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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1934-03, Collections de BAnQ.

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55e Vol.Québec, Mars 1934 N° 7 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EDUCATION — INSTRUCTION PEDAGOGIE “L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE’’ APPRÉCIÉ PAR UN NORMALIEN DE PARIS L’avenir de la France Nous n’avons pas l’habitude de publier les lettres que nous recevons de l’étranger ni de reproduire ce que les revues pédagogiques des autres pays peuvent dire de flatteur au sujet de Y Enseignement Primaire.Pour une fois, que l’on nous permette de citer ici une lettre reçue de Paris et dont l’auteur est un éminent normalien français: M.Gricourt, professeur honoraire de l’École normale de la Seine et Chevalier de la Légion d’Honneur.Cette lettre nous prouve avec quelle sympathie nos frères de France suivent les efforts des éducateurs canadiens pour rester fidèles aux meilleures traditions françaises, et elle démontre aussi la vitalité chrétienne et catholique de notre Mère-Patrie.LETTRE DE M.GRICOURT Paris, 30 décembre 1933.Monsieur V Inspecteur Général, Je lis, avec une attention assidue, votre Enseignement Primaijre.Je le fais voir à quantité d’appréciateurs.Alors que je professais encore à l’École Normale, je l’ai communiqué à mes élèves-maUres qui m’ont déclaré en avoir tiré “réel profit” et n’y avoir rien trouvé à redire.De la part de jeunes hommes si disposés à la critique, l’éloge n’est pas sans valeur.Ils ont compris tout le mérite de votre action persévérante.Que le Canada ne désespère pas de la Vieille France, elle saura, encore, au besoin, souffrir pour la sauvegarde de l’humanité contre la renaissance des croyances et des pratiques barbares.Son sort n’est-il pas, en effet, lié à celui de l’Église “militante”?Dans quels pays trouverait-on pareille troupe de Saintes et de Saints?Hier Jeanne d’Arc, aujourd’hui Bernadette Soubirous, demain Catherine Labouré, après-demain le Père de Foucaud.Il y a quinze jours, le Cardinal Verdier était l’hôte de notre paroisse {Saint-François-de-Sales, dirigée par le chanoine F.Loutil, connu comme écrivain, sous le nom de Pierre l’Ermite).Il venait “reconsacrer” au culte catholique la chapelle Sainte-Chantal qui, au moment des regrettables inventaires, avait été, avec le presbytère de la paroisse, reprise par l’État et vendue à l’Ambassade Britannique.Celle-ci y avait installé son chapelain anglican et la chapelle était devenue salle de conférence publique.Notre curé, aidé de ses paroissiens, vient de racheter l’immeuble et, par suite, la chapelle est maintenant redevenue Sainte-Chantal, et Monseigneur Verdier disait: “Sans doute, nos évêques n’ont plus leurs palais protégés par de hautes grilles et barrières, mais ils se sont logés plus près de leur peuple et c’est mieux ainsi. 434 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le mal causé par les évictions des inventaires est réparé et au delà.Un peuple qui, malgré tout et de son propre fonds, en dépit de la crise générale, a su effectuer rétablissement semblable, est un peuple singulièrement cher à Dieu qui le destine à des fins particulièrement saintes.” J'ajoute: Et donc uYive la France" ancienne et nouvelle.Ce sera mon souhait pour ceux qui, comme vous et les vôtres, la représentent si dignement! Que Dieu fasse enfin comprendre aux nations Anglo-Saxones qu’une loyale alliance défensive entre elles et la France—publiquement proclamée—est le seul moyen d’assurer, à jamais, la paix et la prospérité mondiales.Très vôtre, A.Gricourt, Professeur honoraire à l’École normale de la Seine et au Collège Chaptal, Traducteur-Juré honoraire près le Tribunal de la Seine, Chevalier de la Légion d’Honneur.RÉPONSE DE M.MAGNAN Québec, le 18 janvier 1934.Monsieur A.Gricourt, professeur honoraire, 23, rue Viète, Paris, 17e, France.Cher Monsieur, Votre lettre du 30 décembre dernier m’a causé une agréable surprise et une joie profonde.Le témoignage que vous voulez bien me donner en.faveur de l’Enseignement Primaire, revue que je dirige depuis près d’un demi-siècle, et vos bonnes paroles sont pour moi une récompense que j’apprécie hautement, et un stimulant à continuer la tâche que je me suis assignée dès le début de ma carrière, savoir: maintenir dans les écoles de notre province française, l’esprit et les traditions de la Mère-Patrie, de la vieille France toujours chère à nos cœurs.Je reproduirai votre lettre dans la revue, afin que ses onze mille