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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1921-04, Collections de BAnQ.

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42e Année Québec, Avril 1921 No 8 LEnseknement Primai EDUCATION INSTRUCTION.PÉDAGOGIE LES LIVRES A LIRE IMPORTANCE ET CHOIX DES LECTURES Les instituteurs et les institutrices ont le devoir impérieux d’augmenter, chaque jour leur savoir, de perfectionner leur instruction par l’étude des meilleurs auteurs.Et c’est par la lecture, par l’audition de conférences ou de cours, par la lecture surtout, qu’un éducateur (ou une éducatrice) peut élargir le cercle de ses connaissances littéraires ou scientifiques Mais si la lecture est le moyen le plus efficace pour l’instituteur de compléter une culture générale, qui non seulement donne du prix à son enseignement mais encore embellit la vie, elle peut devenir aussi un instrument de déformation intellectuelle et de perversion morale.“O’est à la sévère discipline du travail que je dois le calme bonheur de ma vie”, dit quelque part Mgr Dupanloup.Et cette sévère discipline doit d’abord s’exercer sur le choix des livres à lire.Le temps manque pour lire au hasard tout ce qui tombe sous la main.Mais ce qu’il y a de plus grave que la perte du temps, c’est la conuption du goût, la perversion de l’esprit, l’atrophie du sens moral, l’affaiblissement du sentiment religieux et même la perte de la foi.L’abbé Bethléem, qui fait aujourd’hui autorité dans tous les pays de langue française, dit : “Ce serait oublier la faiblesse humaine que de la croire inaccessible, insensible aux séduisantes fictions du vice ou de l’erreur.Ce serait ignorer l’histoire aussi que de nier les ravages immenses et profonds produits par la lecture de ces romans trop peu réservés qui, selon le mot de Jules Vallès, “font pleurer les mères et travailler les juges (1)”.Le roman immoral gâte le cœur et le roman impie empoisonne l’esprit : l’un et l’autre doivent être mis à l’écart par les éducateurs, et ils doivent en préserver leurs élèves comme du pire des malheurs.Aujourd’hui, malheureusement, par suite d’une ignorance inconcevable (l) Labbé Louis Bethléem, Romans à lire et à proscrire, Paris, 1920. 450 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE de leurs devoirs en matière de lecture, par suite aussi—chez un trop grand nombre—du mépris des lois de l’Église, et comme conséquence surtout d’une incurie lamentable, jeunes gens et jeunes filles lisent tout ce qui se vend en librairie.C’est ainsi qu’on voit entre les mains de certaines jeunes filles qui se piquent de littérature, des romans de George Sand, cette démagogue et communiste, mise à VIndex par l’Église, et des jeunes garçons, au mépris de leur éducation catholique, lisent cette vieille canaille littéraire, qui a nom Anatole France.Cet académicien, dit Y Ami du Clergé, cité par l’abbé Bethléem, “est le plus mauvais des écrivains d’aujourd’hui.Chez aucun, l’impiété n’est aussi complète, ni l’immoralité aussi animale”.Les femmes du monde, paifois, donnent le mauvais exemple en lisant des auteurs qui deyraient être proscrits en vertu de la morale chrétienne : tels Marcel Prévost, “l’un des romanciers les plus pervers que nous ayons aujourd hui” (1) ; Stendhal, “cet homme vicieux, cet éciivain aride,” etc., etc.(2) ; Pierre Loti, qui a dit ce blasphème: “Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de morale” (3) ; Alexandre Dumas fils, condamné par l’Église et “qui défendit le divorce et prêcha l’union libre” (4) ; Mais il n’y a pas que les livres évidemment mauvais, qu’une jeune fille et un jeune homme honnête ne doivent pas lire.La plupart des livres de Bourget, et plusieurs de Bordeaux, de Barrés et même de Bazin sont de mauvais livres pour la jeunesse : ils n’ont pas été écrits pour elle.Les romans de Bourget, avant 1887, sont mauvais.Un écrivain peu suspect, M.Rod, n’a-t-il pas dit : “Les romans de Bourget ne sont guère plus moraux que ceux de Zola (5)”.Règle générale il faut se défier des romans psychologiques, telle Dominique de Fromentin.On peut en dire autant des livres de Huysmans, après sa conversion, où l’auteur “n’a pas su complètement se détacher de sa coque d’impureté.” Outre cette littérature aristocratique dont je viens de parler, il existe une littérature vulgaire, qui suinte le vice et l’impiété, et qui, cependant, se vend librement, chez certains libraires ou marchands de journaux peu scrupuleux, à bord des bateaux et sur les trains de chemin de fer.Ces livres, à couverture rouge et bleue ou jaune, imprimés sur vilain papier, se vendent à bon marché et sont lus par le vulgo et même les enfants, dans les villes.Ajoutons à ces bouquins les revues américaines, presque toutes matérialistes, et l’on comprendra jusqu’à quel point notre population canadienne-française et catholique est menacée dans sa foi, ses mœurs et ses traditions.(1) Romans à lire et à proscrire, p.106.(2) Ibid, p.44.(3) Ibid, p.94.(4) Ibid, p.32.(5) Romans à lire et à proscrire, p.146. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE * 451 Il faut repousser sans merci la fausse théorie réaliste : “ on doit tout lire”.C’est aux parents et aux éducateurs à monter la garde auprès de cette précieuse réserve, la jeunesse.Les éducateurs, particulièrement, doivent d’abord donner l’exemple en ne lisant que des livres irréprochables à tout point de vue : fond, forme, goût, exactitude.Ces livres sont légion, et au simple point de vue littéraire, ils valent souvent mieux que les autres.Peut-on trouver, par exemple, plus beaux livres (ici je ne cite que de mémoire) que les Études philosophiques sur le Christianisme, d’Auguste Nicolas : que les Lettres à des jeunes gens, du P.Lacordaire ; que L’Enfant, de Mgr Dupanloup ; que l’Éducateur apôtre de l’abbé Guibert ; que les Lettres de Frédéric Ozanam ; que Rome et Lorette, de Louis Veuillot ; que les œuvres de Madame Julie Lavergne, de Marie Jenna, de Mlle Berthem-Bontoux, de Mlle Monniot, de Monlaur, de Zénaïde Fleuriot, de Pierre L’Ermite, d’Aigueperse, de Mary-an, de Roger Dombre ; que le Récit d’une Sœur de Mme Craven ; que les Lettres d’une jeune Irlandaise ; que les Lettres de l’abbé Perreyve ; que la Femme au foyer, àz Mgr Tissier ; que les Portraits littéraires, de Léon Gautier ; que les Études et causeries littéraires, du P.Delaporte ; que les œuvres dm chanoine Lecigne et du P.Longhaie; qu’t/n hiver à Rome, du Marquis de Ségur ; qu’un Siècle de l’Église de France, de Mgr Baunard ; que les œuvres historiques de de la Gorce et de Thu-reau-Dangin ; et des centaines d’autres livres français.Et dans notre littérature canadienne, un joli choix est possible, lequel ne déparerait pas celui des meilleurs auteurs de la mère-patrie.Les beaux et les bons livres, dans tous les genres, ne font donc pas défaut.Il suffit de se renseigner à bonne source, avant de faire un choix.Ce choix importe particulièrement chez les éducateurs qui doivent garder intacte leur probité littéraire et scientifique et conserver leur foi catholique dans toute sa pureté et sa limpide clarté.Ce choix importe aussi pour assurer une compétence professionnelle parfaite et acquérir une culture intellectuelle sans lesquelles un instituteur demeure toujours au-dessous de sa tâche.Et l’étude d’auteurs choisis et aimés ne constitue-t-il pas l’une des plus nobles jouissances des instituteurs et des institutrices, appelés par leurs fonctions, à vivre dans la retraite et le recueillement?N’est-elle pas aussi le plus sûr moyen de garder intacte au Canada, la vraie tradition littéraire de la France, faite d’honnêteté, de bon goût, de clarté et de respect.Puis, il sera éternellement vrai, c’est Cicéron qui l’a dit, “ que les lettres sont à la fois l’instruction de la jeunesse et le charme de l’âge mûr, l’ornement de la prospérité et la consolation de l’infortune”.C.-J.Magnan. 452 L ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’ÉDUCATION DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC UNE BELLE CONFÉRENCE DE L’HONORABLE SECRÉTAIRE DE LA PROVINCE Le lundi 20 décembre 1920, l’honorable M.L.