Le devoir, 4 octobre 2008, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 OCTOBRE 2008 ESSAI Le Foucault de Victor-Lévy Beaulieu Pa^e F 4 PAUL OHL > Jos Montferrand, cow-boy du Québec Page F 5 NEWSCOM «Les Haïtiens qui récoltent la canne aujourd’hui sont traités comme des esclaves» 1ÉÉ8I ISÜf Isjsiwssfc ••••••¦ iÉSfSS® iSlIII I m i L v/ m ÊillÊbàmà I .¦ ¦’ • r1' ; '^V.^ :• 1K u sucre «Je suis intéressée par la \Te des gens et du même coup par la vie des sociétés » STÉPHANE BAILLARGEON w ïf ers la fin de la guerre de Sept Ans, ^ / après la conquête du noyau dur de la ^ / Nouvelle-France, les très efficaces mall, / rins-soldats britanniques portèrent leurs efforts vers les Caraïbes.La Guadeloupe, conquise en même temps que Québec (1759), servit de base pour l’attaque des îles de la Dominique, de la Martinique et de La pavane.Rule, Britannia'.A la fin du conflit, décrit par Winston Churchill comme la première Première Guerre mondiale, les Antillais lancèrent une importante campagne de lobbying pour retourner la Guadeloupe à la France.En échange, Londres conserverait le Canada, colonie de la fourrure.Les calculs établissaient l’avantage de toutes les parties puisque la nouvelle conquête sucrière de Sa Majesté allait faire chuter les prix du précieux produit vendu à ses sujets.Le Traité de Paris (1763) consacra cette perspective: la neige fut échangée contre le sucre, une poudre blanche pour une autre, et l’Amérique en fut complètement bouleversée avec les conséquences bien visibles et bien audibles encore aujourd’hui.Des épisodes semblables, petits et grands, Elizabeth Abbott en charrie à la poche dans Le Sucre.Une histoire doucevmère, son dernier livre traduit en fiançais publié par Fides.L’historienne, qui enseigne à l’Université de Toronto, a déjà fait paraître dans cette maison une Histoire universelle de la chasteté et du célibat (2003) et Une histoire des maîtresses (2004).Le nouvel ouvrage poursuit la tradition de haute voltige de cette formidable conteuse.La synthèse traverse au pas de charge des siècles d’histoire pour relater le renversement du monde provoqué par cette plante maudite.Le sucre devient un «fait social total», selon la jolie formule de l’ethnologue Marcel Mauss, un objet transpercé par un enchevêtrement complet de forces politiques, économiques, alimentaires, familiales ou symboliques.«Le lien entre mes différents livres, c’est l’histoire sociale, explique en français Mme Abbott Montréalaise d’origine.Je suis intéressée par la vie des gens et du même coup par la vie des sociétés.Quand je parlais des maîtresses, je parlais en même temps des rapports de pouvoir et des rapports entre les sexes.Quand je parle du sucre, je parle encore des femmes, des maîtresses noires des propriétaires de plantation ou des cuisinières d’Europe qui utilisaient ce produit.» Voilà donc Taxe du monde pendant des siècles de conquête et de misère.C’est la canne qui arrache des millions d’Africains pour les transformer en bétail humain.C’est sa culture qui redessine les empires.C’est le sucre qui transforme la cuisine occidentale, met des sucettes dans la bouche des enfants, permet aux prolétaires de tenir le coup devant leur machine, donne le rhum aux marins de la Royal Navy et prédispose l’Amérique à l’obésité à grande lampée de soda pop.«A cause du sucre, on a inventé le système d’esclavage le plus brutal et le plus dur de l’histoire, poursuit Mme Abbott.Le sucre a contribué à anéantir les autochtones du Nouveau Monde, a bouleversé les écosystèmes des Caraïbes et a joué un rôle important dans la révolution industrielle.» Son ouvrage foisonne de détails livrés dans une belle langue qui ne jargonne jamais.In vulgarisatrice explique dans le détail l’évolution des menus quotidiens du petit peuple anglais.Elle livre des statistiques sur la «fertilisation du capitalisme» par l’esclavagisme^ puisque selon certaines évaluations d’un collègue économiste «chaque esclave du sucre produisait ISOjbis plus de richesse que chaque travailleur anglais».Une autre section traite de l’invention des classifications racistes, du mulâtre au quarteron, jusqu'à l’octoron, et en fait 128 permutations précises prévues au code brésilien.