lecteurs sachent bien que la France est toujours chrétienne, en dépit de la Révolution, de la Franc-Maçonnerie et des écoles sans Dieu.Vous habitez la paroisse de Pierre l’Ermite, ce célèbre auteur qui est bien connu au Canada français.Ses romans sont sur les rayons de toutes les librairies de nos grandes et petites villes.Veuillez lui dire, si vous en avez l’occasion, que je suis l’un de ses plus sincères admirateurs et que souvent, dans Y Enseignement Primaire, j’annonce et cite ses ouvrages.Mon collaborateur Monsieur de Champris, qui a passé dix ans à Québec comme professeur à l’Université Laval, et dont le départ a été vivement regretté, demeure dans la paroisse Saint-François-de-Sales.Il est aujourd’hui professeur à l’Institut catholique.Si vous le connaissez, veuillez me rappeler à son souvenir.Veuillez agréer, cher Monsieur Gricourt, ma profonde reconnaissance et accepter l’hommage de ma sincère amitié.C.-J.Magnan, Inspecteur général des Ecoles normales et Directeur de /’Enseignement Primaire. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 435 DE L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE NATIONALE Le professeur d’histoire (1) Art d'exciter l'activité 'personnelle des élèves.—De nos jours on a voulu appliquer à renseignement de Thistoire les procédés de la méthode expérimentale: obliger les élèves à observer, comparer, interpréter.L’idée, certes, n’est pas mauvaise, mais il ne faut pas exagérer.D’après ce principe, un éducateur français, M.Cousinet, a esquissé pour l’école primaire un programme d’enseignement historique consacré exclusivement à l’étude de l’évolution des choses.M.Verniers résume ainsi les principes de cette méthode destinée à promouvoir le travail collectif des élèves.Elle se rapproche de la méthode du Dr Decroly: —Description de l’état actuel de la “chose”; résumé écrit des observations; —Réunion des matériaux de travail (vestiges locaux, pièces d’archives, gravures, documents); —Description de l’histoire de la chose aux différentes périodes pour lesquelles les eufants possèdent des documents; —Résumé sur fiche (dessins aussi nombreux que possible); —A la fin de chaque série, les fiches sont résumées sur un tableau d’ensemble également illustré; de grands tableaux généraux peuvent rassembler plusieurs séries simultanées (habitation, mobilier, éclairage, etc.); —Chaque étude est accompagnée, outre les dessins, de constructions.—Parfois aussi, des réalisations dramatiques (scènes reconstituant des périodes de l’histoire des choses).(2) Cette méthode a donné de bons résultats.Il est incontestable qu’elle répond au goût des enfants, développe les aptitudes manuelles en même temps qu’elle forme l’esprit, fournit à l’imagination des choses en même temps que des mots.Mais on lui reproche d’avoir trop associé l’activité manuelle à la méthode traditionnelle.On ne donne pas un caractère actif à l’enseignement en faisant modeler des châteaux-forts du moyen âge ou découper à la scie des formes de style ancien ou dessiner les fortifications d’une ville.Comme le remarquent judicieusement Kerchensteiner et Ferrière, “des exercices manuels de cette sorte peuvent être fort utiles pour illustrer un enseignement, pour développer les sens, pour satisfaire le besoin d’activité si vif chez les enfants, pour rendre l’enseignement plus vivant, mais ils n’apportent aucun élément éducatif uouveau à notre école.” Il faut donc éviter de transformer la leçon d’histoire en leçon de travail manuel.“L’activité des mains doit être sollicitée chaque fois qu’elle peut servir la mise en jeu des fonctions spirituelles, dit avec raison M.Verniers.Elle ne peut se substituer à celle-ci.” (3) Un des moyens les plus pratiques, les plus efficaces de mettre en branle l’activité de l’élève, c’est de lui donner le goût des lectures et des recherches historiques.Ces recherches sont en rapport avec la leçon: on lui indique, dans les ouvrages à consulter, les chapitres relatifs à l’objet de son étude; on lui recommande de lire lentement, avec attention, la plume à la main, de se servir du dictionnaire, etc.La difficulté principale consiste à trouver des livres qui conviennent aux élèves de l’enseignement primaire.(1) Voir 1 Enseignement Primaire de février 1934.(2) Verniers, L’Enseignement de l’histoire, p.68.(3) Ibid, p.71. 