Le devoir, 20 novembre 2004, Cahier B
L E D E V 0 I H .LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 A l’ombre de la cour des miracles Page B 6 États-Unis : les armées de la compassion Page B 5 PERSPECTIVES Les Albertains aux urnes lundi Le dernier tour de piste Ralph Klein sera réélu pour un dernier mandat, mais avec des résultats moins ronflants que par le passé MANON CORNELLIER Ottawa — Les Albertains amateurs de suspens savent depuis des semaines qu’ils ne doivent pas compter sur la soirée électorale de lundi pour leur donner des émotions fortes.Le premier ministre Ralph Klein n'avait pas encore annoncé les élections que tout le monde le voyait déj^ gagnant A deux jours du scrutin, les pronostics n’ont pas changé.Le Parti conservateur, qui règne sur la province la plus riche du pays depuis 33 ans, reprendra le pouvoir lundi.Ralph, comme l’appellent ses commettants, aura droit au quatrième et dernier mandat qu’il souhaite.Il y aura toutefois une ombre au tableau de chasse de King Ralph.Le doyen des premiers ministres provinciaux pourrait terminer sa carrière politique avec des résultats moins ronflants que par le passé.Sa popularité personnelle a fléchi et celle de son parti aussi.Rien de dangereux, loin de là.L’homme et sa machine dominent largement les enquêtes d’opinion.Il y a quand même un «mais».«Les Albertains commencent à penser que Ralph a été là trop longtemps, qu’il fait preuve d’une certaine arrogance», évoque Bruce Cameron, président de Cameron Strategy Survey.La nonchalance de M.Klein depuis le début de la campagne, son évident manque de passion et d’intérêt, son refus d’exposer une quelconque vision ou de présenter un programme étoffé ont déçu.Selon un sondage Ipsos-Reid publié hier, 56 % des Albertains approuvent la performance de M.Klein, mais il s’agit de son plus bas score en une décennie.Selon un autre sondage, publié mercredi et réalisé par Cameron Strategy Survey, 36 % des Albertains affirment que leur opinion du premier ministre a décliné depuis six mois.Le parti, de son côté, recueille dans le sondage Ipsos-Reid 44 % des intentions de vote, comparativement à 29 % pour les libéraux, 12 % pour le NPD et 9 % pour le nouveau parti de droite Alliance Alberta.Mais le PC a obtenu moins de 50 % des votes qu’à une seule occasion depuis que M.Klein est chef, soit lors de la première élection qu’il a gagnée (44,5 % en 1993).Ses appuis n’ont fait que croître par la suite.En 1997, il a récolté 51,2 % des voix.En 2001, année du dernier scrutin, c’est rien de moins que 61,2 % des voix qu’il a accaparées.Cela lui a donné 74 sièges et n’en a laissé que sept aux libéraux et deux au NPD.Un fin dosage Les Albertains, ditTim Olafson, d’Ipsos-Reid, sont des électeurs qui ne réagissent pas de façon abrupte.«Ils ont plutôt tendance à envoyer des avertissements dosés.» Et il voit dans les résultats qu’il anticipe pour les élections, un «signal subtil pour M.Klein, à savoir que c’est peut-être le temps d’un changement, de songer à une nouvelle direction pour le parti».«C’est comme si les Albertains lui disaient on vote pour toi, mais à la condition que tu prennes ta retraite», renchérit M.Cameron.Les Albertains ont toutes les chances de se réveiller mardi Ralph Klein a déjà dit cependant qu’il s’agissait de son dernier mandat II a affinné récemment qu’il resterait pendant au moins trois ans, mais pratiquement tout le monde s’attend à ce qu’il tire sa révérence après les célébrations du centenaire de la province en 2005.«Les résultats peuvent cependant amener les gens à se demander combien longtemps U pourra rester en poste après les élections», pense Bruce Cameron.L'essentiel de la chute de popularité du chef conservateur est survenue au début de la campagne lancée le 25 octobre.Dès le départ, il a soutenu que cette course serait sans grand intérêt.11 a refusé de faire des promesses, notant qu’il procéderait à des consultations une fois les élections passées.Pour épicer le tout, il s'est permis une de ces sorties dont il a le secret.Alors qu'il était talonné par des femmes se disant sévèrement handicapées, il s'est demandé si certaines personnes n'abusaient pas des prestations pour gens sévèrement handicapés et s’il ne fallait pas contrer ces abus.Le décès de sa mère, à la fin de la première semaine de campagne, l’a soustrait au regard des médias et la controverse s’est essoufflée.Mais même après son retour dans l’arène, le débat n’a jamais vraiment levé.Ralph Klein s’est lancé en campagne en affirmant vouloir un mandat pour tenir tête à Ottawa, une rhétorique antifédérale qui fait aisément recette en Alberta, mais il a vite cessé d’en parler.Les étincelles n’ont pas duré.En fait, aucun thème n'est arrivé à s’imposer.comme si nen ne s’était passé De sérieux enjeux Selon Trevor Harrison, expert en sociologie politique de l’université de le-thbridge, tout n’est pas rose pour autant.Certains enjeux préoccupent les Albertains.Il mentionne les questions autour de la place exacte que M.Klein veut laisser au secteur privé dans le système de santé, questions auxquelles il refuse de répondre.D y a aussi la déréglementation de l’énergie et la hausse des prix qui s’en est suivie, le coût croissant de l’assurance-automobile, la crise de la vache folle qui perdure, le manque d’information sur les intentions du gouvernement et, plus diffus, le débat autour de l’utilisation à long terme des surplus budgétaires afin de se préparer à la fin des revenus pétroliers.«R y a un certain mécontentement, mais ce dernier peut-il donner lieu à une mobilisation ?Le parti au pouvoir a des moyens énormes, contrairement aux partis d'opposition», relève M.Harrison.Selon Tim Olafson, l’opposition n’a pas été capable, de son côté, «d’articuler des arguments incontestables pouvant justifier un changement de gouvernement».Résultat, ce fut une «non-campagne», soutient le politologue Steve Patten, de l’université de l’Alberta.Les bulletins télévisés de fin de soirée en ont rarement fait leur manchette, même chose pour les journaux, dit-il.Le public n’est pas engagé, l’opposition n’arrive pas à s’imposer, ce qui l'amène à prédire une faible participation au scrutin de lundi.Ce ne serait pas nouveau.En 2001, seulement 52,8 % des électeurs albertains se sont rendus aux urnes.Depuis 1975, le taux JIM YOUNG REUTERS Tout le monde s’attend à ce que Ralph Klein tire sa révérence après les célébrations du centenaire de la province, en 2005.de participation n’a dépassé la barre des 60 % qu’à deux reprises, souligne M.Patten.L’image qui en ressort est celle d’une province politiquement monolithique et d’une tolérance sans fin pour son premier ministre et ses frasques.Selon la plupart des politologues, il y a plus de diversité