Le devoir, 28 janvier 2009, Supplément 1
INTERNATIONAL Témoignages de Gaza alternatives LE JOURNAL NATIONAL Le marché investit la recherche CULTURE Devoir de mémoire au cinéma et au théâtre VOL.15 NO.5 / FÉVRIER 2009 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA Gaza : Mort et destruction PHOTO : FLICKRI AMIR FARSHAD EBRAHIMI ¦¦ up | X' r-*;- - ’«V r«._ Voici une victime des bombardements israéliens à Gaza.Une parmi plus de 1 330 morts palestiniens dont au moins 430 enfants.Environ 5 500 Palestiniens ont été blessés.Plusieurs ont été amputés.Les séquelles psychologiques sont incalculables.Du côté israélien, 10 soldats et 3 civils ont péri durant cette campagne militaire de 22 jours.Le rapporteur spécial de l’ONU pour les territoires palestiniens, Richard Falk, soutient que cette opération israélienne « évoque le spectre de crimes de guerre systématiques ».L’Américain ajoute que « les preuves de violations des règles fondamentales du droit international humanitaire sont si accablantes qu’elles doivent faire l’objet d’une enquête internationale indépendante ».Pour les survivants palestiniens, l’arrêt de l’attaque israélienne ne signifie pas nécessairement des jours meilleurs.50 000 Gazaouis sont sans logement.L’armée israélienne a détruit ou endommagé plus de 20 00 demeures, 1 500 entreprises, 21 cliniques médicales et 50 bâtiments de l’ONU.Les infrastructures sont en ruine.L’économie de Gaza, déjà mal en point en raison du blocus complet imposé par Israël depuis près de deux ans, sera affectée pendant encore des années.Ces dommages sont estimés à plus de 2 milliards de dollars par l’Autorité palestinienne.Qui va payer pour ces dégâts?AUTRES TEXTES PAGES 4 ET 5 DOSSIER Forum social mondial : science et démocratie Le Forum social mondial (FSM) se déroule à Belem au Brésil du 27 janvier au 1“ février.Un des thèmes abordés est celui de la relation entre science et démocratie.Alternatives consacre cinq articles à cette question.Deux textes de Gabrièle Briggs concernant les listes informatisées aux aéroports canadiens soulèvent de sérieuses questions par rapport au respect des droits et liberté.Un article de Cécile Sabourin pose le problème de l’instrumentalisation et de la commercialisation de la recherche universitaire, tandis que Stéphane Couture se penche sur des initiatives afin de rendre les résultats de recherche plus accessibles.Enfin.Benoîte Labrosse présente l’ONG indienne KSSP qui travaille à répandre la connaissance chez les pauvres, afin de combattre l’exclusion et la misère.Les voyageurs canadiens sous la loupe de la sécurité américaine Vous allez à Cuba, au Brésil ou ailleurs au sud des États-Unis?L’Oncle Sam vous a maintenant à l’œil même si votre vol ne fait pas escale aux États-Unis.GABRIÈLE BRIGGS Depuis le 29 décembre, les transporteurs aériens sont soumis à une nouvelle législation américaine.Le Programme de sécurité des vols (PSV, Secure Flight Program) du département américain de la Sécurité intérieure leur impose de fournir les renseignements personnels de tous les passagers de vols internationaux qui circulent dans l’espace aérien américain.Cette nouvelle mesure suscite l’ire des organismes canadiens de défense des libertés civiles, puisque ce programme touche au pays des milliers de vols annuellement.Trois jours avant le départ, chaque transporteur aérien, dont le vol passe par l’espace aérien américain, doit maintenant fournir à l’Administration de la Sécurité du Transport des États-Unis les informations personnelles de ses passagers, de leur passeport et de leur itinéraire de voyage.L’Administration compare l’information recueillie à des listes d’individus soupçonnés de terrorisme ou d’activités criminelles.Elle détermine alors si le passager peut obtenir sa carte d’embarquement, s’il doit subir un contrôle supplémentaire ou si son vol lui est refusé.La Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles, un regroupement de 38 organismes et syndicats canadiens, craint les répercussions de cette nouvelle mesure sur l’indépendance du Canada envers les États-Unis.«Les Américains vont avoir un droit de veto sur les passagers qui montent en avion au Canada, même s’ils ne vont pas sur leur sol ».s’indigne Roch Tassé, coordonnateur de la coalition.M.Tassé craint même que cette nouvelle politique ne donne aux Américains le contrôle de l’immigration, de l’accueil de réfugiés et même de la diplomatie canadienne, si les passagers acceptés au Canada ne répondent pas aux normes américaines.« Que va-t-il arriver si le Canada invite l’ambassadeur d'un jjays qui fait l'objet d’une restriction aux Etats-Unis, comme celui de Cuba?», ajoute M.Tasse.Selon lui, le nouveau Programme de sécurité aérienne n’est rien de moins qu’une harmonisation forcée de la politique canadienne de visa.La Coalition n’est pas la seule à appréhender ce programme controversé.L’Association du transport aérien du Canada (ATAC) a également fait valoir ses craintes dans un mémoire présenté au département américain de la Sécurité intérieure en décembre.Parmi les critiques présentées, l’ATAC déplorait que « la soumission d’informations sur les pas- VOIR PAGE 2 : VOYAGEURS CANADIENS Enlèvement mystérieux de diplomates canadiens au Niger Des réponses à même les questions Le contexte « mystérieux » dans lequel ont disparu deux diplomates canadiens, Robert Fowler et Louis Guay, au Niger à la mi-décembre, soulève des questions qui comportent elles-mêmes beaucoup d’éléments de réponse sur les répercussions de la présence canadienne en Afrique.ALAIN DENEAULT Quatre renseignements ne font pas de doute : avant d’être manifestement enlevés, les Canadiens se sont rendus aux bureaux de la minière canadienne Semafo au Mont Samira, dans l’ouest du pays.Ils étaient mandatés au Niger par l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme intermédiaires dans le conflit qui oppose la minorité touareg au pouvoir central.L’ONU n’assurait toutefois pas leur sécurité et ignorait jusqu’à l’existence de leur déplacement vers la Semafo.Une troisième personne compte également au nombre des disparus.Le questionnement porte autant sur les justifications de cette présence que sur les auteurs de cette prise d’otages.L’ONU a contredit la version du gouvernement nigérien, qui attribuait le passage de MM.Fowler et Guay à des cérémonies