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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-05, Collections de BAnQ.

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MAI 1962 H.-M.Brad«t SOAAMES-NOUS ENGAGÉS?Roger Duhamel LA VÉRITÉ A-T-ELLE CHOISI SON CAMP?Eugène Cloutier RÉPONSE PROVISOIRE Marcel-A.Gagnon OLIVAR ASSELIN ANTICLÉRICAL?Henri Dallaire NOTRE PRESSE : CATHOLIQUE OU LIBRE ?A.-M.Perreault PSYCHOLOGIE ET RECRUTEMENT DES CLERCS Emile Legault HUMER DU LAÏQUE Raymond Charland FAUT-IL ENCORE L'INDEX?Jean-Paul Vanatse LES DEUX VISAGES D'UNE MÊME NIAISERIE Saint-Denys Garneau 50 ANS LE 13 JUIN (Sommaire complet au verso) SOMMES-NOUS ENGAGÉS?S’il faut entendre par engagement ce simplisme qui consiste à être pour ou contre quelqu’un ou quelque chose, nous ne sommes pas engagés et nous espérons ne jamais le devenir.Si s’engager, c’est aller à sens unique, inattentifs sinon hostiles à toute idée qui n’entre pas dans nos catégories, dans notre ligne de pensée ou dans notre parti pris, nous ne sommes pas engagés.Une revue présentée comme adulte pour le chrétien cultivé a-t-elle besoin de redire — et pourtant oui — qu’aucun problème ne se règle noir sur blanc, par un oui ou un non.Il n’est pas dans mon propos d’analyser la notion d’engagement à travers la littérature, ni de savoir si celle-ci doit s’engager, comme l’ont déjà fait quelques-uns de nos écrivains avec une clarté fort relative.Tout simplement que veut exprimer le langage courant par ces formules : revue engagée, homme engagé, journal engagé ?Hélas ! je crains que l’engagement ne signifie pour la plupart que partisan et partisanerie, publication monologuante, pièce à thèse, intégrisme clérical ou laïque, quelque chose comme le « crois ou meurs », enfin la conviction de posséder l’exclusivité.S’il faut combattre le capitalisme et la dictature, plus dangereux encore m’apparaissent ces engagés qui prétendent au monopole des vérités, qui disposeraient de quelque dépôt de la Révélation applicable à leur gré.Le Christ seul a pu dire : « Qui n’est pas avec moi est contre moi ».Avec tous les autres : hommes, idées et faits, on peut éviter un tel radicalisme.C’est que Lui est la « Vérité et la Vie » alors que tous, nous n’en avons que des parcelles, des miettes, des facettes.Notre emploi du verbe avoir est d’ailleurs un aveu d’une provision limitée.Sommaire et primaire, pour ne pas dire malhonnête ou intéressée, la mentalité qui met la vérité à gauche ou à droite, qui cède souvent même à la fréquente tentation d’y situer Lui-même. sommaire Le Directeur : Sommes-nous engagés?.157 Jérôme Hamer O.P.: La foi de Marie et notre foi .161 Suzette D.Cardinal : D'une orbite 6 l'autre .164 Roger Duhamel : La vérité a-t-elle choisi son camp?.165 Eugène Cloutier : Réponse provisoire .166 Marcel-A.Gagnon : Olivar Asselin anticlérical?.167 Pierre Beausoleil : Le cQuartier Latin » représente-t-il les étudiants ?169 Henri Dallairef O.P.: Notre presse: catholique ou libre?171 Sœur St-Jean-Baptiste, a.s.v.: Quand les catéchistes s'interrogent .171 Raymond Charland, O.P.: Faut- il encore l'Index ?.173 Louise Frenette : Ma chaumière, pays de l'étranger .179 Gabriel de Lorimier, p.b.: Afrique et éducation .180 A.-M.Perreault, O.P.: Psychologie et recrutement des clercs 182 Benoît Lacroix, O.P.: Colloque à Québec .184 Pierre Saucier : Le chercheur, Lazare de l'Université .184 Jean-Paul Vanasse : Les deux visages d'une même niaiserie 185 Noël Pérusse : Syndicalisme et fonction publique .186 Chanoine Roger Maltais : Le maquis du secondaire .187 Henri Dallaire, O.P.: L'Anticroisade .188 Guy Robert: Saint-Denys Garneau 189 Inédits .189 Jacques Breault : L'écrivain d'après ses manuscrits .191 Benoît Lacroix, O.P.: L'homme de la tradition orale .191 Jean Garneau : Saint-Denys Garneau : l'homme de tous les jours .192 Micheline Dumont : Théâtre .193 Andrée Poirier-Pretty : Musique .193 G.R.: Disques .193 H.D.: Livres .194 Emile Legault, c.s.c.: Humer du laïque .196 Un dilemme Dans notre milieu en évolution, il serait de mauvaise politique de ne s’accrocher qu’au passé et de bouder ce qui est en marche.Après avoir mis la main à la charrue, dit la sainte Ecriture, malheur à l’homme qui regarde en