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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2004-08-14, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 15 AOÛT 2004 IDÉES A la veille de souffler ses 400 bougies, l’Acadie, entre le mythe et la réalité Page B 5 •PERSPECT ÏES U idéal olympique de Pierre de Coubertin 7 Innocentes olympiades : Les Jeux modernes n’ont jamais été exempts d’affrontements politiques, de polémiques et de tentatives de tricherie JEAN DION ous les quatre ans, au moment de célébrer la grand-messe de la jeunesse épanouie, deux lancinantes questions reviennent sur le tapis du débat de société.Un: investit-on assez d’argent dans le sport amateur pour que nous n’ayons pas honte qu’un aussi grand pays que le Canada remporte un si petit nombre de belles médailles?Deux: n’était-ce pas bien mieux avant, quand le gigantisme, la commercialisation à outrance, la récupération politique, le chauvinisme patriotard et la tricherie érigée en système n’avaient pas encore corrompu l’idée olympique, quand on faisait du sport pour la gloire du sport, quand il y avait de la vraie pureté?En général, la première question tient le pavé pendant deux semaines, puis on l’oublie.On passe à nos premières priorités que sont la santé et le prix de l’essence sans plomb à la pompe.La deuxième a la vie plus dure: de proche en proche, elle ressurgit quand on pince un dopé qui croyait prendre de la glucosamine en gélules, quand un membre du Comité international olympique se fait acheter, quand on essaie d’associer une boîte de 12 McCroquettes à la notion d’exercice physique sain.Ces jours derniers, le retour de l’olympisme dans son berceau grec a servi de prétexte à une avalanche de reportages sur les Jeux de l’Antiquité.La plupart se sont efforcés de déboulonner les poncifs de circonstance.La pureté, n’est-ce pas.La trêve sacrée.La bataille pour l’honneur seul.Et puis, pas de chicane entre Nike et Adidas et Reebok et Speedo vu qu’ils étaient tous flambant nus.De même, le choix d’Athènes, 108 ans après que s’y fut tenue la première olympiade moderne, a fait se multiplier les allusions à un «retour aux sources».Mais 4e quelles sources s’agit-il au juste?Etait-ce vraiment mieux, ou simplement autrement, avant?Y a-t-il eu changement, par exemple, lorsque l’on considère que les Jeux de 1896 coûtèrent cinq fois plus cher que leurs organisateurs ne l’avaient prévu, que le gouvernement grec dut majorer taxes et impôts et se trouva acculé à la banqueroute, que l’on dut faire appel à la participation volontaire des citoyens et à la bienveillance de généreux donateurs étrangers, et que la principale infrastructure, le stade panathénaïque où se terminera dans deux semaines le marathon, ne fut pas prête à temps?Instigateur de la résurrection olympique, le baron Pierre de Coubertin, né en 1863, avait été frappé dans sa tendre enfance par l’Exposition universelle de Paris de 1867 et l’ouverture du concile Vatican 1" en 1869.D en développera un attrait prononcé pour les grands rassemblements pleins de pompe.D est aussi marqué par les suites de la défaite de la France face à la Prusse lors de la guerre de 1870-71, qui l’inciteront à trouver des façons de redonner du panache à son pays — de le «rebronzer» — sans recours à une revanche militaire mais en favorisant le rapprochement des nations.Fasciné par la Grèce antique, il suivra de près les fouilles archéologiques que des scientifiques allemands mènent à partir de 1875 afin de mettre au jour le site d’Olympie.Mais c’est surtout à l’occasion d’un voyage en Angleterre en 1883 que l’homme, un pédagogue d’abord soucieux d’éduca- tion, élaborera sa grande idée de promotion des valeurs athlétiques: l’Angleterre du XK" siècle est la pionnière en matière d’intégration du sport à la formation académique des jeunes.Un homme de son temps Si Coubertin était indéniablement un internationaliste et un humaniste, il était aussi un homme en prise avec les idées de son époque.Dans les années 1890, alors que la France est profondément divisée sur la question juive, il se range dans le camp des antidreyfusards en prétextant le respect de l’institution militaire.D était un fervent partisan de la mission colonisatrice de la France, et si les peuplades indigènes pouvaient être autorisées à pratiquer le sport, il y voyait d’abord un «instrument de disciplination» dans leur longue marche vers la civilisation.S’il croyait à la fraternité entre les pays, Coubertin accordait aussi grande importance au principe de gloire nationale, et sa vision de la nation ne dépassait guère les frontières de l’Europe.De fait, lors d’un premier voyage en Amérique en 1889, il fera part de son étqnnement devant la constatation de ce que les Etats-Unis ne sont pas qu’une contrée sauvage et va-e; CYnihertin guement arriérée.Parallèlement, il s’est opposé toute professait sa v*e a participation ,des femmes F aux Jeux olympiques.À l’encontre une vision d’une croyance répandue à l’époque voulant que les femmes ne devaient romantique pas pratiquer la plupart des sports parce que cela nuirait à leur santé, le bade ron était d’avis qu’il fallait les laisser .libres de le faire, à la condition toute- 1 Olympisme fois qu’elles ne le fassent pas devant nntimtp public.Aussi tard qu’en 1928, après anuque, qUe ^ femmes eurent pour la premiè- nn attrait tnrf re fois été admises aux épreuves d’athlétisme à l’occasion des Jeux d’Amster-de faire la dam, Coubertin dénonçait toujours cet- te pratique au mieux inesthétique, au même chose, pire frisant l’indécence à ses yeux.Et il était le défenseur le plus un siècle acharné de l’amateurisme, ce princi-pe fondamental que les pays du bloc plus tard soviétique ont ridiculisé pendant tant d’années.Officiellement, Coubertin voulait faire obstacle à la corruption (bien qu’en théorie, un athlète non rémunéré soit plus aisément corruptible qu’un autre).Mais il était de souche aristocratique et avait une approche correspondante du sport.Ce sont les riches et les membres de bonne famille qu’il voulait voir en premier animer le mou- vement olympique; en est témoin, d'ailleurs, la composition du CIO pendant tout le