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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Juin - juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1972-06, Collections de BAnQ.

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in 'J 6 21 1 tf lü 1 m OH If) H ^OO^l 1 I V N 0 I LVN in G 3H | [j ill jd 62 ï*çt7Ç9 _ - - I H .••:^; mÈ0 .-V' • .•¥• w; ‘ ¦#&’.juin/juillet 1972 no 117 sommaire 4 10 Conception chrétienne du corps Vincent Harvey Le corps suspendu Claude Saint-Laurent 1 5 Poèmes de Fernand Ouellette 1 6 La révolution sexuelle reconsidérée Claude Crépault Poèmes de Pablo Neruda 24 28 33 39 Pour une éducation sexuelle efficace à l'école Jean-Marc Samson La sexualité féminine .une dépendance?Francine Chabot-Ferland Sexualité et communication Jules Bureau Cacher et montrer le sexe Jean-Pierre Trempe N.B.Sans doute est-il apparu assez clairement au clecteur que l'article de Robert Boily sur le Crédit Social, paru dans notre dernière livraison (Mai 1972), avait été rédigé à partir d'une rencontre avec Monsieur Michael Stein, comme il était mentionné dans l'article même.Mais à la demande expresse du Professeur Stein, et pour répondre à ses scrupules bibliographiques, le titre de cet article devrait dorénavant se lire: "Le Crédit Social, une longue histoire .l'expression d'un profond malaise, par Robert Boily, — Interview avec Michael Stein Mensuel publié par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 9820 rue Jeanne-Mance.Montréal.FONDATEUR Henri Bradet DIRECTEUR Vincent Harvey ADJOINTS A LA DIRECTION Hélène Pelletier-Baillargeon, Richard Gay COORDONNATEUR DE LA REDACTION Yves Gosselin SECRETAIRE DE REDACTION Laurent Dupont SECRETAIRE ADMINISTRATIVE Louise Boileau COMITE DE REDACTION Robert Boily, Serge Carlos.Fernand Dumont.Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Claude Saint-Laurent, Pierre Vade-boncoeur.CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514)384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $ 7.00 Abonnement d'étudiant $ 5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Directeur: 2765, Chemin Côte Ste-Catherine, Montréal 250, Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 PHOTOS couverture, pp 3 et 10 Mia et Klaus page 39 LE MACLEAN, mai 1970 ¦¦ liminaire Ce numéro spécial a été réalisé avec la collaboration de plusieurs professeurs de sexologie à l'Université du Québec à Montréal.Ceux-ci, pas plus que la direction de la revue, ne prétendent présenter un TEXTBOOK dans lequel seraient traitées toutes les dimensions de la sexualité, selon les diverses approches méthodologiques actuelles en sciences humaines.Des aspects qui apparaîtront peut-être secondaires au lecteur tiennent une large place dans le présent numéro, parce qu'ils font l'objet de recherches en cours dans ce domaine.On a omis, par contre, ou plutôt remis à plus tard, l'analyse des comportements sexuels marginaux comme l'homo-sexualité, par exemple, ainsi que l'étude du célibat, de la constitution et de la permanence du couple comme tel, des nouveaux phénomènes comme les mariages communautaires, de l'avenir de la communauté familiale, etc.Quelques-uns de ces sujets ont d'ailleurs été abordés antérieurement dans la revue.Nous pensons en particulier aux articles de Claude Saint-Laurent (Maintenant, octobre 1970, no 99, L'érotisme et la société de consommation sexuelle, et août-septembre 1971, no 108, Temps et consommation) et de Jacques Grand'Maison (Maintenant, octobre-novembre 1968, no 80, Dimensions culturelles de la sexualité).Moyennant les compléments et mises à jour nécessaires, l'ensemble pourra constituer éventuellement un ouvrage de synthèse utile au public québécois. PAR VINCENT HARVEY conception chrétienne du COfp/ Eve allongée" — début Xfle siècle.Musée Rolin, Autun.(L'ART SACRE, no 1, 1969) $ ts, i '^Z' Î’ 1?#» Pour le chrétien, il y a sans doute une conception du corps qui découle de son espérance et de sa foi, mais il est bien difficile d’en préciser les composantes spécifiques.La raison en est que la foi est toujours reçue et comprise à travers une culture, et donc une anthropologie.La révélation biblique elle-même a été transmise avec et à travers une anthropologie caractérisée par une culture donnée, si bien qu’on ne peut déduire de l’Ecriture des notions intemporelles sur le corps qui échap- peraient aux lois d’incarnation de la pensée.Le christianisme que nous avons vécu au Québec nous a transmis une conception assez pessimiste du corps, fortement teintée de dualisme.Les personnes de quarante ans et plus se rappellent les sermons dominicaux d’autrefois, l’enseignement religieux donné à l’école, au couvent ou au collège, les campagnes de modestie, de tempérance qui manifestaient souvent une crainte maladive à l’endroit du corps, consi- déré comme l’ennemi de l’âme.On se préoccupait précisément de sauver les âmes.Une paroisse comptait X âmes.Il serait intéressant de relever dans le langage d’autrefois, les expressions qui tendaient à reporter toutes les valeurs à l’âme dans une dialectique d’opposition au corps.La sensualité était, évidemment, le lieu du péché le plus commun et le plus à craindre, puisqu’en ce domaine tout était matière à péché mortel (donc passible de la peine étemelle): actes, touchers, pensées, désirs.4 Seuls les rêves et leurs conséquences nocturnes n’étaient pas pèche, mais uniquement dans la mesure où ils ne résultaient pas d’une certaine complaisance dans les regards, les pensées et les désirs que la personne aurait pu entretenir antérieurement, à l’état de veille.Le mariage permettait le plaisir défendu, moyennant un protocole de règles interdisant toute fantaisie érotique qui n’était pas utile de près ou de loin à la procréation.Le devoir conjugal devait toujours l’emporter sur le plaisir, ce dernier ayant besoin d’être excusé par un bien compensateur.Telle était la doctrine officielle héritée d’Augustin et transmise jusqu’à ces dernières années.L’âme devait donc constamment user de vigilance à l’endroit du corps, ne pas le laisser gambader même à l’intérieur des limites permises de l’affection, de la sensibilité et de la rêverie, mais toujours bien le tenir en laisse et lui imposer les diktats de la raison.Bien maté, il devenait un bon serviteur de l’âme.Le corps pouvait aussi devenir le lieu du mérite par l’ascèse, le jeûne, le renoncement, les souffrances imposées ou subies avec résignation.Dans les monastères, toutes ces pratiques étaient de règle.Quand je suis entré chez les dominicains en 1947, on devait se donner la discipline deux fois par semaine, on couchait sur la dure, on portait des vêtements de laine rude (pas trop blancs et rapiécés, c’était encore mieux!) et des silices (bracelets et ceintures avec pointes de fer) étaient à la disposition des plus fervents ou des plus avancés en spiritualité.Cette mortification du corps avait pour ainsi dire valeur en elle-même: elle était expiation pour soi et les autres, source de grâce et de salut.Elle était, en outre, une des conditions indispensables à l’étude et à la contemplation.Une imagination, une sensibilité et une affectivité bien disciplinées dégageaient l’esprit et le rendaient libre pour la concentration et l’abstraction métaphysique.Ce lien entre philosophie et maîtrise de soi remonte à l’antiquité.Pour les philosophes grecs, notamment Platon et Plotin, la philosophie exige qu’on s’arrache à ce corps qui est le lieu de la distraction et de la dispersion tant intellectuelle que spirituelle.Dans sa quête de la connaissance et son ascension vers la contemplation extatique de la Vérité, l’âme doit se libérer de la prison qu’est le corps, se débarrasser de cette chape de plomb qui l’empêche de prendre son envol vers le ciel des idées.Plusieurs de ceux qui adoptaient le genre de vie du philosophe ou se convertissaient à la philosophie (car il s’agissait d’une véritable conversion (1), gardaient la chasteté, partageaient biens et gîte et pratiquaient l’ascèse en vue de la contemplation.L'obstacle du corps selon Platon Dans l’Hortensius, qui était une exhortation à la philosophie, Cicéron écrit: Faudrait-il rechercher les plaisirs du corps que Platon, avec tant de raisons et de gravité, a qualifiés de “pièges, et la source de tous les maux'?” Les impulsions sensuelles sont les plus fortes de toutes et donc les pires adversaires de la philosophie.Quel est l’homme qui, plongé dans cette jouissance, la plus forte de toutes, peut fixer son attention, se servir de sa raison, ou même penser à quoi que ce soit?(passage qu’Augustin a lu dans sa jeunesse et dont il s’est souvenu toute sa vie).Ne peut philosopher, selon Platon, quiconque n’a pas détourné son âme, non seulement des plaisirs sexuels, mais encore de tous les désirs, émotions, joies ou souffrances qui relèvent du corps: les motifs pour lesquels ceux qui, au véritable sens du terme, entreprennent de philosopher se tiennent à l’écart de tous les désirs corporels sans exception, gardant une ferme attitude et ne se livrant pas à leur merci.La perte de leur patrimoine, la pauvreté ne leur font pas peur, comme à la foule des amis de la richesse; pas davantage l’existence sans honneurs et sans gloire que donne l’infortune n’est faite pour les effrayer, comme ceux qui aiment le pouvoir et les honneurs.Et alors, ils se tiennent à l’écart de ces sortes de désirs (Platon, Phédon, 82 c).Selon le même Platon, l’âme du vrai philosophe se tient à l’écart des plaisirs, aussi bien que des désirs, des peines, des terreurs, pour autant qu’elle en a le pouvoir.Elle calcule en effet que, à ressentir avec intensité plaisir, peine, terreur ou désir, alors, si grand que soit le mal dont on puisse souffrir à cette occasion, outre tous ceux qu’on peut imaginer, tomber malade par exemple .il n’y a aucun mal comparable au mal suprême .qui consiste dans le fait que l’intensité du plaisir ou de la peine laisse croire que l’objet de l’émotion est ce qu’il y a de plus clair et de plus vrai, alors qu’il n’en est point ainsi.C’est dans de telles affections qu’au plus haut point l’âme est assujettie aux chaînes du corps.Tout plaisir et toute peine, ajoute Platon, possèdent une manière de clou, avec quoi ils clouent l’âme au corps et la fichent en lui, faisant qu’ainsi elle a de la corporéité et qu’elle juge de la vérité des choses d’après les affirmations mêmes du corps.(Phédon, 83 b.c.d.).Comme l’a souligné antérieurement l’auteur (83, a), la philosophie entreprend de délier les âmes, en leur signalant de quelles illusions regorge une étude qui se fait par le moyen des yeux .des oreilles et de nos autres sens; en les persuadant de s’en dégager, de reculer à s’en servir, à moins de nécessité; en leur recommandant enfin de s’assembler, de se ramasser au contraire sur elles-mêmes, de ne se fier à rien d’autre qu’à elles-mêmes, quel que soit l’objet, en soi et par soi, de leur pensée quand elles l’exercent d’elles-mêmes et par elles-mêmes .Tout ce qui vient du corps constitue donc un obstacle à l’ascension vers la vérité.Il faut même en arriver à se passer dans la mesure du possible de l’instrumentalité cognitive des f (1) cf.A.D.Nock, Conversion, ch.XI, Conversion to Philosophy, pp.164-186.Oxford Paperbacks 1961.5 conception chiétienne sens pour ne se servir que de l’oeil intérieur de l’esprit.La conversion à la philosophie — voie du salut de l’âme par identification au monde du divin auquel elle appartient — demande une ascèse beaucoup plus large que la maîtrise de la sexualité comme telle, ou de la génitalité, dirions-nous en langage moderne.C’est tout le domaine de la sensibilité et des sens qui doit être discipliné.Il faut modérer les grandes joies, autres que spirituelles, et les grandes tristesses; maintenir la sensibilité sous le contrôle de la raison, autrement elle devient une pente glissante vers la sensualité; discipliner l’imagination, cette folle du logis qui nuit à la concentration et régler la curiosité des sens qui distrait l’âme des réalités spirituelles et éternelles vers les réalités matérielles et éphémères.Le contrepoids du christianisme Contrairement à ce qu’on croit souvent, ce n’est pas le christianisme qui a inventé l’ascèse, surtout ce type d’ascèse; les chrétiens des IVe et Ve siècles en particulier passaient plutôt pour des gens relativement émancipés et licencieux par rapport aux divers mouvements gnostiques et rigoristes, dont en particulier le Manichéisme qui condamnait le mariage, exigeait la continence de ses élus et prônait le régime végétarien pour des raisons métaphysico-religieuses.Les chrétiens se devaient de rivaliser en exigences morales avec tous ces mouvements dont le rigorisme séduisait les foules.Ils se devaient par ailleurs de défendre la bonté du mariage et de s’opposer aux prescriptions alimentaires comme moyens par eux-mêmes de salut.Saint Paul qui ne passait pas pour le moins austère des apôtres, avait écrit que le mariage est un grand mystère puisqu’il représente l’union du Christ et de l’Eglise (Ephésiens: 5:32) et au sujet de la nourriture il avait repris l’enseignement de Jésus (Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui rend l’homme impur, Matthieu 15:18) dans son Epitre aux Colossiens (2:8, 16, 21-23), en mettant ces chrétiens en garde contre l’esclavage de toutes ces prescriptions provenant de la philosophie ou des traditions juives: Dès lors que nul ne s'avise écrivait-il.de nous critiquer sur des questions de nourriture et de boissons, ou en matière de fêtes annuelles, de nouvelles lunes ou de sabbats .Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas, tout cela pour des choses vouées à périr par leur usage même! Voilà bien les prescriptions et doctrines des hommes.Ces sortes de règles peuvent faire figure de sagesse par leur affectation de religiosité et d'humanité qui ne ménage pas le corps; en fait elles n’ont aucune valeur pour l’insolence de la chair (entendons l’orgueil humain qui prétend sauver l’homme par de telles réglementations).S.Paul avait encore écrit: Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.(1 Cor.13:13).En outre, les dogmes chrétiens de l’Incarnation et de la résurrection de la chair apportaient un correctif à l’anthoropologie platonicienne.D’autant plus que Jésus apparaît dans les évangiles comme un être extraordinairement humain avec une très grande sensibilité.Il avait ses amis: Lazarre, Marthe et Marie, chez qui il s’est réfugié avant de se rendre au jardin des oliviers — sans doute pour s’y réconforter.Tout le monde savait qu’il avait une préférence, parmi ses disciples, pour Jean: celui que Jésus aimait.A l’égard des femmes, son attitude était plutôt surprenante, voire scandalisante dans le climat social et religieux de l’époque.Ses disciples eux-mêmes ont été surpris de le retrouver causant fraternellement, au puits, avec la Samaritaine qui en était rendue à son septième mari.Désarçonnante aussi son attitude à l’égard de la femme adultère que les défenseurs de la morale, scribes et pharisiens, lui amènent pour le mettre dans une situation doctrinale embarrassante, puisque la loi mosaïque ordonnait la lapidation pour de tels délits! Vous connaissez le reste de l’histoire: Jésus, s’amusant à tracer des signes dans le sable les regarde, de ce regard pénétrant qui va jusqu’au fond de l’âme, et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché lui lance la première pierre.Or, ils se sont tous retirés les uns après les autres en commençant par les plus vieux! Que dire de son attitude à l’égard de Marie Madeleine, la prostituée notoire?Mais Jésus a poussé plus loin le non-conformisme et l’insolence en affirmant que les prostituées précéderaient, dans le Royaume des deux, tous ces gardiens hypocrites d’une certaine moralité et orthodoxie.Malgré les correctifs apportés par les dogmes de l’Incarnation et de la résurrection de la chair, ainsi que par l’attitude et l’enseignement de Jésus, les mouvements gnostiques et l'anthropologie platonicienne n’en ont pas moins exercé une influence considérable sur la conception chrétienne du corps.Cette influence s'est exercée et transmise à travers le monachisme d’une part et la théologie augustinienne d’autre part.A travers le monachisme jusqu'à nous On trouve dans les ouvrages de Cas-sien (5e siècle) qui fut le maître du monachisme occidental, un véritable traité de l’ascèse monastique compilant des expériences antérieures.Sans qu’il nous soit possible d’entrer ici dans les détails et les nuances, on peut dire en gros que cette ascèse était caractérisée par une mise en servitude du corps comme condition sine qua non de l’activité contemplative de l’âme et de son union à Dieu.Dans sa conférence sur la science spirituelle (XlVe conférence), Cassien distingue deux sciences: la science pratique qui consiste dans l’extirpation des vices et la pratique des vertus, et la science théorique (2) qui est à (2) il s'agit en somme de la théôria des pères grecs, cette science spirituelle des aeterna, c'est-à-dire des vérités éternelles (idées immuables) et formes des choses qui se trouvent en Dieu.6 ur |e tr|uale j ur (je tel în| a 1 leles| nt ^ui 1 : leur J iff,: I erieu- uelle istin- irate atioo rtus.(OflUîS I proprement parler la compréhension des réalités divines et des mystères compris dans la Sainte Ecriture.Quelqu’un peut parvenir à la première sans atteindre à la seconde, mais il ne peut arriver à la seconde (la science théorique) sans posséder la première, c’est-à-dire cette pureté du coeur qui s’obtient par les jeûnes, les privations, les fatigues et les veilles, le travail et la solitude, le renoncement à tous les plaisirs des sens, le détachement à l’égard de sa famille, de ses amis, de sa patrie, etc.Si donc vous voulez élever dans votre coeur le sacré tabernacle de la science spirituelle, purifiez-vous de la souillure de tous les vices, dépouillez-vous de tous les soucis du siècle présent.Il est impossible que l’âme occupée, même légèrement, des soins envahissants de ce monde, mérite le don de la science, ou soit féconde en intelligence spirituelle, ou retienne avec fermeté les saintes lectures qu’elle a faites (Conf.XIV, Sources chrétiennes, 54, p.193).Un peu plus loin, l’auteur énumère les différentes fornications que le moine doit éviter: il y a bien sûr, la fornication de celui qui se laisse emprisonner dans les vices honteux de la chair; mais il y a aussi plusieurs sortes de fornications spirituelles comme l’idolâtrie, les superstitions païennes comme la croyance aux augures, aux présages, à l’astrologie; les prescriptions juives sur le pur et l’impur; l’hérésie, et enfin la fornication la plus subtile de toutes qui est la divagation de l’esprit: Je ne dis pas seulement toute pensée honteuse, mais toute pensée inutile ou qui s’éloigne si peu que ce soit de Dieu, est, aux yeux du parfait, une très immonde fornication (ibid., p.198).A la suite de cet enseignement de Nesteros, Cassien avoue que ses souvenirs littéraires l’empêchaient autrefois de contempler: Avec un esprit de la sorte infecté des oeuvres des poètes, les fables frivoles, les histoires guerrières dont je fus imbu dès ma petite enfance et mes pre- miers débuts dans mes études, m’occupent même à l’heure de la prière.Je psalmodie, ou j’implore le pardon de mes péchés; et voici que le souvenir effronté des poèmes jadis appris me traverse l’esprit, l’image des héros et de leurs combats semble flotter devant mes yeux.Tandis que ces fantômes se jouent de moi, mon âme n’est plus libre d’aspirer à la contemplation des choses célestes (ibid., p.199).Ces textes, vieux de 15 siècles, n’étaient pas si loin de nous, il y a une vingtaine d’années.Non pas que moines et religieux des années ‘40 ou ‘50 les aient lus.Ce serait plutôt surprenant! Mais la spiritualité et l’anthropologie qu’ils contiennent ont été transmises de façon beaucoup plus efficace (et aussi avec plus d’étroitesse d’esprit) à travers les âges par des institutions, lois et règles monastiques qui étaient encore en vigueur jusqu’à ces dernières décennies.Séparation du monde, cloîtres intérieurs, silence, modestie des regards (i.e.ne pas regarder même un confrère en le croisant dans les corridors), port du capuce et yeux baissés, défense de lire les journaux pendant les longues années de formation (même Le Devoir, imaginez!) et d’écouter la radio, bénédiction du supérieur à la sortie du cloître et à la rentrée (comme protection avant et exorcisme après), méfiance à l’égard de ceux qui prenaient trop de plaisir à écouter de la musique ou s’intéressaient à la littérature (perte de temps et distraction, disait-on).Défense de voir ses parents au parloir plus d’une fois par mois et jamais pendant l’avent et le carême, correspondance surveillée, suspicion à l'égard de toute amitié fraternelle (Voltaire avait peut-être raison de dire que les moines vivent sans s'aimer et meurent sans se regretter).Heureusement que le bon sens et une certaine tolérance de la part des supérieurs l’emportaient souvent sur ces règles et coutumes.Le pessimisme d'Augustin à l'égard de la sexualité Augustin, ce génial penseur du 5e siècle, a joué un très grand rôle dans l’élaboration de la théologie et de la spiritualité du christianisme occidental.A travers lui également s’est transmise l’anthropologie platonicienne et néo-platonicienne.Malgré l’évolution de sa pensée au cours de sa longue carrière de pasteur et de théologien, il faut bien reconnaître qu’Augustin a conservé à l’égard du corps un certain pessimisme qu’il tenait pour une part de ses dix années passées dans le manichéisme dont il est resté marqué et de sa conversion enthousiaste à la philosophie néo-platonicienne qui q largement contibué à structurer sa pensée.Il suffit pour notre propos de signaler certains aspects de sa doctrine concernant les réalités sexuelles et le mariage, ainsi que certaines caractéristiques de sa théorie de la connaissance dans la perspective d’une contemplation et d’une sagesse chrétienne.Augustin défend, certes, la bonté de l’institution matrimoniale contre ses anciens coreligionnaires, les Manichéens, qui le considéraient comme une invention du Principe mauvais (3), mais, selon lui, seul était exempt du péché Pacte conjugal accompli dans Punique but de la procréation.Dans les autres cas, c’est-à-dire lorsque la femme était enceinte ou dans les périodes de non-fécondité, les relations sexuelles étaient tolérées pour éviter que l’un ou l’autre commettent le plus grand mal de la fornication ou de l’adultère.Un texte d’Augustin mérite d’être cité, tant pour ses formules que pour son contenu: Il y a (pareillement) des hommes, à ce point incontinents qu’ils n'épargnent même pas leurs femmes enceintes.Par suite, tout ce que les conjoints se font entre eux d'immodeste, d'impu-dique, de vil est le vice des hommes,-^ non la faute du mariage .Æ (3) Pour les Manichéens.Eve a été engendrée par Satan qui a déposé en elle la partie la plus vénéneuse des puissances du mal (cf.G.Bardy, art.Manichéisme.dans DTC, IX, 1877) et la concupiscence de la femme pour l'homme est une arme forgée de toute éternité par l'Esprit du Mal pour vaincre l'Esprit du Bien.Par cette concupiscence, en effet, la femme entraine l'homme à la génération, abominable sacrilège de l'emprisonnement des âmes (parcelles de la substance divine) dans la chair (Augustin, Contra Faustum VI 3.PL42.229),où l'on voit également le dédain des Manichéens pour les membres génitaux et l'acte conjugal.7 i .conception chrétienne Par suite ce que réclament la faiblesse et l’incontinence, même quand elles n’ont pas pour fin la procréation des enfants, les époux ne doivent pas se le refuser l’un à l’autre, ni le mari à sa femme, ni la femme à son mari.Cela les empêchera de tomber, séduits par Satan, dans d’ignobles corruptions, à cause de l’incontinence soit de tous les deux, soit de l’un ou de l’autre.L’acte conjugal en effet quand il a pour objet la génération, n’est pas un péché; quand il est accompli pour satisfaire la concupiscence, entre époux bien entendu et comme gage de la fidélité nuptiale, est un péché véniel.Quant à l’adultère ou à la fornication, ils sont un péché mortel.D’où il ressort que le renoncement à tout commerce charnel est préférable même aux rapports matrimoniaux qui ont pour but la génération.