Québec science, 1 janvier 2006, Avril
I I I a ! ER il 5NQ iuels sont les symptômes à surveiller ?5 jura-t-il bientôt un vaccin?1 .6 ommentse prépare-t-on?65385 63761 04 Avril 2006 www.cybersciences.com Des fondamentalistes religieux opposés à la biologie de l'évolution veulent injecter du surnaturel dans les cours de science liliWi ¦ X Nos employés ont fie Et ils ont bien raison d’être aussi fiers.Car en plus de pouvoir innover chaque jour dans leur travail, ils font tout pour permettre à l’entreprise de contribuer sans cesse à la qualité économique, sociale et environnementale de la région.Pourquoi?Parce que, chez QIT-Fer et Titane, nous croyons que la croissance de notre entreprise passe aussi par la croissance des régions où nous sommes établis.Et, que ce soit à Sorel-Tracy, tout près de Montréal ou à Havre-Saint-Pierre, nous avons bien l’intention de continuer, pour le bien des générations futures.Pour en savoir plus sur nos activités et sur notre façon de voir la vie, visitez notre site Internet : www.qit.com QIT-Fer et Titane www.qit.coin AVRIL 2006, VOLUME 44, NUMÉRO 7 www.cybersciences.com Actualités 13 Dossier La Bible contre l’évolution 6 En visite chez la voisine Vénus pourrait nous en apprendre beaucoup sur le réchauffement climatique.par Steve Proulx 8 Enquête génétique en Nouvelle-France Des chercheurs ont retrouvé la fille du Roy qui a introduit au Québec une maladie des yeux héréditaire.par Maxime Coutié 9 Passe-temps dans l’espace-temps La science-fiction nous trompe-t-elle sur la science?Oui, et alors?propos recueillis par Raymond Lemieux Planète ADN 12 La chute du docteur Hwang Et si la recherche sur le clonage humain rendait fou?par Jean-Pierre Rogel 14 La main de Dieu, la part du singe La vie est trop complexe pour être le fruit du hasard, affirment les adeptes du «dessein intelligent».Mais la communauté scientifique ne suit pas.Ouf! par Noémi Mercier 18 L’Amérique profonde en croisade C'est à Dover, une petite ville de Pennsylvanie, que s'est jouée la plus récente bataille sur les origines de l'homme.par Charles-Philippe Giroux Santé publique 28 Le monde a la chair de poule Au Québec, les services de santé se préparent à accueillir la grippe aviaire.Six questions pour comprendre cette menace.par Catherine Dubé et Raymond Lemieux Technologie 34 Entre robot et cyborg « Les exosquelettes décuplent la puissance et la rapidité de ceux qui les revêtent.Ils ont des applications autant militaires que médicales.par Joël Leblanc 23 Les racines de l’évolution Darwin, père de l'évolutionnisme?En fait, il n'a fait que valider une théorie déjà répandue à son époque.par Joël Leblanc 24 Même Darwin a évolué « Les tenants du dessein intelligent habillent leur discours d'un jargon technique convaincant, mais sans valeur scientifique », estime le biologiste Cyrille Barrette.propos recueillis par Joël Leblanc 26 Le Québec aussi dans la tourmente?Au Québec, les adeptes du créationnisme donnent des conférences et vendent des DVD par centaines.Ils se targuent même de convertir les jeunes dans les écoles.par Mélanie Saint-Hilaire Des idées pour demain 38 IL fait fondre Les préjugés Le sociologue Gérard Duhaime veut faire voir le Nord autrement.Il est en train de changer l'image des Inuits du Québec.par Isabelle Grégoire technocratique Science Culture 42 Saint-Casimir voit vert Le Festival de films de Portneuf sur l'environnement propose de nouvelles «vues» sur le monde.par Mélanie Saint-Hilaire m 43 Jeux par Jean-Marie Labrie 44 Aujourd’hui le futur par Philippe Desrosiers Portfolio 45 L’œil du désert Bien vu! 46 Dieu et les huîtres Et si la science prouvait l'existence de Dieu?par Bernard Arcand et Serge Bouchard Ibillet »» par Raymond Lemieux Odieux Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.» C’est bien écrit dans cette profession de foi : Dieu est le créateur de l’Univers.Et, chers primates, nul ne retouche ce récit sans commettre un sacrilège.On a beau avoir ajouté intensité et rebondissements à l’histoire de l’homme avec la découverte du big-bang, des dinosaures, de la dérive des continents, des déluges, des australopithèques, des Homo erectus, neandertbdemis et ergaster, ça ne marche pas.Paléontologues, biologistes, physiciens, vous jouez dans la cour du bon Dieu ! Les fondamentalistes chrétiens nous le ressassent : le monde est Made by God.Aux Etats-Unis, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère.Très organisés, ils tentent d’inscrire le récit biblique à l’ordre du jour des cours de science.Ce faisant, ils relèguent les fantastiques découvertes sur l’évolution de l’homme au rang de simple théorie.Et ils attaquent sur tous les fronts, même ceux où les chercheurs s’aventurent niti.i.il J i.mm rarement : les écoles et les tribunaux.Voilà une offensive obscurantiste comme on ne pensait plus en voir dans le domaine de la science.Odieux.Aux yeux de plusieurs de nos lecteurs, cette cabale, menée par ceux que l’on appelle les créationnistes ou, plus subtils, les adeptes du «dessein inteUigent» (c’est la nouvelle désignation pour rappeler que la main divine reste l’élément déclencheur de tout ce qui existe) est une tartufferie.C’était aussi notre impression à Québec Science.Alors, pourquoi lui donner de l’importance en lui consacrant un dossier ?Si la croisade risque d’être passagère, les dommages collatéraux qu’elle provoque pourraient bien être durables.Car c’est la nature même de la science et la pertinence de la démarche scientifique - qui n’a rien à voir avec quelque approche spirituelle que ce soit - qui sont attaquées.Pourquoi ?Parce que l’on n’a pas à croire en la science.La science expérimente, résout des problèmes, teste des hypothèses.Et c’est dans cette logique de rigueur et de rationalité qu’elle subit aussi, parfois, des échecs.Les idées religieuses, elles, ne sont jamais exposées à l’échec.Science et religion sont deux façons bien distinctes de se situer dans le monde.Le nœud est que la science a, par la force des choses, grugé certains fondements de la doctrine chrétienne lorsqu’elle s’est mise à questionner la vie, la conscience, notre destin.C’est l’éthique de la vie (et, par conséquent, la morale chère aux chrétiens) qui est ici touchée.Mais de quel droit ce questionnement devrait-il rester l’apanage des fondamentalistes ?Surtout que lorsqu’ils clament que les idées de Darwin ont précipité le monde dans la débauche, l’homosexualité, la violence et la guerre, ils trahissent une étroitesse d’esprit bien inquiétante.Le comble, c’est que le Vatican en a remis en ce qui touche à l’épineux dossier des origines.«Les théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme simple épiphénomène de cette matière, sont incompatibles avec la vérité de l’homme », a décrété nul autre que feu le pape Jean-Paul II avant d’ajouter que ces théories sont « incapables de fonder la dignité de la personne ».Tous les biologistes sont donc condamnés à vivre dans le pêché ! Amen et vive les fossiles ! CHOSES QU'IL FAUT SAVOIR an I i tanrtH m >jur ’ ' Dm londampnt jlittes rcligicui opposes a la biologie de l'évolution veulent injecter du surnaturel dans les 3Ê sjj Science Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.miUot@quebecscience.qc.ca Reporters Catherine Dubé, Marie-Pier Elie et Noémi Mercier Collaborateurs Bernard Arcand, Serge Bouchard, Maxime Coutié, Philippe Desrosiers.Charles-Philippe Giroux, Isabelle Grégoire, Jean-Marie Labrie, Joël Leblanc, Steve Proulx, Jean-Pierre Rogel et Mélanie Saint-Hilaire.Correcteur LucAsselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Christian Fleury, Jacques Lamontagne Direction Sylvie Bergeron Adjointe administrative Nicole Lévesque Promotion et relations médias Dominique Owen PUBLICITÉ LOCALE ET NATIONALE : Siège social à Montréal Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Julie Gagnon poste 26 jgagnon@quebecscience.qc.ca Ginette Hamel poste 23 ghamel ©quebecscience.qc.ca SITES INTERNET www.cybersciences.com Responsable: Noémi Mercier n.mercier ©quebecscience.qc.ca www.cybersciences-junior.org Responsable: Catherine Dubé courrier@cybersciences-junior.org Abonnements (taxes incluses) Au Canada : 1 an = 43,45 $, 2 ans = 74,85 $, 3 ans = 103,95 $.