qu’il n’y paraît, mais les distorsions occasionnées par le mode de scrutin font en sorte que les résultats électoraux ne la reflètent pas.Quant à Ralph Klein, «il a tout simplement beaucoup plus de marge de manœuvre que la plupart des politiciens», note Tim Olafson.H y a des «poches d’insatisfaction», reconnaît-il, mais les Albertains s’en tirent mieux en général qu’il y a dix ans, un bilan rendu possible grâce aux revenus pétroliers, mirobolants depuis la flambée de la dernière année.Les gens reconnaissent qu’il a éliminé la dette et investi dans la santé et l’éducation, dit Bruce Cameron.Des libéraux handicapés Les libéraux ne font quand même pas mauvaise figure dans les sondages, mais ils sont handicapés par de nombreux problèmes: un chef peu connu, une caisse dégarnie, une organisation minimaliste et la compétition du NPD.Les néodémocrates et eux se disputent les mêmes territoires, en particulier Edmonton.MM.Olafson et Cameron pensent tous les deux que la division du vote de gauche pourrait permettre à certains conservateurs de sauver leur peau dans la capitale albertaine.Dans les zones rurales, l’Alliance albertaine, née il y a deux ans, grignote le vote conservateur plus à droite.L’hégémonie du PC n'est pas remise en question mais, selon M.Cameron, il y a là un message à plus long terme pour les conservateurs.Leurs partisans plus à droite, parfois frustrés par la modération ou les louvoiements de M.Klein, pourraient, s'ils finissent par avoir une solution de rechange durable, déserter ,1e parti.A plus court terme, les résultats pourraient avoir une influence sur la course' au leadership conservateur, pense-t-il.Il note qu’un des candidats pressentis, Ted Morton, se présente comme le représentant du vote de droite rural et que, même s’il a peu de chance de l’emporter, il est perçu comme une force qu’on ne peut ignorer.Ixjs Albertains ont toutes les chances de se réveiller mardi comme si rien ne s’était passé, à croire que ces élections ne sont qu’une étape dans la vie du Parti conservateur.Un nouveau pas, en somme, vers une campagne au leadership qui pourrait finalement, selon le choix qui sera fait, avoir plus d'impact sur l’orientation politique de la province et ses rapports avec le reste du pays que la réélection d’un vieux lion à son dernier tour de piste.Le Devoir Guerre civile en Côte d’ivoire Du miracle à l’enfer La Côte d’ivoire, hier encore décrite comme un phare pour la région, vit depuis deux ans dans une situation de partition de facto: le sud sous contrôle gouvernemental, le nord du pays tenu par les rebelles regroupés sous le nom de Forces nouvelles.Début novembre, le conflit s’est gravement envenimé après la rupture d’une trêve qui tenait laborieusement depuis 18 mois.Au sud comme au nord, massacres et pillages accompagnent cette descente aux enfers qui menace la stabilité de l’Afrique de l’Ouest ÜMS* TjjgSgj -CIWS» , ¦hSS; ' Itefftoï iKtaiiOK iWfSf ‘M w ¦ptëm Z THIERRY GOUEGNON REUTERS Des Ivoiriens tentaient cette semaine de se renseigner sur les événements que connaît leur pays.GUY TAILLEFER T e Vietnam ne sera rien par rapport à ce ^1^/que nous allons faire ici», déclarait récemment Mamadou Koulibaly sur un ton de menace.Président de l'Assejnblée nationale ivoirienne, numéro deux de l’Etat emmené par le président Laurent Gbagbo, M.Koulibaly ajoutait ce jour-là à l'adresse des médias français: «Soit c’est la recolonisation, et on prend le maquis, soit l’État ivoirien existe encore et la France doit négocier avec nous.» Coupée en deux depuis septembre 2002 entre le nord musulman et le sud chrétien, l’ancienne colonie française a replongé depuis le 4 novembre dans une violence de tous les dangers pour la région, après des bombardements aériens de l’armée ivoirienne sur des zones rebelles dans la ville de Bouaké.Une apparente méprise a ensuite fait en sorte que l’aviation gouvernementale a touché pendant l’offensive un camp militaire français, tuant neuf militaires.En représailles, la France a détruit tous les avions militaires ivoiriens.La riposte a déclenché de très violentes manifestations antifrançaises à Abidjan, attisées par les bandes de «jeunes patriotes» proches du pouvoir, provoquant le départ de plus des deux tiers des ressortissants français, victimes de pillages et d'exactions.Bilan: au moins 63 morts.De sorte qu’à l’heure actuelle, la Côte d’ivoire — mais aussi l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest vu les complexités régionales du conflit — «est en train de basculer vers quelque chose d’extrêmement dangereux», affirme Bonnie Campbell, une spécialiste de l’UQAM qui rentre tout juste de Guinée.A ce point dangereux, analysent certains, que la région n’est pas à l’abri de violences à la mesure de celles qui ont tué des millions de personnes dans la région des Grands Lacs africains depuis la fin des années 90.Avec à la clé le risque de graves affrontements interethniques.Ainsi que l’a affirmé le président sénégalais Ab-doulaye Wade, traduisit l’inquiétude régionale, la décomposition de l’Etat ivoirien menace la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest Médias de la haine Un autre Vietnam ou un autre Rwanda?En écho inquiétant à l’implication des «médias de la haine» dans le génocide des Tutsis rwandais en 1994, les plus durs partisans du pouvoir ivoirien ont fait main basse sur les médias d’Etat au cours des dernières semaines, saccagé et interdit les journaux de l’opposition et coupé les radios internationales, soumettant les Ivoiriens à une information partisane, sinon carrément haineuse.Reporters sans frontières (RSF) a déponcé la «dérive propagandiste des médias d’Etat» ivoiriens et la diffusion à’«appels à la haine et de nombreuses informations non vérifiées».Contre les Français, mais aussi contre les millions VOIR PAGE B 2: MIRACLE LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2004 B 2 ?PERSPECTIVES* Gbagbo veut que les Français reviennent en Côte d’ivoire Les Ivoiriens ont besoin des Français pour faire tourner l’économie LUC GNAGO REUTERS d’Abidjan sur un bateau militaire.' ¦FT,r" ” ik f/m Jean Dion Préparez l’enveloppe Mon cher Grand Bazar, si vous vous souvenez, nous avons évoqué samedi dernier une foule de sujets d’intérêt Vous m’avez alors mis au parfum, mais vous savez ce que c’est il se passe tellement d’affaires en une semaine que je suis déjà tout fourré derechef.Aussi vous agréerait-il d’effectuer en ma misérable compagnie un tour de machine sur les chemins du savoir?