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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2009-04-11, Collections de BAnQ.

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CAHIER LE DEVOIR.LES SAMEDI \ ,1 - r IDÉES Servitude universitaire Page C 5 i i E T I) I M A N < H E A V R I L 2 0 0 9 PHILOSOPHIE La crise de 2008, ou la revanche de Kepes Page C 6 PERSPECTIVES „»»«-» w*r>«r JACQUES NADEAU LE DEVOIR i m • Lheritage Q inachevé de la dame defer Avec son dernier budget, Monique Jérôme-Forget laisse une véritable feuille de route pour le gouvernement Charest DUTRISAC uébec — Lors de l’annonce du départ de Monique Jérôme-Forget mercredi, le premier ministre, Jean Charest, n’a pas manqué de souligner que c’était lui qui l’avait convaincue de se lancer en politique en 1998.Le chef libéral devait ressentir une certaine communauté d’esprit avec celle que l’on dénommera plus tard la dame de fer du Québec.Cette même année, le chef libéral avait fait campagne avec un programme résolument conservateur dans lequel pour la première fois figurait le concept des partenariats public-privé (PPP) et d’autres idées chères à Monique Jérôme-Forget.On peut se demander aujourd’hui quel sera l’héritage de celle qui incarnait avec le plus de conviction le conservatisme fiscal et la rigueur budgétaire au sein du cabinet Charest.Au moment où Jean Charest a fait appel à Mme Jérôme-Forget, elle était présidente de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP).La future ministre libérale, qui avait été sous-mi-nistre adjointe du ministère de la Santé à Ottawa, venait tout juste de signer avec son mari, Claude Forget, ancien ministre des Services sociaux dans le premier gouvernement de Robert Bourassa, une étude en faveur de l’introduction d’une logique de marché dans le système public de santé.S’inspirant d’expériences menées en Grande-Bretagne et en Nouvejle-Zélande, les auteurs proposaient que l’Etat accorde un crédit annuel aux patients pour qu’ils achètent les soins dont ils avaient besoin dans le réseau de la santé.Le système qu’ils décrivaient apparaissait complexe et inapplicable.Leur recommandation est restée lettre morte.En passant en revue ses réalisations, on peut y voir quelque chose d’inachevé et juger que l’éléphant a accouché d’une souris Des idées Mais ce que cet exercice illustre, c’est que Monique Jérôme-Forget avait des idées et qu’elle est entrée en politique pour les défendre et les mettre en pratique.Des idées dont elle ne démord pas.Dix ans après son entrée en politique, elle a demandé à Claude Castonguay, dont elle partage les points de vue, de produire un rapport qui proposait l’introduction d’un ticket modérateur et l’augmentation de 1 % de la taxe de vente du Québec (TVQ) pour financer le système de santé.Il faut aussi se rappeler qu’elle a commandé deux autres rapports: celui de Pierre Fortin qui recommandait d’éliminer toutes les barrières à l’investissement imposées aux entreprises, à commencer par la taxe sur le capital, et celui de Claude Montmarquette, qui proposait de revoir la tarification des services publics.«C’est une réformiste.Ce n’est pas une politicienne du statu quo», fait valoir John Parisella, qui conseille Jean Charest et connaît bien Monique Jérôme-Forget.«Elle a des principes et des convictions.En politique aujourd’hui, c’est bien d’avoir une épine dorsale.» Monique Jérôme-Forget peut passer pour une idéologue.Son surnom de dame de fer ne lui vient-il pas de Margaret Thatcher, qui a changé de fond ep comble la société britannique?A son entrée en politique, nombre d’observateurs la considéraient comme un «loose cannon» qui n’avait aucun sens politique.On se souviendra qu’en septembre 2003, alors présidente du Conseil du trésor, elle avait tout bonnement déclaré que l’eau du robinet à Montréal ne répondait pas aux normes internationales.Elle croyait qu’il valait mieux laisser la gestion de l’eau potable à l’entreprise privée, comme cela se fait en Europe.Avec le temps toutefois, Monique Jérôme-Forget a montré des signes de pragmatisme.Tout en se posant en championne de la rigueur budgétaire, eÛe a signé le premier budget du Québec qui affiche un déficit, dix ans après l’atteinte de l’équilibre budgétaire.Pas question de sabrer les services de santé et l’éducation, soutenait-elle.La souris plutôt que l’éléphant En passant en revue ses réalisations, on peut y voir quelque chose d’inachevé et juger que l’éléphant a accouché d’une souris., C’est le cas de la fameuse réingénierie de l’Etat dont elle s’est chargée.Dans leur plate-forme électorale de 2003, les libéraux promettaient de réduire le pombre de ministères et d’organismes d’Etat et d’alléger la fonction publique de façon à dégager une marge de manœuvre de deux milliards en 2008-09 après avoir réduit l’impôt de cinq milliards.Tout au plus a-t-elle réussi, avec sa politique de ne remplacer qu’un fonctionnaire qui prend sa retraite sur (leux, à diminuer de 6 % la taille de la fonction publique.Tant mieux pour ceux qui s'opposaient à ce chambardement et dont les manifestations ont émaillé le premier mandat du gouvernement.Pour ce qui est des partenariats public-privé, il s’agit encore d'un work-in-progress dont on ne connaît pas les résultats.Dans le cas du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), l’exercice a viré en une farce bureaucratique qui va s’étirer jusqu’en 2018.Quant à la rigueur budgétaire, la présidente du Conseil du trésor a réussi pendant deux ans à maintenir la croissance des dépenses à quelque 3,5 %, mais elle n’avait pas grapd mérite: les salaires des employés de l’État étaient alors gelés.Depuis, la croissance des dépenses a dépassé les 4,5 % et un peu plus l’année du règlement de l’équité salariale.En revanche, Monique Jérôme-Forget, fidèle à ses convictions, a mis en œuvre certaines des recommandations du rapport Fortin en réduisant graduellement la taxe sur le capital pour l’abolir en 2011 et en introduisant un crédit d’impôt à l’investissement pour les entreprises manufacturières.En outre, des éléments du rapport Montmarquette visant la révision des tarifs des services publics se retrouvent dans son dernier budget, mais on ne touche ni aux tarifs d’électricité ni à ceux des services de garde.Monique Jérôme-Forget s’est aussi félicitée «d'avoir attaché les mains des politiciens» en faisant adopter une loi pour les obliger à entretenir les infrastructures publiques pendant les 15 prochaines années.Et même s’ils sont avant tout justifiés par l’état de délabrement des ponts au Québec, les investissements massifs dans les infrastructures tombent à point nommé, en pleine récession.Un budget phare Monique Jérôme-Forget laisse un autre héritage: son dernier budget, qui se veut une véritable feuille de route pour le gouvernement Charest.11 contient un avertissement: si le gouvernement ne s’astreint pas à une stricte discipline budgétaire ep freinant la croissance des dépenses de l’État, les libéraux se retrouveront avec un déficit structurel de quatre à cinq milliards sur les bras à la veille des prochaines élections.Même si la reprise économique est au rendez-vous en 2010.Il faut prendre toute la mesure de la tâche: alors que les cqûts de la santé, soit 40 % du budget de l’État, continueront à croître à un rythme de 5 % par an, il faudra s’en tenir à une croissance des dépenses de 3,2 %, un tour de force que le gouvernement Charest n’avait réussi qu’en raison d’un gel des salaires des employés de l’État.Qui plus est, certaines mesures adoptées par le gouvernement Charest, qui ne coûtaient presque rien dans les premières années, voient leur facture gonfler.C’est le cas du Pacte fiscal avec les municipalités, VOIR PAGE C 2: HÉRITAGE * * T > V LE DEVOIR.LES SA M EDI II ET DIM A N C II E 12 AVRIL 2 0 0 9 C 2 PERSPECTIVES Où est passé Roosevelt ?Gil Courtemanche La presse en général a qualifié de succès remarquable le Sommet du G20 qui s’est tenu à Londres.On s’est émerveillé de la rapidité avec laquelle les pays représentant 80 % de la richesse du monde étaient parvenus à s’entendre sur des objectifs et un programme commun.Si on a autant parlé de succès, c’est probablement qu’on était certain de l’échec.Si on a parlé de succès, c’est probablement aussi que, pour une fois, une assemblée internationale identifiait des méchants et les nommait Les paradis fiscaux, responsables des finances amenuisées des Etats et conduits obscurs des spéculateurs et des blanchisseurs d’argent, les fonds spéculatifs qui ne créent aucune richesse et qui rôdent comme des hyènes pour s’approprier tout ce qui existe comme déchet de richesse, les agences de notation, finalement, qui vivent dans une curieuse situation: elles notent leurs propres clients.Cela est bien que les grands de ce monde montrent du doigt les responsables apparents de la crise.Un chroniqueur du journal Le Monde écrivait: «Le capitalisme est mort, vive le capitalisme.» H avait bien raison.Lors de son passage à Washington, enfourchant ses grands chevaux, le président Sarkozy avait dit qu’il fallait «refonder» le capitalisme.Les Américains souhaitaient des plans de relance plus énergiques de la part des Européens.A Londres, on s’est entendu pour ne faire ni l’un ni l’autre.Et on s’est serré la main, on s’est fait l’accolade.Et la presse d’applaudir devant une si belle unanimité.Pourtant on sait fort bien que, malgré les listes blanche, grise et noire de l’OCDE, les paradis fiscaux vont continuer à fonctionner, que les agences de notation vont demeurer la référence des analyses des boursicoteurs et que les fonds spéculatifs ne seront pas interdits.Les paradis fiscaux coinme la Suisse vont collaborer un peu plus avec les Etats, les agences de notation se feront plus prudentes et les fonds spéculatifs, plus discrets.Pourtant, la crise que nous vivons illustre d’une manière lumineuse l’amoralité absolue du capitalisme tel que nous le pratiquons depuis une trentaine d’années ainsi que les risques qu’il fait courir aux citoyens.L’appât du profit a remplacé la nécessité du profit, la matérialité de la propriété a été remplacée par des jeux virtuels que même des banquiers chevronnés n’arrivent pas à maîtriser.?Au départ, les humains s’échangeaient des biens en espérant améliorer leur sort.On peut