XX' siècle.Ce n’est qu’en 1919 qu’il finira par écrire, dans La Gazette de Lausanne: «Jadis, la pratique des sports était le passe-temps occasionnel de la jeunesse riche et oisive.J’ai travaillé trente ans à en faire le plaisir habituel de la petite bourgeoisie.H faut maintenant que ce plaisir-là pénètre l’existence de l’adolescence prolétarienne.» Berlin On pourra également noter pour nos dossiers qu’au crépuscule de sa vie, le baron est allé jusqu’à encenser les Jeux de Berlin de 1936, transformés en vaste plate-forme de propagande national-socialiste, et à les qualifier de quintessence de l’olympisme.Sa santé étant chancelante — il mourra l’année suivante à 74 ans —, il n’assista pas à ces Jeux mais accepta tous les cadeaux que lui remit le régime hitlérien, qui projeta de même l’érection ¥a JERRY LAMPEN REUTERS On parle beaucoup de la pureté du sport en occultant les problèmes d’organisation, les coûts et les chicanes entre commanditaires des Jeux olympiques.d’une stèle et appuya sa candidature malheureuse à l’obtention du prix Nobel de la paix.Peut-être cette reconnaissance est-elle en partie imputable à son amertume envers la France qui, croyait-il, l’avait «oublié».Mais toujours est-il qu’il écrit dans Le Journal, en août 1936: «La grandiose réussite des Jeux de Berlin a magnifiquement servi l’idéal olympique.Les Français, qui sont seuls ou presque seuls à jouer les Cassandre, ont le plus grand tort de ne pas comprendre ou de ne pas vouloir comprendre.Il faut laisser s’épanouir librement l’idée olympique et savoir ne craindre ni la passion ni l’excès qui créent la fièvre et l'enthousiasme nécessaire.» Si Coubertin professait une vision romantique de l’olympisme antique — où prenaient somme toute peu de place le sanglant pancrace où tous les coups étaient permis, les athlètes mercenaires embauchés à fort prix par les cités et le cirque esquissé par des empereurs romains comme Néron qui corrompait les arbitres et où VOIR PAGE B 2: JEUX Le baron dans le texte AGENCE FRANCE PRESSE Le baron Pierre de Coubertin.S > il est presque exclusivement connu pour son œuvre de résurrection de l’olympisme, Pierre Fredy, baron de Coubertin (1863-1937), n’en a pas moins laissé quelque 70 000 pages d’écrits divers.Sa biographie rédigée par Louis Callebat (Fayard, 1988) recèle plusieurs passages intéressants de cette œuvre pour fins de méditation approfondie.Aux profs et élèves de l’école Monge, sur la place du sport dans la formation personnelle: «Un tas de vieux grincheux, de savants qui ont laissé éteindre leurs lanternes s’en vont répétant que votre instruction va être compromise, que vous sera des ignorants et que, dorénavant, vous ratera vos examens.Faites-moi l'indicible plaisir de cogner sur ca gens-là, non pas avec les biceps que le système nouveau développe déjà en vous, mais à coups de diplômes et de nominations; I.] qu’ils soient forcés de reconnaître que de monter à cheval, de jouer au cricket et d’aller en bateau, cela rend les idées plus nettes, la mémoire plus sûre, l'intelligence plus vive.» (L’Éducation anglaise en France, 1889.) kpKgros&inptxtÛ «apporteraàlajamiUe,base de toute société viable, le renfort d’une santé reconquise et entretenue par le plaisir sain»; il «sera l’unique remède efficace contre l'alcoolisme»: Q «épu- rera les lettres et tuera l’érotisme en lui enlevant ses lecteurs»: ü est un «facteur éminent des entreprises coloniales» : O «apparaît comme une sorte d’incarnation de la démocratie, car ü est par excellence l’école où se coudoient l'entraide et la concurrence, ces deux plans essentiels des sociétés démocratiques sans lesquels elles risquent de s'écrouler dans la JbMesse»: il aura «enfin son rôle à jouer en politique extérieure.Les nations vigoureusement sportives seront les mieux à même de se payer le luxe de la douceur au-dedans, le luxe de la paix au-dehon» (La Revue hebdomadaire, 1914.) Sur les Canadiens français, après une visite à Montréal en 1889: «C'est surtout l’éducation qui manque: les exercices physiques, les soins de propreté, la formation du caractère, l’usage de la liberté, tout cela pour les Canadiens ce sont des billevesées» «Le Canadien français, avec sa robuste santé, défriche, peine, ensemence laborieusement LAnglais récolte.» (Universités transatlantiques, 1890.) Sur les femmes: «S’il y a des femmes qui veulent jouer au football, boxer, libre à dies, pourvu que cda se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se groupent autour de idles compétitions n’y viennent pas pour voir du sport» (Le Sport suisse, 1928) En 1912, Q dira d’une olympiade où concourraient de plein droit les femmes qu’eDe serait «impratique, inintéressante, inesthétique d, nous ne craignons pas de le dire, incorrecte».Sur l’internationalisme: «Exportons des rameurs, des coureurs et des escrimeurs: voilà le libre-échange de l'avenir, et le jour où il sera introduit dans les mœurs de la vieille Europe, la cause de la paix aura reçu un nouvel et puissant appui.» (Discours à la Sorbonne, 1892.) Sur l’amateurisme: «Le sport ne peut, non seulement produire ses bons effets moraux, mais même subsister, que fondé sur le désintéressement, la loyauté et les sentiments chevaleresques.Nous ne sommes plus exposés à voir la passion du sang transformer l'arène et les bestialités du cirque remplacer les nobles spectacles du stade, mais il reste l’argent, le grand corrupteur, l’étemd ennemi!» (La Revue de Paris, 1894.) Sur le CIO: «Si l’olympisme moderne a prospéré, c'est parce qu’il avait à sa tête un Conseil d'une indépendance absolue, que personne n’a jamais subventionné et qui, se recrutant lui-même, échappe à toute ingérence électorale et ne se laisse influencer ni par les passions nationalistes ni par la pesée des intérêts corporatifs.» (Discours à l’hôtel de ville de Prague, 1925.) LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOÛT 2004 B 2 CARNETS D’AMÉRIQUE Au-delà des clichés Christian Rioux vient de passer un an aux États-Unis.Boursier de l’université Harvard, il a rencontré de nombreuses personnalités et sillonné le pays de Boston à Los Angeles.D’ici à l’élection présidentielle américaine, le 2 novembre, il nous livre des extraits de son carnet américain.