- Yes sir mon homme, j’en serai joice.Tu as d’ailleurs parfaitement raison de dire que tout va très trop vite.Prends par exemple le guichet automatique, auquel j’eus l’occasion de me colleter ce matin même.Mettons que tu veux faire un dépôt, ou régler des factures, ou les deux.Tu pèses sur le piton, et là il est écrit à l'écran: «Préparez l’enveloppe».Obéissant, tu prépares ton enveloppe, mais au bout d’environ un tiers de seconde, la machine se met à émettre des sons étranges, bip bip bip bip bip.Puis: «Voulez-vous plus de temps?» S’il y avait une case «Les nerfs, Albert, je suis en train de préparer 1 enveloppe», je pourrais comprendre, mais y en a pas.Alors la machine continue à se faire aller le timbre, et tout le inonde te regarde et pense que tu essaies de frauder ou que tu es trop épais et que tu devrais aller faire la file au comptoir avec ceux qui n’ont pas viré dans le virage technologique et ont pris le champ.Par ailleurs, sans doute l’auras-tu noté, si tu prépares ton enveloppe d’avance, tu dois noter le montant des factures ou des chèques à côté, enfin bref, ce n’est pas fait pour le monde.Ce qui m’amène à l’une de mes questions récurrentes: qui a pensé à ça, hein, qui?Qui a pensé à des emballages de pain qu’on ne peut pas ouvrir sans les déchirer, hein, qui?Qui a pensé à des feux pour piétons qui passent au rouge avant que quiconque n’ait eu le temps de traverser la moitié de la rue, hein, qui?- Ne criez pas ainsi, Grand Précieux, les gens vont penser que.- Minute, j’ai pas fini.Tiens, c’est le Salon du livre, je vais en profiter.Dans le roman que je lis ces jours-ci, on trouve, en début de texte, deux cartes géographiques.Or, et ce n’est pas la première fois que cela m'arrive au contraire, trois quarts des lieux évoqués dans le récit ne se retrouvent pas sur les cartes, qui comptent par ailleurs plusieurs références inutiles.Qui a pensé à ça, hein, qui?Va-t-il falloir qu’on descende dans la rue pour ramener un peu d’ordre et de bon sens, non mais?- Vous êtes déchaîné, Grand Magasin.- Une chance qu’il existe encore des occasions de prendre son gaz égal.Cette semaine, entre autres choses, on a procédé à la nomination d’un nouveau poète lauréat du Parlement canadien.D’une poétesse, en fait.Voilà qui devrait nous emplir tous d’un sentiment de paix.Surtout qu’elle ne manquera pas de matériel: suffit de regarder aller le Parti libéral fédéral 30 secondes pour avoir tout plein de strophes dans la tête.Cette madame Parrish, par exemple, est un sonnet ambulant.Tu ne penses pas qu’«indocile» et «bouclier antimissile», pour démarrer côté rimes féminines, c’est du gâteau?- Mais elle n’est plus libérale.- Je me demande bien pourquoi.Qu’est-ce qu’elle a fait, d'après toi?Elle a dit que Doublevé et ses copains sont des idiots et que le Parti libéral peut bien aller chez le diable.Or, si l’on faisait un sondage scientifique, ne crois-tu pas quelle irait chercher un solide contingent de «tout à fait d’accord», de «plutôt d’accord» et de «je ne la connais pas, mais je veux l’épouser»?Je vais te le dire, moi: elle a dit tout haut ce que tout le monde, ben, dit aussi tout haut, sans même se cacher, voire avec une pointe de fierté.Mais Paul Martin veut pas.D préfère le non-dit, Paul.Sauf pour un mot «vraiment».- Vous avez d’ailleurs pondu des calembours retentissants sur le sujet: «Le ministre vrai ment» et «Commandites-vous?» J’en rigole encore comme un bossu.Grand Cru.- La poésie est partout, mon petit morveux.Pour t’en convaincre, tu n’as qu’à aller faire un tour du côté de l’université de Victoria, en Britannic colombienne.Là-bas, il y a un prof d’anglais, Doug Beardsley, spécialisé en, note-le bien parce que ça donne un petit coup, littérature portant sur l’Holocauste et poésie canadienne postmoderne.Or, voici qu’à la session d’hiver, le prof Beardsley va tenter de remplir le néant dans lequel nous baignons tous à ce moment ici en offrant le cours Hockey Literature and the Canadian Psyche.«Il y a un vide national au pays», qu’il a expliqué: «le hockey fait tellement partie de nous» que son absence est ressentie comme «la perte d’un membre».Dans mon cas personnel, je dois dire que c’est vrai: je me sens sans trappe.Il faut cependant convenir qu’il existe de la très bonne littérature sur le hockey, sauf lorsqu’elle est traduite en France.Dans Le Monde de Barney, de Mordecai Richler, par exemple, le traducteur français écrit «Maurice La Fusée Richard».L’aurait pu faire des téléphones, non?On lui aurait dit, nous: Rocket, mec, Rocket.Il faisait partie du top-10 des challengers people au blind test du goal average, tu savais pas?- No,us sommes plutôt dans la poèterie, là là, Grand Ecart.- C'est tellement grisant.Revenons par exemple à notre Parti libéral et à notre guichet automatique, deux concepts par ailleurs fort identiques.Selon mes sources qui traquent le scandale comme d’autres le castor bricoleur, «Préparez l’enveloppe», c’était le slogan occulte du programme de commandites de feuilles d’érable qui se ramassent à l’appel.Pour t’épargner un précieux laps, je te soulignerai qu'il y a rime riche, très riche, ici, avec «monde interlope».Ceci pour dire que j'aurais fonctionné, moi, à l’inverse de M.Chose, là.Même si ce n’était pas vrai, j’aurais déclaré, en une harmonie de sons: «Oui, je suis dans la mafia / As-tu quelque chose contre ça?» Ainsi, tout le monde aurait eu peur de moi et plus personne ne m'aurait achalé.En revanche, j’aurais nié véhémentement avoir jamais fait partie d’un cabinet libéral.Trop gênant - Vous êtes un roublard, Ô Grand Complet - Et encore, je ne t’ai pas parlé de la grève à la SAQ, qui est la faute d’Ottawa puisque si le fédéral avait fait dans le domaine de la boisson comme il a fait ailleurs, à savoir se mêler de ce qui ne le regarde pas, on aurait une Alcohol Society of Canada et on paierait les employés avec le surplus budgétaire et on n’aurait pas à vivre dans une province sèche.jdion@ledevoir.com Abidjan — Laurent Gbagbo a sifflé la fin de la razzia.Après les éjneutes de la semaine dernière, le chef de l’État ivoirien a appelé cette semaine les chefs d’entreprises français à «revenir» en Côte d’ivoire.Sur les ondes de radios françaises, il leur a même expliqué que tel était «leur intérêt réciproque».«Que voulez-vous que ceux-là fassent aujourd’hui en France après avoir investi toute leur vie en Côte d’ivoire?», s’est-il exclamé lors d’une entrevue depuis son palais présidentiel d’Abidjan.En dix jours, ce sont près d’un millier de cadres de grandes sociétés étrangères qui ont quitté avec leurs familles l’ancienne locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest.C’est le cas de France Télécom, au lendemain de la destruction de la quasi-totalité des agences Orange d’Abidjan, mais aussi de Bouygues, qui gère le réseau de distribution local d’eau et d’électricité.Certains exportateurs de cacao, tels le Suisse Barry-Calle-baut, ont également «exfiltré» tout leurs salariés étrangers.L’avenir économique immédiat du pays, et par ricochet celui dp régime au pouvoir, est donc hypothéqué.A elles seules, les firmes françaises fournissaient environ 50 % des recettes fiscales locales.