protocolaires.Les mandataires devaient t * * • • • au contraire contribuer à régler « tous les problèmes humanitaires » de la région de même que « le conflit avec la rébellion touareg », une minorité nomade inscrite depuis longtemps en faux contre le pouvoir central et les sociétés privées qui l’appuie.Mais anonymement, un officiel nigérien a expliqué par des « affaires personnelles » la visite de M.Fowler au Niger.Ces interrogations sur cette visite auprès de la minière Semafo sont embarrassantes, parce qu’elles placent les mandataires canadiens dans une position difficile à défendre politiquement, quel que soit l’angle sous lequel on l’analyse.Ou bien MM.Fowler et Guay remplissaient effectivement leur mission de l’ONU, et ont donc entrepris des discussions secrètes avec la société minière aux fins de la résolution du conflit mettant aux prises les Touaregs avec les sociétés minières, ce qui fait ni plus ni moins de la société canadienne un acteur politique occulte dans la région (et non plus une simple entreprise commerciale); ou bien les deux diplomates n’agissaient pas au nom de TON U et utilisaient donc leur mandat formel comme écran, à des fins occultes ou personnelles.Dans les deux cas de figure, quelque chose échappe radicalement aux logiques formelles.Un diplomate affairiste ou un homme d’affaires diplomate?Ayant conseillé les premiers ministres Trudeau, Turner, Mulroney, Chrétien, Martin et Harper sur des questions diplomatiques, Robert Fowler est présenté comme le « Monsieur Afrique » de la politique étrangère canadienne.I C’est flanqué de Louis Guay qu’il s’est envolé au Niger sous l’égide de l’ONU.Ce choix n’est pas insignifiant.Quand cet ancien ambassadeur du Canada au Gabon ne travaille pas au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, il passe au domaine privé, que ce soit pour l’entreprise montréalaise Sofati au Cameroun ou pour la minière vancouvéroise Placer Dome en République dominicaine.Le mandat que Placer Dome confie à Louis Guay entre 1996 et 1999 consiste à convaincre le gouvernement dominicain de privatiser l’important gisement de Pueblo Viejo à son profit.L’entente qui a suivi en 2001 entre cette société et le gouvernement a été sévèrement critiquée par des groupes environnementaux et syndicaux.Pourquoi, au Niger, Robert Fowler a-t-il tenu à se rendre à la mine aurifère de Samira que gèrent conjointement les canadiennes Semafo et Etruscan, de surcroît à l’insu de l’ONU?Pourquoi était-il accompagné de celui que le président-directeur général de Semafo, Benoît LaSalle, appelle familièrement « Louis »?Au dire de M.LaSalle : pour constater le « succès canadien » que représente cette aventure en terre nigérienne.Ce préjugé favorable envers la présence canadienne ne fait pas l’unanimité.Semafo et Etruscan sont âprement critiquées au Niger.On les accuse si vivement de piller les ressources du pays que le gouvernement nigérien a dû mettre sur pied une commission d’enquête à leur sujet, laquelle a en effet conclu à l’absence de corrélation entre la quantité d’or produite et les retombées pour PHOTO : CP / FRED CHARTRAND le pays.L’amertume est d’autant plus grande que cette exploitation pollue abondamment et bouleverse les habitudes sociales des populations.Du reste, les initiatives de Semafo pour le développement dans la région servent en priorité ses seuls intérêts, comme ce barrage qu’elle construit en Guinée-Conakry essentiellement pour alimenter en énergie des sociétés minières de la région.Semafo entend maintenant exploiter l’uranium au Niger.La seule annonce de cette intention avait fait monter son titre boursier en flèche en 2007.Elle fait ainsi concurrence au Niger à la française Avera.déjà engagée dans une lutte contre un conglomérat d’entreprises énergétiques canadiennes.(VOIR ENCADRÉ).Robert Fowler 3 conseillé tous les premiers ministres canadiens depuis les années 1970.On le voit ici en compagnie de /ean Chrétien au sommet du CS à Kananaskis, en Alberta, en juin 2002.Les Touaregs livrent une « bataille de l’uranium » Dans ce contexte, les mouvements rebelles touaregs font explicitement état d’une « bataille de l’uranium ».On les soupçonne donc d’être responsables de l’enlèvement, bien qu’ils soient généralement absents de la zone précise où il aurait eu lieu.Les Touaregs disputent au gouvernement central le contrôle des ressources.Leur communauté avoisine le Mont Samira.Dans le contexte postcolonial, les acteurs africains n’ont VOIR PAGE 2 : NIGER i i 1 w 2 JOURNAL ALTERNATIVES • FÉVRIER 2009 Science et démocratie HTTP://SOCIALLYCON SCIOUSBIRD.COM Interdiction de vol « Un déni de justice pur et simple » Plusieurs Canadiens innocents, âgés d’aussi peu que 10 ans, sont interceptés à l’aéroport parce que leur nom correspond à celui d’un présumé terroriste ou d’un criminel notoire.En plus de ces erreurs, cette mesure de surveillance contrevient aussi à certains droits fondamentaux.Pour l’accès libre à la connaissance scientifique CABRIÈLE BRICCS Le Programme de protection des passagers, aussi connu comme la liste des personnes interdites de vol, est aujourd'hui dans la mire du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.Dans son rapport annuel paru en décembre 2008, la commissaire Jennifer Stoddart met en doute l’efficacité du Programme et juge qu’il porte atteinte aux droits fondamentaux des Canadiens.Depuis le 18 juin 2007, le Programme de protection des passagers autorise le ministre des Transports à refuser l’embarquement de toute personne répertoriée sur la Liste de personnes désignées, une liste d’individus potentiellement dangereux pour la sécurité aérienne.Toutefois, de nombreuses failles sont apparues lorsque des voyageurs innocents ont été confondus avec des personnes recensées.Les premiers cas sont survenus dès les premiers jours de son entrée en vigueur, fait valoir le rapport de la commissaire.Jennifer Stoddart rapporte le cas surprenant de deux garçons du même nom.Tous deux ont été interceptés à des moments différents par des transporteurs aériens, car leur nom figurait sur une liste de personnes interdites de vols.Après une longue attente, ils ont toutefois pu prendre l'avion.Leur âge (10 et 15 ans) prouvait qu’ils ne posaient pas une menace pour la sécurité.Selon le rapport de commissaire, « un représentant de la compagnie aérienne a mis en garde