-A.David prononçait une très belle conférence à Montréal, devant un club de dames.Comme toujours, le Secrétaire de la province fut éloquent, et il fit mieux encore, il mit sa parole ardente au service de la vérité historique.Voici un résumé de la dernière partie de la conférence de l’honorable ministre, résumé que nous empruntons à un journal de Montréal : Cet enseignement, il fut d’abord, au Canada français, l’œuvre exclusive du clergé.Aussi faut-il faire nôtre cette déclaration de M.David : “Que l’œuvre d’éducation du passé ait été bien conçue, bien dirigée, que le silence du presbytère, de l’enceinte de l’église ou du séminaire ait été la source d’une résistance effective, nous sommes ici pour en témoigner en 1920 ; cent cinquante ans de vie canadienne attestent, il me semble, la grandeur de l’œuvre accomplie”.L’évolution se fait dans le domaine de l’instruction.Des développements s’imposent pour se tenir au niveau, pour répondre aux exigences de la vie moderne.La province de Québec n’est pas restée en arrière, au point de vue éducationnel comme aux autres points de vue.Une nouvelle occasion s’est présentée, ici, d’établir un parallèle, et, procédant avec le témoignage irréfutable des chiffres, le Secrétaire provincial a établi que nous n’avons rien à envier aux autres provinces sous le rapport de l’instruction.Même, le surintendant de l’Instruction publique d’une autre province vantait, tout dernièrement, notre système éducationnel comme étant “le meilleur du Canada”.Lépcndant à certaines critiques sur le mode d’administration de l’éducation dans la province, M.David a posé, en substance, ce principe que la question d’éducation doit être indépe?dante de la politique et que le Conseil de l’Instruction Publique, composé d’hommes absoli m.ent indépendants, répond parfaiten.ent à ce desideratum.I n résumé, se basant sur les résultats obtenus, constatant que, dans cette province, tout le moi de s'intéresse à la cause de l’instruction, le clergé, les municipalités, le gouvernement, on peut icgarder l’avenir avec confiance et croire à l’essor de plus en plus grand, de plus en pins fructueux de l’instruction sous toutes ses formes dans notre province, depuis celle que Pon donne à la petite école jusqu’à celle des écoles supérieures.AIMONS NOTRE BELLE LANGUE FRANÇAISE RESPECTONS SA SYNTAXE Il y a un an, M.Léon Lorrain, professeur à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal, donnait une conférence sur “l’utilité de la langue française”.Nous détachons de cette conférence les passages suivants : “Si graves que soient les attaques de 1’anglicism.e contre notre vocabulaire, celles qu’il dirige contre notre syntaxe sont beaucoup plus dangereuses.Car la syntaxe est la partie essentielle de la langue, c’en est la structure même.La langue anglaise a une grammaire germanique.Ses caractéristicqzes sont prescue toutes incompatibles avec le génie du français.C’est pourquoi notre connaissance de l’anglais nous impose, encore plus qu’aux Français eux-m.êm.es, la nécessité, d’abord de posséder notre syntaxe, ensuite de surveiller notre langage.L’anglicisme syntaxique se manifeste surtout par l’abus de la forme passive, propre à l’anglais, au lieu de la forme active qui est un des traits les plus essentiels de la langue 453 K L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE française.L’emploi habituel de la forme passive entraîne les deux auxiliaires accolés et appelle le passé ; deux caractéristiques de l’anplais.Nous devons encore à l’anglais l’abus de la forme impersonnelle et de la tournure dubitative.Et c’est sans doute de l’anglais que nous tenons l’habitude de faire des phrases touffues, hérissées d’inutiles auxiliaires, tels que "aller”, "croire”, “venir”, “pouvoir” et surtout “faire”, verbe à tout faire”.Mais avant tout aimons et faisons aimer la langue française.Plusieurs ont fait pour la défendre de grands sacrifices.Mais l’aimons.-nous assez'pour lui faire quotidiennement de menus sacrifices de repos et de loisirs ?Que les homm.es pensants qui écrivent ou parlent en public s’efforcent donc de faire chérir et admirer la langue française ! Il ne suffit pas de l’aimer d’instinct, parce que c’est son parler ; il faut encore l’honorer, parce que c’est la plus belle parmi les vivantes.LA COMPOSITION A L’ÉCOLE PRIMAIRE CORRECTION INDIVIDUELLE OU CORRECTION COLLECTIVE On a souvent opposé, en matière de composition f rançaise, la correction individuelle à la correction collective.Définissez ces deux expressions et montrez comment ces deux méthodes de correction, loin de s’exclure, se complètent l’une l’autre.La correction des compositions françaises est une des besognes les plus ardues, surtout dans les classes nombreuses, et il faut reconnaître qu’elle est loin, en général, de donner toujours des résultats satisfaisants.Le défaut dans lequel on tombe le plus communément consiste à séparer la correction individuelle de la correction collective, au lieu de faire la première presque uniquement en vue de la seconde.Comment procède-t-on d’ordinaire, en effet, pour la correction individuelle ?Le maître prend successivement toutes les copies, les corrige plus ou moins minutieusement, d’un bout à l’autre, et termine par une appréciation d’ensemble, résumée en une note chiffrée.Ce procédé est très défectueux.D’abord, il exige un temps parfois énorme, qui serait employé beaucoup mieux à des lectures personnelles, ou à une préparation attentive de la classe, ou même simplement au repos.Tout ce travail est presque en pure perte ; en le faisant, l’instituteur se dit (et il ne se trompe guère), que les élèves ne jetteront qu’un regard distrait sur les annotations ; il constate aussi que la plupart des fautes sont dues à l’inattention, et qu’avec un peu d’effort, elles auraient été évitées : ce sont les enfants qui sont coupables, et c’est le maître qui s’inflige une punition ! Ce sentiment qu’on a d’accomplir une tâche inutile et illogique rend encore plus pénible et plus rebutante la correction individuelle ainsi comprise. 454 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Comment faut-il donc faire?Disons, avant tout, que la difficulté serait fort réduite si Ton prenait la peine de préparer plus soigneusement les rédactions.Au lieu de proposer simplement le sujet, traitez-le donc au préalable, oralement, de concert avec vos élèves ; faites-leur trouver les idées ; faites-leur trouver Tordre des développements ; faites-leur trouver même beaucoup de détails d’expression.Leur vocabulaire est trop pauvre, et ils manient les phrases encore trop maladroitement pour qu’ils soient en état de s’exprimer congrûment et sans secours, même sur des sujets très simples.Mettez-les sur la voie, suivez-les de près, et montrez beaucoup de prudence quand vous les laissez se risquer seuls Par ce moyen, vous aurez simplifié votre travail, mais il vous restera à fournir un effort encore considérable.Déclarons tout de suite qu’il est nécessaire de lire toutes les rédactions, en dehors des heures de classe, comme le règlement l’exige.C’est là un précieux moyen d’information sur les aptitudes, sur le caractère des élèves, et sur leurs faiblesses de toute sorte ; c’est aussi pour eux un stimulant, car ils savent qu’aucune de leurs négligences ne passera inaperçue.Mais ce contrôle doit être fait d’une façon intelligente et aussi expéditive que possible ; il ne doit pas imposer un travail écrasant.Si vous avez un trop grand nombre d’élèves, proposez des compositions françaises moins fréquentes et plus courtes ; en outre, n’essayez pas de tout corriger dans chaque devoir.Retenez, dans chacun d’eux, après l’avoir lu d’un bout à l’autre, un fragment, que vous examinerez et que vous annoterez ininutieusement ; cela vous suffira pour juger de la valeur du devoir, et pour montrer à l’élève que ses efforts ont été constatés et pesés.Mais surtout, faites ce contrôle en vue d’une opération plus importante, qui est le compte rendu collectif.A mesure que vous lisez les copies, dans le silence de votre cabinet, inscrivez toutes les observations dignes d’être notées, et qui présentent un intérêt général ; ces observations, mises en ordre, seront la matière de substantielles explications orales.Voyons ce que doivent être ces explications.Trop souvent encore, elles sont faites sans méthode, et par suite restent peu efficaces ; si le maître se borne à prendre tous les devoirs successivement, pour signaler le bon et le mauvais de chacun d’eux, il ne fait qu’un compte rendu superficiel, où rien de précis ni de vigoureux ne se détache ; un tel compte rendu est toujours monotone et fastidieux, parce qu’il se réduit à un procédé d’enseignement individuel.Il faut s’y prendre autrement, et ne rien dire qui ne présente un intérêt général.Nous avons plusieurs moyens de le faire ; le plus simple, le plus classique en quelque sorte, consiste à présenter successivement nos remarques d’ensemble : 1° sur les idées (invention) ; 2° sur le plan (disposition) ; 3° sur les détails de l’expression. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 455 Avec de jeunes élèves du cours élémentaire et même du cours moyen, les deux premières séries de remarques prendraient peu de temps parce que, vu l’inexpérience de ces enfants, nous leur donnons presque toujours de longues explications préalables ; ils n’ont donc guère à trouver ni à classer leurs arguments.Au cours supérieur, cette question de fond et de plan prend une grande importance, au moment de la correction collective.Nous avons entre nos mains toutes les copies, que nous avons lues attentivement avant la classe ; grâce aux observations que nous avons notées, nous allons pouvoir indiquer aux élèves les lacunes de leurs travaux en ce qui concerne l’invention des idées.Nous leur montrons la pauvreté de leur argumentation ; nous leur signalons sur la matière proposée, qui leur semblait “infertile et petite”, plusieurs points de vue dignes d’examen ; nous leur apprenons à disséquer, par l’analyse, une pensée générale, synthétique.La critique de la “disposition” du plan suit cette critique de “l’invention” et s’appuie, comme elle, sur des notes prises au courant de la correction individuelle.Par des exemples précis, nous marquons les faiblesses dans l’enchaînement des idées ; nous montrons comment on raisonne avec vigueur, et comment une pensée gagne en relief, rien que par la place qu’on lui donne.La correction individuelle alimente enfin la correction collective, en ce qui touche les conseils sur la forme, “l’élocution”.Voici, sur ce point, ce que la raison et l’expérience recommandent surtout de faire : au lieu de procéder à une revue, nécessairement trop rapide et superficielle, des fautes rencontrées dans chaque copie, nous choisissons, dans une seule copie, un seul passage, une serde phrase même ; nous écrivons cette phrase au tableau, telle qu’elle figure dans le travail de l’élève, et nous en faisons la critique minutieuse.Nous en signalons toutes les défectuosités : la longueur exagérée, la lourdeur, l’incohérence, l’impropriété des termes, les fautes d’orthographe, de ponctuation, même les détails les plus infimes sur les accents, l’écriture.Notre effort se concentre ainsi sur un terrain bien délimité, et nous pouvons donner des conseils précis, utiles à toute la classe.En résumé, abrégeons donc sans scrupule la correction individuelle des compositions françaises, et qu’il nous suffise d’en tirer la matière de solides et savoureuses directions collectives; nous ferons ainsi, sans surmenage, un travail rationnel et profitable.T.Inspecteur primai?e.