«C’est tout l’équilibre économique du pays qui est rompu», déplore une source ivoirienne.Dans le secteur, vital, du cacao (40 % du PIB ivoirien), l’outil de production a échappé aux pillards.Pas par hasard, selon un opérateur: «Cela montre à quel point les émeutes ont été encadrées et bien ciblées.» Cependant, déjà en proie à une forte agitation sociale depuis plusieurs mois, la «filière café-cacao» ne sortira pas indemne des violences.«Tous les grands groupes cherchent désormais à se désengager d'une Côte d’ivoire devenue trop imprévisible, essentiellement au profit du Ghana voisin», explique un acteur de cette filière.Outre les grandes compagnies, le tissu des PME étrangères est très mal en point.Restaurants détruits, commerces pillés, stations-service mises à sac: leurs employés ivoiriens sont venus grossir les rangs des chômeurs, déjà estimés à près de la moitié de la population active.Le saccage de nombreuses villas, suivi de l’exode de leurs occupants, ajoute encore au chaos.Autre signe inquiétant pour les autorités: pour la première fois depuis le début des troubles, en 1999, des Libanais, très actifs U IC GNAGO REUTERS \ V Le président Laurent Gbagbo.SUITE DE LA PAGE B 1 d’«étrangers» venus des pays voisins dans les années 60 et 70, du Burkina Faso, du Mali, du liberia, de la Guinée, du Ghana et du Sénégal, pour travailler dans le secteur agricole (cacao, café, coton) et faire de la Côte d’ivoire le «miracle de croissance» qu'il n’est plus aujourd’hui.Décrétant le 15 novembre, dans la foulée de l’attaque ivoirienne contre les forces françaises, un embargo immédiat sur les armes en Côte d’ivoire, le Conseil de sécurité de l’ONU a de son côté réclamé que «le gouvernement ivoirien empêche toutes les radios et télévisions qui diffusent la haine, l’intolérance et la violence».Face au conflit la France défend une position de difficile neutralité qui tient d’autant plus mal qu’elle est inévitablement teintée de relents de colonialisme.Elle occupe une position prépondérante sur l’échiquier économique ivoirien (voir autre texte ci-haut).Après le basculement dans la guerre en 2002, l’ancienne puissance coloniale a déployé une force de paix de 4000 hommes sur la ligne de front dans le cadre de l’opération Licorne, avec la bénédiction des Nations unies.Elle a usé de tout son poids diplomatique pour convaincre les belligérants de signer en janvier 2003 l’accord de Marcoussis, un accord de partage du pouvoir qui tient encore théoriquement.«Faute de politique cohérente, Paris a laissé pourrir la situation entre des frères ennemis ivoiriens résolus à s’étriper», écrivait cette semaine le quotidien Libération en éditorial.C’est que les causes du conflit sont infiniment plus profondes, affirme Mme Camp- Des ressortissants français ont été évacués dans le commerce et l’immobilier, ont eux aussi pris le chemin de l’exil.«Ils ont mis à l’abri leurs familles tandis que les hommes d’affaires sont restés.Du moins pour l’instant», précise un observateur.Au moment où certains experts assurent que le pouvoir aura du mal à verser les salaires des fonctionnaires à la fin du mois, Gbagbo multiplie les gestes d’apaisement en direction des entrepreneurs étrangers.Lundi, il a reçu à sa résidence de Cocody le président de la Chambre de commerce et d’industrie française, Michel Tizon, qui a réclamé la mise en place d’une cellule de crise pour aider au retour des expatriés.Mais la partie est loin d’être gagnée.«Sans des assurances draconiennes de la part des autorités d’Abidjan, ils ne reviendront pas», reconnaît un responsable ivoirien.Et de conclure: «On se dirige désormais vers un mode de gestion du risque à la nigériane.» Les intérêts français La France a beaucoup de billes (économiques et commerciales) dans les rouages ivoiriens.«Une présence énorme», résume-t-on au ministère du Commerce extérieur.Et pour cause: les firmes françaises en Côte d’ivoire représentent le quart des filiales implantées dans la zone franc CFA «En clair, ce sont ses grandes entreprises et ses PME-PMI qui font tourner l’infrastructure du pays», estime Antoine Glaser, directeur de La Lettre du continent.Un pays qui tire toujours 60 % de ses ressources budgétaires des impôts versés par des firmes tenues par des capitaux ou des hommes venus de France.Celle-ci reste, et de loin, le premier investisseur en Côte d'ivoire.En 1999, en pleine vague de privatisations, ses entreprises avaient engrangé 2,3 milliards d'euros de chiffres d’affaires (trois milliards $US).Quatre ans plus tard, il y avait, selon le CEPICI, l’agence de promotion des investissements en Côte d’ivoire, 147 filiales recensées et plus de 1000 sociétés appartenant à des hommes d’affaires français.Mais les firmes françaises emploient près de 36 000 Ivoiriens.Tentaculaire, la présence française est tous azimuts.Dans le BTP (Bouygues, par le truchement de sa filiale SAUR, détient 47 % de la bell.Les rancœurs ethniques et anticoloniales sont moins la cause que le résultat du conflit, dit-elle.Elle pointe plutôt la circulation massive d’armes et l’accélération stupéfiante de la pauvreté comme «ingrédients explosifs» du conflit «A la source, il y a la dérive socioéconomique.» En ce qui concerne la question des armes, elle trouve «regrettable qu’on ait dû attendre que des militaires français soient touchés pour imposer un embargo, une mesure du reste indispensable pour tout le continent».D’autant plus regrettable que «les grandes puissances savent depuis des mois que le régime a des fonds spéciaux pour détourner de l’argent qui venait des recettes du cacao pour acheter des armes».Comme au Congo-Kinshasa, où le trafic des diamants alimente une guerre de pillage rentabilisée tant par le pouvoir que par les groupes rebelles transfrontaliers.