Le devoir, 3 décembre 2005, Cahier B
DEVOIR.LES SAMEDI i ET D I M A \ (' H E I D Ê C E M B R E 2 O O 5 L E À LA UNE La première Charte des droits de l’homme a été adoptée en 1948 Page B 6 IDÉES L'impact de Y infotainment Page B 5 » PEB.SPECT «ES fî Obtenez le Certificat de compétence en anglais attestant d'u avancé de tropétencMant à l'oral qu'à Técrit.v McGill Centre d'éducation permanente de l'Universite McGill • (514) 398-6200 • WWW.CC p.m C g 1 11 .C3 V LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DÉCEMBRE 2005 IS 2 •PERSPECTIVES- ___tit: Jean Dion Heureusement, ici, c’est Pepsi Vous, bodhisattva à gogo à la puissance n où » signifie «non mais qu’est-ce qu’il raconte celui-là», vous qui avez fondé le Parti sans laisser d’adresse, vous maniez les concepts politiques connue d’autres la cuillère à bois qui brasse le sucre à crème qui corrode l’émail d’une campagne électorale sur laquelle on tente de se faire les dents.Ma question est donc la suivante: de qu’est-ce?- Et c’en est une excellente, mon indécis.Mais d’abord, je dois te prévenir que, comme je sais désemberlificoter la réalité comme pas un et vois donc comment les choses sont pour de vrai, j’ai de plus en plus tendance à me réfugier hors de celle-ci.Je vis ailleurs, là où, entre autres phénomènes, le Nouveau Parti démocratique reconnaît qu’il n’est finalement plus si Nouveau que ça et change de nom pour Parti démocratique mature mais relativement bien conservé (MBFWCDP), où le Parti conservateur est plus occupé à conserver qu’à parler sans arrêt de foutu changement et où le but d’Alain Côté était bon.Et il y a plus.Dans cet ailleurs, je peux à ma guise faire des conjectures complètement flyées: par exemple, essayer de trouver, si le Bloc québécois n’existait pas, pour qui voteraient les citoyens du Québec.Ubéral ou conservateur?Pas facile, n’est-ce pas, mais tout à fait en mesure d’animer une joyeuse discussion à l'occasion d’un cocktail mondain.Bon, bien sûr, ici, tu vas me dire: oui, mais si le Bloc n’existait pas, c’est que l’accord de la substance du Lac-Meech plus aurait été entériné.Et si l’accord avait été entériné, il n'y aurait pas eu de référendum en 1995.Et s’il n’y avait pas eu de référendum, il n’y aurait pas eu de programme de commandites.Et s’il n’y avait pas eu de programme de commandites, il n’y aurait pas eu de scandale des commandites.Et s’il n'y avait pas eu de scandale, tout le monde aurait voté pour le Parti libéral.Ce à quoi je répondrai ceci: si Meech avait passé, Jean Chrétien l’aurait sans doute démoli, et on serait rendu exactement au même point qu’au-jourd'hui, mais sans le Bloc, ce qui signifie qu’au lieu de prétendre que je raconte n’importe quoi, tu devrais reconnaître que je suis un visionnaire rétroactif.Te dire, il m’arrive même de rêver qu’il y a encore des créditistes.Ils étaient beaucoup plus divertissants que les faces de carême qu’on a actuellement.J’entraperçois d’ici le slogan de cam-pagne: «Heureusement, ici, c'est la planche à billets».(Pin passant, j'ai un collègue qui soutient que le tout ressemble à «Ici, c’est Pepsi», mais je pense qu’il est un peu colonisé.) Cela étant, je fuis effectivement la réalité.Voilà un des motifs pour lesquels je me réjouis considérablement de la candidature de Marc Carneau sous les couleurs du Parti libéral du Canada.- Vous n’êtes tout de même pas un supporter du PLC, vous qui avez fondé le Parti s’a brosse?- Non, mon ne sait pas, mais je suis allé faire un tour du côté du site Internet libéral fédéral, et tu sais ce qu’on peut y lire en noir et blanc, comme disait le poète, à propos de Marc Carneau?Voici: «Son charme et son expérience nous font croire qu 'il vient vraiment d’un autre monde.» Je me sens, vois-tu, comme une communauté d'esprit.- Pin effet, vous qui avez fondé le Parti pour veiller tard, vous appréciez qu’on parte en orbite en votre éthylique compagnie.- Pas de médisance, mon refus de répondre.Admire plutôt la logique déductive.Ainsi, cette semaine, M.Carneau a déclaré: «U’s commandites, c’est réglé.» Certes, tu entends pareille assertion et tu songes dans ton sémaphore intérieur, ainsi nommé parce qu’il est difficile à décoder, holà, un instant, ça ne se passera pas comme ça.Mais ensuite, tu suis une démarche protolibérale: Paul Martin avait promis des élections 30 jours après le rapport final du juge Gomery, or des élections ont été déclenchées, ergo le rapport final du juge Gomery a été déposé il y a un mois, ergo les commandites, c’est réglé.Moi, je dis: chapeau.Et c’est d'autant plus indiqué que Paul Martin refuse de répondre aux questions portant sur les commandites.- Vous pensez vraiment que c’est réglé, vous qui avez fondé le l’art! de rien?- Mets-en de la sauce.Tout comme est réglée la question de la TPS: elle a été abolie, c’était écrit dans le Livre rouge du Parti libéral de 1993, et moi, je crois aux promesses électorales, surtout quand, comme à ce moment ici, on en est rendu, à plus de 125 milliards de dollars d’engagements.A ce sujet, mon plutôt satisfait, si tu étais allé te balader dans la région du site Internet du Parti conservateur au lieu de bloguer sur le dixième anniversaire du départ de Ditrick Roy, tu y aurais vu reproduite une citation de Paul Martin remontant à 1989: «Cette taxe est stupide, \ inepte et incompétente.» Toi.c’est ton affaire, mais moi.une taxe incompétente, je te virerais ça au p.e.I (façon de parler).D’ailleurs, je tiens à faire une petite precision ici: citoyens/électeurs, on tente de vous enduire d’er- | reur mathématiquement.Dans son allocution, Stephen Harper a dit qu’il allait d'abord taire passer la TPS de 7 à 6 %, soit «une diminution de 1 %», avant > de la diminuer à 5 %.Ben c'est faux.Si la taxe de 7 ‘ % était réduite de 1 %, elle passerait à 6.86 %, pour des raisons aussi complexes que la politique du PC en matière de mariages gais et dont je te fins grâce pour pas que les lecteurs sautent direct aux mots croises.En fait, c’est d'toi point de pourcentage qu’il aurait fallu (wrier.- Mais vous croyez, vous qui avez fondé le Bloc & Decker, qu’un détail comme celui-là peut compromettre l'élection des conservateurs?- Non.mon tout à fait en désaccord, puisque, je te l'ai dit.la TPS a été éliminée par le gouvernement liberaux.Oui oui.c’est exact, va fain' un tour du côté français du site www.ipco.ta: tu y verras combien est actif le «Parti Liberaux du Canada (Ontario)».Une autre preuve de la croissance de la francophonie canadienne sous l'administration liberaux.Mais je crois en un signe fondamental: Kim Campbell s'est dite d’avis que les conservateurs perdront les élections.Or quelqu'un sait de quoi il parle en ce domaine, je te laisse là-dessus, pas besoin de chercher plus loin.jdiona ledevoi r.com La mémoire du Bloc Le parti souverainiste cherche à garder l’équilibre entre le terroir et le Québec pluraliste JACQUES NADEAU LE DEVOIR Gilles Duceppe lors du lancement de la campagne électorale du Bloc québécois., - Bloc Malgré son discours sur le nationalisme civique, qu’il a développé depuis cinq ans, le Bloc québécois a lancé cette semaine sa thématique aux accents du terroir.Fait-il ainsi preuve d’incohérence ou de réalisme politique?La formation continue surtout à chercher un équilibre entre les racines du mouvement souverainiste et l’ouverture à l’autre.KATHLEEN LÉVESQUE Au premier jour de cette longue campagne électorale de 56 jours, le chef bloquiste Gilles Duceppe a participé à l’assemblée d’investiture du député Maka Kotto.Il s’agissait d’un geste symbolique sur le ton du nationalisme civique.«Pour nous, au Bloc, un Québécois c'est toute personne qui habite au Québec, quels que soient l’âge, la race, la couleur, la région, homme ou femme.Sans exception, nous sommes tous des Québécois et des Québécoises.