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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1926-11, Collections de BAnQ.

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48ÈME VOLUME Québec, Novembre 1926 No 3 LEnsmement Primaire ÉDUCATION—INSTRUCTION PEDAGOGIE A JACQUES CARTIER, DECOUVREUR DU CANADA Discours de M.C.-J.Magnan, Président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, prononcé à Poccasion du dévoilement du monument Jacques-Cartier, à Québec, le 17 octobre 1926 Excellence (1), Monseigneur (2), Monsieur le Premier Ministre (3), Monsieur le Solliciteur général du Canada (4), (Monsieur le Maire (5), Mesdames et Messieurs, La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec est heureuse de se joindre, en ce jour mémorable, aux plus hautes autorités civiles et religieuses de notre province et de notre cité pour rendre un solennel hommage à l’illustre Jacques Cartier, découvreur du Canada.Dès la première page de notre histoire nationale^ c’est le nom de Cartier qui frappe le regard étonné du jeune élève canadien et lui révèle la noble et empoignante idée de Patrie.Le récit des trois voyages merveilleux du découvreur l’enchante, exalte son imagination et lui inspire déjà une profonde admiration pour les fondateurs de la patrie canadienne, que la France, notre mère, nous donna dans un geste sublime d’apostolat catholique et de patriotisme désintéressé.Devenu jeune homme, l’âme du petit écolier d’hier s’enflamme à la lecture des historiens, des poètes et des orateurs canadiens qui ont le mieux fait revivre l’incomparable épopée du Canada français.Garneau et Ferland, Crémazie et Fréchette, Chauveau et Routhier, pour ne citer que les disparus,enchantent son imagination et fixent à jamais en son cœur l’amour de sa race, la fierté de son passé et la fidélité au Canada français, fidélité dont notre société nationale, la Saint-Jean-Baptiste, sonne chaque année, avec éclat et persistance, le rappel nécessaire, en lançant ces mots d’ordre sacrés que nos pères jetèrent comme une clameur à tous les échos laurentiens aux jours d’épreuves et de menace: L’honoiable N.Pérodeau, Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec Mgr C.-O Cloutier, V.G représentant S.G.Mgr J.-A.Langlois, Vicaire-Capitulaire de Québec, ^honorable J.-E.Caron, Premier Ministre intérimaire.L’honorable Lucien Cannon, Solliciteur général du Canada.M.le Dr V.Martin, Maire de la Cité de Québec. 134 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Religion et Patrie—Emparons-nous du sol de la Province de Québec—Nos Institutions, notre Langue et nos Lois—Gardons nos traditions qui nous conservent frères—Soyons fiers, soyons unis.Ces mots d’ordre, ce rappel, l’immortel Cartier les fait entendre à son tour aujourd’hui, et si ses lèvres de bronze pouvaient s’animer, avec quel accent de fierté française et chrétienne elles feraient entendre à ce peuple immense, toujours français et chrétien, pourquoi, à trois reprises, en 1534, 1535, 154l' lui et ses hardis compagnons traversèrent l’immense Atlantique sur de frêles bateaux, découvrirent et prirent possession des terres du Canada jusque-là inconnues des européens.S’il pouvait parler, le fier Breton nous dirait: Oui, trois fois, j’ai affronté les dangers de l’océan, non seulement pour agrandir les domaines du Très Chrétien Roi de France, mais aussi et surtout pour étendre le Royaume du Christ.Rappelez-vous qu’à Gaspé (1534) je pris possession de ce magnifique coin de terre en y plantant une croix sur laquelle j’écrivis “Vive le Roi de France”, pour bien montrer que mon Souverain, François 1er, comme plus tard ses successeurs, jusqu’à la Révolution, ne voulait pas séparer la cause de la France de celle de Dieu et de Son Église; c’est pourquoi, l’année suivante (1535), je revins au Canada, ayant au préalable, mes compagnons et moi, reçu notre Créateur dans l’église de Saint-Malo, (1) et, cette fois, poussai mes découvertes jusqu’ici meme, à deux pas de l’endroit où cette immense foule est réunie en mon honneur,et que je remontai la Cabir-Coubat, aujourd’hui la rivière Saint-Charles, jusqu’à l’embouchure du ruisseau Lairet, sol dont je pris possession en y arborant aussi une croix; sol sacré à qui je confiai la moitié de mon équipage décimé par une terrible maladie dont le reste ne triompha que grâce à la Sainte-Vierge, invoquée sous le vocable de Notre-Dame de Roc-Amadour à l’endroit précis où l’un des vôtres, prêtre canadien qui se souvient, érigea un temple pour y commémorer mon acte de Foi; c’est pourquoi, de Stadacona, je m’orientai vers Hochelaga, remontant votre majestueux fleuve qui me doit son nom; c’est pourquoi, là je lus une page d’Évangile aux sauvages et “priai Dieu de se faire connaître à ce jeune peuple plongé dans les ténèbres de l’idôlatrie (2)”; c’est pourquoi en 1541, je tentai l’établissement d’une colonie à quelques lieues plus haut, appelé le Cap-Rouge aujourd’hui.A preuve de ce que je viens de dire, dans la dédicace de mon Second Voyage au Roy-Très-Chrétien, j’ai écrit: De même que tous les peuples de la terre bénéficient chaque jour de la lumière et de la chaleur du soleil, de même qu’il plaise à Dieu, dans sa bonté, que tous ces peuples soient instruits de notre sainte foy (3).Ainsi parlerait Jacques Cartier si le bronze magnifique qui le fait revivre présentement à nos yeux pouvait s’animer.Avec le poète, je me sens pressé de dire: “O Cartier, quelle joie en ton cœur a dû naître! De quels tressaillements devait frémir ton être, Quand, vainqueur obstiné de la mer et des vents, (1) “Le dimanche, jour et fête de la Pentecôte, seizième jour de mai, audit an 1535, du commandement du capitaine, et du bon vouloir de tous, chacun se confessa, et reçûmes tous ensemble notre Créateur en l’église cathédrale dudit Saint-Malo; après lequel avoir reçu, nous fûmes nous présenter au chœur de ladite église devant révérend père en Dieu, monsieur de Saint-Malo, lequel en son état épiscopal nous donna sa bénédiction”.Second voyage de Cartier, reproduit dans The Voyages of Jacques Cartier, Ottawa, 1924, page 92.(2) Ferland, Histoire du Canada, tome II, p.31.(3) “J’ay allégué que ce davant, pource que je regarde que le souleil, qui, chaincun jour, se lieve à l’oriant et se reconce à l’occidant, faict le tour et circuyt de la terre, donnant lumière et chaleur à tout le monde en vingt quatre heures, qui est vuy jour naturel, sans aucune interruption de son mouvement et cours naturel.A l’exemple de quoy je pense en mon simple entendement, et sans autre raison y alléguer, qu’il pleust à Dieu, par sa divine bonté, que toutes humaines créatures,estantes et habitantes sur le globe de la terre, ainsi qu’elles ont veue et congnoessance d’iceluy souleil aint eu et ayant pour le temps à venir, congnoessance et créance de nostre saincte foy”.(Voyages de Jacques Cartier, pp.88 et 89.) L’ENSE [GNEMENT PRIMAIRE 135 Tu voyais tes vaisseaux toucher enfin les grèves De ce pays immense, objet de tant de rêves, Où bientôt ta patrie enverrait ses enfants! Tu venais de fonder une nouvelle France! Tu venais d’arracher un monde à l’ignorance, Et Satan éperdu s’enfuyait devant toi! A l’horizon des temps ton regard de prophète Voyait déjà flotter sur ta noble conquête Le drapeau de la France, à l’ombre de la Foi” (1) Et en votre nom, chers compatriotes, j’ajoute: Ton labeur ne fut pas vain7 Cartier.Précurseur de Champlain, tu jetas en terre canadienne cette semence immortelle qui, sous la protection de la France et de l’Église, devait germer et grandir et donner à la civilisation catholique et française de glorieuses moissons.Tu fus le premier anneau de cette chaîne qui rattache le présent au passé et permet au peuple canadien-français, dont tu fus le premier ancêtre, de remonter à ses plus lointaines origines avec un légitime orgueil.Ce peuple compte aujourd’hui trois millions des siens vivant en terre canadienne; non seulement ils possèdent les rives du Saint-Laurent, mais aussi une immense portion de ce qui fut autrefois la Nouvelle-France, formant aujourd’hui la plus grande province de la Confédération canadienne, celle de Québec.Cette province, bien sienne, possède sa propre Législature où la langue française est la langue dominante; elle a aussi un système scolaire idéal parce qu’il est confessionnel, respecte les droits des parents et de l’Église et assure aux minorités liberté et équité dans le domaine de l’éducation; la Foi et la Langue des aïeux y ont été conservées avec un soin jaloux et au prix de lourds sacrifices, parfois, et ses lois civiles sont encore françaises comme au temps du Conseil Souverain dont Louis XIV dota la Nouvelle-France.En un mot, ce Canada que tu découvris et donna à la France est resté terre bien catholique et bien française, en dépit des événements politiques et continue, sous l’égide du drapeau britannique, le rôle civilisateur que la France lui confia il y a trois siècles.L’hommage mérité que la Province et la Ville de Québec rendent aujourd’hui au découvreur du Canada s’imposait.Alors que tant d’autres ont leur statue sur l’un des points historiques de la vieille capitale, Cartier attendait son tour, bien qu’il fût le premier à la tâche.Mais pour avoir attendu, le héros malouin n’a rien perdu.La statue qui s’offre en ce moment est vraiment belle et digne du découvreur de notre pays.C’est la réplique de celle qui fut érigée à Saint-Malo même, en 1905, en présence de l’un des nôtres, M.Adélard Turgeon, alors ministre dans le Gouvernement de Québec, aujourd’hui président de la Commission des Monuments historiques, et qui fut l’inspirateur du beau geste qui a doté notre chère cité de ce superbe monument.Pour ne pas avoir eu sa statue plus tôt sur le sol de l’antique Stadacona, Cartier ne fut jamais un oublié au Canada.En 1835, le 4 septembre, fut solen-nemment fêté à Québec, devant l’Hôpital de la Marine, le troisième centenaire de la découverte du Canada.En 1857, M.Chauveau, d’illustre mémoire et alors Surintendant de l’Éducation, donna le nom de Jacques-Cartier à l’une des deux écoles normales fondées cette année-là par le Gouvernement.En 1889, à l’endroit exact du premier hivernement de Cartier et de ses compa- (1) A.