Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1944, Janvier
Vol.X, No 1 Québec, Janvier 1944 wMm W&&$.:•>:- »¦ Cette vignette présente la maison du Commandeur Alphonse Desjardins, à Lévis, fondateur de la première Caisse populaire à Lévis.Cette propriété fut léguée à l’Union régionale de Québec par .Mlle Albertine Desjardins, fille du Commandem Desjardins.OAgant officie# de FÉDÉRATION DES CAISSES POPULAIRES DESJARDINS Rédaction et administration : F^evue v> \" Vv V-i La Fédération des Caisses populaires.Chambre 912 — Immeuble Price, 65, rue Ste-Anne, Québec.Organe officiel de la Fédération de Québec des Unions régionales de Caisses populaires Desjardins, société régie par la Loi des Syndicats coopératifs de Québec.Abonnez-vous x a La Revue Desjardins Lisez-la et faites-la lire Prix de ^abonnement .$1.00 MommaiAe 19 4 4 C.Vaillancourt______________ 2 La structure du mouvement coopératif des Caisses populaires Desjardins Paul-Emile Charron____ — — 3 Les Caisses populaires Des jardins Rosario-H.Tremblay— — — 4 L'éducation du sociétaire Paul-Emile Charron .—.5 La Caisse populaire .- 6 J'ai fait un beau voyage Joseph Turmel.—.—.—.— 9 Lettre ouverte Louis Arneau _______________ 10 Fondation de la Caisse populaire de Lévis C.Vaillancourt.___________ 11 Brillant éloge de notre fondateur Paul Bréval ________________ 13 Assemblée annuelle de la Caisse de Lévis ________*- 14 Notes et commentaires C.Vaillancourt _______f- 16 Dans la région de Joliette Paul-Emile Charron ______ .17 Assurances Rosario-H.Tremblay.___ ___ 18 Quand doit on payer le boni?Paul Emond.____________ 18 Le progrès du mouvement coopératif dans le Québec Paul-Emile Charron ._ _ 18 Consultations légales L’Aviseur légal ._ _ 19 Table d'intérêt simple sur $100 à 1 %__ 20 ÉDITORIAL 1944 Encore une nouvelle année qui commence! Que sera-t-elle?Heureuse ou tragique, qui pourrait le dire?Tous espèrent que 1944 verra la fin de la guerre en Europe.Quand viendra l’après-guerre, ce sera, nous semble-t-il, un autre genre de guerre, guerre d’idées, d’idéologies, de conceptions différentes, que sais-je?Chacun voudra établir son propre système: les socialistes deviendront plus socialisants, les communistes feront de même, et les capitalistes qui voient arriver la tempête et craignent, mais font bien peu pour essayer d’y parer, voudront eux aussi garder le contrôle de toute économie, chacun prétendant que son système est le meilleur.Dans toutes ces controverses, il y a toujours des abus qui se commettent, abus d’idées comme de langage, abus de réformes, et les réactions, malheureusement, quand elles arrivent, dépassent toujours la mesure.Espérons que les réactions qui viendront nécessairement chez nous comme ailleurs ne dépassent pas trop la mesure.Pour réformer, il n’est pas nécessaire de tout brûler, de tout détruire, de tout bouleverser, et de laisser un abîme là où il y avait au moins quelque forme de construction.Réformer, c’est réparer, c’est refaire, mais refaire mieux, et pendant la réconstruction de l’édifice, il ne serait pas sain de laisser les gens au froid, geler, mourir faute de nourriture, de combustible.De tous les organismes que l’on cherche à mettre sur pied, n’est-ce pas le système coopératif qui peut en tout point donner la solution à bien des problèmes.La coopération bien appliquée résoudra dans l’organisation du monde de demain plus d’une controverses, et elle empêchera bien des haines et bien des rancunes.La coopération appliquée réellement et intégrale- • 2 REVUE DESJARDINS ment se base sur la justice et la charité, et développe en outre chez les individus un esprit de fraternité et d’entr’aide qui ne peut que produire des résultats bienfaisants.La coopérative d’épargne et de crédit est le premier genre de coopération à être appliqué parce que c’est ce genre de coopération qui dès le début moralise ses sociétaires, les éduque tout en rendant leurs actions productives.L’abbé Couture, directeur des Oeuvres du Diocèse de St-Boniface, Manitoba, au début d’une magnifique brochure qu’il vient d’éditer, exprime d’une façon lapidaire ce qu’est la Caisse populaire, ce qu’est la coopérative d’épargne et de crédit.“La Caisse populaire”, écrit-il, “apporte une solution à bien des maux pourvu qu’on la comprenne dans son sens parfait, c’est-à-dire moral, social et économique.” C’est là tout un programme qu’il serait trop long de développer aujourd’hui, mais nous espérons bien y revenir prochainement.Que 1944 soit le début d’une ère de paix, paix partout, paix entre les pays, paix dans nos organisations économiques, paix dans nos familles, paix dans nos âmes.Et que la charité et la justice régnent en triomphateurs.C’est là le voeu le plus sincère, le plus ardent et le plus vibrant que nous puissions faire.Paix aux hommes de bonne volonté.C.Vaillancouri La structure du mouvement coopératif des Caisses populaires Desjardins Le mouvement coopératif d’épargne et de crédit compte aujourd’hui dans cette province au-delà de 765 caisses populaires disséminées à travers tout le territoire du Québec.Ces caisses sont des institutions coopératives d’épargne et de crédit qui, à peu d’exception près, sont des institutions économiques de caractère paroissial.Institutions coopératives, elles appartiennent naturellement à leurs membres qui en disposent comme bon leur semble dans les limites de la loi et des règlements en vertu desquels elles sont incorporées.Les caisses populaires sont des institutions économiques distinctes, indépendantes les unes des autres, autonomes.Elles sont des entités juridiques distinctes: chaque caisse populaire a sa personnalité juridique propre.Elle est responsable de ses actes.La conduite de l’une n’engage en rien la responsabilité de l’autre.Les premières caisses qui se sont fondées autour de la Caisse-mère se sont groupées ensemble et ont constitué un organisme coopératif “L’Union régionale de Québec”.L’Union régionale est en somme une société coopérative dont les membres sont les caisses qui lui sont affiliées.Elle est régie par la loi des Syndicats coopératifs de Québec.Elle a sa personnalité juridique propre.Ses faits et gestes n’engagent en rien la responsabilité des autres unions régionales.Elle est une institution économique distincte, autonome, indépendante de tout autre organisme coopératif.Elle couvre un territoire bien défini.Elle opère pour le compte des caisses-sociétaires un service d’épargne et de crédit, et c’est à cela qu’on réfère quand il est question de Caisse régionale ou centrale, VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 elle voit à la diffusion des idées coopératives en matière d’épargne et de crédit, fonde de nouvelles caisses et opère un service de compensation des chèques.En 1932, il existait dans le Québec 4 unions régionales avec service coopératif d’épargne et de crédit, service de compensation des chèques, service de propagande.Elles se sont concertées pour constituer un organisme central “La Fédération de Québec des Unions régionales de Caisses populaires dites Desjardins”, dont la mission est de promouvoir les intérêts généraux de nos coopératives d’épargne et de crédit, d’assurer la pleine expansion du mouvement des Caisses populaires Desjardins.Cet organisme central a mis sur pied plusieurs services: inspection, propagande, assurances, papeterie, revue, consultations légales, informations techniques, placements etc.c’est un organisme d’unification sur le plan doctrinal et de coordination sur le plan de l’action.Cet organisme est fondé sur une conception hiérarchique de la structure du mouvement coopératif d’épargne et de crédit, conception qui découle logiquement du principe de l’autonomie des caisses populaires qui opèrent sur un territoire restreint et qui sont la chose exclusive de leurs membres conçus comme des co-associés et des co-propriétaires d’une entreprise économique dont ils disposent à leur gré dans les limites des pouvoirs que leur octroie la loi des Syndicats coopératifs de Québec.Le mouvement coopératif d’épargne et de crédit a une tête et des organes qui remplissent les fonctions qui leur sont naturellement dévoluées.Paul-Emile Charron 3 • Les Caisses populaires Desjardins Pour le bénéfice de nos lecteurs, nous donnons ici une synthèse de l’inventaire du mouvement coopératif d’épargne et de crédit chez-nous, fait par l’honorable Cyrille Vaillancourt, directeur-gérant de la Fédération des Caisses populaires du Québec.Cet inventaire fut communiqué lors du dernier congrès de la Coopération les 11, 12, 13 novembre.Caisses locales: Au 30 juin 1943, 669 Caisses populaires avaient fait rapport et montraient l’actif suivant:— Trois-Rivières Québec Gaspé Montréal Sherbrooke Rimouski Autres Total — — $ 8,519,758.63 — 22,355,287.96 856,056.50 — 9,976,969.69 — 2,449,136.56 — 2,207,002.74 255,708.70 — $46,619,920.78 L’actif de ces Caisses était réparti comme suit:— Urbaines Semi-urbaines Rurales Autres — $18,852,420.93 — 4,008,674.02 — 23,670,595.01 88,230.82 Il y avait 203,564 déposants avec des dépôts d’épargne de $40,015,906.58.Les Caisses scolaires se développent très rapidement et en particulier dans l’Abitibi.37,467 sociétaires bénéficiaient d’un total de $16,410,903.40 d’emprunts au 30 juin 1943.Les prêts qui avaient été consentis aux diverses coopératives dépassaient $2,100,000.Il serait trop long de signaler tous les aspects particuliers des prêts aux coopératives dans la Province.A côté de ces réalisations d’ordre économique, la plus belle est cependant d’ordre éducationnel.Ici, il est impossible de faire une évaluation en dollars et en cents pour l’établir d’une façon précise.Unions régionales: Les Unions régionales étaient au nombre de 6 au 30 juin 1943, comprenant chacune le nombre suivant de Caisses:— Trois-Rivières — 100 Québec — 228 Gaspé -— 34 Montréal — 169 Sherbrooke —- 58 Rimouski — 72 Elles ont appliqué intégralement certains principes essentiels depuis leur fondation: 1) L’autonomie des caisses populaires et autres coopératives affiliées dans leur organisation, leur fonctionnement, leur ad- ministration, sauf l’affiliation volontaire établie par les présents statuts.2) Décentralisation et utilisation locale de l’épargne dans le milieu où elle a été produite.3) Organisation du crédit populaire par en bas, c’est-à-dire par des institutions paroissiales ou régionales.Parmi les services des Unions régionales, il y a:— a) Assurance-vie pour les emprunteurs.La fondation en cours d’une mutuelle-incendie par les Unions réginales.b) Propagande et inspection.c) Caisses régionales dont l’actif s’élevait au 30 juin 1943 à $9,568,258.78.Elles se doivent de maintenir liquide leur actif pour faire face aux variations des dépôts qui leur sont confiés.Le tableau suivant fera comprendre la nécessité de cette politique: VARIATIONS DE L'ÉPARGNE Diminution Année Épargne Montant Pourcent; 1928 $8,092,968.$ 1929 8,090,614.2,354.1930 7,750,875.342,093.4.2% 1931 7,436,861.656,107.8.1% 1932 6,189,794.1,903,174.23.5% 1933 5,586,812.2,506,156.30.9% VARIATIONS DU CAPITAL SOCIAL Diminution Année Capital Montant Pourcenti 1929 $1,850,541.$ 1930 1,831,694 18,947.1.% 1931 1,776,049.74,492.4.