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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-11-26, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2 0 0 5 LITTERATURE La Gare de Sergio Kokis Page F 3 ?LE DEVOIR ?ESSAI Normand Baillargeon à Fécole des anarchistes Page F 7 B/ 0 ?Laferrière, LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE avant et après la fatigue COLLAGE T1FFET ' f -1' r \ \\\;r U n ’ ri fj- 0 f it I c gKij.«Je voulais photographier l’époque au Polaroid, comme le faisait Andy Warhol» JACQUES GKENIKK LF DEVOIR CHRISTIAN DESMEULES Carte blanche Journaliste à l’hebdomadaire politkfecul-turel Le Petit Samedi soir jusqu’en 1976, après huit années à sillonner le pays et a exercer sa plume, mesurant toute la misère et le malheur d’un peuple, Dany Laferriere doit fuir contre son gré discrètement Port-au-Prince après l'assassinat de son coDègue et ami Raymond Gasner.Cette sortie de l’île, il la raconte dans son dernier roman.Le Cri des oiseaux fous (Lanctôt, 2000).Il débarque à Montréal à 23 ans, avec vingt dollars en poche et une valise en fer-blanc.De 1976 à 1982, c’est le difficile travail en usine a Montréal — •Pour un écrivain, c’est la meilleure école au monde-, re-connait-il pourtant Une époque pénible, certes, mais qui constitue l’expérience la plus importante de sa vie: •Je n'étais pas pauvre, j’expérimentais la pauvreté.Je n’étais pas seul, j’étudiais la solitude Montréal représentait à mes yeux la liberté absolue.Pour la premiere fris, ma vie se retrouvait entre mes mains • Puis en 1984, Dany Laferrière devient chroniqueur régulier pour l’hebdomadaire new-yorkais Haiti-Observateur (•Je leur at demandé carte blanche-, écrit-il), le journal le plus influent de la diasixmt haïtienne et l'un des plus respectés de la presse dite «ethnique» aux Etats-Unis.Les Années 80 dans ma vieille Ford, que font paraître aujourd’hui les Editions Mémoire d'encrier — fondées en 2003 —, rassemble la moitié de la centaine de chroniques livrées par Laferrière au cours de ses deux années de collaboration avec Haïti-Observateur.Ces écrits nous montrent un chroniqueur instantané, un styliste rapide qui pond des textes souvent naïfs, mais pourtant illuminés d’une force brute et tranquille.«Les chroniques annoncent l’œuvre de Infernère-, fait remarquer avec-justesse Rodney Saint-Eloi dans sa préfac e.Elles en ont assurément déjà tout l’humour, l'autodérision, la curiosité tentaculaire.Polaroïds de la diaspora haïtienne Sur l’incontournable expérience américaine, par exemple, annonçant Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?ou Comment conquérir l’Amérique en une nuit: •Je dis ceci: pendant deux à trois siècles, notre manière, d’être Haïtien était a la française, demain elle sera à l'américaine- (20 avril 1984, première chronique).Sur son refus viscéral des étiquettes et des petites boîtes: •Je ne me suis jamais senti noir, ni même haïtien.J’ai toujours été.citoyen de.Petit-Ooâve, la ville de mon enfance, ou plus précisément un natif du 88 de la rue Iamarre J’ai été élevé dans ce cocon par une grand-mère qui m'a tout appris de la vie: l’amour, la joie, la sensibilité, la douleur et la mort- d" novembre 1985).Sur la paresse: -Je peux dire que chaque semaine, je rêve de trouver sur mon bureau l’article terminé sans que j'aie eu a lever le petit doigt.Alors par superstition, je laisse toujours une feuille blanche dans la machine On ne sait jamais.- Ce sont les premieres armes d’un écrivain en ébullition avancée.A une époque où Dany Laferriere, pressentant déjà avec urgence la nécessité de tracer une Société québécoise de la rédaction professionnelle 1580, avenue Ducharme, Outremont (Québec) H2V1G3 www.sqrp.orginfoesqrp.org 514 990-0430 VIE L’ÉCRITURE JEUDI 1- décembre 2005,19 h 50 RENCONTRE LITTÉRAIRE dans le cadre de la Journée internationale du SIDA avec les écrivains Mario Cyr, Dominique Cinoux et Catherine Mavrikakis animée par Réjane Bougé à la Maison des écrivains au 3492, avenue Laval (O) Sherbrooke Renseignements: (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca Québec S» U qu’elle est boire et écrire la nuit le condamne à «voyager seul toute [sa] vie».Cette solitude se mêle à une solide perception de l’insuffisance des hommes et du monde.Bukowski se plaint et s’indigne de la vie, de l’égoïsme et de l’imbécillité des Américains moyens («Ils ne savent même plus ce qu’est la tristesse.