Le devoir, 7 mars 2009, Cahier E
E T I) I M A N (' Il E « M A K S 2 0 0 !» CO m*.¦un , mu ¦ mM J» JET uinVi!i% SK.g .0 — *»« iiiplui lr cxn c 4956 0990 1994 9922 L K I) K V 0 i H .L K S S A M EDI 7 E T I) 1 M A N C H E H MARS 2 0 0 9 CINEMA Tordu mais cool SOURCE EQUINOX FILMS Pascal Elbe et Lambert Wilson dans Comme les autres Les enfants du conformisme COMME LES AUTRES Réalisation et scénario: Vincent Garenq.Avec Lambert Wilson, Pilar Lopez de Ayala, Pascal Elbé, Anne Brochet Image: Jean-Claude Larrieu.Montage: Dorian Ri-gal-Ansous.Musique: 1 aurent Lévesque et Loik Dury.France, 2008,93 min.ANDRÉ LAVOIE Faire «comme les autres», voilà qui est bien rassurant.dans la vie.Au cinéma, c’est une autre affaire, et à vouloir, justement, célébrer la normalité, on finit par s’y confondre.Vincent Garenq semble manipuler une bombe à retardement dans Comme les autres.Cette comédie pas très pétillante aborde la question de l’homoparentalité, un sujet visiblement sensible en France à en juger par les têtes d’enterrement que font les personnages secondaires lorsque le héros du film, interprété par Lambert Wilson, fait part de son désir de paternité.Même le fait qu’il soit un pédiatre dévoué ne diminue en rien leur désarroi.Ce besoin pressant provoque une grave rupture avec son conjoint Philippe (Pascal Elbé, avec l’air de celui qui voudrait se voir ailleurs), et c’est grâce à la généreuse (et intéressée) complicité d’une jeune immigrante illégale originaire d’Argentine, Fina (l’actrice espagnole Pilar brpez de Ayala), que Manu (Wilson) va Prix animé RNC MEDIA ,a ’>'"a enAbitibi-Timitcsminguv * rfu pubAc !OOB i concrétiser ce rêve.Les bouleversements s’annoncent nombreux, autant pour eux que pour leur entourage, dont Cathy (étonnante et émouvante Anne Brochet), une célibataire qui porte sa solitude comme d’autres leur croix.Matière à controverse ou à intrigues multiples pour un futur téléroman, ce thème est traité par Vincent Garenq avec la volonté évidente de ne choquer personne.Le monde de Manu ferait rêver n’importe quel orphelin d’un roman de Charles Dickens — son appartement ressemble à un petit château à l’échelle parisienne — et il faut une bonne dose d’imagination pour savoir qu’il habite le quartier coloré et métissé de Belleville, tant l’environnement du film apparaît complètement aseptisé.Il en va de même pour sa relation avec Philippe, chaste et ennuyeuse si on la compare aux scènes d’intimité entre Manu et Fina.Pour tout dire, même Making Love (1982) d’Arthur Hiller ressemble à du cinéma porno à côté de Comme les autres.Entre les rares moments de pure drôlerie (les entrevues avec d’éventuelles mères porteuses) et d’émotion contenue (merci Anne Brochet), le film porte malheureusement bien son titre.On se met alors à rêver de l’impertinence qu’une Coline Serreau aurait pu injecter à un tel sujet, ou à la vérité que Garenq y aurait insufflée en le traitant sous forme de documentaire, projet partout refusé par les producteurs.Et dire que la fiction autorise les cinéastes à pénétrer dans la chambre à coucher.Collaborateur du Devoir WATCHMEN (LES GARDIENS) De Zack Snyder.Avec Malin Akerman, Billy Crudup, Patrick Wilson, Jackie Earle Haley, Matthew Goode, Carla Gugino, Jef- • frey Dean Morgan, Matt Frewer.Scénario: David Hayter, AlexTse, d’après le roman iconique d’Alan Moore et Dave Gibbons.Image: Larry Fong.Montage: William Hoy.Musique: Tyler Bates.Etats-Unis, 2009,161 minutes.MARTIN BILODEAU Watchmen fait honte à X-Men.On ne va pas tuer la une avec ça, mais le fait mérite d’être signalé.D’autant que le film précédent de Zack Snyder (300) n’est pas transcendant.Les superhéros de Watchmen, comme tous ceux que notre époque revisite par le cinéma (Superman, Spider-Man, Batman, et