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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1932-06, Collections de BAnQ.

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53e Vol.Québec, Juin 1932 N° 10 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION * PÉDAGOGIE LA SEMAINE CONTRE LE BLASPHÈME Le R.P.Louis Lalande nous a communiqué la lettre qui suit et dont nous recommandons la lecture attentive au personnel enseignant.Nous attirons aussi l’attention de nos lecteurs sur l’article du R.P.Dugré, publié ci-après.LETTRE DU R.P.LOUIS LALANDE, S.J.Montréal, S mai 1932.M.le Commandeur C.-J.Magnan, Directeur de l’Enseignement 'primaire, Québec.Cher M.Magnan, Vous avez daigné, l’année dernière, prêter votre concours à notre Semaine contre le blasphème.Vous avez publié dans VEnseignement deux articles qui ont été lus dans les écoles de la Province.Ils nous ont beaucoup aidés auprès des enfants.Me permettez-vous de renouveler notre invitation à tous les instituteurs et institutrices, qui lisent votre revue, à contribuer à notre campagne, en stigmatisant, une fois de plus, ce qu’il y a de grossier et de coupable dans le langage de beaucoup de Canadiens, et en particulier, l’habitude monstrueuse, diabolique, de blasphémer.La Semaine est fixée du dimanche, 29 mai, au 5 juin.Nous espérons que toutes les classes de la société prendront part à cette œuvre d’apostolat national et religieux, et lui assureront un succès encore plus grand que celui de l’année dernière.Veuillez agréer l’assurance de mes sentiments les meilleurs in Xfo.Louis Lalande, s.j., Aumônier de l’A.C.V.BLASPHEMES OU JURONS?Ne souffrons ni Pun ni l’autre (Pour l’Enseignement Primaire) En affichant les robustes mots blasphèmes et blasphémer dans leur lutte contre les jurons .et les blasphèmes, nos excellents Voyageurs de Commerce ne prétendent pas que le véritable blasphème soit si commun que cela chez nos gens.Non, Dieu merci! C’est plutôt la lutte aux jurons, aux gros jurons, qu’ils veulent pousser, et qu’ils poussent! En usant des termes forts, ils visent au plus grave, au superlatif, au terminus du juron qu’est le blasphème. 598 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE La langue française est singulièrement boiteuse dans son vocabulaire des péchés contre le deuxième commandement, blasphèmes et faux serments.Elle possède le substantif juron, et non le verbe juronner, elle a le verbe sacrer, et non le nom sacre, le verbe jurer veut dire proférer des jurons et faire serment, quant au nom patois, il signifie une toute autre chose : parler patois ne veut pas dire avoir un patois, au sens que nous donnons et qui n’est pas français.Les Voyageurs vont-ils intituler leur campagne “Semaine contre les jurons” ?Mais il y a des jurons qui ne sont pas péché du tout, et, entre parenthèses, si l’on veut absolument jurer, qu’on emploie donc de ces mots inoffensifs, tels que Pristi, Sapristi, Bateau, Batiscan, Cent-trente-deux (pour lequel Mgr Laflèche avait un faible), Tonnerre, Boutique, et d’autres, que les Français, beaucoup moins jureurs que nous, lancent de façon amusante: Saperlote: Saperlipopette, Sac-à-papier, etc.Si l’on affiche: Ne blasphémez pas, cela peut signifier que la plupart des jurons de chez nous sont des blasphèmes, ce qui est faux.Si l’on écrit: Ne jurez pas, c’est équivoque; si l’on met : Ne sacrez pas, il faut recourir ensuite à des noms d’autres racines, puisque sacre et sacreur n'existent pas.L’important est que nous ne voyions pas des blasphèmes partout, et que nous nous guérissions de nos jurons contre Dieu, la Sainte-Vierge, et les Sacrements, gros jurons qui sont ordinairement des emplois inutiles d’un mot saint, fautes vénielles si l’on n’a pas l’idée d’insulter Dieu formellement, fautes déjà assez sérieuses pour qu’on s’en dispense, puisque le péché véniel, mal surnaturel, est plus grave que tous les maux naturels, incendies, noyades, chômage, etc.(1) * * * Le vrai blasphème (voir Catéchisme, P.Q., Nos 400 et suiv.) est l’un des plus grands péchés qui soient, avec la communion sacrilège: ce n’est pas seulement injurier Dieu dans ses œuvres, dans ses ordres, mais directement, en Lui-même, dans son honneur et l’honneur de ses saints.Outre le châtiment éternel, Dieu décrète des punitions, même sur terre, contre les blasphémateurs.Dans l’Ancien-Testament, au Lévitique, ch.24, v.4, Jéhovah prescrit à Moïse: “Fais sortir du camp le blasphémateur; que tous ceux qui l’ont entendu posent leurs mains sur sa tête, et que toute l’assemblée le lapide.Dis-le aux Israélites.Tout homme qui maudit son Dieu portera son péché; et celui qui blasphémera le nom de Jéhovah sera puni de mort: toute l’assemblée le lapidera.Etranger ou indigène, s’il blasphème le Nom sacré, il mourra”.Cette peine de mort passa dans les Codes de lois des États chrétiens.Puis on se contente de mutiler la bouche du blasphémateur, de lui percer la langue d’un fer rouge, de le marquer au front; à la demande du pape Clément IV, on n’infligea plus qu’une amende, la prison ou le pilori.Louis XIV faisait payer l’amende quatre fois; à la cinquième offense, on mettait au carcan; à la sixième, on coupait la lèvre supérieure; à la septième, la langue! On peut appeler cela couper le mal dans sa racine.Notre Nouvelle-France connut, dès les premières années, les châtiments usités dans la mère-patrie.Dans les Relations des Jésuites de 1636, le P.Lejeune écrit que “le 29 décembre 1635, furent mises à un pilier devant l’église des affiches et défenses sur certaines peines: de blasphémer, de s’enivrer, de perdre la messe et service divin aux jours de Fêtes.En suite de quoi, un carcan fut attaché au même pilier, et un chevalet auprès, pour les délinquants; où fut mis, par effet, le 6 janvier, un ivrogne et blasphémateur.Et le 22, un de nos habitants fut condamné à 50 livres d’amende pour avoir fait enivrer quelques sauvages.Les meilleures lois du monde ne valent rien, si on ne les fait garder.” En 1646, le 15 avril “fut mis sur le chevalet un domestique de M.Couillard, blasphémateur public; il reconnut sa faute”, écrit le P.Jérôme Lalemant.Sous le régime français, notre pays connut donc les lois de la France chrétienne.La domination anglaise nous vaut le code criminel d’Angleterre dont les articles 238/ et 239, que nos Voyageurs de Commerce font afficher un peu partout, se lisent comme suit: “Article 238f: Est réputé vagabond, libertin, désœuvré ou débauché, quiconque fait du tapage dans ou près des rues, chemins, grandes routes ou places publiques, en criant, en (1) On trouvera dans Y Enseignement Primaire de juin 1931 un catéchisme plus complet sur ce qui est, et ce qui n’est pas un blasphème; ainsi qu’une lecturefort instructive, “Fins de Blasphémateurs”, par le R.P.Louis Lalande, S.J. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 599 jurant, ou en chantant, ou en étant ivre, ou en gênant, ou en incommodant les passants paisibles.“Article 239: Tout vagabond, libertin, désœuvré ou débauché est, sur conviction par voie sommaire, passible d’une amende n’excédant pas cinquante dollars, ou d’un emprisonnement, avec ou sans travaux forcés, de six mois au plus, ou des deux peines à la fois.” O’est clair que la loi ne badine pas.Mais, comme l’écrivait en 1636 le P.Lejeune, “les meilleures lois du monde ne valent rien,si on ne les fait pas garder”.L’article 501 du même Code anglais se charge de protéger les braves gens qui poursuivent les blasphémateurs.Et ici, il est important de noter que la loi condamne ceux qui jurent, donc non seulement ceux qui blasphèment, mais ceux qui profèrent des jurons scandaleux, même si, en soi, ces jurons ne sont pas des péchés graves.Un pays chrétien a des lois chrétiennes, puisque c’est en tant que pays qu’il reconnaît le Christ pour roi des peuples, comme des individus, des familles et des paroisses.C’est pour cela qu’il venge l’honneur de son roi éternel.Ainsi en doit-il être des individus, de chacun de nous.Un partisan politique ne s’amuse pas à flétrir ou à laisser flétrir le nom de son chef : autrement, il serait considéré comme traître, il se ferait chasser des rangs du parti, dans une espèce d’excommunication.Et nous, Canadiens, ne sommes-nous pas du parti de Dieu?Comment pouvons-nous employer notre langue à Lui adresser des prières et, cinq minutes après, des insultes, des jurons, des blasphèmes?L’intention n’est pas d’injurier Dieu?Cela reste quand même péché véniel, et c’est périlleux de glisser jusqu’au péché mortel, dans un moment de colère ou d’orgueil.“C’est du cœur que viennent les blasphèmes”, dit l’Évangile.C’est du cœur aussi que partent les bons sentiments, le respect: “Au nom de Jésus tout genou fléchit”; le désir du ciel: “Celui qui aura invoqué le nom du Seigneur sera sauvé” ; enfin, le souhait filial au Père : “Que votre nom soit sanctifié”, jamais profané par notre bon peuple, qui croit, mais qui n’y pense pas.Faisons tous en sorte d’y penser, d’y faire penser.Alexandre Dugré, S.J.LE MUSÉE SCOLAIRE Conseils et directions BuT.«-En vue de réaliser le programme des études primaires et de donner l’éducation et l’instruction agricole désirées, le musée scolaire peut être créé en bonne partie par l’institutrice et ses élèves.Ce musée ne doit pas devenir une collection de curiosités ou d’objets rares cueillis ici et là ; au contraire, le musée renfermera tout simplement des échantillons qui pourront réellement servir à l’instruction des.élèves.Organisation.—L’institutrice peut collectionner, à la longue et occasionnellement, tout le matériel du musée.Il suffit de construire une modeste armoire vitrée, ou encore utiliser au début une petite caisse ou boîte en bois, dans laquelle les échantillons sont logés.Échantillons ou spécimens.—Sans bourse délier, on trouve dans l’entourage tout ce qu’il faut pour fournir au musée ses échantillons.(a) Une collection de graines, tels que blé, avoine, orge, sarrasin, pois, fèves, mil, trèfle, luzerne, etc.(b) Les graines de semences du jardin potager: telles que graines de tomates, carottes, choux, radis, laitue, navet, oignon, etc.(c) Les différents éléments du sol: humus, argile, calcaire et sable.(d) Line collection des principaux engrais chimiques utilisés dans la province et spécialement dans la région où est située l’école; ces engrais doivent renfermer de l’azote, de l’acide phosphorique et de la potasse.(e) Les engrais alimentaires achetés par les cultivateurs de l’endroit: moulées, pain de lin, tourteaux, etc.2 600 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE (/) Un petit herbier contenant les principales mauvaises herbes, surtout celles qui endommagent les cultures locales.{g) Quelques échantillons d’insecticides et fongicides, tels que arséniate de plomb, chaux, vert de Paris, bouillie bordelaise, etc.(h) Une série d’images agricoles, représentant les plantes utiles et nuisibles, instruments aratoires, plans de granges, poulaillers, etc.{i) Une petite collection des insectes utiles et nuisibles, tels que abeilles, bête à patate, vers du pommier, œufs de chenilles à tente, etc.ij) Des pierres calcaires, du plâtre, autres minéraux.{k) Des échantillons de cire, miel, sirop et sucre d’érable, etc.(I) Tout ce qui peut s’acquérir à peu de frais et se rapportant à l’agriculture.OtewaXwuuîat > ."«¦'«WO»» ,^VV Un type de musée scolaire créé sans frais à l’usage d’une petite école de “rang”, à St-Casimir de Portneuf.Le musée et la leçon de choses.—Les échantillons du musée scolaire servent à rendre concrète et vivante la leçon de choses.Il faut éviter de donner des leçons trop scientifiques qui ne sont pas à la portée des élèves.Au moyen des spécimens du musée, on explique, par l’objet et par l’image, les principes, c’est-à-dire la théorie élémentaire de la science agricole.On apprend à l’élève à observer et à utiliser les choses et les phénomènes famihers à l’atmosphère rurale qui l’entoure.Appui nécessaire.—Rappelons, en terminant, que l’active participation des commissaires, sous la sage direction de l’inspecteur d’écoles, constituerait un fécond encouragement à l’agriculture.Nous devrions pouvoir compter sur la colloboration de ces représentants des familles rurales.Ainsi, les commissions scolaires devraient fournira l’institutrice deux ou trois douzaines de petites bouteilles, destinées à renfermer les échantillons de grains, engrais chimiques, terres, etc.Ces bou- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 601 teilles se vendent dans les pharmacies de gros, au prix moyen de $0.50 la douzaine.Les gouvernements de Québec et d’Ottawa devraient pouvoir fournir gratuitement une collection de brochures agricoles illustrées aux institutrices qui organisent des musées scolaires, sous la surveillance des inspecteurs d’écoles et des agronomes officiels.Enfin, une méthodologie très succincte, une brève direction indiquant à l’institutrice la façon d’utiliser le matériel du musée, devrait être, il nous semble, indispensables au plein rendement de cet excellent moyen d’éducation élémentaire agricole.J.-CHS MAGNAN, Agr., Dépt de VAgriculture, Parlement, Québec.LES NOCES D’OR D’ENSEIGNEMENT DE M.C.-J.MAGNAN Fêtes mémorables Les 11 et 12 de mai dernier, l’École normale Laval (division des garçons et division des filles) et le Département de l’Instruction publique ont célébré de façon grandiose le cinquantenaire d’enseignement de notre directeur.Les fêtes débutèrent le 11 au soir par une séance académique et musicale à la salle des Pronaotions de l’Université Laval, suivie le lendemain matin d’une grand’messe solennelle à l’École normale, chemin Sainte-Foy.Son Excellence Mgr l’Archevêque de Québec assistait au trône à cette messe d’actions de grâces, Mgr l’évêque de Gaspé était aussi présent.JVIgr Laberge, P.D., curé de Saint-Jean-Baptiste-de-Québec et ancien maître d’études à l’École normale Laval en 1883-84, donna le sermon de circonstance.Le midi, M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal,conviait le jubilaire et sa famille, ainsi que les organisateurs des fêtes et les officiers du Département de l’Instruction publique à un dîner intime, présidé par l’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique.Dans l’après-midi: les fêtes prenaient fin de la manière la plus aimable à l’École normale de Mérici, division des filles de l’École normale Laval, confiée aux soins diligents et expérimentés des Dames Ursulines de Québec.Nous reproduisons ici, pour l’histoire, le compte rendu de ces fêtes d’après Y Action catholique, le Soleil et Y Evénement des 12 et 13 mai, ainsi que les discours prononcés en cette circonstance.Le chroniqueur.SŒUR SAINTE-ANNE-MARIE DE LA C.N.D.Docteur en pédagogie Le 22 mai dernier, à l’Institut pédagogique de la G.N.-D., Montréal, une fête magnifique réunissait les représentants les plus autorisés de l’enseignement primaire, de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur.On y célébrait le jubilé d’or d’enseignement d’une grande éducatrice canadienne, la révérende Sœur Sainte-Anne-Marie, de la Congrégation de Notre-Dame.A cette occasion, l’Université de Montréal, par l’entremise de son aimable recteur, Mgr Piette, remit à la distinguée jubilaire le diplôme de Docteur en pédagogie.Jamais titre ne fut attribué à meilleur enseigne.Depuis cinquante ans, Sœur Sainte-Anne-Marie exerce une influence salutaire dans le milieu scolaire.Autorité reconnue et respectée dans le domaine de la pédagogie, cette éminente religieuse a bien mérité de la patrie.Gomme nous le disons ailleurs, dans la présente livraison, nous donnerons plus de détails sur cet événement important dans Y Enseignement Primaire de septembre.La vénérée jubilaire voudra bien accepter les félicitations et les vœux les plus sincères de la part d’un de ses modestes collaborateurs, qui a bénéficié maintes fois des lumières de sa science et de son expérience.C.-J.Magnan. 602 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LES VACANCES (Pour Y Enseignement Primaire) Nous engageons vivement maîtres et maîtresses, ces temps prochains, à consacrer quelques leçons de morale à faire comprendre à leurs élèves ce qu’ils doivent être pendant les vacances pour rester des enfants bien élevés et, par-dessus tout, des enfants chrétiens.Afin que ces conseils soient écoutés et qu’ils portent leurs fruits, gardons-nous, plus que jamais, de donner à ces leçons la “forme sermon”.Un entretien à la fois sérieux et familier, au cours duquel nous amènerons les enfants à trouver eux-mêmes, avec leur sens droit, la manière dont ils devront se comporter durant les vacances, sera à coup sûr la meilleure méthode à employer.Proposons les points à traiter, posons les jalons et “faisons parler” ensuite nos élèves, pour résumer et conclure nous-mêmes en dernier ressort: nous aurons ainsi fait œuvre éducatrice.Il est d’abord une idée fausse à combattre, c’est celle que, grandes personnes aussi bien qu’enfants, se font des vacances, par rapport au travail, au devoir, au service de Dieu et à l’observation de ses commandements.Pour beaucoup de gens bien intentionnés mais légers, le mot “vacances”, synonyme de repos, de distraction légitime et bien nécessaire, l’est aussi de relâchement, voire de dissipation.Pour ceux-là, il semble que les vacances soient un temps d’arrêt pendant lequel il est permis de se négliger, de vivre selon ses caprices, de repousser tout ce qui gêne et astreint.Erreur profonde dont nous constatons plus d’une fois les effets quand nos élèves nous reviennent, après avoir mis en oubli, pendant deux mois, les principes que nous nous étions efforcés de leur inculquer durant toute l’année scolaire.Amenons-les donc à reconnaître que “le devoir est de tous les temps et de tous les jours de notre vie” et que, s’il change de forme pendant les vacances, il n’en existe pas moins, toujours obligatoire, toujours bienfaisant et particulièrement doux, quand il nous commande de nous récréer honnêtement, pour être plus aptes ensuite à reprendre la tâche pour laquelle nous sommes faits, tâche à la fois notre honneur et notre bonheur.Ce temps de trêve et de repos, c’est Dieu qui le donne.Il veut que nous le prenions avec joie, et II a inspiré à ceux qui l’ont institué de le placer en une saison où la beauté de la nature est à son apogée, où les déplacements sont plus faciles, les promenades plus agréables, où les fruits de la terre s’offrent à tous, n'ayant besoin pour nous procurer leurs délices d’aucun apprêt superficiel, comme si le bon Dieu nous les donnait directement de sa main.Serait-il possible,[en un moment où Dieu se montre si libéral envers nous que, nous eussions le mauvais cœur de L’oublier ou de Le mal servir ?C’est hélas ! ce que font les personnes et tout particulièrement les enfants qui se croient dispensés pendant les vacances de leur “prière du matin et du soir”, ou qui la font si rapidement et de si mauvaise grâce que, celui à qui ils s’adressent ne peut être qu’offensé.Le matin, on a hâte d’aller jouer; une excursion est convenue, il ne faut pas manquer au rendez-vous; le soir, on a veillé davantage, on s’endort.Prétextes, tout cela ! Et l’on ne remercie pas le bon Dieu de la bonne journée qu’on a passée et on ne lui demande pas de bénir l’autre qui commence ! N’est-ce pas là de l’ingratitude ?Prétextes encore que ceux qu’il est si mauvais de faire valoir en vacances pour manquer la messe du dimanche, ou pour y arriver en retard par sa faute ! Nos élèves savent que la messe dominicale est de précepte et que, sans raison légitimement sérieuse, il n’est pas permis de la manquer.Il est des circonstances où, en vacances, leur bonne volonté peut être mise à l’épreuve à cet effet; mais, le plus souvent, rien ne leur est plus facile que de vaincre certaines résistances, tout heureux au fond de leur céder, et quels apôtres ils peuvent être alors ! Amenons délicatement notre entretien sur ce sujet: nous serons compris et nous ferons du bien.A côté de parents peu chrétiens ou indifférents, il en est de faibles qui, ceux-là, ne s’apposeraient pas à l’accomplissement du précepte: “Les dimanches messe entendras”; mais une partie a été organisée; il faut se mettre en route de bon matin; et quand on arrivera à tel village, les messes seront dites.“C’est malencontreux”, dira-t-on; “mais une fois en passant.on peut bien manquer la messe.C’est le seul jour où nous puissions nous réunir, etc, etc.” Mille raisons, meilleures, à ce que l’on croit, les unes que les autres.et une mère qui, d’abord, avait dit à son enfant: “Tu n’iras pas, je ne veux pas que tu manques à la messe” finira par céder, vaincue par des insistances, par des pleurs même, contre lesquels nous aurons soin de nous élever comme il convient au cours de notre leçon.Assister matériellement à la messe en vacances, tout est-il là ?Allons-nous croire que parce que nous sommes en un temps de distractions, loin de la surveillance de nos maîtres, il nous sera permis de parler, de rire, de tourner la tête de droite et de gauche pendant la messe et de faire de même quand le hasard d’une promenade nous amènera dans une église, où nous nous croirons le droit d’entrer sans nous mettre à genoux et en nous dissipant.?Arrêtons-nous sur ces points si importants et faisons constater à nos élèves l’inconvenance qu’il y aurait à agir ainsi, les fautes que constituerait ce manque de respect envers Dieu, le mauvais exemple qu’ils donneraient. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 603 Bon nombre de nos élèves ont déjà été admis à la Communion solennelle et, dans le cours de l’année scolaire, nous veillons à ce qu’ils aillent puiser aussi souvent qu’il se peut à la source des grâces.Encourageons-les à ne pas délaisser les sacrements pendant les vacances; consultons avec eux le calendrier où brille la belle fête du 15 août, ou d’autres fêtes de la Très Sainte Vierge, celle du 8 septembre en particulier et, pour tous aussi, les premiers vendredis du mois, sont autant d’invitations à aller vers Jésus, l’ami de leurs délassements, comme il l’est, à l’école, de leurs travaux.Mais les devoirs envers Dieu, les premiers de tous et ceux auxquels se réfèrent tous les autres, ne sont pas les seuls que nos élèves risquent de négliger pendant leurs vacances.Demandons-leur, maintenant, comment ils devront se conduire pendant ces deux mois à l’endroit de leurs parents.Ne voit-on pas des enfants devenir exigeants, capricieux, volontaires, irrespectueux, se montrer égoïstes et presque sans cœur en un temps de l’année où leurs parents sont plus indulgents, plus faciles, plus disposés à faire des sacrifices pour leur être agréables et les distraire?.Cela vient de ce que ces enfants, au lieu d’en être reconnaissants, abusent de la bonté de leurs père et mère, demandent toujours plus à mesure qu’on leur accorde davantage, s’irritent au moindre refus, en arrivent à des fantaisies déraisonnables, imposent à leurs parents des fatigues qu’ils devraient bien plutôt leur épargner et, parfois aussi des dépenses auxquelles pères et mères sont assez faibles pour consentir.Au lieu de cela, que faudra-t-il faire à l’égard de vos parents, pendant les vacances ?Vous montrer pleins de gratitude pour leurs bontés, ne leur demander que des choses raisonnables et profiter de ce que vous serez plus longtemps auprès d’eux pour leur témoigner votre tendresse en étant affectueux, obéissants (arrêtons-nous sur l’obéissance: il y aurait seulement là matière à une leçon !), attentionnés, en les aidant, en leur épargnant de la fatigue, au lieu de leur en occasionner un surcroît.C’est le moment de remplir au mieux et dans leur entier vos devoirs envers vos parents, n’en laissez pas échapper l’occasion.A côté de votre père et de votre mère, il y a pour le plus grand nombre d’entre vous, vos grands-parents.Que devez-vous être pour eux pendant vos vacances ?La réponse est facile: respect, complaisance, aide, amabilité, support, patience (les enfants trouveront tout cela).Quelques-uns d’entre vous iront sans doute passer quelques jours, sans leurs parents, chez leurs grands parents, chez un oncle, chez une tante, etc.C’est là qu’il faudra vous montrer des enfants bien élevés, respectueux, polis, discrets et reconnaissants.Ce serait vous faire injure que de penser que vous pourriez saccager un jardin, voler des fruits, tourmenter des animaux, inventer des tours pour taquiner la personne qui vous aurait accueillis chez elle avec bonté.Tout cela est vilain toujours, partout; évitez-le où que vous soyez, en toutes circonstances et particulièrement, si vous vous trouvez en vacances chez un parent ou une parente, assez bons pour vous avoir invités à prendre vos ébats auprès d’eux.Il va sans dire que vos frères et sœurs, surtout si vous en avez de petits, ne devront pas être vos souffre-douleurs pendant vos mois de vacances.Vous écouterez les grands, dociles envers eux, et vous serez très complaisants avec les petits pour les garder, les faire jouer, sans jamais les taquiner, ni les maltraiter.Vous rencontrerez aussi des camarades, des enfants de votre âge, d’autres un peu plus âgés, qui joueront et se promèneront avec vous.Il en est que vous connaissez déjà; parmi ceux-là il y a même de vos camarades d’école; mais il peut se faire que vous en trouviez, aux divers endroits où vous pourrez aller, qui seront des inconnus pour vous et avec lesquels les circonstances vous rapprocheront.Prenez bien garde, mes enfants; car tous les camarades ne sont pas bons et il en est qu’il faut éviter de fréquenter à tout prix.Si un camarade vous détourne de l’obéissance envers vos parents, s’il vous suggère timidement d’abord et, avec plus d’audace ensuite, des moyens de vous donner du large sans permission, s’il vous apprend à mentir, s’il vous plaint d’être trop tenu, etc, méfiez-vous et racontez à votre mère tout ce que vous aura dit ce camarade, afin qu’elle vous conseille, vous garde, vous préserve et vous délivre, s’il le faut, dans le cas où il serait nécessaire de rompre avec une compagnie reconnue mauvaise pour vous (point très important) ; nous voudrions que cette leçon fut entendue des mamans qui n’auront jamais ni assez de vigilance pour éloigner de leurs enfants les compagnons suspects, ni assez de mansuétude pour que leurs fils ou leurs filles inquiets, troublés par de mauvais conseils, viennent à elles, leur ouvrir leur âme, sans crainte, en tout abandon, candeur et simplicité.Enfin, ce long entretien, qui occupera utilement autant de leçons qu’il le faudra, ne devra pas finir sans que nous rappelions à l’enfant ses devoirs envers lui-même, contre lesquels aucun temps de vacances, non plus, ne prévaut.