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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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Le devoir, 2009-03-25, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL I NATIONAL La répression des musulmans Un an après en Chine et aux Philippines Noir Canada alternatives LE JOURNAL VOL.15 NO.7 / AVRIL 2009 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA CULTURE Montréal, ville amérindienne Une alliance pour la paix?W lèoiï* ¦% w Il y aura quinze ans en avril que commençait le génocide au Rwanda.Cette tragédie emporta 800 000 personnes (en forte majorité des Tutsis) et provoqua l’exode de plus de deux millions de Hutus vers les pays voisins, surtout en République démocratique du Congo (RDC).Elle marque le début de guerres qui ont fait des millions de victimes dans cette région.Mais comme l’explique pour Alternatives la grande reporter belge et spécialiste du conflit, Colette Braeckman, une récente alliance entre le Rwanda et la RDC permet enfin d’entrevoir des jours meilleurs.COLETTE BRAECKMAN Dans la région des Grands Lacs africains, les conséquences du génocide sont loin d'être surmontées.Si la plupart des civils rwandais sont rentrés dans leur pays et ont repris une vie normale, des milliers de Hutus sont restés en République démocratique du Congo (RDC), encadrés par d'anciens militaires et des hommes en armes au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).Depuis quinze ans, ces Hutus n'ont jamais cessé de se battre, au fil des guerres successives qui ont déchiré la RDC.Établis au Nord et au Sud Kivu, ces groupes toujours très hostiles au régime rwandais, qui les qualifie de génocidaires, sont devenus une nuisance pour les populations congolaises : ils ont pris possession des carrières où affleure un minerai stratégique, le coltan, ils confisquent les récoltes des pa; ans et se rendent coupables de violences sexuelles d’une extraordinaire cruauté à l’encontre des congolaises, qui sont violées, torturées, transformées en esclaves sexuelles et domestiques.Le général félon La présence de ces groupes de Hutus armés a été longtemps présentée comme PHOTO : ERIN NEWS / LES NEUHAUS la raison d’être d’un groupe militaire congolais, dirigé par des Tutsis et dont le chef, Laurent Nkunda, était un général rebelle ayant refusé de se rendre à Kinshasa pour être intégré au sein de l’armée congolaise.Son mouvement, le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP), a longtemps contrôlé une zone tampon sur la frontière du Rwanda, assurant ainsi sa sécurité sur une bande de plus de 200 km et empêchant tout risque d’infiltration.Le CNDP recrutait parmi les Congolais d’expression kinyarwanda (Hutus et Tutsis), mais aussi dans les camps de réfugiés congolais au Rwanda et parmi les démobilisés de l’armée rwandaise.Nkunda comptait de nombreux amis et admirateurs au sein des forces armées du Rwanda dans lesquelles il avait combattu.Fin 2008, celui que la presse congolaise appelle le « général félon » représentait un danger majeur pour le président de la RDC, Joseph Kabila, démocratiquement élu en 2006.Nkunda contrôlait un territoire deux fois plus vaste que la Belgique.Il recevait un nombre croissant d’émissaires occidentaux et il avait obligé le régime congolais à négocier directement avec son mouvement.Plusieurs en Europe et peut-être dans certains milieux évangélistes américains finissaient par voir en lui le challenger du président de la RDC, considérablement affaibli par les échecs retentissants subis par son armée.Alliance surprenante Au début de cette année, la situation se retourna de manière spectaculaire : Paul Kagame et Joseph Kabila, les présidents du Rwanda et de la République démocratique du Congo, décidèrent soudain d’unir leurs efforts pour neutraliser leurs ennemis respectifs et lancer l’opération militaire conjointe appe- Sous la pluie, des Congolais attendent patiemment la distribution de nourriture dans la région de Coma.Ils ont été chassés de chez eux en raison des conflits.Des dizaines de milliers de villageois de l'est de la RDC ont été forcés de quitter leur logis.lée Umoja wetu, un nom révélateur qui signifie « notre unité » .Pourquoi cet accord soudain entre des hommes qui avouaient tout récemment ne s’être pas parlé depuis des mois?En réalité, ils étaient tous deux sous pression.Le président Kabila avait vu son étoile pâlir auprès des Européens, déçus par les accords miniers passés avec la Chine pour une valeur de 9 milliards de dollars et engageant l’extraction de dix millions de tonnes de cuivre.Aucun pays européen n’était disposé à envoyer au Kivu une force militaire destinée à VOIR PAGE 5 : RDC DOSSIER Minorité musulmane L’image des musulmans en Occident est extrêmement mauvaise.Associés à tort au terrorisme ou au fanatisme religieux qui entraîneraient un « clash des civilisations », les musulmans sont montrés du doigt comme étant une majorité revancharde, une minorité difficile à intégrer et ne cherchant qu’à s’isoler.Rien n’est cependant plus faux! Lorsqu'ils sont minoritaires, les musulmans doivent, comme toute minorité, se battre pour leurs droits.Cependant, ils jouissent rarement de l’appui de l’Occident, qui se présente pourtant comme grand défenseur des droits humains.Pas étonnant donc que l’assimilation culturelle des Ouïghours par les autorités chinoises ne soit jamais discutée, alors que la cause tibétaine jouit d’un capital de sympathie et d’un battage médiatique beaucoup plus élevés.Le sort de ces musulmans chinois est exposé par Renaud Guérin.Une autre cause oubliée est celle des musulmans du sud des Philippines.Tels les Ouïghours, ils doivent composer avec un gouvernement central hostile qui favorise la colonisation de leurs territoires par d’autres populations.Comme l’explique Malcolm Guy, les Moros doivent défendre leur terre contre les autorités philippines, appuyées par les Américains qui les placent dans un creuset bien large qu’est la « guerre contre le terrorisme ».Les Palestiniens israéliens - oui, cela existe! - doivent aussi lever le ton pour qu’on cesse de les considérer comme des citoyens de seconde classe.Leur voix, masquée par le tintamarre des armes, n’arrive toutefois pas jusqu’à nous.La seule arabe élue au parlement israélien témoigne des réalités de sa communauté dans une entrevue accordée à Emmanuel Martinez.L’Inde est le pays au monde qui possède la minorité musulmane la plus importante.Malgré des relations relativement harmonieuses avec la majorité hindoue, Karine Bates explique que les musulmans indiens doivent combattre les stéréotypes qui les associent au terrorisme et à l’ennemi héréditaire de l’Inde, le Pakistan, voisin musulman.Chez nous aussi la discrimination envers les musulmans, en particulier les Arabes, est répandue.Pas facile dans ce contexte de se trouver un emploi, surtout lorsque les programmes étatiques du Québec ne reconnaissent pas ces réalités, comme le rapporte Alykhanhti Lynhiavu.Bonne lecture! Entrevue avec l’unique députée arabe d’Israël L’autre mur L’attaque de Gaza et l’élection israélienne de février, marquée par d’excellents résultats pour l’extrême droite, consacrent la fracture entre Juifs et musulmans en Israël.À ce sujet, voici le point de vue de Haneen Zoubi, qui est devenue la première musulmane d’un parti arabe à siéger à la Knesset, le parlement israélien.ïüf V mm m MpH MM WW EMMANUEL MARTINEZ La nouvelle représ s ntante palestinienne du parti arabe sppelé Assemblée démocratique nationale (désigné en Israël sous le nom de Balad), a un objectif bien clair à la Knesset : défendre le droit des Arabes israéliens.« La société juive et le monde politique deviennent de plus en plus extrémiste •ni agressifs envers les Palestiniens.Nous ne sommes pas racistes envers les Juifs, car justement nous nous battons contre le racisme.Nous demandons que nos droits soient respectés.Nous ne voulons pas que nos terres soient confisquées, que nos maisons soient détruites, que nos emplois soient abolis et que notre histoire ou notre identité soient ignorées », dit-elle en entrevue téléphonique.Les Arabes musulmans sont nombreux en Israël.Ils forment environ 18 % de la population, soit approximativement 1,3 million de personnes.Ces Palestiniens israéliens - presque un oxymoron ! -se considèrent comme des citoyens de deuxième classe.À l’origine de ce sentiment, la définition même d’Israël en tant qu’« État juif », ce qui exclut en quelque sorte les non-Juifs.Un problème fondamental selon Haneen Zoubi, qui se considère comme Palestinienne, Arabe et citoyenne israélienne : « Je prends au sérieux ma citoyenneté israélienne, mais je crois que les Israéliens ne la respectent pas lorsqu’ils disent qu'Israël est un État juif.» Le parti de Haneen Zoubi exige qu’Is-raël arrête de se définir comme juif et sioniste, ce qui signifierait par exemple l’abolition de la Loi du retour, qui garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.Il prône aussi la reconnaissance d’un État palestinien voisin sur les bases des frontières de 1967, ce qui implique le démantèlement complet des colonies juives dans les territoires occupés.Ces prises de position irritent de nombreux Juifs.Le chef du plus important parti d’extrême droite, Avigdor Lieberman, avait d’ailleurs demandé, sans succès, l’exclusion de l’Assemblée démocratique nationale et d’un autre parti arabe pour l’élection de février dernier.Cet immigrant moldave a toutefois poursuivi sa croisade anti-Arabe durant la campagne électorale en martelant son slogan « pas de citoyenneté sans loyauté ».