«Le trafic transfrontalier se fait sous le regard des puissances occidentales, affirme Mme Campbell.Il faut absolument fermer le robinet de la circulation d’armes.Si on ne le fait pas, on s’achemine vers une situation d’implosion sociale.» En cette matière, plaide-t-elle, la communauté internationale a une responsabilité fondamentale.Sur le plan économique, des politiques de libéralisation dans le domaine agricole, fondées sur le tout-à-l’exportation et la propriété étrangère, «ont été imposées par les bailleurs de fonds et appliquées à un rythme extrêmement rapide, sans mesure d’accompagnement».Résultat triplement du taux de pauvreté, en grande partie à cause de la baisse des prix aux producteurs de café et de cacao.C’est en l’absence de solutions politiques à ces problèmes socioéconomiques, ex- SODECI, qui gère l’eau, et 25 % de la CIE, l’électricité ivoirienne), les aéroports (concession confiée à la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille et la Sofréavia), la distribution (Pinault), la banque (BNP, Société générale et Crédit lyonnais), les télécoms (France Télécom, par le biais d’Orange, premier opérateur mobile), le pétrole (Total), l’hôtellerie (Accor), le transport aérien (Air France, actionnaire à 51 % d’Air Ivoire), l’assurance (Axa), le sucre et les boissons (Castel), les médicaments (Cipharm, filiale d'Aventis et de Sa-nofi).Certains groupes, comme Bolloré, sont multicartes, des transports ferroviaires (37,7 % de Sitarail, qui gère la ligne Abidjan-Ouagadougou) à la gestion du port d’Abidjan (le premier d’Afrique de l’Ouest) et à la production de caoutchouc en passant par l’égrenage du coton.Certes, la France n’a plus, depuis le retrait de Bolloré de DAF-CI, beaucoup d’intérêts dans l’or de la Côte d’ivoire, le cacao (40 % de la production mondiale).Dans le pétrole, Bouygues (actionnaire, via SAUR, du champ d’hydrocarbures Fox-trot) et Total (35 % du marché de la distribution d’hydrocarbures et 25 % dans le capital de la société ivoirienne de raffinage) sont de plus en plus éclipsés par des firmes américaines.«Ce sont les Etats-Unis qui ont fait main basse dessus», résume Jean-Louis Cas-telnau, président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN).«Mais l’essentiel de l’activité qui tourne autour du pétrole ou du café est assurée par les petites firmes françaises», note Antoine Glaser.600 d’entre elles forment, dit-il, le «tissu de PME françaises le plus important d’Afrique».Côté argent public, la fin de la manne française creuserait un trou béant dans un budget ivoirien déjà très serré.Premier bénéficiaire de l’aide française aux déshérités de la planète pendant des décennies, la Côte d’ivoire reste en deuxième position, juste derrière la République démocratique du Congo.En 2003, Abidjan a reçu 333 millions d’euros d’aides (433 millions $US), soit 7,5 % du total de l’aide de Paris aux pays en développement plique Mme Campbell, que le pouvoir corrompu, enferré dans un lourd héritage de schémas de rivalités, s’est mis à jouer dans les années 90 la «très dangereuse carte de r’ivoirité’’», une politique xénophobe destinée à marginaliser l’«étranger» dans un pays de 17 millions d’habitants, économiquement laminé.Pourtant, des quelque quatre millions de supposés étrangers originaires des pays voisins, la moitié sont nés en Côte d’Ivoire.M.Gbagbo a pris le relais de ce sentiment xénophobe après son élection en 2000, caractérisée par une victoire parmi les électeurs au sud et une abstention massive des votants au nord.L’horizon est sombre: «Les mordus du pouvoir, accrochés à leurs privilèges, prisonniers d’une stratégie à courte vue, ne veulent rien savoir d’une discussion où il serait question de parler d’enjeux socioéconomiques et de s’interroger sur les formes de libéralisation.Pourtant, sans réflexion sur un projet de société ras-sembleur, il n’y aura pas de paix.» L’embargo imposé lundi dernier aidant, le président Gbagbo a semblé vouloir calmer le jeu au cours des derniers jours, invitant les entrepreneurs français expatriés à rentrer en Côte d’ivoire, par «intérêt réciproque».Ensuite, il a tenu hier une réunion du cabinet de «réconciliation» à Abidjan, tentant de présenter une image d’unité alors que seulement 23 des 42 ministres se sont présentés — ceux des Forces nouvelles, représentant les rebelles du nord, étaient notoirement absents.«Un retour à la normale se dessine en Côte d’ivoire», osait écrire hier le correspondant du Monde, Stephen Smith.Peut-on s’en rassurer?Le Devoir Avec Le Monde, Reuters et l'Agence France-Presse Libération MIRACLE «Sans réflexion sur un projet de société rassembleur, il n’y aura pas de paix» Les firmes françaises en Côte d’ivoire représentent le quart des filiales implantées dans la zone franc CFA f LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2 0 0 4 B B ?P E R S P E C TI V E S ?* -^-j=gr Québec est d’humeur morose.La capitale après Jean-Paul UAllier Québec : la nécessaire réconciliation Les candidats se bousculent déjà pour le scrutin qui se dérouleta l’an prochain À un an des élections municipales à Québec, les candidats se bousculent au portillon pour succéder à Jean-Paul L’Allier, qui préside aux destinées de la capitale depuis 16 ans.Or, quelle qu’elle soit, la personne qui lui succédera devra composer avec une ville morose et divisée.ISABELLE PORTER T lya Quelque chose dans l’air qui fait que " JL ce n’est pas très stimulant.C’est comme si on était dans une espèce d’automne permanent où les gens ne se permettaient plus rien.Puis on chiale.Les gens sont tannés, mais en même temps, personne n’ose agir», constate Martin Bouchard, de la compagnie Copernic, qui produit des logiciels de recherche utilisés partout dans le monde.«J’ai l’impression que depuis quelques années, les gens ne veulent plus trop bouger, ils ont peur de la réprimande.» Les débats entourant le scandale de la prostitution juvénile, la saga CHOI-FM et la campagne qui a mené à la victoire de l’ADQ dans Vanier ont rappelé à quel point les villes de banlieue de Québec ont mal digéré les fusions présidées par Jean-Paul L’Allier.Québec est d’humeur morose et, pour plusieurs, les élections à la mairie sont l’occasion rêvée de lui redonner de l’aplomb.«Ça va nous prendre un candidat très rassem-bleur parce qu’on a senti que les gens étaient divisés.[.] Les villes de L’Ancienne-lMrette et de Saint-Augustin, qui ont voté pour la défusion, en constituent des exemples frappants», fait remarquer le nouveau député de Vanier, Sylvain Lé-garé.A la rancune accumulée s’ajoutent les récentes hausses de taxes annoncées dans les anciennes villes de banlieue de Québec.Ce qui fait croire à Réjean Lemoine, chroniqueur urbain à la radio de Radio-Canada, que le rétablissement de l'équité fiscale est fondamental pour l’avenir de la capitale: «Il est clair que, malgré la fin du débat sur les défusions, il reste des cicatrices qui risquent de perdurer si on ne règle pas le problème fiscal.[.] Il faut réduire les écarts entre les taux de taxes des municipalités pour avancer à nouveau.Ça peut vouloir dire, en contrepartie, une certaine décentralisation des services.Sinon, on va encore passer dix, quinze ans à débattre de ça.» La qualité de vie Elu grâce à l’appui de CHOI et de la fondation Scorpion, Sylvain Légaré est convaincu que le temps est venu de passer à autre chose.