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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1908-05, Collections de BAnQ.

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29e Année Mai 1908 No.9 Revue illustrée de PEcole et de la Famille I * rr\seignerr\ent C.-J.MAGNAN.Propriétaire et Rédacteur-en-clief mm -H fi- esc cwC; æ-â -4 Wyv/M, Gloire à Champlain ! Fondateur de Québec — Père du Canada français 1608-1908 « La figure de Champlain était noble et belle, son port militaire, imposant.Il était doué d’un esprit vigoureux et persévérant, d’une activité dévorante, d’une piété sincère et éclairée, d’un sens remarquable, et de beaucoup de pénétration.Il fut universellement regretté.» A.Leblond de BrumaTh. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE oH Souvenirs historiques Le chevalier de Lévis était victorieux à Sainte-Foy (1760).Les anglais s’étaient renfermés précipitamment dans les murs de Québec.De Lévis commença aussitôt le siège de la capitale, attendant avec angoisse les secours de la mère-patrie.Le 9 mai, une frégate longe l’île d’Orléans; elle est bientôt en vue de Québec.Avec anxiété les Canadiens lorgnent l’horizon pour y découvrir au grand mat du navire le drapeau fleurdelisé.Ce furent les couleurs de l’Angleterre que l’on arbora ! Le chagrin dans l’âme, le brave Lévis se replia sur Montréal.Questions professionnelles Dans le haut de l'école où j’enseigne loge un locataire.Les enfants font tant de tapage, que le bon ordre de ma classe est constamment troublé.Que dois-je faire?Réponse.—Faites valoir auprès de qui de droit l’ai tide 65 des Règlements Refondus du Comité catholique, page 20, édition de 1906 : « Dans aucun cas les maisons d’école ne pourront être habitées par toute personne autre que les instituteurs ou les institutrices, à moins d’une autorisation spéciale du surintendant.» Où conduit la vraie science Képler.l’illustre astronome, après avoir examiné le monde des astres et décrit leur ordre merveilleux, conclut par ce cantique de louange : « Je te remercie, Créateur et Seigneur, de toutes les joies que j’ai éprouvées en étudiant tes oeuvres; aussi je proclame devant les hommes ta sagesse et ta grandeur.« Heureux ceux à qui il a été donné de s’élever vers les cieux ! Il est grand Notre Seigneur ! Ciel, soleil, lune, plantes, proclamez sa gloire, n’importe quelle est la langue par laquelle vous pouvez exprimer vos expressions ! Proclamez sa gloire, harmonies célestes.Et toi, mon âme, chante la gloire de l’Eternel pendant toute la durée de mon existence.» PENSÉES L’éducation demande les plus grands soins, parce qu’elle influe sur toute la vie Tout ce temps que nous appelons la vie est bien court et bien mêlé; la véritable vie est en Dieu, où nous retrouverons tous ceux que nous avons aimés sur la terre L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 515 PEDAGOGIE Le programme d’études et la multiplicité des livres A diverses reprises, déjà, on s’est plaint du trop d’ampleur du programme d’études des écoles catholiques de notre province.Ce programme est surchargé, dit-on, et son application exige de l’élève un nombre considérable de manuels.De là des récriminations de la part des parents, qui trouvent excessif le coût de la librairie scolaire.Comme tous les programmes d’études modernes, celui des écoles catholiques de la province de Québec est encyclopédique.Il fixe le maximum des connaissances que les élèves peuvent acquérir dans chaque cours.Mais comme “ l’objet de l’enseignement primaire n’est pas d’enseigner à l’enfant tout ce qu’il est possible de connaître, mais bien de lui apprendre ce qu’il n’est pas permis à personne d’ignorer” (1), il faut donc savoir se limiter.D’ailleurs, il n’est possible à l’école primaire, que d’enseigner les notions les plus indispensables, et de les enseigner dans un but pratique et en vue des applications aux besoins de la vie.C’est ici que le groupement des spécialités et la concentration des matières s’imposent.Le programme officiel lui-même, au chapitre de l’Organisation pédagogique dit, art.75, page 22 du Manuel de l’Instituteur catholique : “ Le programme d’études, bien que très détaillé, n’en laisse pas moins une large part à l’initiative de l’instituteur, surtout quant à la manière dont chaque spécialité peut être enseignée, et quant à l’adaptation des leçons aux circonstances locales et au besoins spéciaux des élèves.” Notre programme d’études comprend vingt-huit spécialités, sans compter la langue anglaise et des matières facultatives.Inutile de faire étudier toutes ces matières dans des manuels : il faudrait une petite bibliothèque à chaque élève.L’enseignement oral s’offre d’abord au maître; cet enseignement doit jouer un rôle prépondérant au cours élémentaire surtout.Les élèves ont donc besoin de peu de livres durant ce cours : les Bienséances, l’Arithmétique et l’Instruction civique s’enseignent oralement durant tout le cours élémentaire.Que les instituteurs et les institutrices soient pourvues de bons manuels sur ces matières, cela suffit.L’Histoire Sainte et l’Histoire du Canada s’enseignent aussi oralement les deux et mêmes les trois premières années.Toutes les Sciences naturelles, y compris l’Hygiène et l’Anti-Alcoolis- (1) Gréard. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE S1^ me sont communiquées aux élèves sous formes de Leçons de choses, non seulement au cours élémentaire, mais également au cours intermédiaire (i).A propos des sciences naturelles, plusieurs personnes trouvent que le programme est trop exigeant sur ce chapitre.Cela provient d’une fausse interprétation de ce programme.En l'étudiant, rappelons-nous cette pensée de M.Gréard, citée il y a un instant: L’objet de renseignement primaire, n’est pas d’enseigner à l’enfant tout ce qu’il est possible de connaître, mais bien de lui apprendre ce qu’il n’est pas permis d’ignorer.D’ailleurs, le domaine des sciences est immense et en quelque sorte infini.Force est aux savants eux-mêmes de se limiter, de se spécialiser.A plus forte raison, l’élève de l’école primaire ne saurait-il prétendre à approfondir les sciences naturelles, puisqu’il a à peine le temps de les effleurer.Les instituteurs et les institutrices, tout en se guidant sur le programme, n’enseigneront donc que les notions les plus indispensables, c’est-à-dire pour les garçons, en vue des applications