À l'étranger : 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3 ans = 139 $.Pour abonnement et changement d'adresse Tél.: (514) 521-5376 ou 1 866 828-9879 Québec Science, Service à la clientèle, 1251, rue Rachel Est, Montréal (Québec) H2J 2J9 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : Rowecom France, rue de la Prairie, Villebon sur Yvette, 91763, Palaiseau cedex, France Pelliculage électronique et impression : Interweb Distribution en kiosques : Les Messageries Benjamin Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 2005, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 2005 - La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Poste : Convention de la poste-publications n° 40064577, n" d'enregistrement 08024.Retournez toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada.le magazine sert avant tout un public gui recherche une information libre et de guahté en matière de sciences et de technologies, l'éditeur n'est pas lié à guel-gues exigences publicitaires.Les journalistes de Québec Science sont tenus de respecter le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Québec Science, magazine à but non lucratit, est publié 10 lois l'an par la revue Québec Science, la direct'on laisse aux auteurs l'enb'ère responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés, les titres, sous-titres, textes de présentabon et rubrigues non signés sont attribuables à la rédaction.Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l'Audiothègue pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 593-0103 Canada Québec Science est supporté par le Cegep de Jonquière et reçoit l'aide financière du ministère du Développement économique de l'Innovation et de l'Exportation.Nous reconnaissons l'aide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts d'envoi postal et nos coûts rédactionnels par l'entremise du Programme d'aide aux pubtications et du Fonds du Canada pour les magazines.P M B La Revue Québec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 courrier@quebecscience.qc.ca Québec 4 Québec Science I Avril 2006 CEGEP de Jonquière Courrier courrier@quebecsdence.qc.ca Les hormones ont bon dos! Jonathan Archambault, de Gatineau, réagit à notre article « Et les hormones dans tout ça ?» (octobre 2005) et se porte à la défense des adolescents.«Les changements tant physiologiques que psychologiques vécus à l’adolescence sont en partie causés par les hormones.Mais devons-nous les rendre responsables de toutes les décisions prises par l’adolescent?[.] Il faut aussi penser aux erreurs et à la maladresse de la société.Il faut aussi s’assurer que l’environnement scolaire et familial sont adéquats.Il est ensuite nécessaire d’adapter la scolarité pour tout le monde.[.] L’école devrait inspirer un sentiment de motivation et non d’obligation.» Le doc Mailloux fait encore jaser Nous avons reçu beaucoup de réactions à la chronique de Jean-Pierre Rogel sur la controverse entourant les propos du docteur Pierre Mailloux concernant le quotient intellectuel des personnes de race noire («Le QI, les gènes et le doc Mailloux », décembre 2005-janvier 2006).Voici quelques extraits de lettres choisies.Daniel Baril de Montréal, anthropologue et rédacteur scientifique, nous écrit: «Depuis les travaux de 1969 de Jensen, on a mené une quantité colossale de recherches sur les jumeaux et cela mériterait en soi un article de fond.[.] Selon les 52 signataires de la fameuse déclaration Mainstream Science on Intelligence, des différences interethniques de QI persistent, quoique plus faibles, lorsque les conditions socioéconomiques sont les mêmes.» Il conseille notamment deux ouvrages qui, dit-il, rectifient certaines erreurs couramment entretenues à propos de ce sujet brûlant.Il s’agit de : The Blank Slate: The Modem Denial of Human Nature, de Steven Pinker (Penguin Putnam, 2002) et de Darwin’s Dangerous Idea, de Daniel Dennett, traduit en français sous le titre Danvin est-il dangereux ?(Odile Jacob).Serge Larivée, professeur à l’école de psychoéducation de l’Université de Montréal et Françoys Gagné, du département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, estiment que la chronique de Jean-Pierre Rogel ne reflète pas les positions majoritaires des experts en psychologie de l’intelligence.Ils renvoient eux aussi à la déclaration faite en 1994 par une cinquantaine de spécialistes suite aux réactions qui ont suivi la parution de The Bell Curve.Éloge des ergothérapeutes Emmanuelle Goyer et Sophie Tétrault de Montréal, étudiantes en ergothérapie, ont beaucoup apprécié notre dossier «Il était une fois dans l’os» (novembre 2005).«Nous aimerions souligner le rôle que peuvent jouer les ergothérapeutes.Ces professionnels parviennent entre autres à aider les travailleurs qui ont des problèmes articulaires liés à des répétitions prolongées de certains gestes, comme des tendinites.Ils peuvent aussi entraîner les gens qui doivent porter une prothèse du membre supérieur, etc.» Moisson céleste France LeBlanc, peintre en Gaspésie, puise son inspiration dans Québec Science.«Vous m’avez donné de l’inspiration avec vos superbes photos de nébuleuses, de la Voie lactée, d’étoiles, d’explosions solaires, etc.Je peins à partir de ces photos, mais je les interprète à ma façon.Un grand merci.J’ai trois enfants de 11, 12 et 13 ans, et le magazine fait le tour de la famille en un rien de temps.» Écrivez- nous Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires et suggestions à f adresse suivante Québec Science, 4388, rue Saint-Denis, bureau 300, Montréal (Québec) H2J 2L1 Tétée.: (514) 843-4897 ou par courriel: courrier@quebecsdence.qc.ca La rédaction se réserve le droit de publier les extraits les plus significatifs et les plus informatifs.Merci d'indiquer votre nom complet et votre lieu de résidence.des sciences La science-fiction nous trompe-t-elle sur la science P Débat animé par \fenick Villedieu (les années-lumière, Radio-Canada).À Montréal, le mardi 11 avril de 17 h 30 à 19 h 30, au bar L'Barouf, 4171, rue Saint-Denis.La science-fiction nous en passe de bien belles! Une explosion assourdissante dans un vide sidéral où les ondes sonores ne peuvent voyager; des sabres lasers qui s'entrechoquent, alors que la lumière est immatérielle; un lézard géant qui court, même si sa masse musculaire ne devrait pas lui permettre d'avancer à plus de 15 km/h.Alors, la S.F.est-elle bonne ou mauvaise pour la science?Entre autres invités : Roland Lehoucq, astrophysicien au Service d’astrophysique du Commissariat à l'énergie atomique de Saclay (France), auteur du livre D'où viennent les pouvoirs de Superman ?Joël Champetier, rédacteur en chef de la revue Solaris, auteur d'une quinzaine de livres touchant tant à la science-fiction qu'au fantastique et à la fantasy.Son roman La peau blanche, a été adapté pour le cinéma, Mario Tessier, historien, et astronome amateur.L'entrée est libre, mais assurez-vous d'avoir une place en réservant auprès de Dominique Owen au (514) 843-6888, poste 29.Organisé par l'équipe du magazine Québec Science, en collaboration avec le Consulat général de France à Québec et le bar L'Barouf.UmiuQpi FtANOust Consulat général de France à Québec (Science Avril 2006 I Québec Science 5 r à MBB PRIX DU PUBLIC Les résultats de notre concours.Vous avez été nombreux à visiter notre site cybersciences.com pour participer au concours « Votez pour votre découverte de l’année».Cela a permis de choisir le premier récipiendaire d’un prix du public pour un scientifique.>ÉCOUVl-RTI£S Il en sera peut-être fini de la chimiothérapie invasive grâce à ces micelles qui s'ouvrent sur commande pour libérer un médicament dans l’organisme.par Raphaelle Oeromo Parmi les 10 réalisations québécoises de 2005 choisies par Québec Science, pas moins de 48 % d’entre vous avez élu « Les petites autos du docteur Zhao ».Le chimiste Yue Zhao, de l’Université de Sherbrooke, a mis au point des micelles qui s’ouvrent sur commande grâce à un signal lumineux pour libérer des substances dans l’organisme.Cette innovation permettra de cibler l’action des médicaments avec beaucoup plus d’efficacité.Les internautes ont souligné l’impact positif de cette découverte sur la qualité de vie des patients.«Après les “armes de destruction massive”, comme la chimiothérapie, pour vaincre la maladie, les petites mains “micelliennes” pourront bientôt se limiter à attaquer des cellules cancéreuses, pour le plus grand bien des cellules saines », souligne un des votants Pierre Blumenthal.En deuxième position, « ADN express » a récolté 20 % des voix.L’invention de Mario Leclerc et Denis Boudreau, de l’Université Laval, permettra d’identifier le virus de la grippe aviaire, la bactérie E.coli, certaines maladies génétiques ou des traces d’OGM Les petites autos du docteur Zhao dans les aliments en seulement cinq minutes ! « Il y a quelques années, les tests de grossesse étaient réservés aux hôpitaux.Il nous est maintenant permis de rêver du jour où nous irons à la pharmacie acheter notre test de dépistage pour savoir si nous sommes porteurs de l’acidose lactique, de la fibrose kystique ou de la tyrosinémie », écrit David Simard.Suivent deux découvertes qui se partagent la troisième place.Dans l’article « On étouffe, ici ! », l’océanographe Denis Gilbert, de l’Institut Maurice-Lamontagne, révèle que le fleuve Saint-Laurent affiche un taux d’oxygène trop bas.Cette triste nouvelle a profondément touché Line Dorval qui dit : « Il nous faut de telles découvertes pour nous rendre compte de la fragilité de la nature et par conséquent de notre propre fragilité.» Ex æquo au troisième rang, «Au-delà du réel », où notre journaliste décrit l’innovation réalisée par Sophie Côté et Stéphane Bouchard, de l’Université du Québec en Outaouais, qui permet de traiter les phobies grâce à des images virtuelles.Une lectrice, Claire Fiola a craqué pour cette découverte : « Quelle belle utilisation de l’informatique pour traiter ces troubles anxieux ! Ici, l’informatique devient autre chose qu’un facteur d’isolement ou un jeu violent; elle fait grandir l’humain.» Au final, c’est toute la vitalité de la recherche québécoise que vous avez célébrée par vos commentaires éclairés.Car comme l’écrit James Baldwin, l’un de nos participants : « Le Québec compte des chercheurs de grand talent.» Merci à tous pour votre contribution.Une plaque pour honorer M.Yue Zhao a été remise lors d’une cérémonie tenue à l’Université de Sherbrooke le 13 mars dernier.Prochain rendez-vous : l’an prochain ! www.cybersdences.com Jusqu’où irez-vous ?Découvrez les programmes de cycles supérieurs en sciences de l'UQAM.