Le devoir, 5 décembre 2009, Cahier C
LE DEVOIR.LES SAMEDI ÛC É 1 LU J =1= I £ v çWuu.- Qut VoM* LE ÎWAÏ LAMA > C>TîAw/A LETTRES Hommage à Gilles Gariépy Le décès du journaliste Gilles Gariépy m’amène à faire ce qu’il m’aurait conseillé de ne pas faire lorsqu’il était mon patron à Radio-Canada: exprimer publiquement mon opinion.Nous sommes de la même génération.Il avait choisi de diriger des journalistes qui, comme moi, avaient choisi de demeurer sur le terrain.Il fut un visionnaire en animant l’équipe qui fonda la Fédération des journalistes du Québec.Comme rédacteur en chef, il sut, par exemple, mettre son intelligence au service du courage qu’il fallait avoir pour s’attaquer à l’administration Drapeau qui, dans les années 1970, dirigeait Montréal sans opposition.Son humour, sa capacité d’écoute, son sens de l’analyse permirent à de nombreux journalistes d’exercer leur métier dans un Québec en transformation où il fallait résister à la tentation de frire partie de ceux qui passaient à l’action plutôt que de demeurer ce que doit être un journaliste: un témoin honnête.Dans ce nouveau monde de l’hypercom-munication mondiale, il faut plus que jamais s’accrocher à ces valeurs fondamentales de l’univers des journalistes: demeurer des spécialistes du doute et de l’ignorance plutôt que de devenir des agitateurs engagés qui confondent parfois l'intérêt pu blic avec leur intérêt personnel.Salut Gilles.Et merci.Gilles Gougeon Le 4 décembre 2009 R E L’économie de guerre Le Prix Nobel de la paix Barack Obama envoie 30 000 soldats de plus en Afghanistan.Combien plus de chars, de véhicules blindés, de munitions, d’avions?Derrière çes efforts de guerre «pour la sécurité des Etats-Unis» et «contre le terrorisme» (guerre perdue d’avance selon plusieurs observateurs) se cache une réalité économique.Le département de la Défense emploie plus de deux millions de militaires et 700 000 civils, et jouit d’un budget de 515 milliards de dollars cette année.Les fournisseurs de la Défense sont également des joueurs importants dans l’économie étasunienne.Par exemple, Lockheed Martin emploie 146 000 personnes et tire 91 % de ses revenus, totalisant 36 milliards de dollars, des contrats avec la Défense.Réduire les efforts militaires et le budget de la Défense signifierait une augmentation du chômage, déjà supérieur à 10 %.La conversion de l’industrie militaire vers l’industrie civile à la fin de la guerre froide s’est soldée par un échec.Il faudrait déployer une imagination révolutionnaire pour remplacer une partie de l’industrie de la guerre par une industrie au service de l’humanité en paix.A ce test exigeant, Obama a échoué.Son gouvernement continue à se plier au complexe militaro-industriel.Déjà, en 1961, le président américain Dwight Eisenhower soulignait le danger de cette collusion de VUE DE PRES S’en laver les mains Ma non Cornellier La conférence de Copenhague sur les changements climatiques démarre lundi et le Canada s’y présente avec une réputation entachée, de l’avis de la majorité.Auteur d’un livre sur le sujet, le chroniqueur Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, résume bien ce point de vue et il le fait sans pitié.Selon lui, le Canada se présentera dans la capitale danoise avec des cibles auxquelles personne — des gouvernements étrangers aux experts et fonctionnaires — n’accorde une once de crédibilité et auxquelles le gouvernement canadien lui-même ne croit pas.Et cela se voit, dit Simpson, aux stratégies d'évitement qu'il emploie.la première est de lier tout geste canadien à la future politique américaine.Cela permet de gagner du temps et, par ricochet, de s’éloigner encore plus de la possibilité de respecter lesdites cibles.Et si le Congrès américain s’enlise, «le gouvernement Harper sera capable de se réjouir en privé» tout en disant aux Canadiens ne pouvoir en faire plus.L'autre stratégie d'évitement est de dire que le Canada ne fera rien à moins que la Chine et l'Inde acceptent des cibles obligatoires.«Pareils engagements pourraient être difficiles à obtenir, ce qui est parfait pour un gouvernement qui ne veut vraiment pas faire grand-chose chez lui.» Simpson convient que beaucoup de pays se livrent à une joute politique et que Copenhague a peu de chances de se conclure sur un accord, mais «le reste du monde a pris la mesure des harperites [.] et s'attend maintenant à une autre piètre performance canadienne caractérisée par beaucoup de relations publiques au pays et un manque de substance à l'étranger».Tout un contraste avec la detenninadon af- fichée par Connie Hedegaard, la ministre danoise de l'Environnement, dans un texte paru dans le Toronto Star.Selon elle, Copenhague représente une croisée des chemins.Le monde doit choisir entre la route vers une prospérité verte et un avenir durable et celle de l'inaction qui laissera un lourd héritage aux générations futures.Pour son gouvernement, le choix est clair.