pour l’agriculture, et pour les filles, en vue de l’économie domestique ou rurale, avec pour les uns ou les autres, la connaissance de l’hygiène comme couronnement.Les différentes branches de la langue maternelles : dictée, analyse, rédaction constituent aussi d’excellents moyens d’enseignement général.On peut inculquer une foule de connaissances aux élèves sans nuire en rien à l’étude des règles de la grammaire ou de la syntaxe.Mais cet enseignement oral ou occasionnel, suppose, de la part du maître, une préparation sérieuse de chaque classe.De là, nécessité impérieuse pour les commissions scolaires de pourvoir les écoles d’une petite bibliothèque classique à l’usage du maître.Mieux pourvus des documents indispensables, les instituteurs et les institutrices pourront donner un enseignement oral efficace, et comme conséquence d’un enseignement moins livresque, — où l’élève devra jouer un rôle actif, néanmoins (2)—le nombre des manuels de classe imposés aux élèves sera réduit au minimum, sans avoir besoin pour cela de recourir à l’uniformité.C.-J.MAGNAN.(1) Il ne s’agit pas ici des élèves des Ecoles normales ni des aspirants ou des aspirantes au brevet de capacité, ni même des élèves du cours supérieur.(2) « Il faudrait toutefois prendre garde d’abuser de la leçon orale.Faite suivant la méthode d’exposition non interrompue devant un jeune auditoire purement passif, elle ne serait qu’une perte de temps.Telle quelle doit être comprise à l’école, la leçon orale est une conversation qui s’établit entre le maître et tous les élèves.Sans doute, celui-là ordinairement parle plus que ceux-ci.Il alimente l’entretien, il l’active, le tempère et le dirige vers le but.Mais il encourage en même temps les élèves à payer leur écot; et même il s’arrange pour qu’il en soit ainsi, et pour qu’aucune attention ne reste inoccupée.» (Règlements du Comité catholique: Organisation pédagogique.) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 51?LA REFORME DES ECOLES NORMALES EN FRANCE G) (Ecrit spécialement pour “ U Enseignement Primaire ”) III Voici donc nos élèves, munis du Brevet supérieur, en 3e année.Le -caractère de notre enseignement change, ou plutôt il s’étend.Il ne suffit' plus d’augmenter la culture générale de nos élèves, il faut encore — il faut surtout — les préparer à leur tâche professionnelle, en faire, sinon des maîtres expérimentés, ce que la pratique scolaire leur apportera lentement, du moins des jeunes gens informés et capables de profiter de leurs expériences futures.Chaque élève fait donc, à trois reprises', un stage à l’Ecole annexe, pendant quinze jours.Il cesse d’être élève pendant ce temps.Il n’a plus à se préoccuper de l’Ecole normale.Il peut et doit consacrer tout son temps, tous ses efforts, à la classe qui lui est confiée sous la surveillance et la direction d’instituteurs d’élite.Après chaque quinzaine de stage, Félève-maître fait un rapport sur ses expériences, sur les difficultés qu’il a rencontrées, la manière dont il a tâché de les surmonter.Il conserve cet examen de conscience, qu’il peut comparer avec le rapport du Directeur de l’annexe.Au cours de l’année, chaque élève accomplit en outre un quatrième stage, dans une école primaire urbaine ou rurale, afin de changer de milieu, et de se trouver aux prises avec une vraie classe.La préparation des élèves-maîtres à ces premiers essais est assurée par deux sortes d’exercices : des leçons d’adaptation à l’école primaire, préparées sous la direction des professeurs ; des leçons d’épreuves, faites à des élèves véritables, en présence de tous les camarades du jeune maître, sous la présidence du directeur, assisté des professeurs compétents.Cette leçon modèle est l'objet d’un entretien pédagogique, aussi utile aux futurs instituteurs qu’au personnel enseignant.Mais ce n’est pas tout.Nos élèves ont encore besoin de compléter leur culture.Nous nous sommes récemment beaucoup diverti d’un vieux directeur d’Ecole normale, ennemi des nouveautés, qui disait naïvement “ Que pourront bien faire ces élèves une fois qu’ils auront le Brevet Supérieur?” Le brave homme croyait que ce titre, pourtant modeste, suffisait à la culture d’un instituteur.Nous ne sommes pas de cet avis.Au cours de leur dernière année d’études, les normaliens doivent s’initier aux méthodes de travail libre.C’est la partie la plus originale et la plus hardie de la réforme.Le professeur ne professe plus.Aux élèves d’exposer, de parler.Ils reviennent sur les points importants de leurs études antérieures qui ont besoin de développement plus complet, ils pénètrent avec plus de détails dans telle science que les nécessités de l’examen ne leur permettaient point d’aborder en toute liberté (1) Voir L’Enseignement Primaire de mars et avril 1908. 5i8 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d’esprit.En lettres, voici les points que les programmes nouveaux nous invitent à traiter.“ Tragédie classique et drame romantique.—La Comédie après Molière.— Le roman, la poésie lyrique, la critique et l’histoire au XIXe siècle.“ Notions essentielles sur les littératures anciennes et étrangères, d’après les textes : Homère, Sophocle, Eschyle, Euripide, Platon, Plutarque, Xéno-phon, Virgile, Tite-Live, Tacite, le Dante, Cervantès, Shakespeare, Goethe, Schiller, etc.” Ces grands noms sont représentes par leurs œuvres les plus à la portée des jeunes intelligences qui s’ouvrent impatiemment à la connaissance d’un monde pour elles trop longtemps fermé.Mais j’insiste bien sur ce point, il ne s’agit pas d’histoire littéraire.L’histoire littéraire est trop souvent une science de manuels, qui fournit à des ignorants prétentieux et présomptueux l’occasion de porter des jugements tout faits.Il faut que les textes soient lus, et qu’ils donnent lieu à des exposés d’élèves, à des discussions.Comme tous ne peuvent dépouiller à fond tous les textes, le professeur répartit et contrôle le travail.Un résumé substantiel des exposés et des discussions est ensuite rédigé par un élève, polycopié et distribué, en sorte que la prise des notes se réduit au minimum, et que chacun garde d’intéressantes indications sur le travail de tous.Le professeur d’histoire suit une marche analogue.Il initie les jeunes gens aux caractères essentiels des civilisations antiques, et il étudie en outre avec eux les principales questions historiques et