appeler cela le profit.Puis ils ont employé des gens pour produire des richesses supplémentaires, puis ont convaincu des gens de parier sur la richesse future et, enfin, ont inventé des produits qui n’existent pas.Nous sommes passés de l’enrichissement légitime à la prédation absolue.De cela on ne par le pas, sinon quand les prédateurs sont des fraudeurs comme Madoff à New York.Mais tous ces gens qui jouent avec nos vies et nos avenirs sont des fraudeurs et des arnaqueurs.Nous avons vécu longtemps en pensant que la Bourse et l’usine, que la finance et l'emploi, évoluaient dans des sphères séparées.Mais voilà, la crise créée par les spéculateurs qui n’ont jamais inventé un seul emploi, la crise, elle, tue les emplois, elle crée dç la pauvreté.On parle des Etats fragilisés comme l’Islande, des grandes institutions financières, du système financier qu’il faut remettre à flot.Il faut sauver le capitalisme qui nous a mis dans la merde.C’est ce qu’on a fait à Londres: sauver le système pour qu’il ne nous emmerde plus autant.Localement, la réflexion ne va pas plus loin.Il faut relancer la demande rapidement et la consommation reviendra et les emplois aussi, toujours dans le même système absurde qui répète sans cesse de mille manières que le profit est plus nécessaire que le bien-être de la personne.Alors on donne dans le béton et l’infrastructure.Quand la construction va, tout va.C’est faux.Car la crise marginalise.Les gens qui perdent leur emploi sont soit les plus jeunes, soit des employés en fin de carrière ou encore des employés temporaires.Les premières victimes de la crise, ce ne sont pas les travailleurs de la construction, qui ne sont pas mal lotis, ni les sous-traitants fabriquant béton ou asphalte.De ces gens, on parle peu.On ne discute surtout pas de modèles alternatifs, de visions différentes d’apprivoiser la réalité et de la transformer.Notre seul outil semble être le béton.Un économiste et philosophe japonais soutient que, pour lutter contre la crise, il faut investir dans la santé, la nourriture et l’énergie.Pourquoi?Parce que ce sont des secteurs qui échappent à la folie financière des marchés boursiers.Ce qu’il propose n’est finalement pas sorcier.Il propose une économie de proximité qui ne vacille pas au rythme des spéculateurs mondiaux, mais évolue selon les besoins de la population locale.Mesurer nos pas et nos déplacements, encourager les petites entreprises locales, augmenter l’offre de services pour les soins à domicile, les personnes âgées, recentrer l’économie sur les besoins réels et quotidiens en utilisant nos propres ressources: finalement, nous mettre en partie à l’abri de la folie néolibérale.Mais nous sommes bien mal partis.Le ministère de l’Agriculture veut jouer le grand jeu mondial et persécute les fromagers locaux, l’argent de la santé est dans les futurs déficits des PPP du CHUM et la relance, dans le béton.Pour ce qui est des nouvelles énergies, cela est réservé aux copains, pas aux régions.Quand la crise s’est annoncée, on évoquait Roosevelt et le New Deal.Pour le moment, je ne vois nul Roosevelt sur la planète et surtout pas ici.Business as usual for Mr Charest.TlMÏ.Le Congrès et le BJP formeront toujours à l’issue des élections, sauf surprise, les deux principaux partis.I i /#* -J .-v ijjjm Le puzzle électoral indien On prédit depuis 60 ans la fin de la plus grande démocratie du monde L’Inde, qui vote avec une régularité métronomique, tient à partir de jeudi prochain, en cinq étapes étalées sur près d’un mois, ses 15es élections générales depuis l’indépendance, en 1947: 714 millions d’électeurs, 122 langues, 29 Etats, sept religions.Une planète en soi.Les résultats seront rendus publics le samedi 16 mai prochain.GUY TAILLEFER Trois ans avant la mort du père de la nation, Jawaharlal Nehru, l’écrivain Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes, écrivait en 1961 au sujet de l’Inde: «Quand Nehru partira, l’Etat deviendra une dictature militaire.» En 1967, le Times de Londres pondait une série d’articles sur «la désintégration de la démocratie indienne».Des quatrièmes élections générales qui étaient alors sur le point de se tenir, son correspondant à Delhi disait qu’elles seraient «sûrement les dernières».Ils se sont manifestement trompés.Soixante ans qu’on enterre «la plus grande démocratie du monde»: immensité du territoire, régionalismes, incessantes flambées de violences intercommunautaires entre hindous et musulmans, montée du terrorisme mis en exergue par les attentats de Mumbai en novembre dernier.Tout pointerait depuis des décennies vers une forme de balkanisation, aujourd’hui marquée sur la scène politique par l’ère des coalitions dans laquelle paraît être irrémédiablement entré le sous-continent, où une constellation de partis dits régionaux prend le pas sur les deux grands partis d’envergure nationale que sont le Congrès et le BJP.Encore qu’il faille se méfier, s’agissant dç l’Inde, du terme «régional»: l’Uttar Pradesh, l’Etat le plus populeux de la fédération, compte à lui seul une population de 190 millions d’habitants, équivalente à celle du Brésil.Et pourtant, estime la politologue Nasreen Chowdhory, de l’Université Concordia, l’improbable démocratie indienne non seulement existe toujours, mais elle se porte finalement plutôt bien.L’historique parti du Congrès, qui a tenu le pouvoir presque sans interruption jusque dans les années 1990, n’a pas obtenu de majorité nette au Parlement, le Lok Sabha, depuis 25 ans.Il a défait le BJP (le Parti du peuple indien) aux dernières législatives de 2004 en réunissant autour de lui un puzzle d’une douzaine de partis régionaux.Le BJP avait remporté les deux scrutins précédents en construisant une coalition d’une dizaine de partis.Plusieurs partis régionaux sont devenus, dans des Etats du Nord comme du Sud, plus puissants encore que le Congrès et le BJP.Ainsi en est-il dans l’Uttar Pradesh (UP), hier château fort du Congrès, aujourd’hui dominé par deux partis fondés sur l’identité de caste.Les législatives de cette année ont du reste ceci d’inédit qu’une troisième coalition montre le bout du nez, le Troisième Front, réunissant communistes et partis de gauche sous le leadership de Mayawati, première ministre de l’UP et chef de l’un des deux partis qui s’appuient sur les basses castes.Mayawati est une femme, elle est aussi dalit (intouchable) : les deux grands partis redoutent son pouvoir de mobilisation auprès de ces deux groupes sociaux toujours aussi marginalisés au sein de la société, en dépit du boom économique des dernières années.Facteur d’unification ?Ce qui rend plus difficile que jamais de prédire le vainqueur des élections, tant les résultats s’annoncent serrés.La résilience et le dynamisme de la démocratie indienne émeuvent l’historien et commentateur politique Ramachandra Guha, qui n’est pas pour autant complaisant.M.Guha, qui habite Bangalore, capitale de l’industrie hig tech indienne, est l’auteur de l’ouvrage India after Gandhi, dans lequel il fait notamment valoir que l’ascendant du Mahatma cède la place, depuis la fin des années 1980, aux désirs de consommation des classes moyennes.Il s’attend que la montée des partis régionaux aggrave la corruption du système politique et de la bureaucratie.Il n’a aucune idée de la forme que prendra le prochain gouvernement.Chose certaine, dit-il, la coalition sera faible.«On a d’abord vu lesrdeux partis nationaux disparaître des Etats-clés à l’avantage d’acteurs régionaux.Ces derniers ne veulent plus seulement partager le pouvoir, ils veulent modeler le gouvernement fédéral», écrit sur le site Web de la BBC un autre historien indien de premier plan, Mahesh Rangarajan.Mme Chowdhory ne partage pas ces inquiétudes devant cette reconfiguration de la scène politique.Au contraire.Elle la juge «utile» à l’évolution de la démocratie indienne.L’affaiblissement du Congrès et du BJP illustre leur difficulté à prendre en compte la diversité du pays.«L’émergence des partis politiques régionaux sur la scène nationale, soutient-elle, n’est pas un facteur de division, mais d’unification.Elle encourage la création d’un système politique plus inclusif.Ensuite, les partis régionaux se réunissent en coalition autour de plateformes communes.Leur élection sur la scène fédérale les oblige à réconcilier les intérêts qu’ils défendent sur le plan régional avec les nouvelles responsabilités nationales qui leur incombent.» Il n’empêche qu’à défaut de remporter la majorité des 543 sièges au Lok Sabha, le Congrès et le BJP formeront toujours à l’issue des élections, sauf surprise, les deux principaux partis.Si l’emporte la coalition réunie par le Congrès, Manmohan Singh, 76 ans, sera de nouveau premier ministre.Architecte des réformes économiques lancées au début des années 1990 pour désempêtrer l’Inde de son socialisme néhruvien, M.Singh est devenu premier ministre en 2004 après que Sonia Gandhi, veuve de Rajiv et belle-fille d’origine italienne d’Indira, eut décliné le poste, au grand dam des adorateurs de la dynastie des Nehru-Gandhi, dont l’étoile ne pâlit pas en Inde même si son poids politique tend à diminuer dans le contexte politique actuel (la famille Gandhi aura toujours profité de la confusion, mais ses membres ne sont pas, en fait, des descendants du Mahatma).Aussi la nouvelle star de la famille est-elle Rahul Gandhi, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de premiers ministres.Le parti fait parader le député de 38 ans, élu pour la première fois en 2008, dans l’espoir de séduire le vote des jeunes dans un pays où 50 % du 1,1 milliard d’habitants a moins de 25 ans.Panne d’alliés La coalition du BJP a mis en avant comme candidat au poste de premier ministre LK Advani, connu pour avoir joué un rôle principal dans les événements qui ont donné lieu à la destruction de la mosquée Babri Masjid, à Ayodhya, en 1992.Il remplace l’ex-premier ministre Àtal Behari Vajpayee, qui était la figure de proue du parti depuis des décennies.Pur et dur de la droite hindoue incarnée par le BJP l’homme de 81 ans essaie aujourd’hui d’adoucir son image et de faire oublier qu’il a fait carrière en cassant du sucre sur le dos des 150 millions de musulmans indiens.Qui croit en cette transformation?A la veille des élections, l’horizon s’annonce au demeurant meilleur pour le Congrès que pour le BJR qui se retrouve pour la première fois depuis 1998 sans allié de coalition au Tamil bladu et dans l’Andhra Pradesh, deux Etats du Sud.Un vieil allié l’a par ailleurs récemment laissé tomber dans l’Orissa, à l’est, en partie pour cause de violente campagne menée cet hiver par des organisations proches du BJP contre les minorités religieuses de l’État.Ces Etats sont trois des dix principaux champs de bataille en vue du scrutin.Les classes politiques, toutes tendances confondues, auront inévitablement joué sur les thèmes du terrorisme et des relations avec le Pakistan pendant la campagne.Ils auront également promis, une nouvelle fois, d’en finir avec la pauvreté.En 1971, Indira Gandhi se faisait élire sous le slogan de «Chassons la pauvreté».Arrivé au pouvoir en 2004, le D’ Singh promettait aux Indiens pauvres un «New Deal».