arrière.Mais il ne faut pas qu’une évolution se change en révolution, des réformes en scissions ; non pas faire sauter les ponts, mais plutôt les élargir et les solidifier pour répondre au trafic plus dense.En conséquence, nous ne sommes ni d’une droite qui se refuse à reviser les situations et les institutions ; ni d’une gauche qui préfère la destruction à l’amélioration, qui croit que le progrès consiste à faire table rase de toutes les valeurs accumulées.Victor Hugo, qui a tout de même écrit de fort belles choses, disait : « La France sera sauvée le jour où les vieux regarderont en avant et les jeunes en arrière ».Appliquée à nos deux familles psychologiques qu’on désigne habituellement en ces termes : traditionalistes et novateurs, conservateurs et libéraux, intégristes et gauchistes, cette pensée signifie que le passé compte et l’avenir également.Non pas « ou » mais « et » Dans notre contexte, qui ne devrait pas s’envisager comme une dualité ou une opposition mais tout simplement comme une loi de la vie, nous sommes engagés.Et notre engagement consiste à tenir les deux bouts de la chaîne ; non par le ou que l’on introduit partout : Dieu ou l’homme, l’Eglise ou le monde, le clerc ou le laïc, l’autorité ou la liberté.C’est là ne tenir qu’un seul bout de la chaîne.Ce qu’il faut rétablir c’est le et si cher à saint Thomas.Accorder quelque chose à Dieu et à l’Eglise ne devrait pas donner l’impression que l’homme et le monde sont frustrés.Pourquoi pas : Dieu et l’homme, le Dieu transcendant et le Christ humain, l’Eglise et le monde, etc.Comme preuves de cette tendance à la dissociation, si ce n’est à l’opposition, je relève des questions souvent posées et que je cite textuellement : « Vous prononcerez-vous pour ou contre le mouvement laïc ?La revue sera-t-elle séparatiste ou non ?Aurez-vous un éditorial contre l’école neutre ?Etes-vous contre le Père Brouillé ?» Dès que nous tentons d’apporter une distinction, d’éclairer le débat par quelques principes, nous pressentons que nos interlocuteurs, dans leur grande majorité, ont perdu tout intérêt. Jean-Marie Domenach a écrit : « Deux sortes de gens compromettent la vérité dans le monde : ceux qui sont persuadés de la posséder et ceux qui désespèrent de la trouver ».Ce qui importe, c’est de la rechercher, et ce, en gémissant.C’est de dialoguer avec la Vérité, comme l’écrivait le Père Régis dans Maintenant (n° 1).C’est aussi de chercher le vrai avec les autres et par les autres.« La communication, écrit Ricœur, serait la vérité si elle était totale ».Et voici soulevé du même coup le problème du dialogue, un mot neuf qui signifie l’essence du vieil évangile de la charité et l’essence aussi de la méthode platonicienne dans la recherche de la vérité.Pour se connaître et se comprendre, il faut des vertus et beaucoup de vertu.Précision Ainsi la revue est engagée en ce sens qu’elle a son orientation et ses objectifs : une préférence marquée pour les textes qui, sans trahir le passé ni rejeter dans l’ombre le et, apporteront du positif, des valeurs de progrès, des idées propres à faire bouger, susceptibles de reposer les problèmes et de les reviser dans l’optique 1962.Nous sommes engagés parce que nous voulons élargir les horizons, élever les débats au-delà des faiblesses des personnes et des systèmes pour rejoindre plus sûrement le divin et l’humain.En d’autres termes Maintenant souhaite que tous, nous puissions passer d’une chrétienté (dont nous sortons ou sortirons de gré ou de force) pour trouver un christianisme purifié.Qu’est-ce à dire ?Que nous devrons, comme dans tous les pays qui se sont industrialisés et urbanisés, compter de moins en moins sur des cadres protecteurs et sur des institutions qui se vident de leur sève, pour développer des convictions personnelles, pour mieux voir par soi et pour soi ce que l’on croit et pourquoi on le croit.C’est là toute la crise qui va de l’adolescence à la maturité de la vie spirituelle.Comme le Christ s’est fait enfant, adolescent et homme, ainsi notre religion doit-elle atteindre ces divers stages, socialement comme individuellement.Voilà donc où nous en sommes dans notre cinquième livraison.Non pas de ces engagés qui n’admettent pas la réplique et