« Lieberman est extrémiste, précise Haneen Zoubi.Mais notre problème, ce n’est pas lui; c'est que les autres partis sionistes ne le considèrent pas comme raciste et dangereux.Netanyahou et Livni acceptent de lui parler et de l’inclure dans une coalition.Depuis iggy, le système politique israélien glisse à droite.Il y a de plus en plus de résistance à faire reconnaître nos droits.» Combattre la discrimination Haneen Zoubi veut s'attaquer à la misère qui afflige les musulmans israéliens : « Plus de la moitié des Palestiniens vivent sous le seuil de pauvreté.L'État israélien n’investit pas dans le développement économique des zones palestiniennes.Seulement 1 % des sommes nous reviennent alors que nous sommes 18 % de la population.Il y a huit fois plus d’investissements dans les écoles juives qu’arabes».Elle déplore aussi l’absence de services dans de nombreux villages « non reconnus » par l'État israélien où vivent des musulmans.Le chômage est endémique et le salaire d’un Arabe israélien est 30% inférieur à la moyenne.Mais pour cette femme de 39 ans, l’enjeu le plus crucial concerne la confiscation de la propriété et la destruction de maisons.Selon elle, cette question sera au cœur des déchirements futurs entre Palestiniens et Juifs en Israël.La population palestinienne est jeune et en forte croissance.La demande de logement est marquée.« Soixante pour cent des nouveaux mariés n’auront pas d'endroit où construire des maisons, car l'État israélien confisque des terres arabes pour construire des quartiers juifs.À Nazareth par exemple, l’État construit ces zones juives qui encerclent les secteurs arabes, ce qui les empêchent de croître », déplore la députée.Haneen Zoubi estime qu’il est beaucoup plus difficile aujourd’hui d’être Arabe en Israël.Par conséquent, les musulmans se replient sur eux-mêmes : PHOTO ¦ FLICKR / HAGfT «Nous croyons moins dans les institutions israéliennes.Maintenant, nous discutons davantage de bâtir nos propres institutions, dit-elle.Nous sommes plus forts qu’avant.Nous avons moins peur de nous affirmer.Nous votons davantage pour des partis arabes.Avant, plus du quart des électeurs arabes votaient pour des partis sionistes, maintenant seulement 7 % votent pour ces partis.» Une de ces institutions, c’est le Centre Ilam, qu’elle a fondé avec d'autres Palestiniens en 2000.L’organisme qu’elle dirigeait avant d’être élue a comme but de regrouper les journalistes arabes, de promouvoir la professionnalisation de médias arabes et d’améliorer l’image des Palestiniens dans les médias israéliens.Le Centre Ilam note que les Palestiniens sont absents des grands médias israéliens et que les reportages qui les présentent véhiculent Mur d’une cour d’école arabe à Acres.Près de deux enfants arabes sur trois vivent sous le seuil de la pauvreté en Israël, ce qui est le cas de seulement un enfant juif sur cinq.une image négative.Avec des médias qui renforcent les stéréotypes et qui se centrent sur la promotion de la culture juive, un rapprochement des deux communautés semble difficile.Pourtant, les Juifs israéliens ne peuvent se permettre d’ignorer leurs concitoyens musulmans, dont le poids démographique augmente.La revanche des berceaux du côté palestinien rend d’autant plus urgent le combat contre la discrimination et l’amélioration des relations entre Juifs et musulmans israéliens.Cette fois, ce sont les Juifs qui auront comme défi d’abattre ce mur qui divise ces deux solitudes.» « 2 jOURNAL ALTERNATIVES .AVRIL 2009 Minorité musulmane Les « musulmans chinois » agonie / 'Pli Lente Pendant que l’assimilation des Tibétains fait la une, le sort des Ouïghours reste méconnu.Ces neuf millions de musulmans turcophones subissent pourtant les mêmes répressions et leur culture est menacée.Combien de temps pourront-ils résister au rouleau compresseur chinois?RENAUD GUÉRIN Dans le nord-ouest de la Chine, à des milliers de kilomètres des villes côtières en pleine effervescence, on y rencontre des Afghans, des Tadjiks, des Kirghizes, mais surtout des Ouïghours.Surnommés les « musulmans chinois », les Ouïghours forment un peuple typique de l’Asie centrale.Ici, on mange du mouton, on se déplace à dos d’âne, les femmes portent le voile et on prie vers La Mecque cinq fois par jour.En marchant dans les rues de la vieille ville de Kashgar, une étudiante en langue anglaise et guide touristique improvisée, Reliya (nom fictif), explique pourquoi elle a décidé d’étudier l’anglais : « Un jour, je me promenais dans la ville avec une étrangère avec qui j’essayais de communiquer, lorsqu’un vieil homme nous a arrêtées.Il nous a saluées d'un “Salam alekhoum" traditionnel, portant son bras droit vers son coeur.L’étrangère un peu confuse m’a imitée et nous l’avons salué pareillement.Ensuite, le vieillard s’est adressé à moi : “Parle-lui de tout, parle-lui de notre pays, dis-lui la vérité sur ce qu’ils font’’.Les aînés ne parlent pas anglais, mais moi je l’ai appris pour raconter mon pays aux étrangers.» Elle n’a pas la langue dans sa poche : « Avant 1975, les gens de Kashgar ne mangeaient pas avec des baguettes et aucun magasin chinois n’existait.» Mais depuis, le visage de la ville a radicalement changé.En effet, la province du Xinjiang (« nouveaux territoires » en mandarin), frontalière avec huit États! et couvrant près du sixième de la superficie de l’Empire du Milieu, est devenue un point de mire pour Pékin.Outre son importance géopolitique, le Xinjiang abrite le tiers des réserves de pétrole de la Chine.En 2000, le gouvernement central chinois a investi près de 100 milliards de dollars dans le cadre du « développement de l’Ouest » pour favoriser la venue de colons, des paysans chinois, avec la construction d’un chemin de fer reliant Urumqi (la capitale officielle et majoritairement chinoise de la province) à Kashgar (l’ex-capitale historique).Ainsi, les Ouïghours forment un peu moins de la moitié de la population du Xinjiang, alors qu’ils constituaient près de 90 % de la population en 1949.Reliya revient alors à la charge.Elle affirme que les meilleurs emplois sont détenus par les Chinois.La raison du déséquilibre est simple.Les emplois administratifs, les mieux rémunérés, supposent l’adhésion au Parti communiste chinois (PCC).Puisque le PCC est athée, devenir membre du PCC constitue pour un Ouïghour à la fois une trahison politique et un déni de sa religion.Le gouvernement chinois a aussi une autre méthode de contrôle : les meilleurs élèves ouïghours obtiennent très jeunes des bourses et sont ainsi retirés de leur milieu familial pour être formés dans de grandes écoles à Pékin ou Shanghai.Le PCC s’assure ainsi de modeler les leaders de demain qui ne remettront pas en cause son hégémonie.« À l’université, raconte Reliya, les Ouïghours ont tendance à s’asseoir en arrière de la classe, et lorsque les profs ne regardent pas, ils se font un signe de la main caractéristique.C'est pour signifier que nous sommes ensemble, même si nous ne sommes pas libres », dit-elle.Le recours à la violence Toujours présente entre les deux groupes ethniques, la tension a parfois débouché sur de la violence, notamment pendant la Révolution culturelle PHOTO : FUCKR / REURINKJAN ou lors de manifestations séparatistes dans la ville de Yinning, en 1997.Depuis 2003, les zones tribales de la région de Tashkorgan, à la frontière du Xinjiang et du Pakistan, sont le théâtre de combats entre l’armée chinoise et des activistes ouïghours, pakistanais ou afghans.Cette zone est d’ailleurs un terreau fertile pour le commerce de l’opium et des armes.Une série d’attentats a aussi été perpétrée l’été dernier dans le Xinjiang avant et pendant les Jeux olympiques de Pékin.Le plus meurtrier a coûté la vie à 16 policiers chinois.Il s’agissait d’une première vague de violence depuis 10 ans.En raison du strict contrôle de l’information par les autorités communistes chinoises, il est difficile de juger l’ampleur du phénomène, même si Pékin ne cesse de parler d’une « menace terroriste ».Les activistes veulent créer un État indépendant, le Turkestan oriental, pour s’affranchir de la domination de l’ethnie chinoise Han.C’est dans un des restaurants chics de Kashgar que Reliya a pu constater que ceux qui prônent le recours aux armes contre les autorités chinoises sont peut-être nombreux.Après avoir terminé une discussion en anglais sur son té- Barbier ouïghour dans la région de Kashgar.Les cheveux courts sont à la mode! léphone cellulaire, un jeune homme ouïghour s’est présenté à elle et lui a demandé poliment s’il pouvait s’asseoir à sa table.Elle a accepté.Il lui a dit calmement qu’il pouvait Taider.Elle n’a alors pas compris de quoi il s’agissait.«Je possède des armes, je peux faire des bombes », lui dit-il.La seule arme que connaissait alors Reliya était la parole.L’homme lui donna alors son numéro de téléphone.Il la quitta en lui offrant la poignée de main connue par les universitaires ouïghours de Kashgar.Elle quitta ensuite le restaurant en vitesse et lorsqu’elle fut absolument certaine de ne pas être suivie, elle jeta le papier comme s’il s’agissait d’un objet pestiféré.« Je ne pense pas que les bombes peuvent aider », affirme-t-elle.« Je n’aime pas les talibans, beaucoup d’étrangers viennent ici les rencontrer ou faire du commerce.Il n’y a plus rien à faire pour le pays, mais il faut défendre notre culture », conclut-elle résignée.L’auteur a enseigné l’anglais à Kashgar en 2007.Un Canadien d’origine ouïghoure détenu en Chine Huseyin Celil croupit dans une prison chinoise depuis 2006.Il a été condamné à perpétuité en avril 2007 pour avoir « comploté dans le but de diviser la Chine » et pour avoir « organisé, dirigé et participé à des groupes terroristes ».Cet homme était arrivé au Canada comme réfugié en 2001 et il s’était installé en Ontario avec sa famille.Il a été appréhendé lors d’une visite en Ouzbékistan par les autorités locales qui 1 ont extradé en Chine.Pékin ne reconnaît pas sa citoyenneté canadienne.Ottawa a protesté à plusieurs reprises contre cette arrestation et la violation des droits de Huseyin Celil.Les Chinois lui ont refusé le droit de voir des représentants consulaires canadiens.Monsieur Celil, qui dit avoir été torturé, n’a pas obtenu un procès juste et équitable.Lorsque la volonté d’intégration se bute à la discrimination Les statistiques sont éloquentes.Au Québec, le taux de chômage chez les Maghrébins d’origine est de 29 % comparativement à un taux général de 7 %.La discrimination existe, et le gouvernement québécois peine à s’y attaquer avec cohérence.PHOTO WWW PREMIA AC UK ALYKHANHTHI LYNHIAVU Québécois d’origine maghrébine, Nacer, 50 ans, vit à Montréal depuis vingt ans.Père de famille il suit, bien malgré