Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1930-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
51e Vol.Québec, Avril 1930 N° 8 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION PÉDAGOGIE LES ECOLES NORMALES CATHOLIQUES DE LA PROVINCE DE QUEBEC But—Organisation—Programmes Conférence donnée devant VAssociation Canadienne d’Éducation {Canadian Education Association) lors de sa U+ème réunion, tenue à Montréal les 5, 6, 7 novembre 1929, par M.C.-J.Magnan, Inspecteur général des écoles normales catholiques de la Province de Québec.Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Permettez-moi tout d’abord d’exprimer le plaisir que j’éprouve à rencontrer ici des éducateurs qui sont venus de toutes les parties du Canada pour se réunir dans la métropole du Canada français, en cette immense et magnifique ville de Montréal, fondée il y a près de trois siècles sous le joli nom de Ville-Marie.La présente réunion me rappelle qu’il y a vingt-huit ans j’assistais à la quatrième réunion de votre Association, qui s’appelait alors la “Dominion Educational Association’’.Cette réunion s’était tenue à Ottawa, à l’École normale de la capitale dont le Dr J.-A.Mac-Cabe était alors le Principal.La Province de Québec était représentée à cette réunion par l’honorable M.Boucher de LaBruère.Surintendant de l’Instruction publique, M.le Dr G.-W.Parmelee, par le Dr Harper et votre humble serviteur.Plus d’un quart de siècle s’est écoulé depuis cette réunion d’Ottawa, mais je constate avec satisfaction que votre Association s’est développée depuis 1901 et qu’elle poursuit avec une ardeur toujours nouvelle le but de ses fondateurs: promouvoir la cause de l’Éducation à travers notre vaste et beau pays, a mari usque ad mare, et cela en respectant l’autonomie de chaque province.Afin de prêter mon humble concours à la belle œuvre que vous poursuivez avec tant de zèle et de méthode, je me propose de vous faire connaître l’organisation des écoles normales catholiques de la Province de Québec, organisation très spéciale si nous la comparons à celles des autres provinces de notre pays.Pour bien saisir le sens ou la raison de cette organisation, il faut se reporter aux jours lointains de la Nouvelle-France, alors que le petit peuple canadien-français défrichait les rives du Saint-Laurent égrainant tout le long du grand fleuve les blanches maisons aux toits français et les clochers d’argent surmontés du coq gaulois.Sous le régime français, un système scolaire fut créé par les parents sous la direction et avec l’aide efficace des évêques et du clergé: les rois de France aidant sans vouloir diriger.Ce régime familial et paroissial produisait d’excellents résultats; aussi lorsque notre pays devint possession anglaise, les Canadiens, nos ancêtres, ne consentirent jamais à abandonner le régime familial scolaire dont ils avaient joui sous les rois de France.Après les luttes que 594 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE vous savez, qui durèrent de 1760 à 1846, nos pères obtinrent enfin, sous TUnion des deux Canada, le droit de doter le Bas-Canada d’un système scolaire confessionnel, à base paroissiale, avec des commissaires élus par les parents, lesquels commissaires ont pratiquement la gouverne des écoles placées sous leur contrôle.ÉTABLISSEMENT DES ÉCOLES NORMALES L’organisation des écoles normales catholiques de notre province a été conçue dans le même esprit.En 1857, M.Chauveau, alors Surintendant du Bas-Canada, fondait les trois premières écoles normales permanentes qu’ait eues notre province.Ces écoles normales, comme toutes celles qui existent aujourd’hui, étaient confessionnelles; deux catholiques, Jacques-Cartier et Laval, et une protestante, McGill; cette dernière fut annexée au Collège McDonald, il y a quelques années.Un prêtre fut placé à la tête de chaque école normale catholique, et le département des filles de Laval fut confié aux Dames Ursulines de Québec; ce qui existe encore aujourd’hui.Depuis 1857, le nombre des écoles normales catholiques de filles est passé de une à dix-sept.Celui des écoles normales de garçons est resté le même, deux.Ce chiffre suffit, vu le grand nombre de Frères (instituteurs congréganistes) qui enseignent dans la Province de Québec, 2,306 en 1927-28.ORGANISATION ACTUELLE DES ÉCOLES NORMALES CATHOLIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC En vertu de la loi de l’Instruction publique, les écoles normales sont établies par le Lieutenant-Gouverneur en conseil, qui peut adopter les mesures nécessaires pour l’établissement d’écoles normales et d’écoles normales ménagères, afin de former à l’art de l’enseignement des instituteurs et des institutrices pour les écoles publiques et les écoles ménagères de la province.Dans la pratique, les écoles normales catholiques sont établies par le Gouvernement à la demande des évêques qui lui désignent, dans le cas des écoles normales de filles, la congrégation religieuse à qui une subvention annuelle est accordée en vertu d’un contrat entre ladite congrégation et le Gouvernement pour favoriser la construction d’un bâtiment spécial et aider au maintien de l’école.Il y a une école dans chaque diocèse, moins la partie de celui d’Haileybury située dans Québec et le Vicariat apostolique du Golfe Saint-Laurent qui possède cependant une École de pédagogie préparant des aspirantes aux examens du Bureau central.Le montant nécessaire pour l’établissement et le maintien des écoles normales est voté chaque année par le Législature.La Province de Québec possède dix-neuf écoles normales: deux de garçons et dix-sept de filles.Ces dix-neuf écoles ont été fréquentées en 1928-29 par 1773 élèves: 169 élèves-insti-teurs et 1604 élèves-institutrices.En 1927-28, 17,820 instituteurs et institutrices (religieux et laïques) enseignaient dans les écoles sous contrôle des commissions scolaires catholiques et les écoles indépendantes.Ce personnel de l’enseignement primaire comprenait: 2306 instituteurs religieux (Frères) 6346 institutrices religieuses (Sœurs) 882 instituteurs laïques 8286 institutrices laiques.Les instituteurs religieux (Frères et Sœurs) reçoivent leur formation professionnelle dans des scolasticats attachés à chaque congrégation enseignante.Un grand nombre d’entre eux subissent volontairement des examens devant le Bureau central et se munissent ainsi d’un diplôme officiel.A remarquer qu’en vertu de la loi, les congréganistes (Frères et Sœurs) ne sont pas obligés de se pourvoir d’un diplôme officiel avant d’enseigner.Les laïques (hommes et femmes) sont diplômés soit par les écoles normales, soit par le Bureau central des Examinateurs.Le programme d’examen de ce dernier est le même que celui des écoles normales.En 1927-28, 365 instituteurs et 1761 institutrices étaient porteurs d’un diplôme d’écoles normales, soit un total de 2126.Les autres laïques sont diplômés du Bureau central, soit L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 595 6573, lequel Bureau, je le repète, prépare ses examens conformément au programme des écoles normales, sauf pour l’enseignement pratique.Un petit nombre enseigne avec des permis, soit 66 instituteurs et 411 institutrices.Les diplômes des écoles normales et les diplômes du Bureau central ont la même valeur aux yeux de la loi.Dans la Province de Québec, personne ne peut enseigner, à moins d’être pourvu soit d’un diplôme d’une école normale, soit d’un diplôme du Bureau central, soit d’un permis du surintendant, les membres d’une corporation religieuse instituée pour les fins de l’enseignement exceptés.ADMINISTRATION DES ÉCOLES NORMALES Les écoles normales sont sous le contrôle du Surintendant et sont régies, quant aux catholiques, par des règlements édictés par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.Elles sont visitées par un Inspecteur général nommé à cette fin par le gouvernement.Un directeur ou Principal est placé à la tête de chacune d’elles.Ce directeur, toujours un prêtre, est nommé par le Lieutenant-Gouverneur en conseil sur la recommandation du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.Le directeur est, au préalable, désigné par l’évêque du diocèse.Les professeurs laïques sont également nommés par le gouvernement sur la recommandation du Comité catholique.Dans les écoles normales de garçons, l’enseignement est donné par le Principal et l’assistant principal (deux prêtres) et plusieurs professeurs laïques.Dans les écoles normales de filles, sauf celle de Québec ou quelques professeurs laïques enseignent avec le Principal et les religieuses pour certaines matières, l’enseignement est donné par des religieuses choisies parmi l’élite de leur congrégation par leur Supérieure générale, et par un instituteur laïque.Les principaux des écoles normales doivent faire au Surintendant, tous les ans et chaque fois que celui-ci leur en fait la demande, un rapport de leur administration et lui fournir un état détaillé de leurs recettes et de leurs dépenses.Les écoles normales catholiques donnent des brevets de capacité pour les écoles primaires élémentaires (Brevet élémentaire) et les écoles primaires complémentaires (Brevet supérieur), et à compter de 1930 un.diplôme supplémentaire, après une quatrième année facultative qui vient d’être ajoutée au cours triennal.Ces brevets sont accordés par le Surintendant de l’Instruction publique sur la recommandation du Principal, qui certifie que l’élève-maître, ou l’élève-institutrice, a suivi avec succès un cours normal régulier conformément aux règlements du Comité catholique.—(à suivre).C.-J.Magnan.NOTES DE PEDAGOGIE GENERALE L’Education (1) (Pour Y Enseignement 'primaire) II—But moral et social de l’éducation Nous venons de le voir, si elle n’est pas profondément morale, l’éducation mutile l’enfant.Mais on est loin de s’entendre sur la morale qui doit servir de base à cette formation.Certains éducateurs ont prôné une morale sans obligation ni sanction, qui ruine, en réalité, toute religion et toute morale.D’autres proposent une obligation qui tirerait toute sa valeur de la sociologie et de la solidarité sociale.Or, la sociologie est une science informe, et la solidarité ne saurait donner à la morale une base solide.(1) Voir l’Enseignement primaire de mars 1930. 596 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE D’autres encore ont prétendu que la morale consiste à obéir à la raison.C’est faire de chacun de nous un homme, dieu qui ne dépend que de lui-même.Enfin, on a essayé de construire une “morale scientifique, c’est méconnaître la science elle-même qui n’est ni morale ni immorale.Elle est bonne à constater ce qui est, dit M.Henri Poincaré.Elle nous donne des indicatifs, tout au plus des optatifs, non des impératifs.” Morale sociologique, morale de la solidarité, morale scientifique, morale Kantienne, morale indépendante, morale évolutionniste, etc., de quelque dénomination qu’elles s’affublent, toutes s’accordent pour être des morales sans Dieu.Or, une morale sans Dieu est une morale sans fondement et sans efficacité.La seule morale digne de ce nom est celle qui est basée sur l’enseignement du Christ.L’idéal qu’il nous propose est sublime.“Soyez parfait, dit-il, comme votre Père céleste est parfait”.Quelle philosophie humaine pourrait être comparée à cette formule qui contient tous les devoirs, implique toutes les perfections de notre nature, embrasse les intérêts du temps et ceux de l’éternité! L’éducation doit se proposer un but social, ce qui ne veut pas dire qu’elle doit élever l’enfant pour la société, comme le voudraient Comte et les utilitaristes.Une telle conception est étroite et laisse de côté les devoirs envers Dieu et envers soi-même.A notre époque, cette éducation devient de plus en plus nécessaire.L’école sans Dieu développe un individualisme excessif en donnant les aspirations de l’enfant à son existence terrestre.Une conséquence logique en découle: jouir le plus possible, écarter tout ce qui est obstacle à la jouissance, ne penser qu’à soi, se désintéresser du bien public, oublier le précepte qui ordonne d’aimer son prochain comme soi-même.L’école catholique doit réagir contre cet égoïsme en insistant sur les devoirs envers les parents et envers les maîtres, envers le prochain, envers la patrie.L’éducation est avant tout humaine, mais elle est aussi nationale.Ajoutons que l’éducation religieuse forme éminemment l’enfant à son rôle social.Elle lui apprend à voir Dieu dans son prochain, à aimer ses semblables, à leur faire du bien; elle lui fait voir dans ses parents, ses maîtres, les membres du clergé et des congrégations religieuses, les représentants de l’autorité civile, des images de Dieu qu’il doit respecter et des intermédiaires par lesquels il manifeste ses volontés.Comment réaliser Véducation.—T)q ce qui précède, nous pouvons déduire que, pour réaliser l’éducation, il faut: 1.Faire la guerre aux défauts de l’enfant et réprimer ses instincts pervers: ceux qui se rapportent à la sensualité, comme la gourmandise et la paresse; ceux qui tiennent à la légèreté: dissipation, étourderie, inconstance; ceux qui tiennent à Vorgueil: amour-propre, vanité, susceptibilité, arrogance, entêtement, esprit de contradiction, désobéissance, colère, envie, jalousie, duplicité, égoïsme, etc.2.Cultiver en lui toutes les vertus, tous les sentiments nobles et généreux: l’esprit de renoncement en lui apprenant à se mortifier, à ne pas satisfaire ses goûts et ses caprices; l’esprit de justice en l’habituant à rendre à chacun ce qui lui est dû; l’esprit de respect en lui faisant observer les règles de la politesse et du savoir-vivre; l’esprit d’obéissance et de soumission, l’esprit d’ordre et de propreté, l’esprit de droiture et de franchise, l’amour du beau, du vrai et du bien; les vertus chrétiennes et surtout les vertus théologales: la foi qui ouvre l’entendement à un monde invisible, l’espérance qui fortifie le cœur par la perspective d’une félicité méritée, la charité qui rend Dieu sensible dans les froides ombres de la vie.3.Fortifier sa volonté.Le soutenir et le diriger dans sa lutte contre ses caprices et son impulsivité, ses penchants vicieux et ses instincts grossiers; cultiver harmonieusement ses facultés en donnant la primauté à la raison; l’obliger à faire des efforts soutenus pour acquérir de bonnes habitudes; ne pas se contenter de lui faire connaître le bien, mais le lui faire aimer et pratiquer; et surtout lui inculquer fortement l’idée du devoir.4.Préparer son avenir temporel et son avenir éternel.Son avenir temporel en sa basant sur l’ensemble de ses aptitudes pour l’orienter dans le choix d’un état de vie, en évitant de lui donner des aspirations irréalisables ou trop au-dessus de sa condition, ou en le dirigeant vers une profession qu’il est incapable d’exercer.L.Riboulet, Saint-Étienne {Loire), France.lis Fesi: ces® ktaiii: façon é Qi ne pool eiavo: ita non; ai ta h pitp fobjet En ton Sfolai: ond'm frais, a dota lins mette bien el nette: ns 0 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 597 LES EXERCICES DE PENSÉE ET DE LANGAGE AUX COURS PRÉPARATOIRE ET INFÉRIEUR (Conseils aux institutrices)—(suite) (1) (Pour VEnseignement primaire) Principes a observer: Abordons maintenant quelques principes à observer quant à la manière de bien conduire ces exercices.Nous en signalerons trois.1°) Il faut aller de la chose à l’idée: c’est l’intuition.2°) Il faut aller de l’idée au mot: c’est le vocabulaire.3°) Il faut aller du mot à la phrase personnelle: c’est l’élocution proprement dite.1°) Il faut aller de la chose à l’idée par l’intuition.Les sens sont les fenêtres de l’intelligence.C’est par le concours des images sensibles que l’intelligence parvient peu à peu à former ses premières idées.Il faut absolument se conformer à cette loi psychologique dans une leçon dont le but essentiel est d’opérer le développement rationnel des facultés.L’objet des leçons de langage tel qu’indiqué tout à l’heure nous fait clairement comprendre que le procédé intuitif, celui des réalités concrètes, doit être à la base de tout ce travail.Précisons un peu la façon de l’utiliser.Quand c’est possible, on doit présenter l’objet lui-mêmeà l’observation des élèves.Si on ne peut avoir la chose en nature, on pourrait parfois se la procurer en miniature, ou au moins en avoir un image, un dessin.L’intuition est bien plus facile à l’institutrice rurale; celle-ci n’ayant à faire que quelques pas pour conduire ses élèves au grand livre de la nature.En ville nous avons peut-être moins d’avantages à ce point de vue.Et c’est surtout ici qu’il est oppor-tun d’avoir ce que les Règlements du Comité catholique, à l’endroit de l’organisation pédagogique des écoles, réclament comme matériel d’enseignement, c’est-à-dire, “une collection d’objets et de tableaux servant à l’intuition”.J’ignore ce qui existe dans vos écoles à ce sujet.En tout cas, un petit musée scolaire dans chaque école serait utile.Je parle ici d’un musée scolaire constitué dans un but pratique d’enseignement, et non d’une portée trop scientifique ou Tune visée plutôt de curiosité pour des choses rares.Il y a moyen de l’organiser à peu de frais, avec un peu d’aide pécuniaire de la commission scolaire, sous le contrôle de la directrice de chaque école, et avec la collaboration des institutrices et même des élèves qui trouveraient là un stimulant à leur tendance naturelle de collectionneurs.Il s’agit tout simplement de mettre à la main du personnel enseignant et des élèves quelques spécimens de choses usuelles bien choisies et en rapport avec l’esprit du programme.Cette collection s’augmenterait nécessairement d’un bon nombre d’images ou de gravures qui s’ajouteraient aux tableaux d’histoire sainte, d’histoire du Canada et du Catéchisme en Images.Tout ce que l’on pourrait ramasser ainsi de réellement instructif et intéressant pour les élèves, serait étonnant.Ainsi certaines publications illustrées des gouvernements ou de compagnies de chemins de fer se grefferaient très bien sur l’enseignement de la géographie, surtout dans les classes plus avancées.Heureuse l’institutrice dont la main magique peut ajouter à cela, au besoin, un dessin même fait “grosso modo” ou sous forme d’esquisse! Enfin restent toujours les ressources de 1 intuition indirecte, qui fait appel à l’imagination ou à la mémoire sensible des élèves: la description et la narration vivantes et pittoresques, l’appel au souvenir d’une vision, la comparaison avec un concret déjà connu.Me permettrez-vous une observation à propos de l’aspect de ces paysages, objets, images, gravures, descriptions, narrations, comparaisons, souvenirs sensibles: enfin de tous ces concrets susceptibles d’allumer des visions, d’étaler des spectacles dans les yeux et dans l’imagination si impressionnables des enfants ?Ayons un constant souci, dans le choix de ces elements de visions sensibles, de ne prendre que ceux qui sont, je ne dis pas d’une valeur artistique, mais au moins d’un bon goût, et même, quand c’est possible, revêtus d’un peu de beautés.