tutti quanti), se remettent en question et ont perdu des points dans l’estime de ceux qu’ils disent protéger.Cette superproduction de cent millions de dollars n’est pas sans défauts non plus.Le scénario tiré du roman iconique d’Alan Moore et Dave Gibbons est un assemblage en courtepointe d'idées brèves et de flashs lumineux, qui peinent toutefois à former une intrigue cohérente et soutenue sur la durée de deux heures quarante.Qu’y a-t-il donc dans Watchmen qui mérite d’être «wat-ché»?Réponse: un vrai univers, au carrefour du passé et du futur, du fantastique rétro et de la science-fiction haut de gamme.Une signature visuelle originale, aux motifs fifties numérisés SOURCE WARNER Le blanc du noir, le mal du bien, les bons des méchants, tout s’emmêle dans Watchmen, où le personnage le plus attachant, tout bien considéré, est un psychopathe meurtrier.en haute résolution, avec pour toile de fond les écrans cathodiques, Richard Nixon, le Vietnam et l’arrière-goût des champignons nucléaires.Enfin, et c’est ce qui rend le séjour si agréable: des personnages forts de héros fatigués, aux facultés mystérieuses, aux alliances fragiles, qui renaissent sous nos yeux sous l’impulsion d’un meurtre.Le Comedian (Jeffrey Dean Morgan), le moins recommandable des gardiens de la paix aujourd’hui retraités et dispersés, a en effet été occis par un mystérieux assaillant, au terme d’un combat de titans filmé avec brio.Son ex-partenaire Rorschach (le formidable Jackie Earle Haley), un dur à cuire au visage dissimulé sous un passe-montagne dont les taches d’encre se reforment continuellement en différents motifs, fait enquête.Ses découvertes vont provoquer une série d’incidents qui forceront ses anciens acolytes — un surhomme irradié (Billy Crudup), une Barbarella borderline ninja (Malin Akerman) et un Batman sorti d’un Sherlock Holmes (Patrick Wilson) — à refaire surface afin d’empêcher qu’un fou furieux, au beau milieu dq l’escalade nucléaire entre les Etats-Unis et la Russie, ne s’interpose pour faire lui-même sauter la boule.Ceci raconté à grands coups de rouleau, l’intrigue ne donnant pas dans la nuance, ni même dans le détail.Le plaisir vient d’ailleurs, tout particulièrement du parti pris évident de Snyder pour le climat et le mouvement, et de celui de ses scénaristes pour l’ambiguïté morale.Le blanc du noir, le mal du bien, les bons des méchants, tout s’emmêle dans Watchmen, où le personnage le plus attachant, tout bien considéré, est un psychopathe meurtrier.Cool, non?Pour les amateurs en mal de certitudes, il restera toujours X-Men.Collaborateur du Devoir Sur les chapeaux de roues ONE WEEK Réalisation et scénario: Michael McGowan.Avec Joshua Jackson, liane Balaban, Campbell Scott, Fiona Reid.Image: Arthur C.Cooper.Montage: Roderick Deo-grades.Musique: Andrew Loc-kington.Canada, 2008,94 min.ANDRÉ LAVOIE C* est dans le mouvement que les personnages du cinéaste canadien Michael McGowan trouvent leur salut.Le jeune héros de Saint Ralph (2005), son premier long métrage, avait conclu un pacte avec Dieu pour sortir sa mère du coma, promettant de gagner un marathon, lui qui n’avait rien d’un coureur de fond.Dans One Week, la course se poursuit, contre la montre mais surtout contre la mort.Ben (Joshua Jackson, sobre dans la détresse) vient d’ap- prendre que ses jours sont comptés, atteint d’un cancer qui pourrait s’avérer foudroyant s’il ne commence pas aussitôt les traitements.Or ce jeune enseignant de Toronto est sur le point de se marier avec Samantha (Liane Balaban), un agenda sur deux pattes.Cette nouvelle fracassante constitue pour lui un puissant signal d’alarme, car cet écrivain frustré se voit devenir, sans réagir, ce qu’il ne voulait surtout pas être: ennuyeux