L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 décembre 1943, Décembre
Vol.Ill - N° 4 DÉCEMBRE 1943 QUÉBEC SOMMAIRE PENSÉES DE L'HEURE, Cécile Rouleau, p.274.— IN MEMORIAM, Victor Doré, p.276.ÉDUCATION ET FORMATION Formation religieuse SOLILOQUES: Ma purification, Victorin Germain, pire, p.278.Formation sociale HYGIÈNE: Nutrition, Jules Gilbert, p.281.— Sécurité sociale et valeurs familiales, Jean-Pierre Després, p.284.Formation nationale ÉDUCATION NATIONALE À L'ÉCOLE: Jeanne Mance, p.288.Formation pédagogique L'HYGIÈNE MENTALE À L'ÉCOLE PRIMAIRE: les mécanismes d'adaptation (suite), Frère Dominique, E.C., p.290.Formation professionnelle LA BONNE HUMEUR (suite), Soeur Saint-Ignace-de-Loyola, p.293.PÉDAGOGIE ET MÉTHODOLOGIE LE CATÉCHISME POUR LA VIE, Une religieuse de l'Assomption de la Sv V., p.296.— PARLONS BIEN, Jacques Mordret, p.298.— CHANT ET SOLFÈGE.Une religieuse de la C.N.D., p.300.— LA LECTURE EXPLIQUEE, Philippe Deschamps, c.s.v., 4e et 5e années, p.301.— 6e et 7e années, p.307.SUGGESTIONS PÉDAGOGIQUES POUR REVUE DU PROGRAMME: Religion, p.311.—Langue française, p.316.— Langue anglaise, p.320.— Mathématiques, p.325.—- Histoire du Canada, p.333.— Géographie, p.336.— AVIS, (vente des timbres de guerre), p.340.English Section Educating for democracy, Brother Fidelis, p.341.— The teaching of form, Brother Thomas, p.342.— Thinking through textbooks, Alma Driscoll, p.344.RENSEIGNEMENTS ET DIRECTIVES UN GRAND CONGRÈS D'ÉDUCATEURS À QUÉBEC : Rapport de la vingt et unième réunion de l'association d'éducation du Canada et de Terre-Neuve, B.-O.Filteau p.346.— Allocution, Honorable Hector Perrier, p.348.— Agitation versus action, Victor Doré, p.350.— CHRONIQUE DU MOIS: Le monde de demain, La France qui renaît, Henri Fontaine, p.356.— IL FAUT LIRE: Bernard (Paul) "L'école attentive”, Lucien Lortie, p.358. Ipensées be l’beure.NOËL 1943.Quelle fête plus que la solennité de la naissance du Sauveür rappelle l'importance du règne du Christ sur la terre et, partant, sur l'âme et sur l'intelligence des humains.Nous disons « humains » et avec raison.N'est-ce pas l'information de la matière par l'esprit qui caractérise les hommes ?N'est-ce pas en raison de l'intelligence et de la volonté que l'on définit la nature humaine?Et cette supériorité de l'être humain, qui plus que l'éducateur doit s'en prévaloir ?qui plus que lui doit l'exploiter en l'enfant ?C'est donc en faisant appel à l'intelligence et à la volonté de l'enfant que nous lui parlerons de la fête de Noël, que nous évoquerons le message divin apporté sur cette terre il y a deux mille ans: Le règne du Christ ! Le règne de la paix ! Règnes qui semblent avoir cédé le pas, dans trop d'endroits, à celui de la jouissance et de la division.Si nous plaçons ce Noël 1943 dans la sphère habituelle de réjouissances pour les grands comme pour les jeunes, que nous apporte-t-il cette année ?L'an dernier, dans ce même périodique, nous rappelions toutes les souffrances nées de cette guerre injuste; toutes les larmes versées par ces mères, ces veuves, ces enfants victimes indirectes de la tyrannie ennemie; toutes les misères subies par les populations actuellement opprimées.Cette année, le tableau présente beaucoup de similitude: les fronts^ se sont multipliés et les disparus aussi.Toutefois, la lumière semble se diriger de notre côté.A quel prix?De pertes matérielles, de vies humaines, de libertés entravées.Mais notre évaluation resterait factice, si nous ignorions la rançon que, virtuellement, paie le Chef de la Chrétienté.Notre vénéré Pape, en effet, est bien en ce vingtième siècle, le Médiateur choisi pour apaiser l'éternelle Justice.Puisse le divin Médiateur épargner sa personne ! Avec la piété filiale que nous devons à notre Père commun, arrêtons-nous devant la Cité Vati-cane pour mieux entendre les directives de notre Souverain Pontife sur qui, plus que sur tout autre, pèse le fardeau des luttes de l'humanité: La prière ! c'est l'arme que Pie XII donne à ses soldats: « Quand les hommes auront fait de la prière leur pain quotidien, ils observeront la loi divine dans tous les événements de la vie privée et publique ».Quiconque réfléchit peut trouver dans ces paroles la formule qui mettra fin au conflit universel, entre le bien commun et le bien particulier.La loi divine est une loi sociale qui tient compte de l'individu et de la collectivité.Or, où, en dehors de ce cadre, trouver le principe de la solution que, depuis deux ans, cherchent nos hommes d'Etat?Éducateurs nous sommes, nous ne pouvons donc taire, dans la sphère inférieure où s'exerce notre action, ces renseignements du Chef de la Chrétienté et la situation pénible que lui fait l'éternel ennemi.La prière de nos élèves doit être plus intense, plus spécifiquement faite aux intentions du Pape qui souffre pour nous et plus que nous.Afin de faciliter ce travail d'information et d'orientation, nous avons pensé reproduire les conseils que reçurent tous les prédicateurs dans cette même allocution: « Si vous voulez que les fidèles prient bien, donnez-leur-en l'exemple et priez devant eux.Un prêtre à genoux devant le tabernacle, dans une attitude profondément recueillie, est un modèle d'édification, un avertissement au peuple qui se sentira pressé de rivaliser de piété avec lui.» « Si les fidèles vous demandent le moyen d'arriver vite et sûrement à bien prier , répondez-leur que la prière a un appui solide dans la mortification, la pénitence et la miséricorde envers le prochain.» Que Noël 1943 soit donc, pour les 700,000 enfants de cette province, le point culminant de la campagne de prières et de supplications que, dès le début de décembre, nous commencerons pour obtenir: Le Règne du Christ ! La Libération du Souverain Pontife ! La Paix des nations ! 