«Il fallait inventer le racisme pour justifier l’injustifiable, » Les chapitres sur l’esclavagisme s’avèrent les plus insupportables, avec d’horribles récits, des femmes violées, des hommes castrés, amputés, brûlés vifs, très lentement, pour éterniser leur souffrance.Le livre montre également comment les esclaves organisaient leur résistance, menaient des révoltes cruellement réprimées, se suicidaient carrément ou osaient des gestes de protestation au quotidien, quand une bonne brisait un bibelot par exemple.L’espoir au milieu de l’enfer Une partie complète porte sur la longue lutte de courageux et généreux Européens, surtout des femmes, qui ont organisé le mouvement abolitionniste.En mettant en place des campagnes de boycottage VOIR PAGE F 2: SUCRE «À cause du sucre, on a inventé le système d’esclavage le plus brutal et le plus dur de l’histoire» Festival de poésie tous azimuts à Trois-Rivières Musique symphonique, jazz et poésie sont au programme ISABELLE PARÉ Pourquoi choisir entre la poésie, la musique symphonique ou le jazz quand on peut avoir tout cela à la fois?Embrassant toutes les disciplines, le très pluriel Festival international de la poésie de Trois-Rivière s’est enclenché hier, offrant jusqu'au 12 octobre la poésie déclinée sur tous les tons.Pas moins de 24 ans après sa création, le festival trilluvien de la poésie réaffirme haut et fort son parti pris pour la diversité culturelle, la rencontre des disciplines artistiques et la prose et le vers tous azimuts.L’événement phare de cette douzième édition sera d’ailleurs un concert symphonique inspiré de la musique des cinq continents, intitulé Cinq continents en poésie et en musique, lors duquel la poésie d’artistes d’Europe, d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Océanie se mêlera au son des instruments de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières (OSTR).Les œuvres musicales sont choisies par le chef Jacques Lacombe, qui présentera notamment le Concerto pour piano HobXVIII: 7 en fa majeur ùc Haydn, la Rapsodia sin-jimica de Joaquin Purina, les Danses roumaines de Belà Bartdk, I crisan- temi de Puccini, Requiem pour cordes de Toru Takemitsu, Danse villageoise de Claude Champagne et African Suite de Fêla Sowande.Le lauréat du prix Québécor de poésie Louis-Philippe Hébert partagera la scène avec les poètes Linda Maria Baros (Europe), Cai Tiaxin (Asie), Fernando d'Almeira (Afrique) et Nicolas Kurtovitch (Océanie).«Ce qui fait la particularité de notre festival, c’est la diversité totale des lieux, des heures, des activités.Ça dure dix jours “non stop”, du matin au soir, et ça rejoint tant les amoureux de poésie que ceux de musique ou d’arts visuels, car ce festival va à la rencontre des autres disciplines artistiques», soutient son président-fondateur, Gaston Bellemare, qui tient la barre depuis 24 ans.Outre ce grand spectacle de clôture, les mélomanes en auront pour leur dû avec cinq soirées jazz, vin et poésie.Pour les épicuriens de toute nature, la programmation touffue aligne d’ailleurs près de 400 activités qui nourriront autant le palais et les sens que l’âme, dont 85 repas-poésie, répartis dans les restaurants et cafés trifluviens, 27 apéros scot-ch-poésie, quatre soirées Erotisme et poésie, des soirées Jazz et poésie, et un grand pique-nique où la table sera mise pour écouter les mots et la musique du monde.Les esthètes seront aussi comblés puisque le festival donnera le coup d'envoi à 51 expositions dans les galeries et musées de la ville, dont une rétrospective du peintre Raymond Lasnier au Centre d’exposition Raymond-Lasnier, à la Galerie d’art du Parc et au Centre Pierre-Boucher, destinées à commémorer le 4tt anniversaire de la mort de l’artiste.Le Sentier des poètes et souvenirs sera aussi de retour au Moulin seigneurial, où les poètes Claude Beausoleil, Jean-Paul DaousL Bruno Roy et Louis-Philippe Hébert liront des textes de poètes disparus en cours d'année.«Par souci d’authenticité, les poètes invités livreront leurs textes dans leur VOIR PAGE F 2: POÉSIE «Ce qui fait la particularité de notre festival, c’est la diversité totale des lieux, des heures, des activités» F 2 LE I) E V 0 1 H .LES SAMEDI 1 E T I) I M A N (’ Il E 5 OCTOBRE 2 0 0 8 LIVRES EN APARTÉ Le candidat d’Arthur fût Jean-François Nadeau Un monsieur un rien ventru tient à la main un exemplaire de L’Outaouais supérieur, un livre de commande qui n’a de supérieur que son auteur, le grand Arthur Buies.Nous sommes au Salon du livre ancien, la semaine dernière, devant la table de Jean-Claude Veilleux, un bon et patient libraire de Québec.Le monsieur, un rien ventripotent, qui l’occupe tout entier ne tarit pas d’éloges au sujet de Buies.