiques publiques sur les migrations, la diversité et les villes en évolution, double le montant du prix remis par l'Acfas pour des articles qui traitent de l'immigration et autres sujets apparentés.Voir : www.canada.metropolis.net.Comment participer?Soumettre un article traitant de son sujet de recherche.Cet article doit comporter un maximum de cinq feuillets à interligne double (consulter le formulaire d’inscription).Joindre un bref curriculum vitæ.La qualité de la rédaction, la rigueur scientifique, le souci de vulgarisation et l’originalité du traitement seront les critères de base retenus par le jury.Le Guide de vulgarisation scientifique peut être obtenu sur demande au coût de 8 $ (+ taxes + frais d’envoi).Pour recevoir le formulaire d’inscription au Concours de vulgarisation scientifique, s’adresser à : DECOUVR]r 425, rue De La Gauchetière Est Téléphone : (514) 849-0045 Montréal (Québec) H2L 2M7 Télécopieur : (514) 849-5558 Courrier électronique: concours.v-s@acfas.ca A Québecf Projet réalisé avec l’aide financière du ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie m DÉCOUVRjr Revue bimestrielle de vulgarisation SCIENTIFIQUE, DÉCOUVRIR EST PUBLIÉE PAR L’ACFAS — ASSOCIATION FRANCOPHONE POUR LE SAVOIR — AVEC L’AIDE FINANCIÈRE DU MINISTÈRE DE LA RECHERCHE, DE LA Science et de la Technologie (MRST).QuébecSS Directrice et rédactrice EN CHEF Danielle Ouellet Directeur général de l’Acfas Germain Godbout Secrétaire de rédaction Julie Garneau Recherche photo Julie Garneau Comité de rédaction Johanne Collin, Robert Ducharme, Pierre Fortin, Jean-Claude Guédon, Jacinthe Lacroix, Jean-René Roy, Michel Trépanier Révision linguistique Hélène Larue Direction artistique Martine Maksud Photo de la page couverture 2001 ORBITAL IMAGING CORPORATION / SCIENCE, PHOTO LIBRARY Sorties Postscript Film-O-Progrès Impression Imprimerie Ouebecor, Saint-Jean Certains articles de Découvrir peuvent ÊTRE REPRODUITS AVEC NOTRE ACCORD ET À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À : Acfas 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L 2M7 Tél.: (514) 849-0045 Téléc.: (514) 849-5558 DECOUVRIR^ ACFAS.CA www.acfas.ca/decouvrir Nous REMERCIONS PATRIMOINE CANADA POUR SON AIDE FINANCIÈRE À LA PUBLICATION de la revue Découvrir.Le contenu de cette revue est reproduit SUR SERVEUR VOCAL PAR l'AUDIOTHÈQUE POUR LES PERSONNES HANDICAPÉES DE L'IMPRIMÉ.Téléphone : Québec (418) 627-8882 Montréal (514) 393-0103 La revue Découvrir est répertoriée dans Rcpére et dans CARD.n° de convention de vente relative aux envois de publications canadiennes 1260413, janvier 2003 DÉPÔT LÉGAL : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE du Québec, premier trimestre 2003 ISSN 1498-5845 Publicité : Communications Publi-Services Chantal St-Denis, Jean Thibault Tél.: (450) 227-8414 info@publi-services.com LE FRANÇAIS, UNE LANGUE À APPRIVOISER, textes des conférences prononcées au Musée de la civilisation (Québec, 2000-2001), Les Presses de l’Université Laval, 111 p.CHARLEVOIX, Serge Gauthier et Normand Perron, Les Éditions de l’IQRC, 175 p.L’ACTION HUMANITAIRE DU CANADA, sous la direction de Vvan Conoir et Gérard Verna, Les Presses de l’Université Laval, 615 p.ESPACES ET TEMPS DE LA MATERNITÉ, sous la direction de Francine Descaries et Christine Corbeil, Les éditions de remue-ménage, 543 p.PASSER AU RANG DE PÈRE : IDENTITÉ SOCIOHISTORIQUE ET LITTÉRAIRE AU QUÉBEC, François Ouellet, Éditions Nota Bene, 154 p.Errata Dans le dernier numéro de Découvrir : 1 L’auteure du dossier Violeurs et pédophiles sous l’œil des chercheurs est Valérie Borde.2 M.Adrian Tsang, dont il est question dans le texte intitulé Les gènes de l’extrême, enseigne à l’Université Concordia.3 L’école Christ-Roi de Saint-Camille, dont il est question dans le texte Briser l’isolement des écoles rurales, est située dans la MRC d’Asbestos.LA LUTTE ANTITERRORISTE OU LA TENTATION DÉMOCRATIQUE AUTORITAIRE, Albert Legault, Les Presses de l’Université Laval, 165 p.livres REGARDS CROISÉS SUR LE MÉTISSAGE, sous la direction de LaurierTurgeon, Les Presses de l’Université Laval, 233 p.SANG SUCRÉ, POUVOIRS CODÉS, MÉDECINE AMÈRE, Bernard Roy, Les Presse de l’Université Laval, 247 p.HORIZONTALITÉ ET GESTION COLLECTIVISME ET TRANSITION DÉMOCRATIQUE : LES CAMPAGNES ROUMAINES À L’ÉPREUVE DU