^ Actuariat et mathématiques ^ Informatique et génie logiciel ^ Biologie Sciences de la Terre et de l’atmosphère ^ Chimie et biochimie ^ Sciences de l’environnement www.sciences.uqam.ca UQÀM Prenez position 6 Québec Science I Avril 2006 dualités, il isom® sGItit, tvtlt(]iit| v.I !apro-[ Æt:-Il oiisren- tparcoo- l-dilidl d iréi- dsiè [iffidé- lel’iiiioi- sHafr nia» ïiiit V v: iftai* ir.jm ¦¦I - • rnmm r « J// • - llmrmil i iIItt .imm i bàii! T rüulUH •rxiTi ! r~T~T~ n Les derniers préparatifs de Vénus Express avant son T départ l'automne dernier La sonde Vénus Express va visiter notre voisine.Elle pourrait nous en apprendre beaucoup sur notre propre planète, en particulier sur le réchauffement climatique.par Steve Proulx Vu d’ici, c’est le troisième corps céleste le plus brillant, après le Soleil et la Lune.On dit aussi de Vénus qu’elle est la jumelle de la Terre : sa taille est similaire et elle est proche du Soleil.Sur place, toutefois, l’ambiance diffère un peu.Sa température frôle les 500 °C.Son atmosphère opaque est sans cesse agitée par de violents cyclones et il n’y a pas le moindre signe de vie.L’enfer.Pourtant, si Vénus s’était trouvée un peu plus éloignée du Soleil, elle aurait pu connaître le même destin que notre planète.« C’est une Terre manquée », dit Robert Lamontagne, astrophysicien à l’Université de Montréal.Puisque la conquête spatiale a été fortement motivée par la recherche de vie extraterrestre, et que Vénus s’est avérée décevante à cet égard, on l’a négligée.D’autant plus que les conditions extrêmes qui prévalent à sa surface n’en facilitent pas l’exploration.Résultat: on connaît bien mal notre «jumelle».Jamais une sonde n’aura scruté l’astre avec autant de précision.«Vénus Express nous fournira plus de données sur cette planète que toutes les missions précédentes réunies », dit le responsable scientifique de la mission à l’Agence spatiale européenne (ESA), Hâkan Svedhem.Parmi la vingtaine de missions (soviétiques et états-uniennes) qui l’ont étudiée jusqu’à présent, quelques-unes se sont soldées par de cuisants échecs.En 1982, la sonde soviétique Venera 14 s’est posée sur l’astre brûlant, mais n’a « survécu » que 55 minutes à la chaleur.En revanche, la sonde Magellan, dans les années 1990, a montré que la planète était recouverte de lave solidifiée.Vénus Express doit d’abord dresser une carte tridimensionnelle de l’atmosphère.Pour cela, on l’a équipée de sept instruments de pointe, dont une caméra à grand angle, ainsi qu’un magnétomètre et spectromètre haute résolution à infrarouge, capable de mesurer la température avec précision.Les scientifiques espèrent ainsi en apprendre davantage sur la composition de l’atmosphère en basse altitude, sur le système nuageux, ainsi que sur les interactions entre les vents solaires et la haute atmosphère.La sonde partira aussi à la recherche d’activité volcanique et tentera d’élucider une vieille énigme : pourquoi Vénus tourne si lentement (une rotation tous les 243 jours terrestres), et en sens inverse, par rapport à la Terre et aux autres planètes.L’engin d’une tonne est pratiquement une copie conforme de Mars Express, lancée par PESA en 2003.Seules quelques modifications ont été apportées pour l’adapter aux conditions vénusiennes.« La protection thermique a été repensée pour permettre à la sonde de résister à de plus hautes températures », souligne Hâkan Svedhem.Les panneaux solaires, qui alimentent la sonde en énergie, ont aussi été rapetissés, puisque le Soleil est quatre fois plus intense aux environs de Vénus.Après un voyage pépère de 155 jours, Vénus Express entreprendra une série de manœuvres afin d’atteindre son orbite.Si tout se déroule comme prévu, sa trajectoire la fera passer à près de 250 km de la planète.La mission doit durer deux «jours vénu-siens», ce qui équivaut à environ 500 jours terrestres.Mais la sonde a suffisamment de carburant pour tenir le double.Les données recueillies par Vénus Express permettront de mieux comprendre l’évolution des planètes, dont notre favorite : la Terre.« La relation entre l’atmosphère de Vénus et sa surface se compare probablement à la relation entre l’atmosphère de la Terre et ses océans.On pense que c’est sensiblement la même dynamique », dit Robert Lamontagne.Or, comme Vénus est l’exemple même d’une planète aux canicules extrêmes, elle pourrait nous en apprendre sur notre propre réchauffement climatique.En somme, mieux comprendre l’effet de serre sur Vénus pourrait nous aider à raffiner nos modèles climatologiques.Entre voisins, on peut bien s’entraider ! 05 Vénus Express tentera d'élucider une énigme : pourquoi cette planète toume-t-elle si lentement, et en sens inverse, par rapport aux autres ?Avril 2006 | Québec Science 7 NASA/JPL/CALTECH Enquête génétique en Nouvelle-France Des chercheurs ont retrouvé la fille du Roy qui a introduit au Québec une rare maladie des yeux.par Maxime Coutié L’histoire de Catherine Suret ressemble à s’y méprendre à celle des centaines de filles du Roy débarquées en Nouvelle-France au XVIIe siècle.La jeune orpheline originaire de Paris accoste à Québec en 1669 avec, dans ses bagages, une dot accordée par Louis XIV.Elle épousera Nicolas Fasche, qui lui donnera 10 enfants dont 5 filles.Ce que la jeune femme ignorait, c’est qu’elle était porteuse d’une mutation génétique, la T14484C, responsable de la névrite optique de Leber, une maladie rare, mais très handicapante, qu’elle léguera à ses descendants.Des chercheurs québécois ont mené une passionnante enquête publiée dans American journal of Human Genetics.Us sont formels : la jeune fille est le premier maillon de cette maladie héréditaire chez nous.La maladie de Leber, du nom du médecin allemand qui l’a découverte en 1870, se manifeste par une inflammation du nerf optique entraînant, à l’adolescence ou à l’âge adulte, une cécité totale ou partielle.Elle affecte une centaine de Canadiens français.Le gène défectueux est transmis par les filles, mais la maladie touche davantage les garçons (dans une proportion de 7 pour 10).Ça a été notamment le cas pour Robert Messier qui avait 15 ans quand sa vue à commencé à se détériorer.En l’espace de quelques jours, l’adolescent est devenu aveugle.« Le rideau s’est fermé, dit-il.Jai paniqué.Un jour, les médecins m’ont dit que j’étais atteint de la maladie de Leber.» Robert a retrouvé partiellement la vue, mais il voit seulement en périphérie et n’arrive même plus à lire la musique qu’il compose.«J’ai l’impression d’avoir de gros pixels au centre de l’œil, comme quand on dissimule le visage d’une personne à la télévision.» Malgré ce handicap, Robert dit « mener une vie presque normale ».Son cousin, frappé de plein fouet à l’adolescence, n’a pas eu cette chance.Il est totalement aveugle.Ainsi que d’autres membres de sa famille avant lui.Comme Robert, beaucoup de personnes atteintes de névrite optique vivent dans la région de Montréal.« Pour comprendre pourquoi, nous avons remonté la filière généalogique», explique l’un des auteurs de l’étude, le docteur Bernard Brais, du laboratoire de neurogénétique du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.En fins limiers, les chercheurs ont consulté des tonnes d’archives, à commencer par le fichier BALSAC de l’Université du Québec à Chicoutimi, la plus importante banque de données généalogiques québécoise.Après des mois de recherche, l’équipe a identifié une ancêtre commune pour 12 des 14 patients consultés.