«Buies ressemble un peu à Rimbaud au même âge», ex-plique-t-il.«De Rimouski, il est parti tout jeune pour Paris, en rupture avec son milieu, tout à fait à l'aise avec l’idée d'assumer des idées révolutionnaires.» A Paris, note encore le monsieur, il s’enluit des prisons académiques pour se lancer à l’aventure de l’Italie révolutionnaire de Garibaldi.Ije voila qui porte le poignard des sicaires et une chemise rouge, reflet de son incroyable audace, pour combattre cette papauté dans laquelle son peuple ne cesse de s’engoncer à coups de zouaveries diverses.«Buies est une sorte de Régis Debray de son temps», résume très rondement l’inconnu, lancé avec enthousiasme dans ce qui ressemble de plus en plus à une grande leçon improvisée consacrée à Buies.Bien sûr, c’est un peu vouloir rabaisser Buies que de le comparer à ce phénomène volatil qu’est Debray.Mais à l'ère du triomphe des illusions et des contradictions de toutes sortes, laissons le monsieur causer, me dis-je.Après tout, il n’a pas tort de s’enthousiasmer autant pour Buies, monument le plus étonnant et le plus solide de notre XDC siècle souffreteux Janvier 1862.Retour en Amérique d’Arthur Buies.Le jeune homme devient rédacteur d’un journal libéral, Le Pays, et animateur à plusieurs titres d’un club non moins libéral, l’Institut canadien.Cet institut est une sorte d’université libre fréquentée par des juristes, des étudiants et quelques notables.L’Institut canadien possède une riche bibliothèque et présente chaque année des conférences.Sans trop y croire, sans trop s’en rendre compte, Buies devient avocat.Mais une seule chose l’intéresse vraiment: devenir écrivain.«Je serai écrivain, le meilleur.» En juin 1867, nouveau départ pour la France, où il espère cette fois pouvoir s’installer pour de bon et se tailler une place dans le monde des lettres.Il fait durant ce voyage la connaissance de George Sand: «Quelle femme.» Mais il se retrouve vite sans argent et, sous les cris répétés de son estomac, perd patience.11 rentre au Canada au moment où Le Globe, un journal parisien, lui offre une place.Le Globe se veut «l’organe de la démocratie» et le défenseur des principes de la Révolution française.Au nombre de ses principaux, collaborateurs, des noms qui sonnent déjà haut et fort Emile Zola, Jules Vallès.La lumière de La Lanterne À Montréal, inspiré par la lecture en France de La Lanterne d’Henri Rochefort, Buies lance en 1868 un petit hebdomadaire du même nom où il exprime ses idées tout en lumière.Quelques numéros sont adressés à Rochefort, qui confiera en 1910 à Jules Fournier n’en conserver qu’un bien vague souvenir.Et pourtant! Au sujet des mœurs électorales: «Personne n’ignore [.] jusqu’où est poussée la corruption électorale en Angleterre; il n’y a que celle exercée en Canada qui puisse en donner une idée.» Buies réclame le droit de vote pour les femmes autant que l’abolition de la monarchie.Le mariage?Après tout pourquoi pas, pourvu que ce soit «un contrat libre, exclusivement civil et privé», et que «la femme mariée possède une capacité absolue en ce qui touche sa personne ou ses biens».L’avocat Jacques Perrault n’arrivera à faire triompher ce principe d’égalité des sexes que dans les années 1950, au prix même de sa vie! Buies est contre le dogmatisme de tous les religieux.Au sujet de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget surnommé le Pie K canadien: «J’ai à révéler des choses qui feront frémir d’indignation sur le compte de cet accapareur insatiable qui se laisse appeler saint homme, et qui depuis vingt ans s’engraisse de la crédulité stupide de ses diocésains.» Aurait-il trouvé à dire autant du cardinal Turcotte?La digne Confédération canadienne?Buies s’en moque.La liberté politique se trouve ailleurs, pense-t-il.Peut-être du côté des principes républicains qui ont mené à la création des Etats-Unis?La Confédération, chose certaine, «ne donne pas des droits: au contraire, elle en ôte.» Tout de même parfois un peu vite en affaire, ce Buies: «Le monde entier proteste contre la peine de mort.» Non, pas