[.] Depuis trop longtemps, les libéraux prennent le vote des Québécois issus de l’immigration pour acquis.Ils se trompent.Ce n’est plus vrai», a lancé alors M.Duceppe.Dans cette volonté de dessiner les contours d’un Québec pluraliste, l’ancien chef du Parti québécois, Bernard Landry, qui prenait part à l’événement, a renchéri: «Maka, tu as prouvé par ce que tu es et par tes agissements et ton amour du Québec que le Québec n’est pas, fort heureusement, une société multiculturelle.Ta culture est la mienne; la mienne est la tienne.» Le lendemain, le Bloc québécois dévoilait son slogan (Heureusement, ici, c’est le Bloc) et les affiches du chef avec en arrière-plan, dans une version campagnarde et traditionnelle, un petit village enneigé.Du coup, c’était la fibre identitaire que l’on faisait vibrer.Jacques Beauchemin, professeur de sociologie à l’UQAM, constate la difficulté pour le Bloc de rendre compte sur le terrain politique de ces deux pôles, non pas en les confrontant mais plutôt en les présentant en même temps.La situation traduit très exactement la tension dans laquelle se retrouve le discours souverainiste québécois: il faut en même temps faire adhérer les «non-Canadiens français de souche» au projet souverainiste et ne pas nier les véritables origines de cette volonté de faire du Québec un pays.«Legrandparadoxe du discours nationaliste québécois, c’est qu’on peut difficilement montrer aux Québécois la pertinence de la souveraineté du Québec sans faire référence à une certaine histoire, à une certaine mémoire et donc à un certain pathos.[.] Le Bloc veut désigner le “ici" du Québec, alors on se rabat sur des icônes qui sont assez simples à comprendre.B n’y a pas de contradiction mais une tension», explique M.Beauchemin.Le militant souverainiste Mathieu Bock-Côté, qui a fait partie à une autre époque de l’équipe jeunesse du Bloc québécois, n’y voit pas non plus d'incohérence.Selon lui, que le Bloc tienne un certain discours et prenne une voie pour son image électorale relève plutôt du réalisme politique en période électorale.«À partir du moment où la politique reprend ses droits, c’est-à-dire la nécessité de gagner, on revient au nationalisme historique, de la mémoire, centré sur l’identité.Ils ont beau nous dire que le Québec au complet ressemble au Plateau Mont-Royal, dans les faits, il y a une réappropriation des thèmes traditionnels, avec entre autres un paysage d’un petit village.La précampagne s’est même faite sur le thème de "Je me souviens”, alors que la devise est très critiquée au sein du mouvement souverainiste.On voit l’écart entre un discours qui tourne un peu à vide et l’appel très naturel aux symboles, à la mobilisation, ce qui correspond aux fibres identitaires québécoises», affirme M.Bock-Côté.Dix ans après la déclaration de Jacques Parizeau qui a entraîné une redéfinition du nationalisme qui, pour être celui de tous les Québécois, ne devait plus être celui de la majorité française, le mouvement souverainiste jongle avec qn discours épuré de références identitaires.A son congrès de janvier 2000, le Bloc a adopté une déclaration de principe qui a donné un élan aux droits individuels plutôt qu'aux droits collectifs.Mathieu Bock-Côté associe cette période à un dérapage intellectuel, qui a démontré un nationalisme qui a mauvaise conscience.«B y a eu des années de folie où on a multiplié les signes pour ne plus avoir l’air de ce qu’on était.Si le retour de certains symboles peut annoncer une réapparition lente des préoccupations à l’intérieur du discours souverainiste, c’est approprié dans la conjoncture», croit-il.Jacques Beauchemin abonde dans ce sens.«Ily a un excès possible dans la négation de l’histoire de la majorité franco-québécoise.Des fois, on n’est pas très loin de ces excès-là, rappelle Jacques Beauchemin.[.] Le tragique du nationalisme québécois, c’est de défendre l’idée d’une nation au sens classique du terme dans un contexte socioéconomique qui s’est complètement transformé», explique M.Beauchemin.Le chef du Bloc québécois se défend de se montrer frileux et de mettre de côté le passé qui appelle un redressement des torts chez beaucoup de souverainistes.«Reconnoitre ce qu’on est devenu, ce n’est pas nier le passé.On était des Canayens, puis des Canadiens, puis des Canadiens français, puis des Québécois.On n’est pas frileux du tout.Au contraire.Ceux qui sont frileux, ce sont ceux qui à Ottawa refusent de reconnaître la fête nationale des Québécois et qui en sont restés à la fête des Canadiens français», a soutenu M.Duceppe en conférence de presse jeudi dernier.B a donné l’assurance qu’il est fier du passé des Patriotes, qui réclamaient que les autochtones et les Juifs aient le droit de vote.«Mais on évolue.Comme les Français ne sont plus des Étrusques [sic]», a-t-il dit pour clore le sujet En mai dernier, le ministre Pierre Pettigrew constatait que le nationalisme avait évolué dans la pure tradition trudeauiste.«M.Pettigrew a illustré le danger que j’évoque, indique M.Beauchemin.Plus le nationalisme québécois ne se définira que dans la perspective du nationalisme civique, plus il va ressembler au projet canadien.Pourquoi faire la souveraineté si c’est pour re connaître à tous les Québécois leurs droits?C’est déjà fait.Ce n est pas une nation opprimée dans le contexte canadien.» Puis Jacques Beauchemin rappelle que «le projet de la souveraineté trouve sa pertinence dans son rapport à la mémoire.Il faut l’assumer».Mais il voit bien que le Bloc québécois préfère «prendre le risque d'un discours plate, dédramatisé.plutôt que de se faire accuser de jouer de la mémoire».Le Devoir CHRIST1NNE MUSCHI REITERS Gilles Duceppe a été accueilli par des partisans cette semaine dans le comté Brossard-Laprairie.HARPER SUITE DE LA PAGE B l Quant à Gilles Duceppe, il est reste à Montréal pour la première semaine de campagne.y dévoilant sa plateforme et son slogan électoraux, y compris la proposition de creer une équipe de hockey québécoise.Cette suggestion a fait sourciller la presse canadienne-anglaise Même Don Cherry, le coloré commentateur de hockey, y est aile de quelques mots, quoique prudents.«Si je disais que je ne sais pas si cette équipé serait bonne mais qu 'il y aurait beaucoup de visières.pouvez-vous imaginer la tempête?», a-t-il lancé au Globe and Mail.Don Cherry a déjà été critique par le passe pour avoir traité de mauviettes les hockeyeurs québécois et européens parce qu'ils sont plus nombreux à porter une visière.Le NPD, enfin, a lancé sa campagne en ciblant les circonscriptions où il avait terminé deuxième aux dernières élections: Oshawa et Sault-Sainte-Marie.notamment Le message: si vous croyez au NPD, votez NPD et oubliez la strategie consistant à voter liberal pour barrer la route au Parti conservateur.•Le wte stratégique ne marche pas!», a expliqué un stratège neo-démocrate.«Sur les 12 circonscriptions où nous avons terminé en deuxième place par moins de 1000 voix, sept sont allées aux conservateurs.Ça ne marche pas! Si vous votez pour le NPD.par contre, vous aurez des députés néo-démocrates.» Le chef Jack Layton a toutefois été contredit par le syndicafiste Buzz Hargrove, généralement acquis au NPD, qui a ouvertement souhaité l'élection d’un gouvernement libéral minoritaire fort avec beaucoup de députés nécnlémocrates.«Sous devons nous assurer de ne pas donner plus de pouvoir à M.Harper», a-t-il lancé lors de l’assemblée generale annuelle des Travailleurs canadiens de l'automobile.Le Devoir > * / * 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI à ET DIMANCHE T DECEMBRE 2 0 0 5 H 3 ?PERSPECTIVES* S « in i 1 1 I 3 I J, i lv W DAN 11.0 KRSTAN0V1C REUTERS Le pont de Mostar a été reconstruit.Long de 29 mètres, il avait été érigé au XVI' siècle avant d'être détruit il y a 12 ans.Les accords de Dayton dix ans plus tard La longue marche bosniaque vers la paix À la clé, une carotte: l’intégration de la Bosnie à l’Union européenne Il y a dix ans, l'accord de paix de Dayton mettait fin à la guerre en Bosnie, le pire conflit à survenir en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.Entre les risques toujours présents de partition et l’idéal d’une société harmonieusement multiethnique, les leaders serbes, musulmans et croates de la Bosnie viennent de décider, sous pressions américaines, de «réparer» les défectuosités de Dayton.