% 1932 1,619,670.230,871.12.5% 1933 1,483,324.367,217.19.8% Ces Caisses régionales ont rendu d’immenses services aux Caisses affiliées en augmentant le rendement sur les fonds qui leur sont confiés.Elles prêtent aussi aux sociétaires à des conditions exceptionnelles.Plusieurs Caisses régionales ou centrales offrent aux Caisses affiliées un service de garde pour les valeurs.Certaines Unions opèrent un comptoir de papeterie pour leurs Caisses affiliées.Il est bien inutile d’insister davantage sur le rôle que jouent les Unions régionales dans notre organisme des Caisses populaires, il est d’une importance vitale tant au point de vue de doctrine coopérative que du domaine pratique.Fédération: Les effectifs généraux des Caisses comprenant les locales et les régionales donnent un • 4 REVUE DESJARDINS actif de $56,188,179.56 au 30 juin 1943, un capital social payé de $5,294,217.65, un montant d’épargne de $47,575,411.42, et des réserves de $2,373,887.73.L’augmentation des effectifs généraux de nos Caisses de 1933 à 1938 et 1943 sont les suivants:—- 1933 1938 1943 Capital $1,483,323.59 $ 2,074,654.96 $ 5,294,217.65 Actif 8,536,403.13 15,730,131.71 56,188,179.56 Épargne 5,586,812.14 11,919,011.88 47,575,411.42 Patrimoine 1,109,640.94 1,413,052.80 2,373,887.83 Nombre de Caisses 162 Sociétaires 36,470 Déposants 37,683 Emprunteurs 10,784 Rec.de dettes $2,103,998.33 Hypothèques 3,373,199.21 393 675 79,955 205,292 70,296 204,316 18,769 37,524 $ 7,092,034.17 10,100,010.78 Total des prêts: $5,477,197.54 $ 7,678,810.47 $17,192,044.95 La Fédération maintient les services suivants: Inspection — Propagande — Autorisations des placements sur obligations — Statistiques — Magasin —- Opinions légales — Rapports mensuels — Emprunts ed la Victoire — Subvention pour le lait etc.La fondation d’une Caisse provinciale est décidée en principe.L’influence générale des Caisses populaires est considérable.Plusieurs pays étrangers s’adressent chez nous pour recevoir des directives nécessaires.L’expérience acquise dans le domaine de la coopération d’épargne et de crédit est une belle réussite qui fait honneur à son fondateur et à ses dirigeants actuels, de même qu’à tous les artisans qui ont contribué à son succès.Rosario-H.TREMBLAY L'EDUCATION DU SOCIETAIRE Nous ne saurions trop insister sur la nécessité qu’il y a pour le succès et le bon rendement d’une Caisse populaire que ses membres, tous ses membres soient bien informés du but de leur Caisse, des principes et des méthodes dont elle tire sa valeur, son efficacité.C’est aux membres des différents conseils de la Caisse de s’assurer que ce travail d’éducation, d’instruction des sociétaires sur leur Caisse se poursuive, soit mené à bonne fin.Qu’ils se demandent d’abord si leur formation est assurée vis-à-vis les fonctions qu’ils ont assumées le jour de leur élection au conseil d’administration, à la commission de crédit, au conseil de surveillance.Le premier devoir des dirigeants de la Caisse, c’est de compléter leur information afin d’être en mesure de bien orienter leur caisse, de la bien administrer.Ils ont aussi le devoir d’assurer l’éducation des membres.Le succès de la Caisse, il est là.Ils doivent profiter des occasions qui leur sont offertes pour informer les sociétaires du but de la Caisse et de leurs devoirs vis-à-vis elle.La Caisse populaire est d’abord une société, et une société avec un but précis.Il importe que tous les sociétaires le connaissent parfaitement bien.L’unité de pensée se fait autour du but.Et l’unité de pensée permet l’accord des volontés et entraine la convergence des efforts, de l’action de tous vers le but.Tout cela est à la base de toute société.Tout cela doit être bien connu des membres.Ils sont des humains.Ils ont leurs intérêts particuliers, leurs idées, leur éducation particulière etc.Il faut les mettre d’accord sur un but à atteindre par une action commune.Ils y participeront dans la mesure où ils y verront leur bien, où ils apprécieront l’objectif, et ils l’aimeront dans la mesure où ils le connaîtront.C’est dans l’action commune qu’une société est efficace, et elle n’est vivante et vraiment organisée que dans l’action commune.Ceux qui en sont les membres ne participent activement à cette action que s’ils y trouvent leur bien.C’est cela qu’il faut mettre en lumière dans les cercles d’étude si l’on veut obtenir des sociétaires l’unité des volontés dans l’action et tirer de la société tout le bien qu’elle peut assurer à ses membres.L’éducation coopérative est un problème permanent, tout comme la collaboration des membres est requise de façon permanente par l’objectif commun à atteindre.Il suffit de se rappeler, pour comprendre le caractère de permanence de l’éducation, que la société coopérative est quelque chose de vivant, qu’elle est un tout dynamique, en évolution constante et en agir constant.L’action que précède l’idée doit être faite dans la lumière si elle veut être intelligente, efficace, bien ordonnée au but.Il y a là un travail de perfectionnement à faire qui ne s’accomplit pas en un jour mais petit à petit.Toute société humaine repose sur la connaissance et l’amour; sinon elle est inhumaine, inefficace, tyrannique et maintenue par des liens artificiels.La connaissance et l’amour qui sont nécessaires à la mutuelle compréhension des sociétaires et à un accord de leurs volontés sur un objet déterminé, telles sont les pierres d’assise de la société coo- VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 5 • pérative.C’est cela qu’il faut assurer au sein de toute institution coopérative si l’on veut qu’elle soit vraiment efficace.C’est à cela que se réduit en somme le problème de l’éducation coopérative: assurer chez les membres une même connaissance et un même amour autour des mêmes objectifs pour une coordination efficace des efforts et une collabora- La Caisse Nous commençons aujourd’hui la publication d’une conférence faite par M.Alphonse Des jardins en 1909, devant le Twentieth Century Club de Boston.Cette Conférence fut publiée par le “Bankers’ Magasine” de Neiv-York dans sa livraison de juin 1909 et en français dans “La Vérité” du mois de juillet de la même année.Nous avons cru avantageux de reproduire ici ce travail parce qu’on voit à chaque ligne, pourrait-on dire, l’idée maîtresse du fondateur, le but qu’il poursuivait en organisant ses Caisses populaires et la direction qu’il voulait leur donner.C.V.La Caisse populaire est une association coopérative reposant sur un principe tout à fait nouveau pour notre pays, admettant la variabilité du capital et du personnel social.Ce n’est donc pas une simple accumulation de capitaux.Tous ceux qui éprouvent les mêmes besoins économiques s’unissent en acceptant un programme large et bien défini, parfaitement compris et rigoureusement suivi.Sans ces conditions primordiales, impossible d’atteindre le succè rêvé, ni même d’en concevoir la possibilité.Ici le capital n’est plus qu’un simple outil, la matière première pour ainsi dire.C’est presqu’un esclave au lieu d’être le maître, comme il l’est ailleurs, comme par exemple dans la compagnie à fonds social.Il n’est pas le pouvoir dirigeant comme dans les concentrations financières si en vogue de nos jours, qui n’ont en se formant qu’un seul objet en vue, celui d’accroître leur production aux dépens du capital non organisé, ou des autres forces économiques.De même que cette union des capitaux organisés doit avoir des règlements pour assurer la réalisation de leur but, de même cette association des personnes doit aussi se pourvoir des règles guidant ses opérations.La première et la plus importante de ces règles regarde le choix de ceux qui doivent être admis dans la société.Les conditions d’admission doivent être d’une nature telle que chacun puisse les remplir, et comme il suffit de faire preuve d’esprit de suite, d’hon- tion universelle dans le sens du bien commun de l’entreprise.C’est ainsi que chacun des coopérateurs sait où il va, aime le but qu’il recherche avec ses co-associés et consent de plein gré et dans la lumière une action intelligente, opportune, efficace.Paul-Emile CHARRON populaire nêteté, d’amour du travail et de la pratique de l’épargne la plus modeste, il est facile de se convaincre que tout le monde peut remplir ces conditions puisque ce sont là les qualités essentielles exigées des sociétaires.But Les deux principaux buts de cette sorte d’association, sont, d’un côté, de provoquer et d’assurer la pratique de l’épargne la plus modeste, de l’autre, de venir en aide à ceux de ses membres qui peuvent avoir besoin d’emprunter en vue de réaliser un gain ou une économie.Cette association fonctionne au milieu des classes les plus humbles de la société et elle repose sur le principe de l’unité de vote.Afin d’assurer le meilleur choix possible des sociétaires, le champ d’activité de la société doit être circonscrit avec le plus grand soin, au point de vue territorial, soit au sein d’une union locale professionnelle ou de tout autre groupement de ce genre.Dans une circonscription aussi limitée, les individus se connaissent mieux les uns les autres et on peut avec beaucoup de certitude se rendre compte de leur valeur personnelle.Il n’en serait pas ainsi si l’activité locale s’étendait au delà de la paroisse, par exemple.Comme il s’agit d’une association de personnes, non de capitaux, chaque sociétaire n’a qu’un seul vote.Au lieu donc d’adopter le principe de la multiplicité du vote d’après le nombre d’actions comme c’est le cas dans les organisations de capitalistes, le suffrage a pour unique base la personne, tout comme c’est le cas dans le monde politique d’une démocratie.De plus, comme les sociétaires se recrutent dans un territoire très restreint, ce qui rend facile l’assistance aux assemblées générales de la société, le vote par procuration est sévèrement défendu à raison des nombreux inconvénients qu’il présente, pour ne parler des fraudes auxquelles il donne lieu et des abus épouvantables dont il est souvent la source.Il ne faut pas à aucun prix qu’un individu soit en position d’exercer une influence néfaste sur la bonne marche de la société, et afin de se prémunir contre les at- • 6 REVUE DESJARDINS teintes d’un tel pouvoir personnel d’aucun des sociétaires, personne ne peut avoir, soit sous forme de parts, soit sous forme de dépôts d’épargne simple, un montant plus élevé que celui prescrit de temps à autre par l’assemblée générale des sociétaires.On a cru, et l’expérience a démontré que cette crainte était fondée, que si un sociétaire pouvait avoir n’importe quel nombre de parts, tout en n’ayant pas le pouvoir de voter plus d’une fois, celui-là à un moment donné ou dans une circonstance critique, pourrait exercer une influence prépondérante sur la marche sociale en menaçant de retirer son capital, chose qu’il a toujours le droit de faire.De là nécessité de fixer de temps à autre le montant maximum qui peut être détenu soit en parts soit même à titre de dépôts, afin de prémunir contre de telles menaces et aussi afin de ne pas être dans l’obligation de garder disponible un montant considérable en vue de faire face à une telle éventualité.Il est bon de prendre de telles mesures, parce qu’il est sage de toujours prévoir la possibilité de l’entrée d’une brebis galleuse dans n’importe quelle société, quelque rigoureux que puissent être les règlements faits en vue de les exclure ou de leur en fermer l’accès.Montants des parts et autres restrictions Il nous faut maintenant aborder la question du capital social.Tout d’abord, on a posé en