“Le travail'’ : il n’en faut que d’une certaine manière et en une certaine mesure; mais, l’oisiveté étant la mère de tous les vices et les tentations ne connaissant pas de vacances, il sera très bon de donner à faire, avec intelligence et sens pratique, des devoirs auxquels on promettra une récompense, afin que l’émulation ne perde pas ses droits.(Bien d’autres occupations à la fois utiles et attrayantes comme distrayantes, pourront occuper les loisirs de nos élèves en vacances.A l’aide de quelques questions habilement posées, ils nous en feront très volontiers l’énumération, nous n’aurons qu’à encourager et à approuver).La paresse, mise ainsi à partie, il restera à prémunir nos élèves contre la gourmandise, qui est surtout de saison pour eux durant ces deux mois, contre le mensonge, le respect humain, la vanité, la colère, le vol, pour quelques-uns, le mauvais caractère, pour un bon nombre.Nous avons dû 604 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE leur parler plus d’une fois du défaut dominant, en les engageant à la lutte et en applaudissant à leurs victoires.Disons-leur qu’il serait désastreux que tout ce qu’ils ont gagné sur cet ennemi fût réduit à néant pendant le temps des vacances; le défaut n’en prendrait alors que plus d’empire et tout serait plus péniblement à recommencer.Bonne raison de ne pas déposer les armes ! N’oublions pas non plus de rappeler aux enfants le devoir qu’ils ont d’éviter toute imprudence qui pourrait nuire à leur santé et même occasionner de terribles accidents.Il serait superflu de les énumérer ici; mais on devra y insister suffisamment, en entrant dans le détail et en citant des exemples (chasse, natation, précipices, automobiles, pêche, etc.) Terminons par une conclusion générale.Distrayez-vous, donnez-vous-en à cœur-joie; mais ne manquez pas votre prière, entendez la messe le dimanche avec piété, communiez aussi souvent que possible, soyez des enfants modèles envers vos parents, comportez-vous bien avec tout le monde,, ne soyez pas oisifs, veillez sur vos défauts et pensez un peu à vos maîtres qui, eux, ne vous oubliront pas; car ils vous aiment trop pour vous perdre de vue un seul instant.J.-E.Faquin.LES PRINCIPES PÉDAGOGIQUES DE SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE Dans toute œuvre, comme dans tout voyage, il est nécessaire de savoir et de regarder d’où l’on part et où l’on veut arriver.Ainsi en est-il dans le domaine de l’éducation.Si le fondateur des Frères des Écoles chrétiennes a fait une œuvre si grande, si durable, si bienfaisante, c’est parce qu’il a admirablement établi toute son action, toute sa méthode sur la nature de l’homme et sur la destinée de l’homme, destinée éternelle d’abord, destinée temporelle ensuite.M.Jules Herment vient de publier un livre sur “Les Idées 'pédagogiques de saint Jean-Baptiste de la Salle” (1) et il y résume clairement, sous les dix chefs qui suivent, les principes sur lesquels s’appuie “l’Instituteur des Instituteurs”: 1) Pour élever l’homme, il faut d’abord le connaître: l’étude de la psychologie servira donc de base à l’éducation de l’enfant.2) Dans l’homme, deux substances, l’âme et le corps, sont intimement unies dans une vie commune; elles agissent fortement par là même l’une sur l’autre.3) En vertu de cette mutuelle correspondance, les sens corporels prêtent leurs services au développement de l’esprit; mais, d’autre part, par suite de la déchéance originelle, la partie inférieure et animale de l’homme se révolte souvent contre la partie supérieure et raisonnable.4) L’homme, dans sa première enfance, est très faible en toutes ses puissances physiques, intellectuelles et morales; mais il peut se perfectionner et réaliser ainsi sa vocation générale d’homme et sa vocation particulière adaptée à ses aptitudes personnelles.5) L’homme étant très faible, l’éducation lui est indispensable; c’est d’abord la famille à qui il doit la vie, qui est la première éducatrice, à son défaut on recourt au dévouement de l’instituteur ou de l’institutrice, mais la famille garde toujours un rôle essentiel.6) La plus haute fonction de l’éducation consiste dans le développement des puissances de l’enfant par un exercice direct et continuel de son activité._7) Puisque l’homme allie dans l’unité de son être un organisme corporel et un esprit destiné à la vie sociale et appelé à la possession de l’Être divin, l’éducation doit cultiver en même temps le corps et l’esprit: elle doit être physique et spirituelle, civile et chrétienne, sociale et religieuse.“Les enfants, remarque le saint pédagogue, paraissent, à leur naissance, animés de la seule vie animale; c’est seulement avec le temps que l’esprit se distingue en eux de la matière, et entre peu à peu dans la pleine possession de lui-même par suite du développement progessif des facultés” : la vie physique prépare et facilite le développement de la vie mentale.L’éducation physique doit donc être subordonnée à la formation intellectuelle; les sens corporels seront cultivés en vue du service de l’intelligence; l’instruction élémentaire de l’enfant procédera du concret à l’abstrait, du sensible à l’immatériel, des réalités individuelles aux notions universelles.(1) Lethielleux, Éditeur, 10, rue Cassette, Paris (6e).Prix: 7 francs. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 605 8) De plus, puisque l’enfant porte clans son être, dès la naissance, un désordre originel, une révolte des instincts et des passions animales contre les facultés supérieures, l’éducation devra l’amener à triompher dans les luttes contre les tendances perverses; en d’autres termes, dans l’école, tout devra être subordonné à la formation morale.9) Dans la culture de l’esprit, il importe de développer les facultés par un enseignement rationnel, gradué, progressif, accommodé à la capacité de l’enfant.Le maître et le disciple concourent, chacun à sa manière, à ce labeur de la formation de l’esprit.Le maître amène adroitement l’élève à découvrir presque par lui-même la vérité et à déduire les conséquences logiques; il le soutient dans les difficultés et s’assure qu’il a bien compris le sens des paroles et des choses.Le disciple doit se rendre compte de son travail mental, des connaissances acquises, des difficultés surmontées.10) Du reste, n’oubliant pas que l’école doit être subordonnée à la vie, saint Jean-Baptiste de la Salle veut un enseignement pratique, fécond en bons résultats, débarrassé de toute question oiseuse, de tout élément de peu d’importance.(La Correspondance Hebdomadaire, de Paris).SAVONS-NOUS LIRE?Le R.P.J.-H.Lefebvre, S.J., a écrit, il y a quelques mois, un article intéressant (l) sur le “Manuel de prononciation française” publié récemment par le R.P.Théophile Hu_ don (2).Voici un passage de cet article que nous recommandons à l’attention des instituteurs» des institutrices et des professeurs de toute catégorie : Notre prononciation Au pays, c’est un fait admis, notre prononciation laisse à désirer, surtout dans l’abandon de la conversation: émission imprécise des voyelles, molle articulation des consonnes sont des défauts courants.Ces négligences déteignent sur la parole publique et sont une cause de regrettable infériorité.En ces derniers temps, il s’est opéré d’indéniables progrès, mais une assez longue étape nous sépare encore d’une relative perfection.Reste donc d’accélérer le pas.Or, voici un maître livre que ses mérites placent au premier rang dans notre littérature pédagogique.Plan ingénieux, claire ordonnance d’une matière touffue, format commode, typographie soignée: autant de qualités rarement réunies.Sa large diffusion, une étude assidue auront sur notre parler la plus désirable influence.Mais le bon parler procède en ligne directe de la lecture soignée.Celle-ci doit donc concentrer tous les efforts.Bien lire est rare Dans une instruction à de jeunes clercs, un supérieur de grand séminaire (France), traitant de la lecture à haute voix, leur disait: “Messieurs, vous êtes intelligents et instruits, “puisque je vous vois en cette enceinte.Il y a parmi vous des bacheliers ès lettres, ès sciences “et même des licenciés ; on a dû vous enseigner beaucoup de choses.“Il en est une que l’on a oubliée: c’est de vous apprendre à lire! Vous ne savez pas lire; “vous lisez comme des maîtres d’école.(3) “Consolez-vous, toutefois: sur les quarante immortels qui siègent à l’Académie, un seul, “Ernest Legouvé, lit bien.” (1) Le Devoir du 6 janvier 1932.(2) Nous avons annoncé cet excellent ouvrage dans VEnseignement Primaire d’octobre 1931.(3) Nous connaissons des maîtres d’école qui lisent mieux que certains professeurs d’enseignement secondaire et même d’enseignement supérieur, —C.-J.M. 606 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE f Boutade amusante, assurément, et qui n’est pas sans une pointe d’exagération.Toute-ois, l’exagération n’est pas si grande qu’elle apparaît; les bons lecteurs ne sont pas légion! Pour bien lire.En fait, une bonne lecture relève d’un double facteur: l’un, d’ordre spirituel, l’intelligence qui préside au phraser; l’autre, d’ordre plutôt matériel, l’énonciation correcte et nette du texte à lire.Ce dernier seul est en cause, ici.Avant tout, point de lecture passable sans l’émission juste et précise des voyelles, sans l’articulation franche et dégagée des consonnes.La règle vaut évidemment pour le parler courant, d’ordinaire si négligé.Chaque voyelle a sa sonorité propre qu’on appelle “timbre”: a, e, i, o, u, et les nasales an, in, on, un.Chacun de ces timbres (excepté i et u) offre à son tour des nuances plus ou moins délicates à saisir et à rendre; sources de difficultés pour les étrangers, d’incorrections pour les autochtones.Voyelles maltraitées ((:>) d .1 , U Entre les voyelles les plus ordinairement maltraitées, dans notre langage courant, citons “un”.Nous prononçons César comme Césor; nous disons bien “canarder”, mais nous dirons “un canor”.Vous entendrez à tout moment “pour ma port”, à moins que ’on emploie l’anglicisme “moi pour un”, que l’on prononcera moi pour in! Le timbre “i” est également altéré et changé en “è” quand ce n’est pas en ouvert: “oui” devient ouè, et parfois “ouais”! Nombre de gens qui se piquent de bien prononcer coifferont la voyelle circonflexe et diront rhétorique, philosophie, restô-rer, pour “rhétor-ique”, restor-é,” etc! Quant au timbre de “un”, nous l’avons vu ci-dessus, souvent, presque toujours il se mue en “in”: lindi pour lundi; anne escalier pour “un” escalier! “ais” très “o” d’un accent Consonnes empâtées _ C’est surtout dans l’articulation des consonnes qu’il y a du déchet et que se justifie l’épithète de “bouches molles” que nous avons encourue.Les consonnes jouent le rôle de cloisons étanches entre les voyelles qui seules fournissent l’élément sonore dans la parole, (comme dans le chant, du reste).Suivant une comparaison pittoresque, “la bouche est une cloche, et la langue en est le battant”.Celui-ci a pour fonction de déclencher la sonorité et de porter au loin.Selon que le “frappé” en sera énergique ou alangui, le son émis sera clair et ample, ou bien terne et sans portée.Ainsi du rôle de la langue dans l’articulation des consonnes, chargées, elles, de découper et projeter au dehors les voyelles écloses dans le réflecteur sonore qu’est la bouche.En résumé, l’émission pure des voyelles, l’articulation nette des consonnes, voilà les assises de toute parole soignée.Et c’est justement à rectifier et consolider ces assises que tend le “Manuel”, que nous semblons avoir perdu de vue.LA PLACE DE LA JOIE DANS L’ÉDUCATION DE L’INTELLIGENCE DE L’ENFANT ; De nos jours, qui n’a pas entendu parler d’éducation attrayante ?soit qu’on la loue, soit qu’on la critique, d’ailleurs parfois avec quelque raison.Sous prétexte de détente, on fait à l’enfant une éducation molle, dans laquelle on supprime l’effort au lieu de s’attacher à le rendre possible._ On oublie ainsi que la loi de notre activité va dans le sens de l’effort, que c’est lui seul qui importe: on donne alors toute son action au succès, désarmant ainsi d’aArance l’enfant devant l’échec inévitable et le livrant sans défense au découragement.Certes, il ne faut pas oublier que ce que nous exigeons de l’intelligence de l’enfant dans les toutes premières années de sa formation est considérable: il a tout à apprendre et ses ressources sont faibles; sa principale source de connaissance, on peut même dire son unique sour- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 607 ce, ce sont les sens.Plus tard seulement il commencera à se faire une notion exacte des choses quhl ne pourra ni voir, ni toucher, ni sentir; autrement dit, il deviendra capable de sortir du domaine du concret pour entrer dans celui de l’abstrait.Mais, attention: l’abstrait ne parle pas à son intelligence; si nous n’y prenons garde, cette dernière ne s’y arrêtera pas et l’enfant prendra l’habitude de ne s’intéresser qu’à ce qui frappe ses sens.Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point: nous savons tous quel secours les sens nous apportent, mais nous savons aussi le danger qu’ils constituent si nous attachons une trop grande importance à leurs données et ne nous intéressons qu’à elles: elles prennent dans notre vie une place qu’elles ne méritent pas, au détriment d’autres données bien supérieures.D’autre part, une attention trop fréquemment arrêtée sur les éléments de connaissance fournis par les sens nuit grandement au développement supérieur de la sensibilité qu’elle retient dans les régions les plus basses: celles de la sensualité.Il importe donc que nous élevions l’enfant au-dessus des données sensibles, que nous habituions son intelligence à saisir l’abstrait.Comment y parvenir?Il est bien évident que nous allons avoir un effort supérieur à lui demander et que notre premier soin sera de ne pas le lui rendre morose.Il faudra donc lui apprendre la joie de l’effort, joie réelle qu’il est très susceptible de goûter, puisqu’elle répond à un besoin naturel: celui de dépenser son activité.L’essentiel sera déjà de ne pas lui demander cet effort à un moment où il en est incapable, parce que, fatigué, il n’a pas d’activité à dépenser.Nous nous appliquerons à lui donner la passion du travail, lui apprenant et lui montrant, par notre exemple, que se donner de la peine, c’est une véritable joie pour l’être sain et en bonne santé.Nous lui ferons goûter la satisfaction du travailleur qui a créé quelque chose: qu’il aime le produit de son travail et surtout de celui qui lui a demandé le plus de peine.Seulement, faisons attention à ce qu’il ne rejette pas avec mépris le résultat d’un travail consciencieux, mais non réussi.Et après lui avoir ainsi demandé un effort, laissons-le se détendre joyeusement.Sachons aussi lui montrer que son intelligence est faite pour connaître, et faisons-lui goûter la joie de la possesion de la vérité.Que de temps en temps même il éprouve la souffrance de ne pas savoir, à la condition que nous soyons nous-mêmes armés pour faire cesser cette souffrance, c’est-à-dire capables de répondre aux questions qu’elle lui fera se poser.Nous saurons donc utiliser sa curiosité naturelle, répondre à ses pourquoi, mettant ainsi une première joie dans son intelligence: celle d’un besoin satisfait.Et nous n’oublierons pas de lui apprendre à se reposer dans la jouissance du bien qu’il vient d’acquérir et de cesser ses questions du moment que la réponse donnée est jugée suffisante pour rassasier momentanément cette intelligence, avide de savoir.Rien de plus fatigant pour eux et pour nous que les enfants dont les “pourquoi” n’ont jamais de fin.Rien de plus attristant aussi et rien ne nuit plus à l’éducation intellecutelle de l’esprit, qui jamais ne se repose, soit parce que jamais on n’a su lui donner ce qui lui convenait, soit parce que jamais on ne lui a enseigné la modération dans le désir, source de joie sincère.Il y a là évidemment un gros effort d’adaptation à faire pour l’éducateur.Mais si nous nous souvenons que l’intelligence du petit, comme celle de l’adulte, est faite pour connaître Dieu-Vérité, et si nous savons adapter cette connaissance à ses possibilités intellectuelles, il verra se clore normalement la série de ses interrogations, et son esprit sera en repos et en paix, l’un et l’autre source de joie.Ce sont là des considérations générales.Nous avons à notre portée de petits moyens appropriés à la nature de chaque enfant et qui nous permettront de le faire travailler dans la joie: récompenses accordées à son travail dans la ligne de ce qui convient à sa nature propre; caresses, petits cadeaux, promenade désirée, etc.Mais alors l’enfant ne travaillera que dans l’espoir d’une récompense?Peut-être, du moins dans une certaine mesure.Mais ne savons-nous pas que si la crainte n’est pas toute la sagesse, elle en est le commencement, et pourquoi l’espoir ne serait-il pas, lui aussi, le commencement de la sagesse ?N’oublions donc pas les lois psychologiques qui gouvernent nos petits.Leur attention, comme la nôtre d’ailleurs, ne se donne spontanément qu’à ce qui l’intéresse (cette attention spontanée étant indispensable pour que l’effort se prolonge un temps suffisant).Pour rendre l’attention volontairement possible et durable, il faut donc donner un intérêt à ce qui n’en offre pas directement, fût-ce l’intérêt d’une récompense.Qui donc, d’ailleurs, travaille d’une manière complètement désintéressée, et puisque c’est la loi qu’imposa le Créateur au fonctionnement de notre intelligence, après la péché originel, sachons nous y soumettre, et surtout n’ayons garde de l’oublier vis-à-vis de nos petits.3 608 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Epanouissons leur intelligence en lui donnant la vérité pour laquelle elle est faite, et en la donnant d’une manière appropriée à sa nature.Qui dit épanouissement dit joie: le tout est de s’entendre sur le sens que nous donnons à ce mot.Il ne s’agit pas, bien entendu, d’amuser l’enfant pendant qu’il étudie, de le faire rire, mais tout simplement d’obtenir qu’il se trouve à l’aise dans la vérité que nous lui enseignerons.Faisons-lui donc des réponses que le satisfassent, mais sans le déborder, sans l’écraser.En résumé, il nous faudra éveiller la curiosité du petit d’une part, la satisfaire d’autre part.Car c’est seulement sous l’impulsion légitime du cœur d’en savoir toujours plus, que l’enfant fera joyeusement l’effort nécessaire pour s’instruire.Nous nous souviendrons que son éducation intellectuelle exige de lui beaucoup de choses qui vont à l’encontre de ses besoins naturels les plus forts, le besoin de mouvement, par exemple; qu’elle l’applique à l’abstrait, alors qu’il va naturellement au concret.Enfin, nous ne le laisserons pas se montrer insatiable et nous apprendrons à son esprit à se reposer dans la vérité suffisante que nous nous serons efforcées de lui donner.A nous, éducatrices, de savoir ce que peut porter la raison de chacun de nos enfants, afin de doser leur science avec prudence, sans toutefois clore jamais trop brutalement la série de leurs questions.Annie Raël.(La Maison, supplément hebdomadaire au No'él, 5, rue Bayard, Paris.) L’ÉGLISE ET L’ÉTAT S’UNISSENT POUR FÊTER M.MAGNAN A L’OCCASION DE SES 50 ANS PASSÉS DANS L’ENSEIGNEMENT Cinq archevêques et évêques, le premier ministre, le secrétaire provincial et le surintendant de l’Instruction publique assistent à la séance académique à l’Université.—L’hon.M.Delâge préside CONCERT PAR LA SOCIÉTÉ SYMPHONIQUE 11 mai (De l’Action catholique) L’Ièglise et l’Etat, l’éloquence et la musique, l’enseignement primaire, secondaire et supérieur ont célébré, hier soir, avec grand éclat, les noces d’or de M.le Commandeur C.-J.Magnan, inspecteur général des Ecoles Normales.Prenant occasion du 50e anniversaire de son entrée dans l’enseignement, on a voulu rendre hommage à l’excellent chrétien, l’éminent éducateur, l’apôtre de la charité, le patriote aussi fidèle que généreux, selon la formule même de S.E.Mgr Villeneuve.Ce sera sans doute une bien grande consolation pour M.C.-J.Magnan d’avoir vu à ces fêtes grandioses, cinq Évêques, le Premier Ministre de la Province, le Secrétaire Provincial, l’hon.Surintendant, S.H.le Maire, des représentants de la plupart des communautés religieuses.Soulignons de suite le précieux concours de la Symphonie dont les flots d’harmonie se mariaient si bien aux flots d’éloquence.Le mérite seul pouvait mobiliser tant de dignitaires religieux et laies, pouvait provoquer de si beaux éloges, des témoignages aussi significatifs.Se défendant bien de vouloir réclamer pour lui tous ces hommages, le sympathique jubilaire a prétendu qu’on voulait chanter les mérites de l’humble professeur et exalter l’importance de la^petite école primaire.Mais, tous les orateurs devaient le reconnaître, l’Inspecteur général des Écoles normales incarne en lui les qualités du maître d’école que l’on doit avoir pour l’enfance, le dévouement que mérite la cause primordiale de l’éducation. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 609 C’est Thon.Cyrille-F.Delâ^e qui présidait cette soirée académique.Avant qu’il n’entrât en fonctions cependant, M.J.-Ph.Garneau, en sa qualité de président du Comité d’organisation, remercia tous ses collaborateurs.L’hon.Surintendant prit alors la parole et présenta les hommages de tous au jubilaire.S.E.Mgr Villeneuve exalta le rôle de l’éducateur “qui peuple une vraie société humaine et remplit le ciel de fidèles serviteurs du Très-haut”, parce que l’“éducation, c’est la vie en plénitude”.L’hon.L.-A.David parla au nom de l’Etat.Le Secrétaire Provincial reconnaît que l’enseignement joue le rôle d’un sacerdoce, puisqu’il a pour mission de conserver non seulement la vie matérielle d’un peuple, mais surtout sa vie spirituelle.M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal de l’École Normale Laval, incarne la voix de l’Alma Mater, heureuse de saluer un fils si méritant et qui lui a d’ailleurs rendu en dévouement ce qu’elle lui avait donné en science.Enfin, au nom du personnel enseignant de l’école primaire, M.C.-J.Miller rappelle que le jubilaire est pour instituteurs et institutrices, un modèle de professeur et une lumière qui guide.La Symphonie de Québec, sous la direction de M.l’abbé C.Desrochers, a interprété de façon impeccable l’entraînante “Marche des Prêtres” de Mendelsohn, l’enchanteresse “Nuit à Lisbonne” de Saint Saens, la reposante “Sérénade” de Volkman, le populaire “Ballet Egyptien de Luigini”.Outre S.E.Mgr Villeneuve, l’hon.L.-A.Taschereau, l’hon.L.-A.David, Son Honneur le Maire de Québec, soulignons la présence de LL.EE.NN.SS.Ross, de Gaspé, Courchesne, de Rimouski, Comtois, des Trois-Rivières, Plante de Québec, Mgr C.Roy, vice-recteur de l’Université Laval, Mgr L.-A.Paquet, P.A., M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal de l’École normale Laval, M.le Chanoine A.Marcoux, du Collège de Lévis, le R.P.Geo.Simard, O.M.I., de l’Université d’Ottawa, M.le juge L.-A.Demers, MM.les abbés Mercure, Courte, Gagnon, Principaux d’école normale, MM.Lionel Bergeron, B.-O.Filteau, C.-J.Miller, Georges Tremblay, du Département de l’Instruction publique, M.l’abbé Horace Gagnon, curé de N.-Dame-de-Chemin, le R.P.Martin, 0.p., curé de Saint-Dominique, M.l’abbé V.Lavergne, curé de N.