politiques du monde moderne, afin de faire de ses élèves non pas des esprits purement livresques mais des1 civilisés du XXe siècle.Il est fâcheux, en effet, que l’éducation précédente nous ait trop souvent familiarisés beaucoup plus avec la guerre de Cent ans qu’avec l’impérialisme américain, avec les réclamations des parlementaires sous Louis XV qu’avec les principaux systèmes socialistes, que nous avons plus tard entendu spécieusement exposer.Les professeurs de sciences accoutument leurs élèves aux manipulations, mais surtout il font une large place aux questions de méthodes, et insistent sur les points où les derniers résultats de la science, rejoignant les considérations philosophiques., tendent à devenir explicatifs.La sanction des études faites en troisième année est purement professionnelle.Elle est constituée par le Diplôme de fin d’études normales, décerné par le Recteur après un examen passé devant les professeurs de l’Ecole, et un inspecteur primaire, sous la présidence de l’Inspecteur d’Académie.L’épreuve essentielle de cet examen est ïa rédaction d’un mémoire sur un sujet de pédagogie.Deux mois sont accordés aux élèves pour ce travail, où ils doivent montrer qu’ils sont aptes à réfléchir sur un sujet donné, à se documenter de manière suffisante, et à utiliser leurs documents.Nous faisons im-toyablement l'a chasse au démarquage, aux travaux de troisième main, nous tenons compte dans une large mesure de la documentation personnelle de l’élève au moyen de ses expériences, et du profit qu’il a tiré des premiers con- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 519 tacts scolaires, an cours de ses stages.Le mémoire est discuté par la commission,, et souvent cette petite soutenance dénote chez les candidats une ténacité dialectique dont nous ne les avions pas cru capables.Les autres épreuves consistent dans une leçon faite à l'école annexe, et des questions d’administration scolaire ou de pédagogie pratique.( 1 ) Il me semble inutile d’insister, on voit suffisamment d’après ce qui précède, quel esprit vraiment large et libéral a présidé à la rédaction des programmes de 1905.Nous voulons' former à la fois des maîtres habiles et des hommes à l’esprit ouvert et meublé.Nous croyons que la vraie manière de résoudre la crise actuelle de l’enseignement primaire, c’est de donner à nos élèves toujours plus de culture, toujours plus de lumière.Nous voulons en faire des citoyens dans la cité, des Français de leur temps.J’ajoute que nous ne les engageons pas dans une impasse, en leur ouvrant des ambitions trop vastes que la vie ne réaliserait pas.Les meilleurs de nos élèves, ceux qui profiteront avec plus de fruit de leur initiation au travail personnel, ceux qui seront doués d’une intelligence et d’une volonté suffisante pour s’élever au-dessus de la condition honorable mais modeste d’instituteurs, trouveront à l’Ecole normale même des encouragements et des moyens d’études.Une quatrième année existe dans, les plus grandes écoles normales, et groupe quelques sujets d’élite qui viennent de tous lès coins de la France.Ces élèves se préparent à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud pour les hommes, de Fontenay-aux-Roses pour les femmes, et sortent de ces établissements avec le titre de Professeurs d’Ecole normale.Ils peuvent ensuite accéder aux emplois supérieurs de l’enseignement primaire, et il parait vraisemblable que cet enseignement, en voie d1’extension, leur offrira d’année en année des débouchés plus importants.Dans les villes d’Université, comme Lyon, les professeurs des Facultés des Lettres et des Sciences font des cours spéciaux à l’usage des élèves de quatrième année d’Ecole normale, et contribuent puissamment à élargir l’esprit et à former le jugement des étudiants que l’enseignement primaire leur envoie.Telles sont les principales modifications que lès règlements de 1905 ont apportées dans les écoles normales françaises.Elles marquent un pas décisif vers l’affranchissement intellectuel de l’enseignement primaire, en ouvrant pour la première fois aux maîtres que forment ces écoles des perspectives de travail désintéressé et vraiment scientifique.Cette tentative est tout à l’hon- (1) Quelques sujets proposés: Le problème d’arithmétique à l’Ecole primaire.Selon quelles règles procéderez-vous au choix des problèmes?Le rôle de l’instituteur en dehors de l’Ecole.Comment comprenez-vous la collaboration entre l’école et la famille?L’enseignement de la musique à l’école primaire.L’art à l’école.L’enfant est-il capable de sensations esthétiques?Comment développerez-vous le goût de vos élèves ?Ces mémoires, qui comportent obligatoirement une partie bibliographique contiennent de 20 à 25 pages grand format. 520 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE neur de notre pays, et nous voulons espérer qu’elle portera les fruits que nous en attendons.C’est la gloire du personnel enseignant des Ecoles Normales, de travailler plus que toute autre partie de l’Université à préparer l’avenir de ce grand et noble pays.Puisse la France nous devoir des instituteurs de plus en plus conscients de leur haute mission et de leur devoir.Ch.Ab Der HARDEN, Professeur à l’Ecole normale de Lyon, Lauréat de l’Aendémie Française.Pédagogie canadienne i A propos d’un manuel d’Analyse (1) Naguère, M.Orner Héroux appréciait dans les termes suivants le traité à’Analyse grammaticale et Analyse logique publié il y a quelques mois par le directeur de L’Enseignement Primaire.Voici cette appréciation : La Vérité annonçait, la semaine dernière, l’apparition du nouveau livre de M.Magnan : L’analyse grammaticale et l’analyse logique.Je serais fort en peine de discuter la valeur technique de ce volume, mais il convient peut-être de souligner à son propos un fait d’ordre général, et c’est la quantité de doctrines et d’enseignements salutaires que l’auteur a trouvé moyen d’insérer dans son œuvre.S’il est un ouvrage qui semblerait devoir être absolument neutre, c’est bien le traité d’Analyse, et pourtant, ouvrez le livre de M.Magnan et vous y releverez de page en page et sans que le texte soit le moins du monde surchargé, uniquement par la nécessité où s’est trouvé l’auteur de fournir exemple sur exemple, les affirmations religieuses, les sages conseils, les rappels d’événements historiques et de faits géographiques, toute une atmosphère enfin où l’élève recueillera — et sans presque s’en douter — d’utiles et saines notions.Prenez au hasard—page 13 par exemple: Dieu est le créateur du ciel et de la terre.Cartier découvrit le Canada en 1534.L’ivrognerie est un vice honteux.La vallée du Saint-Laurent est admirable.L’alcool n’est pas un aliment.Les Laurentides suivent la nord du Saint-Laurent depuis le Labrador jusqu’au Cap Tourmente.L’agriculture fait les peuples riches et heureux.Ainsi de suite, de page en page: Le Pape est le chef visible de l’Eglise, le vicaire de Jésus-Christ sur la terre.Le Saint-Maurice est une grande rivière qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent à une courte distance (1) L’Analyse grammaticale et l’Analyse logique, à l’Ecole normale et aux Brevets de capacité, par C.