me des familles en indiquant que leur fils aurait des problèmes chaque fois qu'il prendrait l’avion et lui a fait une suggestion radicale : changer de nom ».Transports Canada refuse pour l’instant de dévoiler le nombre d’individus interceptés par erreur depuis juin 2007.Il mentionne seulement que 2 000 personnes se retrouvent sur la liste pour avoir « été impliquées dans les activités d'un groupe terroriste, [.] déclarées coupable d’un ou de plusieurs crimes graves contre la sûreté aérienne [ou] d’une ou plusieurs infractions graves qui ont mis des vies en danger ».Coupable sans défense À ce jour, une seule personne interdite de vol après avoir été correctement identifiée a osé contester la constitutionnalité du Programme de protection des passagers.Il s’agit d’un étudiant montréalais qui voulait se rendre en Arabie Saoudite lorsqu’il a été intercepté à l’aéroport.Les autorités lui ont signifié qu’il ne pourrait plus prendre l’avion, sans toutefois lui en donner la raison.Son avocate, M‘ Johanne Doyon n’en revient pas : « Je n’ai jamais vu une mesure aussi draconienne et injustifiée sur le plan des droits de la personne.» Première entorse aux droits fondamentaux : le voyageur interdit de vol ne peut savoir pourquoi il est inscrit sur la liste et ne peut donc pas bâtir sa défense avec un avocat.« Le Programme te fait perdre tes droits.Les autorités ne te disent pas pourquoi et ne te donnent pas l’occasion de te défendre, conteste M1' Doyon.Tu ne peux même pas aller devant un juge et avoir la chance d'être entendu.C’est un déni de justice pur et simple.» En plus du droit d’être entendu, la liste de surveillance contrevient à de nombreux autres articles de la Charte canadienne des droits et libertés, soutient Mr Doyon, dont la liberté de circulation, ainsi que le droit à la liberté et à la sécurité de sa personne.La liste de personnes interdites de vol renverse par ailleurs le fardeau de la preuve, car la personne est prétendue coupable et doit ensuite prouver son innocence, La Commissaire à la vie privée craint également l’utilisation à mauvais escient des renseignements personnels recueillis sur les voyageurs.Ces renseignements sont en effet recueillis dans les dossiers des passagers qui peuvent être transmis non seulement par des transporteurs aériens à Transports Canada, mais par des services frontaliers canadiens aux services de renseignements américains.Un processus facilité par la mise en place d’une « Frontière intelligente » entre le Canada et les États-Unis en décembre 2001.Mettre fin à ce programme Roch Tassé, coordonnateur de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles, craint par ailleurs que le nombre de voyageurs interceptés par erreur à la frontière américaine soit beaucoup plus nombreux que du côté canadien, car leurs banques de données sont plus volumineuses.« Combien de cas il y a, on ne sait pas.Transport Canada nous répond que ça ne nous regarde pas.» Pour toutes ces raisons, la Commissaire à la vie privée a demandé la suspension du Programme de protection des passagers.« Certains experts en sécurité ont suggéré que l’amélioration des inspections physiques dans les aéroports, y compris la vérification approfondie des bagages et du fret, serait une manière plus concrète et efficace d’améliorer la sûreté aérienne.» M1' Doyon abonde dans le même sens : « Si un individu constitue un risque, il doit être soumis à un examen rigoureux, un interrogatoire, une fouille.C’est dans le Code criminel.Ça peut se faire légalement.» Face à l’emprise de plus en plus importante des dynamiques commerciales sur la publication scientifique, des mouvements de chercheurs apparaissent en proposant d’autres modèles de circulation de la connaissance.Le mouvement d’accès libre à la connaissance reçoit de plus en plus d’attention des institutions universitaires et des agences de recherche.STÉPHANE COUTURE Le mouvement pour l’accès libre à la connaissance scientifique prend naissance au tournant du millénaire, en particulier avec l’Initiative de Budapest pour l’Accès Ouvert (BOAI - Budapest Open Access Initiative) en 2001 et la Déclaration de Berlin sur le Libre Accès à la Connaissance en 2003.Ce dernier document définit le libre accès comme « une source universelle de la connaissance humaine et du patrimoine culturel ayant recueilli l’approbation de la communauté scientifique ».Il préconise également d’aborder Internet comme un moyen émergent de distribution du savoir, où le contenu autant que les logiciels doit être librement accessible et compatible.Deux stratégies distinctes sont généralement mises de l’avant pour promouvoir la publication scientifique en accès libre.La première consiste à transformer les revues scientifiques existantes, ou en créer des nouvelles, qui seraient en accès libre.Celle-ci est largement considérée comme étant la voie royale de l’accès libre.La deuxième stratégie consiste à encourager les auteurs à autoarchiver eux-mêmes une copie de leurs articles dans des dépôts institutionnels ou personnels.Il s’agit ici de la voie dite verte, qui suscite l’intérêt de plus en plus d’universités et centres de recherche.C’est le cas de l’UQAM qui en 2007 a mis en place des archives de publications électroniques (www.archi-pel.uqam.ca) pour recueillir les travaux des chercheurs.Malgré le nombre grandissant de revues scientifiques et de dépôts institutionnels en accès libre, les revues considérées comme étant les plus pres- tigieuses demeurent réfractaires à ces initiatives.Pour Jean-Claude Guédon, professeur à l’Université de Montréal et un des acteurs majeurs du mouvement pour l’accès libre, la situation s’explique par le fait que ces revues sont de plus en plus contrôlées par des maisons d’édition commerciale qui vendent à fort prix des abonnements aux bibliothèques bien financées.Comme l’indique cet auteur dans l’article « Repenser le sens de la communication scientifique : l’accès libre » paru dans Medecine Sciences, ceci n’est pas sans causer de profondes inégalités : « Dirigées très majoritairement par des scientifiques des pays riches, poursuivant les orientations de recherche des savants de ces pays, ces revues disposent d’un potentiel collectif de contrôle qui se rapproche dangereusement de la capacité d’influencer l’orientation des recherches scientifiques.» C’est donc pour faire