«Nous travaillons pour un accord global sans ambiguïté qui réduira les émissions de GES et offrira technologies, moyens financiers et mesures d'adaptation.» Selon elle, le temps presse.«Chaque jour perdu, le prix augmente, tout comme les possibles conséquences catastrophiques des changements climatiques.» Elle se réjouit de voir l'effet qu'a déjà eu l’échéance de Copenhague.Plusieurs pays se sont commis, bien que certains de façon trop timide, car la pression des citoyens, des entreprises et de la société civile commence à se faire sentir.Aux leaders maintenant d’être à la hauteur, dit-elle.Ils «avaient promis aux citoyens de cette planète une solution.Le temps est venu d'assumer cette responsabilité et d'accoucher d’un accord vraiment global et ambitieux.[.¦¦) Nous n ’avons pas d’autre choix.» Quand on refuse de voir.Le gouvernement Harper ne s’en tire pas beaucoup mieux dans le dossier du transfert des détenus afghans.La réplique des conservateurs aux questions commence à sérieusement irriter.Le Globe and Mail résume bien la réaction générale en parlant de «réponses empreintes de mépris à des questions sérieuses et raisonnables».Le quotidien est particulièrement agace par l’insistance du gouvernement à censurer outre mesure les courriels et notes de service du fonctionnaire dénonciateur Richard Colvin.«Il y a peut-étçe de bonnes raisons pour noircir cer- pouvoirs — militaire, industriel et gouvernemental — qui exerce «une influence totale» avec «des implications graves» pour la société.Cet avertissement semble être ignoré aujourd’hui.Jana Havrankova Saint-Lambert, le 3 décembre 2009 Oui au taux d’alcoolémie à 0,05 Ce que j’attends d’un gouvernement, c’est qu’il prenne des décisions responsables envers la population, et c’est ce que la ministre Boulet fait en ce moment.C’est vrai que les gens conduisent en état d’ébriété.C’est vrai que les jeunes sont moins conscients du danger.Il faut protéger, non pas les gens qui conduisent en état d’ébriété, mais ceux qui sont sur la route et risquent un accident à cause du manque de réflexe d’un conducteur saoul.Je crois que ce n’est pas vrai que les personnes qui conduisent en état d’ébriété ne sont que des récidivistes.Soixante-dix pour cent des personnes qui sont arrêtées en état d’ébriété le sont pour la première fois.Donc, elles ne sont pas toutes des récidivistes.N’oublions pas que cette directive a pour but de sauver des vies et c’est pour cette raison que j’appuie cette idée du gouvernement.Mathilde Joly Mirabel, le 2 décembre 2009 S E taines portions de ces documents, mais aucune raison convaincante, à part celle passe-partout de la sécurité nationale, n’a été fournie.» Selon le Globe, affirmer que ces questions portent ombrage à des «héros de guerre canadiens» relève de la farce.Et en optant pour l’attaque ou le déni, le gouvernement «trahit un problème plus profond: une absence de curiosité à l'égard du sort des détenus».Le quotidien veut bien présumer que le personnel sur le terrain a agi de bonne foi dans des conditions difficiles, mais si des problèmes apparaissent encore aujourd’hui — le gouvernement ayant lui-même dit être intervenu à quelques reprises en 2009 pour obtenir des correctifs —, que dire des accusations passées?«La question revient à nouveau et encore, le gouvernement soulève un écran de fumée, empêche la divulgation de documents et attaque ceux qui posent des questions.Rien de tout cela n'inspire beaucoup confiance à ceux qui cherchent à connaître la vérité.» James Travers, du Toronto Star, conclut, pour sa part, que Stephen Harper n’appuie pas les soldats, mais se cache derrière eux pour éviter d’assumer ses responsabilités.Car au bout du compte, dit Travers, cette affaire des détenus afghans en est une de responsabilité politique.Les libéraux et les conservateurs après eux «ont opté pour des cataplasmes, évité les gestes difficiles et dispendieux qui étaient requis pour s'assurer que ce pays fasse tout ce qui est nécessaire pour se plier à la lettre et à l'esprit des lois canadiennes et internationales».Et du coup, au lieu de protéger les troupes, le gouvernement les a exposées à des risques accrus, de dire Travers, et «ces échecs sont maintenant aggravés parce qui semble, paraît et sent comme une autre opération de camouflage».m co rnellierï&ledevoir.com LE DEVOIR.LES SAMEDI à ET DIM A S ( H E 6 D E l E M R R E 2 O O H Cent ans d’antiféminisme Ibî* .K** MAR1E-HE1ENK EREMBLAY I E DEVOIR Dans les années 1980, les femmes sont convaincues que l'avenir leur appartient et plusieurs sont admises à l’École polytechnique.Ci-dessus: commémoration de la tuerie de 1989, il y a deux ans.MICHELINE D U M O N T Historienne antifeminisme a de longues racines: U n’est pas vain de le rappeler.11 n'est donc pas apparu le 6 décembre 1989.Il nait en même temps que le féminisme, ici comme ailleurs.Marie Gerin-Lajoie conserve dans ses papiers un article de journal qui compare les membres du Conseil national des femmes du Canada (créé en 1893) «à d’horribles femmes modernes qui veulent établir la suprématie du genre féminin sur la terre».Les féministes ne sont pourtant pas nombreuses: quelques dizaines sans doute.Leur programme politique est singulièrement timide.Mais sa seule existence effraie.Marie Gérin-La-joie avance sur une corde raide: elle est à la merci d'une interdiction épiscopale.