et conformiste.Sur un coup de tète, non seulement il achète une vieille moto mais il l’enfourche pour un voyage jusqu’en Colombie-Britannique, au bout du pays et surtout au bout de lui-même.Comme les symptômes d’une maladie trop bien connue, les films de condamnés à mort par la médecine traînent leurs lots de clichés, www.clnemaduparc.com «UNE REVELATION.» THE EXILES E.W.UN FILM DE KENT MACKENZIE UNE SEMAINE SEULEMENT! UNE DÉCOUVERTE! LES COMPLEXITÉS DE LA ^ NOTION DE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE À L’ÈRE NUMÉRIQUE GAGNANT DE 7 CESAR SÉRAPHINE un film de JACQUES-RÉMy GIRERD www.miaetlemlgou.ca -#'» nannn métropole g; A L’AFFICHE! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS GAGNANT DE 8 OSCARS slumdog millionaire DERNIÈRE SEMAINE: MILK (STF) Métro Place des Arts I CINÉMA DU PARC ^ ^ Autobus 80/129 [3575 Du Pare 514-261 -1900 STATIONNEMENT GRATUIT } HEURES LE COUP DE CŒUR DU FESTIVAL DE CANNES 08! ISiSPPP «Une charmante comédie inp» | , «Superbe portrait de femme b |yill^GS3l et joli hymne à la vie.» mais Michael McGowan en contourne quelques-uns, d’abord par d’amusantes touches d’ironie.Son héros ne manque pas d’imagination pour réinventer sa vie ainsi que celle de son entourage, sous un éclairage pas toujours flatteur.Evidemment, cette introspection se fait le plus souvent au grand air et sur des routes qui semblent déboucher sur l’infini.Chaque escale devient le prétexte à des rencontres à haute teneur philosophique, bien que certaines d’entre elles n’échappent pas aux figures typiques du road-movie: voyageur indolent dans un motel anonyme, touristes en pâmoison, etc.D’autres sont nettement plus réussies, comme cette complicité d’abord improbable entre le Torontois clean-cut et la cowgirl de l’Ouest au franc-parler.Un tel voyage amène bien sûr son lot d’images cartes postales, certaines d’une beauté à couper le souffle, malheu- reusement altérée par une abondance suspecte de drapeaux du Canada, comme si le cinéaste avait des accointances avec les acteurs déchus du scandale des commandites.L’unifolié n'a rien ici d’une image subliminale, tapissant l'espace à répétition, comme pour bien informer l’éventuel spectateur étranger de l’ancrage géographique du récit.La bande sonore fait aussi office de vitrine promotionnelle du talent musical canadien (de Melissa McClelland à Patrick Watson en passant par une version délicieusement maladroite de l’increvable Un Canadien errant, interprétée par deux des protagonistes), mais toutes ces chansons se fondent admirablement au paysage intérieur de ce motard d’occasion.L’espace d’une semaine, il revisite son existence, ou ce qu’il en reste, sur les chapeaux de roues.Collaborateur du Devoir UN HLM lit CHHISÏÏlI'lItVAN HIIMI’AIY www.moscow-belglum.com Semaine 1 de la Critique I r.n J Ifllimallnnat CANNES 2008 uhiu-twiwimm MEILLEUR SCENARIO film D'OUVERTURE im.com métropol EN EXCLUSIVITE! I ex-centris CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS - PALME D’OR FESTIVAL DE CANNES - 2008 /t&SST MEILLEUR FILM «Extraordinaire! Brillant!» Le Devoir « Percutant, un film choc.Profondément bouleversant.» Le Droit entre les murs un film de laurent cantet métropole ^GAGNANT AUX CÉSAR .MEILLEURE itDAPTATION SONY ritlVHKS CLASSICS’ G PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE! WWW.ENTRE LE S MUR S.CA CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS ' J f Festival International du Film pour Enfants de Montréal duu.8 mvon* ZOOS ÇiaJLOaJI tdl At/ocdumt.AJC AlUSAl UNE PRÉSENTATION DE INFOS ET BILLETTERIE : www.fifem.com PROGRAMME OFFICIEL OFFERT CHEZ VOTRE LIBRAIRE Renaud-Bray Æ Desjardins .Stt I Caisse populaire de Rosemont EN COLLABORATION AVEC : ü NmlNiw jZ.B ’T nêma .Montréal© t>eauviCK Télé-Québec PARTENAIRES : ________ ^{2 IWWlil Montréal @ QuébecSîîi LE DEVOIR journal montréal métr© Transporteur officiel du FIFEM (&STM c ¦ c m ¦an c ¦c c C «C L E DEVOIR.LES S A M EDI 7 E T D I M A X (' Il E S M A R S 2 0 () ! i EXPOSITIONS L’éléphant et six aveugles Javier Téllez et François Laçasse Musée d’art de Joliette 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, Joliette, jusqu’au 3 et 10 mai MAR I E - EVE CHARRON T amais un éléphant n’aura au-J tant été offert à l’exploration des sens que dans l’œuvre de Javier Téllez Letter on the Blind for Use of Those Who See (2007).L’animal est au cœur du film de l’artiste vénézuélien aujourd’hui basé à New York, qui en fait le prétexte d’une rencontre avec des aveugles.Images en noir et blanc et plans serrés sur des plains qui avancent sur la peau du pachyderme composent un film d’une rare sensibilité.La démonstration tient à un filon simple voulant qu’en l’absen- Ide la vue, illustrée par les eugles réunis dans le film, la fférence et la pluralité de l’ex-rience du monde se trouvent centuées.Au Musée d’art de liette, c’est pourtant d’abord ec l’acuité de son regard que le ectateur prendra connaissance de l’œuvre.Les images absorbent d’abord l’attention, elles qui, toutes en sobriété, donnent à voir des scènes découpées par les contrastes du noir et blanc.Peu de composantes participent à la scène qui se déroule dans une piscine désaffectée de Brooklyn.À tour de rôle, six aveugles procèdent à l’examen tactile, voire olfactif, de l’éléphant qu’il doive décrire.Le calme de l’animal et les gestes hasardeux ou précis des aveugles bercent le rythme du film.Un participant confie, par exemple, son impression de toucher le caoutchouc d’un pneu tandis que pour un autre l’exercice devient une découverte empreinte de tendresse à laquelle il est impossible de rester indifférent.L’artiste a beau placer le spectateur en position d’observateur qui, lui, voit, il tente aussi de lui faire partager l’expérience vécue par les non-voyants, relation de réciprocité que les six chaises cordées dans la salle de projection, à l’exemple de celles dans le film où attendent les personnages, soulignent par ailleurs.Dans cette œuvre comme dans celles de sa production antérieure, encore jamais montrée au Québec, Téllez nourrit une propension pour les marginaux, qu’il souhaite sortir de l’ombre.Ces communautés autrement invisibles, que sont notamment les personnes souffrant de maladies mentales, l’artiste en fait les sujets actifs de ses œuvres.C’était là, par exemple, l’incursion proposée dans La Passion de Jeanne d’Arc (Rozelle Hospital) (2004), œuvre présentée au Power Plant à Toronto en 2006, où des patientes d’un institut psychiatrique revisitaient, à l’invitation de Téllez, le récit de Cari Dreyer.L’artiste se trouve ainsi le metteur en scène d’une situation calquée sur des récits déjà existants, donnant lieu à des productions relevant à la fois de la fiction et du documentaire.Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient découle d’ailleurs d’une appropriation croisée d’un texte éponyme de Denis Diderot et de la parabole indienne de «l’éléphant et des aveugles», qui engagent respectivement des questions philosophiques.Sur quoi sont fondées nos certitudes?L’expérience de l’aveugle, passant par les doigts, n’est-elle pas la preuve qu’une connaissance peut être instruite sensuellement?N’y a-t-il pas, inévitable- ment, que des préhensions singulières et subjectives du monde?L’œuvre de Téllez soulève délicatement ces questions et force le ravissement François Laçasse Contrairement à la retenue qui prévaut dans l’œuvre de Javier Téllez, les tableaux de François Laçasse réunis dans les salles du rez-de-chaussée