* Je quittais Paris sans remords par un jour de canicule.Une canicule comme les Parisiens n’en avaient pas connu depuis le début du siècle derqier.La Seine paraissait à sec et les rares touristes qui s’aventuraient sur les, Champs-Elysées suaient à grosses gouttes.Je pensais rendre Tâme en grimpant à vélo les 78 mètres de dénivelé de la côte de Belleville.Mais ce n’était rien à côté des vieux qui, disait-on, mouraient à la pelle dans leurs petits meublés des quartiers populaires.J’apprendrai plus tard qu’il en est trépassé ces jours-là plusieurs milliers, selon les chiffres officiels.C’était il y a un an exactement.En jetant un dernier regard à l’église Saint-Eustache, j'essayais de me rappeler tout ce que j’avais entendu en France depuis quelque temps sur les Etats-Unis.Les oreilles m’en bourdonnaient encore.Depuis peu, les fans de Matrix étaient méconnaissables.La plate adulation de la culture américaine de masse, si courante en France, s’était transformée en colèçe.Comme par magie.Les États-Unis s’étaient tout à coup métamorphosés en puissance impérialiste que l’on dénonçait à pleines pages dans les journaux.Leur président n’était plus que «l’obscène mécanicien de l’empire» (Le Monde).Dans un train en direction d’Évian, j’avais entendu des gens à l’allure par ailleurs respectable traiter George Bush A'«ayatollah» et de «terroriste».Ces mots revenaient comme une rengaine sur les lignes ouvertes des radios.Je me les répétais en regardant le président français poser, rayonnant, entre ses collègues russe et chinois.La semaine précédente, j’avais croisé un badaud avec un t-shirt tout neuf On y voyait la tête de George Bush au-dessus du mot «Wanted».Personne n’avait songé à réclamer celle de Vladimir Poutine ou celle de Saddam Hussein.J’avais le sentiment de foire de la figuration dans un mauvais western.Mais pourquoi chercher midi à quatorze heures?Cette animation semblait provoquer une joie secrète.Depuis le début de la guerre en Irak, Paris renouait avec cette volupté qui, depuis Mai 68, s’empare périodiquement de sa jeunesse contestataire.La Ville lumière retrouvait sa gaieté et moi je m’en allais.Où donc, au juste?Christian Rioux ?Dans la nuit, l’aéroport Logan de Boston avait l’air d’un chantier de construction.Les coffrages et les échafaudages ne parvenaient pourtant pas à faire oublier que c’est dans ce lieu, où transitent 23 millions de voyageurs par année, qu’avaient décollé les deux appareils qui ont détruit le World Trade Center.C’était deux ans plus tôt, sur les vols 11 et 175 d’American Airline en direction de Los Angeles.Les passagers qui attendaient leurs bagages ne savaient pas où poser leur regard.Ils essayaient de, penser à autre chose.Ma première impression des Etats-Unis aura été celle d’un pays blessé dont la plaie ne se referme pas.La jeune fille du comptoir de location de voitures Alamo avait les yeux claire de l’Amérique.Rien à voir avec le regard fuyant des garçons de café parisiens qui vous envisagent du coin de l’œil pour mieux s’enfuir chaque fois que vous manifestez votre volonté de régler l'addition.Elle n’y alla donc pas par quatre chemins: «Pourquoi les Français ne s’occupent-ils pas de leurs vieux?» Ce n’est que le lendemain, dans le New York Times et le Boston Globe, que je découvris les descriptions apocalyptiques de la canicule parisienne.Tout cela m’avait-il donc échappé?La France y était subtilement décrite comme un pays de sans-cœurs qui laissait ses vieux crever de chaleur dans des logements infects.Un vrai pays du Tiers-Monde qui n’avait pas encore découvert les vertus extraordinaires de la climatisation.J’aurais voulu expliquer à mes collègues que Paris, avec ses traiteurs, ses transports en commun, ses musées, ses marchés et ses cafés toujours à proximité est une ville faite sur mesure pour les vieux.J’aurais voulu leur présenter le boulanger de mon quartier, un homme affable qui prend des nouvelles de ses clients âgés et qui s’inquiète lorsque l’un d'eux ne vient pas acheter sa demi-baguette quotidienne avant le dîner; ou ces médecins de famille qui font encore des visites à domicile, le soir après leur journée de travail.11 aurait fallu expliquer qu’on a autant besoin de climatisation à Paris que d’un congélateur à DcalhuiL Je ne connais pas un seul Parisien de plus de 60 ans qui troquerait l’animation de la rue Rambu-teau pour les mornes banlieues climatisées des États-Unis.?Mais le choc ne faisait que commencer.D faudra plus de temps pour que j’entende la plaisanterie qui circulait dans les milieux universitaires américains.Peut-être la connaissez-vous.«Les Français, qui s’y connaissent mieux que n'importe qui en la matière, ont trois niveaux d'alerte antiterroriste: jaune, orange et rouge.Jaune: on se cache! Orange: on se sauve! Rouge: on collabore!» L’homme qui prononçait ces mots a été adjoint du secrétaire américain a la Défense, il enseigne dans une grande université et donne régulièrement des conférences à l’étranger.Pas le genre raciste pour deux sous.Non, il avait seu-.lement oublié que les Français ont été panni les premiers Occidentaux à affronter le terrorisme islamiste moderne dès les années 80.Comment expliquer à mes nouveaux voisins que les Français ne mangeaient pas de petits vieux coupés en rondelles au petit-déjeuner?Comment leur dire qu’ils n’étaient plus les collabos de 1940 et qu'ils en connaissaient un bout sur le terrorisme?Cela serait probablement aussi difficile que d’expliquer aux jeunes Français hirsutes qui défilaient de place de la Bastille à place de la République que le président américain n’était ni un terroriste ni un assassin, mais le représentant légitime d’une grande démocratie confronté à la tâche immense d’assurer la sécurité de son pays.De part et d’autre de l’océan, la même incompréhension radicale.Quelque chose s'était brisé assurément entre les deux continents.Quelque chose qui ne reviendrait peut-être jamais.Le voyage ne faisait que commencer.PERSPECTIVES La génétique, nouvelle frontière du dopage Y a-t-il déjà des athlètes génétiquement modifiés dans les stades ?ANTOINE ROBITAILLE 'VT ous nous apprêtons sans doute à assister ^ iN aux derniers Jeux olympiques sans athlètes génétiquement modifiés», affirme Lee Sweeney, de l’université de la Pennsylvanie.De son bureau où on l’a joint, M: Sweeney raconte qu’il a commencé à s’intéresser au dopage génétique par la bande.Expert des muscles, il menait des recherches visant à développer une thérapie génique — c’est-à-dire utilisant du matériel génétique — dans le but, entre autres, d’aider à soigner la dystrophie musculaire, qui se caractérise par une dégénérescence progressive des muscles volontaires.