(1) Voir l’Enseignement primaire de février et mars 1930. 598 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Nos pauvres enfants des villes surtout en ont tant besoin! Les yeux de ces petits, si bien faits pour s’ouvrir tout grands à la beauté sensible du spectacle des œuvres de Dieu dans la nature; les yeux de ces petits baptisés, si bien disposés à admirer la beauté morale des fastes et gestes de Dieu dans l’œuvre de la rédemption; ces yeux, comme ils sont, de nos jours, mal servis, parfois même salis, en nos cités surtout, par les spectacles grotesques des clowneries, et les exhibitions scandaleuses d’un siècle paganisant, qui a juré d’arracher le divin de l’âme de nos fils et de nos filles.Journaux, magazines, cinéma, gravures même au foyer, toilettes dévergondées: tout cela, organisé par la juiverie et les ennemis de la Cité de Dieu, s’avance comme un flot chargé de laideurs et d’immondicités à l’assaut des yeux, de l’imagination, et du cœur de nos chers petits.Cette boue finira-t-elle par éteindre au fond du firmament de l’âme de nos enfants les étoiles de l’idéal chrétien et du vieux génie français ?.A vous, Mesdemoiselles, de dire non; car la Divine Providence vous a établies, avec les mères, auprès des yeux et de l’imagination de l’enfance canadienne-française, non seulement pour monter la garde, mais aussi pour être les pourvoyeuses des saines, belles, pures et saintes visions.Un peu de beauté dans les images, les descriptions et les narrations sera de nature à bien impressionner la jeune imagination de l’écolier et vous frayera le chemin pour toucher son cœur.Alors votre causerie, par ce moyen, atteindra cet autre but que le Programme, pour ces exercices, n’oublie pas de nous rappeler, à savoir: “ouvrir le cœur aux bons sentiments”.Ainsi au moyen de la leçon de langage, nous aurons initié l’enfant à avoir un regard utilitaire des choses en lui faisant observer à quoi elles nous servent, un regard de bon goût en lui faisant apercevoir leurs aspects de beauté, et un regard pieux en lui faisant rapporter' ces choses au service et à la gloire de Dieu.Mais après cette digression, revenons au travail de l’intelligence de l’écolier.L’observation par les sens demeurerait un procédé bien incomplet, si, d’une façon graduée, on ne faisait intervenir l’intelligence déjà en éveil même chez les plus petits, en provoquant chez eux un peu de réflexion et quelques jugements personnels.Il faut que le jeune écolier s’habitue à interpréter les données des sens avec son jugement qui demande à s’exercer.Ne croyons pas que l’élève de huit, sept et même six ans ne soit susceptible, en général, de recevoir de l’objet étudié que des sensations, des images sensibles; ils sont aussi capables de visions intelligibles mises à leur portée.Leur intelligence (les interrogations à la maison le prouvent) réclame déjà le seul pain qui puisse la nourrir: l’idée.Pour que les idées puissent parvenir jusqu’à l’intelligence des petits, il suffit qu’elles ne soient pas trop abstraites, que leurs éléments lui soient servis comme miette à miette, et qu’elles arrivent par le vestibule des sens.Tout naturellement l’enfant associera ensuite ces idées pour faire des jugements.L’intuition psychologique provoquée par une interrogation de la maîtresse et qui amène l’écolier, par un bref retour sur lui-même, à saisir sur le vif un phénomène interne,^ viendra enrichir la causerie des souvenirs des enfants, de leurs impressions, sentiments, désirs ou résolutions.2°) Il faut aller de l’idée au mot par le vocabulaire.Notre vocabulaire est pauvre.Il suffit pour s’en convaincre de préparer une leçon de choses un peu fouillée: les termes propres nous manquent pour dire chaque chose par son nom.A plus forte raison s’il s’agit des élèves, il y a grande nécessité d’augmenter leur bagage de mots.S’il ne convient pas de jeter des mots dans la mémoire des écoliers, sans leur en fournir une explication appropriée à leur capacité, il conviendrait encore moins d’essayer de leur donner l’idée d’une chose, sans leur en faire connaître la juste appellation.Nos enfants ont probablement plus d’idées que de mots, j’en- tends que de mots compris; mais l’idée n’est parfaitement saisie que lorsqu’on a le terme pro- x autres.Le mot est aussi l’écrin du souvenir auquel pre pour se l’exprimer et l’exprimer aux on confie l’idée.Augmenter intelligemment le vocabulaire des élèves,^ c’est en même temps enrichir le trésor de leurs idées: c’est agrandir le champ de leur pensée.Il n’est guère pratique, dans les basses classes, de donner des leçons spéciales de vocabulaire.La leçon d’obversation et de langage se prête très bien à cet exercice et fournit aux élèves une foule de mots servant à exprimer des choses usuelles.Le mot nouveau, au moins pour quelques-uns, doit être trouvé si possible par les élèves.Si on ne peut y réussir assez facilement, la maîtresse le leur dira: elle le fera répéter par un élève, puis par tous.Si les élèves savent lire, on l’écrira au tableau noir; il sera même bon parfois de le faire épeler; quelquefois, rapidement et sans trop ralentir la marche de la leçon, rapprocher de ce mot d’autres mots qui s’y rattachent par i des vocables.Attachons beaucoup d’importance à la bonne pronon- l’analogie des choses ou ___ ____ _ ^ * ciation et à l’articulation énergique de tous ces mots nouveaux pour les élèves.Corrigeons les termes impropres, les anglicismes.pens” lui an m dès le sape: delai de te sw fa la coi moyei moyei powi diet etie W lî® L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 599 3°) Il faut aller du mot à la construction personnelle de la phrase par l’élocution.^ La pensée de l’élève ne devient complète que quand il peut la rendre dans une phrase qu’il a tâché de construire par lui-même.C’est aussi le meilleur moyen pour la maîtresse de se rendre compte si les connaissances ont été bien assimilées.Ce travail d’élocution constitue le but final des exercices de pensée et de langage.Tout mot nouveau pour l’élève sera employé par lui avec avantage dans une phrase de sa propre composition.Habituons graduellement nos élèves à bâtir une phrase simple, claire et correcte.Mais ne nous montrons pas trop exigeant dès le début, de peur d’effaroucher complètement notre petit monde.Surtout gardons-nous bien d’interrompre à chaque instant l’élève qui tâche tant bien que mal de dire sa pensée.Laissons-le achever en paix ce travail de pensée et d’expression.Quand il aura terminé, de-mandons-lui avec beaucoup de bienveillance de redire mieux ce qu’il a voulu exprimer.Tout élève qui s’est donné la peine de faire un effort sérieux pour répondre à la maîtresse ou pour dire de lui-même sa pensée a droit à ce que l’institutrice en fasse du cas, même et surtout si sa pensée est fausse ou mal dite.Car cette pensée, cette phrase a au moins le grand mérite de faire connaître à la maîtresse l’état d’ignorance actuelle de l’écolier sur tel poinL C’est de ce point précis qu’il faut partir pour conduire graduellement l’écolier, par le procédé socratique, à un peu plus de vérité, à une meilleure expression.On ne doit pas simplement dire de s’asseoir à un élève qui a mal répondu: un bon médecin n’abandonne pas le patient qui lui laisse voir tout son mal.Que les élèves s’habituent à dire par eux-mêmes dans une phrase complète ce qu’ils pensent.Cette habitude sera un grand pas de fait pour aider les élèves à construire des phrases écrites, quand sera venu pour eux, en 3e année, le moment de la rédaction proprement dite.La construction de phrases est souvent un cauchemar pour les élèves et la maîtresse au cours moyen: un entraînement de longue main par les exercices de langage ne serait-il pas le meilleur moyen de remédier à cet état de choses?Mais de grâce, n’allons pas demander aux élèves “de dire ça dans de belles phrases”.Ce serait un excellent moyen de les embarrasser et de leur donner une conception tout à fait fausse de ce que doit être une bonne phrase.Au lieu d’essayer tout simplement de dire ce qu’ils voient et pensent, ils se tortilleraient les méninges pour faire de l’effet avec des mots et des expressions empruntées, qui sonneront le faux parce que employées mal à propos.Quant à la correction grammaticale chez les élèves, à la bonne prononciation, à l’articulation énergique surtout, il faut sans cesse y penser, y travailler, mais ne pas vouloir y atteindre trop tôt; ne pas en importuner les écoliers outre mesure; mais s’armer en revanche d’une longue patience qui ne lâchera pas.Il est entendu que ce triple travail d’idées par l’observation, de mots par le vocabulaire et, d’expression personnelle par l’élocution, en pratique ne se fait pas par trois exercices complètement séparés, mais se combinent au cours de toute la leçon, dont il me reste à vous indiquer la marche et à vous signaler l’aspect général, (à suivre).Roch Aubry, Professeur à l’École normale de Hull.ÉDUCATION L’enfant du peuple n’a plus de religion et l’enfant du riche n’a plus de principes.Ils savent par cœur tous les deux un manuel des devoirs du citoyen, qui est impuissant s’il est bon, et pernicieux s’il est mauvais.Ils entrent dans le monde affranchis de tout bien intérieur.Le premier grand prédicateur de communisme et d’anarchie qu’il trouvera dans un club fera de son âme ce qu’il voudra.Le curé, dans son église, prêchera aux femmes le Sermon sur la montagne: “Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres”, et le délégué, dans son club ou son cabaret, prêchera aux garçons l’anarchie.Ah! vous voulez faire de lui un bon citoyen, obéissant au devoir, secourant ses frères malheureux et donnant son sang pour la patrie, et vous commencez, pour arriver là, par lui dire qu’il n’y a ni Dieu, ni principe, ni avenir au delà de la vie ?Vous comptez uniquement, pour le maintenir dans la bonne voie, sur le juge de paix et le gendarme ?Il vous répond par la dynamite. 600 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE C’est pourquoi je vous dis: Faites de bonnes lois si vous pouvez, mais surtout, mais avant tout, faites une bonne éducation, faites-nous des hommes.Ne nous faites pas des écoles neutres, car ce sont des écoles nulles.A la doctrine anarchique: “Ni Dieu ni maître”, opposez la doctrine humaine: “Dieu, patrie, liberté.” Jules Simon, de l’Académie française.L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX A L’ECOLE (1) III Le Couvent et le Collège L’enfant sort de l’école et il entre au couvent ou au collège.Son intelligence s’est développée: il peut synthétiser et raisonner.Des passions ont surgi dans son âme, dont le développement est encore provoqué par des dangers et des sollicitations qui se multiplient autour de lui.Les entraînements du dehors s’ajoutent aux entraînements du dedans.Il n’est plus le petit être candide et confiant qui, “ouvrant son âme à la vie et sa bouche aux baisers”, reçoit de confiance tout ce que lui disent ceux qui possèdent son cœur.La tâche des éducateurs devient plus difficile: il faut jeter des convictions dans cet esprit qui prend conscience de sa force; il faut amener cette volonté, hère de son indépendance, à faire usage de sa liberté pour suivre les dictées de la loi de Dieu qui parle dans sa conscience.A notre disposition nous avons encore l’enseignement qui éclaire l’intelligence, la discipline qui forme la volonté pour l’amener à se soumettre librement au devoir, et—ne l’oublions pas—la prière et les sacrements qui font affluer la grâce, seule capable de perfectionner notre œuvre.Je ne puis que dessiner devant vous ces grandes lignes qui tracent un cadre trop vaste pour être rempli dans une conférence qui touche à sa fin.Laissez-moi seulement appuyer sur la nécessité d’un enseignement plus approfondi de la religion à cette étape de la vie.L’adolescent continue d’apprendre par ses sens et à subir l’influence du milieu.Voilà pourquoi il faut créer ou maintenir dans nos maisons d’enseignement une atmosphère de piété qui pénètre habituellement son âme.Voilà pourquoi aussi les maîtres ont, par devoir d’état, l’obligation d’être des modèles dans leur conduite personnelle, dans leurs relations avec leurs élèves, dans l’application de la discipline, pour ne se laisser guider que par des motifs surnaturels, visibles aux yeux malins qui les guettent.La jeunesse suppose toutes les grandeurs morales et elle réclame toutes les perfections chez ceux qui ont mission de la former.L’enfant malin et taquin ne résiste guère à la vertu qui s’impose par l’exemple, et à la force de persuasion que porte avec elle la vie exemplaire d’un maître qui sait se faire aimer.A l’enseignement de l’exemple s’ajoute l’enseignement systématique.Il serait malheureux que la matière de l’enseignement religieux fût mise au programme sur le même pied que les autres branches, et que l’on en fit même une matière négligeable aux examens.Le personnel ecclésiastique ou religieux qui détient encore une si belle position dans l’enseignement public, ne doit pas oublier que la profession de chrétien demande une préparation au moins aussi forte que les diplômes ou les brevets; nous serions coupables de négliger les facilités, que nous reconnaissent les lois, de donner à l’enseignement religieux l’importance que réclame notre titre de peuple catholique et de professeurs catholiques.L’enseignement à ce stage devient plus synthétique et plus lié.Jusqu’ici l’enfant a appris des choses détachées dont il ne voit pas toujours le lien.Procédons avec plus de méthode.Montrons-lui dans le catéchisme trois grandes divisions: le dogme qui contient les vérités à croire,—le culte qui comprend les moyens de sanctification : grâce, prière, sacrements,—la morale, contenue dans les commandements, laquelle découlant du dogme, précise ce qu’il faut faire pour conformer sa volonté à celle de Dieu.Puis établissons les liens qui unissent toutes ces parties qui lui ont paru disparates.Montrons-lui que l’homme créé dans l’état de sainteté, c’est-à-dire avec une participation à la vie divine, est tombé par le péché originel; que pour le relever, le Fils de Dieu s’est incarné, a lavé notre souillure en répandant son sang, mais que ne voulant pas nous sauver sans notre concours, il nous a donné les moyens d’opérer notre salut, en constituant tous les croyants en société, l’Eglise, dont il reste la tête, pour constituer son corps mystique; que dans cette Église il a créé, par les sacrements, des moyens visibles de retrouver et de développer la vie divine qui nous est (1) Voir l'Enseignement primaire de mars 1930. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 601 donnée par la grâce; qu’à cela il a ajouté des grâces actuelles pour nous aider à pratiquer les commandements, et que le but de tout cela c’est de nous rendre conformes à l’image de son Fils,^ le Dieu fait Homme, nous unir à lui, comme lui est uni à son Père, en nous conformant à ses pensées par la foi, à ses sentiments par l’espérance et l’amour, à sa volonté par la soumission aux commandements qu’il nous a donnés.C’est le moyen de donner à la jeunesse une forte synthèse qui montre dans la religion un ensemble imposant de doctrines qui guide la raison pour l’empêcher de s’égarer,—de préceptes, qui ne sont pas des entraves, mais des jalons qui tracent les voies dans lesquelles la personnalité humaine peut atteindre la plus puissante manifestation de sa vie,—-de moyens qui protègent l’homme dans sa faiblesse et lui apportent l’aide divine pour lui faire atteindre l’idéal que l’éducation chrétienne doit fixer à ses ambitions les plus élevées.• Sans cette forte synthèse, qui donne une vue d’ensemble plus importante que les détails, on est exposé à ne garder de son catéchisme que des formules sans vie, le souvenir vague de choses désunies, incapables de faire l’unité dans la vie.C’est faute de cette compréhension que des personnes, même livrées à la spiritualité, se perdent dans les détails au lieu de simplifier leur vie.Faisons aussi un catéchisme raisonné.Bien des superficiels ignorent encore la vraie notion des mystères qu’ils conçoivent, non pas au-dessus de la raison, mais contre la raison.S’il est en effet absurde de dire que trois personnes font une personne, que trois dieux font un dieu, il n’est pas absurde de croire que trois personnes se trouvent dans une nature unique; seulement cela dépasse notre force de compréhension parce que nous ne connaissons la nature ni de la personne ni de l’essence divine.Par ailleurs il est très facile d’admettre que l’intelligence divine doit connaître des choses qui restent au-dessus de notre portée, comme on le constate si souvent dans le monde matériel qui nous entoure.Ne craignons pas d’entrer avec nos élèves, garçons ou filles, dans une étude assez approfondie sur le chapitre de la grâce, moyen créé par Dieu pour nous co rn nuniquer le don incréé de la vie surnaturelle, vie qui pénètre notre vie rationnelle pour l’élever et nous faire participer à la vie de Dieu même, en commençant ici-bas dans la grâce qui s’épanouit là-haut dans la gloire.Toutes ces définitions de grâce habituelle et de grâce actuelle, de vertus théologales et de vertus morales, mettent dans l’esprit un vague qui laisse le cœur froid, tant qu’on n’a pas compris que la grâce, les vertus infuses et les dons de l’Esprit Saint existent dans nos âmes et non pas seulement dans le catéchisme, qu’ils nous élèvent au-dessus de notre vie naturelle et nous constituent un organisme merveilleux qui nous permet de vivre, dans notre vie mortelle, la vie de Dieu même, comme un arbre qui, appelé par le Créateur à vivre la vie animale, serait en même temps doué d’un organisme capable de le faire mouvoir et éprouver des sensations.Ce n’est que quand l’élève saisit bien cela qu’il comprend que la sainteté ne consiste pas dans un certain nombre de pratiques, mais dans l’exercice de la vie même de Dieu en nous: vie qui consiste à 'penser comme Dieu, à aimer comme Dieu, à vouloir comme Dieu, sous l’influence de la grâce divine qui fait circuler la vie de Dieu dans l’âme.Tant qu’on ne comprend pas cela, on ne sait pas distinguer pratiquement entre l’acte naturel et l’acte surnaturel; c’est comme cela qu’on confond la philanthropie protestante avec la charité divine qui s’inspire de Dieu et rapporte tout à Dieu; comme cela aussi que la bonté naturelle de la vie, que nous rencontrons certes chez un grand nombre de personnes privées de la grâce, passe aux yeux des ignorants pour des vertus aussi capables de sauver que les vertus surnaturalisées par la grâce.De là à croire que toutes les religions sont également bonnes en pratique, il n’y a qu’un pas.Faisons bien connaître Jésus-Christ en le montrant dans l’Evangile.Plusieurs de nos enfants, malgré les définitions apprises, vous répondronCqu’il est un esprit et qu’il existe de toute éternité.Montrons-le agissant tel qu’il se montre dans l’Évangile et faisons-leur comprendre que l’Incarnation fut le grand moyen intuitif que Dieu a pris pour se faire connaître aux hommes.