«L’Inde est vue comme un grand succès de la mondialisation, mais seulement une minorité d’indiens ont bénéficié des taux de croissance élevés», écrit l’économiste Jayati Ghosh, de l’Université Jawaharlal Nehru, à Delhi.Boom économique indien?Quarante-deux pour cent des 1,1 milliard d’indiens vivent sous le seuil de pauvreté.Quarante pour cent des enfants sous-alimentés dans le monde sont indiens: le taux de sous-alimentation est en Inde deux fois plus élevé qu’en Afrique subsaharienne.Le Devoir « L’émergence des partis politiques régionaux sur la scène nationale n’est pas un facteur de division, mais d’unification » HÉRITAGE SUITE DE LA PAGE C 1 de la politique de la ruralité et de la politique de l’innovation.D’autres programmes continueront aussi de faire pression sur les dépenses, comme l’assurance médicaments et les services de garde.Dans les rangs libéraux, certains craignent que le départ de Mme Jérôme-Forget ne change la dynamique au sein du conseil des mi- nistres.Des partisans de la rigueur budgétaire comme Michel Audet et Yves Séguin sont déjà partis, et maintenant que Mme Jérôme-Forget a tiré sa révérence, qui se battra pour l’application de mesures d’austérité?«Tous les ministres qui restent sont des dépensiers», juge-t-on.«Le conseil des ministres est de plus en plus de centre gauche.» On peut voir dans Jean Charest un conservateur fiscal, mais ses convictions sur ce plan ne sont certes pas aussi ardentes que celles de Monique Jérôme-Forget.Le premier ministre est avant tout une bête politique qui fait de la politique avant de défendre des idées.Dans ce contexte difficile, le chef libéral a le choix entre l’austérité avec son lot de grincements de dents et l’insouciance déficitaire.Dans les deux cas, il y a un prix politique à payer.Le Devoir cm* c CKmtKÊÊÊKÊHÊÊmÊÊC.M3ÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊC.'ÊÊEMÊIÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊ^ c C I LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 AVRIL 2 0 0 i* PERSPECTIVES c :j ENTRE RHÉTORIQUE ET RÉALITÉ L’autre manière Barack Obama a consacré une redéfinition du rôle des États-Unis dans le monde lors de sa première tournée internationale Barack Obama a bouclé mardi la première tournée internationale de sa présidence.Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a profité de ce voyage d’une semaine, qui l’a mené en Europe, en Turquie et en Irak, pour tourner la page sur son prédécesseur et la «diplomatie de cow-boy» qu’il était accusé de pratiquer.Mais sur le fond, le bilan de la première tournée de Barack Obama à l’étranger est mitigé.MARIE-CHRISTINE BONZOM Homme politique américain hors pair qui a réussi à accéder à la présidence d’un pays où les Noirs étaient séparés des Blancs par un carcan de lois de ségrégation il y a encore 41 ans à peine, Barack Obama s’est désormais posé en homme d’Etat.Lors de sa première tournée à l'étranger, dont l’itinéraire l’a conduit au Sommet du G20 à Londres, puis à celui de l’OTAN à Strasbourg et à Baden-Baden, ensuite à Prague, à Ankara et à Istanbul, avant de finir par un premier crochet en Irak en tant que président des Etats-Unis, Barack Obama, qui avait réservé au Canada son premier voyage hors des frontières nationales le 19 février, s’est affirmé sur la scène internatiqnale aux côtés d’un groupe important de chefs d’Etat et de gouvernement Aidé par sa femme Michelle, ambassadrice de charme et de tête, il s’est aussi appuyé sur le capital politique que lui confère sa, grande popularité pour contourner les chefs d’Etat et de gouvernement des pays qu’il a visités et s’adresser directement à leurs populations, pendant des débats avec des Français et des Turcs moyens ou durant un discours prononcé devant une foule en liesse à Prague.A chaque étape de ce voyage, la seule similitude entre le déplacement de Barack Obama et ceux de George W.Bush fut les extraordinaires mesures de sécurité qui entourent les présidents américains depuis les attentats du 11 septembre 2001.Mais, contrairement à son prédécesseur, le nouveau locataire de la Maison-Blanche fut partout accueilli avec chaleur et respect, voire avec enthousiasme.Il a fait repartir la relation transatlantique d’un bon pied.Il a tourné la page, définitivement semble-t-il, sur l’ère bushienne.«Cette tournée a été positive d’un point de vue général, car Obama a établi sa stature d’homme d’Etat, en même temps qu’il montrait le nouveau visage des Etats-Unis dans le monde et imprimait un ton plus modeste et modéré à la politique étrangère américaine», a déclaré au Devoir le professeur Daryl Harris, président du département de science politique à l’Université Howard de Washington, l’une des plus grandes universités noires des Etats-Unis.«En opposition aux huit dernières années, à la diplomatie de cow-boy de George Bush et à cette attitude qui semblait dire au monde: “Nous, Américains, sommes forts et méchants et nous allons vous tuer”, Obama veut adoucir l’image des États-Unis», explique Daryl Harris.« Ce n’est qu’un début, car le leadership américain tel qu’on l’a connu est fini et il reste à trouver une autre manière de travailler ensemble tout en maintenant nos valeurs » La sagesse Mais la différence de personnalité entre Barack Obama et son prédécesseur n’est pas qu’en surface.«La célébrité et la popularité d’Obama le servent bien dans le monde, mais au-delà de sa position semblable à celle d'une star du rock que l’on a pu de nouveau constater lors de sa tournée internationale, Obama apporte une intelligence, une volonté d’écouter, un désir d’œuvrer pour résoudre les défis qui se présentent au monde, ainsi qu’une profonde sagesse qui semble dépasser celle que l’on a à son âge et qui a impressionné les dirigeants étrangers rencontrés durant ce voyage», estime ainsi le politologue noir américain.La majorité des Américains, qui, depuis 2005, avaient hâte d’être gouvernés et représentés à l’étranger par quelqu’un d’autre que George Bush, sont d'ailleurs très satisfaits de la prestation cie Barack Obama lors de sa première tournée internationale.Selon un sondage effectué pour CNN et publié lundi, 79 % des Américains pensent que, grâce à Barack Obama, le monde qura désormais une opinion plus positive des Etats-Unis.Cependant, la plupart des commentateurs américains considèrent que, malgré la bonne volonté quç Barack Obama a mobilisée en direction des Etats-Unis, les résultats de sa tournée internationale ne sont pas probants.«Obama n’a pas obtenu ce qu’il voulait vraiment ramener de ce voyage puisqu’il n’a pas convaincu les autres dirigeants du G20 de consentir à de nouveaux plans gouvernementaux de relance de l’économie, ni les Etats membres de l’OTAN d’envoyer des forces de combat supplémentaires en Afghanistan», indique le professeur Harris.Cette analyse est généralement partagée par la presse américaine, que ce soit le Washington Times, le journal républicain de la capitale, le New York Times ou le Los Angeles Times, deux quotidiens qui tendent à soutenir le Parti démocrate de Barack Obama.Dans un éditorial, le Los Angeles Times juge ainsi le bilan de la tournée de Barack Obama «mitigé» et estime que «le président Obama a accompli moins de choses qu ’il ne ?•* v V ' U Fiff “ */ S .-¦'«T'*, y* ¦jm -Z» "X: Z I JIM YOUNG REUTERS Le président Barack Obama a profité de son périple en Europe pour se rendre en Irak visiter les troupes américaines.l’espérait» et «obtenu peu d’engagements solides de pays alliés».A droite, le chroniqueur Charles Krauthammer — faisant référence à Barack Obama qui a déclaré que les Etats-Unis se sont montrés «égoïstes» pendant les années d’expansion économique et qui a laissé entendre que George Bush faisait la guerre à l’Islam — accuse pour sa part le chef de la Maison-Blanche d’avoir «insulté les États-Unis à l’étranger», ce qui, selon lui, «rompt avec la tradition des présidents américains qui se gardent de critiquer leur pays quand ils voyagent en dehors des États-Unis».Une certaine naïveté A droite comme à gauche, les envolées de Barack Obama à Prague sur «la trajectoire» qu’il entend suivre «vers un monde sans arme nucléaire» laissent perplexes.Pour une fois en effet, le commentateur conservateur William Kristol et le Los Angeles Times sont sur la même longueur d’onde.«Tandis qu’Obama parle d’un avenir sans arme atomique, la trajectoire sur laquelle nous sommes aujourd’hui conduit vers une Corée du Nord et un Iran dotés d’armes et de missiles nucléaires et vers un monde bien plus dangereux», écrit M.Kristol.Pour le Los Angeles Times, l’un des exemples les plus frappants de «choc entre rhétorique et réalité» pendant la tournée de Barack Obama fut «sa promesse d’arrêter la prolifération des armes nucléaires», qui «s’est heurtée au tir de missile à longue portée de la Corée du Nord».«L’accusation de naïveté qui est souvent faite à Barack Obama, notamment à propos de son objectif d’un monde sans armes nucléaires, n ’est pas une critique justifiée», indique néanmoins Dick Howard, politologue de l’Université de New York à Stopy-brook et auteur de La Démocratie à l’épreuve (Editions Buchet-Chastel) et ({'Aux origines de la pensée politique américaine (édition de poche chez Hachette).«Pour que d’autres pays entrent en négociation, il faut multilatéraliser l’approche et, si les États-Unis ne se montrent pas prêts à discuter, le dossier du nucléaire et d’autres n’avanceront pas», explique-t-il.