en mettent plein la vue.De nature rétrospective, l’exposition survole vingt ans de pratique en quelque trente tableaux, toutes des œuvres où la couleur s’affiche avec lyrisme et picturalité, c’est-à-dire avec un empâtement généreux de la matière.Il s’agit d’une autre rétrospective pour cet artiste originaire de Lanaudière, à qui le Musée d’art contemporain de Montréal consacrait une exposition-bilan pas plus tard qu’en 2002.Oui, une autre, mais justifiée du fait qu’elle montre les importantes avancées effectuées depuis cette date, ce que les fidèles de la galerie René Blouin, qui représente l’artiste, ont pu notamment constater au fil des années.Les toiles les plus récentes de Laçasse y sont d’ailleurs présentées à compter d’aujourd’hui.L’accrochage à Joliette a l’avantage de révéler une sélection serrée, prqposée par la commissaire Marie-Eve Beaupré, et de réunir dans une même exposition les moments forts d’une production dont les jeux formels ressortent ici plus clairement.La première salle s’ouvre notamment avec des tableaux de 2002, là où la précédente rétrospective s’arrêtait Parmi ces œuvres, «les déversements» annoncés par le titre de l’exposition résonnent avec évidence.La matière picturale y apparaît selon des formes irrégulières en des teintes ocre, saumon et marron, procédant de coulées que l’artiste aura déversées au moyen de différents outils en jouant également de l’inclinaison du support.S’ensuit un système de taches dont la transparence ou l’opacité évoque plus ou moins encore l’énergie du déversement et la consistance variée de la matière.Une autre salle donne à voir les plus récentes productions de l’artiste avec des œuvres aux tons de gris façonnés en boudins sur la surface.Ici, les déversements semblent le fruit de gestes enchaînés prestement, comme dans Grande pulsion XVIII (2008) où les rehauts de couleurs criardes s’agglutinent Le parcours, qui refuse la progression chronologique, revient sur quelques œuvres du début de la carrière, lorsque les taches sont davantage dessinées et que la surface s’affirme comme un feuilleté de motifs se dissimulant mutuellement, et sur des tableaux de la fin des années 1990, ceux-là faits de lanières verticales colorées.Dans chacune des œuvres de l’exposition, Laçasse montre une étude soutenue et séduisante de la matière picturale livrée au contrôle ou à l’abandon.Collaboratrice du Devoir Des théâtres d’ombres INTRIGUES Manon de Pauw Galerie de l’UQAM 1400, rue Berri Jusqu’au 28 mars MAR1E-ÈVE CHARRON Elle était fort attendue, cette exposition sur le travail de Manon de, Pauw.Et elle ne déçoit pas.A travers un aperçu consistant, l’exposition s’arrête sur la pratique de l’artiste qui, depuis le début des années 2000, prend forme à travers des installations vidéo, des performances et des photographies.Images en devenir, corps en mouvement et gestes de création sont, entre autres, les thèmes finement entrecroisés par les œuvres que la commissaire, Louise Déry, a réunies dans une mise en espace étonnamment dépouillée et empreinte d’élégance.Nul bilan exhaustif ici, mais des réalisations récentes et inédites que l’exposition lie à une sélection très ciblée d’œuvres du début de la carrière.Cette exposition fait suite à une année occupée pour de Pauw, qui a été, en 2008, de la Triennale du Musée d’art contemporain de Montréal.L’artiste a également pris part à la création de Là où je vis, pièce de danse imaginée par Danièle Desnoyers, où elle manipulait sur une table lumineuse des objets et des matériaux.Les gestes de l’artiste étaient alors captés en direct par une caméra en plongée et transmis ensuite dans l’espace pour y créer une myriade d’effets visuels.L’exposition à la Galerie de l’UQAM s’amorce avec