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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1964-09, Collections de BAnQ.

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SEPTEMBRE 1964 LETTRE OUVERTE AUX ÉVÊQUES VÉRITÉ OU SIMAGRÉES BIENS DU CLERGÉ NOUVEAU CATÉCHISME LOI DES ALCOOLS Sommaire complet à l’Intérieur La pénitence est une donnée permanente de la vie chrétienne.Elle n’en est, ni le fondement, ni l’essentiel ; mais elle en fait partie et elle est toujours présente.La vie chrétienne est une vie avec Dieu, et le chrétien, devant Dieu, se reconnaît pécheur.Il se reconnaît faible, demande à Dieu son aide.Dieu est un Père, et il est prêt à soutenir son enfant ; mais il faut que celui-ci le demande.La pénitence est cette attitude de l’âme.Il y a le sacrement de pénitence dont nous n’avons pas à parler aujourd’hui, et il y a l’attitude de pénitence par laquelle on reconnaît qu’on n’a pas toujours été ce qu’on devrait être et qu’on désire en exprimer le regret.La pénitence se joint à la mortification, vertu prônée par tous les moralistes, aussi bien païens que chrétiens.La mortification consiste à s’imposer des privations surtout physiques, en vue d’assurer la maîtrise de l’esprit.Dans un sens très large, la mortification est à la base de toute éducation, car celle-ci vise à rendre maître de soi.« Avoir de la tenue » est un terme fort expressif.L’homme qui « se tient » se contrôle. LA TRADITION PÉNITENTIELLE Dès le début du christianisme, la pénitence a fait partie de la vie chrétienne et s’est exprimée par le jeûne et l’abstinence.Ceux-ci font partie d’une tradition qu’on trouve dans tout l’Orient ; et pendant les premiers siècles chrétiens, cette pénitence était sévère.Le jeûne comportait de ne rien manger avant la tombée du jour, et l’abstinence excluait tout aliment venant des animaux, viande, poisson, œufs.Au cours des siècles, des atténuations et des dispenses ont transformé la discipline jusqu’à ce qu’on en arrive à ce que nous connaissons aujourd’hui.Cependant le caractère fondamental reste le même : la pénitence porte sur la viande.Sans doute aujourd’hui est-ce plutôt symbolique ; mais toute la tradition en est remplie ; elle s’affirme dans la liturgie.Le carême, temps fort de la pénitence, est centré sur l’abstinence de viande.Les messes de carême, font constamment allusion au jeûne et à l’abstinence de viande.Ensuite cette pénitence est canonique.On sait que le droit canon est une législation établie par l’Eglise en vue du bien spirituel de la communauté chrétienne.Les règles du droit canon se justifient parce qu’elles aident les chrétiens à mieux vivre selon leur foi.En ce qui concerne le jeûne et surtout l’abstinence, l’usage des pays catholiques est un élément de leur physionomie propre, et ceux qui ont été élevés en milieu catholique y éprouvent un sentiment de bien-être spirituel, parce que c’est un des signes sensibles auxquels la communauté catholique se reconnaît.Cependant on se demande si, de nos jours, tout en soulignant davantage le rôle de la pénitence dans la vie chrétienne — et même dans ce but — la discipline traditionnelle n’a pas besoin d’être sérieusement revue.RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Til.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.LES VIANDES L’abstinence consiste à se priver de viande.Quel sens cela peut-il avoir pour des hommes qui n’en mangent jamais, ou très rarement ?Ce qu’on vient de lire représente un point de vue nouveau, sans doute lié à l’évolution démocratique de notre temps.Autrefois, on ne s’occupait que des riches, et on a l’impression que l’Eglise même ne pensait qu’à eux.Aujourd’hui, au siècle de la sociologie et des statistiques, nous savons que, de tout temps, les trois quarts du genre humain se sont passés de viande, et actuellement encore, la moitié.Imposer à litre de pénitence de manger une fois par semaine du poisson, à des gens qui ne mangent jamais de viande, ou n’en mangent pas une fois par semaine, qui, de plus, sont trop pauvres pour acheter du poisson — car le poisson est le plus souvent un aliment cher — n’est-ce pas une dérision ?Ou de l’inconscience de théologiens et de canonistes en chambre, étrangers aux réalités humaines ?Mais peut-être est-ce, malgré tout, ce qui explique qu’on n’ait cessé de tempérer la discipline.On n’a rien changé aux principes, mais on a édulcoré de plus en plus, au point qu’on se demande ce qui en reste dans la pratique.On aurait peur de faire le compte de ceux auxquels la loi de l’abstinence s’applique encore.Quant au jeûne, l’Eglise a renoncé à obliger.Ceux qui le pratiquent encore, c’est parce qu’ils le veulent bien.Mais l’évolution de la civilisation met en relief des valeurs auxquelles on ne pensait pas autrefois.Les médecins disent qu’on doit manger beaucoup de viande, que les peuples forts sont ceux qui mangent de la viande.On fait aussi de la propagande pour le poisson, nous invitant à en manger davantage, parce que c’est une nourriture particulièrement saine.Comparé au moyen âge, c’est un nouveau monde ! D’ailleurs la consommation de poisson varie beaucoup de pays à pays.Au Japon, on mange plus de poisson que de viande, parce que la pêche est une des grandes industries du pays.Cela n’a rien à voir ni avec la pénitence, ni avec le christianisme.Le principe du jeûne est de ne faire qu’un repas par jour ; mais cela ne s’applique qu’à la nourriture.Boire ne rompt pas le jeûne.De nos jours, on pousse à boire beaucoup de lait, parce que c’est un des aliments les plus sains.Et cela vient des médecins, non des théologiens.Quelqu’un qui jeûne peut boire du lait toute la journée ! La discipline du jeûne donne l’impression d’une civilisation où l’homme était capable de manger en un repas de quoi se suffire tout un jour.Les primitifs ont d’ailleurs toujours été ainsi.Mais, aujourd’hui, les médecins — encore eux ! — conseillent des repas légers et d’en faire beaucoup.