«Le voyage de Barack Obama est un succès, affirme Dick Howard.Mais ce n’est qu’un début, car le leadership américain tel qu’on l’a connu est fini et il reste à trouver une autre manière de travailler ensemble tout en maintenant nos valeurs.» Lors de sa tournée, Barack Obama a décrit les États-Unis comme «un acteur important» sur la scène internationale.Une définition plus modeste que celle que véhiculait George Bush.Une vision bien plus modeste que celle de «la nation indispensable», exprimée en 1997 par Bill Clinton.De, fait, c’est peut-être une redéfinition du rôle des États-Unis dans le monde que la première tournée internationale de Barack Obama a ébauchée, voire consacrée.Au grand dam dç certains Américains qui, à gauche, veulent des États-Unis sans complexes pour soulever les violations des droits de la personne en Chine ou qui, à droite, veulent des États-Unis armés jusqu’aux dents.«On va certainement vers une redéfinition du leadership américain et même du leadership tout court, estime Dick Howard.Avec Obama, U y a l’idée que l’on remet en cause l’existence d’une seule puissance mondiale et même que l'Amérique doit montrer qu’elle mérite le leadership qu’elle prétend avoir et prétend devoir assumer.» Collaboration spéciale y La vertu assistée Michel David Chaque semaine, à l’Assemblée nationale, la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, revient à la charge avec ce qu’elle appelle «l’affaire Couillard».Comment le premier ministre Charest a-t-il pu tolérer que l’ancien ministre de la Santé négocie les conditions de son embauche par un fonds d’investissement privé en santé alors qu’il était toujours en fonction?Cloué à son fauteuil, M.Charest demeure muet, pendant que le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, répète avec la plus parfaite mauvaise foi que M.Couillard n’a enfreint aucune règle ou directive.En 2004, M.Dupuis plaidait en faveur de la nomination d’un commissaire à l’éthique indépendant, comme il en existe à Ottawa et dans d’autres provinces, mais c’était avant qu’il ne se rende pleinement compte des avantages d’être à la fois juge et partie.Mercredi, Mme Maltais a présenté une motion réclamant que cela se fasse dans les meilleurs délais, sans attendre l’adoption d’un code d’éthique qui s’inscrirait dans le cadre de l’hypothétique réforme parlementaire prévue en principe à l’automne.Après tout, Jean Charest promettait déjà un commissaire en 2002.Comme cela était prévisible, les députés adéquistes ont voté en faveur de la motion péquiste et les libéraux ont voté contre, sous prétexte qu’il ne servirait à rien de nommer un commissaire à l’éthique s’il n’y a pas de code à faire appliquer.En réalité, il importe peu que l’œuf ou la poule, le code ou le commissaire, vienne en premier.La nomination d’un commissaire pourrait même être le déclencheur d’une dynamique qui permettrait l’élaboration d’un code à partir des textes déjà disponibles: la Loi de l’Assemblée nationale, les directives émises par le bureau du premier ministre, les codes et lois adoptés par d’autres législatures au pays.Jacques Dupuis ?M.Dupuis a soutenu sans rire qu’il fallait poursuivre le «travail important» qui a déjà été accompli par les parlementaires.Èn réalité, on n’a pas rédigé un seul article du futur code et aucune ligne directrice n’a pu être arrêtée.Comme chacun le sait, le diable se cache dans les détails.Avec un peu de mauvaise volonté, il n’existe aucune solution à laquelle on ne peut pas trouver un problème.Mme Maltais a dit trouver scandaleuse la volte-face libérale, mais le soudain accès de conscience éthique des partis d’opposition aurait été plus convaincant s’ils avaient profité des 18 mois pendant lesquels ils détenaient la majorité à l’Assemblée nationale pour forcer la main du gouvernement.Il est remarquable qu’après s’être érigé en modèle d’intégrité démocratique avec la Loi sur le financement des partis politiques, le Québec soit ainsi à la traîne en matière d’éthique des parlementaires.Sans nier la détermination personnelle de René Lévesque à assainir les moeurs électorales, il faut bien dire que le PQ, boudé par les milieux d’affaires, avait un intérêt certain à introduire le principe du financement populaire.Maintenant qu’on a trouvé les façons de contourner la loi, tout le monde s’entend pour ne plus rien changer.L’adoption d’un code d’éthique dont l’application relèverait d’un commissaire indépendant rappelle plutôt le projet de réforme du mode de scrutin.A tour de rôle, les trois partis représentés à l’Assemblée nationale ont promis de la réaliser, mais aucun n’a levé le petit doigt quand il en a eu l’occasion.Au contraire, c’était à celui qui trouverait le meilleur moyen de saboter le projet.Pourquoi un député voudrait-il changer un système qui a démontré ses indéniables qualités en permettant son élection?Coïncidence, après que Benoît Pelletier eut réussi à faire traîner les choses pendant six ans, M.Charest a décidé de confier le dossier à.Jacques Dupuis.Avec lui, il n’y a pas à craindre d’initiative intempestive comme celle qu’avait prise l’incorrigible Jean-Pierre Charbonneau, qui s’était imaginé qu’il avait réellement reçu dé Bernard Landry le mandat d’aboutir.?Mercredi soir, au Téléjournal, un professeur de science politique à l’Université de Montréal, Denis Saint-Martin, a mis en doute l’utilité d’un commissaire à l’éthique.Il n’y en a pas dans les pays Scandinaves et le niveau d’éthique y est remarquablement élevé, a-t-il fait valoir.Il est vrai qu’il se passe là-bas des choses tout à fait étonnantes.De 7 à 77 ans, on y pratique plus d’activités physiques qu’ailleurs, les élèves ne décrochent pas et les contribuables ne semblent avoir développé aucune allergie à l’impôt.Il faut sans doute voir dans la probité Scandinave les effets du rigorisme protestant, si différent de la morale catholique qui permet de jouir à loisir de son péché en attendant qu’un repentir tardif permette d’effacer l’ardoise.11 y a trop d’exemples qui démontrent que la vertu de nos parlementaires a besoin d’être assistée.En Suède, il va peut-être de soi qu’un premier ministre ne devrait pas recevoir de rémunération secrète ou qu’il n’est pas indiqué pour un ministre en fonction de «magasiner» un emploi dans le secteur dont il est responsable.Ici, on appelle plutôt ça une «zone grise».mdavicKaledeeoir.com i1 i «* M 3 PÂQUES ED TORIAL Corps de lumière Orient, Occident, croyances ou pas, des mots s’imposent.Tous reliés au sens de Pâques: vie, mort, éternité, immortalité.Tout de suite, la question qui agresse: «Qu’arrivera-t-il à notre corps plus tard, plus tard, après notre mort?Enterrement, crémation, réincarnation, réincorporation ou.tout simplement anéantissement?» P Benoît Lacroix, O.P.auvre corps! Un jour de déprime, surnommé par nul autre que François d’Assise: «Frère Âne».Fragile.Vulnérable.La fatigue, la maladie, une infirmité, l’âge, quoi encore?Qui, d’une certaine génération croyante, ne se souvient de ce sévère avertissement proclamé au début d’un carême ritualisé à l’extrême: «Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.» Dans les pensionnats les plus exemplaires, c’est la capitulation: «Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver.» Pauvre corps! Et pourtant, c’est le mien et j’y tiens.Sans lui, je ne serais même pas une personne.Sans lui, qu’en serait-il de mes amours les plus intenses?Ou mieux, de ces désirs naturels, instinctifs, sexualisés à l’occasion, de l’immortalité réelle, corps et esprit réunis, à jamais ensemble?Malgré toutes les frayeurs sacrées face à la mort, oui, oui, j’y tiens à ce corps.Comme Molière dans Les Femmes savantes'.«Guenille si l’on veut, ma guenille m’est chère.» Disons qu’en temps normal, une certaine noblesse de l’esprit nous invite, chacun, chacune, au respect de notre corps jusqu’à lui refuser instinctivement l’idée même d’une destruction définitive.Ce sont, j’en conviens, de bien graves questions.Pourquoi n’écouterions-nous cet avis d’un sage philosophe hindou, Swami Vivekananda (+1902): «Notre corps est une barque jusqu’à l’autre rive de l’océan de la vie: il k ''r en Prendre soin».Aussi poétique, du Moyen P.JvÊflitoüL Âge français: «Garde bien son château qui garde bien son corps».Il faut ajouter que depuis très longtemps, et encore maintenant, des penseurs de diverses allégeances réfléchissent ouvertement à la survie possible du corps humain, après ce que François d’Assise appelle la mort corporelle.Survie à court terme, survie à long terme?Déjà plusieurs idéologues estiment, à la manière des savants du yoga, que notre corps est lié au cosmos à tel point qu’il devrait durer aussi longtemps que durera le cosmos: donc, assez longtemps.Mais attention! Le corps n’est pas que nerfs, fibres et tissus; il est aussi, à sa façon, porteur de pensées, de mémoire et de conscience.Ce pouvoir spirituel ne pourrait-il pas lui assurer une certaine survivance, voire une possible transfiguration! Est-ce trop rêver?Telle est déjà la problématique d’im philosophe français fièrement laïque, du nom de Maurice Merleau-Ponty (+1961): «L’âme est si peu séparable du corps qu’elle emportera dans l’éternité un double rayonnant de son corps temporel.» Même intuition sinon croyance de la part de François Mitterrand (1996).De son testament «Le corps rompu au bord de l’infini, un aidre temps s’établit.Le corps dominé par l’esprit, l’angoisse vaincue par la confiance, la plénitude du destin accompli.La mort peut faire qu’un être devienne ce qu’il était appelé à devenir; elle peut être, au plein sens du mot, un accomplissement.Et puis, n’y a-t-il pas en l’homme une part d’éternité, quelque chose que la mort met au monde, fait naître ailleurs?» Tout dernièrement encore, le réputé sinologue François Cheng, récemment élu à l’Académie française, écrit dans ses Cinq méditations sur la beauté (2008): «Si l’on s’en tient au corps physique, c’est un espace terriblement restreint.Si l’on admet et accepte le corps spirituel, c’est-à-dire le cors animé par le souffle de l’esprit, l’infini est virtuellement là, encore faut-il que le corps spirituel s’éveille.» Plus signifiant encore — l’avions-nous oublié?