qui poussent à outrance une position, fût-elle excellente.Des engagés pourtant dans une pensée ouverte et dialoguante, désireuse de savoir et de s’entendre, accordant une prédilection pour tout ce qui peut rajeunir notre vie chrétienne.Ce qui est déjà une prise de position, me semble-t-il.Et qu’elle est difficile cette « pédagogie » qui veut faire réfléchir, sans toujours imposer des solutions. Cette revue a-t-elle trouvé des échos et répond-elle à un besoin ?Nous devons être affirmatifs si nous jugeons par les témoignages reçus, les quatre mille abonnés en deux livraisons et les milliers de copies vendues au numéro.Que nous heurtions ici et là, par des textes et aussi par des noms, la preuve est également faite.Le fanatique, qui se croit engagé, dira : « J’ai la vérité » ; le sceptique qui se refuse à toute forme d’engagement répondra : « A chacun sa vérité ».Le Christ a dit : « Je suis la Vérité ».On nous considérera comme des chrétiens assez ordinaires si nous disons : « Nous croyons être dans la vérité » et d’autres fois : « Nous cherchons la vérité ».Que pouvons-nous dire de plus ?H.-M.Bradet, O.P., directeur POUR LA FÊTE DES MÈRES RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.Parlez-nous des enfants, demande une mère à Kalhil Gibran.A lors, il dit : « Vos enfants ne sont pas vos enfants.Ils sont les fils et les filles de la Vie qui se suffit.Ils viennent par vous, mais non de vous, et bien qu’ils vivent avec vous, ils ne sont pas à vous ! « Vous pouvez leur donner votre amour non vos idées, car ils ont les leurs.Vous pouvez abriter leur corps, non leur âme, car leur âme habite la maison de « demain », que vous ne pouvez pas voir, même dans vos rêves.« Vous pouvez faire tous vos efforts pour leur ressembler, mais ne faites rien pour qu’ils vous ressemblent, car la vie ne revient pas en arrière.Aujourd’hui doit être séparé d’hier.« Vous êtes l’arc d’où vos enfants, tels les flèches vivantes, partent pour leur destin.Le divin Archer connaît leur point de mire sur la route infinie vers laquelle ils s’élancent.Et s’il vous courbe et s’il vous tend, c’est pour que vos flèches partent, rapides et justes, et atteignent leur but.«Oh ! que sous la main divine de l’Archer votre tir soit heureux ! car autant II aime la flèche qui vole, autant II aime l’arc, précis et sûr ». 161 LA FOI DE MARIE ET NOTRE FOI Le Consentement de Marie Tout le rôle que nous assignons à Marie vient de sa qualité de Mère de Dieu.Toutefois, ce n’est pas seulement le fait qu’il faut considérer, mais le comment.Nous sommes tellement habitués au mystère de Marie dans ses relations avec l’incarnation, que nous ne percevons plus suffisamment qu’il aurait pu en être autrement même dans le contexte d’une authentique maternité divine.Le Christ est né d’une Vierge.Cela est plein d’enseignement pour nous.Mais il n’était pas nécessaire qu’il naquît d’une Vierge.S’il était né de l’acte d’un mariage, d’une union conjugale, il n’en eût pas été moins Fils de Dieu pour autant.De même, le Verbe aurait pu demander à Marie le rôle de mère virginale, la simple mise au monde d’un enfant, sans annon-ciation préalable.Non, dans un grand dessein de miséricorde, Dieu a voulu que la maternité de Marie soit précédée et comme conditionnée par la saisie même du mystère rédempteur et par l’acquiescement d’un acte de foi.Le mystère de l’annonciation est, avant tout, cela.Dieu donne à Marie la force et l’inspiration intérieure pour répondre oui.Ce mystère a été analysé avec pénétration par le Père Karl Rahner dans une conférence donnée à Pader-born en 1955 \ Marie devient mère par une décision de sa foi.