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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-04-09, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 AVRIL 2005 ENTREVUE Louis Gauthier à bon port Page F 3 LITTERATURE Frankétienne, génial mégalomane Page F 4 Salon du livre de Québec Saul Bellow «Écrire, c’est chercher l’âme de l’individu.» —Jean Royer À l’occasion du décès cette semaine du Prix Nobel de littérature, né à Lachine en 1915, nous reproduisons ici l’essentiel d’un entretien qu’il accordait au Devoir le 23 mai 1987, lors d’un passage au Québec.JEAN ROYER ai eu le plaisir de passer cette journée en compagnie de Saul Bellow—un homme affable pour ses amis et intraitable pour les importuns.[.] Nous avons revu les lieux d’enfance de Saul Bellow: sa maison natale du 130 de la S' Avenue et les vieilles écluses, du canal au bord du parc Monky.Emu et toujours familier des Beux, Saul Bellow n’était pas moins heureux de saluer le personnel de la bibliothèque de Lachine qui porte son nom depuis 1984.Devant la vitrine où sont réunis la plupart de ses livres et quelques photos de son enfance, le Prix Nobel 1976 est resté un homme simple, loin des vanités qm pourraient lui avoir fait oublier cet enfant à l’air grave debout à côté de ses parents.«J’ai perdu mes deux frères l’an dernier, nous dit l’écrivain, dans la voiture qui nous emmène.Il me reste, à Lachine, quelques cousins et ma soeur aînée vit aux États-Unis.» Ce soir, quand il adressera la parole aux membres du Conseil des relations internationales de Montréal, l’homme sera moins grave et plus souriant D commencera ce qu’il appelle ses «bavardages» par cette boutade qu’il affectionne: «Quand fêtais enfant à Lachine, une jeune fide de Caughnawaga traversait le pont pour venir prendre soin de moi.Quand elle me faisait manger, m’a raconté ma mère, elle mâchait bien la viande avant dentela mettre dans la bouche.Cest à cause de cela que fai réussi dans la vie!» D racontera ensuite qu’il est né du melting pot.Ses parents sont venus de Russie en 1913.«Dans la vie de notre famille, dit-il, mes parents parlaient le russe entre eux De leur côté, les enfants s’adressaient en yiddish à leurs parents, ils pariaient en anglais entre eux et le français aux autres à l’extérieur de la maison.» Dans cette société métissée de vieilles cultures européennes qui se croisaient à Lachine sur les chantiers de la Dominion Bridge des ouvriers étaient ukrainiens, russes, hongrois, grecs, siciliens.), Saul Bellow a appris le monde comme une société cosmopolite: «Je ne savais pas quelle langue je pariais, dM.Je ne faisais pas de distinction.Je disais seulement les mots appropriés à ceux à qui je m'adressais.J’étais confiant en qui fêtais.Cest ainsi que fai vécu.» Aujourd’hui, son œuvre littéraire affirme la vie individuelle contre le rouleau compresseur du système soda! C’est d’ailleurs cette idée qu’il développera avec moi et devant son auditoire, tout au cours de cette journée.«La haute VOIR PAGE F 2 : BELLOW «La littérature existe parce que les écrivains croient en une force spirituelle de l’individu» «Au Saguenay, quand j’étais jeune, on ne voyait pas les Amérindiens » JACQUES GRENIER LE DEVOIR f m k unn § .-il'.¦ m Gérard Bouchard: L’UTOPIE DU NOUVEAU MONDE Au terme de son premier roman, Mitsouk, il avait juré que ce serait le dernier.Mais voilà que Gérard Bouchard signe une autre brique de quelque 600 pages, Pikauba, qui est en fait la suite de Mitsouk, chez Boréal.C’est le fils de Méo, Léo, un Métis, que l’on y retrouve en bâtisseur d’un Saguenay dominé par le clergé, au siècle dernier.CAROLINE MONTPETIT Gérard Bouchard se décrit lui-même comme un impulsif et un coléreux.Et il dit être habité d’une vieille colère, précisément celle de la classe populaire saguenéenne opprimée par les élites de l’époque de Duplessis.C’est cette population que l’on retrouve dans Pikauba, notamment à travers la famille d’Antonin et de Blanche, les parents adoptifs de Léo.Comme le père de Gérard Bouchard, Antonin est camionneur, et son camion, gagne-pain de la famille, est un objet chéri de tous.En fait, le Léo de Pikauba aime tellement les camions qu’il finit par s’unir à une femme camionneur qui s’appelle Mercuric.En entrevue, Gérard Bouchard parle affectueusement d’une «mystique du camion».«Quand mon frère [Lucien] a lu mon manuscrit, il m’a appelé pour me dire: “Tu lui fiais chauffer un Chevrolet!», raconte Gérard Bouchard.Il faut dire que le père Bouchard «chauffait» pour sa part un Ford, qu’il n’aurait pour rien au monde échangé pour un Chevrolet «Mais je voulais garder le nom de Mercuric pour la jeune femme que Léo rencontre», plaide l’auteur.Gérard Bouchard, quant à lui, tout intellectuel qu’il soit aujourd’hui, a commencé à conduire des tracteurs au moment où il décrochait son premier emploi, à 12 ans.A cet âge, il a appris à «double-clotcher», comme le font les camionneurs-héros de ses livres, pour passer de la troisième vitesse à la deuxième.Il a aussi appris tout le vocabulaire saguenéen des classes populaires qui truffent désormais ses romans.Dans cette langue, on dit un «troque» pour un camion, mais aussi un «copeurse» pour un voyou, «ébaroui» pour étourdi, ou «écouèpeau» pour un «freluquet, un avorton ou un petit fanfaron».«C’est la première langue que j’ai apprise, que fai pariée jusqu'à Tâge de vingt ans», dit celui qui s’exprime désormais, sur toutes les tribunes, dans un fiançais impeccable.L’histoire de Léo, dit «Le Bâtard» parce qu’il est né d’une union illégitime, se déroule sur fond de corruption politique et de domination d’un clergé retors et avide.Et Bouchard a puisé dans la petite histoire du Saguenay pour en reconstituer la trame.L’écrivain, qui est aussi historien, raconte par exemple que la rue Chateauguay, que l’on retrouve dans le roman Pikauba, était autrefois une artère très pauvre de Jonquiè-re.Récemment, il s’y est rendu pour constater l’état des lieux.La plupart des maisons avaient été repeintes.Mais les gens qu’il a rencontrés, sur les perrons, lui racontaient se souvenir comment le curé visitait autrefois des taudis abritant jusqu’à dix-huit personnes, pour récolter l’argent de la quête, alors que lui-même roulait en Lincoln de l’année.D’autres aspects du roman font pour leur part référence à des découvertes plus récentes de Gérard Bouchard.Ainsi, c’est à la fin des années 90 que l’historien a commencé à s’intéresser sérieusement à la composante amérindienne de l’histoire et de l’identité québécoises.•Au Saguenay, quand j'étais jeune, on ne voyait pas les Amérindiens», dit-il.L’histoire de Pikauba commence pourtant à Masteuiatsh, qu’on appelait autrefois Pointe-Bleue, réserve innue du Lac-Saint-Jean, alors que le jeune Léopaul vient de voir mourir sa mère Senelle.Fils d’une mère innue et d’un père blanc, il souffrira toute son enfance du rejet que lui font vivre les uns et les autres.Au bout VOIR PAGE F 2 : BOUCHARD « On n’ose pas exprimer ce qu’on est On est encore beaucoup comme ça.» H'M mm visiter 475, boul.De Maisonneuve Est à Montréal (Métro Bem-UOAM] Portes ouvertes 30 y 1er s avril mai S Montréal capitale mooditle ^s-duthre Grande Bibliothèque Mbltothèqu* nmifonml* Québec S S ? LE DEVOIR.SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 AVRIL 2 0 0 5 F ^ L E SALON PL’ LIVRE DE QL'ÉBEC • Editeurs sans éditions Il y a cent ans, l’homme politique et historien Thomas Chapais affirmait, k>rs d'une conférence prononcée à Québec, être convaincu de «la formidable puissance du livre*.Cet auteur d’une très conservatrice Histoire du Canada se réjouissait de la volonté de certains catholiques canadiens-français de créer une bibliothèque modèle •qui ne contient que des livres où la vérité est enseignée, où la morale est respectée, où la vertu est exaltée, cru le mal et l'erreur sont flétris*.Au service de l’Eglise hier, cette •formidable puissance du livre* se consacre beaucoup aujourd’hui à servir le «marché».Dans l’univers du livre, ce développement d’une idéologie de «marché» va de pair avec une concentration de plus en plus grande des intérêts entre les mains de quelques joueurs, la concentration produit une vertigineuse abondance d’imprimés qui saturent les librairies de sous-littérature, soutient entre autres l’éditeur américain André Schiffrin.‘ Fils d’un éditeur célèbre, le créateur de la Pléiade hii-mème, André Schiffrin a montré, dans un petit ouvrage intitulé L’Édition sans éditeurs, comment fonctionne la ^censure du marché* que commandent ces concentrations de plus en plus importantes dans l'édition.Afin de maximiser les profits et de répondre à une logique de croissance, les grands groupes cherchent irrésistiblement l’auteur connu et le thème à succès fondé sur l’existence de publics qui sont déjà cernés.Ainsi les •nouveaux talents ou les points de vue originaux trouvent-tls difficilement leur place dans les grandes maisons*, démontre Shiffrin en substance.Contre toute attente, L’Édition sans éditeurs a connu un succès considérable dans une vingtaine de pays dif férents, ce qui témoigne des préoccupations que suscite la révolution conservatrice qui se met en place dans l’édition depuis quelques années.•Bien que la situation soit très differente dans tous ces pays, les éditeurs ressentent les mêmes appréhensions, explique Schiffrin.Celles-ci sont parfois liées au rôle grandissant des conglomérats locaux, comme en Allemagne, ou à celui des grands groupes internationaux, comme en Amérique latine où les Espagnols contrôlent une part sans cesse croissante du marché.» Schiffrin vient de publier un nôuvel opuscule, Le Contrôle de la parole, qui fait suite au premier.Dans ce livre énergique, il s’inquiète de la prise de contrôle de plus en phis massive du capital financier et symbolique par des intérêts qui n’en ont que pour la croissance de leur avoir selon des perspectives qui n’ont rien à voir avec l’univers culturel du livre, fl cite le cas de La Martiniere en France, cette grenouille qui a avalé l’an passé cette pièce de bœuf qu’est Le Seufl.Depuis, ratages et cafouillages inouïs ont ponctué l’exercice de cette fusion, surtout au chapitre de la diffusion.Hervé de la Martinière, qui détient 17 % du capital, affirme que chaque livre doit désormais être une source de profit La Martinière carbure en mettant à contribution des capitaux de plusieurs groupes, dont ceux du Chicago Tribune.Le vaste empire du Chicago Tribune, il faut le rappeler, s'est maintenu et a prospéré beaucoup à cause de la ville de Baie-Comeau, fondée en 1937 par son propriétaire, le colonel McCormick, afin de pouvoir exploiter a faible coût la forêt québécoise grâce a une main-d’œuvre et a des pouvoirs hydroélectriques à bon marché.Dans son livre, Schiffrin dresse un bilan sévère des paysages éditoriaux anglais, américain et français, lequel est d’ailleurs présenté comme l’un des pires du monde.De l’air, il en espère du côté des petites maisons, seules capables à son sens d’ouvrir des brèches dans le conformisme qu’encouragent de phis en phis les grands groupes.Mais au Québec comme ailleurs, on ne peut que s'inquiéter de l’avenir de ces petites maisons.Le métier d’éditeur a beau être investi par de nouveaux venus sur la base de bonnes intentions, il n’est souvent maîtrisé que dans les apparences.Cela donne lieu à la production d’horreurs: des pages phis ou moins brouillonnes, un montage sommaire, la reliure de photocopies sous une feuille de carton lustrée qui tient lieu de couverture.Le livre courant est de phis en phis à la fitlérature ce que le hamburger est à la gastronomie avec ses deux pains d’éponge synthétique collés à une rondelle de caoutchouc animal Les livres de Schiffrin, publiés à l’enseigne de La Fabrique, sont paradoxalement une illustration parfaite de ce savoir des métiers du livre de plus en plus dé fîcienL Petit bijou critique, Le Contrôle de la parole est néanmoins un objet physique assez fruste, ficelé de la À.