“Qui me voit, voit mon Père.” Ils comprendront mieux que cet homme-Dieu est notre modèle et que la seule sainteté consiste à nous rendre semblables à lui dans nos pensées, dans nos affections, dans nos actes, dans notre vie: “Il nous a prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils”.Appelons l’histoire à notre secours pour affermir les convictions religieuses chez nos élèves.Elle jette des clartés bien convaincantes sur certains points de notre religion.Un ancien élève de collège, une fois lancé dans le monde, trouva un jour, dans ses lectures, que l’origine divine du Décalogue se prouve clairement par le fait que rien dans les mœurs, dans l’esprit, dans les aspirations des peuples d’alors et des temps précédents, ne pouvait suggérer à un auteur quelconque un code de lois aussi parfait, tellement parfait que c’est en le faisant passer dans leurs législations que les peuples subséquents se sont civilisés et, humanisés.L’argument parut tellement fort au lecteur qu’il se mit naïvement à pester contre ses anciens maîtres qui ne lui avaient jamais fait remarquer cela.Il y a toute une apologétique historique que nos grands élèves ne doivent pas ignorer; quand on affecte de traiter d’inférieure et d’arriérée la race des catholiques, il est à propos qu’ils sachent que c’est le flambeau de la foi qui a dissipé les ténèbres du paganisme et de l’hérésie, et qu’ils constatent par l’histoire que les ferments du catholicisme ont fait éclore les plus beaux génies aussi bien que les plus héroïques vertus.C’est de nos rangs que se sont élevés les plus grands bienfaiteurs de l’humanité.Mais si l’homme connaît, c’est pour aimer plus.L’enseignement qui ne s’adresse qu’à l'intelligence peut rester stérile pour la sanctification de la vie.C’est pourquoi l’enseignement religieux, 2 602 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE à toutes ses étapes, doit être une vie qui entre dans l’âme de l’élève, une chaleur qui échauffe le cœur, une onction qui assouplit les volontés.Et comme il s’agit de l’éducation, laquelle n’est que l’art de créer des habitudes, il faut utiliser toutes les ressources naturelles et surnaturelles pour amener nos enfants à pratiquer leurs croyances, à vivre leur foi.Allumons un idéal au front de nos jeunes; n’ayons pas peur de demander à l’ardente jeunesse toute la générosité dont elle est capable.Il faut au cœur une grande passion qui prenne l’âme entière et l’élève jusqu’aux sommets.Suspendre une vie à mi-côte c’est l’exposer à rouler dans l’abîme.A PROPOS DE L’ACCORD DU VERBE AVEC “L’UN ET L’AUTRE” ET “NI L’UN Nï L’AUTRE” On sait que l’un et l’autre, ni l'un ni l’autre, veulent le verbe au singulier ou au pluriel suivant que le sens est distributif ou collectif.Exemples: L'un et l’autre rapportent les mêmes circonstances—Ni l’un ni l’autre ne cherchent à exposer leur vie.Dans les deux phrases qui précèdent le sens est collectif.Exemple où le sens est distributif : Ni l’un ni l’autre ne sera nommé jugs.Mais il est des cas, et ils sont nombreux, dit Larousse, où cette distinction est si délicate, si difficile à bien établir, qu’on peut employer indifféremment le singulier ou le pluriel: L’une et l’autre est bonne, ou sont bonnes, c’est-à-dire chacune est bonne, ou toutes les deux sont bonnes (Acad.) Ni l’un ni l’autre ne viendra ou ne viendront (Acad.).Comme on le voit, il se présente des phrases où cette règle n’a rien de bien déterminé, c’est ce que prouvera surabondamment la petite anecdote suivante : “Le grammairien Beauzée était à son lit de mort; un de ses amis, grammairien comme lui, vint le voir: “Comment allez-vous?lui dit-il—Mon ami, répondit Beauzée, je m’en vais.ou je m’en vas; l’un et l’autre se dit.Et ne voulant pas, même en mourant, avoir une faute, un simple oubli de syntaxe à se reprocher, il ajouta: Ou, se disent, et il expira.La Mort aurait dû rire et être désarmée.{D’apres P.Larousse).CONSEILS PRATIQUES D’UN INSPECTEUR A propos d’écriture 1.Autant que possible, ne pas se servir de l’ardoise; celle-ci appesantit la main et fait souvent prendre à l’enfant des attitudes qui nuisent plus tard à son écriture.2.Remplacer l’ardoise par un cahier ligné, sur lequel on écrit dès le début, au crayon, et bientôt à la plume.3.Si l’on doit employer l’ardoise, choisir celle-ci de bonne qualité.4.Ne prendre que des touches (crayons) très légères, très tendres, fines, bien taillées, longues ou placées dans des porte-touches légers et tels que l’élève ne puisse se blesser.ô.Veiller à ce que l’enfant n’appuie pas sur la touche et ne trace sur l’ardoise que des traits fins.6.Habituer les jeunes enfants à laver l’ardoise à l’aide d’un morceau de linge ou d’éponge.Ne pas laisser contracter l’habitude de tenir la touche en bouche ni de “manger’’ les coins de l’ardoise en carton.7.Quel que soit l’outillage dont on dispose (cahier ou ardoise), faire prendre une position hygiénique.Pour cela l’ardoise ou le cahier est droit devant l’élève; celui-ci a les pieds à terre et il ne peut placer sur le banc que la moitié des avant-bras; lors de l’exercice d’écriture ou de dessin, l’enfant doit avoir les coudes au corps; on lui fait contracter cette habitude en lui faisant tenir sous le bras droit une feuille de papier pendant la durée de l’exercice.8.L’écriture et le dessin ne seront jamais que des exercices de très courte durée; ils ne seront pas enseignés par un temps sombre, au déclin des courtes journées d’hiver, ni après une récréât’on ni un jeu gymnastique, alors que la main est agitée. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 603 EN ÉCOUTANT LA CONFÉRENCE D’UN INSPECTEUR D’ÉCOLES J’ai entendu, l’autre soir (17 décembre), une conférence de M.l’inspecteur des écoles de mon district, M.Yves LeRouzès.Il m’a largement intéressé.Dans une causerie familière, sans prétention, un peu “va comme je te pousse”, il a dit aux maîtres et maîtresses qui l’écoutaient, dont plusieurs étaient des Religieuses, et à Messieurs les commissaires, qui étaient aussi présents, bien des choses utiles.Son thème de conférence était celui-ci: “Il faut, dans les écoles, multiplier les exercices de pensée et les exercices de langage”, ou, en d’autres termes, “faire penser les enfants et les faire parler”.M.l’inspecteur a surtout développé la première partie de son sujet, en jalonnant de traits vécus sa leçon de principes, ce qui la faisait moins sèche et moins aride.Je ne garantis pas que tout se tenait et se suivait avec une logique rigoureuse dans sa causerie.Il ne s’est guère occupé, ni sans doute préoccupé, de la classique et catégorique division en deux ou trois points, scandée de subdivisions pareillement déterminées, si chère aux orateurs philosophes férus d’enchaînements savants.Son procédé familier et tout à l’abandon valait peut-être mieux pour être pratique.11 faut, à l’école, faire penser l’enfant, enseignait-il, ne pas se borner aux livres qu’il a en mains, lui montrer et lui faire bien voir les choses et les êtres qui l’entourent, l’amener à vivre ce qu’on tâche de lui inculquer, en un mot rendre l’enseignement vivant.Autrement, on perd son temps en grande partie, on n’est pas intéressant, on ennuie plutôt, on ne fait pas aimer l’école, on en dégoûte même, et très vite.Tout le monde peut profiter de cette leçon-là.La vie est une perpétuelle grande école.Les choses ou les êtres au milieu desquels nous nous “mouvons” nous enseignent, ou, mieux peut-être, nous nous instruisons nous-mêmes à leur contact, pourvu que nous sachions le vouloir et que, pour cela, nous commencions par les bien voir.Que de gens s’abandonnent au courant, se laissent aller, regardent sans voir et entendent sans écouter! Et voilà qui m’amène à faire un souhait: “Soyons des gens de forte volonté, tout autant que des gens de bonne volonté.” A l’école, l’enseignement purement livresque, c’est-à-dire trop esclave du mot et du convenu, pas assez vécu et pas assez vivant, trop mort par conséquent, risque de perpétuer je ne sais quelle cloison étanche entre ce que l’enfant cherche à apprendre et ce que par ailleurs il vit dans la vraie vie.Or, c’est beaucoup la même chose, au cours de son existence, pour tout homme qui ne s’exerce pas à voir en regardant et à écouter en entendant.L’enfant n’est pas un perroquet à qui l’on doive se contenter de faire répéter des mots ou que l’on puisse gaver de notions indigestes sans plus.Il doit penser, il faut qu’il pense ! Au reste, que vous le vouliez ou non, il pense quand même.Ce qui importe, c’est de ne pas le laisser penser uniquement en dehors de ce qu’il apprend.C’est là, à n’en pas douter, de la saine pédagogie, naturelle et humaine.Si j’ai bien compris, ce fut le fond même, la substance ou l’essence de la causerie de M.l’inspecteur.Evoquant le souvenir de l’illustre Branly — il vit encore et vient d’atteindre ses 86 ans — qui découvrit naguère ou inventa le fameux “cohéreur” qui permet, depuis sa découverte ou invention, de capter les ondes hertziennes (premier principe de la télégraphie sans fil et de la radiodiffusion), notre conférencier nous expliqua que le cerveau de l’enfant doit ainsi capter, à la façon d’une plaque sensible, les pensées qui émanent, autour de lui, de tout ce qu’il voit et entend, de tout ce qu’il touche et goûte.Mais, l’enfant est naturellement léger, peu observateur.Il a souvent l’esprit “éparpillé” comme on dit.L’art du maître ou de la maîtresse consiste à fixer son attention, en faisant fonction de “cohéreur” pour faire jailhr l’étincelle dans son esprit et l’amener à lire surtout dans le livre de la nature, ce à quoi les autres livres, quels qu’ils soient, ont pour mission finale de le guider.Les conséquences de ce principe, c’est qu’il faut, dans les écoles, des cartes, des tableaux, des scènes vécues, un tableau noir dont on se sert, ou encore qu’il n’est pas inutile de sortir de temps en temps de l’école et d’aller promener ses yeux et tendre ses oreilles au dehors, en s’efforçant de faire bien voir aux enfants et de leur faire bien écouter ce que montre et ce que dit la belle nature, celle des bêtes, celle des oiseaux, celle des plantes et celles des fleurs.A la campagne ce devrait être facile.M.l’inspecteur n’a pas manqué, on le devine, de rous rappeler, au passage, en quelques mots, où cette méthode, dite de l’observation, a conduit un si grand nombre de savants, par exemple le célèbre entomologiste Henri Fabre — une gloire pour le monde des instituteurs.Que d’exemples, en plus, il a su nous tirer de l’étude de l’histoire, de la géographie et des sciences naturelles, en précisant qu’on arrive à savoir vraiment que ce que l’on comprend bien ou que ce que l’on vit en quelque sorte ! M.l’inspecteur insista un moment, avant de terminer, sur l’importance pratique et la nécessité de bien faire apprendre l’anglais, et il exhorta discrètement les commissaires à rémunérer davantage les maîtres et maîtresses. 604 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Au surplus, ajouta-t-il à l’adresse de ces derniers, faites-vous aimer de vos enfants, et pour cela, aimez-les ! Soyez pères pour les engendrer à la vérité du savoir, et aussi, selon le mot de Mgr Dupanloup, soyez mères pour gagner leur cœur au bien et au beau ! L’abbé Elie-J.Au clair, de la Société Royale du Canada.CORRIGEONS-NOUS ï A propos de divisions territoriales Emplacement L’Académie définit ainsi ce mot: “Lieu, place considérée comme propre à y construire un bâtiment, à y faire un jardin, etc.” Puis elle ajoute: “Il se dit plus ordinairement des espaces de terrain environnés de rues, de bâtiments.Voilà un bel emplacement pour une maison; choisir un bon emplacement.L'emplacement de son jardin est très beau.Il a un grand emplacement.Emplacement à vendre.” Chez nous, le mot emplacement s’emploie en outre pour désigner un petit morceau de terrain dans la campagne, sans égard à l’emploi qu’on en peut faire et par simple opposition à terre, à ferme.Ex.: Cette terre avait autrefois quatre-vingt-dix arpents de superficie, mais on en a détaché un emplacement d’un arpent carré.En parlant de ce lopin de terre, on pourra cependant fort bien dire: Ce serait un bel emplacement pour une école, ou pour une beurrerie.Terre a bois, terre en bois debout Ces locutions n’ont pas cours en France, bien qu’on trouve terre en bois debout dans Salone (la Colonisation de la Nouvelle-France).Il faut dire: bois, terre non défrichée, selon l’idée qu’on veut exprimer.Le large, les larges Le large, en français, se dit spécialement de la haute mer, de la partie de la mer qui est à distance des côtes.Ex.: Gagner le large.Chez nous, la locution le large se dit aussi, par extension, de la partie des lacs ou des rivières qui est la plus éloignée de la terre.Ex.: Vous pouvez aller vous baigner, mais n’allez pas au large— mais ne vous éloignez pas du bord.Chez nous, la locution le large s’emploie en outre en parlant des terres en culture, et sert à désigner cette partie des fermes qui est éloignée des habitations.Pour nos terriens, gagner le large, c’est aller dans la partie éloignée de leur terre, à l’autre bout de leur ferme, comme ils disent aussi.La locution les larges se dit aussi, chez nous, des terres, des régions qui sont éloignées du Saint-Laurent.Ex.: Il paraît qu’il a gelé dans les larges, la nuit dernière—il paraît qu’il a gelé la nuit dernière, dans les régions éloignées du fleuve.Le haut, les hauts De façon générale, le haut est, en français, la partie élevée d’un objet.Ex.: Le haut d’une montagne, d’une tour, d’un arbre, d’un clocher, d’une maison, de la tête.En parlant d’une rue, on peut fort bien se servir de la locution le haut pour désigner la portion extrême de cette rue qui est située du côté de la partie élevée de la ville, ou, si une rivière traverse ou longe la ville, pour désigner la partie de cette rue qui est la plus éloignée de la rivière.^ Ainsi, le haut de la rue Saint-Denis, à Montréal, est la partie nord-ouest de cette rue.On peut également dire, dans le même sens, le haut d’un quartier, le haut d’une ville.La locution le haut est usitée chez nous avec différents sens qu’elle n’a pas en français.Ainsi, le haut du fleuve ou du Saint-Laurent désigne la région du haut Saint-Laurent.Le haut sert aussi à désigner une région, un territoire ou une partie de territoire en amont ou au-dessus d’un village, de l’église d’un village.Ex.: Le haut de la paroisse, le haut du village—( quand il s’agit d’une paroisse ou d’un village situé sur les bords du Saint-Laurent) la partie ouest de la paroisse, la partie ouest du village._ _ Le haut se dit en outre, absolument, des régions qui sont éloignées du Saint-Laurent.Ex.Les terres sont meilleures dans le haut que près du fleuve—au loin, les terres sont meilleures que le long du fleuve.Chez nous, le haut d’une terre, comme le large, est la partie de cette terre qui est a distance du chemin de front, de l’habitation qui y est construite.Ex.: Vous cherchez mon mari ?Il travaille dans le haut de la terre—à l’extrémité de la terre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 605 On donne quelquefois le nom de les Hauts à l’Outaouais supérieur, au Haut-Canada, à l’Ouest canadien.Ex.: Pendant sa jeunesse, il a travaillé longtemps dans les Hauts.Enfin, la locution les hauts sert aussi, chez nous, à désigner les hautes terres, les parties d’une région en pente qui sont éloignées de la plaine.Mais on pourrait, à l’exemple de Paul-Louis Courier, se servir de cette locution en parlant de hauteurs, d’éminences.Hauteurs et hautes terres ne sont pas synonymes.Le bas, les bas De façon générale, le bas est, en français, la partie la moins élevée d’un objet.Ex.: Le bas d’une côte, d’une maison, d’une robe.En parlant d’une rue, d’un quartier, d’une ville, on peut se servir de la locution le bas par opposition à la locution le haut.(V.l’article sur le haut.) Bas du fleuve se dit fort bien en français pour désigner la partie de ce fleuve qui est voisine de son embouchure.Mais cette locution n’a pas, comme chez nous, l’acception de région du bas Saint-Laurent.On peut dire: Il navigue dans le bas du fleuve; mais non: il habite le bas du fleuve.Le bas est usité chez nous avec le sens de région, territoire ou partie de territoire en aval ou au-dessous du village, de l’église du village.Ex.: Le bas de la paroisse, le bas du village.Il faut dire : La partie est de la paroisse, la partie est du village (s’il s’agit d’une paroisse, d’un village situé sur le Saint-Laurent).Chez nous, le bas d’une terre est la partie de cette terre qui est à proximité du chemin de front, de l’habitation qui y est construite.Ex.: Les hommes ont travaillé toute la matinée dans le bas de la terre; cet après-midi, ils sont dans le large—les hommes ont travaillé toute la matinée à ce bout-ci de la terre; cet après-midi, ils travaillent à l’autre extrémité.La locution les bas sert aussi, chez nous, à désigner les basses terres, les parties d’une région en pente voisines de la plaine, ou bien une région à proximité du Saint-Laurent.Ex.: Ils ont eu un orage électrique dans les bas;—la récolte n’est pas belle dans les bas.Il faut dire: Il y a eu de l’orage (tout court) sur les bords du Saint-Laurent;—la récolte n’est pas belle dans les basses terres.Brulé On donne, chez nous, le nom de brûlé à une portion de forêt incendiée.C’est brûlis qu’il faut dire.ABATIS Nos gens donnent le nom d’abatis au terrain dont ils ont coupé le bois en vue d’un défrichement et qui n’est pas encore entièrement essouché.Ex.: Les vaches pacagent dans Vabatis.En français, abatis signifie action d’abattre et ce qui est abattu: faire un abatis de bois.Abatis, nous semble-t-il, est un terme à conserver, même au sens canadien.BASIS, RASÉ Un rasis ou un rasé, au sens que l’on donne chez nous à ces mots, est une portion de forêt où l’on a abattu tous les arbres, mais sans l’intention de défricher.Ex.: Aller aux framboises dans les rasis, ou les rasés.Ces mots ne sont pas français.On pourrait dire: Aller aux framboises dans les bois rasés, dans les clairières, etc.Renversis On donne au Canada le nom de renversis à la partie de forêt dont les arbres ont été renversés par un ouragan.Ce terme n’est pas français.Les arbres renversés s’appellent chablis.Un renversis est donc une partie de forêt où il y a des chablis.Pelée, plée On donne, chez nous, le nom de yelée ou plée à un terrain sans arbre ni verdure, sans végétation, à une savane, ou à une étendue de forêt que le feu a rasée.Ces mots ne sont pas usités en français.Il faut dire: terrain dénudé, savane, ou brûlis, selon le cas.Le Comité d’étude de la Société du Parler français au Canada, Université Laval, Québec. 