«Jamais nous n’avions pu établir un tel degré de précision dans l’identification du responsable de l’introduction d’une maladie génétique », affirme le docteur Brais.En examinant de près les ancêtres des porteurs de la névrite de Leber, on pourra essayer de comprendre pourquoi certaines personnes, même si elles portent la fameuse mutation génétique, ne développent pas la maladie alors que d’autres deviennent aveugles.Peut-être les prochains descendants de Catherine Suret pourront-ils profiter des avancées de la médecine et guérir de cette terrible maladie.G5 Reconstitution historique à la maison Saint-Gabriel, à Pointe-Saint-Charles.C'était le lieu d'accueil des filles du Roy de 1668 à 1673./.Q LJ HH eèù wioas En hausse Les déchets dans l'espace Plus de 9 000 débris sont en orbite autour de la Terre.Et ça ne pourra qu'empirer au cours des prochaines années.Il n'existe actuellement aucun moyen de nettoyer ce dépotoir spatial composé, entre autres, de morceaux de satellites, d'étages de fusée et d'outils perdus par les astronautes.Dans une récente édition de la revue Science, deux chercheurs de la NASA affirment que la masse de l'ensemble des objets orbitaux de plus de 10 cm avoisine probablement les 5 000 tonnes.Seule bonne nouvelle : l'essentiel de ce dépotoir orbite entre 885 km et 1 000 km d'altitude, suffisamment loin de la Station spatiale internationale (située à 400 km au-dessus de nos têtes) pour ne pas mettre en danger la vie des astronautes.En baisse La mort subite du nourrisson Pour réduire le risque de mort subite du noumsson, les médetins abreuvent les nouveaux parents de conseils : coucher les enfants sur le dos, retirer les coussins et «toutous» de son lit, ne pas fumer dans la maison, etc.Ils ajouteront peut-être bientôt à cette liste une autre suggestion s'il faut en croire une étude publiée dans le Bntish Medical Journal.Après avoir comparé les habitudes de vie de 185 enfants décédés avec celles de 312 autres enfants, des chercheurs du National Institute of Health, en Californie, sont arrivés à la conclusion que le fait de donner une tétine au bébé au moment du coucher pouvait diminuer le risque de mort subite.Ils ne sont pour l'instant pas en mesure d'expliquer avec précision les raisons de ce phénomène.Avril 2006 I Québec Science 11 PlanèteADN »» par Jean-Pierre Rogel La chute du docteur Hwang Il a fraudé, il a été sanctionné.Et si la recherche sur le clonage humain rendait fou?C’est grâce à la « traçabilité génétique », une technique utilisée notamment pour identifier l’origine d’un produit alimentaire, que les enquêteurs sud-coréens ont fait tomber le docteur Woo Suk Hwang.Le 28 décembre dernier, ils ont en effet découvert que les lignées de cellules souches du fameux scientifique ne provenaient pas de ses patients, comme il le prétendait, mais d’ovules fécondés dans un autre hôpital.Ils détenaient ainsi la preuve que les résultats de ses travaux sur les lignées de cellules souches compatibles, prétendument obtenues à partir d’embryons humains clonés, étaient un tissu de mensonges.Et sa recherche précédente annonçant la réalisation du premier clone humain à des fins de recherche thérapeutique était elle aussi frauduleuse, selon ce que les enquêteurs ont pu prouver sept jours plus tard.La star du clonage thé- j± rapeutique est donc tombée.Exit le pionnier flamboyant à qui on prédisait le prix Nobel.Dans le fond, l’histoire est plutôt 1 triste.Ce scandale est un vaste | gaspillage d’énergie, de fonds publics * et privés (plus de 20 millions $ avaient été confiés au docteur Hwang) et il mine la confiance du public envers la science, et ce, dans le monde entier.Par ricochet, il entache l’ensemble de la recherche.La revue Science s’est rétractée, reniant les deux publications de Hwang et de ses collaborateurs; un fait sans précédent.Cela a déclenché une remise en question des procédures de vérification et de relecture des textes scientifiques soumis pour publication.L’histoire pourrait avoir des répercussions inattendues sur le milieu en retardant notamment le rythme de publication des chercheurs.Entre-temps, l’ensemble des travaux sur les cellules souches sont devenus suspects et ont été placés sous haute surveillance.En soi, ce n’est pas mauvais, mais les équipes de scientifiques craignent ainsi de crouler sous les tracas de commissions administratives et d’éthique, au risque de ralentir leurs progrès.Qu’est-ce qui a poussé le docteur Hwang, universitaire brillant et respecté, à tricher ?Comment pouvait-il ignorer qu’il risquait à tout moment de se faire prendre grâce aux mécanismes de contrôle mis en place par les publications ?Comment pouvait-il penser que des concurrents, tentant de refaire les exploits qu’il clamait avoir accomplis, ne s’apercevraient pas de la supercherie ?Tout compte fait, il s’agit d’un drame humain.Mais on peut pousser l’explication plus loin.Le domaine dans lequel le scientifique s’était lancé, à partir d’une formation de vétérinaire de recherche, est très particulier.Il est nouveau, auréolé de prestige.et très controversé.La création d’embryons humains par clonage, même à de seules fins scientifiques, est interdite dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis et le Canada.Pourtant, selon ses défenseurs, la technique est pleine de promesses.Les cellules souches, qui sont l’origine de tous les types de cellules, pourraient être greffées à des malades sans provoquer de rejet, dans la mesure où elles proviennent d’embryons clonés à partir de cellules du malade en question.Surgit alors l’immense espoir de voir des affections graves enfin guéries.Victimes d’alzheimer, de par-kinson, de cancers, de lésions neurologiques; il faut sauver tous ces gens ! Un puissant lobby entre en action, avec des porte-parole très médiatiques comme Christopher Reeves ou Nancy Reagan.Des fondations sont créées, beaucoup d’argent est offert aux chercheurs.La course internationale bat son plein.Dans un tel contexte, le ton monte.Les fantasmes se mêlent à la réalité.La pression augmente, en même temps que la taille des équipes (celle que dirigeait Hwang est passée de 15 à 125 personnes en deux ans), la soif de reconnaissance et la nécessité d’aller toujours plus vite.« Il suffit que des chercheurs anglais ou américains annoncent la création de quelques cellules humaines mal clonées pour faire les gros titres dans le monde entier » commentait le généticien Axel Khan dans le quotidien Libération, le 24 décembre dernier.« C’est un univers de déraison totale ! » Autrement dit, le clonage thérapeutique est un domaine qui rend fou les gens qui s’en approchent.Dans cette hypothèse, Hwang a perdu le nord, comme bien d’autres; et les conséquences sont dramatiques.Plongé dans un maelstrom d’émotions, d’honneurs et de fric, il n’a pas tenu le coup.Selon cette analyse, il ne suffit pas de critiquer le milieu de la recherche; il faut aussi remettre en question les attentes de la société.Nous, le public, les futurs patients, n’espérons-nous pas des miracles ?Demandons-nous trop aux chercheurs ?Q La star du clonage est tombée en décembre dernier.Exit le docteur Hwang à qui on prédisait le prix Nobel Mais pourquoi a-t-il triché?12 Québec Science I Avril 2006 vv ••v «ri Jl ¦ v.¦•'•A B few- " tflfflffffiTl 'T^ liii ifT * - Une prière pour Danivin Quelle aventure! À 22 ans, Charles Darwin s'embarque à bord du Beagle pour une grande expédition scientifique.Ces observations lui permettront de valider sa théorie de l'évolution.À 50 ans, il publie L'origine des espèces qui bouleverse notre conception des origines de la vie.Mais le naturaliste a eu beau sillonner les mers pendant cinq gans, répertorier plus de 4 000 nouveaux ispécimens et prendre des millers de notes, il ne |convainc toujours pas tout le monde.un siè-£cle et demi plus tard.Que l'homme soit un pri- mate ne fait pas l'affaire de tous ! La preuve : cette «vague créationniste» qui déferle sur les États-Unis et qui touche maintenant le Canada.Ses adeptes prétendent que Dieu a fait l'homme a son image.Point.Les tenants du dessein intelligent, un créationnisme maquillé sous un jargon pseudo-sdentifique, préfèrent parler d'un «agent intelligent».Ils bataillent comme des diables dans l'eau bénite pour que leur vision du monde soit enseignée dans les écoles.Et ils n'ont pas l'intention d'arrêter leur croisade.LA MAIN DE DIEU, U( PART DU SINGE AA L’AMÉRIQUE PROFONDE EN CROISADE MÊME DARWIN A ÉVOLUÉ LE QUÉBEC AUSSI DANS LA TOURMENTE?.