lui, un parcours de pauvreté.Avec une élégance et une douceur qui détonnent avec la dureté du racisme qu’il subit, il relate la discrimination dont il est victime.En septembre, Nacer s’inscrit à un programme de formation d’agent de sécurité privée subventionné par Emploi-Québec.Se déroulant sur une période de deux mois, la formation inclut un stage de deux semaines non rémunéré.Fin novembre, il se retrouve bredouille.Il n’est pas le seul : la moitié des participants à la formation, trois Arabes et six Noirs n’ont trouvé ni stage ni emploi, contrairement aux huit Québécois de souche.Pourtant, le centre de formation se vante « d’une relation privilégiée avec les agences de sécurité » et d’un taux de placement de 100 %.Nacer résume : « Dès le début, il était clair que l’école s’engageait à nous trouver un stage et un emploi.Elle s’est engagée envers nous et envers Emploi-Québec.Les Québécois de souche n’ont eu aucune difficulté à trouver un emploi sans passer par un stage.Par contre, les “Québécois de cœur”, comme j’aimerais nous appeler, les Noirs et les collègues arabes, n’ont rien eu.» En décembre, un agent d’Emploi-Québec assiste à la fin du cours.Les responsables de la formation, qui parlent au nom des étudiants, lui affirment que l’école a rempli ses promesses.Malgré que le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) organise de telles visites, il semble qu’il ne demande pas davantage de comptes à l’école de formation professionnelle à laquelle il alloue des subventions importantes.Est-il normal que des aides publiques continuent à être versées à ces centres de formation desquels seuls les Québécois de souche bénéficient en définitive?Avec une pointe d’indignation dans la voix, Nacer remarque : « Pensez-vous que je veuille passer deux mois à suivre un cours pour, à la fin, me retrouver dans une situation plus délicate qu'avant?Avec un investissement financier d’Emploi-Québec, je me retrouve les mains vides, à la case départ, au bien-être social! » Une pétition, signée par les étudiants victimes de cette discrimination, a été présentée à l’une des responsables de l’école.Avec un collègue, Nacer lui a parlé à deux reprises.Elle leur a demandé le silence et a même tenté de « s’arranger ».Nacer ajoute : « Avec des contrats assurés, l’école ne veut pas avoir de troubles : 2300 S multipliés par 17, c’est beaucoup d'argent.» Appuyé par le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), un organisme de lutte contre le racisme basé à Montréal, il a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne du Québec.Des politiques d’aide inadéquates S’il vise l’intégration de tous, le ministère de l’Emploi du Québec doit réévaluer ses programmes d’aide qui ne sont pas adaptés aux populations immigrantes, souvent victimes de discrimination.En général, les immigrés sont éduqués et vivent dans des ménages biparentaux.Toutefois, les programmes d’aide sont élaborés selon un « profil type », celui de la majorité québécoise où la pauvreté est associée à des familles monoparentales et à des personnes peu scolarisées, comme le montre une étude des sociologues Rachad Antonius et Jean-Claude kart.Les programmes contribuent donc à l’exclusion systémique des nouveaux arrivants.Ce n’est pas tout.Tandis que le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles reconnaît l’existence d’un processus d’exclusion ou de disqualification des immigrants et des minorités visibles, le ministère de l’Emploi invoque en dernière instance la responsabilité de chacun pour sortir du chômage.Les barrières ne seraient pas liées au système, mais plutôt aux carences individuelles.Ainsi, sur le site d’Emploi-Québec, le MESS présente des outils de « simulation de revenus » grâce auxqu Is « le prestataire de l’aide financière de cernier recours » peut évaluer « les avantages financiers à suivre un cheminement h menant à intégrer le marché du travail > En somme, les barrières qui empêch nt l’individu de se sortir du chômage eraient celles qu’il s’imposerait lui-méme : une sorte de volonté de s’installer dans la pauvreté! Les immigrants ont besoin, pour s’intégrer et trouver du travail, de programmes améliorés qui tiennent compte de leurs spécificités et d’une ouverture amicale qui aille à l’encontre du racisme.Aussi longtemps que le MESS considérera la discrimination raciale comme un objet séparé et secondaire des politiques d’aide à l’obtention d’un emploi, il y aura échec de l’intégration et perpétuation des discriminations professionnelles injustifiées.Comme beaucoup d’autres, Nacer a immigré pour améliorer ses conditions d’existence, avec la volonté de s’intégrer : « On est tous venus ici chercher la paix et l'assurance d’un travail.Personne ne vient ici pour faire du trouble, parce qu’on est tous Québécois.Nos enfants sont témoins de cette injustice-là.]e souhaite un changement, je le souhaite ci tout mon cœur.» L’auteure est anthro] ague et membre du Centre de recherche-., tion sur les relations raciales (CRARR) NOUVEAUTÉS D'AVRIL 2009 A N AÏS AIRELLE Pourquoi j’meurs tout l’temps récit ^(œsociété Pourquoi j'meurs tout l'temps Récit Anaïs Airelle Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation Pierre Mouterde Cesl l'histoire d'une fille qui a mal démarré.Dévorée de questions et de révoltes, elle part sur les routes.Routes vides et froides du Canada, chemins fliqués de France.Ce livre n'est pas l'essai de spécialistes de l'itinérance chez les jeunes.Le récit d'Anaïs Airelle donne directement la parole aux gens de la rue, aux marginaux, à ceux qu'on ne veut pas entendre.Pouvons-nous encore philosopher aujourd'hui?Pierre Mouterde nous propose de partir des fondements de notre tradition philosophique pour penser notre action politique.Il tente de définir ce que pourrait être une philosophie des temps présents, qui se préoccuperait de sa possible intervention sur le monde.Interpréter le monde pour le transformer! ^ LES ÉDITIONS § y ^ èkecosoaete www.ecosociete.org PôwBiyphilo' .-uhie de l’aWon et de (’émancipation * ‘ >.* ^écosociété ISBN 978-2-923165-53-0 136 p.19$ ISBN 978-2-923165-46-2 168 pages 25 $ JOURNAL ALTERNATIVES • AVRIL 2009 3 M INORITÉ MUSULMA La guerre contre le terrorisme à la sauce philippine MALCOLM GUY En 2002, le président George W.Bush, avec l’appui inconditionnel de la présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo, choisit d'ouvrir un « deuxième front » aux Philippines dans le cadre de sa guerre contre le terrorisme.C’est à ce moment qu’Amirah Ali Lidasan, présidente de Suara Bangsamoro (la Voix du peuple), un parti qui représente les intérêts de musulmans, décide d’agir : « Du jour au lendemain, de nombreux chefs traditionnels au sein de la communauté musulmane ont été considérés comme de présumés terroristes et contraints d’abandonner leur activité.Je me suis alors sentie obligée de prendre la parole au nom de ces personnes désormais réduites au silence », explique-t-elle depuis l’île de Basilan, lors d’une conversation téléphonique.Les Moros (nom qui signifie « Maures » en espagnol et qui désigne la minorité musulmane aux Philippines) représentent environ 5 % de la population du pays, qui compte quelque 97 millions d’habitants, très majoritairement catholiques.Les Moros sont concentrés dans les régions autonomes de l’ouest de la grande île méridionale de Mindanao Amirah AU Lidasan, présidente de Suara Bangsamoro JiM- et dans une série de petites îles, dont celles de Basilan et de Sulu, qui s’étendent jusqu’à la frontière malaisienne.Ils sont divisés en plusieurs groupes ethno-linguistiques.Le danger de l’engagement Amirah Lidasan n’est pas du genre à reculer face aux défis.Elle est la première femme musulmane à avoir été élue à la direction de l’Union nationale des étudiants et elle s’est rendue plusieurs fois à l’étranger, afin de sensibiliser l’opinion publique à la situation des Moros.Par contre, elle reconnaît que le contexte est très délicat : « Cela n’a pas été facile pour moi, d'une part parce que le fait de prendre la parole ne correspond pas au rôle traditionnel attribué aux femmes dans notre communauté, et d’autre part parce que ça implique certains risques, dit cette femme de 34 ans.Depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente Arroyo en 2001, pas moins d'un millier d'opposants politiques au gouvernement ont d'ailleurs perdu la vie à la suite d'une série d’exécutions extrajudiciaires.» Madame Lidasan rappelle qu’après 2001, le gouvernement philippin a été l’un des premiers à se lancer dans la « guerre au terrorisme ».Dès lors, « à peu près tous les musulmans furent soupçonnés d'appartenance au groupe Abou Sayyaf et donc sujets à des persécutions et des arrestations », dit-elle.Abou Sayyaf est un petit groupe qui a mené des attentats, qui pratique l’extorsion et qui kidnappe des gens en échange de rançons.Ses membres ont assassiné plusieurs de leurs captifs.« Au tournant du millénaire, explique Amirah Lidasan, Abou Sayyaf était peu important; on le connaissait surtout pour sa collaboration avec les militaires de la région impliqués dans le trafic d’armes et l’enlèvement de civils en échange de rançons.Par la suite, les États-Unis et le gouvernement philippin ont pris prétexte de l'enlèvement d’un groupe de missionnaires états-uniens et de membres de la Croix-Rouge par ce groupe pour amplifier la prétendue menace terroriste et justifier leur politique de guerre totale, qui conférait aux soldats le droit de tuer et d’arrêter toute personne soupçonnée d’appartenance au groupe.» En 2002, une mission internationale d’enquête s’est rendue dans le sud des Philippines après que Washington y eut dépêché quelque 5 000 soldats armés, sous prétexte de participer à des exercices militaires.Cette mission d’observation a constaté la participation des troupes états-uniennes dans des opérations PHOTO : FLICKR / KEITH BACONGCO de combat, en violation flagrante de la Constitution des Philippines.Des milliers de personnes avaient été déplacées et relogées dans des hameaux de fortune, tandis que des centaines d’agriculteurs et de travailleurs avaient été arrêtés.Des enfants, dont certains n’avaient que 10 ans, avaient aussi été emprisonnés! Défendre les droits des Moros Amirah Lidasan reconnaît que la situation politique des régions où la minorité musulmane est concentrée peut sembler complexe, vue de l’extérieur.Trois grands mouvements militent pour promouvoir les droits du peuple moro : le Front de libération islamique moro (MILE), le Front de libération nationale moro (MNLF) et le Front national démocratique (NDF), ainsi que sa branche armée, la Nouvelle armée populaire (NAP).