-Dame-de-Grâce, M.le chanoine 1.Gervais, Principal de l’École normale de Joliette, le R.P.Beaulieu, Supérieur du Collège des Jésuites, le R.P.Primeau, S.J., supérieur de la Villa Manrèse, le R.P.Stanislas, Gardien du couvent des Franciscains de Québec, M.l’abbé V.Germain, le R.P.de Grandpré, C.S.V., MM.les Commandeurs Jules Dorion, Georges Bellerive, le docteur Alfred Morisset, Greffier du Conseil exécutif, MM.J.-N.Miller, W.Parmelee, J.-C.Sutherland, E.-C.Wocdley, le Docteur A.Lessard, M.H.-D.Barry et nombre d’autres citoyens éminents.Presque tous les instituts et congrégations de Frères étaient représentés.MM.les professeurs Tremblay, Brulé, Tousignant, Jobin, Garneau, Létourneau, Magnan, Badeaux, Gravel; MM.les Inspecteurs régionaux Pagé, Paquin, Litalien et MM.les inspecteurs L.-P.Goulet, A.-M.Filteau, A.Letarte, Alph.Auger, A.Desjarlais, H.Tremblay et aussi la plupart des instituteurs et des institutrices laïques de la ville, et les élèves-maîires de l’École normale.Les dames, en très grand nombre, assistaient à la séance.La famille de M.Magnan était largement représentée.On remarquait, outre son épouse, ses fils:MM.Jean-Charles et Pierre-Paul Magnan et leurs épouses; ses filles: madameAlphondorGagnon, madame Jean-Paul Lessard, mesdemoiselles Isabelle, Marguerite, Bernadette et Gabrielle Magnan; son frère: M.Hormisdas Magnan, et madame Magnan; sa sœur: la R.S.Marie-Adéline, des Sœurs de la Providence; ses gendres: MM.Eugène L’Heureux, journaliste, et J.-P.Lessard, avocat; son petit-fils: M.Jean Gagnon.DISCOURS Dès le début de ses remarques, le président du Comité d’organisation, M.J.-Ph.Garneau, déclare qu’il a été heureux de saisir une occasion de manifester un peu de reconnaissance à son ancien professeur, au chevalier de la plume et de la parole qu’est M.le Commandeur C.-J.Magnan.Voici le discours de M.le professeur Garneau: DISCOURS DE J.-PH.GARNEAU, PRÉSIDENT DU COMITÉ D’ORGANISATION DES FÊTES Lorsque l’on fit à votre humble serviteur, l’honneur de le nommer président du Comité des fêtes du cinquantenaire d’enseignement de M.le Commandeur C.-J.Magnan, sans songer aux trop lourdes responsabilités de cette charge pour ses faibles épaules, il accepta avec empressement; car il y voyait surtout l’occasion de témoigner sa reconnaissance à son ancien professeur et^son admiration pour le chevalier de la plume et de la parole qu’est M.l’Inspecteur des École normales.Un jour, cédant aux instances de ses amis, M.Magnan a voulu réunir en un faisceau quelques-unes de ses nombreuses œuvres; quand il s’agit de trouver un titre expressif de l’idée qui les avait fait naître, il semble bien que M.Magnan n’a pas eu à chercher et tout spontanément sa plume traça: “Au service de mon pays!” .T; 610 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mesdames et Messieurs, c’est à la fête d’un bon serviteur de la patrie que nous vous avons conviés ce soir.L’Église et l’État dans leurs plus illustres représentants, l’auditoire d’élite réunis dans cette enceinte sont le témoignage d’estime le plus éclatant rendu par le pays tout entier à M.le Jubilaire et à l’œuvre qu’il poursuit depuis un demi-siècle.Nous aimons à y voir aussi une preuve de l’intérêt porté à l’école primaire.Et ce sentiment ne peut déplaire à M.Magnan qui disait: "L’école primaire est la pierre angulaire du temple magnifique élevé par les travaux et les sacrifices des éducateurs religieux et laïcs pour la gloire de Dieu et la prospérité de la nation”.Ces pensées nous remplissent de joie et de gratitude.Nous offrons nos respectueux hommages et nos remerciements à Son Excellence Mgr Villeneuve, à Nos Seigneurs les Évêques, qui, dans leur bienveillance, n’ont pas voulu nous priver de l’honneur d’apporter à cette fête l’éclat de leur sympathique présence.Nous voulons exprimer à l’honorable Premier-Ministre, à l’honorable Secrétaire Provincial, notre joie très vive de les voir prendre une large part à ce jubilé d’or en nous honorant de leur présence, et leur dire combien nous leur en sommes reconnaissants.Nos remerciements les plus sincères à tous les dignitaires qui ont bien voulu accepter notre invitation.Toute notre reconnaissance à Monseigneur Camille Roy, Vice-Recteur de l’Université Laval, qui, avec sa bienveillance coutumière, a mis cette magnifique salle à notre disposition ce qui contribue à donner à cette séance un cachet particulier.Nos remerciements vont encore à ces musiciens distingués et à leur dévoué directeur, qui ont accepté de rehausser l’éclat de cette fête par des flots d’harmonie dont seule la Symphonie de Québec a le secret.Dans une fête comme celle-ci, combien de bonnes volontés, de dévouements cachés contribuent au succès! Nous tenons à dire un cordial merci à tous ceux qui nous ont, avec tant de zèle et d’empressement, aidé dans la préparation de ces fêtes.Notre dernier témoignage de reconnaissance, et ce n’est pas le moindre, s’adresse à l’honorable C.-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique, qui a bien voulu accepter de présider cette séance.Monsieur le Surintendant consacre de beaux talents à la cause de l’éducation et ses subordonnés aiment à lui appliquer, avec une légère variante, la parole d’un ancien: "Monsieur le Surintendant est éducateur et rien de ce qui touche à l’éducation ne lui est étranger”.Monsieur le Surintendant, j’ai l’honneur de vous inviter à remplir les fonctions de président.ALLOCUTION DE L’HONORABLE CYRILLE-F.DELACE, SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Vous êtes trop aimable de m’offrir la présidence de cette séance académique par laquelle vous commencez, sous le toit hospitalier de notre Université, la série des fêtes que vous avez organisées afin de célébrer dignement un événement remarquable: le cinquantième anniversaire de l’entrée de M.C.-J.Magnan dans la carrière de l’enseignement.Votre délicate attention m’est, veuillez le croire, particulièrement agréable et je vous en suis très reconnaissant.Je me rends volontiers à votre désir et remplirai donc cette importante fonctions.Certes un tel événement ne devait, ne pouvait passer inaperçu.Il ne passera point, inaperçu.Grâce à vous, Monsieur le Président, grâce à vos dévoués collaborateurs, une démonstration a été préparée qui en burinera la date en lettres d’or dans nos annales.Elle prouve que vous avez bonne tête et grand cœur, et vous honore autant que celui qui en est l’objet particulier.Elle prouve aussi que le bienfait n’est pas toujours oublié, que le devoir modestement accompli est parfois reconnu ici-bas, apprécié, que le parfum de la reconnaissance embaume encore l’existence humaine.Bref, votre geste est réconfortant.De touchants témoignages, Monsieur le Jubilaire, vous seront rendus, je n’en ai aucun doute, dans quelques instants par les plus dignes représentants de l’Église et de l’État.Nous nous en réjouissons profondément.Demain ce sera notre tour, le tour de la famille; en attendant qu’elle joigne sa voix, plus modeste, mais non moins sympa-thique, à celles si éloquentes et si autorisées que vous entendrez bientôt, permettez que je vous offre dès maintenant mes sincères remerciements pour les précieux services que vous rendez depuis un demi-siècle à la cause de l’Instruction L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 611 ublique dans cette province, mes cordiales félicitations pour les succès que vous avez remportés, et meilleurs vœux de nombreuses années dans nos rangs, à Taffection des vôtres, à Tadmiration de vos concitoyens.DISCOURS DE SON EXCELLENCE Mgr J.-M.-R.VILLENEUVE, O.M.L, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC En notre pays les jubilés, grâce à Dieu, ne manquent ni de fréquence ni de solennité.Celui que nous célébrons à cette heure a son cachet particulier qui légitimerait, aux yeux des plus exigeants, s’il en était parmi nous, l’éclat en quelque sorte national qui lui est accordé.Déjà la Providence, les corps d’enseignement, surtout l’Université de Montréal, onQoffert leur tribut d’hommage à celui qui en est l’objet.Ce soir, c’est Québec, je veux dire l’Église, le Gouvernement, l’Université Laval, le Conseil de l’Instruction publique, l’École Normale, la Ville, toutes les institutions que Monsieur l’Inspecteur général sert depuis un demi-siècle avec tant de cœur et un si précieux talent, qui s’unissent en un témoignage unanime d’admiration, d’amitié et de gratitude.Il m’incombe, au nom de l’Église et du clergé de notre chère province française du Canada, de souligner le sens déjà si éloquent de cette couronne d’évêques et de prêtres, venus dire à M.C.-J.Magnan combien il s’est noué d’attaches depuis un demi-siècle, qu’on le connaît excellent chrétien, éminent éducateur, apôtre de la charité, patriote aussi fidèle que généreux.M’appartiendra-t-il d’observer qu’entre tous ses mérites, Monsieur l’Inspecteur général a eu le plus essentiel à un maître d’école, celui d’aimer sa carrière pour avoir compris ce que vaut l’enfance, ce que vaut son éducation.L’éducation, mais c’est la vie en plénitude.Les parents donnent la vie, le maître lui rend sa valeur.Le sein maternel met au monde un être dépourvu de conscience et de liberté dont l’âme, esprit engagé dans la matière, y est encore impuissante et emprisonnée.L’éducateur délivre cette âme, dégage ses facultés, rend à l’homme son intelligence et son libre arbitre.Aussi bien, est-ce l’éducateur qui peuple une vraie société humaine et remplit le ciel de fidèles serviteurs du Très-Haut.Voilà bien comment l’éducateur est un constructeur d’avenir.Telle est l’envergure des gestes du tâcheron attaché à la table de classe et au tableau noir.Quand il s’agit de l’éducateur chrétien, combien les horizons s’agrandissent et se subli-misent.L’enfant irradié des grâces du baptême, n’est plus, au regard de l’éducateur croyant, la bête humaine que l’eugénisme moderne croit reconnaître.Un Dieu, notre Dieu s’est fait enfant; il a voulu éprouver les besoins et les faiblesses de l’enfance, et après s’être laissé former et porter pour son corps dans le sein virginal de Marie, se laisser former aussi et élever, quant au développement de ses sens, dans les bras de la Vierge et sur son cœur.Et, à Nazareth, ayant un peu grandi, Lui, le Verbe et la Science infinie, Lui, la Sagesse incarnée du Père, Il a voulu se faire élève d’une créature et apprendre de Marie et de Joseph ce qu’il savait infiniment et de toute éternité.Exemple admirable de Jésus-Enfant, mais rôle admirable aussi de la Vierge Mère et de Joseph, son époux, devenus éducateurs de Dieu.Or, Mesdames et Messieurs, c’est quelque chose de cette fonction des parents du Sauveur-enfant que l’éducateur chrétien accomplit d’office.Car, le Maître l’a dit, "ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez.(Math.XXV, 40).Voilà bien, Mesdames et Messieurs, ce qui a toujours marqué la hauteur de l’éducation dans l’Église, ce qui en a fait une fonction sacrée.Vous savez bien que, Mère sage et tendre, l’Église a toujours donné le meilleur d’elle-même à l’enfance.Aussi, l’éducateur chrétien qui remplit tout son rôle a-t-il quelque chose du prêtre,—et je le proclame volontiers, Mesdames et Messieurs, nous fêtons ce soir un jubilé demi-sacerdotal."Cette année même”, vous disait-on naguère, Monsieur le Commandeur de St-Grégoire-le-Grand “achève de se former le cercle d’or qui contient pour vous un demi-siècle de dévouement à la cause de l’éducation.On ne trouve une si belle unité de vie que chez les forts, qui de bonne heure ont reconnu en eux une vocation de choix et qui toujours y sont demeurés religieusement fidèles, dédaignant les mirages trompeurs que l’ambition fait miroiter devant eux”.(Disc, abbé Maurice, 21 déc.1931, Enseignement 'primaire, fév.1932, p.337.) Messieurs, je célèbre et salue ce soir au nom de mes vénérés collègues et de l’Église de Québec la/o?'ce chrétienne qui s’épanouit maintenant en un jubilé d’or. 612 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le jubilaire d’aujourd’hui, comme le vieillard de Mgr Baunard n’est pas le mortel qui finit, c’est l’immortel qui commence.DISCOURS DE L’HONORABLE L.-A.DAVID, SECRÉTAIRE DE LA PROVINCE (D’après le “Soleil”) “Je me demande s’il n’est pas un peu hardi de ma part”, dit l’honorable Athanase David, qui prend la parole ensuite, “de parler après Monseigneur Villeneuve”.Et il souligne la gêne et l’embarras où il se trouve de devoir ajouter aux éloges de l’archevêque de Québec, des louanges jqui n’en diminuent pas l’impression très douce et très forte que la parole du Primat de l’Église canadienne vient de prononcer.“Mais nous, les laïcs, s’empresse-t-il d’ajouter pour s’excuser, nous sommes très souvent dans des situations délicates, et nous avons pris l’habitude de les détourner pour nous en tirer.C’est pourquoi nous avons à faire acte de modestie, si nous voulons nous faire pardonner nos fautes d’orgueil”.“M.Magnan, éducateur émérite, s’il en est, est à ce titre le conservateur des traditions.Mais cela ne l’empêche pas d’être très libéral.de son dévouement.C’est une façon de résumer cinquante années d’apostolat au milieu de notre population canadienne-française.Et qu’il me suffise de tirer une leçon d’une vie si belle et si méritoire, presque sacerdotale, comme l’a si bien dit Mgr l’archevêque.L’enseignement joue bien, en effet, le rôle d’un sacerdoce, puisqu’il a pour mission de conserver non seulement la vie matérielle d’un peuple mais aussi, et surtout, sa vie spirituelle.“Celui qui voudrait se montrer méchant et jouer avec l’ironie n’aurait-il pas des cordes faciles à faire vibrer, s’il voulait seulement jeter un regard autour de lui et considérer avec attention notre situation actuelle?Que sont devenus les hommes pratiques?Où sont les économistes, avec leurs belles théories qu’ils ont répandues partout depuis un certain nombre d’années?Éffondrement complet.Ceux qui peuvent être considérés comme les seuls vraiment pratiques, ce sont ceux-là qui n’ont pas vu leurs œuvres et le fruit de leur travail et de leur pensée, tomber en poussière sous les coups de l’épreuve.Ce sont les idéalistes.Les richesses peuvent disparaître ou se transformer les unes après les autres ; cela importe peu, si le peuple conserve sa valeur intellectuelle et morale, qui sont véritablement la plus grande et la seule vraie richesse qu’un pays puisse posséder et conserver.“S’il y a un pays où l’éducation est organisée sagement, c’est bien notre province.Nous avons vu, peut-être, des peuples mieux outillés que nous et mieux préparés que nous pour atteindre rapidement à la fortune matérielle.Mais lorsque les années ont passé et que l’on jette un regard en arrière, ce sont ceux-là qui sont détrônés; l’enseignement et l’éducation des petits, tels que nous les pratiquons, nous forceront à nous maintenir plus haut et à nous approcher plus près de l’idéal.En définitive, ce sont les rêveurs et les idéalistes qui auront eu raison : ceux qui croient que, lorsqu’un peuple possède un cerveau bien outillé, il détient la plus belle valeur.” Et l’honorable Secrétaire de la Province de conclure: “M.le Jubilaire, laissez-nous célébrer comme il convient ce cinquantenaire de votre entrée dans la carrière de l’enseignement.Par votre travail, par l’ardeur et la persévérance, que vous avez toujours apportées, malgré les difficultés nombreuses et répétées qui se sont placées en travers de votre route, vous avez fait une œuvre durable qui mérite l’admiration et la louange de vos concitoyens.Continuez à nous tracer la voie vers l’avenir, à nous qui savons à quelle source s’alimentent votre esprit, votre cœur et votre âme.Vous n’êtes pas de ceux qui craignent les réformes, pas plus que vous n’êtes de ceux qui abandonnent les traditions.Vous leur gardez tout le respect qu’elles méritent; mais vous comprenez que les circonstances nouvelles d’une époque nouvelle forcent les peuples à évoluer dans leurs écoles.Que l’évolution ne soit pas trop rapide; c’est ce que vous avez compris, M.Magnan, en n’acceptant du progrès moderne en pédagogie que ce qui convient à notre situation sociale et religieuse.Suivons encore longtemps, comme vous l’avez toujours fait, les directions éclairées qui nous viennent de l’autorité Suprême et qui nous sont données par vous, Messei-gneurs, qui la représentez chez nous.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 613 Après le discours de M.David, qui fut vivement applaudi, M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal de l’École normale Laval, Alma Mater du Jubilaire, prononça l’intéressant discours qui suit: DISCOURS DE M.L’ABBÉ J.-J.DUBÉ, PRINCIPAL DE L’ÉCOLE NORMALE LAVAL Monsieur l’Inspecteur général des Écoles normales, C’est une tradition, à l’École normale Laval, de célébrer le cinquantenaire d’enseignement de ses professeurs.Aujourd’hui, elle continue cette tradition, avec d’autant plus d’empressement et de sollicitude que celui qu’elle veut honorer est un de ses élèves les plus distingués, un de ses professeurs les plus instruits et les plus diserts, son inspecteur officiel.Une coïncidence émouvante ajoute encore à son bonheur, puisque, elle-même, demain, comptera le soixante et quinzième anniversaire de son inauguration.En effet, le 12 mai 1857, dans une des salles du Vieux-Château, ancienne dépendance de l’historique Château Saint-Louis de Québec, avait lieu l’inauguration de l’école qui, ce soir, exalte le cinquantenaire de votre entrée dans l’enseignement.Votre Alma Mater ne pouvait désirer un plus beau bouquet de fête.M.le Jubilaire, c’est pour moi un devoir de me faire l’interprète de la nombreuse famille normalienne; non seulement comme Principal, mais d’abord, comme un de ces élèves que vous avez initiés aux premiers éléments des connaissances primaires, puis, plus tard, aux sciences couronnées par les brevets d’enseignement.A-ussi vous me permettrez bien de rappeler quelques-unes des impressions de mon stage à l’École d’application.C’était au Pensionnat.L’École normale quittant le Vieux-Château, s’était posée un instant (le temps de laisser arriver les beaux jours) dans l’Université Laval, ici même, pour se loger ensuite dans l’ancien pensionnat des universitaires.Je vois encore la grande salle du rez-de-chaussée, avec sa couronne de “groupes”, séparés les uns des autres par les trois bancs qui en délimitaient les frontières, et, “aux jours de français”, car “les jours d’anglais” étaient réservés à votre vieux compagnon d’armes, M.le Jubilaire, à M.Ahern dont l’esprit et le cœur sont certainement auprès de vous, ce soir, et qui, là-bas, couronne une magnifique vie par l’auréole de la souffrance héroïquement supportée, “aux jours de français” dis-je, je vois le jeune professeur droit et souple, à la démarche vive, au sourire accueillant, au ton paternel, passer de “groupe” en “groupe”, rectifiant une position, stimulant une nonchalance, calmant une activité qui menace de déborder, corrigeant l’inexpérience d’un élève-maître, animant dans l’ordre tout ce petit peuple avide de s’instruire; car il n’y avait pas de paresseux dans vos classes, ou s’il y en avait, comme ils étaient contrits! A d’autres heures, c’était la classe d’histoire.Comme vous saviez émouvoir ces chers élèves enthousiasmés aux récits des gloires de notre mère la Sainte Église et des exploits de nos héros que votre voix chaude faisait revivre à leurs yeux émerveillés! Comme vous saviez faire vibrer nos âmes au rythme de votre âme de chrétien et de patriote! Vous avez dit: “L’idéal de l’instituteur canadien-français, c’est de verser dans l’âme du peuple ces trésors de foi catholique et de traditions nationales, cet amour du sol natal qui ont su accomplir, sur notre cher coin de terre, le miracle de la survivance, depuis 1760.” A l’École d’application, M.Magnan, cet idéal, vous l’avez réalisé.Mais les années passent.Le petit élève de l’École d’application doit “monter élève-maître”, expression normalienne que justifiaient alors et la topographie des lieux et les nouveaux horizons intellectuels qui s’ouvrent devant les regards étonnés.A l’École normale, l’élève de l’École d’application, devenu élève-maître vous retrouve professeur de pédagogie.L’École normale est le noviciat du personnel enseignant.Elle doit former avec soin, en vue de l’enseignement, une vigoureuse jeunesse choisie avec prudence; lui donner une haute idée de sa vocation, '•'âcher de lui révéler la grande portée sociale du travail obscur dans lequel elle va consumer ses jours; en un mot, ne lui faire embrasser la profession qu’à la condition de l’aimer.Pendant 22 ans, M.le Jubilaire, dans cette tâche si belle et si utile de nos écoles normales catholiques, vous avez été, chez nous, le digne collaborateur de Mgr Thomas-Grégoire 614 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Rouleau, de ce prêtre au grand cœur que vénèrent tant de générations de normalienn et qui a rendu tant de services à l’école primaire.Vos leçons de pédagogie, tout imprégnées de la chaleur de votre patriotisme et de l’ardeur de votre foi, étaient bien propres à cultiver dans le cœur de vos élèves cet amour d’une profession dont vous ne leur cachiez pas cependant les difficultés.Ils vous entendent encore leur dire: “Dans l’accomplissement de ses devoirs quotidiens, l’instituteur doit s’armer d’une patience réfléchie, avoir l’humeur toujours égale, observer la plus stricte justice, être bon en même temps que ferme et sévère.Recommencer chaque année à enseigner les mêmes éléments avec un enthousiasme qui ne doit pas vieillir aux yeux des enfants; très souvent, le plus souvent peut-être, vivre au milieu de l’indifférence des parents ou de leur ingratitude; enfin n’être presque jamais sûrs du lendemain, après avoir donné son savoir, son tem.ps et sa santé.” Et vous ajoutiez: “Seuls l’amour des âmes, inspiré par une foi éclairée et l’amour de la patrie que toute âme bien née porte en soi, peuvent soutenir l’éducateur dans sa tâche ingrate.” Et pour achever de les entraîner, vos élèves avaient devant les yeux, votre exemple.Vous étiez admirablement préparé pour occuper la charge importante et délicate que les autorités vous confiaient en 1911.L’École normale Laval perdait un professeur et vous retrouvait son inspecteur officiel.M.l’Inspecteur général des écoles normales, permettez-moi de vous dire combien je suis profondément touché de la courtoisie et de la délicatesse de vos procédés à l’égard d’un de vos anciens débutants de la petite école.Vos visites sont reçues avec un plaisir toujours nouveau, car elles sont fécondes en directives sûres et en sages conseils.Chacune d’elle est une vivante leçon de pédagogie.En éducateur expérimenté, vous savez mettre les élèves à l’aise pour mieux vous rendre compte de leur travail.Auprès de vous les plus craintifs reprennent confiance.Votre longue expérience sait de façon lumineuse assembler en un faisceau les principes les plus propres à guider l’enseignement rationnel.Et les conseils que vous distribuez avec une onction toute paternelle, éclairent d’une vive lumière la marche des futurs éducateurs de l’enfance.Telle a été l’ascension constante de votre belle vie.Un écrivain latin nous représente tous comme des hommes qui se passent une lumière en courant, “sicut scursores sibi tradentes lampada”; touchante et juste allégorie de notre mission sur la terre.C’est votre honneur et votre mérite, M.le Jubilaire, d’avoir donné un vif éclat à ce flambeau que vous aviez mission de transmettre ainsi d’âge en âge, de génération en génération.On ne saurait laisser passer une telle occasion sans souligner quelques-unes des œuvres de votre débordante activité.^Magnifiquement doué par la Divine Providence, vous n’avez vu, dans les talents divers qu’Elle vous avait départis, qu’un devoir plus impérieux de les faire fructifier.Poursuivre l’enseignement actif, puis, pendant quelques années, la direction générale de toutes les écoles de la province avec l’inspection des écoles normales, en menant de front la rédaction de l’importante revue VEnseignemerit Primaire, semble bien un travail capable d’excéder les forces d’un homme.Mais non; la charité chrétienne vous a toujours fait vous pencher vers le pauvre.Disciple du grand Ozanam, vous présidez avec succès les Conférences de Saint-Vincent de Paul au Canada.Votœ collaboration aux œuvres sociales a été reconnue par le Souverain Pontife, qui vous a créé Commandeur de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.Non content de payer de votre personne dans les œuvres philanthropiques, vous avez encore apporté une importante contribution aux lettres canadiennes.Qu’il suffise de citer votre “Rapport sur l’enseignement primaire en France, en Belgique et en Suisse”, résultat d’un voyage d’études.