[iTirar La vie est trop complexe pour être le fruit du hasar Ils veulent injecter du divin dans la biologie.Mais l LA MAIN DE DIEU ourriez-vous me dire honnêtement (et je vous en serais fort reconnaissant) si vous croyez que la forme de mon nez a été prescrite et guidée par une cause intelligente ?» C’est la question que posait Charles Darwin à son ami, le géologue Charles Lyell, peu de temps après la publication de L’origine des espèces, en 1859.Darwin y proposait que les organismes vivants évoluent grâce à des mutations aléatoires qui, lorsqu’elles améliorent les chances de survie ou de reproduction, sont transmises aux générations suivantes.L’ouvrage avait provoqué une levée de boucliers : l’idée que la prodigieuse diversité du vivant soit le résultat d’une suite d’accidents de la nature était insupportable aux yeux de ceux qui y voyaient l’œuvre de Dieu.Depuis une dizaine d’années, un noyau de penseurs, surtout aux États-Unis, montent une nouvelle offensive pour ramener la « main divine » au cœur des sciences biologiques, au détriment de la théorie de l’évolution.Dieu a cette fois pratiquement disparu de leur discours : le mouvement du « dessein intelligent » {intelligent design, en anglais) met plutôt de l’avant des prétentions scientifiques pour faire avancer ses idées et mieux cacher la main de Dieu.« Cette théorie postule que l’intervention d’un agent intelligent est la meilleure façon d’expliquer certaines caractéristiques des organismes vivants, et que les effets de l’intelligence sur la nature peuvent être détectés scientifiquement », résume Stephen Meyer, cofondateur et vice-président du Discovery Institute.Cet institut, basé à Seattle, est le principal incubateur du mouvement.« Il se 14 Québec Science I Avril 2006 v f *v firment les adeptes du «dessein intelligent».mmunauté scientifique ne suit pas.Ouf ! par Noémi Mercier FART DU SINGE pourrait bien que cet agent soit Dieu et, personnellement, c’est ce que je crois, concède-t-il.Mais il s’agit d’une question philosophique de second ordre.» Les partisans de cette théorie se gardent bien d’identifier trop explicitement le « designer ».Ils risqueraient de donner raison à leurs détracteurs, qui voient dans leur mouvement une croisade néo-créationniste formulée dans un jargon pseudo-scientifique.Stephen Meyer, qui détient un doctorat en histoire et en philosophie de la science de l’université de Cambridge, en Angleterre, insiste sur la distinction à faire entre créationnisme et dessein intelligent: «Le créationnisme cherche à interpréter la science en fonction du récit biblique de la Genèse.Il s’agit d’une déduction à partir d’une autorité religieuse.Le dessein intelligent est une inférence à partir de données biologiques.C’est tout le contraire.» Et à l’inverse du créationnisme, le dessein intelligent ne nie pas que les êtres vivants aient évolué, ni même qu’ils proviennent tous d’un ancêtre commun.« Mais, dit Stephen Meyer, nous rejetons l’idée qu’un processus non planifié, la sélection naturelle, ait suffi à produire toutes les formes de vie sur Terre.» La communauté des chercheurs, elle, ne suit pas.« Toutes les organisations scientifiques d’importance en Amérique du Nord ont examiné leurs arguments et ont conclu que le dessein intelligent n’est pas de la science », dit Brian Alters en pesant ses mots.Directeur du Centre de recherche en enseignement de l’évolution, à l’Université McGill, ce professeur a été le seul Canadien invité à témoigner, l’an dernier, au procès intenté contre le conseil scolaire de Dover, en Pennsylvanie, par des parents opposés à l’enseignement de cette idée (voir texte à la page 18).Avril 2006 | Québec Science 15 JACQUES LAMONTAGNE D'APRÈS MICHEL-ANGE JNE PRIÈRE POUR DARWIN Les supporteurs du dessein intelligent ont perdu ce procès.Mais ils n’entendent pas reculer sur le terrain de la science.Membres d’« instituts » et de « sociétés internationales », armés de doctorats d’universités prestigieuses, ils ont fait de la biologie moléculaire leur principal champ de bataille.Dans son livre Darwin’s Black Box (la boîte noire de Darwin), paru en 1996, le biochimiste Michael Behe a inventé un terme, la « complexité irréductible », pour qualifier une gamme de systèmes biochimiques qui seraient trop raffinés pour être le résultat de l’évolution par la sélection naturelle.« Un système de ce type est composé de nombreux éléments, comme des protéines, qui remplissent une fonction de façon coordonnée, de telle sorte que, si on retire n’importe lequel de ces éléments, le système tout entier cesse de fonctionner », explique Stephen Meyer.Puisqu’ils n’ont pas pu évoluer, ces systèmes doivent avoir été conçus par un ingénieur intelligent.L’exemple le plus évident de cette complexité serait le flagelle de la bactérie (voir l’encadré ci-dessous).Bien sûr, les biochimistes admettent ne pas encore comprendre tout à fait comment les structures de ce genre ont évolué.Et ce sont précisément ces lacunes que les tenants du dessein intelligent exploitent pour affirmer que « beaucoup de recherches en évolution se rapprochent d’un cul-de-sac », selon les termes de Stephen Meyer.Particulièrement, croit-il, en ce qui concerne « le problème de l’information »: comment les nucléotides qui composent l’ADN (désignés par les lettres A, G, C ou T) ont-ils pu s’organiser en une séquence d’instructions aussi précise ?« Toutes les fonctions de la cellule sont prescrites par l’information encodée dans la molécule de l’ADN.Au lieu d’un code binaire comme en informatique, il s’agit d’un code chimique de quatre caractères, un alphabet de la vie.Aucune explication évolutionniste standard ne peut rendre compte de l’origine de l’information requise pour produire la vie.Par contre, nous Trop complexe pour l'évolution ?La «complexité irréductible» fait référence à des systèmes biochimiques qui, selon Les partisans du dessein intelligent, seraient trop complexes pour être le fruit d'une évolution graduelle et «non planifiée».Tellement sophistiqués, en fait, que seul un agent intelligent aurait pu les fabriquer.L'exemple parfait de ce concept serait Le flagelle de la bactérie, une sorte de moteur microscopique composé de 30 protéines, qui sert de système de locomotion.«Si on lui retire une ou deux protéines, le moteur ne fonctionne plus, dit Stephen Meyer, l'un des leaders du mouvement du dessein intelligent aux États-o Unis.Selon la théorie de Dar- § û.win, pour qu'un organisme^ évolue, chacune de ses formes ^ intermédiaires doit avoir une « fonction, et cette fonction | doit présenter un avantage | suffisant pour être préservée « par la sélection naturelle.»! Le flagelle de La bactérie n'aurait pu se développer de cette manière, poursuit-il, puisque les systèmes de 27, 28 ou 29 protéines (les ancêtres hypothétiques du flagelle actuel) sont non fonctionnels, et n'auraient donc présenté aucun avantage susceptible d'être privilégié par la sélection naturelle.Et il est à peu près impossible que les 30 protéines se soient assemblées spontanément.« Pensez à tout système caractérisé par la complexité irréductible, comme les circuits intégrés d'un ordinateur ou un moteur à combustion interne: chaque fois que nous sommes face à un tel système, nous savons que L'intelligence y a joué un rôle.Alors jusqu'à ce qu'un scénario plus adéquat se présente, nous croyons que L'intelligence est La meilleure explication pour le flagelle de la bactérie.» Sauf que ces arguments trahissent une compréhension bien limitée du mécanisme de l'évolution.L'une des analogies préférées de Michael Behe pour illustrer la complexité irréductible est celle de la trappe à souris: enlevez-lui un seul morceau, et elle ne sert plus à rien.Mais ôter une par- tie à un organe n'équivaut pas à reproduire l'évolution «à L'envers»: la nature est beaucoup plus créative que cela.Et, contrairement aux objets inanimés, les parties d'un organisme vivant ne sont pas statiques.Ainsi, le précurseur immédiat du flagelle n'était pas nécessairement composé de 29 protéines au lieu de 30.Dans ses formes antérieures, cet appendice ne servait pas nécessairement de moteur, pas plus qu'il n'évoluait dans le même envi- ronnement.Le flagelle a pu se former à partir de plusieurs sous-systèmes auparavant occupés à d'autres tâches.Une protéine a pu être déployée hors de son contexte habituel et recrutée au service d'une nouvelle fonction.Un gène a pu se dupliquer, produisant une protéine superflue qui, peu à peu, s'est adaptée, a joué un nouveau rôle et est devenue essentielle à l'organisme.Le fait qu'un flagelle privé de sa trentième protéine ne remplit pas sa fonction motrice ne réfute pas la théorie de Darwin; cela ne fait qu'illustrer la flexibilité de l'évolution, recydeuse par excellence.Le flagelle de la bactérie contient d'ailleurs un de ces sous-systèmes, capables d'accomplir une fonction biologique importante en L'absence des autres parties du moteur.Le «système sécrétoire de type III» n'a rien à voir avec la locomotion: il permet aux bactéries d'injecter des toxines à travers les membranes d'une cellule hôte.Ce système est pourtant formé du même groupe de protéines qui composent La base du flagelle, et on le retrouve dans des bactéries dépourvues du moteur complet.Il est donc faux de prétendre que le flagelle a besoin de ses 30 composantes pour se rendre utile.Même chose pour La cascade de la coagulation et plusieurs autres structures citées par les partisans du dessein intelligent.Bien souvent, lorsqu'on y regarde de plus près, leurs modèles de complexité irréductible ne sont pas irréductibles du tout.