436 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE M.Verniers signale quelques exercices propres à stimuler l’activité des élèves : 1.Exercices d’observation et de comparaison: l’habitation et son évolution au cours des âges; remarques sur les mœurs: avant le christianisme; après quelques siècles de christianisme (mœurs des Indiens du Canada, à l’arrivée des missionnaires, etc.); caractéristiques de certains événements chez les Romains, au moyen âge, aujourd’hui, etc.2.Exercices d’expression: Comptes rendus de lectures, du résultat des observations; résumés synoptiques, tableaux chronologiques; dramatisation de certains événements; dessin, cartographie, modelage.3.Analyse de textes.—L’étude attentive de textes donnera lieu à de nombreuses observations et comparaisons; elle sera le principe de la plupart des exercices d’expression.Louis Riboulet.LA BONNE MARCHE D’UNE CLASSE Les conseils de l’expérience (1) LE TRAVAIL DU PROFESSEUR J’en arrive au travail de la Préparation de Classe.Le maître doit provoquer l’effort de l’enfant, en lui proposant des exercices d’application, en lui posant des questions qui provoquent sa réflexion.Tout cela suppose de la préparation.Il doit se préparer.Faut-il vous étonner de la chose?Il possède de la science, oui, mais sait-il la communiquer ?C’est là l’important.Il faut qu’il s’abaisse vers ces jeunes intelligences à peine écloses, à peine ouvertes aux choses qui les environnent, avides de tout connaître, de tout comprendre.Il faut qu’il choisisse ses mots, pèse ses paroles, cherche ses exemples et se pose souvent la question: “Me comprennent-ils?” Une notion très simple, un développement très clair pour votre esprit ne l’est pas toujours pour ces jeunes intelligences.Sachez-le.Il est étonnant de constater qu’un grand nombre de professeurs ne savent pas s’adapter à leur auditoire et se perdent en efforts stériles.Je fais appel à votre expérience.N’avez-vous jamais rencontré, lorsque vous débutiez dans l’étude de l’anglais ou du latin, des mots, des expressions qui vous empêchaient de saisir le sens de toute une phrase et même de tout un paragraphe ?Ces difficultés que vous rencontriez alors dans une langue étrangère, vos jeunes élèves les expérimentent chaque jour dans leur langue maternelle.Il est étonnant de constater la pauvreté du vocabulaire de nos jeunes écoliers; ne serait-il pas à souhaiter qu’il fut enrichi ?Je ne fais que poser la question, mais ellë mérite d’être étudiée.ORDRE Tout s’enchaîne dans l’enseignement.Le travail est nécessaire pour assurer le succès d’une classe, mais il doit être accompli avec ordre.L’ordre est l’auxiliaire indispensable de la discipline et du progrès.Que tout soit bien rangé sur le bureau du professeur.Que ses livres et ses cahiers soient propres et bien couverts.Que ses registres soient à date, les (1) Voir \'Enseignement Primaire de janvier et février 1934. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 437 listes officielles bien orthographiées et écrites de sa plus belle main.Que tout ce qui figure au tableau noir soit écrit avec soin et ne trahisse jamais une négligence blâmable.Une écriture fine risquerait de ne pas être lisible pour le plus grand nombre des écoliers et de ne pas atteindre son but.Il y a des choses qu’il faut écrire grand, bien en vue, souligner à la craie de couleur, et laisser au tableau pendant quelques jours, afin que les enfants puissent se les assimiler.Un petit coin au haut du tableau sera réservé à: 11 Inscription”, 11 Présence”.Pas de chiffons de papier sur le plancher ni de taches d’encre au bout des doigts.Habituons l’enfant à avoir de l’ordre dans sa personne, dans son pupitre, dans ses cahiers.On ne doit pas tolérer un griffonnage, une caricature quelconque dans un livre, pas même la réponse à un problème.Que les rangs soient bien alignés et que les élèves défilent les mains croisées derrière le dos et à une distance de l’avant-bras du rang précédent.Ne permettez jamais à vos élèves de prendre en classe une récréation, si courte soit-elle, ce serait une porte ouverte à la dissipation et au désordre.Désordre, il y aurait à ne pas noter les absences, et les retards, qui ne tarderaient pas à se multiplier.Si un enfant peut se soustraire au contrôle du professeur, il aura des imitateurs.Désordre, il y aurait à imposer des pénitences exagérées.Si vous voulez qu’une punition porte du fruit, il ne faut pas décourager l’enfant.Trop de mauvaises notes dans une classe aurait le même effet.Ayez assez de dignité personnelle pour ne pas amoindrir votre prestige auprès de vos élèves; ne vous permettez jamais de les tutoyer.Frère Liguori, de V Instruction chrétienne.FEU M.LE JUGE P.-G.MARTINEAU Nous recommandons aux prières de nos lecteurs l’âme de M.le juge P.