un rappel de ces composantes d’abord par un document vidéo du spectacle, puis avec la table lumineuse elle-même, présentée sous le titre évocateur de L’Atelier ouvert (2009).La figure de l’atelier, l’artiste en fait le noyau de sa pratique.Il est, de toute évidence, le lieu par où ses œuvres surgissent et où, également, elle souhaite les montrer.Conséquemment, le processus de création constitue le centre du travail de De Pauw et sa présence, comme artiste, en est inséparable.Celle du spectateur semble tout aussi nécessaire.C’est à tout le moins l’impression rendue par les dispositifs de l’artiste, des installa- 0 Répertoire (détail), installation vidéographique de Manon de Pauw fions physiquement ouvertes dont les projections lumineuses captent les présences en en projetant les ombres.Pouvoir de fascination Dans L’Atelier ouvert, la pénombre reçoit le spectateur, qui fait face à la table lumineuse où les matériaux de travail (ruban adhésif, pellicules de transparents et papier blanc) reposent en silence.En attente d’être utilisée lors des performances de l’artiste — prévues au cours du mois —, l’installation inspire déjà les gestes de création, voire de bricolage, et fait surgir des promesses mirifiques, comme le suggère aussi cette pluie d’étoiles que projette dans l’espace la petite boule miroir suspendue au-dessus du plan de travail.Une bonne partie de l’exposition se dénoue ainsi entre les éclats de lumière, ceux des projecteurs et des boîtes lumineuses par exemple, et la fugacité des ombres que l’espace dénudé magnifie.Répertoire (2009) synthétise les explorations de l’artiste dans ces registres avec six projections en boucle disposées sur autant de tables placées en cercle dans la grande salle.Les bandes vidéo restituent les gestes de l’artiste, notamment en train de découper et de tracer des cercles, d’éprouver avec son corps les limites d’une surface circulaire, de superposer à la lumière des matériaux plus ou moins transparents et de délier le parcours d’un crayon sur une bande de papier qui défile.Tous ces gestes donnent à voir des images qui prennent forme et se défont aussitôt, poussés par un flux qui ne semble jamais vouloir cesser.La présence des mains et des outils dans l’image ainsi que l’ajout de la bande sonore mettent à l’avant-plan les actions de fabrication, mais sans dissiper l’aura mystérieuse de ce théâtre d’ombres.Les phénomènes qui émergent sous nos yeux sont fascinants, rappelant tantôt la vue d’une éclipse solaire, tantôt la texture d’une vieille pellicule.Mais que voit-on vraiment?Alors que l’artiste rend indissociables la production des images, leur capture et leur diffusion, elle fait de l’exercice de leur perception par le spectateur une étape tout aussi cruciale.C’est pourquoi, sans doute, il est difficile de detacher le regard des projections malgré la simplicité des actions qu’elles montrent et la modestie des matériaux employés.Les dispositifs parviennent ainsi à vivifier une fascination, à certains égards élémentaire, pour une image en cours d’élaboration.Volontairement ou non, le travail de l’artiste fait écho à certains mythes fondateurs du dessin et du pouvoir de l’image, que l’on pense aux fables de la fille de Dibutade traçant les contours de la silhouette de son amant de- vant la quitter ou de Giotto ayant, par défiance, dessiné un cercle parfait au moyen d'un seul trait Chose certaine, les œuvres de l’artiste interrogent la teneur des images en leur donnant des supports variés et en jouant avec leurs modalités d’apparition.L’artiste au travail Ailleurs dans l’exposition, des photogrammes et des photographies fixent des instants de performance et d’exploration, qu’il s'agisse du motif rendu spectral d’élastiques en