vraiment.Pas même aujourd’hui.Ne pas oublier nos voisins américains, puis les sombres conservateurs d’ici, capables de promettre le pénitencier même aux enfants.En un mot, les ré- actionnaires de toujours et de partout savent faire front encore et encore.Ces beaux traits qui révèlent la pensée d’Arthur Buies, je les tire tous des pages de La Lanterne.Publié par Buies pendant vingt-sept numéros, de septembre 1808 à mars 1869, ce journal connut toutes les misères.L’Eglise voulait le faire interdire.Des gamins qui vendaient La Lanterne, certains recevaient des curés l’ordre de le brûler.L’imprimeur, toujours à cause du clergé, décidait à tout moment de ne plus faire son travail.Buies tenait ce fragile édifice journalistique à bout de bras, seul II travaillait tard dans la nuit toujours seul, enfin presque: «Ma chambre est pleine de fantômes.Dans un coin le diable qui rit à se tordre.» On fit tout, même après sa mort, pour l’empêcher de parler ou pour lui faire dire ce qu’il ne disait pas, ce qui revient au même.Rien ne manque, pendant près d’un siècle, pour alimenter la désinformation à son sujet.Claude-Henri Grignon, dans ses Belles Histoires des pays d’en haut, livre dont on souligne cette année le 75‘ anniversaire, le réduit aux dimensions d’un sombre petit scribe besogneux au service d’un curé Labelle bon vivant.L’image s’impose.Mais voyez ce qu’avoue Grignon, en 1963, devant l’Académie canadienne-française: «Cet écrivain de gauche-là me désespère et me dégoûte.» Grignon sait bien devant qui il se trouve.Pour être en accord avec ses positions politiques personnelles, une seule chose à faire: détruire ce diable en le récupérant Et il s’y emploie de son mieux «fai bien fait de m’attaquer à Buies, anticlérical.[.] On a bien fait de condamner hxhmterne.» Marcel-Aimé Gagnon, dans un autre livre consacré à Buies, se plaint qu’il ne distingue pas «la vérité bénéfique» et la «vérité maléfique».En d’autres termes, il affirme que toute vérité n’est pas bonne à dire.Réponse déjà formulée par Buies, au siècle précédent: «C’est une maxime de poltron.» Léopold Lamontagne, dans une étude, se désole pour sa part d’avoir à conclure que Buies est voltairien: «Buies a respiré ce poison dans l’atmosphère qui l’entourait et il n’est guère difficile de relever, dans une partie de son œuvre, des traces d’intoxication.» Intoxiqué par Voltaire! Une garantie de santé! Buies demeure une lumière trop forte.Il estime trop la liberté d’expression pour ne pas être jugé dangereux par toutes les sociétés, celle de son temps comme la nôtre.Buies, vous dis-je, c’est le diable.Une plume, du souffle et des idées.Cela est rare.Buies demeure, aujourd’hui encore, presque aussi seul qu’en son temps.Au milieu de l’imposture, de l’inertie, des bêtises, des petitesses et de l’unanimisme à tout crin, un tel homme nous manque.Quel bonheur alors ARCHIVES LE DEVOIR Arthur Buies, ami du Parti conservateur?que de croiser soudain sur son chemin quelqu'un qui s’y intéresse: — Pardonnez-moi, mais qui êtes-vous, Monsieur, pour vous intéresser autant à Arthur Buies?— Gilles Duguay, candidat du Parti conservateur dans Rivière-du-Nord.Me voilà bouche-bée.Est-ce une mauvaise blague?Non.Le monsieur a aussi été candidat conservateur dans OutremonL.— Vous aimez Buies, mais vous défendez les idées de Harper.Vous ne trouvez pas que c’est fort de café comme contradiction?— Oh, vous savez, Buies, c’était il y a plus d’un siècle.Ça fait longtemps, ces idées-là.Comme si le caractère bedonnant d’une pensée se mesurait en fonction des seules années qui passent! Dans un coin, je l’ai vu, le diable se désolait jfnadeaufa: ledevoir.com POESIE SUITE DE LA PAGE F 1 langue maternelle, mais nous les accompagnerons de versions traduites ou de sous-titres pour en permettre la pleine compréhension», ajoute M.Bellemare.Comme chaque année, les ateliers d’écriture ouverts à tous seront de retour, des lancements de livres et la légendaire corde à poésie, une immense corde à linge tendue au cœur du parc Champlain invitant les visiteurs à y accrocher leur part de rêveries.