(Augustin, Le bien du mariage, VI, 6, B.A.2, pp.34-36) Augustin discute longuement, dans ses divers commentaires sur les premiers chapitres de la Genèse, le mode de procréation des premiers parents dans le paradis terrestre avant leur péché.Après avoir envisagé plusieurs hypothèses, il en vient finalement à cette conclusion d’un lit conjugal immaculé, exempt de toute ardeur sexuelle et entièrement soumis au commandement de l’âme, si bien que s’ils n’avaient pas péché, nos premiers parents auraient commandé l’engendrement à la façon des autres mouvements du corps et auraient enfanté sans douleur ce qu’ils auraient conçu sans ardeur (De Gen.ad litt., IX, 10, CSEL 28/1, pp.279-280).C’est que, pour Augustin, le plaisir attaché à l’acte conjugal est un désordre de nature, donc un mal introduit dans l’homme par le péché.Cette concupiscence est, selon lui, la loi de la chair s’opposant à la loi de l’esprit dont parle Saint-Paul (Rom., 7: 22-25) et elle constitue fondamentalement le péché originel, ce mal du péché dans lequel naît tout homme (De peccator, meritis et remission-ne, I.29,57 PL 44, 112).Pour Augus- tin, en outre, c’est ce désordre de la chair dans l’acte conjugal même licite qui cause la transmission du péché originel.Rien d’étonnant alors que dans l’état d’innocence l’union des sexes pour la procréation se fût produite sans cette maladie et pour ainsi dire ce prurit de la volupté — sine ulla molestia et quasi pruritu voluptatis (D.Gen.ad litt.IX, 10).La pratique pastorale d’Augustin est cependant moins rigide que sa théorie.Lorsqu’il théorise, il est porté par la logique d’un idéal humain et spirituel largement influencé par le néo-platonisme.Pour Plotin, ce philosophe mystique et disciple de Platon, l’âme doit s’arracher à la condition de mutabilité et de temporalité qui lui vient du corps auquel elle est liée dans son existence terrestre.Elle doit fuir ce corps et s’en abstraire le plus possible dans son retour, par la contemplation, vers son Principe immuable et éternel."Au lieu d'aller dehors, rentre en toi-même" A partir du néo-platonisme Augustin a développé une théorie de la connaissance où les idées viennent de Dieu, Illuminateur et Soleil des esprits.Contrairement à la théorie d’Aristote, adoptée plus tard au 13e siècle par Thomas d’Aquin, voulant que les idées soient une production de l’intelligence humaine à partir des réalités sensibles telles que perçues par les sens, Augustin pense que les vérités, du fait qu’elles ont un caractère immuable et intemporel (pensons même aux lois mathématiques et définitions géométriques par exemple) ne peuvent venir du monde sensible et changeant, ni de l’âme elle-même qui est elle aussi changeante dans ses états et successive dans ses activités, mais de l’Auteur immuable de toute vérité qui les dépose dans l’âme.La connaissance des mystères divins surtout est un don de Dieu à l’âme purifiée des passions et des attaches terrestres.Augustin a exprimé sa démarche intellectuelle mystique dans plu- sieurs formules bien frappées comme celle que nous lisons dans le De vera religione — De la vraie religion, 39, 72: Au lieu d’aller dehors (i.e.vers les réalités extérieures), rentre en toi-même, c’est à l'intérieur de l'homme qu’habite la vérité; et si tu ne trouves que ta nature sujette au changement, va au-delà de toi-même.Mais en te dépassant, n'oublie pas que tu dépasses ton âme qui raisonne.Porte-toi, en conséquence, vers la source qui illumine cette lumière même de la raison.La tradition a résumé cette démarche augus-tinienne dans une formule latine concise: ab extra ad intra, ab intra ad supra (de l’extérieur vers l’intérieur; de l’intérieur vers le supérieur.Ces brefs rappels historiques peuvent paraître inutiles au lecteur pressé d’en arriver à des énoncés normatifs.Mais ils sont importants, à mon avis, pour comprendre notre héritage occidental qui'ne comporte pas que du négatif, loin de là, à moins de le juger à partir d’une nouvelle conception de l’homme qui a, elle aussi, ses limites et peut-être ses partis pris.La pensée philosophique d’un Platon et d’un Plotin était, pour une bonne part, en réaction contre le culte presque idolâtrique du corps et du corps jeune, dans l’antiquité grecque.Mais quelque ingéniosité que l’on mette à camoufler le drame humain, celui-ci n’échappe pas à une conscience un tant soit peu éveillée.L’outrage des années n’épargne personne, malgré les récentes merveilles de la chirurgie plastique.Le corps est le lieu du vieillissement; le lieu aussi de nos échecs, y compris souvent les échecs sexuels; le lieu encore où nous ressentons le plus vivement la distance entre nos aspirations et nos capacités, nos rêves et nos réalisations, notre soif d’éternité et cette fatalité de la mort (4).Aucun penseur d’aucune civilisation n’a pu échapper à ces problèmes.Les tentatives d’explications et de Un héritage qui comporte du positif (4) Les poètes, d'ailleurs, ont souvent associés désirs, amour et mort.Pour Freud lui-même, l'amour véritable n'exige-t-il pas un dépassement qui requiert entre autres le meurtre du père?8 solutions varient dans Thistoire mais quand on creuse un peu derrière théories et formules, on découvre les mêmes grandes questions sur l’homme: sa destinée, son espérance illimitée de bonheur, son désir jamais comblé d’aimer et finalement la conscience douloureuse de ses limites.La personne se blase à vivre dans la superficialité, y compris celle du plaisir épidermique d’une sexualité aliénée (non intégrée) et aliénante.L’homme a un besoin déchirant de dépassement dès lors qu’il peut ou qu’on lui permet d’entrer en lui-même, c’est>à-dire qu’on lui laisse la liberté de réfléchir — ce que lui refuse la société de consommation.C’est à mon avis, ce besoin d’intériorité et de dépassement que la philosophie platonicienne et la pensée chrétienne ont développé et maintenu vivant dans la conscience occidentale à travers des spiritualités et une anthropologie de tendance dualiste qui ont véhiculé, bien sûr, leur part de frustrations, de fausse culpabilité, de souffrances inutiles et d’inhibitions stérilisantes même sur le plan de l’épanouissement spirituel, mais qui ont également contribué à entretenir un certain nombre de valeurs et de comportements, comme le sens du travail et de la responsabilité, l’oubli de soi, le renoncement, le dévouement et la prise au sérieux de l’existence, fut-ce à cause de ses conséquences dans un au-delà.La nouvelle anthropologie La dualité séparatrice du corps et de l’âme semble aujourd’hui bien morte.La nouvelle anthropologie est beaucoup plus unifiante.Déjà Thomas d’Aquin, au 13e siècle, avait fait un pas de géant en affirmant, dans le langage philosophique de l’époque, que l’âme est la forme substantielle du corps.L’auteur n’a pas explicité toutes les conséquences anthropologiques de cette affirmation.Aucun de ces disciples non plus, à ma connaissance.Mais l’intuition fondamentale était là: je suis mon corps, je suis au monde par mon corps.Mon corps n’est pas une enveloppe ou un contenant d’une réalité éternelle, un module de ser- vice que je devrai larguer pour entrer dans un autre monde.Etant corps, je suis histoire, historicité, dynamisme, évolution.Etant corps, je suis aussi être avec, je suis communication, sensibilité, tendresse, passion, sexualité, etc.Par ailleurs, je suis aussi conscience, pensée, esprit, intériorité.On ne peut dissocier, ni dans leur être ni dans leur fonctionnement ces deux composantes du moi.J’existe comme corps et comme conscience en même temps et dans un même dynamisme où il y a, d’ailleurs, mystérieuse interaction.Le corps voile et dévoile l’esprit, mais l’esprit a besoin du corps pour être en manifestant sa présence, tout comme le langage voile et dévoile la pensée mais celle-ci a besoin du langage pour exister en étant dite.Bien sûr, il y a inadéquation dans un cas comme dans l’autre: le langage n’exprime pas adéquatement la pensée et le corps ne révèle pas la totalité de la conscience.Il y a à la fois lumière et opacité à des degrés variables selon les individus et les divers moments de nos existences.Cette anthropologie ne simplifie pas les choses, au contraire elle rend encore plus mystérieux l’être de l’homme, plus dramatique l’ambiguïté fondamentale de tout notre être conscience-corps.Cette ambiguïté ne pourrait être éliminée, à mon avis, que si le corporel devenait le plus possible spirituel et le spirituel le plus possible corporel dans une harmonieuse réciprocité pour une plénitude de vie individuelle et collective.On perçoit un peu dans l’art à la fois cette carnalisation de l’esprit et cette spiritualisation de la chair.Maurice Béjart affirmait dans une interview à la revue L’art sacré (lei trimestre 1969): La danse m’a entièrement formé spirituellement.Ceux qui ont vu ses superbes ballets y ont sans doute perçu cette sorte de mariage libérateur de l’esprit et du corps, comme dans toute oeuvre d’art du reste.Incarnation et résurrection Mariage libérateur de l’esprit et du corps! C’est dans cette voie que je serait tenté d’approcher le mystère de l’Incarnation: Dieu devenu homme pour que l’homme devienne en quelque sorte Dieu, ou encore selon l’expression plus audacieuse d’Irénée de Lyon: Il est devenu ce que nous sommes, afin de nous rendre capables de devenir ce qu’il est (Adver-sus Haereses, V, préface).On ne peut, certes, voir ni comprendre comment ce mariage de l’esprit et du corps s’est achevé dans le Christ ressuscité, comment les distanciations et les tiraillements entre conscience et corps se sont résorbés ou réconciliés en lui.L’apôtre Paul parle du Chirst ressuscité devenu pneumatikos, c’estrà-dire Esprit de Dieu, Esprit d’amour et créateur, tout en insistant par ailleurs sur la réalité du corps du Christ ressuscité.La croyance en la résurrection de la chair ne comporte-t-elle pas, en outre, pour le chrétien ce salut total de l’homme et donc aussi cette glorification du corps à l’image de celui du Christ ressuscité?Dans la dynamique de l’espérance chrétienne, rien n’est radicalement mauvais, raté ou perdu au départ; en dépit de l’existence du péché, il n’y a pas de corps prison ou chape de plomb: ni de tabous sexuels ou sociaux, ni de codes rigides ou de prescriptions méticuleuses; mais une seule exigence, celle de l’amour qui va jusqu’à donner sa vie pour ceux qu'on aime.C’est à la fois plus exigeant et plus libérateur, davantage complexe et multiforme.Paradoxalement on pourrait rappeler ici l’affirmation d’Augustin: aime et fais ce que tu veux!.Au terme de ce trop long article qui ne fait pourtant qu’effleurer le sujet, je me rends compte de l’imprécision de mon titre: Conception chrétienne du corps.Il n’y a peubêtre pas à vrai dire une conception chrétienne du corps, mais une espérance pour l’homme total conscience-corps qui a sa source dans l’amour et qui se construit dans et par l’amour, à travers une diversité d’expériences et de cheminements tant individuels que collectifs qui appellent un dépassement et une plénitude.# 9 -•x\\ \ * m , > -»*.- *»• «-••VV w* 1 «• ».' ^'i.ÎO.< -3 111 k'* ?'tr 4.L> J V ' , ^ iHk ^ .v^i PAR CLAUDE SAINT-LAURENT Les quelques réflexions que j’ose, sous cette forme, présenter au lecteur n’aboutissent à aucune conclusion.Elles se perdent à dessein dans un malaise.Elles se refusent l’achèvement.Elles remettent en question le corps de la jouissance sans lui offrir un point de fuite.Peut-être y en a-t-il un mais il me semble que chacun se doit de le trouver pour lui-même “dans le sombre’’, comme dit le poète Fernand Ouellette.Nous empruntons ce titre à notre cher Pablo Neruda dont l’oeuvre poétique est une incessante recherche des frontières de l’amour et un cruel approfondissement du refus de notre chair à soutenir la requête du désir.Cuerpo suspendido.Un corps suspendu entre le rêve et le temps quotidien, entre le souvenir et l’être aimé.Un corps entre guillemets, rallié m'ais non réconcilié.Revêche à la douleur, dilapidateur du plaisir.Un corps domestiqué mais jamais complètement soumis et adapté.Un corps lourd de son propre poids d’atavismes et de fatalités; d’alchimies devenues plus complexes à mesure que les biologistes déploient sur lui les formules abstraites de la mathématique moléculaire.Ce corps est un corps d’amour mais il ne l’est que virtuellement.Car il résiste à l’emprise, à tout ce qui menace de le dilater.Dans l’espace qui lui est en trop il s’envertige; dans le temps qui lui est ménagé, il se précipite.Il vieillit et s’altère, instrument précaire d’une promesse jamais tenue.Il faut bien le dire, toute la littérature sexologique n’arrive pas à nous rassurer complètement: le désir amoureux finit toujours par choisir ce qu’il peut, parfois avec une obstination incurable.