-G.Martineau, membre du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, décédé à Montréal, le 20 janvier dernier, à l’âge de 75 ans.LE SENS CATHOLIQUE DANS L’ENSEIGNEMENT Une courageuse leçon de Son Éminence le cardinal-archevêque de Québec Le 13 janvier 1934, Son Éminence le cardinal Villeneuve était l’hôte du Cercle Universitaire de Montréal.En présence d’une élite universitaire ecclésiastique, judiciaire et politique, l’intrépide archevêque de Québec a prononcé un discours d’une haute portée intellectuelle.Ce qui domine dans ce discours, c’est la forte leçon donnée à tous les degrés de l’enseignement: supérieur, secondaire et même primaire sur le sens catholique dans l’enseignement.Deux passages de ce magistral discours méritent d’être lus et relus par tous maîtres de l’enfance et professeurs de la jeunesse des deux sexes: “Puisque je suis en frais de constatations effarantes, chers Messieurs, ce n’est point d’ignorer une théologie élémentaire que je vous reproche, c’est d’ignorer le catéchisme, c’est de ne pouvoir 438 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE au moins en traits rapides bâtir l’apologétique de votre foi, de n’avoir point jamais cherché ce que veut dire le mystère du Christ avec ses deux natures dans une personne unique, de ne pas soupçonner l’économie sociale de la Rédemption, d’avoir sur la grâce, les sacrements, l’Eucharistie, des notions si verbales et si embrouillées que vous ne pourriez peut-être pas en parler deux instants à des étrangers à notre foi, et que, par suite, vous ayez peur qu’on n’aborde le sujet devant vous.Messieurs, voyez-vous l’attitude humiliée que cela donne à des croyants, et le péril que le respect humain finisse par tuer non seulement la pratique chrétienne mais la foi elle-même ?J’ai fait allusion à de l’ignorance en matière de dogme, il y en a non moins dans les questions de morale, de devoirs d’état, de morale professionnelle.Voilà pourquoi on fait le bien sans en être sûr, et cette incertitude incline à faire le mal par entraînement.Messieurs, nos Universités devront relever le niveau de leur enseignement religieux.Toutes les Facultés en devraient être imprégnées, au nom de l’honneur catholique, au nom d’une logique élémentaire.Avons-nous des Universités catholiques pour que les étudiants en sortent juristes et physiciens, de la même sorte qu’il en sortirait d’ailleurs, oui ou non ?” Et cet autre passage: 'Tl va de soi, nos Universités déteindront, par leurs directives, sur l’organisation de tout notre enseignement.Elles le maintiendront religieux et français, sans l’empêcher par là d’être ni canadien ni actuel, à la page, comme on dit.Ce qui précède le démontre assez.Cela revient à signifier qu’elles lui donneront une physionomie propre.N’y aurait-il pas à redouter, que notre école primaire n’en manquât ?Ne serait-ce point là le principe de certaines teintes incolores dans nos diverses productions de l’esprit ?de l’absence chez la plupart d’un tempérament vigoureux, capable de nous créer une vie sociale, une littérature, un art, une armature économique de quelque consistance ?la cause que trop des nôtres, placés aux postes stratégiques, y soient des hommes-fantômes, sans caractère défini, sans épine dorsale et sans reins, bien incapables, en tout cas, de représenter devant leurs collègues d’origine ou de croyance étrangère, le type d’humanité supérieure qu’on devrait attendre d’une éducation catholique et française, en possession des principes surnaturels de la vertu, et de la noblesse des meilleures traditions ancestrales ?N’y aurait-il pas péril pour l’avenir de notre catholicisme autant que pour notre identité raciale, à élever ainsi dans nos écoles un peuple sans ressorts, dont l’état d’âme est celui du parent pauvre et du serviteur, incapable aussi bien de choisir, avec quelque discernement, parmi les apports de l’étranger, accueillant avec une funeste inconscience.mœurs, théâtres, idées, tout ce qui passe à sa porte.perdre chez lui la direction de sa propre vie sociale, par l’acceptation résignée ou délibérée de folies sportives, de fréquentations sociales, d’associations intellectuelles, où il lui plaît assez d’agréer le rôle de caudataire et de servile imitateur.” ÉDUCATION PROTESTANTE Et traitement des minorités dans la Province de Québec (suite) (1) L’Acte de l’Amérique Britannique du Nord assura aux habitants des deux anciennes provinces, des écoles séparées.Cette concession était essentielle surtout dans la Province de Québec, quoi qu’on puisse en faire la critique, mais le clergé catholique et le peuple tenaient tellement au principe d’écoles séparées qu’aucun autre moyen ne semblait possible.Dans notre Province, les écoles de foi différente sont aussi importantes pour les protestants que pour les catholiques.C’est à vrai dire, le seul moyen qui semble satisfaire un peuple si distinct de tempérament, de langue et de religion.Toutefois cela n’empêche pas l’union entre les deux races ni qu’il existe entre elles une bonne entente cordia-le.