(N.M.) Le flagelle qui sert d'organe de locomotion à certaines bactéries illustre la flexibilité de l'évolution.Les tenants du dessein intelligent en font une tout autre interprétation.16 Québec Science I Avril 2006 savons d’expérience que chaque fois que nous repérons de l’information, elle provient toujours d’une source intelligente.Comme lorsque nous trouvons des hiéroglyphes gravés dans le roc.Cette signature de l’intelligence se retrouve aussi dans la cellule.» Stephen Meyer se dit prêt à reconsidérer sa position, si les progrès de la science apportent de nouveaux éléments de réponse.Mais il perd patience : « La science est en train de se heurter à un mur.Parce que nous sommes si réticents à conclure que l’intelligence puisse jouer un rôle, nous ne I • ** laissons pas la nature s’exprimer.En L6 D16Q6 tant que scientifiques, nous devons distinguer les situations où nous avons simplement besoin de temps pour résoudre une question de celles où nous faisons face à un problème fondamental, à une impasse.» Si les adeptes du dessein intelligent n’hésitent pas à attaquer la pertinence de la science « standard », ils se réclament pourtant des mêmes méthodes pour démontrer leur propre légitimité.« Nous utilisons les méthodes établies de “détection du design” qui sont employées dans d’autres disciplines.Les archéologues distinguent constamment les causes inteUigentes des causes non intelligentes lorsqu’ils analysent des artéfacts ou des inscriptions.Tout ce que nous faisons de radical, c’est d’appliquer ces procédés à la biologie.» Pas si vite, s’objecte Brian Alters, de l’Université McGill : « La différence est considérable ! Ce sont des êtres humains qui ont fabriqué les artéfacts, et les êtres humains sont une explication naturelle.La science recherche les causes naturelles de phénomènes naturels.» Le dessein intelligent introduit une cause surnaturelle dans l’équation.Et ça, insiste-t-il, ce n’est pas de la science.Mais pourquoi ne pas simplement surmonter notre malaise face aux entités surnaturelles, comme le réclament les disciples du dessein inteüigent ?Parce que leur hypothèse n’est pas falsifiable, souligne Frédéric Bouchard, spécialiste de la philosophie des sciences et professeur à l’Université de Montréal.« Selon le “falsification-nisme”, un terme adopté par le philosophe autrichien Karl Popper, une hypothèse est scientifique si et seulement si elle peut être confrontée à des observations, et si elle peut être réfutée grâce à ces observations.Le problème du dessein intelligent est qu’il ne fournit pas de contexte dans lequel on pourrait observer l’“ingénieur”.» À cela, les membres du mouvement répondent qu’ils ne font qu’emprunter les recettes de la science.« Les scientifiques passent leur temps à inférer des entités non observables à partir de données observables, rétorque Stephen Meyer.Prenez le big-bang, par exemple : on ne peut pas l’observer directement, mais on l’induit à partir d’autres types d’évidences.» Sauf qu’en théorie, on pourrait assister au big-bang si on reculait dans le temps.« Il y a toujours un contexte d’observation, même s’il n’est que potentiel, précise Frédéric Bouchard.Comment serait-on censé voir la main intelligente ?Les partisans de cette théorie ne nous le disent pas.De plus, lorsqu’on postule une hypothèse sur un phénomène impossible à observer, en astrophysique par exemple, on s’attend au moins à ce qu’elle soit com- Le piège est que le dessein intelligent malgré ses prétentions scientifiques, menace de compromettre la raison d'être de la science.» patible avec d’autres théories qui, elles, sont fondées sur des faits observables.Le dessein intelligent échoue là aussi.» Le plus grand piège, enfin, est que le dessein intelligent, malgré ses prétentions scientifiques, menace de compromettre la raison d’être de la science.Que l’agent intelligent soit une puissance supérieure, le Dieu chrétien ou un grand manitou issu du cosmos, cette théorie risque d’agir comme un antidote à la curiosité, puisque ses arguments s’appuient sur l’ignorance.« Le danger est qu’on arrête de chercher, dit Frédéric Bouchard.Si on invoque le divin chaque fois que ça devient trop difficile, on n’essaiera plus de comprendre.» Si on avait cessé de chercher la cause du rhume avant de découvrir les virus, peut-être croirait-on encore à la possession diabofique.QS Du mou dans l'os Selon les créationnistes, la Terre n'a que quelques milliers d'années et les méthodes de datation des roches par radioactivité ne sont pas fiables.À titre de « preuve », ils citent cette découverte de paléontologues états-uniens qui ont décrit dans la revue Science des tissus mous et élastiques trouvés dans un fémur de Tyrannosaurus rex vieux de 68 millions d'années.De la « chair fraiche » dans un si vieil os ?Voilà, disent les créationnistes, la preuve que ces bêtes ne sont pas si vieilles.C'est plutôt un bel exemple de manipulation sur le dos de la science ! Pour Armand de Ricqlès, spécialiste des tissus fossilisés à l'université Paris VU, il n'y a pas de quoi fouetter un dino ! « Les tissus découverts n'étaient pas libres au centre du fémur comme de la "moelle fraiche".On les a découverts en dissolvant les minéraux de l'os avec un acide faible.Un os de vertébré est composé de tissus mous, la matrice organique, autour desquels se cristallisent les minéraux qui lui donnent sa dureté.En dissolvant les minéraux, on arrive aux tissus mous.Selon les conditions de fossilisation, ces tissus se conservent plus ou moins bien.Dans le cas de ce T-rex, on a affaire à des circonstances exceptionnellement favorables, qui ont permis de conserver des parois des vaisseaux sanguins qui parcouraient l'os.Il n'y a rien là qui puisse remettre en question l'âge du fossile.» (LL.) Avril 2006 I Québec Science 17 EN CROISADE C’est à Dover, une petite ville de Pennsylvanie, que s’est jouée la plus récente bataille sur les origines de l’homme.par Charles-Philippe Giroux (envoyé spécial) 18 Québec Science | Avril 2006 ï' ^ i : i Une pnere pour Darwin?À Dover, les chrétiens fondamentalistes voudraient imposer la Genèse dans les cours de biologie.Sur un autocoUant placé à l’arrière de sa voiture, Beth Eve-land annonce la couleur : « Ne laissez aucun enfant derrière.Enseignez l’évolution».«Comme ça, les gens savent où je me situe.» Sa franchise lui vaut quelques regards de travers à l’épicerie du coin, mais aussi des mots d’encouragement.Beth Eveland est l’une des 11 personnes de Dover, en Pennsylvanie, qui ont intenté l’an dernier un procès contre le conseil de l’école secondaire locale.Leur objectif : éliminer des cours de science l’enseignement du «dessein intelligent», cette idée dérivée du créationnisme qui prétend qu’une « force intelligente » a été déterminante dans la création des êtres humains (voir l’article à la page 14).Difficile de croire, en roulant dans les rues tranquilles bordées de bungalows, que cette petite ville de 18 000 habitants a été récemment le théâtre d’une bataille juridique qui a défrayé les manchettes du pays.Tout commence en 2004.Le conseil scolaire (un comité local qui conçoit les programmes) demande alors aux professeurs de science d’entamer leur cours en lisant un texte qui émet des réserves sur la théorie de Darwin et qui informe les élèves que le dessein intelligent est une « alternative » à l’évolution.Il encourage aussi les jeunes à consulter le livre Of Pandas and People, la bible du dessein inteUigent, à la bibUothèque.Tout de suite, les enseignants font les cancres et refusent de lire la déclaration.Ils se résignent même à quitter la classe lorsque les administrateurs de l’école commencent à le faire à leur place.De sa maison dans la montagne, Barrie Callahan peut voir le centre de Dover et les vastes champs qui l’entourent.Avec des jumelles, elle pourrait probablement distinguer l’école.Mais elle n’en a pas eu besoin pour suivre le débat sur l’évolution.Elle-même membre du conseil scolaire pendant 10 ans, elle a assisté aux réunions qui ont précédé l’entrée en vigueur de la politique sur le dessein inteUigent.EUe avait déjà remarqué que le conseil reportait continueUement l’achat de nouveaux livres de biologie.Quand sa füle Katie a atteint la neuvième année, eUe n’avait tout simplement pas de manuel pour étudier cette matière.