«Des gens y sont invités à laisser leurs propres créations, note le président du FIPTR.Au fil des ans, nous avons reçu des poèmes dans toutes les langues, y compris en braille!» Le Devoir FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POÉSIE DE TROIS-RIVIÈRES Du 3 au 12 octobre Consulter le programme à wwiv.fiptr.com SUCRE Les questions éthiques demeurent d'une brûlante actualité avec l'intérêt porté à la canne par les producteurs d'éthanol Salut, Bertrand B, À l’occasion des 40 ans d’écriture de Bertrand B.Leblanc, les Éditions Trois-Pistoles sont fières d’annoncer la parution du roman Le temps des comptes, troisième tome d’une grande trilogie historique et populaire dont les deux autres volets sont Le temps d'une guerre et Le temps d’un règne.SUITE DE LA PAGE F 1 des produits sucriers, ces humanistes pratiques ont annoncé dès le XIX' siècle les campagnes actuelles en faveur du commerce équitable.L’espoir perce donc malgré tout dans ce récit infernal?En tout cas, les questions éthiques demeurent d’une brûlante actualité avec l’intérêt porté à la canne par les producteurs d’éthanol et l’indémodable surconsommation de sucre par tous et chacun.«Les Haïtiens qui récoltent la canne aujourdhui sont traités comme des esclaves, note l’historienne.En République dominicaine, ils reçoivent 1,20 $ par tonne de canne coupée, moins les frais pour la machette et le logement, et un très bon travailleur peut en tirer deux tonnes par jour, au mieux.Aux Etats-Unis, les chances sont d’au moins 15% que votre sucre proviennent de cette exploitation.Au Canada, on le sait d’autant moins que de toutes récentes transactions ont affecté ce secteur industriel.Mais une chose est certaine: on ne peut pas payer 1,69 $ la livre de sucre et penser que personne n’est exploité à l’autre bout de la chaîne de production.Moi, j’achète du sucre équitable, je le paye 10 $ la livre et je recommande à tout ELIZABETHABBOTT SUCRE UNE HISTOIRE DOUCE-AMERE 1 : I D E"S LE TEMPS D'UNE GUERRE JE TEMPS D’UN RÉGNE LE TEMPS DES COMPTÉS \ / 40 ans d’écriture, ça se fdte ! Le dimanche S octobre, à 11 h, vous ôtes invités à un brunch-célébration avec Bertrand B.Leblanc et 200 invités au Club de golf Revermont d’Amqui.Pour réservations : Nora Lajoie, Éditions Ttote-Pistoles, 1 (418) 851-8888, vlb2000«bellnetca André Mayer APOLOGIE DES CONTRAIRES Sur l’origine des contraires et leur prestation dans la nature APOLOGIE DES CONTRAIRES -* 45?*' Nomvlle edition rmic- et augmcntite Apologie des contraires est un ouvrage éclectique dominé pa-rune logique basée sur les lois qui régissent la contradiction.D’avant même le big bang jusqu'à la reproduction biologique, on y découvre l'intuition d'une vérité inespérée sur ce dont l'univers est vraiment composé.Des extraits sur Internet: www.apologledescontraires.com Vol.de «6 p., 29,95$ CARTE BLANCHE le monde de suivre ce mouvement.» La petite et la grande histoire ne font qu’un.Mieux: l’épopée douce-amère et la propre généalogie de l’historienne se recoupent le grand-père de son grand-père ayant exploité une plantation de canne à Antigua au milieu du XIX' siècle, «fai pensé à ce livre pendant des années, explique la professeure Abbott f ai commencé dans les années 1980 à rédiger un premier ouvrage très technique, sans succès.Je suis allée vivre à Haiti pendant cinq ans.f ai cultivé une passion pour mon héritage antillais.Après mes livres sur les autres sujets, je me suis sentie prête pour m’attaquer au sucre à nouveau.» A la fin de son introduction, elle raconte avoir subi des tests génétiques pour retrouver la trace de ses origines complètes.«Je suis à 12 % d’origine subsaharienne, j’ai aussi 6 % de gènes asiatiques et 3% autochtones, confie finalement Elizabeth Abbott Dans ma famille, on ne sait pas comment cela est arrivé, mais moi, je l’avais toujours senti dans un sens.» Le Devoir LE SUCRE Une histoire douce-amère Elizabeth Abbott Traduit par Benoît Patar et Richard Dubois Indes, Montréal, 2008,280 pages ENTREVUE Tolstoï et compagnie Le roman Une année dans la vie de Tolstoï a servi de base au film The Last Station CAROLINE MONTPETIT Cl est un monument de l’histoire de la littérature, mais aussi un homme tourmenté par ses contradictions.Ascète, Tolstoï était pourtant à la fin de sa vie, accueilli partout comme une star digne de l’ère du rock’n’roll.Vivant dans le luxe, il s’en flagellait quotidiennement et encourageait l’abnégation.Fabuleux écrivain de fiction, il a ensuite renié son œuvre romanesque, considérant la fiction comme un «divertissement