} Il convient de dire quelques mots sur l’administration scolaire.Par les termes de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, la législature de chaque province est investie du droit de rédiger les lois scolaires, à l’exception des écoles dans les territoires ou districts non organisés qui sont directement sous le contrôle du gouvernement fédéral.Chaque province alors jouit de l’autonomie en ce qui concerne l’instruction publique, de sorte que les règlements pour les écoles diffèrent selon la province.(1) Voir VEnseignement- Primaire de janvier 1934. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 439 Comment le système d’éducation dans la Province de Québec diffère-t-il de celui des autres provinces?La différence existe dans les lois scolaires.Le gouvernement provincial pourvoit aux besoins de deux systèmes séparés d’instruction et d’administration.Il existe aussi une différence entre la législation scolaire et les règlements scolaires.La législation scolaire est entièrement sous le pouvoir de la Législature pour protestants et catholiques également, à moins qu’il ne s’agisse de quelque cas tout particulier, tandis que les règlements pour la direction de ses écoles sont rédigés par chacun des comités—le Comité Catholique et le Comité protestant du Conseil de l’Instruction publique—bref, la majorité, les catholiques, et la minorité, les protestants, sont soumis à une seule loi scolaire, mais chacun se charge de ce qui concerne l’organisation, l’administration et la discipline des écoles publiques.Le Surintendant, un haut fonctionnaire permanent, est le chef du département de l’Instruction publique.Ce département a une propre organisation avec des fonctionnaires spéciaux, puis viennent les secrétaires anglais et français et les deux comités composés de catholiques et de protestants.J’ajoute les mots de l’abbé Groulx—“Chaque Comité du Conseil jouit d’une si parfaite autonomie que l’un et l’autre fonctionnent en réalité comme deux conseils distincts de l’Instruction publique”.Chaque comité a le droit d’élire son président et son secrétaire.Il a sous son contrôle les règlements pour la tenue des écoles, “pour la régie des écoles normales, pour la régie des bureaux d’examinateurs, pour l’examen des aspirants à la charge d’inspecteurs d’écoles, pour la détermination des jours de congé”, etc.Chaque comité se charge aussi de la distribution de certains octrois votés par le gouvernement ou par la législature, par exemple le Comité protestant fait à ses écoles protestantes la distribution de ses allocations— Superior Education Grants and Poor Municipality Grants.Le Bureau Central des Examinateurs Protestants — The Central Board of Examiners admet les étudiants à notre école normale qui fait partie du Collège Macdonald à Ste-Anne-de-Bellevue.Ce Bureau, qui se réunit quatre fois par année, donne aux instituteurs et aux institutrices protestants le certificat d’aptitude pour l’enseignement.Il admet aussi les candidats étrangers à la Province de Québec qui veulent enseigner dans nos écoles protestantes.Il va sans dire que pour ceux qui n’habitent pas notre province, cette surabondance de comités semble amener beaucoup de confusion, mais à qui connaît l’histoire de l’éducation au Canada, il n’y a rien de particulier.Pourrait-on mettre ensemble dans une école des petits Canadiens français ne comprenant pas un mot d’anglais avec des petits Canadiens anglais ne comprenant pas un mot de français et les soumettre au même programme d’études ?Cela serait assurément impossible, et enfin pourrait-on trouver un assez grand nombre d’instituteurs et institutrices bilingues pour enseigner ces enfants?Même si c’était possible, cela produirait des frictions entre deux races de religions différentes.Nous aussi protestants, nous enseignons la religion dans nos écoles primaires et nous persisterons à l’enseigner comme le font nos concitoyens, les catholiques.Dans nos écoles, nous nous efforçons d’enseigner le français comme les Canadiens français se font un devoir d’enseigner l’anglais.Je me suis demandé si vous