«Après quelques publications où nous exposions certains succès, plusieurs entraîneurs et athlètes m’ont appelé.» es derniers «provenaient d’Europe et des 'tats-Unis», dit M.Sweeney, qui refuse de citer qui que ce soit D raconte que ces sportifs voulaient en savoir plus sur de possibles applications de ses thérapies sur une personne bien portante.«Un entraîneur m’a même demandé de traiter l’ensemble de son équipe de football.» (Notons au passage qu’il y a là une logique propre à notre ère: on commence, après moult recherches, par obtenir une thérapie pour guérir des malades, mais on finit assez vite par détourner ce remède afin d’améliorer un bien portant, d’augmenter ses performances.Rappelons que l’érythropoïétine (EPO) synthétique, la protéine au cœur du scandale du Tour de France en 1998, était d’abord et avant tout un remède destiné aux anémiques.) Pour M.Sweeney, ces requêtes de sportifs ont constitué une révélation douloureuse: l’ère du dopage chimique sera bientôt remplacée par le dopage génétique, entre autres grâce aux recherches qu’il mène actuellement II se confie: «Je ne comprends tout simplement pas l’état d’esprit de ces sportifs qui sont venus me voir ils semblent être vraiment prêts à tout pour une médaille d’or.J’avais beau leur dire que nos thérapies sont loin d’être au point, qu’elles sont pour l’instant très risquées et testées uniquement sur des rats, rien ne semblait les ébranler: ils semblaient préparés à avoir à long terme de grands problèmes de santé pourvu que, à court terme, ils obtiennent une médaille.» Son indignation a poussé M.Sweeney à participer à un groupe mandaté par l’Agence mondiale antidopage (AMA) de trouver dès maintenant des façons de prévenir le dopage génétique, d’empêcher qu’il advienne.Aussi, M.Sweeney signait, dans le numéro de juillet 2004 de la revue Scientific American, un long article où il expliquait ses recherches sur les muscles tout en partageant ses craintes qu’on en vienne, «dans moins de dix ans», à utiliser des thérapies géniques pour «améliorer» les athlètes.h « Espérons seulement que nous réussirons à empêcher le prochain stade du dopage » Comment ça marche ?Mais comment fonctionnerait un dopage génétique?«De nombreuses thérapies géniques qui visent à régénérer les muscles des patients atteints de différentes myopathies sont en train d’être développées», souligne M.Sweeney dans un premier temps.Il explique ensuite qu’elles ont pour objectif d’introduire dans les muscles un gène qui «y produirait des substances favorisant la croissance du tissu musculaire, ou alors qui pourrait le protéger de la dégradation».M.Sweeney a réussi à introduire le gène IGF-1 dans une cellule de muscle de rat grâce à un virus inoffensif («adeno-associated virus») utilisé comme un «cheval de Troie».D a constaté que ses bêtes obtenaient, même en restant sédentaires, une masse musculaire de 15 à 30 % plus importante qu’à la normale.«On commence à préparer les tests sur des humains», dit-il.Indécelable Créées grâce à une telle thérapie génique, les substances produites dans les muscles ne pourraient pas être détectées puisqu’elles seraient analogues à celles que le corps fabrique normalement.«De plus, dit M.Sweeney, les substances créées par l’introduction d’un gène ne quittent jamais le muscle.Bref, rien dans le sang, rien dans l’urine.» Autrement dit, pour détecter un dopage, «il faudrait presque faire une biopsie», explique le chercheur, qui ne cache pas son inquiétude face à l’aspect «crime parfait» du dopage génétique: les biopsies sont interdites par les règles antidopage actuelles.Seuls des échantillons de sang et d’urine peuvent être prélevés.Inexistant?Mais certains affirment que le dopage génétique existe déjà.En France, Gérald Dine confiait récemment à un grand quotidien que l’EPO ou les hormones de croissance ne sont pas, à proprement parler, des «médicaments chimiques ou biochimiques».En effet, ils utilisent «un support cellulaire et sont ciblés sur des substances que le corps fabrique naturellement».L’EPO sert à augmenter la production de globules rouges, qui apportent l’oxygène à l’organisme.En ce qui concerne l’EPO et l’hormone de croissance, utilisées par les athlètes tricheurs, explique M.Dine, «elles sont fabriquées par génie génétique et constituent donc un premier pas vers le dopage génétique».Mais pour Lee Sweeney, tout cela revient à jouer sur les mots.On pourra parler de dopage génétique lorsqu’il y aura véritablement inser- tion de gènes dans le corps d’un athlète.«Je ne crois pas qu’il y ait à Athènes des athlètes génétiquement modifiés.Cest une approche trop nouvelle et qui n’a pas à ma connaissance passé l’étape des tests sur les animaux.» Marc-André Sirard, directeur du Centre de recherche en biologie de la reproduction de l’Université Laval et expert en transgénèse animale, affirme que «personne n’en parle ouvertement», mais des AGM existent peut-être.«On sait que les technologies sont disponibles, et ça n’a pas l’air d’être un secret bien gardé puisqu’on y travaille fortement.» M.Sirard rapporte qu’on lui a présenté une technique en développement pour des personnes atteintes de fibrose kystique, mais celle-ci pourrait avoir des usages dopants: «On fait respirer une fumée de virus qui contient un gène de l’EPO.