— Encore de l’hygiène ! — Quel rapport cela présente-t-il avec une législation ecclésiastique qui vient du moyen âge ?En somme la législation sur le jeûne et l’abstinence donne l’impression d’une forteresse démantelée qui ne sert plus à défendre le pays, mais simplement à donner un lieu de promenade à la population.L’usage catholique du jeûne et de l’abstinence fait partie, il est vrai, du climat propre aux régions cathoüques, mais son lien avec la vertu de pénitence est devenu fort lâche.Il exprime surtout une discipline ecclésiastique et c’est le droit canon qui le domine.sommaire ARTS J.Lamoureux : Fatale démagogie 282 COURRIER Réactions.et actions ! .274 CULTURE C.Beauregard : Actualité de l'hu- manisme .275 ÉDUCATION H.Dallaire : Faillite ou carrefour ?272 ÉGLISE J.Bernier : Mundo .267 J.Lazure : L'Action catholique dans l'arène .277 J.Leclercq : Vérité ou simagrées 253 D.Pourchot : Lettre aux évêques 264 LIVRES REÇUS 287 PASTORALE P.Doucet : Les curés à l'école 269 P.Gibson : Œcuménisme appliqué 281 V.Harvey : Régulation des nais- sances .258 S.et R.Hurtubise : Le nouveau catéchisme .270 POLITIQUE C.Déry : Vieilles cibles, armes neuves .286 SOCIOLOGIE G.Delage : Le sandwich dominical .279 La Rédaction : Presse libre .288 P.-J.-G.Vennat : Le clergé, puissance d'argent .284 SPIRITUALITÉ J.Cruvellier : Chrétiens adultes 265 P.-A.Liégé : La foi et les événements .262 DROIT CANON Quand on lit ce que disent les moralistes sur le jeûne et l’abstinence, on voit qu’ils parlent à peine de la vertu de pénitence, mais qu’ils s’étendent longuement sur la législation canonique, précisant avec un soin minutieux ce qu’on peut manger quand on fait maigre et les quantités permises quand on jeûne.Dans le monde ancien de chrétienté fermée, on y était habitué et personne n’y trouvait à redire.On s’occupait uniquement de droit canon.Dans mon enfance, au début du siècle, les familles catholiques soignaient davantage le dîner, le vendredi, ajoutant souvent un plat « parce qu’on faisait maigre ».Les ménagères s’en faisaient gloire — en respectant la loi — même le Vendredi Saint.Le droit canon recouvrait la morale dans les matières dont il s’occupait, étant seul source d’obligation.Ce qui n’était pas canonique était matière libre et dépendait de la bonne volonté de chacun.En matière de jeûne et d’abstinence, il n’y avait de péché que si on violait le droit canon.Et ceci explique tout ce qui heurte l’homme d’aujourd’hui.Or de nos jours, on est préoccupé de présenter au monde le message du Christ.Mais un incroyant comprendra-t-il jamais qu’il y ait péché mortel à manger une bouchée de viande un vendredi, et qu’il n’y ait pas la plus petite faute morale à faire le banquet le plus raffiné, pourvu qu’il soit conforme à la règle ?.Caviar, huîtres, langouste, saumon, turbot.Le faiblement croyant réagit aussi comme cela aujourd’hui, et même le croyant fervent préoccupé de l’image du Christ que l’Eglise présente au monde.C’est une réaction générale, excepté chez quelques vieilles gens qui ont toujours vécu enfermés en milieu catholique et qui identifient leurs habitudes à la foi.De nos jours encore, on reproche assez souvent son juridisme à l’Eglise romaine, et ceci en est un exemple fort saisissant.On enseigne partout que le droit canon a pour but de soutenir la vie chrétienne dans l’Eglise ; mais ici, dans une large mesure, la préoccupation exclusive du droit canon détourne l’attention de la réalité de la pénitence et de la mortification.On dira, il est vrai, que c’est une mauvaise conception du droit canon ; mais les moralistes ne parlent que de cela.On ne voit pas que la règle du jeûne et de l’abstinence, telle qu’elle se présente, puisse rapprocher qui que ce soit de l’Eglise, et elle peut même faire obstacle à ce qu’on voie dans l’Eglise le message du Christ.On a l’impression qu’il faudrait tout revoir.LA MATIÈRE Mais comment revoir ?Il y a d’abord l’objet : la viande n’a plus dans notre société l’importance qu’elle avait dans le monde occidental de l’antiquité et du moyen âge.Il suffit pour cela d’observer la réaction spontanée d’un homme de notre temps.J’ai souvent rencontré de bons chrétiens qui désiraient se mortifier à certains jours, spécialement en carême.Je n’en ai jamais rencontré un seul qui songeât à faire pénitence en se privant de viande.Il y en a qui s’abstiennent de fumer, tout le jour ou une partie du jour, ou qui se privent de sucreries, d’alcool — ou encore, qui se privent de cinéma, de danse, de télé- surf Mé lépofl ils pif mais ülOr' H hi ht et %s, lUtïj; Cfyjoj.'1 fan V vision : les formes sont nombreuses.Il n’en est qu’une que je n’aie jamais rencontrée : celle que prévoit le droit canon, la seule qu’il impose.Ne pourrait-on remplacer le jeûne et l’abstinence de viande, par l’abstinence, par exemple, de tabac, de sucre et d’alcool ?Porter la mortification sur d’autres plaisirs serait peut-être plus difficile, quoiqu’on puisse concevoir d’interdire aux catholiques de danser ou d’aller au cinéma, le vendredi.En particulier le tabac mérite une attention particulière.Ceux qui veulent actuellement se mortifier portent souvent leurs privations sur le tabac.C’est le type de la bonne mortification, sans inconvénient pour la santé et fort pénible à beaucoup.Mais