(L’École et la Famille.) 456 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’ART D’ENSEIGNER EST UN DES BEAUX-ARTS .On répète à l’éducateur qu’il doit connaître les élèves qu’il est chargé d’élever.On peut ajouter qu’il ne lui suffit pas de connaître à la manière d’un savant, de savoir et de voir tout ce qui est.Pour l’éducateur, ce qui importe surtout, c’est qu’il soit capable de voir ce qui est bon, c’est-à-dire, la beauté morale ; comme pour l’artiste proprement dit, il est de capitale importance qu’il voie le beau.Il est des maîtres habiles à découvrir le pire côté du naturel des enfants.De tels maîtres ne sont pas de véritables artistes.Mais il est aussi des maîtres qui savent découvrir le meilleur de l’âme de chaque enfant, quelles que soient d’ailleurs la profondeur et l’étendue des défauts.Comparés avec les premiers, sévères critiques de l’enfance, ceux-ci semblent être des dupes.Comme les vrais artistes, ils sont affectés d’une sorte d’aveuglement qui est une grâce d’état ; ils ne voient point ou ne veulent pas voir les vulgarités, les laideurs, les défectuosités, accidents passagers.Ils savent, dans le domaine de la réalité, découvrir la poésie et la beauté éternelles.Le maître qui est un artiste, celui qui voit le mieux, est donc celui qui sait découvrir quelque capacité chez le plus mal doué et quelque vertu chez le plus vicieux.Il peut révéler à ses élèves des aptitudes et des aspirations qu’ils ne se connaissent pas et même ne soupçonnent pas.Ce n’est pas assez qu’il les croie propres à quelque chose.Il doit avoir l’esprit de trouver à quoi ils sont aptes.L’art d’enseigner, comme tous les beaux-arts, n’a point à suivre les variations de la mode.Dans la recherche des procédés, le maître ne doit pas se demander : “Est-ce nouveau?—Qu’y a-t-il de neuf?—Quel est le dernier cri?” mais plutôt : “Qu’est-ce qui est le plus rationnel?le plus noble?” Ce qui est beau est toujours beau ; ce qui est vrai est toujours vrai, neuf ou vieux, à la mode ou démodé.Les mêmes qualités qui font de Socrate un grand éducateur trouvent leur place dans la tâche des grands éducateurs de tous les temps.L’éducateur artiste cherche à voir son œuvre sous son aspect éternel.L’art vrai est indifférent au temps.L’artiste travaille pour l’avenir lointain parce qu’il travaille pour ce qui vainc le temps.Et comme il travaille pour l’avenir, il paie tribut au passé et ne rejette rien, parce que cela a déjà existé.Il ne rejette que ce qui est purement de la routine, que ce qui n’est pas rationnel, que ce qui n’est pas conforme à la nature.Celui qui fait faire des dictées d’une page ou d’une page et demie pour faire apprendre l’orthographe d’un mot ou deux n’est pas un artiste.Celui qui fait écrire à ses élèves des dictées où ils peuvent, sans L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 457 profit ou plutôt à leur détriment, faire quinze ou vingt fautes, n’est pas un artiste.Celui qui fait apprendre des dates ou des faits historiques et géographiques sans signification n’est pas un artiste.Dans l’art d’enseigner comme dans les autres arts, l’important n’est pas d’aller vite.Il est des études qu’il faut approfondir.Il est trop fréquent dans les écoles de voir gaspiller le temps eu bagatelles, et attacher une grande importance à ce qui n’en vaut pas la peine.Dans l’art d’enseigner comme dans les autres arts, l’important n’est pas d’atteindre la perfection.Ce n’est pas toujours, par exemple, ce qui est fini qui nous satisfait le plus complètement.Parmi les belles œuvres il en est qui émeuvent profondément parce qu’elles ouvrent des horizons sur l’infini.(D’un article publié dans YEducational Review par M.E.Brown, professeur à l’université de Californie, et reproduit par le Bulletin des Études.) IL NE FAUT PAS PRESSER LES ENFANTS Le cerveau des enfants est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent : sa lumière vacille toujours.L’enfant vous fait une question ; et, avant que vous répondiez, ses yeux s’enlèvent vers le plancher, il compte toutes les figures qui y sont peintes, ou tous les morceaux de vitres qui sont aux fenêtres ; si vous voulez le ramener à son premier objet, vous le gênez comme si vous le teniez en prison.Ainsi, il faut ménager avec grand soin les organes, en attendant qu’ils s’affermissent : répondez-lui promptement à sa question, et laissez-lui en faire d’autres à son gré.Entretenez seulement sa curiosité, et faites dans sa mémoire un amas de bons matériaux ; viendra le temps qu’ils s’assembleront d’eux-mêmes et que, le cerveau ayant plus de consistance, l’enfant raisonnera de suite.Cependant bornez-vous à le redresser quand il ne raisonnera pas juste et à lui faire sentir sans empressement, selon les ouvertures qu’il vous donnera, ce que c’est que tirer une conséquence.Laissez donc jouer un enfant, et mêlez l’instruction avec le jeu ; que la sagesse ne se montre à lui que par intervalles et avec un visage riant : gardez-vous de le fatiguer par une exactitude indiscrète.Si l’enfant se fait une idée triste et sombre de la vertu, si la liberté et le dérèglement se présentent à lui sous une figure agréable, tout est perdu, vous travaillez en vain.Fénelon.{De VÉducation des filles.) 2 458 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LA VÉNÉRABLE MARGUERITE BOURGEOYS (1) Jeanne Loysel, la première enfant qui vécut à Montréal, lui fut confiée à l’âge de quatre ans.Jean Desroches vint ensuite, et le 30 avril 1657, peu après l’arrivée des Sulpiciens qui amenèrent quelques familles, la Sœur Marguerite ouvrit une école.Mais combien rudes et humbles furent les commencements de son œuvre ! “ Quatre ans après mon arrivée, écrit la Sœur Bourgeoys, M.de Maisonneuve voulut me donner une étable de pierre pour en faire une maison et y loger celles qui feraient l’école.Cette étable avait servi de colombier et de logis pour les bêtes à cornes.Il y avait un grenier au-dessus, où il fallait monter par une échelle, par dehors, pour y coucher.Je la fis nettoyer, j’y fis faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour loger les enfants.J’y entrai le jour de sainte Catherine, 30 avril 1657.Ma Sœur Marguerite Picard, qui a été ensuite Madame la Montagne, demeurait avec moi.” Par l’acte de donation, on voit que le bâtiment avait trente-six pieds de long et dix-huit de large.Maisonneuve, d’un si grand cœur, n’avait pu donner un logement plus convenable, et dans cette maison, qui rappelait tant l’étable de Bethléem, Marguerite Bourgeoys se mit de tout cœur à son œuvre d’éducatrice.On lui confia d’abord tous les enfants.Elle les réunissait des l’âge le plus tendre.Ces héroïques nichées de Ville-IVlarie passèrent toutes par ses mains si saintes, si maternelles.Pour avoir des auxiliaires, Marguerite Bourgeoys se rendit en France.Elle n’avait à promettre que pauvreté, labeurs, périls de toutes sortes, mais il y a toujours par le monde des êtres capables de tous les sacrifices.Marguerite Bourgeoys savait faire vibrer les fibres généreuses du cœur, et, à Troyes même, elle trouva des compagnes d’héroïsme.u J’ai admiré, dit-elle dans ses mémoires, comme M.Chatel, qui était notaire apostolique, m’a confié sa fille qu’il aimait beaucoup.M’ayant demandé comment nous vivrions à Ville-Marie, je lui montrai le contrat qui me mettait en possession de l’étable qui avait servi de colombier et de logis pour les bêtes à cornes ; et ne voyant rien pour subsister, il me dit : Eh bien ! voilà pour loger, mais pour le reste que ferez-vous?‘‘De quoi vivrez-vous ?” Je lui dis que nous travaillerions pour gagner notre vie, et que je leu: promettais à toutes du pain et du potage ; ce qui lui tira les lai mes des yeux et le fit pleurer.Il aimait beaucoup (1) Voir l’Enseignement primair e de maTB 1921. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 459 sa fille, mais ne voulut pas s’opposer aux desseins de Dieu sur elle.Il prend conseil de l’évêque de Troyes, M.Malier du Moussay, car il était bon serviteur de Dieu ; et sur la réponse affirmative du prélat, il accède aux désirs de sa fille.On passa en son étude le contrat d’engagement, ainsi que celui de ma Sœur Crolo, qui avait eu le désir de venir avec moi, dès mon premier voyage.Par ce contrat, elles s’engagèrent pour demeurer ensemble et faire l’école à Ville-Marie.” Ces jeunes filles et deux autres qui se dévouèrent aussi à l’instruction des enfants de la colonie, ne songeaient pas à former une communauté.Mais Dieu les avaient choisies ; l’œuvre de Marguerite Bourgeoys devait se perpétuer chez nous, et dès 1658, dans ce poste de Montréal, toujours en péril, l’étonnante femme fonda la Congrégation de Notre-Dame sous la sauvegarde de la Reine du Ciel.Un des associés de la Compagnie de Montréal, touché du zèle de la Sœur Bourgeoys, lui offrit un fonds considérable pour assurer un revenu à la congrégation naissante.Mais la magnanime fondatrice refusa absolument de l’accepter afin de ne fonder son œuvre que sur Dieu, et de piatiquer aussi parfaitement que vossible la pauvreté qu’elle avait vouée.Elle savait par expérience quel?s privations, quelles souffrances l’extrême pauvreté entraîne.Mais l’esprit de Jésus-Christ la possédait parfaitement et la souffrance faisait sa vie et ses délices.Cependant cette passionnée de la cxoi;x n’avait rien d’austère dans son extérieur.Au contraire, tout en elle conviait au divin Maître, et nulle part l’héioïque créature ne semblait plus à sa place qu’au milieu des sourires et des clartés radieuses de l’enfance.L’étable ne tarda pas à être insuffisante : il fallut construire une maison, et les Sœurs eurent bientôt des missions à Montréal et ailleurs.L’instruction était absolument gratuite, ce qui obligeait les Sœurs à subsister du travail de leurs mains.Il est impossible de se faire une idée de ce que ces généreuses femmes eurent à dévorer de privations et de fatigues.“Elles travaillaient jour et nuit”, dit l’annaliste de l’Hôtel-Dieu.Comme le remarque M.de Ransonet, la Sœur Bourgeoys n’attendait pas que les paroisses qui s’ouvraient fussent en état d’assurer à ses filles la subsistance.Il lui suffisait qu’il y eût du bien à faire.“ On nous demande, a écrit la Sœur Bourgeoys, pourquoi nous faisons des missions qui nous mettent en hasard de beaucoup souffrir et même d’être prises, tuées, brûlées par les sauvages.“ Nous répondons que les apôtres sont allés dans tous les quartiers du monde pour prêcher Jésus-Christ, et qu’à leur exemple, nous sommes pressés d’aller le faire connaître dans tous les lieux de ce pays où nous sommes envoyées.Si les apôtres ont donné leurs travaux, leur vie et tout ce qu’ils pouvaient prétendre en ce monde pour faire connaître 461) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dieu, pourquoi les filles de la Congrégation ne sacrifieraient-elles pas leur santé, leur satisfaction, leur repos et leur vie pour Finstruction des filles à la vie chrétienne et aux bonnes mœurs.Notre-Seigneui demanda à ses apôtres s’ils boiraient son calice et on demande aux filles de cette communauté si elles peuvent embrasser la pauvreté et le mépris.Pour pouvoir instruire gratis, elles se contentent de peu, se privent de tout et vivent partout pauvrement.Et, comme les apôtres, elles travaillent même la nuit pour gagnei leur vie et n’être à charge à personne.Aussi cette communauté doit être une image du collège des apôtres, mais je compare le collège apostolique à une étoile au firmament et la congrégation à un brin de neige.” “ Pensez, mes chères sœurs, disait l’admirable fondatrice à ses filles qu’elle envoyait en mission, pensez que vous allez recueillir les gouttes de sang de Jésus-Christ qui se perdent.Oh î qu’une Sœur qu’on envoie en mission sera contente si elle pense qu’elle y va par l’ordre de Dieu et en sa compagnie ; si elle pense que dans cet emploi elle peut et elle doit témoigner sa reconnaissance à Celui de qui elle a tout reçu ! Oh ! qu’elle ne trouvera rien de pénible, ni rien de fâcheux.Elle voudra au contraire manquer de toutes choses, être méprisée de tout le monde, souffrir toutes ortes de tourments et mourm même dans l’infamie.” La Sœur Bourgeoys et ses premières compagnes faisaient ordinairement à pied leurs voyages.Dénuées de tout, elles s’en allaient instruire gratuitement les enfants dans les paroisses qui s’ouvraient.Elles vivaient de la vie des plus pauvres, et, ajoute la sainte fondatrice : Tout cela réussissait.* * * \ Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité, les Sœurs l’éprouvaient et M.Dollier de Casson écrivait : “Ce que j’admire le plus, c’est que ces filles, étant sans bien et voulant instruire gratuitement les enfants, aient néanmoins acquis, par la bénédiction que Dieu verse sur le travail de leurs mains, et sans avoir été à charge à personne, plusieurs maisons et plusieurs terres dans l’île de Montréal.” A cette œuvre de l’éducation, que les intentions les plus sincères accomplissent souvent si imparfaitement, les Sœurs de la Congrégation excellaient.Là-dessus, intendants, magistrats, gouverneurs, prêtres, évêques, historiens, voyageurs sont unanimes.“.Marguerite Bourgeoys, dit Charlevoix, a rendu son nom cher et respectable à toute la colonie par ses éminentes vertus et par l’Institut des filles de la Congrégation dont l’utilité augmente tous les jours avec le nombre de celles qui l’ont embrassé.“ Sans autre ressource que son courage et sa confiance en Dieu, elle entreprit de procurer à toutes les jeunes personnes, quelque pauvres L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 461 et quelque abandonnées qu’elles fussent, une éducation que n’ont point, dans les royaumes les plus policés, beaucoup de filles, même de condition.Elle y a réussi au point qu’on voit toujours avec un nouvel étonnement des femmes jusque dans le sein de l’indigence et de la misère, parfaitement instruites de leur religion, qui n’ignorent rien de ce qu’elles doivent savoir pour s’occuper utilement dans leurs familles, et qui, par leurs manières, leur façon de s’exprimer et leur politesse ne le cèdent point à celles qui, parmi nous, ont été élevées avec le plus de soin.C’est la justice que rendent aux filles de la Congrégation tous ceux qui ont fait quelque séjour au Canada.” Laure Conan.DE L’ÉDUCATION DES FEMMES Venons maintenant aux choses dont une femme doit être instruite : quels sont ses emplois?Elle est chargée de l’éducation de ses enfants, des garçons jusqu’à un certain âge, des filles jusqu’à ce qu’elles se marient ou se fassent religieuses ; de la conduite des domestiques, de leurs mœurs, de leur service ; du détail de la dépense, des moyens de faire tout avec économie et honorablement, d’ordinaire même de surveiller les fermes et d’en recevoir les revenus.La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s’instruire par rapport à leurs fonctions ; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études.Il faut donc borner l’instruction des femmes aux choses que nous venons de dire.Fénelon.{Instructions des femmes sur leurs devoirs, chap.XI.) {Extrait d’une lettre à Mlle Adèle de Maistre) Saint-Pétersbourg, 26 décembre 1808.Tu as probablement lu dans la Bible, ma chère Adèle, ‘‘La femme forte entreprend les ouvrages les plus pénibles, et ses doigts ont pris le fuseau”.Mais que diras-tu de Fénelon, qui décide avec toute sa douceur : “La femme forte file, se cache, obéit et se tait”.Voici une autorité qui ressemble fort peu aux précédentes, mais qui a son prix cependant : c’est celle de Molière qui a fait une comédie intitulée “les Femmes savantes”.Crois-tu que ce grand comique, ce juge infaillible des ridicules, eût traité ce sujet, s’il n’avait pas reconnu que le 462 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE titre de femme savante est en effet un ridicule?Le plus grand défaut pour une femme, ma chère enfant, c’est d’être homme.Pour écarter jusqu’à l’idée de cette prétention défavorable, il faut absolument obéir à Salomon, à Fénelon et à Molière ; ce trio est infaillible.Tu penses bien, ma chère Adèle, que je ne suis pas amie de l’ignorance ; mais dans toutes les choses il y a un milieu qu’il faut savoir saisir : le goût et l’instruction, voilà le domaine des femmes.Elles ne doivent pas chercher à s’élever jusqu’à la science, ni laisser croire qu’elles en ont la prétention (ce qui revient au même quant à l’effort) et à l’égard de l’instruction qui leur appartient, il y a beaucoup de mesure à garder : une dame et plus encore une demoiselle peuvent bien la laisser apercevoir, mais jamais la montrer.Joseph de Maistre.Mouvement scolaire à l’étranger L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX EN BELGIQUE La question de l’enseignement religieux dans les écoles de Belgique, a été récemment discutée.Un groupe de politiciens voudrait que l’enseignement religieux ordinaire soit remplacé par des cours de morale neutre, mais il semble bien que la majorité de la population ne pense pas comme eux.Les hommes publics sont censés représenter le peuple, mais cela ne semble pas le cas en Belgique, de ce temps.Après une enquête sur le sujet, la Commission des écoles publiques de Belgique a conclu que la majorité de la population était opposée à l’idée d’un enseignement moral neutre, et favorise l’instruction religieuse normale.Sur un total de 960,819 enfants, actuelement, 105,695 seulement ne reçoivent aucun enseignement religieux; et encore n’y en a-t-il que 33,000 dont les parents tiennent à ce qu’ils soient instruits selon les principes neutres Les autres, soit 72,695, ne doivent qu’à la force des choses de ne pas l’être selon les croyances de leurs parents.Ces derniers ne s’opposent pas à l’enseignement religieux, mais, par négligence ou parce qu’ils ne peuvent faire autrement, tolèrent l’enseignement neutre des écoles publiques.En présence des faits, le gouvernement belge devra donc respecter le vœu de la majorité catholique.PENSEE PATRIOTIQUE L’enseignement historique peut être vivant, vibrant, enthousiaste même, sans cesser d’être impartial et véridique.L’histoire du Canada, de quelque forme qu’on la revête et à quelques esprits que l’on s’adresse, mérite tout particulièrement ce culte de la conviction et de l’amour.Il y a de si belles choses dans notre passé, de si attachantes figures dans la galerie de nos ancêtres, de si glorieux événements dans la trame de notre vue nationale I Tant de fortes raisons exigent qu’un patriotisme digne de ce nom anime de sa flamme noe traditions politiques, sociales et religieuses ! Mgr L.