1943 PENSÉES DE L’HEURE .275 LA VICTOIRE PAR L’ÉPARGNE Dans le domaine de la vie spirituelle, nous avons donc la prière comme facteur indubitable de la paix.Plaçons cette même conquête de la paix dans le cadre de la vie matérielle.Ne faudrait-il pas recourir à d'autres intermédiaires, d'ordre pratique, ceux-là?L'argent, voilà l'un des puissants instruments de notre conquête.C'est à cette fin que l'État a lancé sa campagne « d'Emprunt de la Victoire » pour les adultes et « d'Épargne scolaire » pour les jeunes.En effet, la « petite épargne », bien dirigée, peut aider magistralement le pays.Si les grains de sable, quoique très petits, là où ils sont amoncelés, forment un obstacle qui résiste même aux plus fortes vagues de la mer, ces pièces de métal — économies de chacun des milliers de petits Canadiens — ajoutées les unes aux autres, une fois transformées, peuvent aussi stabiliser les bases d'arrière-plan — écoles militaires où s'entraînent nos soldats: cadets, officiers; usines où se fabriquent les avions, les chars d'assaut, etc.—• qui conditionnent, d'une façon positive, le succès ou l'insuccès des batailles elles-mêmes.Quelle puissance a la vertu d'économie ! Quelle sécurité procure la prévoyance ! La prévoyance! l'économie! étroitement liées entre elles se donnent, en quelque sorte, la main pour coopérer au bien-être de l'humanité.Si tous avaient le courage de pratiquer ces vertus, que de problèmes familiaux, individuels et sociaux seraient résolus ! Economie familiale: Ainsi l'économie familiale qui assure une modeste aisance, qui met à la disposition de la prospérité présente et future de la famille revenus et épargnes, établit au foyer, par le même fait, le règne de la paix, de l'harmonie, du confort et du bonheur.Économie individuelle: Cet exemple reçu du père et de la mère provoque l'économie individuelle, laquelle, avec toutes ses heureuses suites, devient héréditaire chez les enfants qui la pratiquent selon le budget dont ils disposent.De la répétition des actes naît l'habitude.A ces enfants devenus grands,— hommes ou femmes,— la pratique de l'économie sera facile et productive: ils auront acquis une situation pécuniaire enviable et jouiront d'une indépendance légitime; ils disposeront aussi de dons généreux: loin de n'avoir pas d'argent pour les oeuvres de soulagement corporel ou de relèvement moral, de presse catholique ou d'action sociale, économique, nationale, ils seront en mesure de répondre à toutes les demandes parce qu'ils auront su mettre un frein à leurs penchants vers le gaspillage.r Economie sociale: La multiplication de telles familles, de tels individus, imbus des principes et de la pratique d'économie, engendre l'économie sociale, d'où la diffusion de l'épargne et de l'aisance dans le peuple, le développement économique du pays, le bien-être de la société, enfin la solidarité et la force de la nation.Aujourd'hui, l'on nous demande de pratiquer l'économie sous ces trois aspects, parce que c'est cette économie, immuable dans son principe, qui demeure la source de quiétude individuelle, familiale et sociale; de plus, en ces temps actuels, elle est l'un des secrets: du Relèvement des peuples, de la Victoire sur l'ennemi, de la Paix entre les nations de l'univers.La rédactrice, Cécile ROULEAU.N.D.L.R.Nous attirons l’attention des lecteurs sur les “suggestions pédagogiques” du présent numéro : c’est une revision du programme des quatre mois faite sous forme “d’examen éclair Nous vous reportons aux avis donnés en mai 1942, page 755, sur la manière de présenter ce questionnaire aux élèves.Vous trouverez deux leçons de “lecture expliquée ” (4e et 5e, 6e et 7e années) préparées par le révérend Père Philippe Deschamps, auteur de plusieurs volumes sur la “ composition française Lisez le rapport du Congrès de la C.N.E.A.et les discours de l’Honorable Hector Perrier et de monsieur Victor Dore.Vous constaterez d’heureuses déclarations relatives à notre système d’enseignement. 276 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre IN MEMORIAM JULES-ÉDOUARD PRÉVOST N’EST PLUS Ceux qu’il honora de son amitié et qui lui ont rendu hier un dernier hommage ont communié dans une même tristesse.Depuis quelques années, le cercle de ses intimes s’était rétréci, mais le nombre de ses amis n’avait cessé de croître.Si dans sa vie de luttes, il eut des adversaires, il n’en était point depuis longtemps déjà dont il n’avait conquis l’estime et le respect par la droiture de son jugement, la probité de son intelligence et Vexquise distinction de son esprit.Le temps devait resserrer Les liens qui attachaient à cet homme de bien, à ce gentilhomme, tous ceux qui l’ont connu aux diverses étapes de sa vie — sa vie d’écolier, d’étudiant, de journaliste, d’éducateur, de politique.Je suis de ceux qui l’auront vu à T œuvre dans sa tâche d'éducateur; je sais Vhonnêteté qu'il apporta pendant plus de trente ans à l’étude des problèmes scolaires, son affection pour la jeunesse étudiante, son désir de progrès et la ténacité de ses revendications en faveur des instituteurs et des institutrices de notre province.Le mal qui devait l’emporter et dont il souffrit si longtemps n’abattit jamais son énergie et sa fidélité au devoir; il ne s’en plaignait point, aussi, édifiait-il ses collègues par sa ponctualité aux séances du Comité catholique, sa conscience à se renseigner sur chacune des questions à l’étude et plus particulièrement sur la valeur pédagogique des manuels scolaires.Il fut un fervent de l’enseignement ménager et participa largement aux décisions qui nous ont permis de progresser dans ce domaine au cours des dernières années.Il y a à peine un an, le Comité catholique du Conseil de T Instruction publique le décorait du Mérite Scolaire; il eut en cette circonstance des mots qui le peignaient tout entier et qui, dans leur simplicité, avaient profondément remué ses collègues.En m’inclinant sur sa tombe, j’ai le devoir de les rappeler; ils expriment comment notre ami concevait son devoir.On veut bien m’honorer du Troisième degré de l’Ordre du Mérite scolaire.Pour moi, c’est presque Véquivalent d’un prix de vertu ! Comment voulez-vous que je n’en soit pas confus et même confondu ?Sans fausse modestie, quand je jette un coup d’œil rétrospectif sur ma vie, je me trouve bien au-dessous de l’honneur que l'on me confère.Il est vrai que, dans les agitations de la carrière que Dieu a voulu pour moi et où ont pris place tant de combats divers, ma principale préoccupation a été de voir grandir la valeur spirituelle de notre chère Province.Comme vous tous et avec tant d’autres, j’ai voulu qu’on instruise le peuple pour le rendre meilleur et plus fort.Hélas ! dans la poursuite de ce but, j’ai pu errer parfois.On me Ta dit souvent .Aujourd’hui, on veut bien reconnaître et ne se souvenir que de ma bonne volonté.Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! C’est donc un gage de paix que je reçois avec bonheur, car il me procure une grande satisfaction à la veille de mon nu ne dimittis.Il trouva les mots les plus heureux pour saluer les trois membres du Comité décorés comme lui-même, et il affirma son désir de continuer de servir à leur suite, la grande cause de l’instruction publique.D ieu veuille, ajouta-t-il, que ma bonne volonté ne fléchisse pas.Je trouverai mon réconfort dans les paroles de Son Eminence, dont je garderai pieusemevit le souvenir.J’essayerai de ne jamais oublier qu’entre le passé où sont nos souvenirs et l’avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs.Qu’il repose en paix! Son souvenir vivra au sein du Comité catholique du Conseil de T Instruction publique.Pour moi, il y sera toujours présent, et dans l’étude des problèmes si lourds de responsabilité qui pèsent et continueront de peser sur mes épaules et celles de mes collègues, ma pensée se portera vers lui avec toute la ferveur d’une prière.J VICTOR DORE Surintendant de VInstruction publique ormmio B U T Cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui constituent dans l’enfant la nature et la dignité de la nature humaine ; donner à ces facultés leur parfaite intégrité ; les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action; par là, former l’homme et le préparer à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales qu’il sera appelé un jour à remplir pendant sa vie sur la terre ; puis, dans une pensée plus haute, préparer l’éternelle vie en élevant la vie présente : telle est l’œuvre, tel est le but de l’éducation.” Ainsi parlait Mgr Dupanloup.On peut dire plus brièvement : l’Education exerce le corps et lui donne la vigueur ; elle ouvre l’esprit et lui donne la mémoire, l’imagination, le jugement, le raisonnement ; elle élève le cœur, affermit la volonté et éclaire la conscience; elle est à la fois physique, intellectuelle, morale et religieuse.J.Herment. 278 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre Formation religieuse SOLILOQUES par VICTORIN GERMAIN, prêtre, de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul.XXI —MA PURIFICATION S’il y a une hygiène du corps humain qui n’est ni extravagante ni pointilleuse, mais tout simplement rationnelle et salutaire, il y a aussi une hygiène de l’âme qui comporte d’inappréciables avantages.Cette hygiène a ses principes, ses règles et ses pratiques dès longtemps expérimentés, connus, définis.• Si je les méprise, ma santé spirituelle défaille; bien plus, bien pis, j’en puis mourir éternellement.Ah ! sans doute, ne puis-je prétendre à l’impeccabilité.Je subis, comme tous les humains, les conséquences d’un lointain péché, commis par de lointains aïeux, dans un lointain paradis terrestre; car ces parents portaient en eux-mêmes leur race et ils ne craignirent point de la compromettre tout entière.Me voici donc, moi aussi, penchant tout naturellement et toujours vers ce qui est moins bien, moins vrai, moins beau, moins saint.Heureusement que mon éducation, foncièrement chrétienne m’a prémuni là-contre.J’ai adhéré à Jésus-Christ.Sa grâce est mon bouclier dans le combat.Ses mérites sont ma rançon et ma récompense.Son amitié, mon réconfort.Son souvenir, mon stimulant.Sa mère, mon avocate.Son Evangile, ma lumière.Son Vicaire, mon guide.Mais, je le sais autant par la théologie de saint Thomas que par l’histoire de mon âme, si je puis persévérer dans l’état de grâce et passer une vie sans pécher gravement, il reste que je ne puis perpétuellement vivre sans commettre quelques péchés véniels.J’ai bien l’armure; mais je manque de la parfaite stratégie qui me garderait si prudent, si attentif, si vigilant, si mortifié, si constamment uni à Dieu que, jamais, je ne sois circonvenu ou surpris par Satan et ne tombe en quelqu’une de ses adroites embûches.De saints personnages ont obtenu cette faveur d’une confirmation en grâce dès ici-bas.Mais je me garde d’espérer pareil privilège.Mon espérance à moi et ma faveur, c’est, après n’importe quel manquement, après n’importe quelle indélicatesse dans mon amitié pour Jésus, d’aller humblement lui demander pardon, rémission, purification.Si j’ai sali, tant soit peu, le temple où veut habiter le Saint-Esprit, si j’ai affaibli tant soit peu ma santé spirituelle, si j’ai mis obstacle aux effets de l’amour de Dieu en mon âme, une hygiène bien comprise me prescrit et la médication, et la cure, et la récupération.Que je vole donc au saint tribunal ! Que je m’y accuse, que je m’y repente et que, plongée au bain de la sainte absolution, mon âme soit lavée de toute souillure (1) par le sang rédempteur ! * * * J’ai, naguère, en retraite, voulu revoir les conditions de la confession fructueuse ramassées en un de ces quatrains mnémotechniques chers aux anciens scolastiques.Et j’ai retrouvé les vers latins (2).Et j’ai (1) Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; et s’ils sont rouges comme le vermillon, ils seront blancs comme la laine (Isaie, I, 18).(2) Sit simplex, humilis confessio, pura, fidelis.At que frequens, nuda, discreta, libens, [verecunda.Integra, sécréta, lacrymabilis, accelerata, Fortis et accusans, et sit parère parata. 