-fc Jean-Erançois Nadeau maniéré la phis lamentable en regard des règles éditoriales du metier.Autre problème pour l’avenir des petites maisons: le système de subvention étatique soutient surtout les plus gros.Les puissants le sont de phis en phis, comme ne manque jamais de le rappeler l'actualité: cette semaine, les Editions Beauchemin, la phis ancienne cathédrale editorial encore debout au Québec, a été absorbée par un de ses concurrents, Chenelière education Fondée en 1842, Beauchemin a écoule durant des dé cennies sa production à l’ombre des clochers.De TAlma-nach du peuple aux «livres de récompense», la maison a longtemps caressé ses alliances au pouvoir religieux ep place pour assurer sa croissance et sa respectabilité.A compter des années 1960 toutefois, le pouvoir s’étant transféré du côté du savoir, Beauchemin s’est aligné peu à peu, comme tous les éditeurs, sur la voix du nouveau commerce du livre, en assimilant les différents vecteurs d'industrialisation mis en place par l’Etat les subventions, le réseau d’écoles publiques, une fonction publique étendue.Depuis vingt ans, Beauchemin se consacrait tout entier a l’édition scolaire, le créneau le phis lucratif Le nouveau propriétaire a déjà absorbé Gaëtan Morin éditeur.Avec désormais un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars, Chenelière possède un quasi-monopole pour l’édition scolaire au pays des érables.Pour ceux qui croient encore possible de défendre l’édition comme autre chose qu’un simple assemblage de PME qui se structurent selon les vents de l’économie de marché, il reste beaucoup de travail à faire, sur tous les fronts.BOUCHARD SUITE DE LA PAGE F 1 du compte, Léo, qui finira par faire fortune dans la coupe de bois, sera surnommé tout bonnement «lo Bâtard».En entrevue, Gérard Bouchard reconnaît que les historiens québécois se sont intéressés bien tardivement à la question amérindienne.II ajoute cependant que ce tort est en train d’être redressé, avec notamment toute une génération de jeunes historiens qui se passionnent pour le sujet.•Je m’y intéresse en même temps qu’eux», dit celui qui vient de célébrer ses soixante ans.Mais Bikauba, c’est peut-être d’abord et avant tout le roman d’une utopie.Celle qui réunit un groupe d’individus autour du chantier fondé par Léopaul, désirant échapper à la domination des élites de l’époque, qui tentent de former une nouvelle communauté, avec de nouveaux modes d’éducation, de nouvelles idées.Gérard Bouchard ne s’en cache pas.Ce village rêvé, c’est peut-être ce qu’il aurait souhaité du Québec il y a plusieurs années.L’écrivain aurait aimé voir ici un projet aussi fort, aussi ambitieux qup celui qui a donné naissance aux États-Unis, ou encore celui porté par Bolivar, en Amérique du Sud.De tels projets ont pourtant été mis en avant par exemple par les Patriotes, mais n’ont pas abouti.Il s’enflam- i v i e r i librairie «bistr i crée l'événement Dans le cadre DES LECTURES du Noroît Rencontre avec Louise Dupré ANIMÉE PAR Marie-Andrée Lamontagne Dimanche 17 avril 15h00 5219.Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges 739-3639 Entrée libre Le lézard amoureux © Un nouvel éditeur Deux nouveaux titres José Acqueun sera présent au Salon du livre de Québec samedi 9 avril, de 1S h i 16 h au Stand Gallimard Les impulsions orphelines I Méliane Ray « Une nouvelle voix de la poésie au Québec » Qui, mieux qu'un lézard amoureux.Peut dire les sec têts terrestres ?René Char me aussi en dénonçant le manque d'assurance des Québécois, leur difficulté à reconnaître leurs forces, sur le plan du multiculturalisme, par exemple.•On devrait dire: c’est nous autres, le multiculturalisme.La vraie capitale du multiculturalisme, c’est Montréal.Mais non, on est trop peureux.Il y a un mm pour ça, c'est une société colonisée.C'est le propre d’une société colonisée.On perd la confiance de ce que nous sommes, on perd le sentiment de ce qu’on aimerait être, de ce qu’on voudrait être, on n’ose pas exprimer ce qu'on est.On est encore beaucoup comme ça», dit-il.S’il ne semble pas avoir perdu espoir en une éventuelle souveraineté du Québec, il trouve maintenant que le projet arrive un peu tard.Quant à l'idée de faire du Saguenay une province, qui resurgit périodiquement, il affirme qu’elle est •dangereuse en plus d’être stérile», notamment pour des raisons de développement économique.Le Devoir PIKAUBA Gérard Bouchard Boréal Montréal, 2005,575 pages BELLOW «Le vrai sujet de mes livres, c'est la relation entre la vaste entreprise américaine et l’affirmation individuelle» SUITE DE LA PAGE F 1 technologie des pays démocratiques transforme le monde entier en une vaste société cosmopolite et je doute fort que les cultures particulières puissent se protéger de la puissance et de l’influence américaines.C’est très dur pour toute culture de reprendre son identité, aujourd’hui, dit Saul Bellow.Même la psychologie de l’individu a été entamée par les forces de la civilisation high tech.Nous assistions à la démission de l’individualité, •Nous sommes tous sous la poigne d’une force immense qui transforme notre existence.Nous ne pouvons pas revenir en arrière.Par ailleurs, nous ne sommes pas adaptés à ces nouvelles conditions de vie de la civilisation de haute technologie.» Comment alors résister à ce système qui nie l’individualité?Réponse de Saul Bellow: «La littérature existe parce que les écrivains croient en une force spirituelle de l’individu.En écrivant, les écrivains fabriquent aussi leur propre individualité et développent leur personnalité propre.Ainsi P A ( ) R D Renconlre avec le bédéiste Migueianxo Prado antmee par le journaliste Denis Lord e 11 avril à 1 M peut-être le défi de l’homme contemporain se fait-il de faire comme l’écrivain: tenter d’inventer une société où chacun tendrait à devenir un artiste, capable de forger sa conscience individuelle afin de ne pas se laisser avaler par la société high tech.» Au cours de notre entretien particulier pour les lecteurs du Devoir, Saul Bellow me précisera: «Le vrai sujet de mes livres, c’est la relation entre la vaste entreprise américaine et l’affirmation individuelle.Mes héros tentent de trouver leur propre chemin à travers le monde moderne, selon leurs émotions et leur intelligence de la vie.Comme romancier, j’examine constamment cette vaste présence qui domine notre vie: celle de la haute technologie qui transforme notre société en un vaste océan de bien-être où tout le monde veut plonger et risque d’y perdre son individualité.• Pour Saul Bellow, écrire, c’est chercher l’âme de l’individu.Dans son discours de Stockholm, en recevant le prix Nobel de 1976, il a défini le roman comme •une sorte d’abri où l’âme se réfugie».Il ajoutait: •L’art essaie de trouver dans l’univers, dans la matière aussi bien que dans les faits de la vie ce qui est fondamental, durable, essentiel.» Quête d’humanisme En effet l’œuvre de Saul Bellow est une véritable quête d'humanisme.Chacun des personnages de ses romans se bat avec les grandes idées de l’Amérique et cherche à exister individuellement.Chacun cherche à protéger son âme contre la vie sociale.Qu’ai-je à voir avec le reste de l’humanité?se demandent Herzog, Humboldt Charlie Citrine et Albert Corde.Dans les romans de Saul Bellow — comme du côté de la vie, la nôtre —, avoir une âme reste un terrible handicap.C’est-àdire qu’il faut s’expliquer l'impuissance des idées et des faits devant la force des sentiments.Il faut aussi faire face à la décadence de la société américaine, qui est la source de fa violence qui la hante.Heureusement c’est dans l’humour que Saul Bellow pratique son art.Ses livres exploitent le comique des situations pour nous faire accéder à un monde qui réunit un mélange de farce et de ferveur morale.Car tout cela n’est pas si simple et les personnages de Bellow sont souvent doubles, oscillant entre l’action et la méditation, la transcendance et l’excrémentiel, l’harmonie et la violence.fl faut avoir lu les livres de Saul Bellow.Chacun contient les questions que se pose l’Amérique sur la condition humaine tout entière.Les Aventures d’Augie March, Le Don de Humboldt, Herzog, L’Hiver du doyen sont parus en poche chez Gallimard ou en édition courante chez Flammarion.Dans la limousine qui nous ramène de Lachine à Montréal, ce jour du 14 mai, Saul Bellow me confie: •Personne n’aura le dernier mot, ni le philosophe, ni l’écrivain, dit-il.L’écrivain porte jusqu’à l’aigu les questions que se pose l’homme.Ces questions ne se résolvent pas par la connaissance mais dans l’harmonie de l’art.L’art n’a rien à offrir d’autre que le jeu des émotions.J’ai choisi, pour ma part, la réponse de l’artiste.» Le Devoir LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadians Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse 2752, de So la berry Galeries Normandie • Montréal, Qc • H3M 113 www.LibrairieMonet.com • (514) 337-4083 Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.Collection D’Enfance NfUROPSYCHOlOGIE Cognition et développement de l'enfant Aen* «4 .hwo-ftiul low*nt ATTACHEMENT ET DÉVELOPPEMENT le rôle des premieres relotions dans le développement humain George M torabutoi Smon UffOMi.STRESS ET ADAPTATION CHEZ L'ENFANT L'EXTRÊME PRÉMATURITÉ les enjeux parentaux, éthiques et légaux Presses de l'Université 44* Pierre Nolin et Jean-Paul Laurent 39* Georges M.Tarabulsy, Simon Larose, David R.Pederson et Greg Moran 22* Michelle Dumont et Bernard Plancherel 20* Michel T.Giroux, Réjean Tessier et Line Nadeau du Québec Téléphone : 418.831.7474 Sans frais : 1 800 859.7474 ww w.ca Québec SS ?S i i LE DEVOIR.LES SAMEDI D ET DIMANCHE 10 AVRIL 2005 F SALON DU LIVRE DE QUEBEC Dans la ramure d’un immense tilleul Suzanne Giguère Qui, touché par la mort d'une mère, confronté au passage du temps, ne souhaiterait témoigner de ce qu’il a vécu, le préserver de l’oubli?Neuf ans après la mort de sa mère, Francine Noël ressuscite d'une maniéré très touchante les souvenirs marquants de sa vie avec cette femme ombrageuse et gaie, à la parole torrentieDe.