« Ces groupes ont tous participé, à un moment ou à un autre, aux négociations de paix avec le gouvernement philippin, mais maintenant, ils sont qualifiés de terroristes.Je crois que le MILF et le MNLF luttent véritablement pour le droit au territoire et le respect des droits du peuple moro et de son droit à l’autodétermination.Quant au NDF et à la NAP, qui sont présents dans la région autonome musulmane, mais également dans le reste du pays, ils se battent pour la libération nationale des Philippines.Ils ont réussi à gagner l’appui des Moros », affirme Lidasan.Elle considère que le conflit armé dans les zones moros tient à une longue histoire d’oppression et d’exploitation, de vol de terres et de discrimination culturelle et religieuse.La région autonome musulmane de Mindanao, par exemple, est riche en terres fertiles et en ressour- ces naturelles.Pourtant, elle présente le plus faible taux d’espérance de vie et le plus faible taux de scolarisation.Lidasan tient à souligner qu’une entreprise minière canadienne, TV1 Resource Development Philippines Inc., est actuellement engagée dans un projet controversé à Zamboanga del Norte.Elle ajoute que des « multinationales comme Dole et Del Monte contrôlent déjà de vastes territoires à Mindanao, exclusivement consacrés à la production de bananes et d’ananas.Je pense que l’on peut établir un lien entre la politique de guerre totale du gouvernement philippin, notamment les bombardements aériens et les déplacements de population, et les intérêts des multinationales, dont l’appât du gain les amène à vouloir expulser les populations musulmanes des zones riches Taiwan Hong Kong Thaïlande j (Cambodge] Malaisie “ Indonésie Des membres du Front de libération islamique moro (MILF) naviguent dans la zone de Maguindanao, située sur Pile de Mindanao.Le MILF avait conclu avec le gouvernement philippin un accord sur l'autonomie de cette région musulmane.Mais les combats ont repris l’automne dernier après que le gouvernement eut refusé de ratifier l’entente.en pétrole, en or, en cuivre, en charbon ou celles propices à l’agriculture ».Parce qu’ils sont la cible de la guerre au terrorisme et que la crise rend encore plus difficile l’obtention d’un travail, les problèmes spécifiques des Moros se trouvent accrus.Lidasan rapporte que plusieurs d’entre eux vont même jusqu’à changer leurs noms afin d’essayer de cacher leur identité nationale.« Pendant de nombreuses années, ajou-te-t-elle, le gouvernement a favorisé la migration de Philippins de religion chrétienne vers la région de Mindanao, dans le cadre d’une série de programmes de réinstallation qui ont causé beaucoup de problèmes aux musulmans.Il est facile pour nous de comprendre ce que le peuple palestinien est en train de vivre.Nous, Moros, essayons maintenant de travailler ensemble, malgré les tentatives du gouvernement de nous diviser, car nous nous rendons compte que nous sommes, pour la plupart, des paysans pauvres qui font face aux mêmes problèmes de vol de terres par de puissants propriétaires terriens locaux et par l'État.Nous luttons pour vivre ensemble dans la tolérance et l’acceptation des différences.» L’auteur a réalisé plusieurs documentaires sur les Philippines et milite au Centre d’appui aux Philippines.Inde : Le calme malgré des attentats L’Islam en bref ««P .: .S : «Pi F: Environ 150 millions d’indiens sont musulmans.Ils constituent la plus grande minorité du pays et la plus importante minorité musulmane de la planète.Leur quotidien n’a rien à voir avec les images de musulmans radicaux véhiculés par les médias.En effet, une cohabitation harmonieuse entre les différentes communautés religieuses est la norme en Inde.KARINE BATES En Inde, les appréhensions étaient grandes de voir une montée des violences communalistes à la suite des attentats de Mumbai du 26 novembre 2008.Même si ce scénario ne s’est pas produit, certains se méfient davantage des musulmans.Pour beaucoup d’indiens hindous, les musulmans bénéficient de privilèges sociaux et économiques.Pourtant, en dépit de programmes de discrimination positive en faveur des minorités, le revenu des musulmans indiens est généralement plus faible que la moyenne nationale.Cette minorité reste majoritairement paysanne et sous représentée tant dans l’administration publique que dans la vie politique.Les musulmans sont aussi harcelés par les autorités comme en fait foi cette affaire dont j’ai été témoin en janvier dernier en Inde avec mon amie Manjira.Une de ses amies l’appelle et lui raconte que son jardinier musulman ne s’est pas présenté chez elle depuis trois jours, sans l’avertir; ce n’est pas dans ses habitudes.Inquiète, elle se rend chez lui, dans un bidonville de Delhi.À son arrivée, les voisins l’informent que la police a arrêté le jardinier, sa femme et ses deux enfants.Aucune raison n’a été fournie et la famille n’a même pas eu le temps de récupérer ses papiers d’identité.Depuis trois jours, ils étaient tous à un poste de police.Par précaution, le jardinier avait donné à sa patronne une copie de tous ses papiers d’identité.Documents en main, elle se rendit au poste de police.En payant la caution exigée, elle fit libérer la femme et les deux enfants.Les policiers voulaient plus d’argent pour relâcher le jardinier.Elle revint le lendemain et paya.La famille fut finalement réunie sans PHOTO: FLICKR/MUCBAUM savoir pourquoi elle avait été arrêtée.Sans faire les manchettes, les arrestations arbitraires sont choses courantes.Mais depuis les attentats de Mumbai en novembre, les musulmans en sont plus fréquemment victimes.Méfiance et tolérance D’où vient cette méfiance vis-à-vis la communauté musulmane?Le début de la présence musulmane en Inde remonte au 8e siècle avec une première conquête arabe.Suivirent plusieurs siècles de domination musulmane.Vers la moitié du 18' siècle, l’Empire britannique met fin au contrôle de l’Empire moghol.Cette trame historique représente pour la majorité hindoue une longue trajectoire de colonisation.Pour plusieurs, ce sentiment de ne pas vivre sur une terre hindoue depuis des siècles pèse et justifie leur méfiance vis-à-vis leurs compatriotes musulmans.D’autant plus qu’au moment de l’indépendance de l’Inde, la création du Pakistan (qui incluait alors aussi le Bangladesh) engendra la partition du territoire indien.L’État indien opta pour une Constitution laïque garantissant l’égalité de tous et la non-discrimination sur une base religieuse.Mais ces principes fondamentaux n’ont pas été mis en application en ce qui concerne la minorité musulmane, comme l’a démontré le désormais célèbre rapport Sachar, publié en 2006.Ce document recommande que de nombreuses initiatives soient prises à plusieurs niveaux afin d’assurer le développement de la communauté mu- sulmane.Ces actions doivent notamment viser l’accès à l’éducation, à des infrastructures sanitaires adéquates et à des habitations de meilleure qualité, incluant l’électricité.Par ailleurs, si dans certaines régions, comme au Kerala, les musulmans forment une classe de riches marchands, le rapport Sachar démontre que dans l’ensemble du pays, les banques sont beaucoup plus réticentes à accorder des prêts aux musulmans.La majorité des attentats survenus l’an dernier furent revendiqués par des groupes islamistes.Cependant, nombreux sont les mollahs, muftis et simples musulmans qui dénoncèrent sur la place publique ces actes de violence.Même si les musulmans sont parfois pris à partie par des membres de l’administration publique et de la police, les diverses communautés religieuses cohabitent bien.Lors de grandes fêtes hindoues, les musulmans n’hésiteront pas à se rendre au temple pour prier Ganesh, Lakshmi ou Kali.De même, si une mosquée a la réputation de porter chance aux gens qui vont y prier, hindous, sikhs, bouddhistes y apporteront aussi leurs offrandes.Le métissage des pratiques religieuses est plus courant que la division, sauf en ce qui concerne les extrémistes de toutes provenances, y compris des extrémistes hindous.Il reste à espérer que cette tolérance propre à l’Inde s'incarne dans la possibilité d’implanter des programmes sociaux efficaces pour que les musulmans ne soient plus victimes de discrimination.Le Ta) Mahal, l’endroit en Inde le plus connu au monde, est un monument musulman.Ce mausolée a été bâti au rf siècle par l’empereur moghol Shah jahan en mémoire de son épouse.En fait, c’est surtout l’incapacité, voire même l’indifférence de l’État à redresser les injustices du pays qui menace le plus les relations entre les citoyens de différentes religions.S’il y a bien un consensus en Inde depuis les attentats de Mumbai, c’est autour de la colère de toutes les couches de la population envers la corruption rampante qui sévit au quotidien, tant dans les institutions publiques que privées.L’auteure est professeure adjointe au Département d’anthropologie et directrice du Pôle de recherche sur l’Inde et l’Asie du Sud/ CÉRIUM, à l’Université de Montréal.