1943 ÉDUCATION ET FORMATION 279 retrouvé les seize conditions.Et j’ai médité le bref mais lumineux commentaire que saint Thomas lui-même a voulu y consacrer.Ma confession portera des fruits si j’en fais d’abord un véritable acte de vertu; j’y serai préparé par une étude suffisante de la loi du bon Dieu et par une judicieuse application à mon propre état d’âme.Je la qualifierai, par conséquent, de discrète, si j’y mets le discernement, la prudence qui convient; de spontanée, si je la fais de mon propre mouvement et sans autre contrainte que l’amour de mon Amour; de pure, si j’ai soin d’éliminer toute intention qui ne serait pas conforme à ma fin surnaturelle; de forte, enfin, si je surmonte avec courage et intrépidement une légitime honte.Ma confession sera un acte de la vertu de pénitence.Je pourrai la dire rougissante, si j’y éprouve et nourris l’horreur du péché, bien loin que d’en tirer une sotte vanité; douloureuse, si je conçois un souverain regret de ma désobéissance et de mon ingratitude; humble, si je suis pénétré du mépris de moi-même et convaincu de ma propre misère.Ma confession est essentiellement une ouverture de conscience, une manifestation.Cette confidence, je la voudrai sans fausseté, c’est-à-dire vraie; je la voudrai sans obscurité, sans enveloppements, c’est-à-dire nue; je la voudrai sans superfluité, sans redondance ou diffusion, c’est-à-dire simple; je la voudrai encore sans soustraction, sans réticence ou restriction mentale, c’est-à-dire intégrale.Autrement dit, j’irai à confesse comme à un sacrement; j’irai, non pas pour me défendre, mais pour m’incriminer; aussi ma confession sera-t-elle accusante; j’irai au prêtre, non pas pour m’insurger, mais pour me laisser ramener dans la voie; aussi ma confession sera-t-elle docile.Tout se fera dans le retrait du confessionnal et rien ne percçra, parmi mon entourage, soit de mes manquements, soit de mon entretien avec le confesseur.Ma confession restera secrète.Enfin, puisque j’ai tant de fois constaté mes rechutes dans un défaut dont je voulais pourtant me débarrasser, je dois maintenir ma résolution de confession/réçwenfe; mieux que cela, je devrais, dès une rechute, et en signe de bonne volonté, avancer mon recours au prêtre; en ce cas, ma confession serait dite accélérée.Ainsi m’assurerais-je le pardon de mes égarements; ainsi rentrerais-je en grâce avec mon Seigneur et mon Roi; ainsi ma confession porterait-elle des fruits de salut.* * * Le prédicateur nous en a bien avertis: L’ignorance peut être cause de confessions mal faites.Ainsi je puis être victime d’un préjugé qui a l’air d’un axiome de tout repos.Je puis me dire: « Le doute est en ma faveur.Tel acte, telle pratique, je ne suis pas sûr que ce soit grave.Alors, j’en profite pour le faire.» Mais, à sa face même, cette manière de faire est injurieuse pour le bon Dieu.Si je soupçonne que je l’offense, je n’ai qu’une chose à faire, dissiper ou confirmer mon soupçon.Je n’ai pas le droit de mettre quelqu’un en joue avec une carabine dont je ne sais pas si elle est chargée ou non.Je n’ai pas le droit de risquer une vie humaine pour la négligence de regarder s’il y a, ou non, une cartouche dans la culasse.Et si je presse la détente, même en l’absence de projectile, je suis responsable des deux risques de l’alternative, et donc du plus grave qui était le risque de tuer.Au surplus, la personne mise en joue m’en tiendrait compte exactement ainsi; or, le bon Dieu n’apprécie'pas avec moins de bon sens que ses créatures.Nul n’a le droit d’agir avec un doute sur la malignité d’un acte.Il doit auparavant s’éclairer.La négligence est aussi source de confessions mal faites.On se prépare peu; on n’implore point le secours de l’Esprit Saint; on ne démêle ni l’espèce, ni la gravité, ni le nombre des fautes; on ne remonte pas à la cause des rechutes; on n’atteint pas la racine du péché; on ne recherche pas la meilleure qualité de contrition; on n’attache point assez d'importance aux promesses d’amendement et de satisfaction; bref, on traite avec le bon Dieu et avec son ministre comme avec un douanier sans défiance. 280 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre Mais il n’y a point d’absolutions de contrebande qui vaillent ce qu’elles paraissent signifier.La honte, elle aussi, engendre de mauvaises confessions.C’est elle surtout qui les fait invalides et sacrilèges.Mieux vaut donc l’état de péché que l’apparente confession où je soustrais de mon aveu une faute grave.Car je puis, sans me confesser, obtenir, par la contrition parfaite, le pardon des fautes qui me font honte, quitte, ensuite, plus tard, si je veux communier, à faire l’accusation de ces fautes au prêtre de mon choix (3).Notre-Seigneur avait prévu la honte quand il institua le sacrement de Pénitence.Mais, le péché étant toujours foncièrement un acte d’orgueil, une rébellion contre la loi divine, quoi de plus salutaire qu’une bonne humiliation ?Les orgueilleux ne sont entendus et exaucés que dans la mesure où ils déplorent et combattent leur orgueil; or, c’est au tribunal de la Pénitence qu’ils ont la plus fréquente et la plus opportune occasion de résipiscence (4).Heureuse, doublement heureuse, la confession humiliante ! Elle se trouve, en même temps, vindicative; elle venge, pour ainsi dire, de moi-même et sur moi-même, le bon Dieu offensé.Elle est punition et expiation.Elle prévient et atténue les exigences de la justice divine.Une confession humiliante abrège mon purgatoire.Je ferai un cas particulier non seulement de la confession, mais aussi du confesseur.Si j’ai mes responsabilités, et qui sont grandes, comme pénitent, lui aussi a les siennes, et qui ne sont pas moins graves.Il est ministre d'un sacrement et répond à Dieu même de sa gestion.Je ne trouverai (3) C’est ainsi que plus la contrition aura remis de la peine, moins il en reste à remettre par la confession, observe saint Thomas.(Somme théologique, Supplément, Q.VIII, a.VII).(4) La confession diminue la peine due au péché par la nature même de l’acte de celui qui se confesse; cet acte comporte, annexée, une autre peine, à savoir la honte qu’il y a à faire l’aveu de ses fautes.Et c’est pourquoi la peine est d’autant plus diminuée qu’on se confesse plus souvent des mêmes péchés.