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Titre :
Les cahiers des Compagnons : bulletin d'art dramatique
Éditeurs :
  • [Montréal] :[Compagnons de Saint-Laurent],1944-1947,
  • Vaudreuil, P.Q., Canada :Le Centre d'études et de représentation des Compagnons de Saint Laurent
Contenu spécifique :
Avril-Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Les cahiers des Compagnons : bulletin d'art dramatique, 1946-04, Collections de BAnQ.

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J/- ?- •/{ I 1 ' LES CAHIERS DES Volume II - Numéro 2 Avril - Mai 1946 LES CAHIERS DES PRESENTATION A partir de ce numéro, les Cahiers paraîtront de façon régulière, touo leo deux moio.Une nouvelle équipe a été constituée.De plus en plus, les Cahiers s efforceront d’etre [’expression authentique des Compagnons, de leur oie d’équipe, de Leurs efforts oers un théâtre oral, oers un théâtre (( théâtre )).Vous trouverez dans chaque Cahier une revue des spectacles passés.Nous vous y donnerons Les raisons qui nous guident dans Le choix de nos spectacles.Si La pièce est neuve, nous soulignerons les expériences nouvelles qu elle a permises.S’agira-t-il d’un classique ?nous vous ferons pressentir la note nouvelle qu elle aura rendue sur notre scène.Vous serez à même de discerner du même coup l’optique spéciale que donne aux Compagnons la mission qui les a engagés, il y a déjà une décade.I ous vivrez un peu dans l’atmosphère particulière que crée chez eux la préparation de chaque spectacle, vous participerez à la vie intérieure du groupe.Nous vous donnerons aussi, dans chaque livraison, un aperçu technique de la préparation de nos principaux spectacles.C’est ainsi que ce Cahier vous expose les pourquoi du (( Bal des Voleurs )) : chorégraphie, décors, costumes, etc.Le tout illustré de dessins en ligne.Par cette chronique, nous nous proposons de constituer une sorte de livre de bord ou seront consignés nos problèmes techniques et les moyens que nous prendrons pour les résoudre.Vous serez donc conviés derrière la scène, vous jerez ajjociéj à notre travail même, ce qui volij permettra d’en mieux apprécier lej réoultato.Pour ceux qu intéreoje l’actualité, nouo publieronj dano chaque numéro deo noteo our le théâtre de partout, surtout celui de la France.Nouj tenterons d’interpréter pour vouj ce qui oe publie Jur le théâtre en général, our le J jpectaclej en couro.Nouj vouj parlerons dej piêceo nouvelleo, deo troupeo particuliérement intérejjantej.Vouj trouverez dano le présent numéro une oyn-théve deé opiniono françaijev our (( Jeanne avec noué )), de Ver-morel, qui vient de connaître un grand éuccéé ; l’explication d*une certaine crainte qui découle du trop beau épectacle : (( la Folle de Chaillot )) ; leé idéeé de Pierre Sourd éur (( le théâtre volant )) ; leé raiéoné projondeé de la décadence du théâtre anglaié, éelon Gordon Craig, etc.Enfin, noué inauguroné une nouvelle éection conéacrée excluéivement au théâtre étudiant.Noué n oublioné paé tout ce que noué devoné aux jeuneé pour la compréhenéion el l’encouragement qu lié noué ont témoignéé, déé la toute première heure, compréhenéion et encouragement qui ne noué ont jamaié manqué.Leé étudianté de partout noué demandent deé directiveé et deé techniqueé, noué éeroné bientôt en meéure de leur en fournir.Certainé collègeé ée éont appliquéé plué particulièrement au problème du théâtre étudiant, dé ont à leur actif deé expérienceé trèé intéreééanteé, de trèé belleé réuééiteé.Noué débutoné par le récit d’une expérience de huit annéeé, enlrepriée par leé élèveé de iExlernat Sainte-Croix, de Montréal.Oeét un document qui en dit long éur leé poééibilitéé d’un