«7/ ne fait pas bon, écrit une journaliste de l'époque, exposer trop ouvertement ses théories sur le féminisme.» La grande campagne suffragiste canadienne de 1913 suscite, dans Le Devoir, la publication d’une série d’articles virulents contre le féminisme, sous la plume du fondateur lui-même, Henri Bourassa.En 1918, au moment où le vote est accordé aux Canadiennes, Bourassa livre une autre série d’articles incendiaires contre le suffrage des femmes et le féminisme, accusé de vouloir transformer les femmes en hommes.[.] Entêtement et ignorance A partir de 1922, un comité se forme pour réclamer le droit de vote des fenunes au Québec et le droit pour les femmes d’être admises au Barreau.Chaque fois que les féministes réussissent à faire présenter un projet de loi en ce sens, plus de 14 fois entre 1922 et 1939, les discours prononcés à l’Assemblée législative donnent lieu à l’expression d’un antiféminisme aussi têtu qu’ignorant.Les quotidiens reproduisent à l’envi ces propos, les caricaturistes s'en donnent à cœur joie.Mpr Paquet publie un article savant démontrant que «le féminisme est un mouvement pervers qui menace les bases de la famille et de la société».La théologie, la philosophie, la loi naturelle, la biologie, la Bible sont invoquées pour dénoncer les revendications des féministes.L’évêque de Montréal, qui a pourtant soutenu la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste depuis sa création en 1907, déclare en 1929: «Le féminisme est une maladie qui a besoin d’être guérie par d’autres œuvres que celles de la politique; quand vous aurez une femme député de plus, vous ne réglerez rien.» Cette déclaration fait la manchette des journaux.[.] Nécessaire militantisme Après la grande crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, la période de relance économique qui a suivi a instauré un retour aux valeurs traditionnelles, retour exprimé désormais non seulement par les autorités en place, religieuses ou politiques, mais par la société de consommation.L’idéal domestique envahit l’Amérique par la voix des publicitaires, de la télévision et des gadgets de la vie moderne: c’est la «mystique féminine», que dénonce Betty Friedan en 1963.Sans la vigilance de quelques femmes, laïques ou religieuses, les autorités éducatives auraient alors imposé aux collèges féminins, en 1958, un baccalauréat féminin, mieux adapté à cette mystique féminine.Les femmes se rendent alors compte que les timides avancées des générations précédentes sont loin d’avoir rempli leurs promesses: la militance est de nouveau nécessaire.De nouvelles associations féministes apparaissent durant les années 1960: la Voix des femmes, la Fédération des femmes du Québec, l’AFEAS, en plein milieu de la Révolution tranquille.Mais cette action politique reste invisible.[.] Au cours des années Polytechnique, 20 CHRISTOPHE GUY Professeur et directeur général de l’École polytechnique e 6 décembre 1989 est une date à jamais gravée dans le cœur de la communauté de l’École polytechnique et dans notre conscience à tous.Je souhaite aujourd’hui mettre en lumière la façon dont nous avons traversé ces deux décennies.L’événement terrifiant qui a eu lieu entre les murs de notre établissement il y a 20 ans a fauché la vie de 14 jeunes femmes et bouleversé celle d’un grand nombre de personnes, dont beaucoup portent encore des séquelles physiques ou psychologiques.Pour plusieurs d'entre nous, ce drame demeure, aujourd’hui encore, inçlicible.Par respect pour toutes les victimes, l’Ecole a choisi de souligner chaque année le 6 décembre sobrement et dans l’intimité.Avenir et espoir Mais ce n'est pas de deuil que je veux parler ici, mais d’espoir en l’avenir.On ne sort pas in- 1960, si des échos apparaissent concernant la mobilisation des femmes, c’est pour la dénoncer.«Le féminisme et les mouvements de la femme sont nuisibles à l’émancipation de la femme», soutient en 1966, le député Jean-Paul Lefebvre.