(Ibid.Q.X, a.II, ad lum.).donc pas qu’il (( dispute » quand, dans son rôle de père, il me réprimande et présume ma docilité; je ne regretterai donc plus qu’il questionne quand, dans son rôle de juge, il escompte ma sincérité et m’aide à compléter mes aveux (5) ; je ne déplorerai donc plus qu’il me garde longtemps lorsque, dans son rôle de docteur, il m’éclaire soit sur ma culpabilité, soit sur des moyens de conversion, soit encore sur tel progrès qui s’impose.Je me garderai donc désormais aussi de le trouver sévère dans son rôle de médecùi; si je recours à lui, c’est que mon âme est malade, et le moins qu’un médecin puisse attendre de son client, c’est l’obéissance à ses prescriptions.Le remède peut être amer, le régime austère, la diète pénible, mais la guérison est à ce prix.Et de même qu’un patient, bien loin d’en vouloir au chirurgien qui lui a fouillé les entrailles, au contraire, lui témoigne de la reconnaissance pour la salutaire souffrance que son art lui a fait subir, ainsi devrais-je, en saine logique, ne vouloir toujours que du bien à celui qui m’a voulu, parmi tous les biens, le bien le meilleur, c’est-à-dire un progrès dans l’union au bon Dieu.* * * Où trouver cependant le confesseur idéal ?Car, il n’y a pas à dire, tous les prêtres n’ont point la même valeur.La différence saute aux yeux quand je compare, parmi tous les prêtres du monde, d’une part, le plus jeune, le moins doué, le moins expérimenté, le plus timide, le moins instruit et, d’autre part, le moraliste réputé, le plus psychologue, le plus savant et le plus saint d’entre les confesseurs.Mais se pourrait-il que, pour faire la meilleure des confessions, je doive découvrir et aller trouver cet homme incomparable ?Non.Notre-Seigneur n’a pas mis à ce prix la meilleure des confessions.Et l’excellent confessqur peut quand même être légion.C’est un effet, j’allais dire un (5) Pour la guérison corporelle, il faut que le médecin connaisse non pas seulement le mal contre lequel il doit donner le remède, mais aussi, d’une manière universelle, tout l’état de l’infirme; parce que tel mal est aggravé du fait qù’un autre lui est joint et le remède qui conviendrait contre un mal apporterait du dommage à cause de l’autre.Pareillement pour le péché.(Ibid.Q.IX, a.II).(suite à la page 29k) 1943 ÉDUCATION ET FORMATION 281 Formation sociale HYGIÈNE NUTRITION par JULES GILBERT, M.D., D.P.H., directeur de l'Enseignement de l’Hygiène, Province de Québec.Au cours de l’examen médical dans les école, l’état de nutrition est observé soigneusement.On peut dire que l’état de nutrition d’un enfant est excellent si, en plus de se sentir en bonne santé, il a des dents saines, suffisamment de graisse sous la peau, des muscles bien développés, un bon teint, si son poids et sa taille augmentent de façon satisfaisante, enfin s’il ne présente aucun signe de fatigue tel que tics nerveux, air timide ou sans expression, yeux cernés, dos rond et voûté, etc.Peut-être avez-vous déjà vous-même remarqué chez un élève un ou plusieurs signes vous indiquant que son état de nutrition n’est pas parfait.Vous avez raison de vous en inquiéter, car l’état de nutrition a une influence primordiale sur la croissance, sur la viguçur physique et la vivacité intellectuelle, sur la résistance aux infections, sur tout l’état de santé en général.Or l’état de nutrition dépend: a) de l’alimentation, b) de certaines habitudes de vie, c) des défauts, physiques dont on est affligé.a) Une bonne alimentation ne consiste pas à manger des aliments riches et coûteux, mais bien plutôt à faire entrer dans le menu quotidien un choix d’aliments dont l’ensemble fournira toutes les substances nécessaires au corps humain pour réparer l’usure et remplacer les pertes subies, pourvoir aux besoins de chaleur et d’énergie, maintenir la santé et la vigueur, favoriser la croissance et le développement.Généralement ce n’est pas la quantité totale des aliments qui fait défaut, on mange à sa faim, mais on ne sait pas choisir ses aliments.Comme résultat, beaucoup de régimes alimentaires sont insuffisamment pourvus de certaines substances de première nécessité.C’est pourquoi il importe de surveiller, dans l’alimentation quotidienne, la présence en quantité suffisante de ces éléments requis (protéines, sels minéraux, vitamines, cellulose et eau).La liste détaillée de ces éléments serait difficile à apprendre et à retenir; heureusement il suffit de savoir qu’ils sont tous contenus dans une combinaison relativement simple d’aliments indispensables, appelés « aliments protecteurs » parce qu’ils protègent la santé, et qui constituent le minimum nécessaire à un bon état de nutrition.Au point de vue pratique, toute la question de l’alimentation se résume dans la précaution d’inclure ces aliments dans le régime quotidien, et ceci permet à chacun de se nourrir aussi bien que pourrait le faire un grand savant en nutrition.Il est à remarquer que ces aliments ne coûtent pas plus cher que les autres; et rien ne nous empêche d’en ajouter d’autres selon notre goût, notre appétit et nos ressources.Les ; l’institutrice, avec sa formation particulière, paraît toute qualifiée et désignée pour y collaborer.De plus, son intervention, bien que préparée par les recommandations du médecin-examinateur et de l’infirmière-hygiéniste, paraîtra plus désintéressée et prendra même figure d’apostolat; en conséquence elle réussira fréquemment à faire ouvrir une porte qui était restée fermée jusque là.En attendant l’assurance-maladie, que le programme national de sécurité sociale nous fait entrevoir, le soin médical à donner aux .indigents reste une œuvre de collaboration entre les corps publics et les organisations de bienfaisance.En milieu urbain, un « Comité de la Santé Ecolière », formé de représentants des groupements intéressés, pourrait coordonner les efforts dispersés et stimuler de nouvelles initiatives.En milieu rural, nos quelque 836 Cercles de Fermières sont les organismes laïques susceptibles de s’intéresser à cette œuvre sociale imprégnée du civisme le plus éclairé et de la plus pure charité chrétienne, digne assurément de prendre place à côté des œuvres dites paroissiales et strictement religieuses.Chaque cercle pourrait élire un « Comité de la Santé Ecolière » dont le travail consisterait à se procurer quelques fonds en vue de faire corriger les