amas ou du corps de l’artiste épousant les courbes d’un cercle, fi est très réjouissant aussi de revoir, ou de découvrir, c’est selon, trois œuvres vidéo datées de 2001 et de 2002, remontant ainsi à l’époque des études à la maîtrise de l’artiste.Plusieurs aspects fondamentaux de son travail y sont déjà alors qu’elle se montre, dans ces vidéos, déclinant les outils nécessaires à la préparation d’une salle d’exposition ou encore en train de placer les composantes d’une installation un peu bancale incluant une (autre) boule miroir.Dans un passage A’Échelle humaine, le montage fait coïncider le bruit de la respiration de l’artiste avec l’intensité changeante de la luminosité de la scène.La trouvaille est simple, mais amusante et efficace, révélant le potentiel ludique que l’artiste repère dans les moindres operations.Cet extrait de la vidéo donne aussi à voir un aspect dominant de l’exposition; il fait ressortir que, autant que les images apparaissant dans le flux de leur création, c’est sa figure d’artiste au travail que Manon de Pauw invente et réenchante sous nos yeux.Collaboratrice du Devoir s’> MANON DK PAUW L’Atelier ouvert, performance de Manon de Pauw avec l’artiste sonore Nancy Tobin, Nuit blanche à Montréal, Galerie de l’UQAM jf ^esbeaux détours CIRCUITS CULTURELS PHILADELPHIE - du 30 avril au 3 mai Tour de ville, opéras, musées, jardins Quelques places disponibles Date limite de réservation : 25 mars La brochure de la saison est arrivée! www.lesbeauxdetours.com (514) 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Des tableaux, réalisés par YANNICK DE SERRE à partir de créations originales de sept prestigieux designers de mode québécois : PHILIPPE DUBUC, CAROLINE FRENETTE, MARIOUCHE GAGNÉ, ANNIE LANGLOIS, VÉRONIQUE MILJKOVITCH, RUDSAK, MARIE SAINT-PIERRE.n Quartier Lil>(r€ L’ART PRÊT-À-PORTER Galerie d’art VERNISSAGE i JEUDI LE 12 MARS À17H30.EN PRÉSENCE DE L'ARTISTE.Jusqu’au dimanche 5 avril au 4289 rue Notre-Dame Ouest à Montréal IMétro Place Saint-Henri], Du mercredi au vendredi de 12h à 18h et les samedis et dimanches de 12h à 17h.Renseignements : 514-933-0101 ouwww.quarlierlibregaterie.com MUSEE D’ART DE JOLIETTE François Laçasse 25 janvier - 3 niai, 2009 Claudie Gagnon Rétrospective co-produite avec Expression ll‘r février - 26 avril, 2009 Hiver Javier Téllez Fr février -10 mai, 2009 145.ruo du Père Wilfrld-Corbell Jolhrttt (Québec) CANADA 450 756-0311 www.mu*ee|ollette org Muitii d art dï Joliette Mardi au riim.vnche, 12 h è 17 h c c cm c c c 5994 K 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 M A R S 2 0 0 9 Ingres éternel Quand récupération rime avec célébration et réparation INGRES ET LES MODERNES Musée national des beaux-arts du Québec, parc des Champsrle-Bataille, jusqu’au 31 mai.JÉRÔME DELGADO Québec — Le Violon d’Ingres, icône photographique de Man Ray retouchée à l’encre, y est.Le Bain turc, toile d’Ingres, aussi.Puis d’autres toiles incontournables, certaines moins, ou très récentes, mais toutes aussi ingristes.L’exposition Ingres et les modernes, au Musée national des beaux-arts du Québec (MN-BAQ), scrute les questions délicates de la propriété intellectuelle et de l’œuvre unique.Tout débute avec un violon, un vrai et pas n’im[x>rte lequel, celui qui aurait donné son nom à cette expression associant l'activité artistique à un loisir: le violon du peintre Ingres.En partie chef-d’œuvre, en partie objet fétiche, Ingres et les modernes est ainsi, à double face.L’expo virevolte entre la révérence au «maître de Montauban» et la dérision de son univers.Le chef-d’œuvre côtoie le pastiche, aux croquis répondent des œuvres postérieures, les pièces uniques deviennent reproductions, quand ce n’est pas un tableau célèbre (La Grande