-B.Routhier, Les Échos.Québec, 1882.2 136 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE gnons, un fac simile de la croix monumentale plantée par le découvreur le 3 mai 1536 fut érigée en même temps que le monument Cartier-Brébeuf.A Québec, toujours, c’est la Place Jacques-Cartier où nous sommes en ce moment; c’est la paroisse du même nom érigée en 1901, et depuis cette date celles de Saint-Malo et de Limoilou s’ajoutent aux témoignages publics de reconnaissance que notre cité a voulu rendre à Jacques Cartier.Montréal aussi, en 1893, honora le découvreur malouin en lui élevant une statue, quartier Saint-Henri: c’est le premier monument érigé exclusivement à la mémoire de Jacques Cartier en terre canadienne.C’est encore, près Montréal, le comté de Jacques-Cartier, et à quelques milles de Québec, la belle rivière Jacques-Cartier, qui traverse l’une des régions les plus pittoresques de notre Province.C’est la Garde Jacques-Cartier, ce magnifique régiment de volontaires qui est à l’honneur aujourd’hui et contribue, depuis plusieurs années, à rehausser l’éclat de nos manifestations patriotiques.C’est enfin l’École Jacques-Cartier, située à deux pas de cette place et qui a organisé le corps des Petits Marins de Jacques-Cartier ici présent.Non, la mémoire de Jacques Cartier n’a pas été mise en oubli au Canada.Cette mémoire vivra aussi longtemps que la race française durera en Nouvelle-Prance! Par l’érection de ce beau monument, la grande et noble figure de Jacques Cartier resplendit aujourd’hui d’un éclat plus vif: honneur qu’il a bien mérité, puisque, d’après Garneau, Cartier “a placé son nom à la tête des annales canadiennes, et ouvert la première page d’un nouveau livre dans la grande histoire du monde (1)” Un des poètes français les plus sympathiques, Victor de Laprade, a dit: Une chaîne d’aïeux, c’est une chaîne d’or Par qui l’on prend au ciel un invisible appui.Jacques Cartier est le premier anneau de cette chaîne d’or qui rattache le peuple canadien-français à ses plus lointaines origines.C’est non seulement un point d’appui, mais c’est aussi un phare qui guide la Nouvelle France vers ses destinées éternelles.DE L’ÉDUCATION DANS LES PENSIONNATS DE JEUNES FILLES Conseils d’une Supérieure de communauté à ses filles spirituelles et aux institutrices laïques la vocation—(Suite) (2) Ma plus chère délectation à moi, au déclin de ma carrière enseignante, c’est de voir vos jeunes talents s’épanouir, protégés par la solitude et l’innocence, comme les fleurs s’épanouissent aux rayons d’un soleil doucement intercepté par un rideau de verdure.(1) F.-X.Garneau, Histoire du Canada, vol.I (3ème édition), p.26.(2) Voir JJ Enseignement Primaire d’octobre 1926. L’ENSEtGNEMENT PRIMAIRE 137 Qu’il me soit permis de le dire: J’admire le courage de certaines institutrices séculières.Il en est beaucoup qui, en vraies cyrénéennes, portent si bien, portent seules, et sans jamais se plaindre, cette lourde croix de l’enseignement que leur présente le divin Ami des enfants, tandis que la mienne est devenue bien légère, grâce à mon aimable entourage.Mère et fille, c’est si doux! Et combien l’automne de la vie n’est-il pas décoloré pour l’institutrice laïque! Vous, mes amies, quand votre arrière-saison viendra, quand vous serez au soir de la vie, vous n’aurez pas à vous retirer entièrement de la scène animée de l’école, ni à vivre dans le plus triste isolement, loin de cette jeunesse tant aimée; car c’est au moment même où les feuilles jaunissent et tombent que vous cueillerez les doux fruits de votre travail.Une autre joie, une joie sévère, d’une nature très sérieuse, c’est le progrès lent peut-être, mais réel, dans ce perfectionnement de notre cœur et de notre caractère auquel nous sommes tenues de travailler tous les jours de notre vie.N’avez-vous pas senti, vous, gens du monde, qui par hasard lisez ces lignes, qu’il est assez triste de rester toujours à ce même état moral où l’on était hier, où l’on était l’année passée ?Tous les jours, le matin, le soir, la nuit, n’importe quand, on a quelques instants à passer avec soi-même, quelques instants où l’on se sent comme forcé de lire dans son intérieur, de discuter ses propres œuvres; eh bien, pour ne point parler du jugement d’en haut mais de celui de la conscience, il est assez désagréable de se trouver toujours également mauvais, toujours colère, chagrin, paresseux, sensuel, mal disposé envers Dieu, envers le prochain, j’allais dire et envers soi-même.Le travail qu’exige ce perfectionnement n’est pas doux de sa nature, mais d’avoir la conscience de la tâche assez bien faite, c’est une chose délicieuse, et le baume vaut mille fois la douleur de la blessure.Il est vraiment bon de se sentir un peu meilleur, sinon de jour en jour, au moins d’année en année.Nous parlerons de ce grand travail, de ce long chapitre de la vie d’une institutrice, de ce chapitre qui n’a de fin que le jour où elle termine sa carrière.L’enfance de l’institutrice doit se prolonger autant que sa vie.Mon amie, vous devez savoir goûter toujours les plaisirs simples du jeune âge, savoir rire d’aussi bon cœur que vos élèves, vous amuser de ce qui les amuse; vous devez rester toujours jeune par le cœur, c’est-à-dire par la simplicité, par une gaieté franche et ingénue; non, il ne vous est point permis de vieillir, de devenir sombre et soucieuse; il faut que votre jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle, et pour cela approchez-vous fidèlement des autels de votre Dieu, et dites tous les jours de votre vie.Introïbo ad altare Dei, ad Deum qui lœtificat juventutem mean.Heureuse mille fois, si vous possédez ces saints autels dans la maison que vous habitez! Où donc peut-elle être cette délicieuse oasis, cette école où tout sourit, où l’on aime, où l’on prie, où l’on chante ?Mais, dans cette vallée de larmes, dans le désert de ce monde, là où il y a des âmes de bonne et puissante volonté, qui savent comprendre combien est douce l’union de la science et de la foi.Et les peines?Nous en avons certainement, mais nous n’ignorons pas l’art céleste de les adoucir par cette philosophie chrétienne, qu’on appelle résignation; des peines?nous en avons, mais nous ne les portons jamais seules, car toute cette famille aimante a compris le précepte de l’apôtre: Pleurez avec ceux qui pleurent; et le front qui pâlit sous la souffrance inspire une sympathie générale, pleine d’affection, pleine d’inquiétude.Esquissons d’un trait l’ensemble de ces peines.Nous éprouvons des défaillances et des lassitudes dans la lutte entreprise contre les penchants défectueux de notre nature.Il y a de ces jours un peu sombres, où l’on croit être bien sûr qu’on ne progresse pas.Nous verrons ailleurs les remèdes qui sauvent de ces angoisses. 138 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Cette autre lutte, qui tous les jours nous met aux prises avec l’ignorance et les défauts de nos élèves, est une grande peine.Dans ce combat, livré par un cœur dévoué à de jeunes cœurs encore si peu accessibles aux démonstrations de la raison, il est bien difficile de se tenir constamment dans les régions sereines de la paix.Il y a les attaques du dehors.Elles viennent souvent des bas-fonds où s’agite ce mauvais esprit de jalousie et de rivalité qui dénigre tout ce qui est meilleur que ses propres œuvres; elles viennent d’esprits prévenus en matière d’opinions politiques ou religieuses, mais ce sont les moins sensibles: on en triomphe très souvent par des preuves solides de dévouement et d’intelligence; elles viennent de là où nous comptions recevoir de saints encouragements, obtenir une approbation chère et sacrée, et c’est alors qu’elles causeraient de cruels serrements de cœur, si on ne s’élevait assez haut pour atteindre sa récompense ailleurs que sur cette triste terre où nous durons si peu.Mentionnons seulement, comme une de nos peines les plus sensibles, la folle tendresse de quelques parents, leurs complaisances déraisonnables, leur faiblesse extrême quand il s’agit de réprimer les penchants vicieux des enfants, et leurs exigences barbares à l’égard de ces personnes dévouées qui remplissent noblement la sainte tâche dont ils s’avouent eux-mêmes parfaitement incapables.La règle est une peine.Nous avons besoin de la règle pour nous stimuler ou nous modérer; elle gêne les natures paresseuses, mais aussi les âmes ardentes.Le travail est une peine.Il en coûte presque toujours d’aller à l’étude, à sa leçon, à sa surveillance, aux affaires.J’ai dit presque toujours., ajoutons que le travail ne coûte peut-être pas beaucoup aux gens superficiels qui ne s’inquiètent guère du succès et ne font jamais les choses qu’à demi.Nous avons nos souffrances physiques, et la douleur est un mal, quoi-qu’en dise le stoïcien antique.Pour porter l’infirmité, la maladie, avec un esprit suave, il faut une force morale qui n’est pas naturellement dans 1 homme.On ne reste sans plainte et sans murmure sur son lit de souffrance qu api es avoir contemplé avec amour la Croix du Sauveur.La maladie fait doublement souffrir dans une maison d’éducation parce qu’elle accumule notre tache sui ces compagnes qui avaient bien assez de la leur, et qui maintenant fléchissent sous le fardeau.1 „ , Il y a pour vous aussi, mes bien-aimées, le sentiment des souffrances de vos proches.Vous ne partagez pas toutes les joies de votre famille, mais vous prenez une large part à ses douleurs.Vous n’etes pas la aux jours des grandes réjouissances, mais quand on pleure, vous voilà pour essuyer les larmes, pour consoler, pour encourager.Elles sont si vraies, ces paroles, qu’écrivait lune de vous.“Le sacrifice que j’ai fait à mon Dieu est un sacrifice de consolation pour moi-même et pour beaucoup d’autres.Mes bons parents, qui d’abord se sont vivement affligés, viennent maintenant me demander des consolations à moi.partout ailleurs ils doivent en porter, et leur cœur, disent-ils, comme un vase épuisé, n’en contient plus.Merci, mon Dieu, de m’avoir placée comme un ange de consolation sur la voie de leurs douleurs.Je n ai point voulu avoir une famille à moi sur la terre.Car je me suis créé une famille immense qui remplit ma vie de sollicitude, d’amour et de joie; mais quand mon père et mère m’appellent de la triste couche ou la maladie les fait gémir, aussitôt je suis présente et là je tâche de remplir, dans la plus haute peifection, ces saints devoirs de la piété filiale que je dois si bien enseigner à mes eleves.