comme le tabac était inconnu à l’époque où le droit canon s’est stabilisé, l’Eglise l’ignore.Le prêtre même peut fumer au moment de monter à l’autel.Et les formes d’abstinence qu’on suggère ici pourraient être vraiment universelles ; on ne devrait dispenser personne, ni fixer de limite d’âge.Chacun y trouverait quelque chose pour lui, car s’il y en a qui ne fument pas ils prennent du sucre ou de l’alcool, et il y en a qui ne prennent pas de sucre, mais qui fument.L’Eglise prendrait un autre visage, et personne ne lui attribuerait d’être d’un autre temps, à ce point de vue du moins.Mais si on veut établir une règle canonique comme pour la viande, ne va-t-on pas tomber dans les mêmes mesquineries ?Faut-il institution-naliser ?DROIT CANON ET MORALE Interdire l’alcool, est-ce imposer de ne boire que de l’eau claire ?Entre le whisky et l’eau, il y a de nombreux intermédiaires.N’autorisera-t-on pas la bière légère, et que faut-il entendre par bière légère ?On retombera dans les mêmes minuties qu’à propos de la viande.Supprimer les prescriptions canoniques revient à éliminer les péchés qui ne sont des péchés que parce que le droit canon les défend, et c’est remettre la morale au premier plan.Dans l’enseignement chrétien, ne faut-il pas d’abord exposer le sens de la pénitence, et encourager les fidèles à lui accorder la place qu’elle doit avoir ?On rencontre déjà un certain nombre de fidèles qui ont cet esprit-là ; leur nombre peut s’accroître, et il s’accroîtra si on leur explique que le problème de la mortification est tout différent de celui de l’obéissance au droit canon.Tant qu’on fait de la question une question canonique avant tout, tant que le droit canon impose comme prescriptions graves des prescriptions matérielles que la morale n’impose pas par elle-même, et que ces prescriptions canoniques sont seules à être graves, prenant ainsi un relief repoussant toute autre question à l’arrière-plan, il est impossible à la pénitence et à la mortification de prendre la place qu’elles doivent occuper dans la vie morale.Cela est vrai pour la vie des chrétiens, et cela est vrai pour l’impression que l’Eglise fait au-dehors.C’est donc à tout point de vue que la législation canonique sur le jeûne et l’abstinence est devenue, de nos jours, une nuisance.Il faut souhaiter que l’Eglise s’en débarrasse afin de marcher hardiment, comme les Papes le demandent, au-devant de l’humanité d’aujourd’hui.JACQUES LECLERCQ MGR JACQUES LECLERCQ : Ancien professeur à l’Université de Louvain.Premier président de la Conférence Internationale de Sociologie religieuse. MORALE CONJUGALE ©00 RÉGULATION DES NAISSANCES La plupart des époux actuels doivent affronter, au cours de leur vie matrimoniale, la nécessité de régulariser les naissances.L’ancienne formule : « Nous aurons les enfants que Dieu nous donnera », et qui faisait encore loi dans notre milieu, il y a vingt ou vingt-cinq ans, ne représente pas nécessairement l’attitude la plus humaine ni la plus chrétienne à l’égard de la fécondité.Il ne s’agit certes pas de condamner la génération de nos parents : ils ont été pour la plupart admirables de générosité et de dévouement.Mais les conditions de vie ont changé et l’éducation devient une tâche beaucoup plus exigeante et accaparante qu’elle ne l’était autrefois dans notre milieu rural.EXIGENCES NOUVELLES DE L'ÉDUCATION Lorsque nous parlons des exigences nouvelles de l’éducation, nous ne pensons pas seulement au coût de la vie et de l’instruction, mais encore aux besoins affectifs nouveaux des enfants qui demandent, de la part des parents, beaucoup plus d’attention, de dialogue, de compréhension et d’amour.La vie moderne, par le cinéma, la télévision, la radio, le livre et les techniques nouvelles d’éducation, développe très rapidement l’intelligence et surtout l’affectivité de l’enfant.Plusieurs parents se sentent désemparés devant les exigences de compréhension et de dialogue des enfants, leur hypersensibilité, leurs désirs, leur soif de liberté.C’était combien plus facile autrefois ! Il suffisait d’un peu de discipline vigoureuse pour régler tous les problèmes, du moins le pensait-on ! Les parents qui continuent à vivre tournés vers le passé et refusent l’évolution actuelle risquent fort de préparer des inadaptés à la société de demain.Ce serait manquer gravement à la justice envers les enfants et la société que de donner naissance à une nombreuse progéniture sans pouvoir lui fournir le milieu humain et matériel nécessaire à son épanouissement.UNE PROCRÉATION VOLONTAIRE ET PRUDENTE La procréation ne peut donc plus être confiée au hasard du dynamisme biologique.Elle doit être prise en charge par la volonté des époux, une volonté généreuse et confiante certes, mais aussi une volonté éclairée par la prudence.La générosité ne doit pas dégénérer ici en irresponsabilité, pas plus que la confiance en la Providence ne doit dispenser de l’acte prudentiel.Les parents sont les collaborateurs de Dieu dans la transmission de la vie, mais des collaborateurs responsables.C’est aux époux — et à eux seuls — qu’il revient en définitive de juger et de décider le nombre d’enfants qu’ils peuvent et doivent mettre au monde pour rencontrer les exigences du plan de Dieu sur leur ménage.Comme l’affirmait Mgr Bekkers à la télévision hollandaise : « De l’aspect humain de la vie conjugale, c’est-à-dire de l’amour mutuel et de la responsabi- VINCENT HARVEY, O.P.: Professeur à l’Institut d’Etudes Médiévales.lité mutuelle, de la responsabilité de la fertilité et des enfants qui sont déjà nés dans le ménage, il découle que les conjoints — et eux seulement — peuvent répondre à la question de savoir à quoi les engagent, concrètement, l’appel et le mandat divins, combien d’enfants ils devront avoir et quelle devrait être leur régulation des naissances.Leur amour humain et leur responsabilité peuvent les stimuler à avoir une grande famille comme à en avoir une petite, à avoir un nouvel enfant, comme à n’en pas avoir.C’est leur conscience qui est responsable ici, et non celle d’un conseiller spirituel ou d’un médecin ».