606 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EN FRANCE Quelques renseignements généraux et observations personnelles Simples notes (Suite) i1) Le programme d’ÏJtudes de l’Enseignement Primaire en France Au sujet des programmes d’études de l’enseignement primaire en France, nous ne pouvons pas faire mieux, pour en donner une idée générale exacte, que de citer les lignes de M.C.Richard sur ce point dans son intéressant ouvrage “L’Enseignement en France” : “Les programmes officiels (de l’enseignement primaire en France) ont été aménagés de manière à initier peu à peu les enfants à des études de plus en plus complexes, sans encombrer leur mémoire de connaissances purement verbales.L’enseignement, qui doit toujours avoir un caractère pratique et concret, porte, dès la section préparatoire, sur les matières suivantes: Morale, Lecture, Ecriture, Langue française (Récitation, Orthographe, Grammaire), Calcul, Leçons de choses, Dessin, Travail manuel, Chant et Éducation physique, auxquelles viennent s’ajouter, à partir du Cours élémentaire, l’Histoire de France et la Géographie; les élèves du Cours Supérieur acquièrent en outre des notions d’instruction civique et entreprennent l’étude très sommaire des civilisations antiques (Égypte, Judée, Grèce, Rome) et de l’Histoire générale dans ses rapports avec l’Histoire de France; ils reçoivent aussi, sous forme de classes-promenades ou d’exposés très simples, un enseignement scientifique un peu plus développé: (notions de Sciences physiques et naturelles, d’Hygiène d’A-griculture et d’Horticulture et pour les filles, de Sciences ménagères).” La répartition des matières des programmes d’études se modifie d’une manière très sensible au cours des études, selon l’importance, relativement à l’approfondissement des matières et au temps qui sont alloués dans chaque année du cours primaire.Comme les nôtres, les programmes d’études en France sont encyclopédiques.Comme les écoles maternelles et les classes enfantines sont plus nombreuses, proportion gardée, que dans notre pays, il s’en suit que les enfants des écoles primaires françaises sont en général plus avancés que les nôtres, parce qu’ils arrivent à l’école primaire mieux préparés.Chez nous, dans nos villes et nos centres ruraux, la différence de niveau d’instruction est moins sensible et nous procure d’encoura-geantés perpectives.La méthode générale suivie dans les classes visitées, d’ordre primaire Dans les classes auxquelles nous avons assisté, (classe de français : grammaire, analyses, conjugaison, orthographe, vocabulaire, composition française; classe de lecture française; classe d’arithmétique; classe d’histoire de France; classe de géographie), nous avons remarqué que dans l’enseignement de ces diverses matières, la méthode générale suivie était celle “qui fait intervenir tour à tour le maître et les élèves, entretenant, entre eux et lui, un continuel échange d’idées sous des formes variées et graduées”, selon le degré de capacité des élèves.Le maître parlait de ce que les enfants savaient, du facile par conséquent; il conduisait ses élèves, par des exemples, par un enchaînement de questions orales, à la découverte des conséquences d’un principe, aux applications d’une règle, en employant la méthode inductive; ou encore en se servant de la méthode expositive et interrogative dans l’enseignement de l’histoire, par exemple.Le professeur, autant qu’il le pouvait, se servait d’objets sensibles, mettait les élèves en présence de réalités concrètes, puis s’efforçait à en dégager l’idée abstraite, procédait dans son enseignement par comparaisons en faisant raisonner les élèves le plus possible, en faisant jouer à ceux-ci un rôle actif et ainsi, mettant en pratique cette maxime pédagogique: “C’est ce que l’élève fait qui compte et non pas le travail du maître” ! C’est dans l’application intelligente de cet axiome, toujours vrai, que les confrères d’outre-mer, que nous avons vus à l’œuvre, semblent exceller.Un appel constant à l’attention, au jugement, à la réflexion, à la spontanéité intellectuelle des élèves, tels étaient les efforts poursuivis par ces maîtres.En un mot, l’enseignement donné dans les classes primaires, était concret, imagé, intuitif et pratique et l’usage du tableau noir très fréquent.La clarté, la précision, la vie, telles étaient les qualités dominantes de cet enseignement approprié à l’âge et au degré d’avancement des élèves.Procédés; Aux différentes leçons auxquelles nous fûmes présents, nous avons constaté que les procédés, employés par les maîtres dans leur classe, étaient à peu près les mêmes que ceux dont nous nous (1) Voir l’Enseignement primaire de septembre, d’octobre, de novembre, de décembre 1929 et de janvier 1930. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 607 servons ici: emploi fréquent du tableau noir, usage de cartes, d’images, d’objets multiples, camps rivaux, combats oraux, distribution de points, de bons-points, etc.Un procédé simple et pratique que l’on emploie dans les basses classes et qui nous a particulièrement frappé est celui que l’on appelle “Procédé La Martinière ou Tabaraud”: procédé d’interrogation que l’on utilise en se servant de l’ardoise.Voici comment, M.C.-J.Magnan, Inspecteur général des Écoles normales de cette province, définit ce procédé, dans un de ses ouvrages, “Les Écoles primaires et les Écoles normales en France, en Suisse et en Belgique” 1909: “Chaque élève a une ardoise, une éponge pour effacer, et un bout de craie ordinaire, comme celle dont on se sert pour écrire au tableau noir.‘Le maître pose une question, à laquelle il est facile de répondre par un mot, une formule, un dessin rapide, ou un chiffre.“Les élèves ont le temps de la réflexion.“A un signal donné les élèves écrivent la réponse sur l’ardoise, assez gros pour que le maître puisse la lire, même au fond de la classe.“A un 2e signal, les élèves, tous ensemble, levant leur ardoise, et le maître, d’un seul coup d’œil peut voir qui a bien ou mal répondu.Il fait baisser les ardoises qui portent les réponses inexactes, afin de se rendre compte des réponses justes.“Un élève, nominativement désigné, explique alors ce qu’il a fait, comment et pourquoi il l’a fait.“Et l’exercice continue.“Ce procédé rend les plus grands services pour l’étude du calcul mental, pour les exercices de conjugaisons, pour l’étude des dates et des faits principaux en histoire, de la nomenclature géographique, etc.“Il ne dispense pas de l’interrogation individuelle, mais il permet, dans une classe nombreuse, de faire travailler tout le monde à la fois, et d’obliger tous les élèves à savoir leur leçon.En outre, ce procédé amuse les enfants, et donne une vie et une animation de bon aloi à la classe”.Le musée scolaire et les classes-promenades Le musée scolaire Les maîtres d’une école ont à leur disposition, en plus du tableau noir de leur classe, un musée scolaire très complet, où ils trouvent, selon le sujet de la leçon, les principaux matériaux dont ils ont besoin pour rendre leur enseignement attrayant et concret.Le musée scolaire de rétablissement—car chaque institution a son musée scolaire—se trouve situé généralement dans une salle spéciale m'i on centralise de multiples objets et des cartes variées en grand nombre; le tout est bien disposé et bien en vue.De plus, de temps à autre, classe par classe, les élèves s’y rendent accompagnés de leur maître, particulièrement pour les classes de leçons de choses.Là, on y fait parfois quelques expériences élémentaires.Le musée scolaire est pour tous une salle attirante où maître et élèves se plaisent à se rendre pour examiner les attrayantes choses exposées.Les classes-promenades Fréquemment, groupe par groupe, sous la direction du maître, les écohers vont en tournée en différents endroits: visites communément appelées “classes-promenades”.Les musées nationaux, les places historiques ou d’autres endroits intéressants, sont fréquentés par la gente écolière avide de voir et de contempler les curiosités instructives et les souvenirs historiques de toutes sortes qui y abondent, surtout dans la belle et grande ville de Paris ! Un mot, une explication brève et précise du maître, satisfait la curiosité éveillée chez les jeunes spectateurs, à la vue de tant de choses remarquables, si nombreuses dans la Ville-Lumière.Ces “classes-promenades” sont fructueuses à maints points de vue, les élèves en reviennent avec de fortes impressions et des souvenirs inoubliables ! Ce genre d’excursion parle par lui-même, et c’est avec anxiété, que les élèves attendent chaque fois le jour fixé pour ces promenades instructives et éducationnelles.Comprises et effectuées avec intelligence, les “classes-promenades” constituent un agent merveilleux d’instruction qui développe tout à la fois les facultés d’observation, de réflexion et de jugement de l’enfant.Division du temps dans la donnée d’une leçon d’une heure Nous avons observé en général, par l’exécution du plan d’une leçon, dans les différentes classes visitées, ce qui suit : Leçon d’une heure 10 minutes, temps que le maître prenait pour jeter un coup d’œil sur les cahiers de devoirs, pour la correction du devoir et pour le ramasser. 608 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 10 minutes, temps alloué pour les interrogations relatives à la revision de la leçon précédente.20 minutes pour l’exposé nouveau.10 minutes pour l’interrogation sur cet exposé nouveau et pour le bref résumé qu’en faisait le maître.10 minutes pour donner et expliquer la leçon et le devoir suivants, toujours en rapport avec la matière enseignée durant la leçon même.Nous trouvons cette marche suivie dans une leçon, excellente, et le temps accordé à chaque point, bien proportionné.A l’école primaire en France, l’application des programmes d’études, la méthode générale suivie dans l’enseignement, les procédés employés, le musée scolaire, les “classes-promenades”, la division du temps dans la donnée d’une leçon d’une heure, etc., ont vivement attiré notre attention et satisfait notre curiosité spontanée.Pierre-Paul Magnan, Professeur à l’École normale Laval, Québec.TÉMOIGNAGES REÇUS A l’occasion du cinquantenaire de l’4‘Enseignement primaire” (1) DE LA RÉVÉRENDE MÈRE SUPÉRIEURE GÉNÉRALE DE LA CONGRÉGATION DES SŒURS DE SAINTE-CROIX Monsieur C.-J.Magnan, Commandeur de l’Ordre de St.Grégoire-le-Grand, Directeur-propriétaire de Y Enseignement primaire.Monsieur le Commandeur, Le jubilé d’or de VEnseignement primaire marque pour vous une étape brillante, toute pleine de souvenirs heureux pour votre grand cœur d’apôtre et de pédagogue émérite.D’une extrémité à l’autre de la Province de Québec, voire même du Canada et de la RépubU-que voisine, vous recevez des témoignages élogieux pour le grand œuvre que vous avez accompli: la magistrale direction de Y Enseignement primaire.Dans les pages limpides et substantielles de cette revue, tout professeur pénétré de son rôle sublime mais délicat, trouve une mine précieuse d’insondables ressources.Au nom de la Congrégation de Sainte-Croix dont je suis l’humble mandataire, je vous prie, monsieur le Directeur, d’accepter nos félicitations et notre estime pour votre dévouement à la cause toute noble de l’instruction publique, en notre chère province.L’Enseignement primaire célèbre son cinquantième anniversaire et depuis quarante ans, vous en êtes le plus fort appui et comme le lumineux flambeau.Que le Maître des destinées vous conserve, monsieur l’Inspecteur général, et dans dix ans la revue verra briller le diamant dans ses pages, et votre front Vénérable s’auréolera de la couronne du jubilé d’or.Quelles belles fêtes tous vos amis et tous vos admirateurs organiseront encore pour chanter vos vertus, votre gloire et les incommensurables bienfaits constamment prodigués à la patrie canadienne-française.Avec l’assurance de nos prières pour l’accroissement et la prospérité de vos œuvres, déjà si fécondes, je vous inclus un modeste tribut de reconnaissance.Tous les éducateurs chrétiens travaillant à la formation et au développement de la jeunesse, ne sont-ils pas frères dans le Seigneur ?Je suis, monsieur le Commandeur, Votre humble servante en Notre-Seigneur, Sœur Marie de Saint Barthélemy, s.s.c., De notre maison-mère, Supérieure générale.Saint-Laurent, de Montréal, ce 20 février, 1930.(1) Pour autres témoignages reçus, voir Y Enseignement primaire de mars 1930. IVF.NSFJONTCMENT PRIMAIRE 609 DU RAPPORT DE L’HONORABLE CYRILLE-F.DELAGE, SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE, POUR L’ANNÉE 1928-29, RAPPORT QUE L’HONORABLE L.-A.DAVID, SECRÉTAIRE DE LA PROVINCE, A SOUMIS A LA LÉGISLATURE, EN JANVIER 1930 Il y aura cinquante ans, en janvier prochain, la revue pédagogique que, depuis 1898, sur la recommandation du Comité catholique, vous adressez gratuitement chaque mois à toutes les écoles catholiques de cette province, paraissait pour la première fois sous le titre de “l’École Primaire”.Pour des raisons d’ordre pratique, M.J.-B.Cloutier, son dévoué fondateur, dès 1881, l’appela Y Enseignement primaire, désignation qu’elle a toujours depuis conservée.En 1885, ce pionnier de notre pédagogie associa à sa courageuse entreprise un jeune instituteur, un de ses anciens élèves, M.C.-J.Magnan, aujourd’hui l’inspecteur général des écoles normales et l’aviseur pédagogique du Département de l’Instruction publique, qui, depuis 1897, en est le directeur-propriétaire.A lui revient, pour une large part, le développement qu’elle a pris, l’influence qu’elle exerce, sa belle réputation.C’est un organe de première valeur, d’une haute inspiration religieuse et nationale, dont la rédaction soignée et l’heureux choix des sujets traités font honneur à son directeur et à ses brillants collaborateurs.Il rend de précieux services au personnel enseignant, contribue à son perfectionnement, à l'amélioration de son sort.Nous sommes enchantés de saisir une occasion aussi opportune pour exprimer notre satisfaction et formuler le vœu de nouveaux succès.DE LA “SEMAINE RELIGIEUSE”, DE QUÉBEC, 23 JANVIER 1930 Bénédiction à Y Enseignement primaire.—A l’occasion du 50e anniversaire de sa fondation, la revue Y Enseignement primaire, que dirige M.le Commandeur C.-J.Magnan, a reçu une bénédiction de S.S.le Pape Pie XI.Cette bénédiction a été transmise par câble le 31 décembre 1929 à Son Ém.le Cardinal Archevêque par S.Ém.le Cardinal Secrétaire d’État.DE L’“ENSEIGNEMENT SECONDAIRE” AU CANADA, UNIVERSITÉ LAVAL, QUÉBEC, FÉVRIER 1930 UN ANNIVERSAIRE ÏYEnseignement primaire en est arrivé à son cinquantenaire.Nous n’en sommes pas encore au tiers de ce longum ævi spatium ! Nous espérons l’atteindre et le dépasser.Récemment, M.le Directeur de Y Enseignement primaire avait l’amabilité de formeuler pour nos quinze ans, des vœux que nous enregistrons avec plaisir.A notre tour nous souhaitons à cette revue-sœur de longues années, une carrière féconde, une heureuse prospérité.DU “CANADA FRANÇAIS”, PUBLICATION DE L’UNIVERSITÉ LAVAL, QUÉBEC, LIVRAISON DE JANVIER 1930 ÏY Enseignement primaire vient de célébrer son demi-siècle d’existence.Vaillante revue qui a mené le bon combat chez nous.Elle a travaillé avec succès à l’amélioration de la petite école; elle a mis à sa vraie place le beau rôle de l’institutrice.M.le commandeur Magnan, son directeur et son propriétaire actuel, a droit à la reconnaissance de tous pour l’excellente et nécessaire besogne accomphe par son périodique depuis cinquante ans.Et nous formons des vœux pour que se continue sans défaillance l’œuvre admirable avec laquelle il s’est identifié.3 Laval. 610 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DE LA “REVUE DOMINICAINE”, SAINT-HYACINTHE, LIVRAISON DE FÉVRIER 1930 —La Revue dominicaine est heureuse de souligner les progrès accomplis et le bien opéré par notre périodique national: T “Enseignement primaire”, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation par J.-B.Cloutier auquel s’adjoignit bientôt son directeur actuel, monsieur C.-J.Magnan.Ad multos annos I Fra Domenico.DE LA “TEMPÉRANCE”, PUBLIÉE PAR LES PÈRES FRANCISCAINS, MONTRÉAL, LIVRAISON DE FÉVRIER 1930 Nous accusons réception d’un hommage spécial du numéro de janvier 1930 de Y Enseignement 'primaire.Cette revue pédagogique si méritante, que dirige avec grande habileté, depuis quarante ans, M.C.-J.Magnan, Commandeur de l’Ordre de Saint Grégoire-le-Grand et Inspecteur général des écoles normales catholiques, vient d’atteindre sa cinquantième année d’existence.Il nous fait plaisir de féliciter tout particulièrement son Directeur-Propriétaire et de souhaiter à la revue elle-même tous les succès que mérite sa mission si importante.La Direction.DES “FLEURS DE LA CHARITÉ”, ORGANE DU PATRONAGE DES FRÈRES DE SAINT-VINCENT DE PAUL DE QUÉBEC, N° DE JANVIER 1930 Un Cinquantenaire:—Cest la revue pédagogique Y Enseignement primaire qui a vu cet heureux anniversaire le 2 janvier dernier.Cette revue, fondée à Québec en 1880 par M.J.-B.Cloutier, professeur à l’École normale Lavgl, fut d’abord rédigée par M.Cloutier lui-même.Quelques années plus tard, il eut pour assistant-rédacteur, M.C.