principe que des sociétés de ce genre ont un caractère tout spécial, que le droit français appelle à capital et personnel variable, c’est-à-dire, dont le capital est susceptible d’être accru ou diminué par la souscription ou le paiement de nouvelles parts, et par le retrait des parts acquittées.Le personnel d’une telle société peut également s’accroître ou diminuer par l’admission de nouveaux membres et la sortie des anciens sociétaires.Cette caractéristique s’impose à raison des conditions tout à fait spéciales dans lesquelles ces associations doivent fonctionner.La caisse populaire se forme pres-qu’exclusivement parmi les classes laborieuses, industrielles ou agricoles, parmi ceux-là même qui, plus que n’importe quelle autre personne, ne peuvent immobiliser leurs épargnes, quelque petites qu’elles soient, dans des parts qu’elles ne pourraient pas se faire rembourser directement par la société, ainsi que c’est le cas, par exemple pour les actions qui ne sont que transférables, mais non pas rachetables.La règle qui s’applique aux sommes déposées dans les Banques d’épargne doit donc s’appliquer aux parts de ces sociétés, autrement il serait impossible d’organiser de telles caisses.Il s’ensuit donc que la Caisse populaire doit, à cet égard, offrir les mêmes facilités de retrait que les banques ordinaires d’épargne, afin d’attirer les fonds nécessaires.Etant une association de personnes, on ne peut s’attendre que le sociétaire voudra aliéner sa liberté au point de ne pouvoir s’éloigner de la circonscription de la société dans laquelle il a été admis, ou de démissionner comme membre.D’ou il suit qu’il faut de toute nécessité pourvoir à la sortie des anciens sociétaires et à l’admission de nouveaux venus, suivant les exigences des circonstances, tout en ne perdant pas de vue qu’il importe grandement de connaître à fond si les nouveaux sociétaires possèdent les qualités essentielles requises.Le capital est créé au moyen de parts dont le nombre est illimité.Leur valeur est déterminée par l’assemblée générale, et le montant doit en être très petit afin de permettre aux plus pauvres de devenir sociétaires.En Belgique la valeur des parts est fréquemment fixée à deux francs seulement, soit environ quarante sous.Il y a même des cas où la part n’est que d’un franc.Au Canada, nous avons adopté la part de $5.00, à l’exception d’une seule société, sur les vingt-deux existantes, qui a préféré adopter le régime de parts d’une piastre seulement.Il est de beaucoup préférable que la loi ne prescrive pas le montant des parts afin d’accorder aux sociétaires une plus grande liberté d’allure dans la fixation de la valeur de ces parts, car les circonstances varient beaucoup suivant les localités et les exigences de situations diverses et il peut en conséquence se présenter très souvent des cas où il ne serait pas juste d’adopter des chiffres pouvant varier.En Italie, comme en France, en Allemagne et en Belgique, ainsi qu’en Angleterre, la loi à cet égard est très libérale et décrète la plus grande liberté possible, puisqu’elle ne mentionne aucun montant pour ces parts.Comment ces parts sont-elles payables?Elles le sont par des versements hebdomadaires, semi-mensuels ou mensuels, suivant ce que les sociétaires jugent le plus convenable pour eux-mêmes.Au Canada, nos parts de $5.00 sont payables par versements de dix sous seulement par parts par semaine.Cinquante semaines, ou presqu’une année, tel est le délai accordé pour l’acquittement d’une part.Ces versements répétés constituent un entrainement superbe ou un noviciat irrésistible à l’épargne et forment une mentalité toute prête à prendre les principes qui régissent le monde économique.L’humble travailleur apprend ainsi comment le capital s’accumule lentement mais sûrement, au moyen de l’épargne du sou, ce pauvre sou que la généralité dédaigne pour 7 • VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 ainsi dire, ou dont on fait si peu de cas.Le nombre de parts qu’un seul sociétaire peut avoir est fixé annuellement par l’assemblée générale de la société, en tenant compte toujours des sauvegardes nécessaires et des précautions indispensables pour assurer la.bonne marche de la société dans certaines circonstances difficiles où l’absence de telles mesures pourrait être préjudiciable à la saine administration d’un tel organisme.A part les fonds ainsi accumulés, les sociétaires peuvent aussi, en se conformant aux règles prescrites, déposer d’autres petites épargnes, lesquelles rapportent un intérêt fixe généralement égal à celui accordé dans la localité à de tels dépôts.Ces dépôts ainsi que les fonds accumulés au moyen des versements sur les parts souscrites sont utilisés sous forme de prêts aux membres, tout en prenant bien soin de garder une encaisse disponible égale à douze, et même vingt pour cent de l’actif général.Il va sans dire que cette encaisse est déposée dans les banques ordinaires lesquelles se trouvent à bénéficier d’autant du mouvement d’épargne ainsi créé.Le pourcentage indiqué ici varie suivant le milieu, l’expérience indique mieux que tout le reste quelle proportion doit être gardée en réserve disponible afin de faire face promptement à toutes les demandes de retraits ou de prêts.Au cours de mon expérience pratique de huit longues années dans le fonctionnement d’une telle société à Lévis, j’ai toujours constaté que dix ou douze pour cent, même sept ou neuf, suffisaient amplement pour couvrir tous les besoins probables des sociétaires.Ces sortes de sociétés ne font pas d’opérations avec le public en général; c’est-à-dire qu’elles ne reçoivent pas de dépôts ni ne prêtent de fonds en dehors de ses membres.Elles ne font donc des opérations qu’avec leurs propres sociétaires à l’exclusion de tout autre et personne ne peut bénéficier de leur fonctionnement à moins qu’il ne soit admis comme sociétaire.Cette condition ajoute une nouvelle garantie dans les conditions de crédit puisque l’admission n’est votée seulement que dans le cas où le postulant a fait la preuve qu’il possède les qualités requises.Les prêts et l'intérêt prélevé Quant aux opérations de crédit, il existe ici une caractéristique frappante sur laquelle il convient d’attirer tout particulièrement l’attention, et cette caractéristique consiste en ce que les petits prêts ont toujours la préférence du plus gros.Ailleurs, c’est le contraire qui est la règle invariable.C’est ainsi que l’on pratique la maxime, éminemment bienfaisante, de protéger le plus grand nombre sans nuire à qui que ce soit.De plus, les prêts étant subdivisés en très petits montants, leur remboursement est garanti infiniment plus qu’il ne pourrait l’être si les sommes prêtées étaient plus considérables dans chaque cas, puisqu’un plus grand nombre de personnes se trouvent appelées à rembourser la somme totale prêtée.Afin de faciliter le remboursement, le régime des versements partiels est toujours préféré.C’est là un grand avantage pour l’emprunteur et une sécurité plus grande pour la société; chaque versement accroît d’autant la valeur du prêt puisqu’il diminue le montant dû.Le montant qui peut être prêté à la fois à un seul sociétaire est toujours fixé par l’assemblée générale, laquelle doit tenir compte de l’ensemble des fonds disponibles et de la nécessité de pourvoir à l’emploi utile de toutes les ressources mises à la disposition de la société.Le taux de l’intérêt peut être déterminé par l’assemblée générale; tel est le cas dans un bon nombre de ces organismes en Europe.Mais l’expérience a démontré de façon concluante qu’une telle pratique bien que recom-x mandable à première vue n’est cependant pas la meilleure qui puisse être suivie.Les emprunteurs sont, la plupart du temps, la minorité dans de telles sociétés, et la majorité se composant donc de ceux qui croient ne pas avoir à recourir au bénéfice du crédit que la société pourrait leur accorder, ne manquerait pas de chercher à s’assurer la plus haute rémunération possible pour leurs épargnes, toujours aux dépens de la minorité, en décrétant un intérêt plutôt élevé sur les prêts consentis.Le meilleur mode, à mon sens, est de laisser la question à la décision de la commission de crédit dont les membres n’ont absolument aucun intérêt personnel à servir d’une façon directe, puisqu’ils sont privés du droit d’emprunter pour eux-mêmes, et qui, dans l’ensemble, ne chercheront qu’à fixer un taux juste et raisonnable visant à créer un mouvement de prêts afin d’aider au plus grand nombre et assurer une rémunération équitable aux épargnistes fournissant des fonds.(à suivre) NOUS SERIONS TRES HEUREUX DE RECEVOIR LES NUMEROS DE LA REVUE DESJARDINS DONT LES CAISSES PEUVENT SE DEPARTIR SANS INCONVENIENTS, ET AVEC AVANTAGE POUR NOUS.• 8 REVUE DESJARDINS J'AI FAIT UN BEAU VOYAGE Allez une seule fois sur la Côte Nord, et vous aurez toujours envie de refaire le voyage.Vous me croirez tout de suite quand je dis que le paysage est féérique; la nature s’est plu à dessiner les figures les plus étranges ou même les immenses rochers que nous contournons et la Providence a jeté, on dirait au petit bonheur, les cailloux de toutes les formes et de toutes les couleurs sur les bords du golfe, comme pour affirmer avec sa Toute-Puissance sa divine Prédilection sur ce joli coin de terre de chez-nous.Le récif de l’Ile-aux-Oeufs, l’Ile d’Anticosti, “cimetière du golfe”, les îles Mingan, les îles Caouins, nous émerveillent autant par leur sauvage beauté que par les souvenirs d’histoire qu’ils rappellent.Ne voit-on pas aux Ilets Caribou, à une couple de milles de l’Ile-aux-Oeufs, se dresser une grande croix blanche pour rappeler l’arrêt forcé que fit à cet endroit, le 13 août 1933, le Délégué apostolique du Canada, Mgr Cassulo; le “North Shore” à bord duquel voyageait le Représentant du Pape, était venu, la veille, piquer du nez sur la pointe du rocher.Mais la Côte Nord, ce n’est pas le paysage seul: c’est surtout la population avec sa cordiale hospitalité, ce peuple de “gentils hommes” qui reste toujours lui-même et qu’on voudrait plus fortement attaché à sa Côte.Je garde particulièrement un respectueux souvenir de Son Excellence Mgr Labrie, vicaire apostolique du golfe.Pour répondre aux bontés de celui que les enfants de Hâvre St-Pierre appellent avec un révérencieux salut: Père Excellence, j’aurais voulu fonder des Caisses populaires dans tous les postes que Monseigneur a bien voulu indiquer.Malheureusement, les circonstances ne m’ont pas toujours favorisé: j’ai dû me contenter de jeter des galons avec le très ferme espoir de compléter en 1944 le travail commencé en 1943.Cependant quatre Caisses déjà sont en opération sur la Côte: Hâvre St-Pierre, Na-tasquan, Ruisseau-Vert et Ste-Thérèse de Colombier.Et pendant les quelques semaines que j’ai eu le plaisir de passer dans cette région de la province, des assemblées de propagande ont été faites partout où la chose a été possible; Longue-Pointe de Mingan, Sept-Iles, Clark City, Rivière-au-Tonnerre, Goudbout, etc.D’ailleurs, l’accueil fait au propagandiste des Caisses populaires pour l’Union de Québec par les Révérends Pères Eudistes qui desservent si héroiquement les paroisses et les missions là-bas, a été extrêmement sympathique, et l’entreprenant Père Garnier aura, je l’espère du moins, sa Caisse populaire comme le bon Père Lestra a eu la sienne.Je serai heureux de