face aux résistances des grandes maisons d’édition que la question de l’accès libre, auparavant une initiative volontariste, devient aujourd’hui résolument plus politique.Par exemple, aux États-Unis, une loi adoptée en 2007 stipule que tous les chercheurs financés par le National Institute of Health (organisme subventionnaire pour la santé aux États-Unis) doivent soumettre à la Bibliothèque nationale de médecine une version électronique de chacune de leurs publications.Au Canada, les instituts de recherche en santé ont également adopté un règlement similaire qui oblige les chercheurs financés à rendre librement accessibles leurs travaux dans les six mois suivant la publication.Dans cette bataille politique, la société civile joue un rôle de premier plan.Jean-Claude Guédon remarque par exemple qu’aux États-Unis c’est une puissante alliance entre les bibliothécaires, les chercheurs et les organismes de soutien aux victimes de maladies graves qui ont réussi à faire adopter ces lois favorisant ou obligeant l’accès libre, et ce, dans une période particulièrement défavorable idéologiquement.Selon l’auteur, c’est le désir des patients et de leurs médecins de devenir des partenaires dans le processus de recherche, et non pas de simples consommateurs, qui constitue le fondement de cette bataille.La perspective d’un plus grand nombre d’acteurs engagés dans les choix techniques et scientifiques permet donc d’apprécier davantage l’importance et le potentiel de l’accès libre.L’auteur est doctorant et chercheur au Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur de l’UQAM.Malgré le nombre grandissant de revues scientifiques et de dépôts institutionnels en accès libre, les revues considérées comme étant les plus prestigieuses demeurent réfractaires à ces initiatives VOYAGEURS CANADIENS SUITE DE LA UNE sagers canadiens n’oblige les transporteurs aériens canadiens à violer la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques du Canada ainsi que la loi sur l'aéronautique ».Le gouvernement canadien lui-même a osé protester contre les demandes de son puissant voisin du sud.« [./Vu la complémentarité de nos systèmes d’aviation respectifs, ainsi que la coopération systématique existant entre nos deux pays, le gouvernement du Canada estime qu’il y a de solides raisons pour exempter des dispositions du PSV tous les vols vers et depuis le Canada même si les avions ne font que passer au-dessus du territoire américain et n'y atterrissent pas », a fait valoir dans un communiqué l’ancien ministre des Transports, Lawrence Cannon, en novembre 2007.Main basse sur la souveraineté canadienne Le chercheur associé à la Chaire du Canada en sécurité, identité et technologie, Benoît Gagnon, souligne que « le PSV est une continuité d'une longue série de programmes de renseignements.On laisse peu à peu les États-Unis gérer notre sécurité ».En effet, depuis le 11 septembre 2001, le Canada et les États-Unis ont renforcé l’intégration de leur système de sécurité aux frontières, avec notamment la Déclaration sur la frontière intelligente qui prévoit l’échange des renseignements entre les deux alliés.Il est toutefois trop tôt, selon M.Gagnon, pour déterminer quels seront les impacts de cette politique sur la souveraineté canadienne.Cependant, même avant l’application du PSV, le transfert de renseignements personnels donnait lieu à bien des complications pour les voya- geurs canadiens qui traversaient la frontière.En juin 2007, Teresa Healy, chercheuse principale au Congrès du travail du Canada, a subi un interrogatoire prolongé des douaniers américains au poste frontière de Cornwall, en Ontario, lorsqu’elle a déclenché le détecteur de radiation.Après vérification, les douaniers se sont aperçus que les radiations étaient dues à des tests médicaux.Ils ont toutefois tenu à interroger M1"' Healy au sujet d’une manifestation pacifique à laquelle elle avait participé en 1991 et pour laquelle elle avait été arrêtée.Si aucune accusation n’avait été retenue contre elle à l’époque, les douaniers avaient tout de même en leur possession ses empreintes digitales.« Ils m’ont dit : “ne vous inquiétez pas, on les garde juste au cas où vous feriez autre chose.” » M""’ Healy en est toujours stupéfaite.« J'étais choquée que le gouvernement canadien donne mon dossier aux Américains pour un cas où j’ai été déclarée innocente.» Elle a tenté de porter plainte au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.On lui a affirmé ne pouvoir rien faire puisqu’il s’agit d’un accord international.Des situations semblables à celle vécue par Teresa Healy risquent de devenir plus nombreuses maintenant que la vérification des voyageurs s'applique même à ceux qui ne vont pas directement aux États-Unis.Les citoyens souhaitant porter plainte vont par ailleurs continuer de se buter à un mur, prévient Benoît Gagnon.« Même si l'on proteste, le gouvernement canadien dira que ce n'est pas sa politique, et le gouvernement américain que nous ne sommes pas ses citoyens.C'est un cercle vicieux.» NIGER SUITE DE LA UNE d’autre choix que de s’interposer par la force devant les sociétés privées attirées par des gisements de toute sorte.On les voit ensuite se rendre complices, au détour de ristournes et autres bakchichs, de l’exploitation éhontée des ressources du continent.L’apparition de gouvernements corrompus, seigneurs de guerre locaux, mouvements de libération ethniques et rebelles sécessionnistes résulte systématiquement de cette logique.Les sociétés canadiennes qui se prêtent de gré ou de force à ce jeu ont donc à assumer une responsabilité historique quant à l’évolution des conflits armés sur le continent.Les civils font les frais de cette exploitation structurelle.Les citoyens canadiens se découvrent complices de ces méfaits, leur épargne se trouvant placée dans ces sociétés cotées en bourse à Toronto.Pour résoudre le « mystère » de cet enlèvement, tous les coupables potentiels ont été évoqués : les Touaregs, le gouvernement nigérien lui-même, les sociétés minières française et canadienne qui se livrent une rude concurrence ou encore l’incontournable et toujours bien commode Al-Qaïda.D’aucuns admettent que ces différents récits relèvent de conjectures.L’intérêt réside toutefois ailleurs, à savoir dans le postulat implicite de toutes ces questions sur l’existence du