-A.Paquet. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 463 CONSEIL SUPÉRIEUR D’HYGIENE LE FLÉAU DE LA TUBERCULOSE Comment s’organiser contre lui La tuberculose fait dans la province de Québec des ravages considérables.Nos statistiques démontrent que la moyenne des décès des cinq dernières années (1915-1919) a été de 3,285, ce qui représente le nombre de 26,200 malades souffrant de lésions actives.Ces 26,200 tuberculeux représentent autant de foyers de contagion dans lesquelles se préparent les candidatures à la tuberculose, surtout chez les jeunes enfants, et où se recruteront d’année en année de nouveaux malades qui, comme leurs devanciers, mèneront une existence plus ou moins pénible et continueront à propager leur maladie tout en s’acheminant prématurément vers le cimetière.Combien, parmi ces nombreux malades, ne peuvent que difficilement subvenir à leurs besoins, travaillent péniblement jusqu’au jour où, n’en pouvant plus, ils sont obligés de cesser toute occupation, devenant ainsi une charge pour leur famille ou pour la société ! Ce tableau, bien que sombre, n’est pas cependant exagéré.Qui n’en reconnaît, parmi ses parents ou ses amis, la triste réalisation ! La tuberculose constitue donc un mal social au premier chef.Et il devient du devoir de la société, dans son propre intérêt comme dans celui des malades, de s’en préoccuper.Heureusement que la situation commence déjà à s’améliorer dans la province.Qu’on en juge par le tableau suivant qui nous donne, par périodes, le nombre des décès par tuberculose calculés par 100,000 de poppulation.1901-1905 1906-1910 1911-1915 1916-1919 171 166 156 142 Nous avons donc là la preuve que l’éducation en matière d’hygiène pénètre de plus en plus dans la masse de notre population, que, de plus, en intensifiant contre la peste blanche la lutte déjà commencée, nous continuerons à remporter sur elle de nouveaux succès.Or, quels sont les éléments de la campagne à entreprendre?Disons d’abord que l’enseignement de l’hygiène reste à la base de tout le mouvement.Il faut que chacun sache qu’il est constamment aux prises avec le germe de la tuberculose et que l’issue du combat dépend de la vigueur de la lutte qu’il pourra lui opposer.Tout ce qui diminue notre résistance vitale diminue aussi les chances de victoire.L’organisation de la lutte comprend :— L Le dispensaire.“C’est la clef de voûte de tout l’édifice antituberculeux” (Dr Léon Bernard)).“C’est le pivot de toutes nos organisations” (Dr E.Emeric).Le dispensaire est : 1) un centre de diagnostic précoce ; 2) un centre d’observation et de distribution des malades dans les différentes institutions ;3) un centre d’examen des contacts ; 4) un centre d’éducation.2.Le service d’infirmières-hygiénistes.Leur rôle consiste 1) à dépister et à visiter à leur domicile tous les tuberculeux ; 2) à diriger vers le dispensaire toutes les personnes qui demeurent ou ont demeuré avec un tuberculeux ; 3) à surveiller l’exécution du traitement institué par les médecins ; 4) à enseigner sur place les précautions à prendre pour empêcher la propagation de la maladie ; 5) à surveiller les malades après leur sortie des institutions ; 6 à faire l’éducation générale de la population touchant l’hygiène, notamment au sujet de la 464 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE nécessité du traitement des enfants souffrant de défauts physiques, des conditions du logement, du soin et de la préparation des aliments, etc.3.L’institution pour pourvoir à l’hospitalisation des malades.Cette hospitalisation s’adresse aux catégories suivantes de tuberculeux : 1) aux malades qui n’ont pas de domicile à eux ; 2) aux malades qui ne peuvent pas trouver à leur domicile les conditions nécessaires à leur rétablissement ; 3) aux malades qui constituent pour leur entourage un trop grand danger de contagion ; 4) aux malades qui peuvent bénéficier d’un traitement au sanatorium en y faisant un séjour suffisant.Ces trois éléments sont les principaux qui servent de base à toute organisation.Mais il y en a d’autres qui viennent les compléter et que l’on pourra leur ajouter selon les progrès de la lutte.Ce sont : 1.L’inspection médicale des écoles.Cette inspection est absolument nécessaire puisqu’elle nous permet de reconnaître, pour les faire traiter convenablement et à temps, les enfants qui souffrent de nutrition défectueuse ou d’autres défauts physiques qui en font des candidats à la tuberculose.De plus, l’inspection médicale des écoles permet d’instituer des œuvres qui viennent en aide aux enfants affablis, telles que les cantines scolaires, la culture physique, les écoles en plein air ou à fenêtres ouvertes, les colonies de vacances, moyens qui permettent d’augmenter considérablement les forces de résistance de ces enfants, leur assurant ainsi la victoire sur le germe de la tuberculose.2.L’œuvre Grancher.Elle consiste essentiellement dans le placement à la campagne dans des conditions favorables, des enfants demeurant en contact avec des malades contagieux.L’expérience a démontré, en effet, que dans ces cas, les enfants, au lieu de devenir des victimes faciles pour le germe, grandissent forts et vigoureux.La démonstration étant faite que le plus grand danger de contamination se trouve dans l’enfance, cette œuvre de préservation prend à bon droit une importance de plus en plus considérable dans la lutte contre la tuberculose.3.Le casier sanitaire des maisons et des établissements industriels.L’influence des conditions défectueuses du logement est démontrée par des statistiques nombreuses compilées dans différents pays.Aussi, faut-il entreprendre contre l’insalubrité de l’habitation une campagne systématique et persévérante Or, ici deux moyens sont à notre disposition pour obtenir les améliorations désirées, le premier consiste à contrôler les constniétions nouvelles afin de prévenir les défauts que l’on déplore dans les anciennes et le second pourvoit à la correction des habitations défectueuses par l’institution du casier sanitaire des maisons.Par ce casier, on consigne sur une fiche l’état de chaque Logement d’une municipalité.On retrouve ainsi ceux qui sont défectueux et on cherche à les améliorer.Les mêmes constatations peu vent se faire au sujet des usines.4.Tuberculinisations des vaches laitières et pasteurisation du lait.Le lait provenant de vaches tubercueluses constitue un danger surtout pour les jeunes enfants.Sept pour cent de tous les cas de tuberculose seraient dûs à cette cause.Il convient donc de prendre contre ce mode de propagation des moyens de protection efficaces.Le premier consiste à éliminer des troupeaux les animaux reconnus, par l’injection de tuberculine, souffrant de la maladie.Le second moyen nous est fourni par la pasteurisation qui permet de détruire dans le lait les germes de la tuberculose.Ces deux procédés ont donc leur place dans une organisation antituberculeuse.Conclusion.—Quelle protection serait doimée à notre population si tous nos comtés étaient poui vus d’une pareille organisation ! A la lumière des résultats considérables obtenus ailleurs, nous pouvons affrmer qu’après un certain nombre d’années de travail méthodique, nous aurons la satisfaction de voir diminuer d’au moins 50 pour cent la mortalité par tuberculose.En d’autres termes, la campagne antituberculeuse conservera à la province son capital le plus important, le capital humain, en sauvant des milliers de vies chaque année.J.