défauts sérieux signalés par l’Unité Sanitaire au cours de l’inspection médicale scolaire dans la localité.L'Unité Sanitaire devrait être avertie de la chose afin qu’elle puisse référer les cas en question.Le Comité de Shefford mériterait d’être cité en exemple à ce sujet, car depuis plusieurs années de tels comités y fonctionnent.Ceux des villes obtiennent des octrois des conseils municipaux et des commissions scolaires, et utilisent une partie des fonds provenant de la vente du Timbre de Noël; diverses sociétés de bienfaisance leur versent des souscriptions; certains Clubs ou Cercles font traiter eux-mêmes des cas que le Comité leur a référés.Ceux des villages et campagnes sont des Comités élus parmi les membres des Cercles de Fermières.Toujours est-il, que dans ce comté, bon an mal an, on réussit à faire traiter une soixantaine d’écoliers indigents.Ce chiffre de 60 ne paraît peut-être pas fantastique, mais si on le multipliait par nos 87 comtés, l’œuvre ne prendrait-elle pas des proportions imposantes ?Il est des Cercles de Fermières qui depuis longtemps s’attachent à développer une coopération toujours plus étroite entre l’école et la famille; on y voit les institutrices locales aux premiers rangs des assemblées, sans doute y a-t-il là une relation de cause à effet.On ne saurait négliger une aussi belle occasion d’obtenir la collaboration indispensable de ces organismes, car du devoir d’enseigner comment satisfaire les besoins de la santé, il en découle un autre: celui de démontrer à la société l’étendue de ces besoins dans la population écolière, et le professeur qui en est le témoin quotidien ne saurait se récuser devant cette tâche.C’est même là une phase importante dans nos efforts vers l’idéal que nous propose l’enseignement scolaire de l’hygiène, à tel point qu’un insuccès à ce stage nous fait à peu près sûrement manquer notre but.En enseignant aux élèves les principes d’une alimentation raisonnée, en leur inculquant de saines habitudes de vie, en obtenant la correction de leurs défauts physiques, vous ne ferez pas qu’améliorer leur état de nutrition, vous contribuerez par le fait même à leur succès et à leur bonheur futurs, et surtout vous les mettrez en état de rendre le maximum de services que leur famille et la société attendent d’eux; c’est là précisément la raison principale qui doit inciter un écolier à vivre selon les principes de l’hygiène. 284 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre SÉCURITÉ SOCIALE ET VALEURS FAMILIALES par JEAN-PIERRE DESPRÉS, L.S.S., Secrétaire du Conseil supérieur du Travail.On comprendra facilement qu’il nous soit impossible d’expliquer ici adéquatement les rapports Marsh et Beveridge sur la sécurité sociale.L’envergure d’un tel exposé nécessiterait une étude détaillée, laquelle exigerait une quinzaine d’articles.Aussi renvoyons-nous le lecteur aux articles publiés dans la Revue Internationale du Travail (1).Aujourd’hui, après avoir exposé en octobre dernier les principes généraux de la sécurité sociale, nous voulons simplement souligner quelques aspects des rapports Beveridge et Marsh concernant particulièrement la famille.Il nous semble que les préoccupations familiales de Beveridge et Marsh méritent d’être notées, car elles indiquent une saine orientation de leurs théories économiques.De Beveridge à Marsh Remarquons que les rapports Beveridge et Marsh diffèrent l’un de l’autre.Beveridge s’est surtout attaché au problème des assurances sociales et à la coordination de leurs services, prenant l’embauchage intégral comme règle acquise.Marsh propose un programme de travaux publics destiné à maintenir les individus au travail et un système complet d’assurances sociales.Jusqu’à un certain point, Marsh a couvert plus de terrain que Beveridge.Toutefois les deux rapports sont identiques dans leurs recommandations sur les assurances sociales, du moins dans les grandes lignes.Cette influence de Beveridge sur la pensée de Marsh s’explique lorsque nous savons que ce dernier a été l’élève de Beveridge.L’aménagement des prestations Beveridge et Marsh préconisent une organisation rationnelle des services sociaux par l’élargissement des cadres de l’assurance sociale.A l’assistance généralisée d’avant-guerre, ils veulent substituer un réseau complet d’assurances sociales dont les prestations couvriraient quasi tous les risques sociaux découlant de l’économie capitaliste.A des degrés divers, Beveridge et Marsh préconisent des allocations familiales, des prestations d’assurance-maladie, des pensions d’invalidité, de vieillesse, de veuves et d’orphelins, des prestations d’assurance-chômage et des indemnités à la suite d’accidents de travail.Un instrument de la politique économique Ces rapports font époque dans l’histoire économique contemporaine parce que leurs recommandations sur les assurances sociales s’intégrent dans un tout organique et rationnel.Leur originalité consiste dans le fait que le réseau complet d’assurances sociales qu’ils préconisent devient en quelque sorte un instrument de la politique économique.Les assurances sociales ne dateront pas de l’après-guerre.Ainsi, à titre d’exemple, rappelons que le Canada a déjà institué l’assurance-chômage, que la province de Québec est dotée d’une Commission des Accidents du Travail et qu’une Commission d’Assurance-maladie entrera bientôt en fonction.Pour l’avenir, Beveridge et Marsh suggèrent une action concertée dont l’efficacité préventive ferait contraste avec les palliatifs in extremis d’avant-guerre.Pour Marsh « les mesures de sécurité sociale (1) Janvier et mai 1943. 