Argus journal, 1 mai 1982, SUPP1
Corporation 360, rue Le Moyne des bibliothécaires Montréal H2Y 1Y3 professionnels 514/845-3327 du Québec Corporation of Professional Librarians of Québec LE QUEBEC: UN ENJEU CULTUREL Mémoire soumis par La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec au ministre des Affaires culturelles monsieur Clément Richard Montréal C.B.P.Q.13 mai 1982 Corporation 360, rue Le Moyne des bibliothécaires Montréal H2Y 1Y3 professionnels 514/845-3327 du Québec Corporation of Professional Librarians of Québec Montréal, le 13 mai 1982 Monsieur le ministre, Les bibliothécaires professionnels du Québec veulent tout d'abord vous remercier de votre invitation à participer à cette journée de consultation du 13 mai 1982.Il nous est agréable de constater combien, aux yeux de votre ministère, nous sommes partie intégrante des forces vives qui contribuent au développement et à l'épanouissement de la société québécoise.A maintes reprises au cours des trois dernières années, nous avons fait parvenir à votre ministère des prises de position concernant soit la situation des bibliothèques publiques, soit la perception du métier de bibliothécaire professionnel, soit la politique du livre et de la lecture.Point n'est besoin de lasser votre patience en reprenant ces positions qui n'en demeurent pas moins le reflet de notre pensée professionnelle.Nous tenons cependant à souligner cette continuité dans nos interventions qui visent toujours le même objectif: mieux servir la collectivité québécoise en lui offrant la meilleure information possible, au moindre coût, et de la façon la plus profitable à son essor tant culturel qu'économique, politique et social.Vous sollicitez, monsieur le ministre, notre intervention concernant sept thèmes relatifs au développement culturel du Québec: le partage des responsabilités, les nouveaux acteurs culturels, l'identité régionale, la dimension nationale de la région, la nouvelle approche, les sources de 2 financement et la mission nationale.Vous comprendrez sans doute que, bien que nous ayons comme beaucoup d'autres groupes plusieurs idées sur chacun de ces thèmes, nous nous limitions 3 ce que nous connaissons le mieux, c'est-â-dire la collecte, l'organisation, l'analyse et la dissémination do l'information.Permettez-nous aussi.Monsieur le ministre, de vous faire nos recommandations non pas suivant les thèmes que vous proposez, mais plutôt suivant un ordre qui correspond 3 nos priorités.ACCES A L'INFORMATION La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec existe avant tout, comme toute autre corporation, pour la défense et la protection des intérêts du public.Le premier droit de ce public, en ce qui nous concerne, est le droit 3 l'information.Tout citoyen du Québec doit, selon nous, avoir accès non seulement 3 l'information gouvernementale, mais aussi 3 toute information produite ici ou ailleurs qui lui permette un développement individuel et collectif harmonieux.Ceci présuppose une volonté politique clairement exprimée de favoriser cet accès 3 l'ensemble des citoyens.Cette volonté doit ensuite se traduire en un train de mesures concrètes touchant l'ensemble des moyens et des professions de l'information, c'est-3-dire des créateurs aux utilisateurs de l'information sous quelque support que ce soit, et par quelque canal d'accès que ce soit.PROTECTION DU CITOYEN Cet accès total 3 l'information exige néanmoins, de la part de la collectivité, un respect des libertés individuelles et la protection des individus.Mentionnons à titre d'exemple les informations confidentielles sur support magnétique, la reprographie éhontée sans préoccupation des intérêts des créateurs, et l'inexistence de services d'information 3 3 des couches entières de la population pour des raisons biologiques ou sociales (handicapés, prisonniers, etc.) En plus d'une législation protégeant les droits du citoyen, il faut encore sensibiliser tous les intervenants impliqués dans cette protection.LA LECTURE S’informer, c'est d'abord connaître un code qui permet de déchiffrer l'information transmise.La lecture commence par l'alphabétisation.Cette première étape est suivie de plusieurs autres qui tendent 5 rendre l'homme de plus en plus fonctionnel et critique face S cette information.Les codes peuvent varier d'un support 3 un autre, mais un effort considérable doit être fait par la société québécoise pour favoriser la promotion de la lecture sous toutes ses formes et par tous les citoyens.LA PROMOTION DE LA LECTURE Il s'agit ici pour nous de faire connaître et de mettre 3 la disposition des citoyens l'ensemble des oeuvres de nos créateurs québécois, ainsi que celles des autres pays.Cela suppose une concertation, une planification et une mise en commun de l'information et des ressources de plusieurs groupes afin d'y parvenir: auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, administrateurs, fonctionnaires et bibliothécaires professionnels.Per-mettez-nous ici, Monsieur le ministre, de vous rappeler ce que nous é-crivions au ministre Camille Laurin en 1979.plus du tiers de la population du Québec n'a pas accès 3 un service de bibliothèque publique, la majorité du secteur de l'enseignement élémentaire est privée d'un encadrement compétent 3 l'apprentissage continue de la lecture, pré-requis 3 l'utilisation éventuelle des ressources des bibliothèques publiques et 3 son intégration dans un Québec en évolution.Cette situation est intolérable au bibliothécaire professionnel québécois, et c'est son rôle de promouvoir, de sensibiliser et de favoriser les solutions 3 ces entraves au droit 3 l'information du citoyen. De plus, le monde de l'information compte ses créateurs, ses intermédiaires, ses spécialistes et ses utilisateurs.Pour le bibliothécaire professionnel québécois, c'est un rôle important que de s'intégrer à ce monde plus vaste et d'y apporter ses compétences et son expertise dans un optique de défense des intérêts de la collectivité.C'est pourquoi il appuie le gouvernement du Québec dans ses tentatives d'encouragement des industries culturelles, lui fournit son expertise en ce domaine et se charge d'informer la population lorsque les produits culturels coûtent trop cher ou sont de qualité inférieure.Réciproquement, le bibliothécaire professionnel québécois favorise la connaissance des produits culturels de qualité, les préserve, et tente d'améliorer et d'amplifier les manifestations culturelles 3 caractère documentaire.