« Sa coopération (en tant qu’acte personnel) est un acte d’accueil, d’acceptation ; ce n’est pas un acte d’initiative originelle, c’est un acte posé en vertu de la Rédemption qui survient et qui se crée à elle-même son accueil ».Ceci permet de donner tout le sens requis à tels textes de l’Ecriture qui sont des pierres d’achoppement pour certains (Luc, 11, 27 ss.; Mtt., 12, 48, ss.).Le même évangile de saint Luc qui nous rapporte la réponse de Marie : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole », relate également le dialogue suivant : « Une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » Mais (Jésus) répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent ».Dans ce texte, il n’y a pas l’opposition que certains y découvrent entre celle qui a engendré et ceux qui ont cru.Dans l’Evangile, il est clairement dit que Marie est bienheureuse en raison de sa foi : « Heureuse celle qui a cru » ( 1, 45 ).Marie écoute la Parole de Dieu, la garde dans son cœur (1, 29 ; 2, 19-51).Le dialogue susdit met donc simplement en évidence le fondement religieux de la grandeur de Marie : l’adhésion de sa foi.La maternité divine est donc en vertu de la foi de Marie.La foi saisit le mystère rédempteur avant de donner un acquiescement à cette conception physique qui en sera le point de départ historique dans sa phase d’accomplissement.Marie dit oui à la Parole qui annonce le salut.La foi, elle-même, est en vertu de la grâce.C’est la « comblée de grâce », celle qui a «trouvé grâce auprès de Dieu » qui répond oui.Le consentement est lui aussi grâce et don de Dieu.Enfin ce mystère rédempteur auquel Dieu lui donne d’acquiescer, n’est pas seulement le mystère qui l’a « sauvée » elle-même, en la préservant de la souillure originelle, mais le mystère du salut comme tel, dans toute son ampleur.« Tu lui donneras le nom de Jésus » (1, 31).Nous savons que ce nom signifie sauveur (Matt., 1, 21).Jésus sauvera la maison de Jacob sur laquelle il va régner ; il sauvera son peuple de ses péchés. 162 Sur ce point, je rejoins entièrement le Père Rahner qui a une formulation qui me paraît heureuse ; Marie « constitue le cas par excellence, dans son absolue pureté, dans son unicité éblouissante, de la Rédemption au sens actif et passif ; de cet événement par lequel un être humain, objet de la grâce, reçoit cette grâce dans et par le moyen de cette grâce, et cela pour lui et les autres ; de telle façon que l’acceptation de coopérer au salut des autres est exactement l’acte dans lequel on reçoit, pour soi-même, la grâce de Dieu ».La décision de Marie, modèle de notre foi Ceci met en cause le rapport entre la foi de Marie et notre propre foi, entre la décision majeure de l’existence de Marie et notre propre existence chrétienne.Ce n’est que peu à peu que la pensée théologique est parvenue à formuler ce rapport de façon satisfaisante.Saint Bernard et les auteurs qui le suivent disaient volontiers que le monde était suspendu au « fiat » de Marie.Ceci indique comment ce consentement a une portée universelle de salut, sans aller jusqu’à dire que le consentement est donné en notre nom.Saint Thomas donnera la formule définitive : « Il convenait d’annoncer à la Bienheureuse Vierge qu’elle allait concevoir le Christ (.), afin de montrer extérieurement un certain mariage spirituel entre le Fils de Dieu et la nature humaine.Pour cette raison, par l’acte de l’annonciation, le consentement de Marie était attendu en lieu et place de toute la nature humaine ».Un commentateur du XVIIIe siècle dira : « C’est en son nom et au nom de l’Eglise et de tout le genre humain, que la Vierge a donné son oui aux fiançailles messianiques ».La reprise du texte de saint Thomas dans l’épilogue de l’encyclique Mystici corporis ( 1943 ) lui donne un crédit supplémentaire.Toutefois ne nous laissons pas emporter par le jeu des mots.La théologie est une science qui a sa rigueur propre.Que faut-il entendre par ce consentement donné au nom de l’humanité ?Prenons garde d’exagérer.Dans le « fiat » de Marie, il y a certes une fonction représentative, mais il n’y a pas d’inclusion.L’humanité tout entière était incluse dans la personne d’Adam.Pour cette raison, personne (sauf le Christ et Marie) n’échappe à la transmission de la faute originelle.De même l’humanité de la création nouvelle était « contenue » dans le Christ.D’où la valeur universelle de la rédemption opérée par lui.On ne peut pas parler de la Nouvelle Eve comme on parle du Nouvel Adam.Le consentement de Marie n’a pas cette portée.Il a une valeur de point de départ par rapport à l’économie rédemptrice et dès lors, par rapport à l’Eglise.Mais si nous considérons sa dimension de représentation, de consentement au nom de l’humanité, nous devons reconnaître que ce « oui » ne dépasse pas le rôle de signe exceptionnel et privilégié, sans