— que les grandes religions qui nous sont le plus familières, le judaïsme, le christianisme et l’islamisme, prophétisent jusque dans l’au-delà de la mort, chacune à sa manière, la présence du corps défuntisé.Elles le font au nom de la puissance initiale de qui émergent la vie et l’amour.Même Nietzsche: «Dans le véritable amour, c’est l’âme qui enveloppe le corps.» Et l’amour, on l’a dit souvent, est plus fort que la mort.Devait-on enfin introduire l’étonnante promesse de Jésus de Nazareth à des proches: «Qui croit en moi, même s’il meurt, aura la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.» Parole traduite dans l’Apocalypse; «Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu.» Un ordre complètement nouveau?Autre terre, autre ciel, même personne.Même corps?Oui, mais autrement.Les mystiques ont déjà leurs mots: corps spirituel, corps glorieux, corps de lumière.Voilà en fait que s’accomplirait étrangement devant nous, après des siècles et des siècles de questionnement sur la mort et l’au-delà, le rêve sinon l’intuition taoïste d’un «mourir sans peine» ou mieux d'un «mourir pour vivre».«Mort, où est ta victoire?» s’écrie Paul de Tarse, tandis que près de nous Félix Leclerc: «C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans.» Et que dire du mot énigmatique de Gaston Miron: «Ô Mort! Pays possible.» Alléluia! Joyeuses Pâques! VILLE DE QUÉBEC Quitte ou double =| ue ferez-vous le 8 août 2013?Rien au programme?Si vous passez par Québec, tout indique que vous aurez la chance, cinq ans après la kermesse du 400' , d’assister aux prouesses du Cirque du Soleil et de voir le Moulin à images de Robert Lepage, le tout en plein air i et pour la modique somme de rien du tout.u.A sa manière bulldozer, le maire de Québec, Régis Labeaume, a gagné son quitte ou double: success story de l’été dernier, le Moulin à images de Robert Lepage illuminera les quais de Québec jusqu’en 2013.Vraisemblablement, le cirque de Guy Lali-berté s’y adjoindra en spectacle de rue pour colorer les dessous de l’autoroute Dufferin-Montmorency.Après l’engouement magique suscité par les fêtes du 400, il aurait été bien sot de rembarrer un tel duo artistique! Cela dit, alors que le maire tentait de rallier la majorité à son dernier coup de tête, l’opposition posait des questions pertinentes.On a voulu transformer le parti d’Alain Loubier en trouble-fête, mais il veillait plutôt au grain.Remettre en Marie-Andrée question la solidité du plan d’affaires soutenant Chouinard les projets, douter de la nécessité d’un contrat de cinq ans, se sentir brusqué par l’imposition d'un quitte ou double (le Cirque reculera si le Moulin n'y est pas!), tout cela participait à la conduite d’une saine gouvernance.Mais voilà! Régis Ixibeaume mène sa barque de manière impétueuse, en mode bourru et abrupt.Sous lui, les eaux troubles se déchaînent parfois inutilement, simplement à cause de sa signature.Faisant «acte de foi», l’opposition s’est finalement ralliée à l’impétuosité du fauve mal policé, pariant ainsi sur toutes les promesses — touristiques, économiques, artistiques — cachées derrière le partenariat.Il s’agit d’un bien beau risque.iJlJ FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l’information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND Usu\ltï.Li gtVCNul Pont* ^ VÂi.t Vi CoMPTÉtMftAu n i LETTRES Le théorème de Collin «En supposant quY soit plus grand que X, tout système composé de X éléments ne pourra jamais comprendre autant d’éléments qu’un système comprenant Y éléments.» Voilà l’axiome à partir duquel notre collègue Olivier Collin, du département de mathématiques, a sans doute développé sa réflexion sur le conflit actuel à l’UQAM.A partir de ce postulat, appelé aussi «Théorème du petit pain», il faudrait donc se faire à l’idée que si les professeurs de l’UQAM ont toujours gagné moins d’argent que ceux des autres universités, il n’y a aucune raison de croire ou d’espérer qu’il n’en soit plus ainsi un jour.On peut évidemment appliquer cette loi à l’histoire du Québec tout entier.Ainsi, le Québec a toujours été à la traîne du reste de l’Amérique du Nord sur le plan économique, et il serait futile de vouloir faire en sorte que sa position s’améliore.Ce qui est catastrophique dans la situation actuelle à l’UQAM, M.Collin, ce n’est pas cette grève, mais bien l’incurie du gouvernement libéral, dont le supposé nouveau ministre des Finances vient d’annoncer qu’il sera prêt à allonger le fric pour «aider» les futurs acquéreurs du club de hockey Canadien de Montréal, ces pauvres millionnaires, à coup d’un modeste prêt de quelques millions de dollars des contribuables, alors que ce même gouvernement ne cesse de dire qu’il n’a aucun argent neuf à investir en édu- R E cation supérieure.Voilà bel et bien la catastrophe, si ce n’est le scandale! Ce qui me semble surtout catastrophique, c’est qu’un de nos collègues vienne ainsi tenter de torpiller, à coups de logique mathématique, les efforts des professeurs visant à l’amélioration de la situation financière de RJQAM.André Clément Professeur à l’UQAM Le 9 avril 2009 150 nouveaux catholiques Dans le seul diocèse de Montréal, c’est plus de 150 adultes qui, dans la nuit du 11 au 12 avril, deviendront catholiques.En effet, dans le cadre des célébrations de la Veillée pascale qui se dérouleront dans plusieurs paroisses, ces adultes recevront le baptêipe et feront profession de foi à l’intérieur de l’Eglise catholique.Les médias ont récemment fait grand cas d’une hausse importante des demandes d’apostasie.Ce phénomène, bien sûr, ne peut être banalisé.Il interpelle vivement toute l’Eglise, et particulièrement ses dirigeants.Toutefois, ce que les médias rapportent moins, c’est que des centaines d’hommes et de femmes, chaque année, font le choix libre et conscient de devenir membres de la communauté catholique.Us le font après une sérieuse démarche de discernement personnel.Ils sont accompagnés, dans ce parcours qui dure plusieurs mois, par des pasteurs et par d’autres croyants qui leur transmettent VUE DE PRES De politique et de démocratie M a ti o n C o r ne 11 i e r Le premier ministre Stephen Harper a dû prendre l’habitude de se faire égratigner par les commentateurs.C’est maintenant son adversaire libéral Michael Ignatieff qui devra s’y faire, car plusieurs commencent à l’avoir dans leur mire.Susan Riley, d’Ottawa Citizen, a relevé la sortie de Stephen Harper qui a accusé son rival libéral d’avoir perdu son «jugement éthique» («moral compass») en prenant la défense de Brian Muîroney.Riley, qui a le cœur à gauche, se demande si Ignatieff ne finira pas par confirmer les dires du premier ministre, car «s’il a une boussole, celle-ci semble affolée».Selon elle, la défense de Mul-roney est un bon exemple d’opportunisme politique, le chef libéral cherchant à exploiter les tensions au sein du caucus conservateur.Les libéraux étaient pourtant les premiers à exploiter l’affaire Mulroney-Schrei-ber.Et il y a les revirements d’Ignaüeff, dit Riley.Il dit ne pas vouloir donner un chèque en blanc de trois milliards au gouvernement mais prend prétexte d’une résolution aux Communes pour céder.Champion d’une taxe sur le carbone en 2006, il ne veut désormais plus en entendre parler.Selon elle, les conservateurs n’auront pas de difficulté à dénicher d’autres cas du genre.«Leur défi sera d’en trouver où i( n’a pas fait un virage dans leur direction.» À part son appui au registre des armes à feu, Ignatieff «a appuyé le programme de Harper comme n’importe quel ministre de son cabinet», se désole Riley.Le Globe and Mail rappelle à Ignatieff que son avance dans les sondages ne lui assure pas encore une victoire.Son parti a fait beaucoup de chemin depuis l’automne en matière d'unité, d’organisation et de financement, mais il n’a toujours pas offert de vision différente.«Sur la plupart des enjeux politiques de l’heure, il n’y a pas de différence claire entre les libéraux et les conservateurs.» Ne pas être conservateur suffit peut-être en ce moment à attirer des appuis au Québec, dit le Globe, mais pour maintenir leur avance en Ontario, il faudra que les libéraux se distinguent, en particulier sur le plan économique.Entre deux élections, les Canadiens sont prêts à voir en Ignatieff ce qu’ils ne trouvent pas chez Harper, mais cela ne peut résister à une campagne électorale, avertit le quotidien.Le National Post, de son côté, trouve le chef libéral cynique et populiste, surtout au chapitre de l’économie.Même quand les statistiques sont à l’avantage du Canada, Ignatieff en trouve d’autres pour s’en prendre au gouvernement C’est peut-être le boulot de l’opposition, mais, de l’avis du Post, Michael Ignatieff est allé trop loin, au point de mettre en péril sa crédibilité.Le Post énumère les éloges que le Canada a glanés sur la scène internationale au fil des dernières semaines, mais si on écoute le chef libéral, on reste avec l’impression qu’on a atteint le fond du baril.Le quotidien note lui aussi que Michael Ignatieff critique sans jamais présenter de solutions de rechange.Selon le Post, Ignatieff a la réputation d’un penseur d’envergure et ce populisme ne lui va pas, pas plus qu’il ne sert le pays.Sauvons la démocratie Depuis quelque temps, l’état de la démocratie canadienne suscite de sombres réflexions de la part de plusieurs chroniqueurs canadiens-anglais.Ainsi, dans un long essai paru samedi dernier dans le Toronto Star, le chroniqueur James Travers étale son pessimisme.Selon lui, les Canadiens laissent leur démocratie leur glisser entre les doigts.Le pouvoir est de plus en plus concentré et la reddition de comptes, souvent qu’une affaire d’image.Les politiciens ne tiennent pas l’Évangile et cette tradition catholique qui est au cœur de notre histoire collective.Dans cette nuit de Pâques, ces hommes et ces femmes fleviendront membres à part entière de l’Église catholique.Ils pourront participer ainsi à sa mission et, souhai-tons-le, contribuer à la rendre plus vivante, plus inclusive et plus pertinente pour le monde et la culture d’aujourd’hui.Marco Veilleux Montréal, le 9 avril 2009 Ma consommation d’énergie ! Plus de trois milliards en profits plus tard et Hydro-Québec augmente ses tarifs, entre autres parce que la demande est moins forte! N’est-ce pas cette société qui nous incite à diminuer notre consommation?Et n’a-t-elle pas déjà augmenté ses tarifs parce que la demande était trop forte?Dorénavant, il serait donc logique de ne plus regarder à la dépense d’électricité juste pour voir ce que la vache à lait du gouvernement prendra comme décision l’an prochain.Je serai donc la première à ne plus me préoccuper de ma consommation puisque, de toute façon, je suis impuissante devant ce cartel qui m’incite à économiser l’énergie afin de pouvoir la vendre aux Américains pour ensuite augmenter ses tarifs parce que j’ai économisé.Dire que tout ça m’appartient Céline Dussault Kamouraska, le 8 avril 2009 S E compte de la volonté du peuple et de leur parti.Des institutions toujours plus complexes perdent en légitimité.Le Parlement n’arrive plus à jouer son rôle de gardien du bien et des fonds publics.L’autorité constitutionnelle de la gouverneure générale est contestée.