«Ce texte est une simple petite bataille contre ienvasement de la mort.Un mémorial.Le refus de la perte.» En cherchant dans l’histoire de sa mère la sienne, l’auteure tente de donner un sens à sa propre existence.Quête des origines personnelles, devoir de mémoire, ambivalence des sentiments d’une fille envers sa mère, autant de fils qui tissent cette déclaration d’amour à la femme de sa vie.Un récit entre ombres et lumières.Pénétrant «Je le dis comme je l’entends » Citant en exergue cette phrase de Samuel Beckett tirée de Comme c’est (Éditions de Minuit 1961), Francine Noël prévient le lecteur «Il n’y a pas de récit complet et objectif.Je n ’ai donc pas cherché “la" vérité, mais à raconter ma mère comme elle se disait et comme je l'entendais se dire.• Pour redessiner de mémoire le roman familial, l'auteure s'emplit de la vont de Jeanne, de sa parole généreuse et pleine, enveloppante.-Ce qu elle m ’a légué de plus fort, c'est le verbe.J'ai attrape son amour des histoires.Enfant, j'ai vécu dans les siennes et elles ne m’ont jamais quittée.» Fabulatrice, Jeanne se met en scene, stylise sa vie ordinaire, l’allège, l'embellit •Il y avait chez elle une telle joie de dire, une telle conviction.» Ses histoires jaillissent à limproviste, portées par *son émotion de conteuse».Elle tire la majeure partie de la saga familiale de Cacouna, son village natal, «le lieu du bonheur sale».Elle enfouit dans un écheveau d'exploits et de répliques savoureuses le passé ténébreux du clan Pel letier au temps de la prohibition.Des misères de l’enfant mal aimée, de la vie intime de sa mère, de ses chagrins, de ses joies, de ses désirs profonds, Francine ne saura rien.Jeanne les tait ou pratique l'autoderision.Quand sa fille lui demande pourquoi elle a épousé un honune toujours absent un «survenant», Jeanne lui répond «qu’on lui avait dit que le sacrement du mariage représentait pour la femme une belle occasion de se sacrifier et qu’Û.fallait aller vers l’homme le plus mal pris.pour le sauver».Les années déboulent.A l’adolescence, la jeune Francine se languit dans des questionnements sans fond et des amours impossibles.EDe se prend pour la dame aux camélias et la Phèdre de Racine.les relations entre les deux femmes deviennent difficiles.Francine attend en vain «la claque libératrice.Son arme était la parole».Leur proximité se change en rivalité.Tensions, discordes, rapprochement rires, envahissement explosion, repos.Le cycle recommence.Jusqu’à la prochaine fois.Francine s'oppose à sa mère tout en s'identifiant à elle.EUe s’éloigne intellectuellement de cette femme besogneuse, devient professeur d'université et mere à son tour.Durant les années conflictuelles, l'amour entre les deux femmes continue.Un amour sépare Francine admire de loin cette femme moderne, non conformiste.Elle s'emerveille de sa resistance au pouvoir «Elle omit toujours deteste la politique — elle plaçait les politiciens quelques echekms plus bas que les prêtres dans sa toponymie des animaux nuisibles., elle pratiquait vis-à-vis d eux le doute systématique et cela me réjouissait.» A 67 ans.après avoir exercé tous les metiers «avec une neuvième année», Jeanne prend sa retraite.«Frémissante comme une jeune 0e», elle met autant d’ardeur dans ses cours de genealogie, de haute couture, que dans ses expeditions speleologiques et dans ses voyages outre mer.Pour Jeanne, apprendre c'est s’elever.Atteindre l'indicible Puis vient la maladie.De son balcon qui baigne «dans la ramure d'un immense tilleul».Jeanne raconte de petites histoires, les dernières, qui la rattachent à la vie.Le récit se brouille, les mots défaillent pour rendre compte de la déchéance d'une femme autrefois si forte et volontaire.Apparue sur cette terre comme la rosée, Jeanne disparaît comme elle.Depuis, chaque année «au temps des oies blanches et des frimas qui, à l'aube, se lèvent en brume sur le fleuve», la romancière passe quelques jours à Cacouna.L'air salin, grisant, la porte à espérer le retour impossible.«Je m'ennuie de ma mère.Non pas de la fée de mon enfance, mais de celle qui l’a remplacée, la fem- me fantasque et difficile avec qui j'avais des éclairs de complicité, le plaisir des mots et du rire.Je m’ennuie de son courage, de sa fougue et même de son implacable orgueil.» Ecrit del’interieur depuis le lieu douloureux et secret où les mots sont nés, La Femme de ma vie lie à jamais la mère et la tille.La romancière fait revenir avec elegance et grâce la petite voix de Jeanne devenue silence sans cesser d'être voix.Cette voix ne pouvait être atteinte que par les mots.Francine Noël touche l'indicible et le restitue par les mots, pour sauver ce qui a existe, donner une consistance à ce qui a été vécu, le faire exister, en faire une reelle etv treprise d’écriture.la force du livre vient de son écriture souple et ser-ree, sa beauté tient à son ton de conversation intime construit dans un monologue rétrospectif vivant, léger et souriant.On trouve dans la Femme de ma lie une vraie matière littéraire.Avec Maryse et Myriam première, Francine Noël a fait une entrée fracassante sur la scène romanesque durant les années 1980.Par la suite elle a publie une pièce de théâtre et deux forts romans, Nous avons tous découvert l'Amerique (1992) et La Conjuration des bâtards (1999), dans lequel elle renouait avec les grands personnages de sa tribu montréalaise.Avec Im Femme de ma vie, l’éclairage change.la romancière va au plus près de cette saisie de soi.IA FEMME DE MA VIE Francine Noël Leméac Montréal 2005,168 pages ENTRETIEN Louis Gauthier à bon port CHRISTIAN DESMEULES / Ecrivain effacé dont la modestie frôle la légende, Louis Gauthier s’étonne d'abord qu’on veuille le rencontrer à l’occasion de la publication en un seul volume des trois romans qui composent ce Voyage en Inde avec un grand détour.«Vous savez qu’il ne s’agit pas d’un nouveau livre?», osera-t-il avec prudence au moment de prendre rendez-vous.Nous savons.Et sans doute aussi qu’ils sont nombreux à le savoir, qui en profiteront pour lire d’une traite, ou relire dans l’ordre, une œuvre forte et personnelle écrite au fil d’une petite vingtaine d’années.Sans compter tous ceux qui ne connaissent pas encore leur chance.Depuis Anna, son premier roman paru en 1967, Louis Gauthier trace dans une certaine discrétion une œuvre remarquable et remarquée.Une œuvre à l’apparence bicéphale.D’un côté, l’invention, l’humour et l’humeur façon Souvenir du San Chiquita.Et de l’autre, les romans plus «sérieux» ou existentialistes, qui sont réunis aujourd’hui sous un seul titre — trouvé par ailleurs in extremis.«R y a deux Louis Gauthier.», entend-on souvent à son sujet A en croire la rumeur, il serait le Dr Jekyll et Mr Hyde de la littérature québécoise.Dans ce café branché (mais «fumeur») de l’avenue du Mont-Royal à cette heure creuse de l’après-midi où nous nous rencontrons, la comparaison lui tire un rire sincère.«Je ne sais pas trop, avoue-t-il./’ai écrit des livres drôles et un peu absurdes, bien sûr, et j’ai aussi écrit des livres sérieux parce que j’avais envie d'être sérieux.Voilà tout.» Les Aventures de Sivis Pacem et de Para Bellum (tomes 1 et 2,1970 et 2001), Les grands légumes célestes vous parlent (1973), Souvenir du San Chiquita (1978), Voyage en Irlande avec un parapluie (1984) et Le Pont de Londres (1988) ont précédé Voyage au Portugal avec un Allemand.Dernier volet du cycle «voyageur» paru en 2002, le roman lui a valu la même année le Grand Prix du livre de Montréal — l’une des seules récompenses littéraires de sa carrière.Parallèlement à l’écriture, pour faire chauffer la casserole, l’écrivain a longtemps travaillé comme rédacteur-concepteur dans le domaine de la publicité.Une expérience qui lui a appris, explique-t-il, à être plus sévère avec lui-même sur le plan de l’écriture: «On pouvait passer des jours et des jours sur une seule phrase!» Depuis quelques années, l’écrivain, né à Rosemont en 1944, fait surtout de la traduction commerciale.«C’est encore travailler sur la langue, mais sans avoir à fournir la matière.» Rien à dire ?En exagérant un peu, il estimera n'avoir rien, ou presque, à dire.«Je ne suis pas un conteur, est-il forcé de constater.Alors, il faut que je me rattrape sur autre chose.Sur la façon de raconter, par exemple, sur l’atmosphère de mes livres.» Parfums de pluie, météo de l’àme, philosophie de l’errance.Sans doute se reconnaîtrait-il dans le «bruit subtil de la prose» dont se réclamait l’écrivain et critique italien Giorgio Manganelli, qui avait un faible pour les livres «à l’intrigue mince et au thème fort».Louis Gauthier pose surtout des questions.Et les réponses, s'il y en a, logent quelque part daps les plis de ses phrases parfaites.A l’origine du Voyage en Irlande avec un parapluie, se rappelle-t-il, il y a surtout beaucoup de notes, le désir de rendre compte de la réalité intime d’un voyage — avec ses flous et ses creux —, et aussi une certaine recherche du silence.«Flaubert, par exemple, disait avoir écrit Madame Bovary pour donner une idée de la couleur jaune.Le Voyage en Irlande est très atmosphérique.» •Je me souviens, poursuit-il, que je voulais aussi faire un livre vrai, un livre qui disait la vérité.» 11 avoue d’ailleurs sans honte, et sans qu’il soit nécessaire de le torturer, pratiquer une certaine forme d’autofiction.L’écriture se plie chez lui à un souci d’observer, de décrire la réalité sans artifices, et cela au moyen d’une écriture dépouillée et sans lyrisme.«Je viens d’une famille de scientifiques, glissera*t-il au détour de la conversation./ai dû en conserver quelque chose.Dans ces trois livres-là, chose certaine, je ne suis pas tellement du côté de l’imaginaire.Ou sinon de l'imaginaire réaliste?» Va savoir.Récit d’un voyage initiatique, Voyage en Inde avec un grand détour est le récit d’une quête de soi.«Au fond, c’est l’histoire d’un voyageur casanier qui aurait mieux fait de rester chez lui, résume-t-il.Mais il s'est lancé un défi et il a décidé d’aller au bout de lui-même.Tout en s’apercevant que la vie et le voyage, ce n’est pas comme dans les romans.» De ce Dublin triste, avec ses airs de Leningrad ou de Vladivostok sous son grand ciel gris, en passant par Londres «avec son JACQUES GRENIER LE DEVOIR Louis Gauthier: «Écrire, dit-il, c’est aussi et peut-être surtout enlever ce qu’il y a de trop.» bruit de grille qui se ferme et ses rues pavées d’or», jusqu’à la mélancolie du Portugal, le «héros» fatigué de Louis Gauthier traîne son mal de vivre et un regard acéré d’écrivain au travail.Quel lecteur peut oublier l’étrange et poétique «et pa pi pa po» avec lequel le personnage de Monsieur Frantz, dans le Voyage au Portugal, termine ses phrases?lorsqu’on aborde ce dernier roman, dont il a retravaillé quelques passages pour les fins de cette réédition, Louis Gauthier fait la grimace.De toute évidence, c’est celui qui lui paraît aujourd’hui le moins réussi.