pillage occidental en Afrique et les répercussions aveugles qui s’abattent sur le continent.Colloque de la revue possibles sur l’altermondialisme Université de Montréal 12 h à 18 h Salle B-3335 Pavillon Jean-Brillant (3200 rue Jean Brillant, métro Université de Montréal ou Côte-des-Neiges) Présentation de Serge Mongeau, Claude Vaillancourt (ATTAC-Québec), Denis Saint-Martin (UdM) Pascale Dufour (UdM), Rachad Antonius (UQAM), Gabrielle Gérin (York University/FSQ), Jacques B.Gélinas (auteur), Jacques Létourneau (CSN) UNE GUERRE COMMERCIALE FRANCO-CANADIENNE?Le National Post de Toronto lorgne du côté de la « French Connection » pour expliquer l’enlèvement des diplomates Robert Fowler et Louis Guay.La société française Avera, bien implantée au Niger, verrait d'un mauvais œil que des Canadiens s'affairent à témoigner de ses activités décriées par les Touaregs.Le Figaro renchérit depuis Paris : Avera cherche à décrocher un contrat énergétique d’envergure en Ontario en février prochain, et on soupçonne Queen’s Park et Ottawa de mettre tout en œuvre pour favoriser les Canadiens en lice, soit Énergie atomique du Canada limité (EACL) et ses fournisseurs ontariens au détriment de la française.Si Avera décrochait le contrat, elle s’approvisionnerait en uranium au Niger.Le Canada a donc intérêt à dépeindre ses activités nigériennes de façon critique pour justifier son élimination.Il est aussi plausible que le développement de la filière uranium par l'entreprise canadienne Semafo au Niger soit lié aux projets d’EACL.Pour sa part, le jour même de la disparition des deux Canadiens, la concurrente Avera annonçait son intention d'investir i,6 milliard de dollars dans la mine d’uranium d’Imouraren pour en faire le plus grand projet industriel minier du pays.L'auteur est postdoctorant à l’UQAM et coauteur de Noir Canada, Pillage, corruption et crimi, nalité en Afrique (Êcosociété, 2008). JOURNAL ALTERNATIVES ¦ FÉVRIER 2009 3 i Science et démocratie Recherche en danger Au Québec, la recherche universitaire est généralement considérée comme un service public.Pourtant, les politiques gouvernementales manœuvrent depuis quelques années de manière à dénaturer ses finalités.Les gouvernements canadien et québécois ont pris des décisions cruciales pour les universités sans débats démocratiques et en l’absence d’une juste appréciation des conséquences sur le système universitaire et sur la société.CÉCILE SABOURIN À l’instar des professeurs d’université, plusieurs organisations non gouvernementales s'inquiètent des conséquences sur les objets de recherche et sur l’accès libre aux connaissances.Depuis le début des années 2000, d’importantes modifications ont été apportées aux politiques publiques en matière de recherche, et ce, tout juste après que les universités aient été soumises à une période d’appauvrissement résultant de la lutte aux déficits et des coupures dans les transferts fédéraux pour l’enseignement supérieur.Sous-financées, elles ont été incapables de résister aux exigences associées à l’octroi de nouveaux fonds.Parmi ces exigences, il faut noter l’incitation à recourir au secteur privé et à établir des partenariats.Le secteur privé a flairé la bonne affaire et s’attend désormais à des retombées sous forme d’innovations commercialisables.Conception productiviste de la recherche et effets pervers Renonçant à rétablir les transferts fédéraux et mettant en application la conception instrumentale du savoir proposée par l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), le gouvernement canadien choisit d’attribuer aux universités des sommes substantielles aux fins de recherche en les rattachant à ses priorités économiques et politiques, notamment des objectifs de sécurité récemment redéfinis.Le gouvernement québécois lui emboîte le pas et place l’innovation au centre de ses politiques dans tous les domaines de recherche.Les ministères à vocation économique, désormais responsables de la recherche, mettent en place les conditions pour faire des universités les vecteurs du développement économique et politique, dénaturant ainsi la conception du savoir.En parallèle, les universités implantent les mécanismes de la nouvelle gestion publique comme s’y emploient les gouvernements québécois et canadiens.Ces changements affectent toute l’institution universitaire et sa contribution essentielle et spécifique au développement global de la société.Les professeurs doivent désormais composer avec une conception productiviste et utilitariste de la recherche universitaire : viser les cibles et répondre aux exigences pour décrocher des fonds dans un contexte de plus en plus compétitif; devenir entrepreneurs et gestionnaires d’équipes; développer des partenariats universités-entreprises; se greffer à de grands réseaux, internationaux de préférence.Dans les domaines les plus propices aux retombées commerciales - santé, médecine, ingénierie - les professeurs sont incités à adopter une logique qui les éloigne de celle de la recherche publique et de l’université : limites à la divulgation des résultats, obtention de brevets, cession de licences, création d’entreprises dérivées, transferts des résultats de la recherche vers des entreprises qui sont en mesure de les commercialiser.Sont ainsi privilégiés des processus propres au secteur privé tel le secret et divulgation, le marketing de l’image, la gestion bureaucratique du processus de recherche.Les programmes de recherche sont découpés et le financement accordé en fonction de la rentabilité et des retombées « promises » à chacune des étapes.Cela explique toute la publicité qui entoure des « découvertes » dont on dit peu de choses et dont on mentionne invariablement qu’elles ne se traduiront pas en produits - vaccin, médicament, traitement ou autre - avant de nombreuses années, parfois 20 ans ou même plus.Cette diffusion stratégique des résultats de recherche permet ainsi de consolider les dossiers de chercheurs en quête de financement pour continuer leurs travaux.Les étudiants sont d’ailleurs de plus en plus associés à des travaux orientés en fonction des budgets disponibles plutôt que sur la base de leurs propres intérêts de recherche.Leur apprentissage est même confondu avec le travail salarié.En somme, la recherche universitaire est soumise à un rythme de production incompatible avec les valeurs