MARCHÉ, Mircea Vultur, Les Presses de l’Université Laval, 188 p.TRAVAIL ET SYNDICALISME : NAISSANCE ET ÉVOLUTION D’UNE ACTION SOCIALE, James D.Thwaites, Les Presses de l’Université Laval,495 p.PUBLIQUE, sous la direction de Jacques Bourgault, Les Presses de l’Université Laval, 355 p.DE L’HARMONIE TRANQUILLE AU PLURALISME CONSENTI, Brigitte Caulier, Nive Voisine, Raymonde Brodeur, Les Presses de l’Université Laval, 364 p.Des nouvelles du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologie Plan triennal 2002-2005 Le Fonds Nature et Technologies vient de lancer son premier plan triennal.Cette démarche constitue une première au Québec pour le secteur des sciences naturelles et du génie.Une large tournée d’information et de mobilisation est prévue au début de l’année 2003.Des membres du conseil d’administration du Fonds Nature et Technologies honorés Monsieur Claude Hillaire-Marcel, professeur à l’UQAM et vice-président du CA, a reçu le 5 novembre dernier un des prestigieux Prix du Québec, le prix Marie-Victorin destiné aux chercheurs en sciences pures et appliquées.Le 7 octobre, un autre membre du CA, monsieur Jean Nicolas, professeur à l’Université de Sherbrooke, était nommé au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), un des organismes clés du gouvernement fédéral dans les secteurs de la recherche et de l’innovation.Finalement, soulignons la nomination en septembre dernier de la présidente-directrice générale du Fonds, madame Sylvie Dillard, au conseil d’administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec.Pour plus de renseignements, consultez notre site : www.nateq.gouv.qc.ca Fonds québécois do I* recherche sur la nature et les technologies Québec ca u ca ca 59 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 la fine pointe )e CI RA N O Le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (Cirano) et ses partenaires ont pour mission de développer au Québec un centre de recherche en analyse des organisations destiné à accroître l’efficacité et la compétitivité des entreprises québécoises.Que le meilleur gagne! En 1995, l°rs de la course à la chefferie du Nouveau Parti démocratique, Alexa McDonough arriva à se glisser entre Svend Robinson et Lome Nys-trom pour remporter l’élection contre toute attente.« Si l’on avait demandé aux électeurs de choisir entre Mme McDonough et l’un ou l’autre des deux autres candidats, pris individuellement, elle serait arrivée dernière », affirme Michel Turgeon, professeur au Département d’économique de l’Université Laval et fellow du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).« C’est la preuve que la majorité absolue n’est pas toujours la meilleure façon de choisir un gagnant.» La politique n'est pas le seul domaine où l’on doive classer des candidats selon un ordre qui reflète la préférence déjugés ou d’experts.Dans certains sports olympiques, on fait également appel à des juges pour choisir les médaillés.Dévoilé par les médias comme un sport où la controverse suit souvent les athlètes sur le podium, le patinage artistique est de ce lot.« En patinage artistique, les juges attribuent des points aux compétiteurs, explique M.Turgeon.Ce pointage sert simplement à établir un classement entre les compétiteurs pour chacun des juges.Pour arriver au classement final, on applique ensuite quatre critères successifs qui sont inconnus de la 60 plupart des téléspectateurs.Et pour cause : ils sont très complexes! » Les règles de l'International Skating Union (ISU) stipulent qu’il faut d’abord trouver le rang mé- dian de chaque compétiteur, soit le plus petit rang auquel une majorité déjugés l’a classé.Après quoi, si des compétiteurs arrivent ex aequo, on utilise un second critère : le nombre déjugés qui ont contribué à l’attribution du rang médian des patineurs.Si une nouvelle étape de départage des ex-aequo s’impose, on calcule le rang moyen accordé aux compétiteurs par les juges qui ont contribué au rang médian.Finalement, on calcule si nécessaire le rang moyen accordé par l’ensemble des juges.Doutant de l’impartialité de ce système de classement, Michel Truchon a analysé les résultats de 24 compétitions olympiques.En traitant les notes attribuées à l’aide d’autres règles mathématiques, il a constaté que les médaillés d'or n’étaient pas toujours les compétiteurs préférés par les juges.