[.] Féminisme radical L'irruption du féminisme radical vient bouleverser la donne à partir de la fin de 1969.Suit alors la décennie des années 1970, alors que le «mouvement de libération des femmes» vient occuper le centre de la scène médiatique.Pendant quelques années, le féminisme est une question à la mode.D suscite livres, pièces de théâtre, films, expositions, groupes, centres, manifestations, «teach-in».Il remplit les chroniques de Femmes d’aujourd’hui.De nouvelles revendications apparaissent à la suite de l’analyse radicale qui dénonce le patriarcat.Le privé est politique.Des revendications qui font apparaître des problèmes vieux comme le monde mais qui avaient été bien dissimulés pendant des millénaires: la violence conjugale, le viol, le harcèlement sexuel, l’avortement, la santé des femmes, la prescription implicite aux responsabilités domestiques pour les femmes.Ce sont de bien mauvaises nouvelles, et la tentation est grande d’accuser surtout les porteuses de mauvaises nouvelles.Si l'antiféminisme a été moins audible dans la société durant les années 1970, il resurgit de plus belle après le référendum de 1980.L’épisode des «Yvette» a incité les médias à convaincre la population que les «Yvette» rejetaient, en même temps que la souveraineté nationale, «le féminisme jugé radical et sectaire de Lise Fayette».On s’est mis à JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le «backlash» se manifeste, entre autres, par une presse féminine inféodée aux publicitaires.Crwit t il i 1 3*2 ans après demne d’une telle tragédie, on en sort différent.Pour nos étudiants d’alors, les membres de notre personnel et nos professeurs, rien n’a plus été pareil après.Certains se sont activement engagés dans l’action caritative et humanitaire; d'autres ont milité pour des causes importantes, telles que le contrôle des armes à feu, dans le but d’éviter qu’un événement de ce genre ne se reproduise.Tous, à notre manière, avons cherché à continuer à vivre, à donner un sens à notre vie, à trouver des raisons d’espérer.Sitôt après le drame, on a assisté à Polytechnique à un formidable élan de solidarité.Tous ont tenté de s’apporter soutien mutuel et réconfort et d'opposer l'humanité à la destruction.Jamais peut-être n'avions-nous été si proches les uns des autres, si attentifs les uns aux autres.Celles et ceux qui se destinent au génie rêvent de faire une différence dans la société.Pour avoir eu ce même rêve, des jeunes femmes ont perdu la vie il y a vingt ans.Aujourd’hui, je veux remercier l’ensemble de nos professeurs et de notre personnel, ainsi que les partenaires de Polytechnique, pour avoir permis à d’autres annoncer le déclin du féminisme, l’entrée dans le postféminisme.Au banc des accusés En réalité, le féminisme se transforme, mais toute cette animation se déroule loin des médias.C’est le «backlash» dénoncé aux Etats-Unis par Susan Faludi, et qui se manifeste ici également par de nombreux phénomènes: cinéma, prescriptions esthétiques et vestimentaires, presse féminine inféodée aux publicitaires, montée de la droite, nébuleuse «pro-vie», etc.Les féministes sont mises au banc des accusés: de nouveaux problèmes sont apparus et on leur reproche de ne pas contribuer aux solutions.Le mot est lancé: le féminisme entraîne la guerre des sexes.Le temps n’est pas loin où les jeunes femmes rejettent le féminisme, sous prétexte qu’elles ne sont pas contre les hommes, quelles ne sont pas des victimes.Elles en sont convaincues: l’avenir leur appartient et plusieurs sont admises à l’École polytechnique.«J’haïs les féministes!» C’est le cri de Marc Lépi-ne, auteur de la tragédie du 6 décembre 1989.lœ tueur de Polytechnique n’a certes pas puisé sa prise de position politique dans la lune.Une longue tradition a imposé une mémoire collective masculine et la subordination des femmes comme un élément distinctif de la société québécoise.Silence des médias Depuis le début des années 1980, le magazine L'Actualité scande de subtiles positions antiféministes.La presse féminine pervertit le vocabulaire de l’autonomie des femmes au nom de la séduction, de la beauté à tout prix et de la sexualité épidermique.Colette Beauchamp dénonce «le silence des médias» et signe automatiquement sa disparition de la scène journalistique.Une opposition se manifeste en divers lieux contre les programmes d’accès à l’égalité, contre les hommes qui soutiennent le féminisme.Le mouvement masculiniste s’organise et dénonce les hommes qui appuient les féministes.Cet antiféminisme touche même les féministes: plusieurs ont le sentiment d’être allées trop loin.Quand les femmes voulaient étudier, on disait qu’elles voulaient briser la famille.Quand elles voulaient voter, on disait qu’elles voulaient briser la société.Quand elles réclamaient «à travail égal, salaire égal», les économistes disaient qu’elles voulaient anéantir l’indispensable dépendance économique des femmes.[.] Quand elles ont dénoncé la violence, le viol, le harcèlement, on a dit qu’elles exagéraient, qu’elles victimisaient les femmes.Qui osera dire qu’elles sont allées trop loin?jeunes de réaliser ce rêve.