(C’est bien là la conviction que nous imposent certaines perversions.) Quand, imbus de nos recettes faciles, nous voulons obliger le désir en lui offrant des techniques, nous sommes le plus souvent renvoyés à quelque chose qui ressemble à l’hébétude.Ce qui devait être n’a pu advenir, tout se passant comme si le corps hétéronome obéissait à ses anciens maîtres et ne connaissait, quant à son plaisir, que des lois mystérieuses et secrètes.Certains homosexuels se marient et ont des enfants mais leur corps prêté aux moments dits à la règle procréatrice n’en reste pas moins fidèle à l’objet phallique de leur fascination infantile.Car le corps est habité de tous ceux-là qui dès le premier jour l’ont touché et manipulé, satisfait et frustré.Il suffit à Quiconque de se replier un peu, de regarder toutes paupières ouvertes dans ce sac clair-obscur qui borde notre moi-corps pour y découvrir peu à peu des êtres d’abord inconnus qui grouillent, s’affrontent en faisant des gestes que nous croyons reconnaître, en disant des paroles que nous croyons avoir entendues.La chair n’est pas seulement muscles, organes, viscères mais souvenirs et symboles.Ses mouvements et ses rythmes, une sensation, une impression soudaine nous renvoient tout à coup à l’épisode d’un récit qui n’en finit plus.Il y est entre autres question d’un enfant et d’un projet inachevé dont le terme n’apparaît parfois que dans les rêves.Il nous semble alors que l’amour ne saurait ressembler qu’à la réconcilliation de tout cela avec ce que notre corps sexuel nous a appris à nommer plaisir.Mais le corps ne tient pas sa promesse.Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage Pablo Neruda * Il faut toujours en remettre, toujours recourir au jeu.Un jeu où les paroles surgissent comme des exorcismes pour chasser l’angoisse, pour colmater les fissures par où la culpabilité menace d’infiltrer l’édifice de notre amour-propre.Mes mots, je les regarde et je les vois lointains Ils sont à toi plus qu’à moi Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre C’est eux qui ont peuplé le vide où tu t’installes Ma tristesse est à eux plus qu’à toi familière Pablo Neruda 11 le corp/ /u/pendu La satisfaction se présente alors pour ce qu’elle est, incomplète ou exaspérée, toujours marquée d’un manque.Qu’est-ce à dire sinon que le sexuel ne se donne jamais une fois pour toutes comme une chose conquise et acquise mais comme une aspiration, la plus primitive peutrêtre, consubstantielle au désir et comme lui menacé d’angoisse et de culpabilité.LE DÉSIR FONDATEUR Avant d’aller plus loin, précisons dans des formules plus simples les allusions et les évocations métaphoriques que nous avaient inspirées les vers de Pablo Neruda.Nous disons que le désir bien qu’il s’enracine dans des expériences originelles du corps, n’y trouve pas son repos.Plus encore, qu’il ne le trouve jamais que dans un équilibre précaire où l’imaginaire doit combler ce qui manque à la réalité physique, à l’activité sexuelle entendue dans son sens courant.En un mot, nous disons qu’il nous faut comprendre la sexualité en dépassant les conduites sexuelles.Cette compréhension nous oblige à reconnaître au passage l’existence de l’inconscient et par lui la source de l’angoisse et de la culpabilité.Nous nous avancerons davantage pour affirmer que cette double expérience de l’angoisse et de la culpabilité sont dans le comportement sexuel comme le pépin dans la pomme et qu’il est impossible de les en évacuer totalement.En cela nous sommes bien conscient de la compagnie qui nous rejoint chemin faisant: certains moralistes chrétiens qui n’ont guère plus d’audience, un bon nombre de névrosés pour qui tout plaisir est hanté et en général la horde des pessimistes qui arpentent la planète en comptant les morts.C’est dire qu’il nous faudra accepter humblement de reprendre à notre compte certains propos ambigus, minés par les préjugés spiritualistes et dont les auteurs nourrissent à l’égard de la psychanalyse que 12 nous professons, les antipathies les plus vives.Pourtant, il ne nous semble pas possible à moins de tenir pour nulle la réflexion freudienne d’aboutir à d’autres conclusions.Freud s’est souvent défendu contre les généralisations optimistes de certains disciples quant aux effets de la cure psychotérapique ou quant aux mouvements d’éducation sexuelle préventive.Pour lui, la découverte des causes inconscientes, essentiellement sexuelles, de la névrose et l’élaboration d’une technique particulière pour en faire la prospection n’annonçait pas une transformation de la vie mais se justifiait suffisamment par l’ouverture à la recherche scientifique d’une sphère de réalités jusque-là méconnues.Au départ, il est vrai, les choses lui parurent assez simples.La souffrance névrotique et son cortège de symptômes et d’inhibitions, lui semblaient liés à un conflit bipolaire entre le moi, représentant des instincts de conservation et les pulsions, rejetons des instincts sexuels.Le moi était une construction positive, non conflictualisée, tout uniment vouée à la défense des intérêts du sujet et de ses accointances avec la réalité extérieure.C’était même cette heureuse harmonie entre le moi et le milieu socio-culturel qui forçait celui-ci à dénoncer sinon à dénier les prétentions de la pulsion, quitte à trafiquer avec elle des compromis onéreux qui se trouvaient être les symptômes névrotiques.L’observation de plus en plus approfondie et minutieuse des éléments complexes de la vie psychique l’amena à modifier cette première esquisse: le moi n’était pas en vérité le fidèle serviteur des besoins physiologiques et de la réalité.Il n’était pas simple et positif, innocent et désintéressé.Lui-même rejeton d’une désintrication des pulsions et des besoins, apparu à la surface exposée aux revendications opposées des instincts et du réel, le moi se trouvait être comme une projection du corps, objet d’amour de la libido, organisation composite des diverses identifications aux objets du désir.Sa relation au corps se compliquait presque inextricablement.Le conflit humain ne pouvait plus se concevoir comme une opposition simple entre le moi- réalité et les exigences pulsionnelles, entre les besoins conservateurs du corps individuel et les requêtes des instincts sexuels voués au service de la reproduction et de l’espèce.Le moi se disputait le corps avec les pulsions mais dans un rapport complexe puisqu’il pouvait comme moi-réalité plier ce corps aux exigences fonctionnelles des tâches indispensables à son adaptation mais comme moi-plaisir, le solliciter dans un but de satisfaction narcissique.Cette double polarité dui moi instituait un conflit permanent au niveau le plus organisé de l’institution psychique.Selon le moi-plaisir tout devait aboutir tout le temps à la résolution de la tension; selon le moi-réalité, la pulsion devait de plier à ce qu’on peut nommer raison et bon sens.Freud avait noté que le nourrisson, aux prises avec l’intolérable frustration, avait recours à un expédient (la satisfaction hallucinatoire) par lequel il remplaçait l’objet réel de sa convoitise par une représentation visuelle.Ce premier délire de satisfaction signalait l’entrée de l’appareil psychique dans le destin personnel du sujet.Le problème se posait dès lors de savoir ce qui permettait à ce même appareil de maintenir l’équilibre ou la quiétude dans sa province dès lors que le moi-réalité s’engageait désormais à tenir compte de la réalité extérieure, c’esCà-dire des règles d’identité et de causalité au détriment de la pression constante de la pulsion.Le principe de plaisir se trouvait-il derechef révoqué et aboli?Non point.Le plaisir dorénavant se construisait une réserve (que Freud compare aux grands parcs américains) où l’imaginaire pourrait venir folâtrer pour élaborer des chimères, évoquer des réalités intermédiaires, se représenter des stratégiqes par lesquelles, plus tard, il arriverait à déjouer les impératifs de l’Ananke.Du coup, le monde de la rêverie et de l’imagination se trouvait inclus dans la totalité de l’humain.Il prenait place du côté du rêve nocturne mais plus près du moi vigile, toujours disponible, toujours accueillant dès lors que nous tentons de concilier la pression du désir et les limites de notre quotidienne réalité.Il restera à Freud d’élaborer dans de vastes fresques anthropologiques les conséquences de ces propositions qui jouent dans l’art et la science un rôle particulièrement important.Dans la pratique psychiatrique, cet équilibre fragile entre les deux polarités du moi et les impatiences du désir deviendra le champ de compréhension de certaines maladies dites psychosomatiques.Nous avons parlé de désir.Nous l’avons vu à l’oeuvre à la façon d’un mouvement allant d’une satisfaction déjà éprouvée à une autre qui reste virtuelle mais que la frustration rend encore plus impérative.Chez l’être humain, tout se passe en effet d’une façon bien singulière.Le petit de l’homme est prématuré: il reste en tutelle pendant de nombreuses années avant de pouvoir assumer la direction et la coordination de ses activités autonomes.Pendant toute cette longue période de dépendance, il est l’objet d’une sollicitation amoureuse qui aura pour effet principal d’exacerber le désir, de l’entraîner dans toutes les directions du corps.De plus, cette singulière situation l’amène à investir dans son objet de dépendance, la mère ou son substitut, le plus gros de son intérêt et d’attendre de cette source la satisfaction pleine et entière de ses pulsions (perverses et polymorphes souligne Freud).Il n’en sera rien ou plutôt là comme ailleurs la satisfaction devra connaître des limites.Nous savons depuis le récit exemplaire de l’analyse du petit Hans que la frontière la plus abrupte, l’interdit le plus catégorique et aussi le plus cuisant pour l’orgueil de l’enfant sera représenté par la préemption du père.Et alors la première aventure amoureuse de l’enfant devra échouer dans son dessein initial.Et pourtant quel amour! Le seul certainement où le corps entier est envoûté, où toutes les surfaces, tous les orifices, tous les organes d’expression, tous les appareils sensoriels sont tour à tour élus comme lieux privilégiés d’échanges érotiques.Au lieu que d’aboutir à la possession du seul être que l’enfant ait désigné à ses passions, il doit renoncer au profit d’un rival inexpugnable à qui il lui faudra, sous peine de n’être rien, devenir un peu comme lui.C’est en intériorisant les règles mêmes qui lui auront valu son échec que l’enfant accédera à nouveau à la réalité mais cette fois à une réalité génitale où la maîtrise de ses organes d’identité, de son corps propre, lui assurera une orientation autonome et active.ET LE SEXUEL?On voit donc que si le désir s’empare de tout pour le réduire à sa seule règle qui est le plaisir, il doit compter avec des protagonistes qui lui rendent difficile son libre cheminement.Dans son décours difficile, le désir doit s'humaniser, se replier, attendre, substituer et finalement renoncer à son objet d’élection.Son allié le plus intime, le moi-plaisir se trouve lui-même sujet à des avanies incessantes, contraint à des compromis, impuissant à satisfaire par lui-même et en lui-même les exigences de la demande.Le narcissisme trouve sa limite à la surface immédiate du corps et risque en s’exerçant sans limite de verser dans la néantisation du monde et dans la destruction du moi-réalité.C’est là la première donnée du sexuel: un terrain limité qui va du moi envoûté à l’objet substitutif, c’est-à-dire de l’amour de soi à l’amour d’un autre dans un échange inégal et complexe où surgit constamment la Sirène du souvenir infantile.Ce qui, au niveau conscient parait être une équation simple, un sujet désirant face à un objet convoité, s’avère dans ses coordonnées inconscientes une proposition très complexe.Du côté du sujet, on observe d’abord un premier niveau de conflit qui tient à ce que le moi n’a pas du corps une possession tranquille et positive.Le moindre surgissement de la pulsion le retourne, pour ainsi dire à l’envers.Qu’on songe aux émois sexuels des adolescents.Toutes ses parties n’arrivent pas à rejoindre l’aspiration amoureuse dans un élan harmonieux vers son objet.Certaines résistent et se refusent en faveur de jouissances anarchiques.Certaines