bourgeois», pour se concentrer exclusivement sur ses ouvrages philosophiques.Léon Tolstoï est un personnage rêvé pour écrire un roman.Et Jay Parini n’a pas laissé passer l’occasion.En 1990, il publiait The Last Station, qui a depuis servi de base au scénario du film du même nom, qui devrait sortir sur les écrans du monde bientôt.The Last Station vient par ailleurs d’être publié en français chez Fides sous le titre Une année dans la vie de Tolstoï.Pour écrire ce livre, Parini s’est d’abord et avant tout basé sur les journaux intimes des proches de Tolstoï, dont celui de Sophia An-dreïevna, l’épouse qui a partagé quarante-huit ans de sa vie mais avec qui Tolstoï a vécu des déchire ments pennanents.Bourgeoise alors qu’il aspirait au dépouillement le plus strict et voulait renier la notion de propriété, incarnant la chair (elle lui a donné 13 enfants) alors qu’il prêchait à tous l’abstinence, Sophia n’a pas le beau rôle au cours de cette dernière année dans la vie de Tolstoï.Elle est en butte avec les «tolstoïens», ces adeptes de la doctrine de son mari, qui viennent en masse tenter d’approcher le maître, sous les fenêtres de lasnaïa Poliana, où l’illustre écrivain a vécu toute sa vie.Plus précisément, Sophia Andréïevna tente de protéger son héritage et celui de ses enfants, alors que Tolstoï, hanté par la culpabilité de sa richesse, me PARINI Ur* annét JaiwIs fit f de ToUret îe V,' > .UottVÉ'^,;V'- v\e Les livres qui ne circulent pas meurent L’tClUKtl 707 fl 713 MONI-ROYAl tSI 0MONI-ROyAL, 514-523-6389 nace d’en faire un bien public.En fait, juste avant de mourir, en 1910, au cours de cette dernière année relatée dans le roman, Tolstoï s’enfuit d’Iasnaïa Poliana, où se trouve sa femme, et meurt en plein voyage, dans une gare, entouré d’une horde de journalistes, incapable de partir, incapable de revenir.«Tout était compliqué avec Tolstoï», reconnaît Parini.Mais c’est bien pourtant Sophia Andréïevna le personnage principal de ce roman, qui ressemble déjà un peu trop, dans sa forme initiale, à un scénario de film.«fai beaucoup de sympathie pour elle, dit Parini en entrevue.Elle a eu une vie très difficile.Et ce n’était pas facile de vivre avec un fanatique religieux qui veut donner tout son argent.» Tolstoï, qui sera incarné à l’écran par Christopher Plummer (Anthony Quinn, qui a coécrit le scénario et qui devait jouer Tolstoï, est mort en 2000), n’a donc étrangement pas la place prépondérante dans le roman de Parini, qui donne tour à tour la parole au secrétaire de Tolstoï, à son médecin, à sa fille, et à son disciple Tchertkov.Maîtres et serviteurs Les sentiments envers le «maître» y sont divers, le secrétaire est rongé par la culpabilité de son désir pour les femmes, le médecin est contrit de son manque de culture face à Tolstoï, Sophia est à la fois inquiète et déçue de la tournure de son mariage, et Tchertkov rêve de voir Tolstoï se séparer 4e son épouse.Tout cela laisse donc bien peu de mots pour la pensée de Tolstoï, qui transparaît cependant à travers quelques lettres, authentiques d’ailleurs, signées de l’écrivain, comme celles adressées à George Bernard Shaw ou à Gandhi.En fait, Parini le constate aujourd’hui, c’est surtout l’œuvre romanesque de l’écrivain qui est passée à l’histoire, au corps défendant de Tolstoï.Ces idées d’abolition des classes, par ailleurs, bien que profondément empreintes de religion, ont été reprises par les bolcheviques au moment de la Révolution de 1917.«Ces idées ont largement été utilisées par les socialistes, reconnaît Parini.Mais Tolstoï n ’aurait pas apprécié cela.Il n’était pas du tout un marxiste», dit-il.En fait, c’est surtout un moraliste qui apparaît derrière les pages noircies par Jay Parini.Un moraliste à la succession hasardeuse, dont la vie semble s’être partagée douloureusement entre plaisirs de vivre et regrets d’avoir vécu.Le Devoir 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 OCTOBRE 20 0 8 LITTERATURE Tribu miroir 1 Æk.'m Danielle Laurin CM est montréalais, * très.Mais très ouvert sur le monde.C’est politique, social.C’est actuel.Ancré dans la réalité.Mais c’est aussi existentiel.Le titre:/'ai l’angoisse légère.C’est dense.Mais fluide.Intelligent, et sensible.Ironique, parfois.Mais pas cynique.C’est vraiment fort Une réussite sur toute la ligne.’’Quel est l’imbécile qui, le