retourner sur la Côte Nord non seulement pour mon plaisir (j’en aurai) mais pour apporter à cette brave population l’idée coopérative et l’esprit du commandeur Desjardins.J’y retournerai en pé-lèrinage aussi, en souvenir de feu M.Laflam-me, successeur immédiat du fondateur de nos coopératives, qui s’est accidentellement noyé au large de Godbout.C’était mon plus ardent désir que ce voyage fit un peu de bien: puis-je espérer que la coopération sur la Côte Nord permettra à ses citoyens, en restant chez eux, de pouvoir vivre dans leur demeure, avec l’assurance d’être plus humainement riches, et d’avoir jeté à pleines mains dans le champ des aieux, la semence féconde.Alors là, comme partout ailleurs, chez nous, coopérateurs, on pourra redire ces paroles que Paul Hamel met dans la bouche du laboureur qui, le soir venu, s’en retourne vers sa demeure: “J’ai retrouvé au foyer ma famille et mon culte, J’ai fourni mon labeur et j’ai contenté Dieu.” Joseph TURMEL LA COOPERATION Nous félicitons sincèrement la direction de “Mes Fiches” de la belle initiative qu’elle a prise de présenter un numéro spécial sur la Coopération.Elle a fait preuve en cela d’un bel esprit réaliste: elle reconnaît ainsi la valeur pratique de l’idée coopérative qu’elle veut faire pénétrer chez tous ceux qui ont à coeur d’être des citoyens conscients de leurs devoirs envers la société et des artisans d’un monde meilleur.Ce numéro spécial de “Mes Fiches” qui a pour titre “La Coopération” est une synthèse des principaux travaux traitant de la doctrine coopérative et de ses principales réalisations dans les différents secteurs de la vie coopérative.Nous souhaitons une large diffusion à ce document que tous les coopérateurs devraient et peuvent se procurer en faisant parvenir la modique somme de 7 cts.à “Mes Fiches”, 3425 rue Saint-Denis, Montréal.“Mes Fiches” est un bulletin documentaire bi-mensuel qui présente sous forme de tableau synoptique assez élaboré les meilleures oeuvres de l’esprit.Ce bulletin supplée dans une large mesure à l’insuffisance de nos facultés intellectuelles qui absorbent et retirent bien peu.Si ce documentaire n’existait pas, il faudrait le créer.Et ceux qui ne le connaissent pas devraient s’y abonner tout de suite.Ce sera pour toujours.L’abonnement est de $1.00 par année.Le numéro se vend 5 cts.P.-E.C.VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 9 • A messieurs les officiers, gérants et sociétaires des Caisses Des jardins du Québec Bien chers amis.Nos Caisses Desjardins, nos Unions régionales et notre Fédération font, un peu partout et de plus en plus, l’objet de chroniques assez flatteuses.C’est à nous faire monter une bouffée d’or-gueuil au cerveau.Mais, n’ayez crainte! Les critiques acerbes et malveillantes qu’on nous a prodiguées il y a quelque vingt ans ne sont pas encore entièrement digérées, et d’autres leur succèdent, et— d’autres viendront.Avez-vous lu, chers amis, dans “l’Action Catholique”, l’article de M.Roger Vézina, sur notre Fédération?Il en donne une idée si juste que nous ne résistons pas au désir de le publier au complet, pour nos lecteurs éloignés de Québec et.pour les autres aussi.Les nouvelles de guerre font enjamber tant de lectures sérieuses., “Tout comme les unions régionales, écrit M.Vézina, la Fédération existe pour et en fonction des caisses paroissiales.Celles-ci lui sont reliées par l’intermédiaire des unions régionales et l’adhésion des unions à la Fédération est aussi libre et volontaire que l’affiliation des caisses aux unions.La Fédération est d’ailleurs formée des unions régionales existantes; celles-ci y déléguant les représentants qui en formeront le conseil d’administration.En outre, chaque union délègue un représentant attitré pour l’assemblée générale annuelle de la Fédération.Et grâce à ce mécanisme démocratique, l’autorité de la Fédération lui vient indirectement et repose sur l’unité paroissiale, pierre angulaire de tout le mouvement coopératif d’épargne et de crédit dans la province de Québec.Mais pourquoi une fédération et quel peut être son rôle spécifique dans la vie de nos caisses populaires?Tout en reconnaissant et respectant l’autonomie des unions régionales et des caisses qui leur sont affiliées, la Fédération a pour rôle principal de les représenter, les protéger, les défendre et en faire l’inspection.Ces fonctions sont d’ailleurs implicitement reconnues par les articles 40 et 49 de notre loi des syndicats coopératifs.En vertu du premier de ces articles, les prêts ou placements consentis par une caisse locale à d’autres personnes ou institutions que ses membres-sociétaires doivent recevoir l’approbation d’une fédération.Cette seule restriction importante que doivent subir les caisses de la part de la Fédération se résu- me en définitive à une salutaire protection puisque, comme nous l’avons déjà dit, la Fédération possède des renseignements de première main sur toutes les émissions en cours dans la province, les prix et fluctuations du marché, les rachats, conversions, etc.Et grâce au pouvoir de souscription de toutes les caisses affiliées, elle est en mesure de leur épargner des milliers de dollars par année en obtenant des escomptes qui vont parfois jusqu’à 1-2 point.Quant à l’article 49, il confirme^ en définitive l’existence légale de la Fédération et le rôle que nous venons de décrire sommairement.Obligé de maintenir le haut prestige moral et l’excellente réputation financière de quelque 700 caisses populaires, la Fédération doit entretenir, à même la subvention de l’État et la contribution annuelle des unions, un personnel considérable comprenant un directeur-gérant, un chef des inspecteurs, un comptable-statisticien, treize inspecteurs, dix propagandistes, un assistant-chef inspecteur, un chef de bureau et sept employés de bureau, soit un total de 35 personnes.A tout ce personnel sont confiés l’inspection annuelle des caisses locales exigée par la loi des syndicats coopératifs, la réception, l’étude et la classification de tous les bilans mensuels de ces mêmes caisses, la préparation des inventaires et bilans collectifs, l’examen et la solution de toutes les difficultés d’ordre juridique ou administratif, le soin de partager et déterminer la besogne des inspecteurs et propagandistes, l’impression et la diffusion de la propagande écrite, l’administration de tout un vaste système d’assurance vol et fidélité, la tenue d’un magasin et la distribution de toute la papeterie nécessaire à l’administration et au fonctionnement des caisses populaires, la publication de la revue mensuelle “Desjardins” et autres brochures ou feuillets de propagande, etc., etc.On jugera mieux l’importance et l’utilité de certains services lorsqu’on saura, par exemple, que, dans le seul domaine de l’assurance, le système établi par la Fédération vaut aux caisses locales une économie annuelle d’au moins 50 pour cent sur les taux en usage et que l’an dernier, la Fédération a vendu à un prix exceptionnellement avantageux pour les caisses au delà de 1,000,000 de bordereaux, 1,000,000 de chèques petit format, 300,000 chèques grand format, 250,000 • 10 FLEVUE DESJARDINS feuilles de comptabilité, 50,000 carnets de sociétaires, 150,000 formules diverses et de multiples accessoires de bureaux.On aurait donc tort de minimiser ou ignorer le rôle vital joué par la Fédération dans les domaines de la propagande, de la direction idéologique ou de la simple organisation ou bonne administration des caisses populaires.Forte d’un prestige bien mérité et d’une expérience aussi précieuse qu’indiscutable, la Fédération assure à nos caisses populaires ce caractère de cohérence, de solidarité et d’unité qui leur permet de se multiplier, se développer et progresser sans la moindre défaillance.” N’étant presque pas de moi, voilà, chers amis, une lettre qui a dû vous intéresser grandement tout comme elle a intéressé, Votre vieil ami toujours dévoué, Louis ARNEAU M.ALPHONSE DESJARDINS Fondation de la Caisse populaire de Lévis 2ème COURS (suite) M.Desjardins, avons-nous dit précédemment, avait étudié pendant des années pour construire, bâtir, organiser d’une façon pratique ce que serait sa caisse populaire.Lorsqu’il avait pris connaissance des ravages de l’usure parmi les classes pauvres et laborieuses, il s’était mis à étudier les moyens de rémédier à ces malheurs et parmi les écrits qu’il avait bien médités se trouve l’Encyclique “Rerum Novarum”, publiée en 1891, par Léon XIII.Cette encyclique traite de la condition pénible des travailleurs, de leur misère imméritée, de l’usure qui dévore les gagne-petit.Et M.Desjardins voit chez nous ces mêmes défauts, ces mêmes misères que Léon XIII dénonce: les classes laborieuses sont exploitées, notre habitant est presque abandonné à lui-même et la jeunesse est trop insouciante pour s’occuper de son avenir.Son comité d’étude organisé à l’automne 1900 vient de clore ses séances.M.Desjardins dans un acte de foi admirable demande au Sacré-Coeur de l’éclairer s’il doit persévérer dans son travail, ou de chasser loin de lui cette idée, si ce n’est pas sa volonté.Le moment psychologique est arrivé: “L’an 1900, jeudi, le 6 décembre, à sept heures et demie du soir, se réunissaient dans la salle de la Société des Artisans canadiens-français de la cité de Montréal, succursale de Lévis, rue Eden (aujourd’hui avenue Bégin), sur convocation individuelle, nous disent les procès-verbaux, plus de cent citoyens représentant les diverses classes de la population de la ville de Lévis, des municipalités des paroisses de Saint-David de l’Auberi-vière et de Notre-Dame de la Victoire.” Après l’adoption des statuts préparés par les pionniers de Lévis, le président invita les personnes présentes à s’inscrire comme sociétaires en signant la charte de la Corporation et en souscrivant des parts sociales.Plus de 80 personnes, avec, à leur tête, le curé de la paroisse, M.l’abbé F.X.Gosselin, et M.l’abbé G.-E.Carrier, supérieur du Collège de Lévis, s’inscrivirent comme sociétaires en si- gnant le pacte social et en souscrivant au-delà de deux cents parts.Après la signature des documents de fondation, on procéda immédiatement à l’élection des officiers.Qu’on me permette encore de donner un extrait des procès-verbaux de la première assemblée afin que les noms de ces hommes, qui ont été les initiateurs de ce mouvement coopératif chez nous, passent à l’histoire.“Les propositions suivantes sont adoptées à l’unanimité: M.On.Juteau propose, appuyé par M.François Labrie, que MM.Arcade Côté, Alphonse Desjardins, Jos.-Eugène Carrier, A.N.Lemieux, Pierre Ferland, F.-X.Marceau, Théophile Carrier, Albert Lambert et Joseph Verreault soient nommés membres du conseil d’administration.M.J.-Edouard Bourassa propose, appuyé par M.J.-Eugène Carrier, que MM.Napoléon Lamontagne, Thomas Power, Joseph Gosselin et G.Ignace Couture soient nommés membres de la commission de crédit et de direction.M.Napoléon Lamontagne propose, appuyé par M.Thomas Power, que MM.François Labrie, Joseph Delisle et L.J.Roberge soient nommés membres de la commission de surveillance.” M.Desjardins fut élu président de la première caisse.Quoique fondée le 6 décembre, la première caisse n’ouvre pas ses portes immédiatement.Ce ne sera que quelques semaines plus tard.Qu’on nous permette une petite digression, elle a son importance, nous semble-t-il.Dans le cahier de notes de M.Desjardins, nous trouvons en date du 30 décembre 1900 les lignes suivantes: “Dans son sermon à la grand’messe ce matin, M.le curé F.