communément reconnues dans le milieu universitaire.Appauvrissement collectif Les fonds dédiés à la recherche ont crû de manière importante au Québec.Cependant, leur répartition entre les disciplines devient de plus en plus inégale.En dépit du nombre de chercheurs en sciences humaines et sociales, celles-ci demeurent les parents pauvres du système.Les projets portant sur des problèmes concrets de société - par exemple la pauvreté, l’itinérance, le gaspillage environnemental, l’exclusion sociale - dont les solutions ne débouchent généralement pas sur des retombées commerciales, mais plutôt sur des transformations substantielles du système socioéconomique, ne figurent généralement pas au nombre des priorités du financement public.Dans ces domaines, les fonds sont souvent octroyés sur la base d’appels d’offres qui circonscrivent les objets de recherche ou même imposent des cadres très précis, laissant peu de place à l’exploration libre et à la créativité.La recherche fondamentale, la recherche libre et la recherche individuelle sans but précis deviennent difficiles à entreprendre, faute de soutien et de reconnaissance.Les conditions nécessaires à l’élaboration de nouvelles connaissances dont on ne connaîtra les applications que beaucoup plus tard, comme ce fut le cas pour de nombreux produits désormais d’usage courant, disparaissent.Les conditions qui sont essentielles à la préservation de la liberté universitaire s’en trouvent compromises.La société québécoise dans \ jAUi/on; lo recherche «chefdw-sfrdonger.cipirtt.cwg PHOTO ; FLICKRI MARC MONTICELLI son ensemble en est appauvrie et elle le sera encore davantage si cette tendance se poursuit.Le public peu consulté Les universités sont au Québec le principal lieu où s’effectue la recherche publique, celle qui doit répondre aux attentes légitimes de l’ensemble de la population qui en assume la majorité des coûts.Par ses représentants et par ses interventions à différentes instances de la société civile, la population exige d’assumer ses responsabilités de contribuer aux débats qui entourent les orientations de la recherche publique.Or les instances gouvernementales et paragouvernementales consultent peu, et de manière très sélective, avant de prendre les décisions qui orientent l’attribution des fonds publics pour la recherche.Non seulement cela résulte en une prédominance des objectifs économiques et commerciaux au détriment des finalités sociales, culturelles, environnementales et citoyennes, mais cela met en péril l’autonomie des universités et la liberté de recherche, bases essentielles du développement du savoir, de l'intégrité intellectuelle et de la fonction critique des universitaires.En France, l’avenir de la recherche préoccupe également, comme en témoigne cette manifestation à Nice, en mai 2008, pour la défense de la recherche publique et du Conseil national de recherche scientifique.En l'absence de conditions permettant pour les chercheurs l’expression libre d’analyses éclairées, la société perd la garantie que le travail universitaire est effectué en l’absence de pressions économiques et politiques indues.S’il est souhaitable que les recherches universitaires produisent des retombées concrètes, commerciales ou non, il n’est nullement acceptable que cette finalité oriente la recherche universitaire.Les gouvernements portent la responsabilité et les universités assument le défi de garantir les conditions qui permettent la conduite de recherches à l’abri de tout détournement au profit d’un secteur particulier de la société québécoise.L'auteure est présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU).Kerala Sasthra Sahithya Parishad « La science pour une révolution sociale » « Nous essayons consciemment de convertir la science et la technologie en une arme à mettre dans les mains des pauvres pour qu’ils combattent leur appauvrissement.» C’est avec cet objectif que l’ONG indienne Kerala Sasthra Sahithya Parishad (KSSP) tente depuis près de 50 ans d’amener les citoyens moins fortunés à s’engager plus activement dans le processus de transformation sociale devant mener à l’avènement d’un État plus égalitaire.BENOÎTE LABROSSE Les racines de Kerala Sasthra Sahithya Parishad, dont le nom signifie «Forum pour la littérature scientifique du Kerala » dans la langue locale, le ma-layalam, remontent à 1962.L’objectif premier de ce petit groupe de chercheurs et de communicateurs était de traduire les ouvrages scientifiques dans la langue locale pour en augmenter le rayonnement dans la communauté.« Les fondateurs venaient de trois grands courants de pensée qui ont tous influencé le mouvement », précise K.K.Krishnakumar, un ingénieur de formation engagé dans le mouvement depuis 1972.« Il y avait ceux qui militaient pour la libération populaire et qui étaient inspirés par le mouvement soviétique, les chercheurs qui estimaient que le pays avait besoin de se développer au niveau scientifique, et puis finalement le groupe des communicateurs, professeurs et écrivains qui estimaient que la seule langue de communication scientifique - l’anglais -et le faible taux d’alphabétisation constituaient une barrière pour la population.» Le KSSP est rapidement devenu l’un des plus grands éditeurs scientifiques indiens, avec en moyenne une cinquantaine de titres publiée annuellement.Vendues de porte en porte par des membres de l’organisation - ils sont actuellement plus de 50 000 -, ces publications représentent encore aujourd’hui la principale source de financement de l’organisme.« Nous nous concentrons surtout sur les sujets scientifiques et politiques, mais nous avons aussi des livres pour enfants, des contes ou encore des livres sur la santé», explique M.Krishnakumar, qui a déjà assuré la présidence de l’organisme et fait toujours partie de son comité exécutif.Amener les gens à réfléchir pour agir Dans les années 1970, le KSSP décide d’élargir son champ d’action pour s’impliquer dans l’aspect plus politique de la science et des technologies.« Nous avons alors compris que notre rôle était d'aider la population moins privilégiée à démystifier les enjeux scientifiques et politiques pour lui permettre de participer à la vie démocratique nationale d’une façon plus efficace », soutient M.Krishnakumar.C’est également à cette époque que l’organisme a adopté sa devise, « la science pour une révolution sociale ».La première intervention de KSSP dans le débat public est sa prise de position contre la construction d’un barrage hydro-électrique dans la région de Silent Valley.