\os oeuvres littéraires vous ont ouvert les portes de la Société Royale du Canada.La vieille Mère-patrie vous a décoré du titre d’Gfficier d’Académie, en reconnaissance des service's rendus à la langue française que vous servez si bien par la parole et par la plume.Tout récemment, l’Université de Montréal vous a conféré le diplôme de Docteur en pédagogie, “honoris causa”.M.le Jubilaire, tant de titres honorent à un haut degré votre Alma Mater, qui vous a ouvert la carrière.Elle est fière d’un tel fils qui porte si haut et si ferme son drapeau.Elle L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 615 ose encore compter sur vos activités: le travail ne semble pas peser sur vos épaules et la noble cause que vous servez avec tant de fidélité a encore besoin de vos services.Vous arrivez au seuil de cet âge, dépeint de si touchante manière par un auteur que vous aimez.Vous y entrerez “l’âme sereine, l’intelligence toujours en éveil, sensible à tout ce qui est beau, bien et bon, le cœur tendre et joyeux”, bref, type du vrai maître d’école.M.le Jubilaire, “Ad multos annos!” Après le discours de M.le Principal de l’École normale Laval, M.le Surintendant invita l’Inspecteur général des écoles primaires à parler au nom des inspecteurs d’écoles et du personnel enseignant.ALLOCUTION DE M.C.-J.MILLER, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES ÉCOLES PRIMAIRES CATHOLIQUES Monsieur le Jubilaire, Il est parfois des hommes dont la vie est si pleine de mérites, si fertile en précieux enseignements, qu’il faut plus d’un orateur pour en faire l’éloge et célébrer dignement leurs vertus.Le héros de cette fête est à coup sûr l’un de ces heureux mortels.Comme vous, M* le Président, je suis forcé d’admettre que plus d’un orateur est nécessaire pour redire, comme il convient, les mérites de M.Magnan.Mais je me demande encore pourquoi vous avez recours à mon humble personne en une circonstance aussi solennelle que celle-ci.Si tel est votre désir, j’accepte ce grand honneur qui ne va pas sans quelque appréhension, vous en conviendrez.M.le Jubilaire, les inspecteurs et le personnel enseignant des écoles primaires catholiques de la Province de Québec, qui gardent la mémoire du cœur, m’ont prié de vous exprimer, ce soir, avec leurs bien cordiales félicitations, leur plus vive gratitude pour tout le bien que vous avez accompli, en faveur de la petite école de chez nous, au cours de votre fructueuse et si brillante carrière.A ce magnifique concert où chacun aime à chanter sa reconnaissance, il aurait manqué quelque chose, si la petite école qui vous tient au cœur n’eût pas fait entendre sa voix, tout humble soit-elle.Les organisateurs de cette magnifique manifestation l’ont compris, et je leur en sais gré.Je n’entreprendrai pas certes d’énumérer toutes les œuvres que vous avez accomplies dans le domaine de l’école primaire, pour ne parler que de celui-là.Ce serait peine perdue d’ailleurs, puisqu’elles sont toutes présentes à notre mémoire et déjà inscrites en lettres d’or dans le grand livre de l’enseignement en cette province.Parlant aux noms des institutrices et des instituteurs, religieux et séculiers, je me bornerai à souligner les deux principaux motifs de leur admiration pour celui qui, depuis 50 ans, a consacré le meilleur de sa vie à la plus noble des causes, celle d’instruire et de former l’enfance.Cher M.Magnan, à l’âge où la plupart des jeunes gens cherchent encore leur voie, vous entriez résolument dans la carrière à laquelle vous êtes toujours resté fidèle.Vous étiez né éducateur.Par votre énergie, votre opiniâtreté au travail, votre amour de l’étude, vous avez rapidement atteint les sommets de cette profession.Vous avez démontré d’une façon superbe ce que peut faire une belle intelligence mise au service d’une noble cause.Par la grande probité professionnelle, les sentiments élevés dont vous fîtes toujours preuve dans l’accomplissement de vos devoirs, vous apparaissez à nos yeux, je ne crains pas d’être contredit, comme un magnifique modèle à imiter.C’est le premier motif de la gratitude que les instituteurs vous doivent, et le pourquoi de l’admiration qu’ils vous portent.Par votre amour de l’étude, vous semblez leur dire: “Chers amis, évitez la routine, le pire ennemi du professeur; prenez garde de vous enliser; ne cessez de nourrir votre intelligence si vous ne voulez pas déchoir et amoindrir la valeur de votre enseignement.Tenez hauts votre cœur et votre esprit.” Mais en vous, je vois plus qu’un modèle à imiter.Éminent éducateur, esprit cultivé, vous avez compris que les instituteurs et les institutrices ont besoin d’être aidés dans leurs délicates et parfois pénibles fonctions.Vous avez compris la nécessité d’une revue qui, chaque mois, irait dans toutes les écoles, de la plus 616 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE élevée jusqu’à la plus humble, afin d’y entretenir la vie, en réchauffant le zèle, en stimulant la volonté et en alimentant le savoir du titulaire.Ce projet, vous l’avez réalisé.Grâce à vos soins diligents, l’Enseignement Primaire, toujours alerte, toujours intéressant malgré son âge, arrive régulièrement à chacune de nos écoles.Pas un maître, pas une maîtresse qui ne manquent de le consulter, sûrs d’y lire des choses qui vivifieront et illumineront leur travail quotidien.Et voilà comment vous êtes pour le personnel de nos écoles un véritable foyer de lumière.C’est le deuxième motif de la reconnaissance que les inspecteurs et les professeurs désirent vous témoigner en ce moment.Modèle du bon professeur, lumière qui guide sa route, telles sont, il me semble, les deux grandes leçons, parmi tant d’autres, qui se dégagent de votre vie, riche en abondantes moissons.Et moi qui connais peut-être plus que tout autre, parce que depuis trois ans je vis près de vous, votre grande sollicitude envers ceux qui distribuent aux enfants le pain de l’intelligence, je puis dire, sans commettre d’indiscrétion, que la meilleure récompense qu’ils puissent vous offrir, c’est d’essayer de vous imiter, ne serait-ce que de loin, par une parfaite probité professionnelle et un amour ardent de l’étude.M.le Jubilaire, votre longue carrière si bien remplie de bonnes œuvres n’est pas finie, nous l’espérons.Avec cet espoir, les inspecteurs et les membres du personnel enseignant vous prient d’agréer leurs respectueux hommages et leurs sincères remerciements.Ils forment pour vous, votre digne épouse et tous les vôtres, les meilleurs vœux de santé et de bonheur.Après le discours de M.Miller, la parole était à M.Magnan, “qui monta alors sur la scène, dit le Soleil, aux acclamations de l’assistance.” Le Jubilaire remercia tout d’abord les organisateurs des fêtes données en son honneur, ainsi que les éminents personnages et l’auditoire d’élite qui remplissait la salle des Promotions.Puis il dit qu’il était vraiment confus de toutes les belles choses qui avaient été dites à son endroit au cours de la soirée, mais qu’il acceptait ces louanges non pour lui personnellement mais pour la profession d’instituteur qu’il a toujours servie avec bonheur et fierté.Puis il prononça le discours suivant: CINQUANTE ANS—UNE HALTE DISCOURS PRONONCÉ PAR M.C.-J.MAGNAN, A LA SALLE DES PROMOTIONS DE L’UNIVERSITÉ LAVAL, LE 11 MAI 1932, A L’OCCASION DU CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DE SON ENTRÉE DANS L’ENSEIGNEMENT Monsieur le Président (1), Excellences (2), Monsieur le Premier Ministre (3), Monsieur le Secrétaire de la Province (4), Monsieur le Maire (5), Mgr le vice-recteur de l’Université (6), Monsieur le Principal de l’École normale Laval (7), Mesdames et Messieurs, Ce soir, au début de mai, le mois “le plus beau” qui nous ramène le gai printemps, on a bien voulu, par une attention des plus délicates, qui me touche au plus profond du cœur, me ménager une halte sur la route de ma modeste carrière, route aimée sur laquelle je m’avance depuis cinquante ans, heureux de vivre, heureux du sort que la Providence m’a fait.Mais cette halte, si consolante et si honorable soit-elle, m’oblige à tourner mes regards vers le passé déjà lointain où, pour la première fois, je gravissais une modeste tribune de maître d’école adjoint à Louiseville, le 1er lundi de septembre 1881.Cette halte me rappelle—avec quelle (1) L’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction publique; (2) leurs Excellences Mgr l’archevêque de Québec, Mgr l’évêque de Gaspé, Mgr l’évêque de Rimouski, Mgr Plante, auxiliaire de Québec et Mgr Comtois, auxiliaire des Trois-Rivières; (3) l’honorable L.-A.Taschereau; (4) l’honorable L.-A.David; (5) Son Honneur H.-E.Lavigueur, maire de Québec; (6) Mgr Camile Roy, P.A.; (7) M.l’abbé J.-.J Dubé, Principal de [l’École normale Laval. AUX NOCES D’OR D’ENSEIGNEMENT DE M.C.-J.MAGNAN Groupe photographié à l’École normale Laval, de Québec, le 12 mai 1932.Au centre: M.et Mme C.-J.Magnan; à droite du jubilaire, Son Exc.Mgr Villeneuve, archevêque de Québec, l’honorable Cyrille-F.Delâge, Surintendant, M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal, M.J.-Ph.Garneau, président du Comité des fêtes; à gauche: Son Exc.Mgr Ross, évêque de Gaspé, Mgr J.-E.Laberge, P.D., M.J.-N.Miller, ex-secrétaire du Département de l’Instruction publique, M.Nérée Tremblay, professeur. 618 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE éloquence î—que je suis à l’automne de la vie, automne déjà avancée, mais dont les jours s’éclairent encore d’un tiède soleil qui revêt de splendeur l’approche des nuits.Songeur, sans tristesse, il me faut cependant entendre le conseil du poète: Écoutez! le soir vient, la voix du jour expire.Oui, c’est bien l’automne pour moi, fin d’automne même; mais, antithèse charmante, précisément parce que je suis à la saison des feuilles mortes, on fête mon printemps, c’est-à-dire le début de mon humble carrière.La solennité des fêtes de ce soir et celle de demain me laissent croire que Le jour qui va finir vaut le jour qui commence.Ce “jour qui commence” est déjà loin: un demi siècle le sépare de la solennité d’aujourd’hui.Son souvenir néanmoins est encore bien frais dans ma mémoire.IL Y A CINQUANTE.ANS J’avais quinze ans: c’était l’aurore de la vie qui ouvrait ses fenêtres sur une adolescence dont je ne fis qu’entrevoir le visage riant, car à peine eut-elle tiré ses rideaux, il me fallut, étant devenu un grave magister imberbe, être homme “avant la lettre”.De temps à autre, sentant en moi les poussées de la jeunesse, je regardais avec admiration “son petit sourire bleu rose” qui animait tout ce qui m’entourait.Je voulus “comme les autres” jouir des ruisseaux et des fleurs de mon printemps, écouter les voix du plaisir “qui étalaient de toute part à mes oreilles comme des chants d’oiseaux”; mais une voix grave comme la nécessité et douce comme celle d’une mère, celle du devoir me disait: “Pas ça, plus haut que cela”.Et me désignant une colline escarpée, admirablement ombragée et sillonnée de magnifiques routes solitaires, d’où la vue s’étendait sur de vastes champs en friche, elle ajouta: “Là est le bonheur, celui que donne la satisfaction de servir les nobles causes.Vive labeur !” Ma résolution fut dès lors bien prise de ne jamais quitter la voie où la Providence venait de me faire entrer à quinze ans, et je n’ai pas eu à le regretter.Chacun sait par expérience que la première joie du jour c’est celle du lever.Il en est de même de la vie: ses premières joies sont celles du début.Mes joies du début furent modérées mais bien sincères.L’exemple des deux maîtres sous lesquels j’essayai mes premiers pas comme instituteur, m’avait fait prendre mon rôle au sérieux et déjà je me forgeais une modeste félicité: devenir maître d’école de village.Ces vers de Brizeux, appris l’année précédente, alors que j’étais simple écolier,renfermaient toutes mes aspirations: Oh ! ne quittez jamais., c’est moi qui vous le dis, Le devant de la porte où l’on jouait jadis, L’église où, tout enfant et d’une voix légère, Vous chantiez à la messe auprès de votre mère, Et la petite école où, traînant chaque pas, Vous alliez le matin; oh ! ne la quittez pas ! Croyez qu’il sera doux de voir un jour peut-être Vos fils étudier sous votre bon vieux maître, Dans l’église avec vous chanter au même banc, Et jouer à la porte où l’on jouait enfant.Déjà je me voyais “vieux maître”, entouré du respect de mes anciens élèves.Ce rêve devait se réaliser, mais sur un autre champ d’action.A QUÉBEC EN 1883 Après deux années laborieuses, mais précieuses comme expérience pédagogique, la Providence me dirigea, en l’automne 1883, vers le vieux Québec, la ville du souvenir, le théâtre d’événements historiques fraîchement appris.La lecture des Anciens Canadiens, de M.de Gaspé, de Charles Guérin, de Chauveau, de V Intendant Bigot et François de Bienville de Marinette (ces deux derniers récemment parus) avait exalté mon imagination et allumé en mon L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 619 cœur un grand désir de fouler avec respect le sol de la ville de Champlain et d’écouter les rumeurs d’Antan qui devaient s’échapper, me semblait-il, de ses vieux murs et de ses vieilles maisons, nombreuses alors et que le pic du démolisseur avait jusque là respectées Aussi, le 5 septembre 1883, quand je montai à la petite gare de Louiseville, dans un train du Chemin de fer du Nord, devenu dans la suite la Pacifique Canadien, avec un compagnon, comme moi futur élève-maître de l’École normale Laval, Eugène Gagnon, je me crus un personnage filant vers la capitale au-devant d’un avenir où le rose dominait.Heureux temps de jeunesse où l’espérance, ce demain qui s’éveille avec son éblouissante aurore, vous donne des ailes et embellit l’imagination.Pardonnez-moi,Mesdames et Messieurs, si ce soir je ne puis m’empêcher de me souvenir.L’arrivée à Québec fut éblouissante.Un gai soleil de septembre inondait la capitale et faisait flamber les couvertures des vieilles maisons où le fer-blanc dominait à cette époque.La place du Palais où le train nous descendit,mon compagnon et moi, offrait, il y a un demi-siècle près, un coup-d’œil superbe pour ceux qui savent apprécier la vision du passé.Les vieilles maisons autour de la Place, formaient un carré régulier, dont les lignes harmonieuses des toits français exprimaient le bon goût de nos pères.Puis une calèche, c’était le véhicule le plus utilisé alors, nous conduisit appétit trot au Vieux Château, sis à l’endroit même du Château Frontenac actuel, où logeait l’École normale Laval depuis 1857, sauf quatre années durant, de 1860 à 1866, alors que le Parlement de l’Union avait été fixé temporairement à Québec.LA TERRASSE FRONTENAC—IMPRESSION PROFONDE Après une courte visite au bureau du Principal et la prise de possession de notre place au dortoir sous la direction de deux bienveillants maîtres d’études, (l’un était M.l’abbé Laberge, aujourd’hui le distngué curé de St-Jean-Baptiste, Mgr Leberge, et l’autre, M.l’abbé Magnan, notre cher frère Aristide, décédé il y a trois ans, curé du Lac Noir), après cette prise de possession, dis-je, nous arpentâmes la terrasse Frontenac d’où la vue s’étend sur le plus beau panorama qui se puisse voir.Le spectacle était des plus impressionnants pour qui voyait la rade et les environs de Québec pour la première fois, au déclin d’une radieuse journée de septembre.En ce décor merveilleux, tout nous parlait du passé.Alors que j’étais élève à l’École modèle de Louise-ville, l’inspecteur d’écoles, M.Tétrault, nous avait donné comme récompense, à l’occasion d’une de ses visites, le premier volume du “Journal de l’Instruction publique” de M.Chauveau.Ce volume renfermait les fêtes de l’inauguration de l’École normale Laval, à Québec, en 1857.J’avais lu le compte rendu des fêtes d’inauguration et le discours prononcé par M.Chauveau, alors Surintendant.Un passage de ce discours, devenu classique, me revenait à l’esprit en cet après-midi de septembre 1883.Permettez-moi de vous le citer, il me rappelle le moment, jamais oublié, où pour la première fois l’idée de patrie se fit jour en mon âme avec clarté et précision.Voici ce passage : “Et l’histoire ! L’histoire est partout: autour de vous, au-dessous de vous; du fond de cette vallée, du haut de ces montagnes, elle surgit, elle s’élance et vous crie: nie voici ! “Là-bas, dans les méandres capricieux de la rivière St-Charles, le cahir-coubat de Jacques-Cartier, est l’endroit même où il vint planter la croix et conférer avec le seigneur Donna-cona.Ici, tout près d’ici, sous un orme séculaire que nous avons eu la douleur de voir abattre, la tradition veut que Champlain soit venu planter sa tente.“C’est de l’endroit même où nous sommes que M.de Frontenac donna à l’amiral Phipps, par la bouche de ses canons, cette fière réponse que l’histoire n’oubliera jamais.Sous nos remparts s’étendaient les plaines où tombèrent Wolf et Montcalm, où le chevalier de Lévis remporta, l’année suivante, l’immortelle victoire que les citoyens de Québec ont voulu rappeler par un monument.Devant nous, sur la côte de Beauport, les souvenirs de batailles non moins héroïques, nous rappellent les noms de Longueil de Sainte-Hélène et de Juchereau Duchesnay.Là-bas, au pied de cette tour, sur laquelle flotte le drapeau britannique, Montgomery et ses soldats tombèrent balayés par la mitraille d’un seul canon qu’avait pointé un artilleur canadien.De l’autre côté, sous ce rocher qui surplombe et sur lequel sont perchés, comme des oiseaux de proie, les canons de la vieille Angleterre, l’intrépide Dambourgès, du haut d’une échelle, le sabre à la main, chasse des maisons où ils s’étaient établis Arnold 620 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE et ses troupes.L’histoire est donc partout autour de nous: elle se lève de ces remparts historiques, de ces plaines illustres et elle nous dit: me voici !” C’est sous l’empire de ces enthousiastes sentiments que je réintégrai le Vieux Château.SOUVENIR DU VIEUX CHATEAU L’année normalienne que j’eus le bonheur de vivre comme élève-maître fut des^plus actives et des plus heureuses.Dans le décor magnifique où se trouvait, il y a 49 ans.l’École normale Laval, mes confrères et moi allions d’enchantement en enchantement.Sous la direction d’un Principal, éducateur autant qu’il était artiste et homme de goût, M.Pabbé Lagacé, et des professeurs d’expérience, qui avaient assisté à rétablissement de l’École et avaient connu les fondateurs de notre système scolaire : Cartier, Meilleur, Chauveau, Giard, de Boucherville, Ouimet, nous brûlâmes les étapes, grâce aux deux années d’enseignement pratique, comme sous-maîtres à l’École modèle de Louiseville.En juin 1884, on me remettait un diplôme d’école modèle: c’était l’appellation du temps.Ici, qu’il me soit permis de rappeler avec une reconnaissance émue les noms de mes vieux professeurs : François-Xavier Toussaint, Napoléon Laçasse, J.-B.Cloutier, Joseph Létourneau, Gustave Gagnon, Daniel McSweeney, Charles Lefèvre, J.-D.Frève.Je n’ai garde d’oublier l’Assistant-Principal de ce temps, M.l’abbé Thomas-Grégoire Rouleau, qui, quatre ans plus tard, devenait Principal, succédant à M.l’abbé Bégin, élu évêque de Chicoutimi.Pendant quarante ans M.Rouleau, élevé à la prélature romaine, en 1907, dirigea l’École normale de Québec avec un zèle vraiment apostolique.Je voudrais faire taire en ma mémoire la voix du souvenir, mais je tiens ici à rendre un hommage tout particulier à monsieur Jean-Baptiste Cloutier, qui fut mon professeur de pédagogie et m’associa dès mon temps d’élève-maître, en 1883-84, à la rédaction de Y Enseignement Primaire qu’il avait fondé en 1880.Un autre tribut de reconnaissance est dû au Principal Lagacé qui savait faire bénéficier ses élèves de son savoir comme professeur de diction.M.Lagacé, quelques années auparavant, était allé suivre les cours de diction du Conservatoire de Paris.A son retour à Québec, il se fit zélateur intelligent du “bon parler” et rédigea un Cours de Lecture à Haute Voix de grande valeur.UN SOUVENIR AUX VIEUX LIVRES DE CLASSE Je viens de mentionner un manuel de classe qui pendant plus d’un demi-siècle a été en usage dans nos écoles primaires.En évoquant le souvenir de ce manuel, celui de tous les vieux livres scolaires en usage dans nos écoles primaires et écoles normales il y a cinquante ans, me revient avec instance, et les modestes titres de ces respectables bouquins défilent en ma mémoire comme ces voliers d’oiseaux qui passent dans le ciel d’automne et retournent aux pays du midi.S’il ne faut pas aimer les vieux livres parce qu’ils sont rares, ni parce qu’ils sont vieux, ni même parce que les années ont donné à leur pauvre reliure la patine des vieilles pierres et des vieux bois, nous devons les aimer, les vénérer parce que leurs feuillets jaunis conservent toujours vivante “l’âme du temps passé”.L’attrait des vieux livres est tel et les leçons qui s’en dégagent sont si éloquentes et si bienfaisantes qu’en prenant dans ses mains un vieux livre de classe et en le feuilletant, il nous semble que de ses feuillets jaunis s’échappent de lointains échos du passé, peuplé des meilleurs souvenirs de notre enfance.N’est-il pas bon, parfois, de nous réfugier dans le cher abri de notre enfance comme dans la maison paternelle qui garde affectueusement tout le passé de la famille ?INSTITUTEUR AU PATRONAGE EN 1884 Une dernière pensée au Vieux Château, à l’École normale Laval de 1883-84, à mon Alma Mater.Avant d’en franchir le seuil,*M.l’abbé Rouleau, qui fut pour moQun bienfaiteur insigne, m’annonça qu’il m’avait trouvé un bon poste comme instituteur à l’École du Patronage, où les Conférences de Saint-Vincent de Paul de Québec faisaient instruire les enfants de L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 621 leurs familles pauvres.“Nombreux élèves, beaucoup de bien à faire et un traitement de $200.00 par année”; me dit M.l’abbé M.Rouleau, en me souhaitant bonne chance.J’avais dix-huit ans ! voiles déployées, de l’enthousiasme plein le cœur, pourvu d’un diplôme officiel, je lançai “mon petit navire” sur la mer de l’enseignement primaire, avec l’idée bien arrêtée de compter plus sur le travail et la persévérance que sur le concours des autres.Au Patronage, siège de la Société de Saint-Vincent de Paul (comme aujourd’hui), j’appris à connaître cette œuvre admirable sortie du cœur de Frédéric Ozanam.Et deux mois à peine après mon entrée dans cette école comme instituteur, les Frères de Saint-Vincent de Paul arrivèrent de Paris pour en prendre la direction.Comme instituteur laïque, je fus heureux de souhaiter la bienvenue à ces religieux distingués, fils spirituels de M.Jean Le Prévost, l’un des membres de la première Conférence fondée à Paris en 1833, par Ozanam lui-même.Les quatre années près que j’enseignai au Patronage en compagnie des premiers Frères de Saint-Vincent de Paul arrivés au Canada, furent pour moi des années d’une expérience précieuse.a l’école normale laval En 1889, le centenaire de la Révolution française me laissa absolument.indifférent, mais mon entrée comme professeur à l’École normale Laval me toucha au plus sensible de l’âme.Je devais y consacrer pendant un quart de siècle près, soit exactement vingt-deux ans, les plus belles années de ma vie, partagée entre le département des élèves-maîtres et celui des élèves-institutrices qu’abritait l’antique monastère des Ursulines.Ce long stage de professorat normalien fut tout entier sous la direction de Mgr Rouleau.Au début, j’eus (’honneur d’avoir pour collègue mes anciens professeurs, MM.Toussaint, Laçasse, Cloutier, Gagnon, Létourneau, Frève et Lefèvre.J’eus aussi pour compagnon de labeur, un nouveau professeur, arrivé récemment de Montréal, M.John Ahern, qui devait jeter tant de lustre sur son Alma Mater, car lui aussi était ancien élève de Laval.A cet ancien confrère, à cet agréable compagnon de travail, cloué au lit par une cruelle maladie depuis dix longues années, j’envoie ce soir le salut de ma vieille et toujours fidèle amitié.Un confrère de classe, M.Nérée Tremblay, devint aussi, un peu plus tard, professeur à l’École normale, poste qu’il occupe encore aujourd’hui avec distinction.Plusieurs des autres professeurs de cette maison sont mes anciens élèves, y compris—et ce n’est pas le moindre—M.le Principal actuel qui marche brillamment sur les traces de ses illustres devanciers.Nombre d’autres de mes anciens élèves de l’École normale occupent des postes éminents au département de l’Instruction publique et dans l’enseignement, voire dans la politique même, tel l’honorable M.Francœur, Ministre des Travaux publics dans le cabinet Taschereau.Je manquerais de galanterie si je ne disais un mot de mes anciennes élèves, dont plusieurs sont déjà grand’mères, d’autres Religieuses ou institutrices laïques, d’autres peut-être vieilles demoiselles, mais je n’ai aucun renseignement précis sur ce sujet.AU DÉPARTEMENT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Dix-neuf cent onze : date mémorable dans ma vie d’instituteur.Cette année-là.Sir Lomer Gouin, alors Premier Ministre, et qui m’honorait de sa bienveillante amitié, m’appela au poste de premier Inspecteur général des écoles primaires et des écoles normales catholiques en notre Province.Jusqu’en 1929, je fus seul à remplir ces importantes fonctions.Vu les développements constants de l’Instruction publique, le Gouvernement voulut bien m’accorder une aide précieuse, un collègue compétent, en la personne de M.C.