renouveau théâtral par la jeuneéée.On g éent une ferveur éoutenue, et déjà une maturité.Maurice Blain a éu démontrer juéqu à quel point l’aventure du théâtre a pu engager une équipe de jeuneé qui avaient foi en une beauté.Noué avoné déjà parlé de la troupe qui a été jormée au Collège ééraphique d’Ottawa, éoué la direction du R.P.Ludovic.Le Père Gauthier, o.m.i., noué raconte ce qui é’eét paééé à la reprééentation de (( .Ft ou L étoile é’ arrêta.)) de L'élix Timmer-mané.Réginald BOL SV FRT LETTRE DU DIRECTEUR bilan de deux spectacles J'écris cet article au moment où notre saison tire à sa fin.Encore un spectacle, et nous tirerons le rideau sur notre programme 1945-46.Je dois dire d'abord que, quand nous avons considéré le programme de cette saison, nous avons connu une frousse générale devant ce boulot écrasant.Nous avons assumé la responsabilité de six spectacles, avec tout juste quatre jours de répit après chacun.Je dois dire pour être franc que notre saison, nous ne l'avons pas vécue précisément dans l'allégresse, mais — le mot est peut-être trop fort — avec l'impression du galérien qui doit à tout prix mener la barque au terme que lui a imposé le garde-chiourme.Cependant, malgré ce climat un peu écrasant, nous pouvons dire qu'au total l'impression sur le public reste favorable.Nos amis, parmi ceux qui sont peut-être les moins indulgents, reconnaissent cependant que nous avons fait un pas en avant considérable en imposant à l'opinion le sérieux de notre entreprise.Il n'en reste pas moins que l'expérience nous aura servi.Nous établirons pour l'an prochain un rythme de représentation plus humain, mieux synchronisé, ce qui nous permettra de donner à chacun des spectacles plus de fini, plus de soins, plus de relative perfection.Pour l'instant, je voudrais faire le point, et tirer quelques conclusions au sujet de nos deux derniers spectacles, U Bal ded Voleurd et la Nuit ded Roid.Le Bal d'Anouilh a été indiscutablement un des plus grands succès des Compagnond.Je me rappelle qu'au moment où la Compagnie ded Quatre-Saidotid donnait à Paris le Bal d'Anouilh, la critique avait 3 souligné que parmi la jachère assez généralisé du théâtre, cette pièce venait témoigner que le théâtre vivait encore.Et c'était bien là l'impression du public et des Compagnons au moment de la mise à la scène du Bat.Nous sentions implicitement que nous étions en face d'une œuvre proprement dramatique, d'une œuvre où la jeunesse des comédiens trouvait ample occasion de s'épanouir, d'une œuvre libérée de toutes les poussières et de toutes les rides qui marquent gravement le visage d'un certain répertoire.J’ai un truc qui me permet de jauger pour ainsi dire d'une façon exacte la qualité dramatique d'une œuvre représentée.C'est l'atmosphère des coulisses pendant les représentations.Ça n'est pas toujours l'unique raison, mais quand les comédiens ne sont pas soutenus par une constante allégresse, quand il n'y a pas, pour parler simplement, beaucoup de rires et de chansons dans les coulisses, et de taquineries et de mots d'esprit, on peut dire qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans la constitution même de l'œuvre.Au moment du Bat, malgré la fatigue, malgré la dure épreuve physique à laquelle nous soumettait une réalisation où la salutation et le ;eu entraient pour une large part, la bonne humeur des Compagnons est restée constante.Disons d'abord que le Bat nous fournissait l'occasion d'un splendide travail d'équipe.S'il est une pièce qui rompe délibérément avec la vedette, c'est bien celle-là.Chaque comédien éprouvait le besoin de s'appuyer sur son compagnon, et tous sentaient obscurément qu'une défaillance