« J’ai trouvé que l’approche de Concordet, qui consiste à comparer les compétiteurs deux par deux, était beaucoup plus juste.Ainsi, si un candidat obtient un meilleur rang que chacun des autres aux yeux d’une ma- jorité déjugés, il devrait obtenir le premier rang du classement final.Soulignons que le gagnant ! en question ne serait pas nécessairement placé au premier 1 rang par une majorité de juges.: Autrement dit, il ne serait pas r obligatoirement le gagnant : dans une élection à la pluralité des voix.» Malheureusement, l'approche : de Concordet peut introduire des i cycles où, par exemple, A est jugé 1 meilleur que B par une majorité : déjugés, B est jugé meilleur que ! C et C est jugé meilleur que A.i Ce paradoxe peut toutefois être 1 brisé grâce à l’application de la |: règle de Kemeny, qui maximise la concordance avec l’ensemble 1 des classements des juges.Dans un rapport intitulé Théorie du choix social et patinage artistique, publié par le CIRANO, Michel Truchon fait état de ses résultats.Même si les instances de patinage artistique n’ont pas été très réceptives, M.Truchon voit de nombreuses applications à son étude.« Tous les comités qui doivent classer des candidats, pour un poste ou une bourse par exemple,font face à de tels problèmes.Même chose lors des élections, où l’on doit ordonner les candidats de manière à refléter les préférences individuelles exprimées dans un scrutin.En démocratie, encore plus que dans les sports, il importe d’appliquer des critères de sélection équitables.» DOMINIQUE FORGET Découvrir remercie les centres de liaison et de transfert qui participent financièrement à cette chronique.^ i CQlÉB ; parLenaire de la blo» innouaLion Le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (COVB) est un chef de file depuis 1985 en valorisation des biomasses et des biotechnologies.Il stimule et accélère l’exploitation industrielle des résultats de recherche.Déchets : raffiner plutôt qu’enfouir Centrale électrique de 7MW utilisant la technologie de gazéification d’ENER-KEM, située à Castellon, en Espagne.qu’Esteban Chornet regarde les déchets domestiques d’un œil intéressé.Depuis 25 ans,ce professeur du Département de génie chimique à l’Université de Sherbrooke voit les sacs verts comme une source d’énergie ô combien renouvelable.Et cette vision n'existe pas que dans sa tête puisque, grâce à une technologie développée par ses équipes de recherche, des gaz issus du traitement de déchets non recyclables alimentent depuis 2001 une centrale électrique en Espagne.L’ingénieur chimique planche maintenant sur l’amélioration de ce procédé de gazéification.« Les raffineries de déchets devront faire partie des solutions environnementales du 21e siècle », estime M.Chornet.La technologie qu’il a mise au point règle, en effet, deux problèmes à la fois : celui du traitement des déchets non recyclables et celui de l’approvisionnement en énergie renouvelable.Cette solution logique suppose toutefois la mise au point d’un procédé complexe, aujourd’hui commercialisé par la compagnie Enerkem de Sherbrooke où, depuis peu, une unité de démonstration a pignon sur rue.La première étape consiste à trier les déchets.Malgré la collecte sélective, nombre de poubelles contiennent encore de la matière recyclable com- me du verre ou du métal.Le tri permet aussi de mettre de côté les déchets compostables, c’est-à-dire les résidus alimentaires.« À l’unité-pilote de Sherbrooke, le tri se fait manuellement, mais des méthodes mécaniques sont disponibles », précise M.Chornet.Les déchets triés sont ensuite déchiquetés, puis convertis en granules qui seront acheminées au réacteur et transformées en gaz synthétique.À l’intérieur de ce réacteur,on garde du sable en mouvement par l’injection d’une quantité limitée d’air.On obtient la température d’environ 750 °C par l’oxydation partielle de la matière organique présente dans les déchets.Il suffit de quelques secondes dans le réacteur pour que les granules se changent en divers gaz, soit le dioxyde et le monoxyde de carbone, l’hydrogène, le méthane et l’azote.Une fois débarrassées des particules résiduelles et des goudrons qui retournent au réacteur pour leur conversion complète en gaz, les molécules gazeuses combustibles sont prêtes à alimenter une centrale de production d’électricité ou de chaleur, de la même façon qu’on le ferait avec du gaz naturel.