[.] Un appel aux femmes Je veux aussi dire aux jeunes générations que le monde a besoin d’ingénieurs et qu’il a besoin d’ingénieures.Si les femmes représentent aujourd’hui 21,4 % des étudiants de Polytechnique au premier cycle (18 % en 1989), l’Ordre des ingénieurs du Québec n’en compte quant a lui que 11,2 %.Nous souhaitons voir augmenter ces effectifs et c’est dans cette optique que nous avons créé, entre autres, la Chaire Marianne-Mares-chal en 1998, consacrée à la promotion du génie auprès des femmes.La relève féminine est essentielle aux entreprises et de belles carrières en génie sont promises aux jeunes femmes.Je sais qu’elles espèrent plus de leur profession qu’un salaire confortable ou la reconnaissance.Comme leurs confrères aujourd’hui, elles ont besoin de sens.J’aimerais leur faire valoir qu’être ingénieur est plus que jamais porteur de sens, à l’heure où les considérations environnementales, sociales et éthiques sont désormais au cœur du métier d’ingénieur.Le génie, moteur de progrès, change le monde.Et pour changer le monde, on a besoin des talents de toutes et de tous.Autour d’un triste anniversaire /- , { "j Denise ' - / Bombardier Même si l’epitètc \sic\Tircur Fou va m'être attribue (sic] dans les médias, je me considère comme un érudit rationnel.» Ainsi se décrivait Marc Lépine dans sa lettre d’adieu, qui annonçait le carnage dont il sera l'initiateur et que chaque année l’on commémore.Depuis vingt ans, tout a été écrit sur cette tuerie de jeunes femmes.Tout, et dirions-nous, pas assez.Surtout à cause de la récupération politique et idéologique du geste.In lettre de Marc Irpine, déclaration de guerre contre les femmes, n’est lias, comme trop de gens veulent le croire, un texte politique avec sa cohérence et ses objectifs.Ce n’est pas le texte d’un «érudit» que ce ramassis de phrases haineuses remplies de fautes.Ce n’est pas non plus le texte d’un «rationel» [sir] que cette lettre d’un délirant, mais plutôt la signature d’un psychopathe.Devant l’horreur humaine, la seule protection qui s’offre à nous est de comprendre.Et c’est, n’en doutons point, ce qui explique que depuis 20 ans l’on n’a de cesse de vouloir interpréter ce crime à la lumière de l’idéologie féministe.Marc Lépine était en guerre contre les féministes.Son action est ix>li-tique.Il vivait dans un Quebec socialement pathologique, voilà ce qui est mis en avant dans la majorité des écrits et en particulier dans le film Polytechnique de Denis Villeneuve, D‘ cinéaste n’a pas résisté à la tentation de reprendre cette thèse de la société québécoise masculine malade des femmes.Or Marc Lépine est essentiellement un psychopathe enfermé dans une folie dont l’expression fut la haine des femmes.Du temps de notre catholicité unanimiste, son délire aurait pu être religieux.Li voix de Dieu lui aurait alors dicté ses actes.Il aurait pu vouloir tuer le diable en assassinant des religieux, ou la Vierge Marie en assassinant sa propre mère.En d’autres termes, la tragédie de Polytechnique est l’œuvre d’un fou, non d’un machiste fasciste, et devant cette démence nous sommes renvoyés à une impuissance qui nous tue en quelque sorte.Si bien qu’il nous faut obligatoirement y introduire une forme de rationalité et c’est ainsi que la lettre posthume où le tireur expose à travers son horreur des femmes la terreur de sa propre démence est devenue un des textes fondateurs de l’homme tueur potentiel de femmes.On se souviendra de l’état cataleptique dans lequel le Québec fut alors plongé.On se rappellera ce défilé à Montréal où des hommes désemparés demandaient pardon pour le crime commis.On n’oubliera jamais que, sous le choc, la colère et la douleur, un certain discours féministe affirmait que «tous les hommes sont des Marc Lépine en puissance».Cette terrible assertion a encore ses adeptes et celles-ci y trouvent des justifications permanentes dans les cas de violence conjugale dont les hommes sont, sauf exception, les responsables.Le caporal Lortie, qui, fusil-mitrailleur à la main, est entré à l’Assemblée nationale pour tuer les députés, a échoué dans sa tentative.Le délire de celui-ci avait pour objet le meurtre du père à travers les représentants de l’autorité civile.Un psychanalyste français s’est d’ailleurs penché sur son cas.Or son geste n’a jamais, dans l’esprit des gens, été qualifié de politique ou d’idéologique comme on le fait pour Marc lépine.La tuerie de Polytechnique nous a terrassés parce qu’elle est survenue dans le contexte des revendications féministes alors que les femmes québécoises se battaient pour leurs droits parfois sans trop ménager les honunes et sans éviter de les culpabiliser.Dans cette atmosphère de tension entre les sexes, les actes d’un psychopathe furent interprétés comme la réponse ultime et sanglante au combat féministe.I-es hommes québécois se sont sentis coupables par association, honteux de leur sexe, et se sont réfugiés dans le silence durant des mois, voire des années.Vingt ans plus tard, l’on semble encore chercher à atténuer la folie de Marc lépine et à trouver un sens à ce carnage.la bataille en faveur du contrôle des armes a feu a mobilisé la population.Cette bataille sert de catharsis aux proches et à tous ceux qui subissent encore le traumatisme de la tuerie.lœs familles ne veulent pas que leurs filles, leurs sœurs, leurs fiancées soient mortes pour rien.Hélas, même un contrôle nécessaire et plus sévère des armes à feu ne ferait pas disparaître les actes de démence.En ce sens, ces jeunes femmes sont mortes pour rien, quelque terrible soit-il de le reconnaître.Ce sont des victimes innocentes d’un psychopathe: un garçon de leur âge à l’esprit fêlé.La folie existe au-delà ou en deçà de toute rationalité, car la condition humaine porte aussi en elle l’horreur, la violence, l’inexplicable.Le reconnaître, aussi douloureux que ce soit, permet peut-être d’atténuer le sentiment d’imposture que l’on peut éprouver à survivre à ceux que nous aimons.Ne pas oublier le carnage d’il y a vingt ans ne donne pas un sens à la mort de ces jeunes filles.Cela permet seulement de reconnaître que la tragédie est au cœur de l’être humain.