de l'un d'entre eux pouvait être fatale à l'ensemble de la réalisation.Il y a une autre raison aussi à la satisfaction générale : c'est que l'œuvre d'Anouilh n'était pas seulement une pure littérature, mais que le texte déterminait rigoureusement une expression plastique et rythmique.S'il est admis que le théâtre est d'abord jeu, on voit à quelle fête nous étions conviés.Le jeu sortait spontanément du texte, à telle enseigne que le texte ne pouvait pas se concevoir sans une certaine expression corporelle, ni l'expression corporelle sans le texte.Ajoutons qu'il s'agissait d'une comédie-ballet.Et je voudrais en profiter pour rendre hommage à celle qui a si largement contribué au succès de notre spectacle.Elizabeth Leese, dette Danoise parlant difficilement le français, est entrée comme en se jouant — on n'aura jamais si bien dit — dans les intentions de l'auteur.Ce fut codasse et loufoque à souhait.Son mérite déjà n'était pas petit, mais ce que j'ai admiré davantage, c'est la discrétion professionnelle de notre chorégraphe.Je pense bien que la tentation lui est venue souvent de mettre davantage l'accent sur le côté ballet.C'était normal chez elle qui pense et vit dans un climat de saltation.Mais une exagération dans ce domaine eût sans doute déséquilibré l'œuvre, et madame Leese a eu le bon goût de ne pas insister.En sorte que, grâce à elle, grâce à Anouilh, grâce au métier déjà assez bien évolué de plusieurs des Compagnons, on peut dire que nous avons présenté un spectacle, sinon parfait, du moins satisfaisant pour la majorité des spectateurs.Je faisais réflexion, en regardant le Bal, en présidant aux répétitions, que la formation complète du comédien doit faire intervenir dans une large mesure la gymnastique corporelle qui lui permettra d'exprimer mieux encore et de façon plus élaborée que par le verbe seul le conflit de la tragédie ou l'outrance de la comédie.Un mot seulement de la partie décoration.Jean de Belle-val n est pas un génie, et serait le premier humilié si nous allions écrire pareille chose.Mais il n'en reste pas moins que ce jeune décorateur a le sens de la scène.Son décor était bariolé, leste et fonctionnel.Cette dernière qualité, on peut dire qu'elle est essentielle dans un décor.Le rôle de ce dernier n est pas seulement de plaire à l'œil, ni même de créer ce qu'on appelle le climat d'une œuvre, mais il doit surtout servir de texte et de prétexte aux évolutions du comédien et au déroulement de l'œuvre scénique.Jean de Belleval l'a bien compris, et par un heureux agencement de simples praticables ou de toiles, il a su donner à notre scène du Gesù la profondeur et la différence de niveau qu'il fallait pour que l'œuvre s'éploie selon les trois dimensions.Une idée de lui aussi pour laquelle je tiens à lui faire crédit, c'est d'avoir transporté le Bal à l'époque pittoresque du début du siècle, ce qui n'était pas nécessairement indiqué par l'auteur, mais alors le style vaguement archaïque des costumes ouvrait la porte large aux in- 5 ventions de sa fantaisie et permettait une càresse de l'œil beaucoup plus amusante et comblante que si nous nous en étions tenus aux costumes modernes, tristes et inesthétiques trop souvent par définition.Si je veux tirer une conclusion générale du Bal deà Voleur*), je dirai que tant que nous serons une équipe de comédiens relativement jeunes, nous aurons toujours profit à choisir un répertoire fait pour des jeunes et où les rôles de vieillards ou de duègnes surannées ne soient ni trop nombreux ni trop considérables.Passons maintenant à la Nuit de*) Roi*).Je veux vous faire un aveu très uniment dans le tuyau de l'oreille : le succès de la