(à suivre) Sœur M.V.B. L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 139 L’INSTITUTRICE EST LA SURVIVANCE DE NOTRE RACE Un jour, Monseigneur Lange vin, visitant une école, demandait à l’un des plus petits élèves: '‘De quelle nationalité es-tu, mon garçon?” Timidement, Fenfant se lève et répond: "Je suis Canadien français”."Pas comme cela, reprend Monseigneur.Quand on a l honneur d’appartenir à la race canadienne-française, il faut le proclamer fièrement.” Et, s’adressant à toute la classe, il fit dire d’une voix forte: "Nous sommes Canadiens français”.C’est pour nous, élèves-institutrices, un bonheur de nous affirmer descendantes des pionniers de la civilisation dans la Nouvelle-France.Mais nous^ sommes-nous demande quel rôle nos devancières dans l’enseignement avaient joué quant à la survivance de notre peuple, ce que la patrie leur doit, et ce qu’elle attend de nous, continuatrices de leur mission .Une race se maintient et prospère par la fidélité aux traditions ancestrales.Et d abord, gardons-nous d’oublier que l’idée missionnaire préside aux origines du Canada français.Cartier, Champlain, Maisonneuve, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation aussi bien que Madame de la Peltrie, Marguerite Bourgeoys, Mme d’Youville et tant d’autres,—les intrépides défricheurs,les humbles colons, par exemple,—n’avaient qu’un but: sauver les âmes, étendre le règne de Dieu.Outre le zèle pour la religion, le Canadien français d’alors avait d’autres traits caractéristiques qu’il importe de signaler.Simple, franc, hospitalier, d’une gaîté de bon aloi, il se distinguait surtout par sa charité, cet esprit familial qui faisait le fond des relations sociales,— le tout rehaussé par l’esprit de foi traçant la ligne de conduite dans la vie publique comme dans la vie privée.Et comme ils aimaient la belle langue qu’ils nous ont léguée!.Demandons a l histoire si, au début du régime anglais, ils ont su la défendre avec ardeur.Nos ancêtres avaient compris, eux, la nécessité de sauvegarder le parler maternel, signe le plus manifeste de la vitalité d’une race.Un peuple qui ne parle plus sa langue n’est pas à craindre, ce n’est pas un peuple, c’est l’ombre d’une nation qui s’éteint.Dans quelle mesure l’institutrice a-t-elle contribué à cette survivance de notre race .Pour une très large part.N’est-ce pas elle qui continue à l’école l’œuvre d’éducation commencée par la mère au foyer ?Grande fut son influence sur les destinées de la patrie, parce que l’école offre un champ d’action bien vaste, plus vaste que la famille.Provoquant, développant, stimulant chez les jeunes le goût, l’amour enthousiaste de la Religion et de la Patrie, la maîtresse d’école a mis en lumière nos gloires nationales en excitant chez ses élèves l’ambition de faire, à leur tour, quelque chose pour la patrie.Qui dira le bien accompli ainsi par les premières maisons d’éducation, puis, au sein des campagnes, par les maîtres et maîtresses d’école ?Les fruits de cet enseignement, semence généreuse, se sont multipliés de génération en génération avec la fécondité du grain de blé jeté en terre et qui produit cent pour un.Ce que nous sommes aujourd’hui, ne le devons-nous pas,—sans doute, au clergé canadien, d’abord,—mais en partie à ceux qui instruisirent nos pères?Ce que la patrie a reçu de ces consciencieux travailleurs trop ignorés, elle l’attend de nous pour l’avenir.Elle attend de l’école une réaction contre la formation si peu virile,— mais est-ce bien là une formation?—de certains foyers.De nouveaux dangers surgissent autour de nous, menaçant notre vie nationale.La patrie nous demande de repousser ces ennemis, bien plus redoutables que l’Iroquois des premiers jours, parce qu’ils ont des intelligences au cœur de la place.Pour cela, il nous faut d’abord les connaître, ces adversaires, car peut-être passons-nous près d’eux sans remarquer leur caractère d’hostilité.Ces ennemis, ils sont à côté de nous, ils sont en nous.Notre existence ressemble-t-elle à celle de nos ancêtres?Aujourd’hui, on vit sur la rue, quand ce n’est pas au théâtre ou dans les romans, dispersant en fatigues inutiles,—sport ou automobilisme,^—nn temps, des énergies qui voudraient être mieux employés.Est-ce mépris pour les mœurs ancestrales ?Est-ce admiration un peu trop naïve pour nos voisins des Etats-Unis ?Serait-ce simplement irréflexion, insouciance ?Réapprenons à l’enfant l’amour de la vie paisible et simple du foyer.Cultivons en lui les grandes et fortes vertus transmises par nos ancêtres comme la part la meilleure de notre patrimoine.Nous avons à notre portée, nous, institutrices, un moyen très efficace dans la noble émulation pour le bien entre enfants de familles différentes.Faisons comprendre aux élèves que, fascinés par le faux éclat d’un bien-être matériel, nous avons à craindre, nous aussi, le sort d’autres nations qui s’enlisent dans le confort et le plaisir.Il est grand temps de nous raidir, et cet effort sauveur, c’est des jeunes que la patrie 140 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’implore.Au lieu du sans-gêne ou d’une politesse affectée couvant mal l’égoïsme, faisons revivre la politesse du cœur, la franche aménité que Kalm, ami de La Galissonnière, admirait chez nos aïeux et qu’il chercherait peut-être longtemps en vain chez plusieurs Canadiens d’aujourd’hui.Que les écoliers sachent aussi que la Patrie ne s’arrête pas aux limites d’une province.Par-delà les frontières de Québec, ils doivent embrasser dans leur fraternelle affection les petits Canadiens de l’Ontario et de l’Ouest, moins fortunés, victimes de mesures injustes.Les anglicisateurs, profitant de leur supériorité numérique, voudraient arracher aux nôtres leur langue et leur foi.Le catéchisme est banni de certaines écoles et le français n’y trouve place qu’une petite demi-heure chaque jour.Et cependant nous sommes chez nous, dans notre ^Canada découvert, colonisé, défendu par des Français.N’y a-t-il pas de quoi révolter le patriotisme indigné des cœurs canadiens ?N’y a-t-il pas de quoi faire songer plus sérieusement à nos devoirs envers le parler français ?Papineau, Lafontaine, Bédard, revenant écouter les conversations de certains Canadiens qui se prétendent excellents patriotes, ne s’en iraient-ils pas, secouant tristement la tête et murmurant: “Pauvre langue si chèrement conservée!.A quoi auront servi nos combats?” Allons, chères compagnes, ne soyons pas sourdes à la voix de la Patrie suppliante.Rallions autour du drapeau canadien-français le petit peuple qui nous est confié et dont lame doit vibrer toujours plus profondément et délicieusement aux accents de l’hymne national : O Canada, terre de nos aïeux, Ton front est ceint de fleurons glorieux.Une élève-institutrice nu Cours supérieur, Mai 1926.Ecole non?iale des Trois-Rivières.L’INSTITUTRICE ET LA SURVIVANCE DE NOTRE RACE {Tableau synoptique de la composition ci-dessous) Notre peuple vivra f Religion si nous conservons nos traditions.Mœurs.1 Langue : I L’idée missionnaire a fait le Canada français.I Simplicité.I Franchise, j Hospitalité.Charité (esprit de famille) inspirant les relations.Esprit de foi.inspirant la conduite publique comme la conduite privée./ C’est par sa langue qu’un peuple manifeste [ sa vitalité.Dans le passé, l’institutrice a contribué à la survivance de notre race.Elle a continué à l’école l’action de la mère.Formation de l’esprit des “jeunes”.Conservation des vertus caractéristiques des aïeux.L’école est un champ d’action plus vaste que la famille.| La connaissance de nos gloires nationales.Elle a provoqué.| L’amour enthousiaste pour notre histoire.L’imitation courageuse de nos héros.v Le bien qu’elle a fait à la fécondité du grain de blé jeté en terre.Ce que la patrie at- j Marchons sur les pas de nos devancières, tend de nous, insti- - De nouveaux dangers nous menacent: combattons-les.tutrices de l’avenir, j JUSQU’AU BOUT. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 141 CE QUE L’ON ATTEND DE L’ÉCOLE RURALE EN FRANCE AU POINT DE VUE AGRICOLE On se rappelle le compte rendu du Congrès de Rouen (congrès des Agriculteurs de France) que nous fit Tan dernier dans L’Enseignement Primaire, M.Jean-Charles Magnan, agronome.A ce congrès on y traita longuement du rôle de l’école rurale, lequel rôle doit se borner à faire aimer l’agriculture, la vie des champs.M.Charles Gagné, professeur à l’Ecole d’Agriculture, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, citait naguère, dans L’Action catholique, le témoignage de M.Chancrin, Inspecteur général de l’Agriculture, en France.Voici comment M.Gagné rapporte ce témoignage: A l’une des séances de ce congrès.M.Chancrin, inspecteur général de l’Agriculture, a présenté un rapport sur l’enseignement postscolaire agricole.Après avoir énuméré les causes d’insuccès et de succès de l’enseignement postscolaire agricole en France.M.Chancrin indique quelques-uns des moyens à employer pour la réussite de cet enseignement.Suivant M.Chancrin, l’enseignement postscolaire agricole ne réussira que si l’on a la précaution de développer d’abord chez les enfants de l’école primaire l’amour de la terre.Mais, pour M.Chancrin, comme pour M.Garnier, faire aimer la terre à l’enfant ce n’est pas lui imposer l’étude des sciences agricoles.Nous ne “demandons nullement, écrit M.“ Chancrin, que l’on donne aux enfants de huit à treize ans, un enseignement didactique “ de l’agriculture comme on l’a fait très souvent.“ Pendant longtemps, on a cru que l’on pourrait donner un enseignement agricole à “ l’école primaire.La longue enquête que l’on a faite à propos de la loi du 2 août 1918 sur “ l’enseignement professionnel de l’agriculture a parfaitement démontré que l’on faisait “ fausse route.D’ailleurs la grande Commission d’organisation et de perfectionnement de “ l’enseignement de l’agriculture, présidée par M.Méline, s’était déjà, bien longtemps “ avant, rendu compte de l’erreur commise, et voici ce qu’elle disait: “ La Commission estime qu’il ne s’agit pas de donner à l’école communale un enseigne-“ ment didactique de l’agriculture proprement dite, enseignemeent qui serait peu en rap-“ port avec l’âge et la préparation des enfants.“ Elle a pensé que le rôle de l’instituteur devait plus particulièrement être pour cet “ objet spécial un rôle d’éducateur, et, pour atteindre ce résultat, elle est d’avis qu’il y a “ lieu de mettre en application les indications qui suivent: “ Développer chez l’enfant l’amour de la terre et le goût des travaux des champs; “ Choisir i l’occasion des dictées, narrations ou problèmes pour traiter de questions “ portant sur la vie rurale” .Ces lignes de M.Chancrin contiennent des affirmations infiniment précieuses pour ceux qui s’occupent chez nous de l’école rurale.En effet, M.Chancrin affirme qu’en France on a, pendant longtenps, fait fausse route en voulant enseigner l’agriculture aux enfants des écoles primaires et que l’instituteur doit se contenter d’avoir une mentalité rurale.A nos lecteurs nous demandons de bien retenir ce témoignage de M.Chancrin, car il ne manque pas de gens pour réclamer l’enseignement de l’agriculture à l’école primaire.Charles Gagné.LES ARRIÉRÉS SCOLAIRES (1) (Suite) (Pour “L’Enseignement Primaire,,.) Les facultés intellectuelles ne peuvent se ’développer sans une culture appropriée, les connaissances ne peuvent s’acquérir sans enseignement et sans étude.L’enfant ne peut s’instruire seul, et même l’adulte ne peut perfectionner son instruction, s’il ne possède déjà certaines connaissances.C’est ce qui explique le (1) Voir L'Enseignement Primaire d’octobre 1925. 142 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE retard de certains enfants dont le cerveau n’a pas été mis en activité.Ils diffèrent des véritables anormaux en ce que ceux-là peuvent progresser, tandis que chez ceux-ci l’infériorité s’accentue continuellement.Ajoutons à ce deuxième groupe, ceux qui, tout en étant intelligents, sont retardés parce qu’ils souffrent, soit de la vue, de l’ouïe, soit divers troubles organiques qui, échappant souvent à la connaissance de la famille, ou du maître, les rendent incapables d’un travail régulier, et compromettent ainsi leur progrès, malgré leur intelligence égale à celle des mieux doués, et dont les organes sont en bon état.Tous ces arriérés, quels qu’ils soient, constituent toujours un ennui et un surcroît d’ouvrage pour le maître.^ L’état de ces pauvres enfants leur est-il toujours imputable?Non: il est l’effet de certaines causes qui feront le sujet de la deuxième partie de ce travail.Causes de leur retard.