État des lieux d’un pays pacifié mais toujours divisé.GUY TA1LLEFER La Bosnie a indéniablement fait du chemin depuis ce 21 novembre 1995 où l’accord de paix signé à la base aérienne de Dayton, en Ohio, obtenu après des bombardements massifs de l’OTAN sur les forces serbes à Sarajevo, a mis un terme à une guerre civile et régionale qui avait fait 260 000 morts en trois ans et demi de guerre et déplacé deux millions de personnes, chassées de leurs maisons par les haines interethniques.Il y a les symboles: des églises catholiques ont été reconstruites là où des Croates vivaient avant le début du conflit alors que des centaines de mosquées, dynamitées parles Serbes, sont réapparues sur les ruines.A Mostar, le pont ottoman datant de 1566 qui avait été détruit dans les affrontements entre Croates et Bosniaques musulmans en 1993 a été rénové et rouvert l’année dernière.La nouvelle, censée illustrer la réconciliation, a été brièvement relevée par nos médias.Sur le plan institutionnel, les 3,2 millions de citoyens bosniaques partagent aujourd’hui le même passeport et la même monnaie.Os voyagent librement et de façon sécuritaire partout dans le pays, de Banja Luka à Sarajevo ou Srebrenica.L'intégration des différentes armées est maintenant chose faite et la réforme de la police progresse, encore que laborieusement Les troupes de l'OTAN déployées au lendemain des accords comptaient 60 000 soldats; leur nombre n’est plus que de 6000.Il y a deux semaines, sur les ondes de PBS, la télévision publique américaine, Richard Holbrooke, ancien ambassadeur des États-Unis aux Nations unies sous le président démocrate Bill Clinton et un des principaux architectes des accords de Dayton, pavoisait ’Personne au monde n’aurait pu prédire que nous connaîtrions un tel succès.Il n’est pas exagéré d’affirmer que cet accord de paix a été un succès, peut-être même le plus grand depuis l’entente de Camp David en 1978 [entre Israël et l'Égypte].» Et M.Holbrooke d’envoyer des piques au président George W.Bush: ’Contrairement à l’Irak, nous avions un plan d’après-guerre pour bâtir la paix » Les failles de Dayton Non pas que Dayton ait été sans failles.’Nous savions dès le départ que l’accord était imparfait», reconnaît M.Holbrooke.La guerre a éclaté en 1992 après que la Bosnie (la Bosnie-Herzégovine, pour être plus précis), suivant l'exemple de la Slovénie et de la Croatie, eut déclaré son indépendance de la Yougoslavie, alors sous la poigne de Slobodan Milosevic (dont le procès se poursuit toujours devant le tribunal pénal de La Haye).Dans l'urgence et dans le contexte de la désintégration accélérée et violente de la Yougoslavie, dans la foulée aussi de l'effondrement de l’Union soviétique, les négociateurs de Dayton arrachent un compromis politique aux belligérants par lequel est créée une présidence tournante tripartite où Serbes, Croates et Bosno-musulmans se relaient au pouvoir à Sarajevo.L'accord sépare en outre la Bosnie en deux entités: la Fédération croato-musulmane et la Republika Srpska (RS.entité serbe), chacune avec son gouvernement Dayton avait délibérément créé un Etat central faible en Bosnie et confié des pouvoirs quasi impériaux au bureau du haut représentant de TUnion européenne (UE).Le temps est maintenant venu, ont décidé les Américains et les Européens, de donner progressivement leur souveraineté aux Bosniaques.L’objectif, dans le cadre des négociations constitutionnelles officiellement lancées lç 22 novembre à Washington par la secrétaire dTîtat Condoleezza Rice, consiste à créer une présidence unique, dotée d’un premier ministre et d’un parlement aux pouvoirs renforcés sur l'ensemble du pays—en espérant que ce «Dayton plus» contribue à effacer les apartheid ethniques qui, dans les faits, se sont perpétués.L’échéancier, serré, prévoit que ces pourparlers infra-bosniaques aboutissent en mars et soient suiyis d’élections générales en novembre 2006.A la clé, la communauté internationale brandit une carotte sous la forme d’une carte de membre de TUnion européenne, ce qui fait saliver l'ensemble de la classe politique.L’Europe des 25 vient de donner son feu vert à l'ouverture des discussions sur l’intégration de la Bosnie.C’est une stratégie de longue haleine qui vise à enserrer les parties dans un processus de démocratisation et de réformes de manière à ce qu’elles ne puissent plus reculer.Il y a loin de la coupe aux lèvres: l'économie est faible et la part du secteur informel est importante, le taux de chômage atteint 43 %, les impératifs de transparence et de bonne gouverne butent sur la corruption et le crime organisé.Sans compter qu’à brève échéance, a prévenu la communauté internationale, la question de l'intégration européenne ne pourra pas véritablement progresser tant que n'auront pas été livrés à la justice internationale ces deux Serbes tristement célèbres que sont Radovan Karadzic et Ratko Mladic, accusés de génocide et de crimes contre l’humanité pour avoir notamment été impliqués dans le massacre de 7000 hommes musulmans à Srebrenka en juillet 1995.Une paix hollywoodienne L’enthousiasme de M.Holbrooke n’est pas unanimement partagé, loin de là.Pour Nerma Jelacic, directeur à Sarajevo du Balkan Investigative Reporting Network, les succès de la reconstruction des dernières années ne sont en fait rien de plus que ’des décors de Hollywood».Cité par The Economist, il ajoute ceci: «Les institutions communes sont à deux dimensions elles sont sans substance.• Le politologue Senad Slatina approuve: ’Elles sont si fragiles qu elles pourraient s’effondrer à la moindre tension.» Mostar est la seule ville bosniaque véritablement mixte.Peu de Serbes y sont retournés après la guerre.Les musulmans vivent d’un côté de la viDe, les Croates de l'autre.«Les écoles sont séparées et les gens ne se mêlent pas», écrit le correspondant de The Economist qui a circulé entre Banja Luka, Sarajevo et Zhomishc.une ville près de Mostar.’Laprèsguerre n ’a pas renversé le phénomène du nettoyage ethnique, condut-fl.La guer- re a accéléré l’urbanisation et les villes sont largement dominées par l’un ou l’autre des groupes ethniques.» C’est pourquoi, entend-on dire, il faut prendre avec un grain de sel les chiffres optimistes présentés par T()Nl I sur le retour des dé placés à leur lieu d’origine comme signe de reconciliation multiethnique.Il n’y a peut-être pas plus pessimiste que Mir-jina Kasapovic, politologue croate à Zagreb, pour ce qui concerne la suite des événements.Elle dénonce «l'illusion [d’une société harmonieusement multiethnique | qui court sur le marché politique des idées à propos de la réforme du régime de Dayton».Une illusion en forme de nostalgie pour la Bosnie-Herzégovine socialiste d’avant-guerre: «Bien au amtraire, elle a été, au long des siècles de son histoire, une société religieusement et ethniquement divisée en profondeur, où les trois communautés — Croates catholiques, Bosniaques musulmans et Serbes orthodoxes — ont vécu dans des sociétés parallèles.» Mme Kasapovic prédit que la RS pourra continuer d'exister et de renforcer ses prérogatives sous Dayton 0.A côté, dit-elle encore, la Éédéra-tion croato-musulmane deviendra de plus en plus exclusivement musulmane: les habitants d’origine croate n’y sont plus que 400 000 alors que Zagreb leur accorde automatiquement la citoyenneté en Croatie depuis l’indépendance.Dans ces conditions, croit-elle, la Bosnie, devenant à terme un État serbo-musul man, finira probablement par éclater.Fragilité régionale la grande entreprise de natum building en Bosnie repose au demeurant sur une délicate gestion des tensions à TécheDe des Balkans, où Tultranatio-nalisme demeure à fleur de peau.11 n’est pas impensable que le Monténé gro se sépare de la Serbie à la suite d’un référendum qui pourrait être déclenché Tannée prochaine.Et si, pour l’instant les leaders de Tentité serbe de la Republika Srpska ont enterré leur rêve de Grande Serbie (avec capi tale a Belgrade) pour embrasser celui de l’Europe, de quelle maniéré les négociations qui viennent de s’ouvrir en parallèle sur k* -statut final» du Kosovo, où la majorité réclame Tin dépendance, inffaenceront-ettes leur position?Certains en Serbie et en Bosnie laissent