1943 ÉDUCATION ET FORMATION 285 non seulement aident les individus dans le besoin, mais contribuent à stabiliser le volume du pouvoir d’achat de la société en général.Cette deuxième fonction est exercée tout particulièrement par les régimes contributifs qui constituent des réserves, et elle sera d’un secours précieux durant la période de transition entre les activités de guerre et les activités de paix )) (2).Néanmoins, les assurances sociales ne constitueront qu’un des éléments de la politique économique d’après-guerre.On veut les instaurer en prévision des crises cycliques inhérentes à l’économie capitaliste.Quant à savoir si elles pourront empêcher totalement la paralysie industrielle sans une transformation du régime juridique des biens de production en vue de mieux assurer la fonction sociale de la production, — cette question dépasse le cadre de cet article.A tout événement, elles constituent en elles-mêmes des mesures de transition dont les effets pourront être bienfaisants.Préoccupations familiales Il y a lieu d’espérer, à la suite des recommandations de Beveridge et de Marsh, que la politique économique d’après-guerre sera plus soucieuse des valeurs familiales.Avant la guerre on ne comptait plus les injustices familiales de la politique canadienne.« Devant les ruines humaines et familiales de la nouvelle économie, écrit le R.P.Gonzalve Poulin, l’Etat a construit, à la hâte, une législation sociale inadaptée à la famille qui avait le plus de besoins: la famille nombreuse.Cette méconnaissance du groupe familial le plus nécessiteux, l’Etat l’a portée dans tous les domaines du bien-être social, dans sa politique des salaires, dans ses systèmes d’assurances sociales (3), jusque dans les lois spécialement votées pour la protection de l’ouvrier, comme la Loi Lacombe du Québec » (4).Notre régime fiscal est nettement antifamilial.La taxe de vente, par exemple, est un (2) Plan de sécurité sociale au Canada.Revue Internationale du Travail, vol.XLVII, n° 5, mai 1943.(3) Nos prestations d’assurance-chômage sont identiques pour le célibataire et le chef de famille.(4) La famille canadienne aux prises avec les difficultés économiques.1942.fardeau intolérable pour la famille nombreuse.Il est grandement temps de songer à réorganiser toute l’activité économique de façon à ce que ses conséquences ultimes aient des répercussions bienfaisantes sur la famille, unité sociale fondamentale.Beveridge et Marsh semblent avoir saisi l’impérieuse nécessité de secourir la famille.Chez Beveridge, cette attitude s’explique par le fait que le peuple anglais traverse une crise démographique très inquiétante.En assurant de meilleures conditions de vie à la famille, Beveridge anticipe une augmentation de la population anglaise.Marsh insiste lui aussi sur le problème des salaires insuffisants à subvenir aux exigences essentielles des familles nombreuses et il recommande un régime d’allocations familiales plutôt généreux.Si l’on peut discuter les recommandations pratiques de ces deux économistes, on ne saurait nier cependant que leur intérêt à l’égard de la famille soit réel.Deux mesures vitales pour la famille Toutes les mesures préconisées par les plans de sécurité sociale sont de nature à exercer une influence considérable sur la famille.Cependant, Y assurance-maladie et les allocations familiales sont, à notre avis, les recommandations capitales concernant la famille.L’assurance-maladie peut sauve-, garder notre capital humain, tandis que les allocations familiales pourraient améliorer le standard de vie de la famille nombreuse.Protection de la santé familiale Récemment nous avons eu l’occasicm de traiter assez longuement le problème de l’assurance-maladie dans une série d’articles qui ont été réunis en brochure (5).C’est pourquoi nous n’exposerons ici que des considérations d’ordre général.Brièvement, Vassurance-maladie doit être un service social et familial qui peut avoir pour but: a) des soins médicaux d’ordre préventif et cnratif; b) un paiement périodique en compensation du salaire perdu par suite (5) Quelques aspects de l’Assurance-Maladie. 286 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre d’une maladie non professionnelle.Lorsqu’il existe un régime d’assurance-maladie obligatoire, l’individu est tenu de verser une contribution à la caisse d’assurance-maîadie.En retour, il peut compter sur des soins médicaux, le service d’hospitalisation, la distribution des remèdes, etc.L’institution d’un régime d’assurance-maladie obligatoire dans les provinces canadiennes est imminente.Marsh la préconise et le Parlement fédéral voudrait légiférer sous peu dans ce sens.D’autre part, la province de Québec a déjà nommé une Commission d’Assurance-maladie, conformément aux recommandations de la Commission provinciale d’enquête sur les hôpitaux.Dans quelques mois la population du Québec bénéficiera donc des avantages de l’assurance-maladie.Dans toutes ces questions d’assurances sociales, il faut envisager les cotisations et les prestations.C’est ici que se greffent les intérêts de la famille.L’assurance sociale, contrairement à l’assurance commerciale, permet de charger une prime uniforme à tous les individus, quels que soient les risques qu’ils représentent et leurs charges de famille.En d’autres termes, l’assurance sociale obligatoire, basée sur U équivalence collective, est beaucoup plus souple que l’assurance commerciale ou mutuelle basée sur l’équivalence individuelle des primes.Il est donc possible d’aménager les cotisations de façon à ce que le chef de famille soit sur le même pied que le célibataire.Cotisations familiales Les rapporteurs de l’Enquête sur les hôpitaux de la province ont tenu compte des exigences familiales.L’une de leurs recommandations se lit comme suit: Sauvegarde de la cellule familiale et aide directe aux familles nombreuses si le système d’assurance prévoit une prime familiale au lieu d’une prime individuelle.En un mot, on recommande que la législation prévoie le calcul de la prime d’assurance par cellule familiale et non sur une base individuelle.Marsh est également en faveur du principe d’une cotisation familiale.D’après une analyse de la Revue Internationale du Travail, (( la cotisation du chef de famille assurerait des soins médicaux à sa femme et à ses enfants.La cotisation serait la même pour le célibataire et pour l’homme marié, mais varierait selon le revenu du contribuable ».Mais Ottawa ne semble pas vouloir suivre l’avis de Marsh.En effet, le plan Mackenzie d’assurance-maladie ignore les exigences familiales en ne stipulant pas une prime