Nuit de*) Roi*) a été pour tous les Compagnon*) et pour moi le premier un véritable étonnement.Jamais nous n'avons préparé une œuvre avec moins de sécurité, et donc avec moins d'enthousiasme.Au cours des dernières répétitions, il a fallu vraiment que nous nous battions les flancs pour témoigner au moins une confiance factice au succès du spectacle.Et cependant, dès les premières représentations, le public a vibré, et en dépit des lacunes que nous étions les premiers à constater, l'impression générale qui se dégage de la Nuit de*) Roi*) était plutôt favorable à notre Compagnie.Parmi de multiples raisons à l'absence d'enthousiasme, disons que la lourdeur du texte et son inaptitude à nous restituer un esprit comptaient pour beaucoup.Les Compagnon*) ne sont pas encore de vieux routiers du théâtre, mais ils ont tout de même cuisiné déjà assez de textes dramatiques pour sentir intuitivement si tel auteur écrit vraiment une langue dramatique ou s'il est gâté par la littérature.Il ne s'agit pas ici d'incriminer Shakespeare, mais peut-être bien son traducteur.François-Victor Hugo n'a sûrement pas réussi à nous garder en français la fantaisie ailée, l'humour aérien ou féroce du Shakespeare original.En sorte que les phrases ne sortaient pas spontanément de la bouche des comédiens.Les intentions de Shakespeare nous parvenaient à demi voilées, et il fallait une peu ordinaire bonne volonté pour se sentir à l'aise dans le dialogue.Si je ne me fais pas d'illusions, je pense que nous touchons là l'une des raisons primordiales pour lesquelles Shakespeare, que nous aimons pourtant bien et qui nous 6 apparaît comme un des génies transcendants de la scène, n'a pas su nous prendre au cœur et au ventre comme d'autres œuvres moins parfaites ont déjà fait dans le passé.Il paraît qu'à la représentation cette relative trahison de la traduction n'était guère sensible.Il n'en reste pas moins que le comédien était moins en mesure qu’à l'accoutumée de donner son plein rendement, et l'on comprend assez bien que la critique ait éprouvé le besoin de dire que les Compagnons n'ont pas su être à la hauteur de Pellan décorateur.Rendons hommage tout de suite à l'extraordinaire fécondité et à la fantaisie débridée de Pellan.Il est l'un de nos meilleurs peintres, sinon le plus grand, et nous étions en quelque manière flattés de pouvoir compter s^ur sa collaboration.Malgré le paradoxe, il faut dire cependant que le Pellan peintre a nui au Pellan décorateur.Le peintre qui monte sur la scène doit se donner comme ligne de conduite de coller exactement à la pensée et aux intentions de l'œuvre dramatique.Cela suppose d'abord une abdication, puis une application exacte et minutieuse, afin de mettre le décor dans sa fonction propre, qui est, comme je le disais au sujet du Bal, un support et un tremplin de l'action scénique.Pellan n'a sûrement pas été capable de résister à la tentation que lui proposait subtilement Shakespeare, et sa fantaisie a dépassé les bornes du décor fonctionnel.Je me suis demandé si nous n'aurions pas gagné à jouer l'œuvre intégralement devant des tentures neutres.Les costumes de Pellan qui, à quelques exceptions près, étaient conformes aux exigences de l'œuvre, auraient alors (( chanté )) davantage, et nous n'aurions pas eu une espèce d'équivoque visuelle créée par les costumes en conflit avec le décor trop nourri de couleurs et de lignes.Il reste que pour nous la collaboration de Pellan a été une expérience.Il n'est pas sûr que nous n'ayons pas accepté là un désaveu de l'esthétique théâtrale que nous préconisons depuis toujours sur le plan de la décoration.Si nous y insistons, Pellan voudra bien ne voir