« Notre gaz synthétique, le Syn-gaz, est d’ailleurs aussi propre que le gaz naturel », précise Esteban Chornet.Il ne possède cependant pas la même valeur calorifique : 6 MJ/ m3, comparativement à 36-38 MJ/m3 pour le gaz naturel.Grâce entre autres à un financement du Centre québécois de valorisation des biotechnologies (COVB), qui appuie le projet depuis ses débuts, M.Chornet travaille actuellement sur des techniques susceptibles d’améliorer cette valeur calorifique.Il expérimente notamment un enrichissement en oxygène de l'air injecté dans le réacteur, ce qui limi- terait la présence d’azote dans le produit fini.Son objectif est d’atteindre 12 MJ/m3.Malgré cet écart, le gaz synthétique peut avoir un avantage économique sur différentes sources d’énergie fossile, si l’on considère les dépenses de gestion comme celles liées à l’enfouissement ou à l’incinération, qu'on évite en valorisant ainsi les déchets urbains.Pour le moment, peu de pays tiennent compte de ces « coûts évités » aux générations actuelles et futures.Par contre, en Espagne et chez quelques autres membres de l’Union européenne, une législation garantit une prime à la production d’énergie verte, ce qui rend l’opération rentable même pour de petites unités.Des communautés éloignées de toute source d’énergie bon marché pourraient aussi être intéressées, tout comme celles qui ont une sensibilité particulière à l’environnement.À Sherbrooke, par exemple, où le lieu d'enfouissement a connu des ratés, il y a un intérêt particulier pour des technologies de ce genre.« Les administrateurs de la Ville et les citoyens veulent cependant être certains que la solution n'amènera pas d'autres rejets nocifs, note M.Chornet.C’est ce que notre unité de démonstration tente de leur prouver.» LOUISE DESAUTELS 61 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2QC)3~[F la fine pointe M Centre de recherche informatique de Montréal Le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), inauguré en 1985, a été créé pour renforcer les liens entre les universités et les entreprises, petites, moyennes ou grandes, du secteur des technologies de l’information.Allô?Suis-je branchée?Dans le monde de la téléphonie, toutes les opérations sont désormais informatisées, de l’enregistrement de la requête du client jusqu'à la facturation des services.Toutes les opérations?Non! Un secteur résiste encore et toujours, celui du branchement des lignes téléphoniques.C’est justement ce que cible NHC Communications, en développant des systèmes automatisés d'interconnexion.Le mariage n’est pas simple à réaliser entre les innombrables fils de cuivre qui vont de chaque ligne téléphonique d’un territoire jusqu’aux gigantesques panneaux où les attendent les fils reliés à l’appareillage du fournisseur de services.Encore aujourd’hui, lorsqu’un nouveau client désire obtenir une ligne, un technicien doit repérer les bons fils et procéder manuellement à leur raccordement.NHC Communications propose plutôt de remplacer ces panneaux, qui occupent des étages complets, par des circuits logiques miniaturisés, sur lesquels de petits robots pourraient intervenir afin d’établir ou d’interrompre chaque connexion client-service.Un tel commutateur automatisé ne peut exister sans un support informatique sophistiqué, comme celui que développe actuellement NHC.« Nous travaillons depuis plusieurs mois sur une nouvelle génération de serveur qui permet de 62 reconnaître, localiser et contrôler les points de contact, et d’actionner le commutateur à distance », explique Luc Duchesne, ingénieur et directeur R-D logiciels chez NHC.Deux possibilités sont offertes aux clients — qui sont des entreprises de service téléphonique comme Bell Canada, Verizon et BellSouth (É.