-J.Magnan, qui en devint rédacteur en chef en 1897.Dès lors la revue, quelque peu modifiée, prit son essor vers de plus grands progrès.A l’occasion de ce cinquantenaire nous nous joignons aux amis de l’éducation pour féliciter M.l’Inspecteur général C.-J.Magnan et pour souhaiter à sa revue Y Enseignement primaire autant de succès dans l’avenir qu’elle en a eu par le passé.DE LA “VIE NOUVELLE”, MONTRÉAL, MARS 1930 Un Cinquantenaire:—C’est parce que l’éducation est si importante que nous devons nous réjouir du succès des revues pédagogiques foncièrement catholiques.Tel est Y Enseignement primaire.Pie XI vient de lui adresser félicitations et bénédictions à l’occasion de ses noces d’or.Réjouissons-nous de cet honneur bien mérité et souhaitons à la revue de continuer, sous la sage direction de M.C.-J.Magnan, sa carrière fructueuse.DU “SEMEUR”, ORGANE DE L’ASSOCIATION CATHOLIQUE DE LA JEUNESSE CANADIENNE-FRANÇAISE, FÉVRIER 1930 Ij1 Enseignement primaire, la revue pédagogique que dirige avec tant de compétence M.C.-J.Magnan depuis 1890, vient de fêter son cinquantième anniversaire.Ce qu’elle est, S.Ém.le car- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 611 dinal Rouleau l’a dit excellemment au Secrétaire d’État de Sa Sainteté, en demandant pour elle une bénédiction spéciale.“Il existe à Québec une revue d’éducation et d’enseignement intitulée: Y Enseignement 'primaire.Organe des écoles primaires catholiques de la Province de Québec, elle est adressée par le Gouvernement à toutes les écoles catholiques au nombre de huit mille, sur la recommandation du Comité catholique de l’Instruction publique ou siègent d’office tous NN.SS.les Archevêques et Évêques de la Province.Cette revue pédagogique célébrera sa cinquantième année d’existence le premier janvier 1930.Depuis sa fondation en janvier 1880, elle a été publiée chaque mois sans interruption.Avec un inlassable dévouement elle a favorisé l’enseignement profane, mais aussi l’enseignement religieux dans nos écoles.Elle a servi fidèlement la cause de l’éducation.” DU “BULLETIN DE LA FERME”, QUÉBEC, 23 JANVIER 1930 A l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de la vaillante revue pédagogique VEnsei-gnement primaire Sa Sainteté le Pape Pie XI a envoyé à son dévoué directeur, M.C.-J.Magnan, sa bénédiction apostolique et émis des vœux pour que les fruits de son apostolat soient toujours de plus en plus consolants.DE “CHEZ-NOUS”, PUBLICATION DE LA MAISON DUPUIS FRÈRES, MONTRÉAL, FÉVRIER 1930 IJ Enseignement primaire a fêté en janvier son cinquantenaire.Cette revue pédagogique fut fondée en effet en 1880 par un éducateur de mérite, M.J.-B.Cloutier.Depuis 1890 elle est sous la direction de M.C.-J.Magnan, que tous connaissent bien.Les hommes dans la trentaine comme nous, ou même dans la quarantaine se rappellent aussi loin que leur souvenir peut remonter, avoir vu Y Enseignement primaire dans les mains et sur le pupitre de l’instituteur ou de l’institutrice.Qu’on s’imagine tous les services que cette revue a pu rendre au personnel enseignant et à la jeunesse durant ces cinquante dernières années, les initiatives qu’elle a lancées et soutenues, les progrès accomplis et dont nous lui sommes redevables.M.Magnan et ses distingués collaborateurs ont droit de se retourner et de regarder avec fierté le cycle parcouru.AUTOUR D’UN LIVRE ( ) OPINION DE M.J.-ARTHUR ROCHEFORT Inspecteur d’écoles dans les comtés de Chicoutimi et Saguenay, depuis 1923 Monsieur le Surintendant, J’ai lu le plus attentivement possible le volume de M.l’abbé Lapalme.Voici de simples notes que je soumets à votre considération: Je crois qu’il contient plusieurs affirmations gratuites sur nos “écoles de rang” en général.Pemettez-moi d’en relever quelques-unes.(1) Voir l’Enseignement primaire de septembre 1929 à mars 1930, inclusivement. 612 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Au chapitre IV, page 29, en parlant des graves conséquences des habitudes contractées dans l’enfance, il affirme que “l’école de rang a retraité sur tous les points; que nos enfants entrent dans la vie sans formation profonde, etc.”, et de là il conclut que, si les chefs manquent à la campagne, c’est à l’école de rang qu’il faut s’en prendre.M.l’abbé Lapalme semble oublier que l’école de rang est celle des éléments.Serait-il raisonnable de ne compter que sur l’école en question pour former des hommes à peu près complets?Est-ce que ces résultats sont obtenus dans les autres pays ?Je ne le crois pas.Il ne faut pas demander à l’école de rang ce que l’école complémentaire seule peut nous donner.Plus loin, au chapitre V, parlant des défauts du peuple, il affirme que “l’école rurale ne donne pas de résultats convenables, en ce qui regarde le langage, les mœurs, la foi vécue, etc., etc.” Sans doute, le langage de notre peuple n’est pas parfait, mais est-ce que l’école rurale en est seule responsable ?Est-ce qu’il ne se fait rien à l’école pour améliorer le language des enfants ?C’est le contraire qui existe.Nos maîtresses travaillent en général, mais il faut compter encore ici avec les influences extérieures.Pour ce qui regarde la foi vécue, je crois qu’il est trop sévère: il rencontrera rarement une autre nation que la nôtre qui pratique plus fidèlement ses devoirs religieux.Quant à nos traditions, l’école de rang, comme les autres, les conserve en donnant aux enfants l’amour de la race par l’enseignement de l’histoire nationale, lequel a fait de grand progrès depuis la mise en force du programme actuel.On reproche à notre peuple sa mauvaise articulation et on prétend que l’école primaire pe it remédier à tout cela.Je crois que si l’auteur était à la tête d’une école de 30 ou 35 élèves avec 5 et même 6 divisions, il constaterait lui-même impossibilité d’obtenir les résultats du Conservatoire Lasalle.Sans doute, il faut viser à mieux, et mieux notre peuple parlera, plus son influence sera grande, mais comme l’avoue l’auteur lui-même, pour parler correctement, il faut une étude intelligente et pratique de la syntaxe.Il aurait dû consulter notre programme d’études en premier heu.Ce n’est qu’en Sème année que l’étude de la syntaxe est complétée.Donc pas un enfant n’ayant fréquenté que l’école de rang n’est dans ce cas.C’est donc trop demander que de vouloir que la petite école où la minorité des enfants seule fait sa 6ème année, donne une formation complète en ce sens.Passons maintenant aux constructions scolaires.Ici M.l’abbé Lapalme force encore la note.Si nous ne pouvons rivaliser avec les États-Unis, par exemple, c’est que notre système, tout à fait sage, laisse aux parents le soin de construire et meubler leurs écoles.Mais qu’avons-nous besoin de châteaux ?De l’air, de la lumière et de la propreté, voilà ce qu’il nous faut.Restent le mobilier et l’aménagement, lesquels pourraient s’améliorer ; pour mon district, l’hygiène marche d’avant.La majeure partie des écoles observent les règlements en ce qui concerne le lavage, le balayage, etc., et je n’ai pas une seule école où VEnseignement primaire ne soit pas conservé, quoique non relié chaque année.Également une enquête sérieuse par toute la Province atténuerait l’affirmation faite à la page 14, 3e paragraphe, lOème ligne.Reste à discuter la question du chant liturgique, solfège, etc.Je crois que le jour où cela sera mis en pratique dans les centres ruraux, nos deux universités actuelles auront plusieurs compagnes et chaque école de rang plusieurs titulaires.Il resterait à discuter le fait que beaucoup d’enfants de 14 et 15 ans ne sont qu’en 3ème et 4ème années.Dans mon district, bien que les chantiers nuisent aux progrès en général, les enfants de 15 ans en 3ème ne sont pas assez nombreux pour justifier cette affirmation.En résumé, l’auteur préconise plusieurs réformes importantes, lesquelles s’établiront avec le temps, mais je le répète, il fait preuve d’un peu trop de sévérité.Sans doute, il reste encore beaucoup à faire, mais “l’état de stagnation” n’est pas aussi complet qu’on le dit.L’école de rang progresse comme nos autres institutions.Laissez-moi terminer par quelques faits touchant mon district en particulier.En 1923, lors de la mise en pratique du programme actuel, j’avais 24 élèves en.5e année et 6ème année inscrits dans les écoles de rangs, cette année ce chiffre at eindra la centaine, je crois.Il y a donc amélioration sur ce point.Il en est de même de l’enseignement en général.Il suffit de se rappeler nos connaissances à l’époque où nous avions 15 ans pour constater qu’il y a améliora- tion._ v Dans mon district, toujours depuis 6 ans, le vieux mobiher est complètement disparu à peu près; plusieurs écoles, au moins 50% des écoles ont été reconstruites ou réparées et plusieurs, sont dotées de latrines sanitaires.En plus, depuis ce temps, 75% des écoles ont des fontaines hygiéniques pour l’eau, etc., etc.Voilà, Monsieur le Surintendant, des faits palpables, montrant que la petite ecole de rang s’améliore de plus en plus.Encore une fois, il reste beaucoup à faire, mais je crois que nous marchons lentement, il est peut-être vrai, mais certainement d’une façon assurée vers le perfectionnement final. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 613 OPINION DE M.A.-H.TREMBLAY Inspecteur d’écoles dans les comtés de Bagot et Drummond, inspecteur depuis 1921 Ï Monsieur le surintendant, En réponse à votre lettre me demandant si l’école du rang progresse oui ou non, j’ai l’honneur de vous transmettre le fruit de mes quelques années d’expérience.Au Saguenay comme dans les comtés de Drummond et Bagot, on ne peut s’empêcher de constater les bons résultats obtenus au point de vue matériel.Les constructions sont plus soignées, les réparations mieux faites rencontrent, en général, les exigences du Bureau d’Hygiène.C’est le point où les affirmations de M.l’abbé Lapalme sont le plus risquées.Si, par contre, on ne se contente pas d’un coup d’œil superficiel; si on pénètre dans l’école, on ne manque pas d’en déplorer l’absolue nudité quant à l’outillage propre à aider un titulaire, en général si peu formé au point de vue psychologique et pédagogique.Qu’on ne soit pas parvenu après tant d’années à leur fournir un secours aussi précieux, me dépasse entièrement.Pour se prononcer sur les progrès de l’école de rang, il ne faut pas seulement se contenter de son apparence extérieure et de son mouvement, qui indiquent un assez bon état de santé, mais bien, ce me semble, analyser sérieusement le bagage intellectuel qu’emporte avec lui l’enfant de douze, treize et quatorze ans dont le stage scolaire est terminé.C’est pour lui que l’école du rang est construite! Quels fruits lui ont laissés sept ou huit ans de fréquentation au point de vue observation, élocution, composition, histoire nationale, comp-tabilité pratique, etc., etc ?Il est décevant au possible d’en faire l’analyse.Nous sommes en mesure de constater quels dégâts deux simples mois de vacances peuvent semer dans l’enchevêtrement des quelques notions collectionnées sans ordre, sans méthode, sans travail de jugement.Il m’est impossible de croire un instant que l’école du rang donne même la moitié de ce que l’on est en droit d’attendre d’elle, après un demi siècle d’existence._ Loin de moi, cependant, la pensée d’en rejeter la faute sur le personnel enseignant; il donne ce qu’il a reçu.A l’âge où une jeune fille pourrait consacrer avec profit une année ou deux années à l’étude de sciences aussi complexes que la psychologie de l’enfance, la pédagogie appliquée, elle entre dans l’enseignement actif.Elle doit lutter pour le maintien de l’ordre, appliquer des méthodes dont elle ne comprend pas le rouage ou l’importance, faire avancer de front quatre, cinq et même six divisions.Joignons à cela les exigences mondaines, le dépit d’un traitement absolument insuffisant, les mille tracasseries de la profession; il n’est donc pas surprenant qu’un si faible percentage parvienne à vaincre la difficulté, à n’être pas enseveli dans des impasses aussi propres à venir à bout des meilleures volontés.Il n’y a donc pas à être surpris qu’il y ait si peu de différence, après quelques années, entre un enfant qui a quitté l’école à quatorze ans et un autre qui ne s’est rendu qu’à la communion solennelle; c’est-à-dire en deuxième ou troisième année.Il y a d’heureuses exceptions, sans doute, mais leur nombre, tellement restreint, ne fait que confirmer la règle._ D’ailleurs, craignant d’être seul à partager cet état d’esprit que l’on taxe facilement de pessimisme, j’ai fait une enquête assez sérieuse auprès de personnes assez bien placées pour juger, notaires, avocats, employant secrétaires, sténographes, industriels, directrices de pensionnats, directeurs de juvénats, collèges commerciaux et autres, enquête qui a retardé l’envoi de ces observations.Partout on déplore le nombre grandissant d’enfants sachant une pincée de tout, mais rien de solide, même au sujet des éléments.Encore n’ont-ils eu affaire qu’à l’élite! Que penseraient-ils de la masse, sans but, sans idéal, qui fait le stage scolaire pour faire comme les autres ?L’insouciance d’un grand nombre de commissaires d’écoles n’est pas étrangère à cet état de chose.Une économie qui touche à l’avarice, semble pour beaucoup le seul programme rencontrant les vues des électeurs.Une suffisance inexpliquable complète une lacune aussi funeste; pratiquement jamais on demande des renseignements au sujet des institutrices à engager ou à déplacer.Que peut faire l’inspecteur d’écoles avec la seule persuasion ?U y a de réels progrès là où il a le droit de sanction comme au sujet des constructions ou réparations.Ailleurs on suit quand ça fait l’affaire, ou que ça ne nuit pas trop. 614 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Il a d’aussi nombreuses qu’utiles suggestions à faire, et souhaite la venue du jour où un corps de techniciens, aussi bien placé que lui pour observer le fonctionnement de tous les rouages du domaine de l’éducation, sera greffé au Comité catholique afin de faire connaître l’exacte situation et les moyens à prendre pour donner à l’école du rang et à l’école primaire en général, en plus de la vie matérielle, sa réelle efficacité, afin qu’elle puisse relever au plus tôt le niveau intellectuel du peuple en outillant, pour les besoins de la vie, ceux qui la fréquentent.Il y a tant de marge entre la pauvre réalité et les poussées vers l’idéal de M.l’abbé Lapalme qu’il n’y a pas moyen de faire fausse route! Je suis tout de même heureux de féliciter M.l’abbé Lapalme de sa franchise, quelque peu brutale parfois, mais propre à faire ouvrir les yeux à bien des gens vivant dans une trop heureuse quiétude.Voilà, M.le Surintendant, les fruits d’une observation assez avertie et assez attentive pour s’efforcer de rendre fructueuse une institution de toute première importance, qu’est l’école primaire.14 février, 1930 OPINION D’UNE INSTITUTRICE D’ÉCOLE DE RANG Mademoiselle Marielle Germain, Cap-Santé, comté de Portneuf Monsieur le Surintendant, Les intéressantes observations qui paraissent dans YEneseignement primaire, au sujet du livre de M.l’abbé Lapalme “Un pèlerinage à l’École de Rang’’ m’ont incitée à prendre connaissance du livre en question, et, après l’avoir lu attentivement, je me permets de venir vous faire part de mes impressions.Je ne saurais dire comme il m’a été pénible de voir si sévèrement déprécier le travail et le dévouement de l’institutrice.On dit quelquefois que l’enseignement est une tâche ingrate.Je n’ai jamais aussi amèrement ressenti l’ingratitude de ma profession qu’en lisant le livre de M.l’abbé Laplame.L’inspecteur, digne d’éloges, a la compétence, la culture, le zèle de sa profession; il maintient l’école dans une saine et perpétuelle alerte.Et cependant l’école rurale a retraité sur tous les points de la culture générale.La faute retombe donc uniquement sur l’institutrice.Celle-ci, sans éducation, sans compétence, imparfaitement préparée, insuffisamment cultivée, manque de goût et de volonté; elle n’use que de moyens livresques, ne connaît pas l’art de faire travailler les enfants, n’a pas la prévoyance du tableau noir; elle ne prépare pas sa classe, elle s’abandonne aux*hasards de l’improvisation; elle ne prend aucune note des succès de ses élèves et distribue des récompenses au petit bonheur de sa mémoire, de ses sympathies ou de son humeur.Quelle calomnie! L’institutrice de l’école rurale, qui a charge des six années du cours élémentaire, qui doit faire observer exactement le même programme que l’institutrice des grands centres qui n’enseigne qu’à une année du cours, devrait de plus enseigner le solfège, le chant religieux, la tenue de la maison, les soins du ménage, l’art culinaire, la confection, la mode, la broderie, l’art de raccommoder, voire même la construction, l’électricité, le mécanisme.Elle devrait aussi cultiver un parterre de fleurs, soigner une couche-chaude, un jardin et enfin aménager des poules et des abeilles.Quelle belle idée! Des enfants d’école jouant autour des ruches d’abeilles!! L’intérêt serait piquant, dit l’auteur.Les résultats le seraient davantage.Un jardin a besoin de petits soins tout l’été; la ruche demande le plus de surveillance au mois de juillet, époque de l’essaimage.L’auteur l’ignore-t-il, ou s’il veut condamner l’institutrice à passer l’été à l’école?Elle n’a pas le droit, elle, de se reposer, de vivre sa vie de famille.Ah! si M.l’abbé Lapalme avait le pouvoir de Josué, il arrêterait volontiers le soleil pour prolonger le travail de l’institutrice! Je n’ai pas eu l’avantage de visiter le nombre exhorbitant de soixante écoles pour juger toutes celles de la province, mais il y a en au moins une que je connais dans tous ses détails et qui ne ressemble en rien à la caricature qu’en fait M.l’abbé Lapalme.“Il n’est pas possible de mener trois divisions de front” lisons-nous à la page 143.J’en ai toujours eu quatre, quatre divisions bien distinctes, comprenant chacune deux années du cours réunies (sauf le cours préparatoire qui est toujours seul).11 faut préparer sa classe afin de trouver de l’occupation pour tout ce monde-là; il faut travailler pour ne pas condamner les enfants à piétiner sur place.L’institutrice de l’école rurale travaille bien autrement que ne le pense M.l’abbé Lapalme.“Lorsque nos enfants de l’école rurale arrivent au collège, on est forcé de les plaquer en troisième ou en quatrième année” page 143. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 615 De mes trois grands garçons finissants de l’année dernière, l’un est entré au collège classique, en éléments latins et les deux autres ont subi avec succès l’examen d’admission à l’école Technique.Cependant, je me classe volontiers au nombre des institutrices médiocres puisque au cours de quinze années d’enseignement, je n’ai pas mérité une seule gratification, pas même la note ‘‘excellente” de la part de l’inspecteur.Par conséquent, combien de succès plus brillants resteront toujours sous le voile de la modestie! Je ne disconviens pas que l’école rurale ait besoin d’améliorations, et je suis des mieux disposées du monde à introduire graduellement dans mon enseignement toutes les réformes possibles; mais cette manière d’accumuler à la fois tous les défauts réels et imaginaires pour les faire voir à travers une loupe, me semble tout à fait antipédagogique.L’exagération, pour ne pas dire l’absurdité, de certains passages, a pour effet de dissimuler ce que le livre a de bon.Et pourtant il y a certaines suggestions qui seraient très efficaces et d’application possible, notamment le projet de grands examens préparés par un bureau central pour les différentes années du cours.En établissant une comparaison sérieuse entre les élèves des différentes écoles, ces examens auraient pour résultats de créer de l’émulation chez les élèves et les institutrices, d’aider celles-ci à suivre plus exactement le programme, d’établir un classement uniforme entre les élèves du même cours dans les différentes écoles.Présentement, il arrive que des élèves classés en cinquième année dans une école ne pourraient suivre la quatrième dans une autre, et les primes sont recueilhes par les institutrices les plus indulgentes.De plus, de tels examens serviraient à démontrer incontestablement si les diplômées du Bureau central sont inférieures aux normahennes.Veuillez excuser, Monsieur le Surintendant, cette liberté audacieuse avec laquelle je me permets de vous exprimer mon opinion et croyez-moi toujours.Votre très humble et très obéissante servante, Marielle Germain, Institutrice.MÉTHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUÉE A L’ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE ET A L’ÉCOLE NORMALE (Pour VEnseignement 'primaire) ANDROMAQUE, Acte III, sc.8 ANDROMAQUE Dois-je les oublier (1), s’il ne s’en souvient plus ?Dois-je oublier Hector privé de funérailles, Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, Ensanglantant l’autel qu’il tenait embrassé ?5 Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, Entrant à la lueur de nos palais brûlants, Sur tous mes frères morts se faisant un passage, 10 Et de sang tout couvert échauffant le carnage.Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, (1) Les exploits sanglants de ce Pyrrhus qui veut l’épouser. 616 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue.Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vue; Voilà par quels exploits il sut se couronner; Enfin voilà l’époux que tu me veux donner! Non, je ne me ferai point complice de ses crimes; Qu’il nous prenne, s’il veut, pour dernières victimes.Tous mes ressentiments lui seraient asservis! CÉPHISE Hé bien! allons donc voir expirer votre fils: On n’attend plus que vous.Vous frémissez, Madame! ANDROMAQUE Ah! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme! Quoi?Céphise, j’irai voir expirer encor, Ce fils, ma seule joie, et l’image d’Hector: Ce fils que de sa flamme il me laissa pour gage! C’était, je m’en souviens, le jour que son courage Lui fit chercher Achille ou plutôt le trépas, Il demanda son fils et le prit dans ses bras; "Chère épouse, me dit-il, en essuyant mes larmes, J’ignore quel succès le sort garde à mes armes; Je te laisse mon fils pour gage de ma foi; S’il me perd, je prétends qu’il me retrouve en toi.Si, d’un heureux hymen la mémoire t’est chère, Montre au fils à quel point tu chérissais le père.” Et je puis voir répandre un sang si précieux?Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux?Roi barbare, faut-il que mon crime l’entraîne (1) ?Si je te hais, est-il coupable de ma haine ?T’a-t-il de tous les siens reproché le trépas ?S’est-il plaint à tes yeux de maux qu’il ne sent pas ?Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n’arrête Le fer que le cruel tient levé sur ta tête._ Je l’en puis détourner, et je t’y vais offrir?Non, tu ne mourras point; je ne le puis souffrir.Allons trouver Pyrrhus.Mais non, chère Céphise, Va le trouver pour moi.CÉPHISE Que faut-il que je dise ?ANDROMAQUE Dis-lui que de mon fils l’amour est assez fort.Crois-tu que dans son cœur il ait juré sa mort ?L’amour peut-il pousser si loin sa barbarie ?CÉPHISE Madame, il va bientôt revenir en furie.ADROMAQUE Eh! bien, va l’assurer.(1) Avec moi, dans l’expiation, dans la mort.15 20 25 30 35 40 45 50 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 617 CÉPHISE De quoi ?De votre foi ?ANDROMAQUE Hélas ! pour la promettre est-elle encore à moi ?55 O cendres d’un époux, ô Troyens, ô mon père, O mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère! Allons ! CÉPHISE Où donc, Madame, et que résolvez-vous ?ANDROMAQUE Allons sur son tombeau consulter mon époux.\ * * * L’étude qui suit est trop longue pour que nous puissions y ajouter notre commentaire littéral habituel.Le texte n’offre d’ailleurs aucune difficulté.Tout au plus, le v.20 exige-t-il une explication.En épousant Pyrrhus, Andromaque lui ferait le sacrifice de ses ressentiments, de sa colère.Elle s’y refuse.ANALYSE LITTÉRAIRE I.L'Action et les Sentiments.Cette scène centrale A Andromaque (III, 8) montre avec une force particulière l’héroïne racinienne prise entre deux devoirs contradictoires.Veuve d’Hector, elle croit devoir repousser la main que lui offre le roi Pyrrhus, fils du meurtrier de son mari.Mais sa fidélité conjugale risque de perdre son fils Astyanax; car, usant d’une odieuse pression, Pyrrhus menace de livrer l’enfant aux Grecs qui le réclament, et ainsi de faire payer au fils le refus de la mère.Cruelle alternative, implacable dilemne.Voyons-le se développer.Confidente d’Andromaque, Céphise vient de plaider en faveur de ce Pyrrhus qui est prêt à démentir pour celle qu’il aime ses sentiments d’autrefois et ses “exploits” passés.Ce seul mot Ôl exploits éveille chez Andromaque une vision d’horreur.L’évoquer, c’est pour elle revivre une catastrophe domestique et nationale.L’émotion d’ailleurs l’empêche d’en dissocier les deux éléments, et de les distribuer suivant les lois d’une composition rigoureuse.Elle revoit d’abord son mari: Dois-je oublier Hector privé de funérailles Et traîné sans honneur autour de nos murailles; et son beau-père : Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, Ensanglant l’autel qu’il tenait embrassé ?Mais bientôt la vision s’élargit, comme la blessure faite jadis à son cœur, et la Troyenne s’émeut après l’épouse: Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.Pareillement, quand, d’un trait rapide, elle aura montré “tous ses frères morts”, de nouveau le désastre lui apparaît dans sa généralité: songe aux cris des mourants, D ans la flamme étouffés, sous le fer expirants. 618 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais une figure domine pour elle toutes les autres, figure horrible du vainqueur implacable: Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, Entrant à la lueur de nos palais brûlants, Sur tous mes frères morts se faisant un passage, Et de sang tout couvert échauffant le carnage.Elle peut alors faire un retour sur elle-même: Peins-toi dans ces horreurs, Andromaque éperdue; ce sera pour dresser de nouveau sous nos yeux l’image dont elle reste obsédée : Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vue.Voilà par quels exploits il sut se couronner.Tableau admirable en soi donc.Depuis l’indication sommaire du décor (la lueur des palais brûlants), jusqu’à la rencontre d’Andromaque avec Pyrrhus, tous les détails y sont qui peuvent évoquer l’image à la fois précise et poétique d’un massacre: la nuit traversée de lueurs sinistres, les cris confondus et divers des combattants, l’entassement des victimes, l’irruption des vainqueurs, et jusqu’aux lointaines conséquences de la défaite (“cette nuit cruelle qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle”, voilà l’élargissement poétique.) Mais cette évocation pathétique est de plus dramatique, au sens propre du mot.Démonstration passionnée, chaque trait y devient un argument irréfutable.Andromaque l’impose à Céphise avec une irrésistible vigueur: Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle.Figure-toi Pyrrhus.Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants.Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue.Il y a dans cette succession d’appels autre chose qu’un artifice d’exposition; il y a un procédé de discussion, un mode de réfutation qui aboutit à un reproche douloureux: Enfin voilà l’époux que tu me veux donner! puis une résolution farouche, contraire justement à celle que préconisait Céphise: Non, je ne serai point complice de ses crimes; Qu’il nous prenne, s’il veut, pour dernières victimes.Tous mes ressentiments lui seraient asservis! Ainsi cette évocation du passé non seulement renouvelle d’anciennes souffrances, mais relie ce passé au présent et en dégage les conséquences fatales.C’est dire qu’elle est tout à la fois lyrique et dramatique., .Cependant le refus d’Andromaque, si sincère, si énergique, si légitime sort-il, ce refus ne peut tenir devant cette seule phrase de Céphise: Eh bien! allons donc voir immoler votre fils.On n’attend plus que vous.A ces mots, Andromaque ne se contente pas de “frémir”: évoquant d autres souvenirs, elle se rappelle d’autres devoirs, elle sent l’amour maternel se dresser contre 1 intransigeance de sa fidélité conjugale.Son incertitude s’aggrave, et aussi son tourment.Un cri d’abord devant l’image qu’elle avait voulu oublier: Ah! de quels souvenirs viens-tu frapper mon âme! Puis un recul devant Quoi?Céphise, j’irai voir expirer encor Ce fils, ma seule joie, et l’image d’PIector: Ce fils que de sa fiamme il me laissa pour gage ! Trop simple, trop sincère, pour affecter une vertu surhumaine, elle fait un rapide retour sur elle-même: Mon fils, ma seule joie. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 619 Mais aussitôt à l’image du fils elle associe l’image du père, et celle-ci va dominer tout le tableau.En effet, ces simples mots “l’image d’Hector” évoquent pour Andromaque la scène des derniers adieux; elle la revit, et s’effaçant derrière le héros qu’elle aima, elle le ressuscite pour nous avec une simplicité pathétique: Hélas! je m’en souviens, le jour que son courage Lui fit chercher Achille ou plutôt le trépas, Il demanda son fils et le prit dans ses bras et si, sur son ordre même, elle se montre à ses côtés, c’est en confidente, en dépositaire, en exécutrice fidèle de sa pensée suprême: Chère épouse, dit-il, en essuyant mes larmes, (1) .l’ignore quel succès le sort garde à mes armes; Je te laisse mon fils pour gage de ma foi: S’il me perd, je prétends qu’il me retrouve en toi.Si, d’un heureux hymen la mémoire t’est chère, Montre au fils à quel point tu chérissais le père.Ici, même réaction que plus haut.De même qu’ayant évoqué les horreurs du siège, Andromaque s’insurgeait contre toute alliance avec le vainqueur, de même, ayant revu le petit Astyanax aux bras d’Hector, elle se révolte à l’idée de le voir mourir: Et je puis voir répandre un sang si précieux ?Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux ?Comme tout à l’heure encore, son indignation se tourne toute contre Pyrrhus: Roi barbare, faut-il que mon crime l’entraîne ?Si je te hais, est-il coupable de ma haine ?T’a-t-il de tous les siens reproché le trépas ?S’est-il plaint à tes yeux de maux qu’il ne sent pas ?Ainsi semble-t-elle, après un détour, revenir à sa résolution première : refus d’épouser le roi : ainsi nous associe-t-elle aux contradictions de son cœur désemparé.Mais le danger est proche, imminent: Mais cependant, mon fils, tu meurs, si je n’arrête Le fer que le cruel tient levé sur ta tête.Quelle responsabilité pour la veuve d’Hector! Je l’en puis détourner, et je t’y vais offrir ?Formuler cette hypothèse, c’est la rendre impossible: Non, tu ne mourras point; je ne le puis souffrir.Andromaque se résigne à l’inévitable: Allons trouver Pyrrhus.L’évolution semble achevée, la conversion totale.Mais non ! Pas plus que son refus premier n’a pu tenir contre l’idée de voir immoler Astyanax pas plus le salut même de son enfant ne pourrait la jeter aux pieds de Pyrrhus.Elle opère donc un premier recul: Mais non, chère Céphise Va le trouver pour moi, (1) Quel hommage rendu, en passant, à la délicatesse d’Hector ! 620 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Son embarras n’est pas diminué pour autant; même par intermédiaire, elle se refuse aux engagements définitifs; et quand, pressée de se résoudre enfin, elle paraît s’y résigner, elle nous rejette dans l’incertitude: Allons sur son tombeau consulter mon époux.Ainsi l’action n’a-t-elle pas avancé d’un pas, et la scène est-elle parfaitement vide d’événements.Elle n’en est pas moins émouvante et vivante.Le drame, en effet, ce n’est pas seulement la succession d’incidents ou de péripéties; c’est aussi la souffrance des âmes et leurs luttes.Or quelle âme plus douloureuse qu’Andromaque ?Un passé sanglant l’écrase de son horreur toute proche encore; un danger nouveau la menace dans son fils; elle n’y peut y échapper sans manquer à un devoir sacré; d’autre part, fidèle à ce devoir, elle manque à un autre non moins cher, non moins impérieux.Son cœur pur, loyal et tendre se débat en vain; un dilemne l’enserre d’où elle ne peut échapper qu’en y laissant des lambeaux d’elle-même : O cendres d’un époux! ô Troyens! ô mon père! O mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère! Encore une fois, quelle situation plus tragique, et quelle lutte plus héroïque d’une femme malheureuse contre soi-même et contre le destin ?II.Style et Versification.Dans chacun de ces couplets Andromaque appelle des souvenirs au secours de sa volonté incertaine.Ces souvenirs, très différents, provoquent en elle des émotions diverses; à cette diversité des sentiments correspond une heureuse diversité du style.Première évocation: la ruine de Troie, l’irruption des vainqueurs.Donc vision d’horreur; et c’est bien un frisson d’horreur que nous communiquent ces vers denses, solides, où des épithètes, des attributs énergiques ajoutent à la force première des substantifs.Et dans la simplicité même quelle tragique poésie! Un même nom employé d’abord au propre, puis au figuré, grâce à une épithète hardie, et voilà sous nos yeux le tableau d’une désolation infinie : Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.Tableau précis cependant aux détails heureusement distribués Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants, Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.Mais la description n’est pas à elle-même sa propre fin; elle n’est qu’un moyen de discussion, car tout tend ici à une démonstration: chaque trait prouve qu’Andromaque ne peut pas épouser Pyrrhus.Aussi tout le morceau prend-il une forme oratoire.Andromaque réplique d’abord à un argument de Céphise en faveur de Pyrrhus; elle le fait avec une indignation vigoureuse qu’exprime bien la série des interrogations: Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus?Dois-je oublier Hector.Dois-je oublier mon père.Puis à la même Céphise elle fait, pour ainsi dire, le procès de Pyrrhus; elle lui propose, elle lui impose ses preuves.Elle force son attention, pour emporter sa conviction.D’où cette suite d’impératifs: Songe, songe, Céphise.Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants.Figure-toi Pyrrhus.Peins-toi dans ces horreurs.Il lui est alors facile d’étaler la monstrueuse inconvenance de l’hymen projeté.Cette preuve dernière elle l’assène par trois fois à sa confidente, mais avec une indignation croissante: Voilà comment Pyrrhus s’est offert à ma vue; Voilà par quels exploits il sut se couronner; Enfin voilà l’époux que tu me veux donner! L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 621 Il ne lui reste qu’à conclure: elle le fait en trois phrases nettes, tranchantes: Non, je ne me ferai point complice de ses crimes; Qu’il nous prenne s’il veut pour dernières victimes.Tous nos ressentiments lui seraient asservis! Ainsi trouvons-nous ici les procédés essentiels du style oratoire: Nous les chercherions vainement dans le second tableau tracé par Andromaque.Sans doute cette nouvelle évocation du passé prend, elle aussi, la valeur d’un argument.Pas plus qu’elle ne peut épouser Pyrrhus, Andromaque ne peut laisser périr Astyanax Son fils, sa seule joie, et l’image d’Hector.Mais tandis qu’avec une horreur frémissante elle exploitait contre Céphise la vision de Pyrrhus.les yeux étincelants Entrant à la lueur de ses palais brûlants; tout au contraire, elle s’arrête avec complaisance au dernier souvenir de sa vie familiale.Aussi, après trois vers qui ont encore quelque chose d’oratoire (v.v.24-26, répétitions, exclamations), n’apporte-t-elle plus que des paroles d’une exquise suavité dans leur simplicité souveraine : Hélas! je m’en souviens, le jour que son courage Lui fit chercher Achille ou plutôt le trépas, Il demanda son fils et le prit dans ses bras : Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes, J’ignore quel succès le sort garde à mes armes.Je te laisse mon fils pour gage de ma foi.S’il me perd, je prétends qu’il me retrouve en toi, Si, d’un heureux hymen la mémoire t’est chère, Montre au fils à quel point tu chérissais le père.Pas une épithète, pas une image.Les mots les plus ordinaires; la construction la plus élémentaire; et cependant quelle pathétique douceur! La délibération reprend ensuite, douloureuse, passionnée; avec elle, le ton et les procédés oratoires : répétitions, exclamations, apostrophes, interrogations.Enfin, comme plus haut, décision rapide énoncée en un vers énergique.Au lecteur expérimenté ces indications suffiront sans doute pour les appuyer, les éclairer de tous les exemples nécessaires.Sur la versification quelques mots suffiront.Le rythme s’adapte parfaitement au mouvement de l’esprit ou du cœur.A une émotion vive correspond un vers non pas brisé certes, ni même irrégulier, mais fibre dans son allure et vibrant comme une flèche : Ah! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme! Quoi! Céphise, j’irai voir expirer encor, Ce fils, ma seule joie, et l’image d’Hector.Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage ! Au contraire, à une détente des nerfs et de l’âme, correspond une mélodie simple, régulière, aisée et douce: Hélas! je m’en souviens, etc.Nous ne citons pas de nouveau cette strophe; elle chante déjà dans vos mémoires.Quant à la rime (ici encore, nous nous en tenons au second couplet), on y chercherait vainement une faiblesse.Deux adjectifs seulement, et encore rimant chacun avec un substantif: (chère-père v.v.34-35,) (précieux.aïeux v.v.36-37).Partout ailleurs, des substantifs, des verbes, un ou deux adverbes seulement.Pas de rime riche, il est vrai; et, même, la consonne d’appui est rare (trépas.pas, v.v.40-41), (offrir.souffrir, v.v.42-43).Mais partout une rime suffisante, et surtout, je le répète, constituée par des mots expressifs, importants.Donc excellente rime de théâtre; assez forte pour bien marquer le rythme; assez discrète pour ne pas retenir sur elle seule une attention qui doit aller d’abord aux sentiments exprimés.Gaillard de Champris. 622 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE Notions de perspective rectiligne (Droits réservés) AVRIL 1930 Encore quelques détails, puisque nous en sommes arrivés aux explications théoriques de la perspective rectiligne.Dans une première étude, les objets considérés étaient rangés dans un ordre convenu, tous placés droits en face du spectateur, et présentant leurs lignes principales parallèles au plan transparent (lignes de front) ; et aussi leurs lignes de bout perpendiculaires au tableau se rapportant au point de vue (convergentes).Une seule difficulté a été ainsi abordée, et l’on a atténué la déformation trop apparente des angles, qui nécessiterait une recherche trop laborieuse.Car toute ligne de front garde sa vraie position et sa vraie grandeur.Les lignes de saillies ou d’enfoncement, dirigées au point de vue, marquent l’éloignement que poursuit le regard du spectateur, pour atteindre d’autres objets vus en arrière-plan.On fera aisément constater par les élèves que les lignes de même dimension vues de près paraissent plus longues que quand elles sont vues de loin, en arrière-plan (fig.4, a, b, c.) ; de même aussi, les lignes vues obliquement subissent des raccourcis, perdent de leur dimension véritable, jusqu’à ne laisser voir qu’un point.(Figure 5).Or, comme la perspective a pour but de donner Vapparence des objets plutôt que leur forme réelle, il faudra donc diriger l’observation des élèves sur ces déformations et raccourcis, occasionnés par l’éloignement relatif des objets, ou des parties d’un même objet.Désormais, les modèles vus dans une position quelconque, leur position naturelle, offriront une difficulté de plus à l’étude.Jusqu’ici, les parallèles de bout avaient leur point de convergence tout assigné, vers le point de vue, sur l’horizon; et maintenant, tout autre système de parallèles non conforme au tableau transparent, ni à la direction du rayon visuel, prendra une direction toute autre, qu’il nous faudra chercher, étudier, contrôler avec soin et plus d’attention.Le point de rencontre de deux soi-disant parallèles déterminera le point de fuite, vers lequel tendront toutes autres ]ignos fuyantes qui soient conformes aux deux premières.La direction apparente des lignes sera donc le grand point à l’étude.Les raccourcis de lignes qui obliquent en tous sens expliquent la déformation dans l’apparence des surfaces.C’est l’occasion de faire remarquer les rapports de grandeur des angles que présentent les obliques entre elles ou avec l’horizon L.H., ou avec la verticale (le fil à plomb).Or, cette étude des angles, observée sur objets, n’est pas une mince besogne pour le maître, et ne doit être abordée qu’au cours supérieur (5e et 6e années).Telle forme rectangulaire, boîte, livre, brique, chambre, garde toujours en soi ses lignes perpendiculaires ou parallèles entre elles.Mais l’apparence sera toute autre, si elle est placée obliquant au mur, à droite, à gauche, plus ou moins éloignée de la ligne d’horizon.Les angles droits des surfaces rectangulaires sont devenus aigus et obtus, par paires opposées.L’élève en général ne se rend pas compte de cette déformation; il reconstitue mentalement la figure avec angles droits aux quatre coins et la copie qu’il en trace accuse son erreur d’observation.Pour se rendre compte de l’obliquité des lignes, on se servira du crayon tenu au bout du bras, en faisant observer qu’il faut lui donner non la pente réelle, mais l’inclinaison apparente, d’une ligne de front.L’élève a toujours une tendance à donner au crayon la même direction que la ligne observée, ce qui est cause que l’erreur persiste.Mais non, il faut tenir son crayon droit en face de soi, toujours perpendiculaire au rayon visuel.Le contrôle des angles plus aigus ou plus obtus des surfaces, peut se faire à l’aide du compas plus ou moins ouvert, placé droit en face de l’observateur, (le grand compas à tableau).On con-selle aussi l’équerre mobile du menuisier.On arrivera ainsi par tâtonnement à donner assez de précision aux pentes de diverses concourantes pour déterminer approximativement le point de fuite, et garder la forme apparente d’ensemble donnée à l’objet.A la suite des observations dont on vient de parler, il convient de tirer quelques remarque?et définitions précises, et de les fixer comme autant de jalons dans l’esprit et la mémoire des jeunes artistes qui auront à pratiquer ensuite ces règles élémentaires de la perspective d’observation, On pourra consulter avantageusement le “Cours pratique de dessin d’observation” par les Sœurs de Sainte-Croix, page 42 et suivantes.A.Longueur des lignes: Une ligne de même grandeur qu’une autre parait plus courte, si elle est plus éloignée.La ligne de front au premier plan est prise comme unité de mesure.Figure 4 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 623 piG./j.D'iSTANGES Concourantes / , DIMENSION APPARENTE .® „ ***'** * -v.PtG.5.KaccourcÏs"- ET TuYANTES I /y PiG.C Taralleles.Fig.y.Obliques au Tableau.Les Lignes farallèies de Bout sont CoRCûtiramtes, dans la rion du Point de Vue - V HORIZONTALES.Points de Tui'te FF L ____ CfeifevEs Dg.S y.* VD T ’VANTÉSper-'^ Faraueles PERPENDICULAIRES AU MUR.L F AU -j .^ { 7/ —f r/fî/û 624 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE a, b, c.La mesure est prise à l’œil, au jugé; l’élève pourra s’aider du crayon porté au bout du bras, à hauteur de l’œil.Le pouce marque la distance de l’extrémité du crayon.La ligne vue obliquement parait raccourcie; la ligne de bout se réduit à un point, si elle est dirigée vers l’œil du spectateur.Figure 5.Des lignes fuyantes de même longueur paraissent de plus en plus courtes à mesure qu’elles s’éloignent de l’œil du spectateur,.B.Direction des lignes: La ligne verticale reste toujours verticale en apparence.La ligne de front (parallèle au mur transparent) garde sa même position en apparence, qu’elle soit horizontale, verticale ou oblique.Les lignes perpendiculaires au mur transparent, ou parallèles aux regards du spectateur convergent vers un même point principal, ou point de vue.Les horizontales obliques au mur transparent, paraissent descendre ou monter.Les obliques dirigées dans le même sens (parallèles entre elles) convergent vers un même point de fuite.Elles sont dites fuyantes vers un point céleste, si leur point de rencontre est au-dessus de l’horizon; ou vers un point terrestre, s’il se trouve au-dessous de l’horizon.Pour trouver le degré d’inclinaison d’une oblique fuyante, on la compare à l’horizon, ou à la verticale (fil à plomb).L’ensemble de ces lignes forme les surfaces.Par suite des raccourcis des lignes, une surface paraîtra plus rétrécie, si elle est vue obliquement, très près de l’horizon, ou très près du point principal.SUGGESTIONS POUR AVRIL 1930 Cours Inférieur: Ire et 2e Années I.—Genre perspectif.—Le canif est une lame ouverte, ou deux lames à demi fermées.Le bénitier suspendu à la porte.(Supprimer la difficulté de détails inutiles).Outils: Le coupe-papier; le tranchet, le perçoir, et l’alène du cordonnier.II.—Genre décoratif.—Courbe d’une feuille simple, laurier, lilas; découper le papier de couleur en forme de feuilles, puis alignement, et copie de ces alignements.III.—Genre géométrique.—Courtes explications sur la forme courbe; rondeur des figures découpées: feuilles de laurier, de lilas.Lettrage: Former les lettres à rondeur, telles que: O, — C, — G, — Q.Découper le modèle en papier, puis reproduire en dessin.IV/—-Dessin de mémoire ou libre.— Le poisson, la toupie, le cerf-vola,nt.Attitudes (genre squelette), fabrication de la “tire”.Cours Moyen: 3e et 4e Années I.—Genre perspectif.—Faire usage de la perspective cavalière.Une brique, un pain de sucre d’érable, — l’intérieur de l’appartement, y compris une porte ouverte, ou le châssis ouvert.Outils : Égohine du menuisier, grande scie avec montant, et chevalet, — chaudière avec chalumeau ou godrille fixés au pied de l’érable.II.—Genre décoratif III.—Genre géométrique technique.— IV.—Dessin de mémoire libre.— —Composer une descente de lit (tapis à franges).Disposition en semis de feuilles ou fleurs, à distance uniforme, de manière à former une tapisserie.Motif employé: la tulipe, le lis, le muguet.Filet ornementé: Utiliser les boucles, — les flots, u Croquis géométral coté: Dessin exécuté à domicile; La table du salon; — Le poêle de cuisine tracé à grandes lignes; éviter les détails trop minutieux.Dessin industriel: Étude et copie de l’échelle réduite à moitié, dite de six pouces au pied;—puis de l’échelle réduite au quart, dite de trois pouces au pied.Copie de l’échelle sur le cahier, puis sur bande de papier: “échelle volante.” Exercices de lettrage: Pâques, retour du printemps, u Retour des oiseaux: maison d’oiseaux, géôle.Une érablière.Attitudes: Les scieurs à l’ouvrage.La première battée de sucre (cuisson). L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 625 Cours Supérieur: 5e et 6e Années I.—Genre perspectif.—Recherche du point principal—point de vue, et des points de fuite.“Explications et exercices divers au moyen d’instruments de précision”.R.C.C.page 144.Prendre comme application, un bloc rectangulaire quelconque, la livre de beurre, une pile de üvres, diverses surfaces ou panneaux, châssis, le paravent, l’intérieur de la classe, etc.Outils: Rabot ou varloppe du menuisier, l’oiseau à mortier du maçon, l’auge servant d’abreuvoir aux bestiaux.II.—Genre décoratif.—La vitrine du magasin à décorer : motif employé, les œufs de Pâques.—Disposition symétrique ou rayonnante de motifs choisis, imitant le genre tapis.Motif : feuille, fleur ou bourgeon printaniers.Filet ornementé: Utiliser les oves, — les raies de cœur.(Larousse, Ornement).III.—Genre géométrique ou technique.— Croquis géométral coté: Reproduire à grands traits la maison paternelle, élévation, façade seulement, puis indiquer les mesures sur le dessin achevé.Tracer le plan du parterre de l’école, agrémenté de corbeilles de fleurs, indiquer ensuite les mesures projetées.Dessin industriel.Étude et tracé de diverses échelles réduites, inférieures à l’échelle naturelle.On pourrait s’aider au besoin du triangle divisé en douze parties égales.Tracer l’échelle volante de proportion indiquée, puis reproduire au bas du dessin la même échelle réduite.Exercices de lettrage: Étude de l’écriture moulée, majuscules et minuscules avec jambages pleins et déhés.Ajouter les ornements ou traits au haut et au bas des jambages.Utiliser l’écriture moulée dans les titres et sous-titres du dessin.IV.—;Dessin de mémoire ou libre.— Élément de paysage.Scène printanière: les Sucres; la cabane à sucre; fabrication du sucre; une partie de sucre en famille.Frère Prosper, É.C., Inspecteur du dessin, Commission scolaire de Québec.L’HISTOIRE NATURELLE A L’ECOLE PRIMAIRE Les animaux à fourrure (suite) {Pour VEnseignement primaire) Le Renard Le Renard est un carnassier appartenant à l’ordre des mammifères et au sous-ordre des Digitigrades; dans cette subdivision sont classés les animaux qui, en marchant, s’appuient autant sur les doigts que sur la plante des pieds.Ils se divisent en cinq familles; celle des Martres, des Chiens, des Chats, des Hyènes et des Civettes.Seules les deux dernières n’ont pas de représentants dans notre faune.Le genre Renard (Vulpes) appartient à la famille des Chiens et se reconnaît aux signes suivants:^ Canines séparées des molaires, les trois premières molaires séparées entre elles; Pupille verticalement; queue longue et touffue, museau pointu.Ces animaux exhalent une odeur fetide.Notre faune en compte quatre espèces à savoir: 1.Le Renard bleu (Vulpes lagopus).Son pelage très long et laineux est tantôt d’un cendré roncé, tantôt blanc.Il se rencontre au Labrador et sur le littoral de la Mer glaciale. 626 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 2.Le Renard croisé (Vulpes decussatus).D’un gris noirâtre plus foncé vers les parties supérieures de manière à simuler une croix aux lignes transversales des épaules et du dos.Poils annelés de gris et de blanc.Extrémité de la queue blanche.3.Le Renard argenté (Vulpes argentatus) ou le Renard noir est parfois entièrement noir avec le bout de la queue, l’intérieur des oreilles et le dessus des sourcils blancs; cependant, le plus souvent il est piqueté de blancs excepté aux oreilles, aux épaules et à la queue.Il est plutôt rare.4.Le Renard fauve (Canis fulvus).C’est le plus commun.Son pelage est d’un fauve plus ou moins roux en dessus et blanc sur les parties inférieures, de même qu’à l’extrémité de la queue.A l’état sauvage, le Renard habite un terrier qu’il se creuse dans le sol ou entre les racines d’un vieil arbre.Il se nourrit d’oiseaux, d’écureuils, de lièvres etc.Aussi rusé que hardi, il quitte parfois la forêt, visite les basse-cours, étrangle les volailles et les transporte à son terrier.Il flaire sa proie de loin et fait preuve d’une finesse consommée lorsqu’il s’agit d’éviter les pièges du chasseur ou de dépister les chiens lancés à sa poursuite.Les moyens qu’il a ainsi employés pour échapper à ses ennemis lui ont valu de tout temps sa réputation de ruse devenue légendaire et en ont fait, dans les fables, le héros d’un nombre incalculable d’aventures.Depuis bien longtemps les Renards croisés, les noirs et surtout les argentés, sont très recherchés pour la richesse de leur fourrure.Vu la rareté toujours croissante de ces espèces, on en a tenté l’élevage en captivité.Les premiers essais de domestication commencèrent en 1880 et furent d’abord tenus secrets.Lorsque plus tard le secret s’ébruita, on apprit que les promoteurs de cette entreprise réalisaient de beaux profits et ce fut alors une course à la recherche des sujets de reproduction.Le prix d’un couple de Renards de souche, de $3000.00 qu’il était en 1910 monta jusqu’à $20,000.00 en 1913.Certains capitalistes allèrent même jusqu’à donner des arrhes sur des renardeaux encore à naître.Depuis la grande guerre, cette spéculation hasardeuse a fait place à une industrie solidement assise et des plus importantes, vu les profits élevés qu’en peut réaliser notre pays.NOS ANIMAUX A FOURRURE 23»! W”.Je>.y3 1.Renard argenté.—2.Mouffette ou Bête-puante.Notre province, par ses conditions topographiques et climatériques, est particulièrement favorisée sous ce rapport; aussi y voit-on l’élevage du Renard argenté se développer dans des proportions considérables.Le nombre de fermes d’élevage au Canada était de 2709 en 1926, et on exporta alors pour près de $1,500,000.00 de Renards vivants et de pelleteries.Le comté de Charlevoix-Saguenay compte à lui seul 250 établissements d’élevage.Dans la paroisse de Baie-St-Paul où cette industrie est florissante, elle rapporte annuellemnt aux éleveurs un revenu global de $410,000.00.Des résultats aussi concluants nous font voir les grands avantages que peuvent tirer de l’élevage du Renard les cultivateurs de notre province.La Mouffette ou Bete-puante {Mephitis Americana) La Mouffette d’Amérique est un mammifère carnassier.Elle appartient au sous-ordre des Plantigrades ou animaux qui marchent sur la plante entière des pieds, lesquels sont dépourvus de poils en dessous.Sa longueur est de 10 à 12 pcs sans compter la queue qui à elle seule mesure de 6 à 7 pcs et est très touffue.Son pelage est noir avec des raies longitudinales blanches se réunissant sur le cou.Elle est remarquable par le liquide empesté que sécrètent deux glandes anales, et qu’elle peut lancer à plusieurs verges de distance sur ses assaillants.Autrefois honni et pourchassé, ce carnassier est aujourd’hui considéré comme une richesse pour les régions qu’il habite.Vivant au L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 627 dépens des rongeurs et des insectes qui infestent nos récoltes, il mérite d’être placé au rang des plus précieux auxiliaires du cultivateur.Sa fourrure qui se vend sous le nom de Martre d’Alaska est très recherchée et sert à la fabrication de vêtements chauds pour la saison rigoureuse.Cette Mouffette ne redoute pas la présence de l’homme et se rencontre assez souvent autour des bâtiments de la ferme.Il lui arrive même quelquefois d’y établir domicile.A l’état sauvage, elle se creuse un terrier à moins qu’elle ne s’empare du logis abandonné par le Renard, le Blaireau ou le Putois, ou qu’elle loge dans une cavité naturelle.Au fond du terrier est déposée une couche d’herbes et de feuilles sèches qui sert de nid.Les petits dont le nombre varie de 4 a 10 naissent en avril ou mai.Dans les régions septentrionales elle passe au fond de sa retraite la période la plus rigoureuse de l’hiver, mais dès que la température se radoucit, elle en sort et cherche sa nourriture.Son sommeil hibernal n’est pas complet si on en juge par l’activité qu’elle déploie lorsque surprise au fond de son terrier.Ses habitudes sont nocturnes quoique en été il lui arrive assez souvent de sortir en plein jour.Elle se nourrit de petits rongeurs: souris, mulots et d’insectes nuisib es tels que les hannetons, les sauterelles, etc.La Mouffette d’Amérique, nous l’avons vu, possède deux glandes qui sécrètent un liquide des plus nauséabonds.Ces organes sécréteurs, d’un diamètre de % de pouce chez l’adulte, sont formés de deux sacs de forme ovale placés sous la base de la queue, un de chaque côté.Ils sont entourés de muscles très forts et communiquent chacun avec une ouverture extérieure.Lorsque l’animal veut se défendre, il relève sa queue, contracte les muscles qui entourent les glandes et lance en deux jets le liquide sur l’assaillant.Telle est l’âcreté de ce liquide qu’il peut causer des naus'es et même une cécité, qui n’est heureusement que temporaire.Les vêtements qui en ont été atteints deviennent inutilisables, vu la persistance de l’odeur.En toute justice pour ce précieux animal, hâtons-nous d’ajouter qu’il ne fait usage de cette redoutable sécrétion que lorsqu’un danger sérieux le menace ou qu’il est en proie à une grande frayeur.Il est d’ailleurs assez facile de pratiquer l’ablation des glandes sécrétrices chez les sujets gardés en captivité.Cette Mouffette s’approvoise avec la plus grande facilité.Depuis longtemps on l’a même gardée dans les maisons où, à l’instar des chats, elle détruit rats et souris.Les premières tentatives d’élevage en captivité de cet animal n’eurent pas de succès à cause des bas prix offerts pour sa fourrure; mais aujourd’hui, les éleveurs ne manquent pas de réaliser des profits considérables en vendant chaque peau $1.50 et même davantage.E.Lit alien, Inspecteur d’écoles.RÉPARTITION TEMPORAIRE POUR L’ENSEIGNEMENT DU DESSIN, EN RAPPORT AVEC LE “COURS PRATIQUE DE DESSIN D’OBSERVATION” PAR LES SŒURS DE SAINTE-CROIX Mars—Avril Ire, 2e et 3e années ÉTUDE DES COULEURS Le professeur voudra bien lire pour lui-même dans le manuel, la leçon I, page 129, jusqu’aux astérisques, page 133.Faire exécuter aux crayons de couleur: 1.