Odalisque, 1814) qui s’efface devant sa parfaite copie (signée Jules Flandrin, en 1903).Ce va-et-vient entre Ingres et les ingristes, entre originaux et citations, parle de fétichisation, mais on ne sait trop si l’expo nous la crache au visage comme une calamité ou comme un heureux présage.Peut-être les deux, tel ce violon offert en préambule.Entendons-nous: si Ingres, à cheval entre le classicisme et le renouveau, est célébré en tant que source incontournable de la modernité, de Degas à Vik Muniz en passant par Picasso, Rauschenberg, Bacon ou Or-lan, ce sont davantage les œuvres de ceux-ci qui accaparent l’œil.Cette expo ne comprend paradoxalement que peu de tableaux d’Ingres, deux ou trois de grande importance, quatre tout au plus.Le Bain turc, le célèbre tondo appartenant au Louvre, en fait partie, remarquez.On prend plaisir à le voir et à le revoir, d’autant plus que les «études» du maître et les versions «modernes» nous y poussent Des eaux-fortes de Picasso, dont une Plaisanterie autour du Bain turc assez audacieuse, et The Turkish Bath (1973) , de Sylvia Sleigh — une huile féministe où ce sont des hommes qui posent —, expriment l’étendue des propos qu’Ingres suscite depuis 200 ans.La référence Conçue naturellement au Musée d’Ingres de Montauban (après Picasso-Ingres en 2004 et Ingres et l’antique en 2006), l’expo est produite en partenariat avec le MNBAQ.Tout comme la rétrospective Van Dongen en cours à Montréal, celle-ci est un autre pan de l’internationalisation à laquelle aspirent nos musées, bien que cette fois aucun trait local, aucun ,Max Stern ne serve d’excuse.A Québec, depuis le passage du Louvre, on rêve en grand.Ingres et les modernes tourne autour de trois genres prisés par l’artiste: la peinture d’histoire, le nu (surtout féminin) et le portrait La version Québec, précédente à la française (attendue pour l’été), est beaucoup plus petite si l’on se fie au catalogue, mais aussi un peu confuse dans sa schématisation.Un fait demeure: Ingres, placé au centre des salles, sa postérité autour, apparaît comme la réfé- rence.En matière de citations, de reprises et d’appropriations, il n’est pourtant pas seul — Vélas-quez, Rembrandt, Goya, Delacroix., nommez-les.La femme enturbannée vue de dos, ce dos auquel Man Ray greffe des esses de violon, paraît un éternel emprunt.Cette figue, Ingres déjà, qui pratique collage et autocitation, s’en sert pendant cinquante ans, de la Baigneuse Valpinçon (1808) au Bain turc (1862), en passant par La Petite Baigneuse (1828).Dans l’exposition, elle semble rebondir, changeant de contexte, de mains, propriété de Man Ray dans les années 1920 jusqu’à ce qu’en 1999 s’emmêle Kathleen Gilje, une restauratrice d’œuvres et pointilleuse dans ses œuvres.Sa peinture à l’huile Violon d’Ingres, Restored vient quelque part, comme le dit Dimitri Salmon, commissaire général de l’expo, «[rendre] à Ingres ce qui lui appartient».Si la Baigneuse retrouve l’intimité de sa chambre, c’est cependant affublée d’ouïes de violon.Les correspondances ont plus d’une teneur.Lorsque Muniz se penche sur Œdipe et le Sphynx, autre chef-d’œuvre exposé, c’est en scrutant ses détails.Mapplethorpe préfère revisiter Académie d’homme.Le mouvement féministe se permet par contre de remettre joyeusement Ingres à sa place.Il y a Gilje, mais aussi la jeune Or-lan qui pose en grande Odalisque en 1977 ou Cindy Sherman qui, en 1989, se met en scène en Madame de Senonnes, un portrait plus classique et a priori moins macho.Les formes arrondies, les regards vides, les déformations anatomiques d’Ingres (telles les trois vertèbres de son Odalisque), demeurent sa touche moderne.Toujours actuelle.Collaborateur du Devoir /
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