üenboni bardietfa videotron, ce/ Ce n est pas de deuil que je veux parler ici, mais d’espoir en l’avenir L’ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : Gérald Dallaire (adjoint au directeur d/> l'informationj.Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bêlair Cirino (général), Jeanne- Corriveau (affaires municipales), Fabien Deglise (ronseanmati/m), Jean Dion (sports), Ixmis-Gilles Francœur (environnement).lisa-Marie (îervais (éducation).Pauline < »ravel (sciences).Brian Myles (justice et faits de société), I-ouise-Maudc Rioux Soucy (santé), l’hilippe Papineau (puf/itre) information jxili tique Mi< bel I )avid (ehroni queur), Hélène Bu/zetti et Guillaume Bourgault-Côte (correspondants parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Du tri sac (correspondants parlementaires a Québec), Alec Caston gu a y et Kathleen Lévesque (reporter) .information culturelle Michel Bélair (théâtre et cahier ( ulture), Stéphane Haillargeo n (médias).Frédérique Doyon (reporter), Caroline Montpetit (livres), Isabelle Paré (reporter).Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week end).Julie Carpentier (pupitre) : information économique Gérard Bérubé (adjoint au directeur d e l'information), François Desjardins (reporter).Éric Desrosiers (reporter).Alexandre Shields (re|x>rter), Dominique Reny (pupitre) : information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque (reporter), Jean-Pierre Ix-gault (pupitre international, page éditoriale e t cahier Perspectives > : Diane lYecourt < responsable des pages thématiques) ; Jacques Cirenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andreanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Du maze! (correctrices) Paul t atichon et Benoit Monger (responsable s du site /ntemrfJ.Jean-Jacques Coulombe et Emilie Folie-Boivin (commis Internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction): David Dumouchel et Étienne Plamondon-Fmond (commis a la rédaction) DOCU MENTATION Gilles Paré (directeur).Manon Derome (Montréal), Moniqu e Bherer (Ottawa).PI BIJCTTÉ Julie Chrétien (directrice adjointe).Jean de Billy.Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bosse.Marlène Côté, Stéphanie Déziel.Véronique I-anglois.Amélie Maltais.Maria M Motta, Claire Paquet, Elyssa Porlier.( hantai Rainville.Isabelle Sanchez, Nadia Sehai (publicitaires).Sylvie Importe.Martine Bérubé (secrétaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production).Olivier Zuida (directeur adjoint/.Michel Bernatchez.Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web).Hansel Matthews (technicien informatique/ PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Sonia Chamherland (en Nathalie Filion.Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion Chevrier.Véronique Page.Monique Proteau • • V remplacement de Caroline Simard) (responsable service a la clientele), Nancy Beaulieu.Manon Blanchette.ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine l^fleur.Claudin e R Ci KNMMC ¦M KH : uz : CciMMCI IJ t V (J I K A M E U I ET D I M A X ( U E DECEMBRE 2 0 U H CIENCES Jf' -;jPi ki àiC 2»ÎS r-^jÿ PHOTOS CART@GÉNE «Tous nos_ équipements, tels que les congélateurs, sont constamment sous monitoring.Et un double de chaque échantillon est entreposé dans un second site au cas où il arriverait une catastrophe à Chicoutimi.L’emplacement de ce site miroir demeure secret», précise le directeur de la biobanque, Steve Arsenault.Le profilage II génétique Le projet Cart@gène, qui dresse la carte d’identité des Québécois, est sur les rails et, déjà, les retombées s’annoncent nombreuses Ji mmm Le recrutement va bon train et la cadence devrait même s’accélérer au cours des prochaines semaines avec l’ouverture de nouveaux sites pour accueillir les participants.Fin novembre, près de 3000 personnes de 40 à 69 ans, sur les 20 000 Québécois visés, s’étaient enrôlées dans cette vaste enquête d’une durée de 50 ans qui porte sur les déterminants de la santé que sont les habitudes de vie, la nutrition, l’environnement et le patrimoine génétique de ces individus.Les artisans du projet Cart@gène demandent aux participants de respecter leurs rendez-vous car «chaque fois qu’un d’entre eux ne se présente pas, nous gaspillons des ressources publiques puisque l'infirmière qui devait le recevoir perd son temps», souligne le Dr Claude Laberge, directeur scientifique de Cart@gène.PAULINE GRAVEL Le fait de suivre les participants pendant les 50 prochaines années permettra d'observer l’apparition de maladies et nous aidera à identifier les facteurs génétiques et environnementaux qui induisent l'apparition de ces maladies», résume le I) Pierre Ayotte, de l'Institut national de santé publique du Québec, qui sera le premier chercheur à avoir recours à certains échantillons de Cart@gène.