restent soumises à des objets d’amour antérieurs, d’autres demeurent sidérées par les interdits promulguées jadis lors des conflits infantiles.Alors que les organes spécifiques de la jouissance entrent d’emblée dans le projet amoureux, d’autres plus secrets se consacrent à des jeux inconscients d’opposition.C’est ainsi, par exemple, qu’apparaissent à l’occasion de la vie sexuelle conjugale certains troubles des fonctions rénales et vésicales chez l’homme et chez la femme et des perturbations fonctionnelles des organes reproducteurs.Tout un chapitre de la pathologie des organes internes bas trouve son origine dans cette étrange conjoncture.Certaines atmosphères, certaines odeurs, la seule vue du corps dans des positions que l’enfance avait marquées de réprobation arrêtent encore le désir sans que le sujet le puisse savoir.Plus encore le moi s’abîme dans le deuil de ses parties corporelles malades ou mal faites et refuse que sa libido, énergie du désir, le quitte au profit de l’objet qui le sollicite.Ailleurs, le génital se manifestera seul dans une donnée mécanique de pure décharge de façon à exclure des zones érotiques enferrées par l’angoisse.Le sujet peut aussi jouer de son objet comme d’un appendice narcissique réduisant alors l’échange à un rituel masturbatoire toujours voué à l’automatisme le plus primitif.Ce ne sont là que des exemples; nous pourrions creuser davantage le puits de la mémoire somatique et découvrir d’autres blessures, celles-là plus anciennes, encourues aux époques de la sexualité orale et anale et qui laissent en chacun de nous des cicatrices mutilantes.Ces avatars interdi- 13 k corp/ Ai/pcndu sent toujours que le corps vécu soit jamais le corps d’amour parfait.Si l’on regarde maintenant du côté de l’objet d’amour on ne peut se retenir de voir non plus seulement l’angoisse narcissique ou la culpabilité qui menacent le corps imparfait mais cette fois le conflit avec l’objet insuffisant.Nos rêves en sont pleins.Nous sommes tous polygames, pervers, nymphomanes et mégalomanes — à tout le moins au niveau de nos aspirations amoureuses.L’attachement à un seul objet à quelque moment que ce soit résulte d’un compromis où il entre une part de réprobation et d’éducation que le moi et son censeur (idéal du moi et surmoi) ont réussi à imposer au désir amoureux.L’inconscient n’a pas d’autre morale que la décharge et pas d’autre loi que la répétition.Que les expériences sans cesse revécues de la frustration et que la résistance du réel soient parvenues à nous apprendre à ordonner ces automatismes, constitue en soi une grande victoire du moi humanisé.Mais cette humanisation est liée à l’identification à nos premiers objets d’amour dans une situation prolongée de dépendance.Durant cette période l’autre (père, mère) était vécu comme parfait et infiniment désirable.C’est bien pour cela que le drame oedipien acquiert de telles résonnances dans la structuration du conflit humain essentiel.L’enfant que nous avons été a aimé d’un amour mortel l’objet de son désir sexuel, exercé à même tous les organes porteurs de plaisir.Le corps entier est entré dans cette passion et, le jour où il a fallu céder au profit du moi, l’objet unique de la convoitise, le souvenir en a été gravé ineffa-çablement.Toutes les amours qui suivront seront à quelque degré marquées par ce sacrifice et par l’espoir de le dénoncer comme un scandale de la loi d’airain.Si nous devions, pour nous en convaincre, faire appel à quelque témoignage, il suffirait d’écouter les confidences du névrosé ou d’entrer dans le monde des poètes et des artistes.On y verrait certes que l’amour est difficile mais plus encore qu’il ne s’établit solidement qu’à partir d’un renoncement dont l’approfondissement reste 14 la source de toute sagesse et de toute joie.C’est bien en effet dans la mesure où nous parvenons à reconstituer en notre nom propre un échange actif et égalitaire avec l’autre que notre corps retrouve ses capacités amoureuses, son harmonie érotique.Le moi rentre alors sans amertume dans la conviction de ses limites, c’est-à-dire de la mort et l’autre cesse d’être la réplique imparfaite d’un parent convoité.Nous convenons dès lors d’élire l’autre au rôle de personne et de bâtir avec lui un monde habitable à notre humble mesure.C’est là l’itinéraire de toute une vie, un projet téméraire, le seul sans doute mais menacé sans trêve par le souvenir térébrant de l’amour impossible et interdit.C’est bien parce que persistent en chacun de nous ces aspirations amoureuses héritières de l’oedipe infantile que la société de consommation sexuelle (cf.Maintenant, oct.70, pp.264-270) réussit à nous manipuler comme des enfants.C’est aussi la raison pour laquelle le monde des objets se prête aussi facilement à l’érotisation permanente.Si, en effet, l’érotisme vécu reste blessé de l’insuffisance du corps et de l’objet, si l’orgasme n’advient qu’au-delà de l’angoisse de l’échec et de la culpabilité de tout plaisir charnel, alors les vendeurs de charmes peuvent remplir le monde de fétiches qu’ils nous vendront pour consoler notre pauvre coeur.Nous croyons aussi que le succès de la littérature sexologique et, en particulier celle qui fait appel sur un mode démocratique à l’envie des grands athlètes de l’alcôve, repose en grande partie sur l’aliénation fondamentale de la sexualité.Ce que nous cherchons à travers une performance prescrite, c’est l’imitation d’un modèle nouveau qui, contrairement à celui que nous propose notre mémoire inconsciente, ne serait plus associé au plaisir que nous reprochons à nos parents.Hélas! l’épanouissement sexuel attend plus qu’une bonne mise en train pour débouter l’angoisse qui menace l’accession au plaisir génital! # * Pablo NERUDA, vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée, traduit et adapté de l’Espagnol par André BONHOMME et Jean MARCE-NAC.Les Editeurs Français Réunis.Paris, 1970. I'omouf ta mort Toi tirée d’argile dans un gémissement beau de courbes.Je te prends en tremblant éperdu comme si j’entrais au grand tombeau de ciel.Tu es si nue sous tes pleurs sous tes colliers si bien ouvragée alors que je ne suis que Nord et meute.O le tumulte d’une mort vigie sur ton ventre le souffle des hanches se recréant dans la mémoire.Ainsi cette prophétie d’un phénix au coeur par ta touffe en chants flambe longs et pourpres.Dans l’angoisse j’affleure au désert parmi les ossements des oiselets frémissant faiblement dans le sec.Alors vient l’ange qui me soumet silencieux à l’écorchement dans un long coup de faisceau.Encor geignante tu m’entailles en profondeur, tu maginifies pour mon oeil la paix de tes membres, tu cherches à m’attendrir en m’aimant bien dans les miroirs.Et je te suis dans le seul passage au milieu des draps, en écartant les chaînes et le profil des couteaux blancs: je fuis ce crime qu’on achevait dans mon être.Peu à peu je me déleste de cette perfection d’une mort noble qui m’ensevelissait dans l’immobile d’un plan sans fin.Fernand Ouellette (Poemes 1953-1971, Editions de l'Hexagone, 1972.) uopn PAR CLAUDE CRÉPAULT Professeur à la Section de sexologie Université du Québec à Montréal S’il est un thème qui a été mêlé à toutes les sauces, c’est bien celui de la révolution sexuelle.Certains font de la révolution sexuelle un fait acquis.D’autres au contraire proclament à haute voix son caractère utopique et irréalisable.Bref, une confusion presque totale règne à son sujet.Certes, cette ambiguïté provient en partie de la diversité, voire des oppositions dans les conditions avancées par les uns et les autres pour que se réalise une telle révolution sexuelle.Mais à mon avis, cette confusion est surtout due au fait qu’on situe le débat au plan intuitif plutôt qu’à celui de la connaissance empirique.Compte tenu de ceci, le présent article se veut être avant tout une vision empirique du problème de la révolution sexuelle.Plus précisément, mon intention est de dégager certains critères opérant la révolution sexuelle et de voir dans quelle mesure ils ont été confirmés par différents travaux de recherches.Pour certains, une telle démarche peut apparaître superficielle et peu signifiante.Traiter la sexualité comme une chose, la mathématiser et surtout la désacraliser peut susciter de vives appréhensions.Le lecteur devra toutefois être conscient que le présent article ne vise pas à établir une éthique de la sexualité, mais une présentation objective de la réalité sexuelle telle qu’elle se présente aujourd’hui.Le point de vue sémantique La première chose qui frappe lorsqu’ on parle de révolution sexuelle, c’est le caractère ambigu du vocable lui-même.La plupart des gens croient que la notion de révolution sexuelle est reliée de soi à une libéralisation de la sexualité.Sans vouloir se substituer à l’expert linguiste, on peut toutefois affirmer que le terme de révolution sexuelle ne désigne pas ipso facto l’orientation de celle-ci.De toute évidence, il serait plus juste de parler de révolution prosexuelle par opposition à une révolution antisexuelle.Qu'on utilise le terme de révolution prosexuelle de préférence à celui de révolution sexuelle n’a toutefois que très peu d’importance.Le problème fondamental est de connaître les exigences que requiert la réalisation d’un tel phénomène.Or au point de vue strictement sociologique, une révolution présuppose en premier lieu une nouvelle structuration sociale et, en même temps, un changement radical des valeurs fondamentales de la société.Comme le signale Guy Rocher, la révolution exprime une volonté de reconstruction d'iin monde social et humain entièrement autre.(1).En second lieu, une révolution implique un changement en profondeur dans l’univers mental et comportemental des individus.Ainsi, un changement radical dans la contexture sociale et dans les modes de pensée et de vie des individus, voilà les deux conditions indispensables à la révolution (2).Dans cette optique une révolution prosexuelle supposerait d’une part l’abolition des structures sociales contraignant la sexualité, comme la famille et le mariage monogamique, par exemple, et d’autre part, une transformation radicale dans les attitudes et les comportements sexuels des individus.Or point n’est besoin d’être un spécialiste averti pour se rendre compte que la première condition est loin d’avoir été réalisée.De fait, un simple coup d’oeil sur la situation actuelle de la famille nous permet de constater que celle-ci se porte encore assez bien et que rien ne nous indique qu’elle soit sur le point de disparaître ou même de s’effriter.Une enquête récente effectuée par BCP Publicité auprès des jeunes de 20 ans de la région de Montréal révéla, par exemple, que 84rr d'entre eux voulaient éventuellement se marier et fonder une famille.Parler alors de révolution prosexuelle, c'est faire de toute évidence un usage abusif de ce terme.La seule question qui peut être sociologiquement retenue est la suivante: y a-t-il eu changement prosexuel et si oui quelle est son intensité?C'est d'ailleurs à cette question que j'essayerai de répondre au cours des prochaines pages.L'approche bipolaire Une analyse du changement dans le domaine sexuel nécessite une double approche: une première centrée sur les manifestations sociales extérieures à l’individu et une deuxième axée sur l'individu.Autrement dit.une telle analyse doit d'une part se pencher sur les transformations sexuelles qui ont pu se produire dans les éléments structurels de l'organisation sociale et voir d’autre part si des changements ont eu lieu au plan des attitudes et des comportements sexuels des individus.CHANGEMENT PROSEXUEL ET STRUCTURES SOCIALES Il est un fait que la sexualité est actuellement étalée au grand jour et même qu'elle est mise au service du système socio-économique.L’intrusion méthodique de la sexualité dans les affaires, la politique et même la propagande en est un exemple probant.Qu'on pense ici à la femme-voiture dans les annonces publicitaires, à l'exploitation florissante des films érotiques, aux nombreux éditeurs de livre de poche qui s’efforcent de donner un aspect érotique à des ouvrages qui ne le sont nullement en illustrant la couverture de femmes à demi-nues.Il semble donc clair que la sexualité est devenue un bien déguisé de consommation (3).On l'utilise à cause de sa rentabilité économique.Bien qu’il semble incontestable qu’un changement prosexuel se soit produit au plan de certains éléments structurels de l’organisation sociale, il est toutefois difficile d’en déterminer l’ampleur.A vrai dire, on est dav antage guidé par des impressions que par des données objectives de recherches.Par ailleurs, il n’est pas sür que le changement prosexuel dans les manifestations sociales extérieures à l'individu ait pour conséquence logique un changement similaire dans l’univers mental et comportemental de l'individu.En d’autres mots, le fait que la sexualité soit mise au service du système socio-économique n'implique pas nécessairement que les individus vont changer pour autant leurs attitudes et leurs habitudes sexuelles.Car.a supposer que les rues d'une ville soient tapissées de dessins érotiques.il n'est pas sür que cela puisse signifier que les membres de cette ville sont par le fait même sexuellement libères.CHANGEMENT PROSEXUEL ET INDIVIDU Le changement prosexuel constaté au plan des structures sociales a-t-il été accompagné d'un changement similaire dans les modes sexuels de pensée et de vie des individus?C'est à cette question qu'il importe maintenant de répondre.Pour ce faire, j’utiliserai trois critrères opérants, qui sans être exhaustifs, offrent néanmoins l'avantage d'ètre pour la plupart vérifiables à l'aide d'études empiriques.Le premier de ces critères vise l'aspect quantitatif des (1) Guy Rocher.Introduction à la sociologie générale.1969, p.504.