(Conférence rapportée dans Informations cath.intern., 15 avril 1963, No 190, pp.24-25.) La décision ne sera pas toujours facile.Bien irréalistes les époux qui prétendraient pouvoir fixer leur nombre d’enfants une fois pour toutes, et cela dès le début de leur vie matrimoniale.De nombreux facteurs entreront en ligne de compte qu’ils ne peuvent actuellement prévoir : facteurs d’ordre économique, démographique, physiologique, psychologique.Ils auront à juger et à décider pour chaque naissance, en tenant compte de toutes les circonstances qui conditionnent l’acte prudentiel.Il leur faudra parfois distancer une nouvelle naissance plus qu’ils ne l’avaient d’abord prévu, pour des raisons de santé, des facteurs économiques ou des motifs psychologiques.Dans certains cas, une exigence impérieuse de justice et de charité conjugale les obligera même à renoncer à toute autre naissance — par exemple, lorsqu’une nouvelle grossesse mettrait la vie de la mère en danger.Par contre, la condition des époux peut s’améliorer à plusieurs points de vue et leur offrir la joie d’une descendance plus nombreuse que celle que leur situation antérieure leur permettait d’espérer.UNE FÉCONDITÉ GÉNÉREUSE Par fécondité généreuse, nous n’entendons pas une famille-record, encore moins un natalisme irresponsable, mais surtout une mentalité saine, courageuse et optimiste à l’égard de la fécondité.Plusieurs époux chrétiens, qui ont une morale légaliste axée presqu’exclusivement sur le « permis » et le « défendu », croient qu’ils peuvent limiter au minimum leur fécondité physique, voire s’en dispenser, dès lors qu’ils auront la force de s’abstenir de relations conjugales pendant les périodes de fertilité.Pour ces époux, semble-t-il, le seul critère de moralité et le seul devoir de leur amour conjugal est l’intégrité matérielle de l’acte sexuel.Dans une telle mentalité, le premier enfant sera habituellement assez bien accepté, ainsi que le deuxième et le troisième, même s’ils n’ont pas été voulus au moment de la conception.Car on avait prévu et plus ou moins accepté à l’avance certains accidents.Mais les suivants : le quatrième, le cinquième.?Les parents n’auront-ils pas tendance à voir dans ces rejetons-surprises le résultat d’une erreur de calendrier ou encore la punition de l’incontinence d’un soir, plutôt que le fruit de leur amour et la bénédiction désirée de Dieu ? 259 Cette parenté accidentelle pourra devenir volontaire par la suite, mais au prix d’un effort auquel les époux ne sont pas préparés par la mentalité que je viens de décrire — mentalité souvent à base d’égoïsmes tout aussi réprouvables que l’égoïsme sexuel.De fait, psychologues, psychiatres et éducateurs avertis constatent quotidiennement, par les problèmes qu’ils rencontrent chez des enfants et des adolescents, que cette parenté accidentelle n’a pas toujours été totalement assumée, ou du moins ne l’a pas été assez tôt, par la volonté généreuse des époux.Ce ne sont pas seulement les derniers petits « Ogino » qui en souffrent, mais les autres enfants et finalement toute la famille.Ces grossesses non voulues et mal acceptées indisposent psychologiquement la mère, détériorent souvent les relations amoureuses entre les époux, si bien que le climat familial tout entier s’en trouve altéré.« Or, comme le souligne Mgr J.-M.Reuss, évêque auxiliaire de Mayence, les enfants vivent dans et de l’atmosphère de la communauté familiale.L’harmonie de celle-ci, qui est un facteur d’éducation tellement important, exige l’harmonie intégrale de la communion entre époux ».{Don mutuel des époux et procréation, trad, française revue et approuvée par l’auteur, dans Suppl, de la Vie Spirituelle, mai 1964, no 64, p.116.) Plusieurs époux pourraient accepter plus facilement une famille relativement nombreuse, s’ils ne s’étaient fixé arbitrairement un nombre minimum d’enfants, selon la « famille idéale » prônée par certains propagandistes du Family Planning.La pensée catholique a toujours dénoncé la mentalité malthusienne et néo-malthusienne, sous toutes ses formes, de certains pays occidentaux.C’est en regard de ce contexte occidental, du reste, qu’il faut lire l’encyclique de Pie XI sur le mariage chrétien (Casti Connubii), de même que certaines normes et directives pastorales de Pie XII sur ce sujet.Le souci de l’Eglise a toujours été et sera toujours de sauvegarder toutes les valeurs humaines et chrétiennes du mariage.Or, une fécondité volontaire, prudente et généreuse est une des principales valeurs humaines et chrétiennes du mariage.UN DOUBLE DEVOIR Un double devoir s’impose à l’Eglise, en ce qui concerne la fécondité.Le premier, c’est de rappeler sans cesse aux époux que la fécondité (procréation et éducation) est une exigence même de leur communion d’amour et qu’elle est, en outre, une mission assignée par Dieu au mariage — mission dont on ne peut se désister qu’au bénéfice d’une mission équivalente ou plus grande de fécondité spirituelle dans la société et le royaume de Dieu.1.