À ce moment, l’EPO est sécrétée par les poumons, donc dans le tissu pulmonaire, et est absorbée dans la circulation.On obtient ainsi un effet d’érythropoïétine indécelable.» M.Sirard affirme que cette technique, si elle est utilisée par des humains, comporte des risques importants: «C’est difficile à moduler.Si on en met trop, ça peut être mortel.Des lapins transgéniques ont été créés pour sécréter de ces produits-là en vue d’applications cliniques, par exemple pour les gens qui ont des chirurgies ou de grosses pertes de sang.Mais plusieurs de ces lapins sont morts car ils produisaient trop d’EPO.Leur sang coagulait.» Lorsqu’on lui présente cette hypothèse, Lee Sweeney affirme simplement: «En effet, ça pourrait probablement fonctionner» Au fait, suivra-t-il les Olympiques à la télé?«Oui, répond-il, même si les athlètes ont tous l’air dopés.Espérons seulement que nous réussirons à empêcher le prochain stade du dopage.» SUITE DE LA PAGE B 1 «le sport pour le sport» aurait été une idée absurde —, on aurait tort de faire la même chose, un siècle plus tard, à propos des Jeux modernes.Des Jeux jamais exempts d’affrontements politiques, de polémique à saveur raciale, de connotations économiques, de tentatives plus ou moins avisées de tricherie?Allons donc.Faut-il seulement rappeler qu’alors que l’olympisme antique interrompait (supposé-ment) les guerres, ce sont les guerres qui, au XXr siècle, ont forcé l’interruption des Jeux ou perturbé leur déroulement7 La liste est longue et sans appel.Déjà, dans les aimées 1890, des membres allemands du CIO se plaignaient d’avoir à y côtoyer des Tchèques.En 1904, à Saint Louis, d’abjectes «Journées anthropologiques» furent tenues, où l’on fit concourir des autochtones d’Amérique, d’Afrique et d’Asie afin de mieux les ridiculiser.(Coubertin condamna du reste violemment cette «mascarade outrageante», dont il soutient avec prescience quelle «se dépouillera naturellement de ses oripeaux lorsque ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à courir, à sauter, à lancer et laisseront les Blancs derrière eux».) Lors de ces mêmes Jeux, Fred Lore, le «gagnant» du marathon, est disqualifié lorsqu’il s’avère qu’il a fait une partie du trajet en automobile, et le «vrai» gagnant, Thomas Hicks, est couronné même s’il s’est offert un petit cocktail de strychnine chemin faisant Pendant la Première Guerre mondiale, des membres français du CIO menacent de démissionner si des Allemands continuent à en faire partie.Les Jeux de 1916 sont annulés.En 1920, à Anvers, seuls les pays alliés et neutres ndant la Grande Guerre sont admis.De Ber-1936, y a-t-il encore quelque chose à ajouter, sinon que le patron du comité olympique américain et futur président du CIO, Avery Brun-dage, se rend en Allemagne quelque temps au- JEUX paravant et n’y constate aucune discrimination à l’endroit des juifs?Pas de Jeux en 1940 et en 1944.En 1948, à Londres, l’Allemagne et le Japon sont exclus.S’amorce alors la guerre froide et l’hypocrisie de l’amateurisme communiste.En 1956, les Jeux de Melbourne viennent à un cheveu d’être annulés alors que les chars soviétiques entrent en Hongrie et qu’éclate la crise de Suez.En 1968, quelques jours avant les Jeux de Mexico où Tommie Smith et John Carlos brandiront le poing de la révolte des Noirs américains, 300 étudiants protestataires sont tués place des Trois Cultures.En 1972, Septembre noir investit le village olympique de Munich et tue 11 athlètes et entraîneurs israéliens.En 1976, à Montréal, les pays africains boycottent les Jeux pour protester contre une tournée de l’équipe néo-zélandaise de rugby en Afrique du Sud, et le conflit sino-tai’wanais s’intensifie.En 1980, les pays de l’Ouest boycottent Moscou sous prétexte d’invasion de l’Afghanistan.En 1984, le bloc de l’Est rend la pareille.En 1988, gracieuseté de Ben Johnson, le dopage apparaît dans toute son ampleur.Et ainsi de suite, désormais les Jeux olympiques se déroulent pratiquement derrière des barbelés, paranoïaques, obnubilés par la sécurité.Et quand la flamme est arrivée dans le grand stade hier, s’en est-il trouvé pour se rappeler que le premier relais parti d’Olympie eut Beu en 1936, 3075 coureurs parcourant chacun un kilomètre en un périple destiné à symboliser l’évolution de la civilisation occidentale depuis son berceau, la Grèce, jusqu’à son supposé aboutissement la domination de la race aryenne?Oui, la manifestation la plus populaire et la plus émotivement chargée de l’olympisme contemporain est une invention des nazis.Pour l’innocence perdue, il faudra repasser.Le Devoir KAI PFAFFENBACH REUTERS La flamme olympique dans le stade après l’ouverture des Jeux.4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOÛT 2004 B 3 ?PERSPECTIVES* Commémoration de 1604, premier établissement français permanent en Amérique du Nord Les Acadiens se réapproprient leur 400e anniversaire CHRIS SMITH CM A 2004 k t i ANTOINE ROBITAILLE Les commémorations sont toujours l’occasion pour différentes visions de l’histoire de s’entrechoquer.«Les fêtes commémoratives m intéressent, a déjà écrit l’historien Ronald Rudin, de l'université Concordia, parce qu’elles offrent l'occasion de choisir l’histoire à raconter.» D n’en est pas autrement pour la commémoration de 1604, premier établissement français permanent en Amérique du Nord, dont le point culminant est le 15 août, fête des Acadiens.Lorsque le gouvernement fédéral a commencé à parler de l’idée d’un 400', rappelle Joseph-Yvon Thériault sociologue à l’Université d’Ottawa, plusieurs ont vite compris ce qu’il voulait faire: montrer que «l’Amérique française avait été fondée en 1604», dit Thériault.La fête, à laquelle les Etats-Unis et la France devaient participer, visait au fond à «faire comprendre que l’aventure française en Amérique, ce n’est pas le Québec», mais le Canada, dit-U.Mais ce scénario, duquel nombre d’Acadiens «se sentaient relativement exclus», ne s’est pas produit, fait remarquer Thériault.Ce qui ressemblait à une instrumentalisation des Acadiens, il s’en inquiétait d’ailleurs dans nos pages, en janvier dernier, lors d’un débat avec Donald Savoie, à propos de la reconnaissance des torts causés aux Acadiens lors de la déportation.Quant aux fêtes du 400e, une conjonction de facteurs, parmi lesquels «le départ de Sheila Copps, les élections et les changements qui se sont produits par la suite», a empêché le fédéral de s’occuper plus étroitement de la fête.