premier, a promulgué qu’on apprenait de ses échecs?L’échec ne nous apprend rien.Sinon l’endurance à la perte.Il n’est pas nécessaire, pour grandir, d’en baver, de trébucher, d’être bafoué par la critique ou méconnu toute sa vie comme Pessoa.» • C’est François Ladouceur qui parle.Vous vous souvenez de lui?La première fois qu’on l’a vu, c’était il y a 25 ans.Dans Maryse.Un roman marquant, un succès de librairie.Le premier livre signé Francine Noël.Le premier de quatre consacrés à la fameuse tribu qu’on allait voir évoluer dans Myriam Première, puis La Conjuration des bâtards.Que sont devenus François, Mari-té, Ehire et tous les autres membres de cette tribu «inventée autour de l’amitié et du mirage des années 1970»?Maryse, elle, a passé l’arme à gauche.Victime d’un attentat commis par un groupe d’extrême droite, en plein Sommet de la Terre, au Mexique, en 1999.C’était dans La Conjuration des bâtards, déjà Comment vivre ensuite?Comment garder vivants, solides, unis, h la tribu et ses descendants?Comment survivre à la perte d’une personne chère?Comment faire son deuil?C’est la trame de fond de fai l’angoisse légère.Bien sûr, les habitués savoureront leurs retrouvailles avec les attachants personnages de la saga.Mais pas la peine d’avoir lu les trois romans précédents pour s’y retrouver.Dès les premières pages de fai l’angoisse légère, Francine Noël donne, sans en avoir l’air, les repères essentiels de l’histoire.Elle parsème ensuite, ici et là de précieux indices sur le passé de ses protagonistes.Très habile.Pas lourd du tout comme procédé.Et très utile pour rafraîchir la mémoire des lecteurs qui, sur une période de 25 ans, en auraient oublié des bouts sur les tribulations de la-ditç tribu.A noter aussi, pour ceux qui auraient décroché de la saga en cours de route, ceux qui se seraient égarés, en outre, dans la volumineuse et touffue Conjuration des bâtards: Francine Noël maîtrise mieux que jamais l’art de raconter.D faut croire que l’écriture de La Femme de ma vie, poignant récit consacré à la mère de la romancière, et grand gagnant du Combat des livres de Radio-Canada en 2006, a porté ses fruits.En moins de 200 pages,/’ai l’angoisse légère va droit au but Droit au cœur.Et à la tète.Faut le faire! A peine quelques digressions.Sur l’art, son rôle, sa fonction.Et sur le processus de création comme tel.Trop de détails, peut-être.Quoique.Quiconque crache sur la culture trouvera là de quoi se convaincre de sa nécessité.Ce qui fait d’abord et avant tout la force de fai l’angoisse légère, c’est la façon dont l’auteure passe d’un personnage à l’autre.C’est la façon qu’eUe a de nous les montrer en parallèle, et ensemble.On les voit de l’extérieur, dans le regard des autres.Et on les sent de l’intérieur.On est au cœur de leurs contradictions, de leurs aspirations, de leurs désillusions.A travers eux, on se pose mille et une questions.Sur le sens de l’engagement Sur l’amour, l’amitié.Sur la famille.Sur le vieillissement Sur la mort Et la roue qui tourne.On pose un regard sur soi.Et sur le monde qui nous entoure au- .Iteto „ „, JSSiM ' | ¦ PIERRE LOUIS MONCEAU Francine Noël publie un nouveau titre, J’ai l’angoisse légère.jourdTiui.Sur le sort des sans-abri.Sur les enjeux des grands conflits mondiaux.Sur les accommodements raisonnables, aussi.On a droit à des répliques du genre: «Moi je réclame le tchador pour tous.Ce qui est bon pour les femmes devrait être excellent pour les hommes.Le jour où ils se voileront, je serai disposée à parler de pudeur et peut-être même à invoquer Allah avec eux en toute égalité.» On se moque de soi, au tournant De notre sentiment d’impuissance, et de nos tentatives désespérées pour se déculpabiliser face à tout ce qui va mal dans le monde: «on est des petits bourgeois merdeux, mon pote, et nos éclairs de lucidité ne changent rien au marasme mondial».On se voit on se reconnaît dans cette tribu.Jeunes ou vieux, en couple ou seuls, héritiers de Mai 68 ou non.Le même effet qu’avec Maryse, finalement Sauf que les années 1970 sont dernière nous.On est ici, maintenant.Aujourd’hui.Angoissés, oui.Mais «à temps partiel».C’est bien ça.Francine Noël a mis le doigt dessus: on a l’angoisse légère.Collaboratrice du Devoir J’AI L’ANGOISSE LEGERE Francine Noël Leméac Montréal, 2008,185 pages EN BREF Rentrée littéraire Les écrivains Jean-Jacques Pelletier, Daniel Jacques, Michel Leclerc, Martine Latullipe, Anne Peyrouse, Stéphane Dompierre et quelques autres donnent rendez-vous au public le mardi 7 octobre à 19h dans le hall du Musée de la civilisation à Québec pour une mise en lecture de leur œuvre animée par notre collaboratrice Martine Côté.L’entrée est gratuite.