-A.Baudouin, M.D., Assistant-secrétaire-directeur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 465 LES ÉCOLES D’ONTARIO Sir John Willison La lettre suivante, publiée dans le Devoir du samedi 19 février 1921, mérite d’être conservée comme un document de première valeur.la majorité sachant ici la langue de la minorité—chose rare —, nous la reproduisons dans son texte original.To the Editor “Le Devoir ”, Montreal.Dear Mr.Editor,— Sir James Willison’s recent pronouncement in Montreal reminds me of his “Reminiscences, political and personal” published first in the “Canadian Magazine” and since edited in book form.The first edition in the “Canadian Magazine” having brought a straight denial, by no less a man than Sir C.H.Tupper, of certain assertions bearing on the political complications resulting from the Manitoba School question, I was curious to know what account the author had taken of such corrections.So I read again the chapter “RACES AND RELIGION IN CANADA”, carefully perused the wdiole book, and, to my astonishment I found nothing in the nature of the slightest indication that Sir James Willison’s say could have been doubted and disputed by any one.In the chapter bearing the title of “Races and Religion in Canada,” published in the March number, Sir John Willison summing up the story of separate schools in Upper Canada, says : “ In the final vote (session of 1863), the representatives of Upper Canada gave ten “ of a majority against the measure, and it was thus imposed upon Ontario by a majority “ of Quebec.” Now, unless Sir John Willison can prove that the principles of parliamentary practice, unanimously accepted in all British legislatures, are entirely wrong, I submit that his statement is not only unfair and misleading, but contrary to the facts.Sir John Willison, better than anyone else, knows that the essential principle of a bill is either sanctioned or rejected on tjie motion for the second reading.Well, then turn to pages 95 and 96 of the Journals of the House of Assembly for 1863 and you will see that 34 members from Upper Canada voted for, and 21 only voted against the second reading of the “bill to restore to Roman Catholics in Upper Canada certain rights in respect to separate schools”, commonly known as “Scott’s separate schools bill”.True it is that on the third reading, a majority of the Upper Canada members voted against the bill, probably on account of some amendments made in committee, but that does not alter the essential fact that the second reading of the bill,—which as May says, “is the most important stage through which the bill is required to pass ; for its whole principle is then at issue and is affirmed or denied by a vote of the House”,—that the second reading recorded a majority of thirteen Upper Canada members in its favor.In the Legislative Council also, the division of the Upper Canada members gave a majority of three in favor of the bill.Besides, the story of separate school legislation in Upper Canada does not begin with the year 1863.At the first session of the Union Parliament (1841) a school bill embodying the principle of separate schools— principle which had also been petitioned for by the Anglican church, (see Hodgins Documentary History of Education in Upper Canada, Vol.9, p.226 and 242)—was voted unanimously as far as the principle of separate school wTas concerned.The same thing happened in 1843.No opposition -was offered to the principle of separate schools contained in the bill adopted at that session.3 466 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE So it was again in 1846.The only vote, taken during the proceedings on the school bill of that year, was on a question of salary.In 1851, there was a fight.M.Lyon Mackenzie, who had submitted a bill to repeal the clause of the school law authorizing separate schools, turned it into an amendment to the second reading of the school bill of that year, and the vote left him in a minority of four out of the Upper Canada members.Seven divisions were taken in the House of Assembly, on the Taché separate school bill in 1855.That on the motion for the six months hoist recorded 15 Upper Canada members for and 16 against, or a majority of one Upper Canadian member against the killing of the bill.The vote of the Upper Canadian members showed a majority of three against the second reading and a majority of two against the third reading of the bill.In the Legislative Council, however, the measure was adopted without a vote, the only member registering his protest in writing being Mr.James Crooks.So that out of six records of the legislature of the Province of Canada on the matter, five show either a majority of Upper Canada in favor of the principle, or practical unanimity, whatever may have been the motives, or the differences of opinion on questions of details.And when the same principle did not carry a majority of Upper Canada in one house, that is in 1855, it was overwhelmingly assented to in the other house.Will any fair minded man infer from these facts, that, on the whole, the principle of separate school was “imposed upon Ontario by a majority of Quebec” ?Then I would ask him to look at the Journals of the House for the same year, that is for the sitting of May 25th, 1855, in which is recorded the vote on the motion of M.Brown to repeal all the sections of the school acts of Upper Canada authorizing separate schools.He will see that the vote of the Upper Canada members stood thus : for the motion 7 ; against the motion.11.Further on, in the same chapter, Sir John Willison says that Galt who was “a resolute foe of Hierarchical pretensions, a vigilant champion of the rights and interests of the english minority in Quebec”.had to resign office,in 1866, because he could not get legislation “securing to the english minority of Lower Canada a fair share of the public funds or protestant schools and a protestant Board of Education.” Once more, what are the facts ?The facts are : 1.That the school law of Lower Canada was always a hundred times more favorable to the protestant minority in Quebec, than the school law of Upper Canada was to the Catholic minority in Ontario.Anyone can verify by comparing the statutes in force at that time.2.That long before the Galt incident, that is in 1860, the Council of Public instruction for Lower Canada composed, amongst others, of one bishop and three priests, had recommended to the government the modification of the law in such a way that certain school books could be chosen by the sole vote of the members of the council belonging to one or the other denominations.3.That in July 1866, that terrible Hierarchy presented to the government a petition asking that the minorities in both provinces be granted the same rights and privileges.4.That two bills were submitted accordingly to the house but had to be withdrawn on account of the fierce opposition organized against the bill concerning the Upper Canada minority.5.That the Quebec Hierarchy never objected to the same rights and privileges as agreed upon in 1866 being granted to the Quebec minority which, in fact, enjoys them in the fullest measure.6.That at the time of the agitation which enduced Sir A.T.Galt to take the stand he persisted in, the Lower Canada minority was getting, not a fair, but a generous share of the public money for the education of its children, that is to say, 30.25 p.c.whilst, according to population, it vas entitled to 14.58 p.c.and, according to schools attendance, to 17.48.Such are the facts.And if you want to know more on that period, concerning educational L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 467 questions in Quebec, read Mr.G.W.Parmelee’s chapter on English Education in Quebec, published in “Canada and its Provinces” Vol.16, pp.482-483-484-485.There are other inaccuracies in this chapter of Mr.Willison’s Reminiscences which should rather be intituled “Prejudices, political and personal”, but I have already been too long, although I have tried and, I hope, succeeded in keeping myself to the essential facts, and I thank you all the more for your very generous hospitality.Believe me, Dear Sir, Yours truly, Jean Canadien, Mon^'eai, February 10th, 1921.CHRONIQUE JUDICIAIRE ENTREPRISES INCOMPATIBLES AVEC LA CHARGE DE COMMISSAIRE D^COLE En 1915, aux Trois-Rivières, dans la cause de Brousseau vs Paquette, le juge Drouin, de la Cour supérieure, a prononcé un jugement très important dont voici une brève analyse.1.Les sous-contracteurs sont soumis, comme les contracteurs principaux, à l’article 2641 du Code scolaire, qui se lit comme suit : “Toute personne occupant une charge qui lui a été conférée par une commission scolaire en vertu de la présente loi ou qui a une entreprise pour cettte corporation, ou qui se trouve dans le cas prévu par l’article 2807, ne peut être membre de cette commission scolaire.” 2.La disposition de l’article 2641 n’en est pas une d’exception: elle consacre tout simplement un principe d’ordre public, savoir qu’on ne peut se charger de l’exécution d’un mandat de confiance si son intérêt personnel est exposé à venir en conflit avec l’intérêt public.3.La disposition du même article 2641 n’est pas non plus pénale ou punitive : elle ne fait rien autre chose que déterminer l’une des conditions requises pour l’exercice d’une charge.4.Comme elle n’est ni exceptionnelle ni punitive, elle supporte l’interprétation logique, analogique, et extensive à cause de sa relation avec l’intérêt public.5.Par conséquent, les sous-contracteurs, pas plus que les contracteurs principaux d’une entreprise faite pour une corporation scolaire, ne peuvent être membres de cette corporation scolaire.