«Pas bon», précise-t-il.Le style et l’invention Les trois étapes du Voyage en Inde avec un grand détour entremêlent intimement la vie et l’écriture.Au point où l'écriture transforme la réalité en fiction et à l'inverse, la fiction devient réalité.la littérature comme alchimie?•Cette question de l'autofictum, dit-il pose de ftçtm directe la question entre la réalité et la fiction.Le souper du jour de l'An dans Le Pont de Londres, par exemple, je n’en ai absolument aucun souvenir, sinon ceux qui sont dans le livre.Comme si c’était le livre qui me donnait aujourd’hui les vrais souvenirs, alors que le voyage, lui, est complètement évacué.» •Un voyage chaotique comme celui-là, fait de détours et de redirections, continue louis Gauthier, est tellement confus en soi que c'est déjà tricher avec la réalité que d’en faire, sous firme de livre, quelque chose de clair Ce n 'était pas clair du tout! Et c’est un peu le sentiment que j'ai essayé de décrire avec l'incertitude du personnage, qui ne sait pas ce qui va lui arriver» Sans sourciller, Ijouis Gauthier reprend à son compte ce que pense son narrateur du Voyage au Portugal avec un Allemand: «la littérature nous trompe, je le sa» vais, je l’ai toujours su.Même les meilleurs écrivains.Même les meilleurs livres.Ce sont les pires, ceux qui nous trompent le mieux.Im vie, ce n’est pas ça.Ça n’a rien à voir, ce n’est jamais si clair, si simple, jamais si bien organisé.» Styliste, Louis Gauthier?Il cite tout de suite Rodin, qui disait que sculpter, c’est prendre un bloc de marbre et enlever ce qu’il y a de trop.«Ecrire, dit-il, c’est aussi et peut-être surtout enlever ce qu'il y a de trop.» Et la suite?Ceux qui ont hi Voyage au Portugal avec • un Allemand savent que le narrateur prend un traver-sier à destination du Manx-.Peut-être un Voyage au Maroc?Ou bien une incursion plus franche, cette fois, du côté de l'imagination.«Pour construire une église, ça prend beaucoup de pierres grises avant de commencer à faire les vitraux.Peut-être que, d'une certaine façon, suis-je rendu là dans mon œuvre: construire des vitraux, inventer réellement quelque chose.» Peut-être aussi pour s’offrir la liberté qu’on n’a pas, comme écrivain, lorsqu’on essaie d’être trop réaliste.L’écriture, comme le voyage, comporte sa part d’imprévus, de détours nécessaires, d’accidents et de rencontres.L’écrivain, qui s’avoue volontiers «paresseux» (si écrire lentement et avec le souci de la perfection qui est le sien relève de la paresse), est ouvert aux surprises et aux destinations incertaines.QUÉBEC AMÉRIQUE félicite Pierre Duchesne Finaliste du Prix de la Présidence de l'Assemblée nationale , wk l «T _ 'PARIÏtAU Avec ce travail monumental sur la vie et l’oeuvre politique de Jacques Parizeau, l'auteur Jacques Duchesne s’affirme comme l'un des plus fins biographes-portraitistes de l'histoire politique québécoise contemporaine QUEBEC AMERIQUE www.quebec amerique.c om LES PRESSES DE L’UNIVERSITE LAVAL L'ART DE FAIRE PEUR des récits légendaires aux films d’horreur Martine Roberge ISBN 2-7637-8198-5 î 248 pages * 30 $ Rarifst 8b|*?p Colkction ETHNOLOGIE DE L’AMÉRIQUE FRANÇAISE dirigée par Jocelyne Mathieu Les Éditions PUL-IQRC Tél.(418) 656-2131 poste 10996 « Téléc.(418) 656-3305 .—s Lucie.Belangenÿpul.ulaval.ca www.ulaval.ca/pul des autres XYZ éditeur félicite Michèle Péloquin pour la mention obtenue au Prix Adrienne'Choquette 2004 éditeur I LE DEVOIR.A M E D I 9 ET DIMANCHE 10 AVRIL 2 0 0 5 F 4 LES SALON DU LIVRE DE QUEBEC LITTÉRATURE FRANCOPHONE Le génial mégalomane GILLES ARCHAMBAULT T ean-Marc Pasquet a publié en 1996, chez Robert J Laffont, Nègre blanc.Ce roman vient tout juste a’être repris aux Editions Mémoire d’encrier.C’est à la même maison que parait Anthologie secrète de Frankétienne.Nègre blanc est carrément un polar.Se déroulant en Côte-d’Ivoire, il raconte les péripéties d’un métis, Niilanti, qui, pris dans une affaire de diamants et de drogue, tombe amoureux d’Adaly, superbe Africaine.Au moment où il apprend qu’elle attend un enfant de lui, elle est retenue en otage par des malfrats à la solde d’un caïd libanais.Niilanti multipliera les actes de bravoure, enverra ad patres quelques fripouilles, se fera teindre en noir pour semer ses opposants.On aura compris qu’il s’agit d’une histoire rondement menée, d'un roman dont la subtilité n’est pas le propos.Restent le souffle évident de l’écriture, la luxuriance des détails, l’érotisme jamais trop appuyé du récit La peinture qui est faite d’Abidjan est à la fois convaincante par la vivacité de la description et par le rythme des dialogues, jamais très loin de la précision qu'on aime à prêter aux répliques que des protagonistes s’échangeraient au cinéma.Trois nouvelles, plutôt brèves, s’ajoutent à cette réédition, fruit d’une collaboration entre l’éditeur montréalais et la maison suisse Rezonnance.?Quittons l’Afrique et le roman d’aventures pour aboutir en Haiti.Frankétienne est tenu pour l'un des écrivains les plus importants de là-bas.A la fois peintre, sculpteur, musicien et essayiste, Frankétienne partage avec Jean-Marc Pasquet le sort d’être de sang mêlé.Là s’arrête la similitude.Si on y tient, on pourra avancer que ces deux écrivains ont été invités à la foire du Métropolis bleu.Bien mince parenté, évidemment Frankétienne a une œuvre d’une importance considérable.Il écrit à la fois en français et en créole.VALERY HACHE AFP Artiste aux multiples facettes, poète, dramaturge, peintre et musicien, Frankétienne, 69 ans, est un des écricains haïtiens majeurs.Pour Dany laferrière (c’est la quatrième de couverture qui nous en informe), il serait «une figure nobéli-sable».Je me connais trop peu en matière de consécration suédoise pour me prononcer à ce chapitre.Je suis toutefois convaincu de la pertinence de cette «anthologie secrète».De quoi s’agit-il?De frag- ments, de morceaux de journal intime, de poèmes, de proses, qu’accompagnent, des dessins de l’auteur des photos de Rodney Saint-Eloi.D’entrée, nous apprenons que Frankétienne se tient pour un génial mégalomane.On soupçonne la volonté de provocation.Mais l’avertissement vaut son pesant d’or.Le lecteur s'apercevra très tôt que la modestie n’est pas le fort de Frankétienne.Quelle importance?Peut-on lui en faire grief puisqu’il écrit aussL «J'ai produit une quarantaine d’œuvres qui parlent mieux que mes blablas répétitifs.Je suis un jeune vieillard en fin de carrière littéraire»?La richesse de ce livre vient à mon sens de ce que son auteur s’y livre sans retenue, qu’il provoque, qu’il lance des flèches qui vont plus loin que la provocation facile.Comme si Frankétienne n’en pouvait phis, tout à coup, de poser au révolutionnaire.L’œuvre est faite, flyaeu, üyales prises de position, les charges publiques (Frankétienne a été ministre de la Culture en Haiti en 1988), les oppositions aux régimes d’oppression.Reste, j’imagine, une immense lassitude, que viennent visiter des relents de révolte.J’ai un faible pour les écrits en marge, les fragments, les notes, les commentaires.Cette anthologie n’est peut-être pas aussi «secrète» que le prétend l’auteur, mais elle est le fait d’un écrivain pour qui l’écriture n’est pas un passe-temps ni encore moins un gagne-pain.Le ton est direct «12 avril 1936.Je nais à Ravine-Sèche (Haïti), à la suite du viol d’une jeune paysanne, Annette Étienne, 13 ans, par son père adoptif, Benjamin Lyles, homme d’affaires américain, président-directeur général des chemins defer McDonald qui relie Port-au-Prince à l’Artibonite.» Cet aveu dans toute sa crudité nous permet de mieux comprendre un cri comme celui-ci: «Au seuil du crépuscule en majuscules d’angoisse, je jongle avec mes trous.» NÈGRE BLANC Jean-Marc Pasquet Mémoire d’encrier - Rezonnance Montréal et Genève, 2005,394 pages ANTHOLOGIE SECRÈTE Frankétienne Mémoire d’encrier Montréal, 2005,169 pages ESSAI LITTÉRAIRE Anatole Vasanpeine, artiste secret JOHANNE JARRY Anatole Vasanpeine est né l'année de l’affaire Dreyfus.Enfant gris, il grandit sans se faire voir, sa silhouette tranchant peu avec les pierres de la ville de Poitiers.Mais lui, il regarde tout intensément.Tout?Surtout les corps, rien que les corps, et encore, seulement des fragments.Initié à la photographie par M.Kusakabe, un libraire japonais exilé en terre française, il exerce secrètement son art aux Bains-Douches, édifice public qui l’emploie.Dès qu’une cliente ou un client referme la porte de la cabine de bain, Anatole Vasanpeine se faufile silencieusement, pose son objectif sur une fente de la porte, photographie ce que l’interstice laisse voir.Au sortir de la chambre noire, il découvre ce que le hasard a saisi: tout le ravit Alberto Manguel résume ainsi ce curieux homme: «Malheureusement, rien ni personne ne tenta jamais de débarrasser Vasanpeine de son apparence obscure et, en dépit du Jeu qui ne cessa jamais de brûler en lui, il resta toute sa vie.aux yeux de ses connaissances, un préposé aux Bains-Douches à la démarche pesante et aux yeux chassieux.» Comment l’auteur a-t-il eu vent de ce singulier personnage?Peut-être par le biais d’un article de Jean-Luc Terra-dillos, «Le cas Vasanpeine», paru en Alberto Manguel t 1999 et cité dès les premières pages du livre.Mais l'un et l’autre se sont penchés sur l’existence de Vasanpeine grâce à ses carnets bien conservés, petits cahiers où il décrivait l’objet et l’état de ses saisissements, et qui ont laissé trace de lui après sa mort Ce qui étonne vraiment, c’est que Vasanpeine crée sans se savoir ;irliste.Ou, du moins, sans vouloir réclamer un statut, chercher une reconnaissance.L’acte est privé, chargé de sens uniquement pour Vasanpeine.