«Les fusions, c’est fait.Cest du passé.Maintenant, il faut s’unir et redonner à Québec sa force économique.» Or sur quels piliers fondera-t-on le développement économique de l’ère post-L’Allier?Comme le rappelle Martin Bouchard, la ville a peut-être manqué davantage de chance que de bonnes idées au cours des dernières années.En effet l’éclatement de la bulle technologique a stoppé Québec en plein élan.«Avec l’arrivée d’Exfo et le développement du secteur de l’optique, Québec était en train d'échapper à son statut de ville de fonctionnaires, mais là, on sent un ralentissement.[.] En l’an 2000, tous les espaces du parc technologique étaient réservés, mais presque tous les projets ont été annulés depuis.» Québec a certes connu des périodes plus dynamiques, mais le président de l’entreprise en technologies environnementales C02 Solutions, Ghislain Théberge, ne veut tout simplement plus entendre parler des difficultés.«Ça nous prend de la fierté.On ne construit pas à partir de ce qui va mal.Il faut travailler à partir de nos points forts.Moi, je suis originaire de l’Abitibi, j’ai habité à Montréal longtemps et au Saguenay, j’ai voyagé à travers le monde, et Québec, c’est assez exceptionnel.On ne le souligne pas assez» Rendant hommage au travail de Jean-Paul LADier dans la mise en valeur de Québec, l’homme d’affaires voit en la culture un grand moteur économique.«Le développement, ce n’est pas seulement le monde manufacturier, c’est aussi de la culture, des événements.Dans le monde des hautes technologies, où je travaille, ce qui intéresse les gens, c’est h qualité de vie.[.] Un milieu, ça repose sur toutes sortes de choses.Un Grand Théâtre, un musée, des cinémas, tous ces éléments-là jouent dans le développement économique.» Or c'est une chose d’offrir une bonne qualité de vie à ses habitants, mais la culture peut aussi servir à faire connaître Québec à l'extérieur, croit la directrice du Musée de la civilisation, Claire Simard.«On a beau être une ville fortifiée, il faut favoriser le plus possible l’extra-muros.[.] Malgré les progrès qui ont déjà été faits, il est essentiel que Québec puisse davantage s’ouvrir au monde, voire devenir un point d’ancrage à partir duquel nous pourrons rayonner.Je pense à Ex Machina ou encore à nos expositions, qui circulent à l’étranger.Ce qui pourrait être intéressant, c’est que Québec s’affirme de plus en plus comme un lieu d’échanges culturels» «On a besoin d’un maire qui a de la vision, qui RENÉ MATHIEU LE DEVOIR Les gens ont souvent reproché au maire L’Allier de consacrer trop d’énergie à la visibilité internationale de Québec.regarde au-delà des trottoirs», lance M.Théberge.La phrase résume bien la tournure que pourrait prendre la prochaine course à la mairie, à défaut d’un renouvellement du discours.Ces dernières années, les gens de Québec ont souvent reproché au maire LADier de consacrer trop d’énergie à la visibilité internationale de Québec au détriment de ses infrastructures.«Souvent, quand on parie de M.LAIlier, c’est pour la visibilité internationale qu’il a donnée à Québec», note le député de Vanier, Sylvain Légaré.«Je pense qu’il a fait un bon travail.Par contre, je suis un peu déçu des infrastructures» Ses propos Ulustrent à quel point la dégradation des infrastructures est devenue le symbole par exceDence de l’aliénation des vffles de banlieue dans la ville fusionnée.«Je viens de terminer une campagne électorale, ici, et les gens nous parlent beaucoup des routes et des trottoirs Les infrastructures sont une priorité que les candidats devront mettre à leur agenda.[.] H y a beaucoup de dossiers sur la table en ce moment.Je pense à un dossier de.piscine intérieure, de soccer intérieur, de piste cyclable.Il faut s’attarder aux installations.» Beaucoup jugent qu’il faudra plus qu’une mise à neuf des infrastructures pour ressouder la ville.Ghislain Théberge évoque le maire Drapeau, Expo 67 et les Olympiques de 1976.«Ce qui est important, c’est une vision, à moyen et long terme.» Martin Bouchard croit que les gens de Québec ont besoin d’un projet rassembleur «On dirait qu’il n’y a plus rien qui rallie les gens à part les grandes marches À un moment donné, une ville a besoin de projets [.j Pour améliorer le sentiment d’appartenance, il va falloir créer des projets de rassemblements qui vont démontrer que la quatrième banlieue est aussi importante que la ville centre.» A cet égprd, la directrice du Musée de la dvili-safion, Claire Simard, se dit convaincue que les fêtes du 400' anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain sont l’occasion rêvée d’y parvenir.«On pourrait voir dans les fêtes du 400 un bel événement rassembleur pour que la fête appartienne à tout citoyen, peu importe où il est dans la ville.Il faut absolument réussir cet événement-là.Pour moi, ces fêtes sont l’occasion de regarder le passé mais aussi de se projeter dans l’avenir.» Or, pour cela comme pour le reste, rien n’est acquis.Selon un sondage CROP publié la semaine dernière dans Le Soleil, seulement 30 % des gens de Québec jugent que les célébrations du 400' anniversaire devraient être une priorité.Un libéral ou un péquiste?«é Le prochain inaire de Québec sera-t-il libéral ou péquiste?La question se pose à la lumière d’un récent sondage Léger-Marketing qui donne aux ex-ministres Marc Bellemare et Guy Chevrette respectivement 23 et 22 % des voix s’ils se présentaient au scrutin de novembre 2005.Pour l’instant, ni M.BeDemare ni M.Chevrette n’ont confirmé leur candidature.Or, si les deux ex-ministres occupent déjà beaucoup de terrain, ils sont loin d’être les seuls à convoiter la mairie de Québec.Sur la scène municipale, les Paul Shoiry et Claude 1 arose, respectivement associés à l’opposition (Action civique de Québec) et au parti du maire l’ADier (Renouveau municipal de Québec), sont déjà en campagne.Les sondages leur donnent en moyenne 10 % d’appuis, tout comme au viceprésident du conseil exécutif de la Ville, Jacques Jobin, qui n’a pas confirmé son désir d’entrer dans la course.On attend aussi des nouvelles de l’ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, qui se dit toujours en réflexion.Si eEe décidait de se lancer, Mme Boucher pourrait donner du fil à retordre à M.Shoiry à la course à la direction de TACQ.Quant aux Claude Larose et Jacques Jobin, associés au parti du maire Jean-Paul L’ADier, ils devront notamment rivaliser avec Hugo Lépi-ne, personnalité connue du milieu communautaire pour son travail à la Maison L'Auberivière.A côté de ces «politiques», circulent les noms de personnalités du monde des affaires comme Régis Labeaume, du Festival d’été de Québec, et Patrick Simard, de la Chambre de commerce, lesquels pourraient bénéficier de l’intérêt des gens de Québec pour le développement économique.La question est maintenant de savoir si tous ces candidats pourront éventuellement s’insérer dans les deux partis