* * * Voici les faits qui ont précédé le procès et qui Lui ont donné lieu.Le défendeur Paquette était président des commissaires d’écoles pour la paroisse du Cap-de-la-Madeleine lorsque la Commission scolaire de cette paroisse décida de construire une maison d’école et chargea, par contrat, le demandeur Brousseau de construire ladite école.Quelques jours après que la Commission scolaire se fût entendue avec Brousseau pour la construction de cette école au prix de $ , Paquette, qui était encore président de ladite commission scolaire, contracta en sous-ordre avec Brousseau pour les travaux de peinturage devant être faits à cette école.Le montant du sous-contrat était de $140.00.Le contracteur Brousseau se mit immédiatement à l’œuvre et, quand vint le temps du peinturage, le défendeur Paquette exécuta son sous-contrat.Pendant tout ce temps-là et même au début du procès, Paquette continuait de siéger comme président des commissaires d’écoles.* * * 468 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Sur l’action du demandeur Brousseau, le défendeur Paquette admit bientôt, après de courtes tergiversations, tous lés faits allégués dans l’action.Puis les deux parties, par consentement, ont décidé de plaider la cause au mérite devant le tribunal sur les moyens soulevés dans l’Inscription en droit produite comme défense par le défendeur Paquette.De côté et d’autre, la cause fut exposée très clairement quant aux faits et quant aux prétentions.Le gros argument sur lequel le défendeur Paquette base son plaidoyer est celui-ci : Dans l’article 2641 du Code scolaire (1), les mots “qui a une entreprise pour cette corporation” ne peuvent pas s’appliquer à son cas, parce que, allègue-t-il, il n’avait aucune entreprise pour la corporation, mais seulement pour le demandeur Brousseau.D’après le plaidoyer de Paquette, l’article 2641 du Code scolaire ne peut être interprété que grammaticalement et restrictive-ment, “parce qu’il est, toujours selon lui, un article d’exception, attendu qu’il défend aux commissaires d’écoles ce qu’il permet aux autres, et qu’il est un article pénal ou punitif, puisqu’il décrète la déchéance du commissaire qui a une entreprise pour la commission scolaire”.Le juge a déclaré erronées les deux assertions faites par le défendeur Paquette sur la nature de l’article 2641 et a donné gain de cause au demandeur Brousseau.Le tribunal ne voit pas un article d’exception dans l’article 2641 mais la simple consécration d’un principe d’ordre public, savoir que “personne ne doit occuper un mandat de confiance si son intérêt personnel peut venir en conflit avec l’intérêt public”.D’ailleurs, ajoute le juge, une loi qui détermine les conditions de l’exercice d’une charge n’est pas une loi d’exception.“C’est encore une erreur, dit le juge, de dire que cette disposition est pénale et punitive.La terminologie employée par le législateur ne légitime certainement pas une telle assertion.Il est d’ailleurs sûr que cette disposition n’a pas ce caractère, car le législateur n’y déclare pas vouloir punir ceux qui ont des entreprises pour la corporation, mais il leur dit tout simplement qu’ils ne peuvent pas être commissaires, comme il le dit, dans d’autres articles, à ceux qui ne sont pas sujets anglais ou majeurs.” Le jugement, assez élaboré, est en plus appuyé sur plusieurs décisions antérieures.EUG.L’HEUREUX, avocat.(1) Nous avons déjà dit que le Code scolaire est un chapitre de nos statuts refondus de 1909, qui contiennent nos principales lois.DOCUMENTS OFFICIELS STATISTIQUES DE L’ENSEIGNEMENT Le 11 février dernier, l’honorable M.L.-A.David, secrétaire de la province, a déposé devant la Chambre les Statistiques de l’enseignement, préparées par le Bureau des Statistiques de la province.Autrefois, ces statistiques étaient insérées dans le Rapport du Surintendant de VInstruction publique.Depuis cinq ans, ces statistiques sont publiées en un volume distinct.Dans une lettre au secrétaire de la province, lettre qui tient lieu de préface aux Statistiques de l’Enseignement, M.G.-E.Marquis, chef du Bureau des Statistiques, résume avec clarté les renseignements que renferme le volume.Voici un précis de ce sommaire : En 1919, on comptait 6,772 écoles catholiques dans lesquelles enseignaient 3,857 instituteurs et 12,244 institutrices.Ces écoles étaient fréquentées par 453,413 élèves, dont 223,399 garçons et 230,014 filles.La présence moyenne de ces élèves a été de 342,272 ou de 75.48 p.c.Chez les protestants, il y avait 817 écoles dans lesquelles enseignaient 457 instituteurs et 1,946 institutrices.Ces maisons étaient fréquentées par 63,555 élèves, dont 32,213 garçons et 31,342 filles.La présence moyenne de ces élèves a été de 46,345 ou de 72.92 p.c. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 4(59 En réunissant ces deux éléments, c’est-à-dire les écoles catholiques et protestantes, on trouve les chiffres suivants : nombre d’écoles de tout genre, 7,589, dans lesquelles l’enseignement est donné par 4,314 instituteurs et 14,190 institutrices.Ces écoles étaient fréquentées par 516,968 élèves dont 255,612 garçons et 261,356 filles.La présence moyenne a été de 388,617 ou de 75.11 p.c.Le nombre d’enfants d’âge scolaire, c’est-à-dire de 5 à 18 ans, était de 633.450.Sur ce nombre, il y en avait 486,201 dans les écoles sous contrôle.Les universités, les collèges classiques, les écoles normales et les écoles spéciales en avaient enregistré 30,767 en plus, L’inscription totale dans les écoles, comparée au nombre d’enfants d’âge scolaire, est de 81 p.c., mais si l’on fait le même calcul pour les enfants de 7 à 14 ans, période pendant laquelle les élèves fréquentent les écoles primaires, l’on trouve que cette proportion est de 94 p.c.chez les garçons et de 97p.c.chez les filles.Dans un tableau suivant l’on peut voir quelles sont les contributions scolaires.Ainsi,en 1918-19 les corporations scolaires ont fourni pour leur part, 89,076,698.21 pendant que les institutions scolaires indépendantes ont donné une valeur de $5,622,010.00, ce qui fait une contribution totale de $14,698,708.21.En comparant cette somme avec celle provenant des mêmes sources l’année d’avant, on constate qu’il y a une augmentation de $2,293,407.06, pour la dernière année D’autre part, les contributions du gouvernement se sont élevées à la somme de $2,334,108.51, ce qui est une augmentation sur l’année précédente de $188,132.43.Le volume se termine par une vue d’ensemble de l’enseignment depuis la Confédération.Le nombre d’écoles qui était de 3,907 en 1867, était passé, en 1918-19, à 7,589, soit une augmentation de 3,682 ou de 94 p.c.Le nombre d’élèves était alors de 212,837 comparéà 516,968 l’année dernière, soit une augmentation de 304,131 ou de 142 p.c.Le nombre d’instituteurs et d’institutrices qui était, à cette époque, de 4,436 est monté à 18,504, soit une augmentation de 14,068 ou de 319 p.c.D’autre part, les contributions des commissions scolaires et des institutions indépendantes, qui s’élevaient,lors de la Confédération, à $1,313,149, avaient atteint, en 1918-19, le chiffre de $14,698,708 ; celles du gouvernement, qui n’étaient que de $256,762, se sont accrues pendant la même période à la somme de $2,145,976.STATISTIQUE SCOLAIRE (Suite et fin) (1) DOUBLE INSCRIPTION Un danger à éviter, c’est celui de la double inscription, quand une famille change de paroisse ou de quartier, dans l’année.Dans les villes, le cas se présente assez souvent, au mois de mai, lors des déménagements.Un élève qui a été inscrit dans une école pendant une partie de l’année scolaire ne devrait pas figurer comme inscrit dans le rapport de la deuxième école qu’il a fréquentée, bien que, toutefois, son nom doive paraître dans le Journal d’appel afin d’établir la véritable présence moyenne de l’année scolaire.Illustrons cette règle de conduite d’un exemple concret.Je suppose qu’une famille habitait la paroisse de Saint-Sauveur de Québec, de septembre à mai, et qu’elle envoyait trois garçons à l’école de la rue Massue.Au mois de mai, cette famille s’en va habiter le quartier Jacques-Cartier et là les garçons vont à l’école des Frères.Deuxième inscription dans la même année.Pour éviter le gonflement dans la statistique, il faut que l’inscription de ces élèves ne figure qu’à l’école de St-Sauveur.Si l’école de St-Sauveur a inscrit 250 élèves pour une première fois dans l’année, ce nombre doit figurer dans son rapport à la Commission ; (1) Voir VEnseignement primaire de mars 1921. 