—Ces causes peuvent venir soit du sujet lui-même, soit des circonstances.L’enfant peut apporter une mauvaise santé, la paresse, une hérédité, des anomalies, etc.La pauvreté trop grande, un mauvais début ou trop tardif, l’abandon, le milieu défavorable sont autant de circonstances qui peuvent rendre un élève arriéré.Toutes ces causes, venant du sujet ou des circonstances, ne produisent pas un retard au même degré.Quelques-unes étant inévitables ou irrémidiables le Tendront permanent; d’autres purement accidentelles ne produiront qu’un retard passager.La mauvaise santé est une des causes les plus fréquentes.L’intelligence est mal à l’aise dans un corps chétif ou malade, et très rarement ces petits débiles peuvent poursuivre leurs études d’une manière normale.La paresse n’est pas moins funeste à l’écolier.Le paresseux, s’il n’est très bien doué, deviendra presque toujours un arriéré.On ne s’instruit pas sans efforts, et pour le paresseux, c’est son grand ennemi.Aussi, ne tarde-t-il pas à occuper les dernières places, dès les basses classes, et par suite à devenir arriéré dans les classes plus avancées.Si plus tard le courage ne vient en aide à la raison, pour secourir cette paresse, il deviendra un arriéré de profession.Ajoutons à la paresse et à la débilité, la scolarité irrégulière.Le petit malade se trouve souvent dans l’impossibilité de suivre ses cours: le paresseux, lui, se crée des raisons pour s’en absenter.Quelques-uns, ni paresseux ni malades, s’absentent également à propos de tout et à propos de rien.Certains parents ne connaissant pas l’importance de l’assiduité scolaire font manquer la classe à leurs enfants pour les moindres raisons.Rares sont les enfants assez raisonnables pour préférer l’école à une promenade, une visite, etc.Rien n’est plus •dommageable que cette scolarité irrégulière surtout dans les basses classes, parce que ces élèves sont trop jeunes pour reprendre par eux-mêmes le temps perdu.Que d’enfants, d’une intelligence moyenne, sont devenus arriérés par suite^ de scolarité irrégulière, et que de paresseux elle a engendrés.Ces retards des élèves, causés par la mauvaise santé, la paresse ou une assistance défectueuse, ne sont pas très graves parce qu’on peut y remédier.Il n’en est pas ainsi de ceux qui sont arriérés par les anomalies, telles, l’instabilité, l’apathie, etc.Ces différentes causes qui se trouvent dans le sujet lui-même sont très difficiles, presque impossibles même à faire disparaître; et l’incapacité de culture qui en est l’effet, demeure également, puisque la cause est toujours existante.Ces enfants appelés anormaux présentent un degré de faiblesse mentale ou d’inaptitude intellectuelle qui les rend incapables de profiter, de bénéficier jusqu’à un certain point de l’enseignement donné dans les classes.Ils offrent une résistance naturelle à l’action de l’éducateur et par suite, leur développement se fait plus lentement.Il leur faudra deux ans et même trois et davantage pour remplir un programme qu’un enfant normal parcourra en une année. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 143 Disons un mot de chacun de ces anormaux.L’écolier instable est celui qui ne peut fixer son attention, soit pour écouter, soit pour répondre.On n’en est jamais sûr dans les exercices scolaires qui lui sont proposés.Il ne peut rester deux secondes sans bouger; il peut être intelligent, mais sa grande mobilité l’empêche de se fixer et de réfléchir.L’apathique pèche par l’excès contraire.Son physique, ainsi que son intelligence manquent d’activité; c’est l’éternel tranquille; on ne l’entend pas, à peine s’aperçoit-on qu’il est en classe.Sa torpeur lui est funeste, car ses facultés restent aussi endormies.A part ces anormaux, plusieurs enfants deviennent arriérés par une dépression de l’organisme qui s’attaque quelquefois au cerveau.Tels sont les enfants d’alcooliques.Tel enfant est sain de corps et.d’esprit, mais il se peut qu’un ensemble de circonstances concourent à le retarder dans ses classes: telle une trop grande pauvreté, la mauvaise nourriture, le manque d’air, etc.Dans plusieurs familles miséreuses, l’écolier n’a souvent même pas une place pour faire ses devoirs.Cet état de misère a une grande influence sur l’enfant et le porte souvent à se croire inférieur aux autres.Trop d’adulation amène aussi une infériorité chez l’élève: étant trop choyé, il devient faible de caractère.Les classes trop encombrées peuvent également amener un retard chez quelques-uns.Dans ces classes surchargées, les professeurs ne peuvent s’occuper que de l’ensemble, et bien souvent il n’y a que les plus intelligents qui réussissent.Les autres, peu doués ou paresseux, courent grand risque de perdre leur temps.Toutes les causes qui ont pu déterminer un état d’infériorité chez l’enfant étant connues, cherchons à le connaître lui-même.(à suivre) Un Instituteur.UN COURS DE PÉDAGOGIE EN TABLEAUX SYNOPTIQUES (1) Définition: enchaînement logique et complet d’exercices variés et gradués, concourant harmonieusement à une même fin qui est l’acquisition de la science.H Q O K H « £ c H Q Caractères Procèdes :—- (l.—Pe fixer un but 'précis.2.—-Préparer tous les moyens qui y conduisent.13.—Savoir comment utiliser ces moyens.1.—analyse.—de l’observation des parties d’un objet conclure à l’idée générale.2.-Synthèse.—-Faire sortir de l’idée générale des conséquen- ces y impliquées.1.—Provoquer, diriger, soutenir le travail personnel de l’élève.'a) Choses à portée de l’élève.b) ton animé et saisissant c) variété des exercices - d) jouissance de l’effort personnel e) bon contrôle f) émulation.g) enseignement attrayant.(1) Voir L’Enseignement Primaire d’octobre 1926.3 144 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Principes généraux.H Q O W E-1 « £ H P 2.—E nseignement gradué.0 "a) du concret à l’abstrait, du simple au composé, du connu à l’inconnu.b) bon classement.c) apprécier niveau intell, de l’élève d) ton dans l’enseignement e) attention aux inintelligents vf) préparation des leçons.•3.—-Intuition.'a) donner idée des choses par objet.b) apprendre à voir et à observer.c) emploi de livres illustrés.- d) présenter objet, image ou miniature.e) description (intuition intellectuelle) f) emploi du tableau noir vg) méthode historique.4.—-Coordination.fa) tirer idées claires d’une leçon.- b) liaison de leçon précédente, le) tableaux synoptiques.5.—Peu mais bien.a) éviter précipitation b) appuyer sur les bases.c) répéter sans cesse: leçons, récapitulations, concours, examens.d) Pas trop de récitation littérale, le) des applications.6.—-Comprendre avant d’apprendre., a) horreur du par cœur, b) expliquer d’abord.-j c) étymologie, synonyme, intuition, etc.d) ne rien laisser incompris e) analyse grammaticale et logique.7.—-Enseignement moral, physique et intellectuel: l a) éducation intégrale.1 b) surveillance.J.-E.Paquin, professeur, Saint-Hyacinthe.L’ENFANT GÂTE L’ennemi mortel de l’autorité et du respect, c’est l’enfant gâté.Il y a bien des manières de gâter un enfant.On gâte son esprit par l’exagération inconsidérée des louanges.On gâte son caractère en lui laissant faire toutes ses volontés.On gâte son cœur en s’occupant de lui à l’excès, en l’adorant, en l’idolâtrant.Rien ne peut donner l’idée de ce que deviennent les enfants qui sont gâtés par la mollesse, qui sont gâtés parce qu’on leur fait trop de caresses, parce qu’on leur témoigne une tendresse trop sensible, parce qu’on ac corde à leurs goûts, à leur appétit, à leurs regards, à leur paresse, à leurs désirs tout ce qu’ils veulent.Ce sont quelquefois de vrais petits animaux sauvages.Ils paraissent et sont ordinairement ce qu’on nomme de jolis enfants, gracieux, complaisants, flatteurs.Vous les trouverez L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 145 charmants si vous n’y regardez pas de près; mais si tout à coup vous vous apercevez de leur manège et de votre faiblesse, si vous essayez une résistance, si vous exigez d’eux le moindre travail, l’application la plus légère, immédiatement l’humeur, le silence chagrin et boudeur, ou même la grossièreté brutale et violente vous révèlent que ces enfants si aimables sont des enfants trompeurs; qu’au fond et dans le vrai, comme les animaux apprivoisés, ils ne sont sensibles qu’à l’appât des moyens qui les apprivoisèrent; mais qu’ils redeviennent des animaux sauvages et méchants, qu’ils mordent et qu’ils déchirent, dès qu’on refuse quelque chose à leurs appétits.Mgr Dupanloup.(Extrait du traité sur l’Enfant.) METHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUÉE A L’ECOLE PRIMAIRE COMPLEMENTAIRE ET A L’ECOLE NORMALE MADAME DE SÉVIGNÊ Deux lettres sur la mort LA MORT DE TURENNE (Pour L’Enseignement Primaire) A M.de Grignan, C’est à vous que je m’adresse, mon cher comte, pour vous écrire une des plus fâcheuses pertes qui pût arriver en France: c’est la mort de M.de Turenne.Si c’est moi qui vous l’apprends, je suis assurée que vous serez aussi touché et aussi désolé que nous le sommes ici.Cette nouvelle arriva lundi, à Versailles: le Roi en a été affligé, comme on doit l’être de la perte du plus grand capitaine et du plus honnête homme du monde; toute la cour fut en larmes, et M.de Condom pensa s’évanouir.On était prêt d’aller se divertir à Fontainebleau: tout a été rompu.Jamais un homme n’a été regretté si sincèrement: tout ce quartier où il a logé, et tout Paris, et tout le peuple était dans le trouble et dans l’émotion; chacun parlait et s’attroupait pour regretter ce héros.Je vous envoie une très bonne relation de ce qu’il a fait les derniers jours de sa vie.C’est après trois mois d’une conduite toute miraculeuse, et que les gens du métier ne se lassent point d’admirer, qu’arrive le dernier jour de sa gloire et de sa vie.11 avait le plaisir de voir décamper l’armée ennemie devant lui; et le 27e, qui était samedi, il alla sur une petite hauteur pour observer leur marche : il avait dessein de donner sur l’arrière-garde, et mandait au Roi, à midi, que, dans cette pensée, il avait envoyé dire à Brissac qu’on fît les prières de quarante heures.Il mande la mort du jeune Hocquin-court, et qu’il enverra un courrier apprendre au Roi la suite de cette entreprise: il cachette sa lettre et l’envoie à deux heures.Il va sur cette petite colline avec huit ou dix personnes: on tire de loin à l’aventure un malheureux coup de canon, qui le coupe par le milieu du corps, et vous pouvez penser les cris et les pleurs de cette armée.Le courrier part à l’instant; il arriva lundi, comme je vous ai dit: de sorte qu’à une heure l’une et l’autre, le Roi eut une lettre de M.de Turenne et la nouvelle de sa mort. 146 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE INTRODUCTION La marquise de Sévigné (1626-1696) est notre grande épistolière, sa correspondance nous renseigne non seulement sur sa vie privée mais sur les évènements publics.Elle les raconte, elle les commente; elle est un témoin, et un juge.De quelle valeur, nous le verrons en étudiant les deux lettres, consacrées Tune à la mort de Turenne (1675), l’autre à la mort de Louvois (1691).La première est adressée au gendre de Mme de Sévigné, le comte de Grignan ; la seconde, à son cousin, M.de Coulanges.Nous n’étudierons en détail que la première.La seconde nous permettra surtout de voir, chez Mme de Sévigné, la variété de l’inspiration et du talent.COMMENTAIRE LITTERAL C’est à vous que je m’adresse, mon cher comte.