«Reste que les budgets étaient là et l'Acadie en a profité pour se réapproprier le sens de cette commémoration», dit Thériault Une anecdote a semblé révélatrice au sociologue: «Le soir du 1" juillet, il y a eu un concert acadien en l’honneur du 400' à Ottawa.Or pas une fois le mot Canada n’a été prononcé par les artistes.» Cette réappropriation est très légitime, selon Thériault qui considère que l’Acadie «se faisait un peu avoir dans le scénario initial».Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que «1604» pose problème.Le débat de cette année n’est pas sans résonances avec une querelle du début du XX' siècle qui avait opposé le clergé et le gouverneur général du Canada à propos des fêtes de 1904: était-ce une fondation laïque avec Champlain ou une fondation catholique avec Laval?«Les deux parties ne s’étaient pas entendues et finalement, comme Ronald Rudin l’a expliqué, les évêques québécois ont décidé de changer la date de la fête du Christ-Roi, de la placer le 22 juin, alors que le gouverneur a choisi de commémorer quelques jours plus tard», raconte Thériault.QueUe Acadie?Mais où est l’Acadie, exactement?Dans les dernières années, dans la foulée du Congrès mondial acadien, la définition de l’Acadie avait été considérablement élargie.«L'Acadie est un formidable succès de branding/», dit Thériault en plaisantant.Succès, «tant dans le rapport avec la France qu’avec les États-Unis, mais aussi le Canada».Ce succès «ébranle toutefois les militants sur place, note Thériault lesquels se disent: “Nous, ce qui nous intéresse, c’est de construire des institutions culturelles à Moncton et ailleurs, d'avoir des maisons d’édition, par exemple." Or, dans les dernières années, on leur a répondu: “Mais non, l’Acadie c’est partout, c’est virtuel, puisqu’il y a des Acadiens partout: du Poitou à Lowell, en passant par le Québec.”» Thériault se réjouit qu’on commence à revenir de cette définition très large de l’Acadie.Entre autres grâce aux interventions de l’historien Maurice Basque, qui s’exprimait ainsi la semaine dernière: «Je dis: l’Acadie, elle est ici, dans les quatre provinces de l’Atlantique.» L’historien concède qu'aux îles de la Madeleine il y a beaucoup d’Acadiens, de même qu’à Miquelon, et un peu en Gaspésie et même dans le nord du Maine.Reste que, historiquement «la réalité acadienne, celle qu’on vit tous les jours, c’est celle que quelque 300 OOO personnes vivent tous les jours en français dans les quatre provinces de l’Atlantique, c’est ça l’Acadie.» Comment va l’Acadie ?Et comment va l’Acadie en ce 400e anniversaire?Maurice Basque et Joseph-Yvon Thériault se réjouissent tous deux de voir un «phénomène assez incroyable» se passer en Acadie du Nouveau-Brunswick.L’identité acadienne, qui était très présente dans le nord et dans le nord-est, semble avoir gagné le sud du Nouveau-Brunswick.«Les gens de la région de Moncton, maintenant, sont très partie prenante de cette conception-là, dit Thériault, même les milieux populaires.» Le sociologue ajoute que cela a des effets sur l’assimilation, qui s’en trouve grandement freinée.«Même le démographe Charles Castonguay», qui n’hésite jamais à révéler les nombreux périls menaçant la francophonie au Canada, l’affirme dans des textes récents: «Dans la région de Moncton, il reste un peu d'assimilation, mais ce n'est pas quelque chose de catastrophique», résume Thériault Les Acadiens ont célébré leur anniversaire en Il souligne aussi que «les taux de reproduction linguistique au Nouveau-Brunswick français sont presque les mêmes que ceux du Québec français».Toutefois, çn dehors du Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Ecosse, à Terre-Neuve, etc., les tendances sont exactement les mêmes que dans le reste du Canada, «ce sont des faux se tenant entre 40 et 60 %».A l’Ile-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Ecosse, l’éparpillement favorise des taux d’assimilation très forts.Le fait que le Cçngrès mondial acadien ait eu lieu en Nouvelle-Ecosse aura peut-être pour effet de raviver l’ardeur cul- N ouvelle-Écosse.turelle acadienne auprès des francophones de la Nouvelle-Écosse.Au reste, le Nouveau-Brunswick est aux prises avec tin enjeu de taille, que plusieurs oublient selon Thériault les difficultés économiques en région, «comparables à celles de la Gaspésie».«Les régions acadiennes, notamment dans le Nord-Est, sont en train de se vider pour la première fois de leur histoire.» Bref, malgré les 400 ans et le dynamisme, ce ne sont pas les défis qui manquent Le Devoir «Je dis: l’Acadie, elle est ici, dans les quatre provinces de l’Atlantique » I ! ( : i La géothermie, I’inconnue la plus rentable Chauffer sa demeure sans réchauffer la planète, c'est possible, grâce à la chaleur de la terre, même en hiver.Les immenses possibilités de la géothermie sont encore méconnues au Québec.LOUIS-GILLES FRANCŒUR Deuxième d’une série de trois articles sur les énergies nouvelles Québec pourrait faire l’économie du Suroît si, par un financement approprié, il stimulait l’installation de chauffage géothermique dans 23 000 des 25 000 nouvelles résidences qui se construisent annuellement depuis quelque temps, affirme Bruno Hébert président de la Corporation des entreprises en traitement de l’air et du froid (CETAF).Pourtant, dans son récent avis, la Régie de l'énergie n’a pas consacré un seul chapitre à cette filière malgré la preuve technique déposée par la CETAF devant elle.Dans une province où on croit dur comme fer que les bas coûts de l'électricité empêchent le recours à une filière aussi novatrice, on aura un choc en apprenant que le Manitoba, la province dont l’électricité est la moins chère du continent — moins chère encore que celle d’Hydro-Québec —, vient de lancer un programme de construction de 13 000 unités de chauffage géothermique, l’équivalent en énergie de la centrale au gaz de Bécancour.Sans un iota de gaz à effet de serre! Une recherche réalisée en 1999 pour le ministère fédéral des Ressources naturelles par la société Caneta concluait que les équipements de géothermie sont disponibles partout au Canada et qu’il «n’y a aucune autre technologie de climatisation-chauffage, accessible