vous êtes fait une idée de l’importance de l’enseignement du français dans nos écoles protestantes.Je voudrais d’abord vous donner un petit aperçu de notre programme d’études.Avant d’être admis à l’université, nos élèves doivent compléter onze classes à l’école primaire où à l’école primaire supérieure -— High School.Une école seule—le Westmount High School—offre une classe de douzième année.Ce n’est que tout récemment que cette classe fut formée.Elle équivaut à la première année de l’université.La première année, outre l’école maternelle, se nomme première classe, tandis que la dernière année du High School se nomme la onzième classe—une particularité de notre éducation protestante.Nos élèves sont admis à l’université ou à bécole normale après avoir réussi dans leurs examens d’immatriculation —examens qui ont lieu pour la plupart au mois de juin, à la fin du terme scolaire.Dans la troisième année de l’école, Grade III, commence l’enseignement du français.Cet enseignement est obligatoire.C’est-à-dire pendant vingt minutes par jour, dès cette première année, les enfants âgés environ de huit ou neuf ans sont initiés au parler français.Puis comme les élèves avancent de classe en classe, il est nécessaire d’augmenter 440 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE les heures consacrées à l’étude de ce sujet, de sorte que dans la onzième année — Grade XI, on y passe environ cinq heures par semaine.Au début nous reconnaissons que l’organe réceptif du langage, c’est l’oreille et que, “l’oreille est faite pour percevoir les sons et les paroles”.Alors la méthode qu’on emploie dans les écoles s’appelle la méthode directe.La langue maternelle des élèves est bannie.Au moyen de gestes, d’objets et de gravures, l’institutrice essaie de faire comprendre aux élèves quelques mots et par suite de faire employer ces mots dans une phrase.Les jeunes enfants s’accoutument très vite à ce genre d’exercices qui a pour eux beaucoup d’attraits.Au lieu d’un livre aride et ennuyeux où la lettre est morte, il a devant lui les objets dont on lui parle, il voit son instituteur faire chaque action en rapport avec le mot enseigné; c’est un échange continuel de questions et de réponses.Vers la fin de la première année, les enfants comprennent et répondent passablement bien aux questions qui leur sont adressées par leur instituteur.Il est entendu que dans nos écoles primaires un programme d’études surchargé ne permet pas l’étude de la littérature française.C’est La Bruyère qui a dit, “Il n’y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser”.Ce que nous désirons c’est que nos enfants anglais comprennent un peu le parler courant et s’intéressent à l’étude de la langue, afin que cette bonne entente qui existe maintenant entre nous et nos concitoyens puisse exister à jamais.Le langage est le lien entre les deux races et ce n’est qu’en faisant une étude de la langue elle-même qu’on réussit à apprécier l’esprit qui y pénètre.Dans nos collèges et dans nos universités, le français joue un rôle très important dans le programme des études.Au collège Macdonald — dans l’École normale, un cours de français prépare les instituteurs et les institutrices à l’enseignement de la langue dans les écoles primaires.Outre les heures de classe, un cercle français encourage la conversation, les débats, les jeux, et les chansons canadiennes.Des conférenciers ont eu la bienveillance de donner ^aux membres de ce cercle des conférences en français.J’ai déjà nommé M.le Chanoine Émile Chartier; j’y ajoute quelques noms: le professeur Jean Bruchési, de l’Université de Montréal, le professeur Du Roure et le Dr Villard de l’Université McGill, Mlle Léa Tanner, inspectrice de français.Sur les rayons de la bibliothèque du Collège Macdonald sont placés des livres français et chaque étudiant doit en lire.Il y a quelques années, une étudiante de langue anglaise a commencé la lecture de Jean Christophe et pendant l’année elle a lu les neuf volumes.L’année dernière, l’honorable Athanase David a fait à notre bibliothèque un don de cent livres canadiens—ce qui nous a beaucoup plu, parce que nos étudiants préfèrent lire les auteurs canadiens.La vie, la civilisation et la culture du peuple, bref tout ce qui se rapporte au Canada les intéresse vivement.Afin d’encourager l’étude du français dans l’École normale, le Surintendant de l’Instruction Publique donne chaque année un prix, et l’Alliance française de Montréal donne aussi des médailles aux étudiants les plus méritants dans le français.Plusieurs de nos