entendre que si la Serbie perd le Kosovo, le territoire de la RS, qui enclave la Fédération croato-musulmane, devrait lui être rattaché en compensation.Par la Bosnie passe fa stabilité de toute fa région.Aussi, Mme Rice déclarait il y a deux semaines qu'-une excellente occasion» s'offrait «de rétablir fa sécurité, de créer une véritabk* démocratie en Bosnie et de faire en sorte qu’une véritable réconciliation prenne forme dans les Balkans».Vue de l'esprit?La balle est dans le camp européen, le désengagement de Washington s’étant accéléré depuis les attentats du 11 septembre 2001 et l'invasion de l’Irak.Parallèlement, l'échec de TUE dans les Balkans au cours des années 90 — ce qui avait forcé les États-Unis a venir a fa rescousse — a fait prendre conscience aux Européens de fa nécessité de dévefopper une politique étrangère et sécuritaire qui leur soit propre Ainsi que l’affirmait en septembre dernier Javier Sobna, haut représentant pour fa politique étrangère et fa sécurité commune de l’Union européenne, les Balkans, «plus que toute autre région du monde, sont une responsabilité européenne Nous n’avons tout simplement pas les moyens d’échouer».Le Devoir « Personne au monde n’aurait pu prédire que nous connaîtrions un tel succès » Michel David Les petits détails Les petits détails qu’on neglige sont souvent plus révélateurs d’un état d'esprit que les grandes declarations dont chaque mot est soupese par de brillants stratèges qui ont dépensé une fortune en sondages et en focus groups pour en mesurer l'impact.Du passage de Stephen Harper à Québec, ce n’est pas la promesse de créer un nouveau poste de directeur des poursuite.- publiques indépendant du gouvernement qui a retenu l’attention nuiis l'attitude méprisante du chef conservateur envers ses propres candidats.En commençant sa campagne au Québec, il voulait sans doute démontrer toute l’importance qu’il lui accorde, mais il a envoyé le signal inverse.Dans une campagne électorale, où les chefs de parti sont soumis à un stress incessant, les bavures sont inévitables.Si M.Harper avait tout simplement oublié de présenter ses candidats, on aurait toujours pu invoquer la nervosité d'un début de tournée dans une langue qu'il ne maîtrise pas.le problème est qu'il ne connaissait même pas leur nom.Quand un journaliste lui a demandé de les identifier, il Ta aussitôt renvoyé à ses adjoints.«Notre organisation va vous donner une liste», a-t-il dit.Il serait préférable qu’il en ait lui-même une en poche.On peut présumer qu'il connaissait Josée Verner, candidate dans Louis-Saint-Laurent, qui travaillait A son bureau et représente probablement le seul véritable espoir de victoire conservatrice au Québec, mais il aurait été encore plus gênant de ne présenter qu elle.Pouvez-vous imaginer que M.Harper commette un tel impair à Toronto?En toute justice, il faut reconnaître que le chef conservateur a f;dt de gros efforts pour être plus pnS sent au Québec depuis les élections de juin 2004, mais il semble y être aussi à Taise que dans un champ de mines.Où qu'il soit, il semble toujours avoir envie d’être ailleurs, direz-vous.Tout le contraire de Jack Inyton.qui a Tair d’être chez lui partout mais qui n’a pas essayé de prétendre que le Québec étiüt important pour le NPD en s’y précipitant dès la première semaine de campagne.?Même si tout le monde sait que les libéraux n'en ont eux aussi que |K>ur l’Ontario, Paul Martin avait au moins l’excuse de représenter lui-même un comté du Québec.Et journaliste de TVA affectée à sa campagne a néanmoins relevé un autre de ces détails aussi embarrassants que révélateurs lors de l’assemblée que le PI AT a tenue à lovai mercredi soir.les libéraux, fédéraux aussi bien que provinciaux, ont toujours été particulièrement friands de visites dans les centres d'accueil pendant les campagnes électorales, mais il y a quelque chose de profondément choquant dans cette exploitation de personnes âgées qu’on a attirées au rassemblement libéral sous de fausses représentations.Simple bavure de fa part d’organisateurs trop zélés, objectera-t-on.Peut-être, mais le message était néanmoins clair: le PEU tient pour acquis que les personnes âgées sont nécessairement fédéralistes, donc libérales.Dès lors, il suffit de leur promettre de petits sandwichs pour remplir les salles à peu de frais.Et même si les sandwichs ne sont pas au rendez-vous, cela n’a aucune importance.Bien sùr, M.Martin n'était pas au courant de cette scandaleuse indélicatesse, mais elle est très révélatri ce de l’utilisation que les libéraux font de fa question de l'unité canadienne: elle justifie tout.le juge Garnery a dénoncé ce qu'il a appelé fa culture du «tout m’est dû».Elle s'accompagne du réflexe tout aussi détestable du «tout m’est permis».Jusqu’à tout récemment, M.Martin avait laissé aux lapierre et Pettigrew les éruptions d’antisépa ratisme primaire, mais le déclenchement des élections lui a fait perdre toute retenue.C’est un terrain sur lequel il a déjà démontré sa capacité de dérapage.U>rs de sa seule incursion dans la campagne référendaire de 1995, il s’était couvert de ridicule en déclarant qu’un Québec souverain pourrait perdre un million d’emplois.Stephen Harper ?D’une maniéré ou d’une autre, on peut compter sur les libéraux et les conservateurs pour meubler l’espace médiatique au cours des prochaines semaines.A en juger par ce début de campagne, c’est le Bloc québécois qui risque l'essoufflement Le surf sur le scandaje des commandites a tout de même des limites.A moins que la stratégie du Bloc ne consiste précisément à laisser toute la place aux autres partis.Il a choisi de déballer toute sa plate-forme d’un coup au premier jour de la campagne.Il est vrai qu’on voit mal quel suspense un parti condamné à l’opposition pourrait bien entretenir.Cette fois-ci, même le slogan est d'une banalité navrante.Remarquez, fa plate-forme n’est pas si mauvais*- en soi.Elle peut même présenter un certain intérêt si on n'a pas lu celle de 2004 A défaut d'étonner, c’est plein de bon sens et bien docume nté.Sauf l’inévitable conclusion sur fa souveraineté, reprise comme une litanie, ce programme conviendrait parfaitement à Jean Cbarest On y retrouve presque tous les griefs de son gouvernement à l’endroit d’(ittawa.De ce document de 202 pages, on a surtout retenu cette idée de présenter dès maintenant une équipe nationak- du Québec aux tournois internationaux de soccer et de hockey Invité a préciser quels joueurs il verrait dans l’équipe de hockey, Gilles Duceppe s’est limité aux gardiens de but.Avec José Théodore, Martin Brodeur et Roberto Luongo, le Québec aurait un super trio de gardiens, estime le chef du Bkx: C'était compter sans le plus grand admirateur des hockeyeurs francophones, l'ineffable Don Cherry, récemment élevé au rang d'intellectuel numéro un au Canada par les lecteurs du National Bost «A-t-il jeté un coup d'œil à leur moyenne dernièrement?», a-t-il demandé.Dans une ligue qui compte 30 équipes, Théodore, Brodeur et Ixiongo se classent actuellement aux 22', 23' et 24’ rangs.Le meilleur gardien canadien de l’heure est Curtis Joseph, un Ontarien, a souligné Cherry.Toujours les petits détails.mda vidfa le de voi r.com B 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET D I M A N H E DECEMBRE 20 0 5 D I T 0 R I A L La guerre des impôts La campagne électorale fédérale est à peine lancée que, déjà, les deux partis susceptibles de gouverner le Canada au lendemain du 23 janvier nous promettent le paradis fiscal avant la fin de nos jours! Tant mieux pour nous, pauvres salariés, mais comment choisir entre un parti qui s’attaque à ce qu’il a lui-même créé et un autre qui défend ce qu’il a longtemps promis d’abolir?L a promesse du chef conservateur de réduire la TPS de 1 % en janvier, puis d’un autre point de pourcentage d’ici cinq ans, a suscité la désapprobation unanime et immédiate des autres chefs de parti.Malgré cette réaction prévisible, les chefs du Bloc, du NPD et du PLC devront reconnaître que M.Harper vient de prendre l’initiative dans une bataille où il est donné perdant Cela s’explique par le fait que la TPS est