financièrement, qui peut prétendre avoir des effets aussi concrets et efficaces sur le problème des émissions de gaz à effet de serre».Pour- tant, même s’il y a 700 000 systèmes installés présentement dans le monde, au Canada, il s’en installe seulement 3000 par année et au Québec, où le chauffage constitue pourtant l’essentiel de la facture d’énergie, on parle de 250 à 300 unités par année.En Suède, par contre, et en raison précisément de la facture annuelle du froid, on a installé, uniquement en 2001, quelque 27 000 unités, soit dans la quasi-totalité des nouvelles maisons.Plus que l'équivalent du Suroît en un an! Méconnue, mais rentable Mais qu’est-ce qu’un chauffage géothermique, cette perle énergétique méconnue et pourtant si rentable?C’est un système qui utilise l’inépuisable chaleur du sous-sol terrestre, renouvelée en permanence par le noyau en fusion de la planète.Cette chaleur est disponible même en hiver sous la ligne de gel, soit en dessous de 1,75 m de profondeur, ce qu’on voit lorsqu’une peDe mécanique extrait en hiver de la terre qui fume parce qu’elle est beaucoup plus chaude que l’air extérieur.La géothermie utilise les mêmes principes que ceux éprouvés depuis des générations dans n’importe quel réfrigérateur ou dans les nouvelles pompes à chaleur, qui extraient du froid de l’air ambiant en été et de la chaleur en hiver mais de moins en moins au fur et à mesure que le thermomètre descend.Ce qui explique d’ailleurs que les pompes à chaleur ne sont plus utiles sur le plan énergétique quand Hydn>Québec fait face aux pics hivernaux de la demande.Mais dans le sol, quel que soit le froid extérieur, la température se maintient autour de sept degrés centigrades.StCONAIR/GEOTHERMrX L* En Suède, on a installé, uniquement en 2001, quelque 27 OOO unités de gothermie, soit dans la quasi-totalité des nouvelle» maisons.Dans une pompe à chalair, qui fonctionne à l’air libre ou dans le sous-sol, le liquide réfrigérant est compressé pour absorber la chaleur, puis relâché et dilaté pour transférer cette chaleur à l’endroit désiré comme dans un appareil de chauffage.En été, on inverse le cycle, ce qui permet d’extraire la chaleur de la maison et donne l’impression aux habitants qu’on y introduit du froid.Mais alors que les thermopompes sont bruyantes et durent de 12 à 15 ans, un système géothermique est silencieux et fonctionne à l'intérieur, ce qui prolonge sa vie utile autour de 25 ans et ne dérange pas les voisins.Son efficacité éneigé tique est surprenante: chaque kilowatt dépensé dans la compression du liquide caloriporteur, qui se réchauffe dans le sol avant de revenir dans l’appareil, génère environ 3,5 kilowatt d’énergie calorifique.Et comme l’appareil fonctionne dans la maison où il libère sa propre chaleur, un kilowatt d’électricité en produit au total l’équivalent de quatre en chaleur, explique Bruno Hébert La facture du chauffage est ainsi réduite de 60 à 70 %, selon la qualité de l’échange de chaleur dans le soussoL Peu profond Les premiers systèmes en géothermie puisaient l’eau de la nappe souterraine, en extrayaient la chaleur et la renvoyaient par un autre puits dans le sous-sol.Les systèmes d’aujourd’hui fonc donnent en circuits fermés, ce qui évite de coûteux nettoyages.On évite les fuites de contaminants chimiques en utilisant du glycol., alimentaire.Les premiers systèmes exigeaient des puits très profonds, pouvant aller à 200 mètres, et assez laiges pour Iqger la tuyauterie hermétique des systèmes actuels.Cette opération était très dispendieuse et portait le prix d’un système résidentiel autour de 30 000 $.L’entreprise de M.Hébert a conçu un système de pompe qui évite le recours aux puisatiers et aux puits profonds.Il en fore plusieurs de 30 mètres de profondeur seulement, selon les besoins du client, qu’il distribue en forme de pyramide dans le sol à partir d’un point unique près de la maison D utilise ainsi entièrement le terrain d’une résidence pour y enfouir une tuyauterie de cuivre, beaucoup plus efficace que celle en PVC pour l’échange d’énergie.Selon les endroits, les soussols et les besoins, les prix peuvent se situer désormais entre 10000et 13000$.Si on peut utiliser le fond d’un lac assez profond pour y déposer le serpentin du caloriporteur, un système géothermique pourrait coûter aussi peu que 7000 à 8000 $ parce que le miniforage n’est même plus nécessaire.Le public québécois ignore la géothermie, dont l’utilisation a été suggérée par le Suisse ZoDy en 1912, même si c’est id que les gains seraient probablement les plus spectaculaires.Plusieurs raisons expliquent cette situation, soit le manque d’information et de soutien gouvernemental, estime le Hydro- Québec Distribution partie des équipements géothermiques parce qu’il ne leur en coûte pas cher de récupérer ainsi l’électricité épargnée, qu’ils revendent à fort prix à d’autres.De son côté, Hydro-Manitoba finance la différence entre le coût du système de chauffage en place, même s’il se résume à 10 calorifères de 30 $, et le coût du nouveau système au taux de 6,5 %.D a été démontré que, pour le consommateur, le coût mensuel est inférieur, dès le premier mois, au montant d’énergie payé auparavant au distributeur d’électridté! Un programme équivalent à celui du Manitoba, précisait le mémoire déposé en avril par la CETAF auprès de la Régie de l’énergie, coûterait environ 200 millions, soit sensiblement moins que les 550 millions du Suroît Selon une vulgaire règle de trois, pour les 23 000 maisons nécessaires au remplacement du Surok, il en coûterait donc approximativement 353 millions.Mais, contrairement au Suroît les consommateurs rembourseraient Hy-droéjuébec complètement et l’énergie économisée serait disponible, comme au Manitoba, pour revente à fort prix sur le marché américain.napas intérêt à réduire ses ventes et ses profits» président de la CETAF Dans certains Et stats américains, les distributeurs d’électridté vont financer sans intérêt une Pourquoi ?Quelles pourraient bien être alors les raisons qui empêcheraient Hydro-Qué-bec d’en faire autant?M.Hébert montre du doigt un effet pervers méconnu de la division factice d’Hydro-Québec en divisions qui se vendent entre elles des électrons ou des services.