—D’habitude, et tout naturellement Mme de Sévigné écrivait à sa fille.Une des plus fâcheuses pertes:—fâcheuses signifie ici qui cause de la peine et du dommage.Qui pût arriver en France: la mort de Turenne privait la France d’un très grand chef, et au milieu d’une guerre ardue.Si c’est moi qui vous l’apprends: si je suis la première à vous l’annoncer.Je suis assurée: Je suis sûre, certaine.—Corneille écrit: Un amour dont mon âme égarée Voit la perte assurée.Le Cid I, 6.Touché, désolé.—1° touché: atteint comme par un coup personnel;—-2o désolé: frappé d’une affliction excessive.Versailles: où le Roi vivait et tenait sa cour.Le Roi en a été affligé: frappé douloureusement.Du plus grand capitaine: capitaine venant du latin caput, capitis (tête) désigne exactement celui qui est à la tète d’un corps armé (compagnie, corps d’armée, armée, groupe d’armées).Dans un sens plus large et un peu emphatique, il désigne un grand homme de guerre, comme Alexandre, César, Napoléon.C’est ici le sens.Le plus honnête du monde: Turenne était digne d’estime, honorable à la fois par sa valeur morale, par son éducation et sa distinction d’homme du monde (sens du 17e siècle).M.de Condom: Bossuet, évêque de Meaux, ami personnel de Turenne, qu’il avait converti du protestantisme au catholicisme.—Au 17e siècle, on désignait les évêques par le mot Monsieur suivi du nom de leur ville épiscopale.Bossuet deviendra M.de Meaux: Fénelon sera M.de Cambrai.Pensa s’évanouir: se vit sur le point de s’évanouir; d’où, faillit s’évanouir.L’emploi de penser pour faillir est fréquent au 17e siècle, même avec un nom d’animal ou de chose pour sujet.“Vous vous souvenez de ce loup-garou.qui vous pensa faire rompre le cou dans une cave où vous tombâtes en fuyant.(Molière, Fourberies, II, 3.) “L’ambition et la jalousie qui se mirent parmi eux les pensèrent perdre.(Bossuet, Hist.Univ., II, 14.) On était prêt d’aller: sur le point d’aller.—-Au 17e siècle, on employait indifféremment prêt de ou près de.Se divertir: sens courant, s’amuser; sens exact, se détourner {de vertere), se distraire de ses occupations, travaux et soucis.Fontainebleau: où se trouvaient un château royal, et une magnifique forêt.Tout a été rompu: on renonça à ce projet, qui fut comme brisé.Tout ce quartier: Turenne avait logé dans le quartier qui était encore celui de Aime de Sévigné.Etait dans le trouble et l’émotion: le trouble c’est l’absence de tranquillité matérielle ou morale;—-l’émotion c’est le mouvement qui fait sortir de l’équilibre, du repos.—-Les deux mots sont de sens très rapproché. L’ENSEIGNE MENT PRIMAIRE 147 Chacun s’attroupait : s’assemblait à d’autres, ce qui formait un groupe, une troupe.Ce héros: cet homme extraordinaire par le génie et la vertu.Une.relation: un rapport, un récit.Une conduite toute miraculeuse: Non pas la façon dont Turenne s’était conduit lui-même mais dont il avait conduit les opérations militaires.—Miraculeuse, prodigieuse, presque surnaturelle.Les gens de métier: les hommes de guerre.Ne se lassent point d’amirer: plus énergique que ne cessent point.Pour admirer et donc pour comprendre la dernière campagne de Turenne, il faut un effort intellectuel et moral que les gens du métier ne se lassent pas de prolonger.Le dernier jour de sa gloire et de sa vie: La mort seule a mis un terme à sa gloire, alors que tant d’autres survivent à leur gloire passée.Voir décamper l’armée ennemie: Voir l’armée ennemie lever le camp et reculer devant lui.Et le 27e: sous-entendu, jour de juillet.—-Au 17e siècle, pour désigner une date, on employait le nombre numéral ordinal.Observer: regarder avec une attention suivie.Leur marche: pour sa marche.Le mot armée étant un singulier collectif, l’emploi du pluriel leur est correct, bien qu’il surprenne d’abord.Donner sur Varrière-garde: lo donner sur, tomber sur, attaquer.2o arrière-garde, troupes qui gardent les derrières d’une armée.Il avait dessein d’omission de l’article le devant un complément est fréquente au 17e siècle.—-Il avait l’intention.Mandait au Roi: il annonçait par un message.Dans cette pensée: dans l’intention d’attaquer l’arrière-garde.Brissac: intendant de la chapelle du Roi.Les priNes de quarante heures: prières qui durent quarante heures, les fidèles se relayant à l’église.Il mande le mot.et qu’il enverra: Ce changement de construction (un substantif, une proposition) est parfaitement correct, quoique devenu moins fréquent.—Profitons-en pour faire comprendre que des formes grammaticales différentes peuvent avoir la même valeur logique.Substantif et proposition sont ici également compléments d’objet direct.Un courrier: exactement, celui qui fait métier de courir; puis celui qui, à pied ou à cheval, court pour porter des dépêches, des lettres.La suite de cette entreprise: le résultat, les conséquences de l’attaque.Il cachette sa lettre: il la ferme en y apposant son cachet.A l’aventure: au hasard.Un malheureux coup de canon: un coup de canon qui provoque un malheur.Cette colline: la petite hauteur dont Mme de Sévigné a parlé quelques lignes plus haut Vous pouvez penser: vous devinez sans que je vous les dise.Les cris et les pleurs: les soldats criant de stupeur et d’effroi, et pleurant de chagrin.Le courrier part à l’instant: pour annoncer cette mort.A une heure l’une de l’autre: L’une (la lettre de Turenne) arriva une heure avant l’autre (la nouvelle de sa mort).ANALYSE LITTÉRAIRE Cette lettre est la première de toute une série consacrée par Mme de Sévigné à ce désastreux événement.Ailleurs, elle multipliera les détails pathétiques, les réflexions profondes {le canon chargé de toute éternité) .Ici elle se contente, pour ainsi dire, d’apporter toutes fraîches une nouvelle imprévue et l’émotion qu’elle a provoquée.Mais dans sa brièveté et sa simplicité mêmes, sa lettre reste un modèle de relation.D’abord, l’annonce directe, presque brutale du malheur.Une seule précaution, le choix de l’interlocuteur; le gendre de Mme de Sévigné et non sa fille, c’est-à-dire quelqu’un à qui la nouvelle importe davantage; c’est un homme, un grand seigneur, un grand fonctionnaire: “C’est à vous que je m’adresse mon cher comte.” Et, aussitôt, la nouvelle; d’abord, dans sa gravité “pour vous écrire une des plus fâcheuses qui pût arriver en France.puis dans sa cruelle précision; “.c’est la mort de M.de Turenne.” Suit un tableau de la douleur universelle. 148 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Tout le monde est “touché, désolé”.(Remarquons cette simplicité de trait: deux mots seulement, sans aucun de ces adverbes intensifs "profondément”, "cruellement”, que d’autres auraient crus nécessaires.)—T’afïliction du Roi répond à la valeur du disparu; la cour—¦ est en larmes; et voici sur le point de s’évanouir un homme tout équilibre pourtant, et tout énergie chrétienne: Bossuet !—Et le deuil immédiat: “On était prêt d’aller se divertir à Fontainebleau.Tout a été rompu.”—Songeons à ce que représentaien, au 17e siècle, ces mots: "le Roi, la cour, M.de Condom”; nous comprendrons mieux le pathétique de ces petites phrases brèves, si dépouillées, comme une dépêche de journaliste.Après la douleur de la cour, la douleur de la ville.Elle est unanime et profonde: "Jamais un homme n’a été regretté si sincèrement : tout ce quartier où il a logé, et tout Paris, et tout le peuple était dans le trouble et dans l’émotion.—-"Ici encore l’art de Sévigné atteint la plénitude dans la simplicité.Pas un adjectif; le verbe être (était dans le trouble et non était plongé.); et des formules presque banales (sincèrement regretté).Cependant par la simple construction de la phrase: “tout ce quartieret tout Paris, et tout le peuple.” l’écrivain nous donne la sensation de l’étendue (ce quartier.tout Paris) et de la profondeur (tout le peuple.—Du quartier bourgeois, aristocratique où logeaient Turenne et Mme de Sévigné, nous descendons au quartier populaire.) Enfin, voici la manifestation spontanée, naïve et touchante de l’affliction générale: “chacun parlait et s’attroupait pour regretter ce héros”.Du Roi à l’homme du peuple, de la cour à la rue, le tableau est complet, vivant, juste et toujours sobre.Ayant associé sa famille au deuil du pays, Mme de Sévigné apporte des détails sur la catastrophe elle-même; et au tableau succède ce qu’elle appelle “une très bonne relation”.Comme plus haut (.la perte du plus grand capitaine et du plus honnête homme du monde.), elle commence par un éloge de Turenne; elle hausse même un peu le ton: “C’est après trois mois d’une conduite toute miraculeuse, et que les gens du métier ne se lassent point d’admirer, qu’arrive le dernier jour de sa gloire et de sa vie”.Et c’est le récit proprement dit.Voici d’abord la préparation.Nous connaissons les sentiments de Turenne.(Il avait le plaisir de voir décamper l’armée ennemie devant lui); ses intentions (il avait dessein de plaisir de voir décamper l’armée ennemie devant lui); ses intentions (il avait dessein de donner sur l’arrière-garde”); nous assistons à ses démarches (“il alla sur une petite hauteur”).Puis le mouvement s’ac< entue.A l’imparfait succède le présent narratif; la phrase se précipite, fait presque exclusivement de courtes propositions principales.Les faits rapportés sont d’ailleurs de mince importance (expédition de courrier, reconnaissance du terrain) ; et brusquement sur un geste lointain, la catastrophe imprévue, brutale, désastreuse.Relisons tout le morceau; nous y verrons la maîtrise de l’écrivain qui, par la seule accumulation de petits faits presque secs, nous conduit à un émoi violent, fait de surprise et nous donne la sensation de cette force formidable: la fatalité.“Il mande la mort du jeune, d’Hocquincourt, et qu’il enverra un courrier pour apprendre au Roi le sort de cette entreprise, il cachette sa lettre, et l’envoie à deux heures.Il va sur cette colline avec huit ou dix personnest on tire de loin à l’aventure unmalheureux coup de canon, qui le coupe par le milieu du corps.” Saisie par tant de coïncidences et d’oppositions tragiques, Mme de Sévigné indique d’une phrase l’émoi général: “.vous pouvez penser les cris et les pleurs de cette armée.”¦ mais c’est pour revenir aussitôt sur la soudaineté prodigieuse, unique, de ce malheur: “Le courrier part à l’instant; il arriva lundi.; de sorte qu’à une heure l’une de l’autre, le Roi eut une lettre de M.de Turenne et la nouvelle de sa mort”.Et c’est tout pour cette fois.Sur cette mort, Madame de Sévigné multipliera, nous l’avons indiqué, des semaines durant, détails et réflexions pathétiques.Elle écrira, pour ainsi dire, des articles, et admirables.Aujourd’hui, elle n’envoie qu’une "dépêche”, Mais, dans sa sobriété voulue, "son talent de journaliste reste incomparable: elle apporte l’essentiel, et suggère le reste.Elle n’a écrit aucun des grands mots qui nous sont devenus si familiers, et dont j’ai peut-être abusé moi-même (désastre, catastrophe irréparable, désespoir, etc.); mais quelle phrase plus pathétique que celle-ci, si simple: “M.de Condom pensa s’évanouir” ?