-X.Gosselin faisant une revue sommaire des grands actes qui ont eu lieu au cours du siècle qui finit, mentionna ce qu’il qualifia “les gloires” du siècle expirant.Parlant de l’institution des Sociétés St-Vincent-de-Paul.créées pour venir au secours des pauvres, il indique aussi à ce propos les oeuvres destinées à améliorer le sort des classes laborieuses, en nommant les Caisses populaires, et voici comment il s’exprima, à ma très grande surprise, mêlée de joie profonde, car rien ne me faisait prévoir une semblable recommandation de cette oeuvre auprès de mes concitoyens; VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 Il • -Le siècle a vu aussi naître ces admirables oeuvres de charité chrétienne connues sous le nom de Sociétés St-Vincent-de-Paul, venant au secours de l’indigent, ces associations ou Caisses populaires répandues partout en Europe et faisant aux populations un bien immense.“En passant, je salue avec une profonde satisfaction la fondation dans notre ville d’une semblable société, ou banque populaire, pouvant faire tant de bien parmi nous.Je suis fier de le dire: ce sera la gloire de Lévis d’avoir créé la première banque populaire sur ce continent, et je lui souhaite le succès et la très grande pospérité dont jouissent ses soeurs, les institutions similaires en Europe.” Ce n’est que le 21 janvier 1901 que la Caisse populaire de Lévis ouvrit ses portes.Le premier dépôt fut un 10 cents et la perception totale de la journée s’éleva à $26.40.Comme on peut le voir, les débuts furent très humbles.Mais le mouvement était lancé, c’était l’essentiel pour le moment.Les gens qui se disaient avertis riaient sous cape et pensaient en eux-mêmes: Çà ne vivra pas longtemps.Si le petit Desjardins est un si grand financier et un si grand génie, pourquoi ne trouve-t-il pas un emploi comme aviseur dans une grande banque?Cela le paierait beaucoup mieux! Je ne doute pas que si M.Desjardins avait voulu une situation plus enviable, avec une rémunération beaucoup plus large, il lui aurait été facile de l’obtenir.Mais il avait une idée en tête: aider les siens.Un jour, quelqu’un lui disait: En définitive, M.Desjardins, vous êtes fou; tout ce que vous faîtes là, c’est peine perdue.Tôt ou tard, vous le savez bien, avec les nôtres on ne peut poursuivre une oeuvre avec succès.Monsieur Desjardins de répondre: “Laissez faire; cette folie m’est douce.J’ai rêvé d’être utile à mes concitoyens.” Après la première séance de perception, M.Desjardins se rendit compte qu’il y avait des gens qui demeuraient trop loin de la Caisse.Alors, il décida avec le concours d’hommes dévoués, tel que M.Napoléon Lemieux, qui vit encore aujourd’hui, d’ouvrir des bureau de perception à certains endroits de la ville.On ouvrait ces bureaux un ou deux fois par semaine et, à la fin de la semaine, on allait remettre à M.Desjardins les montants perçus.La Caisse, dès le début, ne fut pas ouverte chaque jour et encore moins toute la journée.On décida d’ouvrir la caisse trois soirs par semaine, les lundi, mercredi et samedi, et comme les moyens de la caisse étaient plutôt limités et qu’on était dans l’impossibilité de payer un loyer pour le local, tantôt la perception se faisait dans le bureau des Artisans, rue Eden (aujourd’hui avenue Bégin), ou encore, comme la chose se fait d’ailleurs dans bien des endroits, on allait déposer à la maison privée du gérant.Pendant les sessions, la caisse était tenue par un aide dévoué bénévole ou encore par madame Desjardins, cette femme si distinguée.Qu’on me permette ici de rendre hommage à cette infatigable collaboratrice de M.Desjardins: dans toute cette oeuvre, nous ne pouvons séparer Mme Desjardins de M.Desjardins.C’est l’Evangile qui nous dit que l’époux et l’épouse, après leur union, deviennent deux dans une même chair.Nous pouvons dire que dans ce travail de fondation et de direction des caisses populaires, iL étaient deux dans la même idée, dans la même volonté, dans la même persévérance; ce fut la coopération la plus étroite qui ait jamais existé.Sauf une exception, ne l’oublions pas: il faut toujours des exceptions pour confirmer la règle, paraît-il.Un jour, il y eut un doute.Il y avait quelques années que la caisse populaire de Lévis était fondée; son actif avait atteint presque $40,000.Comme à chaque année, M.Desjardins était allé à son travail à Ottawa.Des gens charitables, dans le mauvais sens, (il s’en trouve toujours), allèrent trouver Mme Desjardins et lui dirent: Avez-vous bien pensé à ce que vous faites en ce moment?Avez-vous bien réfléchi à ce que fait votre mari?Savez-vous que si les choses tournaient mal, votre mari et vous êtes entièrement responsables de tout l’actif de la Caisse?Alors, voyez-vous, ce sont vos enfants dans la rue et vous êtes réduits à la mendicité.Madame Desjardins, pensant à ses enfants qui peut-être demain seraient dans la misère, part précipitamment pour Ottawa, va trouver son mari et lui expose ses craintes.C’était le coeur de la mère qui parlait.Monsieur Desjardins fut atteint profondément et il vint sur le point de tout abandonner.Devant les craintes de celle qui, toute sa vie, s’était montrée si confiante en son oeuvre, M.Desjardins ne savait que faire et il se disait: Ne vaut-il pas mieux abandonner cette oeuvre plutôt que de risquer de mettre les siens dans la misère.Il se demandait si sa femme n’avait pas tort.Cependant, ne voulant pas prendre de décision trop précipitée, il dit à sa femme: Tu connais Monseigneur l’Archevêque de Québec, Monseigneur Bégin.C’est un enfant de Lévis.Tu connais sa sagesse, sa clairvoyance, son jugement.Si tu veux, avant de prendre une décision, dès mon retour à Québec, nous irons le voir, nous lui exposerons clairement la situation.Tu lui diras ce qui t’inquiète, et nous nous confierons à son jugement.La proposition fut acceptée.• 12 REVUE DESJARDINS De retour d’Ottawa, ils se rendirent à l’archevêché et là, chacun plaida sa cause: la mère, plaidant la cause de ses enfants, et M.Desjardins, plaidant la cause de tous les pauvres, les déshérités.Lorsque les plaidoyers furent terminés, Mgr Bégin dit à M.et Mme Desjardins: Mettez-vous à genoux, je vais vous bénir.Les deux se mirent à genoux et avant de faire descendre sur le couple la bénédiction céleste, s’adressant à M.Desjardins, Mgr Bégin dit: “Alphonse, tu te relèveras lorsque tu m’auras promis de continuer ton oeuvre.” “Depuis ce jour, “dit M.Desjardins,” jamais ma femme ne se démentit un seul instant; elle demeura mon plus fidèle appui.Cependant, “ajou-ta-t-il,” cet assaut que je subis de sa part fut la plus cruelle épreuve de ma vie.C’est son amour maternel qui l’avait inspirée et je n’ai jamais pu l’en blâmer.Ce fut d’ailleurs la source d'un des plus précieux encouragements que nous ayons eus de la part de Son Eminence.” Et tout de suite, nous ajoutons qu’aux intimes à qui il racontait cette grande épreuve, il ne manquait jamais d’ajouter que sa femme lui avait causé la plus grande joie de sa vie en sauvant un jour la caisse d’une perte certaine.C’était dans les premières années de la Caisse.Monsieur Desjardins devait partir pour Ottawa.Malgré les recherches et les efforts faits, il n’avait pu trouver un rem- Brillant ëloge de Dans l'une de ses brillantes causeries radiophoniques, le Rév.Père Goyer s.s.s.a fait, de notre fondateur, un bien bel éloge.Il convient de le publier dans notre revue.“Un Lévisien fondait, il y a une quarantaine d’années, écrit-il, une oeuvre générale.On s’apprête à célébrer l’anniversaire de cet évènement.Ce serait une honte qu’on le fit sans éclat.Rarement dans une poitrine humaine battit un coeur aussi aimant, aussi généreux, aussi désintéressé, aussi magnanime que celui d’Alphonse Desjardins.En ces temps comme aujourd’hui, les financiers cossus, les bourgeois encroûtés aimaient à plaisanter sur ses projets, d’un ton de supériorité hautaine et dédaigneuse.Il leur arrive encore de le persifler d’apostrophes cinglantes.Ce ne sont pas les plus intelligents ni les plus estimables.Ce ne sont pas les plus prudents.Combien d’institutions millionnaires ont-elles croulé depuis un demi-siècle, pendant que d’une année à l’autre, la courageuse entreprise d’un authentique grand homme, d’un chrétien de haute lignée, continue une ascension dont on ne saurait prévoir l’arrêt?C’est que cette oeuvre plaçant pour faire le travail de la Caisse pendant son absence.Cela voulait dire la fermeture de la Caisse pour cinq ou six mois et par le fait même, sa mort.Devant l’inquiétude, pour ne pas dire le désespoir de son mari, Mme Desjardins lui dit: Ne t’inquiète pas; je vais tenir la Caisse et tu verras que tout ira bien.” “A cette offre inattendue, dit M.Desjardins, je me sentis tellement heureux que c’est à genoux, au nom de tous les pauvres qui allaient profiter de cette oeuvre, que je la remerciai.Jamais je n’éprouvrai de bonheur aussi profond, aussi intense.” Malgré tous ces bons mouvements, ces bonnes volontés, le succès de la caisse ne s’opérait pas sans beaucoup de difficultés et surtout de tracas moraux.Les uns répétaient sans se lasser que Desjardins était fou; les autres, que c’était un exploiteur qui voulait s’enrichir avec l’argent des pauvres.Enfin, que c’était un simple employé civil sans expérience et qu’infailliblement il ferait perdre l’argent des autres.C’est dans cette atmosphère de défaitisme, de rancoeur, de jalousie, de haine même que M.Desjardins a créé, développé, bâti son oeuvre.(à suivre) C.VAILLANCOURT notre fondateur est marquée au coin de la plus lumineuse prudence humaine, de la plus tranquille prudence chrétienne.Ce patriote connaissait les souffrances des siens, leur pauvreté, leurs misères.Il avait vu briller les éclairs de leur esprit, la chaleur de leurs sentiments; hélas! il avait vu aussi briller les lueurs presque mourantes du foyer familial, au Canada français.Mettant en pratique les principes de prudence, il voulut savoir avant d’agir, apprendre les causes du mal avant de rechercher les remèdes.Il vit combien ses compatriotes, pauvres individuellement, possédaient de richesses collectives et combien, grâce à l’esprit de charité, il leur serait facile par l’épargne, l’entr’aide, la coopération, de conjurer les maléfices du destin, les sortilèges d’un ennemi séculaire, surtout la dangereuse léthargie d’un peuple resigné à son malheureux sort et impuissant à prendre, vers la prospérité matérielle, un essor sauveur et définitif.Alphonse Desjardins ne se contente point de murmurer comme le poète: "Oh que je Iss plains Iss humblss, les petits" "Tous ceux-là qui sont nés et qui vivent blottis" VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 13 • "Timidement autour d'un clocher de village".