« Aucune inviolabilité absolue et valable en toutes circonstances ne s’impose, de soi, aux facteurs et processus biologiques et physiologiques.C’est en raison d’un bien proportionnellement plus élevé, qu’on peut y porter atteinte.C’est là le fondement de la légitimité d’interventions, même profondes en certains cas, telles qu’en connaît la médecine dans les opérations et même dans les soins médicamenteux.Ainsi, par exemple, pour sauver ou restaurer la santé d’un homme, quand on ne peut le faire autrement, est reconnue autorisée la provocation d’une stérilité permanente, voire même la castration.De telles interventions se justifient au fond par le fait qu’on doit sacrifier une partie au tout.Toutefois, la légitimité de telles interventions n’est pas uniquement fondée sur le fait qu’elles sont nécessaires pour maintenir la vie ou restaurer la santé de l’homme en qui sont à l’oeuvre ces facteurs et processus biologiques et physiologiques.Au contraire, de telles interventions sont autorisées aussi pour aider un semblable (comme par exemple une transfusion de sang, une greffe de peau ou d’os), et les refuser, ce peut être refuser un devoir de charité, avec une plus ou moins grande culpabilité » (Mgr J.-M.Reuss, article cité, pp.110-120).L’évêque auxiliaire de Mayence se demande ensuite si l’on peut justifier « une intervention dans les facteurs et processus biologiques et physiologiques qui sont en rapport avec la copula » (ou l’acte conjugal).Dans sa réponse, il distingue d’abord les interventions qui sont liées à l’accomplissement de l’acte conjugal, des interventions qui sont faites en vue de l’accomplissement de l’acte conjugal.Il exclut délibérément de son propos les premières, c’est-à-dire les interventions qui ne laissent pas intact le processus de l’acte, pour ne considérer que les secondes, c’est- Le second devoir — que l’Eglise partage avec tous les hommes de bonne volonté — consiste à éveiller la conscience des époux à une parenté responsable.Même dans une société évoluée comme la nôtre, le problème n’est pas illusoire.Il existe, en effet, dans des régions sous-développées du Québec, une mentalité « famille nombreuse » (qui peut bien être aussi de l’ignorance, de l’insouciance ou du tabou) qui se confie un peu trop naïvement à la Providence divine ou à celle de l’Etat.Je connais des couples encore relativement jeunes, qui ont déjà atteint le nombre très respectable de dix, onze et douze enfants, mais qui ne peuvent, par ailleurs, offrir à ces chers petits le milieu matériel et humain dont ils auraient besoin pour s’épanouir, ni les garanties suffisantes d’une instruction minima qui leur permettrait de vivre convenablement dans notre société de demain.NOUVELLE TÂCHE CULTURELLE Ce problème n’est toutefois qu’un faible échantillon de celui que rencontrent les pays surpeuplés et sous-développés de l’Amérique latine, de l’Afrique, de l’Asie,.Une parenté responsable doit absolument tenir compte du facteur démographique national et bientôt du facteur démographique mondial.Quelles que soient, en effet, les possibilités encore inexploitées d’habitat et d’alimentation de la planète, il faut bien nous rendre à l’évidence que la propagation de la vie, si elle n’est pas contrôlée de façon efficace, constitue une menace plus ou moins éloignée de suicide collectif.La maîtrise de son propre dynamisme biologique, voilà la nouvelle tâche culturelle avec laquelle l’humanité est maintenant confrontée.Nous disons bien une tâche culturelle, car ce n’est pas simplement un problème de techniques, mais bien d’abord et avant tout une tâche éducative.Il s’agit pour l’humanité de maîtriser son dynamisme biologique, mais d’une façon conforme à la dignité humaine.La technique, certes, n’est pas mauvaise en elle-même, mais elle peut facilement desservir l’homme, au lieu de contribuer à sa promotion humaine et spirituelle.Tout dépend de l’usage qu’on en fait.Dans le cas qui nous intéresse (la régulation des naissances), il faut éviter, semble-t-il, tout « apriorisme» intransigeant, soit pour condamner de façon péremptoire toute intervention dans les processus physiologiques et biologiques des époux1, soit pour proposer une méthode-panacée qui prétendrait résoudre toutes les difficultés.à-dire les interventions qui précèdent l’acte conjugal et sont faites en vue de cet acte.Il tente de montrer, ensuite, que cette seconde sorte d’interventions (sans toutefois en préciser la nature) est légitime dès lors qu'il y a « un motif d’importance équivalente ».Ce qui se présente notamment dans le cas où l’utilisation des jours périodiquement inféconds est inefficace à sortir les époux d’une situation conflictuelle qui serait créée par la nécessité, d’une part, de sauvegarder l’harmonie de leur communion conjugale, et par l’obligation, d’autre part, de distancer ou de refuser une nouvelle naissance (cf.pp.116-117 où l’auteur décrit ce conflit).Bien plus, continue Mgr Reuss, cette intervention peut même être un devoir de charité : « Si l’omission d’une telle intervention entraînait le danger d’un préjudice notable porté à l’harmonie entre époux (omission qui affecterait nécessairement et de façon également préjudiciable l’éducation des enfants), alors, non seulement, une telle intervention serait permise, mais, par son omission, les époux se manqueraient l’un à l’autre et manqueraient à leurs enfants en refusant ce que la charité leur commande » (pp.121-122).Le P.Schillebeeckx va dans le même sens, lorsqu’il affirme : « Celui qui désapprouve l’utilisation de moyens anti-conceptionnels pour tous les cas doit fournir des arguments qui sont vraiment apodictiques.