• Population musulmane dans le monde : 1,35 milliard (21 %) • Plus grand pays musulman ; Indonésie (environ 195 millions de musulmans) • Pays avec la plus importante minorité musulmane : l'Inde avec 150 millions • Pays avec la plus importante minorité musulmane en Europe : France, 5 - 6 millions de musulmans, entre 8 et 10 % de la population • 2 % de la population canadienne est de religion musulmane • L’Islam est la f confession en importance au Québec • 3 % de la population de Montréal est musulmane • Les 5 piliers de l'Islam sont ; la foi en un dieu unique et la reconnaissance de Mahommet comme étant son prophète; la prière quotidienne; la charité envers les nécessiteux; le respect du jeûne et du mois de Ramadan; le pèlerinage à La Mecque une fois dans sa vie • C’est la seule religion dont le nom figure dans la désignation officielle de plusieurs Etats (République islamique) Sources : Statistiques Canada, World Factbook LE MONDE MUSULMAN 4 JOURNAL ALTERNATIVES • AVRIL 2009 I Points de vue BILLETS Gaza martyre de la guerre globale Michel Warschawski Rien ne sera plus comme avant : à partir de maintenant, il y aura un avant-Gaza et un après-Gaza.Pourtant, le carnage de Gaza n’est pas le premier que l'État d’Israël peut inscrire à son palmarès : de Deir Yassin à Chatila, de Kafr Qassim à Cana, l’histoire de l’État juif est, malheureusement, marquée par ces massacres d’innocents.Gaza marque un tournant qualitatif.Ce n’est pas un massacre collatéral d’un conflit armé, qui peut être considéré comme une grave bavure ou un dérapage dont une future commission d’enquête dénoncera éventuellement les responsables.Il s’agit plutôt d’un acte criminel prémédité par un gouvernement et mis en œuvre par son armée : les civils de Gaza, et eux uniquement, ont été les cibles des avions de chasse israéliens.Pas une armée, pas même des groupes armés, mais des milliers de femmes, d’hommes, d’enfants et de vieillards qui résident au cœur d’une des villes les plus densément peuplées au monde.C’est de cela que devront, tôt ou tard, rendre compte les dirigeants militaires et politiques, de gauche ou de droite, devant une cour pénale internationale et devant le tribunal des peuples.Notre honte, en tant qu’israéliens, rejoint la colère de millions de citoyens qui ont manifesté à travers le monde pour que cesse le carnage.On ne peut pourtant se limiter à la honte et à la colère, et il est important de tenter de comprendre le pourquoi de ce crime.Un élément de réponse est lié au mot « Gaza ».Pour la majorité des Israéliens, Gaza n’est pas un lieu, encore moins un million et demi d’êtres humains, mais une « entité », une « entité terroriste ».Quand on bombarde une entité, terroriste de surcroît, on n’a pas d’états d’âme ni de problèmes de conscience.Certains, comme la regrettée Tanya Reinhardt, avaient su le prédire : quand on accepte d’assiéger pendant des années un million et demi de personnes et de leur faire subir un « régime alimentaire sévère », fait de malnutrition, d’épidémies et d’eau polluée, on passe tôt ou tard au massacre.L’histoire relativement récente du Ghetto de Varsovie est là pour nous le rappeler.Mais au-delà de ce que signifie « Gaza » pour l’Israélien moyen, il y a en plus un contexte politique que nous n’avons pas cessé de décrypter : celui de la guerre globale permanente et préventive contre le terrorisme, devenue guerre contre le terrorisme islamique, devenue, pour les néoconservateurs, guerre contre l’Islam, lui-même identifié au terrorisme.Israël se considère investi d’une mission civilisatrice : protéger le monde libre (judéo-chrétien) du danger que représente le monde musulman, par une guerre préventive permanente.Pour les néoconservateurs israéliens et nord-américains, Gaza, c’est le Hamas, c’est l’Islam, et en tant que telle, Gaza doit être éradiquée.Voici le sens du carnage de janvier 2009 et sa signification globale.David Homel Parlez-vous une langue morte?L’écologie remarque que parmi les choses de ce monde en voie de disparition, on trouve aussi des langues.Des quelque 10 000 langues répertoriées, 4 000 ont disparu, et à la fin du siècle, deux tiers de celles-là seront choses du passé.Comment décider qu’une langue a disparu ou non?C’est son statut d’outil de communication qui détermine si elle vit réellement.Qu’on refasse vivre quelques chants de la langue huronne dans la région de Québec pour des cérémonies, c’est bien, mais le huron n’en reste pas moins une langue morte.D’ailleurs, plusieurs langues autochtones de l’est du Canada ont subi le même sort.À l’arrivée de Jacques Cartier, des gens parlaient l’iroquois du Saint-Laurent; aujourd’hui leur langue n’existe plus.L’abénaquis est également lourdement menacé, et risque de rejoindre la liste des dizaines de langues autochtones du continent disparues, du béothuk (Terre-Neuve) à l’ishi (Californie).Un de ceux qui surveillent cette triste évolution vit en banlieue de Montréal.Dans sa jeunesse en Saskatchewan, Mark Abley voyait comment le français perdait sa vitalité dans cette région.Le français, menacé de disparition partout au Canada?« C’est un non-sens, dit-il, puisque des instances gouvernementales appuient cette langue.» Dans son livre paru aux Éditions du Boréal, Parlez-vous boro?, Mark Abley raconte le sort de plusieurs langues.Il y a, par exemple, le curieux cas du yiddish, une sorte de lingua franca des Juifs de l’Europe de l’Est, disparu après la Deuxième Guerre mondiale.pas tout à fait.Si vous vous promenez dans les rues d’Outremont et du Mile-End à Montréal, vous serez témoin de la résurrection d’une langue morte.J'ai posé la question clef à ce croque-mort des langues : pourquoi une langue disparaît-elle?Génocide, peste, guerre ou migration?La réponse est plus subtile, selon Mark Abley, et plus surprenante, car elle ne dépend pas de l’existence d’un État.Voici son principal argument pour expliquer la disparition d’une langue : lorsque ceux qui la parlent sont convaincus qu’elle est sans valeur, inutile, ou encore pire, une honte, un fardeau, un empêchement au succès et à la vie moderne.Prenons le cas des Cajuns (les francophones) de la Louisiane.En voyage dans l’arrière-pays de cet État américain à la fin des années 1990, j’ai rencontré des francophones qui parlaient à peine le français.Ils racontaient tous la même histoire.À l’école, l’institutrice leur donnait des claques s’ils parlaient cette langue interdite.L’exemple des Odanak du Québec est similaire : leur parler natal était interdit.Les jeunes apprennent à avoir honte : de leur langue, d’eux-mêmes, d'être ce qu’ils sont.De cette manière, la ligne de transmission de la langue vers les jeunes générations est brisée et l’avenir de la langue est menacé.Ceci me rappelle mes parents yiddishophones.Ils étaient capables d’affirmer, en yiddish, qu’ils ne parlaient pas cette langue! Le yiddish rappelait l’immigration, l’exclusion, il sentait la mort, s’en débarrasser était le passeport vers la modernité.Quel a été leur choc d’arriver sur l’avenue Bernard à Outremont un jour d’été et d’entendre des hordes de yiddishophones parler cette langue à pleins poumons.« Mais c’est du folklore! » s’exclama ma mère avec désapprobation.Rattrapée par le passé en pleine Amérique, elle n'en était pas contente.Dans son livre, Mark Abley discute d’un sujet délicat : peut-on faire revivre une langue lorsqu’elle n’est plus un véritable outil de communication?On a vu des campagnes semblables dans le sud de la France, dans le cas du provençal et de l'occitan, souvent servies à la sauce touristique.Le sujet est délicat, car ces tentatives sont souvent colorées d’une approche passéiste, avec une tendance à la pureté de la tribu qui frise parfois le fascisme.Dans notre quotidien, nous pourrions appliquer l’argument de Mark Abley : notre langue maternelle, avons-nous honte d’elle?Avons-nous honte de ce que nous sommes?À vous d’y répondre.ALTERNATIVES DIRECTEUR GÉNÉRAL: Michel Lambert RESPONSABLE DE L'INFORMATION : Emmanuel Martinez MONTRÉAL - 3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 Tél.: (514) 982-6606 Fax : (514) 982-6122 QUÉBEC - 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec (Québec) GiK 1K2 Tél.: (418) 521-4000 Fax : (418) 521-4000 Courriel : commentaireslglalternatives.ca • Site Internet : www.alternatives.ca Ce journal est produit par Alternatives, réseau d'action et de communication pour le développement international, en partie grâce à l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).Le contenu n'engage en rien ce dernier organisme.Tirage : 50 000 exemplaires.Le journal Alternatives est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l’édition du 25 mars 2009 du quotidien Le Devoir.La reproduction des textes est autorisée.Veuillez mentionner la source.Les points de vue exprimés par les auteurs n'engagent que ceux-ci, COORDINATION ET RÉDACTION : Emmanuel Martinez - COMITÉ DE RÉDACTION : Alain Ambrosi, Pierre Beaudet, Stéphan Corriveau, France-Isabelle Langlois, François L'Écuyer, Denis McCready, Nachammai Raman, Alexandre Touchette - CHRONIQUES : Normand Baillargeon, Pierre Beaudet, Francis Dupuis-Déri, David Homel, Naomi Klein, Judy Rebick et Michel Warschawski - RÉVISION ET CORRECTION DES TEXTES : Gilles McMillan - INFOGRAPHIE : Brigitte Beaudet - CARICATURE : Boris teSÇMFMTS, 5i JW ON (Vtiseic > VOdSVOUU&p, C'&T L'fi&TiAEftee/ Afôrewz-'toot ne Toine geùéioti. fî K iV *.vf# I yc;.t • Opinion Derrière le G20, c’est toujours le G8 qui mène! GUSTAVE MASSIAH Le G20 se réunit le 2 avril à Londres pour discuter de notre sort et de celui du monde.Pourra-t-il sauver la planète des effets de la crise?Ce n’est pas vraiment à son ordre du jour.On se serait attendu à ce qu’il s’occupe, par exemple, de la redistribution des richesses, des taxes sur les transactions financières et des écotaxes sur le CO2 et des normes sociales.Il va surtout discuter de la crise financière, un peu de la crise économique et probablement de la crise monétaire.Il va renvoyer les questions commerciales à l’Organisation mondiale du commerce et les questions environnementales à la rencontre de Copenhague.En vue du sommet de Londres, on peut partager les pays du G20 en trois groupes.Les uns, plutôt anglo-saxons, derrière la Grande-Bretagne, pensent qu’il ne faut discuter que des programmes de relance et que la refondation du système international n’est pas prioritaire.Il est donc urgent d’attendre et de ne pas heurter plus que nécessaire les grands intérêts.Le néolibéralisme est suspendu, mais il reste la référence.La position des États-Unis va plutôt dans ce sens, bien que la nouvelle administration, qui n’est pas encore complète, peut réserver des surprises.Les conseillers d’Obama font dire que ce G20 arrive trop tôt.Les autres, plutôt des Européens du continent, prennent, au moins en paroles, pour