«Pour lui, philosophe a to Venez rencontrer Nicolas Dickner au Salon du livre de Québec Stand Nota bene (espace Gallimard) Samedi 9 avril 13 h à 14 h 19 h à 20 h Dimanche 10 avril 13 h à 14 h 17 h à 18 h « Un imaginaire débridé » C.Desmeules, Le Devoir « Nikolski est une grande réussite » R.Martel.La Presse « Un livre tout à fait savoureux » B.Vigneault.Le Soleil « Un roman formidable, plein d’ironie, de fantaisie et de tendresse » C.Jolis.Indicatif présent.SRC Nikolski alto AGENCE FRANCE-PRESSE poitevin spontané guidé par l’intuition, l'univers n’était pas l'incarnation de /ormes pré-existantes mais de formes qui, au contraire, tendaient vers une existence archétypique que lui, Vasapeine, était en mesure de leur accorder grâce au déclic accoucheur d’un objectif et au bain rituel dans un fluide approprié.» Un jour pourtant, Vasanpeine entre en collision avec la réalité d'un corps: lui seul le happe tout entier.Cette rencontre sera décisive.et metfin à ce récit élégant et savamment documenté.Mais au-delà de son aspect historique.Un amant très vétilleux suggère une réflexion sur le regard, le corps, l’érotisme et la création.Mais surtout, on y constate que l’activité créatrice de Vasanpeine répond à une nécessité.et au désir.Pure gratuité de l'acte; cela fait rêver.UN AMANT TRÈS VÉTILLEUX Alberto Manguel Éditions Actes Sud/Leméac, colL «Un endroit où aller» Arles, 2005,88 pages TÉMOIGNAGE Le bréviaire des survivants LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Sur la couverture, un chiffre et deux lettres réunies forment un titre intrigant: 5-Fu.Aussitôt l’esprit du lecteur s’emballe.Est-ce un groupe rock, une arme secrète, une flottille japonaise?La réalité est à des lieues de celles-là, incroyablement plus prosaïque.En vérité, 5-Fu, c’est plutôt le petit nom dont on a affublé une chimiothérapie moderne, un vocable sec et froid, dont l'esthétisme aseptisé cache pourtant un petit bijou d’introspection.Signé Pierre Gagnon, cet ouvrage sans prétentions retrace avec lucidité la descente en enfer d’un survivant, du moment où il apprend qu’il a le cancer à sa rédemption, en passant par les affres des limbes de la chimiothérapie.Par petites touches, celui-ci décrit l’angoisse d’être condamné, puis l’isolement qui impose sa voix, la fatigue chronique, la douleur diffuse et l’incompréhension qu’il lit dans le regard des autres.Ces autres qui le comprennent si mal.Le cancer est un mal insidieux qui coupe celui qui en est atteint du monde.Mais quand les mots ne suffisent plus, les gestes, eux, restent, terriblement aliénants.«Prendre ma température corporelle, avaler un anti-acidité, un anti-nausée, un anti-diarrhée, essayer de me nourrir, me laver et me rendre à l'hôpital pour la chimie de treize heures», écrit-il pour illustrer l’extrême solitude que commandent toutes ces nouvelles responsabilités.Se dessine alors une dérive habile qui louvoie entre un «avenir incertain» et un «présent incontestable» que le musicien de formation arrive à faire sonner admirablement juste.Jamais larmoyante, toujours lucide, sa réflexion prend la forme de brèves réflexions thématiques qui s’étirent jusqu’à la rémission.Six mois qui tiennent en moins de cent pages d’une vie suspendue au fil de la fatalité, puis reconquise patiemment Avec son humour fin, sa plume acérée et son regard pénétrant Pierre Gagnon livre ici ce qui pourrait bien rapidement devenir le premier bréviaire québécois à l’intention des cancéreux.et de leurs amis.Un essentiel à offrir à tous ceux dont la vie est rongée — de près comme de loin — par ce démon moderne, «aux survivants comme à ceux qui ont désespérément essayé de le devenir».Le Devoir 5-FU Pierre Gagnon L’Instant même Québec, 2005,92 pages SOURCE L'INSTANT MÊME Illustration de Michel Rabagliati pour 5-Fu, de Pierre Gagnon.RECIT Vues du corps et de l’esprit CHRISTIAN DESMEULES ivieri librairie»bistr ù.Causerie-Débat En collaboration avec le CRILCQ de I UdeM Mardi 12 avril 2005 à 19 heures 5219.Côte-des-Neiges Metro Côte-des-Neiges 739-3639 Places limitées Réservation obligatoire Savoir médiatique, savoir universitaire Le discours médiatique refoule l'héritage culturel et artistique dont vivent les intellectuels.Que ne savent-ils pas faire entendre dans l'espace public et pourquoi ?Participants Eric Méchoulan Département d'études françaises de l'UdeM et auteur de : Le crépuscule des intellectuels aux éditions Nota Bene, collection Nouveaux essais Spirale Dominique Garand Département d’études littéraires de l'UQAM et auteur de Accès d'origine, ou pourquoi je Ils encore Groulx, Basile, Perron aux éditions HMH, collection Constantes Animateur JEAN LAROSE Département d’études françaises de l’UdeM Avec le soutien des éditions Hurtubise/HMH.Nota Bene.du magazine Spirale et du département du Programme de mineur en Études québécoises.Entremêlant ses souvenirs du grand écran et son histoire intime, Réjane Bougé s’abandonne à un exercice sensible de ciné-philie auquel Michel Tremblay, on s’en souviendra, s’était livré avec brio dans Les Vues animées (Leméac, 1990).«À l’origine du geste d’écrire, écrit-elle dans Je ne me lève jamais avant la fin du générique, il y a souvent une œuvre qui vous cravache plus que d’autres répondant en écho à ce qui est au cœur de votre propre désir.Dans ma vie, La Jambe de Caïn, une série noire de Cledwyn Hughes racontant les déboires d’un dentiste à la fois jaloux et effrayé par la jambe artificielle de sa femme, joua ce rôle.» Née à Montréal en 1957, l’au-teure a travaillé durant une quinzaine d’années comme animatrice culturelle à la radio de Radio-Canada.Depuis une douzaine d’anné.es, elle a donné trois romans.A commencer par L’Amour cannibale (Boréal, 1992), dans lequel elle explorait les saignées d’une enfance (la sienne, bien que teintée de fiction) vécue à l’ombre d’un père à la jambe artificielle et d’une mère qui avait perdu un sein.C’est ainsi que son œuvre se déroule autour de ce malheur familial, du manque et de la mutilation, auquel cette fois viennent se «greffer» des films et ceux qui les font «Dans le codicille tourné à ses glaneurs et à sa glaneuse, Agnès Varda — qui a veillé à ce que les œuvres de Demy, son mari, soient restaurées et recolorisées — s’émeut de constater après coup qu 'elle a filmé sur son propre corps des détails semblables à ceux que ce dernier a recueillis sur lui-même dans Jacquot de Nantes.» Le cinéma pour apprendre à vivre, pour apprendre à parler, à écrire même, mais aussi comme éducation sexuelle.Même la virginité perdue dans la hâte, à l’occasion d’un voyage éclair à New York avec l’assistant de David Cronenberg sur le plateau montréalais de Scanners, se déroule à l’ombre du cinéma.Souvenirs d’une époque perdue, cinémas disparus, nostalgie du «cinéma Kraft» au «canal 10»: Réjane Bougé égrène ses souvenirs et ses obsessions sous le signe de la perte et du démembrement Récit au ton monocorde, trop souvent écrasé sous le poids des références,/e ne me lève jamais avant la fin du générique semble rédigé au fil d’une inspiration naturelle et — comme c’est souvent le cas avec l’inspiration — naturel lement débridée.Il aurait pu gagner en force et en émotion si son auteure avait choisi d’ordonner et de rendre fluide son récit JE NE ME LÈVE JAMAIS AVANT LA FIN DU GÉNÉRIQUE Réjane Bougé Québec Amérique Montréal, 2005,240 pages I LE DEVOIR.LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 A V R I 2 0 0 5 SALON PC LIVRE DE Ql'EBEC L’explication des braises Louis Hamelin agda Szabo, la grande dame des lettres hongroises, n'a été découverte que sur le tard par les lecteurs pratiquant la langue française, en 2003, grâce à l'obtention du Femina etranger pour son roman La Porte.Les Editions Viviane Hamy, qui ont maintenant entrepris de traduire et de diffuser ses oeuvres précédentes, nous proposaient cet hiver La Ballade d’Iza, d'abord paru en 1963 et dont le style n'a pas pris une ride.Le progrès alors était encore ce mouvement ininterrompu vers l'avant qui paraissait avoir un sens.L’Occident vit au rythme des Trente Glorieuses, les années de croissance continue qui s’étendent de la Seconde Guerre mondiale au premier choc pétrolier.Tandis que.de l’autre côté du Rideau de fer, une petite ville de province de la mittle europa bascule lentement de ce côté-ci de l’histoire, l’auteure capture ce moment précis où un pays, une société, semble se tenir un instant en équilibre à la frontière de l'ancien et du nouveau, oscillant sur ses bases entre vieux monde rural et modernité.«ha leur avait envoyé, trois ans auparavant, un drôle de petit appareil; entre les filaments portés au rouge, les tranches [de pain) croustillaient en un clin d’œil.» Pratique.Mais allez donc vous accoutumer à cette incongruité que constitue un grille-pain quand vous avez mis presque trois quarts de siècle à acquérir cette lenteur confiante qu'il faut pour faire rôtir votre toast piquée au bout d’une baguette à la bonne chaleur des braises par la porte du poêle ouverte.C’est vrai, ça dépose de la suie sur les murs.Le feu est sale, vivant.Plus fiable, aussi.Sa respiration est au chauffage central ce que le chien de traîneau est à la motoneige: «au fond, même une chose aussi courante que l’électricité ne lui inspirait guère confiance».On parle ici de la mère d’Iza.On pourrait être au Québec.L’électrification du monde rythme l'air nouveau de cette marche à l’histoire.Survienne la panne, et on verra passer à petits pas l’ancêtre brandissant son chandelier en cuivre à deux branches «comme un doux cerf vieilli porte ses bois».C’est vraiment une très belle page d’ouverture.Deux phrases à peine en incipit, et Szabo crée le climat, annonce le conflit «La nouvelle était arrivée au matin.Elle faisait griller le pain au-dessus du feu de bois.» La nouvelle, c’est celle de la fin prochaine du vieux mari.Les années soixante sont aussi celles de la montée en puissance du fléau moderne par excellence, jamais nommé dans le livre, même si la fille, Iza, est docteure en médecine comme son ex-mari.Tout se passe comme si mourir du cancer voulait encore dire succomber à la vieillesse, mais un peu plus vite que les autres.Désormais, progrès oblige, les guerres tueront de moins en moins.L'air, l’eau, le sang lui-même s’en chargeront.Trois mois à vivre.Aucun mystère là-dessous.Le mystère, c’est plutôt Lza, fierté et lumière de son père, courageuse, determinee, cultivée et intelligente, capable d’expliquer «le fonctionnement d’un spoutnik».Mais aussi, lza la dure, celle qui dit: «Il ne faut pas pleurer.» Et qui n'avait déjà même pas peur du dentiste quand elle était petite.Lza qui accompagnera le déclin rapide de son père, mais qui, au dernier moment, refusera de se rendre au chevet du mourant, elle dont la seule vue aurait pourtant suffi à précipiter le vieil homme directement au paradis.Tout comme, enfant, elle se fermait avec violence à la ballade chantée par son père, et dont la fin était trop triste, de l'homme qui lui a donné la vie, elle refuse de conserver l'image aux traits figés à jamais par le deuil, comme si l'amour ne pouvait pas aussi comprendre la mort, ne demandait pas d’ouvrir les yeux jusque dans le noir.L’énigme lza Apres quelques mois de mariage, son époux est parti en sifflotant, une valise au bout de chaque bras, adieu.Personne n’a jamais compris.Et.tandis que le roman déploie ses vastes périodes divisées en quatre parties coiffées chacune du nom d’un élément (terre, feu, eau, air, comme en un discret rappel de la nature intangible des forces primordiales toujours à l’œuvre dans cet univers livré aux solutions de la technique), on finit presque par oublier l’énigme que posait au départ ce divorce d'iza.Il faut continuer de vivre, de la suivre, fille du siècle détournée du passé pour embrasser l'avenir triomphant.Elle vend la maison de ses vieux parents, emmène la bonne femme vivre avec elle dans son appartement de la capitale.Et madame Szôcs fait désormais