(Le bibliothécaire dans la société québécoise.Montréal, C.B.P.Q., 1979, p.10) LES STRUCTURES Dans le document cité ci-dessus, nous affirmons aussi: Dans un contexte de service et de protection des intérêts do la société, la coopération devient une nécessité.Les structures doivent être assouplies; les mécanismes de concertation, institutionnalisés; l'expertise, offerte au législateur.Cette attitude est, actuellement, l'une des options fondamentales des bibliothécaires professionnels québécois.Si la coopération est une nécessité, il faut bien admettre que c'est au niveau régional que l'effort de concertation et de collaboration est le plus soutenue.Les bibliothécaires québécois ont donc choisi de suivre la voie de la régionalisation, tout en souhaitant la mise en place d'un mécanisme de coordination 3 l'échelle du Québec qui permettrait d'utiliser les énergies de façon intelligente et motivante.Ce mécanisme est encore à inventer.(Idem, pp.14-15) 5 I Le gouvernement actuel s'est doté d'un superministère de développement culturel.Cet organisme a justement pour but de coordonner les efforts autrefois épars et, quelquefois, contradictoires.La création des conseils régionaux de la culture visait aussi ce partage des responsabilités ainsi que la mise en marche de projets originaux et féconds.11 nous semble que ces objectifs louables n'ont pas encore été atteints, sans doute par manque de ressources, d'information locale et d'autonomie.Mais la voie choisie nous semble la bonne.L'INFRASTRUCTURE L'approche régionale que nous nous réjouissons de vous voir privilégier.Monsieur le ministre, présuppose un minimum d'équipements avant que les forces de concertation et de coopération puissent avoir libre cours.Comment les bibliothèques peuvent-elles coopérer entre elles dans une région donnée quand on n'y retrouve pas un réseau de bibliothèques publiques, de bibliothèques centrales de prêt, de bibliothèques scolaires, collégiales, universitaires et spécialisées?De même, comment ces institutions peuvent-elles coopérer quand on n'y retrouve pas de personnel qualifié ou suffisamment formé pour avoir à coeur la défense des intérêts du citoyen?Cela demande de la part des instances politiques une connaissance locale des régions, une juste appréciation des différents intervenants, et des mesures incitatives ou coercitives pour que les régions soient convenablement équipées.A cet égard, nous nous expliquons très mal l'abandon de la subvention pour l'embauche de bibliothécaires professionnels dans les bibliothèques publiques.LA TECHNOLOGIE Dans un contexte de restrictions budgétaires, le premier venu vous dira, Monsieur le ministre, qu'il faut des solutions nouvelles.Les développements de l'informatique, de la médiatique et de la télématique sont en voie de permettre ce vieux rêve des bibliothécaires professionnels 6 québécois de centralisation des ressources et de décentralisation des points d'accès.Ici encore, il faudra doter les régions des équipements nécessaires et ne pas craindre l'innovation.En ce domaine, le gouvernement québécois s'est montré jusqu'ici assez timide et parcimonieux (vg.Les projets CIDBEQ et (TELECAT-UNICAT).LES FACTEURS HUMAINS Il faut bien avouer le manque de coopération des intervenants entre eux, les rivalités stériles, etc.Les raisons en sont nombreuses et explicables: méconnaissance des objectifs de chacun, niveaux différents d'organisation professionnelle, bureaucratie parfois lourde, etc.La formule adoptée par votre ministère, la consultation régionale, permet, si elle n'est pas trop directive, la découverte d'autrui ainsi que le respect mutuel.Il faut aussi trouver des mesures incitatives pour que les gens participent aussi aux organismes de coordination tels les conseils régionaux de la culture: rémunération, subventions, etc.LA CORPORATION DES BIBLIOTHECAIRES PROFESSIONNELS DU QUEBEC Nous tenons 3 vous souligner, Monsieur le ministre, le rOle important que notre organisme joue dans l'exercice de la transmission de l'information et les efforts constants de ses membres pour la défense du droit 3 l'information du public québécois.Devons-nous aussi rappeler les efforts de coopération qui ont donné les plus belles réussites documentaires dans les régions ainsi que dans l'organisation sectorielle des ressources documentaires?Notre participation 3 la présente consultation ainsi qu'3 toutes celles que vous ne manquerez pas d'organiser vous est acquises.De même, nous nous efforçons en tant qu'organisme de sensibiliser nos membres au rôle social du bibliothécaire professionnel, 3 son intégration aux différents groupes qui jouent un rôle important dans le développement culturel, et 3 son devoir de représentation des besoins des clientèles 3 déservir.Pour nous, le Québec constitue un enjeu culturel où notre participation est indispensable a tous les paliers de notre compétence professionnelle, personnelle et sociale.Nous espérons, Monsieur le ministre, que votre appel â la consultation débouchera sur une implication plus grande de tous les groupes impliqués dans la création et le transfert des biens culturels.Nos membres en ont fait une profession de foi et leur raison d'être.Alain Perrier, bibl.prof.Professeur adjoint Université de Montréal 3 mai 1982 8
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