(François Coppée).Non .Au lieu de s’abandonner à une vaine compassion, il médite longuement son plan, fait voyage sur voyage, sacrifices sur sacrifices.Il étudie, en pays étrangers, le fonctionnement de banques ressemblant à celle qu’il veut fonder, compulse les plus savants traités d’économie sociale et finit par mettre sur pied un organisme, dont les sots se rient, mais qui reçoit tout de suite, l’encouragement du clergé, les louanges du gouverneur général en personne, Lord Grey, l’approbation des plus éminents sociologues, les suffra- ges de centaines, puis de milliers de pauvres gens, enfin les éloges et la protection toute puissante de deux adversaires politiques, sir Mathias Tellier et sir Lomer Gouin, dont l’entente miraculeuse rédige la loi, merveille de lucidité et de souplesse, qui crée une vie légale aux Caisses populaires(—) N'esi-ce pas.brillammeni énoncée, ceiie vérité que feu le Com.Desjardins a mis en pratique et que nous n'avons jamais cessé de proclamer: "Pour fonder une oeuvre, il ne "suffit pas de vouloir, il "faut aussi savoir, alors VOULOIR et SAVOIR, "c'est POUVOIR." Paul BREVAL Assemblée annuelle de la Caisse de Lévis A7ous publions le 43ième rapport annuel du conseil d’administration de la Caisse populaire de Levis qui a été soumis à l’assemblée générale des sociétaires tenue /c 16 décembre.Point nest besoin de rappeler que la Caisse populaire de Lévis est la première caisse populaire qui fut fondée en Amérique du Nord par le Commandeur Alphonse Desjardins en 1900.Ce rapport contient la situation financière de la Caisse populaire de Lévis au 30 novembre 1943.A7ous y joignons les remarques judicieuses faites par son président, Mc V.A.DeBiUy, C.R., aux sociétaires réunis pour prendre connaissance des progrès accomplis au cours de la dernière année.SITUATION AU 30 NOVEMBRE 1943 ACTIF Prêts aux Sociétaires:- Sur hypothèques__________$ 243,549.41 Sur reconnaissances de dettes_______________ 78,265.12 -$ 321,814.53 Placements:- Obligations (Débentures).$1,922,251.48 Hypothèque spéciale^ 32,500.00 Billets (comm.scolaire).12,100.00 Sur nantissements _______ 10,500.00 Parts à la Caisse centrale Desjardins __ 3,000.00 -$1,980,351.48 Intérêts accrus______________________ 18,342.45 Total ____________________$2,320.508.46 Ameublement de bureau — — — — $ 615.52 Terrains____________________ _________ 1,001.00 Bâtisses ___ _____________________________ 19,072.01 Total ____________________$2.341,196.99 Caisse au 30 novembre 1943 — — — 229,678.52 Total de l'Actif __________$2,570,875.51 PASSIF Capital social ________________________$ 386,925.98 Epargne _______________________________ 1,786,057.69 Total du Passif:______________$2.172,983.67 Bénéfices nets___________ —, — —, —- 28,752.84 Fonds de Bienfaisance — $ 3,150.00 Fonds de Réserve_________ 248,234.84 Fonds de Prévoyance — 45,463.58 Surplus - 72,290.58 Total de l'Avoir-propre de la Société: $ 369,139.00 Grand total:_____________$2,570,875.51 Vous venez d’entendre lire le 43ième rapport annuel de la Caisse populaire de Lévis et pour la sixième fois j’ai l’honneur de vous soumettre ce rapport pour adoption.La première Caisse populaire fondée en Amérique est encore au sommet.Elle est non seulement la plus puissante au Canada, mais elle a à son crédit des oeuvres de coopération basées sur les principes posés lors de sa fondation, en 1900, par M.Desjardins.La lecture du rapport fait voir des progrès constants; la Caisse a atteint des sommets que son fondateur et ses compagnons de la première heure n’ont jamais même rêvé.L’actif atteint la somme colossale de $2,570,875.51.Cet actif est le plus élevé jamais atteint dans l’histoire de la Caisse.Il représente une augmentation de $446,099.22 sur l’actif de l’année dernière.L’augmentation de l’actif est évidemment due en grande partie à l’augmentation dans l’épargne de nos sociétaires.Cette épargne était de $1,-360,267.44 au 30 novembre 1942; elle est actuellement de $1,786,057.69, soit une augmentation de $425,790.25 dans les derniers douze mois.Nos sociétaires, ont, à même leurs économies confiées à la Caisse, souscrit pendant l’année une somme totale de $138,200.00 aux Emprunts de la Victoire, sans tenir compte des souscriptions de la Caisse elle-même.Ces chiffres démontrent bien que les citoyens de Lévis, et les sociétaires de la Caisse en particulier, ont compris la nécessité de l’économie et de l’épargne.Si l’on tient compte de la population assez restreinte du champ d’action de la Caisse, des moyens plutôt modérés de la plupart de ses membres-, en grande partie ouvriers, artisans, commis, employés de l’administration ou de chemins de fer, nous pouvons nous féliciter de l’esprit d’économie qui règne chez nous.Cette accumulation d’économie constituera une réserve dans laquelle nos sociétaires pourront puiser si l’occasion s’en présente.Nous espérons voir bientôt se terminer le grand conflit qui déchire le monde.Cette fin tant souhaitée des hostilités amènera des changements et • 14 REVUE DESJARDINS même des bouleversements dans certaines sphères de notre vie économique.Certaines activités dues à la guerre seront discontinuées, nos soldats reviendront au pays.Nos gouvernements et nos hommes publics cherchent déjà les moyens pour éviter ou amoindrir les répercussions inévitables du changement de l’état de guerre à l’état de paix.Nous devons seconder ces efforts, chacun dans notre sphère.En pratiquant l’économie, en amassant des réserves, nous contribuerons à cette oeuvre de restauration: nous serons mieux préparés.Le capital social est maintenant de $386,925.98, à comparer à $380,001.27 l’an dernier, augmentation de $6,924.71.C’est encore là un sommet dans l’histoire de la Société.Si nous avons bien réussi dans le domaine économie, nous n’avons pas négligé l’autre domaine de nos activités, celui des prêts à nos sociétaires.Au 30 novembre 1942, les prêts en cours aux sociétaires s’élevaient à $320,030.95, dont $284,889.14 sur hypothèques et $35,141.81 sur reconnaissances de dettes.Le bilan de cette année indique des prêts en cours au total de $321,814.53.Apparemment, il semble y avoir eu augmentation.En fait, il y a eu diminution.En effet, le total de $321,814.53 comprend $42,506.00 de prêts temporaires consentis à nos sociétaires qui ont acheté des obligations à tempérament lors du 5ième Emprunt de la Victoire en novembre.Depuis la clôture de l’année, ces prêts ont pratiquement été tous remboursés.Les prêts ordinaires s’élevaient à $279,308.53; il y a eu donc diminution de $40,722.42.La diminution dans le total des prêts en cours est due à deux causes: remboursements anticipés dans bien des cas, et demandes moins nombreuses.Pendant l’année, il a été fait 33 prêts sur garanties hypothécaires au total de $65,405,45, et 118 prêts sur reconnaissances de dettes pour $28,721.06, sans compter les 108 prêts faits pour les Emprunts de la Victoire.Au cours des derniers douze mois, il a été remboursé une somme totale de $149,772.93 sur les prêts en cours.Dans l’année précédente, il en avait été remboursé $102,206.03.Le nombre des prêts en cours s’élève à 394.Nous n’avons pas un sou d’arrérage d’intérêt dû sur ces prêts.C’est un résultat remarquable, si l’on considère le total des prêts en cours.Les placements s’élèvent à $1,980,351.48, augmentation de $347,995.78.Ils sont constitués par des achats d’obligations, et quelques prêts à des corporations.L’intérêt seul de ces placements s’est élevé à $70,209.74.Les intérêts sur les placements sont payés à date, et il n’y a encore aucune échéance de capital en souffrance.Le prêt originaire de $45,000.00 fait il y a quelques années à une corporation de l’ouest, et qui était resté stationnaire pendant un certain temps a été réduit à $32,500.00.; ,La Caisse a payé le même taux d’intérêt sur l’épargne.Si nous considérons le rendement actuel sur les placements, le taux de 3% est très élevé.C’est dû à plusieurs causes: rendements sur certains placements faits à des taux d’intérêt plus élevés, réserve plus élevée, et frais d’administration toujours très bas.Après ïe paiement des frais d’administration et des intérêts sur l’épargne, il nous reste $36,128.55 en bénéfices nets.De cette somme, nous devons porter $5,419.28 au fonds de réserve et $1,806.43 au fonds de prévoyance.Ceci laisse $28,752.84 disponibles pour le boni, ristourne aux emprunteurs et surplus.Votre conseil d’administration recommande que le meme boni soit payé sur les parts sociales, soit 6% et 5%.Il vous recommande aussi de voter aux emprunteurs une ristourne d’un dixième de l’in- térêt payé pendant l’année par les emprunteurs, réduisant cet intérêt à 4L; %.Ce sera la cinquième ristourne consécutive votée aux emprunteurs.Les mêmes raisons existent pour voter cette ristourne, et c’est une marque de coopération envers ceux de nos sociétaires qui ont emprunté.Tenant compte du boni et de la ristourne que nous vous demandons d’approuver, il restera à même les bénéfices disponibles une somme d’environ $5,000.00 à être portée au compte de surplus.L’avoir-propre de la Société, constitué par les fonds de réserve, de prévoyance et de bienfaisance et le surplus, s’élèvera à $374,000.00.Si l’on tient compte que le capital social est de $386,925.98, nous pouvons prévoir que dans un avenir très prochain notre avoir-propre sera égal et dépassera le capital social.La protection des épargnes qui nous sont confiées et du capital social est donc complète.La situation liquide de la caisse est excellente.Les placements en obligations des gouvernements fédéral et provincial s’élèvent à $365,550.00, en obligations de corporations municipales, scolaires, fabriques, syndics et hôpitaux à $981,580.00, des corporations religieuses à $583,100.00.Les capitaux de placements devenant échus pour les prochaines cinq années sont les suivants: 1944, $170,-100.00; 1945, $144,300.00; 1946, $128,200.00; 1947, $153,400.00; 1948, $107,600.00.Nous sommes donc en mesure de faire face à toutes éventualités.Je vous ai exposé la situation de la Caisse et le bilan de nos activités pour l’année écoulée.Nous devons maintenant envisager l’avenir.Les conditions changent; le taux d’intérêt sur placements est à la baisse.Une quantité de valeurs qui nous donnaient des rendements plus élevés ont été rachetées; d’autres sont devenues ou deviendront échues prochainement.Le produit est placé à des taux d’intérêt plus bas.Evidemment, nous devons nous conformer aux conditions nouvelles, et nous ne pouvons prévoir pendant combien de temps nous pourrons maintenir les taux d’intérêt ou de boni actuels.Il s’est tenu à Lévis un congrès de Caisses populaires ou Credit Unions, comme on les appelle dans les autres provinces.Des délégués de toutes les provinces y assistaient.Les organisateurs ont voulu que ce premier congrès se tienne à Lévis, ou a été fondée la première caisse.Pendant ce congrès, un hommage éclatant a été rendu à la mémoire du fondateur, feu M.Desjardins.Les délégués ont visité notre caisse, ils ont examiné nos archives et ils ont été grandement intéressés par ce que nous avons pu leur montrer.Vos administrateurs ont assisté à ce’congrès.Sans vouloir se joindre à une fédération, ils ont cru que la discussion de problèmes qui concernent tous ceux qui s’occupent d’institutions similaires a la nôtre, pouvait être de nature à nous aider tous, soit pour la protection d’intérêts communs ou autrement.Le gouvernement de la Province a honoré un de nos administrateurs.M.Vaillancourt a été appelé à faire partie du Conseil Législatif.Le gouvernement a évidemment voulu reconnaître l’importance des coopératives d’épargne et de crédit en nommant un de ses représentants à ce poste de confiance.Nous félicitons M.Vaillancourt; nous sommes certains qu’il servira sa province aussi bien qu’il a servi la coopérative, et qu’il saura toujours faire valoir les grands principes