partie, pour moi, de ces personnages de mères inoubliables dont l’amour intransigeant peuple la littérature où elles donnent la réplique au père Goriot et qui participe à l’enchantement du monde, comme chez Albert Cohen (Le Livre de ma mère) et Romain Gary (La Promesse de l’aube).Vieille mère poule mésadaptée et bonne comme du pain, madame Szôcs encombre Budapest comme un artefact anachronique et touchant, loin de trouver dans sa progéniture un amour répondant.Pauvre lza que tout le monde quitte, y compris l’écrivain Domokos.Pourquoi?Explorant l’idée de coupure, Magda Szabo semble opposer la «dureté de diamant» du cœur de la fille aux braises charbonneuses du poêle familial, lesquelles sont, comme le passé, «une explication [.], le mot de l’énigme que nous pose le présent».LA BALLADE D’IZA Magda Szabo Traduit du hongrois par Tibor Tardes Traduction revue et corrigée par Chantal Philippe et Suzanne Canard Viviane Hamy Paris, 2005,262 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Chronique de deux morts annoncées MARIE LABRECQl'E Les progrès sans cesse grandissants de la médecine s'accompagnent de questionnements éthiques de plus en plus complexes.Où commence et s’arrête la rie?Doit-elle être sauvegardée à tout prix?Qui a le droit de décider d’y mettre tin?Illustrées jusqu'à l'extrême par des cas qui dérapent en cirque médiatique comme celui recent de Terry Schiavo, ces interrogations dérangeantes sont désormais inevitables.Laurent Laplante, lui.aborde ce questionnement sous la forme d'un court roman, sur lequel la mort étend entièrement son ombre.Je n ’entends plus que ton silence se penche sur la légitimité du suicide, de l’euthanasie et de la mort assistée.L'auteur et essayiste a campé les positions de ses deux protagonistes dans les coins opposés de ce ring philosophique.Sombre sexagénaire.Jean-lTtilippe est obsédé depuis toujours par des idees suicidaires (constanunent reportées à cause d'un pacte conclu avec sa compagne), mais il s'oppose au «meurtre par compassion».Au contraire, Julie embrassait la vie par tous les pores de son être, mais elle a souvent proclamé, lors de discussions entre amis, son aversion pour une existence végétative.Contre toute attente, c'est la si vibrante Julie, elle qui pourtant concède plusieurs années à son amoureux, qui tombe la première.Doublement frappee.Victime d'un accident d'automobile qui l'abandonne à un coma irréversible, elle souffre aussi, découvre-t-on, d’un tumeur au cerveau qui la condamne.Depuis, une promesse arrachée pendant un échangé qu'il croyait théorique hante Jeanf’hilippe: que savait Julie de sa maladie lorsqu'elle a exige qu'il ne la lajsse jamais vivre «hors autonomie et sans dignité»?A quoi l'amant s'est-il vraiment engagé?Le drame ayant rompu la communication au sein de ce couple si aimant, il devient difficile pour Jean-ITrilippe de présumer des pensées et envies profondes de Julie, une fois celle-ci vraiment confrontée à la mort Jusqu'à quel point connaît-on l'être qui partage intimement notre vie?Au chevet de la femme qu’il aime depuis trente ans, la narrateur traque donc les moindres signes de conscience de la comateuse, interroge ses propres souvenirs, cherche dans son journal les traces de conversations passées, fouille enfin tout ce qui pourrait apporter une réponse à son douloureux dilemme.C’est à travers les pages de ce journal intime que le lecteur prend connaissance de son graduel cheminement — le récit s’étend sur 25 jours — vers l'acceptation de cette ultime mission.«Je ne parviens même pas à écrire le mot.Je me leurre mot-même en recourant aux euphémismes: mettre fin à ses souf- SOUW.!¦: SYLVAIN MARIL' S 1-aurent laplante, mieux connu comme essayiste, aborde la question du suicide assisté dans un court roman.Je n 'entends plus que ton silence.trances, abréger ses Jours.Ce qu elle veut et attend de moi, c ’est que je la tue.• Je n entends plus que ton silence explore les questionnements fondamentaux qui dérivent de cette situation extrême, mais aussi les aspects plus concrets d'une rie qui ne tient plus qu'à un corps inerte, ou presque.Ix1 système médical n’est guère épargné par le narrateur, conquis par l’humanité des infirmières mais outré, à une exception près, par la froideur clinique des médecins.Malgré la lourdeur de quelques phrases, Laurent Laplante raconte avec sensibilité et tendresse cette histoire de mort qui est aussi, surtout, une histoire d’amour.JE N’ENTENDS PLUS QUE TON SILENCE lotirent Implante Editions JCL Chicoutimi, 2005,166 pages Une grande saga historique, envoûtante et mystérieuse.Une épopée sur les traces de Bonaparte, Champollion et les énigmes de TÉgypte ancienne.“ % '2 ean-Michcl R»ou L ART DE LA FUITE % ROMAN La mort est le seul événement P qu’ib attendent encore.f| Celle des autres, surtout Vincent Engel alias Baptiste Morgan L’art de la fuite 228 pages, 24.95 $ ISBN 2-89502-213-5 venez rencontrer Jean-Michel Riou au stand Flammarion du Salon du livre de Québec : samedi 9 avril de 15 h 30 à 16 h 30 dimanche 10 avril de 14 h 30 à 15 h 30 NOUVELLES ROMANS ESSAIS f* "Fe * %: I Ouellette Ouellet Dommic Gagné L InouWuibk- ’ intmiiu* te- vni fit* rarmu lu drwtrt Une omîMt rrttrr 1 Ce printemps, a IHEXAGONE www.edhexagone.com ^OUQUINERIE vous offre les plus beaux livres et disques compacts d'occasion à une fraction du prix du neuf.Arts, philosophie, littérature,.histoire; musique francophone, classique, jazz et d'avant-garde.flchdt a domicile 4075.rue Saint-Denis, Angle Duluth 288-5567 799, Mnitt-Rnyal EU Angle Si Hubert • Métro Mont-Rnval 523-5628 LE DEVOIR.LE SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 AVRIL 2 0 0 5 SALON DU LIVRE DE QUEBEC LITTÉRATURE JEUNESSE ROMAN POLICIER Les mondes parallèles de Philip Pullman La fin d’une saga Un critique et deux scientifiques explorent 1’œuvre de ce maître du récit d'aventures CAROLE TREMBLAY Philip Pullman s'est (ait connaître par sa trilogie A la croisée des mondes, dont le premier tome.Les Royaumes du Nord, est paru en 1998, chez Gallimard jeunesse.Au départ, un peu dans l’ombre du phénomène Harry Potter, cette série fantastique — dans tous les sens du terme —, a peu à peu fait son chemin pour gagner la reconnaissance qu’elle méritait Maintes fois primés, traduits en 22 langues et vendus à des millions d’exemplaires, les trois tomes qui racontent les tumultueuses péripéties de Lyra et Will dans leur combat contre les forces de l’oppression ont maintenant conquis un large public à travers le monde.Un publie qui, au grand étonnement de son créateur, est composé autant d’enfants que d’adultes.Il faut dire que la complexité des personnages, la richesse des intrigues et la profondeur de la réflexion qui les sous-tend en font des histoires à plusieurs niveaux, où chacun peut puiser ce qui lui plaît.Les plus jeunes seront envoûtés par les descriptions de créatures merveilleuses, alors que leurs aînés seront fascinés par les questions théologiques que soulèvent ces récits pleins de rebondissements.Preuve ultime de son succès, deux ouvrages sur Pullman et sa SOURCE GALLIMARD Philip Pullman trilogie ont paru ce printemps.l£ premier.Rencontre avec Philip Pullman, est une plongée dans l’univers personnel et littéraire de l’auteur.Sa vie, son œuvre et ses sources d’inspiration sont présentées, analysées et commentées.On y apprend, entre autres, que cet ancien professeur se considère moins comme un écrivain que comme un conteur et qu’il a fait ses armes en rédigeant des pièces de théâtre pour les spectacles de fin d’année de ses élèves.Pour écrire sa trilogie à cheval entre le conte philosophique, le fantasy et la science-fiction.Pullman a consacré sept ans de sa vie.11 a puisé à des sources aussi di- L’Émotion européenne Critique de CHRISTIANE LEMIRE [Source : Art Press, Paris, n° 310, mars 2005, p.59.Reproduit avec l'autorisation de la direction d'Art Press.] Une surprise de taille nous arrive, directement d'Amérique : L'Émotion européenne.Voilà d'emblée un titre et un livre qui étonnent, et devraient nous faire réfléchir.Au milieu d'existences qui se vivent comme dépossédées d'elles-mêmes, prises entre les rets de l'économie mondialisée et de pensées du calcul, ces deux mots scintillent à la fois comme une inquiétante étrangeté et une promesse de vie.Une stupéfaction et une respiration.L'émotion dont il est question dans le passionnant essai de Robert Richard n'est autre que le choc suscité par la rencontre ou le face à face avec l'autre.Le tableau magnifique du Tintoret, L'Annonciation (1583-87), illustrant la couverture du livre, en décrit le motif central, son allégorie secrète : le « barbare » (ou l'Étranger), pénétrant par effraction dans la cité est cause d'une émotion politique.L'originalité de ce tableau, et de la lecture qu'en fait Robert Richard, est d'avoir su inscrire, et analyser sous l'angle du politique, la violence — symbolique—que comporte ce mythe chrétien de l'annonce faite à Marie.L'ange Gabriel n'est plus seul (en tant qu'envoyé de Dieu, (Autre absolu) mais pénètre en puissance avec une cohorte d'anges le domicile privé — l'intérieur de la Vierge.Celle-ci, visiblement troublée par cet « assaut », semble perdre pied.Et c'est finalement l'audace dont elle fait preuve en s'ouvrant à l'autre, en accueillant en elle, dans sa chair, l'inconnu, l'Étranger, ou le « barbare » venu de l'extérieur et porteur d'une loi paradoxale qui retiendra notre attention.Une certitude est acquise par le corps, par le vécu, celle que (Autre est, et cette expérience qui se vit comme une non maîtrise de soi peut faire peur.Wajdi Mouawad, dans sa très belle préface intitulée « La peur de l'enfance est l’Ange annonciateur », nous le rappelle : l'enfant qui se réveille dans la nuit et hurle de peur, retrouvant avec acuité le monde réel, crie parce qu'il se sent seul face à l'univers effrayant, inconnu.Ou comme le dit Emmanuel Lévinas : assis dans son lit, au milieu du silence de la nuit, l'enfant « entend » l'existence être.Cette peur initiale, ressentie au début de toute chose, est la source de notre faculté de penser, c'est la brèche qui fait entrer en nous «de l'autre».Et c'est cette émotion que nous devons retrouver sans cesse, le miracle de son ouverture, pour que la peur ne nous domine pas mais cède la place à son double solaire, l'émerveillement.Ou l'art comme condition du politique, et non l'inverse.Car après la mort de Dieu, c'est l'art qui aujourd'hui prend en charge cette catégorie d'expériences et qui permet de vivre le choc — le miracle—de l'autre.Le mérite et la beauté du livre de Robert Richard est de nous faire découvrir comment ces expériences artistiques constituent une entité politique inédite : « l’Europe contractualiste », qui « tourne autour du barbare comme autour de sa cause ».A l'opposé du libéralisme, qui se soucie plutôt des intérêts privés et marginalise la sphère publique, de la société