-J.Magnan (1907).—J.-A.Langlais & Cie, Québec, Editeurs. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 521 des Trois-Rivières.L’alcoolisme est une affreuse maladie causée par l’usage fréquent des boissons fortes.Il n’est pour ainsi dire pas une page de ce livre, qu’on croirait devoir ¦être exclusivement technique, qui ne tende à élever le petit écolier, à l’orienter vers des aspirations plus hautes, à lui faire comprendre l’indignité de certains vices en même temps que la noblesse de sa profession d’agriculteur et la grandeur de son pays.Nulle leçon n’aura plus d’efficacité, nulle n’entrera plus profondément dans le cœur et le cerveau des enfants que celle qu’ils auront dû disséquer, scruter et peser, pour ainsi dire, morceau par morceau.Les phrases ainsi étudiées, morcelées, décomposées, défaites et refaites, s’incrusteront dans leur mémoire pour s’y réveiller quelque jour principe d’action et de vie.Elles feront à proprement parler partie de leur substance morale.Et tout cela, encore une fois, n’emporte aucune superfétation.Il fallait des exemples : le tout était de les choisir avec intelligence et méthode.L’œuvre pouvait être indifférente, elle pouvait être hostile : il a suffi qu’elle émanât d’un éducateur chrétien pour qu’elle se haussât à la dignité de l’apostolat religieux et de la propagande nationale.Et ceci prouve une fois de plus à quel point bon se trompe en parlant de la neutralité des tâches apparemment les plus indifférentes, avec quel soin donc il faut les surveiller et quel parti peut en tirer, pour la formation morale de ses élèves, un maître soucieux d’autre chose que de la technique grammaticale.O.HEROUX.CAUSERIE PEDAGOGIQUE Rechercher quelle influence peut exercer sur l’éducation d’un enfant la bonne ou la mauvaise tenue d’une école.Que faut-il entendre par ces mots “ la bonne ou la mauvaise tenue d’une école”?Une école ben tenue est celle qui est maintenue dans un état de grande propreté, aussi bien en ce qui concerne toutes les dépendances que la salle de classe elle-même ; où l’air et la lumière pénètrent facilement, autant au moins que le permettent l’état et la disposition des locaux ; où les tables sont convenablement disposées, ainsi que tout le matériel scolaire; où le bureau du maître est lui-même propre et en ordre, ainsi que les pupitres personnels des enfants; c’est une école où l’on entre régulièrement matin et soir à l’heure réglementaire, et d’où l’on sort, autant que possible, ae même ; c’est une école où le travail marche régulièrement et sans à-coups, parce que l’emploi du temps, intelligemment préparé, est exactement suivi ; où les cahiers sont soignés et les devoirs corrigés avec soin ; c’est, au point de vue moral, une école où les enfants acceptent la règle et s’y soumettent volontiers ; c’est, 522 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE en deux mots, une école où règne l’ordre matériel et l’ordre moral.Une telle école se reconnaît à première vue, et le visiteur sent dès l’abord qu’il ne va rencontrer là que des sujets de satisfaction.Il est facile, d’ailleurs, de se rendre compte de l’influence que peut exercer la tenue de l’école sur l'éducation des élèves.Au point de vue matériel, les enfants ne peuvent que se plaire davantage dans une école propre et bien ordonnée, et il serait à souhaiter que toutes les écoles fussent établies sans luxe inutile, mais avec tout le véritable confort possible.La chose ne dépend pas des maîtres, qui doivent accepter le local mis à leur disposition, même insuffisant ou mal distribué.Mais ce ce qui dépend d’eux, c’est de faire de ce local un endroit propre, ordonné, à la fois agréable et attrayant, gai même, s’il est possible.Il est évident que les enfants y viendront avec plus de plaisir et qu’ils y travailleront plus volontiers et avec goût.La propreté et l’ordre qu’ils verront régner autour d’eux impressionneront leur esprit favorablement, et ils prendront là le goût et l’habitude de ces deux vertus primordiales.D’autre part, ils s’habitueront à respecter l’école et à la respecter doublement, en s’y montrant plus réservés dans leur conduite et en s’abstenant de salir la classe.En vivant ainsi dans un milieu plus soigné, ils prendront eux-mêmes le goût de l’ordre et de la propreté, et les fillettes, en particulier, porteront plus tard ce goût et cette habitude dans la tenue de leur ménage.Dès maintenant, les enfants auront à cœur de se montrer dignes de leur école et ils ne voudront pas y venir malpropres ou mal tenus eux-mêmes.C’est un fait d’expérience que la bonne tenue matérielle de la classe influe considérablement sur les habitudes d’ordre et de propreté des enfants, et qu’il est beaucoup plus facile de les obtenir sans avoir à sévir pour cela.L’ordre ne sera d’ailleurs pas seulement enseigné aux enfants par l’exemple : ils s’y exerceront eux-mêmes, et en respectant la classe, et en le pratiquant dans la tenue de leurs pupitres personnels, dans le soin de leurs livres et surtout la tenue de leurs cahiers journaliers.Ce sont là des habitudes qu’on ne saurait acquérir trop tôt et qui s’imposent à tous et dans toutes les conditions de la vie.La bonne tenue des cahiers présente plus qu’un intérêt moral, car des devoirs faits avec soin, avec attention, ne prennent, en somme, guère plus de temps que des devoirs faits à la hâte et sont autrement profitables au point de vue de l’instruction et par suite de la culture intellectuelle.L’expérience prouve, en outre, qu’un élève qui a commencé de négliger un cahier, n’apporte plus aucun goût à sa tenue, jusqu’à ce qu’il