—Le devoir de la page 131.2.—Le devoir A de la page 132.Suivre les indications de la “Remarque”.3.—Une poire, d’après celle qui se trouve sur la planche IV (Voir à l’opposé de la page 85.) 4.—Une orange et un citron, d’après nature.4e, $e et 6e années I.-ÉTUDE DES VALEURS Le professeur voudra bien lire pour lui-même la leçon III, page 95, jusqu’à la page 102.Faire exécuter aux élèves: 628 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 1.—Le devoir de la page 96, jusqu’à la fin de la page 97.Les deux échelles b et c pourraient être conseillées comme devoir à la maison.2.—La figure A de la page 101.—Teinter au lavis, tel que dicté sur le dessin—Procéder comme pour la gamme ci-dessus, c’est-à-dire, par teintes plates superposées.(Voir N.B., page 101).II— ÉTUDE DES COULEURS Le professeur lira les leçons I et II, pages 129 à 135, et autant que possible, exécutera à l’aquarelle, les devoirs B, C et D.Faire exécuter aux crayons de couleurs (Eureka), au pastello ou à l’aquarelle: 1.—Le devoir de la page 131.2.—Le devoir A, page 132.Pour les élèves qui n’ont pas de couleurs à l’aquarelle, suivre les indications de la "Remarque” à la même page.3.-—Le devoir B.(pour être exécuté à la maison.) III— ÉTUDE DU RACCOURCI Leçon I—Le cercle horizontal, pages 22 à 26.Appliquer les exercices d’observation au tableau noir—Faire exécuter le devoir à la maison.7e, 8e et 9e années I—ÉTUDE DES VALEURS Le professeur lira pour lui-même, la leçon III, page 95, jusqu’à page 103.Faire exécuter aux élèves : _ -cor* 1.—Le devoir de la page 96, jusqu’à b, vers le milieu de la page 97.—Voir gamme, fig.30, page 98 (1).2.—Le paysage D, page 101—Teinter au lavis, tel que dicté sur le dessin.Procéder comme pour la gamme ci-dessus, c’est-à-dire par teintes plates superposées.Voir N.B.page 101.II-ÉTUDE DES COULEURS Lire pour soi les leçons I et II, pages 129 à 135.Autant que possible, exécuter les devoirs B et Cy pages 132 et ISj.Faire exécuter à l’aquarelle: (2) (a) (En classe) le devoir B, page 132.{b) (A la maison) le devoir D, page 135.III—ÉTUDE DU RACCOURCI Leçons I et II—page 22.Appliquer les exercices d’observation au tableau noir.Faire exécuter les devoirs à la maison.COMMENT PREPARER UNE LEÇON DE REDACTION AUX COURS INFERIEUR ET MOYEN CAUSERIE.—La chaise Éléments intuitifs.— a) Une chaise ordinaire; b) jouets représentant les diverses espèces de chaises.Gravures figurant: a) un atelier d’ébéniste; b) une forge.Bi, au .—Introduction.La chaise: ce que c’est; où on en voit.Citation d autres meubles.Comment est la chaise: parties, nombre de celles-ci, dispositions; recherche de meubles ayant: quatre pieds, un dossier, un siège._ ., Matières servant à la fabrication de la chaise; ouvriers qui travaillent a celle-ci, usage, le fauteuil; comparaison avec la chaise; conseils, conclusion.Récapitulation.—-Amener l’enfant à redire, dans son langage personnel, ce qu il sait au meuble qui a fait le sujet de la leçon.Vocabulaire.—Dossier, siège, traverse, jonc, rembourré, crm particuherement.(1) Le premier carré de la figure 31, page 98, et le premier rectangle de la figure 34 page 99, devraient être blancs.(2) La boîte “Piano Water Colors” No 8 est la meilleure.Elle se vend $0.50 1 umté, $4.50 la douzaine. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 629 Langage.—Faire conjuguer au présent de l’indicatif la proposition: Offrir une chaise à un visiteur.a) RÉSUMÉ DE LA LEÇON Travail préparatoire au journal de classe La chaise est un meuble qui se trouve dans les pièces principales des habitations; elle a sa place à la cuisine, à la salle à manger, au salon et dans les chambres à coucher; on en voit également dans les églises, dans les salles publiques et dans les jardins.Les parties de la chaise sont: le siège, le dossier, les pieds et les traverses.Ce meuble est parfois tout en bois, mais souvent le siège est en paille, en jonc tressé ou en étoffes rembourrées de crin.Les chaises de jardin sont presque toujours faites en fer.Celles qui sont en bois sont fabriquées par le menuisier ou par l’ébéniste.Plusieurs ouvriers tels que: le forgeron et le serrurier travaillent à la fabrication des meubles en fer.La chaise est un meuble qui nous est d’une grande utilité, vu qu’elle sert à nous reposer et à nous installer d’une manière commode pour prendre nos repas et nous livrer à beaucoup de travaux: écrire, dessiner, coudre, etc.Lorsqu’une chaise est garnie de bras et pourvue d’un haut dossier, elle porte le nom de fauteuil; celui-ci convient particuhèrement aux malades et aux personnes âgées.Un enfant bien élevé ne met pas les pieds sur les traverses des chaises, et il se garde de monter sur le siège ou de se balancer lorsqu’il est assis: ce sont des habitudes impolies et dangereuses.HISTORIETTES EN RAPPORT AVEC LA CAUSERIE Trait de politesse Jeanne et son jeune frère sont allés avec leur mère choisir de belles petites pantoufles chez le cordonnier.Comme il y avait beaucoup de monde au magasin, on avait offert des sièges aux clients, afin qu’ils attendent sans se fatiguer que le moment de les servir fût venu.Entre un vieillard aux cheveux blancs et marchant péniblement; comme il n’y avait plus de chaise disponible, Jeanne se lève et lui offre la sienne, que le vieux Monsieur accepte en remerciant.“Pourquoi, lui demande son frère, donnes-tu ta chaise à ce Monsieur?Tu ne le connais seulement pas.—Parce qu’il est vieux, petit frère, répond la gentille enfant, et que toujours il faut respecter la vieillesse.” LA VIE RURALE Leçon de choses LES ARBRES On distingue dans un arbre les racines, le tronc, les branches avec leurs rameaux, les feuilles, les fleurs et les fruits.Les racines s’enfoncent dans la terre pour y puiser les sucs nécessaires à la nourriture de la plante.Le tronc sort de terre et s’élève vers le ciel; il est fort et supporte généralement sans faiblir les branches et les rameaux.Les feuilles ont deux faces assez différentes: celle de dessus est fisse, afin que l’eau de pluie en découle avec facilité; celle de dessous est terne et mate et couverte de petites ouvertures appelées pores ou stomates.Par les pores, l’arbre aspire l’air dont il a besoin, comme nous l’aspirons par la bouche et le nez : les arbres et tous les autres végétaux ont ainsi des organes pour se nourrir et pour respirer.La sève est à l’égard de la plante ce que le sang est à l’égard de l’animal.Les fleurs donnent la graine, et la graine peut reproduire la plante.Tous les arbres, toutes les plantes ont leur utilité: c’est à l’homme d’étudier les propriétés de chacune, de les cultiver, de les conserver avec soin et de s’en servir pour ses besoins.Il y a des arbres de toutes dimensions.Les plus grands de notre pays sont: le chêne, le hêtre, l’orme, l’érable, le sapin, le peuplier, le charme, le frêne, le noyer, le pin, le bouleau, l’épinette, le merisier.Les principaux arbres fruitiers sont : le pommier, le poirier, le cerisier, le prunier, le noyer, le noisetier, etc. 630 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ' m***' .C^j^aû^ , f X.VH.V ^ 'fond** h.y^iu^ci^u.4_l.Nf«'i-i-t'/ P fe $ if^uïÿirtA'&v\* Uyyv ¦y5 t-r' t< : : ^-eyyi-Ccryvisi-Gt—- é é £ V A yA^ 3S £u^v_ CLArv^ct ÇUA- J^uia ,,.i », «,.^.y y.K .:.^i^ ^ -^t/iM /Itrvrt'p °- &— — y fv =fF —IV—fR okuA AmJ 1 / cLl Lcl^ _ À^^LJL.— II Le lièvre, d’un ton aigre-doux, Lui dit: “La route est défoncée, Je ferai la course peur vous, Car en trois sauts je suis au bout! —Non! dit l’autre, je suis pressée! L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 631 ill ‘M’arriverai deux fois plus tôt.Que les lièvres les plus ingambes Et cela, sans faire de saut, Car je cours vite, quand il faut, Et j’ai de bien meilleures jambes!” IV A ces mots, le Lièvre sourit Et dit: ‘‘Tenez! Partez d’avance! Moi je vous donne un céleri Si vous maintenez le pari De me gagner sur la distance!” V La tortue accepte et s’en va D’une allure égale et tranquille; L’autre va conter de ce pas La chose à ses amis, et là Trouve un succès par trop facile! VI Trop sûr de son agilité, Le Lièvre a connu la défaite! Que vaut donc la rapidité Contre la douce activité De celui qui point ne s’arrête?Cette jolie fable est d’allure vive et joyeuse.On y reconnaît la joie que nous ont procurée ces primitifs et touchants éducateurs qui sont les chefs-d’œuvre de la féerie.Nos petits enfants sauront y apporter ce rythme nuancé et très doux qui est de leur nature.La principale qualité de l’exécution, en outre d’une mesure impeccable, consistera surtout dans une grande souplesse de la voix: on bannira les cris et les efforts ordinaires de la voix, on surveillera aussi l’exercice dit de “fausse respiration”, afin d’aider à la légèreté du rythme: on doit l’établir après chaque vers, mais sans couper d’aucune façon la valeur rythmique de la mesure.Que le point d’orgue soit préparé par un large rollargando et un crescendo bien gradué.La dernière phrase rythmée sera chantée avec plus de rapidité, en piquant délicatement les notes de l’avant-dernière mesure finale.Prof.J.-E.Faquin, LANGUE ANGLAISE Literary Selection for Explanation and Study .VENERABLE MARGUERITE BOURGEOYS She was the daughter of a respectable tradesman, and was now twenty-two years of age.Her portrait has come down to us; and her face is a mirror of frankness, loyalty, and womanly tenderness.Her quahties were those of good sense, conscientiousness, and a warm heart.She had known no miracles, ecstasies, or trances; and though afterwards, when her religious susceptibi-lities had reached a fuller development, a few such are recorded of her, yet even the Abbé Paillon, with the best intentions, can credit her with but a meager allowance of these celestial favors.Though in the midst of visionaries, she distrusted the supernatural, and avowed her behef that, in His government of the world, God does not often set aside its ordinary laws.Her religion was of the affections, and was manifested in an absorbing devotion to duty.She had felt no vocation to the cloister, but had taken the vow of chastity, and was attached, as an extern, to the Sisters of the Congregation of Troyes, who were fevered with eagerness to go to Canada.Marguerite however, was content to wait until there was a prospect that she could do good by going; and it was not till the year 1653, that renouncing an inheritance, and giving all she had to the poor, she embarked for the savage scene of her labors. 632 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE To this day, in crowded school-rooms of Montreal and Quebec, fit monuments of her unobtrusive virtue, her successors instruct the children of the poor, and embalm the pleasant memory of Marguerite Bourgeoys.In this gentle nun was reahzed that fair ideal of Christian womanhood, a flower of earth expanding in the rays of Heaven, which soothed with gentle influence the wildness of a barbarous age.(Francis Parkman 1823-1893).ENGLISH LITERATURE Evangeline’s home Firmly builded with rafters of oak, the house of the farmer Stood on the side of a hill commanding the sea; and a shady Sycamore grew by the door, with a woodbine wreathing around it.Rudely carved was the porch, with seats beneath; and a footpath Led through an orchard wide, and dissappeared in the meadow.Under the sycamore-tree were hives overhung by a pent-house, Stich as the traveler sees in regions remote by the roadside, Built o’er a box for the poor, or the blessed image of Mary.Farther down, on the slope of the hill, was the well with its moss-grown Bucket, fastened with iron, and near it a trough for the horses.Shielding the house from storms, on the north, were the barns and the farm-yard.There stood the broad-wheeled wains and the antique plows and the harrows ; There were the folds for the sheep; and ther, in his feathered seragho, Strutted the lordly turkey, and crowed the cock with the selfsame Voice that in ages of old had startled the penitent Peter.Bursting with hay were the barns, themselves a village.Longfellow.ENSEIGNEMENT PRATIQUE INSTRUCTION RELIGIEUSE La vie vraiment chrétienne A qui veut être vraiment chrétien, c’est-à-dire vrai disciple de Notre Seigneur Jésus-Christ un premier devoir s’impose : celui de ne pas laisser flotter sa vie au gré de ses impressions, de ses caprices, de ses passions ou des circonstances extérieures, mais de l’organiser, de la diriger.Pour cela il faut lever les yeux, regarder en haut, et trouver un but d’action, une raison de vivre, une directive constante.Ce but, ce remède inspirateur, ce sera l’idéal du chrétien.Tout homme sérieux et vraiment raisonnable agit en vue d’un idéal: les sages païens avaient le leur; les honnêtes gens sans religion, de nos jours, ont le leur aussi.Qu’est-ce donc qui caractérise l’idéal du chrétien ?C’est que le vrai chrétien n’est pas un pur égoïste.Il sait que la grande loi chrétienne est “charité”, avec Dieu au centre, à la base et partout.Il sait qu’il n’est pas lui-même le but et le terme de ses activités et de ses aspirations.Il est fait pour être heureux, et il le sait—qui le nierait ?—mais il a expérimenté que le bonheur n’est pas en lui tout seul, où il n’y a que contradiction et déception, ni dans la jouissance égoïste.Il a appris et il croit que nous sommes tous faits pour Dieu d’abord: sa gloire d’abord: elle est chantée par toute la nature, il faut qu’elle le soit aussi par nos âmes fibres et par celles de tous les hommes, nos frères.Et le bonheur nous viendra comme par surcroît, quand nous nous serons une fois placés dans l’ordre providentiel.Qui veut garder son âme la perdra, et qui la donne la sauvera.L’Idéal du chrétien c’est de se donner tout à Dieu, de ne plus faire i « L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 633 qu’un avec Dieu, d’emplir de Dieu son âme, puis de l’épanouir, de le rayonner autour de lui dans l’âme de ses frères.Idéal, piété, apostolat: tels sont les principes d’une “vie vraiment chrétienne”.Pour transporter cet idéal dans sa vie quotidienne, il faut se former d’abord, pour préparer les voies à Dieu.Notre âme est comme une terre où peuvent croître aussi bien les plus gros vices et les plus belles fleurs de vertu.Avant de semer ou de planter, le jardinier prépare ses outils, puis sa terre : ensuite seulement il travaille.Il commence par considérer devant quel terrain il se trouve.Ainsi devons-nous procéder : la grande et primordiale affaire, c’est de nous connaître.Que valons-nous ?Que pouvons-nous ?En nous sont à la fois la terre à travailler et les instruments pour la travailler.Nous sommes nés avec un tempérament donné : quel est-il ?N’y a-t-il pas des mauvaises herbes à arracher, des habitudes à corriger?Nous avons un caractère: ne faut-il pas le réformer, pour que, loin de faire obstacle à la grâce, il y coopère ?Pour la réforme du caractère comme plus tard pour l’acquisition de la vertu, nous aurons deux instruments: notre volonté libre pour agir, notre conscience pour éclairer notre action.Mais ces instruments si délicats, sont-ils solides et en bon état?Savons-nous vouloir?Ne sommes-nous ni mous, ni indécis, ni entêtés, ni violents?Avons-nous une bonne conscience droite et sûre, et non pas trop large ou trop étroite ?—Connaissance de nous-mêmes, réforme du caractère, tension de la volonté, formation de la conscience: ce sont les principaux travaux d’approche, comme la préparation de la “vie vraiment chrétienne”.Cette préparation faite, il faudra se travailler d’une façon plus positive, pour se donner à Dieu, semer en soi le germe des vertus naturelles et chrétiennes, se soumettre à l’épreuve qui les fait grandir.Le grain de blé, pour devenir un bel épis fécond, il faut qu’il soit jeté en terre et qu’il y meure.Le travail sera long, il durera toute la vie: mais combien consolant aussi ! La joie, naturellement, accompagne l’effort.La plus grande joie ne sera-t-elle pas—et n’est-elle pas déjà, aussitôt que l’effort de vie chrétienne est commencé,—celle de pouvoir rayonner Dieu autour de soi ?Le vrai chrétien transporte son Dieu partout où il va : dans sa famille, dans ses amitiés, dans les œuvres où il se donne, dans son milieu professionnel, dans l’influence grande ou modeste qu’il peut avoir sur les destinées de son pays.Pour faire plus de bien, il se munit de tous les moyens surnaturels et aussi des moyens naturels qu’il peut trouver: il cherche à acquérir l’instruction, l’éducation, la distinction qui feront de lui, dans son petit coin, un meneur d’hommes; il se munit de toutes les armes qui peuvent attirer les âmes: enthousiasme, entrain, loyauté.En un mot, il reprend la devise de son divin Maître, car “il fait bien toutes choses”.“L’Ami de la Famille”, Petits Lecteurs de la Société de Saint-Vincent de Paul.LANGUE FRANÇAISE Ecole primaire élémentaire PROGRAMME GÉNÉRAL COURS INFÉRIEUR EXEECICES DE PENSÉE ET DE LANGAGE Première année Invention.I.—L’élève fera suivre
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.