civile axée sur la gestion des intérêts communs et de l’idéologie du multiculturalisme qui célèbre les notions d'identité et d'appartenance, l'Europe contractualiste se fonde sur une loi paradoxale, la loi de l'interdit de l'inceste, qui a la particularité de ne pouvoir être représentée que sous la forme de sa propre transgression.Ce continent inconnu, métaphore du politique, et la loi qui le fonde, Robert Richard les a trouvés distillés dans les œuvres de Dante, Sade et Hubert Aquin1".Contrat de chair entre dissemblables, qui donc n'ont rien en commun, ne parlent pas la même langue et ne partagent pas la même conception du monde, la loi nou velle invite à sldentifier à l'autre, à se reconnaître en lui, à se laisser habiter par lui, voire à «liquider» son identité en lui.Une autre scène hante famille, patrie, clan, tribu et na tion, comme la source de toute chose : le néant premier et originaire, porteur d'étrangeté.La véritable essence de la sphère publique se situerait là : dans le rapport charnel homme/ femme, quand une femme accepte de nouer son destin avec celui de l'Étranger, au-delà de toute mentalité «municipale», quand ils partagent finalement le seul absolu qu'ils aient en commun : l étrangeté.L'art, ou comment réintroduire le « véritablement public » dans le public, la volonté dans l'entendement la fiction dans la réalité : une dynamique ironique et critique, une profanation, ou comment faire vaciller notre rapport au réel Tout près, si proche de son objet, l'écriture de L’Emotion européenne est un éblouisse ment, un vacillement.Parce qu'elle réussit à faire, avec une grande acuité, la véritable cartographie du politique, c'est-à-dire donner à voir le corps logique de la fiction.Ou Dante, Sade et Aquin, comme vous ne les avez encore jamais lus.Avec « l'illustre vulgaire », Dante donne à la littérature une dignité et une altitude dont elle ne jouissait pas avant lui.Elle devient la langue étrangère, face cachée de toute langue, son cœur intime, insituable.L’œu vre du marquis de Sade ouvre non pas sur l'espace du social «mais sur un espace politique, un espace éthique, qui se joue entre l’ordre infini du Père d'un côté et le "désordre des femmes de l’autre ».Ce beau « désordre des femmes » dont parle Sade, c'est la jouissance féminine comme condition et preuve de l'existence du Père (le Sujet Infini).Hubert Aquin fait vaciller la nation (Québec), l’élève vers l'universel et la réinvente comme patrie des apatrides, pays composé exclusivement d'étrangers où les citoyens ne sont pas seulement étrangers les uns par rapport aux autres, mais aussi où chacun serait par rapport à soi-même, un étranger.L'Emotion européenne a pour objet l'invisible et donne à voir et à juger de ce qu'il y a de plus essentiel : nos émotions politiques ou comment vivre ensemble (t) Hubert équin, écrivain québécois (1929-1977), a publié plusieurs livres, dont quatre romans : Prochain (pisale Jmi de mémoire tAntiiôoniirie et Aieipftoinf.il est le plus grand et le plus troublant des romandets québécois, mais.toujours méconnu en france! Signalons toutefois un dossier spécial sur Hubert équin paru dans la revue Le Mt, Parti n* H hiver 1999.244 pages • 24,95 $ lvA«iADm°NS ISBN 1-866859-3852 W .V A R O B R T R I C H verses que la Bible, Batman, John Milton ou la théorie des cordes de la physique quantique.Parenté avec les sciences Deux scientifiques britanniques.Mary et John Gribbin, ont entrepris de démontrer la parenté entre l’univers de fiction créé par Pullman et les récentes découvertes de la science.Les Mystères de la science dans la trilogie de Philip Pullman est un ouvrage de vulgarisation scientifique tout simplement passionnant.Sous la plume des auteurs, la physique quantique, les aurores boréales, les quarks et la théorie du big-bang apparaissent comme des aventures aussi merveilleuses que les mondes imaginaires décrits par Pullman.On y apprend que la Poussière du monde de Lyra trouve son pendant dans la matière sombre et froide récemment découverte par les physiciens.Les mondes parallèles dans lesquels les personnages évoluent reposent sur une théorie quantique dite des «mondes multiples».On découvre avec un mélange d’inquiétude et d’émerveillement que la science moderne révèle plus de mystères qu’elle n’en élucide.Enfin, pour ceux qui l’ignorent encore, Philip Pullman n’est pas que l’auteur de cette trilogie fantastique.Il a écrit de nombreux romans, dont la série Sally Lockhart, qui met en vedette une jeune orpheline aventurière dans le Londres brumeux du XDC' siècle.Empruntant le décor, les personnages et les intrigues des feuilletons anglais de l’époque victorienne, ces romans pleins de suspense carburent autant aux scènes de violence qu’aux scènes d’amour, à la comédie qu’au mélodrame.Le quatrième et dernier tome, La Princesse de Razkavie, vient de paraître en Folio junior.Cette fois, le maître du récit d’aventures a tissé son intrigue autour d’une orpheline disparue, d’un prince héritier et d’un royaume de l’Europe de l’Est où la monarchie est décimée par les assassinats.Ce n’est peut-être pas le meilleur des quatre, mais les abondants rebondissements ne nous laissent pas vraiment le temps de nous ennuyer.Finalement, le conteur émérite s’est aussi amusé à réécrire un classique.Il signe, chez Gallimard, dans une édition luxueuse, une élégante adaptation d'Aladin et la lampe merveilleuse, superbement illustré par Sophy Williams.RENCONTRE AVEC PHILIP PULLMAN Nicholas Tucker Gallimard Paris, 2005,210 pages LES MYSTÈRES DE LA SCIENCE DANS LA TRILOGIE DE PHILIP PULLMAN À LA CROISÉE DES MONDES Mary et John Gribbin Gallimard jeunesse Paris, 2005,177 pages LA PRINCESSE DE RAZKAVIE Philip Pullman Folio junior Paris, 2005,411 pages ALADIN ET LA LAMPE MERVEILLEUSE Philip Pullman, illustrations de Sophy Williams Gallimard jeunesse, 71 pages Sally Lockhart Li Princessé Razkavie Philip Pullman Le commissaire Wallender tire sa révérence m w 3S& £ MARIE CLAUDE MIRANDETTE Le roman policier Scandinave connaît une vague de succès sans précédent depuis quelques années.Le phis illustre émule de Sjowall et Walhoô, couple d’auteurs à qui l’on doit le fabuleux personnage du commissaire Beck et qui font office de figures de proue du roman à procédure policière en Suède, est sans contredit Henning Mankell.Sjowall était poétesse, Mankefl, homme de théâtre, auteur de contes philosophiques et d’histoires pour enfants, ce qui fait la démonstration que les parois délimitant les genres littéraires ne sont pas aussi étanches que l’on tend à l’imaginer.Son héros, Kurt Wallander, tout comme celui de SjôwaD et Walhoô, est en proie à des problèmes de santé et à ses démons intérieurs, en plus du mal qui gangrène son petit univers vacillant Chronologiquement, L’homme qui souriait (1994) suit La Lionne blanche (1992), roman paru l’année dernière en traduction française; il constitue en fait le quatrième épisode des enquêtes du commissaire Wallander, lesquelles ont paru dans le désordre le plus complet en français, ce qui ne facilite pas toujours leur juste appréciation.L’intrigue Au terme de La Lionne blanche, la santé du commissaire forçait celui-ci à prendre ses distances de sa vie professionnelle, laquelle avait jusqu’alors dominé son existence: en congé de maladie forcé, il en vient même à remettre en question son envie de continuer ce difficile métier trop souvent voué à l’impuissance, voire à l’échec.En fait, il est sur le point de rendre son flingue et son insigne lorsque débute ce nouvel épisode qui s’ouvre sur une citation de Tocqueville donnant le ton au récit «Ce qu’il faut craindre, ce n’est pas tant la vue de l’immoralité des grands que celle de l’immoralité menant à la grandeur» L’intrigue s’installe d’entrée de jeu alors que survient un crime sordide, comme c’est l’habitude chez Mankell.Un avocat de renommée, Gustav Torstensson, est assassine dans des circonstances plutôt inhabituelles; puis, c’est au tour de son fils Sten de suivre le même chemin.Ce crime marquera le retour de Wallander au commissariat car Stan était une vieille connaissance et Wallander se sent une dette à son endroit qui l’oblige à remettre ça pour un autre tour de manège.Culpabilité, quand tu nous tiens! Dans cette intrigue, c’est le milieu des affaires et de l’économie toute puissante qui est passé au crible du polar sociétal makellien.Et malgré les 10 ans qui séparent la parution de l’édition originale de ce livre de sa traduction française, le propos demeure toujours aussi actuel avec son lot de scandales financiers et de manipulation en dehors de toute éthique et de tout sens moral.L’homme qui souriait du titre, c’est le docteur Harderberg.Implacable patron de plusieurs multinationales, il possède un vaste empire qui lui confère sa toute puissance, voire son immunité.Lentement, patiemment, Wallander gratte la surface polie de l’image publique de cet homme respecté et apparemment respectable pour tenter de découvrir ce qui se cache au-delà de la façade immaculée qu’il donne à voir du haut de son arrogante prestance.Pour parvenir à mettre au jour ce que dissimule ce féroce adversaire, Wallander devra faire preuve d’une dose de patience, ce qui donne lieu à des passages savoureux.Campé de personnages crédibles et efficacement construit, ce nouvel épisode des enquêtes de Wallander, le dernier de huit (c’est le quatrième de la série mais le dernier à paraître en traduction française) mettant en scène ce personnage qui tire sa révérence au profit de sa fille Linda, clôt brillamment cette saga suédoise.L’HOMME QUI SOURIAIT Henning Mankell Traduit du suédois par Anna Gibson Le Seuil, colL «Policiers» Paris, 2005,368 pages Garcin et Holder trouvent de la magie à Montréal GUYLAINE MASSOUTRE L> insistance des rêves ne s’épui-i se pas en trois mots; ni ses images, pourtant vite effacées.Il est une littérature qui en recueille le dépôt comme on trie les pépites — sur des «sentiers délicats».Deux écrivains de la même génération se livrent à une telle chasse au trésor, Christian Garcin et Eric Holder.L’un, né à Marseille en 1959, et l’autre, à Lille en 1960, mettent en tension les pôles opposés de l’Hexagone, dans une géographie du promeneur dont la langue épouse l’œil qui repère et tombe en contemplation.On les dit héritiers des Belles Lettres, dans le sillage de Pierre Michon.Est-ce pour leur langue riche, leur vitesse de piéton, leur sens esthète de fa forme brève, ou parce qu’ils sont moins attirés par la dramaturgie du roman que par l’esquisse des situations étranges dans la nouvelle?Quoi qu’il en soit ils ont un autre point commun: invités à Montréal, la ville se retrouve dans leurs nouvelles.Entre les huit textes des Sentiers délicats, il ne faut pas rater Lost in Translation.D y est question d’une certaine rencontre d’écrivains dans les Laurentides, où se rendit Holder, assez éméché paraît-il.Le personnage, outre sa ressemblance avec l’auteur pour ce petit travers, croit y faire une singulière rencontre, celle d’un vaurien sauvé par la littérature.Réjean Ducharme.J&Tolerance.ca® Le webzine sur la tolérance www.to)trimct.ci» Les nouveautés du mois CE QU’ON DIT DE TOLERANCE.CA dans les nouveaux et anciens médias LA COMMUNAUTÉ DES CITOYENS, UTOPIE CRÉATRICE par Dominique Schnapper Dominique Schnapper est directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, membre du Conseil constitutionnel de France.