soit achevé.Or, il est évident qu’il importe au plus haut point, non seulement en ce qui regarde l’école, mais pour toute la suite de la vie, d’habituer les enfants à travailler à faire avec soin tout ce qu’ils font.Il n’importe pas moins de leur faire contracter de bonne heure l’habitude d’un travail régulier et suivi.Cette habitude se prend tout naturellement dans une école bien tenue et bien organisée.Rien n’est livré au caprice ni au hasard ; chaque heure apporte sa tâche déterminée et nettement limi- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 523 tée; on avance, lentement peut-être, mais sûrement, et rien d’essentiel n’est oublié.Les leçons s’enchaînent et se complètent mutuellement, et les moins laborieux eux-mêmes subissent l’influence de cette atmosphère d’ordre et de travail.Dans ces conditions, la discipline est des plus faciles.Lorsque le travail est mal organisé ou irrégulier, lorsque l’effort personnel de chacun est insuffisamment contrôlé, les enfants ne sont que trop portés à se soustraire à leur tâche, et le maître est plus fréquemment obligé de sévir.Les enfants qui se rendent plus ou moins compte que le maître lui-même n’accomplit pas toute sa tâche sont peu portés à accepter volontiers la punition ; ils la subissent, mais le plus souvent avec un esprit de révolte.Ce n’est plus alors que par la contrainte que l’instituteur obtient de ses disciples un travail forcément moins fructueux.Quelle différence avec l’écolier qui s’acquitte volontiers de sa tâche, se préparant à devenir un bon travailleur ! Ces habitudes d’ordre et de régularité dans le travail ont encore une grande importance au point de vue moral.Dans le travail en commun, tous sont solidaires les uns des autres, et nul ne peut négliger sa tâche sans porter, par là même, préjudice à tous.L’écolier qui est inexact ou irrégulier retarde ses camarades, en obligeant le maître à revenir, ou à s’attarder pour lui sur une leçon précédemment faite ou déjà commencée, et il en est de même de celui qui néglige volontairement sa tâche.D’un autre côté, celui qui se dissipe, qui interrompt son travail pour remuer ou pour parler, en perdant son temps, le fait- perdre aux autres.Et il en est de même dans la vie : le mauvais ouvrier fait tort à son patron et du temps que lui-même ne sait pas employer et de celui qu’il fait perdre autour de lui.Je ne parle pas de l’exemple, aussi fatal à l’école qu’à l’atelier.On a donc bien raison de dire que l’école est l’apprentissage de la vie et que l’enfant sera comme homme, ce qu’il aura été comme écolier.C’est dès l’enfance et sur les bancs de l’école que nos élèves doivent faire l’étude pratique de la solidarité et s’habituer à se préoccuper des intérêts d’autrui, autant que de les leurs propres, en respectant chez les autres la liberté du travail.Dans toutes les conditions de la vie, une règle s’impose : ce n’est ni par des conseils, ni par la correction que l’enfant peut contracter l’habitude de la soumission à la règle, mais par la pratique quotidienne.A ce point de vue, l’influence de l’école peut être capitale, car, suivant qu’elle est bien ou mal tenue, c’est-à-dire suivant que le maître lui-même s’est astreint ou non à la soumission, à la règle, l’enfant s’y soumettra lui-même.De même que pour le travail, il prend peu à peu l’habitude de venir à l’heure réglementaire et de remplir toutes les obligations de sa vie d’écolier, puis il le fait volontairement et avec réflexion.Il n’est pas jusqu’à l’ordre et à la régularité dans les mouvements d’en-! semble, soit pour l’entrée en classe, soit pour la sortie ou pour les différents exercices scolaires, qui n’exercent leur influence au point de vue éducatif, puisque, là encore, tous sont solidaires les uns des autres. 524 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce sentiment de la solidarité peut devenir très fort et très puissant dans une école bien tenue.Soit à l’école, soit au dehors, tous ont à cœur de se montrer dignes de leur maître et de faire honneur à leur école.C’est déjà le culte du drapeau, c’est-à-dire l’uïi des sentiments qui peuvent inspirer les grandes et nobles actions.(UEcole et la Famille.) HYGIENE MANGEONS AVEC UNE SAGE LENTEUR Mâchons bien nos aliments.Ce précepte, d’une simplicité qui semble puérile, est cependant d’une capitale importance.Combien de dyspepsies, d’inflammations de l'estomac et de l’intestin sont dues à une mastication hâtive et par conséquent, incomplète ! Les empoisonnements alimentaires toujours si pénibles et très dangereux chez les enfants et les vieillards n’ont d’autre origine que l’ingestion trop précipitée d’une masse d’aliments pas assez triturés et insuffisamment insalivés.Ces aliments séjournent longtemps dans l’estomac et l’intestin, y subissent une fermentation putride et se transforment en gaz et en matières toxiques absolument malsains.La mastication remplit une double fonction : elle broie, triture, déchire les aliments et les imprègne de salive.La salive est indispensable à la digestion de la nourriture de quelle que nature que soit celle-ci.La trituration et l’insalivation des aliments constituent ce qu’on appelle la digestion buccale.C’est la première phase des grands phénomènes de la digestion, de l’absorption et de l’assimilation.La digestion stomacale sera d’autant plus facile que la digestion buccale sera plus complète.Pour bien mâcher il faut y mettre le temps et il faut avoir de bonnes dents.Avoir de bonnes dents, cela implique qu’il faut soigner sa bouche dès l’enfance.Nous reviendrons encore sur ce sujet des soins de la bouche.Nous le répétons: «Mangeons avec une sage lenteur, mangeons peu et mâchons bien nos aliments ».DR.PARADIS.Montmagny, mai 1908.Questions des enfants Il y a déjà bien des années que la jolie page qui suit a été publiée pour la première fois; néanmoins, elle est toujours d’actualité.Nous en recommandons la lecture aux instituteurs et aux institutrices : J’étais assis hier au coin du feu, mon fils jouait à côté de moi, je lisais attentivement la curieuse relation d’une excursion en Chine, quand l’enfant me tira le bras et me dit:—Père, pourquoi.—Laisse-moi.—Pourquoi, en soufflant le.—Laisse-moi donc! lui dis-je.Mais, lui, avec cette providentielle obstination des enfants ^ Pourquoi, en soufflant le feu avec un soufflet, l’allume-t-on?Réponds-moi, père, dis-le-moi.