une des formes d’imposition les plus visibles, pour ne pas dire les plus agaçantes.A tel point que les commerçants ont appris à jouer sur la mauvaise réputation de cette vilaine taxe, par exemple en offrant à leur clientèle de «payer les deux taxes».Sur le plan électoral, M.Harper a donc visé juste.Sur le plan économique cependant les choses sont plus complexes.Le principal argument en faveur de la réduction de la TPS comme mesure d’allégement fiscal est celui de la régressivité des taxes indirectes, qui touchent indistinctement tous les consommateurs, des plus pauvres aux plus riches.C’est d’ailleurs pour cette raison qu'en créant la TPS, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney l’avait accompagnée d’un crédit annuel qui atteint maintenant 574 $ pour les ménages dont le revenu annuel s’élève à moins de 30 000 $.Réduire cette taxe favoriserait tous les consommateurs mais surtout ceux de la classe moyenne, qui dépensent la quasi-totalité de leurs revenus sans avoir droit au crédit de TPS.Malgré cela, s’il faut choisir entre la diminution de la TPS et la baisse des impôts personnels, la seconde approche est encore plus équitable et surtout plus efficace sur le plan économique.Plusieurs raisons justifient cette affirmation.Au chapitre de l’équité, il suffit de réduire les taux d’imposition de la catégorie de revenus qu'on veut favoriser pour atteindre l’objectif.L’avantage de cette approche, c’est quelle encourage le travail, fortement pénalisé par l’impôt, et laisse aux gens le choix entre dépenser ou épargner.Pour ce qui est de l’efficacité économique, on constate à l'heure actuelle que les dépenses des ménages canadiens sont à ce point considérables qu’il y a risque d’inflation.Leur taux d’épargne est si bas et leur niveau d’endettement si élevé que la moindre hausse des taux d’intérêt en acculera plusieurs à la faillite.Dans ces conditions, il devient illogique de proposer une mesure qui aurait pour effet de stimuler davantage les dépenses et de favoriser l’endettement.Autre facteur moins visible mais tout aussi sérieux: en réduisant la TPS, on encourage l’achat de produits dont une large portion provient de pays étrangers (surtout la Chine, le Japon et les Etats-Unis).Pour stimuler notre propre économie, qui repose avant tout sur les exportations, il vaut mieux réduire les impôts de nos travailleurs, ceux de haut niveau comme les autres, à la fois pour les retenir et pour réduire la pression des salaires sur les coûts de production de nos entreprises.Du temps de Jean Chrétien, les libéraux fédéraux n’ont jamais donné suite à leur promesse d’abolir la TPS parce que cette taxe procure des revenus plus stables que l’impôt sur le revenu et s’avère plus efficace sur le plan économique.Une fois atteint le déficit zéro, le ministre Paul Martin a lui-même convaincu son patron qu’afin d’accroître la compétitivité du Canada, il valait mjeux s'attaquer aux impôts sur le revenu, plus élevés ici qu’aux États-Unis.C’est d’ailleurs cette même logique qui avait conduit le gouverne ment de Brian Mulroney à introduire la TPS dix ans plus tôt.Cela étant, qu'on ne s’y trompe pas: si Stephen Harper promet aujourd’hui de réduire la TPS, ce n’est pas parce qu’il a renié le passé et la théorie économique d’un même élan.C’est simplement pour gêner le Parti libéral qui, lui, a renié sa promesse d’éliminer la TPS.En fait, grâce aux milliards de dollars cfexcédents fédéraux prévus pour les prochaines années, M.Harper pourra tout se permettre pendant cette campagne: par exemple, promettre une baisse de la TPS un jour et un programme de réduction des impôts personnels encore plus généreux que celui des libéraux le lendemain.En effet, ce qui agace le plus les conservateurs, ce ne sont pas les baisses de taxes ou d’impôts mais les augmentations de dépenses.Or, des promesses de nouvelles dépenses, Dieu sait qu'on en a entendu de la bouche des ténors libéraux depuis quelques semaines.Gageons que s’il est élu le 23 janvier prochain, Stephen Harper ne se gênera pas pour annuler bon nombre de ces engagements téméraires au profit de son propre plan tout ce qu'il y a de plus conservateur.Jean-Robert Sansfaçon LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE M PK°l>UCTÏ0* WAL-MART STRAiT-fu/f Ççuuf'A F*iRS TPAv/RllÊR Ea/FAnTç?Au fat* bft BELLES-flot Votrt CRo%i i«CoRi V X J» 4 Lî.- V S î; \0 m •TT «r M n w ?A -V * IV! O- u» M > 5 II tfrfriXre ' -UOMTO! (( 4 \ * 1 * e s/* A*/ V Oe /.L.¦w.¦T — -SÇÇûfc Le protocole de Kyoto !/¦ monde n’a pas été créé pour une société industrielle.C'est de cela qu’il s’agit et dont il vous faut prendre conscience.La société industrielle est contraire à la nature et détruit tout Voyez le saccage de nos forêts.Voyez le crachin de la fumée des usines qui s'accumule dans l’atmosphère et nous sera rendu sous forme de déluges ou de sécheresses.Voyez tous ces produits chimiques que l’on déverse dans la nature et qui empoisonnent les sols et les eaux souterraines.Voyez tout le miracle de la création qui s’assombrit L’espèce humaine survivra-t-elle à ce gâchis?Qu’adviendra-t-il de notre planète?Il nous faut remettre cette civilisation en question sinon elle nous détruira.Si l’homme vient à disparaître, le temps effacera tout de son passage.Lorsque la vie renaîtra sous d’autres formes, qui donc saura que nous aurons existé?Raymond Lévesque Umgueuil, novembre 2005 La détresse des enfants donnée en pâture aux consommateurs d’info-spectacle Ixi réflexion de Jean-Claude Leclerc dans l’édition du 28 novembre du Devoir, «La réputation des journalistes - Menaces et solutions», a mis en lumière l’éternelle ambivalence des médias, pris entre leur mission d’information et leur mandat de rentabilité.Cette réflexion trouve écho dans notre domaine où la détresse des enfants est souvent donnée en pâture aux consonunateurs d’info-spectacle.Il est important de souligner que de nombreux journalistes que je côtoie dans mon travail ont une éthique professionnelle et une ri- LETTRES -+- gueur dans leur souci d’information.Malheureusement, pour d’autres, la détresse des enfants est une excellente recette pour attirer l’attention et garnir les cotes d’écoute.Certains accusent les centres jeunesse de se rabattre derrière la confidential régie par les lois, dont la Loi sur la protection de la jeunesse, pour refuser de donner de l’information sur la vie privée des enfants, des jeunes et des familles en difficulté.Il est important de rappeler que les journalistes et les médias sont soumis aux mêmes articles de loi.fl est vrai qu’il nous est impossible de dévoiler une information privilégiée ayant trait à la clientèle: cependant, il est toujours possible d’expliquer les méthodes d’intervention appliquées dans une situation similaire ou de faire ressortir la détresse des enfants aux prises avec une problématique sociale.Ce n’est pas ce que recherchent certaines personnes car cela ne vend pas.En conséquence, au nom du droit à Ltinformation», il leur faut ajouter un nom à une réalité dépassant souvent la fiction et une interprétation sans nuances où l’intervenant social est incompétent et méchant puisqu’il ne veut rien dire alors que le parent, lui, est la victime impuissante devant une organisation qu’on aime associer à une machine.Le journaliste-spectacle qui utilise la détresse des enfants et des familles comme un objet porté et jeté n’a d’intérêt pour ces gens que lorsque les projecteurs sont braqués sur lui en s’indignant sur la place publique.Demain, un autre sujet croustillant fl s’agit d’une façon de faire qui ne vise pas la compréhension mais qui a pour but d’attirer l’attention des spectateurs.J’encourage les membres et les non-membres de la FPJQ, qui entame son congrès ce week-end, à dénoncer cette manière douteuse de présenter l’information, qui n’apporte aucun gain à la cause de ces enfants en difficulté.Je tiens aussi à préciser que des journalistes s’intéressent vraiment à ces enfants avec le souci de préserver leur vie privée tout en infor- mant et en éveillant la conscience du public.Parmi eux, certains prennent même la peine de s’enquérir