«Doucement et sans bruit, le Canada est devenu une démocratie situationnelle [«situational democracy»].Tout ce qui compte est que ça marche.Les précédents, la procédure et même les lois ont fait place à la doctrine politique de l’opportunisme.» Aucun parti n'est davantage à blâmer puisque la concentration du pouvoir a démarré sous Trudeau, dit-il, mais on se retrouve avec un premier ministre qui hérite d’un pouvoir omnipotent entre les élections.«Les premiers ministres se libèrent des chaînes qui les ont un jour liés aux électeurs, au Parlement, au cabinet et à leur parti.De bas en haut, du citoyen au chefd’État, chaque chaînon est sous tension, fissuré ou brisé», écrit Travers.Il multiplie les exemples et conclut que, «sans engagement sérieux, une démocratie participative est un oxymoron.Pourquoi voter si le gagnant peut changer de camp?Pourquoi être député dans un Parlement impotent?Pourquoi être ministre dans un cabinet sans influence ou un fonctionnaire dans une bureaucratie politiquement polluée?Pourquoi rejoindre un parti pour finir spectateur?» À son avis, il y a heureusement des solutions, comme l’a montré la campagne de Barack Obama aux États-Unis.L’amalgame de citoyens motivés et de la technologie peut changer les choses.Mais cela exige des efforts, du travail, de la détermination.«Si la guerre est trop sérieuse pour la laisser aux mains des généraux, la démocratie est certainement trop importante pour la confier aux politiciens», conclut-il.mcornellier@ledevoir.com 06 E DEVOIR LES S A M E I) I I E T l> I M A N C H E 12 A V R I L 2 0 0 9 C f) IDEES La grève à PUQAM Servitude universitaire IVAN CONSTANTINEAU Chargé de cours en mathématiques et informatique à l’UQAM sur mk.¦ nnonçant à grands cris que l’embauche de 300 nouveaux professeurs serait synonyme de qualité de l’enseignement, le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ) a ouvert la porte à la pressante nécessité de certaines mises au point.Ou au poing, c’est selon.Pour le bénéfice de toute une population qui connaît mal la structure interne des corps enseignants qu’on trouve à l’UQAM, précisons d’emblée qu’environ 60 % des charges de cours qu’offre l’université y sont données, bon an, mal an, par les chargés de cours (CC), entité défendue par le syndicat du même nom, le SCCUQ.Plusieurs, chez les étudiants comme dans le grand public, pensent que le fait d’être CC à l’université constitue une étape intermédiaire entre la fin des études et l’accès à la profession de professeur.Mais ce n’est pas vrai.Cette impression vient de ce que la grande majorité des professeurs ont terminé leur doctorat alors que certains chargés de cours, ayant presque tous une maîtrise, parachèvent leurs études doctorales (ou de maîtrise, le cas échéant) en même temps qu’ils enseignent.On se dit alors, comme si cela allait de soi, qu’il n’y a plus qu’à compléter le Ph.D.pour changer d’accréditation et devenir professeur.Erreur! Gigantesque erreur! Société rétrograde et conservatrice Les 300 postes réclamés aujourd’hui par le SPUQ ne concernent en rien les CC en place.Les efforts d’intégration menés par ces derniers depuis une quinzaine d’années sont balayés ici du revers de la main sans aucune considération.Pis, avec l’équation «qualité de l’enseignement = 300 nouveaux postes», on affirme implicitement, insidieusement, lâchement et malhonnêtement (pour être bref), que l’enseignement actuel (donné six fois sur dix par un CC) y est défaillant.Il faut comprendre d’abord que la société universitaire est l’une des plus rétrogrades et conservatrices qui soient quant à l’embauche de ses membres (professoraux) permanents.On agit encore avec des prémices et dçs principes qui datent probablement du Moyen Age fies universités datent environ du XIIIe siècle), à une époque où il semble avoir été crucial, pour obtenir un poste, de venir du plus loin possible pour assurer l’«universalité» de la connaissance du temps, ce qui était tout à fait compréhensible au moment où Internet rimait avec pigeons voyageurs.On se limite encore aujourd’hui à un modèle ultra-statique (pourtant ouvert aux népotismes de tout acabit, en particulier le «tinamis-me» qui y fait des ravages), alors que tout autour bouge à vitesse grand V.C’est du moins ce que l’on prêche à l’UQAM, dans plusieurs départements, quand vient le temps d’embaucher un nouveau professeur.Le CC, ayant le plus souvent complété son doctorat à l’UQAM, n’aura que peu de chances d’y être , JtL .IKtiMta S O i is, sa mi *K I Wc\- V JACQUES O RENIER LE DEVOIR Les 300 postes réclamés aujourd’hui par le SPUQ ne concernent en rien les chargés de cours en place.engagé, même s’il y assure une partie importante de l’enseignement, parfois depuis près de 30 ans.La question se pose tout naturellement est-ce-vraiment le souci d’universalité qui freine l’embauche des CC?La recherche On invoquera aussi la recherche, que le CC ne fait pas, tout simplement, par définition.Il serait plus juste de dire que, même s’il poursuit des recherches (à titre personnel (!) et à ses frais le plus souvent), ces dernières ne sont pas reconnues par l’université, car alors il accomplirait la même tâche qu’un professeur! M’suivez?En passant, de nombreux professeurs ont arrêté toute production et toute recherche depuis belle lurette.Il y a 15 ans, quand tout allait bien, la moyenne de publication (sans s) à l’UQAM, par professeur, ne dépassait pas un article par année.Je ne compte plus les fois où je me suis fait demander: «Coudonc, t’as pas fini ton doc, toi?Comment ça se fait que t’es pas prof?» Chaque fois, il me faut expliquer que les liens entre les deux entités ne sont pas de cet ordre.Au contraire, à ce que j’ai vu jusqu’à maintenant en 20 ans de pratique, devenir chargé de cours est un pas à ne pas franchir si l’on veut être un jour professeur! Les vraies raisons?Primo: les économies engendrées par l’adoption administrative d’un corps enseignant secondaire, «cheap labour», assurément moins coûteux et, somme toute, tout aussi fonctionnel.Secundo: la naissance et le développement d’une structure «apartheid», une stratification étanche du corps enseignant en deux castes résolument distinctes, à l’indienne, qui permet la gestion et la régulation optimale du flux des besoins universitaires en matière d’enseignement en même temps qu’il prodigue à la caste «supérieure» un crachoir sys- La société universitaire est Tune des plus rétrogrades qui soient quant à l’embauche de ses membres permanents témique dans lequel se déversent régulièrement mépris et mésestime, voire dédain et aversion.On le voit clairement en période de crise.La «qualité» dont le SPUQ fait mention en embauchant 300 professeurs est synonyme, cela n’a été annoncé nulle part, de l’expulsion d’au moins autant de chargés de cours qui vivent depuis très longtemps de ce système apartheid, sans qu’on ait toutefois démontré leur inefficacité et leur «absence de qualité», justement.Pour donner une idée, il suffira de dire que le lauréat du concours du meilleur enseignant (CC et profs confondus) de la Faculté des sciences en 2008 est un CC.qui fait de la recherche! Harcèlement moral On se sert encore une fois du bouc émissaire commode que constitue le chargé de cours, ce robineux universitaire, pour régler des problèmes qui n’ont strictement rien à voir avec la qualité de son enseignement.En fait, la crise met en lumière la véritable fonction du CC: celle de nègre savant, instrument précaire par excellence du néolibéralisme sauvage des années 80 dont on peut disposer à sa guise.En juin 2008, Marie-France Hiri-goyen, psychiatre, a donné une conférence à l’Ecole des sciences de la gestion (affiliée à l'UQAM) sur le harcèlement moral, diffusée il y a quelques semaines sur Canal Savoir.Le choc: en écoutant la description du harcelé moral, concept que je ne connaissais pas du tout, je me suis tout à coup senti dévisagé, montré du doigt, décrit presque parfaitement! Bien que Mme Hirigoyen mette ses lecteurs en garde contre ce genre d’abus (la notion est de nature interpersonnelle), j’invite tout un chacun à la connaissance de ses ouvrages.On pourra peut-être comprendre que le lien qui s’est tissé depuis 30 ans entre CC et professeurs à l’UQAM a tout du harcèlement moral systémique, institutionnel.A force de vivre, autobiographie de Claude Fournier Une fresque intime et authentique DENYS ARCAND Cinéaste es metteurs en scène sont en général d’excellents raconteurs.Au fond, l’exigence première de leur métier est d’être capable de conter une histoire.Je me souviens d’avoir été totalement subjugué par Kurosawa décrivant ses rêves ou par Rossellini évoquant ses souvenirs de jeunesse.Truffaut était touchant, Orson Welles homérique et Grotowski fascinant.J’ai passé des heures à écouter les cinéastes dont il est questiqn dans l’autobiographie de Claude Fournier, À force de vivre, qui vient de paraître.Michel Brault est intarissable, Jutra était délicieux, Gilles Groulx, mystérieux et énigmatique; même le sévère Pierre Perrault relatait des histoires de chasse épiques.Quant à Hubert Aquin, il les vivait, les racontait et les écrivait toutes en même temps et pas nécessairement dans l’ordre.Chaque homme a en lui une histoire fondamentale: la sienne, et c’est celle-là que nous raconte Claude Fournier, qui commence par l’accouchement de jumeaux dans une pauvre maison de Waterloo, dans les Cantons-de-l’Est, et sq termine pas très loin de là, à