instituteurs montrent une aptitude toute spéciale pour l’enseignement du français.En assistant aux cours de vacances ils parviennent à obtenir le Grade de Spécialiste de français.Un professeur français dirige le cours qui est sous le contrôle du Département de l’Instruction publique.Le nombre de candidats admis se limite à vingt-cinq, afin qu’on puisse donner le meilleur entraînement possible.Le gouvernement provincial donne une prime à ceux qui ont suivi le cours de spécialiste de français, puis généreusement, ajoute une allocation aux écoles qui engagent^un professeur de français.Quant aux instituteurs d’un degré plus avancé que ceux de l’École normale, High School teachers—ceux-ci suivent des cours de français à l’université où l’on fait une étude très étendue de la littérature française.Eux aussi assistent au cours de spécialiste de français, afin de pouvoir enseigner la langue dans nos High Schools.Je dois ajouter que tout étranger à la Province de Québec qui veut y enseigner est obligé de se présenter pour une épreuve orale en français, avant d’être admis à enseigner.Le Gouvernement provincial, qui est toujours généreux, a bien voulu contribuer une somme d’argent pour payer les traitements d’une inspectrice et d’une sous-inspectrice de français.Celles-ci, deux Canadiennes bilingues, ne se contentent pas de rendre une seule visite par année aux écoles protestantes, mais elles font un travail assidu en faisant subir aux élèves des écoles primaires et des High Schools un examen oral.Dans la ville de Montréal un inspecteur de français se charge de ce travail pour toutes les écoles primaires. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 441 Je voudrais vous citer quelques preuves de l’intérêt manifesté pour le français.Des cours de vacances pour un diplôme plus avancé ont lieu au Collège Macdonald pendant le mois de juillet.La plupart des cours, y compris le français, sont facultatifs.Mais fait étrange, la majorité des étudiants font choix du cours de français, même si ce n’est que pour apprendre à parler.Il est évident alors que nous, protestants, faisons de grande efforts pour enseigner le français dans nos écoles et, à ce propos, nous n’ignorons pas qu’il nous faut aussi des instituteurs qui puissent se charger de cette œuvre.Alors, je répète, nous insistons sur des degrés de connaissances plus avancées pour ces spécialistes de français, et nous choisissons surtout ceux ou celles qui sont plus ou moins bilingues.Malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas tout à fait contents de notre succès, parce que nous n’arrivons pas à atteindre notre idéal.D’abord le grand problème de race se présente.Je le regrette—mais il me faut l’admettre—nos enfants canadiens anglais sont pour la plupart paresseux et timides; ils hésitent à s’exprimer dans une autre langue.Quelquefois nous sommes contraints de croire que les anglais montrent peu d’aptitude pour le parler d’une autre langue.Néanmoins, si nous comparons nos résultats avec ceux des autres provinces, nous remarquons que notre succès est notable.Par exemple, les étudiants du Nouveau-Brunswick, qui parfois assistent à notre École normale, sont forcés d’abandonner leur cours, car il leur manque le français.Toutefois ils avaient reçu de 92 à 94 pour cent dans l’examen de français dans leur province.Nous trouvons que les étudiants de l’Ontario ne comprennent ni ne parlent le français comme le font nos étudiants de Québec.Avant de terminer, je voudrais insister sur d’autres faits dans l’Ontario et les autres provinces du Canada.On enseigne le français pour la plupart comme on le fait pour une langue classique, le latin ou le grec.L’étude du français commence dans les classes du High School.On appuie surtout sur la grammaire et sur la syntaxe, en y ajoutant la lecture de quelques livres.Ên Angleterre et en Écosse, le français s’enseigne comme une langue étrangère.Toutefois on croit qu’on aura peut-être recours à cette langue, car c’est la langue d’un pays voisin et elle sera utile dans les affaires, dans la guerre, ou si l’on veut faire un voyage en France.On n’oublie jamais que c’est la langue de la diplomatie et qu’elle renferme des chef-d’œuvres de littérature.En troisième lieu, ce qui est très important, c’est que dans nos écoles anglaises, nous considérons le français non pas une langue morte ni une langue étrangère, mais la langue de notre pays et qui égale l’anglais en puissance et en gloire dans cette province.C’est la langue parlée par la grande majorité du peuple Canadien de la province