de leur état dans un but strictement humain.Certains d’entre eux réussissent même à faire changer les choses.Ds ont la sensibilité et l’intelligence nécessaires pour mettre le doigt sur les aspects à améliorer sans démoraliser les professionnels qui doivent poursuivre leur intervention auprès de ces familles et, surtout, sans miner la confiance du public envers le réseau de protection des enfants.Judith Laurier Association des centres jeunesse du Québec Le 2 décembre 2005 Le Bloc nuit à la souveraineté Le ministre Benoît Pelletier se fourvoie en grand en alléguant qu’un vote massif pour le Bloc québécois nourrirait l’élan vers la souveraineté.C’est exactement le contraire.Faites le plein de souverainistes à Ottawa et les Québécois trouveront cela tellement commode et «confortable» qu’ils se diront, en petits malins qu’ils sont, qu’ils n’ont pas besoin de faire la souveraineté du Québec puisqu’ils sont «forts» au sein du Canada.Il en serait d’une telle situation comme il en a été en 1973 lorsque Robert Bourassa, après avoir fait le plein de députés (102 sur 110), a pris la plus belle débarque trois ans plus tard au profit du Parti québécois.Bref, rien de mieux pour susciter l’amour du fédéralisme chez les Québécois qu’un accroissement de la présence bloquiste à Ottawa.Et ainsi, tout le monde sera content les fédéralistes parce que leur Canada en sera conforté; les souverainistes parce qu’ils seront plus présents (en nombre).Le meilleur des mondes, quoi.L’essayer, c’est l’adopter.Denis Beauté Montréal, le 2 décembre 2005 R E V II E PRESSE Premier rôle M a n on Cor nellier arper! Harper! Harper! 11 n’y a pas de doute, le chef conservateur Stephen Harper a volé la vedette toute la semaine, mais les critiques n’ont pas tous apprécié le spectacle.Le premier acte — l’engagement de reprendre le débat sur le mariage gai — lui a valu une votée de bois vert, mais aussi des applaudissements.11 était prérisible que plusieurs commentateurs jugeraient le geste mal avise et Kevin Martin, du Calgary Sun.résume bien leur point de vue.11 parie d’un pas en arrière inutile sur ime musique que les Canadiens ne veulent plus entendre, ayant des préoccupations plus urgentes.Et en phis, Harper se retrouve à jouer le jeu des libéraux, croit Martin.Il convient que la campagne sera longue, mais il ne croit pas que les électeurs pourront oublier ce premier engagement du chef conservateur qui vise à retirer mi droit à une minorité.Son collègue Michael Platt traite carrément Harper de stupide.Il convient que le chef conservateur a fait preuve de franchise mais, pour lui.«Harper est de toute evidence un homme très simple, qui s en tient à ses convictions sans tenir compte du portrait d'ensemble».Ce sont deux quotidiens favorables au mariage gai qui sont venus à sa défense.D' Ottauu Citizen estime que le chef conservateur, lié par ses engagements anterieurs et le programme de son parti, pouvait difficilement s'esquiver.Il a eu le mérite de traiter les électeurs avec respect en répondant sans de-tour, même si le contraire aurait été politiquement plus rentable.Le Edmonton Journal est du même avis.«H a tait ce que la plupart des électeurs souhaitent et ce que la plupart des politiciens prétendent devoir être la norme lorsqu'ils s'accusent d’avoir un plan caché: refuser de rester silencieux par opportunisme sur quelque chose de controversé qu'il ferait une fins au pouvoir.» Cela ne signifie pas qu’il faille être d accord avec ses plans, mais «s» nous ne voulons pas que tous nos politiciens nous servent les mêmes généralités, nous forçant à lire souvent incorrectement entre les lignes, nous ne devons pas les condamner quand ils se risquent à donner des détails honnêtes».le deuxième acte du spectacle conservateur — la création d’un poste de procureur indépendant — s'est enlisé dans un cafouillage en plus d’être accompagné d’un impair inouï.Le chef n'a jamais cru bon de présenter ses candidats de la région de Québec.S’il avait fallu que la semaine se termine sur cette note, Stephen Harper serait sorti amoché au tournant.Mauvaise idée, démonstration d’ignorance crasse des rouages du système judiciaire canadien, improvisation, tout y a passe.Au point où Don Martin, du National Post et du Cal-gary Herald, a compare Happer à son prédécesseur, le gaffeur Stockwell Day.Mais est arrivé le troisième acte — la promesse de réduire la TV’S.Les manchettes, les photos avantageuses et les commentaires ont fait oublier d'un coup le décollage difficile, et tout ça en gardant toujours les conserva-teurs à la une de presque tous les journaux.«Oubliez les theories économiques, la promesse de Stephen Harper de réduire la TPS est un coup de genie politique qui a fermement placé les conservateurs en contrôle de l'ouverture de cette campagne électorale», écrit John Ibbitson à la une du Globe and Mail.Ibbitson note que cette reduction ne fait aucun sens économiquement.«Mais qui se soucie de ce que pensent les économistes?Les conservateurs ont des elections à gagner et réduire la TPS pourrait être la dé pour les gagner», ecrit-fl.Abaisser fa TES est psychologiquement plus efficace que les éternelles promesses de baisses d’impôt En phis, cela permet de mettre les libéraux sur fa defensive.Eux qui avaient promis de l'abolir se retrouvent dans le rôle de défenseurs et associes à Brian Mulroney Même si Chantal Hebert, du Toronto Star, compare La presse du Canada le spectacle de l'annonce à un commercial plutôt qu’à un exposé digne de l'économiste qu’est M.Harper, elle souligne combien le geste est astucieux.Peu importe les mérites de cette promesse en matière de politique publique, ce sont ses qualités électorales et politiques qui détermineront son succès.Les conservateurs ont aussi réussi à transformer une taxe qu’ils ont créee et qui les a un jour coulés en un avantage, et ce, simplement en s'engageant à la diminuer.En plus, cela leur a permis de prendre l’avantage dans fa campagne après une semaine passée à imposer l’ordre du jour.La chroniqueuse voit toutefois un danger à l'horizon.«Lors des dernières élections, les conservateurs avaient de la difficulté à chanter à partir du même recueil de chansons.Cette année, c'est la détermination de Harper d'agir en soliste qui pourrait provoquer des fausses notes.» Mais au bout du compte, un bilan de fa première semaine de campagne dans le Globe and Mail soulignait combien Harper avait pris les commandes.Fait à noter, il n’était déjà phis question des mariages gais.Paul Martin devait ronger son frein, lui qui n'a alimenté la machine à commentaires qu’au tout début de la campagne avec son insistance à vouloir faire campagne au Québec sur l’unité canadienne.Chantal Hébert, du Star, et John Ibbitson.du Globe, pensent que le chef libéral ne cherche qu’à rallier les fédéralistes québécois et à arracher des sièges en Ontario.Ce qui.croit Ibbitson.rendra une fois de phis les gens de l’Ouest furieux.Selon les deux journalistes, Martin se rabat sur l’unité canadienne car il n'a plus d’autre carte qui l’avantage face à Harper.C'est le seul domaine, selon tous les sondages, où les Ontariens font davantage confiance aux libéraux qu'aux conservateurs.Donc, ajoute Ibbitson.c’est le seul enjeu avec lequel les liberaux peuvent esperer faire peur au monde.La remontée de fa ferveur souverainiste est attri- buable en partie au scandale des commandites, donc aux libéraux, notent les deux chroniqueurs.As trouvent la stratégie dangereuse pour le pays.Ibbitson pense quelle ravive les tensions et joue le jeu des bloquâtes.Et si les libéraux devaient se heurter à un mur au Québec, que faudrait-il conclure?Paul Martin est aussi aux prises avec une controverse toute libérale à propos du candidat-vedette Michael Ignatieff.Les liberaux se défendent de l’avoir parachuté dans Etobicoke-Lakeshore, mais les dirigeants du parti ont si bien trituré les règles de mise en candidature que personne n’a pu se conformer aux exigences, à part.Ignatieff Même s’il vivait encore cet automne à Boston et les deux autres intéressés, eux, dans le comté.Ignatieff fait aussi l’objet d'une fronde de la part de l’importante minorité ukrainienne locale pour des écrits qui semblent toutefois avoir été mal interprétés.Mais le plus intéressant dans tout ça reste des faits mis en lumière par Susan Delacourt, du Toronto Star.Elle relève qu’lgnatieff est vu par certains comme un successeur potentiel de Martin.Or.même s’il semble avoir la bénédiction du chef libéral, ceux qui poussent l’universitaire à se lancer en politique ne sont pas ceux qui ont orchestre l’arrivée au pouvoir de Martin.Delacourt qui a écrit un livre décrivant la campagne de Martin contre Chrétien, se demande si on n’est pas en train d’assister à l’émergence d’une fronde similaire, mais contre Martin.Jack Layton, lui, n’a soulevé aucune vague.Gilles Duceppe.par contre, a fait jaser avec son idée d’équipé de hockey québécoise.Le Toronto Star y est même allé d’un éditorial.Pourquoi pas alors une équipe torontoise ou ontarienne?