Ça devait être leur destin»).Adorées, les femmes sont malgré tout des êtres qui «veulent nous débarrasser de tous nos défauts au lieu de les comprendre».la mort de Kennedy lui permet de régler son compte à sa mythologie: «MARTYR.Tu crois réellement que c’en est un?Un type qui a fait Harvard?Une tranche de cul de première qualité qui a bossé dur pour avoir une tête qui fait pleurer les bébés?Penses-tu qu’un homme est un martyr parce qu’il suit le chemin qui lui est déjà tout tracé?» (7 décembre 1963).La chasse aux bons sentiments Dansant comme une mygale sur le fil du désespoir, Bukowski fait la chasse aux bons sentiments en riant, en inventant, en jouissant, et en sachant qu’au fond, comme le disait Pascal, «les hommes n ’ayant pu guérir la misère, la mort, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser».Phrase qu’il met en bière à sa façon: «Tu peux pisser sur la mort et l’oublier jusqu'à ce quelle te retrouve.» Lui, il y pense: misère et mort sont le fond de teint de cette correspondance si vivante et si drôle où l’auteur attend la seconde •comme un faucon empanaché» (2 mai 1963).Grasset a rassemblé en un tome, sans index détaillé, sans réponse des correspondants et avec une faible mise en contexte, les morceaux choisis d’une édi- ORRESPONDANCE 1958 • 1994 tion qui, aux États-Unis, en comptait trois.On perd en quotidien ce qu’on gagne en tension: rien ici n’est à jeter.Avec moins d’histrionisme que dans ses romans, les lettres de Bukowski révèlent un jansénisme truculent, son souci littéraire, une ascèse par le plein et ce sentiment de n’être rien dans un monde qui, au bout du compte et du comptoir, n’est pas grand-chose.On n’a pas cité Pascal au hasard.Bukowski l’évoque souvent et s’en inspire encore plus («Nous ne pouvons nous satisfaire de rien.Nous sommes prisonniers d’une jolie petite cojge») (27 mai 1965).On pourrait s’amuser à lire les Pensées en cherchant les tirades pleines de verve éthylique qui leur correspondent.Comme lorsque «Buk» écrit, après avoir égaré le papier sur lequel il avait noté une pensée: «Enfin, je vais te la retranscrire à ma manière: Seules les choses fixités dans la plus grande quiétude et dans la sainteté, sans avoir pour but la célébrité, va- Loin de quoi?On crevait que I’hutnot Américains I >! e!a>! la qarr1ee lent mieux que la merde façon compote de pommes que chie une dinde» (28 octobre 1962).Peut-être l’original était-il: «Tout l’éclat des grandeurs n’a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l’esprit.» Bukowski, c’est Pascal mis en Budweiser dans un appartement miteux de Californie.«Une ligne à la fois.» Les lettres écrites dans les années soixante sont les plus intenses et les plus nombreuses.Bukowski a une réputation dans un petit milieu, ses correspondants sont surtout des éditeurs et de jeunes poètes, mais il est inconnu du grand public.Les lettres donnent le ton, le programme et la morale des œuvres à venir «Mon travail est un jardin de rocaille jonché de petites chiures tout droit sorties d’une gueule cassée.» D découvre Céline tard et butine aussitôt l’essentiel: «Le secret est dans la ligne.Et je voulais dire une ligne à la fois.Les lignes contiennent des usines et sur leur flanc il y a une chaussure à côté d’une canette de bière dans une chambre d’hôtel.Tout est là-dedans, c’est un éclair qui va et vient», (14 juin 1980).L’Etranger, de Camus, lui semble fondamental: c’est «l’antidote, le contrepoint parfait de ce qui cloche dans la résolution de Crime et châtiment».Il aime également Fante, Cain, Knut Hamsun, Tourgueniev, Genet, Miller: de cette «sacrée bonne âme» jamais rencontrée, il accepte que son éditeur allemand reproduise un faux texte en préface au Journal d'un vieux dégueulasse, de manière à faire sa publicité — ce qui est une façon comme une autre de signer son admiration.Hemingway est le compagnon-repoussoir: un grand écrivain dont le personnage a fini par se retourner contre l’auteur, l’homme, et tout ce qui lui restait de vie.Un jour, une admiratrice rend visite à «Buk».Il est sobre, se sent vieux.Il lui donne un autographe et la laisse partir: «A ma place, Hemingway, lui, avec ses muscles puissants, l’aurait retournée dans tous les sens» (25 juin 1966).Comme la correspondance de Miller avec Durrell, ces lettres sont des moments de style et de vie.Leur naturel désarme une bonne partie de ce qu’on appelle, par convenance, littérature.Et personne ne rédigera aussi bien que Bukowski en 1986, huit ans avant sa mort, son épitaphe: «[.] et lorsque les mots commencent à balbutier, que j’ai besoin d'aide pour monter l’escalier et que je ne sais plus faire la différence entre un rouge-gorge bleu et un trombone, j’ai toujours l’impression que quelque chose en moi se rappellera (peu importe depuis combien de temps je serai parti) comment je suis passé à travers le meurtre, le désordre et la galère, pour au moins terminer par une généreuse façon de mourir.» Autrement dit d’écrire.Liberation CORRESPONDANCE 1958-1994 Charles Bukoski Traduit de raméricain par Marc Hortemel Grasset Paris, 2005,430 pages ROMANS Charles Bukowski Grasset Paris, 2005,1074 pages ¦¦MC * ' i %’ M* 1 *3 r T I X 0 V E M B R E 2 0 0 5 I I LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 A l’école des anarchistes F 7 ARCHIVKS I K DEVOIR Louis Cornellier Il n’est pas de problème sur lequel on ait Plus divagué que sur l instruction publique et ses méthodes», écrivait déjà le philosophe utopiste Charles Fourier au XDC siècle.Comment le contredire?Au Québec, par exemple, avec la langue et le hockey, le système d’éducation est sûrement le sujet sur lequel on se prononce le plus souvent à tort et à travers en se revendiquant d'une compétence infuse.Tout un chacun, en effet, a sa petite idée sur la question et ne se prive pas de l’exprimer, qui sur le registre savant qui, le plus souvent sur le registre populiste.C’est que la chose, reconnais-sons-le, concerne tout le monde et ne sourit pas à tous de la même façon.Les cancres, en général, trouvent le système qui les a heurtés pourri.Les forts en thème, la plupart du temps, s’en accommodent mais ne se privent pas pour s’accorder le crédit de leur réussite.Au total, on se retrouve donc au moins avec une entente tacite: le système scolaire a plein de ratés puisqu’il suscite l’échec de certains et se contente de ne pas nuire aux autres.Aussi le désir de réforme reste-t-il en permanence à l’ordre du jour.Nos récents réformateurs québécois se seraient-ils inspirés des grands penseurs anarchistes du XIX' siècle ppur mener à bien la révision en cours de notre système d’éducation?C’est la question qui nous vient en tête lorsqu’on lit Éducation et liberté, une anthologie de textes anarchistes couvrant la période 1793-1918 et préparée par l’in-fatigable Nonnand BaiDargeon.Récemment, ce dernier dénonçait, dans les pages du Devoir, les dérapages de la nouvelle réforme.Pourtant, les réflexions qu’il présente dans cette anthologie semblent s'inscrire à plusieurs égards dans l’esprit de ce renouveau pédagogique très contesté.Dans la substantielle introduc- tion qu’il signe en ouverture de ce tome 1, BaiDargeon insiste sur les fondements éducatifs de la pensée anarchiste.D souligne, par exemple, 4e retour du corps dans l’éducation», il insiste sur la nécessité d’une instruction intégrale qui ne néglige aucune dimension de l'ètre humain et reconnaît la pertinence dupe formation utile offerte à tous.A peu près tout le monde, peut-on croire, s'entendra facilement là-dessus.Là.toutefois, où les choses se corsent c'est quand il est question des méthodes éducatives et, par conséquent de ce qu’on pourrait appeler l'épistémologie de l’apprentissage.Comment en effet stimuler le désir d’apprendre chez l'en-fànt (et ainsi éviter le décrochage) et s’assurer, ensuite, de la rétention de ces apprentissages par le jeune?Rousseau, présenté ici comme un des précurseurs de la pensée anarchiste en éducation, y allait de cette proposition: «Rien ne saurait plus heureusement convenir à