470 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE mais si, à Jacques-Cartier, sur une inscription de 175 élèves, il y en a trois qui sont là depuis mai seulement, il faudra les soustraire de l’inscription dans le rapport annuel.Toutefois, veuillez remarquer qu’ils doivent figurer dans le registre d’appel, afin d’établir la présence moyenne, laquelle ne peut être calculée sans avoir un diviseur qui comprend tous les élèves inscrits durant l’année.C’est dire que le rapport de l’école de Jacques-Cartier ne mentionnera que 172 élèves-Mais la présence moyenne devra être trouvée en établissant la somme des journées de pré" sence des 175 élèves, et cette somme sera divisée par le nombre de jours de classe pendant l’année.L’opération est assez simple, mais il faudrait faire connaître le procédé d’élimination au personnel enseignant, qui serait tenu de l’appliquer chaque fois que le cas se présenterait ; autrement nous aurions une inscription amplifiée.La règle à retenir pourrait se définir ainsi: ‘'Quand un élève a été inscrit à plus d’une école dans l’année, au Journal d’appel, son nom doit figurer à chacunes d’elles pour établir la fréquentation moyenne, mais ce nom doit être rayé, excepté à la première école, lors de la préparation du rapport fourni à l’inspecteur ou du rapport annuel destiné à la commission scolaire”.J’espère que vous vous -efforcerez de bien faire comprendre cette règle aux titulaires des écoles, afin qu’on l’applique rigoureusement, à l’avenir.Il y a encore un cas qui se présente, mais surtout dans les campagnes, celui-là, et qui a pour conséquence de faire figurer une inscription plus considérable, dans certaines écoles, que le recensement n’en contient.Le cas se présentera encore plus souvent qu’autrefois, à cause du changement de date du recensement scolaire.Le voici.Dans plusieurs paroisses de la province—surtout dans les régions où il y a des limites à bois—il arrive parfois que des familles entières quittent leur foyer habituel pour aller passer l’hiver dans des camps, au milieu de la forêt.Au printemps, on revient faire les semailles et, parfois, les enfants retournent à l’école qu’ils avaient quittée en novembre ou décembre pour suivre la famille dans son pèlerinage forestier.Le secrétaire n’a pu inscrire ces enfants dans son recensement de janvier et dans le rapport annuel il y aura un gonflement d’inscription.Il serait encore assez facile d’obvier à ce défaut dans la présentation de la statistique scolaire, si le secrétaire s’enquérait auprès des instituteurs, au printemps, du nombre de familles qui sont allées séjourner dans la forêt, l’hiver précédent.Alors il pourrait demander au chef de ces familles de passer à son bureau pour qu’il ajoute à son recensement de janvier le nombre d’enfants d’âge scolaire dans ces quelques familles.Encore ici, il s’agirait, pour le titulaire de l’école, d’observer la règle suivante : “Quand le titulaire d’une école est informé qu’une famille, qui a des enfants d’âge scolaire, a passé l’hiver aux chantiers, il doit en faire connaître les noms au secrétaire en lui remettant son rapport annuel de statistique.Le secrétaire devra alors ajouter à son recensement de janvier les enfants d’âge scolaire de ces familles et donner connaissance de cette altération à l’inspecteur d’école.” Encore cinq minutes de patience et vous pourrez à votre tour exposer vos vues sur cette question de la statistique scolaire, et du choc des idées émises, j’ai confiance que jaillira la lumière qui jettera une clarté nouvelle dans l’enchevêtrement de la statistique scolaire —enchevêtrement qui existe dans l’esprit de quelques-uns, parce qu’on néglige de mettre chaque chose à sa place et d’avoir une place pour chaque chose.Il y a sans doute des auditeurs qui trouvent que c’est là beaucoup de souci pour obtenir de la statistique et qu’il n’y a pas lieu de tant se casser la tête pour une science qui, en fin de compte, ne donnera toujours que des renseignements se rapprochant plus ou moins de la vérité complète.Je sais que cette opinion existe dans certains cerveaux et c’est pourquoi, j’insiste sur la nécessité d’une statistique exacte et raisonnée.Bien que la majorité des bulletins soient bien faits et que les rapports des secrétaires soient véritablement vérifiés, il arrive au département de l’Instruction publique des documents officiels qui attestent parfois de la légèreté ou du manque de jugement—ce qui ne saurait exister chez les fonction- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 471 naires qui ont à diriger un personnel considérable et à renseigner le Gouvernement sur les progrès de renseignement primaire.Je sais bien que la collection des statistiques ne constitue pas toutes vos fonctions et que ce n’est pas cette opération qui doit être votre unique préoccupation au cours de vos visites,mais ce que je sais pertinemment, c’est que la statistique est au département de l’instruction publique en particulier, et au public en général, ce qu’est le thermomètre au médecin, la boussole au navigateur et l’ossature au corps humain.Ce n’est pas le thermomètre qui guérit le malade, mais il indique au médecin les progrès de la maladie, l’état de fièvre et lui permet de diagnostiquer le traitement qu’exige l’état du patient.La boussole, dans un navire, ne remplace pas la voile, la vapeur ou l’essence, mais, sur la haute-mer, elle indique la direction à suivre pour éviter les écueils et arriver à bon port.La charpente osseuse du corps humain ne constitue pas les organes vitaux qui reçoivent la nourriture et la transforment en sang et en chair, principes de vie, mais elle donne au corps sa consistance, sa forme, ses moyens de locomotion, et met en juste valeur les charmes dont la Providence s’est plu à combler l’homme et surtout la femme.De même la statistique est un guide pour ceux qui sont intéressés à suivre les étapes des divers mouvements de l’activité humaine ; mais, par contre, la statistique ne pourrait donner les services que l’on attend d’elle à moins d’être un foyer de vérité, et non un échafaudage de chiffres savamment dressés pour épater ou tromper le lecteur.Une statistique incomplète c’est comme un thermomètre dont l’échelle graduée serait déplacée ou une boussole dont l’aiguille obéirait à un autre agent que le pôle magnétique.Dans le premier cas, le médecin tuerait son patient et, dans le deuxième, le pilote conduirait son navire vers les abîmes.Bref,—et je termine cette étude par les paroles suivantes—je ne saurais mieux vous dire toute ma pensée, à ce propos, qu’en répétant ce que j’avais l’honneur de vous exprimer, ici même, l’an dernier : Pour mériter toute la confiance de ceux qui font cas de la statistique dans leurs études, il ne faut pas oublier les trois principes suivants dans l’assemblage et la présentation des faits d’un ordre social, d’un mouvement économique ou d’un inventaire public quelconque, qui peuvent s’exprimer par la statistique.Elle doit être : 1.Complète, c’est-à-dire qu’elle doit contenir l’énumération de tous les faits se rapportant à un même ordre d’idées, dans un pays, un état ou une province.2.Contrôlable, c’est-à-dire qu’elle doit être facile à vérifier en se rapportant aux cahiers de charge ou bulletins signés par un recenseur ou une personne responsable.3.Récente, c’est-à-dire qu’elle doit être publiée le plus tôt possible après son recueil, afin de fournir aux intéressés les données qu’ils attendent pour étayer leurs thèses ou proposer des réformes, avant que l’intérêt qui s’attache à ces chiffres ne se soit dissipé ou porté vers d’autres objets.C’est donc pour donner aux statistiques scolaires toute leur valeur que vous êtes venus à ce congrès, et j’ai foi que des délibérations qui s’y dérouleront se manifestera bientôt, dans la décharge de vos devoirs professionnels relatifs à la statistique—ce baromètre du mouvement scolaire, qu’il soit progressif ou régressif—une preuve non équivoque de l’intérêt que vous y avez apporté et du désir qui vous anime de mériter toute la confiance que le département de l’Instruction publique et le bureau des Statistiques reposent sur les éclaireurs d’avant-garde que forme le corps des inspecteurs, dans le bataillon scolaire de la province de Québec.G.-E.MARQUIS 472 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE MÉTHODOLOGIE LA RÉDACTION A L’ÉCOLE PRIMAIRE L’image sera placée bien à la vue des élèves, afin qu’ils puissent en examiner tous les détails.Elle servira de sujet de rédaction à tous les groupes.Et, si les élèves ont l’habitude de ce travail, ou, ce qui est encore préférable, de rédiger d’après l’observation directe des objets, le maître leur laissera toute initiative.Après correction, pour mieux faire comprendre les fautes, surtout celles provenant du défaut d’invention, le maître fera un exercice d’élocution sur l’image, en procédant à peu près comme ci-dessous: H.-—Que représente l’image?E.—Elle représente deux enfants.M.—Deux enfants?Précisez.E.—L’image représente un jeune garçon et une petite fille.M.—Pensez-vous qu’ils soient parents?E.—C’est le frère et la sœur.M.-—Qu’est-ce qui vous dit cela?E.—S’ils n’étaient le frère et la sœur, les parents ne les laisseraient pas aller seuls à la pêche ; d’ailleurs, des enfants bien élevés n’oseraient prendre une telle liberté.M.—C’est bien pensé.Qu’est-ce qui vous fait dire que ces enfants vont à la pêche ?E.—Le garçon tient une perche de ligne dans une main.M.—Le mot perche de ligne n’est pas français.Cet objet a le même nom que le bâton qu’on tient dans sa main en marchant et dont s’aident les vieillards et les boiteux Trouvez le mot.E —C’est donc une canne.M.—C’est une canne à pêche.De quel bois est-elle?E.—Elle est de saule ou d’aulne.M.—Regardez bien, et vous verrez que vous en avez vu de semblables chez le marchand ?E.—C’est une canne à pêche en roseau.AL-—Y a-t-il des roseaux en ce pays?E.—La géographie dit que le roseau pousse dans les pays chauds.AI.—Vous dit-elle en quels endroits?E.—Elle ajoute qu’il croît dans les endroits humides.M.-—Y a-t-il quelque chose qui indique bien la destination de cette canne ?E.—Il y a une ligne d’attachée à l’extrémité de la canne et qui pend le long.A L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 473 ¦ë&Mï tWm?.; hhéïW*
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