__ He who disapproves of anti-conceptional means for all cases must present arguments which are really apodictic », interview rapporté dans la revue américaine, The Commonweal, du 5 juin 1964, p.322.A noter que la traduction anglaise de cet interview a été revue et approuvée par l’auteur. De fait, le problème est extrêmement complexe et ne souffre pas de solutions trop simplifiées.Ainsi la discussion concernant telle pilule, qui serait permise plutôt que telle autre, nous semble une perspective trop limitée pour offrir une solution adéquate au problème.Outre qu’elle laisse de côté des données nouvelles importantes qu’il faut intégrer dans une vue d’ensemble, cette discussion (surtout telle que la présente la grande presse) comporte cet autre inconvénient de situer le débat au plan d’une morale légaliste 2.MORALE DES VALEURS Ne serait-il pas préférable, comme le suggèrent Herman et Lena Buelens, de « chercher notre point de départ dans les valeurs de la vie chrétienne telles que : le respect de la personne et de la communauté ; une vie familiale basée sur l’amour obla-tif réciproque ; la mission de fécondité assignée à la vie ; une maîtrise de la fécondité exercée par des époux conscients de leur responsabilité éducative et des possibilités d’accueil de la communauté » 3 4 ?Il semble bien, en effet, que la réflexion théologique doive s’orienter de façon plus décisive du côté d’une morale des valeurs pour jeter une lumière plus satisfaisante sur ce secteur particulier de la morale qui angoisse tant d’époux chrétiens sincères dans leur foi et leur fidélité à l’Eglise.Il ne s’agit pas de sacrifier, sous la pression d’une fausse pitié qui rendrait un très mauvais service aux époux, l’une ou l’autre des valeurs humaines et chrétiennes du mariage dont la plus fondamentale est sans doute une fécondité responsable.Comme l’a rappelé encore tout récemment le P.Hâring, moraliste bien connu, « L’Eglise est pour la procréation responsable dans le mariage, et c’est là le point de départ de la théologie en cette matière » *.Mais cette valeur qui se réalise dans la mise au monde et surtout dans l’éducation des enfants, exige la présence, dans le ménage, d’une autre valeur qui lui est intimement liée : celle de la communion d’amour entre les époux.Fécondité responsable et communion d’amour entre les époux sont des valeurs interdépendantes et inséparables dans la vie familiale.Un amour conjugal authentique comporte un projet de fécondité responsable, et une fécondité responsable n’est pas possible sans cette communion toujours croissante d’amour entre les époux.« Or, pour cette harmonie de la communion entre époux (et donc en même temps pour celle des parents en tant qu’ils sont les bases de la communauté familiale), l’union personnelle physique de l’homme et de la femme dans leurs relations 2.Il va sans dire que notre intention n’est pas ici de critiquer le long article du chanoine L.Janssens, Morale conjugale et progestogènes, paru dans la très sérieuse revue théologique de Louvain, Ephemerides Theologicœ Lovanienses, XXXIX (1963) pp.787-826 — article qu’il ne faut d’ailleurs pas juger par son titre.Celui-ci, en effet, en indique assez mal le contenu, qui est beaucoup plus large que le problème moral particulier de l’usage de la pilule « progestérone ».L’apport théologique de l’étude du chanoine Janssens doit être cherché surtout dans le paragraphe II : Nouvelles perspectives, qui occupe, du reste, les trois quarts de l’article.On trouvera dans ce deuxième paragraphe un bon résumé historique de la théologie latine du mariage depuis Augustin et une tentative fort intéressante de préciser, à la lumière de la tradition et des connaissances nouvelles, le sens de l’acte conjugal par rapport à l’amour des époux et à la procréation.3.Expression et réalité dans la doctrine catholique du mariage, article paru dans la revue flamande De Maand (Bruxelles VII, no 3, mars 1964), dont la traduction française, faite par des spécialistes en la matière, a été envoyée à plusieurs théologiens et périodiques catholiques d’expression française.L’article a d’ailleurs été reproduit in extenso dans Le Devoir (30, 31 juillet, 1er, 3 août, 1964).4.Article sur la Régulation des naissances, que La Croix de Paris a traduit et publié intégralement dans son édition du 14-15 juin.Cf.Informations Catholiques Internationales (1er juillet, 1964).sexuelles conjugales est en général d’une grande importance, voire nécessaire, selon les circonstances et peut-être la plupart du temps.Ce n’est pas seulement que, par cette union, des brouilles se dissipent, des tensions de toute sorte se résolvent, mais homme et femme peuvent expérimenter, dans leur relation sexuelle, leur mutuelle communion, d’une manière unique en son genre et bienfaisante pour tout leur être, corps et âme.De cela, la raison spécifique se trouve dans la structure interne de l’union sexuelle.Celle-ci exige (comme l’auteur l’a montré au début de son article) que le don réciproque s’enracine dans l’amour mutuel » (Mgr J.-M.Reuss, article cité, p.116).CHARITÉ ET CHASTETÉ Il va sans dire que pour remplir ce rôle de don mutuel et d’édification de la communion aimante des époux, l’échange sexuel doit revêtir nombre de qualités humaines et chrétiennes qui ne s’acquièrent pas du premier coup.Il serait trop long de les énumérer toutes ici.Contentons-nous de mentionner l’oubli total de soi qui ne peut être que le fruit d’une authentique charité, et la maîtrise de l’instinct sexuel qui ne saurait être automatiquement assurée par le seul comput d’une méthode quelconque.La véritable chasteté conjugale nous semble à la fois beaucoup plus souple et beaucoup plus exigeante.C’est par ailleurs une vertu qui, comme toutes les vertus et peut-être davantage, est soumise à des tensions et à des déficiences.Les époux ne réussiront pas toujours à intégrer pleinement la sexualité dans leur amour mutuel.