* POURQUOI PUBLIER UN WEBZINE SUR LA TOLÉRANCE ?La revue Le Factuel publie ce mois-ci un article sur les raisons qui ont motivé la création du webzine sur la tolérance.Le Factuel est la publication de la Fédération autonome du collégial qui regroupe plus de 4 000 enseignants œuvrant dans 18 collèges québécois.Texte intégral sur : WWW.tolerance.Ca * Également sur Tolerance.ca : AMBIENTE ITALIANO ! par Valérie Martin Les Italiens de Montréal constituent l’une des plus anciennes et populeuses communautés de la métropole canadienne.Ils forment le deuxième groupe en importance après les Juifs.Portrait d'une communauté fascinante.# À découvrir sur votre écran.Tolerance.ca www.tolerance.ca C’est délicieux.L’humour et l’au-todérision légère y colorent un autre penchant, cette fois plus grave et plus irréversible, celui de Holder pour la littérature, héroïne de tous ses portraits.«Bien sûr que la vie est un rêve dont nous nous ne réveillerons pas.» Et il en fit la preuve.Autre cas d'éblouissement, dû à une singulière ophtalmie des neiges.Dans les neuf nouvelles de La neige gelée ne permettait que de tout petits pas, il en est une, intitulée Trois valises, où Christian Garcin évoque une autre figure d’écrivain québécois.Inutile de chercher ce Thomas Delaroche; il ne figure qu’au panthéon de Garcin.Mais comme Ducharme chez Holder, il déclenche des coïncidences.Une certitude de déjà vu peut-elle s'ancrer ailleurs que dans un rêve?Montréal apparaît en double fond, entraînant l’enquête qui aspire le romancier vers les territoires imaginaires et secrets du livre suivant Les lieux vierges Celuj-ci joint plusieurs continents.À la suite d’un voyage en Chine, un narrateur, alter ego de Garcin, croit renoncer à l’écriture pour toujours.Mais les rêves en ont décidé autrement.La Jubilation des hasards — le titre vient de Claudel — est consacré à l’évidence de la force brutale des rêves dans une vie.On y réaffirme la solidité de la fiction, même abracadabrante, et sa capacité de dire avec des termes justes ce qui échappe à l’analyse du divan.«Le souvenir des morts tend à nous laisser croire que le passé survit.» Quel est ce résidu étrange, irréductible à la raison?Où errent les vagabonds de nos rêves, traversant nos vies?Qu’y font les fantômes renés durant les insomnies, quand une zone indécise, entre passé et présent, fait irruption du néant?Dans sa fantasmagorie allégorique, Garcin est d’abord un épigone d’Antoine Volodine.Ce romancier épatant du Bardo et d’autres mondes parallèles, on le sait, s’amuse des comddences qui animent les terres vierges de l'esprit Garcin le suit dans une archéologie imaginaire des états de conscience: la mémoire, les théories de l’au-delà et l’imaginaire romanesque y font des chasséscroi-sés aussi théoriques qu’épiques.Séduisantes acrobaties ou grosses ficelles aux accents légendaires?Que penser de tels ouvrages, parfois entêtants, sinon que le goût de l’épopée magique n’est pas perdu?Le merveilleux y côtoie le fantastique, le religieux jouxte l’inconscient, et la maladie mentale rejoint la biologie.Est-ce un salmigondis romanesque?S la question est nette, la réponse est plus complexe.Elle veut un retour au symbolique.Lorsque Garcin ramène Homère à sa rescousse — au chant XI de l’Odyssée, Ulysse pénètre dans l’antre des morts —, qui se défend d’une curiosité pour l’élégance poétique de l’improbable vision?Les allusions littéraires (et autres) se multiplient si Dya Tyliapine y sort de l’Académie des sciences, c’est parce qu’un monde allusif singe le vrai.D nY a pas de littérature sans communauté, de fiction sans sourire ni liberté.Il n’en demeure pas moms que Garcin, qui sait jouer de l’ironie en s’appuyant sur des mythes relatifs à la culture new-yorkaise, teste le vade-mecum magique pour accéder au réel.Pour lui, dès que le moi renonce au dialogue avec l’irrationnel, celui-ci fait un retour sauvage; n’est-ce pas, dit-fl, le sort des arrogantes tours effondrées?Dans un domaine où plus de modestie a cours, le roman, suggère-t-il, humanise les vérités admises.Impossible d’éviter la liberté, les champs où elle s’étend.Dans ses spirales poétiques, la littérature retrouve un vieux grimoire sous le savoir.C’est en quelque sorte une échappatoire.LES SENTIERS DÉLICATS Éric Holder Le Dilettante Paris, 2005,155 pages U JUBILATION DES HASARDS Christian Garcin NRF Gallimard Paris, 2005,150 pages LA NEIGE GELÉE NE PERMETTAIT QUE DE TOUT PEUT PAS Christian Garcin Verrliw Paris, 2005,91 pages LE HEV I R LES SAMEDI ET DIMANCHE 10 AVRIL 2 0 0 5 SALON DU LIVRE DE QUEBEC ESSAIS Reeves pour l’avenir BEAUX LIVRES L’oiseau et son menu Avec Chroniques du ciel et de la vie, un recueil de chroniques d'abord diffusées hebdomadairement sur France Culture depuis 2003, l'astrophysicien Hubert Reeves poursuit sa croisade écologiste.On nhésitera pas à affirmer que celle-ci est nécessaire et qu elle mérité notre appui.On connaît depuis les travaux du philosophe Hans Jonas, les impératifs du «principe responsabilité»: «Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre», •Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l’humanité sur terre.» En traitant «de l’agression que l’humanité fait subir à la nature, menaçant par contrecoup son propre devenir».Reeves ne dit pas autre chose et nous invite à un sursaut de conscience sans lequel nous courons à notre propre perte.Ces chroniques ne renouvellent pas vraiment l’argumentation habituelle de l’astrophysicien, mais elles offrent une fois de plus, l'essentiel spectacle du scientifique qui ne craint pas de se faire vulgarisateur et militant parce qu’il sait que lheure est grave et que c’est tous ensemble que nous périrons ou que nous survivrons.Qu’il traite de la disparition de certaines espèces animales, de l’amincissement de la couche d’ozone, de la pollution des sols et de l’eau, de la surpêche, du réchauffement de la planète ou de la déforestation.Reeves ne perd jamais de vue son horizon humaniste qu’il souhaite élargir à notre rapport avec les autres espèces et le cosmos tout entier.«Nous le savons maintenant, écrit-il’ tous les vivants sont incorporés dans le gigantesque écosystème planétaire dont la destruction entraînerait inéluctablement notre propre élimination.Notre existence et notre survie dépendent étroitement du traitement que nous réservons à nos compagnons de voyage.Sauver les hommes, sauver les animaux: même combat.» Donnant raison à Kofi Annan, selon lequel «faire quelque chose coûte cher, ne rien faire coûtera beaucoup plus cher», Reeves rappel- Lou is Cornellier le que l’obsession de la rentabilité economique à court terme ne peut qu'affecter dangereusement les équilibrés écologiques essentiels et qu’il importe donc, de toute urgence, de «concilier nos demandes d'energie et nos exigences environnementales».L'exemple plutôt encourageant de la lutte aux pluies acides illustre, selon lui, la nécessité d’une coopération entre trois instances: les scientifiques, qui étudient le phénomène et proposent des solutions: les gouverna ments, qui légifèrent dans le bon sens; les entreprises, qui respectent les lois.D aurait pu ajouter: une opinion publique informée et éclairée qui ne cesse de faire pression en ce sens.rskji SOURCE ONF Hubert Reeves poursuit sa croisade écologiste dans Chroniques du ciel et de la rie.La vraie vie Travailler à l’avènement d’une conscience écologique, Reeves en est bien conscient, n’est pas une sinécure parce que notre mode de vie à l’occidental, entre autres, ne fonctionne pas suivant cette logique.Imaginez, par exemple, une famille urbaine accablée par la chaleur d’un été caniculaire.Elle décide de se rendre, en voiture évidemment, à une plage de banlieue ou de campagne.En chemin, pour son confort, elle actionne le climatiseur à fond, et le conducteur, devant l’impatience de sa petite troupe, accélère le plus possible en trichant sur les limites de vitesse.Résultat: «Ces gestes pour leur confort d’aujourd’hui sont promesses de beaucoup d’inconfort d venir; ils les paieront très cher, mais plus tard.» Leçon: il faudrait limiter l’usage de l'automobile, celui de la climatisation (qui augmente la consommation d’essence) et ralentir.Sommes-nous prêts?Il le faudrait, pourtant, pour que l’avenir soit possible.En ce qui concerne l’univers techno-industriel, Reeves tient à réitérer la pertinence du principe de précaution, énoncé par les Nations unies en 1994 mais souvent battu en brèche, depuis, par certains scientifiques pressés ou avides de profits.Selon ce principe, «quand il y a risque de perturbations graves ou irréversibles, l’absence de certitudes scientifiques abso- lues ne doit pas servir de prétexte pour différer l’adoption de mesures».Les exemples catastrophiques de la thalidomide (malformation chez les enfants), de la fabrication de CFC (destructeurs de la couche d'ozone), de certains pesticides (responsables de l'hécatombe des abeilles) et de Tutilisa-tion de l'amiante (un matériau cancérigène, soutenu par le gouvernement du Québec) devraient suffire à justifier la plus grande prudence, en ce qui a trait aux OGM entre autres.Des progrès Toutes ces considérations au sujet du comportement de l’humain envers la nature et envers ses semblables amènent Reeves à se poser la question suivante: «Ya-t-il eu, malgré tout, un progrès dans l’évolution du comportement humain lorsqu’on l’envisage à long terme?» Sur le plan technologique, personne ne contestera que ce fut le cas.Sur le plan moral, la chose est moins évidente et les conflits meurtriers du XXr siècle en témoignent Reeves, pourtant persiste à croire qu’il y a eu «évolution de la sensibilité humaine» et en veut pour preuve que les horreurs (esclavage, peine de mort, mépris de la femme, massacre de peuples) qui, il y a quelques siècles, faisaient figure de normalité sont au moins, maintenant, condamnées: «Aujourd’hui, ces faits sont connus et généralement blâmés à l’échelle internationale.Les poètes de T Amérique française Proposent Un récital de John-Ralston Saul Un écrivain des Editions Boréal Avec : Dominique (iagné, ténor Pierre Bouchard, clavecin Une présentation de (Jilles Pellerin Lundi 11 avril à 19h30 Mardi 12 avril à 20 h Chapelle du Musée de l'Amérique française Maison de la culture Plateau-Mont-Rmal 2.Côte de la Fabrique.Québec 465.asenue du Mont-Royal Kst.Montréal
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