politiques existants ou si on verra apparaître de nouveDes formations qui auraient certes l’avantage de ne pas être associées à l’un ou l’autre des camps qui se sont affrontés dans le débat sur les fusions municipales./.P.Michel David La grande porte Jeudi, le ministre des Finances du Québec, Yves Seguin, a utilise un langage moins excessif qu'à la veille de l’Halloween pour qualifier le comportement du gouvernement fédéral lors de la dernière conférence des premiers ministres sur la péréquation.Sur le fond, il n’a cependant rien retiré de ses récriminations contre Ottawa.11 a simplement été plus technique dans sa description de la «stjignee» dont le Québec aurait été victime.Jiunais une province l'alla dienne n’a été traitée aussi durement depuis la Deuxième Guerre mondiale, a-t-il dit.11 est toujours un peu déroutant d’entendre les explications de M.Séguin, qui peut facilement dire une chose et son contraire dans une même phrase.En conférence de presse, il a vivement dénoncé le «silence inflexible» qu’Ottawa a opposé aux revendications du Québec tout en se disant «pleinement confiant que le gouvernement fédéral va nous entendre».A cet égard, la réplique vulgaire que lui a servie Jean Lapierre devrait dissiper toute équivoque.Dans la capitale fédérale, on en a manifestement ras le bol des jérémiades de M.Séguin.M.Lapierre a d'ailleurs raison sur un point malgré les surplus qui s'accumulent à Ottawa, l'entêtement du gouverne ment Charest à promettre des baisses d’impôt af faiblit beaucoup son discours sur le déséquilibre fiscal.Encore jeudi, le ministre des Finances a déclaré qu'il serait exagéré de dire que le cadre financier établi par son gouvernement, y compris les baisses d’impôt, est compromis par le «traitement inéquitable» réservé au Québec.Un malicieux hasard a même voulu que l'augmentation des transferts fédéraux lui permette de compenser la baisse de ses revenus autonomes.Comment voulez-vous que la population s’y retrouve?M.Séguin a beau dire qu’il y a encore de l’espoir, U voit très bien que l’étouffement financier qu’il décrivait si bien dans son rapport se poursuit inexorablement.In question est de savoir pendant combien de temps encore il va accepter de faire semblant de croire qu’il est possible de rétablir un certain équilibre.Encore faut-il qu'on lui en accorde le loisir.Les rumeurs de remaniement ministériel ont repris à Québec.Ce serait maintenant pour le début de 2005.En avril prochain, le gouvernement arrivera à mi-mandat.Le premier ministre peut donc procéder aux ajustements qui s’imposent sans donner l'impression d'agir sous la pression des événements.À la mi-mars, un nouveau discours inaugural devrait nonna-lement compléter l’opération.Les candidats à un remaniement sont nombreux, qu'il s’agisse de ceux qui déçoivent, comme Sam Hamad, Pierre Reid et Jacques Chagnon, ou de ceux qui souhaitent changer de poste, comme Jean-Marc Fournier, ou simplement voir leur tâche allégée, comme Jacques Dupuis.M.Séguin pourrait cependant être la grande victime de ce remaniement.Il a beau être le ministre le plus populaire du gouvernement, le bureau de M.Charest en a plus qu’assez de ses déclarations intempestives.Depuis le printemps dernier, on évoque ouvertement la possibilité de s’en débarrasser.Au cours des mois qui ont précédé les élections du 14 avril 2003, les conseiDers de M.Charest étaient divisés sur l’opportunité de sa candidature.Ceux qui l’avaient connu à l’époque où il faisait partie du cabinet Bourassa prévoyaient déjà qu’il serait un embarras permanent Ceux qui le connaissaient moins voyaient surtout les avantages de sa notoriété et se faisaient fort de l’encadrer suffisamment pour limiter les dégâts.Ils sont aujourd’hui ses plus grands détracteurs.M.Séguin sait parfaitement à quoi s’en tenir, mais U ne pourrait pas changer, même s’il le voulait II fait partie de ces cow-boys solitaires qui deviennent rapidement un problème dans tout gouvernement, les Claude Wagner, Jérôme Choquette, Rodrigue Tremblay, Jean-Pierre Charbonneau.Celui quj serait appelé à lui succéder est l’actuel ministre d’Etat au développement économique et régional, Michel Audet.En acceptant d’être candidat dans laporte, le président de la Fédération des chambres de commerce du Québec se croyait d’ailleurs destiné aux Finances, et il a été très mécontent quand il s’est rendu compte que le poste était déjà promis à M.Séguin.M.Audet n’est pas un bon politicien.À l’Assemblée nationale, il est très mal à l’aise, et on l’imagine aussi mal dans un bain de foule.En revanche, il possède une qualité que la comparaison avec M.Séguin pourrait rendre inestimable: la mesure et la discrétion en tout On pourrait même dire: avec excès.?Que ferait Yves Séguin si on lui offrait un autre ministère?En 1991, il avait démissionné du cabinet Bourassa au prétexte qu’il s’opposait à l’harmonisation de la TVQ à la TPS fédérale.En réalité, il enrageait de voir que Gérard D.Levesque était inamovible aux Finances.Il voulait au moins participer à l’élaboration du budget, mais M.Levesque ne voulait rien entendre.S’il a claqué la porte parce qu’il ne pouvait pas obtenir les Finances, on imagine mal qu’il reste si on les lui enlève.Là en- Yves Séguin core, Jean Lapierre a raison: «Ça fait tellement de temps qu’il rêve d’être ministre des Finances.» Démissionner par dépit ne fait jamais bonne impression.D vaut infiniment mieux sortir par la grande porte, en invoquant une question de principe.En 1991, la porte était malheureusement un peu étroite: personne n’a vraiment compris en quoi l’harmonisation de la TVQ justifiait un geste aussi extrême qu’une démission.En revanche, quoi de plus noble que de sacrifier sa carrière au nom des intérêts supérieurs de la nation?Jeudi, le ministre des Finances a utilisé une expression qui traduit parfaitement sa conception du fédéralisme.«Nous sommes les deuxièmes plus gros actionnaires de la fédération canadienne», a-t-U dit Et D estime que le rendement n’est pas suffisant C’est toute la différence avec son chef, qui adhère profondément aux valeurs canadiennes.D serait tout de même un peu gênant pour M.Charest de congédier M.Séguin parce qu’il dénonce trop bruyamment l’injustice dont le Québec est victime.Finalement la meilleure façon pour le ministre des Finances de conserver son poste est peut-être de continuer à crier au vampire.mdavidCadedevoir.com 4 » LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 N 0 V E M B K E 2 0 0 4 EDITORIAL Bush et le Canada Le Canada recevra bientôt la visite de George W.Bush, qui a accepté l’invitation du premier ministre Paul Martin au lendemain de sa réélection.Que cette visite ait lieu est en soi le signe d’un réchauffement des relations entre Washington et Ottawa, où on craint toutefois que le fort sentiment antiaméricain qui persiste à travers le pays ne vienne gâcher cette reprise de contact S’ il ne le sait pas déjà.George W.Bush ne pourra plus ignorer, après cette visite, que les Canadiens sont dans une très forte proportion, sinon en majorité, en désaccord avec sa politique extérieure et sa politique militaire.Partout où il se rendra, il trouvera sur son chemin des manifestants qui lui diront leur opposition à la guerre en Irak, à son projet de bouclier antimissile ou encore à ses politiques environnementales.