ici aucune malhonnêteté ni aucune préoccupation d'ingratitude.S'il y a une trahison, c'est par excès de richesse, et, il faut bien le dire, par une certaine incompréhension, d'ailleurs fort explicable, du peintre presque génial qui était à ce moment-là un décorateur novice. Tirons une dernière conclusion.Je confierais volontiers une autre costumation à Pellan, sous condition de pouvoir à Toccasion restreindre sa verve, mais /hésiterais à lui confier sans nuances la décoration totale d’un spectacle, ou bien c’est que je voudrais admirer à loisir, fût-ce au détriment de l’œuvre dramatique, une fresque autonome de Pellan.Émile LEGAULT, c.s.c.8 % y lllliïtÉlI ® lli* et Hector le bal cl es voleurs » ans TM.- .mhHm : .;W4«^S3iSSSS ' lady dans Hurf et P etert ono voleurs » DANS LES COULISSES costumation pour le « Bal » Les costumes surgissent d'une étude fouillée des personnages.Eva, la mondaine qui n'est pas heureuse, sera vêtue d'une sorte de taffetas uni, bleu sombre ; les plumes de sa coiffure seront de même couleur et ne jetteront nulle gaieté dans une toilette pourtant élaborée.Juliette est simple et tranquille ; il se dégage d'elle une fraîcheur qui fera dire à Eva qu'elle est (( seule vivante parmi tous ces morts )).Le thème sera exploité avec sobriété et délicatesse.Lady Hurf est une vieille anglaise ridicule qui pourchasse les distractions : son costume est un effort inutile de rajeunissement.Les Dupont-Dufort sont des fantoches : Jean de Belleval les habille en petits ronds de cuir.Gustave fait sa première entrée habillé en femme ; la mode 1900 était aux bourrures et aux robes longues, ce qui facilitait la tâche.La plus grande difficulté résidait dans les costumes pour le bal des voleurs.Peterbono et Hector, qui sont des vrais voleurs, ne veulent pas avoir l'air de savoir se faire des têtes de voleurs.Les Dupont-Dufort, désireux de briller par leur savoir-faire, se font des têtes d'apaches.Gustave, le troisième voleur, s'habille pour faire son (( coup )), et les Dupont-Dufort doivent être justifiés de dire que (( c'est beaucoup trop simple )).Le texte est d'une exigence excessive.Voici comment le problème fut résolu : Peterbono et Hector apparaissent vêtus en brigands d'opérette : bandit corse et pirate.Les Dupont-Dufort seront des bandits de faubourgs de Paris, tels que stylisés par des yeux américanisés.Gustave revêtira un maillot et un pantalon noirs.Quant à Lady Hurf et Éva, elles auront l'air de (( filles )) de cotillons.Et Lord Edgar s'affublera d'un casque à la Sherlock Holmes.9 DANS LES COULISSES decors pour le « Bal » Il a été décidé que Faction se passerait autour de 1900.Tout le ridicule des personnages autorisait cette situation.1900, en effet, c'est Fâge baroque et risible, d'un goût affreux.L'architecture semble avoir perdu toute logique, et la fantaisie qui la domine est essentiellement criarde.Voilà le pourquoi de la clôture de fer ouvragé, du kioske fionné.Les couleurs sont à Favenant.Toutefois, une reproduction exacte de couleurs 1900 n'eût pas donné la juste impression du temps.Il a fallu procéder à une transposition, adopter les couleurs plus pures qui seules pouvaient résister à l'éclat des éclairages.C'est ainsi qu'on a obtenu une allure jaune et vert où tranche le rouge des meubles.La deuxième exigence qui a dominé la conception des décors, c'est celle du changement rapide.Le fond de décor reste le même.Les panneaux et rideaux sont d'un maniement facile.Sans beaucoup de frais, Faction se transporte d'un parc public à l'intérieur d'un salon, puis sur une terrasse donnant sur le jardin de Lady Hurf.L'économie des décors est vraiment remarquable.Et pourtant, chaque