•—-et comment faire plus brutalement éclater la foudre dans un ciel serein qu’avec ces mots: ".à une heure l’une de l’autre, le Roi eut une lettre de M.de Turenne et la nouvelle de sa mort” ?D’un art aussi sûr et aussi discret, exagérerons-nous en disant que l’effet dépasse parfois l’intention expresse de l’auteur?—Peut-être pas.Par exemple, l’écrivain ne s’est pas ici proposé, comme ailleurs, de tracer un portrait L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 149 de Turenne.Son émotion, sa hâte ne le lui permettraient pas.Néanmoins, à raconter les circonstances de sa mort, elle a esquissé les traits de sa figure.Je ne parle pas du magnifique éloge décerné d’abord au “plus grand capitaine et au plus honnête homme du monde”.—Mais quel mérite ne fallait-il pas pour provoquer l’affliction du Roi, les larmes de toute la cour, la faiblesse de Bossuet, l’émoi de tout Paris, et, dans la rue, ces attroupements d’un peuple troublé ?Encore ces indications ne nous permettent-elles qu’un jugement indirect et un peu général.Madame de Sévigné va nous apporter des traits plus précis.Voici le génie de Turenne fait de réflexion persévérante et profonde (“après trois mois d’une conduite toute miraculeuse, et que les gens de guerre ne se lassent point d’admirer”)] son souci de_ voir tout par lui-même (“il alla sur une petite hauteur pour observer leur marche”)] sa fidélité minutieuse à informer de tout le Roi (une lettre à midi, une lettre à deux heures) ; voici sa oiété (“il avait envoyé dire à Brissac qu’on fit les prières de quarante heures”.).Madame de Sévigné n’a pas écrit un mot abstrait (sauf conduite miraculeuse) ; elle n’a pas procédé à une analyse psychologique, mais seulement relaté des faits; et, en définitive, elle évoque une figure et nous impose un jugement.Suggérer ainsi des images, des sentiments ou des réflexions, c’est essentiellement l’art classique.Mais l’art de Mme de Sévigné, souple et riche, se renouvelle sans cesse.Nous allons le voir en lisant, très rapidement, sa lettre sur la mort d’un autre grand personnage, le ministre Louvois.LA MORT DE LOUVOIS A M.de Coulanges, Voilà donc M.de Louvois mort, ce grand ministre, cet homme si considérable qui tenait une si grande place, dont le moi, comme dit M.Nicole, était si étendu, qui était le centre de tant de choses ! Que d’affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d’intérêts à démêler, que de guerres commencées, que d’intrigues, que de beaux coups d’échecs à faire et à conduire! “Ah! mon Dieu, donnez-moi un peu de temps: Je voudrais bien donner un échec au duc de Savoie, un mat au prince d’Orange.—-Non, non, vous n’aurez pas un seul moment.” Faut-il raisonner sur cette étrange aventure ?En vérité, il faut y faire des réflexions dans son cabinet.Voilà le second ministre que vous voyez mourir depuis que vous êtes à Rome; rien n’est plus différent que leur mort; mais rien n’est plus égal que leur fortune et leurs attachements et les cent mille millions de chaînes dont ils étaient tous deux attachés à la terre.* * * Nous avons non plus un récit, mais une méditation.Quatre mots pour annoncer le fait (“Voilà donc M.de Louvois mort.), et aussitôt le commentaire moral.Mme de Sévigné admire d’abord la personnalité du défunt: “ .Cet homme si considérable, qui tenait une si grande place, dont le moi, comme dit M.Nicole, était si étendu, qui était le centre de tant de choses!”; et sans développer ce petit mot “mort”, rien qu’en employant l’imparfait, elle nous met en présence de l’irréparable.Puis son imagination intervient.Elle voit une œuvre immense interrompue, une grande activité humaine brisée: “Que d’affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d’intérêts à démêler, que de guerres commencées, que d’intrigues, que de beaux coups d’échecs à faire et à conduire!” Et grâce à l’imagination, la méditation devient dramatique, Car c’est bien un drame qui s’est joué entre l’ouvrier ambitieux et le Maître de l’heure; et de ce drame, nous entendons le dialogue pressent et terrible: “Ah! mon Dieu, donnez-moi un peu de temps: je voudrais bien donner un échec au duc de Savoie, un mot au prince d’Orange.—Non, non, vous n’aurez pas un seul, un seul moment.” Mais pas plus que tout à l’heure Mme de Sévigné ne va développer; et cette discrétion montre la sincérité de son émotion, et qu’elle ne se livre pas à un exercice littéraire.L’évocation sensible n’est qu’un moment de sa méditation, à laquelle elle revient aussitôt : “Faut-il raisonner sur cette étrange aventure?En vérité, il y faut faire des réflexions dans son cabinet.”—Ces réflexions qu’elle réserve pour le silence du “cabinet”, elle nous en indique du moins le thème: “Voilà le second ministre, que vous voyez mourir depuis que vous êtes 150 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE à Rome; rien n’est plus différent que leur mort; mais rien n’est plus égal que leur fortune et leurs attachements, et les cent mille millions de chaînes dont ils étaient tous deux attachés à la terre.” Madame de Sévigné n’est plus ici un écrivain sensible au pathétique purement humain d’une mort prématurée, ni même une Française associée à un deuil national; elle n’est plus qu’une chrétienne méditant sur l’inévitable fin de tout, et la douloureuse vanité des attachements terrestres.Gaillard de Champris.LA VIE RURALE Le dimanche à la campagne, dans la Province de Québec (Pour l’Enseignement Primaire) De toutes nos vieilles et chères traditions religieuses, il n’en est pas une qui soit plus sacrée au peuple canadien-français que la sanctification du dimanche et des fêtes d’obligation.Dans nos campagnes tout particulièrement, ce devoir est accompli partout d’une manière fort édifiante.Ce jour-là notre laborieux habitant met de côté tout travail manuel et soigneusement endimanché, il prend des airs de seigneur.Au foyer tout revêt un caractère de fête.Les traces des rudes travaux de la semaine ont disparu à l’intérieur comme à l’extérieur.L’ordre et la propreté régnent partout.Même l’abondance de la table invite à la liesse.Mais en ce jour béni, le fait principal pour la famille canadienne est l’assistance aux offices religieux dans l’église paroissiale.Heureuse caractéristique, dans nos villages la grand’-messe a conservé ses droits et les faveurs populaires.Aussi chaque dimanche, c’est avec empressement que de tous côtés les fidèles répondent à l’appel du clocher.Il est beau de voir les longues files de voitures descendant des coteaux lointains, ou sillonnant les vallons dans la direction du divin temple.On assiste aux offices religieux en famille; le villageois se fait un point d’honneur de bien remplir son banc.Les chants sacrés, la voix grave et harmonieuse de l’orgue, le déploiement de la pompe liturgique, la parole autorisée du pasteur impressionnent profondément l’âme de notre peuple.Quel touchant spectacle se déroule chaque dimanche dans nos églises de la campagne ! Toute une paroisse est là, bien représentée, réunie pour adorer Dieu en commun et entendre sa parole par la voix de son ministre.Ces instructions religieuses font la force de notre peuple.Elles lui enseignent la pratique de la morale divine et les vérités nécessaires au salut: elles lui rappellent tous ses devoirs de chrétien et de citoyen.Aussi, ces enseignements bien pratiqués par notre population rurale non seulement dans la vie religieuse, mais également dans la vie sociale donnent à nos campagnes une tranquillité et une sécurité qui les exemptent de toute surveillance policière.Des visiteurs de marque ont maintes fois rendu à cette bienfaisante influence du catholicisme chez nous un juste hommage.Ces grandes réunions paroissiales fournissent à tous une excellente occasion de se rencontrer, de causer, de grouper les familles et d’entretenir des relations amicales.C’est jour de réception au presbytère.Pour nos ruraux le curé est resté plus qu’un fidèle ami et un sage conseiller, il est le père vénéré, le chef de la grande famille paroissiale.Après les offices, sur la place de l’église se font les annonces et les criées publiques; on organise les quêtes pour les familles éprouvées, les mutuelles corvées, les veillées et les visites de surprise pour célébrer les anniversaires de noces et de naissance.Lentement, comme à regret on se sépare, heureux cependant d’avoir accompli le grand devoir dominical.Un de nos artistes canadiens a rappelé, dans une toile célèbre et de haute inspiration, la scène qui se déroule dans un foyer champêtre à l’heure duSanctus.On voit, dans un décor fidèle, la gardienne du foyer pieusement agenouillée, récitant son chapelet au son des cloches du village annonçant que le Dieu de l’Hostie descend sur l’autel.Le dîner du dimanche est plantureux et joyeux; il réunit la famille toujours nombreuse.Le reste de la journée s’écoule le plus souvent, outre l’assistance aux Vêpres, dans le calme et le repos, agrémenté de bonnes lectures.Que de mères alors en lisant les récits de nos missionnaires offriront dans leur cœur, à l’Église, les meilleurs de leurs enfants.Le soir après la L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE .151 prière et la récitation du chapelet, on se réunit chez un parent ou un voisin pour jouer aux cartes et se divertir à l’ancienne façon.Et c’est ainsi que depuis plus de trois cents ans notre peuple, fidèle à la tradition apportée de la France chrétienne, sanctifie le jour du Seigneur et perpétue intégralement les vieilles coutumes des grands siècles de foi.Il ne faut pas chercher ailleurs le secret de notre survivance et de notre force conquérante.Les bénédictions promises par le Créateur à ceux qui sanctifient son Jour, lui rendent publiquement hommage et observent ses commandements, assurent à notre peuple la paix et la joie, l’abondance et la postérité.Multipliez-vous brillants clochers de nos paroisses canadiennes et dressez toujours bien haut dans les deux le Signe d’un peuple qui croit en Dieu ! Paul Tardivel.rm&jmm '-'v bC 4/ V J > fh %s.y;v^ wm ¦ - -i m&j-1 •L;-V r.u •' ’ ?¦' 'b ' ' V ç\ ¦ X' v.¦ é y .%‘v' T-' .* ’"% -_____L Tout repose dans et autour de la maison canadienne-française, le dimanche.(Une très ancienne maison de Saint-François, Ile-d’Orléans).ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS Etude d’un texte du troisième livre de La Classe en anglais (I) (Suite) 7o.Questions sur les éléments constitutifs des phrases.Cet exercice n’est pas nouveau pour les élèves; le Premia- livre en contient de nombreux exemples.Une phrase peut prêter à autant de questions qu’il y a d’éléments importants.Le maître pourrait former les questions suivantes sur la première phrase du texte : Who killed a merchant1?Whom did the three robbers kill ?