Saint-Paul-d’Abbotsford, dans une maison de campagne que l’on devine accueillante.Entre-temps, il y aura eu des détours par Montréal, New York, Paris, Barcelone, Tanger, New Delhi, Hollywood, Venise et j’en passe.Le livre fait sept cents pages.Claude Fournier JACQUES GRENIER EK DEVOIR Toute une vie Quelle vie que la sienne! Que de vin! Que d’alcool! Que de femmes! Que de sexe' Que d’amour! Que de cuisine! Que de repas! Que de cigarettes! Que de films! Que de projets! Que de débauches! Que de perversions! Quel incroyable appétit de vivre! Quand je pense à nos jeunes cinéastes actuels, si sérieux, si appliqués, si en santé, si politiquement corrects, j’ai l’impression de lire la chronique d’un autre siècle et je pense à la phrase célèbre de Talleyrand: «Ceux qui n’auront pas connu l’Ancien Régime ne sauront jamais ce qu’est la douceur de vivre.» J’ai été séduit par les cinéastes en même temps que par le cinéma.Jutra était l’ami de Cocteau, de Truffaut et de Cassavetes.Gilles Groulx connaissait Borduas et John Coltrane, Michel Brault avait vécu une semaine avec Sartre et Beauvoir.Marcel Carrière avait enregistré Stravinski, Paul Anka et Glenn Gould.Claude Fournier nous raconte le cardinal Spellmann, Alfred DesRochers, Serge Garant, Abbe Lane et Xavier Cugat; Michel Chartrand, Duplessis, Dominique Michel, Judith Jasmin, Dalton Trumbo, Jordi Bonet, Lilli Palmer, Roland Barthes, Indira Gandhi, Annie Girardot, Lawrence Durrell, Gabrielle Roy, Teresa Stra-tas, Lucien Bouchard, Robert Bourassa, Moshe Safdie.Ils appartiennent tous à sa vie.Parcours picaresque Une vie qui débute en jeune dandy au volant d’une Austin-Healey 100/4 et se termine en grand-père serein qui a appris au fil des ans le poids de l’amour et de l’amitié.Une vie avec des épisodes de comédie bouffe où le héros marche en équilibre instable sur la corniche d’un hôtel pour tenter de se réintroduire dans sa chambre où l’attend une femme en furie.Une vie aussi avec des tragédies absolues, comme la mort de deux de ses petits-enfants dans un incendie inimaginable.Un parcours exemplaire, picaresque.Une sorte de fresque intime, totalement vraie, totalement outrageante, riche et baroque.Un testament d’une liberté et d’une audace à nulle autre pareille dans notre littérature.La Résurrection Denise Bombardier Àm ous vivons dans une société laïque.À trop le répéter comme c’est devenu l’habitude ici, on pourrait douter de l’évidence de cette réalité, nouvelle pour nous autres, Québécois, compte tenu de notre passé récent Or cette identité collective proclamée ne devrait pas s’affirmer par la négation de la culture chrétienne dans laquelle nous baignons et qui a inspiré à la fois nos institutions, nos mœurs, notre morale et notre conception de la vie.Nous sommes, en Occident, les héritiers des philosophes grecs, du Siècle des lumières et de la démocratie qui en a découlé.Cette nomenclature en forme de raccourci est un préalable au thème de cette chronique.Pâques, nous ne le célébrons plus que sous forme d’œufs et de lapins en chocolat Or c’est la fête la plus importante pour les chrétiens.Elle représente le temps fort de la vie du croyant Cette Résurrection du Christ est le triomphe de la vie sur la mort, le gage d’éternité.Ceux qui y croient célèbrent cette fête dans l’allégresse, un mot qui a disparu du vocabulaire.Mais pour tous les autres, les catholiques sociologiques comme on pourrait les appeler, est-ce possible de traverser ce week-end dans l’amnésie totale?Je parle de ceux qui ont l’âge d’avoir été éduqués dans la religion, et cela demeure encore la majorité des Québécois puisque l’enseignement religieux est disparu de l’école depuis à peine deux ans.Pour ma génération, la Semaine sainte ne se comparaît à aucune autre du calendrier liturgique, lequel continue de ponctuer par des congés fériés les épisodes de la vie de Jésus.C’était la semaine de l’apothéose de la liturgie avec ses offices du Jeudi saint où l’on commémorait la Cène, ce repas où la faiblesse humaine des disciples de Jésus se terminait par une trahison.Cette histoire d’amitié, d’admiration, d’adoration et de reniement, qui ne l’a pas connue dans sa propre vie?Il y avait aussi le lavement des pieds des disciples par le Christ que reproduisait le prêtre entouré parfois de douze enfants de chœur parmi lesquels se trouvait notre frère ou notre amoureux.C’était une scène impressionnante et provocante à vrai dire, car elle renversait l'ordre hiérarchique et nous le comprenions malgré notre jeune âge.De nos jours, quels sont les maîtres, qui qu’ils soient, qui s’agenouillent devant les humbles et les sans-grade?Après l’éblouissement de la lumière, des fleurs à profusion devant l’autel latéral où les fidèles se prosternaient pieusement durant des heures devant le Saint-Sacrement exposé, une activité jugée comme une perte de temps de nos jours où pourtant on gaspille le temps, hébétés par la fatigue devant l’écran de tous les zappages, on entrait dans le Vendredi saint Ce jour-là, imprégnée de la présence de la mort, l’église ressemblait à un mausolée et nous y pénétrions, quel que soit l’âge, une vague crainte au cœur.Le Vendredi saint la mort devenait concrète et avait un sens.De nos jours, on tente de la repousser, on fait comme si elle n’existait que pour les autres, et ce refus de l’affronter nous plonge dans une obsession morbide permanente.Inévitable lorsque la mort ne s’inscrit plus dans notre façon de percevoir la vie.Le Vendredi saint, il était de bon ton de se priver de mets que l’on aimait C’était une journée de sacrifice.La privation momentanée et volontaire est considérée de nos jours comme une dérive masochiste.Oubliés, le contrôle de soi et le plaisir qu’on en retire dans notre monde de la privation du sens des repères.Oubliée, l’espérance de la Résurrection du dimanche de Pâques, véritable fête de la Vie.Cette résurrection n’est pas réservée aux seuls croyants.N’est-ce pas ce à quoi l’on aspire lorsqu’on fréquente les lieux, désormais sacrés, de toutes les consolations, cabinets de psy, spa, clubs de gym, voire pistes cyclables où l’on cherche à régénérer le corps et apaiser l’âme qu'on a rebaptisée le «moi», ce qui dit tout sur l’époque?Qu’un homme meure pour en sauver d’autres est une réalité incompréhensible dans sa symbolique même.Le film de Clint Eastwood Gran Torino a laissé indifférente une partie du public incapable de saisir la symbolique de la fin, mise en scène moderne de la Résurrection de Pâques.On préfère trop souvent les ersatz de résurrection où les fêtes signifiantes s’appellent partys et raves, ces défouloirs de l’angoisse au cœur de l’homme d’hier et d’aujourd’hui.Le calendrier qui rythme nos vies, héritage de notre culture chrétienne, la Toussaint, Noël, la Circoncision, Pâques, l’Ascension ne sont plus que des jours fériés sans autre sens que de nous soustraire à la routine du travail.Et la nostalgie n’est d’aucun recours.dcubombardieria videotron.ca Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Etant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (re-daction@ledevoir.coni) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n'oubliez pas d’indiquer vos coordonnées complètes.L’ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Informution il.ni'ntli et métropolitaine : (irratil I lallaire (adjoint au directeur do l'information).Mani-AndriV Chouinnril (Mitorialiste, responsable de la pape Iddcs).Stéphane Baillait.'’ -on (ptntral), Clailtuidrée Cauchy (dduiahon).Jean ne Corriveau (affaires municipales), Fabien IVnlisr (consommation), Jean Dion (sports}, DuiisT tilles Franctrur (ntvintnnement), Pauline ( ¦ ravel (sciences), Brian Myles (justice et faits de société), Iziuise-Maude Rioux Soucy (santé).Alexandre Shields (générai), lliilippc Papineau (pupitre) ; 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nouvelle édition revue et augmentée, 2009; Le Libéralisme de Hayek, La Découverte, 2001; La Pensée économique depuis Keynes, avec Michel Beaud, Ij: Seuil, 1993.Il vient de faire paraître Capitalisme et pulsion de mort, avec Bernard Maris, Albin Michel, 2009.ANTOINE ROBITAILLE Après des années où le gouvernement Charest parlait de réingé-ni,erie, de réduction de la taille de l’Etat, de fin de l’interventionnisme, Monique Jérôme-Forget a cité John Maynard Keynes (1883-1946) lors de la présentation de spn budget pour justifier l’intervention de l’Etat dans l’économie.Elle l’a qualifié de «grand maître de l’économie».N’est-ce pas, de la part d’une femme politique aux tendances néolibérales, une référence surprenante, surtout dans les ultimes heures de sa carrière politique?Non, il n’y a là rien d’étonnant.On constate le même phénomène de «conversion» un peu partout à travers le monde aujourd’hui.Nicolas Sarkozy, qui a été élu président de la République française sur la base d’un discours libéral, parle désormais de refonder le capitalisme, de combattre les abus de la spéculation, de réglementer le système financier international.En Angleterre, Gordon Brown partageait avec Tony Blair l’idée que Keynes était dépassé.Il s’en réclame désormais et entreprend de nationaliser des banques.George Bush a lui-même admis, à la fin de son mandat, qu’il fallait intervenir massivement dans l’économie.Cela est sûrement provoqué par la profondeur de la crise financière actuelle.Oui, et surtout par le risque d’une récession économique mondiale.La «refondation» du capi-taüsme apparaît désormais pour plusieurs comme le seul moyen de garder leur pouvoir économique et politique.Les décideurs ne peuvent pas ne pas reconnaître le lien entre cette situation et les politiques de déréglementation, de remise en question de l’interventionnisme et de démantèlement de l’État-providence menées depuis les années 1970.On qualifie ces politiques de «néolibérales», mais il serait plus approprié de parler d’ultralibéralisme ou de libéralisme économique radical.Ce discours, fondé sur une confiance aveugle dans le marché, est de plus en plus discrédité dans l’opinion publique.Economistes, journalistes et autres observateurs connus pour leurs convictions libérales en matière économique reconnaissent que, depuis STEPHEN H IRD REUTERS Lors des manifestations contre le Sommet du G20 au début du mois, on pouvait lire un graffiti sur le