À la Chambre des communes, il pourra même rencontrer la députée Carolyn Parrish, qui fait désormais profession d’antiaméricanisme primaire.Que le président Bush voie et entende ces désaccords est une bonne chose.11 ne pourra que mieux comprendre les réserves exprimées par le gouvernement Chrétien à l’endroit de la guerre en Irak, tout comme les hésitations du gouvernement Martin à le suivre dans son projet de bouclier antimissile.Il comprendra ainsi qu’il est inutile d’inviter de nouveau le Canada à envoyer des troupes en Irak.La réponse ne peut être que non.Si George Bush vient à Ottawa à ce moment-ci, c’est qu’il a compris qu’il a besoin de son voisin et allié du Nord.Les ressources naturelles du Canada sont plus que jamais attrayantes, II/ Il surtout dans le çontexte d’instabilité qui règne ^ lÉÉl c^ans plus*eurs États producteurs de pétrole et de gaz.Il y a aussi le rôle que pourrait jouer le Bernard gouvernement canadien, ne serait-ce que sur le Descôteaux plan diplomatique, pour l’aider à se sortir du bourbier irakien.Le Canada est après tout un membre important du G8 et de l’OTAN.Sa voix est l’une de celles qui comptent aux Nations unies.Continuer à bouder le Canada n’aurait plus de sens.Le fait d’avoir fermement exprimé par le passé ses désaccords face aux politiques américaines devrait en réalité bien servir le premier ministre Martin aujourd’hui.En s’éloignant de son allié, le Canada s’est construit un espace de négociation qu’il ne pouvait pas avoir tant qu’il s’alignait étroitement sur Washington.Pour une fois, les compromis pourraient aussi venir des Américains.Ce qu’aura réussi le premier ministre Jean Chrétien en s’opposant à George W.Bush sur la question irakienne aura en quelque sorte été de tourner la table de côté, si bien qu’il est peut-être temps d’abandonner le complexe d’infériorité qui, de tout temps, a coloré la relation du Canada avec les États-Unis.Certes, sur le plan tant économique que démographique, les deux pays ne sont pas près d’avoir le même tour de taille.Il ne sera jamais facile de gagner des guerres commerciales comme celle du bois d’œuvre.Par contre, en s’affirmant sur la scène internationale comme une voix indépendante, le Canada créera une nouvelle dynamique.S’il ne peut plus tenir pour acquis son allié canadien, Washington sera forcé de composer.La relation ne pourra être que davantage équilibrée.A surveiller, donc, au cours de cette prochaine visite, la volonté du premier ministre Martin de garder ses distances avec les politiques de Georges W.Bush et d’affirmer la personnalité internatio-nale du Canada.bdescoteaux@ledevoir.ca Après 40 ans aut-il y voir un hasard?On a souligné cette semaine le 40 anniversaire du ministère de l’Education au moment même où on apprend la quasi-disparition du dernier symbole de l’«ancien temps»: l’enseignement du latin.Pourtant, la réforme de l’éducation que le ministère appliquera dans les écoles secondaires en septembre 2005 n’oblige en rien à abandonner cette matière dans les rares écoles qui l’enseignent encore.Au contraire, il serait facile de plaider que le latin est le vecteur par excellence de l’apprentissage du français et de l’histoire, matières que la réforme entend précisément privilégier.Ce n’est donc pas par logique que meurt le latin.Pas plus d’ailleurs que par efficacité.En France, un programme destiné aux enfants d’immigrants ou défavorisés prévoit des cours de latin.C’est un succès: leurs résultats en français se sont améliorés.et eux peuvent comprendre dans le texte les formules magiques d’Harry Potter et ses amis.Non, c’est plutôt au nom du pragmatisme que le latin disparaît pour mieux remplir une grille-horaire où il faut glisser tous ces autres cours dont l’utilité, elle, saute aux yeux.Qui, en effet, peut se passer d’espagnol en cette ère de mondialisation?Voilà bien la grande rupture par rapport à la création du MEQ, il y a 40 ans.L’éducation ne se décline plus que dans un langage utilitariste.Il s’agit moins de former une société, via ses jeunes, que de la faire réussir.Ce n’est pas un mal en soi.Mais quand l’obsession éducative se ramène à ce credo, ce n’est plus d’apprentissage dont il est question mais de compétition.Les parents cherchent la meilleure école; les étudiants, la formation qui leur permettra, avec le strict nécessaire, de trouver une job; et l’État, lui.attend des résultats: s’accroîtra-t-il donc, ce taux de diplomation qui stagne depuis dix ans?Peu d’activités ont entouré le 40f anniversaire du MEQ.Néanmoins, un colloque s’est tenu jeudi sur le sujet à l’université McGill.Le professeur Claude Lessard, de l’Université de Montréal, y a démontré à quel point le croisement de deux logiques amorcées il y a 20 ans (celle voulant que chaque école ait son «projet éducatif» et la concurrence à l’œuvre, surtout au secondaire) est à façonner l’école de demain.Le monde de l’éducation sera-t-il fracturé entre les bonnes écoles — les privées et quelques publiques — et les laissées-pour-compte?A l’heure des palmarès, donc des écoles plus «utiles» que d’autres, nous dirions plutôt que ce processus est achevé.Et l’école comme bien commun recule jusque-là où elle était avant le rapport Parent quand la coupure était nette entre l’élite — et la classe moyenne qui tente de s’y arrimer — et les autres.Cette logique est maintenant aux portes des cégeps.On veut décentraliser leur gestion, soit Le ministre Pierre Reid s'interroge sur le concept même de «formation générale» — c'est légitime.Gageons même qu’il ne tranchera pas là-dessus.Il mettra toutefois en place de telles conditions de gestion locale qu'un jour, dans dix ans peut-être, voire dans vingt ans, il sautera aux yeux de tous que, vraiment la philo ne rentre plus dans la grille-horaire.Comme le latin aujourd’hui au secondaire.Peutètre qu'alors, face à ce système «utile» mais fracturé de partout on verra enfin quelqu’un reprendre les ambitions égalitaires du rapport Parent j bot leau(à>lede voir, ca Josée Boileau LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BQURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE VotiS 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