la régulation et la réforme du système financier international.Ils proposent une liste noire renforcée des paradis fiscaux et judiciaires.Mais la France, qui se veut là-dessus à la pointe, du moins dans ses déclarations, s’est bien gardée de conditionner son aide aux banques à l’arrêt de ces pratiques, contrairement à l’administration états-unienne, qui s’est attaquée au secret bancaire suisse.La recapitalisation du Fonds monétaire international, qui coûtera quelques centaines de milliards, ne se traduira même pas par une réforme consistante de cette institution.Même le principe de double majorité pour la prise de décision est passé aux oubliettes.Cette formule, soutenue par la France qui s’est par la suite rétractée, postulait qu’il fallait non seulement obtenir l’assentiment des pays qui détiennent au moins la moitié du capital, mais aussi l’aval d’une majorité de pays membres du FMI.Les troisièmes, les pays émergents, nouveaux invités à la table, indiquent, à juste titre, qu’ils ne sont pas responsables de la crise et que les pays du G8 n’ont qu’à assumer les mesures nécessaires.Ils sont soucieux que ces mesures ne viennent pas assécher leurs économies.Ce G20 est certes plus présentable que le G 8 puisque les 20 pays représentent les deux tiers de la population mondiale.Mais dans la mesure où il s'avère un directoire autoproclamé, il reste illégitime.Et son évolution depuis sa création en 1999 n’est pas convaincante.Elle rappelle qu’en 1977, le précurseur du G8 avait créé la crise de la dette en appelant les pays pétroliers à recycler les pétrodollars et les banques à leur prêter sans trop regarder.Il avait ainsi cassé le front des pays du Sud construit à Bandoeng, en ralliant les pétroliers contre les plus pauvres.Le G8 tente aujourd’hui le même coup avec les pays émergents.Et leur suivisme dans les propositions mises au point par les Occidentaux laisse craindre le pire.Le G20 est pour l’instant un camouflage du G8, qui reste toujours aussi illégitime.En fait, c’est toujours le G8 qui mène la parade.Plutôt le G7 d’ailleurs, la Russie ne faisant toujours pas pleinement partie de la famille.Pour les autres, prompts à mettre en avant leurs valeurs communes, ils ont beau se présenter comme le club des démocraties industrielles, c’est l’étiquette des plus riches qui leur colle toujours à la peau.C’est leur position dominante, appuyée sur la suprématie militaire qui les unit dans la prétention à décider pour le monde.Ce qu’ils ont en commun, c’est leur passé, non vraiment dépassé, de puissances coloniales.Les pays pauvres et les pauvres des pays riches ne font pas partie de leurs préoccupations.Il reste donc les Nations unies! Certes contestables, et malgré tous leurs défauts, les Nations unies, même sans attendre une indispensable réforme radicale, restent supérieures à tous les directoires.L’auteur est président du Centre de recherche et d’information pour le développement, basé à Paris, et membre du conseil de gouvernance d’Alternatives International.- 4 •" Vous êtes immigrant et vous cherchez du TRAVAIL i T - ‘ Nous pouvons vous aider.C’est gratuit!!! • Placement en emploi • Rédaction de CV et de lettres de motivation • Aide individuelle à la recherche d’emploi et suivi personnalisé NATIVES, CA fil;; Trois façons de poser un geste concret pour Alternatives 1.Je veux m’abonner au journal Æternatires ?25 $ pour recevoir le journal Alternatives (10 numéros par année).^ pour un monde différent 2.Je désire être membre Cotisation annuelle ; ?36 $ (cotisation normale) ?15 $ (sans-emploi ou étudiant) ?60 $ (membre de soutien) Tous nos membres reçoivent gratuitement le journal Alternatives et bénéficient d’autres avantages.3.Je veux faire un don J’appuie financièrement le travail de solidarité internationale d’Alternatives.Veuillez cocher votre choix : ?1 ?2 ?3 Voici un montant de : $ Mode de paiement : ?chèque ?Visa ?Mastercard ?American Express No de la carte : Date d’expiration : Signature : Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal ; Téléphone : ( ) Courriel : Faites parvenir votre contribution et/ou ce formulaire à l’adresse suivante ; Alternatives 3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 Pour en savoir plus : s 514-982-6606 1 Un reçu d'impôt sera émis pour tout montant de 15 $ et plus No d’enregistrement : 1411 69086 RR0001 www.alternatives.ca 5 t National J JOURNAL ALTERNATIVES • AVRIL 2009 5 Pendant les poursuites, le pillage canadien de l’Afrique se poursuit Il y a un an, le livre Noir Canada créait des remous en exposant les pratiques des compagnies minières canadiennes en Afrique.Les auteurs de ce livre ainsi que leur éditeur, Ecosociété, sont poursuivis en justice par Barrick Gold et Banro Corporation qui leur réclament des millions et leur imposent de très lourdes procédures judiciaires.Mais sur le terrain, l’exploitation continue.DELPHINE ABADIE, ALAIN DENEAULT ET WILLIAM SACHER f ,.4 3j* '> En janvier, le gouvernement norvégien décidait d’exclure la minière Barrick Gold de son fonds d’investissement souverain, estimant que les activités de la minière en Papouasie-Nouvelle-Guinée « comportaient des risques inacceptables de dommages considérables et irréversibles pour l’environnement ».Malgré ce coup de semonce, l’exploitation controversée de l'Afrique par les sociétés canadiennes se poursuit.Là-bas, si on se fonde sur le bilan des allégations qui pèsent sur les multinationales canadiennes, les dégâts environnementaux dont parle le gouvernement norvégien font figure de pis-aller : expropriations sanglantes, évasion fiscale, corruption, financement de conflits armés.Le peu d’empressement du gouvernement canadien à contrôler les entreprises enregistrées sur son sol et le volume toujours croissant des investissements sur le continent noir laissent entrevoir le pire pour les populations africaines.En 2007, dans le seul domaine minier, la valeur des actifs canadiens s’élevait à 14,7 milliards de dollars répartis dans 35 pays.En septembre 2008, les prévisions atteignaient 21 milliards pour 2010.Et même si la crise économique actuelle pousse de nombreuses entreprises à cesser temporairement leurs activités, d'autres secteurs, comme celui de l’or, ont le vent en poupe.Un Congo aux veines intarissables Rien que dans l’immense République démocratique du Congo (RDC), les possessions canadiennes sont estimées à 2,5 milliards de dollars.Les sociétés minières enregistrées ici ont su multiplier leurs actifs dans ce pays depuis la rébellion de Laurent-Désiré Kabila en 1996, que nombre d’entre elles ont financée et encadrée.Au cours des guerres qui ont suivi, entre 1997 et 2003, les minières canadiennes telles Kinross Gold, Emaxon, Banro, Lundin Mining, First Quantum Minerais et l’AMFI ont signé des contrats qualifiés de léonins avec les pouvoirs en place.Les financements consentis par les sociétés minières représentaient des montants dérisoires en regard de la richesse des concessions minières obtenues en échange.En 12 ans de guerre, le commerce des minerais a financé l’effort de guerre de factions armées qui se livrent à des exactions (déplacements massifs, massacres, viols utilisés comme arme de guerre, enrôlement d’enfants-soldats) dans le but de protéger les gisements qu’ils contrôlent ou de s’en approprier de nouveau.Derrière les groupes armés de la région se dessinent des intérêts qui dépassent largement le cadre ethnique ou local.Le dernier rapport d’experts de l’ONU de décembre 2008 établit clairement le lien entre l’exploitation de la cassité-rite, de la wolframite et du coltan et les conflits de l’automne.Il révèle que ces minerais, utilisés de manière intensive dans l’aéronautique, les ordinateurs et les téléphones portables, sont exportés par des compagnies occidentales dont certaines sont basées au Canada.Dans un rapport précédent, plusieurs entreprises minières canadiennes avaient déjà été épinglées par le groupe d’experts de l’ONU sur le pillage des ressources de la région.Ce rapport soulignait que « les gouvernements dont la juridiction s’exerce sur ces entreprises se rendent coupables de complicité en ne prenant pas les mesures correctives nécessaires ».En 2006, une commission parlementaire congolaise révélait l’ampleur de ces scandales financiers.Depuis, sous la pression de l’opinion internationale, plusieurs commissions censées revoir les contrats miniers ont été mises sur pied.Le processus a été qualifié de lent et opaque par une coalition internationale de grandes ONG.Du côté des sociétés minières, même si Emaxon a finalement perdu son monopole sur la commercialisation des diamants, non sans contreparties, d’autres ont su conserver leurs « biens mal acquis ».Ainsi, selon l’ONG sud-africaine SARW, Banro Corp.continuerait de bénéficier « indûment des avantages jiscaux et douaniers de la convention minière » alors que ne vaudrait plus l’entente de partenariat entre elle et l’État conclue en 2002.Le contrat liant Anvil Mining à l’État congolais pour l’exploitation du site de Dikulushi a quant à lui été reconduit en janvier en maintenant « des avantages jiscaux et douaniers exorbitants » obtenus lors de la première convention signée en 1998.En février 2008, le patron de l’entreprise d’État congolaise Gécamines, le Canadien Paul Fortin, déclarait en entrevue que « ceux qui ont fait des affaires au Congo, rassurez-vous, n'ont pas perdu d’argent jusqu’à présent ».Si cette affirmation est de nature à tranquilliser les investisseurs étrangers, on entend clairement ce qu’elle signifie pour le bien commun des Congolais.PHOTO : FLICKR / JULIEN HARNEIS Lobbying canadien en Tanzanie En Tanzanie, le Canada s’avère le principal investisseur étranger.Les canadiennes Barrick Gold et Tanzania Royalty Exploration Corporation contrôlent 50 % des projets aurifères du pays.Chargée par le président tanzanien de « revoir les contrats miniers et de recommander des mesures correctrices », la commission présidée par le juge Bomani a publié son rapport en septembre dernier.Elle a révélé que la procédure suivie par les compagnies minières est de collaborer avec les leaders locaux sans consulter les populations qui seront déplacées à la suite de l’installation de la mine.Ces populations ne touchent généralement pas les compensations prévues par la loi, et la commission fait état de cas de corruption des leaders locaux par le secteur minier.Comme le message n’a guère plu au secteur minier, des officiels canadiens sur place se sont chargés des relations publiques.En juillet 2008, le journal tanzanien This Day révélait que le Haut commissaire canadien en Tanzanie, Janet Siddall et d’autres fonctionnaires exerçaient « une pression intense sur les mem- bres du Parlement au sujet de leurs positions concernant les résultats du rapport de la Commission Bomani ».Depuis 1996 et l’expropriation massive de Bulyanhulu, au cours de laquelle des mineurs artisanaux auraient été enterrés vifs, - des allégations dont le gouvernement norvégien a également fait état - les réflexes d’ingérence du gouvernement canadien dans les affaires tanzaniennes ne semblent guère avoir changé.