mur de la Banque d’Angleterre: «Le gouvernement ment, les banques volent, le riche rit.» Même Monique Jérôme- Forget cite Keynes désormais comme un «grand penseur de l’économie» JACQUES (îRENIKR U: DEVOIR Gilles Dostaler est professeur au département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal, spécialiste en histoire de la pensée économique et auteur.quelques décennies, les riches s’enrichissent de manière effrénée, les salaires réels stagnent et les écarts de revenu se creusent vertigineusement.Bien sûr, certains irréductibles continuent à défendre le laisser-faire contre vents et marées, allant même jusqu’à imputer à l’excès d’intervention étatique et de réglementation la crise actuelle.Un porte-parole de l’Institut économique de Montréal, un des lieux de regroupement de ces irréductibles, a même évoqué l’héritage socialiste de George W.Bush.Les plans de relance et autres «stimulus plan» actuels sont-ils keynésiens selon vous?Il faut distinguer Keynes et le keynésianisme.La pensée de Keynes a exercé une énorme influence, mais elle a été très diversement interprétée et souvent appauvrie, simplifiée et dogmatisée.C’est un keynésianisme modéré, mécanique, qui a été adopté dans plusieurs pays industrialisés après la guerre.Il se réduisait à un certain nombre de recettes, fiscales et monétaires, pour stimuler l’économie sans remise en question radicale de la structure et du fonctionnement du capitalisme.Tel fut le cas en Amérique du Nord.Dans certains pays européens, on est allé un peu plus loin, en procédant à des nationalisations et en instaurant une certaine dose de planification.Les divers plans de relance actuels peuvent être qualifiés de keynésiens au sens modéré du terme, ou tout simplement d’interventionnistes; Keynes n'étant pas le seul à avoir proposé de telles mesures.Il estimait que des réformes plus radicales étaient nécessaires si l’on voulait éviter la répétition dçs crises qui risquaient à long terme de provoquer un écroulement de la civilisation et évoluer, à long terme, vers une société dans laquelle le problème économique sera résolu et où l’on pourra se consacrer à l’art de vivre plutôt qu’à l’accumulation névrotique d’argent.Il proposait un contrôle étroit de la spéculation, entre autres par «la création d’une lourde taxe d’État frappant toutes les transactions».A long terme, il considérait que la préséance de l’entreprise sur la spéculation et la finance devait prendre la forme de «l’euthanasie du rentier et du capitalise oisif».Il évoquait aussi, à la fin de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, son œuvre majeure (1936), «une assez large socialisation de l’investissement», l’Etat n’étant pas contraint dans ses prises de décision par le critère de la rentabilité financière.Il faut ajouter que Keynes distinguait le diagnostic de l’état de santé du capitalisme et les remèdes nécessaires pour le guérir.Il considérait qu’il n’existe pas de solutions miracle valables en tout temps et en tout lieu.Pragmatique, il estimait qu’il fallait adapter les solutions aux circonstances.Dans les années 1970, Richard Nixon avait lancé: «Nous sommes tous keynésiens aujourd’hui.» Redeviendrons-nous tous keynésiens aujourd’hui après des années où ses critiques, Friedman et Hayek, ont tenu le haut du pavé ?N’y a-t-il pas une revanche de Keynes dans ce phénomène?Friedman, fondateur du monétarisme, a fait la même déclaration en 1968, mais en ajoutant: «Nous utilisons tous le langage et les instruments keynésiens; aucun d’entre nous n'accepte les conclusions initiales de Keynes.» L’abandon en août 1971 par le président Nixon, dont Friedman était un des conseillers, de la convertibilité du dollar en or marque la fin du système de Bretton Woods, mis en place en 1944, et est l’une des causes lointaines de la crise actuelle.Cela ne va certainement pas dans le sens des idées de Keynes, qui jugeait d’ailleurs que l’accord de Bretton Woods, qu’il avait négocié au nom de la Grande-Bretagne, n’allait pas assez loin.Il proposait en effet la création d’une véritable monnaie internationale émise par une banque centrale mondiale, ainsi qu’un contrôle étroit des mouvements de capitaux.De son côté, Friedrich Hayek, qui entretenait des relations personnelles amicales avec Keynes, n’a cessé de critiquer durement, dès la fin des années 1920 et jusqu’à sa mort en 1991, les thèses interventionnistes en général et celles de Keynes en particulier.Il a créé en 1947 la Société du Mont-Pèlerin vouée à la défense du libéralisme économique menacé à ses yeux autant par l’interventionnisme keynésien que par l'expansion de l’Empire soviétique.C’est là l’origine lointaine de la résurgence d’un libéralisme radical qui s’imposera 30 ans plus tard.L’attribution du prix de la Banque de Suède en sciences économiques (erronément appelé «prix Nobel d’économie») à Hayek en 1974 et à Friedman en 1976 symbolise le retournement de conjoncture et la victoire d’un libéralisme économique que Keynes espérait avoir enterré.Alors que Kennedy était inspiré par des économistes keynésiens, Thatcher était une admiratrice de Hayek pendant que Reagan appréciait Friedman.Opposés à l’intervention de l’Etat dans l’économie, Friedmap et Hayek étaient toutefois prêts à accepter un Etat autoritaire qui préserverait la liberté économique, comme ce fut le cas du Chili de Pinochet ou comme c’est le cas aujourd’hui de la Chine.Pour Keynes au contraire, comme pour John Stuart Mill, la liberté politique passe avant une liberté économique qui n’a aucun fondement naturel.Il écrit dans La Fin du laisser faire (1926): «Il n’est pas vrai que les individus possèdent à titre “prescriptif une “liberté naturelle” dans leurs activités économiques.[.] Il n’est pas correct de déduire des principes de l’économie que l’intérêt personnel éclairé œuvre toujours à l’intérêt public.» Le libéralisme de Keynes concerne la vie privée et la vie politique.Le projet qu'il défend, le qualifiant tour à tour de nouveau libéralisme (à ne pas confondre avec le néolibéralisme), de socialisme du futur et de socialisme libéral, doit concilier efficacité économique, liberté politique et justice sociale.Pour Hayek, la justice sociale est une illusion et Friedman rejette lui aussi cet objectif.On dit souvent que ce qu’on n’a pas compris du keynésianismç, c’est qu’une fois la prospérité revenue, l’État doit rembourser.Est-ce juste?C’est là encore une interprétation simplifiée de la pensée de Keynes.On associe keynésianisme, accroissement des dépenses publiques et endettement de l’État.On a ainsi expliqué les difficultés apparues dans les grands pays capitalistes dans les années 1970 par l’application des politiques keynésiennes dans les 30 années d’après-guerre.Non seulement Keynes n’a-t-il jamais prôné le maintien systématique de déficits importants, mais c’est avec la montée des politiques néolibérales que les déficits ont littéralemept explosé, déficits liés en grande partie aux États- Unis aux dépenses militaires.Cela dit, Keynes, qui était — comme je l’ai dit — essentiellement pragmatique, était opposé à toute règle stricte dans le domaine des politiques économiques, comme par exemple le maintien d’un taux de croissance fixe de la masse monétaire — la «règle monétaire» de Friedman — ou l’obligation de maintenir l’équilibre budgétaire, deux politiques aberrantes et finalement inapplicables, comme on le voit maintenant.Il faut utiliser ces instruments en fonction de la conjoncture, ce qui peut signifier bien sûr des déficits en période de récession, déficits que la croissance doit pouvoir résorber dans des limites de temps raisonnables.Il est toujours risqué de faire parler les morts; j’ose formuler une question que plusieurs se posent: que dirait Keynes de la crise actuelle, selon vous?Il dirait sans doute qu’elle confirme son diagnostic des pathologies du capitalisme, et plus particulièrement les méfaits de la spéculation, de la domination de la finance sur l’entreprise, de la primauté donnée aux critères de rentabilité financière à court terme.Il écrivait, dans La Théorie générale: «Les spéculateurs peuvent être aussi inoffensifs que des bulles d’air dans un courant régulier d’entreprise.Mais la situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif.Lorsque, dans un pays, le développement du capital devient le sous-produit de l’activité d’un casino, il risque de s’accomplir en des conditions défectueuses.» Il ferait certainement un lien de cause à effet entre la résurrection du libéralisme économique dans les années 1970 et 1980 et cette crise.On voit que la crise actuelle a des causes très psychologiques, au sens où il n’y a pas de prévisibilité absolue des choses humaines.N’est-ce pas là une preuve que l’économie ne peut être une «vraie science», exactement comme Keynes le disait?Parfaitement.La formalisation et la mathématisation à outrance, que Keynes dénonçait, d’une discipline devenue incompréhensible pour le commun des mortels, donne l’illusion que l’économie est une science exacte au même titre que ' les sciences naturelles, illusion accentuée par l’attribution annuelle d’un soi-disant «prix Nobel d’économie», d’ailleurs dénoncé par un descendant d’Alfred Nobel qui accuse les économistes de mettre leurs œufs dans un nid qui ne leur appartient pas.Pour Keynes, l’économie est une science morale, fondée sur les anticipations et les états d’âme d’individus qui n’ont rien à voir avec l’agent rationnel des manuels d’économie.La psychologie y joue un rôle fondamental.L’amour de l’argent, moteur du capitalisme, est ainsi «une passion morbide plutôt répugnante, une de ces inclinations à moitié criminelles, à moitié pathologiques, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales».On ne peut modéliser les cycles économiques comme le système solaire.La plupart des économistes croient, eux, dans le caractère «naturel» de l’économie et de ses lois.C’est sur cette illusion que se fonde, depuis le XVlir siècle, la foi dans le laisser-faire.?P Vous avez un commentaire, des suggestions?Ecrivez à Antoine Robitaille: arobitailleéledevoincom ¦ Anciens textes du Devoirs de philo et d’histoire: http://unow.ledevoir.com/societe/devoir_philo.html# MEILLEUR ORIGINAL DISPONIBLE
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