«L'ostéoporose et l'athérosclérose, voire l’hypertension.sont vraisemblablement associées car elles découlent d'un vieillissement accéléré.Cart@gène devrait nous confirmer cette hypothèse et nous révéler d’autres liens entre diverses maladies», donne en exemple le Dr Pavel Hamet, chercheur principal de Cart@gène, qui prévoit utiliser les données de Cart@gène pour trouver un gène commun à ces trois maladies.On pourrait ensuite mettre au point un médicament capable d’empêcher l'expression de ce gène fautif qui engendre ces maladies, pourtant si différentes.Sachant que l'obésité possède vraisemblablement une cause génétique, Cart@gène devrait permette de connaître le genotype qui rend certaines personnes plus susceptibles que d'autres de souffrir d’obésité.Il deviendra alors possible d'identifier ces individus à risque et de leur recommander d’adopter au plus vite une diète faible en gras.De même, la schizophrénie est de toute évidence une maladie génétique mais dont l'expression, qui survient au début de l'âge adulte, est le résultat de l'interaction entre gènes de prédisposition et facteurs environnementaux.Cart@gène aidera à découvrir ces gènes et à circonscrire ces facteurs environnementaux, vraisemblablement le stress et la nutrition.«Ces découvertes nous permettront de cibler les porteurs de ces gènes de prédisposition.Ensuite, si on réussissait à maîtriser les facteurs de risi]ue, on pourrait peut-être atténuer, voire retarder l'apparition des symptômes», explique Denis Bilodeau.directeur exécutif de Cart@gène.Somme toute, «CarftPgcne permettra une médecine personnalisée.Chaque patient recevra le médicament qui convient à son profil génétique.Les traitements administrés seront ainsi beaucoup plus 0caces»y resume le D' Claude laberge.Où seront entreposés les échantillons d’ADN et d’urine?Un espace de près de 800 mètres carrés a été aménagé au Centre hospitalier universitaire régional affilié de Chicoutimi pour accueillir les échantillons biologiques des participants.Pour toutes ces personnes, 57 pailles contenant chacune 500 microlitres de plasma ou de serum seront conservées à moins 190 degrés Celsius dans l'azote liquide, et six tubes comprenant deux millilitres d'urine seront entreposés dans des congélateurs à moins 80 degrés.Deux séries de 384 échantillons d'ADN sont obtenues à partir de 10 millilitres de sang.Environ 10 microlitres de sang sont déposés dans chacun des 384 petits réservoirs d'une plaque, dans lesquels fut déposé au préalable un papier imbibé de composés chimiques capables de briser les membranes des cellules et de leur noyau contenant l'ADN, qui est ainsi libéré et se retrouve emprisonné entre les fibres du papier.Les deux plaques de 384 échantillons d'ADN sont ensuite préservées à la température de la pièce (20 degrés) et sous une humidité contrôlée inférieure à 40 %.«Tous nos équipements, tels que les congélateurs, sont constamment sous monitoring.Et un double de chaque échantillon est entreposé dans un second site au cas où il arriverait une catastrophe d Chicoutimi.L’emplacement de ce site miroir demeure secret», précise le directeur de la biobanque.Steve Arsenault «La confidentialité des participants est assurée à tous les stales du projet.Aucun nom.adresse ni numéro de téléphone, cellulaire ou courriel, ne sera conservé dam la banque de données de CartSgène, souligne le D' I.aberge.Des codes remplacent ces infirmations personnelles.L’accès à des données et à des échantillons codes sera accordé uniquement aux chercheurs qui auront reçu les autorisations requises par les comités éthiques et scientifiques.En aucun temps les assu-reurs ou les employeurs n 'auront le droit d'accéder aux données ou aux échantillons de Cartfigène.» Collaboration nationale et internationale Depuis un an, Cart@gène est membre du partenariat canadien Espoir pour demain qui constitue ra une banque canadienne de données physiques, sociales, épidémiologiques et d'échantillons biologiques (sang, urine et ADN) concernant 300 000 adultes âgés entre 35 et 69 ans.L’Alberta (30 000 participants), la ColombieBritannique (50 000), l’Ontario (150 000) et les provinces de atlantiques (50 000) font également partie du partenariat et se sont fortement inspirées de Cart@gène dans l’élaboration de leur propre projet.