(1) Voit L’Enseignement Primaire d’octobre 1926.4 152 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE What did they do after killing him?Where did they carry off his treasure ?Whei'e was the cave located ?Whose treasure was carried off?What is first said about the three robbers ?Les élèves devraient être à même de poser des questions sur telle phrase que le maître désignerait.Il va sans dire que le professeur ne peut pas faire toutes les questions sur le texte; mais on voit qu’il y a ici matière à d’amples exercices.Celles qui figurent après les lectures ne sont guère qu’un minimum.Elles pourraient servir de devoir ou de leçon aux élèves; dans leurs réponses, ils ne devraient pas être esclaves du texte.So.Transformation de l’expression pour rendre une même idée.W hy should we share our booty.?It is better for us not to share our booty.\\ e shall have all the money to ourselves.—-All the money will belong to us.He was sent to the nearest village to buy food.—-He was dispatched to a neighboring village for food.When he was gone.—-When he had left.Let us kill him as soon as he returns.—-This ought to be done, kill him on his return.The wicked resolution they had come'to.—-The evil decision they had taken.9o.Transformation de phrases en changeant la construction.On exerce les élèves à transformer des principales en subordonnées ou inversement; à réunir plusieurs propositions indépendantes; à remplacer des propositions complémentaires par des compléments, et inversement : TEXTE Three robbers killed a rich merchant and -carried off his treasure to their cave in a iorest.The youngest of them was then sent to the nearest village to buy food.The elder robber said to the other, “Why should we share our booty with this youngster ?” Let us kill him as soon as he returns.Let us kill him as soon as he returns; and then we shall have all the money to ourselves.The young robber, who knew nothing of the resolution his companions had come to while he was on his way to the village, thought so within himself.He went into the town and bought food, and, having put poison in it, brought it back to the forest.Three robbers, having killed a rich merchant, carried off his treasure to their cave in a forest.The youngest of them was then sent to the nearest village; he was ordered to buy food.The elder robber said to the other that they should not share their booty with their young companion.Let us kill him on his return.Let us take his life ivhen he comes back.We had better kill him.Why not kill him as soon as he returns.If we kill him as soon as he returns, we shall have all the money to ourselves.To have all the money to ourselves only one thing need be done, kill him as soon as be returns.The young robber was on his way to the village; he knew nothing of his companions’ wicked resolution; he thought so within himself .He brought back to the forest the food which he had bought in the town and in which he had put poison.10.Transformation du style direct en stvle indirect, ou inversement.The elder robber said to the other.“Why should we share our booty with this youngster ?Let us kill him.” He thought within himself that he should be very happy if all the money belonged to him.The elder robber said to the other that their young companion should not have a share in the booty, but that they should kill him.He thought thus within himself.“How happy should I be if all the money belonged to me !” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 153 llo.Faire résumer le morceau.Le résumé peut être plus ou moins succinct: 1st Summary.Three rabbet's had to share their booty.One of them decided to put poison m the food he was bringing to his companions.These two killed him on his return.They all perished; it was a just punishment for their crimes.2nd Summary.Three robbers, having killed a wealthy merchant, secured a great booty.The youngest, who had been sent for food, put poison in it, that he might have all the money to himself.The other two agreed upon killing him to have a larger share.Both wicked plans having been carried out, the dead bodies of the three robbers were found by the side of the stolen treasure.(à suivre) Un Frère de l’Instruction Chrétienne.LECTURES LITTERAIRES Le dernier moine de Saint-Aubin (Extrait de Ç et LÀ) (1859) L’abbaye de Saint-Aubin était riche.Quand vint la Révolution, les moines n’émigrèrent pas.Ils étaient peu nombreux et ne remplissaient qu’une aile de leur vaste monastère, où les cellules se suivaient, toutes ouvertes sur le même corridor.Une nuit d’hiver, les révolutionnaires firent invasion chez ces pauvres religieux trop confiants.Sans autre forme de procès, ils les massacrèrent, à l’exception d’un seul, le plus jeune, qui, occupant la cellule la plus éloignée, put échapper avant qu’on arrivât jusqu’à lui.Lorsqu’il eut fait quelques pas hors de la clôture, ce jeune religieux pepsa qu’on le trouverait aisément et que ce n’était pas la peine de fuir ni de conserver sa vie.Il se mit à genoux, attendant les assassins.Cependant les assassins ne vinrent pas.Au bout de quelques heures, saisi de froid et tourmenté par la faim, le moine se releva et se mit tranquillement en quête d’un refuge.Il trouva une chaumière dont les habitants le tinrent caché tout le temps de la persécution.Quand il y eut un peu de sécurité, il revint à l’abbaye.Depuis la nuit du massacre, elle était déserte, défendue par la terreur; personne n’y avait osé entrer.Le religieux trouva les restes de ses frères à la place où les assassins les avaient laissés.Il leur donna la sépulture.Ensuite il s’établit dans sa cellule.Il vécut là de longues années, avec quelques anciens serviteurs, revenus comme lui.Il faisait les offices monastiques et se considérait comme seigneur et maître de tous les domaines que la communauté n’avait pas régulièrement et volontairement aliénés.Quand on chassait dans la forêt sans sa permission, il protestait contre cette usurpation de son droit de propriété.Gustave, étant encore jeune garçon, le vit en ce temps-là.Le dernier moine de Saint-Aubin était un homme d’aspect sévère, qui parlait peu, et que l’on voyait encore plus rarement sourire.Un soir, deux voyageurs, surpris par un effroyable orage, se réfugièrent à l’abbaye.Le moine, averti par ses serviteurs, vint au-devant d’eux et leur rendit en personne les devoirs de l’hospitalité, comme il avait d’ailleurs coutume.L’un des deux voyageurs était un homme d’un certain âge, d’assez mauvaise figure, et qui paraissait préoccupé et presque craintif; l’autre était son fils, garçon de vingt ans.Après qu’ils eurent bu et mangé et qu’ils se furent réchauffés auprès d’un bon feu, le père parla de reprendre sa'route.L’orage continuait; le religieux leur conseilla de passer la nuit.C’était l’avis et le désir du jeune homme: “Mon père ne voulait pas entrer, dit-il en souriant, il craignait un mauvais accueil, et c’est presque malgré lui que j’ai heurté à la porte de l’abbaye.—Il est vrai, reprit l’autre, et je suis très reconnaissant de la bonne hospitalité que l’on nous donne.Néanmoins je ne voudrais point passer la nuit ici.” Il avait l’air contraint et effaré, et balbutiait avec effort plutôt qu’il ne parlait.Le moine insista.“Vous ne gênerez point, dit-il, nous avons des chambres vides.On a fait de la place ci, sous la Révolution.—-Oui, oui, se hâta d’ajouter le voyageur, j’ai entendu parler de cela.Mais l’orage a cessé, nous pouvons partir.” 154 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Un coup de tonnerre et le bruit furieux du vent lui coupèrent la parole.Il pâlit.Le moine le regarda avec attention.“Vous entendez, mon père, dit le jeune homme; que deviendrons-nous sur les chemins par ce temps et à cette heure ?—-Quelle heure est-il donc ?” dit l’homme, de plus en plus pâle.En prononçant ces mots, il tira machinalement sa montre.Le moine étendit la main et prit avec une sorte d’autorité cette montre, qu’il croyait reconnaître.C’était celle qu’il avait laissée dans sa cellule en fuyant les assassins.¦ Il la rendit sans manifester aucune émotion.ir- “Restez ici, dit-il au jeune homme.Couchez-vous et reposez-vous tranquillement dans ce lit, qui fut celui du dernier abbé de Saint-Aubin.Vous, ajouta-t-il en s’adressant au père, venez avec moi; j’ai une autre chambre où peut-être vous pourrez dormir.” ^ Il parlait d’une voix si grave et d’un visage si imposant, que l’homme à qui il s’adressait se leva, prêt à le suivre, sans objecter un mot.Le moine le conduisit à l’extrémité du corridor, dans sa propre cellule, celle d’où il avait fui la nuit du massacre.“Ici, dit-il au voyageur, le repos pourra vous être moins difficile.il n’y a pas eu de sang versé.” L’homme tomba à genoux.Le dernier moine de Saint-Aubin lui donna sa bénédiction.“Dormez, mon frère.” Et il le laissa.Louis Veuillot.NOVEMBRE — NOS MORTS NOUS AIDENT L’homme n’est jamais seul dans sa peine ou sa joie: Des témoins, des amis sont là, sans qu’il les voie; Un regard attentif nous observe en tous lieux, Le regard de nos cœurs après celui de Dieu.Vivons avec nos morts, et prenons-les pour juges; Ayons-les chaque soir pour conseils, pour refuge ; Sachons que nos combats sont livrés sous leurs yeux, Qu’un secours éternel nous vient de nos aïeux, Et qu’à travers le temps chaque effort méritoire Etablit d’eux à nous un partage de gloire.Non, la mort ne rompt pas pour le père et l’enfant Le commerce du faible avec le triomphant; Ils peuvent s’entr’aider vaillammment l’un et l’autre, Et les mondes meilleurs touchent encore au nôtre.J’assisterai d’en haut à vos moindres soucis; Au nom de votre père ils seront adoucis; Et, grâce à vous, le Dieu qu’on prie et qui pardonne, Chers petits, me rendra plus que je ne vous donne.Ayez dans votre cœur, ayez vos morts présents; Les pleurs qu’on donne aux morts sont des pleurs bienfaisants.Gardez-moi bien, amis, ma place tout entière, Et ma si douce part d’amour et de prière, Et cet autel sacré chaque soir rallumé.Ainsi que je les garde à l’aïeul tant aimé.Heureux qui vit dans l’ombre à ses tombeaux fidèle, Et trouvant chez ses morts son guide et son modèle ! Une chaîne d’aïeux, c’est une chaîne d’or Qui s’enlace à nos flancs et nous dirige encor, Et par qui, sans broncher, soutenus à la taille, Nous marchons droits et forts à travers la bataille; Par qui l’on prend au ciel un invisible appui, Par qui Dieu nous soulève et nous attire à Lui.Victor de Laprade. RENSEIGNEMENT PRIMAIRE 155 ANALYSE LITTÉRAIRE Lettre de Louis Veuillot à Raymond Brucker (1) Texte.—-“Mon pauvre Brucker, je vous donne la main de bien bon cœur, et je ne suis fâché que d’une chose: c’est qu’il n’y ait rien dedans.Je suis absolument sans ressources présentement, parce que vous n’êtes pas la seule fissure par laquelle s’écoulent mes minces économies.De là vient le nuage que vous avez remarqué; mais j’ai eu tort de le laisser voir ou de ne pas vous en donner l’explication.Pardonnez-moi cette inadvertance.C’est bien assez de ne pas secourir Jésus-Christ, sans l’affliger par la manière.N’y songez plus, je vous en prie, et que cela ne vous gêne jamais quand vous serez dans le cas de me demander quelque chose.Moi, je songerai, d’ailleurs, à vous prévenir.” Analyse.