- Le Devoir Rendez-vous avec Madeleine Gagnon Dans le cadre de la série «Les Poètes de l’Amérique française», Madeleine Gagnon fera la lecture de ses poèmes le lundi 6 octobre à compter de 19h30 à la chapelle du Musée de l’Amérique française à Québec.Elle sera accompagnée pour l’occasion par Marlène Couture, soprano, et Pierre Bouchard à l’orgue positif.La soirée est animée par Paul Bélanger, des Editions du Noroît Pour en savoir plus: www.lespoetesdelamerique-francaise.org - Le Devoir JACQUES GRENIER LE DEVOIR Madeleine Gagnon Bibliothèque et Archives nationales du Québec Yves Theriault : le pari de l’écriture Catalogue de Texposition présentée à la Grande Bibliothèque Roman Felicia Mihali Dîna roman, 180 p., 23 $ Femme dans une société patriarcale, paysanne égarée dans la ville, Roumaine terrifiée par un Serbe, Dina est un personnage contrasté.Elle est aussi le symbole d’un pays malmené, la Roumanie, qui se relève avec difficulté du joug communiste, Qui donc l’a tuée ?Les grandes figures ISBN :078-27637-8779:4 • 176 pages • 37,95 $ Transparent mais indéchiffrable, insociable mais séducteur, Yves Thériault demeurera évidemment impossible à résumer, et encore plus à canoniser.Chaque lecteur a son Thériault, avec ou sans réserve, selon l’âge ou le texte où il l’a rencontré.Mais nul ne devrait l’ignorer.- Lise Bissotmette, Ressaisir Yves Thériault ¦WWil.|ii.'|l„iiin'„ .Cètjj .—— - LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL www.pulftval.com LAURIER « Sur mon honneur, je m’engage à consacrer ma vie à la cause de la conciliation, de l’harmonie et de l’entente au sein des différents éléments de ce pays qui est le nôtre.» Wilfrid Laurier Roderick Stewart Wilfrid Laurier Œuvrer pour t’unlté du Canada Récit biographique traduit de l'anglais par Héléne Rloux 192 p„ 18 $ _T_Tr_ t/Ki, ruo Sainl Hubcrl, Montréal (Québec) HzL j/i Al#, Téléphniii-: si/,.1,2',.21./n • Téléropii'iir : 51/4.S2S-7S-3?t tliiim- Coiirrii'l: InlMSxy/i'dit.qc.ca• www.xy/cclü.qc.ta ROMAN QUÉBÉCOIS Beauté fatale CHRISTIAN DESMEULES Difficile d’imaginer un personnage au nom phis vénitien que Marc Rialto.Mais puisque Venise n’est pas en Italie, comme le chantait Reggiani, Hugues Corriveau, poète, essayiste et critique, choisit plutôt d’installer son histoire à Rome, «ville aux sept collines» et musée à del ouvert.Esthète déclaré, le protagoniste de La Gardienne des tableaux, cinquième roman de Corriveau, est un peintre en panne dinspiration qui fait la rencontre d’une femme entre deux âges, grisâtre comme un personnage de Beckett.Elle se fane un peu plus chaque jour dans une galerie d’art de Montréal «Quand il n'y a personne, elle croit parfois qu’on la paie pour empêcher les figures de s'enfuir, pour éviter le ballet des papillons et des mouches, pour empêcher la poussière de retomber.» Elle surveille les tableaux, mais peut-être en réalité sont-ce les tableaux qui la surveillent Constance, c’est son nom, Constance aux eaux dormantes comme celles d’un lac rempli d’algues, immobile dans sa grisaille quotidienne, renaît lentement au contact de l’artiste.Mais Rialto s’envole très vite pour Rome, où l’attend un petit appartement du Montever-de Vecchio — qui pourrait bien être le studio du Québec à Rome, pourquoi pas, situé dans le même quartier historique.Arpentant chaque jour des rues dont les noms résonnent comme des poèmes chantés, il se laisse porter par ses fantasmes de spectateur infatigable et s'abandonne à cette dérive visuelle prétexte à un peu de name dropping culturel épicé —John Cage, Steve Reich, Erri de Luca, Betty Goodwin ou Louis-Pierre Bougie.La gardienne des tableaux ira le rejoindre en Italie, sans le prévenir, sans même savoir où il se trouve.Réchauffement, fonte des glaces, ruissellement, explosion de couleurs chaudes.L’homme est content, oui, mais avec le sentiment d’éprouver une sorte de «bonheur flasque» qui le dégoûte un peu.I Iu«ik s C.
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