(2) Le terme d’évolution réfère pour sa part à "l’ensemble des transformations que connaît une société pendant une longue période, c’est-à-dire pendant une période qui dépasse la vie d’une seule génération ou même de plusieurs générations", ibid, p.322.(3) La sexualité en tant que bien de consommation est un phénomène qui a été fortement déploré par plusieurs philosophes (Marcuse, 1963; Fromm, 1968).Pour ceux-ci, le fait que la sexualité soit mise au service du système socio-économique et du seul plaisir physiologique déshumanise l’individu.Bien qu’il serait intéressant de se pencher sur ce problème, cela dépasse largement les objectifs du présent article.17 conduites sexuelles non maritales.Autrement dit.il s’agira de savoir si les activités sexuelles non maritales sont plus nombreuses qu’aupara-vant.Le deuxième critère correspond à la dimension qualitative des conduites sexuelles non maritales et plus précisément au degré de culpabilité et d'anxiété liées à l’exercice de la sexualité non maritale.Le troisième critère se rapporte aux attitudes sexuelles.Il s'agira de savoir si les attitudes sexuelles sont plus permissives qu'auparavant.A.L'AMPLEUR DES CONDUITES SEXUELLES NON MARITALES Relations prémaritales Deux façons peuvent être envisagées pour mesurer le degré de changement dans les taux de relations prémaritales.La première consiste à comparer les résultats des principales études empiriques depuis le début du XXe siècle.Cette méthode comporte toutetois une limite grave puisque les taux de relations prémaritales enregistrés proviennent d’é chantillons non comparables.De fait, certains travaux ont eu recours uniquement à des sujets adultes à qui on demandait de se remémorer leurs activités sexuelles prémaritales (Hamilton.1929; Terman.1939; Kinsey.1948.1953; .Chesser.1956 .).D’autres au contraire se sont limités à la population étudiante (Bromley et Britten, 1938; Burgess et Wallin.1953; Ehrmann.1959; Mann.1967; Packard.1968.).De plus, la quasi-totalité de ces études étaient constituées d’échantillons non probabilistes.Si toutefois on essaie quand même de comparer ces diverses études, on constate une certaine stabilité quant au pourcentage des hommes qui ont eu des relations prémaritales depuis 1920 (ICC à 700.Chez la femme, on constate une augmentation autour des années 30 (35rr à 500 puis une baisse sensible vers les années 60 et 70.Mais comme il a été signalé, ces données sont très peu sûres et il serait hasardeux de s’en contenter.Une deuxième façon de vérifier s’il y a eu transformation dans le taux de relations prémaritales est de se servir des études qui ont utilisé des échantillons comparables.A ma connaissance, seulement deux recherches se sont penchées sur ce problème.La première a été entreprise par Christensen et Gregg (1970).Les auteurs interrogèrent en 1958 un certain nombre d’étudiant (e) s d’une université américaine et d’une université danoise.Dix ans plus tard, ils reprirent leur enquête auprès des étudiant(e)s de ces deux mêmes universités.L’analyse des résultats révéla un changement marqué dans le taux de relations prémaritales chez les filles à la fois aux Etats-Unis et au Danemark.Chez les garçons, les auteurs notèrent une stabilité aux Etats-Unis et une forte augmentation chez les étudiants danois.Le tableâu suivant donne d’ailleurs plus de précision: Taux de relations prémaritales Etats-Unis Garçons Filles 1958 519b 21rc 1968 509b 349b Danemark Garçons Filles 1958 64 ré 60 ré 1968 95 ré 979c La seconde étude (Bell et Chaskes, 1970) se limita au taux de relations prémaritales féminines.Les auteurs firent passer un questionnaire à des étudiantes d’une université américaine en 1958 et reprirent leur enquête à la même université en 1968.Les résultats obtenus vont dans le même sens que ceux rapportés par la première étude, à savoir que les étudiantes en 1968 ont eu plus de relations sexuelles prémaritales que celles en 1958.Si l’on se fie à ces travaux de recherches, il semble qu’il y ait eu changement prosexuel significatif chez les filles.Par contre, il semble qu’un tel changement ne se soit pas produit chez les garçons, du moins aux Etats-Unis.Il faut toutefois reconnaître que les études précitées portaient uniquement sur une population étudiante et qu’il est possible que la situation soit différente pour la population non étudiante.En ce qui concerne la situation québécoise, on ne dispose d’aucune recherche basée sur des échantillons comparables.Il est donc impossible d’évaluer le degré de changement quant aux taux de relations prémaritales.La première étude (Crépault, Desjardins, Gemme, Tounissoux) concernant les pratiques sexuelles des jeunes remontent seulement à 1969.Cette enquête subventionnée par le Ministère de la santé portait sur une population étudiante (16-18).Les résultats indiquèrent que 347r des garçons et 12^ des filles avaient eu des relations prémaritales dans un contexte amoureux (4).Relations extra-conjugales L’ampleur du phénomène de la sexualité extra-conjugale est beaucoup moins connu.De fait, les seules données valables dont on dispose sont celles fournies par le rapport Kinsey (1953).Si l’on se fie aux résultats de cette' enquête, 26r des femmes et 507r des hommes mariés auraient eu au moins une relation extra-maritale.Kinsey avait à l’époque fait remarquer que la proportion des femmes ayant eu de telles relations était beaucoup plus forte parmi celles qui étaient nées après les années 1900.Après cette période, Kinsey n’avait constaté aucun changement.Toutefois, aucune étude sérieuse n’a été entreprise à ce sujet après 1953 et il est donc impossible d’évaluer l’ampleur du changement.(4) Le deuxième rapport de cette enquête menée par Robert Gemme et moi-méme est promis pour septembre 1972.Il est basé sur un échantillon probabiliste d'étudiants et travailleurs âgés de 1 9 à 22 ans.18 J® ¦revolution recon/idéfée Néanmoins, un nouveau phénomène est apparu il y a une dizaine d’années aux Etats-Unis et qui laisserait croire à un changement au plan de la sexualité extra-conjugale.Ce phénomène récent, c’est celui du mate swapping (relations sexuelles co-maritales ou plus simplement échanges de partenaires sexuels) qui devient, du moins aux Etats-Unis, une forme institutionnalisée de la sexualité extra-conjugale (5).Certains spécialistes en la matière (Ber-tell, 1971; Breedlove, 1964) estiment de 1 à 2 1/2 millions le nombre de couples américains qui auraient des relations sexuelles co-maritales régulièrement.L’ampleur que prend ce phénomène mérite d’ailleurs certaines explications supplémentaires.Pour comprendre l’emprise qu’exerce le phénomène du mate swapping auprès des couples américains, il faut le situer dans son contexte socio-culturel.La première hypothèse qu’on peut faire, c’est que ce phénomène est directement relié à l’institutionalisation de la sexualité féminine.Ceci est d’ailleurs conforme à l’interprétation de Denfeld et Gordon (1970).En reconnaissant officiellement la sexualité féminine (6), la société se devait d’accorder à la femme les mêmes privilèges qu’à l’homme.Par exemple, la société tolérait qu’un homme puisse recourir à une prostituée; la prostitution étant en quelque sorte une valve de sécurité du mariage (7).En mettant la sexualité féminine au même rang que la sexualité masculine, la société se devait, pour être congruente envers elle-même, de fournir aussi à la femme la possibilité d’avoir des relations extra-conjugales non dangereuses pour les liens du mariage.La solution la plus logique était la prostitution bilatérale, c’estrà-dire la possibilité aussi à la femme d’aller voir des hommes prostitués.Mais on peut penser que cette possibilité représentait trop d’inconvénients (8) pour être retenue.La solution fut donc trouvée dans le mate swapping et on peut penser qu’il joue le même rôle que la prostitution, c’esbà-dire qu’il serait une valve de sécurité du mariage.Dans ce sens, il contribuerait au maintien plutôt qu’à la destruction du mariage monogamique en tant qu’institution sociale.Dans la mesure où le phénomène du mate swapping est intimement lié à l’institutionalisation de la sexualité féminine, on peut en déduire qu’il y a eu changement dans la proportion de relations extra-maritales chez les femmes.Par contre, rien n’indique qu’il y ait eu un changement marqué dans le taux de relations extra-conjugales masculines.Car on peut penser que la plupart des hommes qui pratiquent le mate swapping par exemple, auraient eu recours à des prostituées ou d'autres femmes si un tel phénomène n’avait pas existé (9).Ainsi, même si l’on ne possède aucune donnée précise quant à l’ampleur des relations extra-maritales chez l’homme et la femme, on peut supposer que s’il y a eu changement, celui-ci a surtout eu lieu chez la femme.En ce qui a trait à la situation québécoise, on ne possède encore une fois aucune donnée empirique.On peut toutefois faire l’hypothèse que les pratiques extra-conjugales sont moins nombreuses qu’aux Etats-Unis en raison de la forte emprise qu’exerce encore la tradition.De plus, il ne semble pas que le phénomène du mate swapping se soit solidement établi au Québec.Du moins, peu d’indicateurs sont encore apparus.B.LE DEGRE DE CULPABILITÉ ET D ANXIËTË RELIÉES A L’EXERCICE DE LA SEXUALITÉ Le deuxième critère utilisé pour mesurer le changement prosexuel fait référence à l’aspect qualificatif des conduites sexuelles.Constater par exemple que la fréquence des relations prémaritales et extra-conjugales a augmenté n’implique pas que la qualité de ces conduites a aussi augmenté.Autrement dit, il s’agit de savoir si ces conduites sexuelles sont assumées pleinement ou si elles sont accompagnées de culpabilité et d’anxiété.Au plan de la culpabilité, certaines recherches dont celles de Bell (1970) et Christensen (1970) en particulier ont constaté qu’elle avait passablement diminué chez les filles qui avaient des relations prémaritales.L’étude de Christensen (1970) par exemple révéla qu’en 1968, seulement 11e/ des étudiantes américaines ressentaient du remords et de la culpabilité à la suite de leur première relation sexuelle comparativement à 31U en 1958.Pour ce qui est du degré d’anxiété sous-tendant l’exercice de la sexualité, on ne dispose d’aucune donnée précise de recherches.Toutefois on peut avancer l’hypothèse que la sexualité est encore liée à l’anxiété, quoique celle-ci provienne d’une autre source.Cette hypothèse se fonde sur la tendance de plus en plus grande à relier la sexualité à la performance, à la quantité des relations sexuelles.Le fait que la sexualité soit mise de plus en plus au service de l’estime et du prestige social ne peut qu’engendrer de l’anxiété.Par exemple, le garçon qui n’a pas eu de relations prémaritales risquera de se faire ridiculiser par ses compagnons, celui qui n’a pas un tel (5) Aux Etas-Unis, il existe des clubs et des revues spécialisés pour les adeptes du "mate swapping".