«Peu importe combien Duceppe le souhaite, quand on en vient au sport national du Canada, le Quebec n'est tout simplement pas distinct», conclut le quotidien.m comelliera ledevotr.com A LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DÉCEMBRE 2 0 0 5 B 5 DEES En marge de l’assemblée annuelle du Conseil de presse et du congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec L’impact de Xinfotainment RAYMOND CORR1VEAU Président du Conseil de presse du Québec * a capacité d'information est aujourd’hui exceptionnelle.Des journalistes font des enquêtes qui changent le cours des dé-cisions gouvernementales, d'autres se prononcent ouvertement contre certaines positions affichées par les propriétaires d’entreprises de presse et nous pouvons assister en direct à une commission d’enquête qui interroge sévèrement l’agir gouvernemental.Les entreprises de presse investissent des sommes importantes aussi bien dans leur service de nouvelles que dans la mise à jour de leurs infrastructures afin de maintenir une offre de qualité à tous les utilisateurs de médias.Tout cela témoigne d’une maturité exceptionnelle des grands acteurs médiatiques du Québec.Certaines tendances troublent toutefois ce miroitement paisible de la situation actuelle.Depuis un moment déjà, on nous annonce la mutation fondamentale de notre organisation sociale en société de l’information.Les premiers penseurs postmodernes ont formulé une autre version de ce même monde.Dès les années 80, Guy Debord prédit plutôt l’arrivée de la société du spectacle.En fait, les deux conceptualisations semblent se chevaucher, mais pas toujours dans l’intérêt du public ayant droit à une information juste et de qualité.Il arrive que les capacités technologiques en viennent presque à surdéterminer les contenus.Les exigences de la couverture en direct laissent bien peu de temps à l’examen ou à l'analyse, par exemple.Les artisans doivent alors redoubler de prudence afin de ne pas devenir la victime des moyens qui les portent Mais là où nous devons faire un sérieux effort de réflexion, là où un questionnement s’impose, c’est dans le phénomène d'attraction des auditoires en utilisant un amalgame parfois douteux d’information et d’amusement maintenant appelé infotainment.Tendance lourde Cinfotainment décrit une tendance lourde qui va du soft news, donc la focalisation sur une actualité superficielle, à la commercialisation proprement dite de l’information comme de sa mise en forme.Par soft news, on entend une attention médiatique portée sur des événements superficiels ou, pire encore, des événements sérieux superficiellement abordés qui se mélangent dans le sensationnalisme, sans oublier que certains sujets sont loin de s’inscrire dans une perspective de pertinence sociale.Dans cet univers, l'information socialement nécessaire laisse souvent trop de place au spectacle et à l’humeur d'animateurs-vedettes.L’information, le hard news, en contrepartie, se veut strictement redevable au temps.Non quelle ne puisse pas s’échelonner dans le temps mais bien qu’elle doive atteindre, par intérêt social, la sphère publique le plus rapidement possible.Les hard news arrivent par contre à se définir difficilement au chapitre du contenu car l'intérêt public demeure un domaine difficile à circonscrire: presque toutes les thématiques peuvent s’y engouffrer.Le traitement fait toute la différence: on tente de diversifier les sources et les points de vue, on analyse le sujet grâce à des personnes-ressources ou des journalistes spécialisés, bref, la production de sens domine sur la production d’une «émotion».Assez curieusement, le débat entre les tenants de Xinfotainment et ceux qui privilégient les hard news n'a pas vraiment lieu, en ce sens que les premiers le pratiquent et que les seconds ne peuvent que commenter.Ce sont deux mondes qui ne communiquent pas entre eux.Le magazine Le Trente s'est intéressé une première fois à cette problématique dans son numéro consacré au mélange des genres journalistiques.Retenons particuliérement deux contributions, d'abord l’explication faite par Pierre Vennat sur l’intrusion du marketing dans la logique de l'information.Il explique toutes les avenues prises par le marketing pour «encadrer» le monde de la nouvelle.Sans être automatiquement malmenée, la nouvelle devient assujettie, estime-t-il, a la logique de mise en marché de l'information.Cette formule, souvent rentable, se réalise dans l’assentiment populaire.David Longpré participe au Trente comme enseignant aux futurs jouma- p* i m SOURCE RADIO-CANADA Infoman lui-même, Jean-René Dufort, un des nombreux visages de Vinfotainment.listes.Il apporte un éclairage complémentaire sur ce phénomène.Il documente la confusion, voire la désorganisation intellectuelle que produit le mélange des genres chez ses étudiants.Si les futurs journalistes entretiennent une confusion sur leur rôle et leurs fonctions futures, malgré la présence régulière de formateurs pour corriger le tir, qu’advient-il du citoyen ordinaire?Cette question nous laisse songeurs sur l’effet de la confusion des genres et notamment celui de Xinfotainment sur le grand public.Des critiques Le phénomène de Xinfotainment prenant de l'ampleur, il ne pouvait certes pas être épargné par la critique.Aux fins de l'argumentation, limitons-nous à certaines d’entre elles.News Flash de Bonnie Anderson, auteure et journaliste, parle de la disparition d’une tradition rigoureuse du journalisme au dépend d’une information gouvernée par l’industrie du divertissement C.Page, chroniqueur au Chicago Tribune, avec un titre non équivoque, Infotainment Shrinks the News, termine son propos en espérant que cette formule finira par attirer de nouveaux auditeurs au monde de l’information.Ce postulat souvent invoqué par les adeptes du divertissement de l’information, est pourtant contredit par une étude de Thomas E.Patterson, professeur a Harvard a la Kennedy School of Government Le divertissement de l’information attire peut-être quelques nouveaux auditeurs à court terme, dit-il, mais cela se fait non seulement au détriment d'une déperdition d’auditoire sérieux mais aussi d’une perte sévère de crédibilité et de légitimation des organismes de presse.En fait il arrive à formuler le constat repris dans plusieurs ouvrages, que les médias sous cette tendance lourde participent finalement à l’érosion du processus démocratique et au désintéressement des électeurs à la chose politique.Si les propos de Patterson peuvent surprendre, nul ne peut ignorer le jugement sévère du milieu artistique envers le monde de l'information dans la dernière parution du Trente aussi bien que la condamnation sans appel des lecteurs de Im Presse du 6 octobre dernier: lassitude des excès de Xinfotainment, biais potentiel de la nouvelle, mais aussi questionnement plus profond.Plusieurs de ces lecteurs pourraient s’inscrire dans la pensée d’un Rifkin, qui déclare que la vie ne doit pas être qu’une expérience commerciale.Pour sa part, dans son ouvrage intitulé Télémorphose, Jean Baudrillard laissera de côté les attaques sur la superficialité proposée par l’activité télévisuelle pour emprunter une critique plus radicale: il parle du long terme, d’une démarche