-U.) ou France Télécom.Soit, à partir d'une représentation graphique, un opérateur donne au robot la commande d’établir à distance le contact désiré et le guide avec sa souris d’ordinateur, soit la commande est totalement intégrée à la chaîne d’opérations et se réalise sans un seul clic de souris.Il y a déjà quelques années que NHC a mis au point une première version de ce serveur.Celle sur laquelle la compagnie travaille depuis quelques mois, avec la collaboration du Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), permettra avant tout d’offrir un logiciel qui réponde aux nouvelles normes du secteur des télécom-munications visant une plus grande uniformité des outils informatiques (TL 9000).NHC saisit cette occasion pour améliorer son processus de base, ce qui entraînera une meilleure gestion, un développement logiciel plus efficace et une qualité supérieure pour des projets de cette envergure.« Le développement logiciel est une science relativement nouvelle, rappelle M.Duchesne.Il est encore difficile de prédire les coûts et le temps de réalisation en fonction du niveau de qualité désiré.» La méthodologie qui se met en place permettra justement de mieux maîtriser ces paramètres, de façon à livrer sans trop de surprises des produits qui répondent aux besoins des clients.« En téléphonie, les exigences de qualité sont très élevées; c’est ce qui fait que vous pouvez recourir à votre téléphone en tout temps et parler des heures sans interruption », rappelle M.Duchesne.Baptisé ControlPointMC, le produit offert par NHC comprend l’équipement, le logiciel et le micrologiciel.Il intéresse d’abord les entreprises de service téléphonique lorsqu’elles exploitent de petites centrales (moins de 15 000 lignes) en région éloignée, où aucun technicien n’est sur place en permanence.Le raccordement d’un nouveau client implique alors le coût du déplacement d'un technicien, dans des conditions climatiques et d’accès parfois difficiles, ainsi qu’un inévitable délai pour l’usager.LOUISE DESAUTELS DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 | la fine pointe c:e.frio mt votre lien avec l'avenir Le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO), contribue à l’amélioration de la performance des organisations grâce à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.Vers un gouvernement électronique À quand des comptoirs uniques de services, des centres d'appels multimédias et des portails Internet pour regrouper les services gouvernementaux?Actuellement, un citoyen qui désire démarrer son entreprise doit consulter de 16 à 17 ministères différents avant de voir son projet devenir réalité! De plus, si presque tous les ministères proposent de l’information en ligne, très peu offrent des services simplifiés d’inscription, de réservation ou de paiement à distance.Pourtant, depuis plusieurs années, le gouvernement investit ressources et énergie afin d’offrir aux citoyens et aux entreprises de meilleurs services électroniques.Par exemple,Tourisme Québec et Bell Canada ont lancé le portail de renseignements touristiques Bonjour Québec.com, alors qu’Emploi-Québec offre la consultation en ligne de banques de données sur l’emploi.Malheureusement, ces initiatives, quoique intéressantes, sont encore trop peu nombreuses.Elles ne comblent pas les attentes du citoyen dont la demande de services concerne plusieurs ministères et organismes.Cloisonnées par leurs missions différentes, les diverses entités gouvernementales développent plutôt des projets qui répondent aux besoins spécifiques de leur clientèle particulière.Préoccupés par cette situation, l’État québécois, quelques entreprises privées et le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) ont lancé, en juin 2002, le projet baptisé Services électroniques aux citoyens et aux entreprises.Le but?« Aider le gouvernement à s’approprier rapidement les technologies de l’informa- tion (Tl) de façon concertée et non isolée », explique Marcel Gilbert, directeur du projet.L’objectif est en fait d’inciter l’État à élaborer des grappes de services électroniques auxquelles différents ministères et organismes collaboreront.« Il s’agit de la première étude gouvernementale qui s’intéresse à l’ensemble des citoyens et des entreprises et à leurs besoins multisectoriels », révèle le directeur, développement de projet, au CEFRIO.Durant l’été 2002, une équipe de chercheurs de divers milieux1 a réalisé des sondages et animé des groupes de discussion auprès de citoyens,d'entre- prises et de travailleurs autonomes afin de connaître leur position relativement à l'offre de services électroniques gouvernementaux.La population critique notamment la surabondance d’information gouvernementale en ligne, la rareté des applications interactives et, évidemment, le manque de com- munication efficace lorsqu’il s’agit de simplifier les services aux citoyens.Mais avant d’investir dans l’aventure électronique, l’État veut en cernertous les enjeux.Par exemple, la protection des renseignements personnels, qui soulève des craintes chez le citoyen, mérite d’être étudiée de près.Ainsi, durant la prochaine année, les chercheurs du CEFRIO analyseront cinq cas précis d’implantation des Tl dans des ministères québécois.