de coopération, qui sont à la base de la charité chrétienne., Nous n avons pas que des événements heureux a rapporter.M.J.Amédée Jean, membre du Conseil de Surveillance, est décédé au cours de l’an- VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 15 • née.M.Jean a servi la Caisse avec désintéressement et dévouement.Nous rendons hommage à sa mémoire.M.Jean a été remplacé par M.Noël Bégin, qui est entré en fonction immédiatement.Nous sommes certains que la Caisse bénéficiera de son savoir et de son dévouement.Il me reste l’agréable devoir de remercier tous ceux qui ont contribué au résultat de l’année; les membres des trois commissions et nos employés.Les administrateurs, les membres de la Commission de Crédit et du Conseil de Surveillance n’ont pas ménagé leur temps et leur dévouement.Ils ont tous travaillé dans l’harmonie, en vrais coopérateurs, ayant toujours en vue le succès de votre institution.Une grande partie du succès est due à leur concours.Quant à nos employés, vous êtes à même de les voir à l’oeuvre.Le rapport que nous vous soumettons est surtout le résultat de leur travail constant et consciencieux.Je suis heureux de leur rendre un témoignage de satisfaction.Quant à moi, je vous remercie de nouveau de la confiance que vous m’avez témoignée en me demandant de diriger le travail de la Société.Si cette charge entraîne quelquefois du temps et du travail, je dois dire que le travail en est un qui ne fatigue pas; il y a tellement d’esprit de coopération, de fraternité et de bienveillance chez tous ceux qui sont associés à ce travail, et c’est tellement agréable de réaliser que l’on peut avoir été utile à son semblable, que le plaisir fait oublier la peine.Vous aurez à élire trois membres du Conseil d’Administration en remplacement de MM.Eug.Gagnon, C.Vaillancourt et V.A.deBilly, et deux membres de la Commission de Crédit en remplacement de MM.J.E.Bélanger et E.Jos.Bernier, et un membre du Conseil de Surveillance en remplacement de l’abbé Léon N.Lessard.Tous ces membres sont rééligibles.Notes et commentaires Les Caisses populaires au Canada en 1942 “L’Économiste agricole” écrit, dans sa livraison de novembre 1943: '-Caisses populaires ou unions de crédit: le développement de la caisse populaire est devenu une partie importante du mouvement coopératif au Canada.Plus de mille quatre cents caisses avaient été autorisées à la fin de 1942 et chacune des neuf provinces avait pourvu par voie légale à l'établissement et au fonctionnement de ces caisses.Le mouvement n'était pas limité aux races ou aux cultes; par exemple, le 16 mai 1940, la caisse populaire de la mission Skidegate a été fondée parmi les Indiens de la Réserve de Skidegate en Colombie-Britannique.Le développement canadien a été général et des cais-sec populaires se sont organisées à un taux assez rapide depuis 1936." Les Caisses des autres provinces se sont développées à partir de 1936, mais on devrait admettre que, dans la province de Québec, le développement des Caisses populaires a commencé avec la Fédération, en 1932.C’est grâce à la Fédération des Caisses populaires si les Caisses de Québec ont atteint le développement, la force et la puissance qu’elles ont aujourd’hui.Au 31 décembre 1943, dans la province de Québec, nous avions 767 caisses, se répartissant comme suit: 7 Caisses régionales; 749 Caisses populaires; 6 Caisses-Dotation; 5 Caisses-Prévoyance.Dans une autre colonne, nous publions le tableau des statistiques des Caisses populaires au Canada pour l’année 1942.STATISTIQUE DES CAISSES POPULAIRES CANADIENNES PAR PROVINCE, ANNÉE 1942.Province Caisses Membres Aciif iotal Paris Dépôts Prêts consentis l’année précédente Prêts consentis depuis fondation Nombre $ $ $ $ $ I.P.E.45 5,580 126,665 100,732 13,194 95,067 518,067 N.E 202 28,553 1,225,098 1,096,417 33,005 892,174 5,654,099 N.B.140 20,648 709,783 640,371 22,322 697,695 2,322,000 Québec:- Desjardins 650 187,528 38,169,967 3,567,999 32,025,339 6,000,000 112,061,694 Autres 9 1,690 123,299 43,842 28,398 81,243 258,399 Ont 129 23,699 2,645,461 987,344 1,315,515 1,869,603 14,093,430 Man._ 60 6,448 238,265 122,345 103,040 262,686 678,520 Sask.92 9,179 312,125 227,326 64,444 435,668 1,111,433 Alla 74 6,283 245,222 192,678 34,260 354,872 883,563 C.B.85 6,376 176,040 162,702 5,265 237,077 362,247 Canada, 1942 „ 1,486 295,984 43,971,925 7,141,756 33,644,782 10,926,085 137,943,452 Canada, 1941__.1,314 238,463 31,230,813 5,764,514 22,703,312 9,652,534 127,017,367 • 16 1 Non compris six caisses régionales ayant un actif de $ 8,174,666.2 Quarante et une seulement des 85 caisses ont fait rapport.REVUE DESJARDINS Sommes-nous en progrès?Nous détachons de la revue mensuelle “Le Phare”, publiée par la Centrale Catholique de Lévis, les quelques notes qui suivent: "Sommes-nous en progrès?Numérique, oui.Un siècle après la cession, les 60,000 Canadiens restés au pays en 1760 s'étaient multipliés dix-huit fois, et davantage, si l'on compte ceux que l'émigration avait déjà conduits aux Etats-Unis.Le dénombrement de 1870-71 nous donne en effet une population globale de 1,082,940 âmes.Trente-ans après, en 1901, nous avons ajouté plus d'un million à notre effectif et nous avons essaimé dans toutes les provinces de la Confédération.L'élément français du Canada compte alors 158,000 âmes dans la province d'Ontario; 79,000 dans le Nouveau-Brunswick; 45,000 dans la Nouvelle-Ecosse; près de 14,000 dans l'Ile-du-Prince-Edouard; 16,000 au Manitoba; un millier dans la Saskatchewan; 4,000 dans l'Alberta; 4,600 dans la Colombie canadienne.Dans l'intervalle de 1901-1941, — trente ans, — nous doublons presque, avec un ensemble de 2,927,990; et, dix ans après, nous sommes 3,483,038.C'est-à-dire qu'en quarante ans, nous avons ajouté plus d'un million à notre total.Et voici comment se décompose cet ensemble par province; — Québec, 2,695,032; Ontario, 373,990; Nouveau-Brunswick, 163,934; Nouvelle-Ecosse, 66,260; Manitoba, 52,-996; Saskatchewan, 50,530; Alberta, 42,979; Colombie canadienne, 21,876."A remarquer qu'en quarante ans, l'élément français, tout en se fortifiant à l'extérieur, a doublé dans les provinces de Québec, Nouveau-Brunswick, le Manitoba, et pris bon pied dans les trois autres provinces de l'Ouest."Du point de vue nombre, nous avons donc assez bien fait, encore que les fuites de Témigra-tion nous aient trop desservis." Si la natalité s’était maintenue au même niveau que de 1760 à 1860, notre progression aurait été encore beaucoup plus marquée et nous serions peut-être en majorité.Si, de 1760, nous sommes passés à plus d’un million en 1870, c’est-à-dire dix-huit fois plus, dans la même proportion en 1970, nous devrions être plus de dix-huit millions.Malheureusement, nous n’atteindrons pas ce chiffre.Pourquoi notre nationalité diminue-t-elle si fortement?Il y a bien des causes.Causes économiques, oui, causes religieuses aussi.On est moins religieux et on est plus paien.Salaires trop bas, oui, encore.C’est donc dire que nous avons bien des choses à refaire et à mettre d’aplomb.Nous en reparlerons le prochain mois.C.Vaillancourl DANS LA REGION DE JOLIETTE La Caisse populaire de Saint-Damien de Brandon a tenu le 8 décembre, à la salle Bruneau, son assemblée annuelle.Les sociétaires eurent l’avantage d’entendre Monsieur l’abbé Charles-Omer Rouleau, propagandiste des Caisses populaires dans le diocèse de Jo-liette, traiter des avantages des Caisses Desjardins tant du point de vue économique, social et national.Le conférencier souligna l’attachement des Canadiens-français à leurs traditions, loua leur esprit d’initiative et fit voir à l’assistance ce que peut réaliser la collaboration des intelligences, des coeurs et des bras d’une population qui veut découvrir elle-même et appliquer elle-même les remèdes à ses déficiences, apporter les solutions à ses propres problèmes.Nos gens auraient tort de manquer de confiance en eux-mêmes.Le succès de nos Caisses devrait inspirer confiance à ceux qui doutent d’eux-mêmes.La Caisse populaire de Saint-Damien de Brandon a rapporté, encore cette année, progrès.En date du 6 décembre 1942, l’actif de cette caisse s’élevait à $65,267.29; elle comptait 235 sociétaires dont 229 déposants et 40 emprunteurs, et cela dans une paroisse groupant 225 familles.Le 30 novembre 1943, cette caisse avait un actif excédant $100,000.00.Le montant à l’épargne se totalisait par $92,220.02 repartis entre 389 déposants.Ces chiffres marquent bien le chemin parcouru cette année par cette caisse.Les dirigeants ont manifesté beaucoup de sollicitude vis-à-vis leur institution d’épargne et de crédit.Leur dé- vouement nous permet de croire que leur caisse continuera à progresser à l’avantage des citoyens de Saint-Damien de Brandon.En vue de compléter l’éducation coopérative des sociétaires sur le plan de l’épargne et du crédit, sous l’heureuse impulsion de Messieurs les abbés J.A.Charpentier, membre du conseil d’administration et Charles-Omer Rouleau, propagandiste, un examen oral a été organisé à l’occasion de l’assemblée générale des sociétaires.Des prix en argent ont été accordés à ceux qui ont le mieux répondu aux questions qui portaient sur la nature, l’objet, le fonctionnement et l’histoire des Caisses populaires Desjardins.Quelques problèmes relatifs à l’administration et au fonctionnement de la caisse ont été discutés dans le but de faire mieux pénétrer chez les sociétaires l’esprit de la caisse et de leur faire mieux comprendre la nécessité d’une caisse populaire paroissiale.La Caisse populaire de Saint-Damien de Brandon est une des plus prospères et des plus actives de la région de Joliette.Ce succès est attribuable au travail consciencieux et constant de Monsieur et Madame Georges Mondor, cogérants qui furent secondés dans leurs efforts par les membres des différentes commissions de la caisse.Nous félicitons les uns et les autres.Nous souhaitons que la caisse de Saint-Damien de Brandon connaisse d’autres succès.Paul-Emile CHARRON VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 17 • ASSURANCES.Avez-vous donné suite à la récente circulaire?Votre Caisse a-t-elle toute la protection nécessaire pour la sécurité des fonds qu’elle administre?Votre gérant et tous vos employés doivent être assurés pour un montant raisonnable de garantie-fidélité.Il n’est pas question ^ de savoir si le gérant ou tel employé est honnête.Puisqu’ils sont à l’emploi de la caisse, c’est une marque de confiance.Mais sait-on jamais ce qui peut arriver?La prudence est la mère de la sûreté.Soyons alors prudents, ne prenons pas le risque de garder un employé sans cette protection.Observez la loi, protègez-vous au cas où un malheur se produirait.La Caisse doit porter suffisamment d’assurance contre le cambriolage du coffre-fort pour couvrir en aucun temps l’argent et les valeurs qui y sont gardés.Le cambriolage est un vol par effraction, c’est-à-dire qu’il faut que la serrure à secret et/ou le coffre-fort porte des marques de fracture ou de bris.Si le coffre-fort est ouvert à l’arrivée des voleurs ou encore si le gérant est forcé de l’ouvrir sans le briser, ce vol n’est pas couvert par l’assurance contre le cambriolage du coffre-fort, mais pas l’assurance contre le vol à main armée.Le vol à main armée est celui qui est exécuté sous la menace de violence.Cette police est divisée en deux sections: Intérieur du local et