décor comporte des éléments nouveaux qui le constituent en une entité parfaitement distincte.Le premier acte, nous l'avons dit, se passe dans un parc.Pour le deuxième,, il suffit de faire disparaître la grille et le kioske, de poser en plein centre de la scène un panneau représentant trois portes-fenetres, de fermer deux rideaux vert-jaune.Le décor des.deux derniers actes conservera, à droite, les trois portes-fenetres et l'un des deux rideaux, pour suggérer le salon du deuxieme et du troisième.A gauche, formant angle, une triple entrée de fer ouvragé.10 Pour donner l'illusion de la profondeur, la toile de fond et les feuillages des arbres n'offriront pas de contraste : on passera du bleu au vert-bleu, puis à des verts de plus en plus francs.Les panneaux jaunes trancheront là-dessus avec d'autant plus d'incision.Us paraîtront tout prochains, et pourront plus facilement circonscrire l'action. DANS LES COULISSES chorégraphie pour le « Bal » Nous n'en sommes pas à la Joconde, de Ponchielli, dont le ballet ne s'explique que par le seul pompiérisme, sinon par l'exhibitionnisme Je plus pur.La chorégraphie du (( Bal des Voleurs )) répond à une exigence, elle entre dans le corps même de la pièce, sans coupure, sans rupture du rythme.Sa fonction n'est pas de distraire, mais d'intensifier.C'est là le souci qui a constamment dominé sa préparation.Lady Hurf parle à deux reprises de marionnettes, de pantins.Et que sont-ils, en effet, ce Peterbono, cet Hector, ce Gustave, ces Dupont-Dufort père et fils, sinon des poupées qui obéissent à leurs ficelles, maniées si habilement par la milady en mal de divertissement.Lady Hurf se paye un gignol.Comme au gignol, donc, chacun dansera ; mais il dansera selon le rythme interne de son personnage.Les voleurs, tantôt avec majesté, tantôt avec la désinvolture, la rigolade naturelles aux gouapes.Les Dupont-Dufort entreront et sortiront de scène du pas empressé, grotesque, des gens ser-vil es.Gustave et Juliette, parce qu'ils sont jeunes et amoureux, garderont dans la danse toute la grâce, toute la fraîcheur qu'implique ce double état.Et ainsi, aucun des personnages ne devra trahir sa vérité propre.Passons au quadrille.Il naît d'un moment d'enthousiasme, il se forme spontanément ; il est une répétition avant le bal, et surtout une anticipation du plaisir qui s'annonce.On s'amuse.Les évolutions n'empêchent pas les rires.Le rythme monte, monte, jusqu'à ce que Lady Hurf et Eva sortent en triomphe, portées chacune sur les épaules de deux danseurs.12 Ainsi la chorégraphie, loin d'être un obstacle au jeu, le supporte au contraire au bon moment, stylise les démarches, les attitudes, toute la mise en scène.Elle ne vit pas ici pour elle-même, ce n'est pas la place : elle apporte à l'action sa surabondance, ou, pour mieux dire, elle la fait s'épanouir dans toute sa plénitude.Les Compagnons ont dansé, dans (( le Bal des Voleurs )).Mais leur danse n'était pas en marge, elle s'insérait dans un contexte.Et c'est là, il nous semble, ce que doit faire la danse chaque fois qu'elle monte sur une scène qui n'est pas la sienne propre.C'est là, en tout cas, le rôle que lui avait assigné Anouilh, quand il écrivit sa pièce.Et c'est en ce sens que les Compagnons ont travaillé, d'après les indications de l'infatigable et compétente Elizabeth Leese. DÉCORS POUR LE «.BAL)) "••¦¦a Hli Décor du 1er acte 14 «BAL» DÉCORS POUR lJ ‘ur Décor des 2e et 3e actes c>.15 DECORS POUR LE «BAL» S—j- 'T \i—U.J-L ilifcu: Décor du 4e acte 16 LES TROUPES AMIES Joie et Pauvreté ont dansé .Tel que là, je pense au grand Copeau.Je songe au grand Copeau : enfoncé dans un vieux château de Bourgogne, en une