-J.Miller, Inspecteur général des écoles primaires.La tâche que je remplis au Département de l’Instruction publique depuis vingt et un ans a été laborieuse mais agréable.MM.les Surintendants Boucher de La Bruère et Delâge, et les Secrétaires, MM.Miller et Bergeron, m’ont constamment traité avec une bienveillance et une déférence dont je garderai toujours le meilleur souvenir.DE QUELQUES PROGRES DEPUIS 1881 Depuis 1881, les progrès scolaires dans la Province de Québec ont été notables.Il faut se reporter à cette époque reculée et en comparer la situation scolaire avec celle d’aujourd’hui 622 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pour apprécier judicieusement le chemin parcouru.Je ne vous infligerai pas la monotonie des statistiques, mais quelques points de repère seulement: Instituteurs religieux (Frères) Élèves dans les écoles normales.Contribution du Gouvernement pour fins d’édu- 1880 £ 1980 .238,126 634,757 .’ 6,273 24,783 598 2,441 .1,105 6,388 .7,253 11,565 .1,013 7,111 .1,539 37,888 386 1,988 $341,229 $5,906,138.85 Autres constatations indiquant un progrès réel : Élèves de 6e année (couronnement du cycle primaire élémentaire): 13,562 en 1915; 27,830 en 1930.Élèves de 8e année (couronnement du cycle complémentaire): 2,355 en 1915; 13,888 en 1930.Élèves de 10e année (cours primaire supérieure): 669 en 1915; 1,858 en 1930.Brevets supérieurs octroyés par le Bureau central: 187 en 1915; 1,559 en 1930.En 1880, il n’y avait que quelques centaines de normaliens et de normaliennes dans l’enseignement ; en 1930, il y en avait 3,853.Aidées du Gouvernement, dirigées par le Surintendant de l’Instruction publique et stimulées par les inspecteurs d’écoles, les municipalités scolaires rurales ont presque renouvelé toutes leurs écoles depuis une vingtaine d’années.En 1932, on ne trouverait nulle part une classe telle que décrite par M.l’inspecteur Pilon en 1881.S’adressant à une municipalité négligente, M.Pilon disait: “Les écoles de votre municipalité fonctionnent assez bien, mais plusieurs laissent beaucoup à désirer sous le rapport matériel.Il y en a cinq qui n’ont pas de bureaux.Quatre sont de beaucoup trop petites, et je demande, au nom de la charité, de l’humanité et de la santé des élèves, qu’elles soient agrandies au plus tôt.Et comment ne pas accorder mon humble requête quand on sait que dans l’une de ces classes, celle du Bas-Chicot, qui n’a que 20 x 10 et qui est très basse, il y a entassés pêle-mêle, 2 maîtresses, 49 enfants, 2 tables, 4 bancs, 1 tableau noir, 1 chaise, ! seau à l’eau, 1 escalier, et que sais-je encore ?Non, la chose n’est plus tolérable et je vais recommander à l’honorable Surintendant de retenir la subvention de cette municipalité, tant qu’il n’aura pas reçu du Secrétaire-trésorier un certificat attestant que l’on a donné des bureaux aux écoles qui n’en ont pas.” (Rapport du Surintendant pour 1880-81, page 102).Il n’est que juste de dire que l’année suivante l’inspecteur signalait une importante amélioration dans l’école du Bas-Chicot.Il y a longtemps que ces sortes de classes n’existent plus.Les progrès que je viens de signaler partiellement (car il y en a d’autres qu’il serait trop long d’énumérer) sont dus aux mesures recommandées par le Conseil de l’Instruction publique, à l’aide substantielle accordée par le Gouvernement pour favoriser le développement de l’éducation et aux activités du Département de l’Instruction publique et des inspecteurs d’écoles.Ce serait aussi de l’ingratitude que d’ignorer le précieux concours des communautés enseignantes d’hommes et de femmes.Parmi les mesures recommandées par le Conseil de l’Instruction publique (Comité catholique), je tiens à mentionner la réforme du Bureau central en 1898, réforme qui a contribué dans une large mesure élever le niveau des études; la multiplication des écoles normales de filles depuis 1899; l’amélioration des programmes d’études et celle de l’inspectorat; la création de deux Instituts pédagogiques à Montréal, l’un pour les filles et l’autre pour les garçons, couronnement magnifique de notre système d’enseignement primaire.Une mesure récente, celle .de la reconnaissance des Scolasticats de Frères par le Gouvernement, à la demande du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique et avec l’approbation des évêques, est pleine de promesse ; elle contribuera, j’en suis convaincu, à créer une émulation bienveillante L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 623 et active entre les Congrégations de Frères et serviront d’un précieux stimulant pour les laïques.LES ÉCOLES NORMALES ET LES SCOLASTICATS DE FRÈRES Je n’ai pas le temps, ce soir, de mettre en relief la valeur de toutes les mesures ci-dessus énumérées, mais deux d’entre elles méritent une attention spéciale: je veux dire celles qui se rapportent à la multiplication des écoles normales de filles et à la reconnaissance des Scolasti-cats des Frères comme écoles normales.Dès leur origine en notre province, nos écoles normales furent l’objet de la sympathie de l’épiscopat.Aucune d’elles ne naquit, y compris nos deux écoles normales de garçons, sans la présence d’un évêque penché sur son berceau.Le vénérable Mgr Bourget assistait à l’inauguration de l’École normale Jacques-Cartier, le 3 mars 1857, et il y prononça un discours très sympathique à l’œuvre naissante.Son discours débuta par ces paroles: “Je suis heureux de parler ici aujourd’hui, parce que je trouve l’occasion de témoigner de ma sympathie pour une institution patriotique qui offre les plus sûres garanties à la religion, en se plaçant, dès son origine, sous sa garde.“(Journal de l’Instruction publique” de 1857, page 61.) Deux mois plus tard, le 12 mai, les autorités religieuses et civiles inauguraient l’École normale Laval de Québec.Mgr Baillargeon, futur archevêque, et administrateur du diocèse de Québec, ouvrit la séances par la prière et termina l’allocution qu’il prononça par ces paroles: “Je souhaite, je demande que cette école normale soit bénie dans son fondateur, qu’elle soit bénie dans son directeur, qu’elle soit bénie dans ses élèves”.(“Journal de l’Instruction publique de 1857, p.102).L’Église avait présidé à la naissance des deux écoles normales de garçons en 1857, collaborant ainsi ostensiblement avec l’État qui les avaient fondées.Il en fut de même pour la première école normale de filles confiée, en 1857, aux Dames Ursulines de Québec, avec l’entière approbation et les bénédictions de l’archevêque de la vieille capitale.Et dans la suite, chaque nouvelle école normale de filles fut fondée à la demande de l’évêque du diocèse qui en proposait l’établissement au Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, ainsi que la nomination du principal et des professeurs.Le rôle du Gouvernement se borna à ratifier le choix de l’évêque et à accorder un octroi annuel à la communauté religieuse désignée par ce dernier.Nos écoles normales de filles sont vraiment diocésaines, en ce sens qu’elles sont confiées à des Religieuses choisies par l’évêque du diocèse et dirigées par un prêtre également choisi par lui.Tous les diocèses de la Province de Québec sont maintenant pourvus d’une école normale de filles; celui de Québec en a trois et celui de Montréal deux, avec, en plus, l’Institut pédagogique des Dames de la Congrégation de Notre-Dame, et l’Institut pédagogique Saint-Georges des Frères des Écoles Chrétiennes.Ces écoles normales de filles, depuis 1857, ont dirigé vers l’enseignement primaire des milliers d’institutrices laïques et de Religieuses enseignantes.Ici, je dois souligner ce fait consolant: que les écoles normales de filles fournissent chaque année de nombreuses vocations à leur communauté religieuse respective.Le Département de l’Instruction publique pas plus que le Gouvernement, n’a jamais trouvé à redire parce qu’une élite de normaliennes se dirigent vers les communautés enseignantes, où elles passeront toute leur vie à faire la classe.Depuis 1857, tous les Gouvernements qui se sont succédé àja tête de notre province ont respecté l’entente intervenue à cette époque entre l’Église et l’État, quant à l’établissement des écoles normales.Heureux coin de terre que notre chère province, où il est donné de constater et d’admirer un semblable état de choses ! Depuis 1857, nous l’avons vu, nos deux écoles normales de garçons se sont consacrées avec succès à la formation de jeunes maîtres laïques, sous la direction de prêtres éminents, choisis et désignés par leur évêque respectif.Jacques-Cartier et Laval ont préparé un grand nombre de bons instituteurs dont plusieurs ont fait leur marque dans le professorat ou l’inspectorat.Bien que laïques, ces anciens élèves de nos écoles normales n’ont jamais démérité de l’Église, et, en entrant dans l’enseignement, ils ont obéi à l’appel d’une vocation honorable, celle de l’enseignement, apostolat si cher au cœur du Pape actuel.Pour l’honneur et le plus grand bien de notre Province, en même temps que nos écoles normales de garçons poursuivaient sans bruit leur œuvre pédagogique, d’autres écoles nor- 5 624 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE males excellentes, mais qui n’en avaient pas le nom, se multipliaient sur le territoire de la Province de Québec.Je veux parler des Scolasticats de Frères, au nombre de onze aujourd’hui, et qui préparent à l’enseignement chaque année, quelques centaines de jeunes Frères.Je ne sache pas de spectacle plus magnifique dans sa simplicité que la vue de Religieux enseignants, parmi les plus expérimentés, se dévouant dans l’ombre et le silence à la formation professionnelle de leurs novices et de leurs scolastiques.Je les ai vus à l’œuvre, ces chers Frères, et je remercie la Providence d’avoir eu l’honneur de révéler au Conseil de l’Instruction publique l’admirable organisation pédagogique de leurs Scolasticats, dont dix sont maintenant reconnus, par le Gouvernement, comme écoles normales officielles, sur recommandation du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique et avec l’approbation unanime de l’épiscopat de la province.En réclamant le privilège de délivrer des diplômes d’école normale à leurs jeunes religieux, conformément aux programmes officiels, les Congrégations et Instituts de Frères, chez nous, n’ont nullement renoncé au droit d’enseigner sans diplôme que leur confère la loi de l’Instruction publique en notre province ; ils ont voulu démontrer que la préparation donnée chez eux équivaut à celle des écoles normales et qu’ils sont anxieux de collaborer au progrès scolaire avec le Département de l’Instruction publique.Cette reconnaissance officielle des Scolasticats comme école normale marque une date importante dans l’histoire de l’enseignement dans la Province de Québec.Dans toutes nos écoles normales, chez les laïques comme chez les religieux, on s’efforce de préparer des instituteurs convaincus du grand rôle qu’ils auront à jouer plus tard dans notre Province catholique et française ; des instituteurs qui pourront se dire au sortir de l’école normale: “Je mets la main au plus noble ouvrage: tous les grands cœurs aspirent à procurer le salut de la société ; je suis donc enrôlé dans l’armée d’élite qui prépare l’avenir ; tous les regards se retournent vers moi et me demandent de vaillants chrétiens et de fiers patriotes”.RELIGIEUX ET LAÏQUES Cet esprit anime religieux et laïques dans notre enseignement primaire; ils aspirent tous à collaborer à la conservation du génie français chez notre jeunesse, au maintien et au développement des méthodes françaises dans notre pédagogie canadienne, et, avant tout, à imprégner le cœur et l’esprit de nos enfants du véritable sens catholique.Il est toujours vrai que les impressions du jeune âge laissent des traces indélébiles.On l’a dit avec raison: “Le paysage sur lequel s’arrêtent les premiers regards d’un enfant n’est pas indifférent à la formation de son génie”.Mais combien plus importantes sont les premières impressions morales, celles qu’il reçoit à l’école auprès de ses premiers maîtres.Je viens de parler des instituteurs laïques et des instituteurs religieux, les unissant dans mon discours comme ils le sont dans ma pensée.Durant toute ma carrière, je me suis efforcé d’établir entre ces deux familles des relations sincères et amicales.Aussi ce fut avec une joie profonde que je saluai la loi du Mérite Scolaire adoptée par la Législature sur votre proposition, M.David, et à la demande du Surintendant de l’Instruction publique , demande approuvée par le Comité catholique.En vertu de cette loi, nombre de Frères, de Sœurs, d’instituteurs et d’institutrices laïques ont reçu des titres ou des décorations dans les réunions où les religieux et les laïques étaient décorés par leur évêque, en présence du Surintendant, du Secrétaire du Département de l’Instruction publique et de l’élite sociale de l’endroit.Ces solennités du Mérite Sclaire sont un symbole concret et vivant de l’union fraternelle qui existe entre les différents éléments du personnel enseignant primaire, chez nous, et de la cordiale entente qui règne entre lo’Église et l’État dans la Province de Québec.LA VIE DE L’ÉDUCATEUR Mesdames et Messieurs, je sens que j’ai abusé de votre patience mais ne pardonne-t-on pas dans la famille au vieillard qui s’oublie à parler du passé?Mais je termine.La vie du véritable éducateur est toute droite, toute simple, dépourvue de péripéties dramatiques.Mais cette vie n’en est pas moins prodigieusement remplie.Sous ces manifestations variées, elle possède une remarquable unité, car elle ne vise qu’à un but: la formation L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 625 première de l’enfance et de la jeunesse.A l’instituteur primaire, de concert avec les parents, appartient la noble tâche de jeter la première semence dans les intelligences encore vierges.Ce geste auguste, c’est le geste de Dieu même dans la nature.Voyez cette petite graine dont dix mille n’empliraient pas notre main, Si elle est jetée en bonne terre, exposée au soleil et humectée par les gouttes d’eau qui lui arrivent sur l’aile des vents, elle se lèvera bientôt, se développera et donnera des fruits précieux.C’est l’image de l’éducation.Qu’elle est sublime la vocation de l’instituteur ! Des mains de ses devanciers il a reçu le flambeau qu’il devra transmettre à son tour à ses successeurs.Ce flambeau, il y en a “qui le prennent pour un cierge et d’autres comme un cigare”, suivant une expression pittoresque de Sainte-Beuve.Aux jeunes qui m’écoutent en ce moment, permettez-moi de dire: portez le cierge allumé, emblème de l’amour de votre état, de l’ardeur au travail et de la fidélité au devoir.Aimez le travail, aimez l’étude nécessaire à votre profession, ayez votre violon d’Ingres, c’est-à-dire une prédilection soit pour les lettres, soit pour les sciences, soit pour l’histoire.Ces activités intellectuelles vous permettront de mieux remplir votre tâche, embelliront votre vie et vous garderont jeunes de cœur et d’esprit.Vous gravissez, vous aussi,la colline de la vie, chers jeunes gens, et au terme de votre carrière vous constaterez que le souvenir est pour la vieillesse plus qu’un éclair, c’est une lampe fidèle qui éclaire le soir de la vie, un foyer d’où se dégage la douce et réconfortante chaleur du passé.UN DERNIER LIEN Quand on a donné à une carrière cinquante années, c’est-à-dire la plus longue et la meilleure partie de sa vie, des liens puissants nous y retiennent et l’on s’en éloigne le plus lentement possible, semblable au navire qui ne fuit qu’à regret les rives du pays natal.A la lumière adoucie du jour qui baisse, les horizons de la jeunesse nous réapparaissent bien nets et bien fidèles, et volontiers on croirait “qu’au cadran de la vie l’aiguille a trop hâté sa course” Mais la Providence est bonne.Ne voici-t-il pas que “derrière le jour qui s’achève, un autre se prépare”.Et celui-là, avec quelle reconnaissance je le proclame, c’est l’Université Laval qui me le prépare.U y a à peine une semaine, elle me nommait titulaire d’une chaire à l’Ecole de Sciences sociales qu’elle vient de créer.Lorsque j’abondonnerai mes fonctions d’inspecteur général des écoles normales, je ne quitterai donc pas tout à fait l’enseignement et dans cette demi-retraite, j’aurai le temps de mesurer la distance qui sépare la petite tribune de sous-maître, à Louiseville, en 1881 et 1882, de la chaire de l’Université Laval de Québec, en 1932.Pour clore cette magnifique soirée, la Symphonie de Québec joua le Dieu sauve le roi; au début de la séance, elle avait fait entendre O Canada! 12 mai Le deuxième jour débuta par une grande messe d’Actions de Grâces, chantée à l’École normale, Chemin Sainte-Foy.Voici comment l’Evénement rapporte cette partie importante du programme des noces d’or.“Commencées brillamment mercredi soir à la salle des Promotions de l’Université Laval, les fêtes inoubliables, marquant le jubilé d’or de M.le Commandeur C.-J.Magnan, comme éducateur, se sont continuées hier matin au pied de l’autel, et ont été clôturées par un dîner intime donné hier midi, à l’École normale Laval.“Une messe spéciale a été célébrée dans la chapelle de l’École normale par M.l’abbé J.-J.Dubé, Principal, assisté de MM.les abbés Côté et Filteau, anciens élèves du Jubilaire, comme diacre et sous-diacre.“S.E.Mgr J.-M.Rodrigue Villeneuve, O.M.I., archevêque de Québec, assisté de Mgr J.-N.Gignac, P.D., et de M.l’abbé Joseph Thibaudeau.curédeSt-FrançoisXavier delaRivière-du-Loup, avait pris place au chœur, de même que S.E.Mgr F.-X.Ross, évêque de Gaspé, et Mgr J.-È.Laberge, P.D., curé de St-Jean-Baptiste, qui donna le sermon de circonstance.Avaient aussi pris place au chœur, M.le chanoine Garnier, professeur à l’École normale supérieure de Québec, M.le chanoine Gervais, de l’École normale de Joliette, le R.P.de Grandpré, C.S.V., le R.P.Stanislas, Gardien du couvent des Franciscains de Québec, M.l’abbé^J.Ferland aumônier des Ursulines, M.l’abbé E.Giroux, M.l’abbé A.Gagnon, Principal de l’École normale de Beauceville, le R.P.G.Simard, o.m.c., etc., etc.“Tous les membres de la famille du Jubilaire et tous les professeurs, prêtres et laïques de l’École normale, tous les élèves, un grand nombre de prêtres étrangers, plusieurs inspecteurs régio 626 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE naux et de district ayant à leur tête Thon.Cyrille-F.Delâge, Surintendant de l’Instruction Publique, ont assisté à cette cérémonie religieuse toute empreinte de la gratitude la plus profonde de M.le Commandeur Magnan envers la divine Providence."Les différentes Écoles normales de la Province étaient représentées.Nous avons rencontré notamment le R.P.Alfred Charron, C.S.C., Provincial des Religieux de Ste-Croix, Montréal, le R.F.Bernardin, Principal de l’École normale de cette congrégation, le Principal de l’École normale des Frères Maristes, M%l’abbé Mercure, Principal de l’École normale de Mont-Laurier, M.l’abbé Courte, Principal de l’École normale de Hull et M.Roch Aubry, professeur à la même école, et un grand nombre de Frères, de Religieux et de prêtres dont nous n’avons pu nous procurer les noms."Les communautés religieuses de femmes étaient aussi représentées par une nombreuse délégation des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame et des délégués des Sœurs de la Providence et des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier."Pendant la messe Mgr Laberge a fait voir le rôle si digne de l’éducateur.II avait pris pour texte, cette parole des Saints Livres: “Ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la Justice, brilleront comme des étoiles dans l’éternité”.Voici le magnifique sermon prononcé par Mgr Laberge: SERMON DE Mgr J.-E.LABERGE, P.D., CURÉ DE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE QUÉBEC l’éducateur catholique Qui ad justitiam erudiunt multos fulgebunt quasi stellæ in perpétuas æternitates.Ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles dans l’éternité.(Dan.12, 3.) Aucune œuvre n’est plus belle ici-bas que celle de l’éducation, c’est-à-dire de la culture intellectuelle complétée par la science des vérités surnaturelles et couronnée par une saine formation morale et religieuse.Aussi bien le rôle de l’éducateur catholique est-il parmi les plus nobles qui se puissent rencontrer: il touche au ministère du prêtre et il tient de l’apostolat.Dieu le récompense glorieusement; il en a fait la promesse : Ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice, c’est-à-dire de la vérité, qui éclaire, et des vertus, qui transfigurent, ceux-là luiront comme des étoiles dans l’éternité.Nous célébrons aujourd’hui les noces d’or de l’un de ces apôtres de l’éducation, dont l’influence a été particulièrement heureuse et la vie remarquablement fertile en leçons et en exemples d’édification.Monsieur le Commandeur et respecté jubilaire, laissez-moi immédiatement vous féliciter de votre carrière toute marquée au coin du dévouement et de l’esprit chrétien, vous remercier du travail persévérant que vous avez bien voulu vous imposer pour favoriser une sage orientation de l’enseignement dans notre province, enfin signaler tout le bien que vous avez fait à l’enfance, à la jeunesse, à vos collègues ou à vos collaborateurs et par là à l’Église et à la société.I.—Culture intellectuelle L’éducateur cultive d’abord l’intelligence; il la tire des ténèbres de l’ignorance et fait jaillir pour elle la lumière, qu’il projette dans tous les domaines et promène sous tous les horizons.Il fait d’abord connaître les signes et les règles du langage parlé et écrit, par où s’établit et se maintient dans la société humaine le commerce des âmes; il fait prendre connaissance de ce monde que nous habitons, de ses beautés, ses merveilles et ses lois; il remonte aux origines de l’humanité et, redescendant le fleuve du temps, il raconte l’histoire des individus et des peuples; il signale les scènes où s’est déroulée la trame de leur vie, où les empires ont grandi, lutté et donné, en prospérant, le spectacle d’une étonnante grandeur et, en s’écroulant dans la poussière, l’éloquent témoignage de la faiblesse et de la caducité de tout ce que l’homme peut édifier de plus puissant, de plus vaste et de plus glorieux.L’éducateur élève jusque dans les régions de la pensée abstraite, de l’art et du beau; il en fait admirer les chefs-d’œuvre, les monuments impérissables; il en indique les mérites aussi bien que les ombres et les imperfections; il épure le goût et communique le secret magique d’exprimer avec clarté et précision, avec force ou élégance et facilité, par la parole, le dessin, la couleur ou le son, les conceptions de notre esprit et les aspirations de notre âme ou les sentiments de nos cœurs. 627 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE * , La connaissance des faits ou des vérités d’ordre naturel, sans la doctrine de foi, est un édifice inachevé; elle laisse l’homme dans l’ignorance de ses voies et de ses vraies destinées; elle n’allume aucun phare sur les écueils pour montrer ce qu’il faut éviter; elle ne jalonne point la route de flambeaux qui rassurent et ne fait briller au ciel aucun astre qui dirige la marche du voyageur; elle le laisse errer au gré de la vague et des vents, porté par une 'barque incertaine et fragile, au milieu de brumes décevantes sur des mers sans rivages, s’en allant poussé par une sorte d’aveugle et de mystérieux destin, vers des abîmes ignorés ou des îles inconnues.L’éducateur fait rayonner sur les intelligences la lumière supérieure, les clartés surnaturelles et divines, qui dissipent les incertitudes, qui indiquent au pèlerin son chemin, qui donnent à toutes les énigmes ou à tous les problèmes leur solution et à tous les cœurs soumis à Dieu le calme, l’espérance, le courage, la joie et la paix.Que dis-je?de même que l’aigle emporte dans les sublimes profondeurs de l’espace ses aiglons sur ses ailes comme pour leur faire mieux contempler l’azur du firmament, l’éclat du soleil et l’immensité de leur empire, de même aussi l’éducateur emporte les esprits par-delà les sphères de toutes les connaissances humaines dans le royaume des vérités de la révélation; il leur en fait entrevoir, à travers les ombres sereines de la foi, les larges avenues, les plaines rayonnantes, les sommets ensoleillés et les perspectives infinies.IL—Formation morale Cette science ne serait toutefois qu’une lumière de haute montagne, froide et sans vie, si elle ne descendait dans les vallées pour y porter la chaleur et la fécondité.La culture de l’esprit n’est qu’une ébauche sans le redressement et la formation du caractère, sans les qualités morales du cœur et la discipline religieuse de la volonté.Dans le jardin confié aux soins de cet horticulteur de choix qu’est l’éducateur véritable, tous les parterres doivent être cultivés, tous les germes croître, tous les fruits naître, se développer, atteindre leur parfaite beauté et leur savoureuse maturité.Il faut en d’autres termes, avec l’intelligence, cultiver le cœur et la volonté et y faire fleurir la vertu.C’est là le trait prédominant, le caractère essentiel de toute vraie éducation.Ni l’art, ni la science, ni le génie, ni le pouvoir ou la grandeur ou la gloire terrestres ne servent directement à la réalisation de nos destinées et ne sont un titre à notre admission à la cour célestè du divin Roi.Les âmes que Dieu juge dignes d’orner le ciel ou d’être transplantées dans les jardins du paradis sont celles qui produisent les fleurs de saintes pensées et de pieux sentiments et les fruits d’œuvres de vertu ou de sainteté.Aux yeux de Dieu et des anges, l’homme ne vaut que par sa valeur morale: par sa pureté, sa piété, sa grâce, sa générosité, par la perfection de sa charité.Comme l’artiste façonne le marbre et en fait sortir la statue qui sollicite notre admiration, de même l’éducateur transforme ces pierres vivantes qu’on appelle les âmes en chefs-d’œuvre de beauté, dont Dieu veut embellir les murs et orner le's palais de la céleste Jérusalem.