À l’époque, le Haut commissaire était également intervenu auprès du gouvernement tanzanien pour le convaincre de se charger lui-même de l’expropriation des mineurs artisanaux déclarés « illégaux ».En mars 2008, un autre document intitulé A Golden Oppportunity, réalisé sous l’égide d’une coalition d’organisations religieuses tanzaniennes et norvégiennes, rapportait que le secteur aurifère a pour habitude de sous déclarer ses profits et de pratiquer l’évasion fiscale, ce qui aurait fait perdre à l’État tanzanien 400 millions de dollars en moins de dix ans.Durant cette même période, 400 000 mineurs artisanaux auraient été réduits au chômage.Il arrive parfois que des compagnies minières accaparent des gisements exploités par des mineurs artisanaux, ce qui engendre des conflits, puisque cela les prive de leur source de revenus.Ici, un mineur artisanal de Kailo, en RDC, extrait de la cassitérite et de la wolframite pour survivre.Au Canada, le débat est jugulé Au Parlement, le Bloc québécois et le NPD se mobilisent pour que le gouvernement conservateur encadre minimalement l’industrie minière canadienne.Une demande mainte fois exprimée par de nombreuses ONG.Malheureusement, les poursuites-bâillons dont sont victimes les auteurs de Noir Canada et la maison d’édition Ecosociété sont de nature à museler toute réflexion critique sur ces enjeux.À l’instar du gouvernement norvégien, l’heure est venue pour Ottawa de faire la lumière sur les innombrables allégations d’abus attribuées aux sociétés minières canadiennes en Afrique et ailleurs sur la planète.Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher sont les auteurs de Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique.RDC SUITE DE LA UNE 'OUGANDA NORD K MJ l République démocratique du Congo SUDKIVU épauler la mission des Nations unies pour le Congo et à renforcer la protection des populations civiles.Du côté africain, les pays amis comme l’Angola hésitaient également à s'engager aux côtés d’une armée congolaise défaillante et peu fiable.Si le pouvoir de Kinshasa était tragiquement seul et en proie à une déstabilisation, la situation du Rwanda était également inquiétante.Au vu d’un rapport d’experts de l’ONU mettant en avant les soutiens dont Nkunda bénéficiait au Rwanda, plusieurs pays européens (Pays-Bas, Norvège, Suède) avaient menacé de suspendre leur coopération avec Kigali et même de bloquer l’aide européenne.De plus, Laurent Nkunda ternissait non seulement l’image générale du Rwanda, mais il était en train de devenir très populaire parmi les Tutsis francophones, qu’il agitait contre les anciens réfugiés Tutsis anglophones venus d’Ouganda.Un autre élément de taille venait faire pression : les deux capitales avaient reçu des messages insistants émanant du président élu américain : Barack Obama en personne les pressait de trouver un terrain d'entente, de mettre fin au calvaire du Kivu et de régler la question des rebelles hutus.Les premiers contacts très discrets se nouèrent en décembre.Le chef d’état-major rwandais Kabarebe se rendit à Kinshasa, le général John Numbi fit le voyage à Kigali.Dans le plus grand secret se prépara une opération qui, en janvier, prit tout le monde par surprise, en premier lieu les représentants de la Mission de l’ONU en RDC (MONUC).Jusqu’au 28 février, les militaires des deux pays ratissèrent le Nord Kivu, démantelant les positions des Hutus du FDLR, anéantissant leur réseau de communications.Plusieurs milliers de retours au Rwanda furent enregistrés.Mais surtout, Laurent Nkunda fut mis hors course, séquestré au Rwanda, tandis que son chef d’état-major, Bosco Ntaganda, s’employait à réintégrer l’armée nationale et à y organiser la fusion de ses troupes avec les forces armées congolaises.Cette collaboration du général Bosco Ntaganda avec les autorités de Kinshasa provoqua l’indignation des organisations de défense des droits humains qui rappelèrent que ce chef de guerre faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale : elles réclamèrent son arrestation immédiate.Une requête qui fut repoussée par le président congolais qui déclara en substance qu’entre la paix, la sécurité des populations et la Les deux capitales avaient reçu des messages insistants émanant du président élu américain : Barack Obama en personne les pressait de trouver un terrain d’entente justice internationale, il préférait faire attendre cette dernière.En quelques jours, le mouvement rebelle, qui avait déjà commencé à établir des administrations parallèles dans le territoire qu’il contrôlait, fut mis hors course, l’autorité de l’État congolais se rétablit sur l’ensemble de la province, symbolisée par le fait que c’est à Goma, une ville qui avait failli tomber aux mains de Nkunda, que le président Kabila présida le conseil des ministres.Depuis, les diplomates ont été surpris de constater que les relations se sont réchauffées entre les deux pays, que des échanges d’ambassadeurs et de consuls sont prévus.Sur le plan économique, tout se passe comme si le Rwanda, qui veut désormais apparaître comme un champion de la bonne gouvernance (et qui tire de cette réputation des bénéfices considérables) avait estimé qu’il avait plus à gagner à nouer des relations mutuellement profitables avec la RDC (entre autres dans le cadre de la Communauté économique des pays des Grands Lacs) qu’à soutenir des intérêts mafieux et incontrôlés.La pacification entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, si elle se confirme, représente certainement la meilleure nouvelle enregistrée dans la région depuis quinze ans, car elle est le gage d’une paix durable, la garantie de la sécurisation des populations civiles et du retour des déplacés qui sont plus d’un million au Nord Kivu.La page sanglante ouverte par le génocide de 1994 au Rwanda serait-elle enfin sur le point de se tourner pour faire place à une autre histoire, celle du développement de l’une des régions les plus riches et les plus dynamiques d’Afrique?Colette Braeckman est journaliste au Soir de Bruxelles.Elle vient de publier Congo, vers la deuxième indépendance aux éditions Le Cri, qu’on peut commander sur le site www.lecri.be) La Semaine du Millième! Afin de marquer la participation de mille stagiaires en solidarité internationale au sein de son organisation, Alternatives organise une série d’événements du 11 au 15 mai 2009 : • Conférence sur l'importance des stages et de la coopération internationale - Lieu et date à confirmer • Soirée vidéo sur le développement international Mercredi 13 mai - En collaboration avec Parole citoyenne au Café Romolo, 272 rue Bernard 0.• Soirée festive avec le groupe Bambara Trans Vendredi 15 mai au théâtre Plaza, 6505, rue Saint-Hubert Un excellent moment pour les ex-stagiaires d'Alternatives de se retrouver, et pour les autres de s’amuser! Depuis 15 ans, Alternatives élabore des stages en collaboration avec ses partenaires étrangers, afin de développer des relations plus égalitaires entre le Nord et le Sud.Alternatives www.1000stagiaires.com 6 JOURNAL ALTERNATIVES .AVRIL 2009 Cu LTURE LIVRES Qui aide qui?Une brève histoire de la solidarité internationale au Québec Pierre Beaudet, Boréal, Montréal, 2009, 208 pages.La coopération internationale ne date pas d’hier au Québec, puisque les Canadiens français constituaient une pépinière de missionnaires pour l'Église au 19e siècle.Dans son ouvrage destiné au grand public, Pierre Beaudet suit l’évolution de cette « coopération internationale » de ses débuts à aujourd’hui, tout en montrant très bien le contexte géopolitique qui la façonne.Il explique, par exemple, comment la décolonisation et la guerre froide après la Deuxième Guerre mondiale ont favorisé l’expansion de l’aide internationale, afin que l’Occident puisse conserver dans son orbite les pays du Sud.Dans les années i960, les budgets pour l’aide publique au développement explosent.L’Agence canadienne de développement internationale (ACDI) naît en 1967.Au Québec, l’apparition de nombreuses ONG, laïques ou chrétiennes, témoigne de l’effervescence de la société civile.Les années 1980 marquent un grand virage avec la montée du néolibéralisme : déclin des budgets, alignement d’Ottawa sur les orientations idéologiques du Fonds monétaire international (qui ont comme conséquence désastreuse de forcer les pays du Sud à sabrer les budgets en santé et en éducation, à se tourner vers l’exportation et à privatiser leurs économies).Sous Mulroney, l’aide conditionnelle devient une ligne directrice.Les années 1990 sont encore plus noires.La lutte au déficit fait en sorte que l’aide publique au développement atteint le fond du baril : 0,20 % du PNB, la même proportion qu’en 1963.Le 11 septembre 2001 constitue un autre tournant : la sécurité devient un critère d’aide et une importante proportion des sommes en développement est dépensée par l’armée canadienne.Fort de 30 années d’expérience en coopération internationale, l’auteur affirme avec justesse que seule une aide orientée vers les besoins du Sud et affranchie des impératifs économiques et politiques du Nord peut donner des résultats.En d’autres mots, pour que les choses changent au Sud, elles doivent