« Depuis, s’exclame l’ingénieur en riant, nous avons une très intéressante relation d’amour-haine avec le gouvernement!.Nous avons souvent à critiquer ses actions, mais parfois, les élus sont heureux qu'on le fasse! » L’un des exemples les plus flagrants reste la fructueuse campagne d’alphabétisation que le KSSP a menée à la fin des années 1980 en réponse à ce qu’il considérait comme un manque de volonté de l’État.Toutefois, beaucoup de travail reste encore à faire pour atteindre un semblant d’égalité.« Nous avons une fois de plus constaté les impacts choquants du néolibéralisme, se désole M.Krishnakumar.Le fossé entre les riches et les pauvres s'est encore élargi, et les pauvres sont déplus en plus marginalisés dans la société.» Mais il ne faudrait pas croire que de tels constats ébranlent l’optimisme dont font preuve les membres de KSSP depuis ses débuts.« Nous ne sommes pas fatalistes et nous ne croyons pas dans la philosophie d'”il n’y a pas d’alternatives”, assure M.Krishnakumar.On croit que quand on pose les bonnes questions, on amène les gens à réfléchir et à créer leurs propres initiatives porteuses de changement.» Stimuler la créativité Le volet jeunesse a toujours occupé une place de choix dans cette organisation.Malheureusement, l’adhésion des jeunes a fortement diminué depuis quelques années.D’après M.Krishnakumar, « c’est à cause de l'individualisme apporté PHOTO : ANAÏS PARÉ par la société néolibérale.L'attachement à la communauté est beaucoup moins fort qu’avant, donc il faut travailler à le recréer sous une nouvelle forme.» Malgré un certain désintéressement de la jeunesse, le mouvement existe depuis presque quarante ans rappelle l’ingénieur, qui explique sa survie par le fait que celui-ci essaie de s’adapter aux nouveaux besoins exprimés par la population.En plus de travailler à inclure les nouveaux médias et les technologies de l’information à son fonctionnement, l’organisme a donc décidé de profiter de l'année 2009 pour lancer une grande campagne scientifique.Cette année marque entre autres le 150'' anniversaire de la théorie de l’évolution de Charles Darwin et le 400'' anniversaire de l’invention de la lunette télescopique par Galilée.« Nous utilisons toutes les opportunités qui nous sont offertes pour discuter de la science et de son impact dans la société, car la plus grande leçon que nous avons apprise depuis nos débuts, c’est que toutes les transformations dans la société doivent venir de la communauté locale.Une fois que la communauté s'engage, elle fait preuve d'une grande créativité pour arriver à ses fins.L’essentiel, c’est donc de stimuler cette créativité.» LE KERALA, UNE RÉGION « MODÈLE » « Le Kerala est une région particulière où la population semble vouloir s’impliquer et avoir envie de changements », estime K.K.Krishnakumar.En effet, cet État du sud-ouest de l’Inde, qui couvre un peu plus de 1 % de la superficie totale du pays et abrite plus de 31 millions de personnes, est reconnu pour être l’un des plus progressistes du pays, à un point tel qu’il existe un « modèle de Kerala ».Ce modèle réfère, entre autres, à l'indice de développement humain particulièrement élevé de la région, malgré une situation économique plutôt difficile.Un des facteurs expliquant ce résultat surprenant est le très haut taux d’alphabétisme de Kerala - le plus élevé en Inde -, conséquence de la grande campagne d’éducation menée par KSSP entre 1989 et 1992, la Total Literacy Campaign.La lutte de l’organisme en vue d’une plus grande décentralisation du pouvoir et des fonds en faveur des gouvernements locaux de la province y est également pour quelque chose.1000 stagiaires à Alternatives En 15 ans de conscientisation et d’engagement chez Alternatives, 1000 stagiaires ont eu la chance extraordinaire de vivre une première expérience en développement international.Une expérience qui, dans plusieurs cas, a changé le cours de leur vie.Pour souligner l'atteinte de ce jalon important, Alternatives aimerait reprendre contact avec la grande famille des stagiaires pour se remémorer le bon temps.Printemps 2009, venez renouer avec vos anciens camarades.Nous vous préparons toute une fête! B Aidez-nous à retrouver nos anciens stagiaires et collaborateurs et tenez-vous informés des prochaines activités des 1000 stagiaires.Ajoutez « Mille Stagiaires » à vos amis • Joignez le groupe « Stagiaires Alternatives » de votre année Alternatives.pour un monde différent info@1000stagiaires.eom m c ne m K- c • • • c ¦ i • MC nuise ¦ c ÜC m mz 4 JOURNAL ALTERNATIVES .FÉVRIER 2009 Points de vue BILLETS L’opposition juive à l’attaque contre Gaza Judy Rebick Parmi les voix qui s’élèvent contre l’assaut israélien de Gaza, il y a celles, bien fortes, de Juifs dissidents.Je suis une des huit femmes juives arrêtées pour avoir occupé le consulat israélien à Toronto, le 8 janvier.Le lendemain, des militants juifs ont bloqué à leur tour l’entrée du consulat de Boston.La semaine suivante, un millier de Juifs manifestaient devant le consulat israélien à New York et, quelques jours plus tard, des jeunes juifs forçaient la fermeture de celui de Los Angeles.La BBC rapporte que le Conseil des communautés juives du Maroc a proclamé « sa solidarité avec les victimes innocentes qui souffrent à Gaza ».Le directeur de la Fondation culturelle du patrimoine judéo-marocain, Simon Levy, a décrit les meurtres à Gaza comme injustifiés et « plus que déplorables.Ce n’est pas comme ça que je conçois le judaïsme », a-t-il déclaré.En Grande-Bretagne d’innombrables Juifs de renom ont émis une déclaration critiquant Israël.L’un d’eux, Sir Gerald Kaufman, un député au Parlement britannique dont la grand-mère a été assassinée par les nazis, a déclaré : « Ce gouvernement israélien exploite cyniquement et sans merci la culpabilité des Gentils concernant l’holocauste pour justifier les meurtres des Palestiniens.» Lors d’une réplique au Parlement, il a affirmé ceci : « Ma grand-mère n’est pas morte pour servir d’alibi aux soldats israéliens afin d'assassiner des grand-mères palestiniennes à Gaza.» L’occupation du consulat israélien de Toronto à laquelle j’ai participé