« Il importe de déterminer les‘‘conditions gagnantes ” à favoriser et les pièges à éviter au moment de la réalisation de tels projets », note Marcel Gilbert.Par ailleurs, l’équipe de recherche souhaite apprendre des erreurs et des bons coups des autres.Ainsi, elle étudie présentement des initiatives de gouvernement électronique et de grappes de services en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en France et au Royaume-Uni.Les chercheurs du CEFRIO espèrent présenter leurs recommandations à l'État d’ici 2004.Un colloque international devrait couronner le tout.1.Université Laval, ENAP, Centre d’études en transformation des organisations de l’École des Hautes Études Commerciales, Institut de recherche clinique de Montréal, Université Concordia.NATHALIE KINNARD ****** etsm a ilfljlfll 2 r.fr.- 63 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003-^1 la fine pointe Le Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA), créé en i992> a pour mission de valoriser la recherche universitaire en calcul appliqué, celle qui intéresse les entreprises et les organismes de services publics.Les fractales : une recherche bien vivante #5) Lorsqu’il fut introduit dans les années 1970, le concept de fractale excita bien des esprits au sein de la communauté scientifique.Dans son célèbre ouvrage Les objets fractals, Benoit Mandelbrot proposa une géométrie pour représenter les objets complexes de la nature.Jusque-là, la géométrie classique n’offrait pas d'outils permettant de décrire des formes naturelles comme les contours d’une montagne ou d’une forêt.Aujourd’hui, la recherche sur les fractales est encore bien vivante.Chercheur au CERCA, Antoine Sauciers’in-téresse aux fractales pour dénicher.des sources de pétrole! Récemment, il s’est joint à plusieurs scientifiques réputés dans le domaine pour rédiger un livre entièrement consacré au développement et aux applications de la géométrie fractale.Référence francophone sur les fractales, le livre Lois d’échelle, fractales et ondelettes fut publié en France en 2001.Un exemple souvent cité lorsqu’on parle d’objets fractals est celui du flocon de neige.La forme du flocon, en effet, résulte de la subdivision et de la répétition de motifs à des échelles de plus en plus petites.Mais ce type de structure constitue l’exception plutôt que la règle, souligne Antoine Saucier.« Ce qui avait fasciné Mandelbrot, c’étaient ces objets spéciaux qui possèdent un maximum de symétrie; on les appelle des " objets auto-similaires ”.Or,on voit rarement de tels objets dans la pratique! Une représentation plus pertinente des objets fractals, à mon avis, est celle du microscope qui révèle toujours de nouvelles struc- Plate-forme fonction de la profondeur.Ces signaux contiennent souvent d’immenses quantités de données; il s’agit alors d’analyser ces signaux pour connaître les différents types de variabilité, ou de texture, qui pourraient révéler un filon intéressant.Mer du Nord Jiir Lim bourg Coupe d'un réservoir de pétrole tures au fur et à mesure qu’on augmente le grossissement.» De manière générale, on dira qu’un objet est fractal s’il varie de manière irrégulière et sur une grande gamme d’échelles.Mais quel est le lien entre les fractales et la recherche de pétrole?Pour trouver du pétrole, les prospecteurs creusent des puits d’exploration dans lesquels ils descendent des appareils pour sonder le sous-sol.Ils obtiennent ainsi des signaux décrivant les propriétés du sol en Les secondes « logs » montrent les couches de terrain de plus près, en parallèle avec les signaux de microrésistivité (microresistivity logs).C’est ici que les méthodes fractales d’Antoine Saucier trouvent leur utilité.