—Je remarque, dans cette lettre de Louis Veuillot, pour le fond, sept ou huit pensées distinctes.Les voici dans leur suite et dépouillées de leur forme, ou style, lo je consens, de tout cœur, à renouer amitié avec vous; je n’ai qu’un regret, c’est de n’avoir en ce moment rien à vous donner.Car 2o, outre l’aide que je vous apporte, je suis dans la nécessité de dépenser de bien des manières.C’est 'pourquoi 3o je vous ai témoigné de la froideur l’autre jour.Mais 4o j’ai eu tort en cela; 5o j’aurais dû, au moins, vous expliquer ma situation.60 je vous prie donc de me pardonner; car 7o quand on ne peut secourir le pauvre, il faut y mettre de la délicatesse.Aussi 80 dorénavant je vous prie de me demander secours sans plus penser à ce regrettable incident.D’ailleurs 9o je tâcherai de vous en épargner la peine en vous prévenant.Synthèse.—Cette lettre est une délicate et humble demande de pardon.Elle est admirable de charité.On ne peut attendre autre chose de Veuillot.Forme.—Elle est à la fois très spontanée et très littéraire, ce qui signe également Louis Veuillot.Remarquez les particularités suivantes: “Je vous donne la main,” pour exprimer la réconciliation; “il n’y a rien dedans”, image concrète et si originale de l’aumône absente.“Vous n’êtes pas la seule fissure”, etc., figure et image non moins personnelles de l’argent qui s’en va de toutes manières.“Le nuage”, pour la froideur.“Secourir Jésus-Christ”, pour le pauvre, métaphore qui rajeunit à miracle une idée familière à tous les chrétiens.N.Degagné, ptre.L’HISTOIRE NATURELLE A L’ECOLE PRIMAIRE Sixième leçon d’entomologie (Pour L’Enseignement Primaire) LA SAPERDE DU POMMIER Maître.—Je veux aujourd’hui vous faire connaître un des insectes qui exercent le plus de ravages dans nos vergers; c’est la Saperde du pommier, (il montre aux élèves cet insecte que désigne le chiffre 4 sur la 2ième planche du tableau Maheux.) La Saperde que vous voyez ici appartient à l’ordre des Coléoptères dont il est l’un des plus beaux, et à la famille des Longicornes, (longues antennes).L’insecte parfait a la tête et le dessous du corps d’un blanc argenté, le dessus, d’un brun noisette, porte deux bandes blanches qui vont du sommet de la tête à l’extrémité des élytres; sa longueur est de % de pouce.La larve, qui atteint jusqu’à 1 pouce de longueur est apode (sans pattes), d’un brun jaunâtre avec la tête noire.C’est en 1824 que la Saperde a été décrite comme étant l’ennemie du pommier et, depuis cette date, ses ravages sont devenus de plus en plus considérables.Nombre de jeunes vergers ont été totalement détruits par les puissantes mandibules de cet insecte.Des dix-huit pommiers que je plantai en 1916, onze périrent dans le cours des premières années qui suivirent la plantation.Avec quelle peine je voyais disparaître mes beaux arbres, (1) Pour les circonstances de cette lettie, voir Cours de littérature,?e et Se année, C.N.D. 156 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE surtout ceux qui me donnaient déjà des fruits.Bien des fois je me suis demandé quelle pouvait être la maladie qui ravageait ainsi mon petit verger, pour quelle raison ce jeune arbre, si vigoureux au printemps, était trouvé un bon matin avec ses feuilles ou ses fleurs fanées.C’est peut-être le manque d’humidité, me disais-je, alors j’arrosais abondamment; peine inutile, il continuait de sécher sur pied.Trop de branches, peut-être?Et je taillais, taillais encore, ne laissant parfois que les branches charpentières ; vaines tentatives, mon beau pommier était voué à la mort.Ah! vilaine Saperde, si je t’avais connue alors, si j’avais su que tu étais là, rongeant le cœur de mes arbres.A mon grand regret, je voyais mon petit verger disparaître graduellement.Il ne me restait que sept pommiers,lesquels, dans mon opinion, devaient avoir bientôt le sort de leurs malheureux frères.Un hasard vraiment providentiel les sauva.Par un beau matin de juin 1922, j’examinais de bien près le tronc d’un de mes arbres malades quand, à ma grande surprise, je découvris dans l’écorce une petite ouverture ronde dans laquelle s’agitaient deux longues antennes.Bientôt une tête émergea puis, un corps.Vite, à l’aide d’une épingle, je saisis l’insecte au moment même où il allait prendre son vol.Un instant je contemplai le beau coléoptère qui faisait de son mieux pour se dégager du piège où il venait de tomber, puis, rapide comme l’éclair, une pensée traversa mon cerveau: ne serait-ce pas toi, méchante bête, qui a tué mes beaux pommiers?Voyons plutôt: Un fil de fer est vite introduit dans l’ouverture qui avait livré passage à l’insecte et descend, descend pour réapparaître à l’extérieur de l’écorce à dix-huit pouces plus bas.J’avais la clef de l’énigme.Des sections pratiquées sur le tronc des arbres morts mirent à jour les galeries qu’y avaient creusées les larves et je constatai que tous avaient été victimes du même ennemi.Or, cet ennemi, c’était la Saperde du pommier que, par une coïncidence aussi heureuse que rare, j’avais vu sortir de l’arbre où elle rongeait depuis trois ans.C’est à ce hasard que je dois d’avoir aujourd’hui dans mon verger sept beaux pommiers dont, chaque automne, les branches ploient sous le poids de fruits savoureux.Romain.—-Comment ces vers, qui creusent des galeries dans les arbres, y ont-ils été introduits ?Maître.—Lorsque l’insecte parfait s’est frayé un passage à travers l’écorce de l’arbre, ce qui a lieu vers le commencement de juin, il dépose ses œufs sur le tronc et les recouvre d’une sorte de gomme; les larves qui en sortent pénètrent d’abord dans l’écorce et dans l’aubier où elles opèrent la première année, puis, vont plus avant et enfin creusent en plein bois.Ce n’est qu’au bout de trois ans qu’elles se transforment en chrysalides d’où, trois semaines après, sortiront les coléoptères adultes.Yvon.—A quels signes connaît-on la présence de la Saperde dans un arbre?Maître.—-Quand vous voyez qu’un arbre manque de vigueur, que son feuillage jaunit, examinez-en le pied; si vous y apercevez des trous percés dans l’écorce, avec une sorte de moulée, à leur orifice, vous pouvez être sûr que des galeries y ont été creusées par la Saperde qu’on nomme encore Yer tarière.La couleur plus foncée de l’écorce à l’endroit des galeries est un autre indice des ravages de cet insecte.Yvon.—-Comment peut-on lutter contre le Yer tarière?Maître.—-Tenir le verger dans un état de propreté, sans gazon ni mauvaises herbes, et les arbres en bonne santé.Quand des galeries sont découvertes on peut, à l’aide d’un fil de fer flexible qu’on y introduit, tuer la larve dans sa retraite, mais il serait plus efficace d’y introduire du bisulfite de carbone et d’en fermer ensuite les orifices extérieurs avec du mastic ou de la glaise.Comme moyen préventif, on peut, au printemps, entourer le pied de l’arbre jusqu’à une hauteur de deux à trois pieds d’un papier protecteur qui empêchera la femelle d’y déposer ses œufs.Un jardinier soigneux devrait, au printemps et à l’automne, faire la visite du pied de ses arbres, les déchaussant un peu, afin de voir si quelque moulée ne lui ferait pas reconnaître la présence de ce terrible ennemi, pour le combattre comme nous venons de le voir.LE PUCERON DU POMMIER Maître.—(Montrant sur la 2ième planche du tableau l’insecte indiqué par le chiffre 8.)—-L’insecte que vous voyez ici est un autre ennemi du verger; c’est le Puceron du pommier; il est si petit que sur une longueur de 1 pouce on peut en placer douze à la file.Sa couleur est d’un vert tendre, à l’exception des deux petits tubes que vous voyez à l’extrémité du corps et qui sont noirs.Ces tubes émettent une liqueur sucrée qui recouvre les feuilles et nuit L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 157 ainsi à la respiration de l’arbre.Il se montre souvent en si grand nombre sur les feuilles ou sur l’extrémité des jeunes pousses dont il suce la sève que les déprédations qu’il cause sont considérables.Les feuilles qui en sont attaquées s’enroulent sur elles-mêmes et parfois tombent.Les Pucerons passent l’année sur les pommiers et les poiriers, les seuls de nos arbres fruitiers qu’ils attaquent.Les œufs pondus à l’automne passent l’hiver sur les rameaux et éclosent au printemps avant même que les bourgeons se développent; ces œufs, très petits, sont d’un beau noir brillant.Les Pucerons des premières générations sont sans ailes, les insectes ailés n’apparaissant que plus tard dans le cours de l’été et à l’automne.Du printemps à l’automne, et tous les huit ou dix jours, il se fait une nouvelle génération.Yvon.—Les fourmis, que l’on voit en grand nombre sur les pommiers en compagnie des Pucerons, sont sans doute les ennemies naturelles de ces derniers ?Maître.—-Les fourmis sont très friandes de la miellée que sécrètent les tubes du Puceron et c’est pour se gorger de cette liqueur sucrée qu’elles le suivent sur les arbres.Loin de travailler à sa destruction, elles cherchent plutôt à le protéger; ainsi, à l’approche des fortes gelées d’automne les voit-on transporter avec mille précautions les Pucerons dans leur terrier ou de fraîches racines et des feuilles ont été préalablement mises à leur disposition et, pendant l’hiver, alors que tout sur la terre sera glacé et couvert de neige, dans leur demeure souter-taine les fourmis, grâce à leur prévoyance, auront à leur portée la miellée toute fraîche que leur fourniront les Pucerons mis en hivernement.On a même observé que les fourmis transportent sous terre, à l’automne, les œufs du Puceron qu’elles recueillent sur les rameaux, puis, au printemps, après l’éclosion, remontent les nouveaux-nés sur le feuillage du pommier.En retour, les protégés fourniront aux protectrices le doux nectar dont elle raffolent.L’ennemie naturelle du Puceron du pommier est la Coccinelle ou “Bête à bon Dieu”', laquelle, dans une seule journée, peut en dévorer un nombre incroyable.La lutte contre les Pucerons est bien difficile et presque impossible quand ils se tiennent dans des feuilles enroulées.Mieux vaudrait les combattre dès leur première apparition au printemps; à cette fin, on recommande l’arrosage deux ou trois fois répété à huit jours d’intervalle avec une émulsion de pétrole (2 galls de pétrole, 1b de savon dissous dans 1 gall, d’eau chaude; diluer ensuite pour l’usage, de manière à obtenir 30 galls.) Une pulvérisation sur les arbres à l’automne diminuera les ravages de l’année suivante.Avec le canevas suivant, les élèves pourront donner un résumé écrit des leçons qui précèdent : LA SAPERDE DU POMMIER A quel ordre et à quelle famille appartient cet insecte.Donner sa description.Les ravages qu’il exerce.Moyens de le combattre.LE PUCERON DU POMMIER Dire pourquoi cet insecte appartient à l’ordre des Hémiptères.Ses déprédations au verger,.Raison de la présence des fournis parmi les Pucerons.Lutte contre cet insecte_ E.Lit ali en, Inspecteur d’écoles.LE DESSIN À L’ÉCOLE PRIMAIRE (Pour L’Enseignement Primaire) NOVEMBRE Étude de la forme cylindrique.Modèles à emprunter: le tambour, le carton à chapeau, le rond de serviette, le lampion, le tuyau, le rouleau de papier, les mesures, le chapeau de paille (canotier), le haut de forme, le crayon, etc., etc.,.1ère année.—1ère semaine:—Le cylindre (debout). 158 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE «2 (ÀsrVnjjL' / (lyyvt'VtX-1 TTTTT ' 'v f-t -\- :K-r >; v V.u'v -15 Cln ¦YULt- l\pm ^drurue/- /‘JU> srJuç/ —-™-j—
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