«J’ai demandé plusieurs fois au conseil pourquoi il refusait d’approuver l’acquisition de ces Uvres.Un des membres a fini par me répondre que c’était parce qu’Us étaient tissés de darwinisme », raconte-t-eüe.Beth Eveland, eUe, se souvient d’une réunion, en juin 2004, où un conseüler a déclaré : « Quelqu’un est mort sur la croix il y a 2 000 ans.Est-ce qu’on va se tenir debout pour lui ?» « Quand j’ai entendu ça, je me suis dit: “Attendez une minute.Qu’est-ce qui est en train de se passer ici ?” À partir de ce moment, les discussions ont dégénéré et les réunions sont devenues un véritable cirque.Les gens criaient, hurlaient, quittaient la salle en claquant la porte, c’était fou ! » se souvient Beth Eveland.Elle a contacté l’Union des libertés civiles des Etats-Unis (ACLU), qui l’a encouragée à porter plainte contre le conseil scolaire.La cause s’est finalement retrouvée devant les tribunaux.En décembre dernier, le juge de distria John E.Jones Hl a tranché.Darwin ou Dieu ?Evolution ou création ?Science ou croyance ?Sa décision détaillée en 139 pages est sans équivoque : le dessein intelligent n’a pas sa place dans un cours de science.Il s’agit au mieux d’une nouvelle forme de créationnisme.Même si les tenants du dessein intelligent se gardent bien d’identifier le fameux agent à l’origine de.nos origines ! Ils savent fort bien qu’affirmer, dans une école, qu’une main divine régit les destinées de l’espèce humaine contreviendrait au premier amendement de la constitution des Etats-Unis, qui garantit la séparation de l’Eglise et de l’Etat.Le procès de Dover était le premier test juridique de la légitimité de l’enseignement du dessein intelligent.Et c’est une étape importante.«J’ai lu toutes les décisions judiciaires touchant à l’évolution dans les dernières années.Le jugement de Dover est le plus cohérent et le plus clair à ce sujet.Même s’il n’est valide que pour un distria de la Pennsylvanie, il fera autorité lorsqu’il sera cité dans d’autres causes », dit Kevin Wolff, un avocat de la firme Bryan Cave, qui effectue du travail bénévole pour le National Center for Science Education (NSCE), un organisme à but non lucratif qui milite pour l’enseignement de l’évolution.On est bien loin du célèbre « procès du singe » de 1925 au cours duquel un professeur du Tennessee, John Scopes, avait été condamné pour avoir enseigné Darwin.Ce n’est qu’à partir des années 1960, un siècle après la parution de L’origine des espèces, que des décisions de la cour suprême ont commencé à favoriser l’en- Avril2006 I Québec Science 19 rl JNE PRIÈRE POUR DARWIN seignement de l’évolution.Et, en 1987, le plus haut tribunal a banni le créationnisme des écoles pubbques.Il n’en reste pas moins que plusieurs personnes aux Etats-Unis ne croient pas à l’évolution sans intervention divine.Selon le plus récent sondage sur le sujet, mené en octobre dernier par le réseau CBS News, 51 % des gens dans ce pays pensent que Dieu a créé l’homme tel qu’il est aujourd’hui; 30 % croient que l’homme a évolué, mais que Dieu a supervisé le processus.Seulement 15 % estiment que Cro-Magnon a évolué sans intervention divine.Mais Barrie Callahan et Beth Eveland ne voulaient pas faire un procès à Dieu.L’une se définit comme une personne très pieuse, et l’autre porte un intérêt certain aux choses spirituelles.Mais elles n’en démordent pas : le dessein intelhgent ne relève tout simplement pas des cours de science.Et elles ne sont pas les seules à être de cet avis.Avant même que le juge Jones rende son verdict, une élection au conseil scolaire a donné aux plaignants un avant-goût de la victoire : tous les conseillers ont été battus et un nouveau groupe a été constitué, entièrement composé de candidats pro-évolution, ce qui laisse penser qu’une majorité du village n’est pas très chaude à l’idée de voir le dessein intelligent traité dans les cours de science.L’élection n’est pas passée inaperçue dans les milieux de la droite conservatrice, principal incubateur du mouvement.«Je voudrais dire aux bons citoyens de Dover : “S’il y a un désastre dans votre région, ne vous tournez pas vers Dieu.Vous venez de l’expulser de votre ville”», a déclaré le télévangéliste Pat Robertson.Le dessein intelhgent peut compter sur d’autres appuis de table au pays de l’Oncle Sam.Le mouvement est porté par une intehi- Aux États-Unis, la moitié des gens croient que Dieu a créé l'homme tel qu'il est aujourd'hui; 30% pensent que l'homme a évolué, mais que Dieu a supervisé le processus; seulement 15% estiment que Cro-Magnon a évolué sans intervention divine.pr»»««rr- f» A,'-».(Sri mjhal) anité Uni! lx çui' ntwii£ {, a AVOIR^vwm TRAME DE LA V.Acquis, connaissance(s), culture, ériidition^insUmcrion Deux cents colloques intrigants Plusieurs activités spéciales Le retour d'Acfas 00 LE SAVOIR, ÇA SE FÊTE! mùtrrl McGill 74' Congrès de l’Acfas A Acfas Du 15 au 19 mai 2006 Université McGill Date à retenir: Le 31 mars 2006-Date limite pour inscriptions à tarif réduit.Renseignements : www.acfas.ca/congres/ 20 Québec Science I Avril 2006 Dover, Pennsylvanie.La population a débouté le conseil pro-créationniste qui administrait l'école secondaire.Ai : - gentsia de droite bardée de diplômes, regroupée au sein du Discovery Institute de Seattle, un organisme influent où se trouve le Centre pour la science et la culture (CSC).C’est ce centre qui, en 1999, a publié le "Wedge Document, qui est en quelque sorte le programme du dessein intelligent.Un programme précis en trois phases avec des objectifs à court, moyen et long terme visant notamment « la défaite du matérialisme scientifique et de ses héritages moraux, culturels et politiques destructeurs », et « le remplacement des explications matérialistes par une compréhension théiste que la nature et les êtres humains sont créés par Dieu ».Le Discovery Institute est financé par de riches fondations ou individus, dont beaucoup de conservateurs évangéliques qui constituent une partie de la base partisane du président Bush.Le chef républicain s’est lui-même prononcé l’an dernier en faveur de l’enseignement du dessein intelligent dans les high schools.« Les chrétiens évangéliques et fondamentalistes sont plus forts aux États-Unis que dans n’importe quel autre pays occidental », explique Nick Matzke, porte-parole du NSCE.Les groupes évangélistes blâment Darwin pour tous les maux de l’Amérique contemporaine : la pornographie, la violence et l’homosexualité, entre autres.« Pour les évangélistes, ces “fléaux” sont § dus au fait qu’on enseigne aux enfants qu’ils descendent des ani-£ maux, raconte Stephen Brush, historien des sciences à l’université S du Maryland.Selon leur raisonnement, les enfants en viendraient | à penser que nous ne sommes que des animaux et que, par con-S; séquent, il est parfaitement raisonnable de se battre, de penser au œ sexe, etc.» Dieu a-t-il sa place dans les cours de science?vVWW.CyberSdenCeS.COm Avril 2006 I Québec Science 27 Mille précautions sont prises pour manipuler les volailles susceptibles d'être porteuses du virus.Mais est-il trop tard?Le monde a la chair de poule Oui, la grippe aviaire s'en vient.De mois en mois, elle continue sa progression.Partie d'Asie, elle touche maintenant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.Et ce n'est qu'une question de temps avant que le virus responsable de ce nouveau fléau trouve le moyen de muter et d'être transmis aux humains.Nos services de santé s'y préparent.Six questions pour comprendre cette menace.par Catherine Dubé et Raymond Lemieux pi Fé, 28 Québec Science I Avril 2006 1 Comment le virus pouirait-il arriver en Amérique ?Nous avons déjà été touchés par un fléau similaire : la grippe espagnole.Il se promène sur les autres continents.On l’a détecté, entre autres endroits, en Chine, au Viêtnam, en Turquie, en Azerbaïdjan, en Romnanie, au Nigeria et en France.Le virus de la grippe (ou influenza) aviaire, le H5N1, pourrait-il trouver le moyen de traverser les océans pour atteindre l’Amérique ?Il y a près d’une centaine d’années, l’histoire nous a servi une sinistre leçon de ce qui pourrait survenir.Car il y a déjà eu une épidémie de grippe aviaire.Elle avait pour nom « grippe espagnole » et elle a fait près de 40 milhons de morts dans le monde.Cette grippe, fort probablement rapportée par des soldats de retour de la Première Guerre mondiale en 1918, a durement frappé le Canada.Au Québec seulement, les autorités sanitaires ont diagnostiqué 460 000 cas.Plus de 13 000 personnes en seraient mortes.