«La réponse est simple, dit-il.Hydro-Québec Distribution n’a pas intérêt à réduire ses ventes et ses profits, qui diminueraient trop vite avec une pareille économie globale.Le Québec reviendrait sous la barre des 165 TWH, ce qui fait que les nouveaux kilowatts ne pourraient plus être vendus et facturés au taux marginal des nouveaux projets ou achats, beaucoup plus élevés à 7-7,51 que l’électricité dite patrimoniale à 2,791 du kWh Par contre, HydroQuébec Production aurait intérêt à récupérer cette énergie pour la revendre plus cher, mais ce n'est pas elle qui décide des services aux clients.Le problème ne se poserait même pas dans une entreprise intégrée comme l’ancienne Hydro-Québec.• Mais ü y a eu un avantage à tout cela, ajoute le président de Geothermbc «On a été laissés à nous-mêmes, oui, mais ça nous a forcés à aller plus vite qu’aiüeurs.On a réduit en moins de cinq ans les prix de plus de la moitié.Dans certains cas, des deux tiers.Et on a inventé au Québec des pompes qui s’installent sur les systèmes de chauffage existants, ce qui pourrait décupler le marché de la géothermie et réduire les coûts davantage.On a même développé au Québec des thermopompes murales pour les maisons sans conduites d'air, une première mondiale dont les résultats sont très concluants un marché à court terme de 25 OOO unités par an à des coûts abordables Regardez-nous aller désormais au Québec!» Le Devoir Samedi prochain: l'autoproduction d'électricité grâce au vent LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOÛT 2004 B 4 EDITORIAL La drogue olympique Au cours des Jeux olympiques d’Athènes, il est prévu que les détectives de l’Agence mondiale antidopage (AMA) effectuent beaucoup plus de contrôles-surprises que lors des Jeux de Sydney.Leur handicap?Dans leur boîte à outils, ils ne disposent pas encore des ingrédients permettant la mise en relief des paravents chimiques qu’utilisent les chercheurs d’or et d’argent a règle est stricte: le personnel de l’AMA réalisera des tests sur les quatre premiers athlètes de chacune des épreuves inscrites à cette joute olympique.Qui plus est, il mènera des enquêtes au hasard pour identifier, on l’aura deviné, les consommateurs de produits dopants.Le hic, c’est que bien des champions en mal de médaille sont en fait des artistes de l’alchimie.Plusieurs d’entre eux détiennent en la matière deux longueurs d’avance, c’est le cas de le dire, sur les inspecteurs de l’AMA.À cet égard, les jeux de Sydney s’avèrent rétrospectivement très instructifs.En effet, n’eût été du hasard, on n’aurait peut-être jamais découvert que plus d’un médaillé de Sydney avait consommé des substances illicites.On pense évidemment au scandale dit Bal-co, du nom de cette entreprise californienne qui fournissait des sprinters en THG, un stéroïde indécelable jusqu’à l’automne 2003.Que vient faire le hasard dans cette histoire?L’an dernier, un anonyme a remis une seringue à l’Agence américaine de lutte antidopage (USADA) qui, après analyse, a découvert que la THG avait un effet plus marqué que celui de VEPO.Au cours des 15 prochaines jours, il est plus que probable que certains accros de la performance s’injectent de la GERA, une molécule développée par le groupe pharmaceutique Serge Roche pour contrecarrer l’anémie.On soup- Truffaut çonne que des cyclistes maîtrisent cette forme améliorée d’EPO.On craint surtout que des sportifs s’en soient procuré en vue des Jeux et qu’ils passent entre les mailles de l’AMA.À noter que dans le cas de la GERA, une injection aux trois semaines est suffisante.Mais il y a plus grave.Certains scientifiques ont la certitude que les présents Jeux vont innover, si l’on peut dire, en étant la scène où la nouvelle génération du dopage va se manifester.Il s’agit du dopage génétique.On croit que des athlètes seraient fortement enclins à s’injecter directement dans les muscles des gènes inventés pour combattre la dystrophie musculaire.Puisque le gène en question ne se retrouve jamais dans le sang ou dans l’urine, il est donc le nec plus ultra de la triche.De la magouille qui peut rapporter des millions de dollars au truand en crampons.Entre les Jeux de Sydney et ceux d’Athènes, l’Agence mondiale antidopage (AMA), présidée par le Montréalais Dick Pound, a livré toute une série de bras-de-fer avec diverses fédérations sportives et plus d’un comité olympique.De prime abord, on pourrait juger étonnant qu’une organisation vouée à préserver tant bien que vaille ce qui reste de l’esprit olympique ait éprouvé certaines difficultés à inscrire sur sa liste des produits que certaines fédérations (on pense notamment à celle du cyclisme) ne voulaient pas interdire.On sera moins étonné une fois qu’on aura rappelé que ces fédérations confectionnent en partie leurs budgets avec les sommes versées par les grands commanditaires sportifs.Prenons l’exemple de la délégation australienne, empêtrée depuis peu dans une série de scandales.Le comité olympique australien est associé à la compagnie Nike.Certains sportifs australiens sont liés à Adidas, d’autres à Reebok, lorsque ce n’est pas à Puma.En toute logique, pour ne pas dire naturellement, ces entreprises veulent, voire exigent, que des records soient enregistrés à chaque édition.De fait, les fabricants de chaussures, de shorts et autres vêtements font un discret lobbying afin qu’on interdise moins de produits que l’AMA ne le voudrait.Voilà pour l’amont En aval, les télédiffuseurs qui se nourrissent des investissements publicitaires des équipementiers de sport mais aussi de ceux de Coca-Cola, Kodak, Panasonic, McDonald’s et Visa, principaux annonceurs de ces Jeux, voient d’un mauvais œil les agissements de l’AMA Tous ont besoin de toujours plus de records.D’autant que les Jeux olympiques ne proposent pas autant de véhicules publicitaires que d’autres compétitions.En effet les annonces sont interdite^ dans les stades.Pourquoi diable tous ces acteurs se droguent-ils?Pour fuir la réalité.des limites humaines! LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE DAW u Ht* i
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