(g) Il est à noter que cette reconnaissance coïncida en partie avec l'apparition des contraceptifs (Sprey.1 969).!7) Par ailleurs, la société défendait à l'homme d'avoir d'autres formes de relations extra-conjugales afin de préserver les liens du mariage, la prostituée n'étant pas un danger pour l'union du couple.(8) Par exemple d'être trop coûteuse financièrement, d'être menaçante pour certaines femmes.(9) Il faut toutefois reconnaître que pour plusieurs hommes, la pratique du mate-swapping est la seule façon d'avoir des relations extra-conjugales sans culpabilité.19 revolution recon/kJérée nombre de conquêtes pourra subir le même sort (10).L’individu devient en quelque sorte enchaîné par la performance sexuelle et cet état de chose ne peut que créer de l’anxiété.C’est du moins l’hypothèse que je fais ici.Reste néanmoins à la vérifier (H).C.LES ATTITUDES SEXUELLES Une plus grande permissivité au plan des attitudes sexuelles est un autre indicateur du changement prosexuel.Certains ont émis l’hypothèse que le passage d’une morale collective à une morale individuelle a pu favoriser une plus grande acceptabilité vis-à-vis des conduites sexuelles.Or si l’on regarde les données de recherches (Christensen et Gregg, 1970; Robinson, 1968), il semble que cette hypothèse soit en partie confirmée.De fait, il ressort que les attitudes relatives aux conduites sexuelles pratiquées par les autres (12) sont plus permissives que par le passé (du moins dans la population étudiante).Il convient néanmoins de signaler que le changement le plus significatif a été constaté chez les filles.Le tableau suivant résume d’ailleurs les résultats de l’étude de Christensen et Gregg (1970): Pourcentage d’acceptation des relations prémaritales Etats-Unis Garçons Filles 1958 47% 17% 1968 55% 38% Danemark Garçons Filles 1958 94% 81% 1968 100% 100% Le changement dans les attitudes sexuelles générales semble toutefois assez limité.Il se résume à une plus grande acceptabilité des conduites sexuelles qui étaient jusqu’alors tolérées.A la tolérance fait place l’acceptabilité.Par contre, les habitudes sexuelles qui étaient jadis fortement rejetées ne sont pas aujourd’hui tolérées.Autrement dit, les conduites sexuelles qui jadis froissaient le plus les états forts de la conscience collective, ne sont pas pour autant tolérées aujourd’hui.Ceci est d’ailleurs corroboré par divers travaux de recherches ayant analysé les attitudes relatives à l’agir sexuel délinquant.Par exemple, une enquête récente en milieu québécois (Miral-les, 1971) mit en relief la restrictivité des attitudes adultes en regard des activités sexuelles marginales.C’est ainsi qu’entre autres, 52% des adultes interrogés avouaient qu’on devait punir les adultes homosexuels consentants et cela en dépit des amendements apportés au Code Criminel Canadien par le Bill Omnibus.Conclusion Contrairement à l’opinion largement répandue, il ne semble pas y avoir eu beaucoup de changements dans le domaine sexuel au cours des dernières années.L’idée d’un changement prosexuel radical et encore moins celle d’une révolution prosexuelle est loin d’être un fait acquis.Pour reprendre l’expression de Birenbaum (1970), la soi-disant révolution prosexuelle est une révolution sans révolution.Certes les apparences sociales ont changé, mais pas tellement les individus.De fait, l’utilisation de trois critères précis a permis de constater que le seul changement appréciable s’est produit au plan des pratiques sexuelles non maritales de la femme.Il semble en effet que la proportion des femmes qui ont eu des relations prémaritales et extraconjugales est plus élevée que par le passé.Toutefois, il semble que ce changement se réduise à une augmentation quantitative et peut-être pas qualificative des conduites sexuelles.Car même si certains travaux de recherches ont enregistré une baisse au plan de la culpabilité accompagnant les relations prémaritales, on peut penser en revanche que l’anxiété est encore inhérente à ces conduites.Ainsi, dire que la sexualité est actuellement dans une phase de convalescence, c’est-à-dire qu’elle tend lentement à se libérer des tabous puissants qui l’accablaient, c’est somme toute la meilleure conclusion qu’on puisse faire.C’est du moins celle qui colle le plus à la réalité.Le lecteur devra toutefois garder présent à l’esprit que la présente analyse n’a pas la prétention d’être définitive, mais plutôt une contribution modeste au problème du changement sexuel.Je suis d’ailleurs conscient de la complexité de la notion de changement socio-sexuel.De plus, il est possible que les critères utilisés au sein de la présente étude, pour cerner le degré de changement individuel, ne soient qu’un reflet partiel, voire une vision déformée de la réalité.Le rôle de la recherche empirique, dans ce domaine comme ailleurs, s’avère donc primordial pour élucider les questions qui demeurent encore sans réponses 0 (lO)Cette situation anxiogène va encore plus loin, en ce sens que ceux qui comme les vieillards sont moins capables d'atteindre la performance exigée, deviennent tout simplement des déchets de la société.(11 )Certaines études empiriques se sont déjà attardées à ce problème.Tebor (1957) par exemple montra qu'une grande proportion des étudiants vierges de niveau collégial manifestaient des signes d'insécurité devant leur virginité et surtout face à la pression de leurs pairs d'avoir des relations sexuelles.(12)11 s'agit ici plutôt d'un changement dans les opinions que dans les attitudes.L'opinion rejoint le domaine cognitif alors que l'attitude vise plutôt le domaine affectif.Certains auteurs utilisent le concept d'attitude générale ou intellectuelle par opposition à la notion d'attitude spécifique ou affective.20 "LA PENSEE" — d'Auguste Rodin (1840-1917) Il y a dans la pierre la plus brute une possibilité de regard, de lèvre et de sourire comme il y a dans le plus furtif mouvement de ce corps périssable une possible éternité.L’oeuvre propre du créateur est de donner cette chance d’être chair à la pierre et à la chair cette chance d’être éternisée.Thierry Maulnier 1 - WwmÊ^ ¦' :• - - ¦¦ $Z, 'liifÀj?# -'; >rA%ê.itfSiii I ip^ -* 'l- rf 1 'vÿviî mmàmm '%1'?'''?: v ^ - x^U:;.^ :&h'Wf'&- zk&m imm! mw~?'L?W -/mmi .m&: w IM»"- 4V% ¦'-*Vé‘’ iis»: L.’ Msm; - ¦ .¦ : > . vu O _Q yj 0 *0 0) d 3 >0 LU ô) “3 W tf) w ir ec ® g o.a.3 t-fa y?#-.¦ *v, J \ fc; : : montrer Les idées de progrès, de renouveau, de changement en profondeur ont été associées, un moment, dans nos esprits, à ce qu’il est convenu d’appeler la révolution tranquille.Aussi la victoire-surprise de TUnion nationale en 1966 laissa croire à plusieurs que nous étions devenus un peuple fatigué prêt à sombrer de nouveau dans l’indifférence.Mais nous nous trompions.Car le parti de Daniel Johnson s’est aussitôt engagé dans la voie nouvellement tracée par ses prédécesseurs, et ce que nous croyions être de l’indifférence ou de l’épuisement allait vite se transformer en contestation, en affirmation de soi et en cris.Il suffit de se rappeler, en vrac, la visite de De Gaulle, les événements de St-Léonard et de la St-Jean-Baptiste, l’élection de 7 députés péquistes, la répression d’octobre ’70, etc.Tous ces faits n’ont pas de quoi surprendre outre mesure.Ils sont portés, appelés même par une situation collective anachronique depuis longtemps reconnue.Notre recherche actuelle d’une identité et d’une dignité collectives s’accompagne cependant d’une série de faits qui ne laissent pas d’étonner.Je pense, ici, à cette remise en question globale de nos valeurs et de notre code éthique traditionnel, que ce soit sur le plan de la famille, de la pratique religieuse, de la drogue ou de la sexualité.L’expression remise en question globale m’est venue spontanément à l’esprit.Mais je ne crois pas qu’elle soit tout à fait exacte.La différence ou la nouveauté dans tout ceci me paraît plutôt résider dans le montré par opposition à ce caché dans lequel nous avons vécu jusqu’à tout récemment.Le montré sexuel au cinéma C’est précisément à l’aide de ce couple caché-montré que j’essaierai de voir au cours de cet article si ce montré sexuel que nous connaissons au Québec peut prendre le sens d’une affirmation significative de soi.Le cinéma me paraît être le lieu privilégié ces années-ci du montré sexuel au Québec.Il est possible de croire que l’assouplissement de la censure à ce sujet est la réponse 40 logique du gouvernement à notre ouverture plus large d’esprit.La grande vogue des films érotiques laisse supposer qu’il y avait déjà là un important besoin à satisfaire.Il est vrai, par ailleurs, que la mise en marché de produits de consommation crée la demande, surtout si elle est appuyée par une publicité convaincante.Il est juste de dire aussi que la permissivité favorise l’expression d’une conduite.Ce qui me paraît cependant plus important, et nouveau à la fois, c’est que des comédiens québécois, bien de chez nous, ont sur les écrans des conduites sexuelles manifestes (1).J’ignore jusqu’à quel point leur participation assure à ces films la popularité que l’on connaît, surtout si l’on constate qu’il se consomme une quantité assez impressionnante de films érotiques d’importation.Mais ce dont je suis sûr c’est que ces comédiens ne sont pas perçus par les spectateurs d’ici au même titre que les vedettes étrangères.Les fantasmes qu’ils éveillent, les messages qu’ils véhiculent dans leur exhibition sexuelle ne sauraient se réduire, s’assimiler au sens qu’acquiert une même conduite tenue par des comédiens qui n’appartiennent pas à notre moi collectif.Nous n’avons qu’à penser à la position exceptionnelle, et savamment entretenue, qu’occupent nos vedettes dans l’esprit de la plupart des gens pour reconnaître cette différence.Complicité entre vedettes et téléspectateurs La télévision entre autres média a très largement contribué à ouvrir aux vedettes les portes de notre monde personnel.Par la télévision, il s’établit entre elles et nous un climat d’intimité, voire de complicité.Elles peuvent à un moment ou l’autre de la journée pénétrer dans la vie privée des gens, leur parler sous le mode de la confidence, devenir des familiers des téléspectateurs qui se les approprient.A force de s’imposer, elles sont adoptées par les familles.Elles en deviennent des êtres précieux, nécessaires parfois, allant même jusqu’à remplacer dans la vie affective les absents.On sait, par exemple, combien le retour inopiné d’un parent ou d’un ami ne parvient pas toujours à détourner complètement notre attention du petit écran.Cette complicité qui se crée entre les comédiens et les téléspectateurs trouve d’ailleurs son expression la plus nette dans les émissions qui calquent la famille québécoise.Je note, en passant, l’utilisation qui est faite des couples de comédiens.Mariés dans la vie privée, ils se retrouvent partenaires sur la scène.Ils composent des ménages qui donnent l’illusion d’une vie personnelle partagée, offerte aux regards de tous (Quelle famille, avec Jean Lajeunesse et Jeannette Bertrand, par exemple).C’est bien ainsi, d’ailleurs, que les téléspectateurs l’entendent.Les journaux hebdomadaires vivent du récit de leur vie.On suit leur carrière pas à pas.Les comédiens nous y font des révélations, nous parlent comme à des amis familiers, comme à un membre de la famille.Ce climat d’intimité et de bonne entente, cette pénétration quotidienne et familière dans les familles, ont permis aux gens de s’identifier aux artistes du petit écran, ou tout simplement de se reconnaître en eux.Ceux-ci deviennent peu à peu les représentants de personnages qui figurent dans la constellation familiale.C’est pourquoi les scènes érotiques qui nous les présentent au cinéma peuvent revêtir une dimension érotique particulière.Il est vrai que les premières vedettes du cinéma érotique québécois n’avaient pas encore leurs entrées à la télévision lorsqu’elles se sont offertes à la curiosité des gens.Inconnues au point de départ, elles ont conquis leur popularité par le truchement du cinéma.Elles échappaient donc, par conséquent, à cette appropriation par les familles.Une généralisation légitime Avons-nous alors le droit d’accorder à une comédienne encore obscure le même pouvoir d’invocation que l’on peut déceler chez une