À Montréal, on a même dû creuser une fosse commune pour enterrer les corps dans ce qui est aujourd’hui le carré Dorchester, au centre-ville.Les mauvaises conditions d’hygiène qui prévalaient dans une Europe ravagée par la guerre ont contribué à la propagation de la maladie.Aujourd’hui, c’est l’Afrique, où le H5N1 a été récemment dépisté chez des oiseaux, qui pourrait être un foyer d’incubation propice.Ce n’est qu’une question de temps pour que le virus trouve le moyen de muter en une souche transmissible entre humains.Chaque année, des millions de personnes voyagent de Londres à New York, de Montréal à Paris, d’Amsterdam à Toronto, de San Francisco à Singapour.Seule une quarantaine décrétée à l’échelle de l’Amérique pourrait empêcher sa propagation sur notre continent.Et encore : aux premiers jours de la pandémie, des personnes infectées sans le savoir pourraient très bien monter dans un avion.C’est exactement ce qui est arrivé avec le SRAS à l’été 2004.2 Pourquoi les élevages de poulets sont-ils sous haute surveillance ?Environ 200 millions de volailles ont été abattues.Les poulets aussi éternuent ! Et c’est notamment par les micro-gouttelettes qu’ils expulsent à chaque éternuement que le virus est dispersé.Les vétérinaires craignent d’ailleurs qu’il infecte d’autres animaux de ferme, comme le porc.Des chats porteurs du virus ont déjà été identifiés en Asie et en Europe.Les premiers cas humains de grippe aviaire ont été retrouvés à Flong Kong, en 1997.On en avait recensé 18.Six personnes en sont mortes.À la différence des poulets et des dindes domestiques, les canards et les oies sauvages survivent habituellement au virus.C’est précisément le problème.Parce que ces oiseaux migrateurs cohabitent une bonne partie de l’année avec les volatiles des basses-cours d’Afrique et d’Asie, ils propagent le H5N1 lors de leurs migrations printanières.Les pays d’Europe attendent d’ailleurs les prochaines arrivées d’oiseaux sauvages avec beaucoup d’appréhension.Pour l’instant, les autorités tentent, bon gré mal gré, de circonscrire les foyers d’infection en procédant à des abattages massifs de volailles.Environ 200 millions de bêtes ont été éliminées depuis l’alerte de la fin 2003.Et dire que si les régions touchées - principalement le Viêtnam et la République de Corée, suivis en quelques semaines de six autres pays asiatiques - avaient bénéficié à temps d’une aide vétérinaire, le virus aurait peut-être été anéanti.C’est ce que les autorités sanitaires réussissent à faire la plupart du temps : un autre type de grippe, causée par le virus H7N7, a été éradiquée en Hollande en 2003 après qu’on eut abattu 30 millions de volailles.Le virus a cependant eu le temps d’infecter 88 personnes et causer la mort d’un vétérinaire.Mais on n’en est plus là avec H5N1.Eliminer tous les élevages où on a trouvé ne serait-ce qu’un volatile malade, comme on l’a fait en Hollande, serait aujourd’hui impossible.En Afrique seulement, on dénombre 1,5 milliard de gallinacés et la volaille est un produit alimentaire de base.Un abattage massif serait un ticket pour la famine.Au Canada, les volailles d’élevage sont pour la plupart enfermées entre quatre murs.« Comme elles sont confinées à l’intérieur, cela diminue le risque qu’elles contractent le virus d’oiseaux sauvages », expliquait la vétérinaire Isabelle MacKenzie, coordonnatrice du réseau d’alerte aviaire au Québec, dans une entrevue accordée à Québec Science en 2004.3 Comment le virus pourrait-il se transmettre à l’homme ?Si quelqu’un attrape le virus HSN1 alors qu’il combat déjà une grippe humaine, ce sera l’occasion pour le microbe de muter.Il y a des grippes d’hommes; il y a des grippes de poulets.Il y a les microbes des hommes; il y a ceux des animaux.Mais il arrive parfois - rarement - que le virus de l’influenza animale saute la barrière des espèces et perce la carapace immunitaire des humains.Alors rien ne va plus.Ce sont des protéines fixées à la surface des virus qui leur servent de clés pour pénétrer dans les cellules humaines ou animales.Leur but avoué: parasiter la machinerie interne et l’utiliser pour se reproduire.Le virus de l’influenza est composé de protéines H (pour hémagglutinine ) et N (pour neuraminidase).Les virus grippaux de type A (les seuls capables de déclencher une pandémie) présentent 16 formes de protéines H et 9 formes de protéines N.À partir de là, une foule de combinaisons sont pos- Avril2006 I Québec Science 29 sibles.La forme empruntée par le virus de la grippe aviaire lui vaut l’appellation H5N1.C’est en 1997, à Hong Kong, que l’on a constaté que ce virus d’oiseau pouvait infecter Homo sapiens - habituellement, les humains ne sont infectés que par les formes HI, H2 et H3.Depuis 2003, plus de 170 personnes en ont été victimes.La moitié en sont mortes.Ce que l’on craint maintenant, c’est qu’un malheureux attrape ce virus animal alors qu’il combat, en même temps, une grippe humaine.Il s’agirait que les deux microbes qui parasitent le malade utilisent une même cellule pour se reproduire et en profitent pour échanger leur matériel génétique.Ce mariage entre les deux virus donnerait naissance à un rejeton terrifiant : la grippe aviaire H5N1 serait alors transmissible d’humain à humain par la toux et les éternuements.4 Quels sont les symptômes à surveiller ?La maladie attaque autant les jeunes adultes en bonne santé que les personnes fragiles.Puis-je manger du poulet ?Et des œufs ?Que faire si je trouve un oiseau mort ?Au moment de mettre sous presse, le virus de la grippe aviaire n’avait pas été dépisté en Amérique.Chose certaine, ce sont les voyageurs en provenance des régions touchées qui seront davantage sous la loupe des douaniers.Le problème, c’est que les signes associés à une infection par le virus de la grippe aviaire ressemblent aux symptômes de n’importe quelle autre grippe : fièvre et fatigue, toux, écoulement nasal.Les Asiatiques qui ont contracté le virus H5N1 ont cependant tous été très malades; leur grippe dégénérant en une pneumonie virulente, et plusieurs de leurs organes montrant des signes d’insuffisance.Et, contrairement à la grippe saisonnière habituelle qui frappe surtout les personnes âgées et les malades chroniques, la maladie causée par le H5N1 s’est surtout attaqué à des enfants et à de jeunes adultes en bonne santé.En France, maintenant sur la ligne de front de cette guerre contre H5N1, les responsables de la santé s’en tiennent à la position suivante : « tout patient fébrile présentant des symptômes respiratoires et revenu depuis au moins sept jours d’une zone où une épizootie à nouvelle souche de virus grippal est présente est un cas suspect devant faire l’objet d’une évaluation clinique ».S’il s’agit d’un cas confirmé, un protocole est déjà établi.La personne atteinte doit porter un masque de type chirurgical et utiliser des mouchoirs jetables.De son côté, le personnel qui le soigne doit porter des gants stériles à usage unique, un masque, des lunettes et un casque de protection.À l’été 2004, on a déjà assisté à ces scènes lors des épisodes d’infection au SRAS, à Toronto.Il n’y a effectivement pas de risque à prendre, car le virus est coriace : il peut survivre pendant un mois à 0 °C, mais on sait également qu’il est détruit à 70 °C.Les amateurs de volaille n’ont donc pas à s’inquiéter; un poulet cuit est un poulet sans danger ! SRC : les Académies des arts, des lettres et des sciences, le vice-principal (recherche et relations mtemationaJes) ainsi que la Faculté des sciences de l’Université McGill, sont heureux de présenter la conférence conjointe Forum-SRC sur un sujet tabou.Une décision charnière création intelligente Dieu évolution Cette conférence sera prononcée en anglais Pr Brian Alters Titulaire de la Chaire Tomlinson des sciences de l’éducation et directeur du Centre de recherche en enseignement de révolution de la Faculté des sciences de l’Université McGill Le Pr Mers a été le seul témoin expert canadien appelé à témoigner dans le cadre de la décision de la Cour fédérale des États-Unis sur la création intelligente.Le mercredi 29 mars 2006 - 19 h Pavillon Leacock, 855, rue Sherbrooke Ouest Auditorium Fieldhouse, salle 132 Renseignements : (514) 398-3218 Le public y est convié gratuitement.'?McGill j RSC: The Academies SRC: Les Académies Les Forums SRC-universités sur des sujets tabous ont été créés pour tenter de jeter un œH critique à quelques questions épineuses d'intérêt national qui ont été négligées et qui n’ont pas été suffisamment expliquées aux citoyens ainsi qu'aux décideurs.Bourse Concours journalisme scientifique| and-Seg Radio-Canada Bourses et stages en journalisme scientifique Premier prix de 12 000 $ associé à un stage de six mois dans les organisations participantes, dont trois mois à l’émission Découverte de Radio-Canada Deuxième prix de 4 000 $ associé à un stage de deux mois dans 'es organisations participantes Pour obtenir !e dépliant de la Bourse Fernand-Seguin, veuillez vous adresser à : Association des communicateurs scientifiques 1124.rue Marte-Anne Est * 12 Montreal {Québec} H2J 2B7 Tel.514-844-4388 poste 250 ^ www.acs.qcca Ou consulter ie Site internet de l'émission Decouverte www.radio-canuda ca/tv/decouverte Date de clôture : lundi 10 avril 2006 -17 heures Avec la collaboration de : Développement ^ ^4 economique.Innovation i
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