« Ce qui importe, c’est que les époux collaborent chaque jour à la promotion et à l’éducation de leur amour mutuel.Ce n’est qu’à cette condition qu’ils perfectionneront leur chasteté, qu’ils réaliseront de mieux en mieux les exigences de la signification propre de leurs rapports sexuels qui est précisément d’être au service de cet amour.Cultiver un amour conjugal intégral est le seul moyen de promouvoir la chasteté conjugale.C’est pourquoi, tant que les époux auront à cœur de promouvoir chaque jour leur amour conjugal, — par des attentions, par des services mutuels, par la collaboration à l’éducation des enfants, par la prière conjugale et familiale, par leur vie sacramentelle, par la pratique de l’amour du prochain dans l’accomplissement des tâches quotidiennes et dans l’exercice de leur profession, — ils peuvent être convaincus qu’ils progressent dans la voie de la chasteté conjugale, malgré les tensions et les déficiences, surtout lorsqu’une continence prolongée s’impose » (Janssens, art.cité, p.820).DE PIE XI à PAUL VI Les pages qui précèdent n’ont à vrai dire qu’effleuré cette difficile question de la régulation des naissances et de la morale conjugale.Elles auront suffi — du moins nous l’espérons -—- à montrer la complexité du problème.Faut-il alors se surprendre des lenteurs de la réflexion théologique à construire une vue d’ensemble plus complète et plus satisfaisante que celle offerte par la théologie traditionnelle.Pie XI et Pie XII ont posé d’importants jalons sur la route.C’est une invitation à progresser dans la recherche et à apporter des points de vue complémentaires, s’il y a lieu de le faire.Il est incontestable que le problème ne se pose plus exactement de la même façon et que, par ailleurs, des éléments nouveaux ont été apportés, ces dernières années, sur le chantier de la réflexion théologique.C’est avec un même souci de fidélité à l’Evangile et à l’Eglise que théologiens, pasteurs, et époux chrétiens ont en- 261 gagé le dialogue.Encore une fois, le problème est trop important et trop complexe pour qu’on se permette d’apporter des solutions rapides et pas suffisamment éprouvées.C’est, du reste, ce qu’exprimait Sa Sainteté le pape Paul VI dans une allocution au Sacré Collège, le 23 juin 1964 : « Nous parlerons, pour terminer, d’un seul de ces problèmes et d’un seul de ces événements que le prochain avenir Nous prépare.« Ce problème, dont tout le monde parle, c’est celui du contrôle des naissances, c’est-à-dire d’une part l’augmentation de la population, et d’autre part la morale familiale.C’est un problème extrêmement grave ; il touche aux sources de la vie humaine ; il touche aux sentiments et aux intérêts les plus proches de l’expérience de l’homme et de la femme.C’est un problème extrêmement complexe et délicat.L’Eglise reconnaît ses multiples aspects, c’est-à-dire les multiples compétences qui entrent en jeu, parmi lesquelles celle des conjoints a certes la primauté, avec leur liberté, leur conscience, leur amour, leur devoir.Mais l’Eglise doit également affirmer sa compétence, c’est-à-dire celle de la loi de Dieu qu’elle interprète, enseigne, prône et garde.Et l’Eglise devra proclamer cette loi de Dieu à la lumière des vérités scientifiques, sociales et psychologiques qui, ces derniers temps, ont fait l’objet d’étu- des et de documentations très vastes.Il sera nécessaire de suivre attentivement les développements, tant théoriques que pratiques, de la question.Et c’est précisément ce que fait l’Eglise.La question est à l’étude, une étude aussi large et profonde que possible, c’est-à-dire aussi grave et honnête que le requiert la grande importance de cette matière.Nous espérons achever cette étude bientôt avec la collaboration de nombreux savants de valeur.Nous en donnerons par conséquent bientôt les conclusions dans la forme que l’on estimera la plus appropriée au sujet traité et au but à atteindre.Mais Nous disons franchement que Nous n’avons pas jusqu’à présent de raisons suffisantes pour considérer comme dépassées, et par conséquent n’ayant pas un caractère d’obligation, les règles données par le Pape Pie XII à ce sujet.Celles-ci doivent donc être considérées comme gardant toute leur valeur, du moins tant que Nous ne Nous sentirons pas en conscience obligé de les modifier.Dans des questions aussi graves, il est bon que les catholiques suivent une seule loi, celle que propose l’Eglise avec toute son autorité.Il semble donc opportun de recommander que personne pour le moment ne s’arroge le droit de se prononcer en des termes non conformes aux règles en vigueur » (Documentation Catholique, 5 juillet, 1964).Vincent Harvey « ECCLESIAM SUAM » Jusqu’à quel point l’Eglise doit-elle se conformer aux circonstances historiques et locales dans lesquelles elle déploie sa mission ?Comment doit-elle se prémunir contre le danger d’un relativisme qui entamerait sa fidélité au dogme et à la morale ?Mais comment en même temps se rendre capable d’approcher tous les hommes pour les sauver tous, selon l’exemple de l’Apôtre : « je me suis fait tout à tous, afin de les sauver tous » (I Cor.9, 22) ?On ne sauve pas le monde du dehors ; il faut, comme le Verbe de Dieu qui s’est fait homme, assimiler, en une certaine mesure, les formes de vie de ceux à qui on veut porter le message du Christ ; sans revendiquer de privilèges qui éloignent, sans maintenir la barrière