autre très populaire?Je ne vois, pour ma part, aucune difficulté à le faire.S’il s’agit bien d’une généralisation, celle-ci ne me parait pas gratuite, ni arbitraire. cl cocher Car elle s’appuie, se fonde même sur un processus psychique identique intervenant dans notre appréhension de la réalité.Nous savons que l’esprit humain a tendance à revêtir une personne des caractères qui appartiennent au groupe social dont elle fait partie.Nous percevons d’emblée des ensembles avant d’en distinguer les éléments constitutifs.Nous parlons des jeunes, des artistes, etc.Le comportement individuel est souvent réduit, assimilé à des catégories générales.Par contre, me semble-b il, le groupe social transmet plus ou moins à chacun de ses membres les attributs, les pouvoirs qu’il détient en tant que groupe.Le fonctionnement de notre appareil psychique utilise aussi un autre mécanisme qui consiste à déplacer le long d’une chaîne de représentations, ou d’images, les propriétés qui appartiennent plus spécifiquement à l’un des maillons de cette chaîne.La psychanalyse nous montre que ces représentations substitutives peuvent recevoir, du fait de ce déplacement, la signification que détenait le maillon original.Si ce mode de fonctionnement caractérise avant tout l’inconscient et se trahit principalement dans les formations psychopathologiques, il n’en demeure pas moins vrai qu’il trouve aussi son champ d’élection dans la sphère de l’affectivité, dans la sexualité.A cause, précisément, des liens privilégiés qu’entretiennent ces domaines avec le refoule infantile.Pouvons-nous dire que de tels déplacements (et de telles généralisations) s’effectuent en ce qui regarde les comédiens?Indépendamment du fait qu’il n’y a aucune raison pour que ceux-ci échappent à la règle, je vois dans l’attitude des gens à leur égard le signe de déplacements marqués.La place que les vedettes détiennent dans notre société, l’intérêt et la curiosité particulière dont elles sont l’objet, etc., supposent qu’elles sont devenues des substituts de personnes qui sont affectées, dans la vie intérieure, d’une forte charge affective.Je pense aux parents, en particulier.Il y aurait donc là un déplacement de l’intérêt qui glisserait des parents aux comédiens.Ce déplacement pouvant s’étendre d’un comédien à l’autre d’autant plus facilement que nous avons affaire à des substituts.Il importe peu qu’une comédienne très obscure ait eu le temps de drainer directement vers elle des sentiments, susciter des attitudes qui ont pu s’adresser auparavant aux parents.Sa simple appartenance au groupe social des vedettes rend possible de tels investissements d’affects.Une réaction de type infantile EsLce à dire que les conduites sexuelles qui sont reproduites sur les écrans peuvent éveiller en nous le vague sentiment d’un déjà vu?Apportentrelles la satisfaction déguisée d’un ancien désir de voir .ce qui se passe dans la chambre des parents?J’ignore si ces conduites à l’écran activent en nous les traces refoulées de scènes semblables.Mais je crois pouvoir dire que les comédiens se permettent sur les écrans, ou s’approprient — le mot ne me paraît pas trop fort — des activités sexuelles qui relèvent encore pour nous, en partie du moins, du domaine de l’interdit.Et en ce sens, nous sommes placés vis-à-vis d’eux dans la position des enfants vis-à-vis de leurs parents.Dans notre société, les comédiens ont le statut de personnes marginales, il est vrai.Et ce statut leur permet sans doute de s’exhiber sans risque sur les écrans.Car la collectivité québécoise s’est montrée la plupart du temps complaisante à leur égard.Elle leur a permis des conduites qu’elle considérait comme défendues et scandaleuses pour elle-même.Je pense, en particulier, aux divorces, aux liaisons libres ou extramaritales, aux déviations sexuelles, etc.Devons-nous relier simplement cette complaisance au fait que les comédiens, en tant que personnes marginales, permettent moins aux gens de sentir leur propre système de valeurs remis en question, ou ouvertement transgressé?Cette explication irait à l’encontre de la place qui est donnée aux vedettes dans l’intimité de chacun.Il s’agirait plutôt d’une réaction de type infantile vis-à-vis de la loi et des parents qui l’incarnent.Certaines activités — et prioritairement la sexualité — sont réservées aux parents seuls.Mais à la différence de ceux-ci, les vedettes des films érotiques exhibent leur comportement sexuel.Et je me demande si ce montré a un retentissement, une portée particulière dans l’esprit des spectateurs.Je serais porté à croire que pour eux ces vedettes témoignent du fait qu’on peut être à la fois bonne mère et putain.Je ne crois pas, d’autre part, que cette forme de témoignage soit possible avec les films érotiques de production étrangère.Dans notre milieu le montré sexuel au cinéma a d’abord été le fait de personnes extrinsèques à notre moi collectif.La symbolique sexuelle alors favorisée se rattache surtout au voyeurisme et à l’auto-érotisme masturbatoire.En ce sens, le plaisir de voir faire meurt sur place sans engendrer la recherche du plaisir de faire comme.C’esb à-dire que ces films mettent en jeu des pulsions sexuelles qui ne convergent pas dans une conduite hétérosexuelle expressive de la personne totale.C’est moins la personne sexuée qui y trouve son compte que le sexe de la personne.Sexualité de décharge qui cherche avant tout à s’annihiler.L’avènement d’un cinéma érotique typiquement québécois me paraît plus positif en ce sens qu’il montre à l’oeuvre des gens à qui l’on peut s’identifier avec plus de facilité.Si, dans un premier moment, ce qu’ils osent montrer et faire sur l’écran participe encore du défendu — ou du privilège que l’on ne saurait encore s’arroger — l’investissement positif dont sont revêtues par ailleurs ces personnes crée subséquemment la possibilité d’une appropriation acceptée, intégrée des conduites sexuelles.Mais cette appropriation existe-t-elle vraiment à l’heure actuelle?Je me permets d’en douter.La révolution sexuelle reste à faire La vague des films érotiques québécois et leur succès, les photographies de nus reproduites à la première page des journaux populaires, les panneaux-réclames dans Montréal qui proposent aux photographes des modèles féminins, les annonces dans un quotidien de Montréal avisant les messieurs intéressés que des jeunes 41 montrer filles charmantes les attendent à tel endroit, etc.m’ont laissé croire que la révolution tranquille se doublait d’une révolution sexuelle.Tous ces indices, que j’appelle le montré sexuel, m’ont fait supposer une déculpabilisation de la sexualité.Ce que l’on avait toujours caché, refusé de reconnaître ouvertement, apparaissait au grand jour.Alors je me suis demandé si cette libéralisation traduisait un changement en profondeur, si cette ouverture au niveau du collectif reflétait une permissivité semblable au niveau individuel.S’il n’y avait pas plutôt une plus grande acceptation collective du sexuel sans que celle-ci donne véritablement suite à une liberté toute intérieure cette fois.Je veux dire par là que certaines inhibitions ont pu être levées en ce qui concerne des activités de groupe (voir ensemble des films érotiques, par exemple) ou des conduites qui deviennent le fait d’un ensemble considérable de gens.Il s’agit d’un faire comme qui trouve sa déculpabilisation dans le partage pvec autrui, dans le sentiment de ne pas être le seul à présenter de tels comportements.Alors que cette plus grande permissivité se retrouve beaucoup plus difficilement dans sa vie privée, personnelle.Or il semble qu’une telle transformation sur le plan individuel ne s’est pas encore faite.Une enquête toute récente faite par des collègues de la Section de Sexologie de l’U.Q.A.M., ne permet pas de démontrer qu’il y a eu, chez les jeunes de 19 à 22 ans, une modification appréciable des attitudes traditionnelles concernant la sexualité.Est-il permis de croire que les plus jeunes, ou les générations précédentes ont connu une évolution plus significative en ce domaine?Je suis pour ma part porté à répondre par la négative, sauf en ce qui regarde les adolescents, peutrêtre.D’ailleurs, il faudrait prendre garde de ne pas confondre l’actualisation d’une conduite sexuelle, sa performance, avec la signification qu’elle revêt pour celui qui la pose.La transgression d’un tabou implique toujours, par exemple, l’affirmation de ce tabou.Avant de pouvoir affirmer que la sexualité n’est plus tabou au Québec, il faudrait que celle-ci se présente comme valeur d’emblée positive, création de l’être humain.Or, il semble que ce n’est pas encore le cas.Le montré sexuel contient toujours un caché trouble.La dimension collective manifeste du sexuel ne repose pas en fait sur une affirmation totale de la personne comme être sexué.Le montré révèle un sexuel universel, ou encore, celui des autres, insignifiant par rapport à chacun de nous.En ce sens, la révolution sexuelle reste à faire.Dire que le montré sexuel est de l’ordre du collectif ne signifie pas pour autant une absence totale d’une démarche plus individuelle.Car il y a quand même dans tout ceci une affirmation claire de l’intérêt que l’on porte, en tant qu’indivi-du, à la sexualité.Des centaines d’étudiants sont inscrits au module de sexologie de l’U.Q.A.M.; des réunions de parents ou de familles abordent le thème de la sexualité; des gens consultent plus nombreux qu’avant, pour insatisfaction sexuelle, etc.Il y a dans tout ceci un désir de connaissance, de dépassement et de réalisation.Quant à ce montré sexuel plus provocant, collectif, il me semble relever d’une sorte de défoulement, mais aussi de la mince satisfaction de voir faire ce qu’il nous est impossible de réaliser soi-même, sans contraintes intérieures.Fusion de la tendresse et du sensuel Le cinéma érotique québécois contient peut-être quelque chose de plus: la possibilité d’un dépassement dont le résultat se trouverait dans la fusion de la tendresse et du sensuel.La femme, celle que l’on aime et que l’on respecte, ne reçoit pas encore l’expression de notre désir sexuel.Nous utilisons avec elle un vocabulaire épuré, abstrait, qui estompe le charnel, le corps à corps de l’acte sexuel.Nous sommes peut-être encore portés à rabaisser celle qui se donne à l’homme par pur plaisir.La femme qui jouit, qui aime-ça a longtemps été considérée comme une putain.C’est pourquoi le groupement féministe, à mon avis, se trompe en exigeant pour la femme la liberté sexuelle qui serait l’attrayant et exclusif privilège du mâle.Il ne tient pas compte du fait culturel que cette liberté octroyée ravalerait les femmes, aux yeux de l’homme, dans la catégorie des objets.Il viserait plus juste s’il sensibilisait J l’homme à aimer la femme de son désir sexuel, et à désirer la femme de son amour.Ce qui n’est pas facile pour celui qui a été enfant et qui a durement appris que son premier objet de tendresse ne pouvait être élu objet de son désir.C’est cette difficulté qui l’a amené à préserver, en partie, intacte de toute sexualité, l’image de la femme respectueuse, digne, source de vie.C’est ce qui l’a conduit aussi, en conséquence, à concevoir la femme de son désir sexuel comme la femme-objet-de-plaisir-cochon, femme qu’il ne respecte pas vraiment.Or, le cinéma érotique québécois vient en quelque sorte bousculer ces données.Il fait intervenir des vedet-tes qui sont par ailleurs investies de sentiments positifs, valorisants.Qui sont à la fois étrangères et familières, secrètes et intimes.Qui peuvent devenir des substituts parentaux.Mais qui, en même temps, exhibent des comportements où le plaisir sexuel a sa place.Et qui, en plus, peuvent être des objets de convoitise, d’excitations.Cette situation ambiguë, trouble, favorise-t-elle une évolution sexuelle en profondeur qui exige que: .pour être, dans la vie amoureuse, vraiment libre et, par là, heureux, il faut avoir surmonté le respect pour la femme et s'être familiarisé avec la représentation de l’inceste avec la mère ou la soeur(2)?Je ne saurais répondre à cette question.Du moins peut-on le souhaiter.(1) Signalons rapidement: L'INITIATION, APRES -SKI, LES MALES, etc.(2) Freud, Sur le plan généra! des abaissements de la vie amoureuse, traduction française in La vie sexuelle, P.U.F., p.61. 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