extérieur du local.Ce sont des explications qui ont déjà été fournies, mais il est bon d’y revenir de temps à autres.Soyons sur nos gardes! Nous ne serons jamais trop prudents.Rosario H.TREMBLAY Le progrès du mouvement Les coopérateurs seront sans doute heureux d’avoir une idée du chemin parcouru par le mouvement coopératif dans notre province ces derniers dix ans.L’inventaire du mouvement coopératif fait au congrès de la Coopération à Québec, en novembre dernier, nous fournit quelques chiffres qui permettent de mesurer l’ampleur des progrès accomplis dans les principaux secteurs de la vie coopérative chez-nous.1930 1943 Caisses populaires 180 737 Coopératives agricoles 75 500 QUAND DOIT ON PAYER LE BONI?Certains gérants de caisses populaires versent un boni à des sociétaires qui retirent en tout ou en partie leur capital social au cours de l’année.C’est là un procédé irrégulier.Nous leur rappelons que le boni ne doit être payé qu’une fois par année, et seulement après l’assemblée générale des sociétaires tenue après la fermeture de l’année sociale de la caisse.Un sociétaire qui a retiré son capital social en tout ou en partie durant l’année n’a pas droit à un boni.L’article 45 des statuts de nos caisses populaires est bien explicite.Il se lit comme suit: “Après avoir pourvu à tous les frais de gestion, aux pertes, aux attributions prévues par les fonds de réserve, de prévoyance et autres fonds, la balance des bénéfices nets annuels est distribuée aux sociétaires proportionnellement aux temps où les parts sociales ont été acquittées au cours de l’année qui vient d’expirer.” L’on doit comprendre que si le boni est payé à même les bénéfices nets de l’année et que les bénéfices nets ne peuvent être répartis entre les sociétaires qu’après avoir pourvu aux frais de gestion, aux pertes, aux attributions prévues pour les fonds de réserve, de prévoyance et autres fonds, toutes choses qui ne se réalisent qu’après la fermeture de l’année sociale, le paiement d’un boni ne peut être fait à l’occasion de retraits de parts sociales au cours de l’année.En d’autres termes, il y a un temps pour payer le boni sur les parts sociales, et il n’y a qu’un seul temps: c’est au moment du partage des bénéfices puisque le boni provient de la balance des bénéfices nets annuels non distribués.Paul EMOND coopératif dans le Québec Mutuelles-incendies 175 305 Coopératives de consommation 0 125 Syndicats de pêcheurs 0 16 Les coopératives agricoles comptent environ 37,000 membres et ont un actif excédant $8,000,000.Leur chiffre d’affaires se totalisait par $28,927,978.00 en 1942.Nos syndicats de pêcheurs ont réalisé 40% des transactions en matière de pêcheries et ont fait un chiffre d’affaires de $600,000.00 en 1942.Et les Caisses populaires du Québec ont connu un rythme de progression s’accélérant • 18 REVUE DESJARDINS sans cesse tel que l’atteste le tableau comparatif que nous vous plaçons sous les yeux.Année Nombre de caisses Actif 1930 180 $11,178,809.95 1936 289 13,625,542.02 1937 371 17,069,329.99 1938 424 18,849,714.64 1939 482 21,022,478.38 1940 555 25,029,130.69 1941 601 32,574,251.27 1942 656 46,344,632.69 1943 (30 juin) 675 56,496,944.48 Le mouvement coopératif, au témoignage des économistes et des sociologues avertis, est un mouvement de progrès économique et social parce qu’il encourage l’initiative privée, développe les facultés humaines, assure une meilleure distribution des richesses, est en somme l’application dans le domaine économique et social des principes du christianisme et de la saine raison.L’on s’accorde à dire que sur ce continent, le Québec, en ce domaine de la coopération économique et sociale, bat les records.Les statistiques l’attestent.Les Canadiens-français ne seraient donc pas ce que malheureusement trop de gens pensent: des arriérés, des demi-civilisés, des renfrognés, des rechigneurs, des gens qui boudent le progrès?Paul-Emile CHARRON Du droit des femmes mariées et des mineurs à déposer Q.— Les femmes mariées et les mineurs peuvent-ils déposer à la Caisse populaire, et jusqu’à quel montant?R.—- En vertu des amendements adoptés à la dernière Session de la Législature, les mineurs et les femmes mariées même communes en biens peuvent être admis membres auxiliaires, souscrire des parts sociales pour un montant n’excédant pas $1,000.00, et en retirer les bénéfices et le capital sous leur simple signature.Et ils peuvent également déposer leurs économies jusqu’à concurrence du même montant et en retirer l’intérêt, les bénéfices et le capital sous leur simple signature.En d’autres termes, la caisse peut sans danger recevoir les économies des femmes mariées et les remettre sans exiger l’assistance du mari, et également agir de la sorte avec les mineurs même si ceux-ci ne sont pas représentés par leur tuteur.De rulilisalion et de la durée de l'hypothèque Q.— Une caisse populaire qui a prêté sur acte d’obligation peut-elle faire revivre l’hypothèque qui n’est pas radiée dans le but de faire servir la garantie hypothécaire à un nouvel emprunt?R.— On me demande si une caisse qui a prêté sur acte d’obligation peut faire revivre l’hypothèque qui n’est pas radiée pour que cette garantie serve à un nouvel emprunt.La réponse est en règle générale négative.L’hypothèque est une garantie d’une créance, et si la créance disparaît, l’hypothèque est éteinte, même si elle n’est pas radiée.Cependant, il est possible dans le cas par exemple de comptes courants, de rédiger l’acte d’obligation de façon à ce que l’hypothèque subsiste malgré les fluctuations dans le montant dû par le détenteur.Dans ce cas, c’est l’acte d’obligation authentique qui doit prévoir cette convention spéciale; mais ce qui est certain, c’est que l’hypothèque ne peut revivre par un acte sous seing privé.De l'autorisation requise au conseil d'administration pour contracter un emprunt Q.— Est-il nécessaire que le conseil d’administration d’une coopérative agricole soit autorisé par l’assemblée annuelle ou spéciale des sociétaires pour contracter un emprunt?R.— Rappelons tout de suite qu’en principe les administrateurs d’une corporation ne sauraient emprunter et gager les biens à moins d’y être autorisés par les membres.Dans l’espèce, l’article 13, paragraphe B, chapitre 120 des S.R.de 1941 (loi concernant les sociétés coopératives agricoles) prévoit les emprunts et les garanties qui peuvent être données et qui pourraient effecter soit les biens de la société, soit les biens laissés en consignation appartenant au producteur.Dans un cas comme dans l’auttre, je suis d’opinion que la loi actuelle ne fait que confirmer la règle générale et prévoit l’autorisation à être accordée au bureau par les membres réunis en assemblée.Je ne crois pas qu’il faille s’attacher à l’historique de la clause, mais prendre le texte comme il se lit actuellement.C’est ce dernier qui a force de loi.L'aviseur légal AVEZ-VOUS PAYE VOTRE ABONNEMENT A LA REVUE DESJARDINS POUR L'ANNEE 1944?VOLUME 10, QUEBEC, JANVIER 1944 19 • Table d’intérêt simple sur $100 à IV2% Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.Jours Int.1 .00411 38 .15616 75 .30822 112 .46027 149 .61233 186 .76438 223 .91645 260 1.06852 297—1.22059 334 1.37266 2__.00822 39— .16027 76— .31233 113-.46438 150 - .61644 187 .76849 224_.92056 261 1.07263 298—1.22470 335 1.37677 3___ .01233 40 __ .16438 77—31644 114 —46849 151 .62055 188 .77260 225— .92467 262—1.07674 299—1.22881 336—1.38088 4.01644 41— .16849 78 - .32055 115 .47260 152 .62466 189 -.77671 226— .92878 263—1.08085 300—1.23292 337 1.38499 5—.02055 42— .17260 79 .32466 116—47671 153 62877 190 .78082 227— .93289 264—1.08496 301—1.23703 338 1.38910 6 .$2466 43— .17671 80- .32877 117 .48082 154 .03288 191 .78493 228 .93700 265—1.08907 302—1.24114 339 1.39321 7_ .02877 44— .18082 81—33288 118—48493 155- .63699 192- -.78904 229—.94111 266—1.09318 303—1.24525 340—1.39732 8 .03288 45- .18493 82—33699 119—.48904 156 .64110 193- -.79315 230—.94522 267—1.09729 304—1.24936 341—1.40143 9 .03699 46- .18904 83- .35110 120 -49315 157 .64521 194 - -.79726 231— .94933 268—1.10140 305 1.25347 342 -1.40554 10 .04110 47— .19315 84 .34521 121- .49726 158 .64932 195- .80137 232 —.95344 269 1.10551 306 1.25758 343 1.40965 11 .04521 48.__ .19726 85 .34932 122 .50137 159 .65342 196 .80548 233— .95755 270 - 1.10962 307 1.26169 344—1.41376 12 .04932 49 .20137 86 .35342 123 .50548 160 .65753 197 .80959 234 —.96166 271 1.11373 308 1.26580 345—1.41787 13 .05342 50— .20548 87 .35753 124 .50959 161 .66164 198 .81370 235- .96577 272- 1.11784 309 1.26991 346.1.42198 14 .05753 51— .20959 88 .36164 125 .51370 162 .66575 199 .81781 236 .96988 273—1.12195 310 -1.27402 347—1.42609 15— .06164 52- .21370 89 - .36575 126 - .51781 163 .66986 200 -.82192 237— .97399 274_ 1.12606 311—1.27813 348 1.43020 16 .06575 53— .21781 90 .36986 127 .52192 164 .67397 201 - .82603 238 - .97810 275-_ 1.13017 312 -1.28224 349—1.43431 17 .06986 54— .22192 91—37397 128 .52603 165 —67868 202- .83014 239— .98221 276—1.13428 313—1.28635 350—1.43842 18 .07397 55 .22603 92—.37808 129—53014 166 .68219 203- .83425 240 .98632 277—1.13839 314—1.29046 351—1.44253 19 .07808 56 .23014 93 .38219 130 .53425 167 .68630 204 - .83836 241 .99043 278—1.14250 315—1.29457 352—1.44664 20 .08219 57- .23425 94 .38630 131 .53836 168 .69041 205 - .84247 242- .99454 279—1.14661 316 1.29868 353—1.45075 21 .08630 58— .23836 95 .39041 132—.54247 169 .69452 206 .84658 243 .99865 280- 1.15072 317—1.30279 354—1.45486 22 .09041 59 .24247 96 .39752 133 .54658 170 .69863 207 - .85069 244—1.00276 281 1.15483 318 1.30690 355—1.45897 23 .09452 60 .24658 97—39863 134—.55068 171- -.70274 208 .85480 245—1.00687 282—1.15894 319—1.31101 356 1.46308 24.— .09863 61 .25068 98—40274 135—55479 172- - .70685 209- .85891 246 1.01098 283—1.16305 320—1.31512 357__ 1.46719 25— .10274 62— .25479 99—40685 136—55890 173 —71096 210 .86302 247—1.01509 284—1.16716 321—1.31923 358-1.47130 26- .10685 63 .25890 100—41096 137—56301 174- —71507 211- .86713 248—1.01920 285—1.17127 322—1.32334 359—1.47541 27— .11096 64— .26301 101—41507 138—56712 175- .71918 212- .87124 249—1.02331 286—1.17538 323—1.32745 360—1.47952 28— .11507 65 .26712 101—41918 139—57123 176- -.72329 213- .87535 250—1.02742 287—1.17949 324—1.33156 361—1.48363 29 .11918 66— .27123 103—.42329 140—57534 177- —72740 214 -.87946 251—1.03153 288—1.18360 325—1.33567 362—1.48774 30- .12329 67- .27534 104—42740 141—.57945 178 —73151 215- -.88357 252—1.03564 289—1.18771 326—1.33978 363—1.49185 31— .12740 68— .27945 105—43151 142—58356 179- .73562 216 .88768 253—1.03975 290—1.19-82 327—1.34389 364—1.49596 32 .13151 69 .28356 106—43562 143- .58767 180 .73973 217 .89179 254—1.04386 291—1.19593 328—1.34800 365—1.50007 33- .13562 70- .28767 107—43973 144—.59178 181- -.74384 218 .89590 255—1.04797 292—1.20004 329—1.35211 366—1.50418 34— .13973 71- .29178 108-.44384 145—59589 182 —74795 219 .90001 256—1.05208 293—1.20415 330 1.35622 367—1.50829 35- .14384 72— .29589 109—44795 146—60000 183- —75205 220 -.90412 257—1.05619 294—1.20826 331—1.36033 368—1.51240 36- .14795 73- .30000 110—45205 147—60411 184- —75616 221- -.90823 258—1.06030 295—1.21237 332—1.36444 369—1.51651 37— .15205 74— .30411 111 .45616 148 .60822 185- — .76027 222- .91234 259 1.06441 296 1.21648 333—1.36855 370—1.52062
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