—Je n’en sais rien, repris-je avec une sorte d’impatience, en le repoussant.Il s’éloi- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 525 gna, chagrin, et je me remis à ma lecture.Mais j’étais distrait; mon attention, détournée un moment, ne pouvait se reprendre au fil du récit; et, malgré moi, sur ces pages, au milieu des noms étranges des contrées lointaines, je voyais toujours les yeux interrogateurs de l’enfant et sa mine avidement curieuse.Bientôt donc, les rivages de la Chine s’éloignèrent de moi sans que je m’en aperçusse; et, ma pensée dérivant, je me mis à réfléchir à cet admirable pourquoi qui fait le fond du langage de l’enfance.— Quel esprit d’investigation! me disais-je; comme tout les frappe dans ce monde nouveau pour eux! Il y avait une peine réelle sur sa petite figure, quand je l’ai repoussé.Et en effet, comment ai-je pu le repousser?N’est-ce pas une faute, plus qu’une faute, d’amortir ainsi cette ardeur, qui est comme la faim et la soif de l’intelligence?N’est-ce pas, en quelque sorte,/leur fermer les yeux?Toujours écartés, ils perdent l’habitude de voir ; les objets eux-mêmes n’ont plus pour eux leur signification, et nous plongeons dans la nuit ceux que nous sommes chargés d’éclairer.Mes réflexions devenaient des remords.«Ainsi, tout à l’heure pourquoi avoir refusé de lui répondre?pourquoi, lorsqu’il me demandait cette explication, lui avoir dit.«Je ne sais pas?» A peine avais-je achevé ce mot, que je m’arrêtai, frappé d’un coup subit :—« Pourquoi je lui ai dit je ne sais pas?repris-je avec lenteur—par une raison bien impérieuse, bien puissante, bien honteuse.c’est que.je ne le sais pas ! » Le livre me tomba des mains, mon ignorance m’apparut pour la première fois dans toute son étendue ; et, comme en tombant, mon livre s’était ouvert à la première page, je lus sur le titre : Voyage dans l’Inde et dans la Chine.Voilà qui est bien étrange! pensai-je: je me fatigue à apprendre ce qui se passe en Chine, et je ne sais pas pourquoi ce soufflet, dont je me sers à chaque moment, allume le feu qui me chauffe tous les jours! Que dis-je, ce soufflet?Mais ce clou qui le supporte, mais ce mur, où est attaché ce clou: mais ces papiers peints qui recouvrent ce mur, d’où viennent-ils?Et ce livre où je lis, et ce papier où j’écris, qui les fabrique?Comment?Où?Depuis quand?Les questions abondaient, les pourquoi se multipliaient; je voyais pour ainsi dire chaque objet s’animer sous mes regards et m’interroger! Tous ces mystères au milieu desquels j’avais vécu sans les comprendre ni les sonder, et qui se révélaient à moi, m’accablaient sous cet éternel je ne sais pas, mon unique et humiliante réponse.La voix de cet enfant m’a réveillé de mon sommeil d’ignorance.J’en veux sortir pour lui.Je veux étudier ce petit monde qu’on appelle une chambre, pour l’y guider et lui en montrer les principales merveilles.M.Xavier de Maistre, ce délicat esprit, qui appartient au dix-huitième siècle par le badinage et au nôtre par la rêverie, a écrit son charmant petit livre avec un mélange piquant de scepticisme et de sensibilité ; l’on y sent l’homme qui a vu Voltaire et qui a entrevu Chateaubriand: mais en réalité son voyage autour de sa chambre n’est qu’un aimable prétexte pour en sortir.Moi, c’est dans mon réduit jaiême que je veux concentrer mes pérégrinations; je pars en pèlerinage pour chez moi! Et toi, cher interrogateur, toi dont l’obstiné pourquoi m’a jeté dans ce nouveau mouvement d’idées, viens avec moi, écoute, regarde, instruis-toi, instruis-moi.—Enfants, enfants! nous vous aimons d’une affection bien profonde; et cependant nous ne savons pas tout ce que vous êtes pour nous.Non seulement Dieu nous a donné en vous des sources inépuisables de joie, mais vous nous servez d’instituteurs; vos questions ingénues ouvrent nos yeux; le besoin de vous instruire nous force à apprendre ou à réapprendre, et nous vous devons tout, même ce que nous vous donnons ! ERNEST LEGOUVE. 526 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’Alcoolisme et l’Ecole (1) {Conférence donnée par M.A.Letourneau, Principal de l’Ecole Saint-Denis, devant l’Association des Instituteurs catholiques de Montréal, janvier 1908.') Faisons comprendre à l’enfant qu’il n’y a pas de pire ennemi du travailleur que l'eau-de-vie.La tâche que l’industrie moderne impose à l’ouvrier réclame une vigueur qu’il n’a pas toujours.Il lui semble qu’un petit verre rétablira la proportion entre le travail et la force.C’est le matin : il se lève fatigué du labeur de la veille, effrayé peut-être de celui que le jour lui offre en perspective.Il faut marcher pourtant vers cette usine ou ce chantier sans lesquels on n’aurait pas de pain.S’il n’est pas profondément chrétien, à ses souffrances physiques, l’ouvrier ajoute le tableau de ses douleurs morales, de ses joies perdues, de son avenir incertain.Tandis que ces images désolantes flottent dans sa pensée, le cabaret s’offre à lui sur le chemin qui mène à l'atelier.C’est pour lui quelque chose comme le paradis sur la route de l’enfer.Il se hâte d’entrer et sous l’action de ce verre d’eau-de-vie qu’il avale d’un trait, tout en lui semble se ranimer.Il lui semble que le collier de misère paraît moins lourd et l’atelier moins pénible.La scène se renouvellera le soir au retour, sous prétexte de repos, au lieu de regagner son foyer de famille, on s’arrêtera encore devant le comptoir avec les camarades.L’eau-de-vie coulera dans les verres, et la journée finira comme elle a débuté, dans les fumées brûlantes de l’horrible poison.L’habitude est vite contractée, et bientôt l’ouvrier ne résiste plus à l’attraction de ce comptoir qui le fascine.L’alcool tombe le matin dans son estomac vide et le brûle peu à peu ; le soir il remplace pour ce pauvre fatigué, la nourriture fortifiante du repas de famille, et plusieurs fois peut-être au milieu du jour, le travail est interrompu pour demander à l’affreux petit verre un surcroît factice d’énergie physique.Avec une telle habitude, si l’ouvrier est garçon, il ira au cabaret pour éviter la solitude de son triste garni ; s’il est marié, le ménage ne saurait être heureux.Alors, il boit pour chercher dans l’ivresse l’oubli de la réalité, jusqu’à ce qu’il aille, gué-nille d’homme, mourir sur un lit d’hôpital ou dans un asile d’aliénés.Cette histoire se répète, hélas ! de plus en plus navrante parmi nos populations