familiale.La contribution du chef de famille assurerait sa femme et ses enfants, mais elle dépasserait celle du célibataire gagnant un revenu identique.Malgré les savants calculs de M.Mackenzie, il reste qu’il n’exigerait pas du célibataire une contribution égale à celle de celui qui aurait des charges de famille.Il ne faut donc pas se surprendre si l’opinion publique incline vers la formule provinciale ¦— soucieuse de la famille — et se montre craintive à l’égard du plan Mackenzie qui soulève de nombreuses interrogations à plusieurs points de vue.Les allocations familiales Un deuxième élément que nous retrouvons dans tous les plans de sécurité sociale concerne également la famille.Beveridge et Marsh font cause commune devant le problème économique de la famille: ils préconisent les allocations familiales.Encore ici, il faut remarquer que les allocations familiales ne dateront pas de demain.Selon un relevé pour 1939-43 de Labor Monthly Revietv, 24 pays ont connu une législation sur les allocations familiales.Chez les uns elles révèlent une tendance nataliste et chez les autres le désir de relever le niveau de vie insuffisant des travailleurs.La Commission des Assurances sociales En 1933, le rapport de la Commission des Assurances Sociales de Québec, présidée par M.Édouard Montpetit, a fait une large place au problème des allocations familiales.L’aspect théorique y est étudié parfaitement.L’allocation familiale, lit-on dans ce rapport, est une prestation ajoutée à la rémunération du travail c’est-à-dire au salaire, prestation proportionnée aux charges 1943 ÉDUCATION ET FORMATION 287 de famille du travailleur.L’allocation familiale n’est donc pas un sursalaire.En matière de salaire, il faut respecter la règle de la justice commutative: à travail égal, salaire égal.L’allocation familiale est (( la rémunération d’un service rendu à la société; c’est une reconnaissance, sous forme de rémunération, envers le père de famille qui donne à la nation et à l’industrie, des consommateurs, des producteurs et le capital humain )) (6).Il est reconnu que le jeu des lois économiques tend à ramener la moyenne des salaires aux besoins des familles du type plus fréquent, soit pour le Canada: trois enfants, le père et la mère.Or il arrive que la famille nombreuse est toujours dans un état d’infériorité par rapport à la famille ordinaire, car son salaire ne peut être suffisamment élevé pour assurer à ses membres les mêmes avantages dont jouit la famille type.Quelques statistiques révélatrices Ceux qui doutent du sort peu enviable de la famille nombreuse n’ont qu’à prendre connaissance des statistiques du dernier recensement.En 19^1, sur 329,1+10 chefs de famille de la province de Québec, 123,770 gagnaient moins de $950.00 par année, c’est-à-dire environ 27%.Et il faut tenir compte du fait qu’en 1941 les gages furent relativement élevés.Comment concevoir que ces familles soient en mesure de jouir d’un stan dard de vie seulement convenable avec de tels salaires ! Tout en reconnaissant qu’il faille relever d’abord le niveau des gages, cela n’infirme en rien la nécessité d’une solution connexe: les allocations familiales.L’aménagement des allocations familiales On peut grouper sous deux chefs l’aménagement possible des allocations familiales.Avant la guerre, dans de nombreux pays d’Europe, particulièrement en France, les allocations familiales étaient à la charge de l’industrie.Des caisses de compensation permettent, en pareil cas, d’égaliser les charges entre toutes les industries d’une même branche de production.L’État ve- (6) Rapport préparé par la Commission permanente du Conseil supérieur du Travail.1943.liait souvent compléter les cotisations patronales.Ailleurs, les allocations familiales étaient entièrement défrayées par l’Etat au moyen de taxes générales.Ici, ces allocations familiales sont simplement des mesures d’assistance sociale.Elles tombent sous le contrôle total de l’État.Il est impossible de discuter ici le mérite des deux formules.L’une et l’autre ont de fervents adeptes.Toutefois, en vertu du principe de la fonction supplétive de toute collectivité, il est préférable de confier à des corps intermédiaires l’organisation des allocations familiales; lorsque la chose est possible.Notons que Beveridge et Marsh préconisent des allocations familiales sur une base d’assistance, c’est-à-dire non financées par l’industrie.D’autre part, le Conseil Supérieur du Travail a fait voter une législation québécoise dont le but est de permettre à des employeurs, signataires d’une convention collective, de distribuer des allocations familiales.C’est alors le comité paritaire qui joue le rôle de caisse de compensation et administre les allocations, lesquelles demeurent volontaires.C’est un point de départ qui devrait donner lieu à des développements ultérieurs.Quoiqu’il en soit, les allocations familiales sont à l’ordre du jour.Qu’elles soient organisées sur une base d’assistance ou financées par l’industrie, les allocations familiales deviendront une réalité très prochainement.La famille nombreuse en fera son profit.Vers une économie familiale Les considérations que nous venons d’exposer démontrent l’évolution des esprits depuis le début de la guerre.Tournant le dos au libéralisme économique, nous nous acheminons vers une économie plus humaine parce que plus sociale et inspirée des exigences économiques de la famille.N’est-elle pas le centre naturel de la vie humaine ?Alors, il convient de prévoir les modifications que nous devrons apporter au régime économique actuel en vue précisément de corriger les anomalies d’avant-guerre.Et c’est à Vintérieur d’un plan de sécurité sociale qu’il faut intégrer des dispositions nettement favorables à l’éclosion d’une économie soucieuse des droits et des besoins de la famille. 288 [/ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Décembre ÉDUCATION NATIONALE À L’ÉCOLE JEANNE MANCE fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal {Dialogue) H.Cette année, nous aurons encore un Noël
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