aussi changer ici.Mais rien ne bougera si aucune pression n’est exercée sur ceux qui dirigent.Par conséquent, le rôle politique des ONG et des autres acteurs de la société civile doit s’exercer aussi bien au Nord qu’au Sud.Pierre Beaudet se réjouit de la montée de l’altermondialisme qui, justement, tisse des solidarités et conteste les pratiques des pays riches.Mais il se désole du manque de volonté des pays dominants qui choisissent de s'aider plutôt que d’aider.Citant Gramsci, l’auteur décrit ainsi son état d’esprit qui navigue entre « le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme de la volonté ».Emmanuel Martinez THEATRE Le bruit des os qui craquent À Montréal, au Théâtre d’Aujourd'hui, à partir du 31 mars.JH FRANÇOIS-XAVIER GAUDREAU La pièce raconte la fuite de deux enfants-soldats.La mise en scène de Gervais Gaudreault situe l'action dans deux espaces-temps différents.D’un côté, Elikia et Joseph fuient le camp des rebelles dans la forêt.De l’autre, Angelina, l’infirmière, témoigne de la réalité des enfants-soldats devant une commission.De rigoureuses recherches sur le sujet ont conduit l’auteure à passer cinq semaines en République démocratique du Congo en 2006.Suzanne Lebeau a rencontré Amisi et Yaoudé à l’Espace Masala, un centre de solidarité pour les enfants-soldats situé à Kinshasa.Elle s’inspire de leurs récits pour créer les personnages fictifs d'Elikia et de Joseph, leur fuite dans la forêt, les horreurs vécues par la guerre et aussi leur grande force morale.La structure de la pièce permet de raconter cette histoire selon un regard intérieur et extérieur : celui des enfants qui subissent la guerre et celui d’un adulte qui essaie de comprendre la guerre et de la raconter.Tout comme le personnage de l'infirmière, Suzanne Lebeau a besoin de savoir pour dénoncer.« J’ai besoin d’essayer de comprendre comment des adultes peuvent prendre des enfants et les armer.» Dans une optique où « le théâtre n'a pas à être plus réel que le réel », Gervais Gaudreault a conçu une mise en scène sobre qui mise davantage sur l’ambiance et la création d’atmosphères.« Tout l’univers est en blanc, noir et gris, il n’y a pas la couleur.» Étant donné que la fuite des enfants se déroule dans le passé, l’espace-temps qui leur est réservé représente davantage « la réminiscence, l’histoire qui resurgit, les fantômes qui ressortent ».Suzanne Lebeau a eu l’idée d’écrire Le bruit des os qui craquent après avoir visionné un documentaire sur les enfants-soldats.Avec Gervais Gaudreault, cofondateur de la compagnie de théâtre Le Carrousel, elle nous présente une histoire qui pourrait être celle vécue par les 250 000 enfants-soldats répartis à travers le monde.Hélène Robitaille-Hidalgo E X P O S I T Afriques Nouvelles Images Congo Eza au Cinéma du Parc du 3 au 30 avril.Photos de Philippe Koudjina à l’ONF (rue Saint-Denis) du 9 au 30 avril.Afriques Nouvelles Images organise deux expositions de photos sur l’Afrique en avril à Montréal.L’expo Congo Eza présente 25 photographes de la République démocratique du Congo qui tentent de saisir l’âme de leur vaste pays, que ce soit par des photos de mariages, de funérailles, à l’école ou dans la rue.Les images, regroupées en huit thèmes, sont accompagnées de textes de quatre écrivains de Kinshasa et de Lubumbashi La seconde exposition nous amène au Niger.Elle nous fait connaître Philippe Koudjina, celui qui fut, dans les années i960, le photographe vedette des nuits de Niamey, la capitale nigérienne, mais aussi des gens ordinaires, il connaît alors son heure de gloire.Plusieurs expositions et publications lui ont été consacrées par le passé.Son destin est quelque peu tragique, puisque ce photographe a été marginalisé en raison d’ennuis de santé et de l'arrivée des laboratoires de développement de photos.Aujourd’hui, Philippe Koudjina vit dans la misère à Niamey.Les tirages de cette exposition seront mis en vente et les recettes lui seront envoyées.Deux documentaires seront présentés le 18 avril dans le cadre de cette exposition.Le premier portera sur Philippe Koudjina, le second sur le portraitiste malien Malick Sidibé.Emmanuel Martinez O N ROBERT CIRIMBA Exposition d’art contemporain autochtone à Montréal Hochelaga revisité : Montréal, terre amérindienne INSTALLATION JASON BAERG HBBK J Hochelaga.Peu d’entre nous s’en souviennent, mais c’est le nom qu’a porté l’île de Montréal pendant des siècles.Réunies jusqu’à la fin avril au MAI, les œuvres de six artistes autochtones canadiens tentent de faire le pont entre l’histoire occultée d’Hochelaga, terre des Iroquois du Saint-Laurent, et le Montréal contemporain.AMÉLIE TENDLAND Des premiers voyages de Cartier il y a près de 500 ans à aujourd’hui, que reste-t-il de la présence autochtone à Montréal?Avec Hochelaga revisité, textes, tableaux, vidéos et photographies se penchent sur la marginalisation et le manque de reconnaissance que subit la communauté autochtone dans la métropole québécoise.L’idée de cette exposition, où l’île de Montréal est abordée comme une terre conquise par les Européens aux dépens PHOTO MARTIN LOFT des Premières nations, a germé dans la tête du commissaire de l’exposition, Ryan Rice, pendant quelques années.Mohawk de Kahnawake, l’artiste explique que l’idée lui est d’abord venue à la suite des nombreux événements artistiques autochtones ou métis auxquels il a participé avec succès ailleurs au pays.Montréal en retard « Si vous portez attention à ce qui se fait dans les musées et les galeries d'art dans le reste du Canada, vous vous apercevez que Montréal et le Québec connaissent un important retard.Avec cette exposition, j’ai voulu redresser la situation.» L’artiste mohawk cite en exemple le cas d’une récente exposition du Musée d’art contemporain de Montréal consacrée aux jeunes artistes émergents : aucune oeuvre d’artistes autochtones n’y était présentée.M.Rice déplore que le Musée n’ait jamais acquis d’œuvre d’art amérindien : « Pourtant, ij Premières nations sont présentes au Québec et plus de 65 000 autochtones vivent à Montréal.» À partir de ce constat, Rice a eu l’idée de présenter l’île comme un espace occupé, où la présence ancestrale des Iroquois aurait soudainement disparu après le passage de Cartier à la fin du 16e siècle.Selon l’artiste, les échanges entre Européens et Amérindiens qui ont perduré pendant des siècles, le commerce de fourrures ou la Grande Paix de 1701, ont été complètement évacués de la mémoire de l’île.L’histoire montréalaise est à son avis amnésique.« Avec cette exposition, je veux faire prendre conscience aux gens de la présence des autochtones, de leur histoire et de leur art contemporain.S'ils ont été complètement occultés des livres d’histoire et de la mémoire actuelle des habitants de Pile, ils n’en sont pas moins vivants et constants depuis l’arrivée de Cartier.» Séjour d’artistes à Montréal Pour réaliser ce projet, M.Rice a réuni six artistes autochtones renommés qui possèdent tous un point en commun : ils ont tous, au cours de leur parcours, résidé un certain temps dans la métropole.Les œuvres présentées reflètent leur expérience montréalaise à la fois en tant qu’artiste et en tant qu’autochtone.Leur histoire personnelle s’inscrit ici dans la grande histoire amérindienne.« Je voulais connaître quelle place a joué Montréal dans leur vie, dans leur carrière.Je voulais savoir pourquoi ils n’y sont pas restés », explique l’organisateur de l’exposition.Lori Blondeau est une artiste de performance crie de Saskatoon, internationalement reconnue.Jason Baerg, artiste d’arts visuels métis, a pour sa part récemment gagné le prix de l’artiste émergent de l’année en Ontario.Cathy Mattes est écrivaine métisse et commissaire indépendante à Winnipeg, alors qu’Ariel Lightningchild Smith a vu ses vidéos récompensées par de nombreux prix dans plusieurs festivals.Martin Loft est un photographe mohawk, qui fut actif au début des années 1980 avec la National Native Photographers Association.Enfin, Nadia Myre, artiste multidisciplinaire algonquine, expose ses œuvres à travers toute l’Amérique du Nord.Les visiteurs découvriront notamment une vidéo expérimentale de Lightningchild Smith sur les diverses formes de conquête, une œuvre abstraite de grand format de Baerg représentant une carte de Montréal, ainsi que des portraits d’Amérindiens montréalais réalisés par Martin Loft.Table ronde et séance vidéo À noter que le documentaire en anglais Qallunajatut (Urban Inuk), réalisé en 2005 par Jobie Weetaluktuk, sera présenté le 25 mars à 18 heures.La projection du documentaire relatant le périple estival de trois Inuits dans la jungle montréalaise sera suivie d’une conversation bilingue avec le réalisateur.Une table ronde en anglais est également prévue le 2 avril.Animée par le commissaire Ryan Rice, on y abordera la représentation autochtone à Montréal.Des intervenants des milieux artistique et communautaire seront sur place.HOCHELAGA REVIS1TÉE se déroule jusqu’au 25 avril au MAI, 3680, rue Jeanne-Mance à Montréal.Alternatives en action en Irak Alternatives appuie plusieurs groupes de la société civile irakienne et a favorisé la création du principal réseau d’organisations progressistes dans ce pays : le Iraqi Democratic Future Network (IDFN).r~v> X 1 1 IPI Ce réseau travaille à renforcer les droits humains, à promouvoir la non-violence, à favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes et à assurer le respect des minorités.L’an dernier, l’IDFN a obtenu des résultats intéressants avec une importante campagne concernant les veuves irakiennes.Démunies, ces femmes sont maintenant plus facilement éligibles à une pension de l’État, qui a aussi été augmentée.Donnez généreusement! Alternatives a besoin de votre aide pour réaliser ses projets de coopération internationale.Pour faire un don, envoyez votre chèque ou vos informations de carte de crédit à notre adresse.Vous pouvez aussi contribuer en nous appelant ou en visitant notre site web.3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 514 982 6606 ou www.alternatives.ca Alternatives pour un monde différent
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