anticipation sur notre propre « oui ».N’est-ce pas d’ailleurs ce qui en constitue l’importance ?Le consentement de Marie a un caractère d’événement historique unique et incommunicable.Marie seule a dit oui au moment de l’incarnation.Mais cet événement unique a une qualité d’idéal, de modèle, pour tout « oui » similaire dans l’existence chrétienne.Nous n’avons pas à consentir à l’incarnation.Marie seule le peut.Mais comme elle nous pouvons et devons consentir au salut.Le consentement de Marie est ainsi le modèle du « oui » de la foi dans toute existence chrétierme.Tout acte personnel de notre foi est l’acceptation du salut pour nous et pour les autres, et cela en vertu même du salut.Cette décision de la foi ne situe ni Marie ni les chrétiens dans une quelconque situation d’indépendance vis-à-vis de Dieu.Toute l’initiative vient d’en haut.L’homme sujet, acteur, dans l’œuvre de la Rédemption, ne vient dérober aucun honneur à l’unique médiation de Jésus-Christ.Tout ce qu’il fait est toujours réalisé en vertu du salut donné par Dieu en Jésus-Christ.Le salut pour soi et pour les autres Marie reçoit le salut selon la nature même du salut.L’expérience religieuse personnelle — quand elle est authentique — ne peut jamais se dérouler dans le splendide isolement d’un dialogue exclusif de Dieu avec telle créature.On sait comment Newman a formulé sa mystique personnelle : « Demeurer dans la pensée de deux êtres et de deux seulement (.) ; moi-même et mon créateur » 1 2.Pour être saisie, cette phrase doit être replacée dans tout le contexte de la pensée de son auteur.Le sens religieux personnel, l’intériorité la plus profonde, rencontre toujours le Dieu du salut, un Dieu qui a conçu une économie salvifique universelle, un Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 77m., 2, 4).Vouloir le salut, c’est le vouloir tel qu’il est.C’est le vouloir comme création nouvelle et comme nation sainte et peuple acquis ( 1 Petr., 2, 9).Croire d’une façon complète et vitale, c’est vouloir que l’Eglise soit.Si la foi vivante est vraiment cela, elle est en même temps, le point de départ de tout apostolat du fidèle.Selon les vocations, les talents, les charismes, les occasions et les appels concrets, la décision de foi prendra telle ou telle forme apostolique déterminée.Mais l’apostolat sera toujours la mise en œuvre de la décision de foi : qui fait le nœud de l’existence chrétienne.Ce sera la prière de la moniale, la contemplation du Chartreux, l’éducation donnée par une mère chrétienne, le catéchisme assuré dans une paroisse, l'activité d'un militant d’Action catholique, l'intégrité du magistrat qui ne cède à aucune des sollicitations de la politique, de l’argent ou de l’amitié, la fidélité du fonctionnaire de l’U.N.E.S.C.O.aux grands objectifs supra-nationaux de l’organisme qui l’emploie, alors que le service des particularismes serait personnellement plus rentable.Il y aurait sans doute des distinctions à faire entre l’apostolat au sens strict et au sens large.Je ne veux pas les faire ici.Je veux au contraire souligner l’enracinement de toutes les formes d’apostolat dans l’acquiescement au salut pour soi et pour les autres.Je n’en dis pas davantage.Les conclusions sont inutiles.Elles se dégagent d’elles-mêmes.L’assentiment de Marie est bientôt suivi du Magnificat.« Mon âme exalte le Seigneur (.).Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses (.).Il a porté secours à Israël son serviteur, se souvenant de sa miséricorde (.), en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ».Le « fiat » de Marie s’exprime en confession de foi, en louange des merveilles divines.Pour chacun de nous, pour chacun des fidèles, l’apostolat n’est qu’une forme particulière du Magnificat.Jérôme Hamer, O.P.1.Marie et l'apostolat, conférence publiée en traduction française dans Documents A.C.G.H., janvier 1959, 12, rue Ed.Valentin, Paris 7e.Le texte original Maria und das Apostolat dans H.K.Rahner, Sendung und Gnade, Innsbruck, 1959, pp.129-150.2.Apologia, éd.Longmans, p.23.Cité d’après S.Jaki, Les tendances nouvelles de Vecclésiologie, Rome 1957, p.37. foï'îMMMî;-.'v!Si^jK.f« lie ri® OC®- ¦ éi ta® pérriri); 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