était organisée par un groupe de personnes indignées par la violence infligée à Gaza par Israël.Nous étions des femmes âgées de 25 à 65 ans, qui pour la plupart n’avaient jamais pris part à une occupation.Nous savions que nous allions être arrêtées et peut-être bousculées par les gardes de sécurité israéliens.Mais nous étions prêtes à prendre ce petit risque, en rien comparable aux souffrances de gens de Gaza, pour attirer l’attention sur ces massacres.Je savais que cette occupation allait attirer les médias, mais j’ai été abasourdie par les réactions.Bien que la couverture ait été nulle au Canada, l’annonce de cette occupation et une excellente vidéo diffusée sur Youtube ont rapidement fait le tour de la planète.Nous avons été inondées de courriels et d’appels de partout nous remerciant pour ce geste.Les messages le plus émouvants sont venus de Palestiniens en exil et de Juifs inspirés par nos actions.J'ai réfléchi à l’importance de toute cette question.Je suis moi-même antisioniste depuis que j’ai visité Israël en 1970.J’y ai trouvé une société raciste et militariste qui n’avait rien à voir avec la tradition progressiste que je chérissais en tant que Juive.En effet, au cours des années 1940, il y avait un vif débat à propos du sionisme.Plusieurs Juifs progressistes arguaient qu’Israël deviendrait un piège pour les Juifs, et qu’expulser des gens de leur terre natale était non seulement mal, mais que cela rendait impossible la création d’une patrie paisible pour les Juifs.L’opposition aux politiques d’Israël ou à l’existence même d’un État juif demeure forte, mais cette vision a été marginalisée au sein de la communauté juive.Depuis plus de dix ans, Israël et la communauté juive organisée d’Amérique du Nord tentent d’imposer l’idée que l’État d’Israël est synonyme de judaïcité.Si on critique Israël, alors on est antisémite.Même au sein de la communauté juive, il est de plus en plus difficile de se prononcer contre Israël de peur d’être ostracisé.Et en Israël, les dissidents se disent plus menacés que jamais.Mais Israël est un pays, pas un peuple.Il est dangereux d’associer un pays à un peuple, et en faisant cela, Israël et les grandes organisations juives nourrissent davantage l’antisémitisme qu’ils ne contribuent à le combattre.Obama : Pheure de vérité approche NORMAND BAILLARGEON L’euphorique investiture d’Obama a porté à son comble les espoirs suscités par sa campagne.On se félicite, avec raison et moi le premier, de l’élection d’un Noir qui défend quelques idées progressistes à la Maison-Blanche - même si cette élection a été l’occasion pour une certaine intelligentsia de promouvoir une bien niaise américanophilie.Que fera à présent Obama?Pour éviter de trop amères désillusions, je recommande de plonger un instant la tête dans les eaux glacées d’une minimale lucidité.Sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes, et obtenu leur assentiment.Par ailleurs, son gain minimal (46 % des votants ont choisi le tandem McCain-Palin), il le doit en partie au fait d’avoir su se présenter comme une sorte de tableau vierge sur lequel chacun a été invité à écrire ce qu’il voulait.À ces mots pouvant recouvrir à peu près tout ce qu’on voudra (par exemple : « espoir », « changement », « on le peut »), chacun a entendu ce qu’il voulait bien entendre.Des interprétations bien divergentes ont d’ailleurs déjà été données de ce que ces mots signifient en matière de relations internationales, d’économie, de justice sociale, de droits humains et de politiques environnementales, qui sont parmi les plus importants chantiers qui attendent Obama.Le moment des gestes est arrivé.C’est celui sur lequel on juge un politicien.En fait, il a commencé avec les nominations faites par Obama.Considérons l’économie.L’ex-professeur de l’Université de Chicago a annoncé dès novembre des choix que ne renieraient pas les curés fanatiques du tout-au-marché qui y prêchent.Qu’on en juge.Thimothy Geitner, principal architecte des récents renflouements d’innombrables institutions financières, sera secrétaire du Trésor.Lawrence Summer, ex-conseiller de Reagan, sera le principal conseiller économique d’Obama et à la tête du National Economie Council.On lui doit d’ailleurs la déréglementation des marchés des années 1990.Lors de son passage comme économiste en chef à la Banque mondiale, il a déclaré qu’il était raisonnable de déverser nos déchets toxiques dans les pays pauvres.Paul Volcker, antitravailleur, ex-conseiller de Carter et de Reagan, est à la tête de l’unité spéciale qui supervisera la stabilisation des marchés financiers.On lui doit, alors qu’il présidait la Fed, une part de la récession de 1981-1982 et des taux d’intérêts (jusqu’à 20 %) de cette époque.Arrêtons là.Les institutions dominantes se sont dites rassurées par ces nominations.On les comprend : la banque de sang est confiée à Dracula.Léconomie américaine est pourtant dans une situation « pire que quiconque ne l’aurait imaginé », assurait récemment Paul Krugman.Obama semble conscient de la dure partie qui s’annonce : « Tout le monde devra y laisser de la peau », déclarait-il à ABC.Avec de tels conseillers économiques, on soupçonne d’où elle proviendra.A contrario de ce romantisme qu’on nous serine ces jours-ci, le changement social ne s’effectue pas par des héros charismatiques.Il s’effectue par des mouvements sociaux luttant dans la durée et qui arrachent des victoires aux institutions dominantes.Il arrive certes que de tels mouvements portent un héros charismatique : mais lui n'est rien sans elles.L’assurance santé universelle, des salaires décents, un impôt progressiste, l’assainissement et le contrôle des institutions financières, la lutte contre le réchauffement planétaire : ces promesses d’Obama sont bien minimales pour le pays le plus riche du monde.Elles ne se concrétiseront que si, dans les cruciales semaines à venir, progressistes, pacifistes mobilisés contre les guerres en cours, syndicats et mouvements communautaires maintiennent vivante la mobilisation populaire qui a contribué à faire élire Obama et exercent sur lui une pression qui contrebalance celle qu’exercent les Maîtres.Loin d’être l’aboutissement de la lutte politique, l’élection d’Obama doit en marquer la poursuite et l’intensification.7)MAEKHAPÊ1 %
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