ouvrières des villes et des campagnes.Par notre enseignement, il faut que l’enfant d’aujourd’hui qui sera l’ouvrier de demain se mette en garde contre cet ennemi de la classe ouvrière.Disons-lui que tout travail demande un effort, produit une fatigue, amène une déperdition de forces.Plus le travail s’exécute dans des conditions défavorables!, plus il exige d’activité, et plus l’ouvrier a besoin de confort, de soins, de prudence pour ne pas compromettre sa santé.Le seul moyen de réparer cette diminution de l’énergie musculaire est une alimentation saine et substantielle.Répétons à nos élèves, que de par sa nature même, l’alcool ne rend pas plus légère la charrue du laboureur, ni plus léger le marteau du forgeron, ni plus rapide la varlope du menuisier, ni plus vaillante la hache du bûcheron, ni plus habile la _ main du tourneur, ni plus sûre celle du mécanicien, ni plus alerte la plume de l’écrivain.On parle beaucoup de nos jours de l’amélioration du sort de l’ouvrier.D’un bout du pays à l’autre, cette question sociale se pose et fait le sujet de bien des débats.Chez les mieux intentionnés, une grande pitié remue les cœurs.On cherche le moyen d’unir riches et pauvres dans une vraie et sincère fraternité.(1) Voir L'Enseignement Primaire de mars et avril 1908. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 527 Tous sont d’accord pour reconnaître qu’il est bien lourd, l’impôt que l’ouvrier paie à l’aubergiste, et que trop souvent, c’est la cause unique de la gêne qui règne à la maison.Son honneur le Juge Sicqtte ne craint pas d’affirmer, que ce n’est pas tant le besoin de pain, la nécessité d’une meilleure éducation à donner, à sa famille, qui poussent l’ouvrier à réclamer sans cesse une augmentation de salaire et une diminution de ses heures de travail, c’est l’appât de huit heures d’amusement, lisez plutôt d’abrutissement.' Sa famille ! il ne s’en soucie guère, pourvu qu’il s’amuse.Et où donc s’amuser, sinon à l’hôtel, en excursions de plaisir toujours bien fournies de boissons et d’où il revient le gousset vide?Maintenant augmentez les gages tant que vous voudrez, ils seront toujours insuffisants, et d’autant plus que les heures d’oisiveté croîtront elles aussi.Voulez-vous, messieurs, entendre une autre voix autorisée?M.Allan Baker, député de Finsbury, aux Communes anglaises, dans une récente visite au Canada, son pays natal, après avoir déclaré que le grand fléau qui désole actuellement l’Angleterre, c’est l’alcoolisme, a ajouté ces paroles : « C’est là la cause directe des 9/10 des crimes et des cas de misère.Car, s’il y a tant de sans-travail en Angleterre, c’est moins parce que le travail fait défaut, que parce que quantité d’ouvriers, minés par l’alcool, sont hors d’état de se livrer à un travail suivi.» Donc l’alcoolisme, c’est le paupérisme avec toutes ses misères physiques et morales.Répétons à satiété à nos élèves que le cabaret est une banque de perdition, où l’ouvrier va déposer pour les perdre : son argent, son temps, sa santé, sa raison, son indépendance, sa volonté, son caractère, le bonheur de sa famille, finalement son âme.N’est-il pas permis de conclure que si, par nos efforts auprès de nos élèves, nous réussissons à former une génération d’ouvriers sobres et tempérants, nous aurons rendu à la classe ouvrière un immense service, et que la question sociale, sera de ce chef du moins, bien prête d’être résolue.Quand nous aurons convaincu l’esprit de nos élèves des dangers de l’alcoolisme, pour gagner son cœur à la sobriété, nous pourrons lui faire le récit des malheurs qu’il cause à la famille et à la société.Prouvons-leur que la boisson trôuble les ménages, gâte l’éducation des enfants et engendre la misère., Dans ce but, retraçons-leur des tableaux peut-être déjà malheureusement trop connus de plusieurs d’entre eux.Montrons-leur ce père de famille au cœur plein de tendresse et de générosité jadis, et aujourd’hui devenu la-proie de l’alcoolisme.Ce malheureux a passé huit jours à gagner péniblement la subsistance des siens : une nuit suffira pour le dépouiller complètement.On lui paie un petit verre; il paie un petit verre; et quand le malheureux alourdi veut sortir de cette horrible caverne, il est cloué à un banc par une soif dévorante.« Encore, encore, » s’écrie le chœur des buveurs; puis, au petit jour, tous se séparent repus, mais inassouvis.Parfois, la femme, forte des promesses tant de fois répétées de son mari, vient rôder inquiète autour de l’aubergiste, les jours de paie.A la vue de cette femme, on rit et l’on force le malheureux à rire des angoisses des siens.La pauvre créature est brutalement renvoyée et la danse des petits verres recommence.Le père arrive tard; on l’attend au logis où, pendant de longues heures, la faim torture de jeunes innocents.La mère devine, au premier regard, qu’elle et ses enfants n’auront point de pain; elle pleure; lui blasphème, et, parce qu’il n’y a rien à mettre dans les assiettes de son pauvre ménage, il les brise.Il demande à manger, et comme il est impossible de le satisfaire, on se bat et l’on va se coucher avec quelques coups de poing pour repas du soir ou du matin.Cette famille, qui va vivre de privations pendant toute une semaine, maudit le marchand de vin qui lui a pris son bonheur et sa tranquillité.Les journaux quotidiens nous fournissent ample matière à des récits où l’alcool a joué un rôle néfaste.Nous savons de nombreux ménages où régnent la misère et les larmes, parce que le père est ivrogne. 