écarter les difficultés de l'instruction que le fait de rendre l’élève désireux de connaître, cela et aussi que ses propres difficultés soient par lui-même résolues [.].» Rendre l’élève désireux de connaître, tel est le souhait, me semble-t-il, de tous les enseignants qui multiplient, pour ce faire, les stratégies pédagogiques.Celle des anarchistes, que Rousseau résume dans la deuxième partie de sa proposition en suggérant qu’il faille laisser l’élève surmonter ses propres difficultés, est justement au cœur du débat actuel.Le pédagogue anarchiste Sébastien Faure résume le problème en opposant deux méthodes: la méthode déductive, que certains qualifieraient de traditionnelle, qui consiste à formuler une règle, à l’expliquer et à imposer aux élèves de l’assimilér, et la méthode inductive, justement professée par nos nouveaux réformateurs, qui transforme le maître en guide de l’enfant «qui cherche, fait l’effort».Paul Robin, un autre praticien de la pédagogie anarchiste présenté dans cet ouvrage, ajoute: «!.] attendez ses questions, répondez-y sobrement, avec réserve, pour que son esprit continue ses propres efforts, gardez-vous par-dessus tout de lui imposer des idées toutes faites, banales, transmises par la routine irréfléchie et abrutissante.» Normand Baillargeon S'inspirant, à son tour, de Montaigne, Baillargeon parle, pour résumer cette révolution éducative, «d’un déplacement du centre de gravité de l’éducation \.\ qui conduit de l'autorité des savoirs, de la culture et surtout de ceux qui les incarnent vers le sujet et vers son jugement».Hormis le jargon qui la défigure (et il faut le préciser, sa complaisance à l’égard d’une certaine culture de l’entreprenariat), la nouvelle réforme, pourtant contestée par Baillargeon ailleurs, dit-elle autre chose?C’est justement cela, d’ailleurs, que lui reprochent ses adversaires: présumer d’une compétence éducative chez l’enfant que ce dernier ne saurait avoir.Que signifie, en effet pour un enfant d’âge primaire, et même secondaire, exercer son jugement à l’égard des savoirs et de la culture?Que peut-il déjà, avant qu’on le lui ait dit, en connaître?N’y a-t-il pas, dans ce processus qu’on nous présente comme celui de la liberté et de l’autonomie et qui mènerait de l’intérêt à la compétence en passant par le travail, des relents de pensée magique mâtinés d’une croyance en la bonne nature humaine?Dans son essai intitulé Comment peut-on être ministre?(Plon, 2005), le philosophe Luc Ferry (les anarchistes ne l'aiment pas, celui-là) conteste justement ces prétentions.«On continue, écrit-il, de penser en termes d’hameçons et d’appâts, alors que le problème n’est évidemment pas là.Il est sans doute, comme le pointe Gauchet, dans le rejet de plus en plus massif de la part d’ennui pourtant irréductiNe, et même nécessaire, à tout apprentissage un tant soit peu difficile, ou pour mieux dire peut-être, dans le fait que le travail doit précéder la motivation et non l'inverse.[.] C’est ce lien profond, pas toujours visible, entre travail, contrainte et intérêt que nous avons en grande partie perdu par la faute de pédagogies modernes qui n'ont fait qu ’épouser le cours individualiste du monde au lieu de lui résister.» Le pédagogue Philippe Meirieu, dans lettre à un jeune professeur (ESF, 2005), rappellera pourtant à Ferry que «tout cela n ’est pas sérieux» puisque «tout professeur sait qu’il doit conjuguer en même temps la motivation et le travail».Pour être fondamental et plus que jamais actuel, ce débat sur l’épistémologie de l’apprentissage n’est cependant pas le seul, loin de là, qu’abordent les pédagogues anarchistes à la pensée remarquablement claire réunis par Normand Baillargeon.Les textes de Michel Bakounine et de Sébastien Faure, entre autres, méritent assurément d’être lus par tous ceux qui croient à la nécessité d’un système scolaire antiélitiste.louiscomellieria parroinfo.net ÉDUCATION ET LIBERTÉ Anthologie, tome 1, 1793-1918 Normand Baillargeon Iaix Montréal, 2005,400 pages Pour une pédagogie de l’exigence démocratique LOUIS CORNELLIER Les débats sur l’école tournent en rond parce qu’ils mettent aux prises des discours