Éducateur chrétien, qu’elle est belle ta mission d’artiste, lorsque tu façonnes, dans l’ombre, au prix de rudes labeurs et parfois de pénibles sacrifices, les cœurs à l’image et à la parfaite ressemblance de ton Dieu! Qu’il est noble ton geste de semeur, lorsque tu jettes à pleins sillons, au champ des âmes, la semence qui lèvera et s’épanouira en moissons glorieuses, dont tu recueilleras un jour dans la joie, “moissonneur de l’éternel été”, les gerbes d’or pour aller les déposer, comme un hommage reconnaissant, aux pieds du suprême Agriculteur! Qu’il est puissant ton verbe d’apôtre, lorsque tu fais jaillir la lumière au sein des ténèbres, lorsque tu allumes au ciel de l’existence humaine les flambeatix de la vérité divine et que tu traces dans les hauteurs le chemin lumineux par où les voyageurs du temps atteignent l’éternelle cité des élus! Que ta mémoire soit à jamais bénie! Que les fleurs embellissent ta route et embaument tes pas! Que tes années soient fécondes et heureuses! Que ta dernière heure soit à la, fois douce et sereine comme le soir d’un beau jour, riante et joyeuse comme l’aurore du jour dont aucune ombre ne ternira l’éclat ni aucun soir ne marquera le déclin! Monsieur le Commandeur et digne jubilaire, Pendant un demi-siècle, soit comme professeur, soit comme directeur de l’excellente revue: VEnseignement Primaire, soit enfin comme Inspecteur général des Écoles normales catholiques de la Province de Québec, vous avez accompli ce travail d’artiste, esquissé ce 628 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE geste de semeur, fait entendre cette parole d’apôtre.Veuillez en agréer de nouveau nos remerciements et nos félicitations.Vous êtes parvenu à cette phase de l’existence humaine où d’ordinaire, il faut bien le dire, on achève de traverser le désert de la vie.Du plateau éminent de votre cinquantième année d’éducateur vous avez, durant ces derniers jours et plus spécialement ce matin, tourné votre regard vers la distance qui vous sépare de votre berceau et vous en avez embrassé toute l’étendue.Votre œil y a assurément aperçu des ombres, comme il s’en rencontre dans toute carrière humaine, mais vous avez humblement une fois encore demandé à Dieu de les effacer aux rayons de sa miséricorde et il les a fait disparaître, comme le soleil dissipe à l’horizon les légères vapeurs du matin.Mais ce qui vous a surtout frappé dans votre passé, ce sont les faveurs du ciel et l’abondance de ses bénédictions; et vous avez fait monter vers Dieu un chant de reconnaissance particulièrement ardent et joyeux; vous n’avez cessé depuis votre réveil de remercier le Seigneur de vous avoir fait naître au milieu d’une famille éclairée des lumières de la vraie foi et vivifiée par l’atmosphère d’une intelligente et solide piété.L’avenir se dresse maintenant devant vous, plus beau que jamais, plus sûr dans ses voies, plus riche de fruits mûrs et de moissons dorées, plus près de vous ouvrir les cieux.Vous vivrez encore cependant, c’est notre espoir et le vœu de nos cœurs, pendant de nombreuses années.Votre âme continuera de monter dans la lumière, vers une vie toujours plus jeune et plus sainte, vers une joie toujours plus douce, une paix toujours plus profonde, dans les clartés d’aurore du grand jour qui s’annonce.Vous continuerez aussi de vous dévouer à l’œuvre de l’éducation catholique, d’en éclairer discrètement la route sous l’œil de l’Église et l’inspiration de la foi, d’en aider tous les légitimes progrès; et lorsque, votre tâche achevée, vous rentrerez dans le silence ou vous déposerez votre plume comme le soldat remet au fourreau son épée, lorsque le Maître suprême de nos destinées vous aura à votre tour retiré de ce monde, votre lumière ne se sera point éteinte dans les ténèbres; il n’en restera sur terre que le sillage brillant, mais elle luira ailleurs et d’un plus pur éclat : Dieu aura allumé un astre nouveau au firmament de l’éternité.Pour nous, que les exemples d’une telle vie devraient encourager au bien, puissions-nous toujours vivre pieux et fidèles au Seigneur, soumis à son adorable volonté, dévoués à l’Église, notre mère, soucieux d’édifier nos frères et de les conduire à Dieu.Alors, quels qu’aient été notre sort et notre condition ou la durée de notre carrière ici-bâs, nous irons un jour célébrer les noces éternelles du bonheur et de la gloire “dans la terre des vivants”.Amen.A midi, M.le Principal de l’École normale convia leurs Excellences Mgr Villeneuve et Mgr Ross, le Surintendant de l'Instruction publique, MM.L.-N.Bergeron, B.-O.Filteau, J.-C.Sutherland, C.-J.Miller, Georges Tremblay, du même département, les membres du Comité d’organisation des fêtes du cinquantenaire, les professeurs de l’École normale, la famille Magnan etc., etc.Au dessert, l’honorable M.Delâge proposa la santé du Jubilaire, dont nous donnons le texte ci-après; M.J.-C.Sutherland, Inspecteur général des écoles protestantes, appuya la proposition du Surintendant.Le dévoué président du Comité, M.J.-Ph.Carneau, offrit en termes délicats une superbe gerbe de fleurs à Mme Magnan et un joli service à thé au Jubilaire.Ce dernier répondit à la santé que l’on venait de présenter en son honneur et évoqua la mémoire de ses anciens professeurs.ALLOCUTION DE L’HONORABLE M.CYRILLE-F.DELACE.SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE, PRONONCÉE AU DINER OFFERT PAR M.LE PRINCIPAL DE L’ÉCOLE NORMALE LAVAL AU JUBILAIRE, A SA FAMILLE ET AU COMITÉ D’ORGANISATION DES NOCES D’OR.Heureux jubilaire, Excellences, (1) Mesdames et Messieurs, C’est un plaisir, un honneur, un avantage que de présider ces agapes fraternelles et d’y être l’interprète des sentiments que vous éprouvez envers celui qui en est l’objet, M.C.-J.Magnan, sentiments de profond respect, de grande admiration et de vive reconnaissance.C’est un plaisir, et comment pourrait-il en être autrement?C’est un bel anniversaire d’une (1) Leurs Excellences Mgr l’archevêque de Québec et Mgr l’évêque de Gaspé. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 629 longue et fructueuse carrière qui se célèbre aujourd’hui, les cœurs sont exubérants de joie, la joie est si communicative, rien d’étonnant que j’en ressente les doux effets.C’est un honneur: La démonstration est imposante, l’Église, l’État, la Famille y prennent part; elle fera époque dans nos annales.C’est un avantage, parce que ce rôle, rôle de président, me permet, me fournit l’occasion de donner une appréciation méritée, de rendre un témoignage public,sincère, à un compatriote ardent, à un concitoyen distingué, à un collaborateur précieux et dévoué, à un bon et fidèle serviteur de la cause de l’instruction publique depuis un demi-siècle dans notre Province.Aussi ai-je été heureux et fier de recevoir votre aimable invitation, de pouvoir me rendre à votre charmante proposition, de saisir une occasion aussi opportune de prouver la sincérité de mes sentiments, de vos sentiments envers un glorieux jubilaire, je dirais mieux, notre glorieux jubilaire.Il est des événements qu’il est bon, qu’il est salutaire de célébrer; des dates qu’il faut profondément graver dans la pierre, les esprits et les cœurs.Le cinquantième anniversaire de l’entrée de M.C.-J.Magnan dans la carrière de l’enseignement est un de ces heureux événements qui ne pouvaient, qui ne devaient passer inaperçus.Grâce à vous, Monsieur le Président du comité exécutif de ces fêtes, grâce à ceux qui vous ont si bien secondé, il est célébré d’une manière grandiose : la date en sera désormais inscrite en lettres d’or dans les annales de la famille, de la société, de notre enseignement primaire.Ce geste vous honore autant que celui à qui il est destiné.Vous deviez, nous devions en dessiner les lignes gracieuses et touchantes.Obéissant à cette noble inspiration, vous donnez la preuve de l’esprit qui vous anime, du cœur qui bat dans votre poitrine.Vos supérieurs, veuillez le croire, sont fiers, sont contents de vous.Certes ce geste vous honore beaucoup, mais il honore davantage celui qui en est l’objet.Il le mérite.Cette manifestation, je n’ai aucune hésitation à l’ajouter, lui était due pour les nombreux et salutaires exemples qu’il a prodigués, les précieux services qu’il a rendus, le lustre que par ses succès, il a jeté sur une noble profession embrassée avec amour, servie avec une indéfectible fidélité et un inaltérable dévouement.Oui, le sous-maître de la petite école de Louiseville, le brillant élève de l’École normale Laval, le jeune professeur du patronage de St-Vincent-de-Paul, le brillant professeur de l’École normale Laval, l’Inspecteur général des écoles primaires, le Visiteur général des écoles normales, l’aviseur pédagogique de tout repos du Département de l’Instruction publique, le directeur et propriétaire éclairé de notre excellente revue, VEnseignement 'primaire, l’ancien président des Sociétés Saint-Jean-Baptiste de Québec et de St-Sauveur, le Président du Conseil Supérieur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, surtout le maître de l’école primaire, arrivé à tous les sommets par le talent, le travail, la persévérance, avait des titres qui ne pouvaient être écartés, ni ignorés, à l’admiration, à la reconnaissance, et nous sommes enchantés de saisir une occasion aussi favorable, joignant notre modeste, mais non moins sympathique voix à celle des représentants les plus autorisés de l’Église et de l’État pour les reconnaître et les proclamer ouvertement.Sous l’empire de ces sentiments, en votre nom, Mesdames et Messieurs, en mon nom personnel, en ma qualité officielle, à l’occasion de ce jour mémorable de son existence, j’offre donc à notre distingué jubilaire mes plus sincères remerciements pour l’œuvre bienfaisante qu’il a accomplie parmi nous, mes plus vives félicitations pour les heureux résultats qu’il a obtenus et mes meilleurs vœux de nombreuses années encore dans les rangs, au service de la cause qui nous est particulièrement chère, ainsi qu’à notre vénération, à l’affection de sa digne épouse et de tous les membres de sa belle famille.A L’ÉCOLE NORMALE DE MÉRICI Dans l’après-midi, ce fut au tour des Dames Ursulines de Mérici de rendre hommage à M.et Mme C.-J.Magnan.A 3.30 heures de l’après-midi, unejolie séance littéraire et musicale réunissaient le Jubilaire et sa famille ainsi que le pe/sonnel de l’École normale des garçons, ayant à sa tête leur dévoué Principal.Les Ursulines de l’École normale assistaient à cette fête, ainsi que Sœur Marie-Adéline et Sœur Misaël, des Sœurs de la Providence.L’honorable M.Delâge, Surintendant, accompagné de Mme Delâge, présidait la séance.Mme Lionel Bergeron, M.J.-N.Miller, Mmes Ph.Garneau et Eug.Badeaux, Mlles Brûlé, MM.les professeurs Tremblay, Brûlé, Tou- 630 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE signant, Garneau, Jobin, Badeaux, Lé to irneau, Gravel et quelques autres personnes étaient aussi présentes à cette fête intime, fête du cœur, marquée au coin d’une distinction exquise.Le programme de la séance de Mérici fut exécuté avec un bon goût parfait.Voici le texte de la belle adresse qu’une élève-institutrice lut au Jubilaire, et à laquelle ce dernier répondit avec une émotion visible.ADRESSE PRÉSENTÉE A M.C.-J.MAGNAN, PAR LES ÉLÈVES-INSTITUTRICES DE L’ÉCOLE NORMALE DES URSULINES, A MERICI, QUÉBEC, LE 12 MAI 1932 Monsieur le Commandeur, L’École normale de Mérici semble favorisée de la Providence.Déjà, trois pontifes l’ont bénie.Aujourd’hui, un grand chrétien veut bien l’honorer en lui laissant prendre sa part aux allégresses d’un cinquantenaire.En effet, il est précieux pour nous l’honneur de mêler l’humble hommage de notre admiration aux concerts de louanges qui, de tout Québec, s’élèvent pour célébrer votre jubilé d’or dans l’œuvre de l’Éducation.Notre joie, nous voudrions vous la redire comme dans l’intime de notre foyer.D’ailleurs, cette maison par tant de liens se rattache à votre personne distinguée, seriez-vous surpris qu’elle veuille faire de ce jour une fête de famille?“Vous êtes né sous l’Étoile de Sainte-Ursule”, avez-vous dit.Et votre tâche de professeur ne s’est-elle pas effectuée, en partie sous le toit des Ursuhnes?En ces heures de souvenirs, qu’il nous soit donc permis, monsieur le Commandeur, de jeter avec vous nos regards vers le passé, un passé lointain et récent, dont toutes les réminiscences sont belles et nobles, inspiratrices de vaillance, de patriotisme et d’esprit de foi.Aux première pages d’un Livre d’Or, qui nous a confié tant de noms vénérables, rayonne une gloire sur votre famille en ce jeune chevalier, déposant son épée au pied de Notre-Dame et jurant de ne s’en servir “que pour la défense du Christ, du roy et de sa dame aymée.Les événements prouveront que je ne faillirai jamais à mon Dieu, ni à mon roy, ni à ma dame”, continue le texte de l’engagement, légué par l’ancienne chronique.Digne rejeton de la vieille souche transplantée en terre canadienne il y a trois siècles, le descendant des du Magué, au soir de sa carrière, peut lui aussi déclarer qu’il n’a jamais failli ni à l’honneur, ni à son pays, ni à son Dieu.S’il n’est plus le temps des croisés qui versent leur sang sur le champ de bataille, l’Église trouve partout ses défenseurs.La croix, ils la portent dans leur cœur; leur arme, c’est la parole, qui souvent remporte de laborieuses et solides victoires.Très digne jubilaire, d’après le conseil du sage, vous êtes-vous chanté à vous-même, parfois, les grandes choses que vous rêviez à vingt ans ?Comme il dut être beau ce poème de votre jeunesse! Pour vous, le mystère d’un sanctuaire abbatial n’abrita pas la veillée des armes qui, jadis, sacrait pour toujours le chevalier, preux et féal.Non, c’est dans la clarté joyeuse de l’école du village que s’alluma le feu sacré qui ne devait plus s’éteindre.En ce petit monde frémissant, vous avez entrevu tout un peuple qui avait faim de vérité.A l’heure même, se fixant, votre idéal vous promettait une vie pleine, forte et lumineuse.Ruisselante de soleil, déjà l’aile du Vieux Moulin avait parlé.Un jour, elle attrista sa chanson.C’était comme l’âme des ancêtres qui, par elle, disait: “Tu ne moudras pas comme tes pères le bon grain de la terre de chez-nous.Va loin d’ici dans le lieu où je veux te conduire.Là, pour tes frères, prépare le froment de la vérité.Plus encore, après avoir nourri de ta parole l’âme des jeunes, travaille à maintenir l’héritage de tes aïeux, l’héritage de là foi et du Doux Parler”.Et l’âme des ancêtres, vibrant aux ailes du Vieux Moulin, avait pris toute votre âme, qui ne vivrait plus que de sa grande idée.Vous étiez devenu le chevalier des temps modernes, l’apôtre laïque tel que l’ont conçu les pontifes de Rome.Au service de votre idéal, vous avez voué un courage invincible et d’incomparables qualités intellectuelles.Grâce à elles, un labeur incessant a fait honneur à la cause de l’Éducation au Canada français.Pour rendre plus fructueuse encore la tâche que s’était imposée votre cœur d’élite, la Providence s’est plu à mettre à vos côtés l’épouse inappréciable dont parle l’Auteur Sacré.En offrant le tribut de nos hommages à madame Magnan, nous serait-il permis de saluer en elle la digne fille d’un précurseur (P, ce héraut d’armes dont les luttes réveillèrent tant d’énergie et tant d’espoir.(1) Feu M.J.-P.Tardivel, fondateur de la Vérité, de Québec. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 631 Gardienne d’un foyer béni, madame Magnan, par un dévouement que double la culture de son esprit, demeure la collaboratrice active, mais à la manière de l’ange, sans se laisser jamais apercevoir.Nous sommes fières aussi de reconnaître en madame Magnan une des élèves les plus distinguées du Vieux Monastère, qui a vu s’épanouir la gracieuse couronne de ses jeunes filles.Soucieuses de répondre à l’éducation familiale qu’elles ont reçue, mesdemoiselles Magnan ont offert un concours généreux au zèle de la charité québécoise.Mieux que personne enfin, l’École normale et les Ursulines, monsieur le Commandeur, ont le droit de se réjouir et le devoir de rendre grâce en ce cinquantenaire.Votre œuvre par excellence, c’est bien l’Œuvre de l’Instruction primaire.Dès votre premier contact avec l’enfance rurale comme professeur, vous avez pressenti la fécondité de l’école du village et du rang.Votre enseignement, pratique et enthousiaste, ouvrait à l’institutrice des horizons nouveaux: rendre l’étude plus facile par des moyens pédagogiques; s’attacher à la terre en y découvrant toute sa richesse et toute sa poésie; apprécier davantage les traditions et les joies saines du foyer.C’était un code de bonheur que vous prêchiez et qui se continue dans ces pages de VEnseignevient Prûnaire, s’en allant, à travers la Province, assurer une meilleure intelligence de son devoir à l’ouvrière de l’étude.A l’amour des traditions, vous avez su joindre le vrai sens du progrès dans l’instruction du peuple.Vos chefs apprécièrent l’homme de son temps: des missions officielles allaient agrandir votre champ d’action et multiplier les influences de votre pensée.Puisant aux sources du savoir et des expériences séculaires, vous reveniez des vieux pays avec des aperçus nouveaux.Votre logique sûre vous permit de mettre en valeur le résultat de vos recherches.Aussi l’Église et l’État, proclamant en vous un vrai fils, récompensèrent l’éminence de vos travaux.Tour à tour, des honneurs vinrent donc s’ajouter au patrimoine d’une famille, déjà riche de dévouement social et religieux, d’une famille qui déjà comptait comme autant de fleurons, des vierges consacrées et des prêtres nombreux.Il serait long ce défilé des titres qui s’imposent à l’admiration de vos concitoyens.N’est-il pas le plus incontestable témoignage de votre grande vie ?Plus que toute autre, la voix de Rome qui vous créait Chevalier Commandeur de l’Ordre de Saint-Crégoire-le-Grand, dut faire battre votre cœur d’ardent chrétien.Cette gloire, réjouissant votre foyer et le large cercle de vos amis, a rejailli sur la nation.Si le Souverain Pontife alors couronna le succès de vos initiatives intellectuelles, ne consacrait-il pas surtout votre état de service dans l’armée de la charité, monsieur le Président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul au Canada ?Prodigue des dons à vous confiés par Notre Père des cieux, vous avez bien mérité de la Patrie et de l’Église.Votre vie, monsieur le Commandeur, prouve que le chevalier d’aujourd'hui, aussi bien que le paladin de l’histoire, porte aux plis de son drapeau, avec la fierté de ses convictions, le courage de les affirmer hautement et de les vivre dans leur pleine beauté.{École normale Laval, Ursulines de Mérici, le 12 mai 1932.APPENDICE AUX NOCES D’OR D’ENSEIGNEMENT DE M.C.-J.MAGNAN I Nous regrettons de ne pouvoir publier tous les témoignages que notre directeur a reçus à l’occasion de son jubilé d’enseignement: Évêques et éminents personnages laïques, religieux et religieuses de tous ordres, inspecteurs, professeurs, institutrices et instituteurs ont bien voulu à cette occasion rendre un unanime témoignage à l’Inspecteur général des écoles normales.Néanmoins, qu’il nous soit permis de consigner ici pour l’histoire les trois témoignages qui suivent: le premier est une lettre de la supérieure de la plus ancienne communauté au pays, celle des Dames Ursulines de Québec; le second renferme les vœux des supérieurs de toutes les congrégations enseignantes d’hommes de la province; le troisième, un message de M.W.P.Percival, Secrétaire anglais du Département de l’Instruction publique et Directeur de l’enseignement protestant dans la Province de Québec.Le Chroniqueur. 632 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LETTRE DES DAMES URSULINES Monastère des Ursulines, Québec, 9 mai 1932.Monsieur le Commandeur C.-J.JMagnan, Inspecteur général des Écoles normales de la Province.Monsieur le Commandeur, Votre belle et féconde carrière se dore de nouveaux rayons, et vos amis, qui sont légion, s’unissent dans un même concert de vœux et de félicitations, heureux de vous prouver leur estime et sincère vénération.Notre communauté, qui a pu apprécier votre entier dévouement à la grande cause de l'éducation, se réjouit de l’honneur qui rejaillit sur votre bien aimée famille comme sur tout le corps enseignant, jdont vous êtes, Monsieur l’Inspecteur général, l’une des gloires les plus pures.Notre École normale, qui évolue, aujourd’hui, dans une sphère plus propice à son développement, continue d’être l’objet de vos délicates attentions, et nous savons avec quel enthousiasme religieuses et élèves acclameront les Noces d’or d’enseignement de celui qui ne leur a pas ménagé les preuves de son inépuisable bienveillance à leur égard.Au sein du cloître séculaire, nous nous unirons à l’allégresse générale et prierons le ciel de vous continuer, très honoré Monsieur, sa céleste protection et ses divines faveurs.Une communion générale, messe, rosaire et prières ferventes composeront notre gerbe de fleurs spirituelles, offertes de grand cœur avec nos hommages respectueux, nos souhaits multiples et l’humble tribut de notre profonde gratitude pour tous les services rendus à notre maison pendant une large partie de votre carrière, avec ce désintéressement qui caractérise les grandes âmes.Que vos jours soient encore longs et que la riche couronne, que vous a méritée une vie exemplaire, voie des brillants fleurons s’y ajouter sans cesse, mêlés aux ors et aux diamants! Veuillez nous croire avec une estime que les années n’ont fait que grandir.Monsieur l’Inspecteur et vénéré ami, Vos très respectueuses, La Supérieure et sa Communauté.LETTRE DES SUPÉRIEURS DES CONGRÉGATIONS ENSEIGNANTES D’HOMMES A Monsieur C.-J.Magnan, Inspecteur général des Écoles normales, Québec.Monsieur l’Inspecteur général, Les Supérieurs de congrégations enseignantes d’hommes sont heureux de joindre leurs félicitations et leurs hommages à ceux que vous recevez de toutes parts à l’occasion du cinquantenaire de votre entrée dans l’enseignement.Une telle carrière, consacrée au service de la jeunesse et à la formation intellectuelle et morale de plusieurs générations, est bien de nature à exciter l’admiration de tous et, en particulier, des religieux qui se dépensent à la même œuvre et apprécient les efforts que vous avez accomplis.Pendant ces cinquante ans, n’avez-vous pas eu le souci constant d’inspirer à tous vos élèves et à des générations de maîtres, un idéal très noble et une grande fidélité à leur tâche quotidienne?N’avez-vous pas été pour tous l’exemple de l’application continuelle au devoir, du sens pédagogique et de la dignité chrétienne?Les sacrifices que vous vous êtes imposés pour faire de T'‘Enseignement Primaire” une revue utile à tous égards méritent aussi notre reconnaissance.Et depuis que la confiance de vos chefs vous a placé à la direction des écoles primaires et des écoles normales, vous avez déployé, sur un terrain encore plus vaste, la même ardeur et le même zèle.Toutes nos congrégations enseignantes ont eu l’occasion, à maintes reprises, de constater l’intérêt que vous manifestez à leur œuvre qui vous est bien connue depuis longtemps et à laquelle vous avez toujours donné le précieux concours de votre sympathie, de votre parole et de vos écrits.Et si nous ajoutons à cette activité dans le domaine de l’enseignement le travail accompli à la tête des Conférences de Saint-Vincent de Paul, l’infatigable bonté que vous témoignez à tous ceux qui font appel à vous, nul ne sera étonné de la joie qu’ont provoquée chez tous les démonstrations qui ont marqué vos cinquante_ans de vie consacrés à la formation de la jeunesse.Veuillez agréer, Monsieur l’Inspecteur général, nos souhaits de santé et de longue vie au service de l’éducation et accepter le modeste cadeau que vous offrent, au nom de leurs congré- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 633 gâtions respectives, les Supérieurs soussignés.Ce geste, si humble soit-il, vous redira l’estime et le respect que vous conservent les communautés qui ajoutent à cette offrande l’expression de leurs prières et de leurs vœux pour que longtemps encore vous occupiez le poste que vous ont confié les autorités scolaires de notre Province et où vous avez toujours fait preuve de tant de dignité et de compétence.Vos tout dévoués et reconnaissants serviteurs.Les Frères des Écoles chrétiennes, par Fr.Martial Paulin, district de Montréal.Frère Nivard-Josephus, I.