528 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Tout en respectant l’honneur et la réputation des personnes, flagellons le seul auteur de ces malheurs.Répétons souvent aux enfants : « La boisson fait pleurer les mères et souffrir les petits enfants ».Revenons souvent sur ce sujet.Le cœur de l’enfant se révoltera contre la boisson, ce monstre si cruel.Ce qui aggrave encore les maux causés par l’ivrognerie, c’est que l’enfant porte l’iniquité de son père, et qu’il se voit livré sans défense aux plus cruelles contagions du corps, du cœur et de l’esprit.La dégradation physique et intellectuelle des ivrognes se transmet, partiellement du moins, à de pauvres petits innocents qui conservent toute leur vie l’empreinte de leur origine, naissent ou deviennent des êtres dégénérés, enclins de bonne heure à l’intempérance, au vice,, à la névrose, à l’idiotisme et souvent terminent misérablement une existence malheureuse.Les médecins l’attestent; l’enfant est atteint par l’alcoolisme paternel et maternel,, et il en souffre.Ainsi, il existe pour les mères de famille, une coutume, enracinée dans un préjugé populaire, de prendre de la boisson à certaines époques.Trop souvent, le père se fait le promoteur complaisant de cette pratique dangereuse.Durant des mois, on fera au foyer un usage presque journalier de boissons fortes ou de bière, et la chair délicate du petit être qui, lentement se forme sous le regard de Dieu, chaque jour, arrosée d’alcool, se développe dans une atmosphère saturée de vapeurs empoisonnées.Comment veut-on que ce petit être ne soit pas profondément affecté par cette ambiance délétère?Car, ne l’oublions pas, l’alcool est un poison.Poison, par conséquent, toute-boisson forte, parce qu’elle est à base d’alcool.L’alcool est un poison.La science l’atteste, et l’expérience avec plus d’énergie encore, le proclame par les tristes réalités quelle tient sous nos yeux: infirmités, maladies,, santés ruinées, morts prématurées et parfois subites.L’alcool est un poison.Tous l’admettent, et cette unanimité souligné puissamment l’épouvantable loi de l’hérédité alcoolique.En y apportant certains ménagements, on peut faire voir à l’élève les ravages que cause à sa famille par la boisson, le pauvre alcoolique.Le 3 juillet 1906, le R.P.Hugolin, • dans un excellent travail sur le sujet qui nous occupe, disait ce qui suit : « La génération actuelle, prise en masse, boit.Les ivrognes sont la grande exception, mais les buveurs sont presque l’universalité.» Ces paroles, à mon point de vue stupéfiantes, n’ont pas été contredites.C’est qu’elles expriment, sans doute, une terrible vérité.Nous subissons là la peine du tabou,.Nos ancêtres, en développant chez les naturels du pays le goût et le besoin factice de l’eau-de-vie, contractèrent eux-mêmes la funeste habitude des liqueurs spiritueuses, et c’est là le triste héritage qu’ils nous ont légué.De même qu’autrefois la barbarie sauvage a décimé les premiers habitants du Canada, de même aujourd’hui, la barbarie alcoolique est en train de décimer la nation canadienne.Autrefois les cabaretiers enivraient les sauvages afin de s’emparer de leurs pelleteries ; aujourd’hui l’hôtelier arrache à l’ouvrier sa paye et le prive ainsi, lui et ses enfants,, des choses les plus nécessaires à la vie.Les sauvages faisaient bouillir leurs enfants; nos concitoyens les laissent mourir de faim.Sous l’action de l’eau-de-feu, le sauvage était en proie à des actes de frénésie épouvantable ; maintenant sous l’action de l’alcool, le blanc devient une brute dangereuse.Voulez-vous un trait vécu ?Trois individus commettent un vol avec effractiou: arrêtés tous les trois, deux admettent leur culpabilité, le troisième plaide non-coupable.A son procès, un témoin à charge rend un témoignage si écrasant contre l’accusé, que son avocat, dans un mouvement de véhémence, s’écrie : « Mais vous êtes donc L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 529 un voleur ?» « Oui, répondit l’accusé, quand je suis sous l’influence de la boisson, je suis un voleur, mais lorsque je suis sobre, je suis un honnête homme ».Cet aveu, les trois quarts des criminels pourraient le faire : honnêtes gens quand ils sont sobres; voleurs, brigands, assassins quand ils sont sous l’influence de l’alcool.Que nous sommes donc coupables d’introduire sans défiance dans nos demeures, cet ennemi de ce que nous avons le plus cher ! de le faire présider à la naissance de nos enfants, de lui ériger un trône à nos noces et de le verser à flot à la veillée de nos morts.Aussi, quels ravages la boisson ne cause-t-elle pas dans notre société et cela au point de vue économique?Tout ce qui est dissipé par l’inconduite, par la boisson notamment, est une dépense inutile et par conséquent nuisible à la société.Ne l’oublions pas, un vice coûte plus qu’une famille à nourrir.Et un vice tel que la boisson occasionne, la chose est admise par tous, des dépenses énormes à l’Etat, pour l’entretien des prisons et des asiles, pour l’administration de la justice, etc.Les statistiques fournies pour certains pays d’Europe, tels que la France et l’Allemagne, sont si éloquentes, qu’elles ont permis à un écrivain français, Mgr Gibier, d’affirmer sans crainte d’un démenti ce qui suit: « Supprimez l’alcool, bannissez les boissons fortes, et vous pourrez fermer les 24 des prisons ».Au Canada, les statistiques manquent pour établir le bilan des dépenses occasionnées par la boisson.Toutefois des recherches patientes et laborieuses permettent d’établir avec une certitude morale que les dépenses occasionnées par les liqueurs alcoolisées qui, en 1902 étaient de $105,000,000 atteignent aujourd’hui le chiffre énorme de $200,000,000.$200,000,000 engouffrées par le monstre de l’ivrognerie.Tel est le budget du diable dans notre pays.Ce chiffre énorme n’ouvre-t-il pas aux imaginations les moins riches d’incommensurables horizons et ne doit-il pas laisser rêveurs plus d’un instituteur et d’une institutrice dont les services sont parfois payés du salaire de famine de $100.00 par année?Je sens ici l’obligation de déclarer que ces chiffres sont empruntés à la Revue « La Tempérance » du mois d’août 1907.M.Edmond Rousseau, auteur de cet article ajoute ceci: « On m’accuse de calomnier mon pays quand je porte à ce chiffre les dépenses occasionnées par l’alcool.Je réglerai ce point plus tard; mais j’étonnerai me?contradicteurs en leur déclarant que je suis bien au-dessous de la vérité.» Quand nous aurons gagné le cœur de nos élèves à la tempérance par le récit de* malheurs que cause l’alcoolisme, il nous sera bien facile de leur faire prendre de fortes résolutions pour l’avenir.Quel est l’enfant qui, à la vue des souffrances qu’apporte dans la famille, cettt malheureuse boisson, à la vue des maux dont souffre la société par l’alcoolisme, ne se dira tout spontanément qu’il veut à tout prix éviter de devenir, lui aussi, la proie de ce fléau.Ne lui sera-t-il pas tout naturel de s’éloigner de tout ce qui pourrait l’exposer à contracter cette terrible habitude de boire ?Et alors, pour récompenser nos efforts, nous aurons une génération d’enfants qui se lèvera sobre pour eux-mêmes et pour la patrie.(A suivre).
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