d’un langage incompréhensible, il faut partager les usages communs, pourvu qu’ils soient humains et honnêtes, spécialement ceux des plus petits, si on veut être écouté et compris.Paul VI 262 LA FOI ET LES ÉVÉNEMENTS Posons-nous la question la plus directe : en quoi les événements que j’ai vécus ou connus, aussi loin que porte la mémoire de ma vie, ont-ils concerné ma foi ?Dans un temps aux rythmes accélérés comme le nôtre, chaque vie humaine voit défiler des guerres, des conflits raciaux et sociaux, des révolutions, des découvertes scientifiques à grand retentissement qui modifient la façon des hommes et l’organisation de la société tout entière.En quoi cela va modifier aussi la foi des chrétiens ?Ecoutons-nous répondre : UNE FOI QUI S'ÉVADE .On a déjà bien du mal à mettre la foi dans la vie individuelle, les soucis personnels, les passions, l’amour ! Comment y arriverait-on s’il fallait la mettre au contact des événements, qui, par définition, dépassent nos petites vies.On a à peine le temps de faire attention à ces événements.Et puis, si on y faisait trop attention, on deviendrait fous.Et qu’y peut-on, chacun ?D’ailleurs la foi relève d’un autre monde.Le monde des âmes et de Dieu.Un monde immobile.Un monde d’ailleurs, où l’on essaie de pénétrer de temps en temps, de loin en loin : ce qu’on appelle les moments consacrés à la religion.UNE FOI FRILEUSE .Les événements ?Comme ils sont plus souvent des catastrophes, ils me donnent à penser que le monde est mal fait, que la Providence conduit mal les choses.Aussi j’aime mieux n’y point penser pour ne pas exposer ma foi au doute.Et même les événements moins sombres, par les questions qu’ils posent et les inquiétudes qu’ils suscitent, risquent toujours de bousculer ma religion et de troubler ma paix spirituelle.UNE FOI MORALISANTE .De temps à autre les événements peuvent concerner ma foi.Je veux dire quand la morale est en jeu.Est-ce bien ou est-ce mal de participer à cette grève ?Que doit-on faire au nom de la morale catholique et pour éviter le péché ?En dehors de ces cas, où les événements me concernent dans ma vie, je ne vois pas pourquoi ils intéresseraient la foi.D’ailleurs, je suis les événements, par le journal, les illustrés, la radio, la télévision, mais je ne veux pas dire que je m’y accroche sérieusement.P.-A.LIEGE, O.P.: Professeur à l’Institut catholique de Paris.UNE FOI VIVANTE .Assurément, les événements concernent ma foi.Ils la provoquent à se prononcer, à se réveiller.Ma foi ne serait pas la même s’il n’y avait pas eu les grèves de 1936, le nazisme et la résistance, la guerre d’Algérie, l’évolution technique de ma profession, le mouvement œcuménique, etc.Non vraiment, je ne serais pas le même croyant ! Car tous les événements ont leur langage pour celui qui a la foi.Et la foi, à la façon d’une tête chercheuse, veut aller à la rencontre des événements et s’en saisir pour les intégrer dans son propre univers, et les clarifier, et les peser devant le Christ.Nous donnons tous notre admiration, n’est-ce pas, à ce dernier témoin ?Un chrétien engagé, un militant, dira-t-on.Mais cela signifierait-il, par hasard, un spécialiste, au sens où tout croyant ne devrait pas chercher à affronter sa foi aux événements ?Sans doute chacun n’a-t-il pas également — compte tenu de l’âge, de la situation, des conditions de vie — la possibilité de saisir les événements et d’y confronter sa foi par Faction et la réflexion.Mais cela n’empêche pas que le mouvement de la foi, si elle se veut vivante, la porte à rejoindre les événements.Je le prouverai, si on le veut, de deux façons : L'ÉVÉNEMENT, SOURCE DE FOI CHRÉTIENNE Ne nous y trompons pas : la foi chrétienne ne consiste pas en une sorte de scolarité religieuse qui se contenterait de nous faire affirmer des dogmes.La foi chrétienne a commencé à Pâques et à la Pentecôte : ces deux événements divins, à jamais décisifs dans l’histoire humaine.Etre croyant c’est accrocher sa vie, sa conception du monde, sa vision de l’existence, au poids de ces événements ; c’est entrer dans l’orientation que Jésus-Christ, à travers les événements de Pâques et de Pentecôte, donne à l’histoire des hommes jusqu’à la fin des temps.Comment pourrait-on dire alors que le croyant s’évade de l’histoire des hommes et des événements qui la jalonnent, quand Dieu lui-même s’y est rendu présent et agissant ?Comment les croyants pourraient-ils considérer les événements comme une simple fatalité ou comme une réalité sans importance ?LA FOI CHRÉTIENNE DANS TOUTE LA VIE Quand on demande : « Comment mettre ma foi dans ma vie ?» il y a bien des chances qu’il s’agisse là d’une fausse question ; la foi ne naît pas en dehors de la vie ; 'pétCésuitiaa de Zué^ec de& nœyùiticiCe& de4 fiaficcCaisiee 'De&jcvtdùtà * 10 Unions régionales 1,258 Caisses populaires 1,400,000 Sociétaires £tC4 -voua I cot de ceA â&ciétaired ?Une réalisation signée Jetté : C'EST UNE ŒUVRE DE MAÎTRE ! Quelle que soit l'envergure des travaux qu'on nous confie dans les domaines de la plomberie et du chauffage, nous apporterons à leur réalisation toute la minutie qui caractérise notre maison depuis sa fondation.Intégrité, expérience et efficacité ont bâti notre réputation.Ils la maintiendront, pour votre plus grand bien.iLil’J « Où le travail devient œuvre .chef-d'œuvre » VI.9-4107 360 est, rue Rachel — Montréal Huiles à chauffage Appareils de chauffage Livraison automatique Service jour et nuit CIE LIÉE Tél.: 521-2131 1600 est, rue Marie-Anne Montréal-34, P.Q.ÿt'1' LES INGENIEURS ASSOCIES LTEE Fondée en 1928 -•- cr
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