« Pour comparer ces textures, il faut savoir les décrire.Comme pour un visage composé d’éléments de base tels que les yeux, le nez, la bouche, etc., on peut décom poser la texture en éléments simples.Les méthodes fractales nous aident à trouver des éléments de texture qui permettent une description simple, complète et efficace.» Antoine Saucier cherche une approche permettant non seulement de caractériser, mais aussi de synthétiser des signaux ou des images ; et pour cela, il faut prévoir des centaines d’heures de calcul par ordinateur.« Mais je crois avoir trouvé une approche mathématique et numérique qui amènera des progrès importants.» L’analyse de textures avec les méthodes fractales est utilisée non seulement en sciences de la Terre, mais aussi pour caractériser des images de provenances diverses.«À grande échelle, elle est utilisée pour analyser les images satellitaires afin de reconnaître différents types de végétation, dit Antoine Saucier.À plus petite échelle, la texture du noyau de la cellule peut être utilisée comme un indicateur de stade précancéreux.« En fait, conclut le mathématicien, les chercheurs font souvent face à des formes complexes.Ils se butent à une panoplie d’obstacles quand ils veulent caractériser et modéliser ces formes.La géométrie fractale est là pour rester, parce que la nature est pleine de formes irrégulières et chaotiques! » SOPHIE PAYEUR 64 DECOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2003 Osez vous serez étonnés! Offrez-vous Le Devoir du samedi Actualités Le monde Perspectives Éditorial Idées Science Éducation Économie Culture Sports CAHIER SAMEDI CAHIER CULTURE CAHIER LIVRES CAHIERS SPÉCIAUX L'AGENDA LE DEVOIR Un journal indépendant Abonnements : 514.985.3355 ou 1 800 463.7559 www.ledevoir.com 1 e point 66 Activité physique et sclérose en plaques « L'activité physique permet d’améliorer considérablement le bien-être des personnes atteintes de sclérose en plaques.Elle augmente leur motricité, leur équilibre et leur endurance, ce qui fait qu’elles sont moins fatiguées.Certaines personnes sont même en meilleure forme à la suite du programme qu’avant leur maladie.» Ce constat du professeur de neu-rokinésiologie Jacques Vanden-Abeele, associé à l’Université de Sherbrooke, se base sur vingt-cinq ans de recherche et de Prix du mérite national Robert N.Young, vice-président à la chimie thérapeutique au Centre de recherche thérapeutique Merck Frosst, a reçu le Prix du mérite national décerné par le Ottawa Life Sciences Council « pour l'excellence de son leadership et sa remarquable contribution à la recherche thérapeutique et pharmaceutique au Canada ».M.Young a notamment dirigé l’équipe de chercheurs dont les travaux ont mené à la mise au point de deux nouveaux médicaments, dont le Singulair pour traiter l’asthme (voir Découvrir, vol.20, n° s, p.28).mise en place de programmes pour les personnes atteintes de sclérose en plaques.Lui-même athlète de haut niveau, il a commencé à s’intéresser à cette question après que les médecins eurent diagnostiqué cette maladie chez son épouse.Son approche est fondée sur les théories dynamiques du vivant et sur les données obtenues en neurosciences depuis les années i960.Liaison, 19 septembre 2002 Médaille Fields 2002 En 1967, le mathématicien canadien Robert Langlands, alors âgé de 31 ans, adresse une lettre de 17 pages au mathématicien français André Veil dans laquelle il propose une série d’idées et de conjectures reliant les parties importantes de la théorie des nombres, de l’algèbre et de l’analyse.Ses idées inspireront rapidement des mathématiciens dans le monde entier.Et c’est ainsi qu’en 2002, le mathématicien français Laurent Laforgues a reçu la médaille Fields pour ses travaux sur « la correspondance de Langlands ».La médaille Fields est attribuée tous les quatre ans à l’occasion du Congrès international des mathématiques.Créée en 1923 par le mathématicien canadien John Charles Fields, elle est considérée comme l’équivalent d’un prix Nobel.Ambassade de France, Ottawa Plaisir et masse corporelle Selon Michel Cabanac, physiologiste à l’Université Laval, le plaisir serait l’intermédiaire par lequel est modulé le mécanisme de contrôle de la masse corporelle.Sa thèse est la suivante : la masse corporelle de chaque personne serait contrôlée par un régulateur inter- ne, et le plaisir sensoriel que provoque la consommation de nourriture serait au service