globale de désocialisation.Mais dans l’industrie des médias, dans la situation actuelle, qui peut s’offrir une perspective à long terme?Le rendement ne se conjugue plus sur le long terme.Et ici D serait faux, par contre, de dire que le monde de l’information est monolithique a l'endroit de Xinfotainment.Des questions bien concrètes ont été posées par nombre d’éditorialistes et de chroniqueurs d'ici sur les dangers de la partialité de la nouvelle et de son traitement lorsque des paramétrés exogènes à l'information sont pris en considération.Qu'arrive-t-il de la recherche des faits, de la perspective équilibrée de l’information, du danger de conflits d’intérêts?, ont-ils demandé.Il devient de plus en plus difficile de justifier l’investissement de sommes importantes pour produire une infor- mation rigoureuse et de voir s’établir une concurrence basée sur la frivolité ou, pire encore, sur l’insulte.Tous comprendront que dans un tel contexte, la mission du Conseil de presse, soit le maintien du droit du public à une information juste et de qualité, n'est pas une mince affaire.Comment écouter et donner suite aux arguments des uns sans empiéter dans le droit de gérance des autres?Notre rôle n’est pas non plus de définir les nouvelles formes télévisuelles.Mais comment pouvons-nous accepter la marchandisation de la nouvelle sans brader les principes qui justifient notre propre existence?La séparation en deux réalités qui n'arrivent pas à se rejoindre est peut-être phis préoccupante que l'antagonisme même des positions exprimées.Comment pouvons-nous, comme institution sociale, diminuer ce clivage, comment pouvons-nous réussir à faire cohabiter ces deux mondes?La réponse n’est ni simple ni rapide, elle est sans doute processuelle.Nous devons exercer la fonction d’un tribunal d’honneur, certes, mais ne devons-nous pas aussi être ce dont nous sommes constitués, c’est-à-dire des citoyens d’origines et d’intérêts divers qui réfléchissent et analysent la pratique de l’information.Le Conseil de presse doit agir comme moteur de dialogue sur ces questions.Que nous en prenions conscience ou pas, nous sommes depuis toujours un lieu d'échange, notre constitution tripartite l’impose.* Ce texte, publié dans le Rapport d’activités 2004-05 du Conseil de presse, n’est pas l'expression d’une prtsition officielle du conseil, n’étant pas soumise à l’approbation de son conseil d’administration, mais une position personnelle de son président.Denise Bombardier Se bercer d’illusions On aime croire, dans le microcosme québécois, que nous sommes une société ouverte, affranchie autant de ses démons que de ses contraintes passées, que nous représentons d'une certaine manière le fer de lance du progrès comportemental.Dans le vocabulaire du jour, on dit qu'on est cool, pas pogné, pas macho, pas scandalisable, bref, libéré en attendant d’être libre.On n'écœure personne et notre morale si' résume à une phrase: «Si c’est bon pour toi, fais-le.» D’autres diraient que nous sommes des parvenus de la tolérance.ce qui expliquerait notre difficulté à accepter les discours qui ne cadrent pas avec notre nouveau paradigme de la tolérance absolue.11 faut pratiquer quelque peu le débat et la polémique pour découvrir la fausseté de ce discours lénifiant.les intolérants, les «toé, tais-toé» si chers à Maurice Duplessis, sont légion.Internet leur sert efficacement de canal d’épandage de leur venin qui masque bien mal leur pleutrerie.A court d’arguments.ils se rabattent sur les lieux communs de l’insulte, à savoir le physique ou le caractère de la personne qu’ils tentent de blesser faute de pouvoir la convaincre intellectuellement de ce qu’ils n’arrivent pas à faire par ignorance ou par aveuglement Depuis quelque temps, nous sommes nombreux dans les médias à constater une nette aggravation des attaques dont on ixuit être la cible lorsqu'on fait métier d’émettre des opinions ou de susciter la controverse.Ix*s faits divers d’une société lui servent, toujours de révélateurs.Les faits divers sont un enseignement qui permet de comprendre les courants sociaux.La façon dont les gens se suicident, par exemple, donne des clés pour comprendre la société.La pendaison, la défenestration et la noyade ren-; voient à des caractéristiques sociales particulières.De même, le genre d’attaques auxquelles on fait face' est un révélateur.?On me pennettra ici de citer ma propre expérience.; De trop nombreux lecteurs ou téléspectateurs mettent en avant mes supposées frustrations sexuelles ixiur expliquer à leurs yeux l’inexplicable, c'est-à-dire le fait que je ne pense pas comme eux voudraient que je pense.1 fill idle dlmaginer des collègues mâles, y compris, les plus extrémistes du genre Jeff Pillion, se faire taxer de mal baisant ou, plus brutalement, d'impotents! sexuels pour expliquer leurs prises de position.Et ceux qui se bercent de l’idée que ces commentaires' sont uniquement le fait des hommes si* trompent Une proportion renversante de femmes use de ces at-i laques.Comme quoi l’intelligence qu'on accorde à, une femme demeure antinomique d’une tenace et honteuse conception de la féminité.Que dire aussi de l’argument de l'âge, dont on use et abuse en oubliant que personne n’y échappe?Et que signifie cette insulte — car, dans la bouche de' ceux qui l’utilisent, c’en est une — lorsqu’elle s'adresse à une femme?line jeune chroniqueuse, dont je tairai le nom car elle ne rêve que de notoriété, a déjà écrit' dans son journal que la ménopause était à l'origine de mon opposition au mariage gai, oubliant que Todieux argument hormonal pouvait s’appliquer à toutes les fenunes victimes du syndrome prémensfruel.Or on imagine sans peine les hauts cris de cette dernière et de ceux qui pratiquent ce genre d’anathèmes contre les «vieux» et dans ce cas, les «vieilles» si on leur rendait la pareille.Depuis quand les jeunes cons se trans-forment-ils en vieux sages?En ce sens, l’âge n’a aucune vertu particulière, la jeunesse comme la vieillesse ne représentant que des étapes chronologiques dans-des vies plus ou moins actives, réussies ou insignifiantes et velléitaires.«Décollez, prenez votre retraite»: voilà le type de suggestions auxquelles on doit ol> tempérer faute de confonner nos idées et nos [joints de vue à ceux des nouveaux bien-pensante qui croient que le progrès se résume à se classer dims le groupe majoritaire des sondages d’opinion.Ce conformisme-là, ceux qui s’en réclament l’assimilent à la pensée cm marche vers l'affranchissement final.Ils ignorent que la vie intellectuelle se déroule dans l’inconfort, le doute, la remise en cause permanente, loin des; tendances populaires, en dehors des références de classes, d’âge, ou d’argent.Puisque la poussière est retombée, pouvons-nous revoir un moment le cas de Pauline Marois?«Trop vieille, trop riche, trop ambitieuse» pour son parti et sans doute pour le Québec en «jeunissement».Eût-elle été accablée de la sorte étant un homme?I.a question mérite d'être posée.Si tant de gens trouvent que les femmes de tête et d'ambition ne sont pas «baisables» (et qu'on excuse ici la grossièreté de l’expression dont on les affuble), c'est que les monta-.lités changent moins vite qu’on le prétend sur toutes; les tribunes officielles.Enfin, ce «loé, tais-toé» est un; retour aux sources qu’on prétend taries, et cette prétention est le frein le plus efficace a la maturité intellectuelle sans laquelle les quelques vérités fondatrices d’une société ne peuvent triompher.denbom bardierfavideotron.ca Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette [>age Ips commentaires et les analyses de ses lecteurs.' Etant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution a 8000 carac-, tères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer k1 suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons] avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redactvmûledewiram) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n'oubliez pas d’indiquer vos coordonnées completes, y compris, votre numéro de téléphone.LA RFmrnos loumali
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