«L’accès à un plus grand nombre de biobanques facilitera l’identification des causes de maladies complexes comme le cancer, les maladies cardiovasculaires, la schizophrénie et la sclérose en plaques, qui sont liées à des facteurs environnementaux et génétiques.Les 20 000 échantillons de Cart@gène ne suffiraient pas à cumuler un nombre suffisant de personnes atteintes du cancer pour permettre une telle identification, d'où l’importance dharmoniser le plus possible de biobanques», explique Saminda Pathma-siri, généticien et avocat pour Cart@gène et RG.Le consortium international Public Population Project in Genontics (P3G), dont Cart@gène est l'un des fondateurs, vise à harmoniser les données (autant épidémiologiques que cognitives, biochimiques et physiques) recueillies lors de la mise en place de biobanques dans les divers pays du monde, afin de pouvoir partager les données que renferment plusieurs biobanques, explique Isabel Fortier, de P3G.Parmi les quelque 138 études de population de plus de 10 000 participants qui incluent la constitution d’une biobanque d’échantillons d'ADN, 50 prendront part à ce processus d'harmonisation qui permettra aux chercheurs du monde entier d’avoir accès à une cohorte de 5,4 millions de participants.Au nombre des pays qui ont accepté de faire partie de P3G figurent le Canada, les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Australie et 12 pays européens dont la France, le Royaume-Uni, l'Italie, la Suède, la Norvège et la Finlande.«Grâce à une telle entente avec d’autres biobanques du monde qui, lors de leur mise sur pied, posent les mêmes questions, prennent les mêmes mesures physiques et biochimiques et entrent les données de la même façon, les chercheurs auront accès à un plus grand nombre d'échantillons, ce qui leur permettra d 'atteindre dans leurs résultats de recherche un niveau statistique suffisant qui leur permettra d’arriver beaucoup plus rapidement à des données probantes», explique Bartha Maria Knop-pers, chercheuse principale au projet Cart@gène.«Même avec une banque de données de 500 OOO participants, comme le Royaume-Uni prévoit d’obtenir.cela prendra 19 ans avant de pouvoir y dénicher une cohorte de 10 000femmes qui seront atteintes du cancer qu'un chercheur voudra étudier.» Accès aux données «L’accès aux données de CarPfigène sera contrôlé.Ce ne sera ni complètement ouvert, comme ce serait le cas en aménageant un accès sur Internet, ni fermé, ce qui ne permettrait qu’à un groupe de chercheurs privilégiés d’y avoir accès», précise M.Path-masiri.Les scientifiques qui proposent une étude requérant l’utilisation de données de Cart@gène doivent obtenir l'approbation du comité d’éthique de leur institution ainsi que de celui de l’Université de Montréal, l’hôte de Cart@gène.Leur projet de recherche doit également obtenir le feu vert d’un comité indépendant composé d’un éthicien, d’un avocat, d’un épidémiologiste, d’un généticien, d’un spécialiste de la santé publique et d’un journaliste scientifique.Puis, avant d'avoir accès aux échantillons, les chercheurs doivent signer une entente dans laquelle ils s’engagent à respecter la confidentialité des données.Certains esprits critiques croient que les données de Cart@gène serviront surtout à la «bioindustrie qui est de plus en plus alléchée par les perspectives de la pharmacogénétique», soulignait récemment un de nos lecteurs.«A ce jour, aucun chercheur du domaine privé ne s’est manifesté; seuls des chercheurs du secteur public ont déposé des demandes d’accès aux données de Cart@gène», répond Denis Bilodeau, directeur exécutif de Cart@gène.«Certaines découvertes pouvant servir à améliorer le diagnostic ou le traitement d’une maladie passent nécessairement, un jour, entre les mains d’une compagnie pharmaceutique ou de biotechnologie», fait valoir M.Bilodeau pour expliquer le fait que l’on accordera l'accès aux données de Cart@gène également aux chercheurs oeuvrant en milieu privé.Mais pour obtenir un tel accès, ces derniers devront assumer des coûts beaucoup plus élevés que ceux financés par des fonds publics.Ceux-ci ne «Paieront que les coûts encourus par Cart@gène.Par contre, on facturera aux chercheurs du secteur privé une prime qui sera réinvestie dans les équipements et la recherche publique», explique M.Bilodeau.Le cas de l’Islande Bien sûr, l’exemple de l’Islande, qui avait confié en grande partie le montage de sa banque de données et d’échantillons biologiques à la compagnie DeCode Genetics, peut en inquiéter plusieurs.Incapable de rentabiliser à court terme son investissement dans la biobanque, DeCode s'est retrouvée, le 17 novembre dernier, sous la protection de la Loi de la faillite.Et comme l'Islande a été sévèrement touchée par la crise économique, il lui est impossible de réinvestir dans cette infrastructure de génomique populationnelle et d'en assurer la survie.«Si personne ne se présente pour racheter DeCode, tous les échantillons devront être jetés», déplore M.Bilodeau.qui fait remarquer que le modèle de Cart@gène est tout autre car il a été entièrement financé par des fonds publics en provenance de Génome Québec et Génome Canada.Le Devoir Somme toute, « Cart@gène permettra une médecine personnalisée > ?• ?
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