de ce thermomètre pondéral.La consigne du thermostat de chaque personne peut être déterminée, en laboratoire, en mesurant le temps requis pour que la sensation de plaisir que procure la consommation, à intervalles réguliers,d’une boisson ou d’un aliment sucrés, se transforme en sensation désagréable.Chez les sujets normaux, la prise de sucre est jugée plaisante pendant les premières minutes.Mais, à me-sureque le temps passe,ce plaisir fait place à une impression neutre allant même jusqu'au déplaisir lorsque le sujet en a ras-le-bol.Fait intéressant, si le sujet crache l’aliment au lieu de l’avaler, la sensation de plaisir ne s’émousse pas avec le temps.Chez certains sujets obèses, la sensation de plaisir ne s’estompe pas.Au fil des événements, 26 septembre 2002 Les gens seuls ne sont pas seuls à vivre seuls Au cours des 50 dernières années, le fait de vivre seul est devenu de plus en plus courant.En effet, la proportion de Canadiens et Canadiennes de 15 ans et plus vivant seuls a presque quintuplé, passant de 2,6 p.ioo en 1951 à 12,3 p.100 en 2001.Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apprécia- tion de ce mode de vie.Ainsi, la diminution du nombre de familles élargies a incité un nombre plus important de grands-parents, d’ondes et de tantes célibataires, qui auparavant auraient vécu chez un parent, à habiter seuls, alors que le déclin des taux de fertilité et du nombre d’enfants vivant à proximité a laissé seules plusieurs personnes âgées, veufs ou veuves.D’autres facteurs, aussi importants: l’introduction, en 1966, des régimes de pension du Canada et du Québec, qui ont permis de réduire les difficultés économiques des personnes âgées, les programmes de soins de santé à domicile et la modernisation des appareils électroménagers.Chez les plus jeunes, les changements sociétaux comme le mariage à un âge avancé, le taux de divorce élevé et une plus grande indépendance économique des femmes, ont aussi contribué à cette augmentation.Tendances sociales canadiennes, automne 2002 ^ pIcOUVRIR I JANVIER-FÉVRIER 2003 I )LOGIE )RTHOPH 'SIOUE • PSYCHOLOC INTERNATIONALES • S DE LA " ' ! iTE COMMUN/ RESTIÈRES • SCIENC ES GÉOG! ^ADUCTIC SOGOLf • DOCT( jlE CELLULAIRf Je suis un visionnaire.Je veux promouvoir mes idées.Je veux faire avancer les connaissances.Je veux atteindre mes objectifs et inventer ma carrière.L'Université Laval m'offre le meilleur environnement d'études et de recherche.Première université francophone en Amérique Parmi les 10 plus grandes universités de recherche au Canada Plus de 225 chaires, instituts, centres et groupes de recherche Plus de 1 100 chercheurs Environ 170 programmes de formation aux 2e et 3e cycles dont plusieurs avec Profil international 230 millions de dollars en fonds de recherche Bourses, stages, programme études-travail et soutien financier à la réussite Faites des études de 2e et de 3e cycle Le monde s'ouvre à vous.Jusqu'où irez-vous ?À vous de choisir.mim / ximm S 4 Qyj m Pj?vl EX3 UNIVERSITÉ LAVAL Aujourd’hui Québec, demain le monde Dimanche matin, mont Bellevue, à deux pas du campus de l'Université de Sherbrooke.Serge Lepage (cardiologie) et Martin Brouillette (génie mécanique) profitent du grand air tout en discutant de leur projet de recherche commun : l'utilisation de la vélocimétrie Doppler à ultrasons pour la détection précoce de la régurgitation mitrale.déjà plus loin La recherche à l’Université de Sherbrooke C’est l’avantage de la ville universitaire dans un milieu de vie exceptionnel C’est la facilité des collaborations interdisciplinaires C’est l’innovation et le dynamisme de chercheuses et chercheurs renommés et accessibles un nouveau contrat de recherche par jour ouvrable au premier rang des universités canadiennes au chapitre des redevances fonds de recherche de plus de 50 millions $ par an • plus de 50 instituts, groupes ou chaires de recherche plus de 60 créneaux d’excellence en administration, en droit, en éducation, en éducation physique et sportive, en génie, en lettres et sciences humaines, en médecine, en sciences, en théologie, éthique et philosophie embauche de 200 nouveaux professeurs www.usherbrooke.ca/recherche > •> V* .UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE (819) 821-7555
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