-E.C., visiteur, district de Québec.J.Latour, asst, sup prov., Clercs de Saint-Viateur.Alfred Charron, c.s.c., provincial, par J.-A.Clément, c.s.c., ass.-provincial de la Congrégation de Sainte-Croix.Frère Frémond, sup.prov.des Frères de la Charité.Frère Ulric, provincial des Frères du Sacré-Cœur, Arthabaska.Fr.Lucius, provincial des FF.du S.-C., St-Hyacinthe.Fr.Jules-Adrien, provincial des FF.Maristes.Fr.Denis-Antoine, visiteur des F.I.C., Laprairie.Fr.Hipparque, visiteur des Frères de l’Inst.chrétienne, Pointe-du-Lac.Fr.Elzéar, provincial des Frères de St-Gabriel.TÉLÉGRAMME DE M.W.P.PERCIVAL, SECRÉTAIRE ANGLAIS DU DÉPARTEMENT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DIRECTEUR DE L’ENSEIGNEMENT PROTESTANT Stanbridge, Que., May llth, 1932.Dr.C.J.Magnan, Care of Rector of Laval University.Your protestant friends join in sincere expressions of good will upon the occasion of your fiftieth professional anniversary celebrations.W.P.Percival.II Échos de la presse (Le “Devoir” du 10 mai 1932) Un cinquantenaire.—Ce n’est pas toujours que l’on fête un cinquantenaire d’enseignement; ce n’est pas tous les jours qu’on le fête avec l’éclat qui sera donné demain et jeudi au jubilé de M.C.-J.Magnan, l’inspecteur général des écoles normales de la province.Et le fait mérite qu’on le souligne particulièrement,—en attendant le jour où nous pourrons griffonner quelques souvenirs sur la personne de cet éducateur-né.On reste étonné que l’homme dont on célèbre les cinquante années d’enseignement soit encore en pleine activité de service, qu’il parcoure la province de Gaspé à Ville-Marie et à Mont-Laurier et que la fête de demain s’insère entre deux inspections officielles.C’est que M.Magnan, dont les années n’ont guère affecté les forces, a débuté dans la carrière à peine adolescent, comme assistant d’un vieux maître d’école d’origine suisse, M.Deléglise.M.Deléglise, qui enseignait à Louiseville, au comté de Maskinongé, était un ancien élève d’école normale européenne, et M.Magnan, qui devait plus tard passer par l’École normale de Québec, ne manque jamais de rendre hommage aux vieux maître qui, dans l’intimité de la petite école de Louiseville, lui fit part des principes et de l’expérience qu’il appliquait quotidiennement.Les fêtes de Québec sont d’abord, et sans doute, un hommage à un grand éducateur; elles sont ensuite un hommage à la profession même dont il est l’un des plus dignes représentants.Ce dernier point aussi valait la peine d’être souligné.O.H. 634 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE (De la “Presse” du 7 mai 1932) Les admirateurs de M.C.-J.Magnan, inspecteur général des écoles normales catholiques de la Province de Québec, se préparent à le fêter à l’occasion du cinquantenaire de son entrée dans la carrière de l’enseignement.L’éminent éducateur québécois a certes mérité ce témoignage de sympathie.La tâche qui consiste à instruire la jeunesse et à former des professeurs compétents est de celles qui exigent un dévouement sans bornes.M.Magnan s’y est consacré de tous ses talents et de toutes ses énergies.Il est juste qu’on sache le reconnaître.(Du “Droit” du 14 mai 1932) M.C.-J.Magnan.—Bien que notre journal ait déjà offert à M.C.-J.Magnan ses plus respectueux hommages à l’occasion du 50e anniversaire de son entrée dans l’enseignement, il y a plaisir aujourd’hui à s’unir de nouveau au concert de gratitude qui s’élève sans cesse vers un compatriote d’un mérite aussi éclatant.Il y a quelques heures, dans la salle des promotions de l’Université Laval, Québec, l’inspecteur général des écoles normales de la province était le héros d’une manifestation quelque peu extraordinaire.Cinq évêques, le premier ministre de Québec, les plus hauts dignitaires du gouvernement et du clergé célébraient en M.Magnan le professeur consciencieux, le maître autorisé, le chef vigilant et habile.Il a été, disait justement l’un des orateurs de la soirée, un modèle d’instituteur et une lumière qui guide.M.C.-J.Magnan ne manquait pas de titres pour susciter, à l’occasion de son jubilé, d’unanimes mouvements d’admiration.Chez lui, la personnalité a été, avec un égal bonheur, au service de la patrie et de l’Église.Personne n’ignore, ici comme ailleurs, avec quelle intrépide fierté M.Magnan a défendu la cité confiée à ses talents: nos petites écoles.Directeur d’une revue pédagogique, il n’a jamais manqué d’inspirer à ses subordonnés, en même temps que les plus lumineux principes de l’éducation, l’amour pratique des choses canadiennes.Enfin, comme apôtre social, son œuvre embrasse toutes les activités charitables de notre époque, au point qu’il s’est comme incarné en l’homme de sa pensée: Ozanam, père des pauvres; allez à Québec et vous ne verrez pas sans émotion avec quel respect les foyers indigents prononcent le nom du président de la Saint-Vincent de Paul.Pour nous de l’Ontario, l’histoire dira quelle somme de gratitude nous devrons toujours à cet ami particulièrement secourable en nos temps d’épreuve.Toute la vie de M.C.-J.Magnan, d’une remarquable unité dans la diversité, devrait être proposée en exemple à la jeunesse canadienne.V.B.Dr C.J.MAGNAN (Du “The Educational Record” of the Province of Quebec, April-May-June, 1932) The University of Montreal has conferred the honorary degree of Doctor of Pedagogy (Doctorat en Pédagogie) upon Mr.C.J.Magnan, Inspector General of the Catholic Normal Schools of the Province, and previously Inspector General of the Catholic Primary Schools.|m We extend our warmest congratulations to Dr.Magnan on this well deserved honour, who sa teacher, as professor, as Inspector General and as Editor of L’Enseignement primaire, has a fine educational record to his credit, covering many years.Au point de vue de l’élève, la méthode est l’art d’étudier; au point de vue du maître, c’est l’art d’enseigner.On ne s’occupe généralement que de la dernière; c’est un tort.* * * Comprendre c’est bien; s’assimiler c’est mieux. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 635 METHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUÉE A L’ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE ET A L’ÉCOLE NORMALE (Pour VEnseignement Primaire) L’horreur du néant et le besoin de Dieu (FRANÇOIS DE CUREE: La Nouvelle Idole, II, 5.) Si l’œuvre de François de Curel est parfois discutable, du moins s’est-il plu à étudier les problèmes qui s’imposent à tout homme qui réfléchit.Ainsi, dans la Nouvelle Idole (la nouvelle idole, c’est la science) met-il un savant incroyant aux prises avec le problème de la destinée.La page est fameuse, où Albert Donnât confesse son angoisse.Aussi la citerons-nous tout entière, malgré sa longueur.Nous en serons quitte pour nous en tenir à l’essentiel.* * * Le néant, pouvez-vous y penser sans frémir?Oh! ne dites pas que oui! On croit cela de loin! Je connais la gloire.J’ai eu des heures de triomphe telles que si, dans ma jeunesse, on me les avait annoncées, je me serais écrié: “Après cela, je pourrai mourir!” Il m’est arrivé il n’y a pas longtemps, je vous dirai comment, de me poser le canon d’un revolver sur la tempe, avec la résolution d’en finir.Je sais jusqu’où peut aller l’horreur du néant! Voyons, nous sommes l’un et l’autre bien pénétrés du grand principe de la science moderne, qu’à toute fonction correspond un objet qui lui est adapté.L’œil implique l’existence de la lumière, le poumon l’existence d’une atmosphère respirable.Soyons logiques: ce formidable besoin de survivre qui émane du jeu de nos organes suppose forcément une survie.Pauvre roseau pensant, dont les racines s’enfoncent désespérément à la recherche d’un sol éternel, de quel droit vous, darwiniste convaincu, lui refusez-vous l’éternité?.Ma raison, ma raison de savant proteste.Et puis, quand elle approuverait.Ma raison.Ce qu’elle montre le mieux, c’est la profondeur des ténèbres où nos regards se perdent.Heureusement, elle n’est pas mon seul moyen d’investigation.J’ai une imagination, j’ai un cœur, mon être est relié au monde par toute une trame frissonnante qui peut me renseigner mieux que ma raison.Dans la vie, est-ce elle qui vous conduit aux vérités les plus précieuses?Est-ce elle qui vous montre le bonheur dans le regard d’une femme?Les grands mots qui gouvernent tout: la gloire, l’honneur, est-ce la raison qui les souffle à notre oreille?Pasteur n’était pas un savant vulgaire, j’imagine, pourtant sa raison s’inclinait devant sa foi.Pourquoi voulez-vous que la mienne, parce que je ne crois pas en Dieu, se déclare satisfaite ?Trouvez-vous que sans Dieu l’énigme du monde soit simplifiée?Moi, pas.Et alors le problème vient m’assaillir de tant de manières! Ainsi, au mois de mai dernier, pendant le séjour que j’ai fait dans ma propriété du Dauphiné, j’allais souvent m’asseoir au bord d’un étang ordinairement couvert de superbes nénuphars blancs.Cette année, à cause de la fonte des neiges qui a été tardive, le niveau d’eau est resté longtemps très élevé et les nénuphars, dont la tige est relativement courte et qui ne poussent que sur les bas-fonds, ne parvenaient pas à percer.Ôn voyait, sous une mince couche d’eau, des centaines de boutons à couture blanche, pareils à de petites têtes au bout de longs cous tendus, oh! mais tendus à se rompre! tous les 636 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE jours les tiges s’allongeaient, mais s’effilaient en même temps.Je voyais mes plantes à la limite de l’effort.Leur désir de vivre avait quelque chose d’héroïque.Je disais au soleil qui les attirait: “Soleil, triompheras-tu ?.” Et puis, je voyais l’eau qui ne diminuait pas assez vite et je tremblais: “Ils n’arriveront pas! Demain, je les verrai morts sur la vase.A la fin, le soleil a triomphé.Avant mon départ, toutes les belles fleurs de cire s’étalaient sur l’eau.—Voyez-vous, mon petit, devant cela, je n’ai pu me défendre de réfléchir.Vous, moi, tous les chercheurs, nous sommes de petites têtes noyées sous un lac d’ignorance et nous tendons le cou avec une touchante unanimité vers une lumière passionnément voulue.Sous quel soleil s’épanouiront nos intelligences lorsqu’elles arriveront au jour?.Il faut qu’il y ait un soleil! COMMENTAIRE LITTÉRAL Le néant: exactement, le non-être.Etymologie d’ailleurs incertaine.Canon: tube à lancer des projectiles, d’où les expressions canon de fusil, canon de revolver.— Un revolver est une espèce de pistolet à culasses tournantes (cf.le latin volvere, tourner).En finir: avec la vie, se débarrasser de la vie.Horreur: répulsion violente avec frémissement ou frisson.Fonction: action propre à chacun des organes d’un être vivant : fonction respiratoire, ambulatoire, etc.Correspond: est en rapport de conformité naturelle.Adapter: réunir un objet à un autre qui lui est approprié.Impliquer: exactement, envelopper, contenir; d’où être inséparable de, exiger nécessairement._ Soyons logiques: Le substantif logique désigne l’art de bien raisonner.L’adjectif logique désigne ce qui est conforme à cet art du raisonnement.Formidable besoin: Exemple très curieux de la façon dont s’affaiblit le sens de certains mots.Formidable signifie exactement menaçant, redoutable.Dans la conversation il n’est plus que le superlatif de grand, employé un peu à tort et à travers.Émaner: 1° s’échapper d’un corps par particules impalpables; 2° Procéder de, découler de.Jeu: fonctionnement régulier.Suppose forcément une survie: 1° suppose=exige la réalité de; 2° forcément=nécessairement; 3° survie=une vie qui suive la mort.Roseau pensant: Les deux mots célèbres par lesquels Pascal définit l’homme avec sa faiblesse physique et la 'dignité de sa raison.Un sol éternel: où il puisse s’attacher et vivre pour toujours.Darwiniste: partisan du naturaliste Darwin, qui, justement, affirme qu’à tout besoin naturel de l’être vivant doit correspondre quelque chose qui le satisfasse.Proteste: réclame contre, s’inscrit en faux contre (s.e.l’existence de l’éternité).Et puis, quand elle approuverait: 1° Et puis, marque la progression du raisonnement.— 2° quand, etc.cette apparente temporelle est, au vrai, une hypothétique, comme l’indique d’ailleurs le mode conditionnel.—3° il y a elüpse de la proposition principale: quelque chose comme cela ne prouverait rien.Investigation: recherche suivie, attentive, pour ainsi dire à la piste {vestigium, trace).Heureusement: cet adverbe suppose toute une proposition: ce qui est heureux, c’est que.Relier: rattacher à, on voit comment est né le sens technique (reher, reliure).Trame: sens figuré, ce qui se déroule comme un fil.Frissonnante: que les_ moindres vibrations mettent en mouvement.Qui gouverne tout: qui font agir les hommes.Un savant vulgaire: un savant du commun, médiocre.J’imagine: simple équivalent de je pense, forme atténuée de l’affirmation.Sans Dieu: pour qui ne croit pas en Dieu.Enigme: ici, problème mystérieux, presque insoluble.Moi, pas: moi, je ne trouve pas.Assaillir: attaquer brusquement et comme par bonds.Nénuphars: plante aquatique, de la famille des nymphéacées.Boutons à couture blanche: Sous les feuilles vertes encore fermées, en bouton, perçait, comme une couture, la mince ligne blanche de la fleur.Oh! mais: marque l’accentuation, le renforcement de l’image.S’effiler: devenir mince comme un fil.A se rompre: forme fréquente de la proposition consécutive.Ex.: malade à mourir.A la limite de l’effort: s.e.possible pour elle.Héroïque: qui dépasse presque les forces humaines.Les fleurs de cire: le nénuphar ressemble à la cire par sa couleur et par sa consistance.S’étalaient: se développaient en s’étendant.Me défendre de: m’empêcher de. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 637 Voyez-vous: façon familière d’attirer l’attention.Une lumière: spirituelle, la vérité.Sous quel soleil, etc.Tous ces mots figurés établissent une comparaison suivie entre les nénuphars qui aspirent au soleil, et l’esprit de l’homme qui aspire à la lumière d’En-Haut.Il faut, etc.: C’est plus qu’un désir, c’est une exigence, l’affirmation d’une nécessité.ANALYSE LITTÉRAIRE Le discours qu’on vient de lire est, dans la pièce, particulièrement pathétique.Pour se punir d’une erreur professionnelle et pour servir jusque dans la mort, le docteur Albert Donnât vient de s’inoculer le virus du cancer.Exécution à échéance lointaine mais inévitable.C’est alors que se pose devant lui le problème de l’au-delà; la chute dans le néant ou l’entrée dans l’immortalité.Comment et pourquoi il se détourne de l’un avec horreur, pour aspirer à l’autre de toutes ses forces, c’est ce qu’il explique à un de ses collaborateurs, savant comme lui, et comme lui, plus que lui, incrédule.L’immortalité est un besoin de l’âme, voilà sa thèse.Logique, sentimentale et poétique, voilà le triple caractère de sa démonstration.Il part d’un fait, indiqué un peu plus haut: “la question de l’Infini le tourmente”.Problème intellectuel, d’abord; puisque nous ne pensons que par généralisation et abstraction (1), c’est-à-dire en élargissant tout jusqu’à l’infini.Problème sentimental ensuite.Donnât a déjà vu la mort en face.Elle ne l’a pas effrayé, par elle-même; mais en acceptant de mourir il n’a pas admis que la mort le jetât au néant.Le néant lui fait “horreur”, proprement.Partant de ces deux faits (voilà bien la démarche positive du savant), partant surtout du second, il va en déduire les conséquences naturelles, nécessaires.Pour cela, il s’appuie sur un autre fait constaté par l’expérience universelle, et donc promu à l’état de principe, de loi: “à toute fonction correspond un objet qui lui est adapté”.De ce principe, il apporte des exemples: l’œil implique l’existence de la lumière, le poumon l’existence d’une atmosphère respirable”.De ce principe, il tire une conséquence “logique” : “ce formidable besoin de survivre qui émane du jeu de nos organes suppose forcément une survie”.Impossible de raisonner plus corretement.Non que la démonstration ne prête à aucune objection.La raison, par exemple, ne s’incline pas sans protester, il l’avoue spontanément.Mais Donnât n’accepte pas plus cette protestation qu’il n’accepterait une approbation de même origine; et c’est l’autorité universelle de la raison qu’il conteste maintenant, c’est son privilège qu’il refuse d’admettre: “Ma raison!.Ce qu’elle me montre le mieux, c’est la profondeur des ténèbres où nos regards se perdent.Heureusement, elle n’est pas mon seul moyen d’investigation.J’ai une imagination, j’ai un cœur, mon être est relié au monde par toute une trame frissonnante qui peut me renseigner mieux que ma raison”.Ainsi s’affirme le caractère sentimental, et pascahen, de la démonstration.Curel n’accepte pas que certaines vérités n’intéressent que notre esprit; celles qui commandent toute notre vie, celles qui importent à tout notre être, ne peuvent pas n’être que rationnelles.A leur étude, à leur découverte, doivent pouvoir participer toutes nos puissances, morales, sentimentales même, autant qu’intellectuelles.Cela importe non seulement à notre bonheur, mais à la noblesse, à la fécondité de notre existence: “Dans la vie, est-ce elle (la raison) qui vous conduit aux vérités les plus précieuses ?.Les grands mots iJifi gouvernent tout : la gloire, l’honneur, est-ce l’honneur qui les souffle à notre oreille?.”—Élargir ainsi le problème, ce n’est pas le fausser, mais en marquer la complexité délicate en même temps que l’importance pratique.Enfin, deux arguments brièvement indiqués mais efficaces.Un argument d’autorité d’abord: “Pasteur n’était pas un savant vulgaire, j’imagine; pourtant sa raison s’inclinait devant sa foi.Pourquoi voulez-vous que la mienne, parce que je ne crois pas en Dieu, se déclare satisfaite ?”.— Puis, l’aveu du mystère indéchiffrable pour tous, même aux incroyants.“Trouvez-vous que, sans Dieu, l’énigme du monde soit simplifiée?—Moi, pas.” Toute cette démonstration est forcément rapide.—Nous sommes au théâtre, ne l’oublions pas.—; elle peut prêter à des objections (mais la vérité morale n’est pas la vérité mathématique); elle n’en est pas moins logiquement conduite, en même temps qu’on y sent la passion d’un homme pour qui, la question posée est proprement une question de vie ou de mort.C’est donc bien une démonstration dramatique.Dramatique, elle le reste encore au moment où elle devient plus spécialement poétique.Voici, en effet, qu’évoquant un souvenir récent, Donnât développe une comparaison au point d’en faire un symbole magnifique, et qui fut célèbre dès le premier jour.Car il fait mieux que trouver une image juste et expressive; celle des nénuphars qui tendent au soleil comme les hommes à la vérité.Cette image, il la rend dramatique, en mettant ses fleurs aux prises avec une force hostile (la couche d’eau trop épaisse), en leur prêtant à elles-mêmes des sentiments humains, une volonté douloureuse, un entêtement héroïque; en s’intéressant lui-même à leur lutte pour la vie, en participant à leurs émotions, en déplorant d’avance leur défaite ou en sollicitant, par ses prières, leur victoire.Et quelle joie, quel apaisement quand “le soleil a triomphé”, quand “les belles fleurs de cire se sont étalées sur l’eau”! 638 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais si belle qu’elle soit en elle-même, l’image, avons-nous dit, offre surtout une valeur de symbole.De fait, avec un singulier mélange de simplicité familière {Voyez-vous, mon petit.) et de gravité émue, Donnât dégage de sa comparaison sa signification humaine: “Vous, moi, tous les chercheurs, nous sommes de petites têtes noyées sous un lac d’ignorance, et nous tendons le cou avec une touchante unanimité vers une lumière passionnément voulue.Sous quel soleil s’épanouiront nos intelligences lorsqu’elles arriveront au jour?.Il faut qu’il y ait un soleil!” Conclusion doublement émouvante, et par l’aveu modeste de son incertitude, et par son impérieuse exigence: “Sous quel soleil s’épanouiront nos intelligences lorsqu’elles arriveront au jour?.Il faut qu’il y ait un soleil!.” * * * Ce morceau, on le voit, est surtout remarquable par le mouvement; je veux dire par l’aisance avec laquelle la pensée se meut sur les plans les plus divers, passant de la logique à la psychologie, de l’abstraction au sentiment, des principes aux faits, de tout cela à la vision poétique pour revenir à l’expression d’un sentiment passionné; mouvement encore, le frémissement perpétuel qui circule dans l’argumentation proprement dite, dans l’énoncé d’un fait, comme dans les confidences passionnées .Quant au style, il se prête peu aux commentaires.Exact et souple, il prend tour à tour le caractère abstrait ou positif qu’exige le raisonnement.Il évite soigneusement le pédantisme ou l’éloquence.Il affecte volontiers une simplicité familière {Moi, pas.—Voyez-vous, mon petit.).Mais la qualité de la pensée le préserve aussi de toute vulgarité.Çà et là, une image rapide et noble illumine toute une phrase: “Pauvre roseau pensant, dont les racines s’enfoncent désespérément à la recherche d’un sol éternel”.Ailleurs, c’est un trait pittoresque : “on voyait.des centaines de boutons à coutures blanches.”—Ou encore: “Les belles fleurs de cire s’étalaient sur l’eau”.— Mais surtout quand la pensée s’est faite image, symbole, le style s’adapte à toutes les exigences d’une comparaison à la fois exacte, pittoresque et vivante.Les mots sont chargés d’une double signification, et tout en évoquant l’objet propre dont ils sont le signe, en révèlent un second qui s’y adapte exactement sans se confondre avec lui.A ce point de vue, la dernière phrase, déjà citée, est d’une particulière perfection: “Vous, moi, tous les chercheurs, nous sommes de petites têtes noyées sous un lac d’ignorance, et nous tendons le cou avec une touchante unanimité vers une lumière passionnément voulue”.Reprenez en effet la phrase des nénuphars, vous verrez le parallélisme sans rigueur, et l’expressive correspondance: “On voyait, sous une mince couche d’eau, des centaines de boutons.pareils à de petites têtes au bout de longs cous tendus, oh! mais tendus à se rompre”.Ne croyez pas, pour autant, que Curel ait cherché cette équivalence des mots, ces balancements analogues de la phrase.Seule l’unité d’inspiration a créé cette similitude des images et du rythme.Car, plus qu’un styliste appliqué, Curel est un psychologue, un moraliste passionné qui trouve le grand style avec les grandes idées.Gaillard de Champris.L’ÉDUCATION DU PATRIOTISME Ce que représente la Province de Québec dans la vie et dans la tradition canadiennes Deuxième partie (1) Et pourquoi n’ajouter pas ici, au moment où dans notre province s’agitent des problèmes de haut enseignement et d’éducation intellectuelle de notre race, que c’est à Québec que furent instaurées d’abord les disciplines scolastiques et classiques qui, sur le vieux continent, au 13ème siècle, puis au 16ème et au ITème, avaient ordonné, clarifié, décuplé, illustré les forces natives du génie français.Québec tient à garder ces disciplines qui se sont incorporées à notre esprit; il ne veut pas les laisser s’affaiblir, ou perdre leur vertu,- en les mutilant, en les découronnant.Sans doute l’Univer- (1) Voir VEnseignement Primaire de mai 1932. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 639 sité Laval ne veut pas ignorer les besoins nouveaux, les exigences de notre temps; elle ne se refuse pas à modifier ce qui est et doit être modifié.Les conditions intellectuelles du 20ème siècle ne sont pas celles du 17ème, mais s’il y a des modifications à faire, accidentelles, dans nos programmes de formation, l’essentiel, c’est-à-dire la discipline spirituelle gréco-latine doit y subsister.Et nos actuelles inquiétudes doivent se rapporter bien plus à des questions de méthode qu’à des questions de programme, bien plus à des questions de compétence pédagogique qu’à des questions de système éducationnel.Québec veut rester, sur ce point, centre et foyer de progrès spirituel.Il a superposé à son enseignement classique une École normale Supérieure; c’est-à-dire un laboratoire de formation qui a trop longtemps manqué à nos éducateurs canadiens, et où pourrait se ranimer, se raviver, s’affermir la flamme trop souvent vacillante de nos disciplines intellectuelles.Voilà, Mesdames et Messieurs, comment Québec prétend être en notre Canada la cité spirituelle; voilà ce que signifie dans notre tradition nationale l’idée spirituelle.Mais je tiens à l’ajouter sans retard: cette idée spirituelle n’exclut pas, à Québec, le souci des nécessaires intérêts temporels.Nous supportons bien qu’on appelle encore quelquefois Québec l’Athènes du Canada—même si on accompagne la formule d’un pratique sourire—-mais à la condition qu’on se souvienne que l’Athènes de Périclès était aussi pratique que Sparte, et qu’à l’occasion elle savait butiner sa fortune sur tous les rivages asiatiques.N’est-ce pas hier encore qu’un de nos principaux hommes d’affaires de Montréal, le très distingué M.Beaudry-Léman, président de l’Association des Banquiers Canadiens, déclarait au Château Frontenac que c’est à Québec, c’est aux sources limpides et réconfortantes de Québec, qu’il faut en nos jours de dépression générale venir retremper son optimisme économique et sa confiance en l’avenir ?Mesdames et Messieurs, s’il importe de remettre en lumière l’idée spirituelle de notre tradition canadienne, c’est que l’autre idée, qui radicalement s’y oppose, l’idée matérielle ou matérialiste veut partout aujourd’hui se substituer à l’idée spirituelle, et qu’aujourd’hui par tous les moyens de propagande dont elle dispose, et même par la radio, elle tend à couvrir le Canada de sa confortable et déprimante influence.On accuse souvent le matérialisme d’être d’origine américaine.Au fait, je ne serais pas étonné qu’il eût pris naissance dans l’un ou l’autre des royaumes millionnaires du pétrole, de l’acier, ou du coton.Ce qui est sûr, c’est que le matériahsme américain a toute l’envergure de l’aigle, c’est qu’il rivalise avec l’étoile; c’est qu’il fait passer trop souvent sur la lumière de l’astre une ombre pesante, et qu’il menace d’envahir de ses grossières vapeurs tout le firmament spirituel de l’humanité.Ce qui est sûr encore, et je m’empresse de l’ajouter, c’est que ce matérialisme est international, c’est qu’il a des connivences partout où il y a des passions humaines; c’est qu’il est humain autant et plus qu’américain; et ce qui est sûr, enfin, c’est que ce matérialisme, auquel on attribue de si riches origines, n’a pas dédaigné de devenir canadien.Et c’est pourquoi l’idée spirituelle ne doit pas cesser de briller sur le rocher de Québec; et c’est pourquoi Québec, le Canada Français, avec toutes ses traditions de foi religieuse, d’ordre moral, de discipline intellectuelle, est appelé peut-être à sauver du matérialisme le Canada tout entier.C’est sa vie spirituelle qui maintient à Québec, à son haut niveau, la natalité des familles; c’est sa vie spirituelle qui lui fait répugner au divorce des époux; c’est sa vie spirituelle qui le fait lutter tous les jours, avec de très variables succès, contre le cinéma vulgaire et corrupteur, contre le théâtre immoral et dissolvant, contre la littérature du grossier plaisir, ou de l’impiété; c’est sa vie spirituelle qui lui fait rappeler sans cesse à toutes les classes de la société, que si toute vie humaine tend à s’épanouir dans le bonheur, toute vie humaine, marquée d’une blessure originale, comporte de nécessaires sacrifices; et que c’est dans les sacrifices acceptés, dans la modération des jouissances, dans l’équilibre matériel des fins et des moyens, dans l’observation des lois régulatrices de l’Évangile, que se trouve, pour toutes les classes, la solution des irritantes questions sociales.Et c’est peut-être aussi à cause de sa vie spirituelle elle-même, et de son action profonde en tous les domaines de la vie publique, que Québec, je veux dire ici la Province de Québec, occupe dans notre Canada politique, une place, la plus haute, la plus enviée, celle-là qui fait de Québec la province-type de l’ordre, de la santé morale, de la prospérité. 640 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais je ne veux pas finir sur une note d’optimisme intégral.Je sais trop combien de dangers, courent à Québec, et dans la province, la pensée spirituelle et la vie morale.Je sais trop jusqu’à quelle profondeur sont entamées, par le naturalisme ou le matérialisme, nos plus précieuses traditions.Je ne voudrais pas faire paraître Québec sur son rocher, semblable à une Minerve intacte sur son acropole.S’il y a de la poésie qui flotte encore autour de notre citadelle, ce n’est pas de la poésie pure.Il s’y ajoute des éléments hétérogènes qui voudraient bien capter sa vertu et l’abolir.Mais Québec se doit à lui-même de surveiller l’atmosphère de ses sommets; d’en éliminer les germes de mort, d’y faire circuler toujours les souffles de vie.Il y va de sa destinée et de la destinée de tout notre Canada.Québec a pour devise de se souvenir; et c’est pourquoi, c’est mon dernier mot, Québec veut rester fidèle à sa grande tâche et travailler à assurer toujours chez lui, dans notre province, dans tout notre pays, la primauté du spirituel.” Mgr Camille Roy, P.A.L’HISTOIRE NATURELLE A L’ÉCOLE PRIMAIRE L’abeille (suite) (1) Les ouvrières Les abeilles ouvrières sont les plus petites et les plus nombreuses de la ruche.Ce sont des femelles dont les organes de reproduction sont atrophiés au point de les rendre stériles.Chez elles, l’instinct sexuel est remplacé par un vif désir de travailler au bénéfice de la communauté.Elles ne vivent que pour le travail et sont organisées en conséquence.Chaque individu connaît parfaitement le rôle qu’il doit remplir et il s’en acquitte d’une manière si parfaite que nous sommes souvent tentés de leur prêter l’intelligence, alors que leur habileté ne provient vraiment que de l’instinct, ce sentiment intérieur indépendant de la réflexion et grâce auquel les animaux exécutent certains actes sans qu'ils aient la notion de leur but.Les abeilles, à l’état sauvage, se construisent une demeure soit dans le creux d’un arbre, dans les interstices d’un rocher ou d’un mur ou encore la suspendent à la branche d’un arbre.Dans chacun de ces cas, les rayons sont disposés perpendiculairement et suspendus au plafond du logis.Un espace est ménagé entre chacun d’eux pour permettre aux abeilles de circuler librement sur les cellules.LA RUCHE A l’état domestique, ces insectes habitent des ruches de différents modèles.Il y a la ruche à rayons fixes à un ou deux compartiments; elle est encore très commune en Europe, mais de plus en plus rare au Canada où elle a été remplacée par la ruche à rayons mobiles.Cette dernière comprend deux parties principales dont l’une est réservée au nid à couvain et l’autre aux rajmns de miel à prélever.Elle permet de déplacer les cadres sans les détériorer, lorsqu’il s’agit de se rendre compte de l'état de la colonie, et d’avoir de beaux gâteaux de miel faciles à enlever.Les abeilles bâtissent les rayons sur les cadres mobiles, lesquels sont disposés parallèlement, et légèrement espacés pour permettre la libre circulation.La structure d’un rayon peut, à juste titre, être considérée comme une des merveilles de la nature.On y voit, disposées par rangées, des cellules ou alvéoles hexagonales dont les parois mesurent à peine trois millièmes de pouce d’épaisseur et qui sont construites de manière à assurer le maximum de résistance avec le minimum de matériel de confection.Les calculs des mathématiciens et des ingénieurs ont démontré qu’il était impossible de donner à une cellule une forme, des dimensions et une disposition plus parfaites aux points de vue solidité et capacité.De plus, et ceci est un autre exemple de l’instinct merveilleux de ces insectes, il y aura parfois de légères variations dans les dimensions des cellules, afin que ces dernières remplissent, sans laisser aucun vide, le rayon entier.Depuis un grand nombre d’années déjà, les apiculteurs font usage de cadres mobiles, à fondation de cire gaufrée portant sur les deux faces des empreintes analogues à celles qui forment le fond (1) Voir VEnseignement Primaire de mai 1932. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE UNE REINE ENTOUREE DE SA COUR O RAYONS DE MIEL MMMMMWr « •-' J ^ Ifr- •:>¦: .V- .v-t '' s - ^ ’ ?» ¦»'A «eaRf *m V ^ >NV .V r*»»* U'Apiïi% ^ *• w- Wi ?WÏ& ¦ *#»»•* •« A GAUCHE: LARVES DANS LEURS CELLULES.A DROITE, LES ABEILLES AU TRAVAIL IjgggP»; 642 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE des alvéoles d’ouvrières.Ainsi, lorsque les abeilles prennent possession de la ruche, elles n’ont qu’à élever sur ces bases les cellules déjà commencées.N’ayant pas à faire elles-mêmes le gaufrage des cadres, elles auront plus de temps à disposer pour produire le miel.De plus, sachant qu’il faut que les abeilles consomment en moyenne 10 Ibs de miel pour produire 1 1b de cire, on comprend que le rendement d’une ruche sera sensiblement augmenté si les mouches n’ont pas à fournir la cire du gaufrage.Cette dernière se vend en feuilles, à un prix relativement bas et peut se conserver intacte plusieurs années.LE SITE DE LA RUCHE Le rucher doit être placé dans un endroit sain, éloigné des mares, des cours d’eau et des lieux trop ombragés qui dégagent l’humidité.Il faut également éviter la proximité des chemins publics où circulent de lourds véhicules qui ébranlent le sol et troublent les abeilles.Les ruches doivent être abritées contre les grands vents surtout ceux du Nord.Elles devront être élevées de terre de 6 à 8 pcs et orientés de manières à ce que la façade soit au Sud ou au Sud-Est.L’espace, sur quelques pieds en avant des ruches, sera laissé libre afin que rien ne nuise à la sortie et à la rentrés des abeilles.Pour la même raison, l’apiculteur, lorsqu’il fera l’inspection d’une ruche, ne se placera jamais en avant de celle-ci.PRÉCAUTIONS A PRENDRE AU RUCHER Une foule de gens s’imaginent que les abeilles sont des insectes redoutables qui ne cherchent qu’à piquer et, pour cette raison, se gardent bien d’en élever.C’est là un préjugé qu’un peu d’expérience ne tardera pas à faire disparaître.Il est reconnu depuis longtemps que ces hyménoptères ne se servent de leur aiguillon que pour se défendre lorsqu’ils croient avoir affaire à un ennemi.Encore, paient-ils de leur vie ce premier essai de leur dard.L’apiculteur peut être assuré qu’en observant les principes suivants il pourra, en toute sécurité, vaquer aux soins du rucher: 1.—Ne pas être nerveux, sachant qu’on est parfaitement protégé.2.—Eviter les mouvements et les gestes brusques.3.—Pour l’examen d’une ruche, se tenir en arrière.4.—Porter un voile et des gants protecteurs.5.—Ne pas ouvrir les ruches à l’approche d’un orage, par un temps sombre, ou lorsque le tonnerre gronde.Le temps chaud et calme est le plus favorable.6.—Choisir, pour la visite du rucher, le milieu du jour, alors qu’une bonne partie des abeilles sont sorties.7.—Se servir de l’enfumoir pour maîtriser les abeilles.ESSAIMAGE L’essaimage, l’une des caractéristiques des abeilles, se produit lorsque la population d’une ruche devient trop nombreuse et que les insectes s’y sentent trop à l’étroit.C’est alors qu’une partie, entrainée par la reine, cherche un autre gîte.Après un vol plus ou moins long cette troupe se groupe en une masse compacte suspendue le plus souvent à une branche.Avant de quitter la ruche, les abeilles se sont gorgées de miel, et, dans cette condition, sont incapables de piquer.On peut donc, sans danger aucun, recueillir un essaim et le placer dans une boîte quelconque emmiellée.Un drap est étendu à l’entrée de la nouvelle ruche; on y secoue les abeilles recueillies, qui, immédiatement, prennent possession de leur nouvelle demeure, dans laquelle on aura préalablement placé au moins une demi hausse garnie de sections à miel.Si l’essaim n’est pas recueilli au cours de cette première halte, qui ne dure généralement pas plus de deux heures, les abeilles reprendront leur vol et il sera alors bien difficile de les retracer.- NOURRITURE Si le mauvais temps suit la mise en ruche d’un essaim, il faut pourvoir à la nourriture nécessaire aux abeilles.Le miel, le sucre et la glucose sont les aliments les plus recommandés.L’alimentation devra être discontinuée dès que reviendra le beau temps.A l’automne il faudra voir si les colonies ont assez de provisions pour attendre les nouvelles récoltes.Si les réserves sont insuffisantes, il faudra les augmenter de manière à ce que la colonie puisse avoir de 30 à 40 Ibs de miel à sa disposition.Au printemps, l’alimentation artifficielle devra cesser dès l’apparition des premières fleurs.HIVERNAGE Le grand obstacle, jusqu’ici, à l’élevage fructueux des abeilles, a été le manque de soins nécessaires pour aider ces intelligentes ouvrières à mieux passer la rude saison d’hiver.Il y a deux façons d’hiverner les abeilles: en cave ou en plpin air.La cave où se fait l’hivernage doit assurer en permanence une température de 45 degrés F.L’air doit y être sec et pur.Aucune vibration ne doit y parvenir et une profonde obscurité y doit régner.Les chats et la vermine en seront tenus éloignés. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 643 Généralement une cave où les patates se conservent bien convient pour l’hivernement des abeilles.INSTRUMENTS INDISPENSABLES AUX DÉBUTANTS Deux ou trois colonies d’abeilles, trois ruches supplémentaires complètes, un enfumoir, un voile et des gants protecteurs, une petite quantité de fils de fer seront suffisants pour commencer.RACES PRÉFÉRÉES Les races les plus populaires au Canada sont l’abeille noire et l’abeille Italienne.La première est particulièrement recommandée pour la région du bas Saint-Laurent, tandis que l’autre est plus avantageuse pour la région de Montréal.MALADIES L’abeille, à l’état d’insecte parfait, est souvent atteinte de dysenterie et de constipation, tandis que la loque et la moisissure des rayons s’attaquent à l’abeille naissante.Cette dernière maladie est la plus redoutée de l’apiculteur.Les moyens préventifs recommandés sont les suivants:—Ne jamais servir aux abeilles du miel dont on ne connaît pas la provenance, ni de sirop de sucre brûlé.Garder des colonies nombreuses et des jeunes reines de préférence.Tenir les ruches dans un état constant de propreté.CONCLUSION L’élevage des abeilles est une industrie rémunératrice et à la portée de toutes les bourses.Une ruche bien organisée donnera un rendement de 30 à 100 lbs de miel et davantage.Il n’y a pas de raison pour que l’apiculture ne devienne pas une industrie aussi prospère dans la Province de Québec que n’importe où ailleurs.La meilleure preuve, c’est que ceux qui s’y sont adonnés d’une façon méthodique ont obtenu des succès auxquels ils étaient loin de s’attendre.La valeur totale des produits du rucher dans la Province a été de $2,295,553.00 pour l’année 1925-26.E.Litalien, I.R.CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES AUTEURS CANADIENS Résultat:—Section de Québec: Premier prix, Mlle Cécile Bussières, couvent de Saint-Roch, Québec.SUJET PROPOSÉ:—Des personnages de notre histoire, lequel vous semble le plus digne d’admi ration?Faites-en le portrait avec un résumé de sa vie et de ses œuvres.MARIE ROLLET “A l’origine de toute œuvre remarquable, on retrouve toujours l’action ou l’inspiration d’une femme”, a dit Lacordaire.Si j’ouvre l’histoire de mon pays, je constate la vérité de cette parole.Au berceau même de la colonie, alors que Québec se dessine à peine sur les bords du Saint-Laurent, la femme réclame sa part de mérite dans la rude tâche de la colonisation.Lorsque Louis Hébert jette en terre la première semence canadienne, le sourire de son épouse, Marie Rollet, ne contribue pas peu à faire naître l’espérance en son cœur.En 1617, Marie Rollet quitte sans hésitations aucune sa patrie bien-aimée.Elle y vivait paisiblement pourtant avec son époux, Louis Hébert, alors au service du roi Henri IV.L’échec subi en Acadie par son vaillant compagnon ne ralentit aucunement son zèle.Cette fois la vaillante mère l’accompagnera avec ses trois enfants.La misère l’attend là-bas, qu’importe! Deux âmes héroïques, s’appuyant l’une sur l’autre, ne sentent-elles pas centupler leurs forces ?Marie Rollet part sans bagage, se confiant en la Providence.La traversée est pénible.Un moment le navire presque entouré de banquises, semble perdu.Dieu veille cependant sur ceux que la foi et la confiance portent vers un pays inconnu.Après treize semaines passées sur la mer, le navire aborde à Québec 644 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE La ville habitée à ce moment par une quarantaine de Français apparaît aux colons dans sa gracieuse parure verte.Un instant, les deux époux contemplent cette terre nouvelle, ce vaste champ d’action où doivent se dépenser leurs forces et s’écouler leur vie.Ils admirent cette forêt séculaire et ce sol inculte que le courageux agriculteur vient féconder, que Marie Rollet doit elle aussi arroser de ses sueurs et où elle dormira son dernier sommeil.Pendant que son époux jettera en terre le grain de blé fécond, elle semera dans le cœur de ses enfants d’abord, dans l’âme de ses colons ensuite, la saine vérité, la lumineuse foi.Elle fonde le premier foyer canadien et s’applique à y conserver les vertus viriles à elle léguées par ses ancêtres.Ce rôle, elle le remplit en dépit des obstacles qu’il lui faut vaincre et, sur la terre canadienne, elle est à la fois mère, épouse, institutrice et apôtre.Mère pour ses trois enfants qui partagent avec elle le pain de l’exil.Pour eux, elle redouble de tendresse, cherchant à leur faire oublier la perte des amis et des choses qu’ils aimaient.Elle fait, comme le dit Victor Hugo, deux parts de sa vie.“Toujours buvait l’absinthe et leur laissait le miel.” Mère, elle l’est encore pour les colons et les sauvages qu’elle reçoit et encourage.A cette époque, les colons de Québec ne forment pour ainsi dire qu’une seule famille.Souvent, ils répondent à la cordiale hospitalité de Marie Rollet et viennent s’asseoir à son foyer.Dans ces douces réunions, les cœurs se réchauffent et s’enflamment, les volontés se retrempent pour con'inuer avec plus de courage le long et pénible labeur.Comme son héroïsme est communicatif et bienfaisant ! Les rudes colons l’admirent et ne veulent pas se laisser vaincre par elle, en espérance et en valeur! Elle est l’incarnation de la patrie absente et nul ne la quitte sans une raisonnable provision d’espoir et de paix.Marie Rollet fut aussi l’épouse fidèle qui cache ses regrets et se réjouit de son sort.Elle s’était si bien attachée à l’œuvre et aux idées de Louis Hébert que lorsque ia mort vient lui enlever son époux, elle voulut quand même poursuivre la tâche entreprise.Elle imposa silence à sa peine et sut donner à son visage un masque de sérénité.Louis Hébert avait travaillé dix ans sur le sol canadien;sa femme devait lui survivre encore vingt-deux ans.Que fit-elle durant ces longues années ?Elle se livra à l’évangélisation et à l’instruction des petits Indiens.Marie Rollet fut la première institutrice canadienne.Avec conviction, elle parla aux petits sauvages de Dieu et de la France.Quelquefois même, des guerriers venaient se joindre à son auditoire.C’est ainsi qu’elle eut le bonheur d’être marraine du premier Huron qu’elle convertit et qui fut baptisé à Québec.En 1639, alors qu’elle était âgée de 59 ans, elle vit avec bonheur arriver au pays les Ursulines qui venaient y fonder une école.Marie Rollet leur avait préparé la tâche, et les religieuses, dès leur arrivée, furent assaillies par les petites sauvagesses.Marie Rollet n’en continua pas moins son œuvre d’institutrice jusqu’à la dernière année de sa vie.Marie de l’Incarnation ayant reconnu le mérite de cette femme apôtre, venait souvent la visiter pendant ses derniers jours.C’est alors que celle-ci lui dit, avec un doux sourire: “Je m’en irai bientôt; vous me remplacerez auprès de mes petites élèves.” Sur la réponse rassurante de la bonne religieuse, elle devint très calme, concentrant toutes ses pensées sur la mort qu’elle sentait venir et qu’elle attendait avec la sérénité d’une âme qui a toujours fait son devoir.Elle s’éteignit doucement à la fin d’avril 1649.Ce fut un deuil pour toute la petite colonie.Le gouverneur vient lui-même saluer sa dépouille mortelle et rendre hommage à cette longue carrière de dévouement dont les effets furent des plus féconds pour notre race.Marie Rollet est l’idéal des mères canadiennes.Elle est à la tête de cette armée de nobles et saintes femmes qui vinrent porter en cette France nouvelle, avec un sublime dévouement, la charité sans bornes unie à une foi profonde.Ces femmes furent les vaillantes qui façonnent les âmes de nos héros.La femme! Voilà bien la source d’où sont sortis tous les grands hommes qui ont immortalisé notre histoire, puisque l’éducation est l’œuvre sublime, le chef-d’œuvre permanent de la mère.La femme doit toujours être ce que Dieu l’a faite, celle qui travaille et se dévoue, celle qui fait revivre en ses enfants les vertus dignes de la gloire qu’elle aurait pu rêver pour elle-même.C’est ce qu’a fait Marie Rollet, la femme admirable dont le souvenir est mêlé à celui de nos ancêtres et dont 1 exemple brille toujours malgré la marche du temps et le changement des mœurs.Et même, après trois siècles, le peuple canadien, fidèle à son histoire, n’oublie pas de saluer le monument de Louis Hébert en répétant : “Honneur à la première famille canadienne”.Et moi, lorsqu’il s’est agi de fixer mon choix parmi les héroïnes de notre histoire, j’ai ressenti le charme des vertus familiales, j’ai vu croître et grandir en mon âme l’idéal de dévouement caché que fut Marie Rollet et je me suis inclinée devant la première mère canadienne, type de grâce et de vaillance qu’imitèrent et qu’imitent encore tant de bonnes mamans de “chez-nous”.“Feuille d’Érable.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 645 CORRIGEONS-NOUS Argenteries: Argenterie ne s’emploie plus au pluriel pour désigner l’ensemble des ustensiles d’argent, plus particulièrement l’ensemble de la vaisselle et des ustensiles de table en argent.Il faut dire, par exemple: nettoyer l’argenterie, non les argenteries.Cocotier: Nous donnons ce nom à l’ustensile, en forme de verre à liqueur, dont on se sert, pour manger des œufs à la coque.C’est un terme provincial.En bon français, il faut dire coquetier.Bocaut, boucaut: Boucaut est français au sens de tonneau, de futaille, qui sert à renfermer certaines marchandises sèches: un boucaut de morue Mais ni boucaut, ni bocaut ne se disent pour désigner un vase, un bocal.Ainsi, il faut dire: un bocal de miel, non pas un boucaut de miel, un bocal de confitures, non pas un bocaut de confitures.Tray, cabaret, cabaretier, plateau Le mot tray est anglais.Le plat de métal, de bois, de porcelaine, de cristal, sur lequel on sert le thé, le café, les rafraîchissements, est un plateau, non un cabaret ni un cabaretier.Un cabaret est unepetite table au plateau mobile sur lequel on dispose des tasses, des carafes, des verres, un sucrier, etc., pour prendre le thé, le café, les liqueurs.C’est aussi un service à thé, à café, à liqueurs.Un cabarettier est une personne qui tient un cabaret.Quant au mot plateau, il n’a pas, en France, le sens que nous lui donnons généralement.Le vase à pied dans lequel se servent les gâteaux, les fruits, les desserts en général, est une assiette à pied, une assiette montée, une coupe, une corbeille, un compotier.Finger-bowl: C’est ainsi que nous désignons le vase dont on se sert pour se laver les doigts à table.Finger-boui est un terme anglais, dont l’équivalent français est bol (pour se laver les doigts à table).Saucier: Ce mot n’est pas français.Pour désigner le vase dans lequel se servent les sauces, c’est saucière qu’il faut dire.Couvert : Couvert se dit bien de tout ce dont on couvre une table pour le service du repas (nappe, serviettes, verres, assiettes, cuillères, fourchettes, couteaux, etc.) et, dans un sens restreint, de la cuillère, de la fourchette et du couteau, et même de la cuillère et de la fourchette seulement de chaque convive.Mais il ne peut servir à désigner la partie mobile qui se place sur l’ouverture d’un vase.Il faut dire: couvercle d’une marmite, d’une bouilloire, d’une boîte, non pas couvert d’une marmite, etc.Alumelle: C’est lame, non pas alumelle, qu’il faut appeler la partie tranchante d’un couteau, d’un rasoir ou d’un canif.Alumelle est un archaïsme, qui a survécu dans quelques provinces.Cap: La calotte dont on enveloppe le bouchon, le goulot des flacons, des bouteilles, particulièrement le goulot des bouteilles d’eau minérale s’appelle capsule.Cap en est le nom anglais.Décapeur : Le petit ustensile dont on se sert pour ôter la capsule métallique des flacons, des bouteilles, est un levier, ou une clé-décapsuîateur, non un décapeur.Ecumoir : La grande cuillère plate, percée de trous, qui sert à écumer le pot, la marmite,, etc.est une écumoire, non pas un écumoir.Ecumoir n’est pas français.Moulin à viande: L’ustensile de cuisine dont on se sert pour hacher la viande s’appelle hache-viande.Moulin ne peut se dire que d’une machine qui sert à moudre.Le Comité d’étude de la Société du Parler français au Canada.U miers'
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