et alors elle doit être indispensable aux Anglais qui sont de la minorité.Nous la croyons essentielle pour nos relations amicales et alors nous nous efforçons de l’enseigner comme une langue vivante—la langue maternelle de nos concitoyens et de nos amis parmi lesquels nous demeurons.En somme c’est la langue qui nous est utile et nécessaire non seulement pour les affaires de diplomatie, mais pour le commerce, l’industrie et la finance.De nouveau, je vous fais mes excuses, car je ressens vivement mon inhabileté à traiter d’une manière satisfaisante un pareil sujet et je regrette infiniment de ne pouvoir bien parler la langue française—la langue si pleine d’harmonie et si douce aux oreilles— Je vous remercie de votre indulgence et de votre patience, car ce n’est pas un discours de Mirabeau que vous venez d’entendre ni le langage de Victor Hugo ou d’Anatole France, mais les paroles d’un Écossais qui a eu l’audace de vous faire une conférence en français.Cependant si j’ai pu vous convaincre que le français compte beaucoup de partisans anglais dans la Province de Québec, et que nos éducateurs reconnaissent la nécessité d’encourager l’enseignement du français comme la langue maternelle d’une province bilingue; si par hasard, je suis parvenu à vous assurer que moi-même, je fais et je continuerai à faire tout en mon pouvoir pour améliorer l’enseignement du français dans nos écoles protestantes, alors peut-être ma visite n’aura pas été vaine.2 442 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE NOTES DE VOYAGE Quelques souvenirs de Paris PIÈCES CLASSIQUES Napoléon—Le Cid—L’Avare—Le Médecin malgré lui Dès le premier soir de notre arrivée à Paris, M.Julien et moi, nous vîmes à l’affiche, au Bureau de l’hôtel où nous étions descendus, l’hôtel Lutetia, Boulevard Raspail, Napoléon, qui devait se jouer à l’Odéon à 8.30 heures.Mes intimes savent que je n’ai ni le goût, ni l’habitude du théâtre.Mais ce titre de pièce, Napoléon, me conquit sur-le-champ.Napoléon! Quel agréable souvenir d’un lointain passé, toujours cher et toujours bien vivace! Napoléon! C’est la Maison Jaune, demeure de mes grands-parents maternels, à la Rivière-du-Loup en Haut, aujourd’hui Louiseville.C’est en 1875-76-77, j’avais de 10 à 12 ans.Le père Moïse Villeneuve, ancien voyageur d’En-Haut, vieux rentier intelligent et aimant la lecture, venait chaque samedi (jour de congé) à la Maison Jaune pour me faire lire à haute voix des histoires et surtout de l’histoire.Ce bon M.Villeneuve, né dès le début du 19e siècle, avait la mémoire remplie des souvenirs du grand Empereur.Je fis donc venir de la librairie Roland, de Montréal, par l’entremise de l’oncle Denis Béland, une Histoire populaire de Napoléon 1er, suivie des Anecdotes Impériales, par un Ancien officier de la Garde.Je possède encore ce volume.Et devant une vieille carte de l’Europe je mis sous les yeux du vénérable vieillard toute la vie merveilleuse de son héros.En ce 8 mai, à Paris, devant l’affiche annonçant qu’une pièce intitulée Napoléon serait jouée ce soir-là à l’Odéon, mon souvenir se reporta à la Maison Jaune, à Louiseville, à 1875-76-77.Des lectures récentes sur la vie et l’époque du Petit Caporal m’invitaient aussi à ne pas négliger l’aubaine qui s’offrait si spontanément.En effet, au cours de mes randonnées officielles, en chemin de fer, dans ma chambre d’hôtel, j’avais lu le Napoléon de Jacques Bainville Letizia Bonaparte de Perretti, le Roi de Rome de Aubry et le Napoléon (Croquis d’Epopée), de Le Nôtre.La pièce fut exécutée avec un talent parfait: débutant avec les revers de Russie et nous conduisant jusqu’à l’Abdication, à Fontainebleau.Ce fut non seulement une jouissance “historique”, mais aussi une jouissance patriotique: il faisait si bon, c’était si doux d’entendre parler notre chère langue française avec un tact, une mesure, un art où rien n’était exagéré, où chaque son, chaque mot, chaque phrase étaient rendus à leur pleine valeur.Quelques jours plus tard, toujours à l’Odéon, nous entendîmes le Cid, joué par de véritables artistes.Le rôle de Chimène fut parfait, et Boileau aurait pu dire comme au 17e siècle lorsqu’il répondait aux critiques dirigées contre le “Cid”: En vain contre le “Cid” un ministre se lig'ie; Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.Enfin, nous eûmes aussi le plaisir d’entendre Y Avare et le Médecin malgré lui, de Molière.Ce fut notre dernière récréation théâtrale. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 443 • V.-
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