dogmatiques irréconciliables.D’un côté, les tenants du discours technique, les didacticiens, prétendent détenir une vérité scientifique sur la chose scolaire.De l'autre, les tenants d’un vague «gros bon sens» se drapent dans «la rhétorique de l’indignation» et suggèrent un retour aux bonnes vieilles méthodes.pourtant abandonnées pour cause d’inefficacité.On oppose ainsi les connaissances aux compétences, le travail à la motivation, et vice versa, laissant ceux qui se coltinent quotidiennement «l’éducation des barbares» perplexes et démunis.Dans Lettre à un jeune professeur, comme dans ses ouvrages précédents, le brillant pédagogue français Philippe Meirieu propose à ses jeunes collègues une réflexion qui transcende ces affrontements Bernard Antoun Contes de genre zen et soufi, pleins de sagesse, d’humour et de.poésie stériles.Il s'agit pour lui, d’explorer «cette intentionnalité professionnelle première qui nous institue professeur» et qui touche à «l’événement pédagogique».«Ni maternage, ni abandon, écrit-il, tout véritable enseignement, à tous les niveaux, assume, à la fois, le caractère inquiétant de la rencontre avec l’inconnu et l’accompagnement qui apporte la réassurance nécessaire.» Qu’il traite du problème de la discipline, des liens dynamiques entre la motivation et le travail, du combat contre la culture du zapping et de la nécessaire rupture entre la famille et l’école qui «a pour mission d’enseigner à l’enfant que la famille, éminemment nécessaire pour son développement, n ’est pas — ne peut pas être — son unique univers de référence», Meirieu, d'abord et avant tout se livre à un puissant plaidoyer en faveur d’une pédagogie libératrice qui, tout en les englobant ne se résume ni aux compétences ni aux connaissances, mais à cette «exigence de qualité — portée par le désir d’attendre la perfection d’humanité — qui, en tout, distingue ce qui vaut» et vaut pour tous.Si vous en avez assez de l'incessant affrontement entre les réfor- mateurs à tous crins et les conservateurs chagrins, lisez Philippe Meirieu au plus vite.Il vous réconciliera avec la noble mission d’enseigner en vous faisant comprendre que didactique, philosophie et engagement vont de pair.Collaborateur du Devoir LETTRE À UN JEUNE PROFESSEUR Philippe Meirieu ESÉ éditeur Issy-les-Moulineaux, 2005, 96 pages REVUE KbVUh -m possible Nut n« psut prévoir ur avenir de plu* en plu* incertain.Ce que l'on «H c'est qu'il te prépare par des orientation* donnée* de* action* engagées avec détermination longtemps d'avance Que devons-nous apporter aux entants et aux adolescents qui vivent dam no* écoles pour qu its deviennent aptes è gagner leur vie.mais aussi des adultes créatifs, responsable* ayant le goût d'apprendre et de s impiiquer dans leur milieu î Chaque article de ce numéro traite d'un aspect ou if un autre de r éducation comme moyen privilégié d'amener I individu à assumer son destin et è assurer à U société son plein développement C'est id une contribution aux débats actuels autour de la grande réforme mise en place depuis quelques année* par le MEQ aux niveaux primaire et secondaire Beaucoup plus largement ce numéro posa les jalons d un système tf éducation qui.reposant sur d’importants acquis, doit relever dés maintenant les défis cruciaux de l’heure reliée è la mondtelisation.aux changements rapides dan* tous les domaines, aux brassages cutturets que vivant no* sociétés 6* COLLOQUE MARCEL-RI0UX LE VENDREDI 3 FÉVRIER 2006 — À 13 H à l'Université de Montréal.3200.av Jean-Brillant salle B2325 Intormatior : (5H) 52S-1316 Abonnement.^.ctHMet: t2t ifcsi____________________________ H «SUÉflCIW U PUT! us Revue Possibles CadspMW IRC nm etUseudére ^tttmrntnm mssSI^»^—fuet—su»—I»______ MonSéalCsrftac KUSh .V.VOLUME 30.NUMÉRO 1-2 possible^ L’éducation au-delà de ta réfot'me sem ÉDITORIAL Us ijttime d’édsoatioa d*VUi I1 «Tenir iméOHoesMMC, ESSAIS ET ANALYSES Pour un huBüuiùnK do xxi« «licit VÉaONWUt SAUOOUW Culture cnmntuiu et direniti cultureitc : l’école québécoWe peut-elk relever ce défi f CÔJN€ SAIWTPIÉWtf PUid'iyer pour «ne école publique
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