solitude ardue et recueillie, au nom du théâtre qu'il veut sauver par le Jeu.Des âmes neuves l'entourent en dansant : une troupe d'enfants blancs (purs de toutes scènes falsifiées).Lui, le maître, est au centre, il bat le temps, sans arrêt, d'une vie laborieuse.Ensemble, ils y cultivent leurs âmes et leurs corps, les labourant, les retournant, pour leur faire dire enfin allègrement ces réalités merveilleuses qui naissent et chantent en cœurs profonds.Hé oui 1 je songe au grand Copeau : maintenant que je vais à pas tranquilles sur une ordinaire rue de la Capitale ; ce soir même que je reviens d'un petit vieux monastère humble et doux ; à cette minute que mon esprit devine encore les mystérieuses fusées de Joie et Pauvreté qui jaillissent de la vieille maison des moines jusqu'à l'étoile polaire.(et bien plus haut encore).Oui, vraiment, j'ai bien raison de penser au vieux château de Bourgogne : vieux monastère, vieux château, est-ce tellement différent ?Et surtout, je retrouve ici la même jeunesse ardente et noble qu'au fond de la Bourgogne.Ah 1 des jeunes, ces bruns séraphiques de la rue Wellington 1 Des vrais jeunes qui sautent, qui dansent, qui rient.autant qu'ils étudient ; et ceci, toujours priant (car, vous savez, ce sont des moines, et fils de saint François, le priant joyeux).Il y en a de tout petits, d'autres moins, d'autres pas petits du tout (preuve : ils ont une grand'barbe).Les vieux regardent rire et danser les petits ; tout le monde joue la joie.Mais, au fil des jours, les renoncements, le dépouillement de soi, l'esprit de famille ont dû faire la conquête de ces êtres pour qu'aux moments de joie publique, ils puissent danser et jouer souplement avec tous ceux qui les aiment.Ce soir, 13 janvier, devant leurs amis et bienfaiteurs, ils ont voulu s amuser avec une étoile.C'est beau une étoile ; et comme on peut en faire, des jeux, avec une étoile 1 Timmermans, un vieil enfant des Flandres, en a composé un très joli qu'il appelle : « .Et où l'étoile s'arrêta.» Ah, mais c'est un jeu ça I Avec de quoi danser, sauter, rire.et pleurer un peu aussi.Voyez-vous ces trois gueux, la gorge sèche et le gousset plat.17 qui parcourent la paroisse, en Rois Mages, avec une étoile dorée devant eux, chantant des petites chansons.La quête est bonne, mais les malheureux s'égarent dans un grand champ de neige I Tout à coup, là, devant eux, ils aperçoivent la sainte Famille ; elle est pauvre, et Jésus vient de renaître.Attendris, les trois Rois donnent toute leurs richesses à saint Joseph.Les voilà donc pas plus riches qu'avant 1 Pas plus riches ?.Vous verrez bien où mène une étoile depuis le grand voyage des premiers Mages à la première crèche.A la Noël suivante, l'un des trois pauvres est amené au ciel par l'Enfant-Jésus lui-même.Un an encore, un an plein de tristesse, car le deuxième a vendu son âme au diable pour de l'argent.Mais quand Noël vient encore une fois, Notre-Dame se souvient de cet homme qui, après la quête avec une étoile, lui a tout donné.Elle arrive au secours du malheureux qui lui crie, et le ramène au ciel avec son confrère, le troisième, tout gêné de rencontrer la sainte Vierge sur sa route.Tous au ciel, à cause d'une bienheureuse étoile qui les avait égarés 1 Pas beau, ce jeu-là ?.Il me tourne gaiement dans la tête et je le recommence toujours comme tantôt, à la cloche de huit heures.La salle est bondée ; tous attendent avec hâte de se lancer sur (( l'étoile » avec les petits gars qui prennent leur élan, déjà, derrière le grand rideau rouge.Chut.Lumières éteintes.En silence, chacun s'offre aux tréteaux qui vont paraître.
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